LA PLANETE FLEURS

LA PLANETE FLEURS
Gérard Guillot
La
planète
Fleurs
éditions Quæ
Éditions Quæ
RD 10
78026 Versailles Cedex, France
© Éditions Quæ, 2010
ISBN : 978-2-7592-0627-8
ISSN en cours
En couverture : fleur d’hémérocalle cultivée.
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.
Sommaire
Préface...........................................................................................................................................................5
Qu’est-ce qu’une fleur ?...................................................................................................... 11
Qui sont les plantes à fleurs ? ........................................................................................................... 13
Portrait d’une fleur.................................................................................................................................. 16
Une fleur, c’est quoi ?............................................................................................................................. 18
Le développement de la fleur.............................................................................................................. 22
La fleur, mode d’emploi......................................................................................................................... 25
Fleur géante ou inflorescence ?.................................................................................29
Les inflorescences dans l’espace-plante.......................................................................................... 31
Florilège d’inflorescences .................................................................................................................... 34
Quand l’inflorescence se métamorphose en... fleur !.................................................................. 42
Le double cercle des apparences...............................................................................63
Sépales ou pétales ? Pas si simple !..................................................................................................65
Quand les bractées jouent aux sépales ou aux pétales !..........................................................70
Sépales et calices..................................................................................................................................... 76
Pétales et corolles...................................................................................................................................82
Une innovation révolutionnaire : l’éperon .....................................................................................88
Pollen : la poudre magique............................................................................................... 97
De la constance dans la forme et l’aspect des étamines...........................................................99
... à l’extrême variabilité du nombre ! ........................................................................................... 103
La libération du pollen......................................................................................................................... 104
La présentation du pollen.................................................................................................................. 108
Présenter le pollen en deux temps ..................................................................................................112
Des étamines adeptes de la soudure................................................................................................117
Le pollen, l’or jaune des plantes à fleurs...................................................................................... 120
Le pollen aggloméré, une révolution ?...........................................................................................124
La chambre nuptiale..............................................................................................................135
Les carpelles, de simples feuilles repliées......................................................................................137
Le gynécée, spécialiste ès-soudures !........................................................................................... 138
Porter haut les organes sexuels !.....................................................................................................142
L’ovaire enfoui dans la fleur...............................................................................................................143
Le stigmate, passage obligé pour la reproduction..................................................................... 144
Le style, l’antenne du gynécée...........................................................................................................155
Varier les styles...................................................................................................................................... 158
Quand le gynécée fait chambre à part... ..................................................................................... 164
Des couleurs, des formes, des odeurs et des goûts..............................173
Vive la couleur !.......................................................................................................................................175
De l’art de la symétrie dans la géométrie florale...................................................................... 188
Se mettre au parfum............................................................................................................................ 196
Le goût divin du nectar...................................................................................................................... 203
Références bibliographiques............................................................................................................206
Préface
Les fleurs sont, avec les arbres, ce qui nous apparaît le plus voyant dans
le monde végétal. Mais qu’est-ce que ce monde végétal, dont l’instinct nous
renvoie immédiatement à l’idée d’un monde vert, à la fois si familier et si
étrange ?
On sait aujourd’hui que le grand programme scientifique qui consiste
à classer les êtres vivants a pour mission de les regrouper en fonction des
degrés relatifs d’apparentement : on met ensemble dans un groupe ceux
qui sont les plus étroitement apparentés entre eux. Les figures en forme
d’arbre qui traduisent des degrés d’apparentement — qu’on appelle aussi des
« phylogénies » — servent à faire des classifications. Le terme commun de
« végétal » n’a jamais reçu d’assignation officielle sur un arbre phylogénétique. Il faut donc s’entendre sur ce qu’on appelle « les végétaux ». Si l’on
entend par « végétal » tout ce qui fait photosynthèse, alors les végétaux
ne sont pas un groupe naturel. En effet, de multiples endosymbioses passées
entre des micro-organismes photosynthétiques et des cellules d’origines
diverses réalisées voici plus d’un milliard d’années font que plusieurs lignages
d’eucaryotes ont acquis la capacité photosynthétique plusieurs fois indépendamment. Ainsi les algues brunes ne sont pas apparentées aux algues vertes,
mais aux diatomées. Si l’on entend par « végétaux » les organismes qui
réalisent la photosynthèse grâce au chloroplaste, alors le groupe des végétaux
correspond à l’acquisition première du chloroplaste et sont appelés « lignée
verte » (qui comprend les algues rouges, les glaucophytes, les algues vertes
et les plantes érigées). Enfin, si l’on entend par « végétaux » les organismes
dotés de certains pigments photosynthétiques, à savoir les chlorophylles a et
b (responsables de la couleur verte), alors les végétaux sont synonymes de
chlorobiontes (algues vertes et plantes érigées). Au sens phylogénétique et
dans les classifications modernes, le « règne végétal » (de Reviers, 2002),
dans son contenu traditionnel, n’existe plus.
