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Khaled Bentounes : « Les femmes sont vecteurs de paix »
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Société
Khaled Bentounes : « Les femmes sont vecteurs de paix »
Du 27 octobre au 2 novembre, premier Congrès international féminin, en Algérie
Rédigé par Maria Magassa-Konaté | Jeudi 9 Octobre 2014
Du 27 octobre au 2 novembre prochain se tient, à Oran et à Mostaganem (Algérie), le premier
Congrès international féminin. A l'initiative de cette rencontre, l’on trouve Djanatu al-Arif
(Fondation méditerranéenne du développement durable) et AISA (Association internationale
soufie Alawiyya), l’association créée en France par Khaled Bentounes, le guide spirituel de la
confrérie soufie Alawiyya. Le cheikh insiste sur la nécessité d’amorcer une réflexion sur
l’importance des femmes et du féminin. Dans un monde meurtri par les conflits, donner un
rôle essentiel aux femmes est, en effet, selon lui, vecteur de paix.
« En organisant ce congrès dans un pays musulman, l’Algérie, il y a derrière un idéal, explique Khaled
Bentounes, maître spirituel de la confrérie Alawiyya. C’est de montrer que, dans le monde musulman, il existe
des hommes et des femmes capables de tenir un discours universel et qui peut apporter une réponse à la
problématique du féminin. » (Photo : © Philippe Lissac Godong)
Saphirnews : Pourquoi avez-vous décidé d’organiser un congrès international
axé sur le thème du féminin ?
Cheikh Khaled Bentounes : Cette idée remonte à quelques années. Lorsque nous avons fêté en 2009
le centenaire d’Alawiyya, la confrérie soufie qui existe depuis le début du siècle, nous avons émis l’idée
dans les recommandations de créer un mouvement féminin porteur d’espérance, porteur d’un islam de
paix, d’un islam de dynamisme et d’espoir. Nous avons attendu toutes ces années pour pouvoir le
préparer et trouver les personnalités adéquates qui viennent des quatre coins du monde. Il y a des
participants issus de 25 nationalités.
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Avec ce congrès, vous célébrez la femme. Comment réagissez-vous lorsque vous
entendez que deux tiers des analphabètes sont des femmes selon une
information communiquée par l’UNESCO dernièrement ?
Cheikh Khaled Bentounes : Tout le problème est là, car la femme est la matrice. C’est une cellule à la
fois porteuse de la vie et qui la transmet. Mettre sur la touche la femme, c’est oublier 50 % de la
population. Un être sur deux est une femme sur terre. La mère est la première école qui transmet à ses
enfants. Le fait qu’elle ne reçoit pas l’instruction qu’il faut met la société dans une inégalité de genre et
qui, malheureusement, ne permet pas à cette société d’évoluer dans l’harmonie.
Estimez-vous que donner plus de place aux femmes permet d’aller vers la paix ?
Cheikh Khaled Bentounes : Nous pensons que c’est par la femme que le monde pourra peut-être
changer. Du matin au soir, nous entendons toute l’inhumanité qui se manifeste dans le monde. En
grande majorité, ce sont des hommes qui gouvernent ce monde et qui le mènent soit politiquement, soit
économiquement, soit religieusement. Ce sont souvent des hommes qui mènent d’autres hommes dans
l’affrontement et dans des oppositions. La place de la femme est ici ignorée.
Nous pensons que si nous lui redonnons sa place et le rôle qu’elle doit jouer en tant qu’être équilibré et
éduqué, elle pourra transmettre cette culture. C’est elle qui pourra le mieux transmettre cette culture de
paix.
Lors de votre congrès, il y aura un thème axé sur le féminin dans le Coran.
Trouvez-vous toujours qu’il soit nécessaire de rappeler la place de la femme en
islam ?
Cheikh Khaled Bentounes : Non seulement il faut le rappeler mais surtout rappeler les oublis de
l’Histoire. Nous avons plus de 9 000 femmes qui ont participé à l’Histoire de l’islam qui sont totalement
oubliées. Personne ne sait que des femmes ont joué un rôle capital dans l’émancipation de l’Histoire de
l’islam.
