flashjuin 2013

flashjuin 2013
FLASH INTER GDA
Dans ce numéro :
Le GDA de l’Argonne s’intéresse au semis direct ! ____________ 2
Ma moissonneuse sans ses pertes ! _______________________ 4
ARGONNE ______Alexis RATAUX
Simplifier l’alimentation lactée___________________________ 7
3 CANTONS ____Daniel LOUAZEL
Les systèmes viande bovine en Belgique ___________________ 9
CHARLEVILLE ____Julien LALLEMENT
NORD-OUEST __Lucie GEORGES
Quelles perspectives pour l’élevage laitier ardennais de « l’aprèsquotas » ?__________________________________________ 13
RETHELOIS _____Adrien LEJEUNE
Retour sur les formations coût de production du lait _________ 19
THIERACHE _____Didier PHILIPPE
Cultures intermédiaires : quelques conseils ________________ 22
Avec la collaboration
des Réseaux de Références
Juin 2013
AGENDA
25 juin :
Tour de plaine cultures bio au lycée agricole de RETHEL, à 14 h 30.
Contact : Aurélie RENARD (tél : 03 24 33 71 29).
30 juin :
Comice Agricole à SEVIGNY LA FORET, de 10 h à 18 h. Le GDA du NordOuest sera présent. Contact : Lucie GEORGES.
2 juillet :
Visite de l’essai désherbage alternatif du maïs Réseau Déphy à ALLAND’HUY ET SAUSSEUIL (coordonnées GPS : 49°30’38’’N 4°32’51’’E).
Contact : Stanislas POUDOU.
BREVES
Dans le dernier flash, nous avons omis de signaler que la formation éleveur
infirmier a été réalisée avec le GDSB. Nous travaillons toujours en relation
directe avec le GDSB sur les problématiques sanitaires.
Avec la participation financière
La Chambre d'Agriculture des Ardennes est agréée par le Ministère en charge de l'Agriculture pour son activité de conseil
indépendant à l'utilisation de produits phytopharmaceutiques
sous le n° agrément IF01762, dans le cadre de l’agrément
multi-sites porté par l’APCA. Le GDA du Rethelois est agréé
sous le n° agrément CA01664.
Le GDA de l’Argonne s’intéresse au
semis direct !
Le 23 mai dernier, un groupe d’adhérents du GDA s’est déplacé sur la ferme de
Saint Louvant, à LAVINCOURT dans la Meuse. Après celle réalisée en novembre
2012, il s’agissait de la seconde sortie du GDA sur cette exploitation. L’idée était
d’y suivre le développement des cultures.
Monsieur LEMEY y gère seul 250 ha de cultures, intégralement cultivés en semis direct (SD) depuis
2004. Les limons sableux superficiels de ce plateau froid voient se développer colza, blé, escourgeon, maïs grain, orge de printemps, pois fourrager de printemps ou encore féverole de printemps.
Si les rendements sont dans la fourchette régionale1, on ne peut pas en dire autant du temps passé
dans les champs. Au global, sans compter la moissonneuse batteuse ni les traitements phytosanitaires (automoteur), ce sont 290 heures de tracteur comptabilisées par an dans les champs. Le recours
au SD amène à des systèmes ayant un parc matériel optimisé (3 tracteurs, 1 manitou, 2 bennes, 1
automotrice et 1 moissonneuse batteuse). L’utilisation d’outils larges et la diminution des passages
(semis, traitements, récolte) permettent ici de descendre la consommation de carburant à 31 l/ha
(la moitié étant imputable à la moissonneuse batteuse).
Pour qui souhaite s’orienter vers le semis direct, ces deux visites auront été l’occasion d’obtenir de
précieux conseils.
1
colza : 25-30 qx ; escourgeon : 65-70 qx ; blé : 68-80 qx
Pré-requis indispensables
Bénéficier d’une trésorerie saine. Cela permet d’absorber les
potentiels échecs.
Se former au maximum.
S’habituer à voir des champs « sales » (étoles, mousses).
Repenser ses rotations : les couverts qui entrent dans la rotation constituent des cultures à part entière et viennent de fait
modifier l’impact du précédent sur la culture à venir. Le couvert est le précédent. Ainsi, on pourra imaginer des enchaînements culturaux de type « colza / escourgeon / blé d’hiver
», inexistants à l’heure actuelle. L’intérêt est ici de bénéficier
d’une interculture d’environ 3 mois, permettant le développement d’un couvert abondant, qui place le blé dans
d’excellentes conditions d’implantation et donne des restitutions azotées non négligeables (économie de fertilisant pour
le même objectif de rendement).
Faire preuve de patience
(10 ans minimum pour
observer de réels changements).
En phase de transition,
systématiser le recours à
la bêche et/ou au pénétromètre avant tout travail du sol.
Privilégier des semences
fermières dans les couverts afin d’en limiter le
coût.
Travail du sol et rotation
Réduire progressivement la profondeur de travail du sol (labour TCS SD) :
Une fois en SD, ne plus travailler le sol.
Ne décompacter que si nécessaire (vérifier au préalable à
la bêche ou le pénétromètre).
Miser sur les cultures d’automne dans les 5 premières années
(réorganisation du sol) :
Introduire ensuite des cultures de printemps pour gérer
au mieux le salissement des sols.
Faire une large place aux légumineuses (cultures et couverts).
10 jours plus tôt à
l’automne et 10 jours
plus tard au printemps.
Récolte environ 10
jours plus tard que
conventionnellement.
Privilégier un semoir à
dents sur un sol sans
couvert ni paille. Sinon,
en utiliser un à disques.
Monsieur LEMEY procède à des mélanges variétaux dans ses
cultures :
Absence de référence en SD pour les variétés.
Décaler les dates de semis :
Alexis RATAUX – GDA de l’Argonne
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Dans le cas où les pailles ne sont pas récoltées, il est impératif de les garder les plus longues possibles. En effet, des pailles broyées fin se dégradent très rapidement. La biologie du
sol se trouve alors « dopée » par un relargage massif et rapide d’éléments nutritifs. Toutefois, le pendant de ce phénomène est qu’il est bref, laissant cette abondante vie du sol
rapidement affamée. Garder des pailles longues permet
d’alimenter le sol jusqu’à ce que les plantes soient suffisamment développées pour prendre le relais (rhizodépositions).
Faucher à environ 15-20
cm de haut. Les étoles se
dégraderont moins vite
que les pailles et prolongeront l’alimentation de la
vie du sol. On pourrait
être tenté de faucher plus
haut, mais on handicaperait alors les rapaces dans
leur chasse aux rongeurs.
Amendements et engrais
« Booster » les cultures à l’automne en apportant un peu
d’azote (max 30 u/ha)2.
Sur cultures mycorhizées
(toutes sauf colza et betterave) maximum 25
unités
de
phosphore/ha/an afin de ne
pas stopper l’activité mycorhyzienne.
Sur sol acide :
Eviter les engrais acidifiants (forme sulfatée).
2
hors zone Directive Nitrates uniquement
Les couverts, un élément incontournable
Investir dans des couverts abondants et pluri-espèces (approcher les 100 kg/ha de semences, avec ~50 kg de petites
graines [ex : vesce, trèfle d’Alexandrie, sarrasin, niger, phacélie] et ~50 kg de grosses graines [ex : féverole, pois protéagineux, pois fourragers, tournesol]).
Soigner l’implantation des couverts végétaux.
Disposer d’au moins 3 mois de croissance pour les couverts.
Adapter la composition des couverts à la rotation.
Semer en direct dans le couvert sans le détruire permet de :
Coucher et « peigner » la végétation qui forme alors un
« matelas » épais mais aéré qui protège la culture des
extrêmes climatiques et des ravageurs.
Limiter fortement la levée des adventices.
Alimenter durablement le sol.
A contrario, broyer un
couvert risque de créer
un mulch compact et imperméable à l’air et à
l’eau. Non enfoui, il va
sécher en surface et retenir l’humidité sur sa face
inférieure
(effet
« bâche »). En se transformant peu à peu en fumier, il va favoriser la
pullulation des vers et autres organismes dont les
sangliers raffolent. Les
dégâts sont alors plus
que probables.
Ces échanges avec Monsieur LEMEY ont permis de prendre conscience que le SD
est possible dans des contextes pédoclimatiques proches des nôtres. Le constat
a cependant été fait que très peu de références locales existent sur les couverts
végétaux. Le GDA de l’Argonne a donc décidé de mettre en place dès cet automne un programme d’essais sur le sujet. Suivi sur plusieurs années, il devrait
permettre d’affiner la composition des couverts en fonction du type de sol.
L’objectif final est d’obtenir une végétation abondante et efficace (concurrence
aux adventices, restitutions au sol).
Colza semé en direct
Escourgeon semi en direct (épié
Blé semé en direct (stade montaison)
Alexis RATAUX – GDA de l’Argonne
Juin 2013
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Ma moissonneuse sans ses pertes !
La récolte est la dernière étape et non la moins importante de l’itinéraire technique. En effet, tous les efforts et le travail d’une année complète peuvent être
gâchés, voire anéantis en l’espace d’un instant à cause d’un mauvais réglage. A
quoi bon protéger la qualité du grain en végétation pour la dégrader au battage
quand on sait que le taux de mycotoxine est 100 fois plus élevé sur les grains
cassés ? De plus, le pourcentage de grains cassés en trémie est sensiblement
identique au pourcentage de pertes arrière. Si les pertes quantitatives sont généralement faibles au battage, il n’en est pas de même en ce qui concerne la
qualité (altération de la faculté germinative, casse, brisure, compression). Mais
comment préservez toutes les caractéristiques de la récolte sans pour autant
négliger le débit de chantier ?
