Collectif « Les Accompagnantes » « Mettre un enfant au monde

Collectif « Les Accompagnantes » « Mettre un enfant au monde
Collectif « Les Accompagnantes »
« Mettre un enfant au monde :
des femmes se racontent et
souhaitent être entendues. »
Cahier 91
(2e impression)
Présentation de revendications émises par des femmes de la région 03
(Québec, Portneuf, Charlevoix) en matière de soins périnataux
Projet subventionné par le Programme de promotion de la Femme
de Condition féminine Canada
Mai 2005
Les opinions exprimées dans ce document ne correspondent pas nécessairement à
la politique de Condition féminine Canada.
Les Cahiers de recherche du GREMF
Groupe de recherche multidisciplinaire féministe
Université Laval
Québec
Comité d’édition :
Claire Lapointe, responsable
Claudine Baudoux
Micheline Beauregard
Fanny Bourgeois, assistante
Hélène Dumais
Lucie Gélineau
Claude Gendron
Marie-Denise LeBlanc
Mise en page :
France Bolduc
Les textes publiés par les Cahiers du GREMF ont fait l’objet
d’une évaluation par un comité de lecture.
Les opinions exprimées dans les Cahiers du GREMF
n’engagent que leurs signataires.
2e impression
©GREMF - Tous droits réservés
Dépôt légal 3e trimestre 2005
Bibliothèque nationale du Québec
Bibliothèque nationale du Canada
ISBN 2-89364-113-X
Composition du groupe de travail
Sylvie Saunier, Bacc. ed
Coordonnatrice du projet pour le Collectif « Les Accompagnantes » de Québec
Travail d’enquête, d’analyse et responsabilité de la rédaction du rapport
Magali Béchard, MSc
Animatrice des groupes de réflexion et des entrevues individuelles pour le Collectif « Les
Accompagnantes » de Québec
Soutien à l’analyse, travail sur la revue de littérature et participation à la rédaction du rapport
Lucie Gélineau, Ph.D
Chercheure associée à la Chaire d’étude Claire-Bonenfant sur la condition des femmes, de
l’Université Laval
Travail d’analyse, de soutien méthodologique et participation à la rédaction du rapport
Joanne Tessier
Chargée de projet et coordonnatrice du Collectif « Les Accompagnantes » de Québec
Responsabilités financière et publicitaire
Mélanie Michaud, Msc
Revue de littérature et de presse
Soutien technique
Gabrielle Dumont, artiste-peintre (graphisme)
Remerciements
Nous tenons tout d’abord à remercier Lucie Gélineau, chercheure postdoctorale
FQRSC et associée à la Chaire d’étude Claire-Bonenfant sur la condition des femmes, de
l’Université Laval, pour sa disponibilité, sa patience et son appui professionnel. Nous
remercions également la Chaire d’étude pour son soutien.
Nous tenons également à exprimer notre gratitude à toutes les participantes pour
leur précieuse collaboration. Nous leur sommes très reconnaissantes de la confiance qu’elles
nous ont témoignée en acceptant de partager avec nous une expérience de vie aussi intime que
peut l’être celle de l’accouchement. Sans la participation de chacune d’entre elles, ce projet
n’aurait pu être réalisé.
Finalement, il importe de souligner que ce projet n’aurait pu voir le jour sans l’aide
financière accordée par le Programme de promotion de la Femme de Condition féminine
Canada.
Cette recherche est une initiative du Collectif « Les Accompagnantes », de Québec,
représenté par Sylvie Saunier, Bacc. ed., Magali Béchard, MSc et Joanne Tessier,
Coordonnatrice du collectif.
Résumé
La présente recherche-action participative de nature qualitative a permis d’explorer
auprès de 36 femmes de la région 03 (Grande région de Québec, Portneuf et Charlevoix) leur
expérience de la grossesse et de l’accouchement. Les objectifs visés étaient :
1. d’explorer comment ces femmes percevaient leur accès à une information et à
des ressources périnatales diversifiées, et ce, malgré la diminution des lieux
d’accouchement dans la région 03;
2. d’identifier leurs besoins et leurs revendications en matière de soins périnataux
à partir de leurs témoignages;
3. de voir comment elles concevaient et manifestaient leur pouvoir;
4. et, finalement, d’identifier avec elles des moyens d’actions et d’interventions
dans le but de sensibiliser et de mobiliser les acteurs du milieu, ainsi que les
décideurs politiques, en vue d’une amélioration de l’accessibilité à des soins
diversifiés en matière de périnatalité.
Les participantes interrogées provenaient de différents milieux socioéconomiques
et culturels. Sept groupes homogènes ont été constitués autour d’expériences communes dans
le but de favoriser l’échange et le partage, soit autour de leur situation économique (favorisées
ayant accouché en milieu hospitalier; économiquement défavorisées), de leur lieu de résidence
et d’origine (Charlevoix, Portneuf, immigrantes européennes); du choix de ressources
alternatives (femmes ayant accouché avec une accompagnante, femmes ayant été suivies en
maison des naissances par une sage-femme). À l’intérieur de ces groupes, des femmes ont pu
nous faire part de leur expérience comme mères adolescentes. À la demande de certaines
femmes, cinq entrevues individuelles ont également eu lieu, notamment auprès de femmes
autochtones, d’une immigrante hispanophone et d’une femme ayant un handicap visuel.
Toutes les femmes rencontrées ont accouché entre janvier 2002 et janvier 2004. Trente-deux
d'entre elles ont accouché en milieu hospitalier, et quatre ont été suivies par une sage-femme et
ont accouché en maison des naissances. Les données recueillies ont été analysées selon les
principes d’une approche inductive modérée, inspirée de la théorisation ancrée, et ce, à l’aide
du logiciel N’Vivo. Les résultats de l’analyse ont été validés auprès de femmes provenant de
l’ensemble des groupes.
Trois revendications ont émergé de l’ensemble des 36 témoignages : le désir
d’avoir accès à une information et à des ressources diversifiées dans le but de faire des choix
éclairés; le souhait que leurs besoins, choix et droits soient respectés, y compris en milieu
hospitalier; et l’importance d’avoir auprès d’elles, pour toute la durée du travail, une même
personne d’expérience.
