DES PROGRAMMES DE SANTÉ EN ENTREPRISE

DES PROGRAMMES DE SANTÉ EN ENTREPRISE
GUIDE PRATIQUE
DES PROGRAMMES DE SANTÉ
EN ENTREPRISE
SÉR I E
PRATI QU E
N°3
Auteurs :
Charles Defrance, Thomas Miklavec (Sanisphere)
en collaboration avec Laurent Aventin (PCS), Félix de Marliave (PCS),
Jean Loup Rey (GIPSE) et Olivier Vilaça (Indépendant)
GUIDE PRATIQUE
DES PROGRAMMES DE SANTÉ
EN ENTREPRISE
AV R I L
2 0 1 0
TAB LE DES MATIÈR ES
GUIDE DES PROGRAMMES DE SANTÉ EN ENTREPRISE
LISTE DES ACRONYMES
6
LISTE DES TABLEAUX ET ILLUSTRATIONS
7
AVANT-PROPOS
8
PARTIE 1
9
Comprendre le VIH/sida, le paludisme et la tuberculose
FICHE 1
Le VIH/sida
10
FICHE 2
Le paludisme
13
FICHE 3
La tuberculose
16
PARTIE 2
19
Les moyens de lutte contre le VIH/sida
FICHE 4
Sensibilisation et prévention
20
FICHE 5
Les programmes de Pairs-Educateurs
24
FICHE 6
Le dépistage du VIH/sida
28
FICHE 7
L’accompagnement de la prise en charge du VIH/sida
31
PARTIE 3
35
Les moyens de lutte contre le paludisme
FICHE 8
L’IEC pour le paludisme
36
FICHE 9
Le contrôle vectoriel
39
FICHE 10 Moustiquaire et protection individuelle
43
FICHE 11 La protection spécifique des personnes à risque
47
FICHE 12 L’accompagnement de la prise en charge du paludisme
50
PARTIE 4
53
Les moyens de lutte contre la tuberculose
FICHE 13 IEC et prévention de la tuberculose
13
FICHE 14 Le dépistage de la tuberculose
56
FICHE 15 Accompagner la prise en charge de la tuberculose
59
PARTIE 5
63
Les moyens de lutte contre les autres maladies
FICHE 16 La santé de la mère et de l’enfant
64
FICHE 17 Les maladies de civilisation
67
PARTIE 6
71
La gestion de programme : phase préparatoire et gestion opérationnelle
FICHE 18 L’analyse de la situation
72
FICHE 19 Les études CAP
78
FICHE 20 La promotion du programme en interne
82
FICHE 21 La définition d’un programme intégré (1/2) : la stratégie
86
FICHE 22 La définition d’un programme intégré (2/2) : le cadre logique
91
FICHE 23 Les acteurs de la lutte contre les 3 pandémies
93
FICHE 24 Les partenariats
96
FICHE 25 La gestion de projet
102
FICHE 26 Le suivi-évaluation
104
6
SOMMAIRE
LISTE DES ACRONYMES
ACT Artemisinin Combined Treatment
ARV Anti-Rétroviraux
BCG Bacille Calmette Guérin
BK Bacille de Koch
CAP Connaissances Attitudes Pratiques
CCM Comité de Coordination Multisectoriel
DNID Diabète Non InsulinoDépendant
DOT Directed Observed Treatment
IEC Information Education Communication
IMC Indice de Masse Corporelle
IRS Indoor Residual Spraying
IST Infection Sexuellement Transmissible
HSE Hygiène Sécurité Environnement
HTA Hypertension Artérielle
MII Moustiquaires Imprégnées d'Insecticides
OMS Organisation Mondiale de la santé
PE Pair-Educateur
PEV Programme Elargi de Vaccination
PNLP/PNLS Programme National de Lutte contre le Paludisme / contre le Sida
PTME Prévention de la Transmission Mère-Enfant
PVVIH Personne Vivant avec le VIH
RSE Responsabilité Sociale des Entreprises
SIDA Syndrome d’Immunodéficience Acquise
TPI Traitement Préventif Intermittent
VCT Voluntary Counselling and Testing
VIH Virus de l’Immunodéficience Humaine
7
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
LISTE DES TABLEAUX ET ILLUSTRATIONS
Figure 1
Prévalence du VIH/sida chez les adultes en Afrique, ONUSIDA, 2007
Figure 2
Fréquence observée des principales manifestations du paludisme
Figure 3
Estimation des coûts annuels respectifs de 5 moyens de protection individuelle
utilisés pour une famille de 5 personnes, dormant dans 3 lits différents disposés
dans 2 pièces
Figure 4
La chimioprophylaxie du paludisme selon les zones de résistance à P. falciparum,
tableau adapté à partir des recommandations de l’OMS
Figure 5
Typologie de la corpulence en fonction de l’Indice de Masse Corporelle
Figure 6
Tableau comparatif des forces et faiblesses des études qualitatives et quantitatives
Figure 7
Feuille de calcul - coût du VIH/sida
Figure 8
Feuille de calcul - coût du paludisme
Figure 9
Mise en évidence de l’impact économique et humain du VIH/sida sur l’entreprise et
des bénéfices attendus d’un programme
Figure 10 Le cadre logique
Figure 11 Différents partenaires, différents partenariats et différentes approches
Figure 12 Les indicateurs de mise en œuvre d’un programme contre le VIH/sida
Figure 13 Les indicateurs de mise en œuvre d’un programme contre le paludisme
Figure 14 Les indicateurs de résultat d’un programme contre le VIH/sida
Figure 15 Les indicateurs de résultat d’un programme contre le paludisme
Figure 16 Le gain net d’un programme
8
AVANT-PROPOS
AVANT-PROPOS
ambition de cet ouvrage est de fournir un support à l’action de toute personne qui, au sein de
son entreprise, est impliquée dans la conception, la mise en oeuvre et la gestion de
programmes de santé à destination des employés :
L’
• En offrant en un même document une vision élargie des opportunités qui s’offrent à
l’Entreprise pour améliorer les conditions de santé de ses employés.
Une littérature abondante et de qualité est déjà disponible sur les programmes de lutte contre le
VIH/sida en entreprise. Les supports sont plus rares sur le paludisme, la tuberculose, la santé de
la mère et de l’enfant et les maladies de civilisation.
• En offrant l’information et les outils essentiels à la mise en place d’un programme de
santé, accompagnés des références indispensables au lecteur désireux d’aller plus loin.
Chaque sujet mériterait à lui seul un ouvrage dédié. Ce document se veut une synthèse accessible
de l’existant, retenant l’information clé et apportant une orientation éclairée vers les sources
pertinentes lorsqu’un approfondissement est nécessaire.
Sa vocation est de sensibiliser à l’importance du rôle que l’entreprise peut décider de jouer sur le
plan sanitaire, aux moyens d’action dont elles disposent et aux approches appropriées à une mise
en œuvre efficace. En aucun cas ce guide ne constitue un ouvrage de référence à la prise en charge
des pathologies mentionnées, laquelle relève des politiques nationales et du médecin.
La première partie de l’ouvrage est principalement informative, apportant les connaissances de base
sur le VIH/sida, le paludisme et la tuberculose (Partie 1) et sur les techniques de lutte : prévention,
dépistage, accompagnement de la prise en charge… (Parties 2 à 5)
La seconde partie est d’une nature plus pratique, apportant un cadre et des outils à la conception,
la gestion et l’évaluation de programmes de santé.
Pour faciliter le parcours du lecteur, chaque fiche est composée d’encadrés de différente nature :
L’ESSENTIEL
Pour en savoir +
MISE EN ŒUVRE
FOCUS
EXEMPLEASTUCE
Un encadré résumant l’essentiel du contenu de la fiche est présenté en
début de fiche.
Une partie intitulée « Pour en savoir plus » où l’on retrouve des références
bibliographiques spécifiques aux thèmes abordés dans chaque fiche est
présentée en fin de chaque fiche.
Un encadré indiquant les étapes de mise en œuvre pour chaque fiche à
l’exception des fiches informatives (1, 2, 3 et 23)
On trouvera également d’autres items et encadrés selon les fiches :
- Encadré vert, les informations saillantes : « FOCUS »
- Encadré rouge, les exemples de terrain : « EXEMPLES »
- Encadré bleu, les mises au point « ASTUCES »
L’Équipe de Partenaires Contre le Sida (PCS)
9
PA R T I E
G U I D E
D E S
P R O G R A M M E S
D E
S A N T É
1
E N
E N T R E P R I S E
Comprendre le VIH/sida,
le paludisme et la tuberculose
10
FICHE 1
FICHE 1 Le VIH/sida
L’ESSENTIEL
• Le VIH, Virus de l'Immunodéficience Humaine,
infecte et détruit progressivement les cellules
chargées de la défense immunitaire.
• Les relations sexuelles sont le principal mode de
transmission du VIH. Le virus se transmet aussi par
voie sanguine ainsi que de la mère à l’enfant lors de
la grossesse, de l’accouchement ou de l’allaitement.
• Le SIDA, Syndrome d'ImmunoDéficience Acquise,
est le dernier stade évolutif de l’infection par le VIH,
caractérisé notamment par l'apparition de maladies
opportunistes du fait de l’affaiblissement du
système immunitaire. Ce sont ces maladies
opportunistes qui sont à l’origine des décès liés au
VIH/sida.
• Il n’existe pas de vaccin contre le sida et une
infection par le VIH ne peut se guérir. Cependant,
l’amélioration des traitements médicaux permet aux
patients du sida de continuer à vivre.
Le VIH/sida touche particulièrement les pays en développement. Sur les 33,4 millions de personnes dans le monde
vivant avec le VIH/sida en 2008, 67% sont en Afrique
subsaharienne, 11% en Asie du sud-est et 6% en
Amérique latine et du sud1.
L’infection par le VIH
• L’infection par le virus de l’immunodéficience humaine
(VIH) est le résultat de la pénétration et du développement du virus dans certaines cellules de l’organisme. Les
cellules atteintes sont essentiellement des lymphocytes
CD4, chargés de la défense immunitaire.
• En se multipliant, le VIH va entraîner la destruction des
lymphocytes CD4, ce qui va affaiblir le système immunitaire et favoriser l’apparition de nombreuses infections
opportunistes.
• Les infections opportunistes sont des infections qui
naturellement ne se manifestent pas toutes par des
signes cliniques (ne rendent pas malade) mais qui
deviennent pathogènes lorsque les défenses de l’organisme sont affaiblies.
• Deux principaux types de virus ont été découverts, le
VIH-1 et le VIH-2. Moins virulent que VIH-1 et d’évolution plus lente, VIH-2 sévit principalement en Afrique de
l’Ouest.
FOCUS
La tuberculose,
une des principales infections opportunistes
En Afrique, la plupart des sujets sont infectés par le
bacille de la tuberculose (BK). L’immunodépression
due au VIH va multiplier le nombre de cas de tuberculose maladie.
En 2007, 450 000 personnes séropositives sont
décédées des suites de la tuberculose. 80% des
personnes vivant avec le VIH et la tuberculose sont
en Afrique subsaharienne (source OMS).
1 ONUSIDA & OMS /Faits et chiffres mondiaux data.unaids.org/pub/FactSheet/2009/20091124_FS_global_fr.pdf
11
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
De la primo-infection à la maladie
• Dans les jours qui suivent l’infection (primoinfection), les personnes ont le plus souvent
de la fièvre, des maux de tête, des douleurs
musculaires… symptômes qui disparaissent
ensuite sans traitement particulier.
• L’infection passe alors dans une phase d’infection asymptomatique pendant laquelle
l’organisme fabrique des anticorps contre le
VIH. Les sujets infectés deviennent séropositifs (présence d’anticorps dans le sang) entre
1 et 3 mois après la primo-infection. Le virus
peut vivre dans l’organisme pendant de nombreuses années sans provoquer de symptômes.
Note : Une personne séropositive peut infecter
une autre personne sans pour autant présenter
de symptômes.
• L’infection entre ensuite dans la phase d’infection symptomatique caractérisée par la
manifestation de divers symptômes persistants : fièvre, perte de poids, diarrhées, sueurs
nocturnes, gonflement des ganglions, infections de la peau… qui caractérisent la maladie
Sida.
• Lorsque le virus est de plus en plus présent
dans l’organisme et que les lymphocytes CD4
sont de moins en moins nombreux, le système
immunitaire n’arrive plus à lutter. C’est la
phase où se multiplient les infections opportunistes et durant laquelle le syndrome d’immunodéficience acquise (SIDA) entraîne une
dégradation importante de l’état général en
l’absence de traitements appropriés.
FOCUS
3 critères pour poser l’indication d’un traitement
par ARV
• Confirmation de l’infection au VIH (test sanguin)
• Nombre de CD4 inférieur à 350 par mm3 de sang
• Présence d’une ou plusieurs infections opportunistes (pneumonie, cancer de la peau, tuberculose…)
FOCUS
Prévalence et incidence
• La prévalence désigne le nombre de cas à une
date donnée, dans une population donnée.
• L’incidence est le nombre de nouveaux cas notifiés
pendant une période donnée.
La transmission du VIH
• Le virus ne peut pas vivre à l’extérieur des cellules hôtes (essentiellement des lymphocytes
CD4). La transmission du VIH d’un sujet à un
autre se fait donc par la transmission de cellules infectées.
• Le VIH se transmet exclusivement par :
- Les rapports sexuels (non protégés, avec
pénétration par voie vaginale ou anale) principal mode de transmission du VIH.
- Les relations mère-enfant au cours de la
grossesse, de l’accouchement ou de l’allaitement au sein.
- Les transfusions sanguines ou de produits
sanguins à partir d’un don de sang infecté par
le VIH ou par l’intermédiaire de matériel d’injection réutilisé sans stérilisation.
12
FICHE 1
FOCUS
La transmission sexuelle reste le principal mode de
transmission du VIH dans le monde. La transmission
mère enfant représente également un grand nombre de nouvelles infections. Chez les nourrissons et
les enfants, on considère que plus de 90 % des
nouvelles infections surviennent suite à une transmission mère-enfant du VIH. (1)
FOCUS
L’Afrique, le continent
le plus touché par le VIH/sida
L’Afrique est un continent où VIH-1 et VIH-2 circulent depuis longtemps. La situation est cependant
très hétérogène, comme le rappelle la carte ci-dessous.
Figure 1
Prévalence du VIH/sida chez les adultes en Afrique,
ONUSIDA, 2007
• Le VIH ne se transmet donc pas par les
contacts sociaux (baisers, poignées de main),
ni par voie digestive (sauf chez le nourrisson),
ni par les piqures de moustique.
• Plusieurs facteurs favorisent la transmission
du VIH/sida :
- La présence d’IST (infections sexuellement
transmissibles). Inversement, l’infection par
le VIH favorise les IST,
- Les rapports sexuels violents (viols),
maladroits,
- Les rapports au cours des règles,
- L’absence de circoncision de l’homme,
- Le stade avancé de la maladie chez le donneur (quantité élevée de virus dans le sang,
faible nombre de CD4),
- les rapports anaux.
Note: l'usage du préservatif protège contre les
risques de transmission sexuelle du VIH.
Prévalence du VIH (%)
15% - 28%
5% - < 15%
1% - < 5%
0,5% - < 1%
0,1% - < 0,5%
< 0,1%
Pour en savoir +
• Centre de connaissances de l’ONUSIDA
http://www.unaids.org/fr/KnowledgeCentre/def
ault.asp?source=google&medium=cpc&term=o
nusida&name=UNAIDS-FRENCH
• Site Aids Info Schweiz
http://www.aids-info.ch/index_f.htm
13
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
FICHE 2 Le Paludisme
Un parasite, le Plasmodium,
agent du paludisme
• Cinq espèces de Plasmodium sont responsables du
paludisme humain : Plasmodium falciparum, P. vivax, P.
malariae, P. ovale et P. knowlesi.
• Les caractéristiques du paludisme varient selon l’espèce
parasitaire : apparition des symptômes (8 à 10 jours pour
P. falciparum, jusqu’à plusieurs semaines pour les
autres), gravité de la maladie (accès potentiellement
mortels pour P. falciparum et exceptionnellement pour P.
vivax et P. knowlesi, paludisme à rechute pour P. malariae, P. vivax et P. ovale).
• Le Plasmodium se développe selon un cycle réalisé tour
à tour chez le moustique et chez l’homme. Il passe de l’un
à l’autre par les piqûres.
• L’accès palustre chez l’homme correspond à un éclatement des globules rouges infectés par les parasites.
Un moustique, l’anophèle,
vecteur du paludisme
• L’anophèle femelle est dit vecteur du paludisme : il
assure une partie du cycle des Plasmodium ainsi que
leur transmission.
• Son développement passe par deux grandes phases,
une phase aquatique d’une dizaine de jours et une phase
aérienne (moustique adulte) d’un mois environ.
FOCUS
Un moustique qui pique la nuit
• Le vol de l’anophèle est plus silencieux que celui
d’autres espèces de moustiques.
• Les anophèles femelles piquent toute la nuit,
même si la plupart des espèces piquent majoritairement après minuit.
• Dans tous les cas, le risque existe du coucher au
lever du soleil.
L’ESSENTIEL
• Le paludisme est une maladie grave, multiforme et
parfois mortelle due à un parasite, le Plasmodium.
• Le parasite a pour hôte l’homme et l’anophèle, un
moustique qui se nourrit la nuit et transmet le
Plasmodium à l’homme par ses piqûres.
• Les différentes formes d’accès palustres peuvent
être classées en deux catégories, les accès simples
et les accès graves.
• Les accès simples sont caractérisés par différents
symptômes : fièvre, fatigue, maux de tête, troubles
digestifs…
• Les accès graves sont à l’origine de diverses
complications potentiellement mortelles.
• En zone d’endémie, les individus développent une
immunité partielle qui les protège en général de
l’évolution vers l’accès grave.
• Cette semi-immunité reste imparfaite et fait
partiellement ou totalement défaut aux enfants en
bas-âge, aux femmes enceintes et à l’embryon, aux
personnes affaiblies par certaines maladies et aux
sujets neufs (expatriés non-immuns du Nord).
14
FICHE 2
FOCUS
Un moustique qui pique la nuit
• Le vol de l’anophèle est plus silencieux que celui
d’autres espèces de moustiques.
• Les anophèles femelles piquent toute la nuit,
même si la plupart des espèces piquent majoritairement après minuit.
• Dans tous les cas, le risque existe du coucher au
lever du soleil.
• Les lieux de ponte de l’anophèle (ou gîtes larvaires) sont ensoleillés ou ombragés selon les
espèces ; l’eau doit être relativement propre
(faiblement polluée, peu boueuse) stagnante
et subsister au moins une quinzaine de jours
pour permettre le développement des larves.
Le paludisme, accès simples et
accès graves
Les différentes formes d’accès palustres peuvent être classées en deux catégories principales, les accès simples et les accès graves.
Figure 2
Fréquence observée des principales manifestations
du paludisme (Centre Médical de l’US Navy)
Manifestation
Fièvre
Observée
>95 %
Maux de tête
80%
Douleurs musculaires
60%
Foie ou rate palpable
30%
Nausées et vomissements
25%
• L’accès simple se caractérise par une fièvre brutale, intense et courte (accès de
quelques heures), qui s’accompagne le plus
souvent de fatigue, de maux de tête, de frissons puis de sueurs… (voir tableau ci-contre).
• Les symptômes digestifs et gastriques (vomissements et diarrhées) se retrouvent surtout
chez l’enfant.
• La répétition des accès simples affaiblit l’organisme et augmente progressivement la taille
de la rate.
• Presqu’exclusivement dû à P. falciparum, l’accès grave est caractérisé par une ou plusieurs complications : anémie sévère, coma,
convulsions généralisées, hypoglycémie,
œdème pulmonaire, insuffisance rénale, infections sévères, hémorragies…
• Parmi les accès graves, le neuropaludisme est
le plus caractéristique. Les globules rouges
parasités vont obstruer les vaisseaux irriguant
le cerveau entraînant coma, convulsions et
anomalies motrices.
Populations semi-immunes et
populations vulnérables
• Les individus vivant dans les zones impaludées
sont régulièrement soumis à des piqûres
infectantes par lesquelles les moustiques leur
inoculent des parasites.
15
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
• En réaction à cette présence régulière de
parasites, leur organisme se défend en développant peu à peu une immunité naturelle qui
les rend moins sujets aux accès simples et les
protège contre l’évolution vers un accès grave.
• Cette immunité est cependant imparfaite
et les populations vivant en zone d’endémie
(hors groupes à risque, cf. ci-contre), sont donc
considérées comme semi-immunes.
• En zone d’endémie palustre, la semi-immunité fait partiellement défaut aux femmes
enceintes, aux enfants, aux personnes
atteintes de déficits immunitaires (VIH notamment) et aux sujets quittant les zones d’endémie.
- Les enfants acquièrent leur immunité au
bout de 5 à 8 ans. Les enfants en bas-âge
sont donc susceptibles de développer un
accès grave à la suite d’un accès simple non
ou mal pris en charge. Le paludisme est une
des premières causes de mortalité chez les
enfants de moins de 5 ans en Afrique.
- Les femmes enceintes sont plus vulnérables au paludisme dans la mesure où la
grossesse diminue leur semi-immunité, ce
qui les rend sujettes aux complications
graves liées au paludisme. L’accès peut également avoir de graves conséquences sur
l’enfant (avortement spontané, prématurité,
décès néonatal…)
- Les personnes malades qui souffrent de
maladies affectant leur système immunitaire
(cas du VIH/sida) font des accès de paludisme plus graves.
- Les personnes semi-immunes qui quittent
une zone d’endémie pendant une période
longue (plus d’un an) perdent leur semiimmunité et redeviennent peu à peu aussi
vulnérables que les sujets neufs.
• La semi-immunité fait totalement défaut
aux sujets « neufs » (qui n’ont jamais eu de
contact avec le parasite et sont donc nonimmuns. Ex : expatriés et voyageurs venant de
régions sans paludisme). Chez ces sujets, les
risques d’évolution rapide (24 heures ou
moins) d’un accès simple vers un accès grave
potentiellement mortel augmentent fortement.
FOCUS
« L’immunité » contre le paludisme reste toujours une « semi-immunité ». Elle est :
Partielle : aucun sujet n’est jamais complètement
protégé.
Progressive : un enfant met 5 à 8 ans pour l’acquérir en étant infecté régulièrement.
Temporaire : un sujet quittant plus d’un an une zone
d’endémie peut la perdre.
Variable selon les zones d’endémie et les individus:
plus un sujet est piqué régulièrement, plus son immunité, en principe, est forte. L’immunité varie aussi en
fonction de l’âge ou de facteurs génétiques.
FOCUS
Le paludisme reste une maladie complexe : il ne
faut jamais oublier qu’un sujet semi-immun
n’est jamais à l’abri d’un accès grave.
Pour en savoir +
• Guidelines for Employer-Based Malaria
Control Programmes” (WEF / Forum
Economique Mondial)
www.weforum.org/pdf/Malaria.pdf
Une introduction et un chapitre très complet
consacré au cycle du parasite, aux symptômes,
au vecteur, à l’immunité et aux risques.
• “Guide Pratique de Lutte contre le
Paludisme en Entreprise” (Sanisphere)
www.sanisphere.com/pdf/Fr/Guide_Pratique_de
_Lutte_contre_le_Paludisme_en_Entreprise.pdf
5 fiches pratiques sont consacrées à la maladie,
au parasite, au moustique, aux populations semiimmunes et aux populations vulnérables.
• Site Roll Back Malaria
http://www.rollbackmalaria.org
Données épidémiologiques récentes sur
http://www.rollbackmalaria.org/keyfacts.html
16
FICHE 3
FICHE 3 La tuberculose
L’ESSENTIEL
• La tuberculose est une maladie grave potentiellement
mortelle due à une mycobactérie qui infecte un tiers
de la population mondiale.
• La tuberculose peut être pulmonaire ou extra
pulmonaire (lorsqu’elle affecte d’autres organes que
les poumons).
• 5 à 10% des sujets victimes d’un premier contact
avec la bactérie (primo-infection) vont développer
une tuberculose maladie. Les facteurs à l’origine du
passage à une tuberculose maladie sont divers :
affaiblissement du système immunitaire (VIH,
cancer…), dénutrition, alcoolisme…
• Sa transmission se fait par inhalation de germes
tuberculeux projetés lors d’une toux, d’un
éternuement… par une personne atteinte de
tuberculose pulmonaire non ou mal traitée.
Un tiers de la population mondiale est infecté par le bacille
tuberculeux2. En Afrique environ 90% de la population est
infectée. Sur les 9 millions de nouveaux cas et les 2 millions de décès chaque année, 95% surviennent dans les
pays en développement.
Après une nette diminution du nombre de malades de la
tuberculose entre 1960 et 1980, on observe depuis plus
d’une dizaine d’année une recrudescence de la tuberculose
dans le monde due notamment à l’extension de l’infection
à VIH (notamment en Afrique).
Cette maladie invalidante et mortelle pèse sur l’entreprise :
arrêts de travail, invalidités permanentes et temporaires
partielles, hospitalisations, décès. AngloGold Afrique du
Sud estime ainsi que chaque cas de tuberculose parmi ses
employés non qualifiés coûte 410 dollars en coût d’absentéisme au travail3.
Primo-infection et tuberculose maladie
• La tuberculose est une infection bactérienne due à
Mycobacterium tuberculosis ou bacille de Koch. Elle peut
atteindre tous les organes, mais touche essentiellement
l’appareil respiratoire.
FOCUS
La tuberculose,
une des principales infections opportunistes
En Afrique, la plupart des sujets sont infectés par le
bacille de la tuberculose (BK). L’immunodépression
due au VIH va multiplier le nombre de cas de tuberculose maladie.
En 2007, 450 000 personnes séropositives sont
décédées des suites de la tuberculose. 80% des
personnes vivant avec le VIH et la tuberculose vivent
en Afrique subsaharienne (source OMS).
• La primo-infection tuberculeuse correspond au premier contact de l'organisme avec la bactérie. Dans les
semaines qui suivent l'infection, le système immunitaire
réagit à la présence des germes et empêche généralement leur multiplication et leur dissémination. Seuls 5 à
10 % des sujets infectés par le bacille de Koch (non
infectés par le VIH) développent la maladie ou deviennent contagieux au cours de leur existence4.
• Les sujets dont le système immunitaire est affaibli
sont plus susceptibles de développer la tuberculose
« maladie » qui consiste en une dissémination de l'infection par voie sanguine au niveau de différents
organes.
2 OMS 2010 http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs104/fr/index.html
3 WHO / ILO Geneva The contribution of workplace TB control activities to TB control in the community, 2003, pp16
http://whqlibdoc.who.int/publications/2003/9241546042.pdf
4 OMS 2010 http://www.who.int/features/qa/08/fr/index.html
17
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
• Les facteurs de risque principaux de passage
à la tuberculose maladie sont :
- un déficit immunitaire lié à une autre maladie
(infection à VIH, cancer…) ou à un traitement (chimiothérapie) ;
- la dénutrition ;
- l’alcoolisme.
La transmission de la tuberculose
• L'homme est le seul réservoir du germe et
représente le principal agent de transmission
de la bactérie.
• La tuberculose est transmise par voie
aérienne. Lorsque qu’une personne atteinte de
tuberculose pulmonaire tousse, éternue, parle,
crache…, elle projette dans l’air des bacilles
tuberculeux sous forme de gouttelettes.
• Il existe deux formes de tuberculose maladie :
- La tuberculose pulmonaire, la plus fréquente, qui se manifeste par une toux qui
dure au moins 3 semaines. Cette toux s’accompagne souvent de fièvre, de fatigues, de
perte de poids, de sueurs nocturnes, de
baisse de l’appétit mais aussi de troubles
respiratoires et d’expectorations (crachats…)
contenant parfois du sang.
- La tuberculose extra-pulmonaire, qui
atteint différents organes (reins, cerveau,
os…), de diagnostic difficile mais non contagieuse (à de rares exceptions près).
• Sans traitement adapté, la tuberculose est
potentiellement mortelle au bout de quelques
mois (cf. fiche 15).
• Après avoir été inhalés, les germes atteignent
la trachée et les bronches puis pénètrent dans
les poumons. À partir des poumons, qui constituent le foyer initial, les germes peuvent être
disséminés par la circulation sanguine vers
d'autres régions de l'organisme.
FOCUS
Seuls les individus atteints de tuberculose pulmonaire sont considérés comme contagieux.
• Une personne qui a été infectée mais n'est
pas atteinte de la maladie ne peut pas infecter
son entourage, car le germe n'est pas présent
dans ses expectorations.
• En l’absence de traitement, une personne
atteinte de tuberculose peut infecter en
moyenne 10 à 15 autres personnes en l’espace d’une année5.
5 OMS 2010 http://www.who.int/features/qa/08/fr/index.html
18
FICHE 3
VIH et tuberculose
• VIH et tuberculose accélèrent mutuellement
leur progression :
- le bacille de Koch participe à la multiplication
du VIH et la tuberculose maladie accélère
l’évolution de l’infection à VIH vers la maladie
sida.
- l’immunodépression due au VIH diminue la
capacité du sujet à contenir l’infection par le
bacille de Koch et favorise le passage à la
maladie tuberculeuse. Cette immunodépression peut aussi faciliter de nouvelles contaminations par d’autres bacilles de Koch.
• Une personne porteuse du VIH et infectée par
le bacille de Koch a beaucoup plus de risques
de développer une tuberculose-maladie
qu’une personne seulement infectée par le
bacille. Le risque de développer une TB est de
3 à 13 % par an pour une personne séropositive au VIH alors qu’il est de 10 % sur toute la
vie pour une personne séronégative.
• La tuberculose est ainsi une cause majeure de
mortalité chez les personnes positives pour le
VIH. Elle est responsable de 13 % environ des
décès liés au VIH/sida dans le monde (source
OMS).
Pour en savoir +
“Tuberculose” (OMS)
http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs1
04/fr/index.html
Pages de l’OMS sur la tuberculose. Nombreux
liens, en particulier sur la stratégie DOTS et les
co-infections tuberculose-VIH
La tuberculose” (Association Pulmonaire du
Québec)
http://www.pq.poumon.ca/diseases-maladies/
tuberculosis-tuberculose/
Synthèse claire sur l’ensemble des thèmes relatifs à la tuberculose
Site Stop TB
www.stoptb.org
Base de données synthétiques sur la tuberculose, la résistance aux anti-tuberculeux, la stratégie mondiale de lutte… sur :
http://www.stoptb.org/resource_center/assets/
factsheets
19
PA R T I E
G U I D E
D E S
P R O G R A M M E S
D E
S A N T É
2
E N
E N T R E P R I S E
Les moyens de lutte
contre le VIH/sida
20
FICHE 4
FICHE 4 Sensibilisation et prévention
L’ESSENTIEL
La politique d’entreprise
• La sensibilisation et la prévention visent à faire
évoluer les Connaissances, les Attitudes et les
Pratiques vis-à-vis du VIH/sida. Il s’agit en
particulier :
• La politique VIH est une première forme de sensibilisation par la formalisation et la diffusion des engagements
de l’entreprise:
- de créer, sur le lieu de travail et en dehors, un
environnement favorisant le bien-être de chacun,
indépendamment de son statut.
- de prévenir les nouvelles infections.
- d’encourager le dépistage et de faciliter la prise en
charge des personnes séropositives.
• Cela passe par la formulation d’une politique
d’entreprise claire explicitant les engagements de
l’entreprise, la réalisation d’activités d’IEC et la mise
à disposition de moyens de protection.
LA MISE EN ŒUVRE
Les grandes étapes de la sensibilisation
et de la prévention
Étape 1
Définir et formaliser la politique de l’entreprise,
Étape 2
Définir un agenda d’activités sur sensibilisation et
prévention (Campagne, …),
Étape 3
Communiquer en interne sur la stratégie adoptée et
officialiser les activités (lancement officiel de la
campagne, ie. journée internationale de lutte contre
le VIH/Sida le 1er décembre…),
Étape 4
Mettre en œuvre et suivre les activités en définissant
des points d’étapes (bilan à 6 ou 12 mois avec « suivi
et évaluation » (cf. fiche 26), communication…
- Respect des normes internationales : non discrimination des employés séropositifs, absence de dépistage
forcé, strict respect des règles de confidentialité…
- Actions de lutte contre le VIH/sida à l’initiative de l’entreprise : activités d’IEC, de dépistage…
- Politique de prise en charge des malades.
- Attitude attendue de la part de chacun des membres de
l’entreprise : refus de la stigmatisation, respect, solidarité…
• Des canevas de politique d’entreprise ou des exemples
de politiques d’entreprise peuvent être trouvés sur internet (voir ci-dessous).
• Il est fortement recommandé de formuler une politique
d’entreprise ne se limitant pas au VIH/sida : les problèmes de stigmatisation, de discrimination, de déficits
de connaissances, d’attitudes et de pratiques à améliorer,
d’accès au dépistage et au traitement se posent sur
beaucoup d’autres pathologies.
L’Information - Education Communication (IEC)
L’IEC vise à :
• Améliorer les connaissances de la maladie : modes de
transmission, efficacité des différents moyens de protection, intérêt et moyens de dépistage, évolution de la
maladie, moyens et limites de la prise en charge…
• Décourager les pratiques à risques (rapports sexuels non
protégés, recours à la prostitution, multipartenariat).
• Encourager les comportements de prévention par une
promotion de l’abstinence, de la fidélité ou du port du
préservatif, masculin ou féminin (ABC : « Abstinence, Be
Faithful, Condomize »).
21
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
• Encourager la participation aux opérations de
dépistage volontaire.
• Faire évoluer les attitudes face à la maladie et
aux malades : rejet de la fatalité, de la stigmatisation et de la discrimination…
Une campagne d’IEC doit s’inscrire dans un
cadre structuré et réfléchi. La construction
d’une campagne passe par :
• Une identification des besoins, si possible
avec une analyse de la situation (cf. fiche
18…) et /ou une étude CAP (cf. fiche 19).