Fonctionnement d’une moissonneuse-batteuse
Source : Wikipédia
Légende
1
Rabatteur à griffes
8
Secoueurs
14
Recyclage des otons
2
Barre de coupe
9
Table à grains
15
Vis à grains
3
Vis d’alimentation (escargot)
10
Ventilateur
16
Trémie à grains
11
Grille supérieure
17
Broyeur paille
4
Convoyeur
12
Grille inférieure
18
Cabine de conduite
5
Récupérateur de pierres
13
Vis à otons
19
Moteur
6
Batteur
7
Contre-batteur
La coupe, élément de haute technicité
Parmi tous les organes d’une moissonneuse-batteuse, la coupe
est sans aucun doute l’élément qui se voit gratifié du plus grand
nombre d’innovations de la part des constructeurs. Cependant le
réglage de la coupe est bien souvent négligé malgré son rôle
essentiel d’alimentation régulière de la machine. Effectivement,
si les pertes en céréales sont quasiment inexistantes, il n’en est
pas du même ressort avec les oléo-protéagineux. La majorité de
ces pertes sont du à l’effet de choc de l’escargot sur les gousses
ou les siliques : la meilleure façon de limiter celui-ci est de baisser la vitesse de rotation aux environ de 175 à 200 tours par
minute (cela correspond généralement à la vitesse la plus faible
de votre machine). Avec cette vitesse limitée, il convient aussi
d’ajuster la hauteur de l’escargot. L’espacement entre les spires
et le tablier de fond de coupe doit correspondre à 20 millimètres
environ, toutes cultures confondues, avec un excellent parallélisme.
Les bourrages sont ainsi
limités et l’alimentation plus
régulière. En cas de problèmes, cet espacement peut
être réduit à 10 millimètres
en céréales. L’escargot doit
enfin être positionné de façon à ce que ses spires affleurent la cornière située en
arrière afin d’éviter toute
remontée de végétation et
d’assurer un bon guidage
jusqu’au convoyeur.
Adrien LEJEUNE – GDA du Rethelois
Juin 2013
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La hauteur de coupe est alors le paramètre qui va faire la réussite d’un bon battage de par son débit de chantier et sa qualité.
Une moissonneuse-batteuse est un outil de récolte et non pas
un broyeur de résidus. Il convient donc de ne récolter que les
organes intéressants de la plante et de ne pas surcharger la machine par de la biomasse inutile, surtout en colza où les cannes
sont le plus souvent humides donc plus lourdes. La biomasse
absorbée par la coupe est, lors d’une récolte de colza, de 4 tonnes de matière sèche par hectare en moyenne. Si la hauteur de
coupe est abaissée de seulement 10 centimètres, ce tonnage est
multiplié par 2, nécessitant alors un convoyage plus efficace, un
battage plus agressif et un triage plus délicat. Mieux vaut donc
laisser par endroit quelques petits paquets de siliques qui représentent une perte de seulement 500 à 600 grammes de graines
par hectare. En céréales, la paille étant généralement sèche à la
récolte, le souci de hauteur de coupe est moins prédominant.
Sa vitesse doit alors être
supérieure de 10 % à la vitesse d’avancement ; une
vitesse supérieure aurait
tendance à battre la végétation plutôt que la peigner et
provoquerait donc des pertes à l’avant de la coupe. En
cas de récolte versée, les
releveurs sont aussi des alliés incontournables à condition d’être en nombre limité : l’écartement entre chaque releveur dot correspondre à leur longueur soit environ un releveur tous les 4
à 5 doigts ; un nombre trop
important peut dans certains
cas surcharger la barre de
coupe et provoquer des déformations du tablier.
En ce qui concerne le rabatteur, il doit être relégué au rang
d’accessoire sauf en cas de récolte versée pour assurer une alimentation régulière et éviter les paquets de paille.
Batteur et contre-batteur, le cœur de la machine
Trois paramètres seulement vont influencer la qualité du battage
qui doit être une opération assez agressive pour ne pas produire
d’imbattus mais pas trop pour provoquer la casse des grains.
Enfin, la vitesse du batteur
ne doit pas être trop importante car elle est responsable de la casse du grain et
d’un mauvais battage (la
végétation passe trop vite).
Mieux vaut serrer un peu
plus ! Attention, en baissant
la vitesse en absence de
variateur, des problèmes de
transmission peuvent surgir : la perte de charge ne
doit alors pas excéder 50
rotations par minutes.
Tout d’abord le choix du matériel. Le contre-batteur doit absolument être adapté à l’espèce récoltée. Tout outil superflu tel
que les segments de battage, les barrettes d’aveuglement ou les
tôles d’ébarbage doit être proscrit (y compris pour l’orge où il
est souvent possible de s’en passer). Ces artifices réduisent
considérablement le débit de chantier et par conséquent la propreté du lot faute d’obtenir une charge suffisante de la machine.
En effet, les ⅔ de la récolte passent sur le ⅓ avant du contrebatteur (la totalité pour les espèces à battage facile comme le
colza, le pois ou la féverole) d’où la nécessiter de laisser le passage libre sous peine de brisures.
Ensuite, l’écartement batteur/contre-batteur doit lui aussi être
adapté à la culture en respectant deux grands principes de bases : toujours un serrage convergent avec l’arrière serré environ
deux fois plus que l’avant et un espacement maximum (soit à
l’arrière en battage conventionnel ou au point le plus bas du
contre-batteur en axial) correspondant à la taille du grain ajouté
de 1 millimètre.
Ecartement
entre-fils du contre
batteur
Vitesse tangentielle
du batteur
Ecartement batteur
/ contre-batteur
point avant
Ecartement batteur
/ contre-batteur
point arrière
Blé
5,5-10,5
25
16
8
Pois
10,5
14
30
20
12
12
30
20
Maïs
18-20
10
30
20
Colza
5,5-10,5
15
30
20
Orge
5,5-10,5
25
12
6
Espèce
Féverole
Les écartements sont donnés en millimètres et la vitesse tangentielle en mètre par seconde selon la formule :
vitesse tangentielle = (π * diamètre du batteur en centimètre * vitesse de rotation en tours par minute) / 6000
Adrien LEJEUNE – GDA du Rethelois
Juin 2013
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Triage : le dernier maillon
La prégrille, lorsque la machine en est équipée, doit soit être
totalement fermée en oléo-protéagineux, soit ouverte à seulement 3 millimètres en céréales. Cet espacement réduit
s’explique par le fait que toute la biomasse issue du batteur
tombe sur cette prégrille et à tendance à passer au travers du
fait de son poids et donc de surcharger la grille inférieure.
La grille supérieure ne doit pas non plus être trop ouverte. Son
rôle est avant tout de trier et non de récupérer des imbattus et
des ôtons. Dans ce cas là, le problème se situe au battage.
L’espace libre doit donc avoisiner 10 millimètres en blé, 11 en
orge, 6 en colza et 13 en pois. Lors de l’existence d’une seconde
partie sur l’arrière de cette grille, celle-ci doit avoir la même
valeur ou être totalement fermée si elle est inclinée.
La grille inférieure quant à elle doit toujours être un peu plus
fermée que la grille supérieure. L’espacement sera alors
d’environ 8 millimètres en céréales et 6 en colza. Il ne doit en
aucun cas se situer en dessous de 5 millimètres pour trier plus
propre : dans ce cas, c’est le battage trop agressif qui casse trop
la paille et salit le grain.
Les vents doivent plutôt être
orientés vers l’avant du
caisson, là où la végétation
est la plus lourde. Son efficacité est renforcée par le
réglage assez fermé des
grilles qui met légèrement le
caisson sous pression. La
vitesse du ventilateur est
réglée à fond pour les pois
et féveroles, au ⅔ pour les
céréales soit entre 800 et
1000 tours par minutes et
minimum ajouté de 100
tours pour du colza (approximativement 500 tours
par minutes).
Quelques observations en cours de travail
Une simple observation du grain en trémie peut permettre
d’ajuster au mieux les quelques paramètres évoqués ci-dessus
pour une qualité de récolte optimale :
Si le grain est cassé (plus facilement observable sur un
fond noir), la vitesse du batteur est trop élevée.
Si présence d’épis imbattus ou d’épillets à 3 grains, il
convient de serrer un peu plus le batteur et le contrebatteur.
Si présence d’épillets à 2 grains, il faut augmenter la
charge de la machine en allant plus vite.
Si on observe quelques grains vêtus (avec glumes) par
poignée, ne rien toucher, c’est le signe d’un battage et
d’un triage parfait.
Attention aussi aux indications qui peuvent être données par les détecteurs de
pertes qui comptent sans
distinction les grains, les
pailles vertes et les nœuds.
Mieux vaut alors contrôler
en direct sous l’andain ; un
repère simple : à 50 quintaux par hectare, une perte
de 50 kg/ha représente environ 25 grains sur la surface d’une feuille A4 sous
l’andain.
