là et ci-contre, du support intégral de mon intervention

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Les médias sont-ils anticatholiques ?
“Faut-il avoir peur ?” Faut-il avoir peur des medias ? Peur de leur façon de nous traiter, nous,
catholiques ? Peur de leur influence sur le monde, la société ? Peur de l’avenir qu’ils réservent à
notre Eglise ?
Sans aller jusqu’à évoquer la peur, il est évident que les relations entre les medias et les catholiques
sont empreintes d’une forme de défiance réciproque.
L’été dernier, j’étais au pèlerinage de Vézelay. Le dimanche matin, les pèlerins se recueillent devant
une icône de Saint Joseph. Chacun est invité à donner une intention de prière, s’il le souhaite. Au
milieu des nombreuses intentions, pour des malades, des personnes au chômage etc, une intention a
soudainement jailli : “prions pour l’Eglise, salie par les medias !”. Ce qui a jeté un froid. Et au milieu
du froid, une réponse : un “prions pour les journalistes !”. Deux attitudes, donc. Assez révélatrices de
la perception des journalistes par les catholiques.
Il est bien possible que nous balancions, nous-mêmes et chacun d’entre nous, entre ces deux
attitudes. Parfois charitablement disposés, parfois souverainement agacés.
Sur le Net, certains s’emploient assidûment à “réinformer”. Et j’en prends ma part lorsque l’occasion
s’impose. D’autres choisissent plutôt d’engager le dialogue avec des journalistes. Et j’en prends ma
part lorsque l’occasion se présente.
Mais cette volonté de dialogue elle-même, si elle apparaît bien disposée, n'est-elle pas le signe d'une
relation difficile ? On n'évoque le dialogue qu'entre des positions différentes, si ce n'est antagonistes.
Puisque l’on est dans le propos préliminaire, permettez-moi d’esquisser quelques bases : "les
médias" n'existent pas. Une telle entité cohérente n’existe évidemment pas. En premier lieu, medias
audiovisuels et presse écrite n'ont pas nécessairement une attitude similaire. Plus encore, la presse
nationale généraliste et la presse quotidienne régionale ne se distinguent pas de la même manière
vis-à-vis de l'Eglise et des catholiques, la PQR se montrant nettement moins hostile à l'Eglise.
Et puis, nous serions de piètres catholiques si nous n'accordions pas toute notre attention aux
individualités, aux personnes, au sein « des medias ». Il y a parfois des individualités spécialement
hostiles, ou au contraire sans a priori, même si l'importance de l'individu est à relativiser par celui de
la ligne éditoriale.
Comme l’écrit Guillaume de Prémare (Eglise, communication et médias, Editions du Cerf, Revue
d’éthique et de théologie morale, 2009/3 – n°255) :
« Il y a dans le christianisme une confiance anthropologique de fond, qui doit nous aider à
croire fermement qu’il y a des hommes et des femmes de bonne volonté dans tous les milieux
et qu’il se trouve toujours des personnes, croyantes ou non, qui sont prêtes à devenir des
coopérateurs de la vérité et du bien commun. Pour identifier ces personnes, ou les révéler à
elles-mêmes, il convient d’entrer en dialogue. Et ce dialogue implique la rencontre. »
Mais ceci posé, oui, il y a de l’anticatholicisme dans les médias.
Cette appréciation doit néanmoins être modérée à deux égards :
(i) D’une part, cet anticatholicisme supposé n’est peut-être que de l’a-catholicisme, nombre de
medias étant autant marqués par l’ignorance – pour ne pas parler d’incompétence - que par
l’hostilité.
(ii) D’autre part, cet anticatholicisme n’est pas nécessairement conscient, mais d’autant plus
ancré qu’il procède d’une vision commune du monde profondément intégrée par chacun,
dans son media, et peu compatible avec le christianisme.
Réciproquement, l’Eglise elle-même est peut-être marquée par un comportement antimédiatique.
Lui-même délibéré ou simplement profondément ancré.
L’idée d’une totale compréhension entre medias et Eglise relève peut-être d’ailleurs d’un rêve
confus, inatteignable… voire peut-être pas souhaitable.