• Les sessions de formation
Animées par des intervenants spécialisés, les
formations assurent une plus grande implication. Les qualités pédagogiques de l’animateur,
l’intervention de PVVIH, l’intégration d’activités
participatives et ludiques (ex : jeu de « fluides »
illustrant la rapidité de propagation du virus (cf.
Pour en savoir +) sont autant de moyens de
donner plus d’impact aux sessions organisées.
Si elles sont rendues obligatoires, les sessions
doivent être organisées durant les heures de
travail, avec le soutien de la direction.
ASTUCE
• La sélection des modes d’IEC et outils qui permettront de faire passer les messages de la
façon la plus efficace possible (cf. Pour en
savoir +).
• La coordination de l’IEC avec les autres
actions engagées par l’entreprise et les initiatives extérieures, par exemple par la promotion
d’une campagne commune de dépistage.
• L’établissement d’un calendrier et d’un budget
(cf. fiche 21).
• La définition d’indicateurs qui permettront
d’apprécier les progrès réalisés (cf. fiche 25).
Les outils d’IEC
• La communication statique : posters, livrets,
gadgets, mailing, T-shirts, salles d’information, newsletters…
Ce mode d’IEC, s’il est le plus facile à mettre en
œuvre, est aussi celui présentant l’impact le plus
limité. Il doit être utilisé essentiellement en support d’autres actions pour en assurer la promotion (ex. campagnes de dépistage…) ou en
relais pour mieux fixer les connaissances
acquises (ex. rappel des modes de transmission
suivant une formation). La dissémination de
posters dans des lieux telles que des salles d’attente, salles de pause ou toilettes favorise leur
lecture.
Les séances de questions / réponses en fin de
formation peuvent prendre la forme de questions écrites remontées de façon anonyme, rendant le dialogue plus ouvert et direct.
Si elles sont facultatives, elles peuvent être soit
organisées durant les heures de travail, soit
durant des heures de pause au sein d’une journée de travail, par exemple au déjeuner. Les
sessions proposées à la fin des heures de service s’exposent à un risque de faible participation.
Un module plus léger peut par ailleurs être
ajouté à la formation dispensée aux nouvelles
recrues (par exemple au sein du volet HSE).
• Les « causeries éducatives »
Les causeries éducatives sont une forme très
participative de formation, reposant sur une discussion entre les employés. Elles favorisent une
implication beaucoup plus forte des participants.
Son encadrement par un animateur compétent
est souhaitable, notamment pour structurer la
discussion et apporter des précisions médicales
ou techniques tout au long de la conversation.
22
FICHE 4
• Les spectacles vivants
Les spectacles vivants, par leur dimension artistique, sont conçus pour transmettre des messages d’une façon distrayante et émouvante.
Réussis, ils ont un potentiel d’impact beaucoup
plus fort. Néanmoins, ils requièrent une certaine
créativité dans leur conception et talent dans la
réalisation.
Il existe des troupes spécialisées proposant des
spectacles vivants à titre gratuit ou pour des
sommes modestes. Quelques employés peuvent être sollicités pour créer un tel spectacle,
mais sa réussite demandera d’y consacrer un
temps important.
FOCUS
Comprendre les déterminants des comportements à risque
Déterminants individuels, sociaux, politiques, économiques, organisationnels… Les comportements à
risque peuvent s’expliquer par des origines diverses.
Leur compréhension est indispensable pour appréhender avec justesse une campagne d’IEC.
(source MSD Guide d'Action du Secteur Privé contre le VIH/SIDA, 2007)
La distribution de préservatifs
• Accessibilité
Pilier indispensable des politiques de prévention, les préservatifs masculin et féminin doivent
être mis à disposition de façon à éviter toute
gêne de la part des bénéficiaires, qui n’oseront
pas nécessairement en faire la demande ou en
retirer au vu de leurs collègues.
Si l’accessibilité est un critère clé, la distribution
ne doit pas être ressentie comme un manque
de respect de la vie privée ni heurter les sensibilités religieuses, auquel cas elle pourrait devenir contre-productive.
• Modes de distribution
La distribution peut se faire de diverses
manières, en voici quelques exemples :
- Par le placement de distributeurs ou de
paniers dans les toilettes et d’autres points
de passage, de pause ou d’attente dans l’entreprise (cabine téléphonique, salle de
détente, infirmerie, etc).
- Par un accompagnement de la fiche de paie.
- Par une mise à disposition massive à l’occasion d’événements d’entreprise.
- Par le biais des pairs-éducateurs…
FOCUS
Le suivi est souvent le point faible des
programmes de distribution de préservatifs
• Problèmes d’approvisionnement
→ Choisir un fournisseur stable dans le
temps, plutôt que de privilégier des opérations attractives sur le moment, par
exemple une ONG ayant reçu un stock
important de préservatifs à écouler.
• Problèmes de gestion des stocks
→ Constituer un stock initial renouvelé
dès que le seuil plancher est atteint.
• Problèmes d’alimentation régulière des
points de distribution.
→ Confier cette tâche à des personnes
clairement identifiées, par exemple au
sein du personnel de nettoyage.
• Éducation sur l’utilisation du préservatif
Les conditions d’utilisation et de conservation
doivent être expliquées (voir le lien AVSC, cf.
«Pour en savoir +»).
• Distribution gratuite ou payante ?
S’il est recommandé de privilégier une distribution gratuite, il est indispensable de s’assurer de
la pérennité de la distribution. Si les budgets ne
sont pas suffisants pour couvrir l’ensemble des
besoins, la meilleure option consiste à proposer
une distribution payante assurant l’accessibilité
23
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
du préservatif de façon permanente et de la
compléter par des distributions gratuites ponctuelles.
Note : Assurer l’accessibilité du préservatif, c’est
en assurer l’accessibilité physique par une
bonne mise à disposition mais aussi l’accessibilité financière. Le recours au marketing social,
qui consiste en une vente à prix réduit ou symbolique, peut être considéré.
FOCUS
L’approvisionnement en préservatifs peut, selon
les pays, s’avérer plus complexe qu’il n’y paraît. Les
fournisseurs possibles sont principalement :
• Les grossistes privés : simple et fiable, cette option
est aussi la plus coûteuse. Certains grossistes
peuvent ne pas être habilités à livrer des entreprises non pharmaceutiques.
• Les organisations publiques : pratique et économique voire gratuit, le secteur public est une
source d’approvisionnement accessible dans certains pays uniquement.
• Les fabricants (le plus souvent asiatiques :
Thaïlande, Malaisie…) : option la plus économique
(6 à 8 centimes d’euros / préservatif), mais la plus
lourde à mettre en œuvre. Elle se justifie à partir de
volumes d’achat importants, en centaines de milliers ou même millions d’unités. Une coalition
locale peut jouer le rôle de centrale d’achats pour
le secteur privé – une concertation de ses membres pour la mise en place du service peut être
intéressante s’il n’est pas proposé. S’assurer que le
produit fait référence à des normes européennes,
américaines ou japonaises.
• Les ONG : certaines grosses ONG telles que PSI
(spécialisée dans le marketing social) peuvent être
à la recherche de relais de distribution ou disposer
de facilités d’achats.
• Les organisations internationales : les organisations des Nations Unies (UNFPA, PNUD,
UNAIDS) sont également susceptibles de répondre à des demandes d’approvisionnement.
Pour en savoir +
“A workplace policy on HIV/AIDS: what it
should cover” (ILOAIDS)
http://www.ilo.org/public/english/protection/tra
v/aids/examples/workcover.pdf
Document de référence rappelant les principes
fondamentaux d’une politique d’entreprise et proposant un canevas facilement exploitable.
« Guide d'Action du Secteur Privé contre le
VIH/SIDA » (MSD, volets « Politique » et «
Prévention »)
http://partenairescontrelesida.org/app/download/3342307602/Fichiers+Acrobat+Blueprint.zip
Le guide MSD reprend en particulier une liste
des aspects à envisager dans l’élaboration d’une
politique VIH/SIDA d’entreprise, une présentation des déterminants de comportements à
risque et des thèmes d’intervention que les
actions de sensibilisation doivent couvrir.
Exemples de politiques d’entreprise :
Pfizer:
http://www.pfizer.com/responsibility/workplace_r
esponsibility/hiv_aids_workplace_policy.jsp
Total:
http://www.total.co.za/os/ossouthafrica.nsf/VS_
OPM/77900975F2B58054C1256F3300561D
38?OpenDocument
Lafarge « Comment bâtir un programme santé ? »
http://partenairescontrelesida.org/base-documentaire-1/autres-publications/
Matériel et événements d’IEC
(Banque Mondiale)
http://siteresources.worldbank.org/INTEAPREGTOPTRANSPORT/Resources/5738021163017279494/3138417-1239142047073
/6_IEC_Materials.pdf
Document présentant de façon relativement
exhaustive les différents supports d’IEC disponibles.
Mode d’emploi du préservatif masculin
(AVSC International)
http://www.affection.org/sante/asvc/www.igc.a
pc.org/avsc/french/contraception/ccondom/fcc
ondpi.html
« Préservatifs féminins : questions fréquemment posées » (FHI-Family Health International)
http://www.fhi.org/fr/RH/Pubs/Network/v16_
1/nt16111.htm
Des réponses simples et précises à toutes sortes
de questions relatives aux préservatifs féminins.
24
FICHE 5
FICHE 5 Les programmes
de Pairs-Educateurs
L’ESSENTIEL
• Les pairs-éducateurs sont des employés formés
pour délivrer à leurs collègues de façon informelle
et régulière une information fiable sur le VIH/sida
ou tout autre message de sensibilisation sur
d’autres thématiques.
• Une bonne formation et le maintien de la motivation
par un encadrement dynamique et une
reconnaissance sociale sont les principaux facteurs
clé de succès d’un programme de pairs-éducateurs.
Les pairs-éducateurs (PE) sont des employés formés pour
délivrer de façon informelle de l’information à leurs collègues et répondre à leurs interrogations concernant le
VIH/sida ou d’autres sujets de santé dans un climat de
confiance. Par essence proches du personnel, les PE
constituent une solution privilégiée pour faire émerger le
dialogue et contribuer à faire évoluer les attitudes et les
pratiques. Ils peuvent aussi fournir un soutien appréciable
à la réalisation d’autres actions.
La mise en place d’un programme de PE consiste à recruter, former et animer une équipe de PE.
Sélection et formation des PE
LA MISE EN ŒUVRE
Les grandes étapes de mise en place
d’un programme de PE
Étape 1
Sélection et recrutement des PE,
Étape 2
Formation des PE,
Étape 3
Informer les différents services de la mise en place
et de la mission des PE,
Étape 4
Définir et gérer un programme « pair éducation »,
Étape 5
Communiquer en interne sur les sujets sensibles lors
des événements en interne sur le VIH/sida.
• Profil idéal
Un bon pair-éducateur est un employé disposant de fortes
qualités sociales, d’un sens de l’écoute et d’une disponibilité exemplaire. Non seulement apprécié par ses collègues, il est avant tout respecté et écouté : il jouit d’un
certain statut dans l’entreprise ou dans son service, informel mais incontestable.
• Recrutement
Il est important que les pairs-éducateurs soient volontaires. Deux grandes approches sont possibles pour recruter les pairs-éducateurs :
- Laisser le programme ouvert à tous, sur candidature
spontanée. Dans ce cas, il est important d’opérer malgré tout une sélection, par exemple par le passage d’un
entretien de motivation et de connaissance minimum
de la thématique.
- Solliciter directement des personnes identifiées
comme ayant les qualités requises pour remplir cette
mission. Cette approche de « volontariat orienté », présente des avantages certains, notamment parce qu’elle
valorise les personnes sollicitées en leur témoignant un
signe de reconnaissance du statut dont elles jouissent
et du rôle positif qu’elles peuvent exercer sur leurs collègues. Néanmoins, les personnes pressenties peuvent
se sentir contraintes d’accepter sans être pleinement
motivées. Dans ce cas, il convient bien sûr de laisser la
possibilité à ceux qui n’ont pas été sollicités de pouvoir
faire acte de candidature.
25
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
• Nombre de pairs-éducateurs
Si, suivant les organisations, des ratios de 1
pair-éducateur pour 15 à 50 employés sont
recommandés, il est avant tout important de
s’assurer d’un bon « maillage » de l’entreprise :
présence de PE dans les différents services de
l’entreprise, sur les différents sites lorsque la
localisation géographique est éclatée, sur les
différentes tranches horaires lorsque des
équipes tournent…
• Formation des PE
La formation des pairs-éducateurs est indispensable, incluant :
Il est fortement recommandé de confier cette
formation à des prestataires externes, ou d’encadrer la formation en sollicitant l’intervention
de personnel de différentes organisations spécialisées, appartenant au secteur public (PNLS,
Ministères de la Santé, du Travail, de
l’Education…) ou à la société civile (associations, PVVIH…).
La participation de quelques personnalités
locales (le soutien de la direction peut être précieux à cet effet) ainsi qu’un passage du plus
haut niveau de management durant la formation
contribuent à valoriser le rôle du PE.
- Une transmission des connaissances théoriques concernant le VIH/sida,
La gestion d’un programme de PE
- Une sensibilisation sur les aspects pédagogiques de la mission de PE,
- Une définition claire de la mission, du cadre
minimum d’intervention et une liste d’activités
possibles,
Un programme de PE ne nécessite pas de gestion lourde une fois les formations assurées.
L’essentiel est de s’assurer qu’ils soient actifs
dans la durée en :
- Des mises en situation,
- Faisant connaître les PE auprès des
employés,
- La présentation d’outils/supports de communication/sensibilisation.
- S’assurant qu’ils ne rencontrent pas de difficultés dans l’exercice de leur activité,
ASTUCE
A remettre à l’issue de la formation
- Un rappel clair de la mission d’un PE
- Des documents de référence qui aideront les PE à compléter leurs connaissances et à répondre aux questions qui
leur seront posées.
- Des supports d’IEC (autocollants, cartes
postales, dépliants…), prétextes pour
aller à la rencontre de leurs collègues.
- Un matériel renouvelé pourra leur être
remis tout au long de l’année.
- Les motivant par l’inspiration de nouvelles
idées d’activités, une implication sur d’autres
aspects du programme (décision et mise en
œuvre) et un partage des progrès réalisés.
• Faire connaître les PE
Les employés ne peuvent aller vers les PE que
s’ils les connaissent. Ainsi, il est important de
leur remettre des signes visibles d’appartenance (badge, tee-shirt porté à l’occasion de
certains événements d’entreprise…) et de présenter leur nouveau rôle auprès des équipes.
•Aller au devant des difficultés rencontrées
La principale difficulté de l’activité de PE réside
dans l’instauration d’un dialogue sur des sujets
sensibles. Cette tâche peut être facilitée en utilisant comme support les événements et com-
26
FICHE 5
munications organisées par l’entreprise, lesquels peuvent constituer un bon prétexte permettant d’ouvrir la discussion.
Des difficultés pratiques peuvent aussi être rencontrées :
- Certains programmes d’entreprise intègrent
l’activité de pair-éducation dans les heures
de travail (à raison de quelques heures par
mois), mais la mise en œuvre est, dans les
faits, souvent difficile. Les chefs d’équipe
peuvent être réticents à voir une pause se
prolonger en raison d’une discussion avec un
PE et le percevoir comme un manque d’assiduité. Il convient de sensibiliser les chefs
d’équipe au rôle du PE lors de la mise en
place du programme par une lettre personnalisée, et si possible par une conversation
face-à face ou un appel téléphonique de la
part du responsable du programme. L’objectif
est de le placer dans les meilleures dispositions possibles à l’égard des activités de pairéducation.
- Le manque de lieux où il est possible de dialoguer discrètement est aussi un frein à la
pair-éducation.
EXEMPLE
Témoignages de PE dans une entreprise gabonaise : de quoi parlent-ils ?
Les interventions des PE relatives au soutien apporté aux employés malades sont
celles qui leur tiennent le plus à coeur, qu’il
s’agisse de problèmes familiaux ou d’un
refus de la prise en charge. Dans ce dernier cas, le PE peut jouer un rôle de
médiateur avec l’équipe médicale.
(source Sanisphere - étude privée pour une grande entreprise gabonaise, 2006)
• Maintenir la motivation
Le sentiment de jouer un rôle utile au sein de
leur communauté est la composante la plus
forte de la motivation des PE et naît naturellement de leurs interactions avec leurs pairs.
L’entreprise peut renforcer la motivation des PE:
- En mettant en place un système de suivi
d’activité, par exemple sous la forme de
fiches d’intervention. Le thème de chaque
discussion (question abordée, réponse
apportée) peut être consigné. Ces fiches
nourriront le suivi-évaluation d’indicateurs de
mise en œuvre (ex : nombre de discussions)
et d’impact (ex : évolution de la nature et de
la précision des questions posées) mesurant
les progrès réalisés.
FOCUS
Faut-il rémunérer les pairs-éducateurs ?
• Il n’est pas recommandé de proposer de
compensation financière en sus du
salaire afin de s’assurer du recrutement
de personnes authentiquement motivées
par leur mission et d’éviter de créer une
image du PE perçu comme un « profiteur », ce qui leur ferait perdre de leur
influence.
• Il est en revanche souhaitable de laisser
les PE prendre du temps sur leurs
heures de service pour mener leurs activités lorsque nécessaire.
• Il arrive que des PE demandent un
dédommagement des frais engagés
(télécommunications, transport) mais
entrer dans une telle démarche rend la
gestion plus complexe et peut encourager les abus.
27
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
- En organisant des réunions de soutien au
cours desquelles les PE pourront échanger
leurs expériences et faire remonter les questions les plus complexes. Par ailleurs, ces
réunions seront l’occasion de suggérer de
nouvelles idées d’action, de remettre du
matériel d’IEC et des préservatifs, de solliciter l’avis des PE sur les activités futures du
programme et leurs commentaires sur les
activités passées…
- En instaurant un système de récompense
non financier. Les PE peuvent par exemple
être mis à l’honneur par une remise de prix et
de cadeaux lors de la fête de l’entreprise.
Une telle reconnaissance sociale est fortement appréciée.
- En partageant régulièrement les résultats
obtenus sur tous les volets du programme.
EXEMPLE
L’activité des PE suivie au jour le jour
dans une société minière d’Afrique du
Sud
- 4 interactions par mois en moyenne,
fortes différences d’un PE à l’autre,
- 3,4 heures passées par mois aux activités de pair-éducateurs,
- 43% des interactions ont eu lieu sur le
lieu de travail, le reste au sein de la communauté, dans les familles ou à l’église,
- La qualité des réponses donnée par les
PE est élevée (plus de 99% de réponses
justes),
- La participation des PE à des activités
formelles peu créatives minent leur motivation.
(source Dickinson D, 2007, cf. «Pour en savoir +»)
Pour en savoir +
«Talking about AIDS: A study of informal activities undertaken by workplace HIV/AIDS
peer educators in a South African company»
(Pr David Dickinson, WITS Business School)
http://www.sabcoha.org/images/stories/wbs_p
eer_review_report_2007.pdf
Le Pr Dickinson a suivi au quotidien une équipe
de PE pendant plus de 20 mois, délivrant une
étude rigoureuse et précise sur les activités de
pair-éducation accompagnée de recommandations concrètes. Un article de référence à consulter en priorité pour aller plus loin sur le sujet.
“The Impact of HIV and AIDS Peer Education
on the Workplace in Aveng Manufacturing”
http://www.lifeline.org.za/documents/hiv_and_ai
ds/Lifeline_HIV_and_Aids_doc1.pdf
Cet article de Lifeline démontre l’impact positif
du programme de pair-éducation au sein d’une
entreprise sud-africaine, relève les réussites et
les défis rencontrés.
«Manuel du Pair-Educateur»
(SOS Pairs-Educateurs)
http://www.sospair.org/education%20par%20le
s%20Pairs.pdf
Ce manuel présente en particulier un passage en
revue des difficultés que peut rencontrer un pairéducateur et des facteurs pouvant influencer sa
motivation.
28
FICHE 6
FICHE 6 Le dépistage du VIH/sida
L’ESSENTIEL
Pourquoi le dépistage ?
• Le dépistage est une action fondamentale d’un
programme contre le VIH/sida. Point de départ de la
prise en charge, il est également un moment
privilégié pour l’IEC : discussion sur les
comportements de la personne dépistée, diffusion
des messages adaptés au moment où la personne
est disponible et réceptive…
• Le dépistage est une étape clé de tout programme de
lutte contre le VIH/sida. Tout d’abord, la connaissance
de son statut sérologique permet au patient :
• Plusieurs techniques existent : la plus fréquente est
la réalisation d’un test rapide à partir d’un
prélèvement sanguin ; une méthode plus pratique
mais moins sensible consiste à réaliser un test
salivaire.
- d’être suivi médicalement afin de démarrer le traitement au moment le plus propice. Un démarrage trop
tardif peut rendre le traitement moins efficace.
• Dans le cadre d’un programme d’entreprise, le mode
opératoire favorisant la plus forte participation est la
réalisation de tests ponctuels sur site par un
prestataire externe.
LA MISE EN ŒUVRE
- d’adapter ses comportements afin d’éviter de contaminer ses partenaires,
• Par ailleurs, le dépistage est un moment privilégié d’IEC.
Un VCT (Voluntary Counseling and Testing) qui consiste
à accompagner le test d’une séance de sensibilisation
avant et après sa réalisation, offre l’opportunité d’un dialogue ouvert durant lequel certaines questions peuvent
être abordées de façon plus aisée que dans d’autres
contextes. De plus, l’attente du résultat favorise la prise
de conscience de risques qui ont pu être pris dans le
passé et de leur conséquence possible, encourageant le
changement de comportement.
Les grandes étapes du dépistage du VIH/Sida
Étape 1
Définir le choix du mode opératoire (Campagne,
tests en routine,…) ou le prestataire si
externalisation du dépistage,
• Les raisons pouvant freiner le dépistage sont nombreuses et dépassent largement la simple question de la
facilité d’accès aux centres de test : sentiment de ne pas
être concerné, crainte des conséquences, déni, volonté
de ne pas savoir…
Étape 2
S’assurer en amont que les personnes notifiées
VIH+ pourront avoir accès aux ARVs (centre(s) de
référence publics ou centre médical de l’entreprise),
• Ainsi l’enjeu au niveau de l’entreprise n’est pas de proposer systématiquement un dépistage, mais de faire en
sorte que l’accès en soit facilité pour favoriser la participation du plus grand nombre.
Étape 3
Officialiser la campagne et communiquer,
Étape 4
Mettre en œuvre le dépistage (Contractualisation si
externalisation, commande des tests, visites pré et
post test, caractère anonyme et volontaire du
dépistage …),
Étape 5
Planifier les contrôles qualités et les points d’étapes
pour évaluer l’activité et les résultats.
Déroulé et principes fondamentaux
du dépistage
• Le dépistage se doit d’être volontaire, anonyme et gratuit.
• Il s’accompagne d’un conseil pré et post-test :
- Information sur l’infection à VIH et explications sur la
nécessité d’un dépistage précoce,
- Présentation du déroulement du test,
29
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
Le choix du mode opératoire
- Dialogue sur les pratiques à risque et les
moyens de protection,
- Introduction à la lecture des résultats et à
leur signification,
- Remise des résultats.
• En cas de test positif, le patient doit pouvoir
disposer immédiatement d’un soutien psychologique, des solutions de prise en charge doivent pouvoir lui être présentées et un suivi doit
être effectué pour s’assurer notamment de la
bonne observance du traitement.
• Différents modes opératoires sont possibles,
au-delà du choix de la technique de dépistage.
A titre d’exemple :
- Test continu ou opération ponctuelle,
- Test sur le site de l’entreprise ou dans un
centre extérieur,
- Gestion de la campagne et réalisation des
tests par des équipes médicales internes à
l’entreprise ou à un prestataire externe
(ONG, centre public…).
ASTUCE
Les moyens techniques
• Le test de dépistage vise à mesurer :
- soit la présence d’anticorps spécifiques produits par l’organisme en réponse à la présence du virus dans notre corps ;
- soit les antigènes portés par le virus VIH luimême.
• Il se fait au moyen de l’examen en laboratoire
d’un échantillon sanguin. Il peut se faire plus
simplement à l’aide d’un test de diagnostic
rapide.
• L’agent de santé réalise deux tests rapides sur
un même échantillon sanguin. Le résultat est
connu dans les 10 à 30 minutes qui suivent.
• En cas de résultat positif ou incertain, un test
de confirmation est réalisé en laboratoire.
• Il est possible de réaliser un test sur la salive
prélevée dans la bouche; ces tests sont un
peu moins sensibles que les tests sanguins
(environ 1% des positifs ne seront pas
dépistés).
Quel prestataire ?
Dans le cas d’une sous-traitance/externalisation, le prestataire peut être aussi bien
l’équipe d’un centre de dépistage ou d’un
hôpital public (ex : Hôpital La Quintinine au
Cameroun pour Lafarge), une ONG (ex :
SIDA Zéro au Gabon pour Véolia) ou
encore un prestataire professionnel (ex :
LifeWorks en Afrique du Sud pour
Microsoft).
• Il est important de choisir un mode opératoire
de façon cohérente avec les priorités données
à la campagne de dépistage, tant les avantages et inconvénients de chacun sont marqués.
• La réalisation d’un test ponctuel, sur le site
de l’entreprise et mené par un prestataire
externe permet en général d’atteindre des
taux de participation élevés. Elle s’insère
parfaitement dans des événements de type
« Journée de mobilisation contre le VIH/sida »
et permet d’utiliser des techniques favorisant
un effet d’entraînement. Le directeur de l’entreprise peut montrer l’exemple en étant le
premier à se faire dépister. Cependant, la
30
FICHE 6
solution peut présenter des problèmes de
confidentialité (un participant peut notamment
être trahi par son état psychologique à la sortie du test).
• A l’opposé, offrir par exemple aux employés la
possibilité d’aller se faire dépister dans un
centre extérieur tout au long de l’année assure
les meilleures conditions de disponibilité et de
discrétion. De plus, l’opération est facile à mettre en œuvre et se révèle très peu coûteuse.
En revanche les taux constatés de participations sont particulièrement faibles.
• Des tests peuvent aussi être proposés de
façon continue sur le site de l’entreprise par le
personnel médical interne. Cette solution présente l’avantage d’un très grand contrôle de la
qualité de la prestation, en particulier du counseling. Néanmoins, les taux de participation
sont moyens (34%)6 et le personnel peut s’interroger sur le respect de la confidentialité :
quelles que soient les garanties offertes, certains peuvent être freinés par l’idée que du
personnel de l’entreprise ait connaissance de
leur statut, fût-il tenu par le secret médical.
FOCUS
Le coût d’une campagne de dépistage
L’option la plus coûteuse est certainement
la sous-traitance d’une campagne sur site.
L’opération pour une entreprise camerounaise de 700 personnes a par exemple
représenté un coût moyen de 5 euros par
employé dépisté. Dans le cas d’une soustraitance à un centre de dépistage, ce coût
peut environ être réduit de moitié. La création d’un centre de dépistage au sein de
l’entreprise implique des coûts fixes
(salaire de l’infirmière, formation etc.) mais
réduit au maximum les coûts variables au
seul matériel de dépistage.
(source Sanisphere, Cameroun, 2005, cf. Pour en savoir +)
6 Sanisphere, “Dépistage du VIH / Sida dans les entreprises
africaines : influence du mode opératoire sur les taux de
participation“. Revue de la Médecine Tropicale/ Pharo,
communication affichée, 2006
FOCUS
Mettre en place une procédure
d’assurance qualité
Il est important de s’assurer de la fiabilité
du dépistage par des procédures de
contrôle qualité interne (vérification des
tests par le technicien) et externe (tests
aléatoires sur des échantillons de sang par
un laboratoire de référence).
Pour en savoir +
“Guide d’action du secteur privé contre le
VIH/sida” (MSD).
Accès ref PCS
Le module Conseil et Dépistage Volontaire est un
document de référence sur le sujet, très complet
et pédagogique, qui guide l’entreprise sur tous les
aspects stratégiques opérationnels et juridiques.
ONUSIDA
http://search.unaids.org/Results.aspx?q=conseil+
et+d%C3%A9pistage&o=html&d=fr&l=fr&s=false
Conseil et test volontaire. Collection Meilleures
Pratiques. Septembre 2000.
Conseils pratiques pour la mise en place des
activités de conseils et de tests volontaires.
Outils pour l’évaluation du conseil et du test
volontaires. Collection Meilleures Pratiques,
Genève, mai 2001.
Ce document offre un exemple de questionnaire
pour l’évaluation et le suivi du test volontaire. Il est
très complet et permet à ceux qui le souhaitent
d’améliorer la qualité du conseil au dépistage.
Guide du conseil et du dépistage VIH à l’initiative du soignant dans les établissements
de santé.
http://www.who.int/publications/list/97892415
95568/fr/index.html
ARTICLE (Desclaux, A). Les carences du
conseil pré et post-test : l'exemple du
Burkina Faso. Transcriptase. N°103, sept 2002.
http://www.pistes.fr/transcriptases/103_1474.htm
Cet article mets en exergue les carences du
dépistage dans le secteur public mais que l’on
peut retrouver tout aussi bien dans d’autres pays
et auprès d’autres structures, y compris dans le
privé. Cette analyse du contexte burkinabé permet de prendre en compte certaines réalités de
terrain et certains pièges à éviter pour les entreprises qui externalisent le conseil auprès d’une
structure publique.
31
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
FICHE 7 L’accompagnement de la prise
en charge du VIH/sida
La prise en charge et le soutien aux patients (traitement y
compris) est l’un des 10 principes fondamentaux de la
lutte contre le VIH/sida sur le lieu de travail selon la définition de l’Organisation Internationale du Travail (OIT)7.
Qu’elle dispose ou non d’un centre de santé capable d’assurer le suivi médical des personnes séropositives, l’entreprise a un rôle essentiel à jouer pour accompagner dans
la durée ces personnes sur les différentes composantes
de la prise en charge : soutien psychologique et social,
aide matérielle, programme nutritionnel…
L’ESSENTIEL
• La prise en charge complète du VIH/sida recouvre :
- le traitement antirétroviral, qui ne guérit pas le
malade mais permet de prolonger son existence et
d’améliorer sa qualité de vie ;
- le suivi médical (dont le suivi biologique) ;
- la prévention et le traitement des infections
opportunistes ;
- l’accompagnement psycho-social ;
le soutien nutritionnel et vitaminique.
Le traitement du VIH/sida
Il comprend plusieurs volets :
- Le traitement de l’infection à VIH ;
- La prophylaxie et le traitement des infections opportunistes (tuberculose…) ;
• Une prise en charge globale et efficace dans la durée
peut demander :
- de conclure différents partenariats : avec des ONG et
des associations pour l’accompagnement psychosocial, avec un laboratoire et un centre médical de
référence pour le suivi médical et biologique…
- de recourir à des solutions de financement interne
(fonds de solidarité, mutuelle, etc.), ou externe
(programme nationaux et internationaux).
- La prophylaxie et le traitement des infections sexuellement transmissibles (hépatite B…).
LA MISE EN ŒUVRE
FOCUS
Le suivi médical d’un traitement ARV
Il se fait sur 3 plans :
Suivi de l’efficacité : suivi clinique et biologique :
comptage des CD4 et charge virale.
Note : le suivi biologique, qui exige un matériel sophistiqué, est
souvent réalisé en externe.
Suivi de la toxicité et de la tolérance : surveillance
mensuelle puis trimestrielle des organes pouvant
être lésés par les ARV (pancréas, rein, foie…).
Suivi de l’observance : discussion avec le patient de
la façon dont il suit les prescriptions médicales.
• Les antirétroviraux (ARV) utilisés dans le traitement du
VIH/sida ne peuvent pas guérir le malade mais ils permettent de prolonger son existence et d’améliorer sa
qualité de vie en limitant la multiplication du virus dans le
système immunitaire. Ils jouent également un rôle de
prophylaxie des infections opportunistes.
7 OIT. Le VIH/sida et les droits humains – Module 2, 2003, 49p.
Étape 1
Définir une stratégie de prise en charge respectant les
protocoles nationaux (si effectué en interne), le mode
opératoire si prise en charge interne (modalités de
référencement, contre référencement…), continuité de la
prise en charge...
Étape 2
Surveiller le circuit du patient : consultation, suivi biologique,
délivrance des ARV, suivi psychosocial et observance,
Étape 3
Communiquer en interne sur les modalités d’application de
la prise en charge des PVVIH,
Étape 4
Évaluer les besoins de formation et recyclage de l’équipe
médicale si nécessaire,
Étape 5
Suivi des indicateurs clefs (cf. fiche 26).
32
FICHE 7
• Une personne séropositive au VIH est éligible
au traitement lorsque son nombre de CD4
devient inférieur à 350 par mm3 8.
• Pour prévenir l’apparition de résistance aux
médicaments, une combinaison d’ARV (multithérapie) doit être prise sans interruption
(observance > 90%).
• La prévention des infections opportunistes
est complémentaire des traitements ARV. Peu
coûteuse (entre 1 et 2 euros par mois sous
forme générique) et facile à prendre (1 comprimé par jour), la chimioprophylaxie au cotrimoxazole vise en particulier à prévenir certaines infections opportunistes courantes en
Afrique (pneumonies, diarrhées bactériennes
ou à protozoaires…).
Assurer la bonne observance
L’infection au VIH nécessite une prise en
charge à vie. Le principal défi est d’en assurer la
bonne observance au sens large, c’est-à-dire
une adéquation entre les recommandations du
médecin et les comportements du patient sur
les 4 composantes suivantes :
- Observance médicamenteuse : respect du
nombre de prises, des doses, des horaires,
des recommandations diverses (avant ou
après les repas par exemple), des interactions médicamenteuses ;
- Observance des règles hygiéno-diététiques :
régime alimentaire, arrêt du tabac ou de l’alcool… ;
- Observance du suivi médical : respect du
rythme des consultations et des bilans ;
FOCUS
Si l’entreprise ne dispose pas de centre de
santé capable de prendre en charge les
personnes séropositives, elle peut
conclure un partenariat avec un centre
de santé externe accrédité par le
ministère de la santé (centre d’une autre
entreprise, centre ONG ou confessionnel,
centre public).