Adrien LEJEUNE – GDA du Rethelois
Juin 2013
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Simplifier l’alimentation lactée
L’agrandissement des troupeaux vous pousse désormais à étaler vos vêlages tout
au long de l’année. Les veaux qui naissent au printemps et à l’été représentent
une astreinte plus exigeante qu’en hiver, du fait des travaux des champs. Bon
nombre d’entre vous recherche des moyens permettant de simplifier la distribution du lait tout en gardant les mêmes performances de croissance et de santé.
Nous allons donc vous présenter la technique des « 6 repas par semaine » qui va
vous permettre de gagner un temps important par rapport à l’astreinte. Toutes
les données sont issues d’expérimentations réalisées à la ferme des Trinottières
(Pays de Loire) et la station expérimentale de TREVAREZ (Finistère).
Six repas par semaine avec du lait entier
Cette technique permet de simplifier l’astreinte de la buvée mais
également de commercialiser plus de lait grâce à une économie
d’environ 130 litres de lait par veau. Après deux semaines
d’allaitement à deux repas, les veaux vont recevoir un seul repas
par jour pendant les six semaines suivantes, 6 jours sur 7.
Consommation de concentrés (kg/j)
selon l’âge des veaux
Le prélèvement d’un lait de mélange permet de régulariser les taux
(TP et TB) du lait et d’éviter les changements brusques de composition d’un jour à l’autre (en particulier la matière grasse), ce qui
pourrait engendrer des problèmes de digestion chez les veaux.
Plan de distribution utilisé aux Trinottières
Age en
semaines
Nbre de
repas/semaine
Volume de
lait/repas
(TB = 40 à
42 g/kg)
TOTAL litre de
lait pour 1 veau
élevé
1
14
2l
28 l (colostrum)
2
14
3l
3à8
6
5
222 l de lait entier
Dès la deuxième semaine, les veaux recevront de l’eau propre à
volonté, du foin ou de la paille et du concentré régulièrement
renouvelé.
Attention, une vache en fin de lactation a des taux très élevés, ce
qui peut entraîner des problèmes de digestion chez le veau. Ainsi
dans ce cas, il est préférable de diminuer le volume de lait apporté.
Le jour où les veaux n’ont pas de repas lacté, ils consomment 50
à 60 % de plus de concentrés que les autres jours de la semaine.
Le sevrage se fera le lendemain d’un jour sans lait, au
bout de la 8ème semaine. En
moyenne, les veaux devront
alors consommer 2 kg de
concentrés par jour.
Durant
les
années
d’expérimentation aux Trinottières, il n’y a pas eu de
problème sanitaire particulier. Même si au sevrage, les
poids observés sont plus
faibles que ceux observés
lors d’un plan classique à
deux repas par jour (- 15 kg
par rapport à un sevrage à
10 semaines), l’objectif de
200 kg à l’âge de 6 mois est
atteint.
Economie en temps et en lait
130 l de lait par veau.
50 repas par veau, soit
45 % des distributions.
25 minutes par repas
supprimé (pour 10 veaux).
Les éléments de réussite de la technique « 6 repas par
semaine » :
Ne pas dépasser les volumes de lait recommandés.
Adapter le volume distribué selon la teneur en MG du lait de
mélange.
Conduire l’allaitement à la semaine pour simplifier l’organisation (par exemple, si vous débutez une
semaine le lundi, un veau naissant de jeudi à dimanche démarre sa semaine le lundi suivant).
Sevrer le lendemain d’un jour sans lait.
Allaiter une semaine de plus un veau qui consomme moins de 2 kg au moment du sevrage.
Confort des veaux (ambiance, paillage,…).
SURVEILLER LES VEAUX DEUX FOIS PAR JOUR !!!
Julien LALLEMENT – GDA de Charleville
Juin 2013
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Avec du lait reconstitué
Le mode d’emploi et les recommandations d’utilisation sont les
mêmes qu’avec du lait entier.
Age en
semaines
Nbre de
repas/semaine
Volume de
buvée/repas
Respecter bien la notice
d’utilisation de votre poudre : 1 l de buvée ≠ 1 l
d’eau.
1
14
2l
Ex : 200 g/l d’eau = 200 g
de poudre + 1 l d’eau
2
14
3l
3à8
6
5
200 g/l de buvée = 200 g de
poudre + 800 g d’eau
La concentration pour une buvée par jour est supérieure à celle
deux buvées par jour. Bien vérifier sur l’étiquette du fabricant !
Portez également votre attention à la dilution. Le lait
sera parfaitement dilué à
60-65°C.
Le lait fermenté
Le lait fermenté est « prédigéré » et permet don une meilleure
digestion pour le veau.
La distribution se fait à température ambiante dès le 3ème jour et
durant toute la phase d’allaitement.
Les essais de TREVAREZ qui
comparent cette technique à
une distribution sur deux
repas par jour montrent :
Chaque semaine, le fond de cuve doit être réensemencé en
yaourt (6 yaourts/semaine pour 200 l de lait).
Des croissances identiques.
Principe du lait fermenté
Un temps de travail réduit à 55 %.
Une réduction significative des diarrhées.
Moins de léchage entre
les veaux.
Fermentation optimale entre
15 et 18°C.
Si température basse : le
fond de cuve doit représenter 30 %.
Plan d’allaitement au lait fermenté
Age en
semaines
Volume de distribution
par veau et par jour
1à3
8
4à6
6
7à9
4
Si température haute : le
fond de cuve peut représenter 10 %.
L’écart d’âge entre les veaux
d’une même case est au
maximum de trois semaines
pour éviter une compétition
à la tétine.
Les essais réalisés depuis quelques années montrent des résultats très satisfaisants, aussi bien du point de vue de la croissance que de l’état sanitaire des
veaux.
Ces différentes techniques vous permettront de réduire votre travail d’astreinte
durant la période estivale.
Il est impératif de réaliser les distributions à heure régulière et de mettre à disposition des concentrés, de la paille ou du foin et de l’eau propre !
Julien LALLEMENT – GDA de Charleville
Juin 2013
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Les systèmes viande bovine en Belgique
Les ingénieurs du Réseau Viande Bovine du Grand Est de la France (AlsaceLorraine-Champagne-Ardenne) se sont rendus 2 jours (11 et 12 juin 2013) en
Belgique pour étudier le fonctionnement des systèmes wallons. La rencontre de
l’Association Wallonne de l’Elevage (AWE) et du Centre de Gestion et Technique
Agricole (CGTA) a permis d’échanger sur la filière viande bovine et sur les systèmes d’exploitation belges. La compréhension du fonctionnement technique a
été complétée par la visite d’élevages « viandeux » organisée par le Centre Wallon de Recherche Agronomique. Pour ce qui est du fonctionnement économique,
sujet tabou en Belgique, les données obtenues ne sont que très partielles.
La filière viande bovine et la commercialisation des bovins en Belgique
Les systèmes bovins se répartissent à peu près à égalité entre
des systèmes laitiers et des systèmes viande. En système
viande, la race Blanc Bleu Belge est ultra majoritaire (90 % des
effectifs). La race est très hétérogène. Quelques races françaises
viennent compléter les effectifs : limousine (4 %), blonde
d’aquitaine (2 %), charolaise (2 %) et autres races (4 %). Il y a
très peu de systèmes naisseurs-engraisseurs en Belgique. On
retrouve des systèmes naisseurs au sud, en zone à dominante
herbagère et des engraisseurs au nord, en zone de cultures.
Chez les éleveurs naisseurs, toutes les femelles servent au renouvellement et la commercialisation porte sur des animaux
maigres : broutards et jeunes vaches de réforme de 4-5 ans. La
quasi-totalité du commerce passe par de nombreux marchands
et se fait à la pièce. Deux possibilités existent :
Le prix est fixé avant le départ de l’animal de l’exploitation et
le marchand le revend ensuite soit directement à un engraisseur, soit via le marché aux bestiaux.
Le marchand travaille à la commission (50 à 60 €/bête) et
est chargé d’assurer la commercialisation au marché pour le
compte de l’éleveur.
Le marché aux bestiaux de Ciney, où très peu d’éleveurs sont
présents, a lieu tous les vendredis et assure la commercialisation de 3 000 à 3 300 animaux par semaine. Toutes les ventes
se font à la pièce (sans pesée) par négociation bilatérale. Cette
année, on assiste à une baisse des volumes (- 13 %) qui
s’explique notamment par une baisse des effectifs bovins et un
court-circuitage du marché de plus en plus fréquent.
Les animaux destinés à l’abattage transitent de moins en moins
par les marchés aux bestiaux de Bruges (1 300 à 1 400 bêtes/semaine) et de Battice (400 à 500 bêtes/semaine). La commercialisation se fait à la pièce ou au kilo de carcasse auprès de
grossistes (« chevilleurs »).
Il en reste une douzaine en
Belgique. Ce sont eux qui font
abattre les animaux et les
commercialisent, principalement auprès des 3 principales
enseignes de grande distribution : Colruyt, Carrefour et
Delhaize. La filière est peu
organisée, les volumes sont
mal planifiés. La Belgique est
autosuffisante à 140 % en
viande bovine. Les consommateurs sont habitués à
consommer des mâles de
race blanc bleu belge (viande
claire, tendre et maigre).