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Des medias anticatholiques, ou a-catholiques ?
1. L’anticatholicisme médiatique existe, je l’ai rencontré. Trois exemples, en 2009, 2010, 2011.
2009. Défendant un article d’une journaliste qui critiquait notamment l’un de mes propres billets, le
rédacteur en chef du site d’un hebdomadaire national français commençait par rappeler les valeurs
de toujours de son journal : « démocratie, tolérance, laïcité… » avant d’enchaîner immédiatement sur
ceci :
« un journaliste n’est pas tenu à l’objectivité mais à l’honnêteté. Je ne serai pas objectif en
parlant de Kim Il Jong, d’Omar el Béchir, du rabbin Kahane (puisque vous allez m’en demander
un), d’Amadinejab ou du pape Benoît XVI: je rapporte les faits et ne me priverai pas, les
concernant, de dire ce que j’en pense. »
Que le journaliste ne soit pas tenu à l’objectivité mais à l’honnêteté, je peux le comprendre. Ailleurs,
j’ai entendu que le journaliste n’était pas tenu à l’objectivité mais à la neutralité. Mais est-il honnête
de mettre dans une même liste Benoît XVI et les dictateurs Kim Il Jong, Omar el Béchir, Ahmadinejad
ou encore le rabbin Kahane ?
C’est un exemple.
2010. Autre exemple : il y a un peu plus d’un an, au plus fort de la crise relative aux actes pédophiles
dans l’Eglise, nous lançons un appel : l’Appel à la Vérité. Son intention est d’appeler à la vérité sur les
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actes de pédophilie mais également à la vérité sur l’action de Benoît XVI, et celle qu’il a eu lorsqu’il
était préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi.
L’attitude des medias nous évoque une chasse au scalp d’autant plus injuste, idiote et contreproductive que Benoît XVI est probablement le pape (et avant le cardinal) le plus engagé dans la lutte
contre les actes pédophiles.
Nous publions donc un appel dont les termes sont somme toute assez mesurés, même si nous
pointons le fait que de nombreux medias « traitent ces affaires avec partialité, méconnaissance ou
délectation ». Nous appelons les medias à un traitement plus déontologique de ces affaires et nous
précisons :
« Les phénomènes d’emballement médiatiques ne sont pas réservés, et de loin, à l’Église ; mais
nous sommes fatigués et meurtris de cet emballement-là. Nous pensons à tant de prêtres qui
portent avec courage, et parfois dans la solitude, le message du Christ. »
Voyez comme Natalia Trouiller, auteur de ce texte elle-même journaliste, avait pris soin de replacer
ce traitement dans le cadre de phénomènes plus larges d’emballements médiatiques.
Cet appel est cité par des personnes aussi peu fantaisistes que Jean-Luc Marion, Rémi Brague,
Fabrice Hadjadj ou encore Claude Bébéar... En quelques jours à peine, plus de 40.000 personnes vont
signer cet appel, dont de nombreux journalistes.
Pourtant, lorsque nous contactons la responsable du service religion de l’AFP, nous nous heurtons à
un refus catégorique de publication. Ceci ne donnera pas lieu à la moindre dépêche. On pouvait
pourtant penser que la seule liste des premiers signataires était déjà en soi une information, surtout
lorsque l’on voit ce qui ordinairement peut mériter une dépêche selon l’AFP.
Au final, Patrice de Plunkett nous ayant conseillé de faire publier l’appel dans l’Osservatore Romano
pour contourner cette obstruction, il a obtenu cette parution… et une dépêche AFP a donc fini par
être publiée.
Autre exemple.
2011. Les JMJ. Selon un schéma très classique, la venue du pape est précédée de critiques et
d’interrogations sur son coût.
Mais cette fois-ci, le thème va perdurer. Pas une dépêche de l’AFP, ou presque, qui ne commence ou
ne finisse, quel que soit le sujet, sur une mention de la polémique sur le coût des JMJ. De fait, le
«coût des JMJ » va fournir l’angle quasi-unique de la presse écrite nationale et un peu au-delà.