Si son centre médical peut assurer la prise
en charge, l’entreprise peut demander l’accréditation du ministère de la santé notamment pour faciliter son intégration au programme national et son approvisionnement en ARV.
- Observance des comportements de prévention (un traitement bien conduit n’empêche
pas la transmission du virus à d’autres, il faut
donc adopter les comportements sans
risques).
Favoriser l’adhésion du patient à la
prise en charge
Le patient ne doit pas subir, mais au contraire
participer activement à la démarche de soin.
Son adhésion doit être obtenue avant de commencer le traitement.
Attention : l’adhésion au traitement est loin
d’être automatique (cf. «Pour en savoir +»)
Elle passe par une discussion, dès la remise du
résultat du test, sur les raisons personnelles que
le patient a de se soigner et sur ses connaissances des modalités du traitement, suivie d’une
explication approfondie :
- des avantages du traitement ARV ;
- de sa durée ;
- de ses inconvénients (effets secondaires…) ;
- des moyens de soulager ces inconvénients
ou de les prévenir ;
- du détail de la posologie ;
- des modalités de prise en charge (lieux,
horaires, personnel soignant…).
8 WHO. Antiretroviral therapy for HIV infection in adults and adolescents: towards universal access. Geneva, 2006
33
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
Créer un environnement favorable
pour le malade
Isolement social, absence d’implication de
l’entourage, préjugés et stigmatisation sont
autant de facteurs expliquant une mauvaise
observance. L’entreprise doit adopter une
politique claire sur le VIH/sida (cf. fiche 4).
Elle doit aussi organiser l’accompagnement du
patient en cherchant avec lui et pour lui des personnes susceptibles de le suivre : famille, amis,
collègues, pairs éducateurs, volontaires d’associations ou d’ONG partenaires.
Plusieurs actions peuvent être mises en œuvre :
- visites à domicile pour les malades qui le
souhaitent ;
- groupes de parole, qui permettent au patient
d’échanger avec d’autres malades ;
- repas communautaires.
Lever les obstacles matériels et
pratiques à la prise en charge
FOCUS
Diverses modalités de financement
La prise en charge des personnes séropositives
n’est pas plus coûteuse que d’autres pathologies
chroniques. Dans le cas où l’entreprise ne peut
directement l’assumer en totalité, plusieurs solutions
peuvent être envisagées :
- Adhésion à une mutuelle santé ;
- Mise en place d’un fond de solidarité auquel cotisent salariés et employeur;
- Accès aux programmes de traitement national ou
ONG, programmes en général financés par les
bailleurs internationaux (Fonds Mondial, PEPFAR,
cf. fiche 22).
Garantir la continuité de la prise en
charge
- Assurer un suivi clinique et biologique
continu.
- Définir avec le patient les meilleurs moyens
pour faciliter les prises (horaires, lieux…).
- Assurer la mise à disposition des ARV (rupture de stock).
- Faciliter la venue du patient au centre de
prise en charge en cas d’éloignement.
- Conclure des partenariats pour que le traitement continue à être proposé quels que
soient les évènements (vacances ou départ
du salarié, fermeture de l’entreprise…cf.
fiche 21).
- Prendre en charge tout ou partie du coût du
traitement et des frais annexes pour rendre
la prise en charge financièrement accessible
(cf. encadré).
Le soutien nutritionnel
et vitaminique
Une bonne nutrition ne peut guérir le malade.
Mais elle concourt à renforcer son système
immunitaire et à aider son corps à mieux tolérer
les traitements.
• Malnutrition et perte de poids sont deux
conséquences fréquentes du VIH en raison
des nausées et vomissements ainsi que des
problèmes gastro-intestinaux qui altèrent l’absorption des aliments et nutriments.
34
FICHE 7
• Le soutien nutritionnel vise concrètement à :
- Maintenir le poids idéal ;
- Contenir la perte de masse musculaire ;
- Réduire les carences en minéraux et vitamines.
ASTUCE
Encourager les activités physiques
La recherche a montré qu’elles ont un
effet bénéfique sur le système immunitaire. De l’exercice physique (d’intensité
modéré), à raison de 45 minutes 3 fois par
semaine, peut être conseillé aux patients
qui en ont la possibilité.
• Le recours à un expert nutritionnel est idéal
pour déterminer le meilleur régime pour le
patient en fonction de ses besoins et de son
budget. De manière générale, il est recommandé pour une personne séropositive :
- De privilégier les fruits et légumes (le développement de jardins communautaires a été
adopté dans certains projets pilotes) ;
- De privilégier les aliments riches en fibre
pour faciliter la digestion et l’absorption des
nutriments (sauf en cas de diarrhées);
- De supprimer ou de réduire fortement la
consommation de tabac, d’alcool, d’épices et
de drogues.
L’apport en vitamines et en compléments alimentaires (sélénium…) est également
conseillé, (même si la bonne alimentation reste
la priorité). La délivrance de ce type de produit
dans la phase asymptomatique permet :
• de retarder l’entrée en phase symptomatique ;
• de s’habituer au suivi d’un traitement régulier ;
• de rassurer le malade qui se sent pris en
charge.
Pour en savoir +
“Guide d’action du secteur privé contre le
VIH/sida” (MSD)
http://partenairescontrelesida.org/base-documentaire-1/autres-publications/
Les modules Traitement et Soins & Soutien
offrent une précieuse source d’informations pour
concevoir un programme de prise en charge, en
particulier sur le degré d’implication de l’entreprise
en fonction de sa situation ou sur les partenaires
potentiels de l’entreprise sur les différentes composantes du soutien (médical, économique, psycho-social, nutritionnel…).
“Steering Commitee Guide for successful
implementation of an HIV&AIDS programme” (SABCOHA)
Malette et document disponibles auprès de SABCOHA – info@sabcoha.co.za
Plusieurs modules sont consacrés à l’accompagnement pratique de la prise en charge : les programmes nutritionnels, le traitement des infections opportunistes, les ARV.
“La lutte contre le VIH/sida en entreprise”
(Sanisphere)
http://sanisphere.com/fr/references-et-publications/
L’étude aborde le thème essentiel de l’adhésion
au traitement au travers de réussites et d’échecs
de programmes existants.
35
PA R T I E
G U I D E
D E S
P R O G R A M M E S
D E
S A N T É
3
E N
E N T R E P R I S E
Les moyens de lutte
contre le paludisme
36
FICHE 8
FICHE 8 L’IEC pour le paludisme
L’ESSENTIEL
• L’IEC (Information - Éducation - Communication) est
au cœur d’un programme contre le paludisme :
toute mesure de lutte doit impérativement être
précédée et accompagnée par de l’IEC.
Un programme contre le paludisme ne peut avoir un
impact que si la population-cible change ses habitudes
face à une maladie qu’elle a l’impression de « connaître
depuis toujours » ; l’IEC doit donc être le socle du programme et en accompagner chacune des actions.
• Les messages à diffuser portent sur quelques
grands thèmes : les risques du paludisme, le
moustique, la transmission, les moyens de se
protéger, les bons comportements face aux
premiers symptômes et aux traitements reçus.
Quels messages diffuser?
• Les événements qui rythment la vie de l’entreprise
sont des occasions privilégiées pour diffuser ces
messages. Des initiatives spécifiques consacrées
au paludisme peuvent aussi être organisées afin de
susciter la mobilisation collective, préciser les
connaissances ou offrir des conseils concrets
(causeries éducatives, visites à domicile…).
• Les risques : insister en particulier sur les risques pour
les populations vulnérables (enfants, femmes enceintes,
expatriés… cf. fiche 2).
LA MISE EN ŒUVRE
Les grandes étapes d’un programme IEC
pour le paludisme
L’IEC sur le paludisme se rattache à quelques grands
thèmes transversaux :
• Le moustique : insister sur la transmission du parasite
par le moustique vecteur du paludisme et sur les heures
de piqûres (première partie de la nuit).
• La protection : insister sur la possibilité de limiter fortement les risques d’être malade grâce à des moyens simples comme la moustiquaire imprégnée.
FOCUS
Étape 1
Définir le plan d’action IEC : stratégie, groupe cible,
période, équipe…
Étape 2
Définir un calendrier d’activités IEC : événements,
communiqués radio, visites d’information à
domicile,…
Étape 3
Produire les supports de communication :
communiqués radio, impression des T-shirts,
affichage, etc.
Étape 4
Évaluer l’activité et les résultats (cf. fiche 26).
Note : les activités de distribution de MII et de contrôle
vectoriel sont abordées dans les fiches 9 et 10.
Enseigner les bons réflexes aux enfants
L’effort mérite d’être engagé auprès des enfants afin
d’assurer un changement des comportements dans
le long terme. Quelques réflexes à leur transmettre :
- La nuit tombe, attention, le moustique du paludisme
peut me piquer.
- Pour me protéger du paludisme, je dors sous la
moustiquaire en prenant garde à ne pas laisser un
espace dans lequel un moustique pourrait passer.
- J’ai la fièvre, c’est peut-être le paludisme, je
demande à mes parents qu’ils me conduisent le
plus vite possible au centre de santé.
- L’infirmier m’a donné des médicaments contre le
paludisme, je les prends jusqu’au bout pour être
complètement guéri.
37
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
• La prise en charge : insister sur le besoin de
consulter au plus vite un médecin ou un infirmier en présence des signes du paludisme
(fièvre…). Rappeler que les accès graves pourraient être évités si tout accès simple était correctement pris en charge dans les 24 heures.
• Le traitement et l’observance : insister sur
l’efficacité des ACT (cf. fiche 12) et l’importance de prendre le traitement jusqu’à son
terme.
Quels moyens mettre en œuvre ?
• Le choix des supports de communication
dépend de l’objectif recherché :
- Les affiches : soutenir la mobilisation, faire la
promotion d’une initiative du programme.
Attention de faire valider l’affiche au préalable par des animateurs communautaires ou
pairs éducateurs pour s’assurer que la population cible comprend bien le message.
- Les dépliants : donner des conseils pratiques (ex : comment préparer la maison
avant une campagne d’IRS).
- Les boîtes à images : animer des séances
d’IEC. Support très adapté pour les communautés environnantes dans le cadre d’un programme élargi.
- La radio : faire passer des messages simples auprès d’une large population. Attention
à diffuser les spots en nombre suffisant (au
moins 2 fois par jour pendant 3 ou 4 mois9 et
aux bonnes heures (le matin tôt, le soir).
FOCUS
Réussir une campagne de visites à domicile
- Former des animateurs à la démarche participative
(écouter, adapter le discours, susciter l’interrogation…),
- Prévoir 20 à 30 minutes par visite,
- Faire en sorte que tous les membres du foyer y
assistent,
- Préparer un aide-mémoire avec les messagesclefs à laisser en fin de visite,
- Lancer les visites quelques mois après le début du
programme pour tirer profit de tout leur potentiel :
parfaire les connaissances, répondre aux interrogations, suivre les actions proposées.
• Le paludisme étant une maladie qui, plus
qu’une autre, concerne le foyer (enfants et
femmes enceintes sont les plus vulnérables, la
protection se pense au niveau de l’habitat…),
les visites à domicile sont certainement l’action d’IEC la plus efficace.
Elles permettent d’être proches de la population-cible, d’adapter le discours aux perceptions,
connaissances et comportements de chacun
des membres du foyer, et d’accompagner la
mise en œuvre d’actions de lutte (ex : suivi de la
bonne installation et de l’utilisation de la moustiquaire).
• L’IEC passe aussi par des évènements,
pièces de théâtre, causeries éducatives... Pour
avoir plus d’impact, l’IEC doit s’intégrer dans
l’organisation de l’entreprise ou de la communauté et en respecter les rythmes. Les cérémonies officielles (vœux, remise de médailles…)
sont à mettre à profit pour diffuser les messages fondamentaux.
9 Academy for Educational Development and The Manoff Group / USAID, Spot on Malaria, 2005
38
FICHE 8
Quelles approches privilégier ?
Il n’y a jamais d’approche prédéfinie en matière
d’IEC : messages et techniques doivent toujours
être adaptés à un contexte donné. Voici cependant quelques conseils pour toucher plus efficacement la population-cible :
• Utiliser les langues locales lorsque cela
peut faciliter l’appropriation.
• Privilégier les démarches participatives.
Une discussion est souvent plus constructive
qu’un « cours » magistral pour faire passer des
messages, susciter l’interrogation et favoriser
l’adhésion autour de solutions trouvées collégialement.
• Rechercher la constance dans le fond et la
créativité dans la forme. Il ne faut pas hésiter à répéter les mêmes choses, mais en
renouvelant la manière de les présenter.
• S’appuyer sur le groupe pour combattre
les fausses croyances. Les croyances sont
souvent très ancrées. Un bon moyen est de
prendre appui sur les personnes les plus éclairées du groupe en leur donnant la parole pour
convaincre les autres.
• Veiller à ce que les informations communiquées soient en adéquation avec la réalité.
Par exemple, avant de communiquer sur le fait
que les femmes enceintes sont éligibles pour
recevoir une moustiquaire gratuite au centre
de santé de l’entreprise, s’assurer que les
moustiquaires y sont bien disponibles au
risque de décrédibiliser le programme.
Pour en savoir +
Roll Back Malaria. Méthodologies de communication et changement de comportement
L’information fournit ici permet de voir comment
doivent se monter les programmes de communication au niveau national. Programme mondial
bien connu, les recommandations de RBM sont
généralement des références sur lesquelles on
peut s’appuyer pour établir une campagne d’IEC
malaria en même temps que le programme
national.
http://www.rollbackmalaria.org/gmap/fr/4-8.html
Site Impact Malaria (Sanofi-Aventis)
http://en.impact-malaria.com/iml/cx/fr/
layout.jsp?scat=DA77BC21-DE36-42EE-8D2AD89E98F879D4
Nombreuses ressources disponibles pour l’IEC et
la formation : module de formation, boîtes à
image, jeux sur le paludisme…
39
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
FICHE 9 Le contrôle vectoriel
En amont, la lutte contre le paludisme consiste à
combattre le moustique, vecteur du parasite. Le « contrôle
vectoriel » désigne :
L’ESSENTIEL
- les techniques de lutte contre les larves : assainissement, contrôle biologique, épandages d’insecticide ;
• Le contrôle vectoriel vise à réduire la population de
moustiques en luttant contre les larves et le
moustique adulte dans l’objectif de casser le cycle
de transmission.
- les techniques de lutte contre les moustiques : utilisation
d’insecticide par fumigation ou en application intradomiciliaire (IRS).
• Plusieurs techniques existent : assainissement,
épandages, fumigation, contrôle biologique et
pulvérisations intradomiciliaires. Ces deux dernières
techniques sont les plus couramment utilisées.
L’assainissement
• Le contrôle biologique regroupe l’ensemble des
procédés naturels visant à réduire le nombre de
larves dans les gîtes existants.
• Il consiste à améliorer l’environnement pour éliminer ou
éviter les points d’eau stagnante ou quasi-stagnante
dans lesquelles le moustique peut pondre et ses larves
se multiplier.
• Les actions sont multiples, de l’évacuation des eaux
usées au revêtement des routes en passant par le remblayage des ornières et autres accidents de terrain.
• Ces grandes mesures d’assainissement sont cependant surtout du ressort des collectivités publiques dans
le cadre d’une politique de travaux de voirie (et non
dans le cadre strict de la lutte contre le paludisme).
• L’IRS (Indoor Residual Spraying), principale
technique de contrôle vectoriel, consiste à pulvériser
de l’insecticide liquide sur les murs intérieurs et les
plafonds des habitations, ce qui éloigne ou tue le
moustique.
• Pour des raisons techniques (couverture totale ou
quasi-totale de la zone-cible pour une très forte
baisse de la transmission et une réduction
significative de l’incidence des cas de paludisme), le
contrôle vectoriel est surtout adapté aux zones de
paludisme instable, urbain ou saisonnier modéré.
LA MISE EN ŒUVRE
FOCUS
Les grandes étapes du contrôle vectoriel
Transmission et incidence
ne sont pas proportionnelles
• A partir d’un certain niveau de transmission (nombre de piqûres infectantes), il n’y a pas de proportionnalité entre incidence* et transmission. Qu’un
individu se fasse piquer 20 fois ou 200 fois sur
une année, il présentera à peu près le même nombre d’accès palustres (source IRD).10
• En zone de forte transmission, une réduction de la
transmission n’a donc pas nécessairement d’impact significatif sur l’incidence.
* Incidence : nombre de cas de paludisme dans une population donnée sur une période donnée.
10 IRD. Projet Dielmo/Ndiop Sénégal – Conférence Robert V, Paris, 16/01/2006
Étape 1
Définir la stratégie de contrôle vectoriel : calendrier, groupe
cible, zone d’intervention, technique (assainissement, IRS,
contrôle biologique…),
Étape 2
Identifier les partenaires et prestataires,
Étape 3
Officialiser la campagne et communiquer (interne et
externe),
Étape 4
Évaluer l’activité et les résultats.
40
FICHE 9
• Une grande entreprise peut y avoir recours
dans des cas particuliers :
- en tant que partenaire d’une grande opération avec les pouvoirs publics ;
- sur un vaste chantier qui nécessite des travaux de remise en état des routes et des terrains, de construction d’infrastructures temporaires…
- dans le cadre d’une initiative pour améliorer
le bien-être des employés et des communautés riveraines.
• A noter que les actions de « micro-assainissement » (ex : combler les flaques d’eau des gravas…) n’ont aucun impact sur la baisse du
nombre de cas de paludisme (cf. encadré cidessous sur l’efficacité du contrôle larvaire). Il
peut en revanche avoir un impact positif
contre d’autres espèces de moustique comme
l’aedes, vecteur de la dengue et de la fièvre
jaune, ou du culex, vecteur notamment de la
fièvre du Nil.
Le contrôle biologique
• Alternative aux insecticides, non polluante et
non toxique, le contrôle biologique consiste à
agir sur les gîtes larvaires existants par l’introduction de poissons mangeurs de larves ou
l’épandage de bactéries.
EXEMPLE
Le programme de Dar-es-Salaam
(Tanzanie)
100 000 gîtes larvaires sont traités chaque semaine sur une
zone de 55 km² (600 000 personnes), principalement avec
des bactéries (Bti en granulés) dispensées manuellement ;
250 personnes, issues à 93% des communautés concernées,
y travaillent ; le suivi des équipes d’épandage et d’étude /
contrôle est hebdomadaire.
Entre 2006 et 2008, la prévalence (nombre d’individus porteurs du parasite) a chuté de 43%.
Une fois le système rôdé (cartographie des gîtes achevée, formation des agents réalisée…), le coût du contrôle biologique
est de l’ordre de 0,5 dollar (US) par an et par habitant.
(Source Dar-Es-Salaam City Council/Sanisphere, 2009 11)
• Technique peu coûteuse adaptée pour des
gîtes permanents (utilisée par exemple en
Inde dans des citernes d’eau), les poissons larvivores sont néanmoins fragiles et leur efficacité est souvent incertaine en milieu naturel
(les poissons ne se nourrissent pas que des
larves).
• Exigeant une logistique lourde avec des épandages toutes les semaines ou toutes les deux
semaines, l'épandage de bactéries permet
cependant d’obtenir un rapport coût-efficacité
intéressant en milieu urbain pour traiter des
gîtes d’eau stagnante ne dépassant pas
quelques dizaines de m², accessibles et bien
circonscrits (voir encadré ci-contre).
Les épandages d’insecticides
• Fondement des politiques d’éradication du paludisme dans les années 1960, les programmes
intégrant des épandages d’insecticide sont
assez rares aujourd’hui, en raison principalement de la pollution qu’ils occasionnent.
FOCUS
Attention : Les mesures de contrôle larvaire ne seront efficaces que si elles permettent d’assainir tous les points d’eau sur
plusieurs centaines de mètres, voire plusieurs kilomètres à la ronde :
• toutes les étendues d’eau, car il faut
réduire considérablement la population
de moustiques, en l’occurrence le nombre de gîtes larvaires, pour espérer obtenir une baisse des cas de paludisme (voir
encadré sur le rapport transmission-incidence) ;
• plusieurs kilomètres, car l’anophèle peut
voler jusqu’à 5 kilomètres du site de
ponte au lieu de piqûre.
Pour ces raisons, la lutte anti-larvaire ne
peut concerner que des zones urbanisées
ou de transmission modérée, là où les
étendues d’eau sont relativement peu
nombreuses, identifiables et techniquement maîtrisables.
11 Sanisphere, Guide Pratique de Lutte contre le Paludisme à destination des ONG et des Communautés, 2009
41
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
• A noter que le DDT est formellement interdit
pour tout usage extérieur. Les insecticides utilisés actuellement sont le plus souvent des
organophosphorés.
L’IRS (Indoor Residual Spraying
ou pulvérisation intradomiciliaire)
L’IRS consiste à pulvériser de l’insecticide
liquide sur les murs et plafonds à l’intérieur des
habitations. L’IRS est la principale technique
de contrôle vectoriel, efficace dans des
régions de transmission modérée au point de
constituer une alternative à la moustiquaire.
Les pulvérisations intradomiciliaires figurent
ainsi depuis fin 2006 parmi les 3 axes prioritaires de lutte préconisés par l’OMS aux côtés
des moustiquaires imprégnées et de la prise en
charge avec les ACT.
EXEMPLE
L’IRS, une technique efficace mais coûteuse et logistiquement exigeante.
L’exemple du programme de Zanzibar
(Tanzanie)
Le PNLP de Zanzibar, soutenu techniquement par Research Triangle Institute, une
ONG basée à Washington, a lancé un
vaste programme d’IRS depuis 2006. Une
seule campagne par an suffit grâce à l’utilisation de pyréthrinoïdes à forte rémanence. 450 agents et 90 superviseurs,
tous locaux, interviennent pendant 55
jours pour couvrir l’ensemble de l’île.
Environ 200 000 foyers sont traités à
chaque campagne, ce qui garantit un taux
de couverture supérieur à 90%.
Hors coûts de lancement, le coût d’une
campagne est d’environ 9,3 dollars
(US) par foyer.
Le paludisme est aujourd’hui sous contrôle
à Zanzibar, avec des niveaux de prévalence
inférieurs à 2% chez les enfants de moins
de 2 ans.
(source Zanzibar Malaria Control Programme 2008)
12 ZMCP/Sanisphere, Enquête IRS à Zanzibar,
12
• Le double effet de l’IRS
- Un effet létal : les anophèles qui piquent à
l’intérieur de la maison sont tués en quelques
instants en se posant sur les murs pour digérer leur repas de sang. L’effet létal casse la
dynamique des transmissions futures.
- Un effet répulsif : l’IRS réduit fortement le
nombre d’anophèles qui entrent dans la maison et donc le nombre de piqûres.
Note : Attention, l’IRS n’offre qu’une protection
personnelle partielle. Certains anophèles rentrent
malgré tout dans les habitations traitées et sont
capables de piquer. Par conséquent, l’utilisation
simultanée de la moustiquaire reste conseillée.
• Une technique adaptée pour des niveaux
de transmission faibles ou modérés
- Lorsque le niveau de transmission est trop
élevé, une baisse de la transmission n’entraînera pas de recul sensible de l’incidence des
accès palustres (cf. encadré).
FOCUS
Plusieurs « types » de paludisme
• Selon les zones, le paludisme en présence peut
être très variable en fonction de caractéristiques
naturelles (climat, hydrographie, sols…), entomologiques (espèces d’anophèles), de facteurs
humains (urbanisation)…
• Les classifications du paludisme sont diverses et
complexes. Pour simplifier, il est possible de retenir
les grandes catégories suivantes :
- Paludisme stable (régularité d’une année sur
l’autre) à transmission continue forte ;
- Paludisme stable à transmission continue faible à modérée et à transmission saisonnière ;
- Paludisme instable ;
- Paludisme urbain.
• Moins la transmission est forte et régulière,
- Plus l’immunité est faible, ce qui accroît les
risques d’accès graves ;
- Plus sont importants les risques d’épidémie liées
à une augmentation exceptionnelle de la transmission (ex : multiplication des gîtes larvaires lors
d’inondations).
42
FICHE 9
R A P P O R T D ’A C T I V I T É S 2 0 0 9
FOCUS
FOCUS
Complexe à mettre en œuvre et exigeant de
réelles précautions de santé publique (il s’agit
de rentrer dans les habitations pour pulvériser de
l’insecticide), il est fortement recommandé à
l’entreprise de se faire assister par le
Programme National de Lutte contre le
Paludisme (PNLP), un institut de recherche ou
une organisation expérimentée sur les différentes étapes (étude de faisabilité, choix de l’insecticide, achat du matériel, formation des équipes,
organisation générale…).
Contexte de recours à la fumigation :
essentiellement en cas d’épidémie dans
des zones de paludisme instable ou stable
à faible transmission et à forte densité de
population.
- L’IRS est donc particulièrement recommandée dans les zones où le niveau de transmission est faible à modéré : zones de paludisme instable, de paludisme urbain ou de
paludisme stable à transmission saisonnière
faible ou modérée.
- Par ailleurs, dans l’objectif de faire chuter le
nombre d’anophèles dans un périmètre bien
circonscrit et pour des raisons logistiques,
l’IRS est plutôt adaptée à des zones où l’habitat est concentré (ex : cité ouvrière).
- Dans les zones où le niveau de transmission
est très élevé, il est recommandé de coupler
l’IRS avec d’autres actions (principalement
les moustiquaires imprégnées) ou d’augmenter la fréquence des campagnes d’IRS.
Sinon, les résultats peuvent être décevants.
La fumigation
• Mesure de lutte anti-vectorielle, la fumigation
consiste à tuer les moustiques adultes en pulvérisant un nuage d’insecticide dans les zones
habitées où la densité de moustiques est très
élevée.
• Coûteuse, efficace seulement dans certaines
conditions (entomologiques, météorologiques...),
la fumigation est aujourd’hui utilisée de
manière exceptionnelle contre les anophèles.
Pour en savoir +
Conférence : "Optimiser les moyens du
contrôle vectoriel dans la lutte intégrée
contre le paludisme : de la recherche à la
mise en œuvre". Les Amis du Fonds Mondial,
Paris 17 novembre 2009.
Les différentes méthodes de contrôle vectoriel
sont abordées ainsi que les succès et les échecs
des différents programmes.
http://www.afmeurope.org/site/spip.php?page=l
utte&id_article=172&id_rubrique=5&id_mot=5
“Guide Pratique de Lutte contre le Paludisme
à l’attention des ONG et des communautés”
(Sanisphere)
www.sanisphere.com/pdf/En/Practical_guidebook_for_the_fight_against_malaria_NGOs_an
d_Communities.pdf
7 fiches pratiques consacrées aux différentes
techniques de lutte anti-vectorielle et de contrôle
larvaire.
“MAP, Malaria Atlas Project” (Kenya Medical
Research Institute / University of Oxford)
www.map.ox.ac.uk
Modèle détaillé, pays par pays, des limites spatiales du paludisme dû à P. falciparum et P. vivax.
“A tool box for operational mosquito larval control”
www.malariajournal.com/content/7/1/20
Publication sur le programme de contrôle biologique mené à Dar-es-Salaam (Tanzanie).
43
LE S P R O G R A M M E S D E S A N T É E N E N T R E P R I S E
FICHE 10 Moustiquaire
et protection individuelle
La protection individuelle vise à limiter les contacts entre
l’individu et le vecteur (l’anophèle). Une bonne utilisation
des moyens de protection passe par l’évolution des comportements ; l’IEC doit nécessairement accompagner la
mise en place d’une campagne (cf. fiche 9).
La moustiquaire imprégnée d’insecticide,
pilier de la protection individuelle
• La moustiquaire imprégnée protège très efficacement
l’individu pendant ses heures de sommeil, soit pendant
l’essentiel de son temps d’exposition aux piqûres infectantes (cf. fiche 2).
• L’imprégnation ajoute à la barrière physique de la toile
moustiquaire un effet répulsif et létal (mortel). Ainsi
une moustiquaire imprégnée, même trouée, mal bordée
ou en contact avec une partie du corps de l’individu,
conserve une efficacité. Lorsque le niveau de couverture est important, il y a un « effet de répulsion de
masse » : les moustiques entrent moins dans les maisons équipées.
• Des mesures complémentaires restent nécessaires pour
une protection en dehors des heures de sommeil.
FOCUS
A qui distribuer des moustiquaires ?
Les stratégies présentées ci-dessus visent en priorité les cibles les plus vulnérables, enfants de moins
de 5 ans et femmes enceintes. Cependant, dans les
zones de paludisme instable, l’OMS recommande
d’élargir la distribution à l’ensemble de la population.
L’ESSENTIEL
• Avec un rapport coût / efficacité exceptionnel, la
moustiquaire imprégnée d’insecticide est le pilier de
la protection individuelle.
• Les nombreuses autres solutions, nettement plus
onéreuses, peuvent être envisagées pour la
protection des salariés expatriés non immuns.
• L’adoption de la moustiquaire présente les mêmes
exigences « marketing » que pour tout autre produit.
Il convient de :
- Convaincre de son intérêt : bénéfices, raisons de
son efficacité…
- La rendre financièrement et physiquement
accessible : subventions, distribution…
• Sa bonne utilisation bute souvent sur de mauvaises
habitudes et ses problèmes pratiques d’accrochage
ou d’installation. Cela rend nécessaire un suivi
constant par des campagnes d’IEC.
LA MISE EN ŒUVRE
Les grandes étapes d’un programme de protection
individuelle contre le paludisme
Étape 1
Définir la stratégie du programme : calendrier, groupe cible,
distribution et installation MII, visites à domicile…
Étape 2
Identifier les partenaires, prestataires et fournisseurs,
Étape 3
Officialiser la campagne et communiquer (interne et
populations) en cohésion avec le programme IEC (cf. fiche 8)
et les autorités sanitaires locales,
Étape 4
Planifier le contrôle qualité, évaluer l’activité et les résultats
(cf. fiche 26).
44
FICHE 10
Assurer les aspects logistiques
d’une campagne de moustiquaires
Accompagner l’adoption et
l’utilisation de la moustiquaire
par l’IEC
• Les moustiquaires fournies par l’entreprise
doivent être imprégnées d’insecticide. Cellesci conservent leur efficacité pendant 3 à 5 ans.
Une campagne de moustiquaires (distribution et
installation) sans IEC est vouée à l’échec. L’IEC
sur la moustiquaire doit viser à :
• Il faut abandonner les moustiquaires non
imprégnées et celles imprégnées après
confection.
• Convaincre de l’intérêt d’utiliser une
moustiquaire : mettre en avant le bien-être
apporté (nuit sans moustique et sans autres
insectes piqueurs) et les économies réalisées
(sur la consultation et les médicaments),
convaincre de l’efficacité (double protection
offerte par la toile et l’insecticide), rassurer sur
la non-toxicité de l’imprégnation par l’insecticide (cf. encadré ci-contre), valoriser la moustiquaire (des utilisateurs et des parents responsables).
• Outre l’imprégnation, les moustiquaires présentent différentes caractéristiques physiques,
certaines pouvant influer fortement sur leur
efficacité et leur résistance ainsi que sur leur
adoption et leur usage par les populations (cf.
« Pour en savoir + »).
• Le PNLP tient en général à disposition une
liste de fournisseurs agréés. Parmi eux, les
organisations de marketing social sont particulièrement recommandées pour les prix
avantageux (entre 3,5 et 4 euros l’unité), les
facilités logistiques et l’accompagnement
qu’elles proposent (ex : PSI, organisme à but
non lucratif, leader du marketing social, cf.
« Pour en savoir + »).
FOCUS
Repères pour le stockage et le transport
Les moustiquaires sont disponibles en balles de 25,
de 50 ou de 100. Leurs emballages résistent au
soleil et à la pluie. Une balle de 100 moustiquaires
pèse environ 50 kilos et occupe 1/2 m3.
FOCUS
Une imprégnation sans risque sur la santé
Le procédé utilisé écarte tout risque d’intoxication, même lorsque la peau, les
narines ou les lèvres sont en contact avec
la moustiquaire.
• Apporter des réponses aux raisons et habitudes faisant obstacle à sa bonne utilisation
- Le fait de dormir dehors pendant la saison
chaude : choisir un mode d’accrochage permettant d’emmener la moustiquaire à l’extérieur (Cf. infra).
- L’impression d’étouffer sous la moustiquaire
(claustrophobie, sensation de chaleur – il fait
légèrement plus chaud sous la moustiquaire) : minimiser le désagrément en rappelant les risques encourus.
- La lassitude d’installer la moustiquaire : réfléchir au mode d’accrochage le moins fastidieux.
- La mauvaise installation de la moustiquaire :
rappeler qu’il faut border la moustiquaire
sous la paillasse ou sous le matelas pour être
complètement protégé.
45
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
FOCUS
Faciliter l’acte d’achat
Les précautions de lavage
Ne pas laver la moustiquaire plus de 5 fois
par an (l’insecticide disparaît au bout de
20 lavages pour une moustiquaire longue
durée).
Ne pas la laver ni jeter l’eau de lavage trop
près d’un puit, d’une rivière ou de tout
réservoir d’eau potable.
Laver-la avec de l’eau froide et du savon
(pas de javel).
Faciliter l’acquisition en rendant l’investissement
accessible :
- Les manipulations brusques : les mailles restent relativement fragiles ; rappeler qu’une
moustiquaire déchirée perd de son efficacité
et qu’elle se manipule donc avec soin.
• Accompagner les populations pour résoudre les difficultés pratiques
- L’accrochage. Difficulté majeure dans la mise
en place d’une campagne, il faut impérativement donner des conseils pratiques en fonction du type d’habitat. Il est également
conseillé de fournir le matériel facilitant l’accrochage voire d’accrocher sur site la moustiquaire en présence des membres de la
famille.