En regard de la première revendication, on remarquera que les femmes relèvent la
grande dispersion de l’information, les difficultés d’accès à cette information et à des
ressources diversifiées, notamment aux ressources alternatives, aux programmes et aux
services spécialisés. Leurs connaissances préalables, particulièrement en matière de droits,
leurs habiletés de communications, le degré de leur précarité et leur insertion ou non-insertion
dans des réseaux sont aussi des facteurs qui semblent jouer un rôle dans l’accès à ces
informations et ressources. Les jeunes mères et les femmes immigrantes, par exemple, ont
exprimé plus de difficultés à cet égard. La présence d’un handicap ou l’existence d’une
précarité économique sont évidemment des facteurs aggravants.
Nous avons observé que l’information joue un rôle central dans la capacité qu’on
les femmes de faire des choix. Bien informées, elles sont mieux à même de planifier, de
demander, de questionner, de se positionner, d’exiger des changements si le besoin s’en fait
sentir. Toutefois, malgré la présence d’information, les ressources ne sont pas toujours
disponibles (éloignement : temps et transport requis), absence d’horaire atypique, coût trop
élevé de certaines ressources alternatives, ou à toute fin non-existence dans Charlevoix de ces
mêmes ressources, voire même, de ressources médicales (peu d’accès à l’épidurale, peu de
chambres des naissances). Quand elles sont moins bien informées, les femmes se retrouvent
plus liées aux choix et aux propositions des intervenant(e)s.
Les résultats ont également révélé que l’ensemble des participantes souhaitent être
respectées dans leurs besoins, leurs droits et leurs choix, et ce, quels qu’ils soient. Chacune à
sa façon, toutes souhaitent compréhension et considération de leurs besoins physiologiques de
base, de leur vécu émotif, de leur intégrité physique, de leur savoir informel, intuitif ainsi que
pratique, pour celles qui ont déjà accouché. Certaines femmes participant à la recherche ont
même fait référence à une dimension spirituelle de l’accouchement. Or, le respect de leurs
besoins, de leurs choix et de leurs droits ne semble pas toujours aller de soi, particulièrement
en milieu hospitalier. Plusieurs ont mentionné divers facteurs susceptibles de favoriser ce
respect. Ainsi, la capacité qu’a une femme d’énoncer ses besoins et la connaissance qu’elle a
de ses droits, sa conviction personnelle quant à sa compétence pour enfanter, le fait qu’elle
puisse choisir son intervenant(e) en fonction de ses besoins et de sa propre vision de
l’accouchement; la possibilité qui lui est offerte d’instaurer une relation de confiance avec son
médecin accoucheur ou sa sage-femme vont dans ce sens. Au contraire, certaines attitudes des
intervenant(e)s lors de l’accouchement ou la rigidité du protocole médical peuvent s’avérer des
obstacles à surmonter. Toutes les jeunes mères, entre autres, ont mentionné avoir été victimes
d’infantilisation de la part des intervenant(e)s en milieu hospitalier.
Finalement, les femmes rencontrées pour le besoin de la recherche ont souligné
l’importance de s’assurer de la présence continue d’une seule et même personne d’expérience,
disponible et à l’écoute pendant tout le travail et l’accouchement. C’est cette présence continue
qui permet de se sentir en sécurité et qui favorise compréhension et soutien. Cette personne
peut être une infirmière, une accompagnante, une sage-femme, un médecin, mais jamais
uniquement leur compagnon.
Au cœur du discours concernant la satisfaction ressentie lors de l’accouchement se
trouve, et ce, pour l’ensemble des femmes interrogées, l’accompagnement. Leur vision de
l’accouchement semble également influencer fondamentalement le contentement éprouvé. Or,
pour bien comprendre ce discours, il faut considérer les objectifs visés par chacune des
femmes : d’une part, s’assurer que son besoin de sécurité soit respecté de façon à ce que
l’enfant et la mère sortent en bonne santé de cette expérience (voire reposée) et, d’autre part,
combler le besoin de la mère d’être la maître d’œuvre de son accouchement, qu’elle puisse en
quelque sorte le vivre comme une expérience « initiatique », avec le sentiment d’accueillir
« humainement » son enfant. Ces deux objectifs ne sont pas mutuellement exclusifs, mais il
semble que pour chaque femme l’un des deux prime sur l’autre, et que l’atteinte de son
principal objectif suscite chez la mère une grande satisfaction.
L’expression de son propre pouvoir est aussi un enjeu important. Il est manifeste
que les femmes ont plus de pouvoir en période prénatale. Elles peuvent en effet se permettre
de choisir et de « magasiner » leurs intervenant(e)s; elles peuvent aussi préparer leur plan de
naissance (selon leurs conditions et leurs connaissances). Leur pouvoir est toutefois plus limité
lors du travail et de l’accouchement, et il est alors intimement lié à la relation développée avec
leur intervenant(e). Si le rapport au pouvoir a été négocié pour les femmes de cette recherche
ayant accouché en maison des naissances, il a été vécu principalement (mais non
exclusivement) sous un mode autoritaire par celles ayant choisi d’accoucher en milieu
hospitalier. Dans ce dernier contexte, l’accompagnatrice semble jouer un rôle particulièrement
important, soit celui de « négociatrice » et de « protectrice » des volontés de la femme en
travail.
Les participantes à cette recherche ont proposé différentes pistes d’action pour
répondre à leurs revendications.