Le lundi suivant les JMJ, je participais à une émission d’Europe 1 dans lequel on évoquait le coût des
JMJ - à cet égard lorsque j’indique que le président de la chambre de commerce de Madrid évalue à
160 millions d’euros les retombées pour le commerce local, une chroniqueuse change d’angle :
« donc, vous nous expliquez que les JMJ sont une très bonne entreprise commerciale ?! » - et, en
sortant, un journaliste me propose gentiment de m’interviewer… sur le coût des JMJ. L’intention
était bonne mais elle témoigne du fait que les JMJ ont été massivement appréhendées sous cet
angle, du fait d’une vision orientée ab initio.
Et puis, il y eut les quelques manifestations.
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Un responsable de la communication des JMJ en France a d’ailleurs recensé les dépêches de l’AFP et
noté que plus de 45% d’entre elles mentionnaient les manifestations anti-JMJ, et que c’était le sujet
unique de 30% d’entre elles. Et encore : leur traitement est là encore orienté.
Ainsi, un nombre limité de manifestants se rassemble Puerta Del Sol. On y voit des religieuses se faire
huer, des prêtres être insultés. Des photos publiés sur un blog de Reuters, Faithworld sont à cet
égard explicites. Certains manifestants chargent même les pèlerins. Or il n’en sera fait aucune
mention dans la presse généraliste, qui ne fait mention que des violences policières.
Mieux, lorsque, à « pédérastes, attention aux enfants » et à « votre pape est un nazi », les pèlerins
répondent par « esta es la juventud del papa », « vive le pape » et « allelulia », l’AFP décrit un
« échange d’insultes » (exe : NouvelObs, 20Minutes). Comme si l’agression était réciproque.
Enfin, de nombreux catholiques, parmi lesquels de nombreux journalistes avec lesquels je m’en suis
entretenu, ont été choqués par le fait que Le Monde ait décidé d’occulter purement et simplement
l’évènement.
Certains étaient déjà surpris que la journaliste spécialisée Religions soit précisément en vacances lors
d’un tel événement mondial. Mais la surprise a été encore plus grande de constater que Le Monde
n’a publié aucun article le vendredi, aucun article le samedi, et aucun article le dimanche sur les JMJ,
comme si le rassemblement d’1.500.000 jeunes n’était pas une information. Un article viendra, le
lundi, sur un quart de page, en page 9.
Voilà quelques exemples de traitement peu empreints de la neutralité que l’on peut attendre des
medias. On pourrait encore évoquer le traitement unilatéral des affaires de l’Eglise, l’hallali
déclenchée par les propos du pape sur le préservatif (on y reviendra), mais il ne s’agit pas de faire ici
une recension des griefs.
C’est que, si l’anticatholicisme existe, il n’est pas certain qu’il explique majoritairement
l’incompréhension entre l’Eglise et les medias.
2. Une concurrence de magistères
Dans son ouvrage, Le dilemme du Chartreux, Pierre de Charentenay évoque en première partie « Le
nouveau magistère ».
Il écrit ainsi que le christianisme :
« remplissait toutes les fonctions de médiation pour définir le croire et créer des communautés.
Les mentalités et les productions culturelles ont maintenant d’autres références, la télévision, la
radio, la communication. Ces nouveaux instruments façonnent la toile de fond de nos manières
de penser et d’agir » (Le dilemme du Chartreux, p.15)
Il cite encore le cardinal Martini qui, dans Le rêve de Jérusalem (2009) :
« Il est permis d’espérer que les pays de l’Est tireront les leçons de nos erreurs. Il ne faut pas
que les choses se passent comme dans cette ferme des Alpes où d’un jour à l’autre la prière
vespérale du Rosaire a été remplacée par le téléviseur ».
Ainsi, les medias auraient remplacé l’Eglise, le curé (et l’instituteur… ?). De fait, ils portent bien
souvent un discours dont le substrat est défavorable à l’Eglise.
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Il ne s’agit pas là d’une hostilité déclarée, active, militante mais d’une disposition d’esprit
généralisée.