Des exemples ?
Cheikh Khaled Bentounes : Prenons l’exemple de l’université
al-Quaraouiyine, située à Fès, qui a éduqué des hommes de
grande valeur, d’où sont sortis des théologiens, des savants, des
mathématiciens ; même le philosophe juif Maïmonide a étudié
dans cette université. La personne qui a créé cette université est
une femme (Fatima el Fihriya, ndlr).
Dans l’Histoire de l’islam, nous avons eu des femmes savantes,
imams, reines, grandes mystiques, grandes philosophes, grands
médecins et des ingénieurs. Mais toutes ces femmes ont été en
quelque sorte oubliées. A partir d’un certains temps, toute cette
histoire est demeurée cachée et surtout le rôle de la femme dans
le début de l’islam.
Cette inégalité n’existait pas au départ. C’est après que les
hommes se sont accaparés de droits et ont même inventé des
hadiths sur le Prophète Muhammad qui sont mensongers,
fabriqués de toutes pièces concernant la femme, que le Prophète
n’a jamais dit.
Tout cela sera présent dans une exposition qui va retracer
l’histoire du féminin, de la Préhistoire jusqu’à la modernité. Nous pourrons voir quel fut le statut de la
femme à l’époque des Assyriens, des Babyloniens, des Grecs, de la civilisation pharaonique et de la
civilisation romaine. Egalement son statut dans le judaïsme, le christianisme et l’islam. Cela va
permettre d’éclaircir un peu l’histoire de la participation de la femme à travers l’histoire humaine depuis
l’aube de l’humanité.
Avez-vous l’impression que, du côté des responsables musulmans, on essaie
aujourd’hui de mettre en avant ces modèles féminins ?
Cheikh Khaled Bentounes : Non, malheureusement, on le rappelle très peu. Nous souhaitons que ce
congrès donne une nouvelle dynamique sur la réflexion que nous devons mener sur la place et le rôle de
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la femme dans la société musulmane d’aujourd’hui et dans la société humaine.
Mais, auprès des savants, sentez-vous une volonté de changer cet état des
choses ?
Cheikh Khaled Bentounes : Absolument. Nous avons plus de 57 savants mais aussi chercheurs,
universitaires et des grandes personnalités qui viennent de plusieurs pays (Egypte, Etats-Unis, Japon,
Indonésie, Europe...). L’objectif est de réunir toutes ces compétences pour pouvoir montrer quelle est la
place de la femme et quelle éducation l’on souhaite, fondée sur une culture de paix et du vivreensemble.
Le thème des stéréotypes filles-garçons sera également abordé. Quel regard
portez-vous à ce propos ?
Cheikh Khaled Bentounes : Même dans des sociétés prétendument modernes, la place du féminin en
général est en décalage ou dans l’opposition de genre. On oppose hommes et femmes ; on est dans une
compétition et non dans l’harmonie. Ce que nous souhaitons avec ce congrès et le travail que l’on va
mener à travers plus de 15 ateliers qui vont se tenir, c’est de mettre en œuvre une pédagogie qui nous
permet de retrouver l’harmonie du genre entre le féminin et le masculin. Réconcilier le masculin et le
féminin. Ne pas les mettre dans l’opposition, mais les mettre dans la synergie.
Au-delà de la communauté musulmane, ce message se veut universel…
Cheikh Khaled Bentounes : Absolument. Si nous organisons ce congrès dans un pays musulman,
l’Algérie, c’est parce qu’il y a derrière un idéal : c’est de pouvoir montrer que dans le monde musulman il
existe des femmes et des hommes capables de tenir un discours universel et qui peut apporter une
réponse à la problématique du féminin de notre époque.