Revendication 1 : l’accès à une diversité d’information et de ressources afin de
permettre des choix éclairés
•
la rédaction d’un guide gouvernemental « Mode d’emploi 101 pour mieux vivre
sa grossesse », à l’image du classique « Mieux vivre avec son enfant de 0 à 3
ans », comportant notamment des information concises, détaillées et critiques
sur les ressources, les intervenant(e)s et les interventions en matière de soins
périnataux, à la fois d’affiliation médicale et alternative;
•
la diffusion de ces informations sur le réseau de francisation du Ministère des
Relations avec les citoyens et de l'Immigration;
•
la mise en place d’une campagne de sensibilisation, au moyen d’une vidéo, qui
présenterait les différents services et ressources alternatifs auprès des
intervenant(e)s et des femmes enceintes dans les cours prénataux;
•
le développement, en collaboration avec des mères ayant un handicap, d’une
campagne de sensibilisation sur les besoins de ces dernières, et la création de
ressources adéquates et gratuites pour leur venir en aide;
•
l’actualisation de l’information transmise dans les cours prénataux des
différents CLSC de la région 03;
•
la mise en place de cafés-rencontres prénataux, en parallèle aux services offerts
par le CLSC. Ces cafés auraient pour but de répondre aux besoins de
socialisation, d’entraide, de partage et d’information sur les ressources
existantes dans la région 03;
•
l’ouverture de nouvelles maisons des naissances (hors des centres hospitaliers)
dans différents secteurs de la Rive-Nord de Québec et en région;
•
une plus grande présence des sages-femmes en milieu hospitalier;
•
l’accessibilité aux services d’une accompagnante à toutes les femmes qui le
souhaitent, y compris dans Portneuf et Charlevoix.
Revendications 2 et 3 : le respect des besoins, des choix et des droits des femmes
en milieu hospitalier; présence continue d’une personne d’expérience pendant le travail et
l’accouchement
•
l’augmentation du temps de visite en prénatal;
•
la création d’une charte des droits des femmes enceintes et du couple, laquelle
serait affichée dans tous les centres hospitaliers accoucheurs;
•
l’instauration d’une formation continue pour les intervenant(e)s, de manière à
favoriser le développement d’habiletés et l’acquisition de connaissances
propices à une plus grande humanisation de la naissance;
•
la recherche d’une meilleure articulation entre l’alternatif et le médical;
•
à la lumière des résultats de l’analyse, le Collectif « Les Accompagnantes »
recommande en outre que des mesures financières récurrentes soient prises à
l’égard des services d’accompagnement déjà existants.
Ces résultats de recherche présentent un point de vue exprimé par des femmes, à la
suite de leurs propres expériences. Différents services existent actuellement et des actions en
vue d’« humaniser » la naissance ont déjà été entreprises par le passé. Nous rappelons que
cette recherche ne visait pas à établir un relevé des services effectivement disponibles, du point
de vue des dispensateurs de services, mais qu’elle voulait d’abord permettre de mieux saisir et
de mieux comprendre l’expérience vécue par ces femmes à l’égard de services qui, s’ils
existent déjà, ne leur ont pas semblé accessibles. Demeure donc entier tout le délicat travail
d’arrimage entre le vécu des femmes et l’accès véritable aux services.
Table des matières
Introduction ..................................................................................................................................1
1 Contexte .................................................................................................................................3
1.1 Enjeu : réorganisation des soins périnataux dans la région 03......................................3
1.2 Précisions terminologiques ...........................................................................................6
1.3 Bref survol historique de la périnatalité et des revendications des Québécoises
en la matière, des années 50 à aujourd’hui....................................................................6
1.3.1 Les années 1970 : la médicalisation de la naissance interpellée .......................7
1.3.2 Les années 1980 : accoucher ou se faire accoucher? Mise en forme du
discours des femmes..........................................................................................8
1.3.3 Les années 1990 : les tensions politiques entre l’humanisation et la
restructuration des soins ....................................................................................9
1.3.4 Les années 2000 : la nécessité de demeurer vigilantes ...................................11
1.4 Un enjeu dans les revendications des femmes québécoises en matière de
périnatalité : l’humanisation de la naissance...............................................................13
2 Méthodologie de recherche ..................................................................................................17
2.1 Questions et objectifs de la recherche.........................................................................17
2.2 Stratégie de recherche et outils de collecte .................................................................17
2.3 Mode de recrutement et critères de sélection ..............................................................18
2.4 Portrait des groupes pour les entretiens collectifs.......................................................19
2.5 Collecte des données ...................................................................................................20
2.6 Traitement des données...............................................................................................21
2.7 Traitement de l’analyse ...............................................................................................21
2.8 Confirmation des résultats de l’analyse ......................................................................22
2.9 Exigences éthiques ......................................................................................................22
2.10 Limites de l’étude........................................................................................................23
3 Résultats ...............................................................................................................................25
3.1 La nécessité de tenir compte de facteurs influant sur le vécu de la femme
enceinte pour comprendre ses revendications .............................................................25
3.2 Au cœur des revendications des femmes de la présente recherche :
l’humanisation de la naissance ....................................................................................26
3.2.1 1ère revendication : avoir accès à une diversité d’information et de
ressources afin de faire des choix éclairés ......................................................28
3.2.1.1 Avoir accès à de l’information diversifiée et pertinente ..................29
1er constat : la dispersion de l’information .......................................29
2e constat : la satisfaction mitigée quant à la qualité de
l’information reçue auprès de certains CLSC et médecins
dans la période prénatale ..................................................................30
3e constat : la difficulté d’accès à de l’information diversifiée,
notamment sur les ressources et les pratiques alternatives ..............31
4e constat : l’accès difficile à l’information sur les programmes
et les services répondant à leurs besoins ..........................................33
5e constat : l’absence de modèles .....................................................34
3.2.1.2 Connaître ses droits ..........................................................................35
3.2.1.3 La nécessité d’avoir accès à des ressources pour exercer ses
choix et ses droits .............................................................................36
1er constat : les choix d’interventions variables en milieu
hospitalier .........................................................................................36
2e constat : le peu de choix des lieux d’accouchement ....................37
3e constat : l’accès variable aux services dits alternatifs..................38
4e constat : les lacunes dans l’offre de services spécialisés..............38
3.2.1.4 Les causes de l’inaccessibilité telles que présentées dans le
témoignage des femmes ...................................................................39
3.2.2 2e revendication : qu’il y ait un plus grand respect des besoins, des choix et
des droits des femmes lors de l’accouchement en milieu hospitalier .............40