Mais qu’en est-il des végétaux à fleurs ? La situation est beaucoup moins
compliquée. En effet, la fleur comme organe nous renvoie à un groupe bien
défini, celui des angiospermes. Cette fleur est constituée fondamentalement de
quatre séries de pièces. Les pièces stériles sont externes (les sépales composent
le calice et les pétales composent la corolle) ; les pièces fertiles sont internes
(les étamines forment l’androcée et les carpelles forment le gynécée). De plus,
les angiospermes réalisent une double fécondation très particulière (qui sera
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LA PLANÈTE FLEURS
décrite dans cet ouvrage). Les couleurs des pétales, les senteurs développées
par les fleurs et les fruits charnus produits par beaucoup de ces plantes vont
poser à notre rigueur un problème d’une autre nature. En effet, les fleurs
stimulent tellement nos sens que les premières appréhensions du monde végétal
sont entachées d’une coupure qui résulte d’une logique divisive : n’a-t-on
pas fait les « cryptogames » et les « phanérogames » ? Les programmes
scolaires de l’école élémentaire ne comportaient-ils pas, il n’y a encore qu’une
petite dizaine d’années, une « connaissance » du vivant où l’on apprenait qu’il
existe des « plantes à fleurs » et des « plantes sans fleurs » ? Tout se passait
comme si la fleur constituait un pôle attractif tellement fort qu’il provoquait
dans nos esprits une sorte de négation de ce qui ne porte pas fleurs pour mieux
glorifier ce qui en porte. Certes, ces réflexes intellectuels relèvent davantage,
on le sait, de considérations de valeurs que d’une classification véritablement scientifique. On a déjà vu cette même logique se mettre à l’œuvre pour
d’autres groupes qui ne sont que des promontoires à la perfection humaine :
les procaryotes qui n’ont pas de noyau cellulaire (ce sont les eucaryotes, dont
l’homme, qui possèdent le noyau), les invertébrés qui n’ont pas de vertèbres
(ce sont les vertébrés, dont l’homme, qui les possèdent), les poissons qui ne
sont pas sortis de l’eau (ce sont les tétrapodes, dont l’homme, qui possèdent les
membres marcheurs), les prosimiens qui n’ont pas les deux os frontaux unis en
un seul (ce sont les simiens, ou singes, dont l’homme, qui les ont), etc. Dans une
classification scientifique, tous les objets méritent d’être regroupés pour ce
qu’ils ont vraiment, et non par l’absence d’une propriété particulière. La raison
en est simple : on peut faire n’importe quel assemblage hétéroclite d’objets et
les mettre dans un ensemble sous prétexte qu’ils n’ont pas quelque chose. La
liste des attributs absents est potentiellement infinie. Les groupes justifiés par
une privation sont un non-sens logique ; ils ne doivent leur existence qu’à un
discours de valeur qui ne devrait pas — en principe — interférer avec la logique
scientifique.