Pierre de Charentenay évoque ainsi des medias libertaires, qui se refusent à poser des marques. La
télévision, c’est le règne de « c’est mon choix » ou de « ça se discute », dans lequel Jean-Luc Delarue
pouvait certes faire de belles émissions mais pouvait aussi interroger avec la même intensité dans le
regard un jeune couple qui choisit l’abstinence avant le mariage et un amateur d’orgies sexuelles, le
tout regroupé dans le même cadre des sexualités différentes.
Pierre de Charentenay écrit ainsi :
"cette volonté des médias d'aller de l'avant sans interdit est aussi liée à une évolution du
monde moderne qui n'est pas sensible à l'idée du mal. Tous les comportements sont mis sur le
même plan. L'interrogation morale n'a pas à s'y exercer selon un critère qui diviserait la réalité
en bien et mal. Pour beaucoup, l'authenticité de la vie et de l'action prime sur sa qualification
morale, tout spécialement sur le plan religieux. C'est l'intensité de la vie qui compte, non son
rapport au bien. Or c'est la force du christianisme de savoir affronter le mal sans l'éviter, ce
que les médias se refusent à faire" (p.51).
Le bien et l’authenticité se confondent. L’absence d’interdit devient nécessairement un bien. Et l’on
peut voir comme, même sans le vouloir explicitement, certaines informations vont être qualifiées
d’office d’ « avancées » (diagnostic pré-implantatoire, adoption par des homosexuels, mères
porteuses…).
Il y a ainsi une forme de concurrence entre l’Eglise et les medias à laquelle on pourrait rattacher le
fait que, le cas échéant, l’hostilité des medias s’oriente davantage vers l’institution que vers les
croyants et les personnes. Le pape mis à part, puisqu’il incarne l’institution, les medias aiment les
individualités qui, d’ailleurs, peuvent rentrer dans la case des « rebelles ». Ils les aiment d’ailleurs
tant parfois qu’ils gommeraient volontiers le fait qu’ils appartiennent bel et bien à cette Eglise. Ainsi
n’ont-ils de cesse que de souligner ce qui pourrait distinguer Sœur Emmanuelle de l’Eglise, ou encore
l’Abbé Pierre, sécularisé de force à sa mort alors que, quoiqu’en pensent les medias, il est resté fidèle
à l’Eglise.
3. "N’attribuez jamais à la malveillance ce qui s’explique très bien par l’incompétence" (Napoléon)
Sous cette citation peu amène, je voudrais évoquer les impératifs des médias, peu compatibles avec
un traitement juste de la religion, et puis également certains de ses travers.
• Tout d’abord, il existe de moins en moins de journalistes spécialisés dans les affaires religieuses
dans les medias. On peut encore en citer quelques-uns, mais tout le monde s’accorde à dire que
l’espèce est menacée, et que la rubrique Religion peut facilement échoir à celui qui était en
charge de la rubrique Société, quand il ne provient pas de la rubrique Economie.
S’ensuivent des approximations et des incompréhensions. Ce phénomène ne s’arrange pas avec
une autre donnée, commune à l’ensemble de la société : les nouvelles générations ne baignent
plus dans une culture leur permettant de comprendre la religion et, en premier lieu, la religion
catholique.
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Auparavant, même les plus hostiles au catholicisme partageaient des références, avaient eu vent
de la Bible, savaient distinguer un conclave d’un concile.
C’est de moins en moins le cas. Et le web n’arrange pas forcément les choses : les journalistes des
rédactions web sont souvent polyvalents, c’est-à-dire approximatifs sur tous les sujets.
Il faut encore noter que souvent, l’ancienne génération ne met plus les pieds à l’Eglise et en garde
une vision pré-conciliaire elle-même caricaturée, qui est d’ailleurs transmise aux jeunes
générations - journalistes ou non, d’ailleurs - dont les objections visent souvent l’Eglise de leurs
grand-parents.
•
On entend souvent que l’Eglise utiliserait un vocabulaire imperméable. Mais l’imperméabilité du
vocabulaire, ou la technicité du sujet, n’empêche pas les medias d’avoir des spécialistes du rugby.