3.2.2.1 Les besoins et les choix autour desquels il semble y avoir un
consensus..........................................................................................42
Des besoins physiologiques de base.................................................42
L’intégrité physique .........................................................................43
Le désir d’être entendues..................................................................44
Le désir que l’on respecte la façon choisie pour soulager ou
vivre la douleur.................................................................................44
Être respectées dans leurs choix face à une intervention
médicale ou aux approches alternatives ...........................................45
Être prise en charge ou se prendre en charge : même besoin de
respect...............................................................................................45
Le désir d’être reconnue dans leur savoir informel, intuitif ainsi
que pratique, pour celles qui ont déjà accouché...............................46
Le désir, pour certaines, que soit tenue en compte la dimension
spirituelle de l’accouchement...........................................................47
Porter une attention particulière au vécu émotif entourant la
césarienne .........................................................................................47
3.2.2.2 Les facteurs qui favorisent ou font obstacle au respect des
besoins, des choix et des droits ........................................................49
1er facteur : l’existence de capacités individuelles pour exprimer
ses besoins, ses choix et faire respecter ses droits............................49
2e facteur : des besoins essentiels insatisfaits...................................51
3e facteur : la conviction d’être capable d’enfanter..........................51
4e facteur : le pouvoir de choisir son intervenant ou intervenante
en fonction de ses besoins et de sa vision de l’accouchement .........52
5e facteur : la création d’une relation de confiance avec son
médecin accoucheur ou sa sage-femme ...........................................54
6e facteur : l’attitude des intervenants et intervenantes lors de
l’accouchement.................................................................................56
7e facteur : la rigidité du protocole médical .....................................57
3.2.2.3 Pour conclure la 2e revendication.....................................................57
3.2.3 3e revendication : que soit présente, de façon continue, une personne
d’expérience, à l’écoute et disponible pendant le travail et ce, dans un
contexte sécurisant ..........................................................................................58
3.2.3.1 Caractéristiques de cet accompagnement.........................................59
Un accompagnement réalisé par une personne d’expérience...........59
Un accompagnement réalisé par une personne disponible et à
l’écoute .............................................................................................59
Un accompagnement où on retrouve la présence continue d’une
même personne.................................................................................60
3.2.3.2 Rôle de l’accompagnatrice ...............................................................61
3.2.3.3 Cadre de l’accompagnement : un environnement sécuritaire ..........62
3.3 L’expression de la satisfaction des femmes : brefs portraits selon les groupes ..........64
3.3.1 Les femmes suivies par une sage-femme et accompagnées............................65
3.3.2 Les femmes favorisées économiquement ayant accouché en milieu
hospitalier ........................................................................................................65
3.3.3 Les femmes des régions ..................................................................................66
3.3.4 Les femmes économiquement défavorisées ....................................................66
3.3.5 Les femmes immigrantes ................................................................................67
3.3.6 Une femme avec un handicap .........................................................................68
3.3.7 Retour sur les critères de satisfaction ..............................................................68
3.4 Le pouvoir ...................................................................................................................69
3.4.1 La nature du pouvoir .......................................................................................69
3.4.2 Les formes de pouvoir.....................................................................................70
3.4.3 Les temps du pouvoir ......................................................................................72
3.4.4 Empowerment ou desempowerment? .............................................................73
3.5 Les pistes d’action proposées ......................................................................................74
3.5.1 1ère revendication : avoir accès à une diversité d’information et à des
ressources diversifiées afin de faire des choix éclairés ...................................74
3.5.2 2e et 3e revendications : le respect des besoins, des choix et des droits des
femmes en milieu hospitalier; la présence continue d’une personne
d’expérience pendant le travail et l’accouchement .........................................76
4 En guise de conclusion .........................................................................................................79
Bibliographie ..............................................................................................................................83
Liste des figures
Figure 1 :
Figure 2 :
Figure 3 :
sommaire des principales revendications des femmes de 1970 à 2004 ............... 15
revendications communes .................................................................................... 27
les revendications des femmes et des participantes ............................................. 81
Liste des annexes
Annexe 1 :
Annexe 2 :
Annexe 3 :
Annexe 4 :
Annexe 5 :
Annexe 6 :
Annexe 7 :
Annexe 8 :
Annexe 9 :
Annexe 10 :
Annexe 11 :
Annexe 12 :
Annexe 13 :
Annexe 14 :
Annexe 15 :
Annexe 16 :
formulaire de consentement .............................................................................. 91
questionnaire sociodémographique ................................................................... 93
avis de recherche ............................................................................................... 94
entrevue radiophonique - exemple .................................................................... 95
démarches de recrutement effectuées – avis de recherche ................................ 97
démarches de recrutement effectuées – présentation ........................................ 98
schéma d’entretien............................................................................................. 99
questionnaire d’évaluation .............................................................................. 100
composition des entretiens collectifs............................................................... 101
le mandala du Pouvoir..................................................................................... 102
détails – raisons évoquées pour la réponse ou non aux besoins communs
à l’ensemble des participantes......................................................................... 103
l’ensemble des pistes d’action proposées par les femmes............................... 106
tableau sur les causes de l’accessibilité ou non des ressources....................... 108
idées-forces auprès de chaque groupe............................................................. 110
les grands thèmes des revendications depuis les 30 dernières années ............ 111
les pistes d’action proposées ........................................................................... 112
Introduction
L’accouchement « c’est la plus belle expérience de la vie qu’on
peut vivre. C’est le commencement d’une nouvelle vie. Faites
donc en sorte que ça commence bien. » (Annick1)
La naissance d’un enfant est un moment significatif dans la vie d’une femme. La
grossesse et l’accouchement sont au cœur de cet événement et prennent une importance
capitale pour les futures mères, qui doivent traverser ce processus pour mettre au monde leur
bébé. Durant leur grossesse et leur accouchement, les femmes devront faire des choix en
matière de ressources et de soins périnataux en fonction de leurs besoins et des possibilités qui
s’offrent à elles.