Les fleurs ont donc bien constitué, dans l’histoire des hommes, l’un de ces
pôles attractifs générateurs de non-groupes. Les groupes dans leur acception
traditionnelle comme les bryophytes (hépatiques, anthocérotes, mousses), les
ptéridophytes (lycophytes, filicophytes, sphénophytes), les gymnospermes
(gingkophytes, pinophytes, cycadophytes) sont tous des promontoires soulignant la « perfection » évolutive des plantes à fleurs (les angiospermes). Mais
la logique phylogénétique a rattrapé les botanistes. Les plantes terrestres (les
embryophytes) allaient être reclassées pour ce qu’elles partagent vraiment. Ces
anciens groupes ont donc éclaté ou bien ont été redéfinis : ainsi par exemple,
les bryophytes ne comprennent plus que les mousses véritables. Aujourd’hui,
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pr é face
c’est-à-dire depuis pas plus de trois décennies, le grand programme qui
consiste à classer par les degrés relatifs d’apparentement est même venu
bouleverser notre classification des plantes à fleurs. Le bouleau est plus
apparenté au haricot qu’au platane. Ce bouleversement est pour une certaine
part produit par l’accès aux caractères moléculaires, mais pas seulement. Les
changements dans nos modes de pensée et nos méthodes de travail y sont
pour beaucoup. L’analyse des traits anatomiques continue de contribuer à ce
vaste chantier de la compréhension de la diversité des plantes à fleurs.
Durant les 130 millions d’années de leur existence connue, les plantes à
fleurs ont contribué à remodeler les paysages à tel point que nous avons du
mal à imaginer un monde jurassique sans fleurs. De cette histoire sont issues
actuellement quelque 240 000 espèces répertoriées (Lecointre et Le Guyader,
2006), dont les relations sont — scientifiquement parlant — en chantier. Mais
cette histoire est surtout génératrice de faits d’évolution dont il nous reste
des traces aujourd’hui, traces que nous décrit Gérard Guillot dans le présent
ouvrage. Étudier la biodiversité ne consiste pas seulement à compter les
espèces. C’est aussi spécifier des différences, des ressemblances et des liens
entre entités, des entités qui peuvent être des populations, d’espèces ou même
d’écosystèmes. Ces liens sont de nature fonctionnelle lorsqu’on est écologue
ou physiologiste. Mais ces liens sont aussi, dans la profondeur de l’histoire, des
liens généalogiques que le systématicien traduira en degrés relatifs d’apparentement. À l’heure de la synthèse des connaissances, ces deux approches
doivent être pensées en même temps. Sinon on aboutit à des contradictions.
Car pensée en termes fonctionnels, la biodiversité du Jurassique comparée à
celle d’aujourd’hui vous fera conclure que les dinosaures ont disparu. Pensée en
termes structuraux, classificatoires (et donc historiques), la même comparaison
conclura que les dinosaures n’ont pas disparu : les oiseaux portent encore la
marque de fabrique des dinosaures, même s’ils sont fonctionnellement très
différents de ceux du début du Jurassique. Pensés en terme fonctionnels,
on échoue à interpréter l’existence de l’appendice ou bien le trajet du nerf
contrôlant le diaphragme chez l’homme. Pensés en termes historiques, la
première est un reliquat, le second le fruit historique d’une structure dont
le trajet qui la sépare de l’arrière de la tête ne cesse de s’allonger depuis
380 millions d’années.
Comprendre la biodiversité, c’est donc comprendre ce que l’on regarde (le
« quoi »), qui passe par la taxonomie, la systématique, l’anatomie comparée,
la phylogénie, parce que la question « quoi » est indissociable, dans la biologie
d’aujourd’hui, de la question « d’où cela vient-il ? ». Comprendre la biodiversité, c’est ensuite comprendre son fonctionnement qui relève de la question
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LA PLANÈTE FLEURS
« comment cela marche-t-il ? », autant posée dans l’organisme (génétique,
biochimie, physiologie, embryologie. . .) qu’à l’extérieur de celui-ci (écologie,
éthologie, sociologie. . .). Gérard Guillot réussit ce tour de force de parvenir à
nous conter la biodiversité des plantes à fleurs en mariant les deux exigences,
pour le plus grand bonheur du botaniste amateur, du naturaliste, de l’enseignant
et même du scientifique. . . non botaniste.
Guillaume Lecointre,
professeur au Muséum national d’histoire naturelle
Bouleau à papier en
fleurs : les bouleaux
sont plus apparentés
aux haricots qu’aux
platanes !
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