couverture actes.pub

couverture actes.pub
Journée Technique
Grandes Cultures Biologiques
Paris
Lundi 5 février 2007
J.P. Sarthou
ARDEAR
ITAB
Quelle contribution de la
recherche face aux obstacles
techniques ?
PROGRAMME
Accueil et café à partir de 9h15
9h45
Introduction
Etienne Gangneron, Président de la Commission Grandes Cultures de l’ITAB
9h55
Maîtriser la culture du colza biologique
10h00 Les bases de la conduite du colza en agriculture biologique
Lionel Quéré, CETIOM (sous réserve)
10h10 Les facteurs agronomiques de réussite en colza biologique
Joseph Pousset, agriculteur dans l’Orne et conseiller en agriculture biologique (sous réserve)
10h35 Semis et fertilisation du colza en bio : bilan de trois années d’essai en Picardie
Gilles Salitot, Chambre d’Agriculture de l’Oise
11h05 Valorisation du colza à la ferme : l’exemple d’une expérience bretonne
Jean-Luc Audfray, Chambre d’Agriculture du Morbihan
11h30 Témoignage d’agriculteurs, Daniel Evain (Essonne) et Eric Petit (Maine-et-Loire)
12h00 Débat : le colza en agriculture biologique, atouts et contraintes, pistes de recherche — Animé
par Bertrand Chareyron, Chambre d’Agriculture de la Drôme
12h30 Déjeuner – Buffet bio
13h55 La gestion du paysage pour favoriser les auxiliaires de culture : Quelles
pistes de recherche ?
14h00 La gestion du paysage pour gérer les auxiliaires de culture
Jean-Pierre Sarthou, ENSA Toulouse
14h35 Taille et forme des parcelles, quelle influence ?
Philippe Viaux, Arvalis-Institut du végétal
14h45 Débat : quelles pistes de recherche pour lutter contre les insectes ravageurs en oléoprotéagineux bio ? Animé par Philippe Viaux, Arvalis-Institut du végétal
15h10 La carie commune du blé : comment y faire face ?
Biologie des champignons Tilletia caries et Tilletia faetida
Daniel Caron, Arvalis Institut du végétal
15h45 Etat des lieux des connaissances : préconisations, pistes de recherche
Marianne Hédont et Laurence Fontaine, ITAB
16h15 Débat : comment contenir la carie du blé ?
Animé par Yves Chabanel, Arvalis-Institut du végétal
15h15
16h55 Conclusion Etienne Gangneron, Président de la Commission Grandes Cultures
17h00 Clôture de la journée
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
1
SOMMAIRE
Programme...............................................................................................................................1
Sommaire .................................................................................................................................3
Introduction - Maitriser la culture du colza en agriculture biologique .......................................7
La conduite du colza biologique ...............................................................................................8
quelques éléments sur la culture naturelle du colza en agriculture biologique ......................10
Semis et fertilisation du colza en agriculture biologique : bilan de trois années d’essais en
Picardie ..................................................................................................................................16
Double valorisation du colza à la ferme (article de Jean-Luc AUDFRAY, CA 56) .................20
témoignage d’un agriculteur biologique..................................................................................23
du maine-et- loire ...................................................................................................................23
Colza : à chacun son itinéraire technique (Article de C. Rivry-fournier, Biofil 41) ..................25
La conduite du colza en agriculture biologique : une utopie ou bientôt une réalité ? (Article de
M. Valantin Morison, Alter agri 60) .........................................................................................29
Effets allélopathiques des brassicacées via leur action sur les agents pathogènes telluriques
et les mycorhyses : analyse bibliographique (Articles OCL vol.12 N°4, 2005).......................34
Introduction – la gestion du paysage pour favoriser les auxiliaires de culture Quelles pistes
de recherche ? .......................................................................................................................55
Potentialités de la lutte biologique par conservation et gestion des habitats en grandes
cultures...................................................................................................................................56
Dossier Biodiversité (JP.Sarthou, Alter Agri 76).....................................................................67
impact des pratiques culturales sur les arthropodes (P.Viaux, Alter Agri 66) ........................74
Introduction – La carie commune du blé : comment y faire face ?.........................................81
La carie...................................................................................................................................82
Etat des lieux des connaissances sur la carie commune : préconisations, pistes de recherche
...............................................................................................................................................88
La carie en production de semences de céréales bio : une lutte préventive s’impose ..........97
Agriculture biologique et production de blé tendre : une vigilance à l’égard de la carie (Article
de B. Seguin, Alter Agri 63)..................................................................................................100
Les caries du blé : des maladies dont il faut toujours se méfier (Article de G.Raynal, Phytoma
1997) ....................................................................................................................................102
Gilles SALITOT (Chambre d’Agriculture de l’Oise)
Daniel CARON (ARVALIS – Institut du végétal)
Bernard SEGUIN (Arvalis-Institut du végétal)
Laurence FONTAINE (ITAB)
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
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MAITRISER LA CULTURE DU
COLZA BIOLOGIQUE
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
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INTRODUCTION - MAITRISER LA CULTURE DU COLZA EN
AGRICULTURE BIOLOGIQUE
26
6
26
29
31
23
7
16
5
7
15
6
9
9
18
5
7
4
3
1
0
0
253
234
173,8
176,2
86,4
55,5
86,9
94,2
78,1
47,5
44,9
36,9
24,3
23,3
14
20,6
20,1
19,3
12
5
nd
1253
Surface en
conversion
(ha)
5,6
30,1
12,9
19,9
47,9
11,3
4
4
9
2
nd
146,7
Surface
totale (ha)
240
204
189
106
103
98
94
82
48
45
41
24
23
23
21
20
19
14
5
nd
0
0
1399,7
Culture du colza en AB en France en 2005 - Répartition entre régions
(source Agence Bio)
300
250
200
150
100
50
0
HA
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Surface en
bio (ha)
UC
POITOU-CHARENTES
LORRAINE
CENTRE
RHONE-ALPES
BOURGOGNE
PAYS DE LA LOIRE
ILE DE FRANCE
MIDI-PYRENEES
LIMOUSIN
FRANCHE-COMTE
BRETAGNE
AUVERGNE
AQUITAINE
HAUTE-NORMANDIE
PICARDIE
PROV-ALPES-COTE-AZUR
CHAMPAGNE-ARDENNE
BASSE-NORMANDIE
LANGUEDOC-ROUSSILLON
ALSACE
DOM
CORSE
Total France
Nb
producteurs
PO
IT
O
Région
Surface en bio et en conversion (ha)
Le colza est une plante gourmande en azote (lequel est précieux en bio !) et sensible aux
insectes ravageurs ; sa culture est difficile et les risques de rendement très limité importants.
Ses atouts (débouchés intéressants, intérêts agronomiques variés) la rendent néanmoins
attractive. De plus en plus de producteurs s’y intéressent, notamment pour la production
d’huile alimentaire, mais la surface totale de colza cultivé en bio en France reste modeste
(1 400 ha au total ; cf tableau ci-dessous). Face aux difficultés techniques, la recherche se
doit d’apporter des réponses au questionnement des agriculteurs.
COMMUNICATIONS ORALES
x Les bases de la conduite du colza en agriculture biologique (Lionel Quéré,
CETIOM)
x Les facteurs agronomiques de réussite en colza biologique (Joseph Pousset)
x Semis et fertilisation du colza en bio : bilan de trois années d’essai en Picardie
(Gilles Salitot, Chambre d’Agriculture de l’Oise)
x Double valorisation du colza à la ferme : huile + tourteau (Jean-Luc Audfray,
Chambre d’Agriculture du Morbihan)
x Témoignage d’agriculteurs :
Itinéraire technique du colza chez Eric Petit (Renan Maurice, Chambre d’Agriculture
des Pays de la Loire)
Article BioFil n°41 - Colza : à chacun son itinéraire technique (interview de Daniel
Evain et Eric Petit) – (Christine Rivry-Fournier, BioFil)
INFORMATIONS COMPLEMENTAIRES
x Muriel Valantin-Morison, 2003. La conduite du colza en agriculture biologique : une
utopie ou bientôt une réalité ? Alter Agri n° 60, p7-11.
x Raymond Reau et al., 2005. Effets allélopathiques des brassicacées via leur action sur
les agents pathogènes telluriques et les mycorhizes : analyse bibliographique. OCL,
vol.12 n°4, 261-271, 314-319.
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
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LA CONDUITE DU COLZA BIOLOGIQUE
Lionel QUERE
CETIOM - Centre de Grignon
BP 4 - 78850 THIVERVAL-GRIGNON
[email protected]
Plus d’informations sur www.cetiom.fr, rubrique colza/colza bio
Le colza présente des intérêts pour une rotation en agriculture biologique : bon précédent à
blé, amélioration de l’état structural du sol, piège à nitrates etc., mais sa culture comporte
aussi des limites, liées notamment à sa forte demande en azote et sa sensibilité aux
ravageurs. Sauf si un apport de matière organique à minéralisation rapide est possible avant
le semis, il est préférable d’implanter le colza derrière une culture à bon reliquat azoté
(luzerne, pois etc.).
Deux grands types de conduites sont préconisés selon le contexte de la parcelle. S’il existe
la possibilité d’assurer un démarrage rapide du colza (sol profond riche en azote, apport de
MO à minéralisation rapide au semis), il est préconisé d’avancer le semis d’environ deux
semaines pour rapidement couvrir le sol, étouffer les adventices, maximiser l’absorption
d’azote et aussi éviter la concurrence des ravageurs défoliateurs (limaces, altises,
tenthrèdes). Si cette possibilité n’existe pas, semer le colza à date normale. Dans tous les
cas, le labour est fortement conseillé pour faciliter la gestion des adventices, ainsi que le
faux-semis, même si cette pratique reste difficile à mener en interculture courte.
Le choix de l’écartement se fera selon le salissement attendu : si la parcelle est
potentiellement sale, se laisser la possibilité de biner en semer à grand écartement
(minimum 30 cm). Viser 30-40 plantes/m² levées.
Le choix variétal repose sur les critères suivants : résistances aux maladies, notamment le
phoma, repos végétatif marqué pour limiter le risque d’élongation sachant que l’on essaie de
favoriser un démarrage rapide du colza, et enfin une période boutons accolés – floraison
courte pour réduire la durée de sensibilité aux attaques de méligèthes.
La lutte contre les adventices passe dans un premier temps par la stratégie de l’étouffement
dans les situations où elle est possible (sols profonds, riches en azote). Celle-ci s’est révélée
efficace dans les essais à condition d’une disponibilité en azote minimale (autour de 100
unités disponibles au semis), d’avoir effectué un labour, et d’obtenir un peuplement
suffisamment dense et homogène. Ensuite, le recours aux outils mécaniques vient compléter
cette stratégie préventive. La herse étrille est utilisable en prélevée, puis à partir du stade 4
feuilles du colza. La houe rotative, plus sélective, est utilisable de la prélevée au stade 5-6
feuilles. Ces deux outils ne seront efficaces que sur des adventices très jeunes (au plus 3
feuilles) ; la précocité de leur passage est donc le premier gage de réussite, ainsi que le
renouvellement des passages pour gérer les relevées et les mauvaises herbes à levées
échelonnées (vulpin par exemple). La bineuse sera efficace sur des adventices plus
développées, et complète donc bien l’action des deux premiers outils.
Il faut 6,5 à 7kg d’azote pour produire un quintal de colza. Un apport avant semis est
préconisé avec un produit à minéralisation rapide (fientes, vinasse, lisier). Un produit de type
compost de déchets verts ou de fumier ne pourra assurer un démarrage rapide du colza, et
donc favoriser sa compétition face aux adventices et ravageurs. Au printemps, si l’on
constate que le colza n’a pas absorbé suffisamment d’azote durant l’hiver pour atteindre
l’objectif de rendement (d’où l’intérêt de la pesée sortie hiver), il est nécessaire de réaliser un
apport, encore une fois avec un produit qui mettra de l’azote immédiatement à disposition du
colza pour lui permettre de réaliser la montaison et la ramification.
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
8
Le colza a besoin de 2 kg de soufre par quintal de graines exporté, soit 50 kg pour un
potentiel de rendement de 25 quintaux/ha. Vérifier la teneur en soufre de la MO apportée
avant de décider d’un apport éventuel complémentaire.
Les insectes restent un risque potentiel très grave, contre lesquels aucune solution très
efficace n’existe. A l’automne, l’avancement du semis peut permettre de limiter les attaques
de limaces et altises, mais augmente le risque de mouche du chou. Au printemps, les
méligèthes sont les insectes les plus problématiques. Seule la technique des plantes pièges
peut apporter une solution, même si celle-ci reste imparfaite. Elle consiste soit à semer
autour de la parcelle un bande d’une variété à floraison plus précoce que la variété
principale, soit à mélanger à raison de 10% par exemple cette variété au reste de la
semence. Les méligèthes se concentreront sur ces plantes plus précoces, épargnant ainsi
les autres plantes pendant leur période de sensibilité (stade boutons). Mais cette technique
ne permet de lutter que dans le cas d’infestation modérée, si la pression méligèthes est trop
forte, ce dispositif sera inefficace. La mise en place d’une cuvette jaune est aussi un bon
élément de suivi des populations d’insectes, même si aucune solution insecticide n’est
autorisée en bio une fois que la présence d’un insecte est détectée sur la parcelle.
La récolte doit débuter même si certaines siliques sont encore vertes, vers 15% d’humidité.
Si l’on attend trop (moins de 8% d’humidité), les pertes par égrenage (ajoutées aux pertes
liées au chantier de récolte) peuvent dépasser 3 q/ha.
La conduite du colza en agriculture biologique reste toutefois risquée, pour plusieurs
raisons : nécessité d’assurer une bonne alimentation azotée, lutte contre les adventices
difficile, attaques d’insectes difficiles à maîtriser et qui peuvent fortement réduire un potentiel
de rendement jusqu’alors bon. Pour ces raisons, il peut être pertinent de réserver la culture
de colza en bio à des situations particulières, notamment dans les exploitations disposant
d’une source d’azote (élevages) et dans les régions à pression insectes et maladies
modérée.
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
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QUELQUES ELEMENTS SUR LA CULTURE NATURELLE DU COLZA
EN AGRICULTURE BIOLOGIQUE
Joseph POUSSET
Rochereuil-la-Bellière
61200 ARGENTAN
1
LE COLZA OLEAGINEUX
Son nom scientifique est Brassica napus oleifera. Certains pensent qu’il proviendrait d’une
hybridation (croisement de deux espèces différentes) entre le chou (Brassica oleraceas) et la
navette (Brassica campestris). D’autres estiment qu’il s’agit d’une variété particulière de
Brassica napus, le navet.
Quoiqu’il en soit il est cultivé depuis des siècles en Chine, en Russie et en Europe du Nord
mais seulement depuis le 18ème siècle en Europe de l’Ouest.
En France vers 1800 le colza n’était cultivé que dans le département du Nord. Puis son aire
s’est étendue rapidement jusque vers les années 1860 pour dépasser 200.000 hectares en
1863. Ensuite elle a beaucoup régressé et ne dépassait guère 5.000 hectares juste avant la
seconde guerre mondiale.
Pourquoi ? Parce que le prix de sa graine a beaucoup diminué devant la concurrence des
oléagineux provenant du Sénégal, de l’Inde, de l’Egypte. C’est également l’époque où le
pétrole monte en puissance et commence à remplacer les huiles végétales. On considère
d’ailleurs à ce moment-là que les produits pétroliers vont tout balayer durablement car ils
proviennent de « sources pour ainsi dire illimitées » (Encyclopédie Agricole sous la direction
G. Wery, 1928) !
On pouvait alors logiquement penser, à l’époque, que sa culture disparaîtrait en France. En
fait il n’en a rien été, au contraire. Sa surface était de 129.800 hectares en 1952.
l’augmentation est due à une utilisation accrue de l’huile de colza pour la consommation
humaine et le graissage des machines.
C’est surtout à partir de la fin des années 1960 que la progression est régulière. Plusieurs
raisons expliquent cette évolution. La disparition de l’élevage dans les grandes régions
céréalières entraîne celle des prairies temporaires et des légumineuses pluriannuelles
comme la luzerne. Il s’ensuit un manque de têtes de rotation que le colza peut combler au
moins partiellement. La politique agricole européenne permet des prix intéressants et
réguliers. Sur le plan technique l’utilisation accrue et généralisée des herbicides et des
insecticides rend plus aisée la culture du colza sur de vastes surfaces et son retour fréquent
dans la rotation.
La production a particulièrement augmenté depuis le début des années 1990 en Europe. La
surface en colza française était d’environ 1,3 millions d’hectares en 2006. Nous sommes
bien loin des 5.000 hectares de 1939 !
Depuis quelques années la perspective de l’épuisement des ressources pétrolières se
dessine plus nettement et constitue un encouragement supplémentaire aux cultures
énergétiques.
Cela est paradoxal car une des raisons de l’augmentation des surfaces consacrées au colza
est précisément l’utilisation massive des engrais et des pesticides issus directement ou
indirectement de l’industrie chimique pétrolière…
Le défi à résoudre est donc de produire cette plante plus que jamais nécessaire en faisant le
moins possible appel à un des facteurs qui ont favorisé son développement…
Autrement dit : nous devons, pour être cohérents, produire le colza le plus possible dans le
cadre d’une agriculture naturelle.
Comment opérer ?
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
10
2
QUELQUES CARACTERES BOTANIQUES INTERESSANT LE PRATICIEN
Le colza possède une racine pivotante et une tige rameuse, ses fleurs sont disposées en
grappes. Ses fruits sont des siliques contenant de très petites graines particulièrement riches
en huile (plus de 40 %).
Semé en fin d’été le colza d’hiver développe une rosette d’une vingtaine de feuilles séparées
par des entre-nœuds. Il se maintient sous cette forme pendant l’hiver. Son pivot radiculaire
accumule des réserves qu’il utilise pour effectuer sa végétation au cours de la belle saison.
C’est une plante à installation plutôt lente.
La floraison débute de bonne heure, nettement avant le développement total de la plante. De
ce fait elle est très échelonnée et dure souvent plus d’un mois.
La formation du fruit et la maturation des graines sont rapides, un mois et demi à deux mois
environ après la fécondation.
A maturité les siliques s’ouvrent au moindre choc. On doit donc faire attention à l’égrenage.
Comme dans le cas du blé il existe des « types hiver » et des « types printemps ». les
premiers ont un stade rosette long, exigent une période froide suffisamment étendue pour
accomplir convenablement leur cycle végétatif et résistent bien aux basses températures.
Les seconds présentent un stade rosette bref, résistent moins bien aux baisses sévères du
thermomètre et n’ont pas besoin de froid pour accomplir leur végétation.
Les froids intenses, à partir de – 12° C ou – 13° C peuvent occasionner des dégâts au colza
d’hiver, surtout s’ils surviennent brutalement et que l’allongement des tiges est important. Ce
dernier est amplifié par la densité du semis. On ne doit donc pas semer trop dru.
Le colza se développe évidemment le mieux en terre profonde et saine mais ne craignant
pas la sécheresse. Sur ce plan ses exigences ressemblent à celles du blé. L’acidité du sol lui
est défavorable.
Plante de climat tempéré et humide il a besoin d’eau pendant toute sa période végétative
mais un excès de pluie au moment de la fécondation des fleurs est préjudiciable. Notamment
parce qu’il gêne les insectes pollinisateurs.
3
LES QUESTIONS CULTURALES PRINCIPALES A RESOUDRE
Plante à végétation lente au départ, tout au moins en ce qui concerne les variétés d’hiver, le
colza craint la concurrence des adventices.
Sa « gourmandise » en azote, potasse et soufre exigent de le cultiver préférentiellement sur
les terres riches, de bien le placer dans la rotation et de maîtriser au mieux le
fonctionnement de l’« usine » du sol pour qu’elle libère au bon moment les éléments
nécessaires.
Divers parasites et ravageurs s’attaquent au colza. La maladie du pied noir (Phoma lingam)
détruit les plantules et la base des tiges plus âgées, la maladie des taches noires (Alternaria
brassicae) attaque feuilles et tiges au printemps.
Côté ravageurs on redoute les altises (la petite et la grosse altise) qui rongent feuilles et
tiges, les méligèthes, petits coléoptères qui mangent les bourgeons. Diverses espèces de
charançons s’attaquent aux bourgeons terminaux, aux tiges, aux siliques. Les larves de la
cécidomye dévorent également ces dernières. La chrysomèle des crucifères peut également
poser problème dans les régions chaudes.
La larve de la tenthrède de la rave consomme les parties aériennes de la plante. A ma
connaissance elle sévit surtout dans les secteurs où le colza est très cultivé.
Et n’oublions pas les limaces dont la plupart des espèces sont très friandes de colza.
4
PLACE DU COLZA DANS LA ROTATION
En culture classique utilisant les engrais chimiques le colza est souvent placé après un blé,
avec de bons résultats.
La même chose est possible en agriculture n’utilisant pas d’engrais chimiques mais il existe
alors un risque que la plante manque d’azote au début de sa végétation et d’autres éléments
(potasse et soufre notamment) ensuite.
Conséquences fâcheuses possibles : pression accrue des mauvaises herbes, manque de
vigueur avant l’hiver favorisant les dégâts par le gel…
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
11
On peut alors être tenté de remplacer la fumure « chimique » par des engrais organiques :
fumier, compost, lisier, engrais organiques divers du commerce…
Le succès est possible à condition que cette fumure ait une action rapide. Le fumier, surtout
s’il est pailleux, est de ce fait à éviter car il ne fournit ses éléments, notamment l’azote,
qu’après une période de décomposition plus ou moins longue. De ce fait il est préférable de
l’apporter sur la culture précédant le colza et non directement sur ce dernier.
Par contre compost mûr, lisier, purin, guano, poudre de plumes, etc. agissent vite sur les
plantes. On peut les épandre peu de temps ou même parfois juste avant le semis.
Des apports sont possibles aussi, avec quelques précautions (attention aux brûlures par
lisier ou purin trop concentrés) en cours de végétation avant l’hiver ou même jusqu’au début
du printemps.
Mais attention car un excès d’azote par rapport aux besoins du colza à un moment donné
favorise les parasites et les ravageurs. Il peut même diminuer la teneur en huile et
augmenter de façon gênante l’hétérogénéité de la maturation des graines.
N’oublions pas que la terre peut contenir des reliquats azotés conséquents en fin d’été,
même après céréale, de l’ordre de 150 unités ou davantage, cela notamment grâce au
travail microbien de l’été bien orienté. Tout enfouissement de matériaux cellulosiques
(paille…) est à proscrire dans cette optique à cause de l’effet dépressif qu’il provoque sur la
disponibilité de l’azote pour les plantes.
Pour toutes ces raisons vouloir remplacer complètement la fumure chimique par une fumure
organique est impossible et erroné. Impossible car la quantité et la disponibilité de l’azote
« chimique » sont difficiles à reproduire par des engrais organiques. Erroné car une bien
meilleure solution existe.
Laquelle ? celle de l’utilisation de l’« usine » du sol bien sûr !
Dans le cas présent elle se traduit d’abord par le choix d’un précédent légumineuses ou
prairie temporaire.
La prairie, la luzerne, les trèfles (trèfle violet, trèfle blanc, trèfle incarnat…), la féverole, les
pois, etc. sont en effet les meilleurs antécédents du colza.
Une mention pour la minette dont les secrétions radiculaires semblent particulièrement
bénéfiques au colza.
Dans le cas où on fait malgré tout précéder le colza par une céréale il me semble
particulièrement bienvenu d’associer cette céréale à une légumineuse et tout spécialement
une minette (une dizaine de kg/ha si le lit de semences est bon). Le colza lui-même peut être
associé à un peu de minette (5 à 10 kg/ha).
Après culture sarclée telle que pomme de terre récoltée de bonne heure, propre et sur
terrain riche ou bien fumé le colza peut aussi donner de très bons résultats.
Certes il n’est pas habituel de « bichonner » ainsi le colza dans la rotation mais cela me
semble nécessaire, sauf cas particulier de terre très fertile, si l’on veut mettre toutes les
chances de son côté en agriculture naturelle.
Par ailleurs faire revenir le colza plus souvent que tous les 4 ou 5 ans au même endroit
augmente de façon dangereuse les risques de maladies et de pullulations de ravageurs.
Autre chose : après récolte du colza faites lever au mieux et détruisez les repousses qui sont
parfois gênantes dans les cultures qui suivent.
5
TRAVAIL DU SOL, SEMIS ET LUTTE CONTRE LES MAUVAISES HERBES
On recommande habituellement de semer le colza avant le 15 septembre dans la moitié
nord de la France.
Il me semble que dans le cadre de l’agriculture naturelle semer un peu avant la mi-août,
toujours dans le nord de la France, est souhaitable.
Pourquoi ? Parce qu’une plante bien développée avant l’hiver résiste mieux aux adventices,
aux parasites, aux ravageurs, au gel.
Il est vrai qu’un semis trop précoce (avant la mi-juillet) pourrait provoquer un début de
floraison avant l’hiver, ce qu’il faut éviter évidemment.
Attention : parler de développement suffisant avant l’hiver sous-entend que cette végétation
a été obtenue par un semis précoce, bon précédent, travail du sol judicieux, bonne teneur en
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
12
matières organiques du terrain, etc. pas par un « forçage » azoté, même organique, qui
sensibilise la plante aux adventices, ravageurs et parasites et probablement au froid.
Le dérèglement climatique dû à l’augmentation de l’effet de serre nous entraîne sans doute
vers des automnes plus doux qui vont peut-être autoriser dans l’avenir des semis plus
tardifs. Gardons pour l’instant ce repère de la mi-août dans la région parisienne.
Cela rend difficile l’installation après céréale car le délai disponible entre la récolte du
précédent et le semis du colza est trop bref pour réaliser un travail du sol correct selon les
principes de l’agriculture naturelle. Les façons inversées, notamment, avec leurs opérations
de déstockage et de faux semis deviennent impossibles, surtout s’il fait sec.
Certes il reste la possibilité de suivre un itinéraire du genre : déchaumage, labour, façons
superficielles puis semis mais cela doit rester rare sinon la pression des adventices risque
plus ou moins rapidement de devenir insupportable en l’absence d’herbicides.
Conséquence rejoignant la question de la rotation : faire précéder le colza par des cultures
ou des engrais verts récoltés ou détruits de bonne heure, au début de l’été, courant juin par
exemple. Les mélanges céréaliers ensilés, le trèfle incarnat, les luzernes ou trèfles violets
dont on ne récolte que la première coupe annuelle, la vesce (fourrage ou engrais vert), etc.
conviennent dans ce type d’itinéraire cultural.
On fait suivre récolte ou destruction par mulchage et façons culturales inversées dans
lesquels déstockages, faux semis et lutte contre racines et rhizomes des pluriannuelles
doivent tenir une place de choix, ils conditionnent en effet la propreté du futur colza.
Il convient surtout de bien réussir la destruction du faux semis (ou du dernier d’entre eux si
vous en effectuez plusieurs). La propreté du lit de semences influence en effet beaucoup
celle de la culture.
Comment faire en période sèche ? Faut-il semer ou non ?
Déstockages et faux semis ne donnent guère de résultat car les graines de mauvaises
herbes ne germent pas faute d’humidité.
On est alors tenté de semer mais la culture risque de se salir énormément dès que les
premières pluies vont entraîner sa levée, choix délicat. En terre sale attendre est prudent de
manière à nettoyer au moins le lit de semence après les premières levées. En terre propre il
est possible de prendre plus de risques.
Quoiqu’il en soit il est toujours dangereux de semer du colza dans une terre très sèche qui a
été légèrement humidifiée par une petite pluie passagère. Le passage du semoir risque alors
d’assécher certaines zones et de provoquer une levée très hétérogène compromettant la
réussite de la culture. Dans cette hypothèse il vaut beaucoup mieux semer avant la pluie.
Un lit de semence fin sans excès, nivelé et raisonnablement rappuyé est bienvenu. Il
autorise un semis clair et précis permettant d’obtenir des plants vigoureux, pas trop hauts,
ramifiés, supportant bien le froid et productifs. Productifs car bien aérés et éclairés donc
résistant mieux aux maladies, productifs également car les insectes pollinisateurs les visitent
plus facilement.
Peuplement clair sous-entend une densité de 20 à 30 plantes par mètre carré soit environ 3
kg de semences par hectare.
On peut semer encore plus clair et viser une densité très faible de pieds 10 par mètre carré.
Au début du vingtième siècle on pratiquait une telle culture très claire du colza soit par le
biais du démariage d’un semis en rangs très écartés (50 cm), soit par repiquage. Dans ce
dernier cas on comptait environ 20 ares de pépinière pour un hectare de culture.
L’écartement entre rangs peut varier beaucoup, en gros depuis celui adopté pour les
céréales, 15 à 20 cm, jusqu’à 40 ou 50 cm.
Dans le premier cas le sarclage avec une bineuse n’est pas possible mais on peut
éventuellement utiliser une herse sarcleuse dès que le colza peut la supporter. C’est-à-dire,
en gros, lorsqu’il possède 4 feuilles. La vitesse de travail et les réglages de profondeur et
d’inclinaison des dents doivent bien sûr être judicieux. Un essai préalable s’impose dans
chaque situation selon la texture du terrain, l’humidité, la présence ou non de cailloux, etc.
La houe rotative peut aussi rendre service, en terrain pas trop caillouteux car les pierres
bloquent parfois la rotation des disques dentés.
Elle est souvent utilisable sur la culture plutôt que la herse. En revanche elle ne l’est plus
guère après l’apparition des 6 ou 7 premières feuilles. Là encore un essai est indispensable
dans chaque cas.
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
13
Il est possible aussi parfois dans le cas de terres propres, rotation judicieuse, de travail du
sol très bien conduit, de culture bien réussie parce que l’année est favorable, en particulier
dans les domaines de la pluviométrie et de la nitrification, que tout sarclage soit inutile si les
rangs sont assez rapprochés. Dans ces conditions en effet le colza lève et couvre le sol
rapidement, dominant les quelques adventices apparues. Bien des soucis sont évités quand
cette heureuse situation se produit.
Dans le cas des grands écartements, supérieurs à 30 centimètres, le passage d’une bineuse
est quasi nécessaire, surtout bien sûr en terre sale et lors des années difficiles (période
sèche prolongée suivie d’une brusque pluviométrie importante, temps doux prolongé en
automne favorisant des pluriannuelles comme les rumex…). Un ou deux binages en
automne et un au printemps constituent un bon ensemble d’interventions.
Effectuez le premier passage aussi tôt que possible, dès que les rangs sont visibles en
prenant soin de ne pas abîmer les plants. Allure lente obligatoire et grattage léger pour
arracher les jeunes adventices sans remonter de nouvelles graines d’adventices qui
infesteraient la culture par la suite.
On peut bien sûr, quand c’est possible et qu’on le juge utile, associer judicieusement l’action
de la houe rotative, de la herse sarcleuse et de la bineuse…
Les hersages en prélevée, entre le semis du colza et sa levée, sont parfois possibles mais
souvent risqués car la graine est enterrée très superficiellement et le risque de briser son
germe élevé.
Comme toutes les crucifères le colza est assez fortement allélopathique. Il possède donc
une capacité d’autodéfense contre la flore adventice.
Mais cette capacité est amoindrie par la sélection, trop orientée vers la productivité et,
probablement, par le mauvais état de beaucoup de sols.
6
MAITRISER PARASITES ET RAVAGEURS
Les limaces peuvent causer de grands dégâts au colza, surtout lors de certaines périodes de
temps doux et humide.
L’émiettement suffisant du sol par des passages d’outils à dents et des roulages tue une
partie des limaces et gêne les autres en brisant les mottes de terre sous lesquelles elles
s’abritent.
Des interventions anti-limaces sont tolérées par le cahier des charges de la culture
biologiques : avec le métaldéhyde (dans certaines conditions), l’orthophosphate de fer ou
encore à l’aide de spécialités de la lutte biologique (nématodes)…
Face aux insectes ravageurs pensons d’abord à donner ou redonner au colza une bonne
résistance en appliquant les bons principes culturaux de base (fumure azotée nulle ou
modérée et bien positionnée, travail du sol judicieux, etc.) et à ne pas faire revenir le colza
plus souvent que tous les 3 ou 4 ans dans la rotation, surtout si on se trouve dans une région
où sa culture est répandue. Certains anciens affirment que pendant la deuxième guerre
mondiale, période de pénurie d’intrants, le colza était moins attaqué…
Ne sous-estimons pas l’importance de la régénération des semences. Il me paraît important
de produire ses propres semences « naturelles » si on veut que les plantes retrouvent
rusticité et vigueur.
A part cela le semis précoce favorise une bonne croissance et donc une meilleure défense
vis-à-vis des altises, limaces, tenthrèdes qui sévissent en automne… Par contre il est peu ou
pas efficace contre ceux du printemps (charançons, cécidomyes, méligèthes…).
Un dispositif intéressant face aux insectes attaquant le colza au printemps, surtout les
méligèthes : celui des plantes pièges. Ce sont des crucifères à floraison précoce que l’on
mélange au colza à protéger ou que l’on cultive en bandes autour de la parcelle concernée.
Les ravageurs se concentrent sur ces plantes plus avancées en végétation et attaquent
moins le colza. Les bandes de navette autour des champs semblent particulièrement
efficaces. Je pense cependant que ces bandes doivent être détruites ou récoltées dès
qu’elles ont joué leur rôle pour ne pas devenir des réservoirs de ravageurs pour les années
suivantes.
Les insecticides végétaux tolérés en culture biologique (roténone…) peuvent être utiles si on
les applique avec une grande précision en s’aidant éventuellement des conseils diffusés par
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
14
les organisations professionnelles spécialisées qui suivent l’évolution des populations
d’insectes. Leur coût élevé et leur durée d’action faible limitent cependant leur intérêt.
Les préparations à base de plantes (décoction d’ortie, de prêle…) rendent parfois service
mais leur action est souvent difficile à prévoir. L’eau savonneuse est souvent efficace contre
le puceron cendré.
La levée lors des pluies succédant à une période sèche est une étape délicate au cours de
laquelle il faut bien surveiller limaces, altises, tenthrèdes… Les chenilles de cette dernière
peuvent dévorer une jeune culture en quelques jours. Une application d’insecticide végétal
peut alors se révéler efficace si elle est bien positionnée. En effet les larves ne sont pas
encore bien protégées par le feuillage peu développé.
Les parasites sont bien moins gênant que les ravageurs dans la culture du colza. Ils causent
peu ou pas de dégâts si on respecte les bons principes culturaux de base.
7
ET LE COLZA FOURRAGER ?
Dans les fermes d’élevage le colza peut être cultivé comme fourrage disponible pendant
presque toute l’année si les variétés sont bien choisies et les semis échelonnés
convenablement.
Il est tout à fait possible de cultiver du colza comme fourrage et de le récolter éventuellement
à graines en cas d’excédents, attention au choix des variétés.
A l’inverse cultiver du colza oléagineux et l’utiliser comme fourrage est envisageable en cas
de pénurie fourragère ou si la récolte à graines est compromise, par exemple en raison d’un
important salissement accidentel.
Cet article constitut le texte de la dernière fiche “Biodoc”.
Edités dans le milieu des années soixante-dix, les premiers documents “Biodoc” étaient brefs et
constituaient des réponses types aux demandes de renseignements reçues par l’association Nature &
Progrès. Ils ont évolué depuis pour devenir de petits documents techniques de quelques pages.
Résultats de recherches et observations diverses, ils abordent chacun un sujet concernant la pratique
de l’agriculteur ou du jardinier dans le cadre d’une agriculture “naturelle”. Ils sont actuellement en
cours de mise à jour et réédition.
La liste des “Biodoc” est disponible auprès du Groupement Régional d’Agriculture Biologique de
Basse-Normandie (02 31 47 22 76).
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
15
SEMIS ET FERTILISATION DU COLZA EN AGRICULTURE
BIOLOGIQUE : BILAN DE TROIS ANNEES D’ESSAIS EN PICARDIE
Gilles SALITOT
Chambre d’Agriculture de l’Oise - BP 40463
60021 Beauvais cedex
[email protected]
MOTS CLES : colza, expérimentation, azote, implantation, ravageurs.
1
LES ESSAIS COLZA EN PICARDIE
Les Chambres d’Agriculture de Picardie conduisent depuis trois ans, dans l’Oise, une
expérimentation sur la culture du colza en mode de production biologique. L’objectif est de
répondre aux préoccupations exprimées par les agriculteurs, à la recherche de nouvelles
productions et permettant de diversifier les assolements. Le colza représente pour les
agriculteurs picards bio des débouchés divers (commercialisation auprès des huileries,
biocarburant et valorisation des tourteaux en élevage bovin). Les atouts de la région Picarde
pour produire du colza bio sont divers : la profondeur des sols, le climat océanique tempéré
(pluviométrie régulière au printemps) et le savoir faire des agriculteurs pour une culture
largement implantée localement.
Pour des raisons pratiques (disponibilité des équipements, suivi en culture …),
l’expérimentation est conduite sur une parcelle de la ferme de l’Institut La Salle de Beauvais.
Il s’agit donc d’une expérimentation reposant sur un mode de culture biologique appliqué
dans une parcelle non bio. Le tableau page suivante résume les principales données des
trois années d’essais.
Cette expérimentation a été mise en place pour la première fois à l’automne 2003. Cette
année là, le dispositif reposait sur une comparaison entre deux modes d’implantation de la
culture, avec semoir à céréales et semoir de précision. L’objectif est de situer l’intérêt et les
limites comparés des deux modes d’implantation. Avec trois ans de recul, il ressort que seul
le semis de précision permet de réaliser des interventions de désherbage mécanique
tardives et efficaces avec comme outil la bineuse. Le semis à écartement réduit (semoir à
céréales) offre une meilleure valorisation de l’azote présent dans le sol.
En 2005 et 2006, le dispositif mis en place évolue. Il porte désormais sur l’intérêt d’une
fertilisation organique azotée appliquée à l’automne ou au printemps. Les résultats obtenus
sur un pas de temps très court (trois années !) montrent une forte variabilité des rendements.
La fertilisation azotée repose sur l’utilisation de vinasses issues de levurerie. Ce produit est
disponible en Picardie, son intérêt réside dans sa teneur égale en azote et en soufre (30
unités / tonne). L’automne 2005 particulièrement doux a permis de valoriser un apport
d’azote organique dès le semis. Cela n’a pas été le cas l’année suivante. Le printemps tardif
de l’année 2006, la floraison courte et la présence significative de méligèthes puis de
charançons, ont entamé largement le potentiel de la culture. Les compensations observées
l’année précédente n’ont pas été possibles.
En culture, les rendements obtenus par les producteurs picards de colza bio confirment bien
la variabilité des résultats enregistrés d’une année à l’autre. Il ressort de manière évidente
que l’offre en azote est un facteur clé de la réussite de la culture. Cette offre peut trouver
satisfaction dans le choix de précédents favorables (système élevage). En système
céréalier, cette offre est souvent limitante.
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
16
orge ptps
50
40
38
29-août
Grizzly 80 % Ecrin 20 %
2006
orge ptps
blé
blé
75
70
70
45
40
52
pieds/
m2
34
32
32
pieds/
m2
53
37
90
32
7
27
48
150
9,8
31,9
28
13,3
31,6
38,1
36
40
42
26
63
50
104
34
30
188
pas de
valeur
28
13
34
35,5
N absorbé
N absorbé rendement
rendement
%
sortie hiver
rendement
sortie hiver témoin non
fertilisé
pertes
vinasse
fertilisé ptps
témoin
fertilisé
automne
semis
semoir céréales
23
32
20
16
N absorbé
N absorbé rendement
rendement
%
sortie hiver
rendement
sortie hiver témoin non
fertilisé
pertes
vinasse
fertilisé ptps
témoin
fertilisé
automne
semis
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
27-août
pollen 80 % caracas 20 %
2005
moyenne
26-août
pollen
(caracas en
bordure)
2004
variétés
29-août
Grizzly 80 % Ecrin 20 %
2006
blé
blé
date de
densité
précédent
semis
semis
27-août
pollen 80 % caracas 20 %
2005
moyenne
26-août
pollen
(caracas en
bordure)
2004
variétés
densité
date de
précédent
semis
semis
semoir de précision - écartement 38,5 cm
valorisation supérieure de
l'azote organique
difficultés maîtrise des
adventices
observations
floraison courte - pas de
compensation, pression
ravageurs
bonne valorisation de l'apport
de vinasses au semis
sol sec au semis -absence de
facteurs limitant - 4 t de
vinasses le 12 mars
observations
Colza - synthèse des essais conduits sous le mode biologique dans l' Oise sur trois ans (2004 - 2006)
17
2
LES PRECONISATIONS AUX AGRICULTEURS PICARDS
Après trois années d’expérimentation et le recul de quelques agriculteurs, voici ce que l’on peut
retenir.
Des rendements variables d’une année à l’autre
2004
2005
15 à 30 q
2006
moyenne
10 à 15 q (système céréalier)
20 q
Parcelles
agriculteur
20 q
Parcelles ISAB
35 q
30 q
13 q
Absence de
facteur
limitant
Pression
méligèthe
s
Floraison courte, nombre de
siliques et PMG limitant
15 à 25 q (système élevage)
25 q
(limon 90 cm)
Faits marquants
2.1
Techniques d’implantation, deux choix possibles !
En toute situation, le labour est quasiment indispensable pour lutter contre les repousses et
autres graminées (à défaut réaliser des faux-semis efficaces).
En précédent riche en azote (deuxième année après retournement de prairie ou après
légumineuses), un semis à écartement réduit (semoir à céréales) est envisageable avec des
colzas qui vont partir rapidement en végétation. Dans ce cas, c’est la culture qui étouffe les
mauvaises herbes.