Votre association AISA a obtenu le statut consultatif auprès de l’ONU, une
reconnaissance…
Cheikh Khaled Bentounes : Oui. Il s’agit d’une reconnaissance de la part des Nations unies et la
possibilité d’avoir une tribune pour transmettre et promouvoir ses idées. Car il y aujourd’hui une vision
négative de l’islam. Ce statut consultatif auprès de l'ONU permet à cet autre islam – l’islam de sagesse,
humaniste, hérité de la transmission muhammadienne – d’avoir une audience, de lui donner la parole au
niveau d‘une tribune comme celle des Nations unies.
Ne pensez-vous pas que tout cela soit finalement vain ?
Cheikh Khaled Bentounes : On verra. Nous n’y allons pas pour discuter mais pour proposer. L’une de
nos premières propositions, c’est la célébration d’un jour du vivre-ensemble. Se rassembler sans se
ressembler autour d’un idéal au service de l’humain, pour que l’inhumain ne puisse pas l’emporter sur
l’humain. Nous assistons aujourd’hui à une inhumanité qui agresse en permanence l’humain dans sa
façon de vivre, dans son économie, sa politique, sa finance. Aujourd’hui, il n’y a que l’intérêt financier,
l’intérêt des puissants.
Avec une journée mondiale du vivre-ensemble, l’idée est de rassembler les philosophes, tous les
hommes de bonne volonté, les artistes... et dire que, dans cette inhumanité, il existe des gens qui nous
interpellent pour que l’humanité en nous gagne et que cette fraternité universelle, cette solidarité
puissent trouver un ancrage en nous et nous permettent de trouver une énergie pour construire la
société de demain.
Actuellement, nous sommes bien loin de l'idéal que vous prônez...
Cheikh Khaled Bentounes : C’est aujourd’hui que nous avons besoin d’un autre regard. Nous sommes
à contre-courant de ce qui se dit et se fait aujourd’hui. On ne peut pas laisser les choses ainsi.
Aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin d’un autre regard, d’un autre message. D’un message
qui va revivifier, redonner de l’espoir, semer de l’espérance dans les cœurs des êtres humains et,
notamment, auprès de nos jeunes.
Depuis l’existence d’AISA, quel bilan établissez-vous quant à la transmission de
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la voie soufie ?
Cheikh Khaled Bentounes : Grâce à AISA, beaucoup de choses se sont faites, beaucoup de rencontres
ont eu lieu. Des jeunes trouvent aujourd’hui un idéal qui n’est pas fondé sur la violence, sur l’agressivité
vis-à-vis d’autrui et souhaitent pouvoir construire un monde digne de ce nom.
Nous souhaitons offrir un projet de vie à des jeunes et non un projet de mort. Aujourd’hui, nos jeunes
partent pour tuer d’autres jeunes, leurs propres frères. Ils partent de France, de Belgique, d’Europe, du
Maghreb pour aller faire la guerre à d’autres jeunes comme eux au nom d’un idéal religieux. On a
idéologisé ces jeunes, lavé leurs cerveaux au nom d’un idéal divin.
Le Coran est la source de tout le monde, mais le Coran nourrit le sain et l’assassin. Ce sont les mêmes
versets, les mêmes sourates mais ils peuvent nourrir le meilleur comme le pire. Nous souhaitons, à
travers cette tradition spirituelle, universelle du message soufi, pouvoir nourrir l’être avec ce qui va le
grandir et non avec ce qui va lui permettre de devenir une machine à tuer.
A votre échelle, comment comptez-vous combattre cette radicalisation ?
Cheikh Khaled Bentounes : C’est aussi le but du congrès qui proposera 15 ateliers. Nous souhaitons
que ces ateliers puissent fonctionner après le congrès. L’exposition va d’ailleurs faire le tour du monde,
en France et dans d’autres pays.
Nous souhaitons apporter cette pédagogie à travers des ateliers, des films, des livres... ; pouvoir
l’enseigner au plus grand nombre.
*****
En savoir plus sur le Congrès international féminin, du 27 octobre au 2 novembre 2014 : congres-
international-feminin.org/
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Maria Magassa-Konaté
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