ASTUCE
Encourager l’utilisation de la moustiquaire
grâce aux visites à domicile
Les visites à domicile sont particulièrement
adaptées pour suivre une « opération
moustiquaires » :
- remotiver les foyers visités en rappelant
les avantages de la moustiquaire et en
répondant aux interrogations individuelles ;
- fournir une aide au cas par cas sur les
problèmes d’installation.
Des visites à l’improviste permettent de
plus de contrôler le bon usage de la moustiquaire. Elles sont le moyen le plus sûr de
mesurer la réussite effective d’une campagne.
• Par des prix étudiés :
- La gratuité n’est pas toujours la meilleure solution (produit perçu comme sans valeur, risque
de détournement, opération coûteuse…) mais
peut être envisagée dans des cas précis (ex :
femmes enceintes, consultations d’enfants en
bas âge, consultation pour un accès palustre…) ou dans le cadre de l’élargissement du
programme aux communautés environnantes
(la gratuité est préconisée par l’OMS vis-à-vis
de populations démunies).
- Un prix subventionné est souhaitable car il
responsabilise l’acquéreur. Solution parfaitement adaptée aux entreprises, d’autant plus
qu’elles bénéficieront d’un retour sur investissement en cas d’opération fructueuse.
FOCUS
Différents schémas de subventions à
envisager
- généralisées (prix unique subventionné
pour tous) ;
- ciblées (prix subventionné pour des cibles
prioritaires) ;
- croisées (prix plus élevé pour certaines
cibles afin de le réduire pour d’autres),
schéma adopté par les organisations de
marketing social.
• Par des solutions de financement : par exemple vente à crédit avec retenue sur salaires,
tontines (en particulier celles émanant des
associations de femmes).
• Par une disponibilité du produit : la moustiquaire doit être visible (modèles d’exposition
donnant des idées pour l’installation) et doit
pouvoir être achetée à l’endroit où elle est visible. Dans le cas d’une vente à grande échelle,
multiplier les canaux de distribution, centres
de soins, pharmacies, épiceries, vendeurs dans
la rue, associations, ONG…
46
FICHE 10
Les autres moyens de protection
individuelle
FOCUS
Important
Tous les moyens suivants (hormis le traitement des
tentes à l’insecticide) ont un coût bien supérieur à la
moustiquaire imprégnée (cf. tableau ci-dessous)
pour une efficacité bien moindre.
• Serpentins : effet répulsif et « knock-down »
pendant 6 à 8h. Peu coûteux (moins d’un euro
pour une douzaine de serpentins), cette solution peut être préconisée en intérieur, dans
une habitation bien aérée, pour compléter la
moustiquaire avant le couchage. Les serpentins peuvent être irritants (toux), gênants
(odeur) et de qualité variable.
• Diffuseurs électriques d’insecticides : bon
moyen de protection, alternative possible à la
moustiquaire. A brancher une heure avant le
coucher. Durée de vie allant de 8 à 45 jours
(pour l’insecticide liquide).
• Traitement des textiles par un insecticide :
vêtements, mais aussi rideaux, draps de lit
supérieurs, voiles, foulards… Utile pour les
vêtements fins, même longs : certaines
piqûres se font au travers. Retraitement
nécessaire tous les 2 mois ou 5 lavages. Coût
et mode d’application très variables. Préconisé
pour les expatriés ou dans des situations très
particulières (travailleurs en forêt…). Le traitement des rideaux se fait avec l’insecticide
d’imprégnation des moustiquaires.
• Climatisation et ventilateurs : la climatisation réduit l’agressivité des moustiques (le
froid engourdit) et les éloigne, le ventilateur
peut les éloigner. Ces moyens ne peuvent être
que des compléments : ils n’empêchent pas
les moustiques de piquer et sont donc incertains.
• Grillages anti-moustiques aux fenêtres :
accroît l’herméticité de la maison ou des
locaux de travail.
• Autres précautions : port de vêtements longs
et amples, de préférence de couleurs claires,
limitation des sources lumineuses…
• Répulsifs corporels : très bonne efficacité si
utilisés à la bonne concentration avec un produit efficace.
Pour en savoir +
• Aérosols : effet létal immédiat. Utilisation
contraignante, forte inflammabilité, effet irritant en cas de mauvaise aération (toux…).
Figure 3
Estimation des coûts annuels respectifs de 5 moyens de protection
individuelle utilisés pour une famille de 5 personnes, dormant dans
3 lits différents disposés dans 2 pièces, (Sanisphere 200813)
Coût / an
Hypothèses
Moustiquaire imprégnée
6 euros
Coût moyen annuel de 2 euros pour
une moustiquaire longue durée
Serpentin
50 euros
1 serpentin/pièce/jour,
1 euro les 15 serpentins
Diffuseur électrique
d'insecticide
240 euros
10 heures d’utilisation/jour (soit 20 heures
pour les 2 pièces), 10 euros les 300
heures d’utilisation
Répulsif corporel
300 euros 1 bombe/mois/personne, 5 euros € la bombe
Aérosol
100 euros
1 bombe pour la maison/semaine,
2 euros la bombe
13 Sanisphere, Etude sur les moyens de protection individuelle,
Prix 2008, Cameroun, 2008
«Guidelines for Employer-Based Malaria
Control Programmes» (World Economic Forum)
www.weforum.org/pdf/Malaria.pdf
Plusieurs parties consacrées à l’efficacité de la
moustiquaire et aux facteurs de succès d’un programme moustiquaire.
“Carte des programmes” (PSI)
www.psi.org/where-we-work
Carte des pays bénéficiaires d’un programme de
marketing social coordonné par PSI.
IRD : Adapter les moustiquaires pour mieux
combattre le paludisme
Ces travaux montrent qu’il est nécessaire de
créer un cadre de discussion entre le personnel
médical et la population et de rendre les moustiquaires plus pratiques à utiliser étant donné
l’organisation des espaces domestiques.
http://www.ird.fr/la-mediatheque/fiches-dactualites-scientifiques/330-adapter-les-moustiquaires-pour-mieux-combattre-le-paludisme
47
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
FICHE 11 La protection spécifique
des personnes à risque
Dans son volet prévention, un programme d’entreprise
contre le paludisme doit prendre en compte les risques
spécifiques des groupes vulnérables :
- Enfants en bas-âge, femmes enceintes et travailleurs à
risque (ex : employés de nuit…) parmi les populations
locales (employés, ayant-droits…) ;
- Expatriés de régions non impaludées ou peu impaludées
(ex : un Nord-Africain en Afrique subsaharienne).
Protéger les enfants (en bas-âge)
• Les enfants sont particulièrement vulnérables au cours
des premières années de leur existence : la protection
héritée de leur mère disparaît au bout de quelques mois
et il faudra plusieurs années pour que se construise leur
propre immunité (cf. fiche 2).
L’ESSENTIEL
• Parmi les populations locales, enfants en bas-âge et
femmes enceintes sont les groupes à protéger en
priorité au moyen de la moustiquaire et du
traitement préventif intermittent (pour les femmes
enceintes).
• Les salariés originaires de régions sans paludisme
et travaillant dans une zone d’endémie sont aussi
très vulnérables au paludisme en raison de leur
absence totale d’immunité.
• La prévention commence par une sensibilisation
permanente pour qu’ils intègrent le « risquepaludisme » dans leurs habitudes de vie. Plusieurs
dispositions existent ensuite pour assurer leur
protection, à commencer par la chimioprophylaxie,
c’est-à-dire la prise régulière de médicaments
préventifs.
FOCUS
LA MISE EN ŒUVRE
La protection des enfants : jusqu’à quel âge ?
L’âge de 5 ans a été fixé pour harmoniser les différentes politiques de santé, sous l’égide de l’OMS.
Comme la durée d’acquisition de l’immunité varie
selon les zones et les sujets (cf. fiche 2), l’extension
des mesures préventives aux enfants âgés de 6 à 10
ans ne peut qu’être bénéfique.
Les grandes étapes de la prise en compte
des personnes à risques
• La prévention du paludisme chez les enfants passe principalement par l’utilisation correcte de la moustiquaire
imprégnée, particulièrement adaptée pour eux puisqu’ils
sont en général couchés toute la nuit, c’est-à-dire toute
la période où les anophèles piquent.
Étape 1
Identifier les groupes cibles du projet, évaluer les risques et
la vulnérabilité (définir les populations cibles, déterminer la
zone géographique d’intervention selon les techniques
utilisées…),
Étape 2
S’assurer de la cohérence des interventions avec
campagnes d’IEC (cf. fiche 8),
les
Étape 3
Suivi & évaluation des indicateurs clefs (ie. incidence enfants
moins de 5 ans, femmes enceintes, expatriés…), cf. fiche 26.
FOCUS
3 messages sur la moustiquaire à faire passer auprès des parents
• Dans le foyer, équiper en priorité le lit des plus jeunes enfants.
• Bien border la moustiquaire afin que l’enfant ne puisse pas découvrir une partie de son corps
en remuant pendant la nuit.
• Veiller à mettre l’enfant au lit assez tôt dans la soirée pour limiter le risque de piqûre.
48
FICHE 11
Protéger les femmes enceintes
• L’immunité d’une femme est réduite après ses
trois premiers mois de grossesse, les risques
sont alors accrus pour elle-même, mais aussi
pour l’enfant qu’elle porte (cf. fiche 2).
• L’effort de prévention porte sur la moustiquaire
imprégnée, ainsi que sur le Traitement
Préventif Intermittent (TPI).
• Le TPI consiste à administrer aux femmes
enceintes au moins deux doses d’un traitement préventif (en général de la sulfadoxinepyriméthamine, SP) lors des consultations prénatales des deuxième et troisième trimestres.
Le protocole généralement préconisé est le
suivant : une première dose au cours du
deuxième trimestre, une seconde au cours du
troisième trimestre de grossesse. L’enjeu
pour le centre de santé de l’entreprise est
de veiller à ce que les femmes enceintes
se rendent bien aux consultations prénatales afin de pouvoir leur administrer le TPI.
Protéger les expatriés
et les salariés mobiles
• Pour des salariés originaires de zones impaludées mais dans lesquelles la transmission et
l’incidence palustre sont moindres, un surcroît
de vigilance s’impose pour assurer une
consultation immédiate en cas de fièvre (ex :
un Malien du Nord sahel venant travailler au
Cameroun).
• Pour des sujets neufs (salariés expatriés…)
ou des sujets originaires de zone d’endémie
mais qui ont passé plusieurs années dans une
zone sans paludisme et qui sont de ce fait
redevenus aussi peu immuns que des sujets
neufs, l’entreprise doit prévoir un programme
de protection spécifique.
1. La chimioprophylaxie préventive est la
mesure prioritaire de prévention des
personnes non-immunes (en particulier
sur des séjours de moins de 6 mois).
FOCUS
Protéger les travailleurs à risque
• Les employés locaux ont en général développé une immunité contre le paludisme (cf.
fiche 2). Certaines activités professionnelles
cependant exposent les salariés à des risques
accrus ; il est alors conseillé à l’entreprise de
prévoir une protection spécifique pour eux.
- Les travailleurs de nuit, exposés aux heures
correspondant aux pics de piqûre : sprays
corporels, vêtements de travail couvrants
traités avec des insecticides, grillages-moustiquaires aux fenêtres des locaux, IRS… (cf.
fiche 10).
- Les travailleurs intervenant sur des sites
dans des zones de forte transmission
(travailleurs forestiers, ouvriers sur de grands
chantiers…) : moustiquaire imprégnée, vêtements couvrants imprégnés pour la nuit, grillages-moustiquaires aux fenêtres des campements ou imprégnation des tentes…
Attention
Aucun traitement chimioprophylactique
n’offre de protection complète face au
paludisme.
• Le parasite a développé des résistances
aux médicaments. En conséquence,
l’OMS a classé les pays en quatre grands
types correspondant au niveau de résistances à la chloroquine.
• Différents médicaments peuvent être
retenus pour la chimioprophylaxie en
fonction de cette typologie. Le choix
incombe au médecin, qui a les compétences pour définir la stratégie de chimioprophylaxie la mieux adaptée à chaque
situation. A titre indicatif, les molécules et
médicaments possibles suivant les zones
sont les suivants :
49
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
Figure 3
La chimioprophylaxie du paludisme selon les zones de résistance à P. falciparum
Risque
Résistance de
P. falciparum
à la chloroquine
Molécule
Prix approximatif /
semaine
Groupe 1
Nul ou très limité
Nulle
Pas de chimioprophylaxie
-
Groupe 2
Faible et saisonnier
Nulle
Chloroquine
1$
Groupe 3
Modéré
Faible
Chloroquine + proguanil
4$
Méfloquine (ou)
6$
Groupe 4
Fort
Elevée, multirésistances
Doxycycline (ou)
20 $
Atovaquone+proguanil
3$
• Il n’y a aujourd’hui plus de recommandations officielles sur la prise de médicaments préventifs au-delà de 6 mois. Pour
les expatriés longue durée, la question de
la stratégie et de la durée de chimioprophylaxie repose donc sur le médecin.
• L’arrêt de la chimioprophylaxie au bout de
plusieurs mois exige que l’expatrié ait intégré le « risque-paludisme » dans son mode
de vie.
2. Moustiquaire imprégnée : insister sur l’insuffisante protection de la climatisation.
3. Diffuseurs et bombes insecticides : ils
peuvent être envisagés à condition d’être
rigoureusement utilisés dans une chambre
fermée.
4. Sprays répulsifs : pour la peau et les vêtements. Ils constituent la seule mesure de
protection contre les piqûres à l’extérieur
une fois la nuit tombée.
5. Vêtements imprégnés : ils sont une
bonne solution pour les séjours en zone très
impaludée.
6. Kit de traitement de réserve : contient les
outils de première urgence en cas d’isolement médical absolu (cf. Pour en savoir +)
FOCUS
Retour au pays et expatriation longue durée :
ne pas relâcher la vigilance !
Retour au pays : Les cas de paludisme qui se déclenchent
plusieurs jours après le retour au pays sont fréquents. Deux
messages à faire passer:
1 «Toute fièvre survenant dans les trois mois après le retour
d’une zone d’endémie constitue une urgence médicale. »
2 «Signalez tout de suite à votre médecin que vous revenez
d’une zone d’endémie pour l’aider dans son diagnostic. »
Expatriation longue durée : De nombreuses années sont
nécessaires pour acquérir une bonne immunité en se faisant
piquer régulièrement et en faisant des accès palustres.
Les expatriés longue durée ne sont souvent plus sous chimioprophylaxie et se protègent naturellement de moins en
moins au fil du temps. Un message à faire passer :
«Même après plusieurs années, un expatrié reste vulnérable ».
Pour en savoir +
Roll Back Malaria : Paludisme et Grossesse
Fiche spécifique sur les risques encourus par les femmes
enceintes face au paludisme.
www.rollbackmalaria.org/cmc_upload/.../infosheet4_fr.pdf
Roll Back Malaria : Le paludisme chez les enfants
Fiche d’information sur les risques du paludisme chez l’enfant
et les moyens de le prévenir.
http://www.rollbackmalaria.org/cmc_upload/0/000/015/3
67/RBMInfosheet_6fr.htm
“Bulletin de l’INVS”: recommendations sanitaires pour
les voyageurs, 2 juin 2009, n°23/24
www.invs.sante.fr/beh/2009/23_24/beh_23_24_2009.pdf
Numéro spécial sur la santé des voyageurs et expatriés,
approfondissements sur la chimioprophylaxie chimioprophylaxie préventive
50
FICHE 12
FICHE 12 L’accompagnement de la
prise en charge du paludisme
L’ESSENTIEL
Diagnostic clinique, diagnostic biologique
• Le paludisme est une maladie multiforme : le
diagnostic clinique, réalisé à partir des symptômes
observés, est complexe et doit être confirmé par un
diagnostic biologique (test sanguin) pour s’assurer
de la réalité de l’accès palustre.
• Dans le cas du paludisme, on distingue deux types de
diagnostic :
• L’accès de paludisme simple se traite efficacement :
les ACT, associations à base d’artémisinine,
permettent de traiter un accès simple en seulement
3 jours et par voie orale (hors cas de vomissement).
• L’accès grave demande une hospitalisation plus ou
moins longue, en fonction de l’évolution des signes
cliniques.
LA MISE EN ŒUVRE
Les grandes étapes de l’accompagnement
à la prise en charge du paludisme
Étape 1
Évaluer les risques et la vulnérabilité du groupe cible
(zone, prévalence...),
Étape 2
Mettre en place ou améliorer les techniques de
diagnostic biologique,
Étape 3
Assurer un circuit fiable d’approvisionnement en
tests de dépistage et en traitements (fournisseurs,
centre de référence...),
Étape 4
Suivi des indicateurs clefs (incidence femmes
enceintes, enfants de moins de 5 ans, nombre
d’accès simples versus graves...), cf. fiche 26.
- le diagnostic clinique, réalisé après examen clinique
complet du malade (interrogatoire, examen) ;
- le diagnostic biologique, basé sur des tests visant à
mettre en évidence la présence du parasite dans le
sang de la personne testée.
• Le diagnostic clinique est complexe : le paludisme est une
maladie insidieuse qui peut se manifester de multiples
manières selon les individus, de sorte que les symptômes
principaux eux-mêmes (fièvre, maux de tête… cf. fiche 2)
sont difficiles à interpréter, même par des médecins expérimentés. La confusion avec d’autres maladies à fièvre
comme la grippe est fréquente : beaucoup d’experts estiment ainsi qu’au moins 50% des cas diagnostiqués en
Afrique ne sont pas en réalité des cas de paludisme.
FOCUS
Plusieurs techniques de diagnostic biologique
• La goutte épaisse : technique de référence, à utiliser lorsque l’entreprise possède ou a accès à un
laboratoire capable de fonctionner selon les meilleurs standards.
• Le frottis : même remarque concernant le laboratoire.
• Le test fluorescent : méthode fiable mais coûteuse.
• Le test de diagnostic rapide : en l’absence de laboratoire, alternative sérieuse aux techniques précédentes.
• Le diagnostic biologique est nécessaire pour donner sa certitude au diagnostic du paludisme. Par ailleurs, il permet :
- Une réduction des dépenses en médicaments : avec
des traitements ACT à 3 euros et plus, le recours au
diagnostic biologique est économiquement rationnel
car il réduit très nettement le nombre d’antipaludiques
prescrits au regard du principe de précaution.
51
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
- Un suivi épidémiologique rigoureux : lui seul
peut renseigner sur l’évolution de l’incidence
et de la prévalence.
FOCUS
- Une amélioration de la prise en charge des
autres maladies à fièvre : la tendance à assimiler toute fièvre à un accès palustre fait
écran au diagnostic d’autres pathologies.
Il existe plusieurs combinaisons à base
d’artémisinine (ou d’un de ses dérivés) ;
parmi les plus fréquentes, on peut citer
artéméther-luméfantrine ou artésunate +
amodiaquine. Le choix du traitement est
laissé à l’appréciation du médecin.
FOCUS
L’introduction du diagnostic biologique
dans le protocole de prise en charge du
centre de santé est une avancée décisive pour la santé des malades ainsi
que pour le suivi du programme et la
maîtrise des coûts des médicaments.
Elle est une mesure phare dans le cadre
d’un programme contre le paludisme en
entreprise.
Le traitement de l’accès simple
Le traitement de l’accès grave
• Les accès simples se soignent très bien, par
voie orale, à condition d’être pris en charge
rapidement. A noter qu’il existe des formes
galéniques pour les enfants (sirop et suppositoire).
• Lorsque l’accès évolue vers un accès grave, il
nécessite toujours une surveillance médicale
accrue et une hospitalisation.
• Dans de nombreuses zones d’endémie, P. falciparum mais aussi P. vivax sont devenus
résistants aux molécules utilisées pendant des
décennies, surtout la chloroquine.
• Les combinaisons thérapeutiques les plus efficaces aujourd’hui sont les traitements à base
d’artémisinine, les ACT (Artemisinin Combined
Treatment) qui combinent l’artémisinine avec
une ou plusieurs autres molécules.
• Les ACT :
- Présentent une excellente efficacité : l’association permet de gérer la période aiguë et
une longue durée d’action.
- Sont facteurs de bonne observance : des
traitements combinant l’artémisinine ou l’un
de ses dérivés et une molécule associée
existent souvent en coformulation. De plus,
un traitement ACT dure 3 jours.
• La quinine, le plus ancien des antipaludiques,
reste le traitement de référence pour les
accès graves. Mélangée avec un sérum glucosé, elle est injectée en perfusion intraveineuse.
• Il existe des alternatives à ce traitement de
référence :
- l’administration de la quinine par voie intramusculaire, avec des précautions d’utilisation
pour éviter les accidents liés à l’injection, si
l’hospitalisation n’est pas envisageable dans
l’immédiat. Attention, ces traitements sont
des traitements d’attente avant une prise en
charge plus appropriée. Par ailleurs, la voie
intramusculaire doit être évitée chez l’enfant : mode d’administration douloureux,
il peut aboutir à une paralysie du membre inférieur.
- l’administration de dérivés de l’artémisinine
dont l’efficacité est démontrée par voie injectable et/ou rectale.
52
FICHE 12
Accompagner la prise en charge
des cas de paludisme
Le volet prise en charge d’un programme contre
le paludisme en entreprise consiste à faciliter le
travail du personnel de santé et à lui donner les
moyens de dispenser une prise en charge aux
meilleurs standards. Plusieurs leviers existent :
• Mener des campagnes d’IEC pour convaincre
les populations de consulter en cas de fièvre
plutôt que de recourir à la médecine traditionnelle ou à l’automédication. Il n’y aurait pas de
mortalité liée au paludisme si tous les cas
étaient correctement traités dans les bons
délais (cf. fiche 2).
FOCUS
Les mères de famille, maillon essentiel de la prise
en charge de l’enfant
3 messages à leur transmettre :
- Une fièvre chez votre enfant ? Consultez sans
attendre !
- Votre enfant rechigne à prendre ses comprimés ?
Ecrasez-le et diluez-les dans de l’eau salée.
- Votre enfant fait des convulsions ? Menez-le d’urgence au poste de santé le plus proche !
• Intégrer le recours au diagnostic biologique
dans le protocole de prise en charge (cf. supra).
• Organiser la prise en charge d’une populationcible éloignée du centre de santé : favoriser la
mobilité du personnel de santé (moyen de
locomotion adapté) ou le rapatriement des
malades, prévoir des protocoles d’attente (kit
de traitement de réserve, cf. fiche 12)…
• Assurer l’approvisionnement en traitements de
bonne qualité : achat des traitements auprès
de grossistes reconnus ou de la pharmacie
centrale publique, gestion des stocks…
• Rendre les traitements financièrement accessibles pour la population-cible : gratuité des
traitements ou ticket-modérateur selon la politique de l’entreprise pour éviter tout achat de
médicaments dans la rue ou le recours à la
médecine traditionnelle.
• Aider à une bonne observance : condition
d’une guérison totale sans rechute ultérieure,
la bonne observance est fonction des explications données au malade par la personne qui
lui donne le médicament. Le personnel de
santé doit rappeler les étapes suivantes :
- Expliquer plusieurs fois la posologie (combien de comprimés à prendre et comment les
prendre, à quel moment de la journée, pendant combien de jours).
- Faire répéter le malade pour s’assurer qu’il a
bien compris.
- Expliquer les risques de la maladie.
- Expliquer l’action des médicaments.
- Expliquer les effets secondaires et la
manière de les corriger.
- Insister sur les risques de rechutes en cas
d’arrêt en cours de traitement.
- Donner des fiches de traitement (avec dessins si analphabète).
Pour en savoir +
OMS-Diagnostic et prise en charge du paludisme grave
whqlibdoc.who.int/.../WHO_CDS_CPE_SMT_20
00.4_Rev.1_PartieI_fre.pdf
Guide très complet et détaillé à l’attention des
responsables de projet ou des praticiens médicaux et paramédicaux.
“Malaria diagnosis : a guide for selecting
rapid diagnostic test kits” (UNICEF, 2007)
www.unicef.org/supply/files/Guidance_for_mal
aria_rapid_tests.pdf
Choix des tests selon les zones, transports, achats...
“Guide Pratique de Lutte contre le Paludisme
à l’attention des ONG et des communautés”
(Sanisphere)
www.sanisphere.com/pdf/En/Practical_guidebook_for_the_fight_against_malaria_NGOs_an
d_Communities.pdf
6 fiches pratiques sont consacrées à la prise en
charge et au diagnostic.
53
PA R T I E
G U I D E
D E S
P R O G R A M M E S
D E
S A N T É
4
E N
E N T R E P R I S E
Les moyens de lutte
contre la tuberculose
54
FICHE 13
FICHE 13 IEC et prévention
de la tuberculose
L’ESSENTIEL
• L’IEC est indispensable au succès de la lutte contre la
tuberculose, en particulier pour :
- Encourager les personnes souffrant d’une toux de plus de
15 jours à consulter sans attendre ;
- Lutter contre la stigmatisation des personnes tuberculeuses ;
- Insister sur l’extrême importance d’observer scrupuleusement
le traitement prescrit par le médecin.
• L’entreprise peut aussi rappeler les gestes d’hygiène et de
prévention élémentaires comme le fait de mettre la main
devant la bouche en cas de toux ou d’éternuement.
• Elle doit par ailleurs veiller à tenir ses locaux aérés et ensoleillés.
• Elle peut enfin encourager la vaccination des enfants par le
BCG et la chimioprophylaxie pour certaines personnes à risque
(personne immunodéficiente, enfant de moins de 5 ans en
contact avec un tuberculeux contagieux).
LA MISE EN ŒUVRE
Les grandes étapes de la prévention de la tuberculose
Étape 1
Mettre en place une vigilance continue et définir une stratégie
d’IEC si les salariés, ayant droit et/ou populations riveraines
sont exposés au risque de contracter la tuberculose,
Étape 2
Choisir les messages, les supports et définir les moyens à
mettre en oeuvre,
Étape 3
Définir un calendrier d’activités IEC : événements, communiqués
radio, visites à domicile…
Étape 4
Produire les supports de communication : communiqués radio,
T-shirts, affichage...
La prévention de la tuberculose passe essentiellement par une vigilance continue en vue d’un dépistage prompt (cf. fiche 14). Certaines mesures
cependant peuvent être prises par l’entreprise pour
prévenir les risques de contagion. Par ailleurs,
comme dans tout programme de santé, il est nécessaire de soutenir les actions par de l’IEC, en particulier pour lutter contre la stigmatisation de cette
maladie souvent perçue par les populations comme
la « maladie de la pauvreté ».
Les messages principaux
à faire passer
• Ces messages peuvent être diffusés au moyen de
campagnes d’affichage, de causeries éducatives.
Ils seront naturellement rappelés lors des consultations pour le dépistage et avant le lancement du
traitement.
• Les groupes de discussion autour des grands
thèmes de santé sont un moyen très efficace pour
favoriser l’appropriation des messages. Dans le
cas de la tuberculose, ils permettent de prévenir la
stigmatisation et font prendre conscience à tous
de l’importance de soutenir le malade durant son
traitement.
- La tuberculose est une maladie grave potentiellement mortelle. Les populations tendent à
sous estimer les risques liés à la tuberculose.
- Consulter en cas de toux persistante (plus de
15 jours14). Souligner l’importance de consulter
pour soi, mais aussi pour son entourage.
- La tuberculose n’est pas un facteur de discrimination dans l’entreprise (ou pour les candidats lors de la visite médicale d’embauche : la
découverte de la tuberculose ne réduit aucunement vos chances de continuer avec nous…).
Étape 5
Suivi & évaluation du projet (cf. fiche 26).
14 OMS, Guide destiné à l’appui au traitement contre la tuberculose, p5. Genève, 2004
55
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
- La tuberculose est une maladie fréquente qui peut toucher tout le monde.
La lutte contre la stigmatisation est un point
crucial de l’IEC sur la tuberculose. De nombreuses études ont montré que la stigmatisation participe fortement à retarder la
consultation et rend plus difficile le suivi adéquat du traitement (source «Stop TB», cf.
«Pour en savoir +»). A la stigmatisation liée
au fait que la tuberculose est une maladie
souvent associée par les populations à la
pauvreté, s’ajoute aujourd’hui la stigmatisation liée au lien étroit entre tuberculose et
infection à VIH.
- Le traitement de la tuberculose dure 6
mois (ou 8 mois). La population cible doit
être consciente qu’il s’agit d’un traitement
long afin de limiter les risques d’abandon par
ignorance (abandon dès que l’état de santé
semble s’améliorer…) ou par lassitude (le
patient ne s’attendait pas à un effort aussi
long).
- En suivant bien son traitement, on guérit
définitivement de la tuberculose. Souligner
la nécessité d’une bonne observance pour
guérir complètement et éviter les rechutes
mais aussi pour ne pas favoriser l’émergence de résistances.
Enseigner les bons gestes
La prévention de la tuberculose passe aussi par
l’adoption de gestes et de comportements simples qui permettent d’éviter la contagion :
• Mettre la main devant la bouche quand on
tousse ou quand on éternue.
• Veiller à avoir une vie saine, réduire la consommation d’alcool, supprimer le tabac, privilégier
les activités de plein air…
Prendre les bonnes mesures
• Vaccination par le BCG. Développé en 1921,
le BCG est aujourd’hui très largement administré aux enfants des pays en développement
(83%, selon l’OMS15). Peu coûteux (1 à 3 $
par dose), il est efficace pour réduire la gravité
des tuberculoses infantiles. Il est en revanche
moins efficace pour prévenir sa propagation
chez les adultes.
FOCUS
Veiller à la qualité sanitaire des locaux
de l’entreprise
Pour éviter la circulation des bacilles
tuberculeux et leur survie dans l’environnement il faut des locaux lumineux, ensoleillés et aérés. Chaque pièce doit avoir
des fenêtres.
Vacciner les enfants dès la naissance (ou
s’assurer qu’ils ont bien bénéficié du programme national de vaccination)
• Chimioprophylaxie. Un traitement chimioprophylactique de 6 mois avec l’isoniazide permet
d’enrayer efficacement la progression de l’infection vers la maladie. Cette stratégie n’est
néanmoins pas généralisable et n’est envisageable que pour :
- les nourrissons dont la mère a une tuberculose pulmonaire contagieuse ;
• Ne pas cracher n’importe où.
• Veiller à la propreté de la maison (balayage
humide et désinfection), à son aération et à
son ensoleillement (le bacille de Koch ne
résiste pas au soleil).
- les enfants de 5 ans et moins vivant dans un
foyer avec un tuberculeux contagieux ;
15 OMS, WHO vaccine-preventable diseases: monitoring system, p8. Genève, 2009
56
FICHE 13
- les personnes présentant un déficit immunitaire (ex : personnes séropositives au VIH, cf.
fiche 15).
• Mise en quarantaine des personnes contagieuses ? Certaines entreprises ont recours à
cette mesure. Elle n’apporte cependant qu’une
réponse imparfaite au problème (cf. fiche 15)
et risque en plus de nourrir la stigmatisation
envers les employés contagieux. Enseigner les
gestes d’hygiène au quotidien reste la mesure
principale à prendre face à un tuberculeux
contagieux.
Pour en savoir +
Stop TB : Point sur la tuberculose : « tuberculose ici, tuberculose partout »
www.stoptb.org/events/world_tb_day/.../TB%2
0-%20the%20facts.F.pdf
Rappel des enjeux de la lutte et de la prévention
de la tuberculose dans le monde.
“Working with the media / How to make your
messages on tuberculosis count” (Stop TB
Partnership / OMS)
www.stoptb.org/.../Working%20with%20the%2
0Media%20Final%20Web.pdf
Document original présentant de nombreux
conseils pratiques pour réussir à mobiliser
médias et population-cible sur la tuberculose.
“Barriers Analysis Facilitator’s Guide” (Food
for the Hungry / Core Group / USAID)
http://www.stoptb.org/wg/advocacy_communication/acsmcl/assets/documents/Barrier_Anal
ysis_Facilitator_Guide.pdf
Document approfondi sur les techniques visant à
déterminer les obstacles sociaux et comportementaux face à un programme de santé.
Certaines analyses permettent de mieux comprendre par exemple les raisons de la stigmatisation, préalable nécessaire à la conception des
campagnes d’IEC.
“A guide to developing a knowledge, attitude and
practice surveys” (Stop TB Partnership/WHO)
http://www.stoptb.org/resource_center/assets/
documents/ACSM_KAP%20GUIDE.pdf
Guide visant à accompagner une organisation
dans la collecte et l’utilisation d’informations au
travers d’études CAP afin d’affiner l’IEC pour la
tuberculose.
57
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
FICHE 14 Le dépistage de la tuberculose
Quand suspecter la tuberculose ?
• La tuberculose doit être suspectée face à tout malade
ayant une toux (accompagnée ou non d’expectorations)
durant plus de 2 semaines.
ASTUCE
Organiser des campagnes régulières de dépistage en entreprise ?
L’entreprise a intérêt à mener des campagnes
annuelles ou semi-annuelles de radiographie pulmonaire. Cependant, ces campagnes ne serviront pas
tant à identifier les cas de tuberculose (voir ci-contre)
qu’à dépister d’autres affections respiratoires ou certains cancers (cf. fiche 17). Le dépistage efficace de
la tuberculose reste lié à une surveillance continue
de la population-cible.
L’ESSENTIEL
• L’identification et le diagnostic rapide des cas de
tuberculose est, avec l’observance du traitement,
l’axe majeur de la lutte contre la tuberculose.
• Toux prolongée de plus de 2 semaines, contact
rapproché avec un tuberculeux contagieux, infection
par le VIH doivent entraîner une suspicion renforcée.
Parallèlement, l’entreprise peut organiser des
campagnes annuelles ou semi-annuelles de
dépistage.
• Plusieurs techniques de dépistage existent, plus ou
moins efficaces selon le stade d’avancement
(infection ou maladie) ou le type de tuberculose
(pulmonaire ou extra-pulmonaire).
• La bacilloscopie, recherche de bacille dans les
expectorations du patient, est la technique de
première ligne, peu coûteuse et réalisable dans un
laboratoire peu sophistiqué (mais nécessitant un
personnel qualifié).