En système céréalier (précédent paille, disponibilité en azote plus limitée), si la parcelle est sale,
on conseille un semis à écartement large. Il permet en toute situation, le binage à l’automne
ou à la sortie hiver. Les pertes liées au passage de houe ou de herse étrille sont également
plus faibles avec des écartements supérieurs à 25 cm.
Densités de semis : le désherbage mécanique impose de relever sensiblement des densités de
semis (+10 % / conventionnel) sans aller toutefois vers des peuplements élevés qui sont
pénalisants pour le rendement.
semoir céréales : 60 grains / m2, soit 2.4 à 3 kg/ha1
-
semoir de précision : 40 à 45 grains / m2, soit 2.4 à 3 kg/ha
Un objectif de 35 pieds/m2 sortie hiver est l’optimum
2.2
Un risque maladie géré par le choix de la variété
Votre choix doit se porter sur une variété très peu sensible au phoma, peu sensible à la
verse et à la cylindrosporiose. Plusieurs variétés correspondent à ces critères (Pollen,
Grizzly, Kadore, Kalif2, Es Astrid en sol séchant
). La disponibilité limitée peut vous
conduire à demander une dérogation. Depuis deux ans, le test en mélange d’une variété très
précoce avec la variété retenue pour la parcelle (1/2 tardive) apporte une réponse
significative en présence limitée de méligèthes. La vigueur de la culture représente dans les
situations où le nombre de méligèthes est élevé la seule possibilité de limiter la nuisibilité du
ravageur.
1
2
Pour un PMG de 4 à 5 g, attention cette année aux PMG de semences de ferme souvent faibles.
Kalif : seule variété à priori disponible sur le site http://www.semences-biologiques.org/
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
18
2.3
L’offre en azote, facteur clé pour un bon rendement
Le colza est une culture consommatrice d’azote. Au printemps, l’offre en azote détermine
une part essentielle de la réussite de la culture. Il est conseillé de privilégier des précédents
favorables (place dans la rotation). En système céréalier, l’offre est souvent limitante. Une
fertilisation de printemps est conseillée pour lever d’éventuelles carences et permettre au
colza de produire des ramifications dont dépendra le nombre de grains et donc le
rendement. Un produit à minéralisation rapide est préconisé (vinasses ou fientes).
L’enfouissement par le binage est alors conseillé pour limiter les pertes par volatilisation.
2.4
Semer dès que les conditions le permettent !
Lorsque les conditions pour une croissance rapide des colzas à l’automne sont réunies,
semer tôt (en août, les jours comptent double pour le colza !) permet de rendre le colza
compétitif et moins sensible aux ravageurs.
Ces préconisations régionales sont reprises de l’Info BIO n°13-06 du 22 août 2006, diffusé auprès des
agriculteurs bio de Picardie par la Chambre d’Agriculture de l’Oise.
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
19
Colza
Double valorisation
du colza à la ferme :
Huile + Tourteau
Cet article rend compte des acquis des expériences de la CUMA « Terre d’énergie » (56),
du GIE « Huile et tourteaux » (56) et d’INNOV 29 (29). A partir du colza produit sur l’exploitation, deux produits sont obtenus : de l’huile pour le moteur de tracteur et du tourteau pour l’alimentation des animaux. Il s’agit d’une démarche concrète visant à une
meilleure autonomie énergétique et protéique de l’exploitation.
C
ultiver du colza, le
stocker à la ferme, presser les graines avec une
presse à huile, obtenir d’un côté une
huile de qualité, la laisser décanter, la
filtrer, l’utiliser comme carburant en
substitution du gasoil et obtenir d’un
autre côté un tourteau qui peut être
utilisé pour l’alimentation des animaux comme complément azoté en
substitution du soja. Telle est la
démarche de ces agriculteurs pionniers.
Presse à huile
30 % d’huile, 70 %
de tourteau
En pressant la graine de colza avec
une presse, on obtient environ 30%
d’huile (HVP : Huile Végétale Pure) et
70 % de tourteaux. La paille, qui n’est
pas de bonne qualité, peut rester au
champ comme réserve de carbone ou
être utilisée comme complément de
litière. Les repères techniques que
nous pouvons fournir au vu des résultats de l’expérience de 2005 sont synthétisés dans le tableau ci-après.
Une graine de colza
propre et sèche
La graine de colza doit être propre et
sèche (entre 6 et 9 % d’humidité).
Pour atteindre ce résultat, les pratiques sont diverses : certains préfèrent
vendre le colza à un organisme
stockeur et récupérer ensuite la graine, d’autres font du tri à façon, d’autres enfin ventilent le grain dans une
cellule pour le refroidir et le sécher
après l’avoir nettoyé. Attention, l’air
du ventilateur passe moins bien dans
le colza que dans la céréale, la graine
est plus petite . Il est préférable de
stocker à une certaine hauteur pour
faciliter le pressage.
Savoir doser le
pressage
A 20-25°C de température ambiante,
le pressage a un meilleur rendement.
Toutes les presses n’ont pas le même
rendement. Il convient de trouver le
juste milieu entre une faible extraction
qui donnera peu d’huile et un tourteau très gras et une pression trop
forte et à haute température qui provoquera des phospholipides responsables de gommage dans les moteurs.
Sous la presse, on filtrera grossièrement pour éviter les grosses impuretés dans l’huile avant une décantation
de une à trois semaines. L’huile
1 ha de colza
Rendement
de 20 à 35 q
30 % d’huile
de 600 à 1 100 litres
70 % de tourteau
de 1 400 à 2 500 Kg
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
Pôle agronomie productions végétales des Chambres d’Agriculture de Bretagne - Campagne 2005 - 2006
20
33
Colza
Deux presses à huile pour Innov 29.
Afin d’accompagner les agriculteurs finistériens, souhaitant se lancer dans l’autonomie énergétique et protéique de leur exploitation, l’association Innov 29 (Fdcuma
et Comités de développement) a fait l’acquisition de
deux presses à barreaux. Elles
sont montées en parallèle sur
une remorque pour être opérationnelles instantanément.
La trémie permet une autonomie d’une dizaine d’heures afin de pouvoir travailler en continu, y
compris la nuit. L’objectif étant de permettre aux agriculteurs de voir la
faisabilité du pressage et la valorisation de l’huile et du tourteau sur l’exploitation sans faire l’acquisition immédiate du matériel.
décantée conserve toute sa saveur
pour l’usage alimentaire. Sa couleur
ambrée est du plus bel effet .
Une filtration de 3 à
1 micron
Si l’on veut faire du carburant, une filtration plus poussée de 3 à 1 microns
est nécessaire. Différents types de filtres existent sur le marché. Plutôt que
de choisir des filtres à plaques très
efficaces mais chers, les membres du
GIE ont opté pour des kits de pompage équipés d’un filtre à cartouche de
vanne 3 voies et de pistolet de remplissage d’une valeur de 660 € ce qui
permet à chacun d’avoir son filtre.
Une fois toutes ces opérations effectuées, l’huile peut être stockée dans
des citernes en plastique de préférence opaque.
L’huile végétale pure est plus visqueuse que le gasoil. A tarage égal, l’huile
pourrait ne pas faire de fines gouttelettes ou demandera trop d’efforts à
la pompe d’injection. Il faut donc une
pompe d’injection de qualité ou rajouter une pompe de pré-gavage. Cela
nécessitera toujours un tarage adapté
des injecteurs. Dans les tuyaux d’alimentation et dans les filtres, l’huile
aura un débit plus faible. Chauffée,
elle aura un comportement plus fluide. Ceci peut s’obtenir par du préchauffage électrique ou à partir des
radiateurs.
Presse à huile surélevée
L’huile végétale pure est un bon carburant (pratiquement équivalent au
gasoil) mais elle doit être bien filtrée
car elle a un pouvoir décapant, ce qui
peut encrasser les filtres lors d’une
première utilisation. Comme le carburant, la condensation peut poser des
problèmes, c’est pour cela qu’il faut
presser une graine sèche, utiliser des
citernes de stockage en plastique.
Utilisation de l’huile de colza : mode d’emploi
Préalable :
- Utiliser l’huile pour les tracteurs les plus sollicités, pour éviter l’encrassement des moteurs,
- Eviter l’utilisation de l’huile en période hivernale à cause de la forte viscosité.
3 solutions
L’huile végétale
pure en tant que
carburant
- Rester à un mélange de 30% huile et 70 % gasoil, ce qui évite les équipement mécaniques. Commencer par 5, 10, 20, pour arriver à 30%
maximum et faites le mélange juste avant le remplissage du réservoir
pour respecter les proportions.
Si on souhaite utiliser l’huile végétale
pure comme carburant, il est nécessaire de se poser les questions
suivantes : Quelle injection ? Quelle
pompe d’injection ? Quel tarage des
injecteurs ? Si vous n’êtes pas compétent sur le sujet, faites-vous aider par
votre mécanicien, à défaut renseignez-vous auprès des agriculteurs qui
pratiquent ou des conseillers machinisme.
- Passer en bi-carburation : Avec une vanne (manuelle ou électrique),
vous démarrez au gasoil et lorsque le moteur est bien chaud, vous passez à 100 % d’huile brute. Avant l’arrêt du moteur, vous retournez en
gasoil. L’inconvénient du système est que votre moteur est réglé pour
un des deux carburants , mais pas pour l’autre, la carburation n’est pas
parfaite.
- Adapter son moteur à l’huile brute, ce qui est plus logique, mais plus
technique. Cela passe par du préchauffage de l’huile dès le démarrage
et par des filtres doublés par une pompe en ligne précédée d’une
pompe de pré-gavage.
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
34
Pôle agronomie productions végétales des Chambres d’Agriculture de Bretagne - Campagne 2005 - 2006
21
Colza
Valeurs nutritives du tourteau de colza
Tourteau fermier
Tourteau shilfer
Graines
Msa
g/kg MF
932
890
920
MO
g/kg MS
941
920
957
MAT
g/kg MS
271
380
218
EE
g/kg MS
221
100
448
CB
g/kg MS
109
121
108
UFL
UFV
/kg MS
1,18
1,32
0,95
1,72
1,71
/kg MS
1,1
1,27
0,89
PDIA
g/kg MS
71
0
113
27
PDIN
g/kg MS
177
139
249
122
PDIE
g/kg MS
112
45
158
42
VEM
/kg MS
1450
1161
1124
1454
VEVI
/kg MS
1587
1202
1185
1532
DVE
g/kg MS
102
57
141
19
OEB
g/kg MS
107
138
164
140
Valeurs mesurées en zootechnie
Valeurs de digestibilité estimées en prenant comme références les données relatives au shilfer
Valeurs de digestibilité estimées en prenant comme références les données relatives aux graines
Valeurs de référence dans la littérature
(source Gembloux-rapport Tricof)
Un tourteau plus
gras
Les tourteaux de colza obtenus par
pression à froid, contiennent toujours
un peu d’huile à l’inverse des tourteaux industriels, qui sont obtenus
avec des pressions à chaud et des
extractions à l’hexane , ce qui les rend
moins énergétiques et plus azotés.
Le taux résiduel d’huile dans le tourteau fermier va dépendre du grain utilisé, du type de presse (11 à 25%
d’huile résiduelle dans les tourteaux ),
de la température de pressage, du
débit et de la vitesse de la presse.
Nous vous conseillons de réaliser une
analyse de ce tourteau. Le tableau cidessous donne un ordre de grandeur.
Ce tourteau paraît mieux adapté pour
l’engraissement des bovins et les
rations de porcs et de volailles. Pour
les vaches laitières, nous attendons
les résultats des essais de la station
expérimentale des Trinottières (49) et
du suivi d’un réseau d’élevages bretons .
Bien dimensionner
l’atelier de pressage
L’atelier de pressage doit être pratique
et dimensionné selon les besoins. Soit
on part des besoins en carburant (600
les boues. Le stockage de l’huile doit
se faire à part et il est souvent nécessaire de faire son mélange avant utilisation dans une cuve carburant pour
ceux qui font le mélange Gasoil/huile.
Un matériel de pompage filtration distribution est nécessaire pour les transvasements et remplissages. On peut
trouver un petit kit pour 650 € (AsterLanouée).
La fiscalité
Pour les carburants, le projet de loi de
finance 2006 autorisera certainement
les agriculteurs à utiliser leur propre
production à des fin de carburant sans
TIPP, par contre il n’est pas prévu de
leur permettre de le vendre comme
cela se fait en Allemagne.
Pour les combustibles (Fuel) : la vente
est possible sans taxe spécifiques.
Déclaration PAC
Le tourteau de colza produit à la ferme
contient encore de l’huile
à 1100 litres/ha), soit on part des
besoins en tourteaux (1400 kg à
2300 kg/ha) et on calcule les surfaces
en colza et l’atelier de pressage. Pour
le stockage du colza, on compte 600
à 700 kg au m3, attention le tas de
colza laisse moins passer l’air que les
céréales. L’atelier de pressage doit
être dans un endroit au minimum
tempéré pour avoir un bon taux d’extraction et permettre un pressage
continu d’au moins 12 h sans intervention. Ceci nécessite une trémie de
stockage du colza de 600 kg au minimum pour une presse qui fait 50 kg/h
et une trémie de réception du tourteau de 400 kg (minimum). La cuve de
décantation de l’huile doit pouvoir
absorber la totalité d’un pressage
pour éviter des reprises d’huile. Cette
cuve de décantation doit être munie
d’une vanne de vidange pour évacuer
Pour les aides PAC, il suffit de déclarer
la culture. Pour bénéficier du crédit
carbone (45 €/ha) et pouvoir le mettre en jachère, il faut un contrat Oniol
qui peut être signé par l’intermédiaire
d’un organisme stockeur ou directement avec l’Oniol. Selon les informations dont on dispose lors de la rédaction de cet article, en contrat individuel, il faut verser une caution forte
(60 €/ha pour le colza seul, 230 €/ha
pour le colza jachère). De plus, on est
tenu de dénaturer le produit et tenir
une comptabilité matière.
Jean Luc AUDFRAY,
CA 56
Pierre DEMEURÉ,
Pôle Agro PV
Contacts
Jean Luc AUDFRAY, CA 56
02 97 46 22 61
Pierre DEMEURE, CA 29
02 98 73 19 37
Pierre HAVARD, station des Cormiers
02 99 39 72 93
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
Pôle agronomie productions végétales des Chambres d’Agriculture de Bretagne - Campagne 2005 - 2006
22
35
TEMOIGNAGE D’UN AGRICULTEUR BIOLOGIQUE
DU MAINE-ET- LOIRE
Eric PETIT
La Choletaie - 49520 Combrée
Renan MAURICE
Chambre Régionale d’Agriculture des Pays de la Loire
9 rue André Brouard – 49105 Angers Cedex 02
[email protected]
1
PRESENTATION SUCCINCTE DE L’EXPLOITATION
x Exploitation grandes cultures à Combrée (Maine-et-Loire) en bio depuis 2000
x SAU : 125 ha (dont 114 épandables)
x Assolement moyen :
Surface en ha
Lupin d’hiver
Féverole d’hiver
Colza
Blé
Maïs grain
Tournesol
Pois de printemps
Triticale
4à5
15 à 16
9
40 à 50
6 à 15
14
0 à 16-17
0 à 8-10
Fourchette de rendement
(en Qx / ha)
25 à 35
30 à 45
20 à 32
55
50 à 90
25 à 30
20 à 50
55
x Les principes de la rotation sur l’exploitation :
o un blé au moins tous les 3 ans
o le blé précédé d’un protéagineux et interculture
o alternance de culture d’hiver et de printemps mais souvent 2 cultures d’hiver
puis 1 de printemps
o colza et lupin précédés de blé et travail précoce
2
31/07 : labour
à 18 cm
juillet
ITINERAIRE TECHNIQUE DU COLZA - EXEMPLE CAMPAGNE 2006 - 2007
01/08 et 17/08 :
vibro + rouleau
packer
août
30/08 : fiente de volaille,
5t/ha (26 U d’N)
o
o
o
sept
14/10 :
binage
oct
nov déc janv
fév
mars
avril
mai
01/09 : semis en
combiné - herse
rotative
juin
juillet
récolte
précédent blé, sur terre limoneuse et moyennement profonde
semis de la variété Kador (semence de ferme) à 4 kg/ha
écartement 30 cm pour pouvoir biner
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
23
o
o
o
comptage levée le 10 octobre 2006 : 14,4 pieds / mètre linéaire (nombre de
pieds par mètre linéaire conseillé : entre 12 et 14)
pesée du 12 décembre 2006 : entre 1,8 et 2,3 kg de matière verte aérienne
par m² : pas besoin de fertilisation azotée au printemps
pas d’intervention prévue entre le binage de novembre et la récolte (sauf en
cas de fort salissement, possibilité de biner une autre fois au printemps)
x Débouché du colza :
o projet d’investissement dans une presse pour presser sur la ferme,
o sinon stockage pour vendre la graine au meilleur moment, en fonction du
marché ou pour la vendre à des agriculteurs qui ont le matériel pour presser.
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
24
GRANDES C U LT U R E S
Colza
À chacun son itinéraire technique
De 336 ha en 2003, la culture du colza bio a fait un bond en 2004 pour passer à 1 040 ha (1).
Difficile d’estimer la surface récoltée cette année en France, mais il semble qu’elle ait encore
progressé. En effet, cette crucifère ne manque pas d’atouts, d’autant plus qu’elle bénéficie d’un
marché attractif en raison des qualités diététiques de son huile. Mais ce n’est pas l’unique raison de son intérêt.
P
ossédant une réputation de culture difficile en bio en raison
notamment des attaques
d’insectes, les surfaces de
colza ont longtemps stagné.
Ses débouchés confidentiels
en huile comme en tourteaux ont freiné son essor.
“Pourtant, en tant que
seule plante sarclée d’automne, elle mérite sa place
dans l’assolement pour
rompre la succession des
céréales à paille. C’est une
tête de rotation intéressante
qui peut contribuer à
résoudre certains problèmes de désherbage”,
affirment les producteurs
qui se sont lancés, attirés
par des prix d’achat des
graines devenus très attractifs (370 euros/t minimum
départ champ pour la récolte 2004).
Or les références techniques
sont encore rares. Une
étude réalisée par le Cetiom
et l’Inra avait mis en avant
les facteurs limitants du
colza bio (voir BIOfil
n°30) : l’incidence néfaste
sur les rendements des
carences azotées à l’automne et à la reprise de la végétation, ainsi que le risque
d’étouffement de la plante
par les adventices dès l’ins-
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tallation. Autres freins pour
cette culture : les risques
d’attaques au printemps
d’altises, de mouches du
chou, de pucerons cendrés
et de méligèthes, certes
localisées, mais pénalisantes en cas de faible
vigueur de la culture. Alors
comment faire pour obtenir
des rendements satisfaisants en bio, entre 15 qx et
25 qx ? Outre le choix de
,
,
.OUBLIEZPASDEFORTIlERVOSSEMENCESCONTRELACARIEAVECLE4ILLECUR
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Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
BIOFIL • N° 41 - JUILLET / AOÛT 2005
25
51
GRANDES C U LT U R E S
La graine de colza bio possède de multiples atouts, notamment en raison
des qualités nutritionnelles de son huile.
variétés résistantes aux
maladies, la date et la densité du semis semblent
déterminants, mais les stratégies varient, comme le
prouvent ces témoignages.
Réussir l’implantation
“L’important est de réussir
l’implantation afin que la
plante ait assez de vigueur
pour déjouer tous ces
pièges”, résume Christophe
Lecuyer, installé en bio depuis
1995 sur les départements de
l’Orne et de l’Eure-et-Loir et
qui en est à sa quatrième
récolte de colza. Cette année,
sur ses 200 ha de grandes cultures, il lui a consacré 25 ha.
Implanté après un précédent
de céréales à paille, le colza
entre dans un assolement
composé de luzerne, blé,
orge, triticale, colza, féveroles, dactyle porte-graines,
ainsi que quelques légumes.
“La principale contrainte,
c’est le temps très court
imparti pour la préparation
des parcelles, le déchaumage
et le labour entre 18 cm et 20
cm ; je n’ai qu’une quinzaine
de jours devant moi, car je
sème tôt, entre le 10 et le 20
août”, explique le producteur. La raison ? “Il est indispensable que la plante se
développe vite.” D’où l’importance de la fertilisation. Il
a essayé le fumier de cheval
(10 t/ha), la vinasse, les
fientes compostées associées
aux déchets verts. C’est la
rapidité d’assimilation qui
semble être le critère à
prendre en compte. Il a choisi de semer à 5 kg/ha la variété Pollen, “relativement rustique, qui démarre lentement
au printemps au rythme de la
minéralisation”.
L’écartement est soit de 17
cm avec un éventuel passage
de herse étrille, soit de 40 cm,
s’il veut pouvoir biner une à
trois fois, dont une au printemps. “J’ai fait plusieurs
essais mais, sans binage, les
parcelles sont plus sales”. À
la récolte, il lui faut donc
trier, ce qui n’est pas facile en
raison de la présence de sanve
(moutarde des champs) ou de
ravenelles.
Quant
aux
insectes, malgré la présence
de méligèthes ou de pucerons
cendrés en fin de cycle, ils
n’ont pas trop affecté le rendement, dont la moyenne se
situe, selon les années, entre
17 qx/ha et 23 qx/ha.
Biner par sécurité
“Je ne veux prendre aucun
risque, j’ai donc choisi de
biner mon colza, comme le
reste.” En bio depuis 2000
sur 125 ha de grandes cultures à Combrée, dans le
nord du Maine-et-Loire,
Éric Petit bine en effet
toutes ses cultures, du blé
au pois, en passant par la
féverole ou le lupin, avec un
attelage avant. L’an dernier,
son colza n’y a pas échappé
au rythme d’un hectare par
heure, même si, parallèlement, un essai non biné a
été mis en place par le
Cetiom sur son exploitation. Pour cette première
année de colza, biné ou
non, les résultats ont
d’ailleurs été les mêmes :
très satisfaisants, avec un
rendement moyen de 32
qx/ha sur les 5 ha ensemencés. “Après une année sans
colza en raison des
contraintes de rotations, je
vais renouveler cette culture en semant fin août en
ligne avec une densité de 3
kg/ha et un écartement de
30 cm. Pour moi, c’est la
sécurité. Au moins, je n’aurais rien à me reprocher.”
La lutte contre l’enherbement reste en effet son
souci numéro un. De plus,
le passage de la bineuse,
effectué début octobre au
stade 30-40 cm de la plante, même s’il n’a pas été très
facile à réaliser en raison de
la forte couverture de la
plante, a servi aussi à minéraliser. Implanté après un
blé, un déchaumage, un
labour, un épandage de 4
t/ha de fumier de volaille
composté, deux passages de
vibroculteur avec rappuyage au rouleau, sa culture de
colza n’a pas rencontré de
problèmes
particuliers.
Comme la majorité des
producteurs interrogés, il
Irrigation contre les ravageurs
Parmi les insectes se développant sur colza, deux sont fortement préjudiciables :
- le charançon de la tige a une forte nuisibilité, avec des pertes de rendement de
30 % si on compte plus de 3 piqûres par plante. Les piqûres de l’adulte entraînent la déformation et l’éclatement de la tige. Il en résulte une moins bonne alimentation de la plante en eau et en minéraux ;
- les méligèthes qui, de la formation des premiers boutons jusqu’à l’apparition
des premières fleurs, consomment le pollen à l’intérieur des boutons, provoquant ainsi leur destruction. Les dégâts peuvent être limités si les colzas comptent un nombre de boutons élevés et de grosses tailles. En cas de fortes attaques
de ces deux ravageurs, l’irrigation permet de réduire le stress subi par la plante, qui va mieux compenser. Le potentiel de rendement sera ainsi maintenu,
voire amélioré dans le contexte local
Extrait d’Info cultures bio, avril 2005, du conseil du réseau Rhône Alpes “Grandes cultures biologiques”.
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
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BIOFIL • N° 41 - JUILLET / AOÛT 2005
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GRANDES C U LT U R E S
Le colza : une huile miracle ?
La seule variété disponible existant actuellement en bio sur le
marché est Pollen (lignée) à maturité mi-tardive, multipliée par la
Sica bio d’Agralys qui compte en
proposer une nouvelle l’an prochain. D’autres existent en non
traitées. En plus précoces, citons
les lignées Cadillac, Olphi,
PR45W04, Savannah, Cando
(sud de Paris), ou Campala,
Capvert, Columbus (nord de
Paris).
Mode ou tendance lourde ? L’huile de colza, qui a défrayé la chronique il y a une trentaine d’années
en raison de la présence d’acide érucique – que l’on décèle aussi dans d’autres aliments, comme la
moutarde et le maquereau – est en train de retrouver ses lettres de noblesse. Par principe de précaution, elle avait été évincée, suite à des expériences montrant des risques d’infiltration de graisse dans
le myocarde décelé chez le rat, mais cela n’a jamais été confirmé chez l’homme. Aujourd’hui, l’huile
de colza est en train d’être réhabilitée. Alors qu’elle a été décriée, on lui accorde des vertus exceptionnelles en raison de ses forts taux non seulement en acides oléiques (55 %), mais aussi en acide
linoléique de la série oméga 6 (22 %) et en acides alpha-linoléique de la série oméga 3 (9 %), deux
acides gras essentiels dans l’alimentation et non synthétisés par l’homme. Comme l’acide érucique a
été jugé dangereux (avec un taux de 50 %, estimé excessif pour la consommation humaine (1), la
sélection végétale a conduit à la mise au point de variétés n’en contenant plus que des traces (variétés simple zéro).
Mais ce n’est pas tout : une fois l’huile extraite, le tourteau, riche en matières azotées, est utilisé en
alimentation animale. Or, il contient des composés soufrés, les glucosinolates qui, après hydrolyse,
donnent des produits toxiques riches en nitrites et cyanates (2). Même si, seul l’excès serait véritablement toxique, l’Inra a élaboré des variétés double zéro largement répandues, non seulement sans
acide érucique mais aussi à basse teneur en glucosinolate.
Notons que c’est ce même colza, sélectionné à la fois pour l’homme et l’animal, qui sert à faire du
carburant. Il est aussi utilisé en lubrification des moteurs et en transmission hydraulique. Mais
comme l’huile à haute teneur en acide érucique possède des débouchés plus intéressants pour l’industrie, l’Inra réoriente ses recherches vers des variétés de printemps à haute teneur en acide érucique. Or celles-ci risquent de contaminer celles destinées à l’alimentaire, qui sont des variétés d’automne. C’est un nouveau problème.
C. R-F
n’a pas eu de soucis avec les
limaces à l’implantation.
Un peu de soufre au printemps a permis de pallier
une carence, mais “je ne
pense pas que l’impact a été
déterminant sur le résultat”. Éric Petit estime que
cette production a sa place
dans sa rotation qui fait se
succéder du blé, des protéagineux, un gel, puis à nouveau du blé, du maïs ou du
tournesol, avec une interculture de moutarde entre
les protéagineux et le blé
pour fixer l’azote. À noter
qu’un essai réalisé en associant du trèfle nain au semis
de colza, dans le but de
limiter la levée des adventices indésirables, n’a pas
donné de résultats probants
car “la crucifère couvre
trop et le trèfle n’est pas
sorti”, explique l’agriculteur.
Attaques
de méligèthes
Chez Daniel Evin, installé
sur 160 ha convertis en bio
en 2000 à Dourdan, dans
l’Essonne, la situation est
plus délicate. Avec trois ans
de recul et 25 qx/ha de rendement la première année,
ce producteur croit beaucoup au colza dans la rota-
(1) On découvrira par la suite que l’acide érucique de l’huile de colza n’était que pour peu de chose dans les problèmes rencontrés chez les
rats. L’huile de tournesol, comme celle de maïs, provoquent les mêmes altérations cardiaques car les rats tolèrent mal les huiles végétales. En
fait, l’acide érucique aurait même des effets bénéfiques sur l’homme !
(2) Les crucifères (colza, navette) contiennent des hétérosides soufrés ou glucosinolates qui vont se concentrer dans les tourteaux. Ces hétérosides soufrés ont des propriétés goitrigènes (c’est-à-dire qui provoquent un goître hypothyroïdien) et par conséquent sont responsables de
retards ou d’arrêt de la croissance chez les animaux qui consomment ces tourteaux. De plus, ils confèrent un goût amer au tourteau de colza
(et de navette). Mais ils peuvent être partiellement détruits par la chaleur. C’est pourquoi les premiers tourteaux de colza subissaient un toastage (cuisson). Cependant, l’utilisation du tourteau de colza n’a pu se développer réellement qu’après l’apparition de variétés de colza à très
basse teneur en glucosinolates.
tion. Mais il a souffert cette
année d’une attaque de
méligèthes sans précédent
qui l’a contraint à broyer
ses 12 ha ensemencés. “J’ai
déjà été touché l’an dernier
sur 15 ha d’une parcelle
proche d’une zone boisée,
mais cette année en plaine,
c’est
catastrophique”,
déplore ce producteur qui
cherche des pistes pour
résoudre ce problème encore très localisé : “Ce coléoptère est apparu dès la mimars et j’ai tout essayé, le
purin d’ortie, une dilution
de tabasco, en vain.” Il
espère dans la mise au point
d’un aspirateur de méligèthes, une technique déjà
employée aux USA sur fraisiers. L’Itab a d’ailleurs l’intention de plancher sur la
question. “En dehors de ce
risque qui, pour l’instant,
est bien réel, le colza s’avère une excellente tête de
rotation, mais il doit être
suffisamment fort avant
La culture de colza ne rencontre pas de difficultés particulières, à condition de maîtriser le salissement dès la levée.
l’hiver pour se passer d’une
fertilisation azotée au printemps.” Il sème à faible
densité (1,9 kg/ha), peu
profond, à 50 cm avec un
semoir à betterave et bine
dès septembre pour enlever
la majorité des ray-grass,
voire des rumex, en entre-
rang. En mars, il butte sa
culture pour recouvrir les
herbes rebelles.
Interventions réduites
Pour Laurent Coulonnier,
éleveur de moutons (races
Solognote et Belle-Île) et de
porcs (Bayeux) à Ivernay,
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
BIOFIL • N° 41 - JUILLET / AOÛT 2005
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GRANDES C U LT U R E S
en Maine-et-Loire, la culture de colza, qu’il pratique
depuis qu’il a converti son
exploitation en bio, à
savoir 10 ans, n’a jamais
été un souci : si elle rate, il
la retourne, “car je vise
d’abord l’engrais vert”. Si
elle est belle, il la moissonne : “c’est vite vu, dès la
sortie de l’hiver à la reprise
de la végétation.” Grâce à
une moissonneuse-trieuse
(Someca datant de 1984), il
rentre une récolte propre :
“je moissonne avant la
maturité des adventices,
notamment celle de la moutarde ou de la vesce sauvage, car elles ne peuvent pas
être triées”, explique le producteur. Avec un précédent
de protéagineux, il a aussi
des repousses de féveroles.
Lorsqu’il récolte, il réussit
des rendements de 20 qx/ha
en moyenne. Le semis en
ligne (10 kg/ha de variété
Saturnin) est réalisé entre le
15 et le 30 août, soit en
direct après deux passages
du déchaumeur, soit après
labour si nécessaire pour
nettoyer la parcelle et après
l’épandage de 10 tonnes de
fumier mûri en tas (mélange de porc, bovin, ovin).
“Puis, je n’interviens plus,
et j’ai rarement des problèmes d’insectes, parfois
un peu de pucerons cendrés
qui peuvent s’acharner sur
un pied après la floraison,
mais sans se répandre et
porter préjudice.”
Chaque année, il sème environ 3 ha à 4 ha de colza, 8
ha cette année, car il a décidé de miser davantage sur
cette culture. Avec la
Cuma, il a pu acquérir une
presse à huile (4 500 euros
HT) : “Ainsi je vais valoriser mon colza au maximum, en produisant de
l’huile et des tourteaux”.
Soit 20 litres d’huile à
l’heure et 40 kg de tourteaux pour 60 kg de graines
de colza pressées. L’huile
est vendue mais il n’exclut
pas d’en utiliser aussi une
partie pour son tracteur,
pour améliorer son autonomie énergétique. Quant aux
tourteaux, ils vont rentrer
dans l’alimentation de ses
porcs. En effet, l’intérêt du
colza bio réside aussi dans
la multiplicité de ses débouchés. C’est pourquoi toutes
les régions s’intéressent de
près à cette culture et les
expérimentations se multiplient pour mieux la maîtriser. Il reste que ce n’est pas
la panacée. En effet, la
concurrence
étrangère,
notamment hongroise, est
de plus en plus rude. Et le
marché en bio est encore
étroit.
Christine Rivry-Fournier
(1) Chiffre de l’Observatoire de l’Agence Bio
qui comptabilise aussi les surfaces consacrées
au colza fourrager destiné à l’engrais vert.
Les techniques de semis
- Date de semis : du 15 août au 1er septembre, pour obtenir des
“choux” avant l’hiver : une implantation rapide permet un bon
développement avant l’hiver, donc une bonne couverture du sol
et un bon prélèvement d’azote. Ainsi, le salissement de la parcelle et les pressions des maladies sont réduits, le rendement
optimisé.
- Dose : 60 pieds au m2, ce qui correspond environ à 3 kg/ha ;
possibilité à 9-10 kg/ha au semoir ou à la volée ; dans ce cas,
réduire la densité avec une herse à l’automne (une densité trop
forte provoque l’élongation des plantes avant l’hiver et les rend
plus sensibles au gel).
- Semoir : de précision (à disques) permet de semer à ces faibles
doses ; semoir à céréales en mélangeant avec des brisures de riz
(50/50).
- Vitesse d’avancement : 4 à 6 km/h, 2 cm maxi de profondeur.
- Écartement : 15 à 50 cm (à 50 cm, il peut être biné).
Extrait du bulletin d’information du département bio de la chambre d’agriculture du
Maine-et-Loire (Patrice Closset)
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
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BIOFIL • N° 41 - JUILLET / AOÛT 2005
28
Grandes cultures
Grandes
cultur
La conduite du colza
en agriculture biologique :
une utopie ou bientôt une réalité?
Par Muriel Valantin-Morison, Gilles Grandeau et Jean-Marc Meynard (INRA1)
Alors que le tournesol biologique occupe environ 3000 ha en France, le colza biologique avec
800 ha (conversion comprise) est quasiment inexistant de la sole d’oléagineux français
biologiques. Les agriculteurs biologiques hésitent à se lancer dans la production de colza, jugée
difficile, risquée et peu valorisée sur le marché ; du fait de l’inorganisation de l’aval, les
transformateurs estiment que la production française de colza biologique est insuffisante pour
alimenter une filière. La mise au point d’une conduite fiable en réponse aux freins techniques
permettrait d’introduire de façon durable le colza en agriculture biologique.
Les productions d’oléagineux biologiques en France sont aujourd’hui
représentées surtout par le tournesol et
le soja. Leurs deux créneaux de commercialisation potentiels sont l’huilerie
pour l’alimentation humaine, le tourteau ou les graines entières pour l’alimentation animale. Pourtant, tout
comme le tournesol, le colza biologique
pourrait trouver un certain débouché
dans ces mêmes créneaux et faire ainsi
progresser l’offre nationale en volume
et en qualité.
La composition en acides gras essentiels polyinsaturés de l’huile de colza
permet de la classer parmi les plus
équilibrées et aux vertus diététiques
excellentes (Renaud, 1996 and Bourre,
1996). Cela devrait stimuler l’émergence de créneaux pour une huile pressée
à froid et le mélange d’huiles biologiques. En outre, dans le cadre de l’élevage biologique, le colza viendrait
grossir l’offre nationale en tourteau de
tournesol. Mais surtout, par son profil
en acides aminés assez équilibré, ce
tourteau pourrait être très intéressant
pour l’alimentation des volailles de
chair et des porcs : en effet, il est relativement riche en lysine et méthionine,
deux acides aminés essentiels et non
synthétisables par l’organisme.
D’un point de vue agronomique, une
culture de colza rompt la succession des
céréales à paille et constituerait un relais
d’assolement commercialement intéressant. La dégradation des résidus de cultures entraîne la dégradation des glucosinolates, ce qui permettrait de réduire
les attaques de piétin échaudage sur blé
(Kirkegaard and Sarwar, 1998). Ses
qualités agronomiques de bon
précédent céréale ont été souvent et depuis longtemps
reconnues (Kirkegaard et al.,
1994). Mais cette culture,
réputée exigeante en intrants
et techniquement difficile,
peut facilement être envahie d’adventices et subir
l’attaque de nombreux bioagresseurs comme
les limaces
et les insectes, au point que certains ne
croient pas à sa faisabilité en agriculture biologique. Il n’est alors pas étonnant
de constater que, malgré le potentiel de
développement du colza biologique
décrit plus haut, il existe un attentisme
de tous les acteurs. La conjonction des
freins techniques actuels en amont et de
la quasi-inexistence de la filière en aval
bloque tous les acteurs.
1 INRA Versailles Grignon
UMR d’Agronomie - BP 01
78850 Thiverval Grignon
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
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• Alter Agri
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n°60 • juillet/août 2003
Les facteurs limitant sa
production
Afin de cerner et hiérarchiser les facteurs limitant essentiels de cette culture,
nous avons entamé une approche de
diagnostic agronomique sur des parcelles de colza biologique sans imposer
une quelconque conduite de culture.
L’étude s’est déroulée en 2000-2001 sur
11 parcelles d’agriculteurs, 5 dans le
département du Puy de Dôme et 6 dans
le sud de la France (Drôme et Gard).
De cette étude préalable, il est ressorti
que les facteurs limitant la production
de colza sont essentiellement représentés par l’azote et les adventices, les
maladies (à l’exception de l’oïdium) et
les insectes de printemps (à l’exception
des pucerons, étant passés inaperçus).
Les adventices peuvent être maîtrisées
via un étouffement du peuplement dès
l’installation du couvert. Or, cela n’est
réalisable que si l’azote est disponible
au semis. Azote et gestion des adventices sont donc liés.
Les solutions techniques
testées
En agriculture conventionnelle, des travaux agronomiques permettent d’envisager de contrôler les adventices sans traitement de prélevée-présemis sur la base
de semis très précoces (Dejoux, 1999a ;
Dejoux et al., 1999b ; Ferré et al., 2000)
dans des parcelles en fertilisation organique ou à fort reliquat azoté. Un semis
très précoce permet de piéger l’azote du
sol, de soustraire les nitrates au lessivage
hivernal et peut parfaitement valoriser
les effluents d’élevage épandus en été.
Une partie importante de l’azote absorbé
à l’automne est utilisable par les plantes
pour satisfaire les besoins de printemps,
soit par le biais de redistributions
internes à la plante, soit suite à la réabsorption de l’azote minéralisé par les
feuilles mortes tombées au sol en hiver et
au printemps. Cette combinaison “Semis
très précoce et forte absorption d’azote”
génère une installation rapide d’un indice foliaire élevé, une couverture du sol
rapide, favorable pour limiter la compétition des mauvaises herbes (Ferré et al.,
2000). Un itinéraire technique sur la base
de semis très précoces pourrait permettre, selon la flore présente, de renoncer au désherbage. Certaines hypothèses
de travail ont également été formulées à
la suite de ce travail.
1• Un semis précoce permettra-t-il plus
systématiquement qu’un semis normal d’esquiver des attaques de
limaces à la levée car les conditions
climatiques d’août sont rarement
propices au développement de ces
ravageurs (stratégie d’évitement) ?
Permettra-t-il aussi d’esquiver les
attaques d’autres ravageurs d’automne qui arrivent courant septembre
comme les grosses altises, les tenthrèdes et la mouche du chou ?
2• Le report vers le printemps de l’azote absorbé à l’automne permettra-t-il
de satisfaire les besoins en azote de la
culture compte tenu d’un objectif de
rendement réduit ? Faudrait-il envisager un complément de fertilisation
de printemps par un engrais organique à minéralisation rapide ?
C’est sur la base de ces éléments acquis
en agriculture conventionnelle et des
hypothèses faites que les premiers tests
d’itinéraires techniques ont été réalisés
en 2001-2002.
Des tests de stratégies
chez l’agriculteur (tableau 1)
Une première stratégie, dite d’évitement, basée sur des semis précoces (SPavant le 15 août), denses, sans faux
semis, avec apport de matière organique
au semis, a pour objectif de fixer rapidement l’azote disponible pour assurer
une croissance en biomasse compétitive
vis-à-vis des adventices.
Une deuxième stratégie plus «curative», basée sur un semis à date normale
(SN), avec un écartement de 35 cm et
apport de matière organique, a pour
objectif de palier à l’enherbement et à
des attaques de limaces par des passages d’outils (herse et bineuse) et par
l’épandage d’insecticides naturels.
Des mesures de croissance du peuplement et des états du milieu (sol, état
sanitaire, mauvaises herbes) en cours de
culture et une approche diagnostic permettent d’évaluer les hypothèses faites
et sous-jacentes aux stratégies décrites.
Ces itinéraires techniques sont également évalués de manière globale en
regard de critères de production (rendement, teneur en huile, pureté de la récolte), de critères économiques (marges
brutes), de critères d’organisation du
travail (nombre de passages, risques de
ne pas pouvoir semer tôt) et de critères
environnementaux (lessivage d’azote).
Ces tests ont été réalisés en parcelles
agricoles chez 9 exploitants : 4 en Eure
et Loir, 3 dans l’Yonne, 2 dans le Puy de
Dôme. Chaque agriculteur a testé les
Tableau 1 : description des stratégies testées en 2001-2002.