Il faut pourtant apprendre les règles et savoir ce que signifie : « le cochon est dans le maïs ».
Mais il faut d’ailleurs bien noter à ce stade qu’une erreur n’est pas une agression.
A titre d’exemple, lorsqu’il a été question d’interdire les prêches en arabe, un journaliste web
d’une rédaction prestigieuse avait écrit qu’il faudrait dans ce cas interdire également les prêches
en latin ! Nous aurions pu y voir une volonté de mise en cause de l’Eglise. A la suite de Sophie
Lebrun, aujourd’hui à Témoignage Chrétien, j’ai juste indiqué au journaliste, sur Twitter, que
même les Lefebvristes seraient incapables de prêcher en latin… Il a tout de suite modifié son
article.
Les journalistes web sont encore plus soumis à la pression et à l’urgence, puisque la page
d’accueil d’un site d’information doit sans cesse être renouvelée pour inciter aux visites. Cela ne
leur permet de combler leurs lacunes compréhensibles en contactant des personnes plus avisées.
Le rythme du web place d’ailleurs d’autant plus les medias sous la coupe de l’AFP, dont on a vu
qu’elle n’est pas la mieux disposée à l’égard de l’Eglise. On retrouve dès lors bien souvent
exactement le même propos à la Une de tous les sites, sans analyse, mise en contexte ou remise
en cause.
• Les medias sont également marqués par une logique structurelle qui ne brille pas par sa
compatibilité avec le catholicisme ou, à tout le moins, avec l’esprit que chérissent les catholiques.
Quelle logique ? Rapidité, sensationnalisme, bruit, et « plus grand nombre » comme critère de la
vérité.
Internet, encore lui, y participe, avec ces sondages permanents sur tous les sites qui, pour jouer
l’interaction avec les lecteurs, véhiculent surtout l'idée que l'on peut sonder sur tout.
On pourrait aussi ajouter cela une propension à transformer les débats en juxtaposition de
positions binaires, excluant en particulier dans les talk-shows télévisés ou radiophoniques les
positions nuancées.
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Et lorsque l’Eglise tente, sous l’impulsion de Benoît XVI, de présenter son message sous l’angle
positif de ce qu’elle propose et non de ce qu’elle interdit1 , des medias renversent de nouveau la
démarche (pour plus de lisibilité ?) pour ramener l’Eglise à une institution moralisante.
Ce fut le cas pour la déclaration du pape relative au préservatif qui, d’une déclaration incitant à ne
pas se cantonner à la distribution de préservatifs pour lutter contre le Sida, mais à impliquer
« l’âme » est devenue, par la magie d’une dépêche AFP : « le pape conteste l’efficacité du
préservatif », la première ligne de la dépêche stigmatisant la position de l’Eglise « contre l’usage
du préservatif »2.
Ce fut encore le cas d’une déclaration du pape invitant à apporter « un grand oui à la beauté de
l’Amour » qui sera rapporté comme une « condamnation de la contraception »3.
• Les medias, en tout premier lieu les medias audiovisuels, sont aussi terriblement conformistes, et
conformistes par nature. Suivre des journalistes sur Twitter, où leur parole est plus libre, donne
une idée assez précise de l’unanimisme ambiant parmi les journalistes.
Les journalistes doivent en outre produire du consensus, pour générer de l’audience. Ils finissent
même par pratiquer l’anticonformisme consensuel.
Combien de medias s'offrent le luxe d'être iconoclastes ? Quelles émissions, quels titres, se
proposeraient de prendre certains grands thèmes de controverse à rebours ? Prenez Pie XII, par
exemple : quel media serait assez anticonformiste pour faire valoir les nombreux documents en sa
faveur ?