• La suspicion doit être renforcée :
LA MISE EN ŒUVRE
- Face à d’autres symptômes de tuberculose : difficultés
respiratoires, perte de poids et d’appétit, sueurs nocturnes, fatigue et fièvre.
- En présence de certains signes radiologiques. Ces
signes cependant sont rares et peu spécifiques de la
tuberculose.
- En cas de contact rapproché avec un tuberculeux
récemment notifié. Devant tout cas nouvellement diagnostiqué de tuberculose contagieuse (cf. fiche 3), la
recherche de cas secondaires de tuberculose-infection
ou de tuberculose-maladie dans l’entourage doit être
une priorité. A noter qu’il importe que cette recherche
soit entreprise de manière discrète et confidentielle.
• Par ailleurs, l’OMS recommande de diagnostiquer régulièrement les personnes séropositives au VIH.
Les grandes étapes du dépistage de la tuberculose
Étape 1
Organiser des campagnes régulières de dépistage en
entreprise (bacilloscopie),
Étape 2
Identifier le(s) centre(s) de référence pour la prise en charge
de la tuberculose,
Étape 3
Officialiser les campagnes de dépistage et communiquer
en interne,
Étape 4
Mettre en œuvre le dépistage (Contractualisation si
externalisation…),
Étape 5
Orienter les clients vers la structure de référence pour
traitement ou examen complémentaire.
58
FICHE 14
• L’examen radiographique est adapté :
Comment diagnostiquer
la tuberculose ?
- pour le dépistage de la tuberculose-infection
chez l’enfant ;
• Le médecin fait le diagnostic à partir :
- des antécédents médicaux du patient,
- pour une tuberculose extra-pulmonaire (cf.
fiche 3) : radiographie du thorax, de la colonne
vertébrale ;
- de l'évaluation de son état général de santé,
- de l'évaluation des symptômes et de leur
date d'apparition,
- d’examens de laboratoire visant à rechercher
la présence du bacille Koch dans ses expectorations (bacilloscopie),
- d’examens complémentaires (radiographies,
examens biologiques).
• La bacilloscopie est l’examen de première
ligne. Elle consiste à examiner au microscope
un frottis de crachat du patient coloré par la
méthode de Ziehl Nielsen. La production de
crachats se fait au cours d’un effort de toux
succédant à une inspiration profonde. Gardés
au réfrigérateur, ils peuvent être conservés (et
transportés) pendant 5 jours.
- pour une tuberculose pulmonaire avec crachats positifs ;
- lorsque des complications sont suspectées
(pneumothorax, péricardite, pleurésie) ;
- lorsqu’un seul prélèvement sur les 3 est positif;
- pour une tuberculose pulmonaire avec crachats négatifs si le patient continue à tousser
malgré un traitement à base d’antibiotiques.
FOCUS
Face à des signes cliniques non spécifiques, le dépistage de la tuberculose est
assez complexe… Le recours à l’examen
de crachats est la base.
FOCUS
Une bacilloscopie en trois temps
Il est préconisé de réaliser 3 frottis consécutifs sur
les crachats recueillis :
• lors de la première consultation ;
• le lendemain matin au lever à domicile, dans un crachoir remis au malade ;
• lorsque celui-ci revient avec le prélèvement du
matin.
80% des porteurs de bacilles sont dépistés avec un
seul examen, 15% lors du 2ème et 5% lors du 3ème.
(source UICTMR16)
• Cet examen se fait dans un centre disposant
d’un infirmier formé et d’un microscope. Peu
coûteux, il ne nécessite pas de laboratoire
sophistiqué.
16 Union Internationale Contre la Tuberculose et les Maladies
Respiratoires, Prise en Charge de la Tuberculose, 5° édition, p8.
Paris, 2000
Pour en savoir +
Prise en charge de la tuberculose : Guide
pour les pays à faibles revenus, 2000
(Enarson DA et al.)
http://www.theunion.org/component/option,co
m_guide/Itemid,79/
Ouvrage complet et en français sur le diagnostic
et la prise en charge de la tuberculose.
“Protecting Your Workforce from Tuberculosis”
(World Economic Forum)
http://www.weforum.org/pdf/GHI/FactSheets_
HP.pdf
Document très complet, en particulier sur le
dépistage, pour guider l’entreprise dans la prise
en charge médicale de sa population-cible.
“Pathways for better diagnosis for tuberculosis” (Stop TB Partnership / OMS)
http://www.stoptb.org/resource_center/assets/
documents/BluePrintTB_annex_web.pdf
Rapport récent sur les différentes techniques de
diagnostic de la tuberculose existant à ce jour.
59
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
FICHE 15 Accompagner la prise en
charge de la tuberculose
La tuberculose se soigne en général efficacement depuis
l’apparition des antibiotiques dans les années 1950. La
maladie connaît malheureusement un regain depuis
quelques années à cause de l’apparition de l’épidémie
VIH, d’une dégradation des conditions de vie de certaines
populations et de la multiplication de souches résistantes
au traitement.
Le traitement de la tuberculose
EXEMPLE
Prévenir la tuberculose infection
Un traitement préventif avec de l’isoniazide peut être
mis en œuvre pour éviter l’évolution vers la tuberculose maladie. Il dure entre 6 mois et un an.
Barrick Gold Corporation, en Tanzanie, a adopté cette
stratégie préventive pour tous ses employés séropositifs au VIH.
L’ESSENTIEL
• La tuberculose maladie se traite au moyen d’un
traitement de 6 (ou 8) mois combinant 4 molécules
pendant 2 mois puis 2 pendant les 4 mois qui
suivent.
• Les tuberculoses résistantes à l’une ou plusieurs de
ces molécules se traitent plus difficilement et
nécessitent une prise en charge plus longue, plus
coûteuse et plus incertaine.
• L’enjeu principal de la prise en charge de la
tuberculose réside dans l’observance rigoureuse du
traitement par les patients afin d’assurer la guérison
totale des malades et éviter l’apparition de souches
résistantes.
• L’entreprise a un rôle décisif à jouer dans la mise en
place de la stratégie DOT qui consiste à assister le
malade dans la prise quotidienne du traitement.
17
(source GBC)
• La tuberculose fait l’objet d’une prise en charge standardisée au niveau mondial.
• 5 antituberculeux existent en première ligne : l’isoniazide,
la rifampicine, la pyrazinamide, la streptomycine et
l’éthambutol.
• Le traitement de la tuberculose comprend généralement 2 phases :
- Une phase intensive (2 mois) qui vise à tuer rapidement le bacille au moyen de la combinaison de 4 molécules dont l’isoniazide et la rifampicine.
- Une phase de continuation (4 mois ou 6 mois selon
le protocole choisi) avec l’isoniazide et la rifampicine
seules, qui vise à assurer une guérison complète du
malade, à éviter l’émergence de souches résistantes et
à prévenir les rechutes.
17 Global Business Coalition, Outstanding Business Action to Stop Tuberculosis,
case studies, 2009
LA MISE EN ŒUVRE
Les grandes étapes de l’accompagnement à la prise
en charge de la tuberculose
Étape 1
Identifier l’accessibilité des structures de soins spécialisées
(DOT) les plus proches,
Étape 2
Définir le mode opératoire : externalisation/référencement,
prise en charge en interne, suivi de la prise en charge,
Étape 3
Gérer les salariés atteints de tuberculose (mise en
quarantaine en phase de contagion, suivi médical,
délivrance du traitement, observance du traitement…),
Étape 4
Formation du personnel médical (stratégie DOT),
Étape 5
Suivi évaluation, définition des indicateurs clefs (Nb de cas
traités, Nb de perdus de vue, Nb de cas multi résistants…).
60
FICHE 15
FOCUS
Pour faciliter la prise du traitement par le
patient, il existe des combinaisons à doses
fixes réunissant dans un même comprimé
les 4 molécules utilisées lors de la phase
intensive et les 2 molécules pour la phase
suivante.
Accompagner la prise en charge :
la stratégie DOT
• Le traitement de la tuberculose étant long, l’un
des enjeux majeurs de la lutte contre la tuberculose est de favoriser la bonne observance
du traitement et de limiter au maximum le
nombre de patients « perdus de vue » et donc
le risque de créer des résistances aux bacilles.
• Lorsqu’ils ne bénéficient pas de traitement
complet, certains patients développent des
résistances à une ou plusieurs molécules de
première ligne. Les tuberculoses multirésistantes représentent une forme particulièrement dangereuse car elles sont dues à des
bacilles résistants à l’isionazide et à la rifampicine. Il est possible de soigner ces tuberculoses mais le traitement requis est long
(jusqu’à deux ans), plus toxique pour les
patients, plus coûteux (100 fois le prix d’une
tuberculose pharmacosensible) et moins efficaces (guérison dans à peine 50% des cas).
• 30% des patients ne suivent pas correctement leurs traitements (et moins de 60% des
malades ayant reçu une prescription parviennent à guérir)18.
• L’abandon du traitement est lié :
• Plus graves encore, on parle de tuberculoses ultrarésistantes lorsque les médicaments utilisés pour soigner les tuberculoses
multirésistantes ne font plus effet (cf. « Pour
en savoir+ »).
- à l’individu (raisons psychosociales, conditions
de vie, ignorance des modalités du traitement).
FOCUS
Prise en charge conjointe du VIH/sida
et de la tuberculose
Le traitement conjoint des deux pathologies est rendu difficile par des interactions
médicamenteuses et des effets secondaires plus marqués. Des efforts particuliers de prise en charge intégrée sont
recommandés.
- à l’organisation des structures et circuits de
soins (information, rupture de stock...),
- au personnel soignant (disponibilité, motivation...),
- au traitement (effets secondaires, nombre de
comprimés et de prises),
• Pour pallier à ces difficultés, l’OMS et la communauté médicale internationale recommande
de mettre en place une supervision quotidienne
des patients au travers de la stratégie DOT
(Direct Observed Treatment) qui consiste à
administrer le traitement sous le contrôle
visuel d’un agent de santé ou d’un accompagnateur formé. Cette stratégie, recommandée
tant que le traitement comporte de la rifampicine, exige une organisation particulière :
FOCUS
La formation de l’accompagnateur pour
la stratégie « DOT »
La personne désignée doit être capable de :
- surveiller et enregistrer la prise du traitement conformément à la prescription ;
- rechercher le patient lorsqu’il manque le
traitement, dès le 1er jour de retard ;
- soutenir et encourager les patients ;
- référer les patients si un problème survient ;
- assister aux séances de formation complémentaire.
18 L’adhésion des patients, gage de réussite des traitements
antituberculeux. IRD, 2007
61
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
- Soit une convocation quotidienne du patient
au centre de suivi ;
- Soit une visite à domicile chaque jour d’un
volontaire formé (travailleur associatif, ami…
cf. encadré);
- Soit une hospitalisation si les deux solutions
précédentes ne peuvent être mises en
œuvre.
L’entreprise est un cadre idéal
pour mettre en place la stratégie DOT
ASTUCE
FOCUS
Diverses formes de soutien
Le soutien des employés malades peut
passer par des aides pratiques au cours de
la prise en charge : maintien du salaire, aide
au transport et aménagement du temps de
travail pour se rendre au centre de santé,
contribution à leur bonne alimentation...
La nécessité de l’IEC pour réussir
la prise en charge
Le patient doit avoir conscience que le
traitement est lourd mais qu’il doit s’y tenir
pour guérir complètement. Il doit être
informé :
• des traitements utilisés et de leurs effets
secondaires,
• de la fréquence et de la durée du traitement,
• des examens de suivi,
• des risques en cas d’abandon.
- Elle a un contact quotidien avec ses
employés.
- Elle peut recruter et former un réseau de
volontaires parmi les employés, en accord
avec les services nationaux de lutte contre la
tuberculose, pour appliquer la stratégie DOT
pour ses employés malades.
Note : La Banque Mondiale estime qu’un traitement contre la tuberculose avec la stratégie
DOT revient à 10$ par patient et par an.
• Un temps de discussion entre l’agent de santé
et le malade pour expliquer les différents
aspects de la prise en charge est crucial avant
de lancer le traitement et tout au long de la
prise en charge (voir encadré).
• Le traitement des tuberculoses résistantes
nécessite en général une hospitalisation du
malade, au moins pendant les 2 premiers mois
de la phase de traitement intensive (cf. «Pour
en savoir +»).
Plusieurs écueils à éviter :
• Le patient peut confondre le traitement
contre la tuberculose avec un traitement
contre la toux. Il risque ainsi :
- d’abandonner son traitement lorsque la
toux disparaît ;
- de donner le traitement à un autre
membre de la famille qui tousse.
• En cas de traitement conjoint contre le
VIH/sida, le patient doit comprendre que
l’arrêt du traitement contre la tuberculose
ne signifie pas l’arrêt du traitement
contre le VIH.
62
I. LE CONTEXTE ET LES MISSIONS DE PCS
Mettre en quarantaine
les malades de la tuberculose ?
• Les personnes soignées pour une tuberculose
maladie restent contagieuses pendant les premiers jours du traitement (approximativement
2 semaines).
• L’entreprise peut décider de demander au
patient de rester chez lui au cours des premières semaines pour éviter de contaminer les
autres salariés.
• Cette solution est cependant imparfaite car la
personne malade risque alors de transmettre
tout autant le bacille à ses proches (hors hospitalisation).
• Il faut dans les deux cas enseigner au malade
les gestes de prévention et surveiller de près
son entourage, ses collègues et sa famille.
Pour en savoir +
Prise en charge de la tuberculose : Guide
pour les pays à faibles revenus, 2000 (enarson DA et al)
http://www.theunion.org/component/option,com
_guide/Itemid,79/
Ouvrage complet et en français sur le diagnostic
et la prise en charge de la tuberculose.
“Protecting Your Workforce from Tuberculosis”
(World Economic Forum)
http://www.weforum.org/pdf/GHI/FactSheets_
HP.pdf
Document très complet et pratique pour guider
l’entreprise dans la prise en charge médicale de
sa population-cible.
“Guidelines for the programmatic management of drug-resistant tuberculosis” (Stop
TB Partnership/OMS)
http://www.stoptb.org/resource_center/assets/
documents/tb_guidelines.pdf
Document de référence pour la prise en charge
des tuberculoses multirésistantes.
63
PA R T I E
G U I D E
D E S
P R O G R A M M E S
D E
S A N T É
5
E N
E N T R E P R I S E
Les moyens de lutte
contre les autres maladies
64
FICHE 16
FICHE 16 La santé de la mère
et de l’enfant
L’ESSENTIEL
• La santé de la mère et de l’enfant est un axe
prioritaire des programmes de santé : il permet
d’orienter de manière intégrée les actions de santé
vers les groupes les plus vulnérables (femmes
enceintes, nouveaux-nés et enfants en bas-âge).
• En entreprise, une attention toute particulière doit
être portée pour garantir les meilleurs soins lors des
grands rendez-vous (consultations prénatales,
accouchement,
consultations
post-natales,
vaccinations, consultations pédiatriques) et utiliser
ces moments pour multiplier les actions de
prévention (dépistage du VIH/sida et des IST,
prévention du paludisme…).
La santé de la Mère et de l’Enfant (SME) désigne toutes
les actions engagées au cours de la période prénatale, de
l’accouchement, de la période post-natale et des premières années de l’enfant (jusqu’à 5 ans).
En 2005, l’OMS a lancé le Partenariat pour la Santé de la
Mère, du Nouveau-Né et de l’Enfant. Cet axe transversal –
de nombreuses pathologies s’y rattachent, à commencer
par le VIH/sida et le paludisme – devient un axe prioritaire
des politiques de santé nationales et internationales.
Pour une entreprise, la mise en oeuvre d’un programme de
santé intégré autour de ces problématiques permet de
centrer les efforts de manière cohérente sur les groupes
les plus vulnérables.
• La santé de la mère et de l’enfant passe aussi par la
capacité de l’entreprise à faciliter l’organisation de
vie des femmes enceintes et des jeunes mères :
aménagement des horaires, accès facilité aux
consultations, mise à disposition de lieux pour
allaiter…
Protéger les femmes enceintes au
cours des consultations prénatales
LA MISE EN ŒUVRE
Selon l’OMS, ½ million de femmes décèdent de complications liées à la grossesse. Les consultations prénatales
restent la meilleure solution pour mettre en œuvre la protection de la femme enceinte. Un programme d’entreprise
pourra intégrer les 3 composantes suivantes :
Les grandes étapes d’un programme
de santé mère-enfant
1/ La surveillance prénatale
Étape 1
Évaluer les risques et la vulnérabilité du groupe cible
(zone, prévalence, pyramide des âges…),
Étape 2
Définir le paquet d’activités du programme :
consultation pré/post natale, PTME, vaccinations…
Étape 3
Définir les capacités de prise en charge en interne,
son coût ainsi que la qualité et l’accessibilité des
structures compétentes externes,
Étape 4
Communiquer en interne sur les mesures qui sont
prises par l’entreprise dans un programme SME,
Étape 5
Suivi et évaluation, mise en place des indicateurs (cf.
fiche 26).
Elle consiste à :
- suivre le développement de la grossesse sur le plan obstétrical (hauteur utérine, bruits du cœur, échographie si
possible),
- dépister les complications par la surveillance de la tension artérielle, la recherche de protéinurie et glycosurie,
le groupage sanguin, le suivi du poids.
Ce suivi prénatal s’accompagne de conseils et d’informations sur l’alimentation, l’accouchement, l’hygiène de vie…
2/ La prévention de la transmission mère enfant
du VIH/sida (PTME)
La PTME est la stratégie thérapeutique à base d’ARV
conçue pour traiter la femme enceinte séropositive au VIH
65
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
et prévenir l’infection à VIH chez l’enfant (cf. les
modes de transmission du VIH, fiche 1). La
consultation prénatale doit être l’occasion de
promouvoir cette PTME, au travers de la proposition du test de dépistage (cf. fiche 6) et d’une
séance de councelling post test.
Cette séance est primordiale, car elle permet
pour les femmes séronégatives de discuter des
moyens de le rester, et pour les femmes séropositives, de connaître les moyens de prévenir la
transmission à son enfant (traitement et alimentation du nouveau né).
3/ La prévention du paludisme
Le traitement préventif intermittent est administré au cours des consultations prénatales (cf.
fiche 11). Les consultations sont aussi le
moment de vérifier que la femme enceinte possède une moustiquaire imprégnée et qu’elle dort
systématiquement dessous. Lui faire adopter ce
réflexe facilitera ensuite celui de faire dormir son
enfant sous la moustiquaire (cf. fiches 10 et 11).
FOCUS
3 actions à mener pour les femmes
enceintes :
ASTUCE
Profiter du test VIH pour contrôler
d’autres pathologies
Il est envisageable de prévoir un seul prélèvement sanguin pour la sérologie du VIH et
d’autres sérologies (ex : syphilis) ainsi que
pour l’évaluation de l’anémie.
Note :
Les dernières recommandations de l’OMS préconisent de mettre les femmes enceintes infectées par le VIH sous traitement ARV à partir de
la 14° semaine de grossesse jusqu’à la fin de
l’allaitement et de pratiquer un dépistage précoce chez le nouveau né.
La PTME présente une réelle efficacité. Selon
l’OMS, son application permet de réduire le
risque de transmission mère-enfant à 5% dans
des populations où le risque de base est de
35% (ou de 25% dans les populations ne pratiquant pas l’allaitement maternel)19.
ASTUCE
PTME : exemple de paquet d’activités
préconisé par le ministère de la santé
Burkinabé
- Dépistage sérologique chez les femmes
enceintes
- Soins obstétricaux et néonataux, soutien
nutritionnel pour les femmes enceintes
infectées
- Planification familiale
- Prise en charge
- Soutien communautaire
20
(source Ministère de la Santé du Burkina-Faso)
Permettre aux femmes enceintes
de bénéficier de consultations
régulières au cours de leur
grossesse (4 rendez-vous dans
l’idéal),
Proposer un test de dépistage VIH
au cours de la consultation,
Administrer le traitement préventif
intermittent en prévention du
paludisme (cf. fiche 12).
Protéger les nouveaux-nés
Les efforts consistent principalement à :
- assurer la disponibilité de l’équipe médicale
(sages-femmes) pendant l’accouchement et
les jours qui suivent puis dans le cadre des
consultations post natales ;
- débuter les activités de vaccination selon le
programme élargi (le BCG se fait à la naissance,
les vaccinations suivantes à partir du 3ème mois) ;
- fournir des moustiquaires imprégnées et
contrôler que les nourrissons dorment systématiquement en-dessous ;
- faciliter l’accès aux consultations et aux soins
pour les mères. L’entreprise peut également
proposer des horaires et des lieux aménagés pour permettre aux mères d’allaiter.
19 OMS, Recommandations rapides – Médicaments ARV pour traiter la femme enceinte et prévenir l’infection à VIH chez l’enfant, Genève, 2010
20 Min Santé Burkina-Faso, Directives nationales pour la mise en œuvre du programme de PTME, 2006
66
FICHE 16
ASTUCE
Les vaccinations
Le Programme Élargi de Vaccinations
(PEV) mis en place depuis 30 ans vise à
immuniser tous les enfants de moins de 5
ans contre tuberculose, diphtérie,
coqueluche, tétanos, poliomyélite et
rougeole. La stratégie repose sur 6
contacts avec les services de santé sur les
3 premières années de la vie. Actuellement
plusieurs pays ont ajouté à ces antigènes
soit la fièvre jaune, soit la méningite à
méningocoques, soit l’hépatite B.
Protéger les enfants de moins
de 5 ans
• Assurer le suivi médical général : donner au
centre médical les moyens humains et financiers pour :
- Suivre les indicateurs de croissance de l’enfant par la prise de poids régulière (courbe
de vie) ;
- Surveiller l’alimentation (fournir éventuellement des suppléments vitaminiques) ;
- Promouvoir la réhydratation par voie orale en
cas de diarrhées ;
- Prendre en charge les pathologies de l’enfant.
• Poursuivre la vaccination : les vaccins du
programme élargi de vaccination se font
jusqu’à 3 ans.
• Prévenir le paludisme : s’assurer que le lit
des enfants en bas-âge est aussi équipé d’une
moustiquaire et poursuivre l’IEC pour que les
mères de famille aient le réflexe de consulter
en cas de fièvre chez l‘enfant.
• Organiser des campagnes de déparasitage.
• Promouvoir la réhydratation par voie orale
en cas de diarrhées (séances d’IEC).
Pour en savoir +
Partenariat pour la Santé de la Mère, du
Nouveau-Né et de l’Enfant (OMS)
http://www.who.int/pmnch/fr/index.html
Site de référence sur ce thème : ressources et
nombreux liens.
UNICEF : « savoir pour sauver (2009) »
http://www.unicef.org/french/publications/index
_53254.html
Ce manuel offre des conseils pratiques sur la grossesse, l'accouchement, les maladies de l'enfance,
le développement de l'enfant et les soins à prodiguer aux enfants. Pour la première fois, y figure
également un chapitre sur la protection de l'enfant.
Ce manuel est destiné aux parents, familles, agents
de santé, enseignants, groupes de jeunes, organisations communautaires, fonctionnaires du gouvernement, employeurs, syndicats, médias et organisations non gouvernementales et confessionnelles.
Site de l’UNFPA
http://www.unfpa.org/swp/2004/francais/ch7/i
ndex.htm
Les sections Santé maternelle et Santé de la
reproduction sont une source d’information très
complète sur les mesures qui font aujourd’hui
consensus dans les pays en développement.
67
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
FICHE 17 Les maladies de civilisation
Cancer, diabète et hypertension artérielle sont souvent
qualifiées de « maladies de civilisation » car elles pèsent de
manière croissante sur les pays dont le niveau de développement augmente (espérance de vie, modes de vie…).
En forte augmentation dans les pays du Sud, elles sont
présentées ici dans la mesure où les entreprises ont de
véritables leviers d’actions pour les prévenir dans le cadre
d’un programme de santé.
Les cancers
• Ils sont le plus souvent mal connus dans les pays en
développement ; les signes précurseurs ne sont pas perçus, les malades consultent rarement et très tardivement.
Cependant, leur fréquence (par classe d’âge) est similaire à celle des pays du Nord.
• Le cancer est une cause de mortalité importante dans
les pays en développement. Selon l’OMS, 70% des
décès dus au cancer (entre 7 et 8 millions par an) surviennent dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.
• Il n’y a pas un cancer, mais des cancers, souvent associés aux organes qu’ils affectent. Les cancers sont dus à
l’addition de plusieurs causes. Limiter l’exposition à ces
causes, c’est limiter l’apparition d’un certain nombre de
cancers.
FOCUS
Il est particulièrement important dans les pays
en développement d’agir sur la prévention des
cancers dans la mesure où la prise en charge
est inaccessible pour le plus grand nombre
(coût des traitements trop élevés, centres de
référence encore très rares).
• Le cancer du foie
Très fréquent en Afrique et en Asie, il est quasiment toujours lié à une hépatite B (ou C) ancienne et favorisée parfois par l’ingestion d’aflatoxine (une moisissure qui se
trouve souvent sur les fruits et céréales en milieu tropical).
L’ESSENTIEL
• Urbanisation, sédentarisation, harmonisation des
modes de vie sur ceux des pays du Nord sont à
l’origine du développement de pathologies qui
étaient encore relativement rares dans les pays en
développement, en particulier le cancer, le diabète,
et l’hypertension artérielle.
• Face à ces maladies pour lesquelles les stratégies
de santé publique sont encore peu développées au
Sud, les entreprises ont un rôle essentiel à jouer
auprès de leurs employés et de leur famille.
• Plusieurs axes de prévention se recoupent et
permettent de mener un programme intégré
cohérent sur ces maladies dites « de civilisation » :
- Lutte contre le tabagisme,
- IEC autour de l’hygiène de vie et l’hygiène
alimentaire,
- Promotion de la vaccination contre l’hépatite B et
le papillomavirus,
- Campagnes annuelles de dépistage : hyperglycémie, antigène prostatique spécifique, mesure de
la tension artérielle.
LA MISE EN ŒUVRE
Les grandes étapes de la prise en compte des maladies
de civilisation
Étape 1
Évaluer les risques et la vulnérabilité du groupe cible
(prévalence, comportements à risque, habitudes de vie…),
Étape 2
Estimer le nombre de cas en interne pour les pathologies
ciblées,
Étape 3
Évaluer les capacités de prise en charge les plus proches
ainsi que la qualité des soins et son coût (Référencement,
coûts de la prise en charge, mesures de suivi…),
Étape 4
Définir une politique interne en matière de prise en charge
des pathologies ciblées en favorisant l’intégration de ce qui
peut être fait en interne.
68
FICHE 17
EXEMPLE
L’efficacité de la stratégie de vaccination hépatite B
A Taïwan où les enfants sont vaccinés
depuis 20 ans, l’incidence du cancer du
foie a diminué de 70% chez les enfants.
21
(source ReMeD)
Promouvoir la vaccination contre
l’hépatite B
NB :
En zone rurale, pour limiter l’apparition de l’aflatoxine, des campagnes de sensibilisation peuvent être menées pour recommander de faire
sécher les arachides et autres céréales (maïs,
soja…) au soleil, sur des toiles ou des treilles.
• Le cancer de la vessie
Les taux les plus élevés de la planète se trouvent en Egypte. Ce cancer est corrélé avec la
bilharziose urinaire. La consommation de tabac,
l’exposition professionnelle aux peintures,
caoutchouc, amines aromatiques, cuirs et colorants favorise également le cancer de la vessie.
Traiter systématiquement la bilharziose
urinaire
Organiser des campagnes de lutte
contre le tabagisme
Protéger les salariés contre l’exposition
aux produits nocifs
FOCUS
La lutte contre le tabagisme, une priorité pour les programmes de santé en entreprise
Outre le cancer du poumon, le tabac est une des causes des cancers du nez et de la gorge, de l’œsophage et de l’estomac, des
hémopathies, du cancer de la vessie et des testicules, du cancer
du col... La consommation de tabac est en augmentation dans les
pays en voie de développement, ce qui risque d’avoir des conséquences désastreuses sur la santé publique. Il est urgent de :
• Lutter contre la consommation en entreprise,
• Organiser des campagnes d’information,
• Accompagner les fumeurs dans l’arrêt de leur addiction,
• Supprimer la publicité (notamment lors de manifestations
publiques).
21 ReMeD, Le cancer, un nouvel enjeu de santé publique pour
l’Afrique, Revue ReMeD n°38 p7, 2008
• Le cancer du col de l’utérus
Fréquent (15 à 25% des cancers diagnostiqués
en Afrique), mais mal connu en Afrique à cause
de son diagnostic difficile, le cancer du col est
le plus souvent lié au papillomavirus qui est une
IST (infection sexuellement transmissible).
Prévenir les IST (dans le cadre d’un
programme VIH/sida).
Promouvoir la vaccination contre le
papillomavirus (pour les filles avant tout
rapport sexuel et secondairement pour les
garçons de même âge).
Note :
L’entreprise peut également s’associer aux
campagnes de dépistage des lésions précancéreuses (campagnes en général mises en œuvre
par l’OMS).
• Le cancer du sein chez la femme
Egalement fréquent en Afrique (15 à 25 % des
cancers diagnostiqués), les risques de son
apparition sont limités pour les femmes ayant
eu des enfants avant 30 ans et ayant allaité
longtemps. L’excès de poids, la consommation
d’alcool et la consommation des acides gras
sont des facteurs de risque.
Le cancer du sein est difficile à prévenir.
Une action possible dans les pays en développement est d’enseigner le réflexe d’autopalpation aux femmes.
Organiser des campagnes de
sensibilisation sur l’importance de
l’autopalpation
FOCUS
Hygiène de vie et diététique, quelques
messages-clef pour l’IEC
• Une marche quotidienne de 30 minutes
(ou 20 minutes à vélo) divise par deux le
risque d’évolution vers le diabète,
• Réduire les lipides, le sel, l’alcool, les
graisses, les sucres rapides, privilégier
les légumes, les fruits, les sucres lents
(céréales) et les protides.
69
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
• Le cancer de la prostate
Il n’y a pas de moyen de prévention simple pour
ce cancer, le plus fréquent des cancers chez
l’homme. Une action peut consister, à partir de
50 ans, en une recherche annuelle d’antigène
spécifique prostatique, une protéine présente à
dose élevée dans le sang en cas de pré cancer
ou cancer. Elle permet le diagnostic du cancer à
un stade précoce et donc une meilleure prise en
charge22.
Organiser des campagnes de recherche
de PSA au centre de santé
• Le cancer du poumon
Relativement peu fréquent, le cancer du poumon, souvent mortel, est causé dans 80% des
cas par le tabac. On estime qu’un fumeur sur dix
développera un cancer du poumon.
Organiser des campagnes de lutte
contre le tabagisme
Le diabète
• Le diabète est dû à un mauvais fonctionnement du pancréas qui ne permet plus l’assimilation correcte des sucres par l’organisme et
se traduit par une concentration insuffisante
d’insuline (l’enzyme qui régule le taux de sucre
dans le sang).
• On distingue 2 types de diabète :
- Le diabète insulinodépendant, qui apparaît
généralement au cours de l'enfance, est dû à
la destruction des cellules du pancréas qui
fabrique l'insuline ;
- Le diabète non insulinodépendant (DNID) ou
de type 2, le plus fréquent (70% des diabètes), se manifeste après 40 ans et se
caractérise par une déficience et une résistance en insuline. Il s'accompagne d'une
obésité dans 60 % des cas.
FOCUS
FOCUS
Choisir le centre de référence pour la
prise en charge des cancers
Même pour des cas exigeant de lourds
moyens (infrastructure, matériel…) et pour
lesquels l’offre de soins locale n’est pas
adaptée, il n’est pas toujours nécessaire de
référer le patient dans les pays du Nord
sachant que des centres d’excellence
émergent aujourd’hui dans les pays en
développement.
Toute situation doit être examinée au cas
par cas, la décision de référer dans tel ou
tel centre résultant de la concertation
entre la direction, le responsable du programme et le médecin de l’entreprise.
Le diabète, une maladie en forte progression dans les pays du Sud
Urbanisation, sédentarisation et modifications des habitudes alimentaires sont facteurs de forte augmentation de la prévalence. L’OMS estime ainsi qu’elle augmentera de 170% entre 2000 et 2025 dans
les pays en développement.
• Parmi les principaux facteurs de risque de
développer un diabète de type 2 (DNID), on
trouve l’inactivité physique, une alimentation
riche en matières grasses et glucides rapides,
l’obésité.
• Quelques axes pouvant être développés dans
un programme d’entreprise :
Organiser des campagnes d’IEC à
destination des employés et ayant droits
pour prévenir les facteurs prédisposant
au diabète
Améliorer la prise en charge
nutritionnelle des patients
22 Association Française d’Urologie. Du bon usage du PSA (antigène prostatique spécifique). 2006
70
FICHE 17
Assurer le dépistage précoce des cas
(campagnes annuelles de dépistage de
l’hyperglycémie, notamment pour les sujets
après 40 ans).
Mettre en place un système de mutuelle
pour permettre aux malades de payer
leur traitement (les traitements sont
coûteux, en particulier pour les patients
sous insuline).
Assurer le suivi biologique de la maladie
et le dépistage des complications.
L’hypertension artérielle (HTA)
• L’HTA est un facteur de risque cardiovasculaire majeur (un patient sur 2 qui décède d’une
maladie cardiovasculaire souffre d’HTA) et le
premier facteur de risque d’accident vasculaire
cérébral. L’HTA est aussi une cause majeure
d’insuffisance rénale en Afrique. La prévalence de l’HTA, qui augmente avec l’âge, est
de 27% parmi la population de plus de 20 ans
en Afrique subsaharienne.
• L’urbanisation, en favorisant l’augmentation de
l’indice de masse corporelle (IMC) des populations, favorise également l’augmentation de la
prévalence de l’HTA.
• Longtemps asymptomatique et en l’absence
de dépistage systématique, l’HTA reste très
souvent ignorée chez les sujets des pays du
Sud.
• Un programme d’entreprise peut s’ordonner
autour des dispositions suivantes.
Organiser des campagnes d’IEC sur
l’hygiène de vie, la diététique, la nocivité
du tabac.