Stratégie
Objectif global
Stratégie I (SP)
Stratégie II (SN)
Semis très précoce + apport d’azote
organique au semis
> Absorption d’azote maximale été/automne
> Décalage du cycle
Semis date normale +/- apport de matière
organique au semis
> Etalement de la minéralisation sur le printemps
> Désherbage mécanique
> Epandage d’insecticides naturels
Conséquences sur
• Semer tôt et vite sans faux semis ni labour
l’itinéraire technique • Semer dense (50-60 P/m2)
• S’abstenir de piège limace au métaldéhyde
• Choix d’une variété résistante au phoma
(POLLEN)
Evaluation
• Semer plus tard avec labour et faux semis répétés
• Semer écarté pour permettre le passage des outils
de désherbage (bineuse)
• Piège limace au métaldéhyde autorisé
• Choix d’une variété résistante au phoma (POLLEN)
• Agronomique : vérification par le diagnostic que les objectifs ont été atteints
• Economique : rendement, teneur en huile, pureté de la récolte, marges brutes
• Organisation du travail : nombre de passage, nombre de travaux du sol, nombre de jours disponibles
• Environnement : lessivage d’azote, utilisation de métaldéhyde
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Alter Agri •
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insectes, qui interviennent tôt dans le
cycle, est difficile à appréhender,
compte tenu des capacités de rattrapage de la culture pendant la floraison.
Encore faut-il que la vigueur du peuplement le lui permette… Même si le
préjudice des insectes d’automne n’est
pas direct, ils risquent d’affaiblir
davantage le peuplement s’il souffre
déjà de carences azotées.
Les semis précoces moins
La capacité d’étouffement du
©Muriel Valantin-Morison
deux itinéraires techniques en bandes de
9 m de large minimum sur 500 m, voire
plus. L’un d’entre eux a tenté une troisième stratégie avec labour sur semis
précoce (SP lab). Les parcelles de test
oscillaient entre 1 ha et 11 ha. Les rendements ont varié entre 2 et 21q/ha, les
semis précoces ayant obtenus les
meilleurs résultats uniquement en sols
profonds (tableau 2).
Attaque de pucerons sur colza
Tableau 2 Rendement et Qualité des récoltes 2000-01 (diagnostic) et 2001-2002 (tests itinéraires techniques)
10.09
19.70
6.78
15.19
12.76
20.07
7.58
3.07
11.18
20.25
5.14
3.87
8.36
3.03
1.43
huile %
MS
Protéine
%MS
0.5
0.37
0.14
0.43
0.06
0.27
0.09
0.13
0.69
0.23
0.08
0.12
0.62
0.21
0.25
0.40
53.81
52.75
54.31
53.97
54.85
54.30
54.02
45.35
50.12
51.90
53.41
46.34
43.45
51.36
52.27
16.97
17.20
17.22
16.35
15.25
15.57
16.03
22.17
21.18
19.23
16.57
21.18
21.34
19.10
18.20
0.3
Puy de Dôme 2
0.2
Yonne 1
attaqués par les bioagressseurs
d’automne en général
peuplement dépend davantage
de l’azote au semis et de la
Un semis avancé permet-il d’éviter les densité que de la date de semis
attaques de limaces mais aussi les
attaques d’altises et autres ravageurs
d’automne ? Le résultat est variable
selon les ravageurs. Aucune parcelle de
semis précoce n’a été détruite par les
limaces alors que deux parcelles de
semis normaux ont été détruites, la
population de limaces étant identique
(entre 3 et 5 limaces/m2 sur les parcelles
d’Eure et Loir).
La fréquence d’attaque des altises et de
phoma est systématiquement plus
faible (figures 1A et 1C) lorsque les
semis sont avancés de 1mois à 15
jours. En revanche, la mouche du chou
a été significativement plus présente
sur les semis précoces (figure 1B).
Néanmoins, les insectes d’automne
(altises, mouche du chou, tenthrèdes,
charançon du bourgeon), bien que présents, n’ont pas occasionné de dégâts
importants. La nuisibilité de ces
Ferré et al. (2000) avait démontré que
la combinaison “Semis très précoce et
forte absorption d’azote” génère une
installation rapide d’un indice foliaire
élevé, une couverture du sol rapide,
favorable pour limiter la compétition
des adventices. Les essais réalisés en
multilocal sur des sols très diversifiés et
avec des apports de matières organiques variées (fumiers de fientes, composts de fumiers volaille, cheval,
chèvre, bovins, porcs, déchets verts…)
confirment cette tendance.
Cependant, certaines conditions de
milieu font échouer cette stratégie :
• la présence de nombreuses adventices
estivales,
• le travail superficiel du sol, sans faux
semis, qui favorise de façon importante la repousse de précédent céréale,
• une levée hétérogène et une densité
Eure&Loir 2
0.4
SP
SN
SPlab
SP
SN
SP
SPlab
SN
SN
SP
SN
SP
SP
SN
SP
SN
Eure&Loir 1
Impureté
%
Eure&Loir 3
Yonne 2
0.1
Yonne 3
0.0
Bissectrice
0.0
0.2
0.4
0.6
0.8
1.0
1.2
SN
B• Fréquence des attaques de la mouche du chou
1.0
0.8
SP
Eure et Loir 1
Eure et Loir 1
Eure et Loir 2
Eure et Loir 2
Eure et Loir 3
Eure et Loir 3
Eure et Loir 3
Puy de Dôme 1
Puy de Dôme 2
Puy de Dôme 2
Yonne 1
Yonne 2
Yonne 2
Yonne 3
Yonne 3
Itinéraires Rendement
techniques (q/ha) (9-2)
0.6
0.4
0.2
0.0
0.0
0.2
0.4
0.6
0.8
1.0
1.2
SN
C• Fréquence de plantes avec des macules de phoma
1.0
0.8
SP
Parcelles
2000-02
A• Fréquence des attaques de grosses altises
0.6
0.4
0.2
0.0
0.0
0.2
0.4
0.6
0.8
1.0
1.2
SN
Figure 1 : Comparaison des itinéraires techniques sur la fréquence des plantes attaquées
par des bioagresseurs d’automne. Un point
représente un sous-échantillon par parcelle. Si le
point est en dessous de la bissectrice, cela signifie que la valeur prise sur la bande semis normal
est plus forte que sur la bande semis précoce.
de semis inférieure à 40 pieds /m2.
C’est notamment le cas de la parcelle Eure et Loir 2 en semis précoce
qui a cumulé une forte concurrence
avec le précédent triticale et une
levée hétérogène et faible inférieure
à 40 plantes/m2. En effet, la compétition avec un précédent céréale est très
préjudiciable dès le départ et perdure
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
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• Alter Agri
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n°60 • juillet/août 2003
sur tout le cycle, d’autant plus si la
céréale est rustique et ne gèle pas ou ne
souffre pas de maladies. Seul le labour
permet d’éviter ces repousses difficilement maîtrisables. Le binage est une
solution de rattrapage dans le cas de
parcelles assez sales mais les fenêtres de
passages, fonctions du type de sols et
du climat avant et après passages, sont
d’autant plus courtes que le semis est
plus tardif. Son efficacité est également
limitée car le temps humide d’automne
suffit à faire reprendre facilement les
adventices binées.
semis n’est intéressant qu’en situation
de fort potentiel azote au semis et sous
condition d’une bonne implantation
(densité seuil de 40-50pieds/m2).
Tout comme cela avait été observé
sur les parcelles suivies en 2000,
l’étouffement observé à l’automne est
durable et dépend nettement de l’état
de nutrition azotée du colza durant
l’automne (figure 2). En effet, si les
adventices sont maîtrisées pendant
tout l’automne, le colza à la reprise
ne risque plus d’être dominé par les
adventices de manière préjudiciable.
Mais là encore cette stratégie n’est
durable et efficace que si le peuplement n’entre pas en carence azotée
avant l’entrée de l’hiver. Or, cela
dépend beaucoup de la disponibilité
en azote des composts épandus et de
la profondeur des sols, qui conditionnent la réserve en eau et la capacité
de minéralisation du sol.
Finalement, l’avancement de la date du
©Muriel Valantin-Morison
Des attaques d’insectes de
printemps fortes et
préjudiciables mais non affectées
par le choix d’une stratégie
Les attaques de charançon du bourgeon terminal ont été très rares (6% en
moyenne sur toutes les régions – 21%
en Puy de Dôme), à l’inverse des
attaques de charançons de la tige (de
l’ordre de 49% en moyenne mais très
fortes dans le Puy de Dôme avec 93%
des plantes attaquées). Les semis précoces semblent globalement moins
attaqués par les charançons de la tige
que les semis normaux.
Les insectes de printemps, et en parti-
Figure 2 : Relation entre le statut azoté du peuplement (Indice de nutrition Azoté : INN ;
si INN<0.9, le peuplement est carencé en azote) et le ratio de compétition des adventices
(=biomasse des adventices / Biomasse adventices + biomasse colza).
Ration de compétition
à la floraison
Statut azoté en entrée hiver et compétitivité du colza
au printemps
1.0
Eure&Loir 1
0.8
Eure&Loir 2
0.6
Eure&Loir 3
0.4
Puy de Dôme 2
Puy de Dôme 1
0.2
Yonne 1
0.0
0.50
0.70
0.90
1.10
Statut azoté en entrée hiver
1.30
Yonne 2
Yonne 3
culier les méligèthes et les cécydomies,
ont été particulièrement problématiques dans la région de l’Yonne où les
attaques de méligèthes ont atteint 60%
des fleurs attaquées. Les attaques des
cécydomies-charançons des siliques ont
atteint 10 à 30% des siliques. Les itinéraires techniques n’ont eu aucun effet
significatif sur ces attaques. La nuisibilité de ces insectes est forte du fait qu’ils
s’attaquent aux organes reproducteurs
sur une période du cycle où la compensation par ramifications arrive à son
terme. La gravité de ces attaques
semble être fonction des régions et
deux hypothèses peuvent être faites
pour tenter d’expliquer ces effets régionaux : la forte pression de colza
conventionnel autour des parcelles bio
et les zones refuges des bocages. L’Yonne cumule les deux handicaps ; en Eure
et Loir, bien que le colza conventionnel
y occupe une surface non négligeable,
les parcelles testées étaient peu ou pas
entourées d’arbres. Enfin, dans le Puy
de Dôme, le paysage est assez bocager
mais les parcelles suivies étaient peu
entourées de colza conventionnel.
Les maladies, les grandes absentes
Aucune des maladies communes du
colza n’a significativement attaqué les
parcelles en 2001-2002 : moins de 1%
de plantes attaquées par le Sclerotinia
et une note de gravité phoma de 1,5 en
moyenne avec 2,5 de maximum sur une
échelle de 1 à 9. Les autres maladies
comme l’oïdium, la cylindrosporiose et
l’alternaria sont passées inaperçues.
Le bilan des solutions
aujourd’hui
L’avancement de la date du semis de
trois semaines s’avère réalisable en
agriculture biologique malgré les
contraintes d’organisation du travail,
accentuées par la nécessité d’enfouir la
matière organique avant le semis.
Cette stratégie permet de limiter les
attaques de limaces, de grosses altises
et de phoma mais pas de mouche du
chou. En revanche, le semis précoce a
montré ses limites puisque la rapide
croissance sensée limiter le développement des adventices n’a pas systématiquement été obtenue. Deux raisons
majeures peuvent expliquer ces effets
contradictoires :
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
10
Alter Agri •
juillet/août 2003 • n°60
32
©Muriel Valantin-Morison
- des levées irrégulières, faibles et hétérogènes, essentiellement dues à un travail du sol superficiel mal maîtrisé et
rapide après la moisson du précédent,
- une rapide entrée en carence azotée,
liée à une profondeur de sol très limitante (assèchement du profil en eau et
azote), un trop faible apport de MO
compostée pauvre en azote ou une
compétition pour l’azote avec le précédent céréale envahissant. Dans ces
conditions, le ralentissement du peuplement conduit en semis précoce a eu
pour conséquence une rapide dominance des adventices impossible à rattraper après l’hiver. Le statut azoté du
peuplement en entrée d’hiver détermine majoritairement la compétitivité
du colza sur les adventices, sous
condition d’un peuplement à densité
homogène supérieur à 40 pieds/m2.
Les améliorations à
trouver
Ces travaux débouchent sur un premier
jeu de règles de décision pour la date de
semis et le désherbage, fonction du
potentiel de la parcelle, du type de matière organique disponible sur l’exploitation agricole et du type de flore présent
sur la parcelle.
Les solutions existent donc, même si elles
doivent être améliorées et même si le
colza reste une culture délicate. L’utopie
deviendra donc sûrement réalité pour
ceux qui veulent s’en donner la peine.
Finalement, tout en gardant un objectif
de maîtrise des adventices dès l’implantation et pendant l’automne, les deux
points d’amélioration à trouver concernent la fertilisation azotée de printemps
afin de se rapprocher du potentiel des
parcelles et la lutte contre les méligèthes.
Pour cette dernière, force est de constater que nous sommes assez démunis car
les insecticides naturels du type pyrèthres ont une efficacité très faible lors
de fortes attaques. Seul un piégeage
renforcé pourrait être testé. En effet,
des travaux en Suède (Nilsson, 1996)
démontrent la capacité de certaines
plantes à piéger les méligèthes. C’est
pour ces raisons que depuis 2002, des
mélanges de variétés, différant par la
hauteur et la précocité de floraison,
sont en cours. Il est aussi envisagé de
tester un piégeage en bande autour de
la parcelle avec d’autres variétés dans
les années à venir.
C’est entre la sortie de l’hiver et la floraison que le colza exprime rapidement
des besoins d’azote. Or, la minéralisation des produits organiques sous forme
de composts est faible, et d’autant plus
faible qu’ils ne sont pas enterrés. C’est
pourquoi différentes stratégies de fertilisation de printemps basées sur des
apports de fertilisants organiques à
minéralisation rapide enfouis par binage vont être prochainement testées. ■
Bibliographie
- Bourre JM. 1996. Développement du cerveau
et acides gras polyinsaturés. OCL, 3 (3) MaiJuin 1996 173-178.
- Dejoux J.F., 1999a, Evaluation agronomique
environnementale et économique d’itinéraires
techniques du colza d’hiver en semis très précoces, Thèse de Doctorat INA P-G Paris 243p.
- Dejoux J.F., Ferré F., Meynard J.M., 1999b,
Effects of sowing date and nitrogen availability
on competitivity of rapeseed against weeds in
order to develop new strategies of weed control
with reduction of herbicide use, 10th International rapeseed congress, Canberra (Australia),
1999/09/26-29, CD-Rom New horizons for an
old crop
- Ferré F., Doré T., Dejoux J.F., Meynard J.M.,
Grandeau G. 2000. Evolution quantitative de
la flore adventice dicotylédone au cours du
cycle du colza pour différentes dates de semis et
niveaux d’azote disponible au semis 11. colloque international sur la biologie des mauvaises herbes, Dijon (France), 06-08 sept.2000
- Kirkegaard JA. and Sarwar 1998. Biofumigation of brassicae. Plant soil 201, 71-89.
- Kirkegaard JA.,Gardner PA Angus JF, Koetz
EA. 1994, Effect of brasicae break crops on the
growth and yield of wheat. Australian journal
of agriculture research, 45, 529-545.
- Nilsson C. Integrated control of pests in oil
plants – traps crops for pollen beetles in spring
rape. Agriculture – pests diseases and weeds.
37th Swedish crop protection conference, Uppsala, Sweden, 26-27 January, 1996.
- Renaud S. 1996. Prévention secondaire de l’infarctus par le régime. Rôle de l’acide alpha-linolénique. OCL, 3 (3) Mai-Juin 1996 169-172.
Remerciements
Ce travail n’aurait jamais pu être réalisé sans les
agriculteurs eux-mêmes ; je les remercie pour leur
accueil, leur patience à répondre à toutes nos
questions, leur persévérance et leur témérité à tenter des “essais colza”. Je les remercie aussi car j’ai
beaucoup appris d’eux et j’espère que la réciproque est vraie. Il faut aussi remercier le personnel technique de notre laboratoire, tous les
experts, les conseillers, ingénieurs qui entourent
les agriculteurs et nous ont conseillés et aidés lors
des prélèvements de plantes/sols et observations :
V. Tanneau (INRA), R. Baudoin, A. Chauveau, C.
Bonnemort (CA Aude), D. Chollet (CetiomLyon), Y. Ballanger (Cetiom) et O. Durand et P.
Morrand (CA Drôme), E. Michel (Agralia), C.
Denis (CA Yonne), M. Garreau (CA Eure et Loir).
Enfin, ce travail n’aurait pu se faire et ne pourra
se poursuivre sans les aides financières conjointes
de l’INRA (Ciab) et de l’ONIOL. Merci donc
aussi aux ingénieurs qui ont travaillé à la
recherche de ce financement : L. Quéré, R. Reau.
Blés tendres d'hiver
SATURNUS :
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MOLDAU :
BPS - haut et rustique
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Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
n°60 • juillet/août 2003
• Alter Agri
33
11
Effets allélopathiques des Brassicacées via leurs actions
sur les agents pathogènes telluriques et les mycorhizes :
analyse bibliographique. Partie 1
Raymond REAU1
Jean-Marie BODET2
Jean-Paul BORDES2
Thierry DORE3
Sabah ENNAIFAR4
Anne MOUSSART5
Bernard NICOLARDOT6
Sylvain PELLERIN7
Christian PLENCHETTE8
Alain QUINSAC1
Christophe SAUSSE1
Bernard SEGUIN2
Bernard TIVOLI5
1
CETIOM, BP 4, 78850 Thiverval-Grignon
<[email protected]>
2
ARVALIS Institut du végétal, 91720 Boigneville
3
INA Paris-Grignon, UMR d’agronomie
INRA/INA P-G, BP 1, 78850 Thiverval-Grignon
4
INRA, UMR d’agronomie INRA/INA P-G,
BP 1, 78850 Thiverval-Grignon
5
INRA, UMR INRA-ENSA Rennes Bio3P,
BP 35327, 35653 Le Rheu, cedex
6
INRA, Unité d’agronomie Laon-Reims-Mons,
BP 224, 51686 Reims, cedex 2
7
INRA, UMR INRA-ENITA Bordeaux
« Transfert sol-plante et Cycle des Eléments
Minéraux dans les écosystèmes cultivés »,
BP 81, 33883 Villenave d’Ornon, cedex
8
INRA Dijon, BP 86510, 21065 Dijon cedex
Article reçu le 2 décembre 2004
Accepté le 11 février 2005
Abstract: Brassicas contain glucosinolates (GSL) which decomposition is able to reduce the growth of
populations of soil-borne fungi, bacterias or nematodes. These biocid effects on soil-borne microorganisms make a form of allelopathy phenomenon. The allelopathic properties depends on the GLS
composition of the Brassicas: Indian mustard and in a lower extend Oilseed rape could have the most
powerfull action, White mustard would have a weaker action. These properties also depends on crop
residues: green manure with quick decomposition would result with a higher action than crop residues
after grain harvest.
The main mechanisms are known. In vitro, isothiocyanates obtained from the GSL decomposition inhibit
all the phases of the cycle of Aphanomyces eutiches, the fungus responsible for root rot of peas. The
mycelian growth of Gaeumannomyces graminis tritici, the fungus responsible for the wheat take all is
inhibited by some isothyocyanates at low concentration.
Furthermore, several studies give the evidence that the incorporation of Brassicas residues into the soil
does inhibit the growth of both soil-borne pathogens. At last, the presence of roots of Brassicas inhibits
the germination of the mycorhizes known to improve the mineral nutrition of its host plant. This
phenomenon could explain the depressive effect of oilseed rape on the nutrition of a subsequent maize.
This knowledge of Brassicas effects into cropping systems offers issues for a better management of
precedent effects of Brassicas; these effects being positive (integrated cop protection) or negative
(management of subsequent crop nutrition after Brassicas).
Key words: allelopathy, Brassicas, glucosinolates, soil-borne pathogens, mycorrhizas
Les glucosinolates (GSL) sont des composés glucidiques soufrés fréquents dans des familles de
dicotylédones comme les Brassicacées. Ils jouent un rôle dans la résistance des Brassicacées aux
ravageurs et aux agents pathogènes. Ainsi Bodnaryk [1] a montré que la sinalbine, glucosinolate
aliphatique, protège les cotylédons de jeunes plants de moutarde blanche (Sinapis alba) de
l’attaque du coléoptère Phyllotreta cruciferae. Menard [2] a quant à lui mis en évidence le rôle de
deux glucosinolates indoliques, la sinigrine et la glucobrassicine, et de leurs dérivés dans la
résistance du chou-fleur (Brassica oleracea) à Peronospora parasitica (agent du mildiou des Brassicacées). Les produits issus de la dégradation des glucosinolates ont également un rôle biologique,
puisqu’ils sont susceptibles d’influencer la croissance des populations fongiques, de nématodes, et
bactériennes du sol. Parmi ces produits, les isothiocyanates (ITC) auraient les propriétés biocides les
plus efficaces [3], certains composés de cette famille entrent d’ailleurs dans la composition de
fumigants du commerce (MethylITC, Metam sodium). Ces composés interagiraient de façon non
spécifique et irréversible avec les protéines pour former des produits stables. Le fait que les
Brassicacées fassent partie des rares plantes à ne pas posséder d’endomycorhizes pourrait égale-
FONDAMENTAL
La seconde partie de cet article paraîtra dans le prochain numéro de la revue.
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261
34
F
O
N
D
A
M
E
N
T
A
L
ment s’expliquer par la présence dans leur rhizosphère d’ITC toxiques
dérivés des glucosinolates soufrés qu’elles contiennent [4, 5].
Ces effets biocides sur les micro-organismes du sol liés à la présence de
composés libérés dans le milieu sont une des formes du phénomène plus
général d’allélopathie, définie par Rice [6] comme « tout effet direct ou
indirect, positif ou négatif, d’une plante sur une autre à travers la production
de composés chimiques libérés dans l’environnement ». Les mécanismes à
l’origine de ces phénomènes et la manière de les aborder en agronomie
font l’objet d’une attention croissante [7] ; l’utilisation dans les successions de cultures d’espèces et de variétés présentant des propriétés
allélopathiques s’exprimant contre des bioagresseurs est une des voies
intéressantes de valorisation du phénomène, qui pourrait ainsi être utilisé
dans des stratégies de protection intégrée des cultures. C’est dans ce
contexte que les cultures de Brassicacées sont fréquemment citées dans
la littérature pour leurs propriétés assainissantes. Les dérivés des glucosinolates peuvent en effet être impliqués dans la diminution de problèmes
parasitaires telluriques liés à des nématodes (Meloidogyne incognita [8]),
bactéries (Salmonella typhimurium [9]) ou champignons (Rhizoctonia
solani [10]), Gaeumannomyces graminis var. tritici [11], Pythium ultimum
[12]...). Inversement, les Brassicacées pourraient être impliquées, de
manière négative cette fois-ci, dans des perturbations des phénomènes
de mycorhization des cultures suivantes. Compte tenu de leur action sur
les micro-organismes du sol, la dégradation des glucosinolates présents
dans leurs résidus de récolte pourrait donc expliquer, au moins partiellement, des effets précédent des Brassicacées dans les rotations. La présente revue aborde les mécanismes qui seraient à l’origine de ces effets,
de l’importance des glucosinolates dans la plante à leur dégradation.
Trois cas concernant des champignons sont ensuite présentés : deux cas
impliquant des agents pathogènes, Aphanomyces euteiches, agent de la
maladie de la pourriture molle du pois, et Gaeumannomyces graminis,
maladie agent du piétin échaudage du blé, puis le cas des endomycorhizes, qui contribuent à la nutrition phosphatée de cultures comme le
maïs.
OH
O
HO
S
R
HO
OH
N
O
SO3-K+
Figure 1. Structure générale des glucosinolates.
d’oxydation variable. Elle peut aussi renfermer un cycle ou un hétérocycle
plus ou moins substitué (figure 1).
Les GSL sont au nombre d’une centaine environ. Ils peuvent être classés
en plusieurs grandes familles (tableau 1) en fonction de la chaîne latérale
R : les alkylGSL, les aralkylGSL et les indolylGSL. Une autre famille de GSL,
les cinnamoylGSL [13, 14], se caractérise par la présence sur le glucose en
position 2 et/ou 6 de dérivés de l’acide cinnamique : acide sinapique ou
isoférulique. Les structures de la partie R des cinnamoylglucosinolates
sont peu variables.
Biosynthèse des glucosinolates
Les glucosinolates
et leurs produits de dégradation
Les molécules bioactives mises en jeu dans les mécanismes de biofumigation ou d’allélopathie chez les Brassicacées sont essentiellement des
isothiocyanates issus du catabolisme des GSL présents dans les tissus des
végétaux enfouis dans le sol. L’utilisation ou la maîtrise des processus
complexes d’allélopathie ou de biofumigation nécessite de connaître le
mieux possible les paramètres tels que la structure des composés précurseurs, leur diversité et leur quantité, la nature des matrices végétales les
renfermant, la présence de cofacteurs (enzymatiques ou non), ainsi que
les conditions du milieu (température, pH). Après une présentation
générale des GSL et de leurs dérivés, cette partie envisage leur présence
et leur réactivité dans le cadre des espèces Brassica napus L. var oleifera
(colza), B. juncea (moutarde brune) et Sinapis alba (moutarde blanche),
plantes potentiellement intéressantes pour la biofumigation et raisonnablement utilisables dans les rotations.
Structure et diversité des glucosinolates
Les GSL sont des bthio-D-glucopyrranosides anioniques constitués d’un
groupement thiohydroximate-O-sulfonate lié à du glucose et à une
chaîne latérale. Les GSL ont une grande similitude de structure (figure 1).
À l’exception de certains, contenant un groupement cinnamoyl sur le
glucose [13], tous possèdent le même squelette et diffèrent seulement
par la nature de la chaîne latérale R. Celle-ci peut être constituée d’une
chaîne carbonée linéaire ou ramifiée, posséder des insaturations, des
groupements hydroxyle, cétone ou un atome de soufre à un degré
262
La diversité et la parenté des GSL s’expliquent par les voies de biosynthèse. Les trois classes : alkylglucosinolates, aralkylglucosinolate et indolylglucosinolates dérivent respectivement de la méthionine, de la phénylalanine et du tryptophane.
La volatilité des ITC dépend de la structure de la chaîne latérale R associée
à la fonction isothiocyanate. Lorsque R est un groupement alkyle non
hydroxylé, par exemple prop-2ényl ou but-3-ényl, l’ITC est volatil. Inversement lorsque R est un groupement aralkyle, par exemple benzyle ou
2-phenylethyle, l’ITC correspondant est peu volatil (tableau 1).
Présence des glucosinolates dans le règne végétal
Les GSL ont été détectés dans 11 familles de plantes dicotylédones. Ils
sont présents dans presque toutes les familles constituant l’ordre des
Capparales sensu Cronquist (Capparaceae, Cruciferae, Gyrostemonaceae,
Limnanthaceae, Moringaceae, Résédaceae, Salvadoraceae, Tovariaceae,
Tropaeolaceae) et plus rarement dans les familles Caricaceae, Euphorbiaceae [15]. Certains GSL (benzylglucosinolate) peuvent être largement
rencontrés dans la classification ou au contraire (méthylglucosinolate)
être spécifiques d’une origine botanique et constituer alors un critère
chémotaxonomique [16].
Par ailleurs, ils peuvent être présents en nombre et en quantités très
différents. La moutarde blanche n’en contient que deux alors que le
raifort (Armoracia rusticana L.) en compte plus de 30, les teneurs variant
de moins de 0,02 lmol/g à plus de 100 lmol/g [15]. On peut rencontrer
aussi à l’intérieur d’une espèce une diversité importante. Les multiples
variétés de choux (B. oleracea L.) ont des teneurs très variables et certains
GSL y sont présents de manière sporadique [17]. La même variabilité
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35
Tableau 1. Les glucosinolates (GSL) rencontrés chez le colza, la moutarde blanche et la moutarde brune et leurs principaux produits de dégradation.
Glucosinolates
Classe
Alkyl-
Aralk-
Indoly-
Nomenclature semi-systématique
prop-2-énylbut-3-énylpent-4-ényl(R)-2-hydroxybut-3-ényl(S)-2-hydroxybut-3-ényl(R)-2-hydroxypent-4-ényl3-méthylthiopropyl(R)-3-méthylsulfinylpropyl4-méthylthiobutyl(R)-4-méthylsulfinylbutyl(R)-5-méthylsulfinylpentylbenzyl2-phényléthyl4-hydroxybenzylindol-3-ylméthyl1-méthoxyindol-3-ylméthyl4-hydroxyindol-3-ylméthyl4-méthoxyindol-3-ylméthyl-
Produit de dégradation
Nomenclature triviale
Sinigrine
Gluconapine
Glucobrassicanapine
Progoitrine
Epi-progoitrine
Gluconapoléiférine
Glucoibervirine
Glucoïbérine
Glucoérucine
Glucoraphanine
Glucoalyssine
Glucotropaéoline
Gluconasturtiine
Sinalbine
Glucobrassicine
Néoglucobrassicine
4-hydroxyglucobrassicine
4-méthoxyglucobrassicine
Abréviation
SIN
GNA
GBN
PRO
E-PRO
GNL
GIV
GIB
GER
GRA
GAL
GTL
GST
SNB
GBS
NGBS
4-OHGBS
4-OMGBS
Type (1)
ITC
ITC
ITC
OT
OT
OT
ITC
ITC
ITC
ITC
ITC
ITC
ITC
SCN SCN SCN SCN SCN -
Volatilité (2)
++++
+++
+++
+++
++
+++
++
++
+
+
-
(1) ITC : Isothiocyanate, OT : oxazolidine-2-thione, SCN – : ion thiocyanate, (2) ++++ : très volatil ; – : non volatil).
quantitative peut être rencontrée à l’intérieur d’une variété, entre plantes
ou entre parties de plantes. Les graines, les feuilles, les racines ou les fleurs
ne renferment pas exactement les mêmes GSL. Les liens de parenté
existant entre les principales espèces (le colza est un hybride naturel entre
B. oleracea L. (chou) et B. campestris L. (navette)) sont mis en évidence par
le nombre de chromosomes et par la nature des différents GSL rencontrés
dans ces espèces [18, 19].
Les GSL sont donc présents dans de nombreux végétaux de la famille des
Brassicacées qui constituent une part importante des ressources alimentaires pour l’Homme et les animaux. Choux, navet, radis, cresson,
rutabaga, crambe, raifort, moutardes sont largement utilisés comme
légume ou condiment. Le colza, la navette, le crambe et la moutarde
produisent des fourrages ou des graines utilisées en alimentation
humaine comme en alimentation animale.
Rôle des glucosinolates dans la plante
Les GSL ont longtemps été considérés comme les formes neutralisées de
molécules toxiques pour l’organisme végétal [20]. Il est admis maintenant qu’ils peuvent jouer un rôle plus actif dans le développement et la
défense de la plante. Néanmoins, la connaissance de leur métabolisme
est encore parcellaire et la contribution de la myrosinase à ces phénomènes reste à préciser [21].
L’étude de l’accumulation des GSL chez le colza indique qu’ils sont des
réservoirs de soufre organique utilisable pour la synthèse des acides
aminés en cas de nutrition carencée [22]. De plus, les indol-3ylméthylglucosinolates pourraient être des précurseurs d’auxines telles
que l’acide indol-3-ylacétique [23]. Cependant, la fonction la plus reconnue des GSL et de leurs métabolites dans la plante se situe au niveau des
interactions avec le monde extérieur : micro-organismes, insectes, animaux. La localisation périphérique des cellules les plus riches en GSL dans
les organes végétatifs des plantes laisse penser que cette réaction constitue un moyen de défense non sélectif contre toutes sortes d’agresseurs
(micro-organismes, insectes, animaux) [24, 25]. La réactivité élevée des
isothiocyanates envers des fonctions chimiques très répandues dans les
organismes vivants (amines, sulfures, hydroxyle) est doublée d’une volatilité importante [26]. Bien que non volatiles, les quinones dérivées de
l’oxydation du 4-hydroxyindol-3-ylméthylglucosinolate, pourraient aussi
avoir des effets semblables [27].
Les quantités d’isothiocyanates mises en jeu par le métabolisme à partir
des GSL sont très faibles, mais ces composés peuvent avoir des activités
antifongiques et antibactériennes [15, 28, 29]. Ils peuvent aussi être très
répulsifs pour certains insectes, alors que pour d’autres, notamment ceux
vivant habituellement sur les Brassicacées, ils peuvent stimuler la ponte et
la prise de nourriture [30]. À l’occasion d’une attaque d’insectes ravageurs ou d’animaux, des quantités d’isothiocyanates beaucoup plus
importantes peuvent être libérées par l’action de la myrosinase sur les
GSL stockés dans les tissus périphériques de la plante. Ainsi, il a été
constaté que les nouvelles variétés de colza à teneur en GSL abaissée
étaient davantage appréciées par la faune sauvage [30, 31]. L’interaction
entre l’insecte et les produits de dégradation des GSL se réalise à distance
ou au contact de la plante. Elle pourrait parfois être retardée et avoir lieu
dans l’insecte après ingestion des GSL, comme le laisse penser la découverte d’une activité myrosinase dans le puceron cendré du chou [32]. Les
GSL pourraient être métabolisés en composés moins toxiques que les
isothiocyanates [26].
Teneurs en glucosinolates chez le colza,
la moutarde blanche et la moutarde brune
Chez le colza, le 2-hydroxybut-3-énylglucosinolate (PRO) est majoritaire
dans la graine, le 2-phényléthylglucosinolate (GST) l’est dans la racine et
l’indol-3-ylméthylglucosinolate (GBS) dans les feuilles. La teneur varie
aussi en fonction du degré de développement de la plante, de fortes
valeurs étant constatées lors des périodes de croissance importante [21].
Les teneurs mesurées à mi-floraison par Kirkegaard et Sarwar (tableau 2),
confirment ces résultats à l’exception de la GBS dans les feuilles. En
général, les résultats montrent une assez grande disparité au niveau des
teneurs mesurées ; la biosynthèse et l’accumulation des GSL étant
influencée par le stade de développement de la plante, sa fertilisation
azotée ou soufrée ainsi que certains oligo-éléments [33] (tableau 2).
Chez la moutarde blanche, les GSL aromatiques (aralkylGSL) sont majoritaires. Dans la partie aérienne, il y a prédominance de la SNB et dans les
racines la GST, la SNB et la GTL sont présentes à des teneurs voisines.
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263
36
Tableau 2. Teneurs en glucosinolates (lmol/g) des racines et parties aériennes de colza (à huile et fourrager), de moutarde blanche et de moutarde brune. Stades de prélèvement :
(a) : mi-floraison ; (b) : inconnu [34, 35].
AlkylGSL
Plante
Brassica
napus
var. oleifera
(à huile)
B. napus
var.
oleifera
(fourrager)
B. napus
(var.Humus)
Sinapis
alba
B. juncea
AralkylGSL
IndolylGSL
Organe
SIN
GRA
GNA
PRO
GBN
GNL
GTL
SNB
GST
GBS
4-OH
GBS
4-OM
GBS
NGBS
Ref
Partie aérienne
-
0.2-0.3
0.5-3.3
1.6-9.2
0.8-7.8
0.6-1.9
-
-
0.6-2.3
0.2-0.4
-
0.1
0.1-0.3
(a)
Racines
-
0.4-0.7
0.4-1.0
0.3-3.7
0.4-4.4
0.7-2.6
1.0-2.7
-
7.9-19.3 0.3-0.5
-
0.2-0.7
0.1
(a)
Partie aérienne
-
0.5-0.8
0.3-8.7
0.5-5.9
0.5-4.5
0.8-2.9
-
-
0.4-0.9
0.1
0.1
0.1-0.4
(a)
Racines
-
0.5-0.9 0.7-10.2 1.3-5.0
0.6-7.5
0.8-2.0
1.1-3.4
-
7.1-19.5 0.2-1.1
-
0.4-1.1
0.1-0.4
(a)
Feuilles
-
-
-
0.5
traces
-
-
(b)
Partie aérienne
Racines
Partie aérienne
Racines
-
0-0.1
0-0.2
0-0.2
0-0.9
0-0.1
0-0.2
0.1-0.9
0.1-1.1
0-0.1
0.2-1.2
0.1-0.2
0-0.7
(a)
(a)
(a)
(a)
-
0.9-1.7
0.1-18.7
0-4.8
-
1.0
2.3
3.3
-
0.0-7.5
0-1.9
0.4-0.5
0-0.4
-
1.0-3.4
0.1-2.0
0-0.5
0.1-0.3
-
0.4
1.9-9.6 9.0-14.4 0.3-0.4
2.0-5.3 2.7-3.9 2.1-4.1
0-1.3
0-0.6
2.5-12.5
0.1-0.6
Chez la moutarde brune, les alcénylGSL (SIN, GNA et GBN) sont présents
avec prédominance de la SIN. En revanche, dans les racines, la GST est
majoritaire.
Les produits de la dégradation enzymatique
des glucosinolates (figure 2)
Hydrolyse enzymatique des glucosinolates
Isothiocyanates
Dans toutes les plantes contenant des GSL, se trouvent également des
enzymes appelées myrosinases (thioglucoside glucohydrolase E.C.
3.2.3.1.) capables de catalyser leur dégradation en composés présentant
le plus souvent une certaine activité biologique. Des activités du type
myrosinase ont été détectées dans d’autres sources, telles que les moisissures [36], la mouche du chou [32], la flore microbienne intestinale de
mammifères [3, 37-39].
Dans la plante, la myrosinase est située dans des cellules peu nombreuses
appelées idioblastes (myrosin cells) dont le type dépend de leur localisation. Dans les parties vertes, elles appartiennent au tissu parenchymateux ; dans les racines, au cortex, et dans les graines, elles sont présentes
dans l’embryon [24]. À l’intérieur de la cellule, la myrosinase est uniformément présente dans le cytoplasme avec quelques agglomérations sur
des membranes, alors que les GSL sont confinés dans les vacuoles [40].
Ces observations expliquent la stabilité des GSL dans les tissus intacts et
leur autolyse observée lors de la rupture de l’intégrité cellulaire provoquée par un broyage.
La myrosinase hydrolyse la liaison thioglucosidique des GSL pour donner
le D-glucose et un thiohydroximate-O-sulfonate. Ce composé instable
libère spontanément le sulfate et se transforme ensuite en fonction de la
nature de la chaîne latérale et des conditions du milieu en composés
divers tels que les isothiocyanates, thiocyanates organiques ou ioniques,
cyanoépithioalcanes, nitriles, oxazolidine-2-thiones (figure 2). Les conditions optimales d’activité pour les myrosinases sont généralement une
température d’environ 55 °C et un pH compris entre 4,0 et 9,0 [41].
Certaines isoenzymes peuvent être plus ou moins activées par l’acide
L-ascorbique (vitamine C). Ce cofacteur agit par effet allostérique : il
modifie, en se liant à elle, la conformation de l’enzyme dans la région de
son site actif [42]. La température optimale d’activité est alors abaissée de
55 °C à 35 °C. Il a été constaté que l’activité peut être multipliée par un
facteur 100 si la concentration de l’acide ascorbique est voisine de 1 mM,
néanmoins des concentrations supérieures à 5 mM provoquent des
inhibitions d’activité [43]. L’activité de la myrosinase dépend aussi de son
origine botanique. La myrosinase extraite de la moutarde blanche est
cinq à dix fois plus active que celle extraite du colza [44]. L’activité de la
myrosinase dans la plante est réduite au moment de la maturité [15, 45].
De nombreux GSL sont transformés en présence de myrosinase en
isothiocyanates (ITC) stables. Ce catabolisme « normal ou naturel » a
valu autrefois aux GSL le nom de glucosides d’essences de moutarde ;
l’exemple le plus connu est la sinigrine, principal glucosinolate présent
dans la moutarde brune et la moutarde noire (Brassica nigra) et qui se
dégrade en prop-2-ényl ITC (essence de moutarde). Les ITC sont des
molécules très réactives, notamment vis-à-vis des protéines [46] et le plus
souvent volatiles. L’association de ces deux propriétés rend les ITC
biologiquement actifs car ils sont facilement mis en contact avec des
récepteurs. Lorsque la chaîne latérale R du glucosinolate contient une
fonction hydroxyle en position 2 ou 3, l’isothiocyanate résultant est
instable et se cyclise spontanément pour donner un hétérocycle à 5 ou 6
chaînons : une oxazolidine-2-thione (OT) ou une tétrahydro-1,3oxazine-2-thione [28]. Ces derniers composés ont également une activité
biologique mais sont beaucoup moins volatils que les ITC. Leurs effets ont
surtout été mis en évidence dans des dysfonctionnements thyroïdiens
chez l’homme ou l’animal. Cependant, dans un certain nombre de cas, la
dégradation ne produit pas des ITC. Un pH faible [47], la présence d’ions
ferreux ou d’un facteur protéique spécifique (ce dernier, observé avec le
Crambe abyssinica) favorisent la formation de nitriles [48, 49].
264
Epithionitriles
La formation d’un épithionitrile est subordonnée à plusieurs conditions :
la présence d’une insaturation terminale sur la chaîne latérale, d’un
élément favorisant la formation d’un nitrile (ions Fe++) et d’un nouveau
facteur appelé protéine épithiospécifique (ESP). Il y a alors création d’une
fonction épithio. Le facteur ESP a été détecté dans Crambe abyssinica,
Brassica napus et B. oléracéa [50, 51]. Il est incapable d’hydrolyser les GSL
car il agit après l’action de la myrosinase.