92 % de la viande commercialisée en GMS est de race
blanc bleu belge. Les femelles
et les autres races vont principalement à l’export. Les
cours de la viande sont donc
plutôt favorables aux mâles
de race blanc bleu belge (environ 5,30 €/kg de carcasse
en catégorie S1), tandis que
les femelles sont moins bien
cotées (environ 5,00 € actuellement) et que les races françaises sont dévalorisées en
Belgique.
1
Catégorie supérieure à E
Etude de rentabilité des systèmes bovins belges
Quelques préalables permettent de mieux comprendre le fonctionnement économique des exploitations belges.
80 à 85 % des exploitations sont encore sous le régime du forfait. Un barème de marges brutes est négocié chaque année par
région, duquel les éleveurs peuvent déduire un certain nombre
de charges : fermage, taxes foncières, intérêts d'emprunt, coûts
des travaux d'entrepreneurs.
Ces barèmes sont indépendants du chiffre d’affaire et
sont donc très favorables
aux systèmes intensifs et en
régime de croisière.
Concernant les cotisations
sociales, elles sont également très faibles.
Joël MARTIN – Réseau Viande Bovine
Juin 2013
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En revanche, le foncier est excessivement cher : 10 000 à
20 000 €/ha en Wallonie, 50 000 €/ha en zone de cultures, voire
plus en Flandres. A de tels tarifs, l’acquisition du foncier se fait
de plus en plus souvent par des montages financiers avec des
apporteurs de capitaux. On assiste à une dualité importante
dans les systèmes belges entre des exploitations familiales de
dimension modeste qui font appel à la diversification, au tourisme ou encore à la double activité et de grandes exploitations
qui choisissent la voie de l’agrandissement avec des partenaires
financiers.
La transmission des exploitations est problématique,
compte tenu du capital à
reprendre.
Une étude de la CGTA compare la rentabilité économique des
différentes races à viande à partir de suivis de gestion réalisés
dans les exploitations. La comparaison porte essentiellement sur
les systèmes blanc bleu belge et limousin. Les éleveurs qui sont
repassés en limousin ont souvent fait le choix d’une conversion
bio.
Avec cet EBE, il est difficile
de payer les cotisations sociales, rembourser les annuités
(500
€/ha
en
moyenne, mais forte variabilité) et rémunérer la main
d’œuvre.
Système
limousin
Système blanc
bleu belge avec
engraissement
27
218
Chargement (UGB/ha)
1,5 à 2,5
2,5 à 4
Taux de mortalité (%)
17
15
Produit/vache hors primes (€)
700
1 600
Aides (DPU, PMTVA, bio)/vache (€)
700
430
Aliments, concentrés/vache (€)
200
700
50
200
Autres charges/vache (€)
450
450
Charges de structure (énergie, ma-
160
130
Nbre d’exploitations analysées
Frais vétérinaires/vache (€)
Les conjonctures récentes,
avec des intrants chers et
des prix de la viande blanc
bleu belge qui ont moins
progressé que les autres, ne
sont pas favorables aux systèmes belges très intensifs.
Les résultats économiques
présentent une forte variabilité d’une exploitation à
l’autre (de 1 à 3), mais sont
plutôt à la baisse ces dernières années.
tériel, frais généraux)/vache (€)
EBE hors cotisations sociales/vache
500 à 600 €/vache
Visites d’exploitation
Exploitation 1 : sélectionneur Blanc bleu belge à Buisson
1 UTH + main d’œuvre occasionnelle – épouse travaille à l’extérieur
100 ha de SAU : terres en propriété de la famille - 120 PMTVA
50 ha de STH
120 vaches blanc bleu belge
22 ha de PT
8 vaches laitières
13 ha de maïs ensilage
100 % insémination artificielle
15 ha d’épeautre
15 embryons/an
40 % de fauche en première coupe
Vêlages toute l’année
10 ha en deuxième coupe
Chargement : 2,6 UGB/ha SFP
Toutes les femelles sont conservées pour le renouvellement avec
un premier vêlage recherché avant 30 mois, sauf 4 ou 5 génisses qui sont éliminées.
Les mâles sont vendus de préférence en reproducteurs (environ
20/an), le reste est vendu en broutards. Une dizaine de mâles
sont engraissés s’il y a de la place en bâtiment.
Prix de vente : ça dépend !!!
Les résultats de reproduction sont les suivants :
Taux de mortalité = 20 %
Intervalle entre vêlages
= 430 à 450 jours
Césarienne systématique
(100 €)
Joël MARTIN – Réseau Viande Bovine
Juin 2013
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Après la prise du colostrum par le veau (dont la sécrétion est
parfois stimulée par une piqure d’ocytocine), le veau est retiré de sa mère puis élevé avec le lait des vaches laitières qui
sont traites. Les veaux restent en bâtiment, ils sont sevrés à
5 mois, puis nourris avec du foin et des aliments floconnés.
Les vaches sont taries dès le vêlage et mises en pâture. Une
complémentation avec 2 kg de concentrés/j a lieu quand
l’herbe commence à manquer. Les rations hivernales sont
basées sur un mélange d’ensilage de maïs, d’ensilage
d’herbe, de foin et une complémentation à base d’épeautre
et de tourteau dans des quantités indéterminées…
La vaccination est systématique : BVD/IBR/corona et rotavirus sur les vaches, salmonellose/RS/ BVD sur les veaux.
Frais vétérinaires : beaucoup….
La fertilisation minérale sur les surfaces en herbe est faite
avec un engrais type 20/5/5, à raison de 350 kg/ha. La paille
est achetée pour partie à un voisin et pour partie via un marchand.
L’exploitation est au forfait.
La rentabilité économique n’a pas pu être approchée.
Exploitation 2 : éleveur naisseur engraisseur limousin bio à Ortho
1 UTH + fils en cours d’installation
Epouse gère 2 gîtes à la ferme + auberge à la ferme
95 ha de SAU : 20 ha en propriété - 71 PMTVA
60 ha de STH
50 porcs charcutiers/an
15 ha de PT (mélange avec luzerne)
100 brebis Swifter x Texel
10 ha d’épeautre-seigle (45-50 qx/ha)
25 brebis Ile de France
10 ha de triticale-avoine-pois printemps
60 vaches Limousine
30 % de fauche en première coupe
100 % IA + échographies
2 à 3 coupes sur les temporaires
Vêlages août à janvier
Chargement = 2 UGB/ha SFP
L’élevage est blanc bleu belge d’un bon niveau génétique. La
conversion en limousin bio date de 1997. Toutes les femelles
sont conservées pour le renouvellement avec un premier vêlage
à 35 mois, sauf 3 ou 4 génisses qui sont vendues pour la reproduction.
Les mâles sont conservés et engraissés en taurillons au pâturage avec une forte complémentation.
Les résultats de reproduction sont les suivants :
Taux de mortalité = 8 %
Intervalle entre vêlages
= 385 jours
Joël MARTIN – Réseau Viande Bovine
Juin 2013
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Les veaux (mâles et femelles) sont complémentés au pâturage dès la mise à l’herbe à raison
de 2 à 3 kg/j avec un aliment du commerce
(480 €/t). Ils sont sevrés en juillet, mais restent
en pâture avec la même complémentation.
Les taurillons repassent en pâture l’année suivante, avec une complémentation à hauteur de
5 kg/j.
Ils sont vendus à 450 kg de carcasse à l’âge de
2 ans.
En hiver, les vaches et les génisses sont alimentées avec des enrubannages de prairie temporaire ou de mélange avoine/triticale/pois, du
foin en libre service et une complémentation
avec les céréales de l’exploitation (1 kg/j).
Il n’y a pas de vaccination et pas de déparasitage systématique. Les frais vétérinaires se limitent à environ 2 000 €/an.
Les surfaces en herbe sont fertilisées avec le compost issu de l’exploitation, à hauteur de 15 t/ha sur
toutes les surfaces.
Les cultures sont fertilisées avec un engrais à base de guano de type 7/10/5, à raison de 500 kg/ha.
Les besoins annuels en paille se situent autour de 100 t et elle est achetée en France (130 €/t il y a
2 ans, 70 €/t actuellement).
L’exploitation est très peu mécanisée : un tracteur 85 cv de 30 ans et un télescopique. Les travaux
sur cultures sont faits par CUMA/entreprise.
L’éleveur est très impliqué avec une dizaine d’autres éleveurs et une firme d’aliments dans
l’association Limousin Bio Ardennes et la
filière Porc Qualité Ardenne. Il trouve
des débouchés pour les productions bio
des éleveurs de la petite coopérative et
négocie les prix de vente auprès des
boucheries. La demande est forte en
agneaux (6,50 à 6,80 €/kg) et en porcs.
En bovins, les prix de vente se situent
actuellement à environ 5,50 €/kg de
carcasse pour les taurillons, 5 € pour les
jeunes vaches limousines et 4 € pour les
vieilles vaches.
L’exploitation est au forfait.
La rentabilité économique sera approchée à partir des données qui doivent
être transmises prochainement par le
centre gestion de l’exploitation.
Joël MARTIN – Réseau Viande Bovine
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Quelles perspectives pour l’élevage
laitier ardennais de « l’après-quotas » ?
En prévision de la fin des quotas en avril 2015, la Chambre d’Agriculture des Ardennes et Ardennes Conseil Elevage ont souhaité réaliser une enquête auprès
des exploitations laitières du département. Ainsi 133 élevages (soit 17 %) ont
été enquêtés durant les 2ème et 3ème trimestres 2012. Cette enquête visait à
mesurer la capacité productive, au travers des moyens de production existants,
mais aussi à établir une première esquisse de ce que pourrai devenir le paysage
laitier « d’après quota ».