Pour prendre un autre exemple, on se souviendra de cette phrase :
« L’empereur Manuel était déjà à cette époque vassal de l’empire ottoman. Il ne pouvait donc
absolument pas attaquer les musulmans. Mais il pouvait poser des questions vivantes dans le
dialogue intellectuel. Seulement la communication politique, de nos jours, est ainsi faite qu’elle
ne permet pas de comprendre ce type de contextes subtil. »
C’était le propos de Benoît XVI dans le fameux discours de Ratisbonne qui allait déclencher la
première tempête de son pontificat. Et ce propos trouve parfaitement à s’appliquer à notre
thème : il devient difficile de « poser des questions vivantes dans le dialogue intellectuel » ou, à
tout le moins, ce qui n’est pas la même chose, dans le champ médiatique.
Les talk-shows fournissent trop souvent un brouet pédant qui rebat des idées recuites sur la
religion. Je pense notamment à un débat chez Franz-Olivier Giesbert dans lequel les seuls points
de vue dignes d'intérêt étaient ceux d’Onfray ou de Fourest, dans lequel ces derniers invoquaient
encore l'Inquisition et les guerres de religion.
Il y a un vrai manque de curiosité, d'ouverture à la différence. Il y a en somme des différences
authentifiées, qui bénéficient du label "différence", et celles auxquelles on ne s'ouvre pas.
1
2
3
« le christianisme, le catholicisme, n’est pas une somme d’interdits, mais une option positive. Et il est très important que
cela soit à nouveau visible, car aujourd’hui cette conscience a presque totalement disparu. » (Benoît XVI, 5 août 2006,
cité dans Église, Communication et Médias, G. de Prémare, p. 14 et accessible sur le site du Vatican).
Cf. Pourquoi le pape a mauvaise presse, Bernard Lecomte, éd. Desclée de Brouwer, p.152.
Cf. « Non le pape n’a pas « condamné la contraception » » (eh oui, je me cite).
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Il y a aussi un manque d'ambition intellectuelle. Que ce soit la télévision ou le cinéma, trop
souvent on se borne au propos consensuel et on pense ne pouvoir faire de l'audience qu'avec du
propos bas de gamme alors que les exemples sont nombreux dans lesquels des programmes
ambitieux remportent un vrai succès. Et l'on s'en étonne à chaque fois.
Une Eglise antimédiatique
Il serait évidemment trop facile de mettre toute la responsabilité sur le compte des medias.
•
L’Eglise commet des erreurs voire des fautes de communication.
Lorsqu’elle procède à la levée des excommunications des évêques lefebvristes, il n’est déjà pas
compréhensible qu’elle n’ait pas porté davantage d’attention aux propos de Mgr Williamson, mais
il est également sidérant que le Vatican ne distribue pas une note quelconque aux évêques ou, à
tout le moins, à quelques cardinaux, pour leur faire connaître avec précision le statut de ces
évêques, celui des prêtres, celui des fidèles. Durant quinze jours, chacun se retrouve ainsi à
bricoler sa réponse avec ses connaissances en droit canon au lieu de tenir un discours cohérent.
Le meilleur exemple est peut-être celui de la déclaration du pape sur le préservatif. Bien
évidemment, une certaine partie de la presse ne s’est pas montrée bien disposée à l’égard du
pape. Mais franchement, était-ce une surprise ? La polémique devait être anticipée et, dans la
mesure où les questions étaient traitées en avance, la réponse aurait dû être ciselée.
C’est ce que relève de façon très intéressante Guillaume de Prémare dans l’article précité : avant
cette déclaration de 2009, le pape avait tenu un discours très similaire à trois journalistes
allemands pour une interview télévisée, diffusée le 5 août 2006.
A la question, « pourquoi l’Eglise insiste-t-elle autant sur la morale plutôt que sur les efforts
destinés à apporter une solution concrète à ces problèmes cruciaux pour l’humanité, par exemple
sur le continent africain ? », le pape avait notamment répondu que l’on n’insiste pas
suffisamment sur la morale et dit ceci :
« C’est pourquoi la vraie recette, c’est la formation de la personne humaine. Et cette
formation – pour être bref – a deux dimensions : tout d’abord, naturellement, nous devons
apprendre, acquérir des connaissances, des compétences, le « know how » comme on dit.