Formation d’ions thiocyanates
Les isothiocyanates aromatiques ou indoliques sont instables en milieu
neutre ou alcalin. Ils se scindent facilement en ions thiocyanates et ions
carbonium stables. Ceux-ci peuvent néanmoins se transformer. Le
4-hydroxybenzylglucosinolate se dégrade en ion thiocyanate et en alcool
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SO42-
R
N
Ion sulfate
C
Isothiocyanates
S
NH
OH
Oxazolidinethiones
R'
O
OSO3HO
HO
O
N
S
OH
R
S
R
Myrosinase
C
N
Nitriles
SCN
Ion thiocyanate
Glucosinolate
R
S
C
Thiocyanates
N
OH
HO
HO
O
D-Glucose
OH
OH
Figure 2. Les principaux produits de dégradation des glucosinolates.
para-hydroxybenzylique [26]. La dégradation des GSL indoliques
conduit à davantage de composés [52].
Formation de thiocyanates organiques
Les voies de formation de ces composés sont mal connues. Les thiocyanates organiques ont été observés lors de l’hydrolyse des GSL présents
seulement dans les genres botaniques Thlaspi, Lepidium, Alyssum et
Coronopus. L’existence d’un facteur enzymatique agissant après la myrosinase et orientant la transformation de l’aglycone vers le thiocyanate au
lieu de l’isothiocyanate a été évoquée assez tôt [53]. Cette enzyme, une
isomérase, modifie la configuration de l’aglycone autour de la liaison
C = N pour rendre prédominante l’attaque de la chaîne latérale R au
niveau du soufre au lieu de l’azote.
Conversion des glucosinolates en produits actifs en
biofumigation
La biofumigation est un élément de lutte contre les ravageurs, les
maladies fongiques ou les adventices. Elle met en œuvre des substances
chimiques actives provenant de la dégradation des GSL présents dans les
Brassicacées cultivées et enfouies dans le sol. Les analyses de sols et de
plantes ont permis d’y identifier des isothiocyanates (ITC) comme
d’autres produits, ce qui suggère l’existence des multiples voies de
dégradation des GSL. Le 2-phénylethyl-ITC provenant de la GST qui est le
glucosinolate majoritaire dans les racines est le principal ITC détecté dans
ces organes (de 5 à 28 lmol/g [34]).
La conversion des GSL précurseurs en ITC ou autres produits dosés
(nitriles) n’est pas complète et des rendements de seulement 15 % ont
été observés [39]. Les propriétés physico-chimiques des ITC telles que
leur volatilité (allyl- et but-3-enyl-ITC) ou leur réactivité élevée avec le
milieu peuvent faciliter leur disparition dès leur formation et expliquer les
faibles valeurs de taux de conversion observés. Compte tenu de la
bioactivité des ITC et de leur présence observée dans de nombreuses
expérimentations, la problématique de la biofumigation est traitée principalement autour de ces composés.
Propriétés des isothiocyanates du colza, et des moutardes
blanche, brune et noire utilisés en biofumigation
Ces Brassicacées sont appelées à être utilisées en biofumigation pour leur
contenu en GSL précurseurs d’isothiocyanates et également pour leurs
qualités agronomiques. Les isothiocyanates présents dans ces plantes
peuvent être rangés dans l’ordre de leur volatilité croissante de la manière
suivante : 2-phénylethyl-, benzyl-, penten-4-yl-, but-3-enyl et allyl- ce qui
signifie que le phényléthyl-ITC serait beaucoup plus persistant dans le sol
que l’allyl-ITC qui peut disparaître au fur et à mesure de sa formation. Ces
caractéristiques de volatilité peuvent augmenter ou diminuer l’efficacité
de l’action de l’ITC sur le récepteur selon que celui-ci sera sensible à une
action « coup de fouet » ou au contraire longue durée. En fonction de la
sensibilité des cibles ou récepteurs et de leur accessibilité, les effets d’un
même ITC peuvent donc être différents.
Cependant, il est possible de connaître dans les plantes utilisées en
fumigation (colza, moutardes blanche et brune) la teneur et la nature des
GSL, et ainsi de prévoir leur efficacité potentielle en traitement de
biofumigation sur la base des propriétés des produits de leur dégradation. Le tableau 3 résume le potentiel en biofumigation de chaque plante
et partie de plante à partir des teneurs des GSL dans ces plantes et des
propriétés de leurs produits de dégradation présentées précédemment
dans les tableaux 2 et 1.
Chez le colza, le potentiel de biofumigation est notable à cause du
pent-4-ényl-ITC (partie aérienne) et du phényléthyl-ITC (racines). Ces
deux ITC ont des actions respectivement rapide et lente qui peuvent
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265
38
Tableau 3. Présence et effets potentiels en fumigation des principaux produits de dégradation des glucosinolates des organes de colza, moutarde blanche et moutarde brune.
Plante
Organe
Colza
Parties aériennes
Racines
Moutarde blanche Parties aériennes
Racines
Moutarde brune Parties aériennes
Racines
Produits de dégradation des glucosinolates et type d’action
OT
SCN-
Inconnue
o
o
o
o
Inconnue
-o
----o
o
Phényléthyl-ITC
(GST)
Benzyl ITC
(GTL)
+
+++
O
+
O
++
o
+
++
++
o
o
Pent-4-enyl ITC But-3-enyl ITC
(GBN)
(GNA)
++
+
+
o
+
o
+
+
O
O
++
+
Allyl-ITC
(SIN)
o
o
o
o
+++
++
ITC : Isothiocyanate ; OT : oxazolidine-2-thione ; SCN - : ion thiocyanate ; o : absence ; + : présence et effet potentiel ; - : présence et effet potentiel négligeable ; (le
nombre de signes – et + indique le degré de présence).
présenter une complémentarité intéressante. Chez la moutarde blanche,
le potentiel provient du phényléthyl-ITC (racines), du benzyl-ITC (parties
aériennes et racines) et du pent-4-ényl-ITC (parties aériennes). Globalement, les ITC de la moutarde blanche sont moins volatils que ceux du
colza et devraient avoir une action plus lente. Chez la moutarde brune,
les alcénylGSL (SIN, GNA et GBN) sont présents en quantité importante
dans les parties aériennes et sont hydrolysés en ITC volatils susceptibles
d’avoir une action rapide. Dans les racines, la SIN et la GST sont présentes
et peuvent libérer l’allyl-ITC très volatil et le phényléthyl-ITC qui l’est
beaucoup moins. En résumé, dans ces trois plantes, les teneurs observées
en GSL et les propriétés connues des produits de dégradation indiquent
que la moutarde brune doit avoir l’action la plus puissante. En revanche,
le colza et la moutarde blanche sont capables de libérer des ITC à action
plus lente. Ces conclusions reposent cependant sur des hypothèses de
disponibilité et d’action des ITC qui restent théoriques, et qu’il conviendrait de vérifier in situ.
Dégradation des résidus
de récolte de colza oléagineux
et des engrais verts à base de Brassicacées
et devenir des glucosinolates dans le sol
À la maturité du colza destiné à la production de graines oléagineuses,
seules les graines sont récoltées en Europe. Les pailles comme les racines
restent dans la parcelle où elles sont plus ou moins rapidement incorporées dans le sol. Au moment de la destruction des cultures intermédiaires
utilisées comme engrais vert, les Brassicacées utilisées (moutardes, colza)
sont généralement enfouies avec éventuellement un broyage préalable,
et c’est la plante entière encore à un stade végétatif qui est incorporée au
sol.
L’importance de ces résidus, et la façon dont ils se dégradent, est
importante à connaître parce qu’il est probable qu’elle conditionne la
dégradation des GSL et la libération des composés actifs comme les ITC.
Quantités de résidus restituées au sol
Les quantités de résidus restituées au sol après récolte sont très variables
et dépendent fortement de la croissance de la culture et notamment de
son niveau de fertilisation azotée (tableau 4). Enfin, devraient être prises
également en considération les quantités de graines perdues sur la
parcelle avant et au cours de la récolte et qui peuvent représenter environ
10 % du rendement (données CETIOM non publiées, [54]).
sés susceptibles de diffuser vers le sol, le mode de colonisation microbienne et la nature des populations microbiennes impliquées lors de la
décomposition. Ces caractéristiques varient pour une espèce donnée
avec le degré de maturité, et les conditions de croissance et de nutrition.
Ces caractéristiques sont très variables selon les organes considérés. La
teneur en azote (ou le rapport carbone/azote) est un critère qui permet
de prédire globalement l’effet net de l’incorporation des résidus sur la
dynamique de l’azote minéral du sol (minéralisation nette ou organisation nette d’azote) ; c’est le critère qui est retenu dans le module
« résidus » du modèle de culture STICS [57] pour décrire la qualité des
résidus de culture et prévoir les quantités d’azote libérées lors de leur
décomposition. Pour une même culture, cette teneur varie fortement
entre organes et pour chaque organe en fonction de la nutrition azotée
de la culture (suivant entre autres le précédent cultural et la fertilisation
azotée). Les cultures intermédiaires utilisées comme piège à nitrates sont
généralement d’une teneur en azote plus élevée (figure 3).
Les tissus végétaux sont principalement constitués de composés solubles,
d’hémicelluloses, de celluloses et lignine dont les proportions respectives
sont fonction des organes considérés (tableau 5). Ces proportions sont
différentes et moins variables pour les résidus jeunes (type cultures
intermédiaires) avec des teneurs en composés solubles généralement
plus élevées et des teneurs en cellulose et lignine plus faibles que les
résidus à maturité (figure 4).
Ces proportions déterminent en définitive l’aptitude intrinsèque des
résidus à être décomposés, tout au moins sur le court terme comme
l’illustre la figure 5.
Pour les résidus de cultures intermédiaires, la décomposition du carbone
est relativement comparable pour différentes espèces (radis, moutarde,
Tableau 4. Quantités de matière sèche et d’azote présentes dans les différents organes
d’une culture de colza à maturité en fonction du niveau de fertilisation azotée [55, 56].
Fertilisation (kg N/ha)
Grains
Parois de siliques
Tiges
Racines
Feuilles mortes
Caractéristiques et biodégradabilité des résidus de récolte
Les caractéristiques biochimiques et physiques des résidus de culture
déterminent leur cinétique de décomposition, la proportion de compo266
Indice de récolte
t m.s./ha
kg N/ha
t m.s./ha
kg N/ha
t m.s./ha
kg N/ha
t m.s./ha
kg N/ha
t m.s./ha
kg N/ha
m.s.
N
0
135
270
2,79
62,50
2,12
6,70
3,17
13,70
1,06
4,90
2,36
26,90
0,24
0,54
4,13
100,60
3,10
12,20
5,82
21,50
1,01
5,00
4,41
48,6
0,22
0,54
4.87
155,80
4,33
26,00
6,58
60,10
0,86
7,90
4,78
95,20
0,23
0,45
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39
Tableau 5. Caractéristiques biochimiques de divers organes de colza [58].
a
b
Organes
Tiges
Parois de siliques
Racines
C total (%)a
N total (%)a
C-soluble (%)b
C-hémicellulose (%)b
C-cellulose (%)b
C-lignine (%)b
45,2
0,35
24,8
17,9
42,0
14,9
43,7
0,38
28,9
20,7
40,6
12,7
43,6
1,10
27,2
19,3
32,3
19,5
ray-grass) (figure 6), ce qui s’explique par les compositions biochimiques
comprises dans une gamme relativement étroite (figure 4). Par contre, la
dynamique de l’azote minéral après enfouissement est elle aussi fortement liée à la teneur en azote des matériaux végétaux (figure 3).
Par ailleurs, ces caractéristiques biochimiques et l’organisation des parois
des tissus végétaux déterminent également les propriétés mécaniques
(résistance au cisaillement et à la flexion) des résidus qui jouent par
exemple un rôle très important lors des opérations mécaniques de travail
du sol et de semis en présence de paille [59].
Finalement, ces caractéristiques font apparaître les cultures intermédiaires comme des résidus riches en azote dont la dégradation des parties
% matière sèche.
% du carbone du résidu.
3,0
5
2,5
4
2,0
% N organique
% N organique
3
2
1,5
1,0
1
0,5
0
0,0
-1
Colza
Culture Intermédiaire
Feuilles
Racines
Tiges
Parois de
siliques
Figure 3. Variabilité de la teneur en azote de différents organes de colza à maturité (source : INRA Reims-CETIOM, résultats d’enquête non publiés) et comparaison des teneurs
en azote des résidus de colza avec ceux des cultures intermédiaires au moment de l’enfouissement (d’après Nicolardot et al., non publié).
Légende des boîtes : bord supérieur et inférieur = 10e et 90e quintiles ; ligne continue à l’intérieur de la boîte = médiane ; ligne discontinue = moyenne ; extrémités des barres = 5e
et 95e quintiles ; symboles = données extrêmes (d’après Nicolardot et al., non publié).
100
100
Résidus de colza
Culture intermédiaire
80
% matière sèche
% matière sèche
80
60
40
20
60
40
20
0
0
Soluble
Hémicellulose Cellulose
Lignine
Soluble
Hémicellulose Cellulose
Lignine
Figure 4. Comparaison de la composition biochimique des résidus de colza présent à maturité et des résidus de culture intermédiaire au moment de l’enfouissement.
Légende des boîtes : bord supérieur et inférieur = 10e et 90e quintiles ; ligne continue à l’intérieur de la boîte = médiane ; ligne discontinue = moyenne ; extrémités des barres = 5e
et 95e quintiles ; symboles = données extrêmes). D’après [58], Nicolardot et al., non publié.
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267
40
30
Parois de siliques
Parois de siliques
25
% carbone du résidu
Tiges
30
Racines
20
% azote du résidu
40
10
Tiges
20
Racines
15
10
5
0
0
0
40
80
120
Jours à 15 °C
160
0
40
80
120
Jours à 15 °C
160
Figure 5. Minéralisation nette du carbone et de l’azote de divers organes de colza à forte teneur en azote marqués 13C et 15N au cours d’une incubation en conditions contrôlées.
Les valeurs sont exprimées en % du carbone du résidu et en mg N par g de carbone l’azote organique présent dans le résidu. D’après [60].
80
50
40
30
mg N.g-1 C résidu
% C résidu
60
40
20
10
0
-10
20
-20
-30
0
0
20
40
60 80 100 120 140 160
Jours à 15 °C
0
20
40
60 80 100 120 140 160
Jours à 15 °C
Figure 6. Minéralisation nette du carbone et de l’azote de résidus de cultures intermédiaires prélevés au moment de l’enfouissement et étudiée au cours d’une incubation en
conditions contrôlées. D’après Nicolardot et al., non publié.
aériennes peut être assez rapide. Pour le colza récolté à maturité des
graines, on peut distinguer trois classes d’organes :
1) les feuilles qui tombent avant la maturité et commencent à se dégrader assez vite, notamment avant la récolte, et avant l’enfouissement par
le déchaumage ou le labour ;
2) les racines dont la biomasse est limitée, et la dégradation probablement assez lente ;
3) les tiges et les siliques dont la biomasse est plus significative et la
vitesse de dégradation intermédiaire.
268
Les facteurs influençant la décomposition des résidus
La décomposition des résidus est influencée par de nombreux facteurs
[57]. La disponibilité en azote minéral du sol agit sur la dynamique et la
décomposition des résidus [61]. En effet, le manque d’azote restreint la
croissance des micro-organismes hétérotrophes et/ou modifie leur métabolisme en affectant leur taux de renouvellement ou leur rendement
d’assimilation. En définitive, ce manque finit par réduire la décomposition du carbone mais également le ratio quantité d’azote minéral par
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41
Décomposition des résidus de colza dans le sol
Quelques références ont été acquises en conditions de laboratoire [60,
65], mais très peu de données ont été acquises in situ [66-68]. En France,
des données ont été acquises pour le colza [69].
Leurs résultats montrent que les résidus sont rapidement décomposés,
50 % du carbone des résidus étant minéralisé sous forme de CO2
pendant les deux premiers mois suivant l’incorporation dans le sol
(figure 7). L’incorporation des résidus a induit tout d’abord une immobilisation de l’azote minéral du sol d’environ 20 kg N ha–1 à l’automne.
Neuf mois après incorporation, les résidus issus de la culture fertilisée
(apport de 270 kg N ha–1) induisent une fourniture nette d’azote minéral
(+ 9 kg N ha–1) correspondant à 10 % de l’azote apporté par les résidus
alors que la fourniture pour les résidus issus de la culture sans fertilisation
azotée reste nulle (– 3 kg N ha–1, valeur non statistiquement différente
de 0).
Décomposition des résidus
et libération de composés à effets allélopathiques
Si de nombreux travaux ont mis en évidence les effets allélopathiques de
résidus de culture de colza suite à leur incorporation dans le sol [71],
finalement peu de références relient expressément les effets allélopathiques des résidus de colza et leur décomposition dans le sol. Purvis [72] a
mis ainsi en relation les effets allélopathiques avec le degré de décomposition des chaumes de colza. A priori, aucune référence ne rapporte de
travaux mettant en relation la dynamique de relargage des GSL dans le
sol ou leur décomposition et la dynamique de décomposition des résidus.
18
Sol témoin
Sol + résidus N0
Sol + résidus N270
g C-CO2/m2/jour
16
14
A
12
10
8
6
4
2
0
B
800
600
g C-CO2/m2
unité de carbone décomposé. Ces situations de manque d’azote disponible ont été mises en évidence au champ et peuvent ainsi expliquer le
ralentissement de la décomposition des résidus pendant des périodes
(par exemple : période automnale) où toutes les conditions (température, humidité...) sont a priori réunies pour favoriser leur évolution, mais
où l’azote minéral est peu disponible (faibles reliquats azotés, présence
de cultures intermédiaires prélevant l’azote...). L’environnement physique des résidus influe également très fortement sur la cinétique de
décomposition dans le sol. L’environnement peut se définir, pour un
résidu donné, par la taille des particules de résidu, leur distribution et leur
localisation dans le sol, et les propriétés du sol environnant (porosité,
température et potentiel hydrique). La taille du résidu et la porosité du sol
agissent sur la surface de contact existant entre le sol et le résidu [62].
Cette surface influe sur la colonisation du résidu par les micro-organismes
du sol et sur les possibilités d’échange d’eau et de nutriments entre le
résidu et le sol. Ainsi, plus cette surface de contact est importante, plus la
décomposition est facilitée [63, 64]. Toutefois, le broyage des résidus, qui
diminue la taille des particules, n’a pas le même effet quel que soit le type
de résidu, montrant ainsi qu’il existe des interactions complexes entre la
nature des résidus et leurs propriétés physiques : par exemple, des
expérimentations conduites en laboratoire ont montré que le broyage de
racines de colza augmentait fortement leur décomposition dans le sol,
alors que cela affectait peu la décomposition des parois de siliques
(Recous, résultats non publiés). Par ailleurs, la localisation des résidus de
culture, qu’ils soient laissés à la surface, enfouis par une opération de
labour ou incorporés de manière relativement homogène, ainsi que
l’intensité de compactage du sol et des résidus (passage de roue par
exemple), jouent un rôle fondamental sur les transferts d’eau, de solutés,
de chaleur dans le sol. Les propriétés physiques des sols (stabilité structurale par exemple) peuvent être également fortement influencées par la
présence de résidus (en fonction de leur nature, quantité et distribution)
à la surface du sol. Ces facteurs physiques influencent en retour la
cinétique de décomposition des résidus organiques et les biotransformations dans leur ensemble, laquelle modifie les propriétés physiques qui
vont de nouveau influencer les processus biologiques.
400
200
0
J A S O N D J F M A M J
1995
J A S O N D
1996
Figure 7. Vitesse de minéralisation du carbone (a) et évolution cumulée (b) du CO2
émis par le sol au champ avec ou sans apport de résidus de culture de colza.
Les résidus de colza sont issus d’une culture non fertilisée (N0) ou fertilisée avec 270 kg
N par ha (N270). D’après [70].
Également peu de travaux récents concernent la décomposition des GSL
dans les sols, plusieurs auteurs [73-75] ont mesuré au champ et en
laboratoire le relargage et la rétention dans le sol des isothiocynates après
l’incorporation de résidus de brassicacées, et ont mis en évidence
l’importance de la teneur initiale des résidus en GSL et de l’humidité du
sol.
Davantage de références existent quant au devenir des produits de
décomposition des GSL dans la mesure où ces composés chimiques sont
utilisés comme fumigants. C’est notamment le cas des isothiocyanates
avec en particulier le méthyl isothiocyanate [76-80]. Les études portent
sur les processus de dégradation (biologique ou abiotique), l’adsorption
par le sol [80], l’entraînement par les eaux de lessivage [76] ou la
volatilisation [78]. La persistance de ces molécules dans le sol dépend en
particulier des conditions de température et d’humidité [77], mais est
aussi fonction de l’adaptation de la microflore des sols suite à des apports
répétés [79].
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271
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F
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N
D
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A
L
Effets allélopathiques des Brassicacées via leurs actions sur les agents
pathogènes telluriques et les mycorhizes : analyse bibliographique.
Partie II
Raymond REAU1
Jean-Marie BODET2
Jean-Paul BORDES2
Thierry DORE3
Sabah ENNAIFAR4
Anne MOUSSART5
Bernard NICOLARDOT6
Sylvain PELLERIN7
Christian PLENCHETTE8
Alain QUINSAC1
Christophe SAUSSE1
Bernard SEGUIN2
Bernard TIVOLI5
1
CETIOM, BP 4, 78 850 Thiverval-Grignon
<[email protected]>
2
ARVALIS institut du végétal, 91 720 Boigneville
3
INA Paris-Grignon, UMR d’agronomie
INRA/INA P-G, BP 1, 78 850 Thiverval-Grignon
4
INRA, UMR d’agronomie INRA/INA P-G, BP 1,
78 850 Thiverval-Grignon
5
INRA, UMR INRA-ENSA Rennes Bio3P, BP
35 327, 35 653 Le Rheu, cedex
6
INRA, Unité d’agronomie Laon-Reims-Mons,
BP 224, 51686 Reims, cedex 2
7
INRA, UMR INRA-ENITA Bordeaux “Transfert
sol-plante et Cycle des Eléments Minéraux dans
les écosystèmes cultivés”, BP 81, 33 883
Villenave d’Ornon, cedex
8
INRA Dijon, BP 86 510, 21065 Dijon cedex
Abstract: Brassicas contain glucosinolates (GSL) which decomposition is able to reduce the growth of
populations of soil-borne fungi, bacterias or nematodes. These biocid effects on soil-borne microorganisms make a form of allelopathy phenomenon. The allelopathic properties depends on the GLS
composition of the Brassicas: Indian mustard and in a lower extend Oilseed rape could have the most
powerfull action, White mustard would have a weaker action. These properties also depends on crop
residues: green manure with quick decomposition would result with a higher action than crop residues
after grain harvest.The main mechanisms are known. In vitro, isothiocyanates obtained from the GSL
decomposition inhibit all the phases of the cycle of Aphanomyces eutiches, the fungus responsible for
root rot of peas. The mycelian growth of Gaeumannomyces graminis tritici, the fungus responsible for
the wheat take all is inhibited by some isothyocyanates at low concentration. Furthermore, several
studies give the evidence that the incorporation of Brassicas residues into the soil does inhibit the growth
of both soil-borne pathogens. At last, the presence of roots of Brassicas inhibits the germination of the
mycorhizes known to improve the mineral nutrition of its host plant. This phenomenon could explain the
depressive effect of oilseed rape on the nutrition of a subsequent maize.This knowledge of Brassicas
effects into cropping systems offers issues for a better management of precedent effects of Brassicas;
these effects being positive (integrated cop protection) or negative (management of subsequent crop
nutrition after Brassicas).
Key words: allelopathy, Brassicas, glucosinolates, soil-borne pathogens, mycorrhizas
Effet allélopathiques des Brassicacées sur les champignons
telluriques
Cas d’Aphanomyces euteiches, responsable de la pourriture molle du pois
Nous nous intéresserons ici plus particulièrement à l’influence des cultures de Brassicacées sur un
premier champignon pathogène tellurique, le champignon pathogène tellurique : Aphanomyces
euteiches, responsable de la pourriture molle du pois.
La pourriture molle du pois (Pisum sativum) due à A. euteiches
La pourriture molle du pois (Pisum sativum) est due à un champignon oomycète, Aphanomyces
euteiches. Ce champignon est capable de provoquer des pertes de rendement très conséquentes
suite à la destruction plus ou moins précoce du système racinaire. Ces pertes peuvent atteindre 10
à 30 q/ha, selon le niveau d’infestation du champ et les conditions climatiques. De nouveaux cas
de nécroses racinaires dus à A. euteiches sont signalés chaque année. L’absence de méthodes de
protection, hormis la prévision des risques, explique que ce problème soit devenu, depuis les
années 1993-1994, une grande préoccupation pour les agriculteurs des régions les plus touchées
(grand Bassin parisien en particulier). Parmi les méthodes de lutte envisagées, la réduction du
potentiel infectieux du sol par un choix judicieux de plantes « de coupure » semble être une piste
intéressante.
Article reçu le 2 décembre 2004
accepté le 12 mars 2005
FONDAMENTAL
314
Plusieurs études concernant l’effet précédent des Brassicacées sur la pourriture molle du pois (A.
euteiches) ont été réalisées aux États-Unis à partir des années 60. Nous nous intéresserons dans un
premier temps à l’effet des amendements organiques constitués par des enfouissements de
Brassicacées sur le potentiel infectieux d’un sol infesté par A. euteiches. Dans un deuxième temps,
nous essaierons d’analyser les mécanismes d’action.
Voir la première partie dans OCL ; volume 12, no 3, mai-juin 2005.
OCL VOL. 12 N° 4 JUILLET-AOÛT 2005
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
45
Effet des amendements à base de Brassicacées sur le potentiel infectieux
du sol
L’effet des amendements constitués de Brassicacées sur l’évolution de la
pourriture molle due à A. euteiches a été étudié en conditions contrôlées
(serre) dans des sols infestés naturellement ou artificiellement et/ou en
conditions naturelles (champ). Ces études mettent en évidence
l’influence de plusieurs facteurs sur l’efficacité des amendements.
Toutes les espèces de Brassicacées testées en conditions contrôlées
permettent de diminuer les nécroses racinaires dues à A. euteiches. En
revanche, le niveau d’efficacité peut varier en fonction de l’espèce
considérée [81]. Comme précisé dans la première partie de cette revue
(voir OCL n° 3, mai-juin 2005) les produits issus de la décomposition des
GSL ainsi que leurs concentrations varient d’une espèce à l’autre. Lewis et
Papavizas [82] expliquent l’efficacité supérieure du chou (Brassica oleracea) par rapport à la moutarde blanche par les fortes concentrations en
composés volatils soufrés libérés par cette espèce. Les auteurs en déduisent que la quantité de matériel végétal à incorporer doit dépendre des
teneurs en GSL de l’espèce considérée. Muehlchen et al. [83] précisent
que l’âge des plantes au moment de l’incorporation, le type d’organe
incorporé ainsi que l’utilisation de tissus secs ou frais influencent les
résultats. Les auteurs obtiennent en effet de meilleurs résultats avec la
moutarde blanche que Chan et Close [81]. Or, ces derniers utilisaient
uniquement des plantes ayant poussé à l’extérieur pendant 4 mois et
n’incorporaient au sol que les tiges et les feuilles séchées.
Les résultats dépendent également du potentiel infectieux initial du sol.
Chan et Close [81] mettent en évidence, lors d’un essai réalisé en
conditions contrôlées, que la diminution des nécroses racinaires observées sur des plantes de pois ayant poussé dans un sol amendé par
différentes espèces de Brassicacées est d’autant plus importante que le
taux d’inoculum initial du sol est faible. Ainsi, les résultats décevants
obtenus au champ par Papavizas et Lewis en 1971 [84] pourraient être
expliqués au moins en partie par le fort niveau d’infestation de la
parcelle : la majorité des espèces utilisées, très efficaces en serre pour
diminuer les nécroses racinaires, n’ont eu aucun effet bénéfique au
champ. Les auteurs expliquent que dans un sol très infesté la diminution
du potentiel infectieux doit être très importante pour pouvoir en observer les conséquences sur les plantes.
En serre, Chan et Close [81] font également varier la durée de la phase de
décomposition : les pois sont semés 3 ou 6 semaines après enfouissement. L’efficacité de l’amendement est supérieure après 6 semaines de
décomposition quelle que soit l’espèce de Brassicacée considérée. En
revanche, la durée optimale de la période de décomposition semble
dépendre de la culture. Dans le cas de la moutarde blanche, les résultats
obtenus après 3 ou 6 semaines de décomposition sont proches, alors que
l’efficacité du chou est améliorée de 50 %. Lewis et Papavizas [82] avaient
effectivement observé que les composés volatils issus de la décomposition du chou étaient encore détectables cinq semaines après enfouissement.
Les résultats au champ semblent dépendre des conditions climatiques.
Papavizas et Lewis [83] expliquent que si l’humidité du sol est trop
importante, les composés volatils soufrés ne sont pas libérés lors de la
décomposition des Brassicacées. Les stress environnementaux peuvent
également affecter la croissance et le développement des Brassicacées,
altérant ainsi leurs propriétés [84].
Les travaux de Lewis et Papavizas en 1971 mettent en évidence que les
vapeurs issues des composés de synthèse sont plus efficaces que les
vapeurs issues de la décomposition naturelle du chou dans le sol. Or, de
fortes concentrations en sulfures et ITC sont mises en évidence suite à la
décomposition du chou. Les auteurs suggèrent que les caractéristiques
physico-chimiques du sol doivent être prises en compte. Les composés
issus de la dégradation des GSL pourraient en effet être adsorbés par les
colloïdes du sol ou transformés en composés instruments. Munnecke et
Martin [85] avaient en effet observé que les concentrations en MethylITC
(MIT) étaient très faibles dans certains sols riches en matière organique et
en argile. Lloyd [86] a effectivement montré que le MIT réagissait avec
NH4OH pour former un composé non volatil et non toxique.
Mécanismes d’action : effet des dérivés des glucosinolates sur
les différentes phases du cycle infectieux d’A. euteiches
Afin de comprendre les mécanismes impliqués dans l’effet négatif des
Brassicacées, utilisées comme engrais vert, sur le champignon pathogène
A. euteiches, des essais ont été réalisés au laboratoire. Les auteurs se sont
intéressé à l’action des composés issus de la dégradation des GSL sur les
différentes phases du cycle infectieux.
En 1971, Lewis et Papavizas étudient l’effet des composés volatils issus de
la décomposition des GSL sur la croissance mycélienne du champignon.
Les composés volatils provenant d’un sol amendé avec du chou inhibent
de façon irréversible la croissance mycélienne à partir du deuxième jour
après enfouissement, et ce, pendant 21 jours. En utilisant des ITC
(MethylITC, ButylITC, AllylITC, PhenethylITC) et des sulfures (carbon
disulfure, methanethiol, dimethyl sulfure, dimethyl disulfure) de synthèse, les auteurs montrent que l’effet varie en fonction du composé et de
sa concentration. Les vapeurs de sulfures ne sont pas aussi toxiques que
les vapeurs d’ITC : selon le sulfure utilisé, des concentrations de 10 à 30
ppm sont nécessaires pour inhiber la croissance contre seulement 0,07
ppm pour les vapeurs d’ITC. Smolinska et al. [87, 88] comparent l’effet
des GSL bruts provenant de graines de colza avec celui des composés
volatils et solubles issus de leur décomposition (essentiellement ITC et
nitriles). Ils mettent en évidence que les GSL non hydrolysés ont une
faible action sur la croissance mycélienne alors que les composés solubles
et volatils sont inhibiteurs, les ITC étant plus efficaces que les nitriles. Les
auteurs ne précisent cependant pas si cette différence d’efficacité entre
ITC et nitriles est due à une plus faible concentration en nitriles ou à une
toxicité inférieure.
Lewis et Papavizas [89] s’intéressent également à l’action des composés
volatils sur les zoospores, forme infectieuse du champignon. Les vapeurs
d’ITC et sulfures de synthèse inhibent non seulement la formation des
zoospores mais également leur mobilité et leur germination. Comme
pour la croissance mycélienne, les auteurs montrent que les vapeurs
d’ITC sont plus efficaces que les vapeurs de sulfures et que l’efficacité
dépend du composé et de sa concentration. Smolinska et al. [87] mettent
également en évidence l’inhibition de la germination des zoospores par
les composés volatils issus de graines de colza en décomposition.
La formation des oospores, forme de conservation du champignon, est
affectée par les vapeurs provenant du chou en décomposition [89] : les
oogones restent immatures et sont déformées. Les auteurs précisent
cependant que seuls les ITC auraient une action négative sur les oospores.
Conséquences pour la protection contre A. euteiches
L’ensemble des travaux cités dans cette étude bibliographique met en
évidence un manque de concordance, d’une part, entre les essais réalisés
en conditions contrôlées et les essais réalisés au champ, et d’autre part
entre les résultats des différents auteurs. Ce problème semble être dû
principalement au fait que l’effet assainissant des Brassicacées dépend
d’un grand nombre de facteurs (conditions climatiques, conduite de
culture...). Or, les essais décrits dans les différentes publications relèvent
d’objectifs souvent similaires, mais les conditions d’expérimentation
(variété utilisée, température, type de sol, niveau d’infestation...) varient
d’un auteur à l’autre. Il est par ailleurs nécessaire de préciser qu’une
culture dérobée peut, d’une façon générale et indépendamment de ses
effets allélopathiques, avoir une action indirecte sur un pathogène interférant avec les effets fongicides : en particulier, le travail du sol peut diluer
l’inoculum en modifiant les horizons et/ou en perturbant le réseau
OCL VOL. 12 N° 4 JUILLET-AOÛT 2005
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
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46
mycélien du champignon [90, 91], et l’enfouissement de matières organiques peut modifier les caractéristiques physico-chimiques et/ou modifier les populations microbiennes du sol [10, 92].
Néanmoins, les cultures de Brassicacées, utilisées en engrais vert, pourraient constituer un moyen de protection efficace contre Aphanomyces.
Toutes les phases du cycle infectieux du pathogène sont en effet susceptibles d’être affectées par l’action des composés libérés lors de la dégradation des GSL contenus dans les plantes. L’action étant irréversible, elle
peut être qualifiée de fongicide. Parmi ces produits, les composés volatils
et plus précisément les vapeurs d’ITC seraient les plus efficaces. L’efficacité de ces cultures dérobées dépend toutefois de plusieurs facteurs, qui
peuvent agir en interaction : l’espèce de Brassicacée cultivée, voire la
variété au sein d’une espèce, les conditions climatiques et les caractéristiques physico-chimiques du sol, enfin la conduite de la culture. Au sein
de celle-ci, la densité de semis, la durée de la culture, la méthode
d’enfouissement, la durée de la phase de décomposition sont susceptibles d’avoir un effet significatif.
Cas de Gaeumannomyces graminis, responsable
du piétin échaudage du blé d’hiver
Gaeumannomyces graminis (Sacc.) Arx & Olivier var. tritici Walker, agent
pathogène responsable de la maladie du piétin-échaudage des céréales,
constitue un deuxième cas d’étude intéressant. Il s’agit également d’un
champignon tellurique ; contrairement au cas précédent, ce sont à
l’heure actuelle autant des cultures commerciales de Brassicacées (en
l’occurrence le colza) que des cultures intermédiaires qui, dans les
systèmes de culture, sont susceptibles d’avoir un effet assainissant, et ont
été étudiées de ce point de vue.
Le piétin échaudage des céréales
Le piétin échaudage (Gaeumannomyces graminis) devient est un problème récurrent des systèmes de culture céréaliers dans les situations où
le blé revient trop souvent sur les mêmes parcelles. Il est à l’origine d’une
grande partie des pertes de rendement observées en monoculture. Ce
champignon attaque le collet et les racines des céréales, entraînant une
stérilité totale ou partielle de l’épi. Certaines conditions climatiques sont
favorables au développement de la maladie, en particulier les semis
précoces suivis d’hiver doux et humides. Des solutions de lutte chimiques
par traitement des semences existent mais restent coûteuses et d’une
efficacité variable et incomplète. L’évitement des situations à risque dans
le cadre de successions culturales adaptées reste un moyen de lutte
privilégié.
On connaît bien l’effet de la succession de culture sur la dynamique de
l’agent pathogène. De manière schématique, les populations du champignon s’accroissent en cas de monoculture, jusqu’à un palier atteint au
bout de quatre ans, qui précède une phase de déclin de la maladie [93].
Cette dynamique serait liée au développement, avec un certain retard
par rapport à l’agent pathogène, d’une flore antagoniste constituée de
bactéries, entre autres des Pseudomonas [94-96]. Le développement du
champignon est ainsi fonction de la succession de culture, et varie selon
le caractère hôte ou non des espèces présentes (le lin, le pois et le colza
par exemple sont non-hôtes) et de leur effet sur la flore antagoniste, qui
peut amener à un rôle amplificateur sur la maladie.
Les effets précédents des Brassicacées sur le rendement du blé
et sur le piétin échaudage
Plusieurs essais sur les effets de différentes plantes de coupure dans une
monoculture de blé tendre d’hiver ont été réalisés en Angleterre à la fin
des années 1980 par l’ADAS [97]. Ces travaux ont montré que le premier
blé suivant un colza d’hiver dans une monoculture présente un rendement plus important que le premier blé suivant une féverole d’hiver. En
revanche, dans ces essais, la production du deuxième blé suivant le colza
316
d’hiver est équivalente voire inférieure à celle du deuxième blé suivant la
féverole d’hiver. L’une des principales explications avancées pour expliquer ces résultats est que les attaques de piétin échaudage sont plus
importantes derrière une féverole d’hiver que derrière un colza d’hiver. Le
deuxième blé après féverole serait, au contraire, moins sujet aux attaques
de piétin échaudage que le deuxième blé après colza.
Effets des Brassicacées sur le piétin échaudage
De leur côté, les Australiens de la Nouvelle Galle du Sud [98] et les suisses
de la station de Changins [99] en Suisse constatent que les attaques de
piétin échaudage sont nettement moins importantes dans un premier blé
suivant un colza d’hiver que dans un blé venant immédiatement après
une pâture ou un autre blé. Ces différences entre précédents en ce qui
concerne les attaques de piétin échaudage observées sur les premiers
blés ont tendance à disparaître voire à s’inverser avec les deuxièmes blés
[100].
En France, les résultats récents obtenus dans l’Yonne par la délégation
régionale de l’ITCF de Dijon et la chambre d’agriculture de l’Yonne
montrent aussi que le premier blé tendre d’hiver suivant un colza d’hiver
peut présenter des rendements nettement supérieurs à un blé tendre
d’hiver suivant un blé tendre d’hiver, et que ces différences peuvent en
grande partie s’expliquer par une réduction des dégâts de piétin échaudage dans le premier blé suivant le colza.
Comme évoqué ci-dessus, on sait de manière bien documentée la
différence entre une monoculture de blé et une succession céréalière
avec coupure par une culture non hôte, du point de vue de la dynamique
du piétin échaudage. Cet effet du colza sur l’agent pathogène ne peut
ainsi être uniquement attribué aux ITC : le seul fait que la plante de
coupure soit non hôte de la maladie suffit à diminuer la présence du
champignon, par contre la différence entre les plantes non hôtes pourrait
être attribuée aux ITC.
Néanmoins, même si moins d’études semblent avoir été réalisées que sur
A. euteiches, néamoins, il semble vraisemblable que dans ce cas également une partie de la réduction des attaques par l’agent pathogène de
piétin échaudage observée au champ dans le premier blé suivant une
Brassicacée serait liée à la présence de GSL dans les tissus végétaux des
plantes de cette famille. Au cours de leur décomposition dans le sol, ces
GSL produisent des isothiocyanates. Plusieurs études, menées avec différentes espèces de Brassicacées ou directement avec des ITC, convergent
en effet en ce sens. Ainsi, en conditions contrôlées sur des cultures de
champignon, Brown et Morra [3] ont montré que certains ITC (Méthyl
ITC, Allyl ITC, Benzyl ITC) ont un effet dépressif sur le piétin échaudage à
très faible concentration (0,1 à 0,2 lg/mL).
Parallèlement, plusieurs études menées en Australie [101-104] établissent que la dégradation des résidus de Brassicacées a un effet dépressif sur
l’inoculum pathogène du piétin-échaudage. Les mécanismes seraient
globalement les mêmes que dans le cas de la pourriture molle du pois.
Lors de la période de décomposition des tissus végétaux issus des
Brassicacées, il se produirait une biofumigation défavorable au développement du piétin échaudage, par altération de certaines fonctions biologiques. Cette biofumigation semble plus importante suite à l’enfouissement de tissus frais que des tissus âgés. En effet, ces tissus frais
contiennent plus de GSL que les tissus anciens. Certaines études montrent que l’effet répressif des Brassicacées sur le pathogène dépend du
type de sol [105], du type de résidu, de son âge et de son degré de
décomposition – phénomènes tous compatibles avec les mécanismes de
la biofumigation par libération des GLS et leur transformation en ITC.
Angus et al. [11] ont observé que des racines sèches et irradiées (donc
désinfectées) de différentes espèces de Brassicacées diminuent significativement la croissance de Gaeumannomyces graminis tritici, mais que tant
que les racines sont vivantes cet effet n’est pas significatif – ce qui de
nouveau est cohérent avec l’hypothèse d’une nécessité de décomposi-
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tion des tissus contenant les GLS. Les résidus frais sont réputés ne pas
avoir d’effet notable sur l’agent pathogène [11] mais réduisent la levée et
la croissance du blé suivant [72], alors que les résidus bien décomposés
inhibent la croissance de l’agent pathogène et favorisent la croissance du
blé. Enfin, en ce qui concerne les teneurs en GLS, Kirkegaard et Sarwar
[103] ont montré qu’elles varient fortement entre les espèces et les
variétés ; Angus et al. [11] et Kirkegaard et al. [102] observent pour leur
part un effet plus important de la moutarde brune par rapport à celui du
colza sur l’agent pathogène.