Interpellé dans un contexte de restructuration des services des centres accoucheurs
en tant qu’organisme communautaire oeuvrant dans le milieu de la périnatalité, le Collectif
« Les Accompagnantes » a voulu mieux comprendre ces choix des femmes liés à la grossesse
et à l’accouchement dans la région de Québec, Portneuf et Charlevoix (région 03) : Que vivent
ces femmes? Que veulent-elles? Quels sont leurs choix et en fonction de qui et de quoi sont-ils
faits?
Ces questions ont été posées, dans le cadre d’une recherche-action participative de
nature qualitative, à des femmes intéressées à partager leur expérience de grossesse et
d’accouchement. À l’aide de leurs témoignages, certains thèmes ont été particulièrement
explorés et approfondis soit : les besoins exprimés, les perceptions sur l’accès à l’information
et à des ressources diversifiées, le pouvoir dans le choix des pratiques périnatales ainsi que les
revendications en vue de possibles changements. Ce sont les résultats de cette recherche qui
vous sont ici exposés.
Pour mieux situer la pertinence d’une telle recherche, ce rapport propose tout
d’abord un portrait contextuel de la périnatalité dans la région 03 (Québec, Portneuf,
Charlevoix) accompagné d’un bref historique des revendications des femmes et des politiques
1
Les noms donnés ici sont fictifs pour respecter la confidentialité des propos.
2
de périnatalité au Québec, des années 1970 à nos jours. Vous sont ensuite présentés, les
objectifs de la recherche, la méthodologie utilisée ainsi que les résultats d’analyse. Les
résultats sont articulés autour de quelques grands axes : les facteurs influençant les choix et
revendications des femmes interrogées, leur perception de l’humanisation de la naissance,
leurs trois principales revendications, de courts portraits reliés à la satisfaction des femmes
selon les groupes, les enjeux liés au pouvoir et, enfin, leurs propositions d’action.
1
1.1
Contexte
Enjeu : réorganisation des soins périnataux dans la région 03
La réduction importante des lieux, la réorganisation et la centralisation des services
d’obstétrique dans la région 03 (Québec, Portneuf, Charlevoix) suscitent beaucoup
d’interrogations concernant le rapport des femmes à leur accouchement et leur accessibilité à
des soins diversifiés pendant la période périnatale, et ce, indépendamment de leur statut
socioéconomique et culturel. Les derniers évènements en date ont trait à la réorientation de
nombreux accouchements vers le nouveau Centre Mère-enfant (CME) du Centre hospitalier de
l’Université Laval - CHUL. Pour ce faire, la maternité de l’hôpital Saint-Sacrement fut fermée
en mars 2004. Il en fut de même de la clinique externe de périnatalité et ainsi des activités liées
aux échographies obstétricales. Les grossesses à risques furent transférées de l’Hôpital StFrançois d’Assise vers le CME. À cette époque, un médecin de Saint-Sacrement annonçait :
« […] une grande congestion, voire des débordements au Centre Mère-Enfant (CME) du
CHUL. Des quelques 2 500 accouchements réalisés à Saint François d’Assise chaque année,
les 1 500 “à risques” quitteront pour le CME et des 3 900 femmes donnant naissance à SaintSacrement, plusieurs devront prendre la route du CME… leur médecin en remorque » (RicardChâtelain 2003).
Lors des débats entourant la construction du CME et la possibilité alors évoquée
que celui-ci devienne le seul centre accoucheur pour la région urbaine de Québec, la
population en général, les syndicats, mais surtout les femmes n’ont pas été consultés (Roy
2002). Dans l’article de Roy, le Collectif « Les Accompagnantes » de Québec signifiait qu’il
était « inconcevable que les principaux usagers des services, les familles, n’aient pas eu la
possibilité de se prononcer sur le sujet. En transformant le Centre Mère-Enfant du CHUL en
centre unique pour les accouchements à Québec, les femmes perdent leur droit fondamental de
choisir où et comment elles veulent mettre leur enfant au monde. » Cette restructuration des
services en obstétriques dans la région 03 souleva à l’époque de nombreux débats et
inquiétudes, notamment à l’égard de l’accès au service et la préservation de l’humanisation de
4
la naissance. Une lettre ouverte d’un médecin au quotidien Le Soleil illustre bien ces
appréhensions :
À l’heure où on vient d’annoncer les grandes lignes de la
transformation du réseau hospitalier de Québec […] il faut se
demander qui subira le choc de la transformation […] D’une
part, il y a la population en général qui perdra l’accès aux soins
aigus de première ligne […]. D’autre part, c’est la fermeture
brutale des trois centres obstétricaux. D’un coup de pinceau, on
fait table rase de plus de dix ans d’efforts et d’expertise reconnue
vers l’humanisation des soins périnataux, les approches
alternatives et l’obstétrique de première ligne. […] toute
l’évolution des dernières années a tendu vers l’humanisation des
soins périnataux, vers l’adéquation des services et des besoins
des femmes et de leur famille, vers les soins axés sur la famille
[…]. Or, nous assisterons avec cette transformation au
développement du gigantisme de deux centres déjà de
dimensions surhumaines; nous donnerons donc raison aux
mauvaises langues qui ont tant décrié la déshumanisation des
soins et la surmédicalisation des soins obstétricaux. (Le Soleil, le
jeudi 20 juillet 1995, p. A15).
Des sept centres hospitaliers accoucheurs présents dans les années 70, il n’en reste
plus à l’heure actuelle que deux dans la grande région de Québec (Saint-François d’Assise et le
Centre Mère-Enfant), et un dans Charlevoix (Le Centre hospitalier de la Malbaie). Bien que ce
dernier soit un centre accoucheur au même titre que ceux du Québec métropolitain, il ne peut
toutefois accueillir les femmes vivant une grossesse à risques, qui se voient dans l’obligation
de faire leur suivi de grossesse et d’accoucher à Québec. Une maison des naissances dessert
également les régions 12 et 03 bien qu’elle soit située sur la Rive-Sud de Québec (SaintRomuald). Celle-ci accueille environ 350 des quelques 6 334 femmes2 qui accouchent dans la
région urbaine de Québec, y compris Portneuf.