La production laitière : des freins et des atouts identifiés
L’élevage laitier ardennais représente actuellement 799 exploitations (soit un tiers des exploitations agricoles du département).
Il s’agit de systèmes principalement orientés « lait + viande ».
En effet, l’élevage de ruminants est prédominant dans les zones
très herbagées du département. La densité de quota s’élevant à
environ 3 000 l de lait/ha de Surface Fourragère Principale, la
présence de troupeaux allaitants ou de bœufs laitiers permet de
valoriser les surfaces en herbes importantes dans une région
géographique où il est souvent impossible de retourner les terres.
Le manque de motivation
semble être également un
point noir non négligeable
qui s’ajoute au frein économique actuel de la production.
Par ailleurs, il existe aussi
des freins matériels comme
la nécessité de se mettre
aux normes (réalisée dans
seulement 65 % des exploitations) ou celle de rénover,
ou de renouveler, les installations
(stockage,
traite,
logement des vaches laitières, …). Enfin, la présence
d’un système optimisé qui
n’offre pas de possibilité
d’extension n’encourage pas
les éleveurs à développer
leur activité laitière.
Il existe aujourd’hui des freins non négligeables au développement de la production laitière ardennaise. En effet, après avoir
interrogé les éleveurs, la problématique des bâtiments ou équipements insuffisants (ou inadaptés) concerne deux tiers d’entre
eux. A cela s’ajoutent une rentabilité insuffisante de l’atelier lait
ainsi que des contraintes réglementaires et un manque de maind’œuvre disponible qui limitent la croissance des exploitations.
% des éleveurs inter-
80%
70%
60%
50%
Hésitation à maintenir
l'activité laitière
40%
30%
Maitien de l'activité
laitière
20%
10%
0%
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
1- Motivation pour la production laitière
6- Opportunité d’augmentation d’une autre activité
2- Main-d’œuvre disponible
7- Risque de non collecte
3- Bâtiments/équipements insuffisant, inadaptés
8- Situation optimisée
4- Rentabilité insuffisante du lait
9- Qualité du lait
5- Contraintes réglementaires
10- Accès à l’exploitation
Jean-Philippe MOUSSU – Réseau Lait
Juin 2013
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La disparition programmée des quotas pour 2015
Fin des quotas : entre inquiétude et incertitudes
Dans le cadre de la réforme de la PAC, ces quotas sont amenés
à disparaître au mois d’avril 2015. Ce changement radical
conduit à des interrogations, voire des inquiétudes, de la part
des différents acteurs de la filière. En ce qui concerne les éleveurs laitiers, c’est principalement la rentabilité de l’activité et la
disponibilité en main-d’œuvre qui soulèvent d’importantes incertitudes. Dans ce contexte, les éleveurs peuvent hésiter avant
d’investir dans une rénovation, ou un renouvellement du logement des vaches laitières ou des installations (stockage, traite
ou mise aux normes).
Dans ces conditions, quelle
sera l’évolution de l’activité
laitière dans le département
des Ardennes à l’horizon
2015-2020.
Vers un arrêt de la production laitière ? Deux profils caractéristiques
Il existe deux profils qui mènent chacun à une baisse de la production de lait au sein du département : l’arrêt de l’activité agricole et l’arrêt de l’activité laitière uniquement. Il s’agit de deux
problématiques qui, même si elles semblent converger par leurs
effets, ont des fondements et des conséquences très différents.
En projetant les résultats de l’enquête à l’échelle du département, parmi les éleveurs laitiers, 5 % ont prévu de cesser toute
activité agricole. Il s’agit d’exploitations dirigées par des agriculteurs âgés de plus de 55 ans qui ont prévu de partir à la retraite dans les quatre ou cinq prochaines années. Leurs exploitations sont de plus petite taille que la moyenne (88 ha de Surface
Agricole Utile), avec un quota laitier inférieur à 260 000 l de lait,
pour la plupart. Parmi ces futurs retraités, 43 % connaissent
déjà leur repreneur (maintien de la production laitière), 28,5 %
en cherche un et 28,5 % n’en auront aucun.
Les exploitations qui arrêteront la production laitière pour cause
de cessation d’activité agricole représentent donc seulement
1,5 % des élevages laitiers du département (auquel pourrait
s’ajouter 1,5 % d’incertitude pour ceux qui n’ont pas encore
trouvé de repreneur). Cela représenterait un manque à produire
d’environ 2 700 000 l de lait à l’échelle du département.
Par ailleurs, 6 % des exploitations laitières du département ont
décidé de cesser leur activité laitière, au profit d’autres productions (principalement l’élevage allaitant ou le développement des
cultures grâce au retournement de prairies). Il s’agit
d’exploitations de taille et de production laitière légèrement inférieures à la moyenne départementale (117 ha pour 250 000 l de
lait) mais avec une proportion d’herbe également moins importante.
Les raisons de ce choix sont
majoritairement la contrainte
« travail » (contraintes et
astreintes liées à la production laitières ou l’absence de
successeur pour prendre en
charge
l’atelier
lait)
et
l’opportunité de développer
une autre activité (souvent
l’élevage de bovins allaitants). S’ajoutent à cela, dans
plus d’un tiers des cas, un
désintérêt pour la production
ou
encore
la
présence
d’équipements
et
d’installations peu fonctionnels. Enfin, il s’agit d’ateliers
pour lesquels les investissements à engager pour une
mise aux normes ou un gain
d’efficacité
seraient
trop
lourds pour être envisagés.
Ces arrêts de production laitière conduiraient à une
quantité de lait livré en moins
s’élevant à 11 500 000 l de
lait pour tout le département
des Ardennes.
Jean-Philippe MOUSSU – Réseau Lait
Juin 2013
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Un maintien du lait pour la plupart des producteurs grâce à des potentiels et une anticipation
Malgré ces phénomènes d’arrêt de la production laitière (11 %)
ou d’hésitation (14 %), 75 % des exploitations ardennaises souhaitent maintenir leur production laitière. Il s’agit aussi bien
d’exploitations individuelles, d’EARL ou de GAEC.
Cependant s’il s’agit de systèmes souvent différents, une constante demeure entre ces élevages : ils disposent tous des mêmes leviers pour le maintien, voire le développement, de leur
activité laitière.
Ces leviers sont d’abord des installations fonctionnelles et récentes. C’est le cas de 81 % des bâtiments de logement des vaches
laitières et 88 % des installations de traite. Ces installations présentent souvent un potentiel d’agrandissement non négligeable,
témoin de l’anticipation des agriculteurs pour le développement
de leur activité. L’anticipation passe aussi par une mise aux
normes effectuée (ou en cours) de sorte que seulement 9 % des
exploitations n’avaient pas encore entrepris de la réaliser en
2012.
Un autre pilier est la situation des élevages vis-à-vis des réglementations environnementales.
La majorité des exploitations
dépend du Règlement Sanitaire Départemental (39 %)
ou du régime des Installations Classées pour la Protection de l’Environnement
(ICPE) soumises à déclaration (59 %). Seul 2 % des
exploitations sont soumises
à des régimes comportant
des obligations plus contraignantes pour l’élevage.
Ce
maintien
d’activité
s’accompagnerait dans 86 %
des cas (selon les éleveurs)
à une augmentation de la
production laitière sur leur
exploitation.
Un paysage laitier destiné à fortement évoluer ?
Compte tenu des arrêts de l’activité laitière chez certains et de son développement chez d’autres,
quel sera alors le paysage laitier ardennais dans un futur proche ? Quelles sont les pratiques qui
vont évoluer ou, au contraire, rester inchangées ? La production va-t-elle effectivement exploser ou
se stabiliser à un niveau proche de celui existant actuellement ?
Une stabilité à l’échelle de l’exploitation
Le premier constat est qu’il y a peu de projets chamboulant
complètement les exploitations agricoles : association prévue
(seuls 12 % l’envisagent), peu d’ouverture d’atelier de transformation laitière (5 % l’ont prévu et 5 % l’envisagent) et quelques projets de délocalisation du site de production (5 % également).
En ce qui concerne l’engagement vers l’Agriculture Biologique,
seulement 1 % ont prévu une conversion et 9 % l’envisagent.
Par
ailleurs,
alors
qu’actuellement 6 % des
exploitations laitières possèdent déjà un ou deux robots
de traite (dont 1 % qui souhaite en acquérir un nouveau), 5 % désirent « franchir le pas » et 26 % sont
encore indécis.
Une organisation de l’atelier et une production revue vers la spécialisation
Des évolutions dans l’organisation du travail
Une évolution majeure qui concerne l’organisation de l’atelier et
de l’exploitation est la modification des périodes de vêlages. Actuellement, les vêlages se réalisent à 65 % en automne. Le
reste se déroule majoritairement sur deux périodes (16 % des
cas) ou de façon étalée sur l’année (14 % des cas). Seuls 5 %
des élevages laitiers planifient les naissances au printemps. La
volonté des éleveurs pour le futur serait de dégrouper progressivement les vêlages. En effet, au moins la moitié des vêlages
groupés sur une période serait alors étalée ou séparée sur deux
périodes. Cependant, aucun élevage avec des vêlages groupés
n’envisage de changer radicalement son système de naissance.