Conséquences pour la protection contre G. graminis tritici
Les résultats obtenus en conditions contrôlées d’une part et au champ
d’autre part sont plus convergents que dans le cas d’A. euteiches, et
semblent ainsi ouvrir des perspectives plus rapides d’utilisation des
propriétés allélopathiques des Brassicacées dans des stratégies intégrées
de lutte contre la maladie. Au champ, l’effet potentiellement répressif des
Brassicacées sur la maladie est cependant variable, et dépend des conditions climatiques et des conditions de survie de l’inoculum [104]. Il est
bien évident que cet effet de la précédente Brassicacée ne se manifeste
que les années où les conditions climatiques sont favorables au développement de la maladie : semis précoces du blé suivis d’hivers doux et
humides. Il est par ailleurs reconnu que l’effet du colza diminue quand la
pression de la maladie est faible [102].
Pour extérioriser un effet, il importe, en outre, que les modalités de
conduite de la Brassicacée ne favorisent pas le développement du piétin
échaudage dans le blé suivant. C’est ainsi qu’une surfertilisation azotée
du colza favorise la survie saprophytique du champignon après la récolte
de la Brassicacée [93]. De même, la présence de repousses de blé
contaminé dans un colza sert de relais entre les blés précédant et suivant
le colza. Ces phénomènes peuvent masquer partiellement ou totalement
les effets positifs des isothiocyanates issus de la décomposition des GSL.
Enfin, dans le deuxième blé suivant la Brassicacée, l’effet protecteur des
isothiocyanates disparaîtrait et le piétin échaudage pourrait, à nouveau,
se développer, d’autant plus que les isothiocyanates auraient un effet
dépressif non seulement sur le piétin échaudage, mais aussi sur sa flore
antagoniste. Ceci pourrait expliquer pourquoi les deuxièmes blés venant
après une Brassicacée peuvent présenter des dégâts de piétin échaudage
plus importants que les deuxièmes blés venant d’autres plantes de
coupure.
Cas des mycorhizes et de l’alimentation phosphatée du maïs
Les Brassicacées, et en particulier le colza et le chou, sont réputées induire
des carences en phosphore sur le maïs qui les suit. Peu d’expérimentations en plein champ ont été menées sur ce sujet. Gavito et Miller [106,
107] ont montré l’effet dépressif d’un précédent colza sur la nutrition en
phosphore du maïs à un stade précoce, avec des répercussions sur le
rendement final. Petersen et al. (1999) [108] ne constatent pas d’effets
notables sur la croissance et le rendement après une culture intermédiaire
de navet. La présente revue examine l’hypothèse d’une inhibition des
mycorhizes par des molécules fongistatiques produites par les Brassicacées.
Fonctionnement des champignons mycorhiziens à arbuscules
De nombreux micro-organismes vivent dans le sol au voisinage des
racines des plantes. Parmi eux, on trouve les champignons mycorhiziens
à arbuscules (MA) dont le développement est complètement inféodé aux
cultures en place (on parle de plantes hôtes) puisque ce sont des
symbiotes obligatoires. Ils s’associent de manière intime aux racines des
plantes pour former un nouvel organe appelé mycorhize à arbuscule.
Cette association à bénéfice réciproque constitue une symbiose mutualiste [109, 110]. Une mycorhize est donc constituée par une racine
colonisée par des structures fongiques de transport (le mycélium), de
transfert (l’arbuscule) et de stockage (la vésicule), et par un réseau de
mycélium se développant dans le sol rhizosphérique. Schématiquement,
la plante fournit au champignon les sucres qu’il n’est pas capable de
synthétiser et qui sont nécessaires à son développement, et le champignon fournit à la plante de l’eau et des éléments minéraux. Les plantes
agricoles et horticoles, à l’exception de celles appartenant aux familles
des Brassicacées et des Chénopodiacées, forment des mycorhizes à
arbuscules. La symbiose permet (i) d’assurer la croissance et la reproduction du champignon sous la forme de mycélium et de spores dans le sol,
et de mycélium, de vésicules ou de spores dans la racine grâce aux sucres
fournis par la plante; (ii) une amélioration de la nutrition minérale de la
plante, en particulier pour les éléments peu mobiles comme le phosphore et des oligo-éléments tels que le cuivre, le zinc et le fer, ce qui se
traduit généralement par une stimulation de la croissance [111]. Par
ailleurs, on observe chez les plantes mycorhizées une résistance accrue
aux stress (hydrique, thermique, salin), ainsi qu’une protection contre
certains agents pathogènes des systèmes racinaires.
Dans les sols agricoles, les champignons MA se propagent en fonction
des rotations des différentes cultures sous la forme de spores (organes de
réserve et de reproduction) libres dans le sol, sous la forme de mycélium
et sous la forme de morceaux de racines colonisées par le champignon et
portant, même après leur mort, des hyphes (mycélium) et des vésicules
(organes de réserve et de reproduction) viables. L’ensemble de ces
structures fongiques ou propagules constituent le potentiel infectieux
mycorhizogène du sol [112].
L’influence de la culture est prédominante pour le développement de ces
champignons puisqu’elle favorise ou non la formation et le développement de la symbiose. On parle alors de la dépendance mycorhizienne des
plantes [113] qui varie en fonction des exigences de la plante et de la
fertilité du sol. La dépendance mycorhizienne est élevée chez les plantes
à système racinaire peu ramifié, faible chez les graminées et nulle pour
quelques espèces qui ne forment pas de mycorhizes à arbuscules (Brassicacées, Chénopodiacées). Les facteurs biotiques ou abiotiques qui ont
une action sur le sol et le développement des plantes ont des actions
directes ou indirectes sur la population de champignons MA d’un sol.
Parmi les facteurs abiotiques, les techniques culturales peuvent avoir des
effets favorables ou défavorables.
Bien que l’observation de structures fongiques ait pu être faite chez
quelques Brassicacées [114], il est admis que celles-ci ne forment pas de
mycorhizes à arbuscules, ce qui ne favorise pas le développement des
champignons MA. L’hypothèse la plus souvent avancée met en cause les
GSL et les ITC [16,115]. Certains d’entre eux seraient responsables de
l’absence de mycorhizes à arbuscules chez les Brassicacées [5,116-118].
Schreiner et Koide [116, 117] ont montré qu’en présence de racines
d’espèces du genre Brassica, la germination des spores d’un champignon
mycorhizien était inhibée. L’ajout de composés inactivant les ITC supprime l’effet inhibiteur, ce qui démontre bien l’implication de ces molécules dans l’inhibition de la germination des spores du champignon.
Effet précédent des espèces du genre Brassica sur le potentiel infectieux
mycorhizogène du sol et la nutrition phosphatée du maïs
Le potentiel infectieux mycorhizogène du sol peut être affecté par les
techniques culturales (travail du sol, traitements fongicides, etc.) mais
aussi par la succession de cultures [119]. Il a été déjà observé que la
présence d’une chénopodiacée (espèce non mycotrophe) dans une
rotation diminue le potentiel infectieux mycorhizogène du sol [120].
Plusieurs auteurs ont relaté une moindre mycorhization des racines du
maïs lorsqu’il est cultivé après colza plutôt qu’après maïs [106, 121].
Dans certains cas cette moindre mycorhization des racines est associée à
un moindre prélèvement de phosphore [107, 119]. Deux mécanismes,
non exclusifs l’un de l’autre, sont susceptibles d’expliquer ces effets : i)
diminution de la population de champignons MA par l’absence de
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plante-hôte : pendant la culture de la Brassicacée, espèce non mycotrophe, les propagules (spores, vésicules, mycélium) de champignons MA
qui germent ne trouvent pas la plante-hôte qui leur convient et elles
dégénèrent rapidement ; cela conduit à une diminution progressive de la
population de champignons indigènes du sol ; ii) élimination des champignons MA par des molécules fongistatiques produites pendant la
culture de la Brassicacée ou après, lors de la décomposition des résidus
enfouis. Le rôle des mycorhizes vis-à-vis de la nutrition phosphatée de
plantes poussant en sol moyennement ou faiblement pourvu en phosphore est bien connu. L’hypothèse selon laquelle la carence en phosphore observée chez le maïs derrière une Brassicacée pourrait être due à
une élimination des champignons mycorhiziens par les mécanismes qui
viennent d’être mentionnés mérite donc d’être vérifiée.
Conclusion
La présente analyse bibliographique montre que beaucoup de connaissances sont déjà disponibles quant aux capacités des Brassicacées à
produire puis libérer dans le sol des métabolites secondaires dont on sait
qu’ils ont, via leurs produits de dégradation, des actions inhibitrices sur la
croissance de populations de champignons telluriques. On connaît également (quoiqu’avec un degré de précision variable dans la connaissance
des mécanismes affectés) la sensibilité de certains champignons pathogènes à ces molécules organiques. Par ailleurs, différents indices portent
à croire que plusieurs manifestations de l’effet précédent des Brassicacées
au champ pourraient au moins en partie être dues à cet effet allélopathique. C’est le cas pour les effets des Brassicacées sur Aphanomyces chez le
pois, et sur le piétin échaudage des céréales ; l’effet sur les mycorhizes du
maïs et sa nutrition phosphorique reste quant à lui du domaine de
l’hypothèse pure, aucun effet des glucosinolates ou de leurs produits de
dégradation n’ayant été montré sur les champignons mycorhiziens en
conditions contrôlées.
Ces constats ouvrent des perspectives intéressantes pour une meilleure
maîtrise des effets précédents des Brassicacées, qu’ils soient positifs ou
négatifs. Cependant, plusieurs obstacles demeurent, avant de pouvoir
réellement envisager ces applications agronomiques, même pour le cas
qui paraît le plus favorable en raisons des connaissances déjà capitalisées,
celui d’une contribution de l’allélopathie à des stratégies de protection
intégrée des cultures contre des champignons phytopathogènes. Ces
obstacles semblent être de trois ordres, et ouvrent vers trois types de
travaux.
La première difficulté a trait à la grande diversité (i) des molécules
produites, (ii) des niveaux de concentration en ces molécules selon les
espèces et cultivars de Brassicacées, (iii) des niveaux de sensibilité des
agents pathogènes à ces molécules. Dès lors, il est nécessaire de réaliser
un long travail de « screening » pour identifier les couples matériel
végétal X agent pathogène pour lesquels on peut espérer un effet biocide
du premier sur le second. Ce travail serait d’autant plus difficile s’il existait
chez les espèces de champignons phytopathogènes, une variabilité
génétique de sensibilité aux isothiocyanates, autrement dit un « effet
souche », qui n’a pas pour l’instant, à notre connaissance fait l’objet
d’investigations, mais est tout à fait plausible.
La seconde difficulté tient, comme cela a été montré pour la lutte contre
Aphanomyces chez le pois, au fossé important qui sépare la mise en
évidence d’un effet en conditions contrôlées, et l’expression de cet effet
dans des conditions agronomiques [119]. L’analyse bibliographique
réalisée sur les facteurs de variation de la minéralisation des résidus
montre que les techniques de conduite des cultures (fertilisation, date de
destruction, proportion d’organes exportés, travail du sol...), en interaction avec les caractéristiques du sol et du climat, sont de nature à faire
varier de manière considérable les rythmes de dégradation des résidus
contenant les glucosinolates, et donc les quantités instantanées de
318
composés libérés et les durées de production de ces composés. Ces deux
variables (intensité et durée de production) sont certainement des clés de
l’efficacité de l’effet biocide des métabolites secondaires ; on notera que
même en conditions contrôlées, l’effet des durées d’exposition est moins
documenté que celui des intensités. Par ailleurs, les techniques culturales
influencent d’autres facteurs de variation probables de l’effet, par exemple la position des résidus dans le profil de sol, qui peut jouer sur la
proximité des molécules biocides vis-à-vis des champignons. Il existe
donc tout un champ de recherches à mener pour identifier les conditions
agronomiques d’expression au champ d’un effet allélopathique des
Brassicacées. Elles devraient débuter, sur un couple matériel végétal X
agent pathogène pour lequel un effet est avéré en conditions contrôlées,
par une analyse de sensibilité du pathogène aux variables de flux (intensité et durée) de composés biocides. EIles devraient se poursuivre par la
réalisation d’expérimentations comparant différents systèmes de culture
choisis sur la base des connaissances bibliographiques comme étant
susceptibles de provoquer des flux variés de libération de composés.
Correctement instrumentés, ces sites expérimentaux devraient permettre de tester des hypothèses relatives à ces flux et aux conséquences sur
l’effet biocide qui s’ensuit. Les connaissances issues de ces expérimentations devraient permettre de paramétrer un modèle de ces effets allélopathiques, utilisable pour concevoir des itinéraires de conduite des
Brassicacées dans l’optique de bénéficier de ces effets.
Enfin, la troisième difficulté tient à un degré de complexité supplémentaire des relations entre présence et conduite des Brassicacées dans la
succession d’une part, et effet sur les cultures suivantes d’autre part. En
effet, on ne peut ignorer, comme cela a été souligné dans cette analyse,
que les pratiques agricoles dans les systèmes à Brassicacées vont jouer sur
les champignons phytopathogènes et sur le fonctionnement de la culture
suivante par d’autres moyens que la production de composés à effet
biocide. Par ailleurs, lorsque ces composés affectent les populations
microbiennes du sol, rien ne permet de penser qu’elles ne touchent que
celles qui ont un effet néfaste, et préservent celles qui ont un rôle positif.
En conséquence, l’évaluation de systèmes de conduite des Brassicacées
mis au point dans une optique de bénéficier de leurs effets allélopathiques ne pourra faire l’économie d’une évaluation plus générale, faisant le
bilan complet des gains mais aussi des coûts liés à ces pratiques.
L’ensemble de ces travaux nécessite des collaborations de recherche dans
des domaines aussi variés que la sélection variétale, la biochimie, la
mycologie et l’agronomie.
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Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
319
50
AUXILIAIRES DE CULTURES
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
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INTRODUCTION – LA GESTION DU PAYSAGE POUR FAVORISER
LES AUXILIAIRES DE CULTURE
QUELLES PISTES DE RECHERCHE ?
De nombreux insectes ravageurs posent de gros problèmes en agriculture biologique, face
auxquels aucune méthode de lutte efficace n’est connue : méligèthes sur colza, bruches et
sitones sur protéagineux, pour ne citer que quelques uns d’entre eux. Plusieurs pistes sont
évoquées pour y remédier : test de produits naturels en traitement, rôle de la rotation,
modalités de semis, etc. Un domaine reste à explorer : quelle est l’influence des éléments
paysagers entourant la parcelle (bandes fleuries, bois, haies, etc.) ? Comment favoriser le
développement d’auxiliaires prédateurs des insectes ravageurs, sans pour autant favoriser la
présence de ces derniers ?
COMMUNICATION ORALE
x Potentialités de la lutte biologique par conservation et gestion des habitats en
grandes cultures (Jean-Pierre Sarthou, ENSA Toulouse)
INFORMATIONS SUPPLEMENTAIRES
x Dossier Biodiversité (Jean-Pierre Sarthou, ENSA Toulouse) ; Alter Agri 76 ; 2006.
x Impact des pratiques culturales sur les populations d’arthropodes des sols de grandes
cultures - Déterminer des espèces “bio-indicatrices” (Philippe Viaux et Virginie Rameil,
ARVALIS-Institut du végétal) ; Alter Agri 66 ; 2004.
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
53
POTENTIALITES DE LA LUTTE BIOLOGIQUE PAR CONSERVATION
ET GESTION DES HABITATS EN GRANDES CULTURES
J.-P. SARTHOU
Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Toulouse
UMR Dynafor, BP 32607,
F – 31326 Castanet-Tolosan cedex
[email protected]
RESUME
Les fondements scientifiques du rôle de la diversité biologique dans le fonctionnement et la
régulation des écosystèmes sont rappelés et des éléments permettant leur transposition au
fonctionnement des agroécosystèmes sont donnés. Le rôle majeur des milieux semi-naturels
dans la dynamique des auxiliaires entomophages est montré, de même que celui de la
structure et de la composition du paysage à diverses échelles. L'influence positive du mode
de production biologique sur la biodiversité générale et les auxiliaires est également
rappelée. A partir des principales exigences écologiques des auxiliaires, des possibilités
d'aménagements et de gestion autour et au sein des parcelles de grandes cultures pour une
protection biologique effective de celles-ci, sont données. Enfin, le cas des méligèthes sur
colza est discuté et des éléments relatifs à l'application des mêmes principes d'ingénierie
agroécologique face à ces ravageurs sont donnés.
MOTS-CLES :Agroécosystèmes ; auxiliaires ; grandes cultures ; lutte biologique par
conservation et gestion des habitats ; milieux semi-naturels ; méligèthes ; colza.
INTRODUCTION
Afin de montrer les potentialités de la lutte biologique par conservation et gestion des
habitats, que ce soit en grandes cultures ou dans d'autres systèmes de production, il est
important dans un premier temps d'exposer les fondements scientifiques du rôle de la
diversité biologique dans le fonctionnement et la régulation des écosystèmes.
La question de l'influence du nombre d'espèces dans un écosystème donné sur
l'accomplissement des fonctions de base de ce dernier a toujours été largement débattue
entre les scientifiques. Si la fonction de productivité nette (quantité de biomasse produite,
éventuellement récoltable, par unité de surface) a fait assez tôt l'objet de recherches, ayant
abouti aujourd'hui à un large consensus stipulant qu'elle augmente effectivement avec la
biodiversité lorsque les espèces sont compatibles entre elles (e.g. Tilman et al., 2001), la
question de la relation entre richesse spécifique et stabilité des écosystèmes apparaît plus
difficile à résoudre. Néanmoins, il est clair d'une part que la majorité des résultats aujourd'hui
obtenus vont dans le même sens d'un lien fonctionnel entre biodiversité et stabilité (e.g.
Bengtsson et al., 2003 ; Wolfe, 2000), et d'autre part que beaucoup des recherches ayant
abouti à un résultat inverse avaient mis en œuvre un nombre trop restreint d'espèces. Il y a
en effet peu de pertinence à comparer les effets de communautés de 3 ou 4 espèces
d'auxiliaires seulement à ceux d'espèces prises isolément lorsque l'on sait que plusieurs
dizaines sont habituellement, en tout ou partie, à l'œuvre dans les écosystèmes naturels.
Les mécanismes gouvernant les relations entre biodiversité et fonctions de productivité et de
stabilité des écosystèmes, sont de quatre types et amènent à 3 types d'effets :
- effet "échantillonnage" : les chances de recruter les "meilleures" espèces augmentent avec
l'augmentation du nombre d'espèces ;
- effet "complémentarité" : les espèces utilisant leurs ressources de façons diverses et
celles-ci variant d'une espèce à une autre, les ressources globales d'un écosystème sont
mieux utilisées lorsque de nombreuses espèces sont présentes (Loreau & Hector, 2001) ;
- effet "redondance-résilience" : malgré ces diverses stratégies d'utilisation des ressources,
les similitudes fonctionnelles peuvent parfois être fortes entre certaines espèces, amenant
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
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ainsi à une certaine redondance fonctionnelle ; en cas de perturbations amenant à la perte
d'espèces, ces espèces proches les unes des autres sont, dans certaines limites,
interchangeables et permettent ainsi de maintenir le milieu stable (résilience) (Bengtsson et
al., 2003).
3
BIODIVERSITE ET STABILITE DANS LES AGROECOSYSTEMES : QUELS
SONT LES EFFETS DES MICRO- ET MACRO-PAYSAGES D'UNE PART, ET
DES MODES DE PRODUCTION BIOLOGIQUE ET CONVENTIONNEL
D'AUTRE PART, SUR LA DYNAMIQUE DES INSECTES RAVAGEURS ET
AUXILIAIRES DES CULTURES ?
Il faut entendre par micro-paysages ceux renfermant les micro-habitats que l'insecte va
utiliser pour accomplir les diverses phases mais aussi affronter les divers événements au
cours de son cycle biologique, à savoir hiverner, éventuellement estiver, se nourrir aux
stades larvaires comme adulte, se reproduire, se protéger contre intempéries, ennemis,
certaines pratiques culturales etc. Ces micro-paysages, que sont lisières, haies, bandes
herbeuses, bord de champs, talus, fossés, bord de mares etc. deviennent alors les milieux
semi-naturels (MSN) favorables aux insectes auxiliaires zoophages. En effet, 90% de ces
derniers en ont besoin à une ou plusieurs périodes de l'année, alors que seulement 50% des
ravageurs sont dans ce cas (Keller & Häni, 2000). Cela a plusieurs fois été vérifié : ces MSN,
même les bandes herbeuses issues d'enherbement spontané et parvenues à un certain
équilibre écologique après 3 ou 4 années d'évolution (les plantes pionnières envahissantes
de type adventices – dites à stratégie "r" i.e. capables de pullulations soudaines comme
également nombre de ravageurs - ont alors laissé la place à des plantes plus pérennes –
dites à stratégies "K" i.e. à dynamique plus stable), hébergent davantage d'arthropodes
zoophages que phytophages, mais en majeure partie des arthropodes dits "neutres" qui très
utilement servent de proies/hôtes aux premiers (Thomas et al., 1992). Des travaux non
encore publiés de notre équipe ont consisté à dénombrer et à identifier les arthropodes ayant
émergé (sous un piège de 2,3 m² au sol), en fin d'hiver, de 50 MSN de natures diverses
situés à proximité de parcelles cultivées ou pâturées. Parmi les 105 000 individus capturés,
15% étaient des ravageurs, 22% des auxiliaires (dont des pollinisateurs) et 63% des
"neutres". Les ravageurs représentaient moins de 5% des groupes systématiques alors que
les auxiliaires en représentaient 41%. Même à l'intérieur de parcelles de grandes cultures, il
a été montré par Chambon (1984) que ces ordres de grandeur sont à peu près maintenus
avec toutefois une légère prédominance en effectifs d'individus des ravageurs sur les
auxiliaires (mais cela s'inverse totalement en terme de nombre de taxons puisque ces
derniers ne représentaient alors plus que 3% des 1000 taxons identifiés) mais surtout une
très nette domination des "neutres" qui représentaient les deux tiers des 2,75 millions
d'individus identifiés. Il ne fait aucun doute que la quasi-totalité des taxons était issue
d'individus (potentiellement peu pour les ravageurs puisqu'ils se multiplient ensuite dans la
parcelle) ayant colonisé ces dernières à partir des MSN de l'environnement plus ou moins
proche. Il est en effet prouvé qu'à chaque succession culturale, les divers travaux du sol, à
commencer par le labour, éliminent la plus grande partie des invertébrés supérieurs au
moins temporairement édaphiques (e.g. Wardle et al., 1999).
Cela explique que dans un paysage agricole spatialement complexe, diversifié tant au
niveau de l'assolement que des MSN et composé de parcelles de taille modérée, il ait été
montré dans plusieurs expérimentations que les auxiliaires zoophages sont plus variés et
abondants et qu'au contraire les bioagresseurs sont en général moins abondants que dans
des paysages agricoles spatialement simplifiés du type "openfields" (Andow, 1991 ; Thies &
Tscharntke, 1999 ; Altieri & Nicholls, 2002 ; Nyffeler & Sunderland, 2003 ; Marino & Landis,
1996).
Concernant le mode de production, de très nombreuses expérimentations ont montré une
plus grande représentation de la biodiversité en général dans des exploitations en
Agriculture Biologique comparativement à d'autres en conventionnel (e.g. Mäder et al.,
2002). Une composante fonctionnelle de cette biodiversité, à savoir précisément les
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
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auxiliaires zoophages, apparaît également être plus active et plus efficace dans les
exploitations en Agriculture Biologique que dans celles en conventionnel (Bommarco, 1998 ;
Östman et al., 2001a ; Östman et al., 2001b).
4
EMERGENCE DE L'INGENIERIE AGROECOLOGIQUE APPLIQUEE A LA
PROTECTION DES CULTURES : PEUT-ON CONFERER UNE STABILITE
ACCRUE AUX AGROECOSYSTEMES ET A LEURS PARCELLES
CULTIVEES GRACE A DES AMENAGEMENTS SPECIFIQUES ET A UNE
GESTION ADAPTEE ?
Les éléments exposés précédemment montrent qu'une présence accrue de MSN spontanés
au sein d'une matrice agricole à assolement hétérogène, améliore en règle générale le statut
des populations d'auxiliaires zoophages régulant ainsi plus efficacement celles des
ravageurs.
Dans les paysages agricoles ayant subi de fortes transformations structurelles ces dernières
décennies (remembrement avec arrachage de haies et bosquets, arasement de talus,
comblement de fossés mis en drains, agrandissement des parcelles), transformations s'étant
traduites par une diminution parfois très forte du pourcentage de la surface agricole totale
occupée par des MSN, il peut être intéressant d'en recréer pour, entre autres, tenter de
bénéficier à nouveau du service écologique de régulation des bioagresseurs. Il est à noter
qu'au niveau mondial ce service rendu par la biodiversité a été estimé à une valeur de 100
milliards de dollars (Pimentel et al., 1997), ce qui le place devant les services de fourniture
de bois (84 milliards de dollars), de molécules phytopharmaceutiques (84 également) et
même devant la chasse et la pêche (85).
Il peut être également intéressant, si les assolements et par conséquent les rotations ont été
par trop simplifiés, de réinstaurer une diversité culturale dans l'espace et dans le temps.
Cette diversité spatio-temporelle profitera à certains auxiliaires grâce à une offre améliorée
en ressources diverses ; c'est la théorie "enemy" de Pimentel (1961) qui stipule que les
populations de ravageurs sont réduites dans les systèmes diversifiés parce que l'activité des
ennemis naturels est augmentée par des paramètres environnementaux qui prévalent dans
les agroécosystèmes complexes. Mais cette variété culturale agira également directement et
de façon négative sur les bioagresseurs et plus particulièrement sur les ravageurs
spécialisés, ceux-ci ayant alors plus de difficultés à localiser visuellement et olfactivement
leurs plantes-hôtes lors des phases d'installation et de dissémination ; c'est la théorie
"resource concentration" de Root (1973) qui stipule que la présence d'une flore plus
diversifiée a des effets négatifs directs sur la capacité du ravageur à trouver et à utiliser la
plante hôte, mais aussi à rester dans la culture.
Les partisans de chacune des deux théories se sont longtemps disputé la prévalence de
celle qu'ils défendaient mais plusieurs études ont démontré que cette prévalence dépend de
nombreux facteurs (composition et structure du paysage et de la matrice agricole, nature des
aménagements et de la gestion adoptés pour favoriser la protection des cultures) et que les
deux mécanismes opèrent globalement à parts égales, et sont même parfois mis
concomitamment en œuvre sous le terme de "Push and Pull strategy".
Si certaines dynamiques de couples ravageurs/auxiliaires, voire plus largement des relations
tri-trophiques cultures/ravageurs/auxiliaires, peuvent être mises en évidence à l'échelle de
paysages lorsque ceux-ci arborent des différences structurelles entre eux, dans le cas de la
restauration de MSN dans des agroécosystèmes ayant été trop simplifiés, l'échelle d'action
et de perception des résultats est bien celle de la parcelle ou de l'îlot parcellaire, échelle
d'action adéquate bien évidemment pour l'agriculteur. Il est par contre fort probable que si de
telles actions de restauration sont systématisées dans toute une petite région agricole, leurs
effets puissent alors être perceptibles à cette échelle paysagère également.
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5
SATISFAIRE LES EXIGENCES ECOLOGIQUES DES AUXILIAIRES
Tous les aménagements qu'il sera possible de réaliser pour favoriser les auxiliaires, auront
comme but de satisfaire leurs exigences écologiques à diverses phases de leur cycle en leur
offrant diverses ressources :
** des sites d'hivernation : les possibilités d'hivernation d'arthropodes entomophages dans
les parcelles cultivées elles-mêmes sont très limitées dès que les hivers peuvent être
qualifiés d'assez froids (cas de certains parasitoïdes dans des pucerons de céréales d'hiver)
et les auxiliaires doivent alors, pour la quasi-totalité d'entre eux, avoir trouvé des sites
d'hivernation dans les MSN offrant une meilleure protection. Ce phénomène est maintenant
particulièrement bien connu pour les prédateurs généralistes de la surface du sol, telles
certaines espèces de Carabes, de Staphylins et d'Araignées qui recherchent des couverts
herbacés denses et non inondables. C'est ainsi que les premiers aménagements réalisés
pour favoriser le développement des insectes dans des agroécosystèmes ont été les "Beetle
banks" en Grande-Bretagne, à l'initiative du Game Conservancy Trust, afin de faciliter
l'alimentation des poussins de perdrix, de faisans et de cailles. Rapidement, il est apparu que
ces bandes de 3 à 8 mètres de large, au profil bombé pour qu'elles ne soient pas
submergées d'eau en périodes de fortes pluies (leur centre est 30 à 40 cm au-dessus du
niveau des parcelles cultivées), et souvent semées à base de graminées telles la fétuque
élevée et le dactyle, étaient des refuges idéaux pour l'hivernation d'une faune prédatrice
importante de la strate herbacée (grâce au port en touffe de ces graminées), notamment des
carabes, des staphylins et des araignées, tous prédateurs plutôt généralistes. Ces bandes
refuges sont aujourd'hui assez répandues outre Manche où elles sont souvent implantées au
milieu de grandes parcelles de cultures annuelles, sont espacées de 150 à 200 m afin de
favoriser une meilleure répartition des auxiliaires (la plupart des carabes ne dépassent pas
les 80 à 90 m des bandes refuges et leur action est donc limitée au-delà – Collins et al.,
2002) et reliées si possibles à des MSN ligneux tels que haies ou bosquets qui offrent de
meilleurs abris en cas de froids intenses ;
** des sites d'estivation : même s'ils sont peu fréquemment évoqués, les sites d'estivation
n'en sont pas moins importants tant pour les auxiliaires entomophages qui marquent
naturellement une diapause estivale (ou estivo-hivernale comme la Coccinelle à 7 points),
que pour ceux qui trouvent peu voire ne trouvent pas de sites de ponte adéquats dans
certains milieux (comme les femelles du Syrphe Episyrphus balteatus en situation de
coteaux secs, sans maïs, du sud de la France). Ces derniers subissent alors une diapause
reproductrice totale ou partielle et se maintiennent au stade adulte grâce à quelques fleurs
spontanées en milieux peu desséchés (lisières nord de bois, bords de ruisseaux et rares
sources) ;
** des sites refuges : lors d'une opération culturale menée au cours du développement de la
plante, les auxiliaires pouvant se déplacer suffisamment vite (donc essentiellement les
adultes bons voiliers) recherchent des endroits assez proches et non perturbés, le temps
que la parcelle devienne à nouveau attractive pour eux. Les traitements insecticides mettent
particulièrement en exergue l'importance de ces sites refuge du fait qu'ils éliminent tout ou
partie des arthropodes présents dans les parcelles. Celles-ci ne pourront être correctement
et rapidement recolonisées (après disparition de l'effet répulsif du traitement du à son odeur)
que si les zones refuge ne sont pas trop éloignées, les auxiliaires à déplacement rapide
étant les premiers à se réinstaller ;
** des aliments principaux pour les adultes, i.e. permettant leur reproduction : il est bien
connu, notamment chez les prédateurs généralistes tels les Carabes et les Araignées, que
des proies de qualité insuffisante ne permettent pas la reproduction lorsqu'elles sont
données comme unique aliment (ex : pucerons). De la même façon, les insectes prédateurs
au stade larvaire mais floricoles au stade adulte, soit obligatoirement tels les Syrphes soit
facultativement tels les Chrysopes, ont besoin d'une offre variée en fleurs car la valeur
nutritive du pollen et du nectar est très variable d'une espèce à une autre (les acides aminés
du pollen étant nécessaires à l'ovogenèse, et les sucres au vol). Les adultes d'insectes
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
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parasitoïdes ont, pour la plupart des espèces, également besoin de butiner des fleurs leur
apportant acides aminés et glucides. Cette nécessité d'aliments différents pour un même
stade (pollens et nectars variés pour des adultes) ou entre les stades larvaires (prédateurs)
et adulte (floricole), correspond au phénomène écologique de la complémentation ;
** des proies / hôtes dits de substitution (respectivement pour les prédateurs et pour les
parasitoïdes) : ils sont nécessaires lorsque celles et ceux propres à la culture ne suffisent
pas à la population des auxiliaires entomophages ou sont absents. Pour permettre aux
femelles de pondre, afin ne pas perdre le potentiel d'une génération, ces proies / hôtes de
substitution doivent se trouver dans un environnement proche des parcelles susceptibles de
connaître à court ou moyen terme des phases de pullulation de ravageurs. Cette nécessité
de trouver une seconde source de la même ressource proie ou hôte (la première étant
insuffisante) correspond au phénomène écologique de la supplémentation.
Les aliments principaux pour adultes et les proies / hôtes dits de substitution sont fournis par
ce qu'il est d'usage de nommer en terme agroécologique, les sites ou zones relais.
Ainsi, les plantes sauvages sont pourvoyeuses non seulement de ressources alimentaires
indispensables aux auxiliaires entomophages mais aussi parfois simplement de ressources
physiques en terme d'abris pour l'hivernation notamment. Il est remarquable de noter que
ces ressources, surtout alimentaires, i.e. le pollen et le nectar mais aussi les phytophages
qu'elles hébergent et qui sont autant de proies ou hôtes principaux ou de substitution pour
les auxiliaires (certaines plantes offrant simultanément fleurs et phytophages, voire
également du miellat lorsque ces derniers sont des Homoptères - qui se nourrissent
obligatoirement de sève), sont d'une grande constance dans leur occurrence et dans leur
qualité. Cela signifie que des espèces végétales données offriront toujours les mêmes
ressources, appréciées ou non, aux auxiliaires entomophages (à condition parfois que leur
environnement ait permis leur colonisation par des phytophages lorsque ces derniers leur
sont plus ou moins spécifiques).
Ces interrelations précises et parfois strictes entre espèces végétales et espèces
d'arthropodes, expliquent pourquoi il est aujourd'hui admis que c'est d'une part un usage
important et parfois abusif d'herbicides (éliminant non seulement les réelles adventices des
cultures mais aussi les autres fleurs sauvages en fait peu concurrentielles - bleuet, nielle des
blés, miroir de Vénus…- et toutes les non messicoles de bordures, sensibles aux dérives de
traitements) et d'autre part la simplification des paysages avec une forte diminution des MSN
et une fragmentation des habitats relictuels, qui sont le principal facteur expliquant la
raréfaction des insectes, donc des auxiliaires entomophages, dans les agroécosystèmes de
type industriel. Ainsi, ces interrelations sont l'explication fondamentale de la forte
dépendance entre les communautés végétales et les arthropodes.
6
DES PLANTES AU SERVICE DES PLANTES, ET DES AMENAGEMENTS A
LA PORTEE DES AGRICULTEURS
La connaissance des relations plantes-insectes et l'identification des espèces végétales
support d'auxiliaires tout comme de celles support de ravageurs des cultures, sont à la base
de toute action d'aménagement des agroécosystèmes pour favoriser la lutte biologique par
conservation et gestion des habitats : si les plantes directement ou indirectement support
d'auxiliaires disparaissent, ces derniers disparaissent aussi, et a contrario, si on réinstalle les
plantes utiles, on peut espérer leur retour.
Il est évident que les plantes favorisant les ravageurs ne sont pas à préconiser dans les
aménagements ; c'est le cas des crucifères ou Brassicacées qui sont toutes hôtes du
puceron cendré du chou Brevicoryne brassicae, ravageur important non seulement du chou
mais aussi du colza. Ces mêmes plantes hébergent aussi des densités importantes d'altises
Phyllotreta nemorum et P. atra, tout comme de méligèthes Meligethes aeneus, ravageur de
plus en plus problématique du colza.
Installer des plantes très peu attractives pour les arthropodes entomophages est également
à éviter au risque de résultats insuffisants, ce qui est le cas par exemple de l'anthrisque
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
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Anthriscus cerefolium, du lin Linum usitatissimum, de la consoude officinale Symphytum
officinale, de l'ortie royale Galeopsis tetrahit…
A l'opposé, certaines plantes sont particulièrement attractives pour ces auxiliaires, grâce à
divers types de ressources allant des fleurs ou nectaires extra-floraux à butiner du printemps
à l'automne (selon les espèces) aux abris pour la période hivernale (dans des tiges creuses
ou sous d'épaisses feuilles), en passant par des phytophages proies ou hôtes qui peuvent
être indifférents aux cultures voire inféodés à ces "plantes auxiliaires". Ainsi, des mélanges à
base des plus intéressantes d'entre elles, i.e. celles possédant ces caractéristiques
intéressantes pour la faune auxiliaire mais présentant aussi d'autres traits indispensables
pour leur utilisation au voisinage de grandes cultures (comportement non invasif dans les
parcelles, résistance à l'invasion par des adventices majeures –chardons, rumex, chiendent,
liseron-, tolérance large aux conditions pédo-climatiques, absence ou tolérance
allélopathique et de domination verticale, maintien dans le temps), ont été étudiés en Suisse
en bordure de grandes cultures, avec des résultats très probants : augmentation du nombre
d'espèces et d'individus d'auxiliaires entomophages (dans la bande de fleurs et souvent sur
une frange plus ou moins large de la parcelle cultivée), amélioration de la prolificité et de la
longévité des femelles de certaines espèces, présence plus précoce des prédateurs
généralistes dans la parcelle, parfois avant celle des ravageurs (e.g. Nentwig, 1998 ; Pfiffner
& Wyss, 2004). Ces meilleures plantes sauvages, indigènes dans notre pays, annuelles,
bisannuelles ou pérennes, alliées à certaines plantes cultivées (comme le sarrasin
Fagopyrum esculentum, le fenouil Foeniculum vulgare, le sainfoin cultivé Onobrychis
viciifolia, le panais cultivé Pastinaca sativa, la bourrache officinale Borago officinalis et la
moutarde blanche Sinapis alba) sont par exemple : la nielle des blés Agrostemma githago,
l'achilée millefeuille Achillea millefolium, le bleuet Centaurea cyanus, la grande marguerite
Chrysanthemum leucanthemum, la chicorée sauvage Cichorium intybus, la vipérine vulgaire
Echium vulgare, le millepertuis perforé Hypericum perforatum, le miroir de Vénus Legousia
speculum-veneris, la mauve sylvestre Malva silvestris, la luzerne lupuline Medicago lupulina,
le mélilot blanc Melilotus albus, la marjolaine sauvage Origanum vulgare, le compagnon
blanc Silene alba, la molène faux bouillon blanc Verbascum densiflorum… Il faut noter que
plusieurs de ces espèces possèdent des pucerons qui leur sont spécifiques comme le
bleuet, le panais, l'achilée millefeuille, le compagnon blanc… Bien que certaines de ces
fleurs sauvages puissent héberger des espèces de pucerons ravageurs des cultures
(comme Aphis spp., Macrosiphum euphorbiae, Metopolophium, dirhodum), il a été prouvé en
Suisse qu'étant donné que ces espèces sont elles aussi des proies ou des hôtes alternatifs
pour de nombreux auxiliaires aphidiphages, les taux d'infestation en pucerons dans les
cultures à proximité des bandes fleuries où se trouvent ces pucerons, sont plus bas que
dans les parcelles témoins grâce à l'intervention de davantage d'ennemis naturels favorisés
par les bandes fleuries (Nentwig et al., 1998). Ces dernières peuvent être des sites
d'hivernation de charançons (Sitona, Ceutorhynchus), de méligèthes mais il a été prouvé à
plusieurs reprises qu'ils sont au printemps nettement moins abondants que dans les
bordures de champs naturelles du fait des auxiliaires entomophages qui y sont également
favorisés (Nentwig et al., 1998).
Les espèces végétales ligneuses peuvent évidemment répondre aux besoins des
arthropodes auxiliaires selon le même principe. Ainsi, même s'il a été prouvé que les haies
favorisent moins fortement et moins directement les communautés d'auxiliaires des grandes
cultures que les bandes herbeuses ou fleuries (Nentwig, 1988), elles leur sont néanmoins
très utiles aussi bien pour les ressources trophiques qu'en tant qu'abris physiques. De plus,
elles améliorent le microclimat des parcelles ce qui améliore également la prospection de
ces dernières par les auxiliaires. Ce sont surtout les essences à feuillage persistant et
floraison très précoce au printemps (parfois même hivernale comme la viorne-tin, selon les
années) ou tardive en automne comme le lierre, de même que celles hébergeant des
phytophages phyllogénétiquement proches de ceux affectant les cultures (même ordre ou
même famille mais espèces différentes ne présentant aucun risque pour la culture) et
servant donc de nurserie aux auxiliaires (comme le sureau noir ou le noisetier qui ont tous
deux un puceron spécifique), qui sont à privilégier dans les plantations. Il est important de
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
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considérer le fait que les essences non présentes à l'état spontané dans une région n'auront
que très peu de chances de recruter des phytophages indigènes et donc de servir de
nurserie, et ne pourront éventuellement intéresser les auxiliaires locaux que par des fleurs
facilement accessibles, comme la viorne-tin à nouveau dans les régions non
méditerranéennes.
L'agriculteur a un autre moyen d'action en périphérie des parcelles, toujours en utilisant les
propriétés sémiochimiques et morphologiques précises et fixes de certaines espèces
végétales mais en visant à faire fuir cette fois des insectes ou autres ravageurs bien sûr.