Dans ce contexte de compression soutenue des services d’obstétrique, le Collectif
« Les Accompagnantes » de Québec, dont la mission est de préserver le caractère humain de la
naissance, se préoccupe des enjeux liés à l’impact possible de la réduction des lieux
d’accouchement en milieu hospitalier sur l’humanisation de la naissance, sur l’accessibilité des
2
http://www.msss.gouv.qc.ca/statistiques/accou_naiss.html (statistiques régionales 2000-2001).
5
femmes à des soins de santé diversifiés ainsi que sur la mise en place de mesures pour
favoriser l’accessibilité à des pratiques alternatives. Le Collectif se demande, à l’instar
d’autres acteurs du milieu, si les acquis réalisés en matière d’humanisation de la naissance
6
depuis la fin des années 70 ne seraient menacés? Interpellé par les médias pour prendre la
parole au nom des femmes, il est apparu important pour le Collectif « Les Accompagnantes »
d’explorer en profondeur les expériences et les préoccupations de femmes en lien avec
l’accouchement et sa préparation, pour mieux porter leurs revendications actuelles et mieux
enraciner les interventions publiques.
1.2
Précisions terminologiques
Par définition, selon la Politique de périnatalité du Ministère de la Santé et des
Services Sociaux :
La période périnatale débute lors de la prise de décision d’avoir
un enfant ou lors de sa conception et s’étend jusqu’à ce que
l’enfant ait un an. La périnatalité s’intéresse à la santé globale
des personnes qui traversent la période périnatale, soit les
femmes enceintes, les mères, les pères et les nourrissons (MSSS
1993 : 15-16).
De façon générale, les soins de santé liés à la période périnatale englobent une
multitude d’approches et de pratiques (allaitement, médecines alternatives, soins à la mère et
au nouveau-né, cours prénataux, etc.). Toutefois, compte tenu du mandat du Collectif « Les
Accompagnantes »3, et dans un contexte de recherche où des limites de temps et de moyens
sont à tenir en compte, la période considérée dans les pages qui suivent s’étend du moment où
la grossesse est officiellement reconnue, jusqu’en postnatal immédiat (environ deux jours
après l’accouchement) et elle est centrée sur les services directement liés à l’accouchement.
Tous les services offerts concernant le postnatal 0-1 an n’ont pas été considérés.
1.3
Bref survol historique de la périnatalité et des revendications des Québécoises
en la matière, des années 50 à aujourd’hui
La médicalisation de la périnatalité au Québec s’opère vers les années 1950-60
alors que la médecine est promue au rang de profession par l’État québécois. Cette
médicalisation exclue presque totalement les sages-femmes et les femmes elles-mêmes
(Laurendeau 1983), ces dernières en arrivant majoritairement à accoucher (ou plutôt à se faire
7
accoucher) sous anesthésie générale (O’Neil, Saillant, Pelletier, Leclerc et Lepage 1990). Pour
Sergine Desjardins (1993), cet avènement de la médicalisation provient d’une volonté de la
société de l’époque de valoriser les connaissances techniques au détriment du « savoir
complexe des sages-femmes, des croyances, des rites effectués au moment de l’accouchement
ainsi que toute une tradition d’entraide […]. [Cette] médicalisation de l’accouchement
apparaissait éminemment positive aux yeux de plusieurs femmes », semblant plus sécuritaire
et permettant à beaucoup de prendre un répit, loin de leurs lourdes responsabilités ménagères.
1.3.1
Les années 1970 : la médicalisation de la naissance interpellée
C’est dans ce mouvement de médicalisation de la périnatalité que s’inscrit en 1973
la première politique en périnatalité du Ministère des Affaires Sociales (MAS) qui comporte :
[…] principalement, […] une série de mesures administratives
(désignation de certains centres hospitaliers comme centres
spécialisés pour les grossesses à risques élevés, fermeture des
unités d’obstétrique faisant moins de 100 accouchements par an)
et éducatives (mise sur pied systématique de cours prénataux
sous la responsabilité du réseau des trente-deux départements de
santé communautaire) (Blanchet 1979 dans O’Neill, Saillant,
Pelletier, Leclerc et Lepage 1991).
Cette politique visait principalement la diminution du nombre de décès chez les
mères et les bébés afin de rehausser la réputation de la province qui détenait un des taux les
plus élevés en la matière au Canada.
O’neil et autres rapportent que c’est avec l’arrivée des revendications féministes
des années 704 que les mouvements pour la santé des femmes, pour l’humanisation des
naissances en milieu hospitalier ainsi que pour la reconnaissance de la pratique des sagesfemmes, prennent leur essor. Brabant (2003) ajoute que c’est également le fait de vivre
l’expérience de la médicalisation de la grossesse et de l’accouchement qui a nourri dans ces
mêmes années le mouvement d’humanisation de la naissance. À cette même époque, des
3
4
Le Collectif « Les Accompagnantes » offre un service d’accompagnement individualisé pendant la grossesse,
l’accouchement et la période postnatale jusqu’à six semaines après la naissance.
Selon Saillant (1985 dans O’Neill, Saillant et autres 1991 :18), « la relation au corps et à la conception a été
le premier dossier auquel le féminisme québécois s’est attaqué ».
8
médecins, tel Frédérik Leboyer (1974), prônent par ailleurs la naissance sans violence en
parlant de l’importance de l’accueil du bébé, des gestes posés à son égard et de l’importance
de l’environnement dans lequel la mère met son enfant au monde.
1.3.2
Les années 1980 : accoucher ou se faire accoucher? Mise en forme du discours
des femmes
En 1980, a lieu un évènement jalon en matière de périnatalité au Québec avec
l’organisation par l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ) de onze colloques
régionaux sur l’humanisation des soins en périnatalité. 10 000 femmes y exprimeront leur
insatisfaction et leurs revendications en la matière, qui seront colligées dans un rapport
intitulé : « Accoucher ou se faire accoucher » (De Koninck 1981 dans Bisson 1985). Leur
insatisfaction se rapporte principalement à la déshumanisation de la naissance. Elles
réprouvent la dépersonnalisation des soins en vertu de laquelle les rapports entre les
intervenant(e)s deviennent non seulement anonymes, mais également standardisés, ainsi que le
recours à des techniques médicales lourdes. De même, elles déplorent le manque
d’information, soulignant la désuétude des cours prénataux. Les revendications des femmes
portent principalement sur l’implantation de maisons des naissances, l’accès à des sagesfemmes, ainsi que sur l’accès à des moyens d’information sur la grossesse et l’accouchement
(Proulx 1985).