Cet étalement ne sera pas
sans
conséquence
sur
l’organisation du travail très
différente pour la gestion et
la distribution des aliments,
la surveillance des chaleurs,
les soins aux veaux, ... Cela
surviendra alors au moment
des moissons, période durant laquelle certains élevages prennent actuellement
le parti de tarir la majorité
de leur troupeau.
Jean-Philippe MOUSSU – Réseau Lait
Juin 2013
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Des installations en évolution
Une autre modification est l’évolution des installations de l’élevage
(logements des vaches laitières ou des génisses laitières, installations de traite et stockage des effluents). Seulement 19 % des exploitations maintenant leur production laitière ne souhaitent engager aucun chantier (modification, rénovation ou construction).
Parmi les élevages, la répartition est presque égale entre ceux qui
ont prévu un, deux voire trois chantiers pour « l’après quota ». Certains (14 % des élevages) iront même jusqu’à engager des investissements pour les quatre postes concernés. Il s’agit de chantier de
modification ou de rénovation dans la moitié des cas et de construction dans l’autre.
Une gestion du pâturage et des fourrages reconsidérée …
Le pâturage est également un point essentiel des élevages laitiers ardennais. Pour la majorité des systèmes (72 % des cas) la
surface accessible aux VL restera inchangée (en moyenne 25
ha). Pour 13 % des élevages, cette surface subira en moyenne
une diminution de moitié de la taille initiale et pour 15 % des
élevages, elle progressera d’un tiers.
En ce qui concerne la place au pâturage, 77 % des exploitations
n’envisagent pas de modification de la surface allouée par vache
laitière (53 ares/vache). Les exploitations qui ont prévu de réduire cette surface sont des élevages qui présentent des systèmes actuellement avec un chargement plus important (34,6
ares/vache).
La réduction de la surface accessible aux vaches et souvent par
conséquent, de la place du pâturage entraîne des conséquences
sur l’alimentation du
Evolution de la part de maïs dans la SFP
troupeau
et
sur
l’organisation du travail. En effet, si les
animaux
pâturent
16%
moins, il sera néces41%
saire de prévoir des
Inchangée
coûts de récolte, de
43%
Augmentation
stockage et de distriDiminution
bution supplémentaire
pour le fourrage.
Des modifications dans les ateliers d’élevage …
Les exploitations laitières ardennaises, caractérisées par leur
polyvalence « lait + viande » semblent se diriger vers une spécialisation de la production dans l’après quota. En effet, si la
taille du troupeau de vaches laitières et de génisses laitières
sera plus importante (effectif moyen : 56 VL au lieu de 49 actuellement), la production de viande ira en décroissant.
Plus d’un tiers des exploitations qui élèvent actuellement des
bœufs laitiers ont prévu de réduire leur effectifs, voire de stopper cette production. En parallèle, ce phénomène touche également deux tiers des ateliers de taurillons laitiers.
Evolution des cheptels
de vaches allaitantes
11%
24%
49%
16%
Stable
Augmentation ou
démarrage
D iminution
Arrêt
L’élevage allaitant n’est pas
épargné par cette diminution
de la production bouchère
puisque plus d’un tiers des
élevages a prévu de réduire
ou de cesser cette activité.
Quelques ateliers ont prévu
d’augmenter leur cheptel
mais cela concerne essentiellement
les
troupeaux
actuellement à faible effectif
(17 VA en moyenne). Les
ateliers de bœufs et de génisses allaitants sont, en
revanche un peu moins touchés, les éleveurs préférant
allonger les cycles de production des jeunes bêtes et
réduire le nombre de vêlages.
En ce qui concerne les ateliers ovins, la taille moyenne
des troupes devrait augmenter mais les ateliers à petits
effectifs risquent de disparaître.
En conclusion, quel que soit
le type d’atelier, le constat
s’oriente vers une diminution des effectifs pour les
ateliers viande dans les exploitations qui maintiennent,
voire augmentent la production laitière. Cela semble
pouvoir s’expliquer par le
besoin de libérer du temps
et de l’espace pour accueillir
les effectifs supplémentaires
de l’atelier lait.
Jean-Philippe MOUSSU – Réseau Lait
Juin 2013
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Volume livré et productivité, deux leviers de développement pour l’activité laitière …
Une inquiétude des éleveurs laitiers est l’incertitude quant au
volume de lait livré au niveau national. En effet, nombreux craignent une explosion de la production qui entrainerait une baisse
importante du prix du lait. Dans les faits, seulement 11 % des
éleveurs n’envisagent pas d’augmenter ni le volume total de lait
livré, ni la productivité des vaches laitières.
La tendance est donc à l’augmentation de la quantité de lait livré. La moitié des ateliers envisage une augmentation inférieure
ou égale à 25 % de leur production actuelle. Cela conduira à une
augmentation progressive du volume livré total avec une nette
réduction des livraisons inférieures à 200 000 l de lait et
l’apparition d’exploitations à plus d’un million de litres.
En parallèle, de nombreux
éleveurs (90 %) désirent
augmenter les performances
individuelles de leurs vaches. Cela représente une
augmentation moyenne de
1 000 l de lait par vache,
pour l’ensemble des exploitations désirant maintenir
l’activité laitière et élève la
productivité
moyenne
à
8 200 l de lait par VL.
Evolution de la production laitière après la suppression des quotas
4%
15%
Diminution de la production
4%
23%
0-49 kl supplémentaires
50-99 kl supplémentaires
9%
100-149 kl supplémentaires
150-199 kl supplémentaires
15%
200-399 kl supplémentaires
30%
Plus 400 kl supplémentaires
Les projections départementales de la production laitière « après 2015 » montrent alors
deux situations (réalisée sur la base des résultats de l’enquête)
Cas 1 :
Les éleveurs indécis
poursuivent finalement
la production laitière
Cas 2 :
Les éleveurs indécis
cessent finalement
la production laitière
Variations de la production :
Arrêts de l’activité agricole
- 2 730 000
- 2 730 000
Arrêts de l’activité laitière
- 11 518 000
- 11 518 000
Incertitudes (14 % des élevages)
Développement de l’activité laitière
- 31 415 000
+ 69 400 000
+ 69 400 000
~ 55 000 000
~ 24 000 000
+ 22 %
+9%
Projection :
Production supplémentaire
Augmentation
Analyse critique
Probablement que la situation « d’après-quotas » se situera entre les deux cas étudiés ci-dessus. Les Ardennes connaitraient
alors une augmentation de la production laitière représentant
entre 9 et 22 % de la production actuelle.
Quelques questions peuvent être tout de même importantes à
soulever. L’orientation des élevages vers la spécialisation entrainera une modification conséquente des installations et de
l’organisation de toute l’exploitation. Par exemple, dans le cas
de l’étalement des vêlages, les atouts de cette décision (effet
prix, optimisation de la place en bâtiment, ...) doivent être mis
en
balance
avec
les
contraintes que cela pourrait
apporter dans un système
qui
serait
complètement
modifié
(organisation
du
travail modifiée, moins intense mais répartie sur
l’ensemble de l’année, …).
Jean-Philippe MOUSSU – Réseau Lait
Juin 2013
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Par ailleurs, une part non négligeable des élevages a prévu de
réduire la place au pâturage. Cela nécessite la récolte, le stockage et la distribution du fourrage non pâturé. Dans le cas où
les surfaces en herbes restent importantes, il pourrait être stratégiquement intéressant de réintégrer l’herbe non pâturée dans
la ration afin de limiter la part d’ensilage de maïs dans la ration.
Pourtant la tendance est plutôt pour les éleveurs d’augmenter la
part de maïs ensilage dans la Surface Fourragère Principale dans
près de la moitié des cas.
Enfin, le fait est que de nombreux exploitants déclarent pouvoir
produire plus, mais à quel coût ? Une modification de
l’alimentation des vaches ou des concentrés distribués
s’accompagne souvent d’une évolution de la marge de l’atelier.
C’est pourquoi, l’estimation
de 55 millions de litres de
lait produit en plus dans
l’après quota est à tempérer
car tous les éleveurs ne
chercheront peut-être pas à
exploiter au maximum le
potentiel de production de
leurs vaches. Entre productivité et rentabilité, il reste
important de trouver le bon
équilibre.
L’exploitation moyenne avant et après quotas
(sur la base des 118 élevages enquêtés et ayant répondu à cette question)
2012
Horizon 2020
799 exploitations laitières
723 exploitations laitières
(dont 124 indécis)
Individuel
34 %
31 %
EARL*
34 %
34 %
Type d’exploitation :
GAEC*
SAU*
dont STH*
Production laitière
Effectif troupeau (vaches)
Atelier bœufs laitiers
Effectif moyen (bœufs)
Atelier taurillons laitiers
Effectif moyen (taurillons)
Atelier vaches allaitantes
Effectif moyen (vaches)
Atelier bœufs et génisses allaitants
Effectif moyen (bœufs et génisses)
Atelier ovin
Effectif moyen (brebis)
29 %
32 %
152 ha
159 ha
68 % de la SAU
70 % de SAU
355 000 l de lait
485 000 l de lait
49 vaches laitières à 7 250 litres
56 vaches laitières à 8 660 litres
663 ateliers (83 %)
503 ateliers (84 %)
24 bœufs laitiers
22 bœufs laitiers
96 ateliers (12 %)
35 ateliers (6 %)
14 taurillons laitiers
12 taurillons
487 ateliers (61 %)
222 ateliers (37 %)
33 vaches allaitantes
27 vaches allaitantes
304 ateliers (38 %)
180 ateliers (30 %)
14 bêtes
15 bêtes
80 ateliers (10 %)
60 ateliers (10 %)
144 brebis
198 brebis
Jean-Philippe MOUSSU – Réseau Lait
Juin 2013
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Retour sur …
La formation coût de production du lait
Durant l’hiver 2012-2013, une quarantaine d’exploitations a participé à une
formation organisée par la Chambre d’Agriculture des Ardennes et les GDA.