C'est le cas du radis oléifère Raphanus sativus var. oleiformis contre les nématodes, ou
encore de la navette contre les méligèthes du colza, dont nous reparlerons, mais dont
l'efficacité est très variable (apparemment fonction de la coïncidence temporelle entre
l'attractivité de la navette et l'émergence des méligèthes, couplée à une destruction
nécessaire et efficace de la culture piège ce qui peut poser problème en Agriculture
Biologique).
Reste à l'agriculteur toutes les possibilités de gestion et d'aménagements au sein même de
ses parcelles de culture.
Cela commence par la tolérance d'une certaine présence d'adventices au milieu des plantes
cultivées. En effet, de très nombreuses expérimentations (e.g. Shelton & Edwards, 1983 ;
Häni et al., 1998) ont montré que la présence même non concurrentielle de certaines
adventices permet d'augmenter l'activité d'auxiliaires prédateurs et parasitoïdes au sein des
cultures.
Le semis direct sous mulch diminue l'attractivité des céréales pour les pucerons, par effet
indirectement répélant du mulch mais aussi par celui plus direct des nombreux prédateurs
polyphages circulant au niveau du mulch et laissant probablement de nombreux signaux
sémiochimiques (Schmidt et al., 2004a).
Le semis d'une plante de couverture intercalaire, donc entre les rangs de la culture
principale, a prouvé expérimentalement être en général une pratique réduisant
significativement les dégâts de ravageurs. Citons comme exemples les semis du mélange
ray-grass anglais/trèfle Trifolium sp. et de dactyle aggloméré, sous couvert de maïs qui ont
augmenté le parasitisme des œufs de pyrale et des pucerons (Häni et al., 1998) ; ou encore
ceux de la phacélie intercalée dans du blé d'hiver et du maïs qui ont eux aussi permis
l'augmentation des œufs et des larves de Syrphes ayant entraîné une baisse significative de
la densité de pucerons (Hickman & Wratten, 1996).
Les associations culturales, telles les mélanges céréales-légumineuses graines (dits
méteils), sont un moyen classique et efficace pour réduire également l'importance des
attaques de ravageurs, souvent davantage par l'effet "resource concentration" de (Root,
1973) que par une activité accrue d'auxiliaires même si ceux-là prospectent effectivement
plus fortement une parcelle en culture associée (surface hétérogène) qu'une autre en culture
simple (surface trop homogène) (Andow, 1986).
Un niveau supérieur d'association culturale est celui associant l'arbre à la culture annuelle,
c'est le domaine de l'agroforesterie. Les recherches sont encore balbutiantes en zone
tempérée (elles sont bien plus avancées en zones tropicales) mais les premiers résultats sur
l'influence d'arbres au milieu des cultures tendent à prouver un effet intéressant sur les
populations d'auxiliaires, au moins en système céréalier (Sarthou, 2005).
N'ont été cités jusqu'ici que des exemples montrant un effet bénéfique de ces pratiques
faisant appel à des espèces végétales particulières pour résoudre ou atténuer des
problèmes de ravageurs sur la culture principale. Il est évident que des cas d'échec de
gestion et aménagements existent aussi, cas qu'il est important de faire connaître au travers
de publications scientifiques au même titre que ceux ayant réussi, de façon à progresser
dans la connaissance de ces relations étroites entre espèces végétales et insectes.
Cependant, dans une revue bibliographique mondiale de 51 publications postérieures à
1990, Gurr et al. (2000) montrent que dans 86% des cas on observe une augmentation des
populations d'auxiliaires, augmentation suivie dans 68% des cas par une diminution de celles
des ravageurs.
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QUELLES PERSPECTIVES POUR LA LUTTE CONTRE LES MELIGETHES
DU COLZA EN AGRICULTURE BIOLOGIQUE ?
Les méligèthes du colza (Meligethes aeneus et M. viridescens), dont les adultes, qui
occasionnent bien plus de dégâts que les larves, se nourrissent des étamines des boutons
floraux et fleurs d'espèces de familles diverses mais préférentiellement de crucifères et dont
les femelles pondent dans ceux de ces dernières, occasionnent des dégâts d'ampleur
croissante en intensité et en surface en France. En effet, la lutte chimique, essentiellement à
base de pyréthrinoïdes et plus récemment d'organophosphorés, montre de plus en plus ses
limites ne serait-ce qu'avec la progression des cas de résistance dans l'Hexagone,
notamment à la première famille de molécules citée. Ainsi, la culture de cet oléagineux de
premier plan, qui a fortement augmenté ces dernières années, peut devenir difficile voire
impossible en Agriculture Biologique dans certaines régions de France.
La lutte préventive, car il s'agit bien de favoriser cette approche non seulement en AB mais
aussi en conventionnel si l'on ne veut pas provoquer une accentuation des problèmes de
lutte phytosanitaire chimique évoqués ci-dessus, semble devoir s'orienter vers des éléments
du système de culture mais surtout vers une gestion réfléchie de l'incidence du
positionnement spatial des parcelles en colza dans un paysage agricole donné.
Ainsi, alors que d'une part la date/densité de semis et le travail du sol (Valantin-Morison et
al., 2006) et que d'autre part la variété (de par sa teneur en glucosinolates), ne semblent
avoir que de faibles effets sur l'importance des dégâts occasionnés par les méligèthes, le
niveau de fertilisation azotée mais aussi, à une autre échelle, la structure et la composition
du paysage, tant en MSN qu'en parcelles ayant porté du colza à la précédente campagne,
joueraient un rôle bien plus important.
Concernant ces facteurs paysagers, quelques travaux, notamment ceux de Thies &
Tscharntke (1999), ont démontré l'importance favorable des MSN non seulement lorsqu'ils
se trouvent à proximité directe des parcelles de colza mais aussi lorsque l'on considère leur
présence dans un paysage de quelques hectomètres voire kilomètres de rayon : ils
favoriseraient le parasitisme des larves de méligèthes situées à l'intérieur des boutons
floraux de colza. Concernant la surface en colza présente autour de la parcelle cible, elle
montre des effets opposés, i.e. tantôt positifs tantôt négatifs (Valantin-Morison et al., 2006).
En revanche, un autre facteur relatif à la sole en colza, qui manifeste un effet constant, est
celui de la variation interannuelle de cette dernière : Schmidt et al. (2004b) constatent que
dans les paysages où la surface de colza diminue par rapport à l'année précédente, les
colzas ont davantage d'attaques de méligèthes mais aussi plus de parasitisme des larves de
ces derniers, et dans ceux pour lesquels cette surface augmente d'une année à l'autre, la
culture a moins d'attaques du ravageur et moins de parasitisme de ses larves de méligèthes.
La prise en compte de la bio-écologie des méligèthes et de leurs ennemis naturels
parasitoïdes (car les prédateurs n'ont qu'une action très limitée sur leurs larves même
lorsqu'elles tombent au sol pour leur nymphose – Nilsson & Andreasson, 1987) permet
d'apporter quelques éléments de réponse à une dynamique complexe et parfois déroutante.
L'élément central est que les méligèthes adultes émergeant en juillet de leur nymphose
réalisée sur le sol de la parcelle cultivée, quittent celle-ci pour aller se nourrir quelques jours
sur des fleurs diverses, de préférence de crucifères. De là, ils volent vers leur site de future
hivernation, et il est alors classique de citer les bois et sous-bois. Au cours des travaux
menés par notre équipe l'hiver dernier et évoqués précédemment, nous avons très
nettement constaté que les principales émergences de méligèthes au printemps ont lieu
dans des endroits non pas boisés (les pièges en centres de forêt ont pour l'essentiel donné
des effectifs très réduits voire souvent nuls) mais caractérisés par une couverture herbacée
dense essentiellement à base de graminées, insérée dans un faciès sub-méditerranéen
mésoxérophile de début d'embroussaillement, en exposition sud et sud-ouest et donc en
situation de réchauffement rapide et de relativement faibles hygrométrie et humidité au sol.
Ces conditions stationnelles plutôt sèches doivent limiter fortement l'occurrence et le
développement des champignons entomopathogènes comme les entomophthorales. Nous
avons pu ainsi observer l'émergence de près de 3900 individus sur une surface de 2,3 m²
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
61
seulement. Ces milieux ne sont toutefois et surtout pas à condamner car ils ont en même
temps montré qu'ils hébergeaient des populations importantes d'abeilles sauvages et de
bourdons (pollinisateurs essentiels des fleurs sauvages et cultivées) dont certaines espèces
sont en fort déclin aux niveaux national et européen. Quant à la bio-écologie des
parasitoïdes, elle nous apprend que les larves tombent au sol à la sortie de la dépouille
larvaire de méligèthe, où elles restent jusqu'à leur nymphose au printemps suivant. Ainsi, il a
été démontré que le labour et autres façons culturales d'automne, bouleversant la surface du
sol pour la mise en culture suivante, éliminent en grande partie ces larves de parasitoïdes, et
qu'il en est de même des applications insecticides sur cette nouvelle culture au printemps
suivant (Nilsson & Andreasson, 1987). De ce fait, d'autres travaux ont montré qu'il est
préférable de positionner un nouveau colza le plus près possible d'une parcelle en ayant
porté lors de la précédente saison (Hokkanen, Husberg & Soderblom, 1988), parcelle qu'il
faudrait idéalement et au moins partiellement ni travailler ni traiter jusqu'à l'envol des
auxiliaires parasitoïdes au printemps suivant. Le moyen d'action biologique sur les adultes
de méligèthes est lui aussi à considérer et passe par l'emploi de cultures pièges, autour ou à
proximité de la parcelle en colza, comme du tournesol, du colza ou autres crucifères
cultivées, toutes semées de telle sorte que leur floraison précède de quelques jours celle de
la culture (Hokkanen, Husberg & Soderblom, 1988 ; Hokkanen, 1989). Ces mêmes cultures
pièges peuvent être utilisées pour la capture en juillet-août du 2ème vol, afin de réduire les
populations juste avant qu'elles ne partent pour leur hivernation (Husberg, Granlund &
Hokkanen, 1985). On peut tout à fait imaginer que ces cultures pièges soient également
installées à proximité des zones d'hivernation aux caractéristiques évoquées précédemment,
afin de compléter l'action des précédentes.
Nous pouvons donc retenir que les moyens d'action préventive contre les méligèthes du
colza concernent certes les éléments du système de production, notamment la fertilisation
azotée, mais s'inscrivent aussi et de façon privilégiée à l'échelle du paysage, tant pour
défavoriser le ravageur que pour favoriser les auxiliaires.
CONCLUSION
La lutte biologique par conservation et gestion des habitats est la plus récente des trois
formes de lutte biologique, puisque le réel démarrage des recherches au niveau mondial
date du début des années 1980. Même si les phénomènes en jeu sont d'une complexité pour
le moins importante, les connaissances progressent bien et il s'avère que les relations
plantes/insectes et insectes/insectes, sur lesquelles repose le principe même de cette lutte
biologique, sont beaucoup plus précises et constantes que ce que l'on imaginait au début.
C'est non seulement l'amélioration de ces connaissances mais aussi la prise en compte de
la dimension spatiale des phénomènes, en partie grâce aux concepts et outils de l'écologie
du paysage (SIG notamment), qui permettront de progresser vers une gestion globale des
agroécosystèmes (système de production, itinéraire technique, milieux semi-naturels) pour
peut-être un jour cultiver du colza sans insecticide…
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Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
64
Biodiversité
Biodiversité
Quand la
biodiversité rend des
services à l'agriculture,
"biologique" devient le
maître mot
Dossier par Jean-Pierre Sarthou (Agroécologue-entomologiste, ENSAT1)
La biodiversité, au sens des interactions entre espèces bénéfiques à la production agricole, est
le dernier révélé des facteurs de production mais aussi le plus complexe. Sa signification est
aussi large et parfois floue qu'évidente quand elle est évoquée en termes simples. Il en est de
même pour ses concepts. Les services qu'elle peut potentiellement rendre à l'agriculture sont
essentiels et paradoxalement d'autant mieux perçus maintenant que certains d'entre eux
s'amenuisent du fait de certains déséquilibres écologiques.
Biodiversité. Voilà un néologisme apparu
en 19862, largement popularisé depuis et
notamment suite au deuxième Sommet
de la Terre tenu sous l'égide des Nations
Unies à Rio de Janeiro en 1992. La
Convention sur la diversité biologique y
fut ratifiée par plus de 150 pays.
Les notions que ce terme recouvre trouvent un consensus assez général aujourd'hui. La définition la plus classique est
celle-ci : la diversité de toutes les formes
du vivant à diverses échelles allant du
gène au paysage en passant par les
espèces puis les écosystèmes. Les scientifiques ajouteront qu’il convient d'y
adjoindre les notions de composition, de
structure et de fonction. Pour simplifier,
disons d'une part que la biodiversité est
la manifestation de la vie sous toutes ses
formes, et d'autre part qu'elle est le plus
souvent appréhendée au travers du
nombre d'espèces et de l'abondance de
chacune dans divers milieux plus ou
moins anthropisés et d'étendue variable.
C'est d'ailleurs bien le nombre d'espèces
et parfois d'individus qui est régulièrement donné pour évoquer la vertigineuse
érosion de la biodiversité3 sur toute ou
partie de notre planète.
1
Et c'est encore le niveau spécifique
(espèces) qui est le plus à même de
rendre compte des innombrables interactions biotiques qui conditionnent
directement ou indirectement une part
des performances des systèmes de production agricole. On parle alors souvent du rôle bénéfique de la biodiversité fonctionnelle dans les agroécosystèmes. Une des composantes de la biodiversité fonctionnelle, directement
utile à l'agriculture, comprend toutes
les variétés végétales et races animales
des espèces domestiquées par l'homme
(voir schéma).
Mais il est une autre composante de la
biodiversité fonctionnelle en agriculture à laquelle il est moins fréquemment
fait allusion, et qui joue néanmoins un
rôle primordial. C'est celle des espèces
que l'on pourrait qualifier de "sauvages" dont la présence et la fonction
sont utiles aux cultures. Ces espèces
sont qualifiées d'auxiliaires, même si ce
terme est surtout réservé aux pollinisateurs et aux prédateurs/parasitoïdes des
ravageurs des cultures.
La liste des exemples de l'utilité pour
l'agriculture de cette biodiversité dite
fonctionnelle, dont on a du mal à réaliser l'importance tant elle est discrète,
est à peine ébauchée dans ce dossier.
C'est dire la complexité et la richesse
des interactions entre espèces dans les
agroécosystèmes. Certes certaines sont
néfastes aux cultures et les effets des
ravageurs, champignons pathogènes et
adventices majeurs sur les cultures,
sont pour la plupart très bien connus
depuis longtemps. Mais on commence
à réaliser qu'en apprenant à connaître
les interactions bénéfiques majeures
entre espèces, et en adoptant des pratiques et des aménagements les favorisant, on peut améliorer significativement et à moindre frais la qualité voire
la quantité d'une production.
Prenons par exemple des espèces (cultivées et élevées) associées et des
mélanges variétaux. Les associations
éprouvées, telles que pois-triticale,
avoine-féverole voire blé-orge-avoinepois-vesce etc., ou encore et plus large-
Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Toulouse, UMR DYNAFOR, BP 32607 F-31326 AUZEVILLE-TOLOSANE cedex
Créé par un journaliste américain lors du 1er forum américain sur la diversité biologique, à Washington, pour mieux populariser la
notion de "crise de la diversité biologique" dénoncée par l'entomologiste Edward O. Wilson dans un article scientifique paru en 1985.
3
L'homme est pour la 1ère fois responsable d'une extinction de masse des espèces, la 6ème de toute l'histoire de la Terre, au rythme de 75
espèces par jour alors que les précédentes se sont faites au rythme de 15 espèces par siècle…
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007 65
2
4
La biodiversité
fonctionnelle, en
interaction directe avec
l’agriculture
Alter Agri •
mars/avril 2006 • n° 76
BIODIVERSITÉ SPÉCIFIQUE TOTALE
BIODIVERSITÉ SAUVAGE
- composante exploitée (par chasse, pêche, coupes forestières...)
- composante non exploitée
AGROBIODIVERSITÉ = biodiversité
fonctionnelle des agroécosystèmes
- composante ressource (pollinisateurs, prédateurs, parasitoïdes, décomposeurs...)
- composante destructrice (ravageurs, maldies majeures, agents pathogènes...)
- parents sauvages des animeaux et végétaux domestiqués
- composante productive
(éspèces animales et végétales domestiquées er sélectionnées par l'homme)
Dans chacun
des trois
compartiments de la
biodiversité
spécifique
totale, des
espèces sont
qualifiées de
patrimoniales quand
elles sont
devenues
rares, et de
banales dans
le cas
contraire
Les composantes de la biodiversité
ment toutes les possibilités en agrosylvo-pastoralisme et en agroforesterie,
font directement intervenir la biodiversité productive. Mais la biodiversité
associée (ou "sauvage") s'en trouve
souvent augmentée de fait, et la part
"auxiliaire" de cette dernière l'est aussi
la plupart du temps.
Les intérêts, tant en terme de productivité que de stabilité, de telles associations et plus largement des pratiques de
l'agriculture biologique fondée sur des
préceptes de respect des équilibres
naturels, sont de mieux en mieux expliqués par la recherche scientifique.
Les avancées apportées par la Seconde
Révolution Agricole de l'après Seconde
Guerre Mondiale ont été spectaculaires, même si cette forte industrialisation de l'agriculture n'a pas eu que des
points positifs. Toutefois, ce sont les
paysans qui ont depuis 10 000 ans perfectionné l'agriculture. Ils ont créé infiniment plus de variétés, de races et de
systèmes de production (et même des
sols !) que ne l'a fait la recherche agronomique scientifique qui, à cette échelle de temps, vient d'apparaître. Loin de
vouloir nier les connaissances très
utiles que celle-ci a apportées et qu'elle
va continuer à apporter pour parvenir
à une agriculture performante et respectueuse de l'environnement, il faut
reconnaître qu'elle a surtout bénéficié
jusqu'à maintenant, au travers de
l'agriculture industrielle qu'elle a essentiellement soutenue, d'un facteur de production essentiel et pléthorique, qui était
auparavant très fortement limitant :
l'énergie, pour faire tourner les trac-
teurs et autres machines, pour apporter
l'eau, les engrais et les produits phytosanitaires aux cultures.
"Energie culturale
biologique"
L’énergie, dont la forme fossile est la
plus commode et efficace d'utilisation
en agriculture, posera problème dans
quelques décennies. Or, il est indispensable d'en injecter en permanence dans
les agroécosystèmes (on parle "d'énergie culturale") pour qu'ils ne dévient
pas spontanément vers des systèmes
"naturels" dont l'homme ne peut
presque pas tirer profit pour son alimentation et qui sont d'ailleurs beaucoup moins productifs que les cultures :
0,1% en moyenne de l'énergie solaire
reçue est transformée en biomasse totale dans les systèmes naturels, contre 0,5
à 4% pour les diverses cultures dont
une grande part de la biomasse est de
plus utilisable à des fins d'alimentation.
Face au défi à venir, à savoir l'augmentation d'ici à 2050 de 50% de notre
volume de production totale pour
nourrir 9 milliards d'habitants contre
6,1 aujourd'hui (ce qui veut dire aussi
qu'en 2050 l'humanité aura consommé
en seulement 50 ans, autant de nourriture que ce qu'elle a consommé depuis
l'apparition du premier Hominidé il y a
quelque 6 millions d'années jusqu'en
2000), et ceci dans un contexte de raréfaction de l'énergie alors que nous
avons augmenté nos volumes de production ces 50 dernières années essentiellement grâce à elle, il sera absolument nécessaire de trouver des sources
d'énergie culturale autres qu'industrielles. A ce titre, la biodiversité n'a
pas fini de faire parler d'elle. Nous
allons le voir dans les pages suivantes :
elle est capable de fournir des services
écologiques comme la prédation de
ravageurs ou l'amélioration de la structure du sol, permettant d'économiser
cette énergie culturale industrielle ; on
parle justement à son sujet "d'énergie
culturale biologique". En cela, la biodiversité doit être considérée comme un
facteur de production à part entière. n
L’agriculture biologique, un laboratoire à ciel ouvert
Assurément, le leitmotiv d'apparence simpliste des agrobiologistes "respecter les
équilibres naturels pour travailler avec la nature et non contre elle", que des millions
de paysans, bien souvent contraints il faut le dire, se sont toujours évertués de suivre,
et que d'une part un récent rapport de l'Inra et du Cemagref4 et d'autre part le Plan
Agriculture de la Stratégie Nationale pour la Biodiversité5 du Ministère de l'Ecologie
et du Développement Durable mettent en exergue sous d'autres termes, a encore de
beaux jours devant lui.
L'agriculture biologique a toujours eu cet intérêt inestimable d'être un formidable
laboratoire à ciel ouvert pour produire en recourant le plus possible aux processus
naturels de régulation et de recyclage. Elle a compris depuis longtemps que la biodiversité est ce facteur de production qui, moins facilement que les autres toutefois, doit
être pris en compte et favorisé. Il est aujourd'hui démontré qu'au-delà de cette fraction de la biodiversité directement utile à l'acte de production, cette agriculture génère globalement (les exceptions existent) une biodiversité plus importante que les
autres modes de production. Sans doute aucun, l'agriculture biologique a le potentiel
de jouer encore longtemps ce rôle avant-gardiste et d'être, sur ce point au moins, de
plus en plus inspiratrice des autres agricultures pour le bénéfice de toute la société.
4
"Pesticides, agriculture et environnement : réduire l’utilisation des pesticides et limiter leurs impacts environnementaux". www.inra.fr ;
www.cemagref.fr
5
http://www.ecologie.gouv.fr/rubrique.php3?id_rubrique=235
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
n°76 • mars/avril 2006
66
• Alter Agri
5
Biodiversité
Biodiversité
Les pollinisateurs :
indispensables mais
menacés
La pollinisation des cultures par les insectes est un des phénomènes les plus parlants de la
biodiversité fonctionnelle. Malheureusement, le nombre et la diversité des pollinisateurs
diminuent.
Au niveau mondial, 80% des espèces
végétales ont besoin des insectes pour
la production de leurs graines et donc
pour se reproduire, et 84% des
espèces cultivées en Europe sont dans
ce cas.
L'immense majorité des espèces
végétales sont autotrophes et sont
donc d’une importance vitale pour le
fonctionnement des écosystèmes,
dont l'homme dépend. Elles sont en
effet à la base de toute chaîne alimentaire puisque seules capables de
synthétiser de la matière organique
(glucides, protéïnes, lipides) à partir
de lumière et de sels minéraux. Les
végétaux hétérotrophes en sont par
contre incapables et vivent alors en
parasites en puisant des molécules
organiques dans d'autres plantes
(cas du gui sur de nombreux arbres,
mais surtout de la cuscute de la
luzerne ou encore des orobanches
comme celle du tournesol – dans ces
deux derniers cas, la plante parasite
"se connecte" à son hôte au niveau
des racines).
Les principaux pollinisateurs sont les
insectes, parmi lesquels les Hyménoptères et notamment les apoïdes
(abeilles domestique et sauvages, et
bourdons) sont de loin les plus importants, suivis par les Diptères Syrphidés
puis par les Lépidoptères et Coléoptères. Le service écologique de pollinisation rendu par la seule abeille
domestique est estimé entre 5 et 14
millions de dollars par an aux EtatsUnis, et celui rendu par les pollinisa-
6
Alter Agri •
mars/avril 2006 • n° 76
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
67
Biodiversité
Biodiversité
Le bleuet a l'avantage d'intéresser non seulement les pollinisateurs, ici un bourdon
(Bombus lucorum), mais aussi d'héberger un
puceron spécifique (Uroleucon jaceae) qui
servira de pitance aux auxiliaires en cas
d'absence de proies dans les cultures, sans
menacer ces dernières. Bien des végétaux
sauvages sont dans ce cas : sureau noir, noisetier, achillée millefeuille…
teurs sauvages fait actuellement l'objet de recherches en Europe.
Malheureusement, les populations de
pollinisateurs sont en mauvaise posture dans les pays industrialisés et aux
Etats-Unis encore, leurs populations
ont diminué de 25% depuis 1990. Les
espèces sauvages ont régressé essentiellement à cause de la destruction et
de la fragmentation des habitats naturels et semi-naturels, de l'intensification des pratiques agricoles, de la pollution environnementale en général et
in fine de la compétition directe avec
l'abeille domestique qu'elles sont
devenues incapables de supporter ou
simplement d'éviter.
Les conséquences écologiques de cet
appauvrissement sont potentiellement
très préoccupantes puisqu'il a été
montré très récemment pour la première fois que l’appauvrissement de la
diversité des pollinisateurs (du fait de
la destruction de leurs sites de nidification par exemple) entraîne à court
terme celui de la communauté de
fleurs à pollinisation entomophile.
Cela revient à dire que les différentes
espèces de pollinisateurs ne peuvent
pas totalement se remplacer les unes
les autres pour assurer la fonction de
pollinisation des fleurs, et ce sans parler d'association stricte entre une
espèce de fleur et son agent pollinisateur (comme l'orchidée relativement
commune Serapias lingua qui n'est
pollinisée que par les mâles de Ceratina cucurbitina, petite abeille sauvage
de la famille des Anthophoridés). n
La protection
des plantes, un
grand rôle de
la biodiversité
fonctionnelle
Le domaine de la protection des cultures n'est pas avare non
plus d'exemples remarquables de services très utiles rendus
par des espèces auxiliaires. Et c’est celui qui subit le plus fort
impact négatif de la diminution de la biodiversité dans les
agroécosystèmes, en terme d'instabilité des cultures (attaques
de ravageurs).
Ces dernières décennies, les cas d’efficacité insuffisante des auxiliaires en
grandes cultures se multiplient. Cela à
cause de la simplification structurale et
biologique des agroécosystèmes industriels : agrandissement des parcelles, arasement des talus et arrachage des haies,
appauvrissement de la flore sauvage, qui
leur sont de plus en plus hostiles. Mais,
si l’on compare la quantité de ravageurs
des cultures à un iceberg, les populations
de ravageurs non régulées par les auxiliaires ne sont que la petite partie visible.
L’énorme partie submergée, elle, représente la quantité de ravageurs consom-
Semis expérimental de sarrasin dans des
inter-rangs de vigne pour favoriser des trichogrammes (micro-Hyménoptères), parasitoïdes spécifiques des œufs de la tordeuse de
la grappe Eupoecilia ambiguella (NouvelleZélande, résultats positifs)
mée par les auxiliaires dans et hors des
parcelles, presque à longueur d'année et
sans que personne ne le remarque !
Même si le calcul exact ne peut pas être
fait, il est probable en effet que chaque
année les prédateurs et parasitoïdes tuent
davantage de ravageurs que ne le font les
insecticides !
Reconnaissance du rôle
majeur des auxiliaires :
la lutte biologique
Lutte biologique par
augmentation
Si en milieu clos la lutte biologique par
augmentation (qualifiée de "lutte biologique intégrée" par les serristes car ils la
doublent souvent d'une lutte chimique
raisonnée d'appoint) connaît aujourd'hui un succès et une diffusion croissante, son homologue en grandes cultures,
qui nécessite aussi l'achat et l'introduction massive d‘auxiliaires, n'a toujours
qu'un seul exemple aujourd'hui bien
développé, celui des trichogrammes (Trichogramma brassicae) contre les œufs de
la pyrale du maïs (Ostrinia nubilalis). Un
second exemple, beaucoup plus récent et
restreint aux cultures légumières et orne-
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
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68
• Alter Agri
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mentales concernant son homologation
est celui du nématode Phasmarhabditis
hermaphrodita parasite mortel des
limaces. De rares autres exemples clôturent la liste des organismes animaux que
l'on peut introduire en plein champ, souvent en cultures spécialisées (olivier, cultures fruitières, légumières et ornementales) : des micro-Hyménoptères, Névroptères, Hétéroptères et acariens ennemis
de phytophages aériens, et des nématodes et autres acariens pour la plupart
ennemis de stades endogés de phytophages aériens ou de ravageurs du sol.
Même les champignons se prêtent maintenant à cette lutte biologique comme
Coniothyrium minitans contre Sclerotinia sclerotiorum (autre champignon,
pathogène polyphage sur tournesol, soja,
colza, salade, carotte…) et Beauveria
bassiana contre la pyrale du maïs. Le fait
qu'aucun acarien Phytoséïdé prédateur
des classiques acariens phytophages de la
vigne ne soit commercialisé n'est pas le
fruit du hasard et nous en reparlerons.
Lutte biologique par
importation
Elle concerne essentiellement la lutte
contre les ravageurs (et parfois des
adventices) introduits d’autres pays ou
continents par des auxiliaires euxmêmes importés. Elle fait l'objet de critiques de plus en plus fréquentes quant
aux risques potentiels et parfois bien
réels d'atteinte directe et indirecte d'organismes non cibles.
Lutte par conservation et
gestion des habitats
C’est la forme de lutte biologique la plus
récente : elle ne fait l'objet de recherches
en grandes cultures et cultures pérennes
que depuis une quinzaine d'années. Elle
consiste à "donner un coup de pouce"
aux auxiliaires naturellement présents
dans les agroécosystèmes, en leur fournissant les ressources dont ils ont besoin :
hôtes et proies de substitution lorsque les
parcelles cultivées en sont dépourvues,
pollen et hydrates de carbone (nectar,
miellat), sites refuges lors des opérations
culturales, et sites d'estivation et d'hivernation. Si l'on désire avoir ces auxiliaires
dans les cultures, il faut bien réaliser
qu'ils n'apparaissent nullement par génération spontanée, et qu'ils doivent trou-
ver tout au long de l'année, en temps et
lieux opportuns, les ressources correspondant à chaque phase de leur cycle.
Les aménagements destinés à fournir ces
ressources sont divers mais font la plupart du temps intervenir l'implantation
d'un couvert végétal herbacé ou ligneux,
annuel, bisannuel ou pérenne, mono- ou
plurispécifique. Il est surtout nécessaire
dans les systèmes de cultures annuelles,
puisque le couvert végétal cultivé est
totalement déstructuré chaque année,
contrairement aux cultures pérennes. Ce
n'est d'ailleurs pas un hasard si les premiers exemples très probants de cette
lutte biologique ont concerné les acariens en viticulture et arboriculture.
Là où les insecticides et acaricides à large
spectre, utilisés dans l'euphorie de la
révolution chimique de l'après Seconde
Guerre Mondiale, avaient rompu les
équilibres, la mise en place d’une lutte
raisonnée a, dans la majorité des cas,
permis la réinstallation progressive des
auxiliaires et notamment des acariens
acarophages, de façon spontanée ou par
inoculation à partir de zones réservoirs.
Ces zones : éléments non cultivés et parcelles en agriculture biologique de
longue date, ont servi de "pieds de cuve"
lors des nombreuses expérimentations
dès le milieu des années 1980. On comprend alors pourquoi il n'est pas nécessaire de recourir à des élevages de type
industriel pour ces acariens auxiliaires,
l'environnement parcellaire étant potentiellement apte à assurer leur présence.
Les Phytoséïdés ont d'ailleurs une caractéristique essentielle facilitant leur maintien : si leurs proies (acariens Tétranychidés pour l'essentiel) sont absentes ou
insuffisamment abondantes, ils se rabattent sur du pollen de fleurs diverses et
peuvent même ainsi assurer leur reproduction. Le tout est que l'environnement
de la parcelle voire la parcelle elle-même
soit apte à fournir ce pollen, en quantité
et qualité suffisantes. Plusieurs expérimentations, notamment en Suisse, ont
montré que l'installation d’un couvert de
graminées (les meilleures étant Poa pratensis, Lolium multiflorum et Dactylis
glomerata), et de plantes à fleurs,
broyées par rangées alternées tous les
deux ans, permet de favoriser les Phytoséïdes mais aussi des trichogrammes tel
que T. brassicae, parasitoïdes des œufs
de la tordeuse de la grappe Eupoecilia
ambiguella.
De nombreuses expérimentations ont été
et vont de plus en plus être menées pour
favoriser les auxiliaires, notamment en
systèmes de grandes cultures et cultures
spécialisées. Par exemple l'installation de
bandes de phacélie en bordure de parcelles de blé ou de choux pour favoriser
les auxiliaires aphidiphages, tels que les
Syrphidés. Ils se nourrissent de nectar et
de pollen au stade adulte et vont ensuite
pondre dans les colonies de pucerons
dont se nourriront les larves. Ils iront
donc préférentiellement sur les fleurs se
trouvant à proximité des colonies de
pucerons.
Certaines plantes messicoles comme ici le
miroir de Vénus (Legousia speculum-veneris), peuvent améliorer l'activité et donc
l'efficacité des auxiliaires dans les parcelles
de céréales
Il a aussi été montré à de nombreuses
reprises que des cultures hébergeant une
proportion acceptable de plantes adventices reçoivent la visite d'un nombre plus
important d'insectes auxiliaires qui souvent y exercent une action protectrice
contre les ravageurs.
Les aménagements peuvent aussi plus
simplement porter sur la mise à disposition des organismes utiles de sites d'hivernation ou encore de nidification.
Divers abris pour les insectes, tels des
chaumes pour les micro-Hyménoptères
rubicoles1 comme les Pemphrédoninés
prédateurs de pucerons, ou encore des
boîtes à claire voies pour les chrysopes,
sont bien connus de certains jardiniers.
Beaucoup moins connue des arboriculteurs conventionnels est la possibilité
d'installer dans les vergers de pommiers
ou de poiriers notamment, des nichoirs à
mésanges. Plusieurs travaux de
1
Rubicole : du latin rubus (ronce) et colere (habiter) : les insectes qui habitent dans la ronce. Mais cette expression a été étendue à tous
les insectes nidifiant dans les tiges à moelle, faciles à creuser.
8
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
Alter Agri •
mars/avril 2006 • n° 76
69
recherches ont montré que ces oiseaux
auxiliaires, s'alimentant d'insectes non
loin des nichoirs en hiver (ces oiseaux
sont obligatoirement cavicoles pour supporter les basses températures nocturnes), peuvent dans certains cas éliminer 80 à 90% des chenilles de carpocapse en diapause sous les écorces et à la
base des troncs. Lors de l'élevage des
jeunes, leur effet est également important
et étendu à bien d'autres insectes, principalement des chenilles de Lépidoptères
ravageurs.
Des champignons
participent aussi à la lutte
A côté des arthropodes auxiliaires, des
champignons agissent aussi, de façon
spontanée mais non spécifique. Ils se
répartissent en deux grands groupes écologiques :
- ceux qui occupent plutôt le compartiment aérien (plusieurs espèces d'entomophthorales, qui sont des champignons
inférieurs) ;
- ceux que l'on rencontre dans le sol (plusieurs espèces de "muscardines", qui
font partie des champignons imparfaits).
Les premiers sont des ennemis classiques et potentiellement très efficaces
de nombreux ravageurs des parties
aériennes des cultures : larves et adultes
de tenthrèdes, de cécidomyies, de taupins, d'acariens, de pucerons, de
thrips… Les individus contaminés par
le champignon se dirigent, juste avant
de mourir, vers les parties hautes des
plantes et se positionnent la tête en bas,
ce qui facilite la dissémination des
spores et donc l'étendue de l'épidémie.
Les traitements fongicides et l'élimination de la végétation spontanée et surtout des zones humides provoquent la
raréfaction de ces champignons auxiliaires, capables de stopper une pullulation de pucerons en quelques jours
lorsque le temps s'y prête (chaud et
humide).
Les seconds, des genres Beauveria,
Metarhizium, Verticilium, sont également favorisés par des itinéraires évitant tout traitement fongicide et herbicide racinaire. Ils contribuent à limiter
les larves et adultes de hannetons,
doryphores, taupins, et même les
nématodes avec le genre Arthrobotrys
qui les attrape au collet !
Sur des pavots de Californie, le syrphe très
commun Episyrphus balteatus dont la très
discrète larve est aussi efficace que la
médiatique coccinelle à 7 points adulte et
larve réunis
Tout un univers de
relations
d’interdépendances
complexes à explorer
Le sujet est donc vaste et complexe, et de
nombreuses inconnues subsistent encore
sur un plan fonctionnel : quelles sont les
relations trophiques à privilégier ? Y a-til des échelles spatiales plus pertinentes
que d'autres selon les groupes d'auxiliaires, ou faut-il toutes les appréhender
en même temps ? Cette complexité ne
doit pas occulter le fait que le sujet est
très prometteur. Les exemples de succès
sont très nombreux, tant en grandes cultures qu'en cultures pérennes, et ils
dominent les cas d'échec. Il apparaît clairement que tout est une question de relations très précises et relativement
constantes dans leur nature, entre des
végétaux (dont les cultures), des insectes
phytophages et leurs ennemis. Cette
constance des relations interspécifiques
est orchestrée par des caractéristiques,
elles mêmes constantes, morphologiques, phénologiques, biochimiques et
physiologiques des végétaux d'une part
et des insectes qui en dépendent ou qui
dépendent de ces derniers d'autre part (il
convient alors d'ajouter des caractéristiques éthologiques). Les caractéristiques
de déplacement viennent s'ajouter en
second lieu. Elles font l'objet de
recherches très récentes relevant du
domaine de l'écologie du paysage, et doivent, pour être pertinentes, intégrer ces
relations trophiques. A terme, les
connaissances permettront donc de
mieux "piloter" les auxiliaires via des
aménagements à base de végétaux, qui
pourraient favoriser concomitamment
les pollinisateurs.
Un bémol doit toutefois être apporté
concernant certains ravageurs contre lesquels il est difficile de lutter par cette
approche. Il s'agit des ravageurs polyphages dont les ennemis naturels sont
plus ou moins spécifiques. Ces ravageurs
coriaces se développent dans presque
tous les types de couverts végétaux alors
que leurs ennemis arthropodes ont des
exigences plus précises et donc plus difficiles à satisfaire. C'est le cas de nombreux ravageurs du sol comme les larves
de taupins et de hannetons. Avec eux, il
est très difficile d'adopter la double stratégie qui consiste à augmenter l'activité
des auxiliaires (via des aménagements
plus ou moins spécifiques) et parallèlement à limiter directement le développement des ravageurs par des végétaux
répulsifs, des pièges ou la confusion
sexuelle. La situation idéale étant lorsque
le(s) même(s) végétaux permettent simultanément les deux.
Enfin des ravageurs pas réellement polyphages posent toutefois de plus en plus
de problèmes, c’est le cas par exemple du
méligèthe du colza (Meligethes aeneus).
Les aménagements réalisés pour favoriser leur contrôle par des auxiliaires semblent peu efficaces. Il faudrait sans doute
que ces aménagements (implantations de
mélanges floraux), favorisant une grande
variété d'auxiliaires, soient envisagés à
un niveau régional, sur des surfaces assez
importantes. En effet, il a été montré que
le taux de parasitisme est naturellement
plus important dans les parcelles de
colza d'un paysage bocager que dans
celles d'un paysage ouvert avec peu d'infrastructures écologiques. Dans tous les
cas, il semble aussi nécessaire de raisonner l'assolement et les rotations au
niveau de petites régions agricoles. n
Pour en savoir plus
Fiche technique ITAB : “Les auxiliaires communs en cultures légumières”, bon de commande p.22
“Les auxiliaires entomophages”,
livre édité par l’ACTA (22,87€)
Le guide phytosanitaire de l’ACTA
édité chaque année recense tous les
organismes de lutte biologique et
microbiologique commercialisés en
France (www.acta.asso.fr).
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
n°76 • mars/avril 2006
70
• Alter Agri
9
Biodiversité
Biodiversité
Sous terre, la face
cachée de la
biodiversité fonctionnelle
Outre la protection des cultures et la pollinisation, un autre domaine est lui aussi très sensible
à la diminution de la biodiversité dans les agroécosystèmes : le cycle des nutriments.
De lui, dépend étroitement la fertilité des sols…
Tout organisme vivant mobilise des éléments minéraux pour sa constitution et
son fonctionnement. Il est tôt ou tard
indispensable que la matière organique
morte (nécromasse végétale et animale)
et les déjections animales soient fragmentées pour que les molécules organiques simples (glucides, lipides, protides) libèrent ensuite leurs éléments
minéraux (carbone, azote, phosphore,
magnésium…) ; cela permet à de nouvelles plantes de se développer, base de
toute chaîne alimentaire.
Micro-organismes du sol :
les parents pauvres des
études sur la biodiversité
La microbiologie des sols est un domaine dont la complexité et l'importance
sont proportionnelles au manque d'intérêt qui lui est accordé, sans doute du fait
d'un déficit encore assez important de
connaissances.
La microflore comprend des algues en
surface, des champignons, des actinomycètes et bien sûr des bactéries.
- Les algues en surface sont peu abondantes, soit 100000/g de sol, mais fournissent néanmoins de la matière organique, certaines sont fixatrices d'azote.
- Les champignons (jusqu'à 1 à 2 t/ha en
sols recevant peu ou pas de fongicides)
participent à la stabilité structurale du
sol de par leurs mycéliums. Ils sont quasiment les seuls organismes non animaux
capables de dégrader la lignine et les
hémicelluloses des résidus de cultures.
Certaines espèces sont antagonistes de
champignons pathogènes et de ravageurs
du sol et enfin, rôle majeur, d'autres s'associent aux racines des plantes cultivées
(à l'exception des Crucifères) pour les
prolonger, augmenter ainsi le volume de
sol prospecté et faciliter l'alimentation
hydrique et l'assimilation de certains élé-
10
ments comme le phosphore en sols calcaires : les mycorhizes. Certaines espèces
de mycorhizes aident même la plante à
lutter contre des ravageurs ! Suite à une
attaque au niveau des feuilles ou des
racines, la colonisation des racines par
ces mycorhizes est accélérée. Les racines
synthétisent alors des alcaloïdes, qui à
leur tour provoquent par la plante la
synthèse de phytoalexines, intervenant
dans son système immunitaire.