Le portrait de la périnatalité5 au Québec tracé par les Québécoises à la suite de ces
colloques ne s’avère donc pas très positif (O’Neill et autres 1991). C’est à partir de ce constat
qu’un nouveau Projet de politique en périnatalité est créé en 1985. De nouvelles avenues y
sont proposées et une priorité est accordée à l’humanisation des soins et des services.
Toutefois, il ne fut jamais réalisé « car trop délicat sur le plan politique » (O’Neill et autres
1991). En effet, certaines des démarches présentées dans ce document apparaissaient comme
une menace pour les médecins « qui voyaient là une attaque de plus à un monopole se faisant
5
« Suite aux colloques “Accoucher ou se faire accoucher”, le MAS, en collaboration avec les établissements
du réseau des affaires sociales, mit sur pied un comité de travail chargé de faire le point sur les services en
périnatalité. Ce comité fit plusieurs démarches et proposa trois documents : des orientations en périnatalité,
en 1984, précédées de deux autres documents de travail intitulés : Éléments de réponses aux
recommandations des colloques “Accoucher ou se faire accoucher” et Pour une éducation sanitaire en
milieux populaires dans le domaine de la périnatalité » (O’Neill et autres 1991).
9
lentement éroder depuis le milieu des années 70 » (O’Neill et autres 1991). Pour remédier à
l’échec de ce projet :
Le Ministère demanda (alors) à divers groupes d’experts […] de
réaliser un certain nombre d’études complémentaires et de
formuler des avis face à cinq thèmes considérés comme
prioritaires : la pratique des sages-femmes, les grossesses chez
les adolescentes, les grossesses en milieu défavorisé, l’état de la
mortalité et de la morbidité périnatales et, finalement, l’impact
de l’arrivée d’un nouvel enfant dans la famille (O’Neill et autres
1991).
1.3.3
Les années 1990 : les tensions politiques entre l’humanisation et la
restructuration des soins
C’est en mai 1993 que le Ministère de la Santé et des Services Sociaux (MSSS)
adopte enfin une nouvelle politique de périnatalité intitulée Protéger la naissance, Soutenir les
parents : Un engagement collectif s’inspirant des dits travaux. Selon le ministre de l’époque,
Marc-Yvan Côté :
Afin d’améliorer la qualité de vie et d’expérience des femmes
enceintes, des mères, des pères et des nouveaux-nés, trois
orientations sont retenues. La première consiste à valoriser le fait
de devenir parent et d’être parent, la deuxième à réduire les
problèmes et les écarts de santé et de bien-être et la troisième à
diminuer les conséquences de la pauvreté sur la santé et le bienêtre (MSSS 1993 : 11).
Cette politique s’appuie sur quatre grandes convictions :
La grossesse, la naissance et l’allaitement sont des processus
physiologiques naturels, la parentalité constitue une réalité
multidimensionnelle, les mères et les pères sont compétents pour
s’occuper de leurs enfants, une responsabilité qu’ils assumeront
d’autant mieux qu’ils se sentiront reconnus socialement et
soutenus dans leur rôle (MSSS 1993 : 3).
En réponse à cette politique, le Conseil du statut de la femme publie en octobre
1993 les Commentaires du Conseil du statut de la femme sur la Politique de périnatalité du
Ministère de la Santé et des Services Sociaux (Conseil du statut de la femme 1993). Le Conseil
10
y résume la politique, formule des commentaires généraux sur cette dernière et, surtout,
propose des actions pour créer un environnement favorable, améliorer les services, favoriser
des approches novatrices, soutenir l’intervention et organiser les services en périnatalité de
façon concertée. En général, le Conseil appuie les orientations du MSSS mais insiste sur
l’importance pour les femmes de pouvoir être maîtresses des décisions consécutives à la
naissance, abondant dans le sens d’études faisant référence au rapport entre la satisfaction des
femmes face à leur accouchement et leur sentiment de contrôle sur ce dernier (Moisan et autres
dans Conseil du statut de la femme 1993).
Le développement de cette politique est touché par le virage ambulatoire en milieu
hospitalier amorcé par le gouvernement québécois au milieu des années 90. Ce virage se veut
une restructuration du système de santé concernant autant la gestion que la façon de prodiguer
des soins. À la suite de cette restructuration, les CLSC sont appelés à jouer un rôle plus
important en maintenant et en renforçant les services préventifs et promotionnels auprès de la
clientèle des femmes enceintes et leur famille :
Pour répondre aux besoins des parents et des enfants dans le
cadre du virage ambulatoire en périnatalité, les CLSC devront
offrir une gamme élargie de services préventifs à toutes les
familles durant la période périnatale et intensifier les services
pour les clientèles les plus vulnérables. Ces services devront y
être développés en partenariat avec les différents établissements
concernés, les médecins en cabinet privé et les organismes
communautaires. […] Les CLSC doivent ajuster leurs services
pour répondre aux familles dans un contexte de court séjour en
CH [centre hospitalier] après la naissance, les CH devront aussi
s’ajuster en favorisant par exemple la cohabitation pour faciliter
l’apprentissage des soins au nouveau-né […] (Fédération des
CLSC du Québec 1996).