Assurer la mesure régulière de la
tension artérielle au centre de santé.
FOCUS
Diabète, HTA et toutes les maladies cardio-vasculaires peuvent être en partie prévenues par la lutte contre le surpoids et
l’obésité. Il est donc important de surveiller
l’Indice de Masse Corporelle (IMC,
kg/m²) des sujets de la population-cible
(voir ci-dessous).
Classe
Maigreur
IMC (Kg/m2)
< 18,5
Normal
18,5 - 24,9
Surpoids
25 - 29,9
Obésité
> 30
Obésité massive
> 40
Pour en savoir +
Article (lutte contre le cancer en Afrique- 2010)
http://www.presseafricaine.info/article-journeemondiale-contre-le-cancer-2010-44118991.html
Article faisant état, à l’occasion de la journée
mondiale de lutte contre le cancer 2010, des
solutions qui commencent à se développer timidement pour lutter contre le cancer dans les
PVD, véritable enjeu de santé publique.
REMED – dossier le cancer, un nouvel enjeu
de santé publique pour l’Afrique. Numéro 38,
Oct 2008.
www.remed.org/Revue_ReMeD_no38.pdf
Épidémiologie, prévention et accès aux anticancéreux en Afrique. Dossier synthétique sur les
enjeux du cancer sur le continent africain.
REMED – le diabète, un problème majeur
pour l’Afrique ? Numéro 33, Déc. 2006.
www.remed.org/diabete_J33.pdf
Article de synthèse proposant un descriptif des
problèmes posés et des pistes de solutions pour
la prise en charge du diabète.
71
PA R T I E
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P R O G R A M M E S
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La gestion de programme :
phase préparatoire et gestion opérationnelle
72
FICHE 18
FICHE 18 L’analyse de la situation
L’ESSENTIEL
• Tout programme de santé en entreprise commence par une analyse situationnelle
interne de l’entreprise afin de produire un état des lieux et de déterminer les besoins
pour une réponse adaptée. L’analyse situationnelle est construite autour de deux
volets : l’entreprise et le contexte extérieur.
l’entreprise
- Faire le point avec les représentants de l’entreprise pour bien cerner leur demande
et leurs intentions ainsi que leur niveau d’implication,
- Identifier les risques auxquels l’entreprise est exposée si elle ne fait rien ou
maintient sa politique actuelle face au VIH, au paludisme…
- Faire un état des lieux des moyens mis en oeuvre et de la politique santé de
l’entreprise,
- Collecter les informations nécessaires à la rédaction d’un plan d’action pour
l’entreprise.
le contexte extérieur
- Comprendre l’organisation sanitaire et sociale existante pour y intégrer le programme
de l’entreprise si nécessaire,
- Identifier les acteurs du secteur public et de la société civile qui sont à proximité et
susceptibles d’être impliqués dans le projet,
- Déterminer les besoins et préoccupations de la population riveraine si celle-ci est
également bénéficiaire du projet.
LA MISE EN ŒUVRE
Les grandes étapes de l’analyse situationnelle
Étape 1
Définir les termes de référence de l’analyse : objectif(s) et résultats attendus,
contexte, nature de l’analyse (Sites, domaines d’activités, populations…), définition
des besoins,
Étape 2
Identifier un prestataire (privilégier la prestation de services par appel d’offres par
exemple) et réaliser l’analyse sur la base des termes de référence,
Étape 3
Lancer l’analyse en accompagnant l’exécutant avec la mise en relation des
personnes ressources en interne et à l’extérieur de l’entreprise,
Étape 4
Présenter les résultats de l’entreprise en interne afin de préciser la réponse et la
définition ultérieure d’un plan d’actions.
73
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
Analyse interne de la situation
de l’entreprise
La première action consiste à s’entretenir avec
les responsables de l’entreprise et de bien cerner leur requête, leur position sur les sujets de
santé et ce qu’ils envisagent de faire et de ne
pas faire.
Une fois que les déterminants de la mission
sont précisés, il convient d’effectuer l’état des
lieux de la situation sanitaire dans l’entreprise,
de mettre en exergue les forces et les faiblesses de la politique santé et d’analyser son
opérationnalité.
1. Quel est l’impact de la maladie sur la
santé des employés et de leurs ayants
droit ? (Cf. fiche 21)
2. Quel est l’impact économique de la
maladie sur l’entreprise ? (Cf. fiche 21)
3. Quel est le niveau d’exposition de l’entreprise et de la population cible aux
facteurs de risque naturels ?
Exemple sur le paludisme : climat, gîtes larvaires, caractéristiques et intensité de la transmission… Ces informations peuvent être récupérées grâce à un travail d’observation et de
documentation ou auprès du PNLP
(Programme National de Lutte contre le
Paludisme), d’instituts de recherche, de bureaux
d’études…
4. Y-a t-il des situations de travail qui
exposent les employés à un risque particulier ?
• VIH/sida : mobilité (routiers, miniers…).
• Paludisme : travail de nuit, présence dans des
zones de forte transmission.
5.Quelles sont les besoins et préoccupations des employés face aux problèmes
de santé ?
Sans l’implication des employés, un programme
est voué à l’échec. Une étude d’opinion peut
être réalisée pour déterminer :
• Les sujets de santé qui préoccupent le plus les
employés et par rapport auxquels ils expriment
une volonté d’agir.
• Ceux sur lesquels ils souhaitent un engagement de l’entreprise.
ASTUCE
Évaluation du risque VIH/sida pour l’entreprise
# Réponses positives = 1 ou 2 : risque possible
# Réponses positives = 3 ou 4 : risque moyen
# Réponses positives > 5 : risque fort
1/ L’entreprise emploie-t-elle un nombre élevé de
salariés vivant séparés de leur famille ou de leur
communauté d’origine ?
2/ L’entreprise s’occupe-t-elle de chantiers (ex :
construction de routes) sur lesquels travaillent
des hommes séparés de leur famille et qui attirent des femmes proposant divers services,
notamment des prostituées ?
3/ L’entreprise compte-t-elle des employés relativement bien payés dans des régions souffrant
d’un fort taux de chômage et/ou de pauvreté ?
4/ L’entreprise emploie-t-elle des chauffeurs routiers ?
5/ L’entreprise exige-t-elle de ses cadres moyens
et supérieurs qu’ils voyagent souvent ?
6/ Les employés de l’entreprise fréquentent-ils des
prostituées ou ont-ils de multiples relations
sexuelles occasionnelles ?
7/ Le pays ou la région connaissent-ils une phase
de rapide changement économique ?
(source FHI23, cf. «Pour en savoir +»)
23 FHI, Programmes de lutte contre le VIH/sida dans l’entreprise, p21-23, 2009
74
FICHE 18
6. Quelle est le potentiel d’engagement
de l’entreprise ?
La réflexion porte :
• sur la propension à agir de la direction,
• sur les moyens humains, matériels et financiers pouvant être alloués au programme.
7. Quelles actions de prévention l’entreprise a-t-elle menées jusqu’à présent ?
Quels en ont été les résultats ?
En plus de l’évaluation des actions réalisées, il
faut identifier, dans la culture et l’organisation
de l’entreprise, les obstacles à la réussite du
programme (ex : pratiques discriminatoires dans
le cas du VIH/sida).
Etude du contexte local
Nécessaire pour réussir l’intégration du programme dans le contexte sanitaire et social
local, cette partie de l’étude se structure autour
de 3 axes :
• Le contexte politique, socio-économique et
démographique ;
• Le contexte sanitaire ;
• La structure et l’organisation du secteur de la
santé et de la lutte contre les grandes pandémies (existence de PNLS, PNLP…).
• Existe-il un centre de santé dans l’entreprise
ou y a-t-il contractualisation avec une formation sanitaire extérieure à l’entreprise ?
Cette analyse sera approfondie lorsque le programme vise également les communautés environnantes, en particulier sur les études CAP, les
facteurs de risque naturels et épidémiologiques.
Elle doit donc être calibrée en fonction de l’implantation géographique, et des objectifs de
l’entreprise. De même, l’offre de soins à l’extérieur de l’entreprise doit être bien analysée ainsi
que les possibilités de collaboration ou d’utilisation du réseau sanitaire déjà existant !
• La qualité de la prise en charge (standard des
protocoles, fonctionnement du centre de
santé) ;
1. Quelle est la stratégie et la législation
nationale en vigueur sur la pathologie
concernée ?
• Le coût de cette prise en charge pour l’entreprise et pour les salariés/ayants droit/communauté riveraine ;
L’adéquation du programme de santé de l’entreprise avec la politique nationale présente 4
avantages :
• La proximité de la formation sanitaire pour les
salariés/ayants droit ;
• Intégration dans le tissu sanitaire : un programme qui diverge avec la politique locale
peut susciter une certaine réserve, voire de
l’hostilité, de la part des autorités de santé.
8. Quelle couverture santé et quelles
prestations médicales l’entreprise fournit-elle ?
• L’accessibilité aux soins pour les employés
(couverture santé si elle existe).
• Inscription dans un cadre de santé publique :
en particulier, dans le cas du désengagement
de l’entreprise, la population-cible éprouvera
moins de difficultés à se réadapter à la politique publique.
• Elargissement potentiel du programme aux
communautés avoisinantes, en partenariat
avec les autres acteurs de santé (centres
publics, ONG…).
75
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
• Utilisation du circuit d’approvisionnement du
programme national (si celui-ci est performant : gratuité des ARV, ACT, anti TB…).
Questions complémentaires dans le cas d’une
intégration des communautés environnantes
dans la population-cible du programme
2. Quelle est l’offre de soins à l’extérieur
de l’entreprise ?
4. Comment les pathologies des communautés environnantes affectent-elles
l’entreprise ?
Il ne s’agit plus ici de s’intéresser à l’offre de
soins de la formation sanitaire interne à l’entreprise ou celle avec laquelle l’entreprise a
contractualisé ou passé un accord tacite mais
d’analyser l’offre de soins dans le périmètre
défini de l’entreprise. Cette analyse doit permettre de déterminer :
• Le nombre de formations sanitaires disponibles dans le district d’implantation de l’entreprise,
• L’offre de soins de ces structures (y compris
l’hôpital de district), la qualité des soins, les
taux de fréquentation, la tarification des soins,
L’évaluation de cet impact est un des critères
principaux pour définir la cible du programme
et son périmètre d’intervention (cf. fiche 22).
5. Les activités de l’entreprise ont-elles
un impact sur la santé des communautés environnantes ?
Cette question de responsabilité sociale a une
dimension stratégique pour l’entreprise car elle
peut être la condition de la poursuite ou non de
ses activités dans la zone où elle est implantée.
• L’accessibilité aux soins pour la population
cible (financière et géographique),
Étude de la réponse globale du
secteur privé aux défis sanitaires
• La structure de soins de référence la plus
proche, la prescription des ARV (si programme
VIH)…
L'analyse situationnelle peut aussi émaner d’un
secteur particulier, d’une filière ou il peut aussi
s’agir d’une demande nationale pour l’analyse
du secteur privé dans sa globalité.
3. Que proposent les programmes nationaux de lutte contre le VIH/sida, contre
le paludisme, contre la tuberculose…?
Les programmes nationaux sont des partenaires potentiels : sources d’approvisionnement,
sources d’information, soutien à la formation…
FOCUS
L’analyse externe permet de collecter les
données épidémiologiques locales (prévalence du VIH, incidence palustre…) et
d’évaluer les apports du programme dans
le temps grâce à la comparaison avec les
données internes à l’entreprise.
Son objet est alors d’identifier le potentiel des
coalitions, chambres patronales, syndicats,
comités santé en entreprise… existants et de
déterminer leur rôle, à l’échelle de leurs initiatives privées mais aussi dans le cadre d’un programme national avec les instances de coordination nationale.
Ces recherches peuvent aussi porter sur l’implication de la société civile sur des programmes
opérés sur le lieu de travail ou en lien avec le
monde du travail.
76
FICHE 18
1. Recenser l’ensemble des acteurs et des
projets conduits sur le terrain
Les représentants du secteur privé, les programmes nationaux, le CCM, l’ONUSIDA… sont
des rencontres incontournables pour recenser
l’ensemble des activités dont le monde du travail
est bénéficiaire :
La recherche porte notamment sur :
- Les partenariats public/privé existants ou en
projet,
- L’existence d’outils/dispositifs spécifiques au
secteur privé et utilisés sur le terrain,
- L’engagement financier du secteur privé dans
la lutte contre la maladie.
2. Quelles sont les opportunités pour le
secteur privé en matière de lutte contre
la maladie ?
- Contraintes structurelles (cadre institutionnel,
légal, etc.),
- Contraintes conjoncturelles (engagement
financier/marché extérieur/marché intérieur,
contexte politique actuel…),
- Compréhension de la problématique par le
secteur privé,
- Forces et atouts du secteur privé local.
ASTUCE
Quelques documents/infos à collecter pendant
la mission :
Documents de référence
CSN, PNLS, requête/s FM, enquête MICS, analyse
CAP propre au SP, CSNLP, rapport d’activité AFD
le plus récent, …
Liste des personnes rencontrées
Nom, position, infos/résultats de la rencontre
Liste d’entreprises / coalitions / représentants SP
rencontrées
Nom, secteur, organisme de rattachement, projets
développés, nombre d’employés, nombre de bénéficiaires, partenaires, besoins, circuit d’approvisionnement des intrants médicaux…
Liste des partenaires/acteurs intervenant dans le
domaine de la lutte contre le VIH
Nom, statut, programme/projet en cours ou à venir,
financement, partenariat, pers. ressource & coordonnées
Pour en savoir +
Exemples
d’analyses
situationnelles
(Partenaires Contre le Sida)
http://partenairescontrelesida.org/base-documentaire-1/outils-pour-le-secteur-priv%C3%A9/
Partenaires Contre le Sida publie sur son site des
analyses situationnelles réalisées pour des PME
du Cameroun, des PMI de Côte d’Ivoire…
“Programme de lutte contre le VIH/sida dans
l’entreprise” (FHI)
www.fhi.org/en/HIVAIDS/pub/guide/Programm
es+de+lutte+contre+VIHSIDA+dans+l'entreprise.htm
Guide à l’attention des gestionnaires et des dirigeants couvrant les grands thèmes d’un programme VIH/sida et proposant notamment un
questionnaire d’évaluation du risque VIH/sida
“Comment bâtir un programme santé” (Lafarge)
http://partenairescontrelesida.org/base-documentaire-1/autres-publications/
Le chapitre 2, Définir les domaines d’intervention,
reprend les grandes étapes de l’analyse situationnelle.
77
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
FOCUS
CADRE pour une ANALYSE SITUATIONNELLE GLOBALE
GENERALITE SUR LE PAYS/CONTEXTE NATIONAL
Contexte politique, socio-économique & démographique
Contexte sanitaire
Structure & Organisation du secteur de la santé et de la lutte contre le VIH/Sida (existence
PNLS/CNLS, PNLP, PNLTB…)
STRUCTURATION DU SECTEUR PRIVE FACE A LA PANDEMIE DU VIH
Existence et rôle des coalitions, confédérations, chambres patronales, syndicats etc.
Existence et rôle des comités de lutte contre le VIH/Sida en Entreprise.
Représentation et rôle du SP dans les instances de coordination nationale.
Existence et mise en oeuvre d’un plan stratégique national pour le secteur privé.
HISTORIQUE DU VIH/SIDA EN MILIEU DU TRAVAIL
Disponibilités des informations & Historique
Étude existante sur le VIH dans le monde du travail ? (donnée BIT, UNAIDS,…)
Engagement politique du SP (existence de Charte, Document de Politique et de Stratégie, etc.)
Activités & projet en cours ou en construction
Actions répertoriées, reporting et capitalisation des expériences.
PPP existant ou en projet.
Nature des projets existants ou en cours.
Existence d’outils/dispositifs spécifiques (à préciser) au secteur privé et utilisés sur le terrain.
Engagement financier du SP dans la lutte contre le VIH (Financement/Cofinancement de projet santé).
ANALYSES & OPPORTUNITES POUR LE SECTEUR PRIVE EN MATIERE DE LUTTE
CONTRE LE VIH
Analyse
Contraintes structurelles (cadre institutionnel, légal, etc.).
Contraintes conjoncturelles (engagement financier/marché extérieur/marché intérieur,
contexte politique actuel…).
Compréhension de la problématique du VIH par le SP.
Forces et atouts du SP local.
Recommandations
(Fonction du cadre & destinataires de l’analyse)
Pour les coalitions et organisations du secteur privé.
Pour les instances nationales.
78
FICHE 19
FICHE 19 Les études CAP
L’ESSENTIEL
Pourquoi une étude CAP ?
• Une étude CAP vise à orienter et suivre un
programme en précisant les Connaissances,
Attitudes et Pratiques des populations face aux
grandes questions de santé.
• L’étude CAP vise à préciser les Connaissances, Attitudes
et Pratiques des populations ciblées (salariés, ayant
droits, communautés riveraines) et facilite la définition
d’un programme en :
• Une étude CAP même basique est toujours
instructive.
- affinant les besoins et préoccupations prioritaires des
populations,
• Les résultats d’autres études réalisées dans la
même région peuvent être analysés et exploités
pour mieux comprendre les comportements locaux.
- identifiant les points faibles et les sujets les plus sensibles pour orienter l’IEC,
LA MISE EN ŒUVRE
- appréciant l’accueil qui sera donné aux différentes
actions envisagées.
Les grandes étapes de l’enquête CAP
Étape 1
Rechercher les données disponibles sur
d’éventuelles enquêtes CAP déjà réalisées dans le
pays ou dans le milieu du travail,
Étape 2
Définir les Termes de Référence de l’enquête, ses
objectif(s) et résultats attendus, le groupe cible, le
type d’enquête et la méthodologie,
Étape 3
Identifier un prestataire pour réaliser l’enquête sur la
base des termes de référence,
Étape 4
Présenter les résultats de l’enquête en interne et
prendre les décisions menant à une action (IEC,
prise en charge…).
• Par ailleurs, une étude CAP reconduite dans le temps
permet de mesurer les progrès réalisés tout au long de
la vie d’un programme. (cf. fiche 25).
FOCUS
Des biais existent cependant, notamment dans la
mesure de l’évolution comportementale, les personnes sondées pouvant avoir tendance à donner
des réponses conformes à ce qu’on « attend » d’elles
et non à ce qu’elles vivent vraiment (ex : port du préservatif, multipartenariat…).
Les études et données existantes
• Préalablement à la préparation d’une étude CAP, il est
conseillé de faire des recherches en se rapprochant du
ministère de la Santé, du PNLS (Programme National de
Lutte contre le Sida) ou des coalitions d’entreprises
(locales ou internationales) pour accéder à d’éventuelles
données déjà disponibles.
• S’il convient de tenir compte des spécificités pouvant
influer sur les résultats observés (contexte culturel, religieux, démographique, socio-professionnel, milieu du travail…), les résultats existants peuvent faire ressortir les
tendances constatées.
79
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
Quel type d’étude CAP mener ?
• Les études CAP peuvent être quantitatives
(échantillon de grande taille répondant à un
questionnaire fermé, résultats traités statistiquement) et/ou qualitatives (échantillonnage
restreint pour des entretiens plus approfondis
sur des questions ouvertes / semi-ouvertes,
méthodes d’analyse en sciences sociales).
• La réalisation d’une étude quantitative peut
être longue et coûteuse si l’échantillon est
important, le questionnaire long et la population ciblée dispersée (hors de l’entreprise).
Cela exige généralement le recours à un prestataire externe compétent. Le choix de la mise
en œuvre d’une étude CAP dépendra des
objectifs ciblés, des moyens disponibles et de
la taille de la population étudiée.
FOCUS
Il est vivement conseillé de mener une
étude CAP, même très basique, au sein de
l’entreprise avant de lancer un programme
santé. Cela peut permettre d’éviter d’engager un programme sur de mauvaises
bases. Elle permet de concevoir les actions
les plus adaptées aux comportements des
populations ciblées.
A. Les études quantitatives
• Une étude quantitative est basée sur la collecte d’un nombre suffisant de questionnaires
composés de questions formulées de façon à
permettre un traitement statistique. Elle se
structure en 4 grandes phases :
- Définition du protocole d’étude : choix des
indicateurs mesurés, méthode d’échantillonnage (population visée, critères d’inclusion,
taille de l’échantillon…), mode d’administration (entretien face-à-face, questionnaire
auto-administré…) ;
- Rédaction et test du questionnaire ;
- Administration des questionnaires en sélectionnant les personnes interrogées conformément à la méthode d’échantillonnage
(aléatoire, semi guidée, grappe…) ;
- traitement des questionnaires : saisie, traitement statistique, analyse, conclusions.
• L’externalisation est vivement recommandée,
compte tenu du temps et des compétences
nécessaires à la réalisation d’une telle étude.
B. Les études qualitatives simplifiées
• Une étude à approche qualitative consiste à
• Les réponses doivent être anonymes afin de
interroger de façon approfondie un échantillon
respecter les répondants mais également pour
de personnes sur des questions ouvertes. Cela
éviter toute discrimination ou jugement vis-àpermet d’identifier les tendances comportevis des personnes interrogées.
mentales et de les comprendre (ex : Pourquoi
les gens ne dorment pas sous une moustiquaire ?). Attention, ce type
d’étude qualitative simplifiée
Figure 6
Tableau comparatif des forces et faiblesses des études qualitane permet généralement pas
tives et quantitatives
de tirer de conclusions à
Qualiquatif
Quantitatif
grande échelle (cela dépendra également de la taille de
Logistique / Coût
l’échantillon sélectionné et de
Possibilité d’auto-administration
la manière dont les questions
Représentativité
sont formulées et traitées).
Exploitabilité statistique (suivi, état des lieux...)
Apprentissage des personnages interrogées
Richesse des informations récoltées
Contraintes
Force
Grande force
Faiblesse
• Pour sa réalisation, une telle
étude exige des qualifications en sciences sociales
(sociologie, anthropologie,
études du comportement)
80
FICHE 19
différentes de celles exigées pour conduire des
enquêtes quantitatives. Il est également
conseillé d’externaliser ce type d’enquêtes et
d’éviter une fausse interprétation des réponses,
de ne pas formuler les bonnes questions
(questionnaire) ou encore de mal les formuler.
Un travail de préparation de ces enquêtes est
nécessaire, il est souvent préconisé d’y consacrer plus de temps que la formulation et l’analyse des résultats réunis.
Exemples d’informations
à couvrir dans une étude CAP
• Connaissances
VIH/sida
- Connaissances basiques de la maladie : les
différents stades, la phase asymptomatique…
- Les modes de transmission : vrais risques et
fausses croyances…
- L’intérêt du dépistage,
- Le traitement.
• Paludisme
- la transmission du paludisme et les heures de
piqûres,
- les groupes de population les plus vulnérables,
- l’efficacité des différents moyens de protection,
- les symptômes de la maladie, accès bénins et
accès graves,
- les traitements contre le paludisme.
• Perception et attitudes
- Vis-à-vis des différentes maladies (gravité,
fatalité…),
- Vis-à-vis de sa propre exposition et de celle de
ses proches (reconnaissance du risque, sentiment de contrôle…),
- Vis-à-vis des personnes malades, infectées ou
perçues comme tel (crainte de transmission, perception des valeurs de la personne, solidarité…),
- Vis-à-vis des moyens de protection (acceptation de principe, acceptation pratique…),
- Vis-à-vis des traitements (efficacité, limites…).
• Pratiques
- Les pratiques à risque (rapports non protégées, abus d’alcool, tabagisme, etc.),
- Les habitudes de protection,
- La participation au dépistage (VIH/sida):
quand, où, avec quelle fréquence…
- Les habitudes de traitement / de consultation.
Note :
On peut élargir l’étude CAP aux questions sur
les besoins de la population-cible.
• Besoins
- Les besoins prioritaires exprimés.
- Les attentes éventuelles vis-à-vis de l’entreprise.
Pour en savoir +
Malette SABCOHA (South African Business
Coalition on HIV/Aids)
http://www.sabcoha.org/images/stories/files/re
sources/toolkit_programme_introduction.pdf
Elle fournit un questionnaire CAP dont les questions sont déjà rédigées. Ce questionnaire peut
servir de base, mais il exigera sans doute des
adaptations.
Enquête : « Les obstacles liés à l’évaluation
des programmes VIH/sida au Togo : cas de
l’étude sur les Connaissances, Attitudes et
Pratiques en matière de VIH/sida en milieu
du travail au Togo » (CERA)
http://www.ideas-int.org/documents/Document.cfm?
docID=127
Cette enquête, décrite ci-dessus, permet notamment d’affiner l’identification des thèmes à aborder dans une étude CAP sur le VIH/sida et de
s’inspirer des résultats obtenus auprès de plusieurs entreprises.
Enquête : « Le paludisme : connaissance, attitudes et pratiques des chefs de ménage de
la population rurale de Gossas, Sénégal »
(Ndour et al. / Anthropologie médicale)
http://www.pathexo.fr/documents/articlesbull/T99-4-2878-4p.pdf
Exécutée en zone rurale, plusieurs facteurs ont
fortement évolué depuis 2005, cette étude fait
notamment ressortir que 25% des personnes
interrogées ignorent les modes de transmission
du paludisme. L’article, publié dans la revue
« Anthropologie Médicale » pourra notamment
être un moyen de s’informer sur la mise en place
d’une méthodologie d’enquête rigoureuse.
Enquête : « KABP study concerning HIV/AIDS
within SMEs in Kaduna State and Lagos
State» (Partenaires Contre le Sida)
http://partenairescontrelesida.org/app/download/3111299602/Nigeria+KABP+study+NIB
UCAA.pdf
Outre des enseignements riches, cette étude sur
le VIH/sida auprès des employés de PME du
Nigéria donne un bon exemple de ce que représente une étude CAP de grande ampleur.
81
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
EXEMPLE
Résultat d’une étude CAP sur le VIH/SIDA menée en 2007 dans 8 entreprises togolaises
Cette étude, initiée par PSI Togo et réalisée par le CERA, a ciblé huit entreprises installées à
Lomé et à l’intérieur du pays. Au total, 1.365 employés dont 265 femmes et 1100 hommes ont
été interrogés. En voici les résultats majeurs :
• Mode de transmission : 67% des enquêtés pensent que la non-utilisation du préservatif lors
des rapports sexuels peut les amener à contracter le VIH. Moins de la moitié des interrogés
ont cité la transmission mère / enfant et les transfusions sanguines comme pouvant être un
vecteur de transmission du virus. Des groupes d’employés continuent à estimer que les
piqûres de moustique ou l’envoûtement peuvent transmettre le virus.
• Perception de l’exposition personnelle : 33% des enquêtés estiment courir le risque d’être
contaminés. 10% d’entre eux ont cité le multi-partenariat ou les rapports sexuels sans préservatif comme une raison potentielle, loin derrière le contact avec des objets tranchants
souillés de sang (54%) ou les transfusions sanguines (27%).
• Pratique du dépistage : 37% des travailleurs ont déjà effectué un test de dépistage, alors
que 80% des interviewés prévoient d’en faire un. La proportion de personnes ayant effectué
un test varie très fortement d’une entreprise à l’autre. Parmi ceux qui ne se sont pas faits
dépistés :
- 38,3% sont retenus par des barrières psychologiques : indécis (22,4%), peur (15,9%),
- 9,9% sont retenus par des barrières pratiques : pas de connaissance des centres de dépistage (3,4%), manque de moyens financiers (6,5%),
- 20,3% ne se sentent pas concernés : pas de besoin (7,8%), fidélité (7,9%), impossibilité
d’avoir le VIH (4,6%).
• Pratiques à risque : 87% des célibataires disent recourir systématiquement au préservatif
lors des rapports sexuels avec un partenaire occasionnel contre 45% avec un partenaire
régulier. 25% des personnes interrogées mariées ont eu des relations extraconjugales au
cours des 12 mois précédant l’enquête. 77% des enquêtés pensent que les préservatifs masculins sont efficaces contre la transmission du virus.
(source CERA, 2007)
24
24 CERA, « Les obstacles liés à l’évaluation des programmes VIH/sida au Togo : cas de l’étude sur les CAP en matière de VIH/sida en milieu
de travail au Togo ». 2007
82
FICHE 20
FICHE 20 La promotion
du programme en interne
L’ESSENTIEL
• Un programme de santé est en général éloigné du
«cœur d’activité » de l’entreprise. Son intérêt n’est
pas immédiatement perceptible, il faut le justifier.
• La nécessaire adhésion de la direction générale et
des départements impliqués dans sa mise en
œuvre (Centre Médical, Ressources Humaines,
Communication, Hygiène Sécurité Environnement)
passe par la mise en évidence de l’intérêt à agir :
- Baisse de l’absentéisme et augmentation de la
productivité
- Amélioration du bien-être des salariés
- Réduction des dépenses de santé…
• Le calcul de l’impact économique et humain de la
maladie base de l’argumentaire, est plus ou moins
complexe selon les pathologies. Il se fait à partir de
l’étude des données régionales existantes et des
chiffres collectés en interne. Des outils de
simulation spécifique, notamment sur le VIH/sida
sont nécessaires.
LA MISE EN ŒUVRE
Promouvoir le projet : les grandes étapes
Étape 1
Mesurer l’impact sanitaire de la (ou des) maladie(s)
sur la santé des employés et de la population cible,
Étape 2
Mesurer l’impact économique de la (ou des)
maladie(s) sur l’entreprise,
Étape 3
Monter un dossier de plaidoyer à partir des
estimations d’impacts sanitaires et économiques
obtenues,
Étape 4
Réunir, autour du porteur du projet, des
représentants de la direction, du centre médical, des
ressources humaines, de la communication, du
département HSE au cours d’une réunion de
présentation.
La plupart des dirigeants d’entreprise ont conscience de
l’impact sanitaire et économique des grandes pathologies
sur l’activité de leur structure mais n’en ont souvent qu’une
perception diffuse.
Mesurer cet impact permet d’apprécier l’utilité d’un programme et de convaincre plus facilement les décideurs d’y
engager des ressources humaines, matérielles et financières.
FOCUS
Estimer la prévalence du VIH/sida
L’estimation peut se faire par la combinaison :
- Des chiffres officiels de prévalence, qui peuvent
être « ajustés » selon les facteurs de risques propres à l’entreprise (cf. encadré fiche 19).
- Des chiffres internes tirés des opérations de dépistage. Attention, les tests restant anonymes et
volontaires (cf. fiche 7), il faut nécessairement que
le dépistage ait pu être mené auprès d’un échantillon représentatif de la population-cible pour s’appuyer sur les données obtenues.
Mesurer l’impact des principales
pathologies sur la santé de
la population-cible
• Pour les employés et ayants droit, cette évaluation se fait
en priorité à partir des données du centre de santé de
référence/du centre médico-social interne à l’entreprise.
Pour les populations environnantes, elle se fait par le
recueil de données épidémiologiques auprès des autorités de santé ou par la consultation des registres des
centres de santé locaux.
Note : Il est généralement difficile de se reposer sur les
données des centres de santé locaux.
- Les registres ne sont pas toujours tenus rigoureusement ;
- Plus important encore, les techniques de diagnostic et
de dépistage utilisées offrent peu de garanties (en particulier sur le paludisme pour lequel le diagnostic biologique est rarement pratiqué, cf. fiche 13)
83
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
• Les enquêtes épidémiologiques visent à
mesurer différents indicateurs, prévalence,
incidence, taux de mortalité… sur la population-cible :
- Pour le VIH/sida, l’indicateur principal est la
prévalence de l’infection ou séroprévalence,
nombre de personnes infectées dans une
population donnée (voir encadré).
- Pour le paludisme, on mesure plutôt l’incidence (nombre d’accès palustres dans une
population donnée au cours d’une période
donnée) grâce à l’agrégation des résultats
des diagnostics biologiques et/ou cliniques.
Mesurer l’impact économique de
la maladie sur l’entreprise
Le calcul de l’impact économique est plus ou
moins difficile à estimer selon les pathologies.
Deux feuilles de calcul sont proposées ici, l’une
pour le VIH/sida, l’autre pour le paludisme. La
méthode de calcul pour les autres pathologies
repose toujours sur une combinaison des
postes de coûts listés ci-dessous.
• L’évaluation du coût du VIH/sida est complexe :
- Elle se base sur des estimations de la prévalence (voir ci-dessus).
- Elle se heurte à la difficulté d’interpréter les
manifestations cliniques de la maladie, le
VIH/sida étant la cause d’infections opportunistes (ex : un employé fait une infection respiratoire qui est en fait liée au VIH).
- Elle nécessite l’introduction de plusieurs
hypothèses : proportion de malades pris en
charge, taux de baisse de productivité pour
un malade pris en charge (PC), taux pour un
malade non pris en charge (NPC), nombre
de décès liés au VIH/sida.
La feuille de calcul ci-dessous fait un inventaire
des coûts, directs et indirects :
- « subis » par l’entreprise, principalement les
coûts de ressources humaines et les coûts
de prise en charge ;
- « choisis » par l’entreprise, principalement les
coûts des actions d’un programme contre le
VIH/sida, lorsque l’entreprise choisit d’agir
contre la pandémie.
L’utilisation d’un outil de simulation plus poussé
permettra d’affiner les résultats (cf. «Pour en
savoir +»).
Figure 7
Feuille de calcul - coût du VIH/sida
Coûts des jours d'absence pour VIH/sida (1)
Absentéisme
Ressources
humaines
Prévention
(coût du programme VIH/sida)
Baisse de productivité (3)
Coûts de dysfonctionnement (4)
Décès
Prise en charge
(coûts médicaux)
Coûts de réserve (2)
Coûts de funérailles
Coûts d'augmentation des primes d'assurance
Turnover
Coût de remplacement (recrutement, formation… en équivalent jours de salaire)
Prise en charge
Traitements, hospitalisations (maladies opportunistes…)
Fonctionnement du
centre de santé
% du temps de travail du personnel de santé pour le VIH/sida et les maladies
opportunistes, prorata des frais de fonctionnement
Dépistage
Coûts complets : matériel, RH…
Préservatifs
Activités d'IEC
Coût de gestion
du programme
Salaire du responsable de programme, % du temps de travail des pairs-éducateurs…
(1) Calcul réalisé à partir des hypothèses de prévalence au sein des différents groupes d'employés
(2): Dans les entreprises à forte prévalence, coûts liés à l'obligation d'avoir des employés en réserve pour pallier l'absentéisme
(3): On peut faire l'hypothèse que la baisse de productivité d'un employé pris en charge est de 20 à 30% et de 50% pour un employé non pris en charge
(4): Ensemble des coûts indirects liés au "coût d'opportunité" de l'absentéisme: perte de contrats, blocage dans la chaîne de production.