- Certaines espèces d’actinomycètes
(environ 1t/ha) fixent l'azote de l'air.
D'autres synthétisent des antibiotiques
rendant alors les sols "suppressifs",
c'est-à-dire naturellement capables d'éliminer certains pathogènes du sol.
D'autres encore, thermophiles, sont responsables de la pasteurisation des
déchets organiques lors du compostage.
- Le groupe des bactéries est le plus varié
et le plus abondant (de 10 millions à 1
milliard/g de sol pour "une seule" tonne
à l'ha). On y trouve surtout des espèces
libres participant aux trois principales
phases du recyclage : décomposition,
humification et minéralisation, ou à la
fixation de l'azote par les Azotobacter,
mais aussi des espèces symbiotiques
comme les Rhizobium spp. s'associant
aux légumineuses.
Vers de terre « jardiniers
de l’ombre » : un rôle
central et fondamental
La microfaune, quant à elle, est essentiellement représentée par les amibes
(de 100 à 300 kg/ha) dont la fonction
essentielle est d'être de grandes prédatrices de bactéries. Quand un brin de
paille tombe au sol, il est d'abord colonisé par les bactéries cellulolytiques
dégradant la cellulose puis les amibes,
en se nourrissant des bactéries, libèrent
les fibres de lignine qui deviennent
alors accessibles aux champignons
lignivores.
Il reste à parler de la mésofaune et
notamment du rôle capital des vers de
terre. Darwin, déjà, avait décrété qu'ils
étaient les animaux les plus importants
du monde de par leur biomasse égalant
le poids de tous les autres animaux
réunis, et de par leurs fonctions.
Quelques chiffres les illustrent : les vers
anéciques, ceux qui font "l'ascenseur"
entre le sol profond et la surface,
pèsent entre 1 et 4 t/ha, digèrent leur
propre poids chaque jour soit 300 à
1000 t de terre/ha/an, ce qui représente
une épaisseur de 3 à 10 cm. Ils trouent
littéralement la terre de 400 à 500
mètres de galeries sous chaque m2 de
surface de prairie naturelle (ou d'une
parcelle en semis direct sur sol toujours
couvert et désherbé au rouleau), ce qui
améliore son aération et donc son
réchauffement au printemps ainsi que
son activité biologique.
Pour terminer le tableau, on ajoutera :
- qu'ils rendent assimilables de nombreux minéraux (macro- et oligo-éléments). En Nouvelle-Zélande, un problème de carence en molybdène a été
réglé par l’introduction d‘espèces européennes capables de rendre assimilable
une fraction du molybdène total ;
- que certaines espèces sécrètent par
leur tégument des substances très
proches de l'auxine, hormone naturelle
de croissance des plantes, qui favorisent ainsi la croissance des racines ;
- que lorsque des vers de terre ingèrent
des nématodes phytophages en même
temps que la terre, ces nématodes
entrent en contact, dans le tube digestif
des vers, avec une bactérie qui produit
de la tyrosine, un acide aminé essentiel
qui détruit le système d'orientation des
nématodes, ensuite incapables de se
diriger vers les racines des plantes. n
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
Alter Agri •
mars/avril 2006 • n° 76
71
Grandes
cultur
Grandes cultures
Impact des pratiques culturales
sur les populations d’arthropodes
des sols de grandes cultures
Déterminer des espèces “bio-indicatrices”
Par Philippe Viaux et Virginie Rameil (ARVALIS-Institut du végétal*)
L’agriculture, par les liens particuliers
qu’elle entretient avec la nature, joue
un rôle fondamental sur la biodiversité.
L’agriculture est à l’origine de la formation d’écosystèmes artificiellement simplifiés : les agro-écosystèmes. Ces agroécosystèmes ont une durée de vie éphémère ponctuée par les interventions
agricoles (récolte, travail du sol) et les
applications de produits chimiques sont
brutales vis-à-vis de la biodiversité.
Ces pratiques conduisent à une uniformisation de la végétation qui se résume
alors à quelques espèces cultivées et une
biodiversité sauvage restreinte. Ces écosystèmes sont fragiles et leur instabilité
doit être maîtrisée pour que le meilleur
équilibre adaptatif entre faune, flore et
milieu puisse être atteint. L’enjeu de
l’agriculture de demain est d’intégrer la
dimension écologique dans ses pratiques
tout en maintenant sa production.
À ce titre, les arthropodes (carabes, staphylins, araignées, opilions et myriapodes) sont particulièrement intéressants : l’étude de ces populations et la
détermination d’indicateurs biolo-
giques doivent permettre de caractériser l’état des agro-écosystèmes et de
mettre en évidence aussi précocement
que possible des modifications naturelles ou liées aux activités humaines.
Ces arthropodes, de par leur vie au sol,
sont directement exposés aux pratiques
agricoles auxquelles ils sont sensibles ;
de plus, ils occupent une place cruciale
au sein de la chaîne alimentaire, prédateurs d’organismes phytophages (rôle
d’auxiliaires), mais aussi proies de la
faune avicole. Des études de comparaison des populations d’arthropodes
dans différents systèmes culturaux doivent permettre de comprendre le rôle de
ces auxiliaires dans les agro-écosystèmes et d’identifier les milieux et les
pratiques agricoles les plus favorables
(ou défavorables) à ces organismes.
Cinq années d’études ont ainsi été réalisées sur le dispositif expérimental des
fermes de Boigneville (Essonne) qui
comporte différents systèmes de production, ainsi que sur des parcelles
d’agriculteurs à proximité de ce site. Le
dispositif expérimental est exposé p.10.
ARVALIS-Institut du végatal
Pourquoi étudier les arthropodes dits du sol, c’est-à-dire qui vivent sur ou dans le sol, en grandes cultures ?
Pourquoi se pencher sur les carabes, les staphylins ou les araignées ? D’abord parce que ces animaux sont utiles.
Ensuite parce que l’importance globale de leur population, mais aussi leur diversité, sont des indicateurs de
l’activité biologique du sol. Nous avons étudié différentes espèces d’arthropodes (carabes, araignées, staphylins,
opilions et myriapodes) dans des systèmes de production plus ou moins intensifs (monoculture de blé,
conventionnel, intégré, biologique…) et dans des jachères et haies. Ces travaux ont permis de mettre en évidence
des différences entre les systèmes. Ils permettent aussi de proposer des espèces “bio-indicatrices”, c’est-à-dire dont
il suffirait de compter les effectifs, au lieu de ceux de l’ensemble de la faune, pour évaluer le fonctionnement
biologique et la biodiversité d’un sol. Ce sont les résultats de cinq années d’études qui sont présentés ici.
L’araignée Oedothorax apicatusa été trouvée en
abondance dans les parcelles de blé biologique.
Ces cinq années ont permis d’étudier
l’influence des cultures sur les arthropodes et de proposer des indicateurs
agri-environnementaux.
Cinq années de résultats
Analyse qualitative
Nous pouvons constater que les zones
de grandes cultures présentent une
richesse spécifique relativement importante puisqu’il a été identifié 41 espèces
*Article paru dans Phytoma N° 570 avril 2004
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
n°66 • juillet/août 2004
72
• Alter Agri
13
Carabes
Araignées
Staphylins
1997
19
ND
ND
1998
27
ND
ND
2000
25
18
ND
2001
26
18
13
2003
29
26
12
ARVALIS-Institut du végatal
Tableau 1 - Nombre d’espèces de carabes, d’araignées et de staphylins récoltés sur les cinq
années d’étude.
Total
41
31
14
ND = compté mais non déterminé à l’espèce
ré que quelques individus.
D’un côté, Platysma vulgare (37 % des
carabes capturés) est l’espèce prédominante dans les parcelles en système intégré, conventionnel, dans la jachère de
ray-grass et la haie. D’un autre côté,
Pœcilus cupreus (32 % des captures)
prédomine dans les parcelles en système biologique et dans la jachère de
sainfoin.
Pour les araignées (tableau 3), on
constate que Pardosa agrestis domine le
peuplement d’Arachnides avec 68 %
des effectifs. Cette espèce est prédominante dans toutes les parcelles, sauf en
blé biologique où Oedothorax apicatus
représente 38 % des espèces capturées.
Analyse quantitative
Le nombre d’individus capturés est d’une
manière générale extrêmement élevé. Par
exemple plus de 3 000 individus ont été
piégés en neuf semaines dans neuf pots
pièges dans des parcelles “bio” en 2003,
alors que, rappelons-le, les animaux tombent par hasard dans les pots.
Les différences entre années sont
importantes. On observe par exemple
environ deux fois plus de carabes en
1998 qu’en 1997, environ 5 fois plus
d’araignées en 2001 qu’en 1997, ou
3500
Myriapodes
Araignées
Staphylins
Carabes
Effectifs cumulés
3000
2500
2000
2003
1861
1500
2440
1151
913
1000
500
1000
914
1199
617
709
522
116
0
Blé Bio 1
Bl Bio 2
Blé Intégré
Blé sans travail
du sol
Jachère
ray-grass
Haie
(données corrigées)
Systèmes de culture
Figure 1 - Observations des effectifs cumulés par famille et par système pour l'année 2003
(9 pots pièges pendant 9 semaines).
Platysma vulgare est parmi les carabes, l'espèce la plus souvent rencontrée sans cette étude.
ARVALIS-Institut du végatal
de carabes sur l’ensemble de l’étude, 31
espèces d’araignées sur les trois dernières années et 14 espèces de staphylins les deux dernières années.
Le nombre d’espèces observées varie
peu en général suivant l’année d’échantillonnage (tableau 1) mais les espèces
présentes diffèrent d’une année sur
l’autre, ce qui explique que le nombre
total d’espèces observées est très supérieur au nombre de chaque année. Malgré tout, les espèces les plus abondantes
(Pœcilus cupreus, Platysma vulgare,
Anchomenus dorsalis, Ophonus
rufipes, Harpalus affinis… chez les
carabes, et Pardosa agrestis, Oedothorax apicatus, Erigone atra… chez les
araignées) se retrouvent tous les ans.
Notons, de plus, que ces observations
ont été réalisées en fin de printemps. Or
nous avons constaté en 2003 lors d’observations effectuées à l’automne, que
de nouvelles espèces étaient à ajouter à
notre inventaire ; ces observations
étant d’ailleurs en adéquation avec les
données trouvées dans la bibliographie.
Le tableau 2 présente la liste des
espèces de carabes observées en 2003.
On peut ainsi constater que les effectifs
de certaines espèces sont élevés alors
que pour d’autres espèces on n’a captu-
Pœcilus cupreus est une des espèces de
carabes les plus souvent trouvées en 2003.
encore environ dix fois plus de staphylins en 1998 qu’en 2001. Les différences constatées tant au niveau quantitatif que qualitatif sont sans doute,
pour une part, dues aux conditions
météorologiques de l’année. D’autre
part, la variation des systèmes de production étudiés explique aussi cette
variabilité inter-annuelle.
On constate en premier lieu que la biodiversité des arthropodes peut varier
d’une année à l’autre dans un même
agrosystème (tableau 4). Les différents
systèmes de production ont une influence significative sur la densité des arthropodes capturés comme le montrent les
résultats obtenus en 2003 (figure 1).
En effet, le système de production biologique est nettement favorable aux
carabes, alors qu’ils sont moins présents dans le système intégré. La jachère implantée en ray-grass, et fauchée en
bandes alternées, est favorable aux
araignées ; elle l’est beaucoup moins
pour les carabes qui sont gênés dans
leur déplacement par la densité de la
végétation. L’indice de Shannon est largement supérieur à 2 en système biologique alors qu’il atteint moins de 1,7 en
système intégré.
En ce qui concerne l’équilibre biologique
des différentes espèces d’arthropodes capturés, il est intéressant de souligner que le
système de production biologique présente une meilleure équitabilité des carabes
(tendance vers une abondance équivalente des espèces, donc une meilleure diversité) que le système intégré.
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
16
14
Alter Agri •
juillet/août 2004 • n°66
73
La méthode employée sur le terrain pour
arriver aux critères de densité des
populations et de diversité des espèces
Sites expérimentaux
Traitement des données
L’étude est menée dans l’Essonne
(sud du Bassin Parisien), sur les communes de Maisse et Boigneville. Le
dispositif des fermes de Boigneville
est installé depuis 1991 ; y sont étudiés des systèmes de production
variant
selon
les
pratiques
culturales : conventionnel, intégré,
sans travail du sol, biologique…
Les résultats obtenus font l’objet de
diverses analyses statistiques réalisées
avec le Service des études statistiques
et méthodologiques d’ARVALIS Institut du végétal. Sont étudiés deux critères : la densité des populations (facteur quantitatif) et la diversité des
espèces (facteur qualitatif).
Dispositif
L’échantillonnage des arthropodes se
fait par la technique des pots pièges
(type Barber). Il s’agit d’un dispositif
de piégeage passif, les captures résultent de l’activité des espèces et ne renseignent pas sur leurs abondances
relatives. Cette méthode est utilisée
pour la détermination des habitats
préférentiels des espèces et l’étude de
la diversité des peuplements.
Descriptif
Deux gobelets plastiques (diamètre
7 cm) sont enterrés au ras du sol ; un
premier sert de moule, le deuxième,
inséré dans le premier, contient la
solution de piégeage. Celle-ci est un
mélange non attractif à base d’eau,
sel et mouillant qui permet de noyer
les arthropodes piégés et de les
conserver d’une semaine à l’autre. Les
pots sont protégés de la pluie par une
étiquette. Les points de prélèvement
sont disposés de sorte qu’il n’y ait pas
d’interaction entre pots. Le relevé des
pots est hebdomadaire et continu sur
une durée de huit à neuf semaines.
Chaque semaine, le contenu de
chaque pot piège est rincé puis transféré dans un pot en plastique contenant de l’alcool à 70°, assurant la
conservation des arthropodes.
Comptage et
détermination
On s’intéresse aux familles des Carabidés, Staphylinidés, Arachnides et
Myriapodes : ces arthropodes sont
comptés et déterminés au genre et à l’espèce à l’aide d’une loupe binoculaire.
La densité des
populations
La densité des populations d’arthropodes est étudiée grâce à une analyse
de variance. Cela permet de comparer
les parcelles étudiées sur la base des
populations d’arthropodes qui y sont
rencontrées et ceci à différents
niveaux taxonomiques : faible pour
les familles d’individus telles que
carabes ou araignées et plus élevé
lorsque chaque espèce est étudiée en
particulier.
Ainsi, l’analyse de variance nous
informe sur les distributions des
arthropodes, à savoir si celles-ci sont
identiques entre les parcelles ou si au
contraire elles révèlent des
différences significatives.
L’espace entre les pots
étant suffisant pour qu’ils
soient considérés indépendants, chacun représente
une répétition de l’expérience. Les données sont traitées
à l’aide des logiciels Statbox
et SAS System.
Indice de ShannonWeaver
La biodiversité de chaque parcelle est
évaluée grâce à l’indice de ShannonWeaver calculé ainsi :
S
H’ =
pi log2 pi
i=1
Cet indice prend en compte la probabilité de rencontre d’un taxon sur une
parcelle (pi) et la richesse spécifique S
(nombre d’espèces récoltées sur une
parcelle).
Note : la probabilité pi est égale au
nombre total d’individus de l’espèce i
divisé par le nombre total d’individus
de toutes les espèces récoltées sur la
parcelle. L’indice de Shannon-Weaver
est nul quand il n’y a qu’une seule
espèce et sa valeur est maximale
quand toutes les espèces ont la même
abondance.
Équitabilité
L’équitabilité permet de comparer des
peuplements comportant des nombres
d’espèces différents avec comme objectif d’observer l’équilibre des populations présentes. Elle est égale au rapport entre la diversité réelle calculée et
la diversité théorique maximum.
Soit : E = H’/Log2
L’équitabilité tend vers 0 lorsqu’une
espèce domine largement un peuplement ; elle égale 1 si toutes
les espèces ont la
même abondance.
La diversité des
espèces
Des indices de diversité permettent d’étudier la diversité spécifique des parcelles.
Sont ainsi calculés deux
indices : l’un prenant en
compte le nombre d’espèces rencontrées, l’autre
mesurant leur répartition équitable. Ce sont
l’indice de ShannonWeaver et l’équitabilité.
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
n°66 • juillet/août 2004
74
• Alter Agri
15
ARVALIS-Institut du végatal
Des espèces
bio-indicatrices ?
Pardosa agrestis : araignée prédominante
dans toutes les parcelles saufs celles du blé
biologique où O. apicatus est plus fréquente.
En effet, sur les cinq années d’étude,
l’équitabilité moyenne est de 0,60 pour
le système biologique alors qu’elle n’est
que de 0,44 pour le système intégré
(tableau 4).
Compte tenu de la complexité de ces
observations, il serait utile de disposer
d’espèces repères (bio-indicatrices) permettant de caractériser un milieu sans
faire une analyse exhaustive de la
population d’arthropodes.
Dans cet esprit, deux familles d’araignées sont particulièrement intéressantes. Les Lycosidae, représentées
essentiellement par deux espèces : Pardosa agrestis et Alopecosa cuneata, se
révèlent comme bio-indicatrices des
parcelles enherbées.
Les Linyphiidae, avec comme espèces
Oedothorax apicatus et Erigone atra,
sont indicatrices de pratiques favorables
à la biodiversité (système biologique).
Nos observations réalisées ces dernières
Tableau 2 - Espèces et effectifs de carabes observés en 2003 dans les différents systèmes.
ESPÈCES
Bio1
Anchomenus dorsalis
40
Amara aenea
3
Amara ovata
0
Argutor sternus
0
Asaphidion flavipes
0
Badister sodalis
0
Bembidion sp.
2
Brachinus crepitans
0
Brachinus sclopeta
1
Calathus fuscipes
0
Calathus melanocephalus 2
Callistus lunatus
0
Cyrtonotus aulicus
0
Demetrias atricapillus
1
Dromius quadrillum
20
Harpalus affinis
1
Harpalus serripes
1
Lorocera pilicornis
0
Metallina lampros
6
Nebria brevicolis
63
Notiophilus biguttatus
1
Ophonus azureus
2
Ophonus rufipes
287
Ophonus sp.
0
Platysma vulgare
192
Pœcilus cupreus
373
Synuchus nivalis
1
Trechus quadristriatus
3
Zabrus tenebrioides
1
Total
1000
PARCELLES
HAIE
Bio2 Intégré Conv. Ray-grass Sainfoin
85
12
5
0
1
2
5
0
0
0
0
0
0
7
10
78
2
6
15
49
1
0
149
0
324
442
0
6
0
1199
22
0
0
0
0
0
2
0
0
1
1
0
0
2
1
50
10
0
5
3
4
0
4
0
408
104
0
0
0
617
9
0
0
0
0
0
0
0
0
1
0
0
0
0
0
9
0
0
0
3
4
0
4
0
391
288
0
0
0
709
3
1
1
1
0
1
2
0
0
3
0
0
0
0
1
8
2
0
9
0
1
2
1
0
53
27
0
0
0
116
17
5
3
0
0
2
1
2
0
0
0
3
0
0
1
4
0
0
18
3
1
1
27
1
14
76
0
0
0
179
14
6
5
0
0
1
3
0
0
6
0
0
1
0
0
77
16
0
5
2
5
3
5
0
168
31
0
0
0
348
Tableau 4 – Biodiversité des carabes dans les différents systèmes de production sur les cinq
années d’étude.
Système
Intégré
1997 1998 2000 2001 2003
Biologique
2001 2003
Indice de Shannon-Weaver 1,25
1,56
1,27 1,24 1,68
2,40
2,42
Équitabilité
0,52
0,40 0,36 0,44
0,63
0,58
0,49
années montrent que les araignées semblent être de meilleurs indicateurs que
les carabes ou les staphylins. On peut
malheureusement constater dans la
bibliographie que la majorité des observations d’arthropodes terrestres sont
réalisées sur les carabes, les araignées
étant plus difficiles à identifier à l’espèce.
Conclusion
L’importance des effectifs capturés et la
diversité des espèces présentes nous
confortent dans l’idée que le rôle des
arthropodes terrestres des milieux cultivés est probablement important mais
mal connu. Rappelons que la majorité
des espèces rencontrées est carnivore et
joue un rôle d’auxiliaire des cultures.
Mais que consomment-elles exactement ?
Quel rôle régulateur jouent-elles ?
Ces questions restent à approfondir…
Parallèlement, l’érosion de la biodiversité est un sujet de préoccupation
majeur aujourd’hui (mise en place de
Natura 2000, conditionnalité des aides
PAC…). Il s’agit de préserver une ressource naturelle au même titre que les
énergies non renouvelables. Alors quels
moyens mettre en œuvre pour enrayer
cette érosion ? Les solutions sont, là
encore, mal connues, car peu étudiées
jusqu’ici.
Nous avons mis en évidence une sensibilité des arthropodes au système de
production, mais les différences entre
systèmes sont subtiles et difficiles à
expliquer. On peut conclure que le système biologique est favorable aux
populations d’arthropodes, tant au
niveau de leur biodiversité qu’au
niveau de leurs effectifs. Néanmoins, il
n’est pas possible, en l’état du travail
réalisé, de préciser quels sont précisément les facteurs de production expliquant cette différence.
D’autres études des arthropodes dans
les systèmes de production en grandes
cultures doivent permettre d’avoir une
vision globale de l’importance du
maintien de la biodiversité au sein
d’une agriculture durable. De nouveaux travaux seront nécessaires pour
compléter les informations recueillies
ces dernières années ; ils permettront
notamment de confirmer les indicateurs identifiés. ■
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
16
Alter Agri •
juillet/août 2004 • n°66
75
LA CARIE DU BLE
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
77
INTRODUCTION – LA CARIE COMMUNE DU BLE : COMMENT Y
FAIRE FACE ?
On semble noter une recrudescence de la carie du blé en France, particulièrement en
agriculture biologique où le traitement des semences n’est pas possible. La contamination se
fait soit par la semence, soit par le sol (lorsque le spore du champignon s’y est déposé),
avec une vitesse de multiplication d’une année sur l’autre spectaculaire. Une vigilance
particulière est recommandée aux agriculteurs pour limiter son expansion ; l’ITAB va diffuser
une fiche technique formulant des préconisations. Aujourd’hui aucun moyen de lutte efficace
n’étant connu en bio, la mise en œuvre d’un programme de recherche devient urgente.
COMMUNICATIONS ORALES
x
Potentialités de la lutte biologique par conservation et gestion des habitats en
grandes cultures (Jean-Pierre Sarthou, ENSA Toulouse)
x
Biologie des champignons Tilletia caries et Tilletia foetida (Daniel Caron, Arvalis
Institut du végétal)
x
Etat des lieux des connaissances : préconisations, pistes de recherche (Laurence
Fontaine, ITAB)
INFORMATIONS SUPPLEMENTAIRES
x
Bernard Seguin, 2002. La carie en production de semences de céréales bio : la lutte
préventive s’impose, Bulletin Semences.
x
Bernard Seguin, 2003. Agriculture biologique et production de blé tendre : une vigilance
à l’égard de la carie, Alter Agri n° , p.4-5
x
Guy Raynal, 1997. Les caries du blé : des maladies dont il faut toujours se méfier,
Phytoma LDV n°492, p.14-16.
Bibliographie étrangère : voir informations sur http://orgprints.org/
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
79
LA CARIE
Daniel CARON
ARVALIS – Institut du végétal, Génétique et Protection des Plantes – Laboratoire
6, chemin Côte Vieille - 31450 Baziège
[email protected]
8
PRESENTATION
Les agents responsables de la carie en France sont identifiés au nombre de 2, voire
exceptionnellement 3 espèces de Basidiomycètes de la famille des Tillétiacées appartenant
au genre Tilletia. Dans nos régions, les espèces de cette famille n'attaquent que des
Graminées et la carie est connue depuis l'antiquité comme altération ou maladie du blé. Les
autres cultures de céréales sont moins affectées mais il ne faudrait pas les négliger.
Visuellement, selon l'aspect des plantes on distingue deux types de caries : la carie
commune et la carie naine en fonction du degré de raccourcissement.
La carie commune est provoquée par deux espèces qui conduisent à des symptômes
identiques :
-
Fréquente : Tilletia caries (syn.(1) Tilletia tritici).
-
Éparse : Tilletia foetida (syn.(1) Tilletia laevis).
La carie naine s'extériorisant par un nanisme plus prononcé est provoquée par :
-
Tilletia controversa (syn.(3) Tilletia brevifaciens), très rare.
Les régions de prédilection de ces 3 espèces sont fonction du climat et notamment de la
température. En France on rencontre fréquemment sur l'ensemble du territoire T. caries,
mais comme le pays est situé dans une zone tempérée soumise à des fluctuations annuelles
ou périodiques, la répartition géographique des 3 parasites se superpose. T. foetida qui est
un parasite des climats plus chauds se trouve surtout en zone méditerranéenne mais il est
aussi observé jusque dans le Nord de la France avec une moindre fréquence. T. controversa
parasite des pays froids s'observe très rarement et est localisé dans les zones d'altitude
moyennes, régulièrement enneigées.
La carie commune due à T. caries se caractérise par un pouvoir d'extension très élevé de la
maladie d'une génération à la suivante, par dissémination des spores sur les grains. Un
semis de blé provenant provenant de semences d'un champ comportant 1 % d'épis cariés (1
% de pertes de rendement) a développé plus de 60 % d'épis cariés (60 % de pertes, sans
compter l'odeur et l'aspect des grains non atteints).
Il existe d'autres caries qui ne se trouvent pas en France mais dans des pays plus ou moins
proches et qui peuvent inquiéter. Nous les citerons pour mémoire :
La carie de Karnal est due à T. indica (syn. Neovossia indica). Elle est déclaré parasite de
quarantaine en France et dans beaucoup d'autres pays car le cycle du champignon, différent
de celui de la carie commune, ne permet pas de lutter efficacement contre la maladie par
traitement des semences. Cette dangereuse maladie est localisée du Nord du Moyen Orient
à l'Inde ainsi que dans certains pays d'Amérique Centrale. Elle n'existe pas en France.
Une carie du seigle a été fréquemment observée en Europe centrale et en Europe de l'Est :
T. secalis qui affecte aussi le triticale. L'agent pathogène est très proche de T. caries ou bien
un pathotype de cette espèce.
3
Les synonymes correspondent à un nom abandonné en fonction de l'évolution de la classification, justifiée par des observations plus
précises ou des expériences permettant de mieux définir les espèces. Le nom synonyme est souvent l'avant dernier nom qui se retrouve
fréquemment dans la littérature scientifique et qui garde par conséquent une certaine utilité dans les recherches bibliographiques. Il existe en
général plusieurs synonymes, mais on n'en cite souvent qu'un seul, par ordre de priorité.
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
80
Sur Orge, il existe aussi une carie en Europe Centrale : T. pancicii très proche de T. caries
ou bien un pathotype de cette espèce différencié par la coloration des spores et leur
réticulation.
Une carie s'attaque au riz : T. horrida (proche de T. indica) en Extrême Orient, en Asie du
Sud-Est et en Amérique (parfois trouvé comme contaminant de semences de blé).
Et enfin, quelques autres caries existent aussi sur les graminées sauvages comme T. walkeri
sur ray-grass (parfois trouvé comme contaminant de semences de blé), T. barclayana sur
poacées comme Panicum et Paspalum, T. eragrostidis sur Eragrostis, T. inolens sur
Lachnagrostis fililformis, T. rugispora sur Paspalum, T. boutelouae sur Bouteloua gracilis,
dont les spores pourraient être confondues avec T. indica (1961, 1998) et d'autres encore
sur : Hordeum, Lolium, Holcus… mais elles ne sont pas censées attaquer le blé
naturellement. Reste à savoir si elles sont présentes en France. Assurément, l'une d'elle T.
guyotiana a été trouvée sur brome dans l'Aube en 1900…
9
SYMPTOMES
Les blés atteints de carie commune passent pratiquement inaperçus avant l'épiaison. Il faut
observer attentivement la végétation pour détecter un léger raccourcissement des plantes
accompagné par une augmentation du tallage avec des brins mous, des épis grêles ou
stériles abaissant le nombre de tiges épiées par pied. Bien que souvent faible, le
raccourcissement est fonction des races de T. caries et de la variété atteinte. Il peut parfois
dépasser 30 % avec diminution du nombre d'entrenoeuds. T. foetida semble moins affecter
les plantes.
Le nanisme de la carie naine (T. controversa) est beaucoup plus prononcé et accompagné
d'un tallage excessif. La taille des plantes peut avoisiner 1/4 à ½ de la taille normale.
À l'épiaison les symptômes sont bien établis et selon les variétés une coloration bleuverdâtre (glauque) peut marquer les feuilles et les gaines. Sur les épis cette coloration
glauque est plus visible.
Les épis cariés épient un peu avant les plantes saines mais gardent plus longtemps leur
coloration vert glauque et semblent présenter un retard au moment de la maturation. Cette
coloration est présente sur toutes les parties de l'épi et se manifeste plus particulièrement
sur le rachis et la base des glumes.
Les épis cariés sont déformés par rapport aux épis sains. L'épi est différent en longueur des
épis sains : il est souvent plus court mais selon les conditions, il peut aussi être plus long.
Au début les glumes sont plaquées sur le rachis et l'épi semble aplati. Au fur et à mesure du
développement du parasite, les glumes se redressent et s'écartent anormalement pour finir
par donner à l'épi un aspect ébouriffé caractéristique qui laisse apercevoir les grains
malades. Pratiquement tous les grains de l'épi sont atteints.
Le mycélium du champignon atteint les ovaires et les remplacent. Sous le péricarpe, le
mycélium croit à la place des cellules du grain qui prend une teinte olivâtre. Les grains cariés
sont plus courts et plus arrondis que les grains sains. Le mycélium qui rempli le grain se
fragmente en spores rondes (teliospores) qui brunissent et foncent. À la récolte les grains
cariés sont très légers, trapus à la base, bruns gris et ridés, leur sillon est à peine visible. Ils
s'écrasent à la moindre pression en libérant une poussière de spores noires qui va
contaminer les grains sains au battage. Si la contamination des grains sains dépasse 6000 à
8000 spores, les grains prennent une teinte noirâtre au niveau de la brosse et du sillon. Ce
sont des grains boutés qui peuvent porter plusieurs centaines de milliers de spores. Les
spores sont aussi disséminées dans l'air et vont contaminer le sol sur plusieurs centaines de
mètres.
À noter que les grains cariés par T. controversa sont plus durs et plus difficiles à écraser. Ils
ne donnent pas d'amas pulvérulents de spores.
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
81
Les grains cariés et les grains boutés par la carie commune ont une odeur caractéristique de
poisson avarié dûe à la présence d'amines volatiles dont la triméthylamine. Cette odeur est
plus ou moins importante selon les les souches de carie et les lots.
10 IDENTIFICATION DU PARASITE
Bien que les symptômes de T. caries et de T. foetida soient identique, les spores présentent
des distinctions. La surface des spores de T. caries présente une ornementation réticulée
alors que celle des spores de T. foetida est lisse. L'intensité des réticulation est fonction des
races physiologiques. Pour les 2 espèces, les spores sont spériques à ovoïdes avec un
diamètre de 15 à 23 µm pour T. caries et de 17 à 22 µm pour T. foetida. Des hybrides de T.
caries et de T. foetida ont été réalisés et donnent des spores de type foetida.
T. controversa se distingue par le nanisme qu'elle provoque, sinon les spores sont
pratiquement identiques à celles de T. caries quoiqu'un peu plus foncées.
Des analyses PCR (amplification génique) sont aussi possibles pour l'identification.
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
82
11 PROPAGATION ET EVOLUTION DE LA MALADIE
11.1 Le cycle du champignon
11.2 Implantation de la maladie à l'automne
11.2.1 Par les semences dans le sol
Les spores portées par les semences constituent la voie la plus directe, à l'origine des
contaminations les plus massives. Cette pollution des semences localise les spores au
contact de la plante mais n'évite pas le temps nécessaire à la reproduction sexuée du
champignon avec méïose puis recombinaison sexuée de 2 sporidies haploïdes compatibles.
Cette phase doit avoir obligatoirement lieu pour aboutir à un mycélium dicaryonte prêt pour
la contamination du coléoptile lors de son emergence à la surface du sol.
À signaler que T. controversa ne se transmet pas par la pollution des semences car les
amas de spores ne sont pas pulvérulents et les spores ne germent pas à la mise en terre.
Un certain temps de séjour dans le sol est nécessaire. Les contaminations n'auront lieu
qu'au retour du blé suivant par le sol pollué l'année précédente avec les fragments de grains
cariés tombés à terre.
11.2.2 Par le sol
Les spores en provenance des épis cariés dispersés lors de la récolte se répandent au sol.
Ils peuvent s'y conserver au moins 5 ans pour T. caries en fonction de l'humidité et plus de
10 ans pour T. controversa.
Les sols tassés gènent la germination de T. caries car l'oxygène est nécessaire. Par contre
T. controversa germe mieux en sols compacts ou roulés car ses exigences en oxygène sont
très faibles.
Le processus de germination et de reproduction sexuée est nécessaire pour aboutir à la
contamination des coleoptiles.
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
83
11.3 Stades de sensibilité de la plante
Après le stade 2 feuilles les plantes ne peuvent pratiquement plus être contaminées.
L'infection ressemble donc à une course entre la plante et le parasite avec les températures
pour en déterminer l'issue. Il faut au parasite accumuler une certaine somme de température
pour germer et des températures fraîches sont plus favorables à la germination du parasite
qu'à la croissance des plantes. Plus le temps qui sépare le semis du stade 2 feuilles sera
long, plus le risque sera élevé. Les semis tardifs sont toujours plus contaminés que les semis
précoces d'automne ou les semis de printemps.
11.4 Au printemps, évolution systémique de la maladie
Le mycélium suit la progression de l'épi à l'intérieur des plantes au cours de la croissance du
blé. C'est une maladie systémique qui progresse dans le végétal sans symptôme. Après
l'épiaison le mycélium pénètre dans les ovaires et produit ses spores à la place des grains.
Elles seront dispersées à la récolte.
11.5 Conservation de l'inoculum après récolte
11.5.1 Sol
Les spores vont germer à la faveur d'épisodes climatiques humides et en fonction des
températures respectives de chaque espèce. Le stock de spores va ainsi s'épuiser
progressivement. Par conséquent les étés secs conservent un plus grand nombre de spores
prêtes à provoquer des contaminations en automne. Des expériences récentes montrent que
les spores se conservent au moins 5 ans dans le sol et d'autres plus anciennes montrent
qu'au sec dans les greniers T. caries peut survivre 12 ans.
11.5.2 Semences
Les spores ne sont pas internes au semences mais situées à la surface dans le sillon ou la
brosse. Elles y survivront plus longtemps que la semence elle-même.
12 CONDITIONS DE DEVELOPPEMENT DES PARASITES
12.1 Les facteurs climatiques
Pour la carie commune, T. caries germe avec un optimum à 11°C entre 2° et 29°.
L'optimum d'humidité des sols est comprise entre 40 et 50 % de leur pouvoir de rétention en
eau. Un pH légèrement alcalin est favorable.
T. foetida germe avec un optimum de température compris entre 15 à 20°C.
Par contre la carie naine T. controversa a un optimum de germination de 2 à 6°C et
d'infection de 2 à 8°C.
12.2 Les facteurs agronomiques
12.2.1 Les dates de semis précoces sont défavorables à la carie
12.2.2 Le travail du sol influence les contaminations
Le labour profond la première année de l'infection place l'inoculum en situation défavorable à
la contamination des coléptiles. S'il est suivi d'un nouveau labour, les spores reviennent en
surface où elles peuvent provoquer les contaminations. Par contre, s'il est suivi d'un travail
superficiel, les spores restent au fond.
Les sols tassés ou roulés peu riches en oxygène sont défavorables aux contaminations de la
carie commune (pas de la carie naine).
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
84
12.2.3 Les races physiologiques variétés, cultures et adventices hôtes
Des souches de T. caries ont montré des pouvoirs pathogènes différents (10 à 88 %). Il en
est de même pour T. foetida.
Avant l'utilisation des fongicides en traitement de semences, les races physiologiques ont été
étudiées pour la sélection des variétés résistantes. Cette pratique a été abandonnée et
actuellement nous ne connaissons pas les races présentes sur le territoire français et leur
importance.
Expérimentalement T. caries a pu être transmis au seigle ou a d'autres graminées mais avec
un très faible succès qui n'en fait pas un problème économique.
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
85
ETAT DES LIEUX DES CONNAISSANCES SUR LA CARIE
COMMUNE :
PRECONISATIONS, PISTES DE RECHERCHE
Laurence FONTAINE
ITAB, 9 rue André Brouard – BP 70510
49105 ANGERS CEDEX 02
[email protected]
INTRODUCTION
La carie commune du blé (Tilletia caries ou Tilletia foetida) était une maladie courante
jusqu’aux années cinquante. La pratique de désinfection des semences par lutte chimique l’a
réduite à un état de bruit de fond. Aujourd’hui la maladie semble en nette recrudescence,
particulièrement en agriculture biologique, sans doute en lien avec l’obligation d’utilisation de
semences biologiques donc non traitées chimiquement. Le pouvoir de propagation de la
maladie est extrêmement important, ce qui en fait un risque majeur en agriculture biologique.
Le blé tendre est concerné, mais également ses apparentés, à des degrés divers : épeautre,
engrain, blé dur, triticale. La vigilance à l’égard de la culture des céréales biologiques
s’impose.
L’objet de ce texte est de faire le point, en complément à la communication de Daniel Caron,
sur les précautions à prendre pour éviter la propagation de la carie commune et sur les
pistes de recherche actuellement explorées pour la maîtriser.
13 UN PEU D’HISTOIRE
Les Anciens avaient remarqué que certains organes végétaux pouvaient souffrir d'altérations
profondes et putrides ; sous le nom de caries le naturaliste latin Pline l'Ancien (23-79) décrit
à la fois les cavités qui se forment dans le tronc des arbres et la pourriture qui détruit les
semences des céréales.
Vers le milieu du XVIIIe siècle, le naturaliste Tillet étudie la redoutable carie du blé en
Picardie ; il préconise le «chaulage» des grains (passage à la chaux) pour lutter contre le
mal. Au début du XIXe siècle, Bénédict Prévost conseille le «sulfatage» de la semence
(immersion dans une solution diluée de sulfate de cuivre), pour protéger le blé de la carie. A
l’époque, observer des parcelles cariées à 50% était, semble-t-il, courant et, jusqu’aux
années cinquante, la carie était considérée comme la principale maladie du blé.
14 UN TRES GRAND POUVOIR DE CONTAMINATION
Un grain carié peut contenir jusqu’à 9 millions de spores. Au battage, les grains des épis
cariés libèrent ces spores qui viennent contaminer les grains des épis sains et le sol qui a
supporté cette récolte cariée.
Si la contamination des grains sains dépasse 6 000 à 8 000 spores, les grains prennent une
teinte noirâtre au niveau de la brosse et du sillon. Ce sont les grains boutés, qui peuvent
porter jusqu’à plusieurs centaines de milliers de spores.
Les spores peuvent être aussi disséminées par le vent sur plusieurs centaines de mètres, et
être ainsi à l’origine de la pollution des parcelles voisines, au-delà du sol de la parcelle
récoltée. Les moissonneuses-batteuses participent aussi à la dissémination des spores, ainsi
que toute surface ayant été en contact avec des grains cariés (sacs, cellules de stockage,
etc.).
La carie se caractérise par son très fort pouvoir de propagation ; c’est d’ailleurs ce qui la
rend particulièrement inquiétante en agriculture biologique : son expansion peut être très
large si aucune précaution n’est prise.
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
86
Une expérimentation réalisée par ARVALIS-Institut du végétal lors de campagne 2002/2003
a permis de mettre en évidence à partir du pourcentage d’épis cariés dans une parcelle
l’année N, le risque couru par l’agriculteur, en l’absence de traitement de semence, l’année
suivante N+1 (figure ci-dessous). Un très faible taux de contamination initial, par exemple 1%
d’épis cariés, peut se traduire l’année suivante (après utilisation de la récolte comme
semences) par un niveau d’attaque se situant à 61,8% d’épis ! L’expérimentation est à
relativiser suivant les conditions de culture, mais elle exprime le fort potentiel de
contamination de la carie.
Pourcentage d'épis cariés.
Incidence du taux de contamination des semences cariées sur le nombre d'épis cariés l'année suivante
(blé tendre )
90.0 %
18000000
80.0 %
16000000
14000000
72.30%
66.80%
60.0 %
12000000
61.80%
50.0 %
10000000
40.0 %
8000000
30.0 %
6000000
20.0 %
4000000
10.0 %
2000000
0.0 %
Nombre de spores
Pourcentage d'épis cariés récoltés
76.5%
70.0 %
% d'épis contaminés
nombre de spores
0
1% d'épis cariés
2.5% d'épis cariés
5% d'épis cariés
10% d'épis cariés
Taux initial de contamination en%
15 LES CONSEQUENCES DE LA PRESENCE DE CARIE COMMUNE
La carie commune peut avoir de lourdes incidences sur la quantité et surtout la qualité de la
récolte, sur l’état sanitaire des parcelles de l’exploitation et même sur leur environnement.
Plus le taux de contamination sera élevé, plus les conséquences seront fortes.
D’un point de vue quantitatif, le rendement total d’une parcelle peut être plus ou moins
pénalisé, en lien avec le taux de grains cariés (ils s’écrasent au battage).
En termes de qualité, très peu d’épis cariés (on parle de 0,1%) peuvent suffire à dégager
une odeur de poisson pourri qui rend le grain impropre à la commercialisation (odeur due à
la présence de triméthylamine). Les spores ne sont a priori pas toxiques, mais l’odeur se
transmettant à la farine, il est clair que la meunerie refuse les lots. Côté alimentation
animale, les lots malodorants sont refusés, outre des raisons sanitaires évidentes, par peur
de baisse de l’appétence.