L’objectif de celle-ci était que chaque participant obtienne son coût de
production du lait et identifie des pistes de travail pour tenter d’améliorer sa
rémunération. Cet article se propose de faire le point sur les principaux chiffres
et résultats issus du calcul du coût de production du lait.
Un coût de production et un produit moyens corrects
mais cachant de fortes disparités …
Les exercices comptables utilisés lors de ces formations correspondaient aux clôtures situées entre le 31 décembre 2011 et le
30 avril 2012. Ces résultats étaient les meilleurs depuis 5 ans et
loin de la situation de l’hiver qui vient de s’achever. Une estimation des résultats de celui-ci sera abordée plus loin dans cet article.
Le graphique ci-contre met
en parallèle le coût de production du lait (à gauche) et
le produit réel de l’atelier lait
(à droite).
Coût de production et produit de l'atelier lait
€/1 000 litres
500
450
400
86
350
38
300
339
48
250
84
200
150
72
100
53
100
50
63
0
Coût de production
Alimentation
Autres Charges courantes
Produit de l'atelier
Mécanisation
Bâtiment
Capital
Travail
L’ensemble des postes aboutit à un coût de production du lait de
429 €/1000 litres. Quel est le détail de ces différents postes ?
Poste « alimentation » :
Cette partie regroupe les charges suivantes : concentrés et minéraux + achats de fourrages + approvisionnement des surfaces
consacrées à l’alimentation des vaches et génisses laitières. Il
représente 23 % du coût total mais la valeur évolue entre 60 €
et 181 €/1000 litres en fonction des exploitations. Dans le premier cas, la bonne maîtrise du poste alimentation s’explique par
une conduite non intensive du système et un recours au minimum de concentré en hiver et pâturage seul en été.
Aides totales
Produits joints
Prix du lait
Pour l’exploitation ayant le
niveau de charge le plus
élevé, la conjonction de recherche
de
productivité,
vêlages
étalés,
pâturage
limitant conduit l’éleveur ces
dernières années à des
achats de fourrages et une
consommation de concentré
excessive (260 g/l).
Jean-Philippe MOUSSU – Réseau Lait & Daniel LOUAZEL – GDA des 3 cantons
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Poste « autres charges courantes » :
Cette partie regroupe les charges de frais d’élevage (vétérinaire,
insémination, produits d’entretien, paille, …) et de frais divers de
gestion (assurance, comptable, téléphone, …). Il représente 17
% du coût total comme pour le poste précédent, une forte variabilité apparait (42 € à 116 €/1000 litres). La principale différence entre les élevages s’articule autour des frais vétérinaires
(+/- 20€) et les achats de paille compte-tenu des prix lors de la
campagne analysée.
Poste « mécanisation » :
Cette partie regroupe les charges suivantes : travaux par tiers +
carburant + entretien + amortissement du matériel. Avec des
montants allant de 42 à 177 €/1000 litres, la mécanisation représente en moyenne 20 % du coût de production du lait. Les
écarts observés dépendent beaucoup de la politique de renouvellement du matériel et de la taille de l’exploitation (effet dilution).
Poste « bâtiment » :
Cette partie regroupe les charges suivantes : eau, électricité,
entretien + amortissement du bâtiment. Ce poste pèse un peu
moins dans le coût de production du lait avec 11 % du total ; la
variabilité observée (12 à 82 €/1000 litres) est essentiellement
liée au niveau d’amortissement de chaque exploitation ; en effet
les investissements récents pèse fortement dans ce poste.
Poste « capital » :
Cette partie regroupe les charges suivantes : fermage, frais financiers + rémunération des capitaux propres (1,5% d’intérêt ;
valeur fixée pour 2011 par l’Idèle créateur de l’outil de calcul).
L’ensemble de ces postes représente 9 % du coût de production.
La variabilité observée (22 à 82 €/1000 litres) sera essentiellement due aux frais financiers liés à des investissements récents
importants et plus faiblement par la rémunération du capital
propre détenu.
Poste « travail » :
Au final, les exploitations
ayant participé à la formation affichent un coût de
production allant de 332 à
674 €/1000 litres de lait,
cette hétérogénéité est le
résultat des différences existantes au niveau de la maîtrise technique mais surtout
du
stade
de
vie
de
l’exploitation
(niveau
d’amortissement,
d’endettement) et de la productivité
de
la
maind’œuvre.
Face à ce regroupement des
charges de l’atelier lait permettant d’obtenir le coût de
production, le regroupement
des différents produits de
l’exploitation permet de faire
le bilan de la rentabilité de
l’atelier lait. Le produit
moyen de l’atelier lait atteint
sur la période étudiée 455
€/1000 litres. Le produit est
composé de trois éléments
de rémunération :
Cette partie regroupe les charges suivantes : rémunération et
charges salariales + rémunération brute des unités de maind’œuvre exploitante affectée à l’atelier (sur la base de 24 960 €
brut annuel /UMO y compris MSA ; valeur fixée pour 2011 par
l’Idèle créateur de l’outil de calcul). Ce poste est le deuxième (à
égalité avec la mécanisation) et représente 20 % du coût de
production. La productivité de la main-d’œuvre va largement
influencer le montant de ce poste qui varie en fonction des exploitations de 49 à 163 €/1000 litres. Certaines exploitations ont
fait le choix délibéré d’une main-d’œuvre plus importante que
d’autres ; cette situation est souvent compensée par des investissements moins importants en matériel et bâtiment.
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Le produit est composé de trois éléments de rémunération :
Produit lié aux aides :
Ce poste regroupe l’ensemble des aides perçues par l’atelier lait.
Soit les aides directement liées à l’atelier laitier mais surtout les
aides découplées réparties au prorata des surfaces utilisées par
l’atelier lait (part de maïs, productivité des vaches et niveau de
DPU, PHAE, ICHN). Le produit provient à 14 % des aides mais
leur montant varie de 30 à 101 €/1000 litres suivant les exploitations.
Produits joints :
Cette partie du produit est le résultat de la vente des vaches de
réformes, des génisses vendues pleines ou encore de la vente
des veaux (y compris cession interne). A cela s’ajoute les éventuelles ventes d’autres produits (fourrages notamment). Ce produit ne représente que 12 % du produit total de l’atelier et varie
entre -11€ et 101 €/1000 litres ; ces extrêmes s’expliquent par
des situations de (dé)capitalisation de cheptel.
Prix de vente du lait :
Evidement, la vente du lait est la principale ressource de l’atelier
lait (74 %). Mais comme pour tous les postes précédents, des
écarts apparaissent (313 à 357 €/1000 litres). Cette disparité
s’explique par de nombreux paramètres comme : le prix de
base, la qualité (TB, TP, cellule, butyrique), la saisonnalité de la
production, …
Comme pour les charges, de fortes disparités apparaissent et le
produit total de l’atelier varie entre 395 € et 610 €/1000 litres.
Quelle rémunération de la maind’œuvre dédiée à l’atelier lait ?
Sur les comptabilités analysées la rémunération permise réellement par le prix du lait se situe légèrement au-dessus de la rémunération minimale établie par l’Idèle à savoir 24 960 € brut
annuel/UMO dédiée à l’atelier lait (soit environ 1 500 € net par
mois). Pour les exercices étudiés le niveau de rémunération se
situe à 33 650 €. Ce résultat ne doit pas occulter les résultats
des années précédentes qui étaient moins favorables et même
en dessous de la rémunération minimale citée ci-dessus.
€/1 000 litres
Coût de production et produit de l'atelier lait
500
450
400
Une projection sur la campagne 2012-2013 avec la
baisse du prix du lait et
l’augmentation des charges
(notamment le poste aliment) vont conduire à une
forte diminution de la rémunération
de
la
maind’œuvre. En prenant une
baisse du prix du lait de 25
€ (314 €/1000 litres), une
augmentation de 30 % du
poste aliment, de 15 % pour
les approvisionnements aux
surfaces et de 10 % pour les
carburants,
le
graphique
montre que le coût de production va être supérieur
aux produits.
La rémunération de la maind’œuvre dédiée à l’atelier
lait avec ces hypothèses est
divisée par deux par rapport
à la moyenne de 33 650 €
citée pour l’année 2011 et
inférieure de 30 % à la rémunération minimale fixée à
24 960 €. Le besoin en prix
du lait pour atteindre ce minimum devrait être de
337 €/1000 litres (+ 23
€/1000 litres en moyenne).
Ce chiffre reste établi sur un
groupe de 40 exploitations,
la situation de certains élevages peut être moins favorable en raison de situations
particulières (effet parcellaire, dimension de la structure, investissements récents, …). Pour ces structures, il est malheureusement
certain que la conjoncture
2012 a fortement fragilisé
leur situation financière surtout dans les exploitations
avec des ateliers céréales
et/ou viande peu développés.