L’Europe, et au cours des dernières décennies, l’Amérique, ont fait beaucoup dans cette
direction, et c’est important. Mais si on se limite à propager uniquement le « know how », si
on enseigne seulement la façon de construire et d’utiliser les machines, et le mode d’emploi
des contraceptifs, alors il ne faut pas s’étonner si on finit par se retrouver avec des guerres
et des épidémies de Sida »
Comme le fait remarquer Guillaume de Prémare, une telle déclaration n’a pas donné lieu à une
levée de boucliers. Parce qu’elle s’insérait dans un développement pédagogique, construit et
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parce que le propos ne pouvait pas être scindé pour en ôter la logique et, spécialement ceci : « s’il
n’y a pas l’âme, si les Africains ne s’aident pas… ».
Il est surprenant que ce travail n’ait pas été fait en amont. Toujours est-il que l’on ne peut pas
attendre des medias qu’ils se montrent bien disposés si l’on ne prend pas soin de présenter
correctement le message.
• Et puis, de la même manière que les medias ont une logique structurelle (caractérisée par un
triptyque émotion – immédiateté – audience) en partie incompatible avec le propos de l’Eglise,
celle-ci développe parfois des réflexes qui l’écartent des medias.
C’est ainsi notamment que, tandis que les medias réclament de « bons clients », l’Eglise tend à se
méfier des individualités, susceptibles de pêcher par orgueil, d’instrumentaliser l’Eglise à leur
profit.
De même, l’Eglise peut se complaire dans un mépris des choses de ce monde, dans une variante
de Jean : « vous êtes dans le monde, dit Jésus, mais vous n’êtes pas du monde ». Et puis, après
tout, « le monde tourne, la Croix reste » et « la vérité s’impose par la seule force de la vérité »
(Dignitatis Humanae).
Autant de propos qui peuvent certes rassurer parfois mais qui, mal compris, peuvent aussi
conduire à négliger de faire de légitimes efforts de communication.
*
*
*
Conclusion : “Don’t hate the medias, be the medias”
C’est l’appel bien connu d’un activiste américain, Jello Biaffra. Signe que les inspirations peuvent être
multiples.
1. Don’t hate de medias : il y a de bonnes surprises.
Les mêmes medias que l’on pourrait soupçonner parfois d’anticatholicisme dans certaines de
leurs publications ou réactions publient aussi des documents à la tonalité plus favorable :
c’est le cas des dossiers de Pâques de l’Express (« Le grand retour des cathos » en avril 2008,
« Les nouveaux cathos » en avril 20114), cette semaine même, le reportage interactif du
Monde.fr, « Notre-Dame du Net ».
4
On y lit ces sous-titres : « le catho n’est pas coincé, le catho est décroissant, le catho a du style, le catho est sincère ». Et
le catho est pantois de lire cela.
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On peut encore penser à l’accueil très favorable réservé à « des Hommes et des Dieux »,
même s’il a fallu que nombre de medias prennent soin de souligner qu’il ne s’agirait pas d’un
film de foi.
2. Le dialogue n’est pas une option : du point de vue de l’efficacité comme de la spiritualité, le
dialogue est un impératif. Les catholiques ne gagneront rien à l’affrontement et s’alièneront
les mieux disposés, les indécis. D’un point de vue spirituel, outre le fait que l’affrontement
n’est pas toujours des plus évangéliques (même s’il n’est pas à exclure par principe), il suscite
un réflexe de repli, de crispation, une mentalité d’assiégés. Or, les assiégés ont, de fait, déjà
perdu et se rendent de plus incapables de la joie, de la bienveillance et de l’ouverture qui
devraient caractériser les chrétiens.
3. Be the media : faut-il avoir peur ? Non, il faut s’activer. En particulier, Internet permet de
grandes choses. Certes, on peut y trouver le pire mais Internet permet aussi une certaine
forme de désintermédiation. Il met aussi le doigt sur le pire des medias et notamment sur le
conformisme et la standardisation. Au final, on trouve plus d'analyses susceptibles d'éveiller
sur le Net. Plus d'iconoclasme. C’est peut-être aux catholiques, aujourd’hui, d’être les
iconoclastes du culte médiatique.
Erwan Le Morhedec / Koz
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