Attention, l’absence d’odeur ne signifie pas l’absence de spores ; si la présence de carie est
avérée, les lots sont refusés pour raisons sanitaires et limiter la propagation de la maladie.
En production de semences, la présence de carie est évidemment rédhibitoire, quel que soit
le taux de contamination, que l’odeur de poisson pourri soit perceptible ou non. A noter
qu’aucune réglementation n’existe en la matière en France à ce jour, y compris pour les
semences certifiées, mais des analyses d’échantillons systématiques sont préconisées étant
donné les risques.
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
87
16 COMMENT DETECTER LA PRESENCE DE CARIE ?
16.1 Les signes de reconnaissance
Un œil avisé pourra détecter la présence des épis cariés dans un champ au moment du
remplissage du grain par la couleur vert foncé des glumes et glumelles, ainsi que par
l’aspect « ébouriffé » caractéristique des épis touchés (les épillets s’écartent du rachis).
Epi carié à gauche, plus petit et de
couleur bleutée par rapport à un épi
sain, à droite (© ARVALIS-Institut du
végétal)
Epi carié à gauche avec aspect
ébouriffé, les grains gonflés écartant
les glumelles, et épi sain à droite (©
ARVALIS-Institut du végétal)
Mais c’est le plus souvent au moment du battage que l’on détecte la carie : seul le contenu
du grain est transformé en une masse poudreuse noirâtre et malodorante, les spores du
champignon ; les grains cariés (de couleur différente, plus ronds, avec une ébauche de sillon
sur leur face dorsale, appelés également balles sporifères) sont fragiles et éclatent
facilement sous pression, notamment à la récolte. Un nuage noir au battage est
caractéristique de blés fortement cariés.
Autre signe de reconnaissance à la récolte : l’odeur de poisson pourri dégagée par les
spores. Attention cependant, les observations sur le terrain montre que celle-ci n’est pas
systématique (liée à la variabilité des espèces et des races physiologiques de caries),
notamment en cas de contamination modérée. Dans ce cas, malgré l’absence d’odeur, les
risques de contamination pour les campagnes suivantes sont présents et très importants,
soit par utilisation des grains en semence fermière, soit par le sol.
Au moindre doute, la recherche de grains cariés est donc préconisée. Une première
approche peut être réalisée à la ferme par la « méthode du seau », mais seule une
recherche de spores en laboratoire apportera des certitudes sur le niveau de contamination,
et donc sur les mesures à prendre en conséquence.
« Méthode du seau »
Mettre 5 kg de céréales dans un seau rempli d’eau. Brasser et récupérer les grains qui
surnagent. Répéter ce brassage jusqu’à ce qu’aucun grain ne remonte à la surface.
Observer ensuite un par un les grains surnageant récupérés et déterminer s’ils sont cariés
ou non (grains bombés remplis de poussière noire).
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
88
Attention, cette technique permet de détecter des grains cariés, mais pas une contamination
exogène (résidus de spores issus d’un silo mal nettoyé, de la moissonneuse batteuse, etc).
16.2 Méthode de détection de la carie en laboratoire
La détection de la carie sur céréales est effectuée soit par filtration et récupération des
spores par lavage du filtre, soit par prélèvements de l’eau de lavage des semences ;
l’analyse est réalisée sur 50 grammes de semences (environ 1000 grains). Dans les deux
cas les semences sont agitées dans de l’eau additionnée d’un mouillant pour mettre les
spores en suspension. L’observation au microscope permet ensuite d’identifier l’espèce de
carie suivant la taille et la forme des spores et de compter le nombre de spores.
La méthode par prélèvements est celle utilisée par la Station Nationale d’Essais de
Semences (SNES) : 10 prélèvements sont effectués et placés sur un hématimètre
(quadrillage) pour déterminer au microscope la concentration en spores par millilitres de
solution. La concentration moyenne des 10 prélèvements est alors convertie en nombre de
spores par gramme de semences, puis en nombre de spores par grain. Avec cette méthode,
le seuil de détection est de 5 spores par grain. Coût indicatif : de l’ordre de 50 à 75 € HT.
Spores de Tilletia caries (à gauche) et Tilletia
foetida (à droite). Source : T. Matsumoto and T.
Bell, Laboratory Guide To SMUT FUNGI.
Il est difficile de donner une correspondance entre pourcentage d’épis cariés et nombre de
spores comptées par grain. Ce dernier est en effet très variable selon :
- le nombre de spores initialement produit par chaque grain carié (la taille du grain
notamment peut jouer ; l’ordre de grandeur est de plusieurs millions),
- les conditions climatiques lors du battage (humidité, vent, …),
- la variété, qui influence la taille du grain et la forme du sillon, et donc la réceptivité du
grain.
A titre d’exemple, on peut citer une mesure faite par Arvalis-Institut du végétal lors de suivi
d’essais en parcelle cariée : 730 spores/grains ont été mesurées pour une contamination à
hauteur de 1,5% d’épis cariés. Or il faut rappeler que 1% d’épis cariés à la récolte suffisent
pour obtenir une contamination de l’ordre de 60% d’épis cariés à la campagne suivante si la
récolte est utilisée en semences (Source Arvalis-Institut du végétal).
A titre d’information, des recherches menées en Allemagne concluent que dès le seuil de 5 à
10 spores/grain, la maladie est transmissible par les semences pour les variétés les plus
sensibles si aucune précaution n’est prise ; au-delà de 20 spores/grain, le risque de
transmission par les semences est très élevé quelle que soit la variété ; des mesures doivent
donc être prises dès 5 spores/grain (autrement dit au seuil de détection…).
17 LES MOYENS DE LUTTE
17.1 Les précautions à prendre à la récolte
x
x
Récolter la parcelle cariée en dernier.
A la récolte, faire tourner le cylindre (batteur) à basse vitesse et en ouvrant le contrebatteur, de manière à minimiser le nombre de balles sporifères qui éclatent pendant la
récolte ; faire fonctionner les ventilateurs de nettoyage à haute vitesse afin de souffler
autant de balles sporifères et de spores de carie vers l’arrière de la moissonneusebatteuse.
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
89
x
x
Stocker dans des installations offrant une grande capacité d’aération. Aérer les grains
pour diminuer l’odeur. Les manipuler délicatement au moment de les retirer de la cellule
de stockage pour éviter de provoquer l’éclatement des balles sporifères. Privilégier les
transporteurs à courroie au détriment des vis de chargement ; on peut aussi manipuler
les grains par aspiration, ce qui permet souvent de les débarrasser des balles sporifères
restantes et de conserver les grains non cariés.
Après la récolte et les manipulations, nettoyer soigneusement tout le matériel.
Les lots cariés, non commercialisables, doivent être détruits (incinération). Néanmoins, en
cas de contamination modérée, il est toujours possible de nettoyer voire laver les lots
contaminés, ce qui peut être coûteux et fastidieux, mais cela peut permettre de « récupérer »
une récolte, surtout en cas de valorisation à la ferme en consommation animale (et non pour
être semée).
Le grain carié, plus léger, part bien à l'aspiration avec un nettoyeur séparateur. Plusieurs
passages peuvent être nécessaires. Le peu d'écart de taille entre les grains cariés et non
cariés rend par contre très difficile un tri avec des grilles.
Le brossage des grains (par exemple avec une brosseuse à blé de moulin) permet de
diminuer la quantité de spores présentes (bien laver la brosse ensuite).
Enfin le lavage des grains à l’eau est très efficace : on enlève les balles sporifères qui
surnagent ; les spores accrochées au grain partent avec l'eau. Attention à ne pas vider
n’importe où l’eau de lavage. La condition est de pouvoir faire sécher les grains
correctement ; la démarche est donc a priori réservée à de petites quantités. On peut aussi
les utiliser de suite (à noter alors qu'un blé trempé dans l'eau et égoutté immédiatement
prend environ deux points d'humidité).
17.2 Les préconisations au moment du semis
x
x
x
Ne jamais semer de grains contaminés par des spores de carie.
o En cas de doute sur des semences de ferme, faire pratiquer un test de détection
par un laboratoire compétent. Ne pas semer le lot dès lors que la carie est
détectée, quelque soit le niveau de contamination.
o Les semences certifiées font en principe l’objet d’analyses sanitaires, et offrent une
sécurité vis-à-vis de la carie.
Respecter un minimum de rotation des cultures.
En cas de parcelle au sol potentiellement infecté :
o on conseille d’attendre cinq ans avant de réimplanter une céréale (hors avoine).
o Le labour profond la première année de l'infection place l'inoculum en situation
défavorable à la contamination des coléptiles. S'il est suivi d'un nouveau labour, les
spores reviennent en surface où elles peuvent provoquer les contaminations. Par
contre, s'il est suivi d'un travail superficiel, les spores restent au fond.
o Rechercher les conditions favorisant une levée rapide (la plantule est résistante au
stade 2 feuilles), notamment en évitant des semis trop tardifs.
o Etre d’autant plus vigilant que le sol est séchant, les années peu pluvieuses (été,
automne) : le stock de spores s’épuise moins vite.
o Traiter les semences en préventif (voir ci-dessous).
o Préférer des variétés avec un certain niveau de résistance (voir ci-dessous).
o Eliminer autant que possible les graminées sauvages, qui pourraient être des
réservoirs de carie (ne pas laisser les grains arriver à maturité.
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
90
17.3 Le traitement de semences
En agriculture biologique, un traitement à efficacité intéressante est le Tillecur. Il s’agit d’un
produit autorisé en agriculture biologique comme fortifiant des plantes. A base de farine de
plantes et de produits naturels d’enrobage, il agit de façon non systémique : par l’apport
d’amidon, il servirait de nutriment au mycélium ; la plante aurait ainsi la possibilité d’atteindre
le stade 3 feuilles pour y devenir résistante.
L’efficacité du Tillecur est cependant insuffisante pour espérer une désinfection totale (voir
ci-dessous) : il permet de diminuer la pression de la carie, pas de l’éliminer. Etant donné le
pouvoir de multiplication de la carie, l’utilisation de ce produit devrait se limiter à une
application sur semences saines, en cas de doute sur la présence de carie dans un sol (par
exemple lorsque le sol a été contaminé plusieurs années auparavant, et que l’on veut y
réimplanter un blé).
Efficacité du Tillecur : résultats d’essais sur blé tendre Arvalis-Institut du végétal, campagnes
2001 à 2003.
Des essais ont été menés d’une part sur sols contaminés artificiellement (à raison de 1 g/m²
de sol, dilué dans du sable), d’autre part sur semences contaminées artificiellement (à raison
de 2 g de spores/kg de semences).
L’utilisation de Tillecur en enrobage de semence pour les parcelles contaminées a permis
une diminution de la pression de la carie. Dans le cas des semences contaminées,
l’efficacité est bonne (seulement 0,4% d’épis cariés contre 10% pour le témoin) ; elle est
néanmoins insuffisante pour éradiquer en totalité la maladie étant donné son fort pouvoir de
propagation.
EFFICACITE DU TILLECUR
4 essais sur blé tendre semences contaminés
4 essais sur blé tendre sol contaminé
Campagne 2001 à 2003
Témoin non traité
Tillecur 1.3 kg/q
12%
10.02%
10%
% épis cariés
8%
6%
5.11%
4%
2.78%
2%
0.40%
0%
Sol contaminé
Semences contaminées
D’autres techniques de traitement des semences ont été testées, notamment au Danemark
(voir tableau). Il s’agit de travaux à l’échelle expérimentale qui, comme pour le Tillecur,
n’aboutissent pas à une efficacité totale. Certaines donnent des résultats comparables à
ceux du Tillecur.
Pour une mise en œuvre à la ferme, l’intérêt technico-économique de ces techniques reste
cependant à démontrer (y compris pour le Tillecur, qui a un coût) ; pour certaines la question
de l’homologation se pose par ailleurs.
Combinées avec des techniques mécaniques (brossage, …) et un choix de variétés peu
sensibles, certaines d’entre elles permettront peut-être, à l’avenir, d’éliminer tout risque de
semer des grains contaminés. Un important travail de recherche reste à mener en ce
domaine. A noter qu’une piste existe aussi du côté de la lutte biologique, avec la bactérie du
sol Pseudomonas chlororaphis, utilisée en conventionnel dans le nord de l’Europe et en Italie
contre plusieurs parasites dont la carie commune.
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
91
Présentation de techniques expérimentées en traitement de semences contre la carie
commune du blé (source : Borgen A., Kristensen L., Nielsen B., http://orgprints.org/)
Technique expérimentale
Lavage des grains avec un laveur à
brosse (400 mm de diamètre),
précédé d’un pré-lavage.
Nettoyeur-séparateur à courant
d’air suivi d’un brossage.
Traitements par la chaleur (eau
chaude ou bien air humide chaud).
Traitement à l’eau chaude.
Stérilisation de la surface des
grains : combinaison de vapeur et
d’ultrason.
Enrobage avec de la poudre de lait.
Enrobage avec de la farine de
moutarde jaune (Brassica hirta syn.
Sinapis alba), 30g/kg de semences.
Enrobage avec de l’acide acétique,
20 ml/kg de semences.
Efficacité mesurée dans les
conditions de l’expérimentation
99, 8 % des spores ont été
éliminées du lot traité.
Réduction de 99,8% de la carie,
sans réduire la vigueur de
germination. (de 230 000 spores
/gramme à 1356-2067 spores).
Effet négatif sur la germination et
technique très longue.
La carie peut être réduite de 95 %
par un traitement avec de l’eau
chaude avec les combinaisons
50°C-3mn jusqu’à 65°C-3mn sans
réduire la vigueur de germination.
Avec cet équipement la carie
commune est éliminée au bout de 4
secondes sur le blé et sur l’épeautre
au bout de 8 secondes, sans
affecter la germination (pas de
précision
sur
le
niveau
d’élimination).
Contrôle en partie de la carie
commune, mais les fortes doses qui
sont
efficaces
affectent
la
germination.
Témoin :
27,1%
de
plantes
infectées ; traité : 0,4% de plantes
infectées (après une contamination
artificielle des semences à 5g de
spores/kg de grains). Germination
non affectée.
Réduction de la fréquence de la
maladie de 91,5 à 96,2%, sans
affecter la germination.
Commentaires
Intéressant pour éviter l’incinération
d’un lot destiné à l’alimentation du
bétail.
L’air permet d’éliminer les grains
cariés plus légers et les brosses
enlèvent les spores qui se trouvent
sur les grains.
Le problème est le coût du séchage
des grains.
L’ultrason crée une fluctuation des
molécules d’air dans la cuve
contenant les grains et par
conséquent favorise l’accès de la
vapeur chaude à la surface de la
graine.
La poudre de lait avant le semis
sert de source de nutriment pour
les microorganismes du sol ou de la
surface de la graine qui sont des
antagonistes du pathogène Tilletia.
Ces recherches sont probablement
en lien avec la formulation du
Tillecur.
17.4 Sensibilité à la carie : des réponses variétales très diverses
Il existe des différences importantes de comportement des variétés et des espèces de
céréales vis-à-vis de la carie commune. Le problème est que les variétés tolérantes ne
correspondent pas toujours aux attentes du marché de l’agriculture biologique ou à ses
conditions de mise en culture. Par exemple, Crousty, une variété de blé tendre qui montre un
très bon niveau de résistance à la carie, est un blé biscuitier.
A noter que même une variété notée comme très résistante peut présenter des symptômes,
comme l’indique les résultats présentés plus loin. De même, une espèce réputée tolérante
comme le triticale peut parfois être infectée, bien qu’à des niveaux très faibles (voir cidessous le paragraphe sur le triticale). Ceci est certainement lié à la multiplicité des races
physiologiques de carie et à leur capacité d’adaptation à de nouvelles variétés.
L’évaluation des variétés vis-à-vis de cette maladie n’est pas faite lors de l’inscription, car la
carie commune est facilement maîtrisée en agriculture conventionnelle par les traitements de
semences depuis plusieurs dizaines d’années. Elle est par contre stratégique pour
l’agriculture biologique qui ne dispose pas de méthode de lutte totalement efficace.
L’évaluation des variétés est cependant difficile, car on constate une interaction entre le
comportement des variétés et les essais (conditions de milieux : sol, climat et éventuellement
types de carie). Ainsi les variétés se classent différemment selon les lieux (voir ci-dessous
les résultats d’essais). Un réseau multi-local est mis en place en 2007 au niveau européen
pour tester dans des conditions diverses un panel de variétés.
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
92
Des essais de variétés en situation de contamination artificielle sont menés depuis 2001 par
Arvalis-institut du végétal (figure 1)
Depuis six ans ARVALIS réalise chaque année un essai pour étudier le comportement de
quelques variétés vis-à-vis de la carie. Le type de contamination peut varier, par le sol ou la
semence.
Le graphique ci-dessous présente les résultats des six essais pour les variétés présentes
dans au moins trois essais, en pourcentage d’épis contaminés.
Crousty est régulièrement la variété la moins sensible (0,2% d’épis contaminés en moyenne
sur les 6 essais).
Levis apparait comme peu sensible (confirmé par les essais suisses). Apache l’est un peu
plus. Les différences sont faibles entre les autres variétés.
Figure 1 - Pourcentage d’épis
contaminés.
Résultats de 6 essais conduits par
Arvalis-institut du végétal en situation
contaminée
0%
CROUSTY
(6)
5%
10%
15%
20%
Figure 2 - Pourcentage d’épis
contaminés.
Résultats pour une partie des variétés
de 9 essais conduits en Suisse en
situation contaminée (FAL et RAC)
0% 10% 20% 30% 40% 50% 60%
LEVIS
TITLIS
LEVIS (3)
ARINA
APACHE
(6)
SOISSONS
(3)
ORPIC (3)
CEZANNE
(3)
CAPHORN
(4)
RENAN (4)
RITMO
SOISSONS
TAMARO
LONA
CAPO
ISENGRAIN
RENAN
LUDWIG
LONA (5)
RUNAL
ISENGRAIN
(4)
BATIS
Résultats de 9 essais conduits par les stations de recherche Suisse de Reckenholz (FAL) et
Changins (RAC) (figure 2)
Pendant trois ans, sur trois lieux différents, une vingtaine de variétés ont été évaluées après
contamination artificielle des semences.
Levis est la variété la moins touchée, mais le taux d’attaque est de 11.4 % d’épis cariés en
moyenne.
Il convient de souligner qu’une grande variabilité entre les résultats d’essais a été constatée.
Si Levis est toujours parmi les 4 variétés les moins sensibles et Batis la plus sensible,
d’autres variétés sont beaucoup plus irrégulières. Ainsi Ritmo peut varier de la première
place (variété la moins touchée) à l’avant dernière, Soissons de la deuxième à la
quatorzième.
L’espèce triticale a un bon niveau de résistance à la carie.
Sur triticale, Arvalis-Institut du végétal a réalisé en 2005 un essai pour étudier la réponse
variétale dans le cas d’une contamination par le sol. Sur les 24 variétés de triticale
comparées dans le cadre de cet essai, une seule variété (Timbo) a présenté quelques épis
cariés, à un taux très faible (0,06 % d’épis cariés), alors que la variété blé tendre sensible
(témoin) conduisait à un taux de 25,9 % d’épis cariés. Des essais menés par l’INRA de
Grignon en 1996 et le GEVES n’ont pas détecté de carie sur triticale.
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
93
Ces résultats confirment la plus grande résistance de cette espèce vis-à-vis de la carie, ce
qui en fait une alternative intéressante pour le retour d’une céréale après quelques années
sur une parcelle contaminée.
CONCLUSION
Au moindre soupçon de présence de carie sur une culture :
x multipliez les observations au champ avant la récolte,
x utilisez la « technique du seau d’eau »,
x en cas de doute, n’hésitez pas à faire réaliser une analyse en laboratoire au coût
modéré : elle permet de détecter des contaminations mineures (peu détectables à la
ferme) mais extrêmement préjudiciables pour les années suivantes,
x nettoyez soigneusement le matériel ayant été en contact avec le lot suspicieux
(moissonneuse-batteuse, cellule de stockage, sacs, matériel de manutention, etc.)
x n’utilisez pas la récolte en semence de ferme,
x ne sous-estimez pas le risque, pensez à vos voisins !
En cas de doute sur les grains, la meilleure prévention est la non-utilisation en semence.
En cas de risque de présence de carie dans un sol (retour sur une parcelle contaminée
quelques années auparavant, carie détectée chez un voisin/sur des parcelles voisines) :
x privilégier au maximum d’autres cultures que les céréales,
x en cas de semis de céréale, combiner les pratiques défavorables à la carie :
o jouer sur les résistances variétales et par espèce (le triticale, bien que
pouvant être atteint, est bien plus résistant que le blé),
o traiter les semences au Tillecur.
La combinaison de plusieurs méthodes de contrôle, aucune n’étant efficace à 100%, reste la
meilleure démarche pour enrayer la propagation de la carie. La recherche de la résistance
variétale (ou d’une espèce plus tolérante) combinée au traitement des semences est alors
préconisée.
La recherche se doit de poursuivre ses efforts pour fournir aux agriculteurs des éléments
d’aide à la décision dans ce domaine.
BIBLIOGRAPHIE (indicative)
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BÄNZIGER Irene, 2003. Stinkbrandanfälligkeit in- und ausländischer Weizensorten [Résistances des
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CHAREYRON Bertrand, 2006. Carie du blé : une maladie encore trop souvent oubliée, Bulletin bio CA
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COLLIN François, 2003. Les semences biologiques répondent bien aux normes, Bulletin Semences,
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GLACHANT Charlotte, 2005. Carie du blé : vigilance, Brev’Bio Grandes Cultures, 7.
MAILLE Eric, 2002. La carie (Tilletia caries), Bulletin bio Agrobio Poitou-Charentes, 5p.
RAYNAL Guy, 1997. Les caries du blé, des maladies dont il faut toujours se méfier, Phytoma-La
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SEGUIN Bernard, 2002. Production de semences biologiques : contre la carie, une lutte préventive
s’impose, Bulletin semences, 2p.
SEGUIN Bernard, 2003. Agriculture biologique et production de blé tendre : une vigilance à l’égard de
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WALDOW F., 2005. Untersuchungen zur Regulierung von Steinbrand (Tilletia caries) unter
besonderer Berücksichtigung von Befallstoleranzgrenzen und direkten Maßnahmen [Investigations in
control of common bunt (Tilletia caries) of wheat with special reference to threshold levels and direct
control methods], Paper presented at 8. Wissenschaftstagung Ökologischer Landbau, Kassel, 01.04.03.2005, 4p.
Bibliographie étrangère : plus d’information sur http://orgprints.org/
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
94
LA CARIE EN PRODUCTION DE SEMENCES DE CEREALES BIO :
UNE LUTTE PREVENTIVE S’IMPOSE
Bernard SEGUIN
Arvalis-Institut du végétal
Article paru en 2002 dans Bulletin Semences
Les caries sont des maladies
provoquées par des champignons
basidiomycètes du genre Tilletia. Au
niveau mondial les quatre principales
espèces rencontrées sont Tilletia
caries, Tilletia controversa, Tilletia
faetidia et Tilletia indica. De plus, il
existe plusieurs races physiologiques à
l'intérieur de chaque espèce de carie ;
toutefois avec la pratique de la lutte
chimique par la désinfection des
semences, l’étude de ces races est
devenue moins importante (Rapilly –
Lemaire – Cassini 1973).
Depuis longtemps dans de nombreux
pays, des gènes de résistance aux
caries ont été sélectionnés, cette
sélection se heurte malheureusement
au grand potentiel adaptatif du genre
Tilletia qui se manifeste par une
sélection de races virulentes, ce qui
ruine assez rapidement les résistances
incorporées aux cultivars (Champion –
Raynal 1993).
Au XIXème siècle, observer des
parcelles cariées à 50% était, semble til, courant et, jusqu'aux années 1950, la
carie était considérée comme la
principale maladie du blé. Il n'y a pas
en France d'études systématiques sur
la répartition de ce champignon, ce qui
interdit toute vision quantifiée du
parasite. Aujourd'hui la maladie existe à
l’état de bruit de fond, cette conclusion
étant basée par quelques observations
de terrain et sur les appels des
agriculteurs. Cette maladie est toujours
prête à reprendre son extension si
l'intérêt que l'on peut lui accorder se
relâche.
En agriculture biologique, cette maladie
est considérée comme un risque
majeur. La lutte dans ce cas repose
exclusivement sur la génétique. En post
inscription des variétés inscrites au
catalogue officiel, des études sont
faites sur les variétés de blé tendre d'hiver
par le GEVES (Groupe d'Etudes et de
Contrôle des Variétés et des Semences) sur
la tolérance ou la résistance des blés tendres
à cette maladie. L’ITCF a engagé en 2001,
une étude sur le comportement variétal à
cette maladie, en prenant en compte aussi
des variétés cultivées en agriculture
biologique.
Biologie du champignon
Ce champignon se conserve à la fois sur la
semence ou dans le sol. Il possède un très
fort pouvoir de pollution. Un grain carié peut
contenir jusqu'à 9 millions de spores. Cellesci sont disséminées au battage et les grains
ainsi cariés libèrent les spores qui iront
contaminer les grains sains ainsi que le sol
ayant supporté cette récolte cariée. Les
grains de blé provenant de champs atteints
par la carie, peuvent porter des dizaines de
millions de spores réparties sur leur surface
et accumulées dans le sillon et dans la
houppe de poils du sommet (Thiollère 1949).
D'autres
possibilités
de
contamination
existent ; le vent peut aussi disperser les
spores sur plusieurs centaines de mètres.
Enfin, l'utilisation de sacs non désinfectés
ayant contenu une récolte cariée peut être
aussi à l'origine de la dissémination de la
maladie. Des spores représentent donc la
phase de conservation et de dissémination du
champignon. Dans le sol, les spores peuvent
vivre plusieurs années selon les conditions de
température et d'humidité. En France en
1989, la réapparition de parcelles atteintes
par la carie transmise par le sol a été
identifiée (Maumené – Laroche 1991). Dans
nos régions, les conditions de semis
d'automne relatives à la température et à
l'humidité du sol sont souvent réunies pour
que les spores germent et pénètrent dans le
coléoptile du blé avant la levée. Lorsque
l'infection est réalisée, le cryptogame
progresse à l'intérieur des tissus de la plante
en direction de l'ébauche de l'épi où il
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
95
contaminera les différents tissus au
cours de leur formation. Le mycélium
de la carie ayant une prédilection pour
un organe spécifique va contaminer les
fleurs dès leur formation puis envahir
l'ovaire où il s'y constituera en une
masse
de
spores.
Le
rachis,
l'enveloppe du grain ainsi que les
glumes et les glumelles restent
intactes. C'est à partir du stade 2
feuilles que le blé devient résistant, à
ce stade, le mycélium ne peut plus
pénétrer la plantule dont les parois sont
trop épaisses.
L'intensité d'une attaque de carie est en
rapport avec l'importance du taux de
contamination, des variétés de blé qui
peuvent être plus ou moins résistantes
et également les diverses races de
carie dont la virulence est plus ou
moins importante.
Réponse variétale à la carie à partir de
semences contaminées
Figure 1 - Résistance et/ou tolérance variétale
à la carie (T. caries) sur du blé tendre d'hiver
pour des variétés utilisées principalement en
agriculture biologique. Contamination par la
semence (1 essai ITCF – 2001).
0%
2%
4%
ab
TREMIE
bc
SOISSONS
RAPOR
bcd
PAJERO
bcde
bcde
AZTEC
bcde
ORPIC
bcde
CEZANNE
bcde
COURTOT
bcde
CAMPREMY
bcde
RENAN
MALACCA
bcde
ARPEGE
bcde
bcde
VIRTUOSE
bcde
RIALTO
bcde
bcde
bcde
BAROUDEUR
cde
MOLDAU
cde
APACHE
de
CAPET
LEVIS
CROUSTY
14 %
16 %
a
ab
ISENGRAIN
ORATORIO
Les premiers symptômes apparaissent
à la fin montaison. Les plantes
infectées, d'une couleur bleutée,
peuvent être plus courtes. La maladie
se manifeste plus nettement après
l'épiaison. Les tiges et les épis ont
toujours une couleur vert bleuâtre et les
glumes sur les épis s'écartent pour
laisser apparaître des grains de forme
arrondie et de couleur vert olive. A
maturité, ces grains, de forme
sphérique, brunissent et donnent à l'épi
malade un aspect ébouriffé qui prend
une couleur blanchâtre. Ce sont ces
graines qui s'écrasent au battage,
libérant les spores qui se placeront
dans le sillon ou aux extrémités des
graines
saines
qui
deviennent
brunâtres ; on dit alors que les grains
sont boutés.
12 %
LONA
GASCOGNE
Symptômes
%d'épis cariés
8%
10 %
6%
de
e
En 2001, 24 variétés de blé tendre d’hiver,
pour une grande part, utilisées en agriculture
biologique ont été choisies puis contaminées
artificiellement.
La contamination des semences a été
réalisée selon la technique décrite dans la
méthode CEB N°42, et qui consiste à
mélanger intimement 2 grammes de spores
ayant la même origine par Kg de semence.
Le dispositif mis en place est un dispositif en
blocs de Fischer avec 3 répétitions.
Cet essai, avec cette série de variétés, met
en évidence le très bon comportement des
variétés Crousty, puis Lévis et Capet. Les
variétés Apache, Moldau, Baroudeur et
Oratorio affichent des pourcentages d’épis
cariés inférieurs à 4% et témoignent d’un
classement très significatif à l’analyse de
variance. (Test Newman et Keuls au seuil
5%)
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
96
Réponse variétal à la carie à partir d’un
sol contaminé
Dans le cadre des moyens alternatifs
de lutte contre les organismes nuisibles
aux végétaux, les mêmes variétés que
celles
retenues
pour
l’essai
« semences contaminées » ont été
semées sur des micro parcelles de 1.50
m². La contamination du sol destinée à
cet essai est réalisée à partir d’un
mélange de 10 grammes de spores par
kg de sable, sachant que 100 g de ce
mélange (spores + sable) est épandu
par m², permettant ainsi d’atteindre un
niveau de contamination du sol,
d’environ 500 millions (5X108) de
spores par m².
Ces niveaux de contamination du sol
affichent des pourcentages d’épis
cariés atteignant environ 30% pour
certaines variétés.
Figure 2 - Résistance et/ou tolérance
variétale à la carie (T. caries) sur blé tendre
d'hiver pour des variétés utilisées en grande
majorité
en
agriculture
biologique.
Contamination par le sol 1 essai ITCF 2001.
0,0 %
5,0 %
%d'épiscariés
15,0%
20,0%
10,0 %
25,0 %
30,0 %
a
ISENGRAIN
ab
RENAN
ab
LONA
abc
PAJERO
abc
RAPOR
abcd
AZTEC
abcde
VIRTUOSE
abcde
TREMIE
CEZANNE
abcde
ORATORIO
abcde
abcde
BAROUDEUR
35,0 %
En conclusion, cette étude a permis de mettre
en évidence que certaines variétés sont
tolérantes et, parfois dans certaines situations
(mode de contamination : semences et/ou sol
témoignent des résistances). Le choix variétal
peut être intégré au raisonnement de la lutte
contre la carie du blé tendre Tilletia caries. La
prise en compte par l’agriculteur de ce moyen
alternatif de lutte par l’utilisation de variétés
ciblées obtenue au vu des résultats ci-dessus
présentés, peut permettre de répondre de
façon préventive au risque potentiel de la
présence de cette maladie sur son
exploitation, en particulier en agriculture
biologique. En raison de la grande disparité
variétale observée, même si aujourd’hui les
variétés Crousty, Rialto, ne sont pas
particulièrement
utilisées en agriculture
biologique, malgré leur bon comportement vis
à vis du cryptogame étudié, d’autres variétés
intéressantes sont apparues comme Lévis et
Capet.
Les gènes de comportement à la maladie de
ces variétés peuvent être pris en compte par
les sélectionneurs dans leurs futurs
programmes d’obtention variétale.
Des résultas d’essais plus exhaustifs réalisés
les campagnes précédentes, en collaboration
avec l’INRA de Versailles (G. BERTHIER)
sont présentés dans les annales de la 2ème
conférence Internationale de Lille les 4,5,6 et
7 mars 2002 sur les moyens alternatifs de
lutte contre les organismes nuisibles aux
végétaux.
abcde
COURTOT
abcde
ORPIC
bcde
CAMPREMY
bcde
MALACCA
cde
GASCOGNE
de
ARPEGE
de
SOISSONS
e
MOLDAU
e
APACHE
f
CAPET
f
RIALTO
LEVIS
f
CROUSTY
f
Comme peut en témoigner la réponse
variétale du blé tendre d’hiver à la carie
dans cet essai, différents niveaux de
résistance ou de tolérance
apparaissent. Il est cependant très
intéressant de noter que les variétés
Crousty, Lévis et Rialto présentent un
même comportement en situation de
sol contaminé ou de semence
contaminée.
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
97
Grandes
cultures
Grandes cultures
Agriculture biologique et
production de blé tendre :
une vigilance à l’égard
de la carie (Tilletia caries)
Par Bernard Seguin (Arvalis Institut du végétal)
© A RVA L I S - I n s t i t u t d u v é g é t a l
En agriculture biologique comme en agriculture conventionnelle, la production de blé tendre nécessite
un contrôle total de la carie commune (Tilletia caries). En effet, cette maladie peut avoir de lourdes
conséquences sur la qualité de la récolte, sur l’état sanitaire des parcelles de l’exploitation, et même
sur leur environnement. Les récoltes cariées sont inutilisables pour la semence, et refusées par la
meunerie en raison de l’odeur de poisson pourri que l’on peut retrouver dans les farines1.
La présence de cette maladie est difficilement quantifiable à l’échelon national, mais chaque année, des agriculteurs de régions différentes se manifestent pour faire part de cas isolés, et
demander un appui technique pour lutter contre cette maladie. A titre
d’exemple, un agriculteur biologique a
perdu en 2002 toute sa production de
petit épeautre en raison de la méconnaissance de ce risque.
La particularité de ce champignon est
son fort pouvoir de contamination : un
grain carié peut contenir jusqu’à 9 millions de spores. Au battage, les grains
des épis cariés libèrent ces spores qui
viennent contaminer les grains des épis
sains et le sol qui a supporté cette récolte cariée. Les spores peuvent être aussi
disséminées par le vent sur plusieurs
centaines de mètres, et être aussi à l’origine de la pollution des parcelles voisines. Il est bon de souligner aussi que
les moissonneuses batteuses, en passant
d’une parcelle contaminée à une parcelle saine, peuvent être à l’origine de la
contamination de certaines parcelles.
Les spores ainsi présentes, soit sur le
grain au niveau de la brosse et du
sillon, soit dans le sol, viendront, après
avoir germé dans le sol, contaminer le
coléoptile2 du blé avant la levée. Une
fois l’infection réalisée, le champignon
progresse à l’intérieur des tissus de la
plante pour ensuite contaminer
l’ébauche de l’épi et plus particulièrement les fleurs dès leur formation, puis
envahir l’ovaire pour enfin produire
une masse de spores. Les autres organes
de l’épi tels que les glumes, les glumelles et le rachis ne sont pas atteints.
Au stade 2 feuilles, le blé devient résis-
tant, le mycélium ne peut plus pénétrer
la plantule dont les parois sont trop
épaisses. La durée de vie des spores présentes dans le sol peut s’étaler sur plusieurs années, ce qui rend difficile en la
lutte contre ce champignon particulièrement en agriculture biologique.
Les symptômes observés
en culture
L’observation de la maladie se fait à
l’épiaison. Une plante infectée est en
général plus courte qu’une plante saine,
les épis et les tiges sont de couleur
glauque (bleuté). Sur les épis, les glumes
et les glumelles s’écartent pour laisser
apparaître des grains de forme ovoïde et
de couleur verdâtre. Ces grains malades
ont la particularité de présenter une
ébauche de sillon sur leur face dorsale.
Si l’on exerce une pression sur ces grains
entre les doigts, il s’en dégage une masse
noire pulvérulente constituée de spores.
A maturité, les épis contaminés présentent un aspect “ébouriffé”. Ce sont ces
graines de forme sphérique qui s’écrasent au battage libérant ainsi les spores
1
2
R.Champion Geves - INRA
Le coléoptile est un étui qui protège l’apex
caulinaire et les jeunes feuilles.
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
4
Alter Agri •
janvier/février 2004 • n°63
98
Les moyens de lutte
contre la carie
Dans le cadre des moyens alternatifs de
lutte contre la carie, plusieurs possibilités sont offertes à l’agriculteur biologique pour se prémunir contre ce
risque : utiliser les résistances génétiques ou recourir au traitement de
semences TILLECUR.
Blés tendres d'hiver
SATURNUS :
barbu - riche en protéines
MOLDAU :
BPS - haut et rustique
Orges d'hiver
SILKE : 6 rangs - incassable
VIRAC : 2 rangs - rustique haute en paille
Triticale
ROTEGO : rustique et productif
N'oubliez pas de fortifier vos
semences contre la carie
avec le Tillecur.
Le Tillecur est également
un répulsif corbeaux
sur toutes semences.
BIO-SEMEST - 7, rue de l'Escaut
51100 Reims
Tél. : +333 26 85 55 33
Fax : +333 26 85 48 25
www.semest.com • [email protected]
© I TA B
Pourcentage d'épis cariés
Incidence du taux de contamination des semences carié
es sur le nombre d'é pis cariés l'année suivante (blé tendre)
90%
18 000 000
% d’é pis contaminés
16 000 000
nombre de spores
70%
60%
76,5%
72,3%
66,8%
14 000 000
12 000 000
61,8%
50%
10 000 000
40%
8 000 000
30%
6 000 000
20%
4 000 000
10%
2 000 000
0%
Nombre de spores
80%
Pourcentage d’é pis cariés récoltés
qui contamineront les grains des épis
sains, ainsi que le sol.
Une expérimentation réalisée par
ARVALIS - Institut du végétal sur la
campagne 2002/2003 a permis de
mettre en évidence à partir du nombre
d’épis cariés/m2 dans une parcelle l’année N, le risque couru par l’agriculteur
(en l’absence de traitement de semence)
l’année suivante. La figure ci-contre fait
apparaître qu’un très faible taux de
contamination initial, par exemple 1%
d’épis cariés/m2, peut se traduire l’année suivante par un niveau d’attaque se
situant à 61,8% d’épis cariés/m2.
Une mesure du nombre de spores présentes par gramme de grains, initialement sains mais contaminés au battage
par les grains malades, laisse apparaître
un effectif de spores qui se situe entre
environ 1 million et 16 millions de spores
par gramme de grains…de quoi assurer
la contamination de la culture suivante .
0
1% d'épis cariés
2,5% d'épis cariés
5% d'épis cariés
10% d'épis cariés
Taux initial de contamination
Des études réalisées en 2001 par ARVALIS Institut du végétal ont permis de mettre
en évidence que certaines variétés de blé
tendre sont tolérantes à la carie aussi
bien en situation de sol contaminé que
de semence contaminée. Parmi ces
variétés, on peut citer les variétés
CROUSTY, LEVIS, CAPET, RIALTO,
(bulletin semences N°165 avril/mai
2002 ; reste le problème de l'adaptation
de ces variétés à la conduite en agriculture biologique). En 2003, une autre
liste variétale a fait l’objet d’essais réalisés en situation de sol contaminé naturellement (tableau 1), et artificiellement
(tableau 2). Les résultats de ces essais
nous autorisent à confirmer le très bon
comportement de la variété CROUSTY.
A l’inverse, les variétés APACHE,
LONA, et ORACLE sont considérées
comme sensibles.
Le traitement TILLECUR* utilisable
en traitement de semences a témoigné
d’une efficacité de 96% vis-à-vis de la
carie transmise par les semences
(témoin 15% d’épis cariés). En situation de sol contaminé, l’efficacité de ce
traitement est inférieure à 90%, et reste
insuffisante pour permettre une éradication totale de la maladie.
Aujourd’hui, les options offertes à
l’agriculteur biologique pour garantir
la qualité de sa production sont :
• l’utilisation de semences saines, à condition que le sol soit non contaminé ;
• semer une variété tolérante, ce qui peut
éviter le coût d’une analyse sanitaire ;
• en situation de sol contaminé, l’action
conjuguée de l’utilisation d’une variété
tolérante à la carie et de l’application
du TILLECUR est actuellement le
moyen de lutte le plus adapté pour
l’agriculteur biologique qui souhaite se
prémunir contre cette maladie. ■
Tableau 1 : semence saine sur sol
contaminé naturellement
Tableau 2 : semence saine sur sol
contaminé artificiellement
Variété
% d’épis contaminés
CROUSTY
0
APACHE
0,92
LONA
1,95
ISENGRAIN
2,14
CAPHORN
2,61
ORACLE
3,53
Variété
CROUSTY
APACHE
LONA
CAPHORN
ISENGRAIN
ORACLE
% d’épis contaminés
0,1
11,1
14,4
21,6
27
32,8
*dose : 1,3 kg appliqué par quintal. Coût approximatif du TILLECUR : 16 € du quintal.
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n°63 • janvier/février 2004
99
• Alter Agri
5
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100
Journée Technique Grandes Cultures ITAB – Lundi 5 février 2007
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102
Institut Technique de l’Agriculture Biologique
149, rue de Bercy
75595 Paris Cedex 12
Tél. : 01 40 04 50 64 - Fax : 01 40 50 66
[email protected]
www.itab.asso.fr
Journée réalisée avec le soutien financier de l’ONIGC
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