350
Formation hiver
300
2013-2014
250
200
429
455
453
430
150
100
50
0
Conjoncture 2011
Conjoncture 2011
Postes de charges
Conjoncture 2012
Conjoncture 2012
De nouvelles sessions seront programmées prochainement pour l’hiver
2013-2014. Si vous êtes
intéressé rapprochez vous
de votre conseiller de GDA.
Postes de produits
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Juin 2013
Page 21
Cultures intermédiaires : quelques
conseils
Implantation : garantir la levée à un coût raisonnable !
L’objectif de l’implantation est de permettre un taux de levée maximal à coût réduit. Celle-ci doit
également permettre la gestion des adventices. Rappelez-vous, un essai avait été mis en place en
2010 sur le GDA du Rethélois. Le semis de l’essai a été réalisé le 12 août derrière un précédent blé.
Les modalités déchaumées, l’intervention a été réalisée la veille de façon superficielle (Rubin). Les
semis ont été réalisés sur un lit de semence humide suite à 25 mm de précipitation la nuit précédente. Il y a eu également 70 mm de pluie quatre jours après le semis.
Taux de levée
Déchaumeur à disques
indépendants + Delimbe
pneumatique : technique
intéressante par son taux de
levée (75 %), son débit de
chantier
et
son
coût
d’implantation (25 €/ha). Un
déchaumage au préalable
permet de faire lever les
adventices qui seront détruites lors du semis par le déchaumeur.
Semoir rapide sur
déchaumé
Delimbe +
rouleau
Rotative
semoir
DDI + delimbe
pneumatique sur chaumes
DDI + delimbe pneumatique
sur déchaumé
Semoir rapide sur
chaumes
Delimbe
0
20
40
60
80
100
Delimbe : malgré les conditions optimales lors du semis, le taux
de levée (45 %) obtenu par cette technique n’est pas satisfaisant. Celle-ci est à proscrire car même si le coût
d’implantation (coût du passage + main d’œuvre) est faible
(9 €/ha) et le débit de chantier élevé, la levée du couvert n’est
pas garantie.
Semoir rapide et rotative
semoir : ces deux techniques garantissent les meilleurs taux de levée (87 %).
Leurs principaux inconvénients
sont
le
coût
d’implantation et le débit de
chantier. En cas de semis de
mélange, il est difficile
d’utiliser une autre technique.
Delimbe + rouleau : bon taux de levée observé sur cette technique (84 %), engendré par les conditions humides qui ont encadré le semis. Elle a pour intérêts, un coût d’implantation faible
(18 €/ha) et un débit de chantier élevé. Les conditions climatiques (pluies) sont primordiales pour garantir la levée.
Quand les implanter ?
En règle générale, les meilleurs résultats sont obtenus par les
semis précoces notamment pour les mélanges à base de légumineuses (impératif avant le 15 août). La moutarde présente
plus de souplesse et a contrario, un semis trop précoce favorise
une floraison rapide. Faites attention de choisir des variétés tardives ! Techniquement, il est conseillé de semer le couvert avant
le 1er septembre et dans le cadre de la directive nitrates, il est
obligatoire de l’implanter avant le 10 septembre. Hormis la date,
des conditions humides sont propices pour garantir la levée du
couvert.
L’équipe des GDA/Réseaux – actualisation 2013
Juin 2013
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Quelles espèces ?
Un couvert a pour objectif premier de limiter le lessivage de l’azote
pour le restituer à la culture suivante. D’autres aspects
agronomiques peuvent être recherchés par l’agriculteur en fonction
de l’espèce implantée.
Limiter le salissement de la parcelle
Pour atteindre cet objectif, implanter une espèce permettant de
couvrir au maximum le sol, par exemple : moutarde, avoine,
radis. Ces trois espèces peuvent être implantées en pures. En cas
de mélange, elles doivent être la base de ce dernier.
Un premier déchaumage peut être nécessaire. Dans ce cas, un
travail superficiel (5 cm), juste après la récolte est préférable pour
favoriser l’humidité. Un passage de rouleau permettra d’accélérer la
levée des adventices et donc de semer le couvert dans les jours
suivants.
Fixation de l’azote atmosphérique
Cette fonction assurée par les légumineuses peut permettre de réaliser des économies sur la fertilisation azotée de la culture suivante. Elles peuvent également avoir un effet positif sur le rendement.
En zone vulnérable, la légumineuse doit obligatoirement représenter moins de 50 % du
mélange en nombre de graines. Les pois de printemps produits sur l’exploitation présentent le meilleur rapport coût/taux de levée, votre choix doit donc se faire de façon prioritaire vers cette espèce. Le principal inconvénient est son PMG élevé qui implique des volumes de
semis importants et du matériel adapté (semis impossible avec un Delimbe). En cas de non disponibilité sur l’exploitation, la vesce commune et le pois fourrager sont une bonne alternative, ils disposent également d’un PMG beaucoup plus faible.
Dans tous les cas, il est important d’utiliser une espèce
de famille différente de celle de la culture suivante.
Rompre le cycle des ravageurs
La phacélie appartient à la famille des hydrophyllacées, famille différente des espèces cultivées. Elle
permet donc de perturber le cycle des ravageurs rencontrés habituellement sur les cultures. Du fait
de son coût élevé, il est conseillé de l’utiliser en mélange.
Au niveau des mélanges, il n’y a pas de « recette toute faite ». Il est important d’assurer une couverture correcte du sol et intéressant d’y intégrer une légumineuse pour l’aspect azote. Rester vigilant sur le coût du mélange et le choix des espèces !
Il est cependant intéressant de ne pas trop baisser la densité de semis des légumineuses (dans la
limite de la réglementation), même en cas de mélange multiple, afin de profiter de leur intérêt sur le
piégeage de l’azote atmosphérique.
Densité de semis du mélange : dose de l’espèce
seule / nbre d’espèce
Caractéristiques des quelques plantes (source : CAT51) :
Vesce commune : bonne production de biomasse à conditions de semer tôt. En mélange, son PMG
relativement faible est un avantage pour gagner en autonomie du semoir. Concernant les vesces
velues, le gain de biomasse reste faible compte tenu du surcoût de semence engagé.
Pois protéagineux : le coût est sont principal avantage et sa production de biomasse est très intéressante, c’est la légumineuse la plus intéressante. Le pois fourrager est une fausse solution avec
un développement moyen en biomasse (attention au coût de semence élevé).
Féverole : c’est le meilleur rapport qualité/prix. C’est la légumineuse de référence avec une bonne
production de biomasse associée à une absorption d’azote importante. L’inconvénient est certainement son PMG qui réduit fortement l’autonomie du semoir.
L’équipe des GDA/Réseaux – actualisation 2013
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Dans le cas d’une association, pour les crucifères, le radis est à privilégier car il n’étouffera pas trop
la légumineuse contrairement à la moutarde. En cas de labour, un passage préalable (outils à disques) pour casse le radis peut être nécessaire pour éviter le repiquage.
Du côté des graminées, dans les associations, l’avoine de printemps reste la référence grâce à
son coût/production. On peut malgré tout envisager l’avoine brésilienne (attention au coût), le
moha (à condition de semer tôt) ou le seigle.
En cas d’apport de matières organiques avant la CIPAN, les légumineuses sont alors interdites. Le
choix s’orientera vers les crucifères qui valorisent le mieux l’azote apporté. Une autre solution
consiste à apporter la matière organique au printemps, et l’on peut ainsi implanter une association
avec légumineuse en interculture.
Espèces / Coût
Implantation
Moutarde 25€/ha
Commentaires
8 kg/ha – fin août
Bon développement –
Attention aux variétés trop précoces
Radis 30€/ha
Avoine / Seigle 30€/ha
10 kg/ha – août
Peu couvrant – facilité d’implantation – choisir une variété sensible au gel
70 kg/ha – fin août
Bonne couverture – autoproduction possible –
seigle appètent pour les limaces
5 kg/ha – août
Bonne couverture du sol et plante mellifère – attention
au coût et implantation délicate
200 kg/ha – fin juillet
Apport N – Croissance lente et levée difficile en conditions sèches – couverture du sol tardive
200 kg/ha – fin juillet
Apport N – autoproduction – levée délicate en conditions
sèches – plante peu couvrante
Vesce commune 50€/ha
60 kg/ha – fin juillet
Apport N – PMG faible – croissance lente/levée difficile
Tournesol 10€/ha
35 kg/ha – fin juillet
Coût faible – destruction aisée – forte sensibilité au gel
Phacélie 25€/ha
Pois protéagineux 30€/ha
Féverole 35€/ha
Voici quelques exemples de mélanges réalisables :
Base du mélange
Ex de
légumineuse à associer
Moutarde 8 kg/ha
Avoine printemps 80 kg/ha
Avoine printemps 40 kg/ha
ou
Pois printemps
100 kg/ha
Moutarde 4 kg/ha
ou
Moutarde 2 kg/ha + Phacélie 1 kg/ha
ou
Avoine printemps 30 kg/ha + Phacélie 1 kg/ha
Pois fourrager
50 kg/ha
Vesce commune 25 kg/ha
Pour plus d’informations, n’hésitez pas à contacter votre technicien de GDA.
L’équipe des GDA/Réseaux – actualisation 2013
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