84
FICHE 20
• Une évaluation économique fiable du coût du
paludisme ne présente pas de difficultés
majeures ; elle s’appuie sur les données obtenues auprès du service médical et du service
des ressources humaines. Le traitement de
ces chiffres est simple (voir feuille de calcul cidessous).
Lorsque les chiffres ne sont pas disponibles, les
responsables concernés (médecin d’entreprise,
DRH…) sont souvent en mesure de donner des
estimations suffisantes sur l’impact économique
du paludisme pour l’entreprise.
Figure 8
Feuille de calcul - coût du paludisme
Absentéisme
# jours d'absence pour paludisme
Coût salarial moyen journalier
Diagnostics
# diagnostics
Coût par diagnostic
# TPI
Coût par TPI
# traitements chimioprophylactiques
Coût par traitement
# traitements pour les accès simples
Coût par traitement
# traitements pour les accès graves
Coût par traitement
Hospitalisations
# jours d'hospitalisation pour paludisme
Coût par jour d'hospitalisation
Personnel de santé
# d'équivalents temps plein
Coût salarial moyen journalier
Autres coûts
# d'évacuation/rapatriement
Coût évacuation/ rapatriement
Traitements
Total coût économique*
* N'inclut pas le prorata des frais de fonctionnement du centre de santé ni le taux de contribution de la population-cible (ticket modérateur)
Promouvoir le projet en interne
• Un programme de santé ne verra le jour et ne
sera efficace que s’il obtient le soutien de plusieurs acteurs en interne :
- La Direction Générale,
- Le département Ressources Humaines
ou RSE,
la capacité à mettre en avant les bons arguments.
• L’argumentaire doit nécessairement s’appuyer
sur la mise en évidence de l’impact humain et
économique de la maladie (cf. ci-dessus) complétée par l’estimation du coût d’un programme et des bénéfices attendus. Le
schéma suivant résume le message à faire
passer :
- Le département Communication,
- Le département Hygiène Sécurité
Environnement,
- Le responsable du centre de santé et le personnel médical.
• Les sujets de santé n’étant pas le « cœur d’activité » de l’entreprise, leur adhésion passe par
FOCUS
Après avoir défendu le dossier auprès des
organes de direction, il faut promouvoir le
projet auprès des employés :
• Expliquer clairement le but de l’action.
• Communiquer tout au long du programme sur les résultats obtenus.
85
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
Figure 9
Exemple de présentation de l’impact économique et
humain du VIH/sida sur l’entreprise et des bénéfices
attendus d’un programme
Coûts du VIH-sida
sans programme
Coûts du VIH-sida
avec programme
Economies
pour l'entreprise
Coûts RH
Coûts RH
Coûts
médicaux
Coûts
médicaux
Bien-être
pour les salariés
Coûts du
programme
• D’autres arguments peuvent être développés :
Pour en savoir +
- Attractivité de l’entreprise, amélioration des
relations avec les employés, augmentation
du sentiment d’appartenance.
Responsabilité sociale de l’entreprise (RSE), ce
qui facilite ses relations avec les autorités, les
partenaires économiques locaux, les populations…
ASTUCE
Préserver la « Licence to operate »
L’entreprise peut être perçue comme un
« prédateur » ou un pollueur. Lafarge
considère que l’engagement dans un programme santé permet d’asseoir la
« Licence to operate » (droit d’opérer) – cf.
«Pour en savoir +».
“Guide d’action du secteur privé contre le
VIH/sida” (MSD)
http://partenairescontrelesida.org/base-documentaire-1/autres-publications/
Le guide est accompagné d’un logiciel de simulation de l’impact économique du VIH/sida. Par
ailleurs, l’un des modules du guide, intitulé
« Pourquoi l’action du secteur privé ? », détaille
les différents coûts du VIH/sida sur l’entreprise
et les bénéfices apportés par un programme.
“Comment bâtir un programme santé”
(Lafarge)
http://partenairescontrelesida.org/base-documentaire-1/autres-publications/
Le guide Lafarge est un document de référence
pratique pour aborder les différents aspects d’un
programme. Source de bonnes pratiques tirées
de l’expérience sur le terrain des filiales du
groupe en matière de santé, le guide est enrichi
de nombreuses annexes utiles dans la mise en
œuvre concrète d’un programme.
“Tackling Tuberculosis : the Business
Response” (WEF)
http://www.weforum.org/pdf/GHI/TB.pdf
Le guide fournit les résultats d’une étude statistique menée auprès de plus de 10 000 entreprises au sujet de l’impact de la tuberculose sur
leur activité. Cette étude ainsi que l’analyse approfondie des différents impacts de la maladie sur
l’entreprise, apporte de la matière pour défendre
un programme contre la tuberculose en interne.
86
FICHE 21
FICHE 21 La définition
d’un programme intégré :
la stratégie (part. 1)
L’ESSENTIEL
• Il est fondamental, en amont du projet, de mener
une réflexion sur le périmètre du programme :
population-cible, durée et couverture géographique.
Cela permet :
- de circonscrire le projet et de déterminer les
moyens à engager,
- d’orienter la stratégie du programme,
- d’anticiper les difficultés et risques liés par
exemple au désengagement de l’entreprise.
• Un programme « intégré » consiste, sur une ou
plusieurs pathologies, à engager une initiative qui va
au-delà de la seule prise en charge médicale au
travers d’actions durables de prévention soutenues
par de l’IEC.
• Les profils de programmes sont multiples, fonction
des objectifs de l’entreprise mais aussi du contexte
social, démographique et épidémiologique…dans
lequel elle se trouve.
LA MISE EN ŒUVRE
Définir un programme intégré (1/2) :
les grandes étapes
Étape 1
Définir la population-cible (salarié, ayants-droit,
populations environnantes),
Étape 2
Définir la ou les maladies sur laquelle/lesquelles
l’entreprise a la volonté de s’engager,
Étape 3
Composer un programme intégré (définition de la
stratégie d’actions),
Étape 4
Définir le cadre d’implication géographique et
temporel.
Cette fiche vise à accompagner l’entreprise dans sa
réflexion sur le périmètre d’engagement (population-cible,
durée et couverture géographique du programme) et sur
la stratégie d’actions qu’elle souhaite mettre en œuvre
dans les cas particuliers de programmes contre le
VIH/sida, le paludisme et la tuberculose.
Définir la population-cible
du programme
FOCUS
Les obligations légales
• L’entreprise doit soigner son personnel malade
pendant les heures de travail (salariés, intérimaires,
journaliers).
• Les entreprises internationales qui emploient des
expatriés sont en général tenues responsables des
maladies que ces expatriés contractent dans les
pays où ils sont envoyés en mission : un cas de palu
sera par exemple considéré comme une maladie
professionnelle dans les codes du travail des pays
du Nord.
• Le fait qu’une entreprise se lance dans un programme
signifie en général qu’elle décide d’aller au-delà de ses
obligations légales en prenant notamment en compte les
populations riveraines.
• La définition de la population-cible dépend :
- Des caractéristiques de la pathologie concernée (cf.
fiche 18);
- Des caractéristiques d’implantation et d’intégration de
l’entreprise dans sa zone (cf. fiche 18);
- Des moyens alloués pour le programme;
- Des objectifs de l’entreprise et de l’engagement de la
direction…
87
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
• Qui intégrer en priorité dans la population-cible ?
- Les salariés de l’entreprise
- Les familles des salariés : les entreprises
offrent souvent une couverture santé aux
familles, femme(s) et enfants, les associer à
la population-cible est une démarche naturelle d’autant que femmes enceintes et
enfants en bas-âge sont particulièrement à
risque face à de nombreuses pathologies et
que la plupart des actions sont plus efficaces
lorsqu’elles sont portées par le couple ou le
foyer (ex : prévention du VIH/sida, utilisation
de moustiquaires…).
Note :
La définition du statut d’ayant-droit est parfois
complexe. Les règles sont à définir au cas par
cas par le comité de gestion du programme en
concertation avec la direction.
• Qui impliquer au-delà de la cible prioritaire et dans quels contextes ?
Certaines situations peuvent conduire l’entreprise à élargir la population-cible aux communautés environnantes ainsi qu’aux sous-traitants et partenaires :
- L’entreprise occupe une place particulière
dans son environnement (ex : entreprise en
zone rurale dont l’activité fait vivre toute une
région). Ce statut l’amène souvent à mener
une politique sociale volontariste à l’égard
des communautés environnantes. Un programme de santé se prête alors idéalement
à ce type d’action. Stratégiquement, l’élargissement du programme légitime le droit
d’opérer (cf. fiche 21) dans la zone.
- L’efficacité du programme passe par l’élargissement de la population-cible :
- Dans le cas du VIH/sida, lorsque la couverture des sous-traitants ou de groupes extérieurs à l’entreprise s’avère nécessaire pour
protéger les employés eux-mêmes (ex :
entreprise de transport employant des chauffeurs routiers).
- Dans le cas du paludisme, lorsque l’entreprise souhaite mettre en place des actions
de contrôle vectoriel qui nécessitent la couverture totale et quasi-totale des populations
sur des vastes zones géographiques (cf.
fiche 10).
Définir la stratégie d’un
programme de santé intégré
Beaucoup d’entreprises assurent la prise en
charge de leurs employés. S’engager dans un
programme intégré, c’est aller au-delà de la
seule prise en charge médicale en lançant
des actions durables de prévention soutenues par des campagnes d’IEC.
FOCUS
Il est vivement conseillé de mener une étude CAP,
même très basique, au sein de l’entreprise avant de
lancer un programme santé. Cela peut permettre d’éviter d’engager un programme sur de mauvaises bases.
Elle permet de concevoir les actions les plus adaptées
aux comportements des populations ciblées.
Cette lutte intégrée gagne à être menée
conjointement sur plusieurs pathologies.
Une telle politique est particulièrement fondée
dans le cas du VIH/sida puisque l’affaiblissement immunitaire des sujets infectés les rend
vulnérables à une foule d’autres pathologies
comme la tuberculose.
ASTUCE
Prévenir les phénomènes d’essoufflement en
variant les thèmes de lutte
L’un des défis des programmes santé en entreprise
est d’éviter la lassitude qui tend à s’installer après
plusieurs mois de lancement. Une solution consiste
à mettre en place une stratégie « tournante » de
lutte, en mettant l’accent chaque semestre sur un
thème (ou une maladie) différent(e). Cette formule
est particulièrement adaptée aux campagnes d’IEC.
88
I. LE CONTEXTE ET LES MISSIONS DE PCS
Composer un programme contre
le VIH/sida
• Tout programme VIH/sida comporte le même
socle d’actions. Selon le degré d’implication de
l’entreprise et la volonté d’obtenir des résultats
concrets, un programme peut varier d’une
logique de proposition des activités à une
logique plus « volontariste ».
• Le programme intégré standard (proposition d’activités / mise à disposition de moyens)
consiste en :
- L’adoption et la diffusion d’une politique
VIH/sida (non discrimination, lutte contre la
stigmatisation…),
- L’accès possible au dépistage (ex : partenariat avec un centre de santé local),
- La mise à disposition de préservatifs dans
l’entreprise,
Composer un programme contre
le paludisme
• Une stratégie intégrée de lutte contre le paludisme poursuit au moins 2 des 3 objectifs de
la lutte contre le paludisme :
- limiter le nombre de piqûres ;
- limiter la morbidité du paludisme, par des
traitements préventifs et curatifs.
Note :
Le troisième objectif consiste à limiter le nombre de moustiques (cf. infra).
• Pour une entreprise, un programme intégré
standard contre le paludisme consiste en :
- la prise en charge rapide des cas simples
avec des ACT,
- la prise en charge rapide des cas graves
avec le traitement adapté,
- L’organisation de formation(s) pour que
chaque employé ait été sensibilisé au moins
une fois,
- l’adoption d’un protocole de diagnostic biologique,
- La mise en place d’une mutuelle pour le remboursement de la prise en charge.
- la mise en place du TPI pour les femmes
enceintes,
• Sur les mêmes actions, en plus des dispositions prises sur un programme standard, un
programme intégré d’excellence (volonté
de résultats) peut proposer :
- la distribution de moustiquaires imprégnées prioritairement aux enfants de moins
de 5 ans et aux femmes enceintes (ou l’organisation régulière de campagnes d’IRS dans
les zones où l’IRS peut constituer une alternative à la moustiquaire efficace et économiquement viable).
- Des activités d’IEC régulières (causeries
mensuelles ciblées sur un thème) et une
intense campagne de communication,
- Une distribution innovante de préservatifs
(fiches de paie…),
- Le dépistage annuel sur site,
- Des protocoles de prise en charge volontaristes (prise en charge à vie…).
Toutes ces actions doivent être soutenues par
des campagnes d’IEC.
• Lorsque la mise en œuvre des actions prioritaires est satisfaisante et que la zone se prête
à la lutte anti-larvaire et/ou anti-vectorielle
(contexte épidémiologique, configuration des
gîtes larvaires…), l’entreprise peut lancer un
programme intégré élargi avec le recours à
des actions plus sophistiquées (et logistiquement plus lourdes) comme l’IRS, le contrôle
biologique ou l’assainissement (cf. fiche 10).
89
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
Composer un programme contre
la tuberculose
• Plusieurs axes peuvent être retenus dans un
programme d’entreprise :
- Le contrôle de la transmission, basé sur
l’identification précoce des cas :
- Procédure de contrôle régulier (ex : bi-annuel)
par radiographie pulmonaire,
- Mise à disposition d’un diagnostic bacilloscopique pour tous les tousseurs,
- Suivi des sujets manifestant des symptômes
persistants de tuberculose,
- L’adoption d’un protocole de diagnostic
efficace et rapide, ce qui implique éventuellement un renforcement des moyens alloués
au laboratoire qui réalise le diagnostic,
- La prise en charge des patients par la stratégie DOTS,
- La prise en charge spéciale des tuberculoses multi-résistantes.
• Toutes ces actions doivent être soutenues par
de l’IEC, dans le but notamment de réduire la
stigmatisation dont peuvent être victimes les
malades de la tuberculose.
Définir le cadre d’implication
géographique et temporelle
FOCUS
Contrôle vectoriel pour le paludisme :
quel périmètre ?
Le périmètre d’un programme comportant des
mesures de contrôle vectoriel doit être considéré sous
un angle géographique dans la mesure où l’anophèle
ne vole pas plus de 5 kilomètres.
Cette caractéristique du vecteur donne un cadre géographique à l’action : le périmètre d’une action de
contrôle vectoriel est une zone de quelques kilomètres
à la ronde autour des habitations de la population à
protéger.
• Quelle zone géographique le programme
doit-il couvrir ?
Cette question se pose principalement dans le
cas d’un programme contre le paludisme
lorsque l’entreprise souhaite engager des
actions de contrôle vectoriel ou de lutte anti-larvaire (cf. fiche 10 et encadré ci-contre). Des
études sur le vecteur (étude entomologique) et
l’emplacement des gîtes larvaires dans la zone
(cartographie) sont nécessaires pour délimiter
le bon périmètre (cf. fiche 19).
• Quel horizon temporel donner
au programme ?
Cette question se pose pour tous les programmes,
quelle que soit la pathologie concernée :
- Sur les maladies exigeant une prise en charge
chronique (VIH/sida, tuberculose, diabète…),
problématique de la poursuite du traitement
en cas de désengagement de l’entreprise ou
EXEMPLE
Que faire lorsqu’un employé sous traitement
long-terme quitte l’entreprise ?
Cimencam (Cameroun) a choisi d’assurer le traitement à vie de l’employé et de ses ayant-droits.
Lafarge South Africa assure le traitement pendant 6
mois après le départ, le temps de trouver une structure pour prendre le relais.
(source Lafarge, 2008, voir « Pour en savoir » +)
90
FICHE 21
de départ du salarié. Les solutions apportées
doivent être envisagées par la direction dès la
conception du programme (cf. encadré cicontre).
- Sur les maladies exigeant des opérations de
prévention durables (ex : contrôle vectoriel
pour le paludisme dont l’arrêt peut provoquer
un brusque regain de transmission) : avant de
lancer son programme, l’entreprise doit impérativement prévoir des partenariats avec des
organisations locales (ONG, pouvoirs
publics…) pour que le passage de relais soit
assuré en cas de son désengagement.
Pour en savoir +
“Rôle des employeurs, des travailleurs et de
leurs représentants: le dialogue social un
outil pour l'action” (Organisation Internationale
du Travail)
http://www.ilo.org/public/english/protection/tra
v/aids/code/manualfr/module3f.pdf
Module qui définit le cadre d’une politique et d’un
programme VIH/sida sur le lieu de travail en dix
thèmes. Le module commente la liste des directives pratiques du BIT pour un programme
VIH/sida.
“Comment bâtir un programme santé” (Lafarge)
http://partenairescontrelesida.org/base-documentaire-1/autres-publications/
Le guide fournit une information et des exemples
très concrets sur le périmètre d’engagement
(population-cible, durée du programme…).
“Guide Pratique de Lutte contre le Paludisme
en Entreprise” (Sanisphere)
www.sanisphere.com/pdf/Fr/Guide_Pratique_de
_Lutte_contre_le_Paludisme_en_Entreprise.pdf
3 fiches (39, 40 et 41) sont consacrées à la définition du périmètre d’engagement d’un programme
de lutte contre le paludisme ainsi que des actions à
mener dans le cas d’une implication « minimum »
(programme standard) et dans le cas d’une implication plus poussée (programme élargi).
“Starting a TB Workplace Programme:
Principles” (WEF)
http://www.weforum.org/pdf/GHI/10Principles.pdf
Brochure qui présente 10 principes pouvant guider un programme contre la tuberculose.
“Corporate Responses to HIV/AIDS”
(Banque Mondiale)
http://siteresources.worldbank.org/CGCSRLP/
Resources/CorporateResponse_toHIVAIDS.pdf
Recueil de cas très détaillés sur des programmes
contre le VIH/sida menés par des entreprises.
91
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
FICHE 22 La définition
d’un programme intégré :
le cadre logique (part. 2)
Le cadre logique est développé au début des années
1980 par l’USAID. Il a depuis été adopté par de nombreuses organisations dont les Nations Unies ou l’Union
Européenne pour faciliter la conception, l’exécution et le
suivi-évaluation de nombreux projets.
Son but est de relier, dans un seul outil cohérent, les différents niveaux du programme (but, objectifs spécifiques,
activités opérationnelles, ressources disponibles) et de
suivre l’avancement du programme sur ces différents
niveaux grâce aux indicateurs de résultat et aux indicateurs de mise en œuvre (cf. fiche 26).
Figure 10
Le cadre logique
But
Objectifs
(indicateurs
de résultat)
• Le cadre logique est un outil couramment utilisé
dans les programmes de développement et de
santé.
• Il vise à regrouper dans un seul outil les différentes
composantes d’un programme (but, objectifs,
activités et ressources) et intègre les indicateurs de
suivi-évaluation.
• Il est défini dès la conception du programme afin de
détailler la stratégie et décliner le plan d’actions.
Nourri par les indicateurs de résultat et de mise en
œuvre (cf. fiche 26), il s’utilise ensuite tout au long
du programme comme outil de pilotage et de suiviévaluation.
LA MISE EN ŒUVRE
Définir un programme intégré (2/2) :
les grandes étapes
Ajustements
& réorientations
Résultats
L’ESSENTIEL
Le cadre
logique
Activités
Ressources
Mise en œuvre
(indicateurs de
mise en œuvre)
Étape 1
Définir le but du programme, ses objectifs et le plan
d’actions concret en phase avec la stratégie définie (cf.
fiche 21),
Étape 2
Définir les indicateurs de pilotage associés à chaque
entrée du cadre logique (cf. fiche 26),
Étape 3
Définir les sources d’information pour nourrir ces indicateurs,
Le cadre logique présenté ici est une reprise de celui proposé par MSD dans son Guide d’action du secteur privé
contre le VIH/sida. Il a été adapté afin d’intégrer dans un
même tableau la partie de suivi-évaluation (cf. Fiche 26).
Étape 4
Fixer un niveau de résultat attendu pour chaque entrée.
92
FICHE 22
Figure 10 bis
Le cadre logique
Exemples de Buts
Buts
(Responsabilité
Sociale de
l'Entreprise dans
son environnement)
Source des données
Baisse de l'incidence dans
les communautés environnantes.
Etude épidémiologique
Baisse de la prévalence
du ministère de la santé
dans les communautés
environnantes
But 1
Stabiliser l'épidémie de VIH dans
la région
But 2
Réduire la stigmatisation et la
% de personnes dans la
discrimination du région ne faisant pas de
VIH dans la
discrimination
région
Résultats attendus
Incidence en baisse
de X%
Prévalence en baisse
de X%
Etude CAP du ministère de la santé
% de personnes faisant de la discrimation
en baisse de X%
Indicateurs de résultat
Source des données
Résultats attendus
Objectif 1
Réduire de 50%
en 3 ans les comportements à
haut risque de
VIH parmi les
employés
% d'employés pratiquant
l'ABC (Abstinence,
Fidélité, Préservatif) de la
prévention comparé au
début du programme
Enquête CAP parmi les Réduction de X% des
employés, en début de comportements à haut
programme et après 3 risque
ans
Objectif 2
Réduire de 50%
en 3 ans les attitudes et pratiques discriminatoires parmi les
employés
% de travailleurs témoignant d'attitudes et pratiques bienveillantes à
l'égard des PVVIH comparé au début du programme
Enquête CAP parmi les Réduction de X% des
employés, en début de attitudes et pratiques
programme et après 3 discriminatoires
ans
Objectif 3
Réduire de 70%
en 3 ans l'absentéisme lié au
VIH/sida parmi les
employés
Durée cumulée de l'absen- Rapports des départetéisme parmi les employés ments médicaux et des
vivant avec le VIH/sida et ressources humaines
sa réduction en 3 ans
Réduction de X% de
l'absentéisme lié au VIH
Indicateurs de mise en œuvre Ressources
Réalisé
Exemples d’objectifs
Objectifs
(Responsabilité
Sociale de
l'Entreprise pour
les employés et
les ayants droit)
Indicateurs d'impact
Exemples d'activités
Activité 1
Organiser 2 sessions annuelles
de sensibilisation
pour les
employés et les
ayants droit
Nombre d'employés et
ayants droit participant
aux sessions (mesuré à la
fin de chaque session)
Budget, personnel et
temps alloués aux ses- 1 session réalisée sur
sions (source DRH et l'année
comité VIH/sida)
Activité 2
Organiser l'accès
aux préservatifs
féminins et masculins
Taux d'utilisation des préservatifs et satisfaction
clients (source DRH et
comité VIH/sida)
Budget et personnel
pour la distribution des Accès assuré X% du
préservatifs (source
temps dans X% des
DRH et comité
lieux de distribution
VIH/sida)
Activité 3
Organiser 2 campagnes annuelles
de dépistage
(CDV) pour les
employés et leurs
ayants droit
Nombre et % d'employés
connaissant leur statut
VIH (mesuré par rapport
anonyme du service de
santé et par une enquête
CAP)
Budget, infrastructure,
personnel et temps
campagne réalisée
alloués aux campagnes 1
de CDV (source DRH sur l'année
et comité VIH/sida)
Activité 4
Organiser l'accès
au traitement des
IST et du
VIH/sida pour les
employés et leurs
ayants droit
Nombre d'employés et
ayants droit bénéficiant
des prestations médicales et leur satisfaction
(données obtenues par le
service de santé et à partir d'enquêtes)
Budget, infrastructure,
personnel et temps
assuré pour
alloués aux campagnes Traitement
de CDV (source DRH X% des patients
et comité VIH/sida)
Activités
Pour en savoir +
Guide d’action du secteur privé contre le VIH/sida” (MSD)
http://partenairescontrelesida.org/app/download/3342307602/Fichiers+Acrobat+Blueprint.zip
Le cadre logique est présenté au travers des modules Politique et Suivi-évaluation.
“Comment bâtir un programme santé” (Lafarge)
http://partenairescontrelesida.org/base-documentaire-1/autres-publications/
L’annexe E présente le cadre logique de Hima Cement sur le paludisme.
93
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
FICHE 23 Les acteurs de la lutte
contre les 3 pandémies
Acteurs institutionnels,
fondations et agences de
développement internationales
• OMS (Organisation Mondiale de la Santé)
L’OMS fournit une information de référence sur
la prévention et la prise en charge des différentes pathologies. La plupart des pays dispose
d’un bureau OMS qui peut être une source d’information bibliographique locale sur les questions sanitaires
• Fonds Mondial de Lutte contre le Sida, le
Paludisme et la Tuberculose
Le Fonds Mondial, partenariat public-privé créé
en 2002, est le premier bailleur international
spécialisé sur les 3 pandémies.
La procédure d’allocation des fonds est centralisée au niveau des pays bénéficiaires. Une
entreprise peut essayer d’obtenir des fonds en
s’associant à la soumission faite par l’instance
ASTUCE
« Le Fonds Mondial cherche activement
d’autres entreprises pour devenir récipiendaires et maîtres d’œuvre de programmes ». Dr Michel Kazatchkine,
Directeur Exécutif du Fonds Mondial, le
4/12/2009.
de coordination nationale (CCM ; le FM n’a pas
de représentation dans les pays, il faut s’adresser aux CCM, cf. «Pour en savoir +»).
• Banque Mondiale
La Banque Mondiale fournit un appui financier
et technique pour l’ensemble des pays en développement. Elle se compose de deux institutions : la BIRD (Banque Internationale pour la
Reconstruction et le Développement) et
l’Association Internationale de Développement
(IDA). La Banque Mondiale est l’un des 3 principaux bailleurs internationaux dans la lutte
L’ESSENTIEL
• Les années 2000 ont été celles de la prise de conscience
internationale des nécessaires efforts à fournir pour lutter contre le
VIH/sida ainsi que le paludisme et la tuberculose.
• De nombreux acteurs, organisations internationales, ONG, agences
de développement, coalitions… se sont engagés (ou se sont créés)
dans ce mouvement.
• Cette fiche en présente une liste (non exhaustive) afin d’aider
l’entreprise dans ses recherches de partenariats, d’information,
d’appui scientifique et technique...
contre le VIH/sida au travers de son programme MAP (Multi-country HIV/aids Program
for Africa). Ce programme est destiné à soutenir différents acteurs, dont le secteur privé.
• ONUSIDA
Programme de coordination des agences de
l’ONU sur le Sida qui peut apporter un soutien
technique au secteur privé (principalement à
des coalitions), dans la mise en œuvre de programme ou dans la recherche de financement.
Un conseiller ONUSIDA est présent dans la
plupart des pays d’Afrique.
• RBM (Roll Back Malaria)
Partenariat international (OMS, UNICEF, UNDP,
Banque Mondiale...) pour encadrer la mise en
œuvre d’une action coordonnée contre le paludisme. RBM peut être considéré comme le
point focal de la lutte contre le paludisme,
source d’information et relais vers d’autres
acteurs. Basé à Genève, RBM a des représentations au Sénégal, en Ouganda et au Gabon
(cf. «Pour en savoir +»).
• Stop TB Partnership
Equivalent de RBM sur la tuberculose, le partenariat vise à placer la tuberculose au cœur des
priorités de santé publique internationale. Très
axé sur la communication, il offre une information riche sur la tuberculose. Le partenariat est
basé à l’OMS à Genève.
94
FICHE 23
• OIT (Organisation Internationale du Travail)
Organisation spécialisée sur les problématiques
sur le lieu de travail, l’OIT est la référence sur les
aspects réglementaires de la lutte contre les
pathologies en entreprise.
• Les coopérations bilatérales
Les agences de coopération des pays du Nord
(GTZ - coopération allemande, cf. fiche 23-,
Agence Française de Développement, USAID...)
peuvent offrir une sérieuse expertise technique
(formation, suivi-évaluation…).
• Les grandes fondations
La Bill&Melinda Gates Foundation est la plus
importante fondation privée au monde engagée
sur la santé dans les pays en développement
(en particulier sur le paludisme). Comme d’autres fondations privées (Clinton Foundation...),
elle finance quasi exclusivement des organisations à but non lucratif (Etats, ONG...).
Acteurs publics locaux
• Les principaux acteurs publics locaux sont les
programmes nationaux de lutte : Comité
National de Lutte contre le Sida, Programme
National de Lutte contre le Paludisme,
Programme National de Lutte contre la
Tuberculose.
• Programmes du Ministère de la Santé, ils sont
en charge de la coordination nationale des
programmes santé et sont souvent incontournables.
• Une entreprise qui souhaite lancer une initiative doit contacter le Programme
National de Lutte pour se documenter,
approfondir les recommandations de la politique nationale, être mis en relation avec des
partenaires potentiels… et faire part de son
action aux pouvoirs publics.
Coalitions d’entreprises
Les coalitions sont un cadre pour :
- entrer en relation avec d’autres entreprises
déjà engagées (partage d’expérience…) ;
- assoir sa capacité de négociation avec des
partenaires potentiels ;
- promouvoir ses propres activités grâce à la
force de communication du groupe.
Parmi les principales coalitions internationales :
• GBC (Global Business Coalition)
Coalition d’environ 200 entreprises, elle assure
la promotion des programmes santé
(VIH/sida/paludisme/tuberculose) et le plaidoyer auprès de ses membres : évènementiel,
partage d’expérience…
• WEF (World Economic Forum)
Fondation à but non lucratif, le Forum
Economique Mondial est un espace de réflexion
sur les problèmes fondamentaux de la planète.
En matière de santé, le WEF a lancé la GHI
(Global Health Initiative) qui a pour mission d’inciter les entreprises à conclure des partenariats
publics-privés afin de lutter contre le HIV/sida,
la tuberculose, le paludisme et de renforcer les
systèmes de santé. Le WEF soutient ainsi les
coalitions d’entreprises en organisant des
actions de plaidoyer et en fournissant de l’information (guides, business cases).
• PABC (Pan African Business Coalition on
HIV/Aids) & CAMA (Corporate Alliance on
Malaria in Africa) : coalitions d’entreprises africaines (pays Anglophones et francophones)
respectivement dédiées au VIH/sida et au paludisme.
• Sida Entreprises
Sida Entreprises est une coalition de 16 entreprises françaises sur le VIH/sida. Elle assure
essentiellement des services de formation et
d’informations auprès de ses membres.
De nombreuses coalitions existent aussi à
l’échelon national (ex : SABCOHA en Afrique
du Sud - cf. « Pour en savoir + »). Implantées
localement, elles sont à contacter en priorité.
95
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
Les coalitions « économiques » peuvent aussi
être approchées car elles s’intéressent en
général aussi aux problèmes de santé en entreprise (ex : Corporate Council on Africa).
Enfin, selon les pays, les chambres de commerce peuvent aussi être actives et proposer à
leurs membres un service d’accompagnement.
ONG locales et internationales,
instituts de recherche
ONG, associations et instituts de recherche
sont des partenaires opérationnels potentiels :
- ONG et associations, pour les campagnes
d’IEC (ex : formation, pièce de théâtre) et pour
les actions de prévention (ex : distribution et
suivi d’une campagne de moustiquaires) ;
- Instituts de recherche, en tant que partenaire
technique pour les analyses spécialisées
(ex : étude entomologique avant une campagne d’IRS).
Parmi les ONG internationales spécialisées
dans les services aux entreprises peuvent être
citées :
• PSI (Population Service International)
PSI est une ONG de santé majeure, présente
dans de nombreux pays et spécialisée sur plusieurs pathologies dont le paludisme, le
VIH/sida, la tuberculose, la santé reproductive.
PSI offre toute une gamme de services dont
l’approvisionnement et la distribution de préservatifs et de moustiquaires dans le cadre de ses
activités de « marketing social ».
• RTI (Research Triangle Institute)
RTI, prestataire de service, propose une large
gamme de services aux entreprises (formation,
études, expertise technique…). RTI est notamment en pointe sur les actions de contrôle vectoriel à grande échelle.
• Partenaires Contre le Sida
Partenaires contre le Sida est une ONG par
Sida Entreprises et GBC avec le soutien financier de l’Agence Française de Développement.
Le programme vise à fournir un appui technique
opérationnel auprès du monde du travail qui
s’engage dans la lutte contre le VIH/sida, le
paludisme ou la tuberculose.
• CARE
ONG internationale de développement parmi
les plus importantes, CARE a développé une
offre spéciale pour les entreprises en leur proposant d’améliorer leur impact sociétal par le
financement de projets internationaux ou par la
mobilisation de leurs propres salariés.
Les autres grandes ONG de développement
(Plan, AMREF…) peuvent être d’excellents
partenaires pour élargir un programme d’entreprise à une population plus large. Elles sont
notamment expertes pour coordonner les ONG
et associations locales, structures « de terrain » avec lesquelles les entreprises sont souvent peu habituées à collaborer.
Pour tout programme exigeant une expertise
scientifique, un partenariat peut être conclu avec
des instituts de recherche ou des universités.
Quelques exemples : IRD (Institut de
Recherche pour le Développement : Institut
français installé dans de nombreux pays en
développement et très orienté sur la recherche
opérationnelle), Institut Tropical Suisse,
London School of Hygiene and Tropical
Medicine, Harvard School of Public Health,
Institut de Médecine Tropicale d’Anvers,…
Pour en savoir +
“Business Coalitions Tackling AIDS” (World
Economic Forum)
http://www.weforum.org/pdf/AM_2008/WBC_
Report.pdf
Document de référence sur les coalitions d’entreprises contre le VIH/sida : rôle, contribution…
Le rapport donne une liste étoffée des coalitions
existantes.
“Secteur Privé - Les modalités de soumission
d’une
requête
au
Fonds
Mondial”
(Partenaires Contre le Sida)
http://partenairescontrelesida.org/base-documentaire-1/outils-pour-le-secteur-privé/
Document de référence pour guider l’entreprise
dans sa recherche de financement auprès du
Fonds Mondial.
96
FICHE 24
FICHE 24 Les partenariats
L’ESSENTIEL
• Il existe différentes formes de partenariats, l'important pour
l'entreprise étant de trouver celui qui est le plus adapté à ses
besoins.
• Ces partenariats sont plus ou moins complexes à formaliser.
Lorsqu'elle s'engage dans une telle démarche l'entreprise doit:
- Identifier clairement ses besoins ;
- Comprendre les logiques, les contraintes et l'intérêt
particuliers du ou des partenaires ;
- S’appuyer sur le leadership de la direction ;
- S’ouvrir au partenariat qui n’est pas toujours dans sa culture.
• L'entreprise doit aussi être capable d'identifier ce qu'elle
apporte à ses partenaires potentiels et non pas seulement ce
qu'elle en retire.
• Il est alors primordial d'établir clairement les rôles et les
responsabilités entre les partenaires et de prêter une attention
particulière au suivi des activités concernées.
LA MISE EN ŒUVRE
Monter un partenariat : les grandes étapes
Étape 1
Identifier le(s) bon(s) partenaire(s) selon le type de partenariat
envisagé,
Étape 2
Définir la meilleure manière d’approcher le partenaire : Qui
l’approche (position, compétence, rôle adapté à la démarche),
avec quel argumentaire ?
Étape 3
Organiser les premiers échanges : prise de connaissance,
partage d’objectifs…
Étape 4
Formaliser le partenariat : calendrier, rôles respectifs, contrat…
Étape 5
Mettre en œuvre le partenariat,
Étape 6
Suivre le partenariat : comités de pilotage…
Le succès de la lutte contre les grandes épidémies
mondiales passe nécessairement par la mise en
place de partenariats réunissant différentes parties
prenantes publiques ou privées.
Pour de nombreux acteurs publics, l'entreprise est
un partenaire essentiel car elle permet de toucher
une grande partie de la population active et, plus largement, de nombreuses populations locales.
L'entreprise, quant à elle, doit compter sur des partenaires externes pour l’aider à gérer les aspects
techniques et financiers de problèmes de santé qui
sont éloignés de son cœur d'activité.
Ce partage de responsabilité n'est toutefois pas
toujours facile à mettre en œuvre tant les logiques
des différents partenaires potentiels sont différentes. Un dialogue permanent est alors primordial
pour que les intérêts et les contraintes de chacun
des acteurs soient compris et respectés.
Quel(s) partenaire(s) pour quel(s)
partenariat(s)?
Les partenariats varient en fonction des activités qui
sont menées et des partenaires impliqués. Il est
possible de distinguer trois grands types de partenariats :
• L’entreprise bénéficie d'un produit ou d'un service de façon ponctuelle et non commerciale.
De nombreuses entreprises ont noué des partenariats avec des ONG ou des agences de coopération bilatérales pour bénéficier de façon ponctuelle
de services (sensibilisation, formation du personnel) ou de produits (préservatifs, moustiquaires).
L'intérêt pour le partenaire de l'entreprise est de
toucher facilement une large population tandis que
l'intérêt pour l'entreprise est de bénéficier d'une
expertise dont elle ne dispose pas en interne et de
produits qui ne grèvent pas son budget santé.
• L’entreprise bénéficie d’un soutien technique et
éventuellement financier pour mettre en œuvre
un programme complet qui s’inscrit dans la
durée. Ces programmes, qui couvrent tous les
97
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
aspects de la réponse aux épidémies (prévention, dépistage, traitement), sont à destination
du lieu de travail avec, parfois, des extensions
vers les sous-traitants, les familles des salariés
et/ou les populations locales. Ce type de partenariat, généralement mis en place par des
agences de coopérations nationales ou des
ONG, fait l'objet de conventions permettant
aux parties prenantes de clairement définir
leurs rôles et leurs responsabilités. La GTZ
(Agence de coopération technique allemande)
dispose, par exemple, d'un programme spécifique pour aider les entreprises à établir des
programmes de lutte contre le VIH/SIDA sur le
lieu de travail (cf. Pour en savoir +). La contribution financière de l’entreprise est souvent
nécessaire, même si celle-ci peut être comptabilisée de différentes manières (ressources
humaines, mise à disposition de locaux ou de
matériel, par exemple).
• L'entreprise participe à la mise en œuvre
de plans nationaux de lutte contre les épidémies. C'est notamment le cas dans le
cadre des programmes financés par le Fonds
mondial ou la Banque mondiale (voir exemple
plus bas). Le contenu du partenariat peut porter sur la distribution de produits (préservatifs,
moustiquaires) ou de services (dépistage du
VIH ou de la tuberculose, sensibilisation, formation) spécifiques, ou bien être beaucoup
plus large et prendre la forme d'un co-investissement (voir encadré). Plus rarement, l'entreprise participe directement à la formalisation
et la mise en œuvre de plans nationaux. C'est
le cas notamment de l'entreprise Anglogold
Ashanti qui a participé au sein du Comité de
Coordination Multisectoriel (CCM) du Ghana à
la rédaction et la mise en œuvre d'une proposition soumise et acceptée au Fonds mondial
en 2009.
FOCUS
Les co-investissements
« Dans le contexte de la réponse au VIH/Sida, l’expression co-investissement se réfère à l’investissement conjoint, harmonisé et coordonné, des ressources publiques et privées, avec pour
objectif commun la fourniture de services VIH/Sida et l’accès équitable à ces services. »25
Le terme de co-investissement permet de mettre en avant l’idée que différentes parties prenantes, privées et publiques, joignent leurs ressources au bénéfice d’une population plus large
que celle des salariés de l’entreprise. Un exemple de co-investissement consiste pour une
entreprise disposant d’un centre de santé primaire, voire secondaire, à l’ouvrir aux populations
locales en collaboration avec les autorités publiques et le soutien d’organismes bi- ou multilatéraux (cf. «Pour en savoir +»).
25 GBC/GTZ, Faire du co-investissement une réalité, 2005.
98
FICHE 24
Figure 11
Différents partenaires, différents partenariats et différentes approches
Institutions
Type de partenariat
Approche
Exemples
Fonds mondial
Financier (directement), produits et
services (indirectement)
Etablis par l’intermédiaire du CCM ou,
indirectement, par l’intermédiaire des
bénéficiaires principaux ou des sousbénéficiaires
Coalitions nationales de
lutte contre le SIDA
(Ouganda, Botswana,
Ghana)
Banque mondiale
Technique et financier (directement),
produits et services (indirectement)
Programmes Nationaux de Lutte
contre le SIDA
Soutien de 33 grandes
entreprises au
Cameroun 26
SFI
Technique et financier
Etablis dans le cadre du programme
SFI contre le SIDA, accessibles aux
clients de l’organisme uniquement
Odebrechet (Angola),
Magadi Soda (Kenya)
GTZ
Technique et financier
Etablis en lien avec la GTZ et ses
bureaux locaux
Lafarge (Tanzanie,
Nigéria)
PEPFAR/PMI
Technique et financier
Etablis en lien avec les bureaux
locaux
Société des caoutchoucs de Grand
Bereby (Côte d’Ivoire)
ONG
Technique
Etablis en lien avec les bureaux
locaux
FHI, PSI, PCS…
Les étapes du partenariat
Tous les partenariats suivent à peu près les
mêmes étapes, même si certains sont bien plus
flexibles à mettre en place que d'autres.
La formalisation
Tout partenariat doit être clairement formalisé
avant d’être mis en œuvre. Trois étapes sont particulièrement importantes à ce stade :
1) Construire l'idée du partenariat :
• Identifier les besoins de l'entreprise ;
• Définir les objectifs du projet ;
• Identifier la population cible ;
• Identifier ce que l'entreprise apporte (y compris financièrement mais pas seulement car
cela peut aussi s'exprimer en terme de ressources humaines par exemple) ;
• Identifier le ou les meilleurs partenaires possibles ;
• Approcher les partenaires et valider l'idée du
partenariat.
2) Se mettre d'accord avec le(s) partenaire(s) :
• Démontrer la valeur ajoutée du partenariat ;
• Identifier la population cible ;
• Définir des objectifs ainsi que des jalons clairs
et précis ;
• Définir les rôles et responsabilités de chaque
partie prenante.
3) Rédiger un contrat de partenariat (cf. Guide
MSD dans «Pour en savoir +») :
• Formaliser le partenariat par écrit ;
• Etablir un calendrier ;
• Définir un budget ;
• Définir des indicateurs de suivi simples à évaluer mais néanmoins engageants ;
• Le partenariat doit être signé par la direction
de l'entreprise.
Ces différentes actions sont plus ou moins complexes à réaliser. S'il est relativement facile de
nouer des relations avec des ONG ou certaines
agences de coopération bilatérales, la mise en
place d'un dialogue avec les CCM (organes
assurant la liaison avec le Fonds mondial) ou les
Programmes Nationaux de Lutte contre le SIDA
(PNLS) le paludisme ou la tuberculose, n'est pas
toujours aisé. De la même manière, les conditions imposées par les uns ou les autres varient
entre une grande flexibilité et une certaine rigidité qui peut parfois sembler aller à l'encontre de
la performance chère aux entreprises.
26 Banque Mondiale : http://web.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/COUNTRIES/AFRICAEXT/EXTAFRHEANUTPOP/EXTAFRREGT
OPHIVAIDS/0,,contentMDK:20450753~pagePK:34004173~piPK:34003707~theSitePK:717148,00.html
99
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
FOCUS
Le rôle-clé des facilitateurs
La création de partenariats complexes,
notamment avec des organismes tels que
le Fonds mondial ou PEPFAR, peut être
accélérée par l’intervention de facilitateurs.
Pour être efficace, ceux-ci doivent avoir
une connaissance approfondie de toutes
les parties prenantes en présence, que ce
soient les organisations internationales, le
monde de l’entreprise ou les autorités
publiques. Ils interviennent alors comme de
véritables traducteurs permettant à
chaque partie prenante de comprendre la
manière de fonctionner des autres et d’éviter ainsi de nombreux malentendus. Ils
sont utiles pour accélérer :
• L’identification du bon partenaire ;
• La phase de contact ;
• La formalisation d’un accord de partenariat.
Les coalitions nationales d’entreprises
contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme peuvent jouer ce rôle de facilitateurs. Par exemple, la Malawi Business
Coalition Against HIV/AIDS a joué un rôle
clé dans la formalisation d’un partenariat
entre le bénéficiaire principal des financements du Fonds mondial et une trentaine
d’entreprises.
Mais ce sont surtout les ONG spécialisées
dans l’appui technique au secteur privé et
les partenaires techniques bilatéraux ou
onusiens qui jouent ce rôle.
La mise en œuvre
Tout comme la formalisation, la mise en œuvre
peut varier en fonction des types de partenariats
établis. Dans tous les cas, les facteurs de succès
sont relativement similaires :
• La personne qui sera responsable de la gestion
du projet doit être clairement identifiée comme
telle par les collaborateurs de l’entreprise ;
• Les personnes impliquées dans le partenariat
doivent bénéficier d’un soutien visible et
constant de la part de la direction, à plus forte
raison si le programme repose sur l’implication
bénévole de salariés ;
• Le gestionnaire du partenariat doit avoir à sa
disposition les moyens humains, techniques et
financiers nécessaires à la réussite du partenariat ;
• La remotivation des membres de l’équipe chargée de la mise en œuvre du partenariat peut
s’avérer cruciale dans des programmes de
longue durée ;
• La mise en œuvre du partenariat gagne à s’inspirer des techniques de gestion de projet
connues des entreprises.
L'assistance technique dans la mise en œuvre
peut se traduire dans certains cas par la présence ponctuelle ou permanente d'un ou plusieurs experts sur le lieu de travail, qui seront pris
en charge par le partenaire externe ou conjointement par ce dernier et l'entreprise.
Si les débuts de la mise en œuvre peuvent parfois se révéler chaotiques, c'est que les différentes parties prenantes doivent prendre le
temps de se connaître et de se comprendre. Au
bout de quelque temps, les méthodes de travail
finissent par s'accorder dans un dialogue qui est
entretenu par les parties.
100
FICHE 24
Le suivi
Nécessaire pour assurer le succès et la pérennité d'un partenariat. Il est l'occasion pour l'entreprise de démontrer sa valeur ajourée en tant
que partenaire et l'excellence de sa capacité de
gestion. Les éléments-clés sont alors les suivants :
• Le partenariat doit faire l’objet d’un suivi
continu par l’intermédiaire d’indicateurs définis
à l’avance ;
• Certains organismes, comme le Fonds mondial
ou le PEPFAR, ont de fortes exigences en
matière de suivi, ce qui peut se révéler assez
contraignant pour l’entreprise ;
• Les objectifs et le calendrier définis en amont
doivent être scrupuleusement respectés ;
• Une attention particulière doit être apportée au
suivi des budgets, un système de comptabilité
rigoureux devra être mis en place ;
•Les difficultés rencontrées doivent être soulevées le plus tôt possible afin de trouver des solutions à des problèmes qui relèvent souvent du
malentendu entre des partenaires dont les
manières de fonctionner sont différentes.
Enfin, l’amélioration permanente du programme
doit être constamment en ligne de mire des partenaires. Ceux-ci doivent être intransigeants sur
les critères de performance choisis, mais également suffisamment flexibles pour changer de
cap lorsqu’il apparaît évident que le partenariat
est dans une impasse. Les difficultés qui se présentent seront d’autant plus facilement surmontées qu’une relation de confiance s’établira entre
les partenaires, au bénéfice des personnes
concernées par le programme.
ASTUCE
Développer un partenariat avec le
Fonds mondial (VIH/sida, paludisme et
tuberculose)
Les demandes émises par les parties prenantes sont centralisées par les CCM
(Mécanismes de Coordination Pays) qui
soumettent alors une requête nationale. Les
formulaires développés par le Fonds mondial pour chaque appel à propositions sont
donc avant tout destinés aux CCM et non
pas à chaque partie prenante. En conséquence, les étapes à suivre pour participer à
la formalisation et la mise en œuvre des
demandes de financement sont à la fois
moins formelles et plus complexes :
• Etape 1 : Prendre contact avec le CCM,
si possible par l’intermédiaire du point
focal du secteur privé dans le CCM ;
• Etape 2 : Travailler avec d’autres entreprises pour définir le rôle du secteur privé
dans les priorités développées par le
CCM dans le cadre d’un appel à proposition spécifique ;
• Etape 3 : Participer à la rédaction de la
proposition en s’assurant que le rôle du
secteur privé est compris à sa juste
mesure (le secteur privé n’est pas là pour
capter des ressources à son bénéfice
mais pour contribuer à un objectif plus
global) ;
• Etape 4 : Si la requête est approuvée,
s’assurer que les termes de la proposition
soient bien appliqués lors de sa mise en
œuvre.
Plus simplement, des partenariats peuvent
également être établis avec les récipiendaires ou sous-récipiendaires des financements déjà approuvés.
101
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
Pour en savoir +
“Les modalités de soumission d’une requête
au Fonds Mondial” Série Pratique n°1
(Partenaires Contre le Sida)
http://partenairescontrelesida.org/app/download/2790020202/Série+pratique+PCS+n°1.pdf
“Secteur Privé et monde du travail. Initiation à
la rédaction d'une requête au Fonds Mondial”
Série Pratique n°2 (Partenaires Contre le Sida)
http://partenairescontrelesida.org/app/download/2790421102/Série+pratique+PCS+n°+2+.pdf
“Guide d’action du secteur privé contre le
VIH/sida” (MSD)
http://partenairescontrelesida.org/app/download/3342307602/Fichiers+Acrobat+Blueprint.zip
Le module Partenariats présente quantités de
conseils pratiques sur les avantages des différents partenaires potentiels, le contenu d’un
contrat de partenariat…
“Faire du co-investissement une réalité”
(GTZ/GBC)
http://www.ilo.org/public/english/protection/tra
v/aids/publ/gtzgbccoinvest.pdf
“HIV-related Public-Private Partnerships and
Health Systems Strengthening” (ONUSIDA)
http://data.unaids.org/pub/Report/2009/jc172
1_publicprivatepartnerships_en.pdf
“Public-private partnerships in health”
(Forum Economique Mondial)
http://www.weforum.org/pdf/GHI/Partnerships
_health.pdf
“HIV/AIDS and Business in Africa and Asia :
A Guide to partnerships“ (Harvard University/
Forum Economique Mondial)
http://www.weforum.org/pdf/Initiatives/GHI_Ha
rvard_Partnership_Guidelines.pdf
“Doing Good Business : HIV/AIDS PublicPrivate Partnerships” (USAID)
http://www.usaid.gov/our_work/global_health/a
ids/Partnerships/partnership_brief.pdf
102
FICHE 25
FICHE 25 La gestion de projet
L’ESSENTIEL
• Un
programme
de
santé
intégré
doit
impérativement être porté sur chaque site par un
responsable clairement identifié. Celui-ci doit avoir
le temps, les compétences et le soutien interne
nécessaires pour coordonner les services
impliqués : Centre Médical, Ressources Humaines,
Services Techniques, Direction Générale…
• Opérationnellement, son action doit être soutenue
et relayée par :
- un comité de santé, formé de représentants des
différents services ;
- le responsable du centre médical ;
- des pairs éducateurs, pour diffuser l’IEC
au quotidien ;
- des agents techniques pour des initiatives de
prévention spécifique.
LA MISE EN ŒUVRE
Assurer la gestion du projet : les grandes étapes
Étape 1
Désigner le responsable de programme le mieux à même,
de par sa position dans l’entreprise, de porter le projet
(charisme, relations avec les services-clef, motivation,
temps à consacrer au programme…),
Étape 2
Désigner les membres du comité de santé, en s’assurant
que tous les services concernés par le programme sont
représentés,
Étape 3
Recruter les acteurs opérationnels du programme, pairséducateurs et animateurs,
En allant au-delà de la prise en charge médicale, un programme intégré n’est pas de la responsabilité unique du
centre médical de l’entreprise. L’approche transversale
de la santé dans l’entreprise demande l’implication,
autour du responsable de programme :
• de différents services : Direction Générale, Centre
Médical, Ressources Humaines, Hygiène Sécurité
Environnement, Développement Durable, Services
Techniques, Communication et Relations Publiques ;
• de salariés et de groupements de salariés : pairséducateurs, syndicats, associations, comité d’entreprise ;
• de différents acteurs externes : prestataires externes
(ONG, institut de recherche…), leaders communautaires et animateurs (si le programme est étendu aux
populations voisines).
Sur le plan de l’organisation humaine, un programme d’entreprise doit être confié à un responsable de programme soutenu par un comité de santé.
Le responsable de programme
• Il est indispensable de désigner officiellement, pour
chaque site, un responsable de programme. En l’absence
d’une personne nommée pour « porter » l’initiative sur le
site, le programme risque de s’essouffler rapidement.
• Le responsable doit pouvoir allouer tout ou partie de son
temps de travail au programme :
- Montage du dossier, plaidoyer interne ;
- Mise en œuvre des activités ;
Étape 4
Désigner les membres du comité de pilotage, en
s’assurant que toutes les parties prenantes au programme
sont représentées,
Étape 5
Etablir un calendrier de réunion des différentes instances,
Étape 6
Animer ces instances.
- Suivi-évaluation du programme (cf. fiche 25) ;
- Coordination des différents acteurs…
• Le responsable de programme peut être désigné parmi
les collaborateurs internes. Dans le cas d’un programme
d’envergure complexe, le recrutement d’un directeur de
programme familier avec ce type de mission ou le
recours à un spécialiste peut être envisagé.
103
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
ASTUCE
Choisir le responsable de programme
Le responsable doit avoir :
• le désir d’agir ;
• le temps de se consacrer au programme
(temps partiel ou plein temps) ;
• le soutien affiché de la direction pour
fédérer les différents services autour du
projet ;
• le leadership pour soutenir le programme
en interne et en externe. C’est la capacité
à fédérer et à animer qui est nécessaire,
davantage que le statut hiérarchique.
La personne adéquate n’est pas nécessairement un personnel de santé ; un programme
intégré requiert surtout des compétences de
gestionnaire et de coordinateur.
Le comité de santé
• Le responsable de programme doit pouvoir
trouver des relais dans les différents services
potentiellement concernés (voir ci-dessus).
Ces relais forment le comité de santé en
charge :
• Pour organiser des évènements autour d’une
pathologie donnée, le responsable du programme a également intérêt à s’appuyer sur
des groupes d’employés déjà organisés : syndicats, comités d’entreprise, équipes sportives…
Le comité de pilotage
• Le comité de pilotage est l’organe décisionnel
du programme, lieu de la réflexion et de la
prise de décision stratégique.
• Il rassemble l’ensemble des partenaires du
projet, internes et externes à l’entreprise
(ONG, bailleurs de fonds) afin d’assurer la
représentativité des parties prenantes.
• Le comité de pilotage se réunit en général
chaque trimestre ou (chaque semestre) pour :
- dresser le bilan des activités réalisées durant
la période écoulée,
- préparer la phase suivante.
Note : Le cadre logique est par excellence l’outil utilisé lors du comité de pilotage (cf. fiche 22).
- de la définition de la stratégie ;
- du suivi-évaluation régulier.
• Le comité de santé se réunit au moins une fois
par trimestre.
Pairs-éducateurs et acteurs
opérationnels
• L’action du responsable de programme et du
comité de santé s’appuie sur un réseau de
pairs-éducateurs pour les campagnes d’IEC
(cf. fiche 5) et d’acteurs opérationnels pour
des initiatives de prévention particulières (ex :
agents des services techniques pour les campagnes d’IRS).
• Le défi pour le responsable de programme est
de maintenir la motivation des équipes autour
du programme (voir encadré).
Pour en savoir +
“Comment bâtir un programme santé”
(Lafarge)
http://www.gbcimpact.org/itcs_node/9/528/re
sources/2317
Une partie approfondie est consacrée aux
diverses ressources du programme (responsable,
comité de santé et pairs éducateurs) concernant
leur rôle et leur recrutement.
“Guide d’action du secteur privé contre le
VIH/sida” (MSD)
http://partenairescontrelesida.org/app/download/3342307602/Fichiers+Acrobat+Blueprint.
zip
104
FICHE 26
FICHE 26 Le suivi-évaluation
L’ESSENTIEL
• Le suivi-évaluation est essentiel pour garantir
l’efficacité et la réussite d’un programme dans la
durée.
• Fondé sur le suivi d’indicateurs de mise en œuvre
et d’indicateurs de résultat, il vise à :
- contrôler la bonne mise en œuvre du programme
(pilotage) ;
- garantir son amélioration continue (identification
des actions correctrices…) ;
- assurer sa promotion, en interne et auprès des
partenaires
(ONG,
autorités
sanitaires,
bailleurs…).
LA MISE EN ŒUVRE
Assurer le Suivi évaluation : les grandes étapes
Étape 1
Définir les indicateurs de mise en œuvre associés aux
activités listées dans le cadre logique (cf. fiche 22),
Étape 2
Définir les indicateurs de résultats associés aux buts et
objectifs listés dans le cadre logique (cf. fiche 22),
Étape 3
Identifier et former, au sein des différents services
concernés en interne ainsi que chez les partenaires du
programme, les personnes responsables de la collecte
des données permettant de nourrir ces indicateurs,
Étape 4
Compléter, au minimum une fois par trimestre, la colonne
Résultats/Réalisé du cadre logique,
Étape 5
Analyser ces données pour définir et proposer des
actions correctrices dans le cadre de la mise en œuvre
des activités,
Étape 6
Analyser ces données pour évaluer la performance du
programme et en assurer la promotion.
Le suivi-évaluation repose sur des indicateurs de mise en
œuvre (suivi) et des indicateurs de résultat (évaluation).
Suivant l’envergure du programme et les moyens engagés,
les indicateurs observés peuvent être plus ou moins
sophistiqués.
Piloter et ajuster le programme à l’aide
des indicateurs de mise en œuvre
(suivi opérationnel)
• Un programme, en particulier lorsqu’il comprend plusieurs volets, doit faire l’objet d’un pilotage à partir d’indicateurs de suivi pour surveiller l’avancée des diverses
opérations et corriger au besoin les modes opératoires
adoptés, revoir les moyens engagés...
ASTUCE
Différents outils de suivi
Les indicateurs gagnent à être regroupés dans un
document de synthèse (feuille de route, tableau de
bord, cf. «Pour en savoir +») afin de faciliter le suivi
opérationnel grâce à une vue d’ensemble sur l’avancement du programme et de formaliser le reporting
en vue de la présentation des résultats.
• Les tableaux qui suivent font un inventaire (non exhaustif) des indicateurs que le responsable du programme
peut suivre sur chaque volet. Ils sont classés en indicateurs de base (tirés d’une collecte d’information simple et
immédiate) et en indicateurs plus élaborés (alimentés
par des opérations de suivi plus complètes : visites à
domicile, études CAP (Connaissances – Attitudes –
Pratiques, cf. fiche 19).
• Les exemples ci-dessous concernent le VIH/sida et le
paludisme. Dans le cas d’autres pathologies, le responsable de programme peut concevoir ses indicateurs en
s’inspirant de la structure par thème présentée ici :
- IEC
- Actions de prévention
- Dépistage et diagnostic
- Prise en charge
105
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
• Par ailleurs, il devra veiller à :
- Réduire au maximum le nombre d’indicateurs
et ne garder que les plus pertinents ;
- S’assurer qu’ils peuvent être effectivement
alimentés.
FOCUS
Quelles ressources humaines pour assurer le suivi/évaluation ?
Le responsable de programme peut s’appuyer sur :
• Le personnel du centre médical ;
• Le responsable du personnel ;
• Les membres du service informatique et de la comptabilité ;
• Les équipes opérationnelles : superviseurs, pairs-éducateurs, agents des services techniques.
Figure 12
Les indicateurs de mise en œuvre d’un programme contre le VIH/sida
VIH/sida
EC (Information Education Communication)
Distribution
de préservatifs
Dépistage
Prise en charge
Indicateurs de base
Indicateurs élaborés
Nombre de personnes touchées par des actions d'IEC
(pièces de théâtre, causeries…), nombre de pairs éducateurs recrutés/formés/actifs (ratio / nombre d'employés),
nombre de supports de formation distribués
Nombre de personnes possédant les
connaissances de base sur le VIH/sida
(étude CAP)
Nombre de préservatifs distribués
(ratio / nombre d'employés)
Disponibilité des préservatifs
(nombre de jours de rupture aux points
de distribution…)
Nombre de campagnes VCT réalisées, nombre de personnes ayant participé au dépistage
Nombre de personnes connaissant
leur statut (étude CAP)
Nombre de personnes inscrites à un programme médical
pré-ARV, % de personnes séropositives bénéficiant
d'un traitement ARV
Nombre de personnes effectivement
sous traitement et prises en charge
médicalement
106
FICHE 26
Figure 13
Les indicateurs de mise en œuvre d’un programme contre le paludisme
Paludisme
IEC (Information Education Communication)
Moustiquaires
Indicateurs de base
Indicateurs élaborés
Nombre de foyers touchés par des visites à domicile,
de personnes touchées par des pièces de théâtre,
par des causeries, de femmes sensibilisées lors
des consultations prénatales
% de personnes possédant
les connaissances de base sur
le paludisme (étude CAP)
Nombre de moustiquaires distribuées
Taux de couverture, taux de moustiquaires
effectivement utilisées, taux de moustiquaires correctement installées
Tableau ou carte de suivi des sites
et habitations traités, fréquence des opérations
Taux de couverture
(sites traités / sites existants),
taux de transmission
(études entomologiques)
Taux d'habitations traitées sur la zone-cible,
fréquence des opérations
Absence d'indicateurs
Taux de femmes enceintes sous TPI
(Traitement Préventif Intermittent)
Absence d'indicateurs
Taux d'expatriés recevant un traitement
chimioprophylactique
Taux d'expatriés effectivement sous
chimioprophylaxie
Nombre de palu diagnostiqués suite
à un diagnostic clinique
Nombre de palu diagnostiqués suite
à un diagnostic biologique
Nombre d'accès simples traités par ACT (traitements
combinés à base d'artémisinine), nombre de malades
traités pour un accès grave…
% de malades pris en charge dans
les 24 heures, % de malades ayant
respecté la posologie…
Assainissement
Contrôle biologique
Epandages
Fumigation
IRS (pulvérisation
intradomiciliaire)
TPI
Traitement préventif
(Chimioprophylaxie)
Diagnostic
Prise en charge
FOCUS
FOCUS
Il est important de reporter les différents
indicateurs au minimum tous les trimestres et, dans l’idéal, pour chaque groupe
de population (enfants de moins de 5 ans,
femmes enceintes, salariés et ayants droit,
population riveraine).
Evaluer la performance globale
du programme grâce aux
indicateurs de résultat
• L’importance d’une évaluation objective
- En interne : Une évaluation rigoureuse permet de souligner les réussites et bénéfices
obtenus, ce qui permet de défendre l’intérêt
du programme auprès de la direction.
Elle permet aussi de capitaliser l’expérience
acquise dans le but de dupliquer un programme réussi ou de ne pas perdre la synthèse
des leçons tirées du programme avec le départ
de son responsable.
- Pour la population-cible : La présentation
de résultats concrets permet de soutenir la
motivation et de mettre en lumière les difficultés qui perdurent.
- Pour les partenaires : Les chiffres obtenus,
les réalisations menées à leur terme sont les
arguments les plus tranchants pour garder
leur confiance et maintenir leur engagement. Une évaluation objective permet également un meilleur partage d’expériences
avec d’autres entreprises, avec les autorités
107
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
sanitaires, avec les ONG... au cours d’ateliers
ou de conférences qui valorisent l’implication
de l’entreprise dans la mise en œuvre de programme sanitaire.
• L’évaluation de la performance se fait à l’aide
d’indicateurs de résultats qui sont essentiellement des indicateurs épidémiologiques.
Cette fiche propose deux grilles d’évaluation,
l’une pour le VIH/sida, l’autre pour le paludisme.
Figure 14
Les indicateurs de résultat d’un programme contre le VIH/sida
VIH/sida
Absentéisme
Prévalence
Pratiques
Incidence
Indicateurs de base
Indicateurs élaborés
Nombre de jours d'absentéisme pour cause de VIH/sida
Absence d'indicateurs
Taux de personnes séropositives
Absence d'indicateurs
Absence d'indicateurs
Nombre de personnes ayant
des pratiques sûres, nombre de personnes ayant une attitude bienveillante
à l'égard des personnes séropositives,
amélioration du niveau de vie...
(études CAP)
Nombre de nouvelles infections à VIH
Absence d'indicateurs
Nombre d'IST
Absence d'indicateurs
Nombre de décès
Absence d'indicateurs
Figure 15
Les indicateurs de résultat d’un programme contre le paludisme
VIH/sida
Absentéisme
Indicateurs de base
Indicateurs élaborés
Nombre de jours d'absentéisme pour cause de paludisme
Absence d'indicateurs
Prévalence
Absence d'indicateurs
% d'individus porteurs de parasite au
sein la population-cible
Transmission
Absence d'indicateurs
Nombre de piqûres par personne sur une
période donnée (niveau de transmission)
Nombre de consultations
Absence d'indicateurs
Nombre de cas de fièvre
Absence d'indicateurs
Nombre d'accès simples
Nombre de diagnostics biologiques
positifs (accès simples confirmés)
Nombre d'accès graves (hospitalisations), nombre de jours
d'hospitalisation, nombre d'évacuations
Absence d'indicateurs
Nombre de décès
Absence d'indicateurs
Incidence
Accès graves
et mortalité
• Parallèlement à l’évaluation de l’impact du programme sur la santé des employés et de la
population-cible, il est important de mesurer sa
performance économique par le calcul du
retour sur investissement, obtenu à partir de
trois coûts :
- coût de la pathologie concernée avant le lancement du programme (cf. fiche 18) ;
- coût actuel de la pathologie ;
- coût total du programme.
• Le calcul du retour sur investissement (Return
On Investment (ROI) : Gain net / Coût du programme = X%) se comprend plus globalement
avec la présentation suivante :
108
FICHE 26
Figure 16
Le gain net d’un programme
Coûts de la
pathologie en
l'absence de
programme
Réduction d'impact
liée au programme
économies réalisées
Gain net
Coût du programme
Coût de la
pathologie avec
le programme
• Les autres retombées (image de l’entreprise par
exemple) sont plus difficilement évaluables
avec des indicateurs formels.
Pour en savoir +
“Guide d’action du secteur privé contre le
VIH/sida” (MSD)
http://partenairescontrelesida.org/app/download/3342307602/Fichiers+Acrobat+Blueprint.
zip
Un module est spécialement consacré au suiviévaluation et à son organisation. Le module présente un modèle de cadre logique.
DVD GBC/GTZ. “Suivi et évaluation des programmes sur le lieu de travail »
Sur demande www.gbcimpact.org
Proposition d’indicateurs de suivi-évaluation pour
un programme d’entreprise contre le paludisme.
“Comment bâtir un programme santé”
(Lafarge)
www.partenairescontrelesida.org
Le guide présente en annexes des exemples
d’outil de suivi-évaluation utilisés par les filiales
de Lafarge : cadre logique d’un programme
contre le paludisme, feuilles de route VIH/sida et
paludisme, tableau de bord VIH/sida.
109
G U I DE DES PROG RAM M ES DE SANTÉ E N E NTR E PR ISE
G U I D E
D E S
P R O G R A M M E S
D E
S A N T É
E N
E N T R E P R I S E
c/o TOTAL SA - Immeuble Plein Jour
12, rue Jean Jaurès
92800 Puteaux - France
www.partenairescontrelesida.org
contact@partenairescontrelesida.org
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