D’après la Coalition féministe pour une transformation du système de santé et des
services sociaux, ce virage « n’a pas été l’occasion qu’il aurait dû être de concrétiser la
Politique de périnatalité du Ministère de la Santé et des Services sociaux […] » (Moisan
1999), parce qu’il entraînait notamment « la réduction du nombre et des durées
d’hospitalisation “préventives” dans les cas de grossesses à risques » et « la réduction de la
durée de séjour à l’hôpital au moment de l’accouchement ». C’est principalement sur ce
11
dernier point que se sont penchés les chercheurs, s’attardant aux conséquences de la longueur
du séjour sur les femmes usagères des services (Conseil du statut de la femme 2000; Couillard
et Côté 2000; Fédération des CLSC du Québec 1996, 1997; Moisan 1999). Par exemple,
conséquemment à la réduction de la durée des séjours en obstétrique, les femmes enceintes ont
ainsi estimé ne pas avoir le soutien escompté de l’infirmière présente le jour de
l’accouchement, ni bénéficier des services postnatals dans les délais recommandés par le
MSSS bien qu’il soit reconnu qu’une intervention précoce ait un effet bénéfique sur la santé
mentale de la mère (Goulet, Bisson, D’Amour, Labadie et Pineault 2001).
À la même époque, une loi donne le feu vert à l’expérimentation de la pratique de
sage-femme avec huit projets pilotes en dehors des centres hospitaliers. Dès 1993, les sagesfemmes sont autorisées à exercer pour la première fois en maison des naissances. Six ans plus
tard, en 1999, le gouvernement québécois légalise la pratique sage-femme en maisons des
naissances. Cette loi donne lieu à la création de l’Ordre des sages-femmes du Québec et au
programme de formation de sages-femmes, à l’Université du Québec à Trois-Rivières
(Vadeboncoeur 2003). Depuis les dix dernières années, de nombreuses femmes ont bénéficié
des services de sages-femmes dont l’approche holistique se traduit par la reconnaissance de la
naissance comme faisant « partie d’un contexte social, biologique et psychologique de la vie
des femmes. Cette approche se traduit par un modèle de pratique qui donne aux femmes la
haute main sur l’expérience de l’accouchement » (Breitkreuz, Ellis, Moon et Hanson 2001).
1.3.4
Les années 2000 : la nécessité de demeurer vigilantes
Dix années se sont écoulées depuis la mise en place de la politique de périnatalité,
si bien que depuis 2003, le Ministère de la Santé et des Services Sociaux a mis en œuvre des
mesures afin d’en faire un bilan. Un comité de partenaires, en collaboration avec les différents
responsables régionaux de périnatalité et les intervenants des CLSC, CH, et du milieu
communautaire, a été instauré afin de remettre à jour la politique d’ici l’automne 2005. Les
femmes, en tant qu’usagères, n’ont toutefois pas été consultées directement. Il est néanmoins
possible de penser que leur voix sera portée par les regroupements des groupes de femmes
interpellés.
12
Malgré des réponses aux demandes des femmes concernant l’humanisation de la
naissance, à savoir l’apparition dans les années 80-90 de chambres de naissances et l’abandon
de quelques routines hospitalières tel le rasage de la vulve, l’apparition des maisons des
naissances sous forme de projets pilotes et l’adoption de la loi sur la pratique sage-femme,
l’humanisation de la naissance ne semble pas encore une préoccupation omniprésente
(Regroupement Naissance-Renaissance 2001). Si des opérations cosmétiques dans les
départements d’obstétrique donnent aux naissances des allures plus humaines et une apparence
moins médicale, il n’en reste pas moins que des interventions comme la césarienne n’ont cessé
d’augmenter de 1969 à 1989 (de 4,8 % à 19,3 %), pour voir baisser leur nombre entre 1989 et
1998 (de 18,5 % à 16,7 %), et croître de nouveau entre 1998 et 2001 (de 17,3 % à 18,5 %).
D’après un document intitulé Donner naissance au Canada : un profil régional basé sur des
données compilées en 2001-2002, le recours à la césarienne interviendrait, au Québec, lors de
la naissance d’un enfant sur six. En guise d’étalon, le barème plafond proposé par la politique
de périnatalité de 1993, se situait, pour 2003, de 12 % à 15 %. La région 03 bat par ailleurs
tous les records d’accouchement vaginal sous anesthésie péridurale et d’utilisation de
ventouses ou forceps lors d’accouchement par voie vaginale. En 2000-2001, le taux de
péridurale était de 73,2 % comparativement à la moyenne provinciale qui se situait à 52,2 %.
Quant au pourcentage d’utilisation de forceps ou ventouses, il était de 21,8 % dans la région de
Québec comparativement à 16,1 % dans la province, tout en se révélant toutefois moins
populaire que par le passé (http://msssa4.msss.gouv.qc.ca/fr/statis/accounais.nsf/). Le nombre
d’accouchements provoqués par médication est lui aussi en hausse depuis les dix dernières
années. Un accouchement sur cinq serait provoqué, comparativement à un sur huit il y a dix
ans. (Donner naissance au Canada : un profil régional). Ainsi, malgré des efforts effectués
dans le sens de l’humanisation, il n’en demeure pas moins que les pratiques obstétricales
diffèrent beaucoup selon les régions, les praticiens et les établissements. Ceci amène le
Regroupement Naissance-Renaissance (2001) à conclure qu’« en fait, la médicalisation tant
décriée pendant les années 1980 s’est transformée. On a humanisé la médicalisation ». Selon
ce regroupement, les femmes manquent toujours d’information et de choix. Elles ne seront
réellement en mesure de faire des choix éclairés que lorsque « le monopole médical sur la
naissance commencera à s’effriter dans les hôpitaux, que des alternatives à l’accouchement à
13
l’hôpital seront offertes partout au Québec et que chaque femme saura précisément ce qui se
passe dans tous les hôpitaux de sa région. » (Regroupement naissance-renaissance 2001 : 3).
À la suite d’une étude ethnographique effectuée au Québec en 2001, Vadeboncoeur
va dans le même sens et constate que les Québécoises ont la possibilité de faire certains choix,
mais que ces derniers ne sont pas toujours éclairés puisque toute l’information ne leur est pas
nécessairement communiquée au moment de prendre leur décision. Elle juge que le
gouvernement et les chercheur(e)s ont délaissé graduellement leur intérêt pour la
problématique de l’accouchement et de l’humanisation de la naissance. Elle conclut que
l’amélioration des services d’accouchement et de périnatalité en général doit se poursuivre
(Vadeboncoeur 2003).
La présente étude vise donc à maintenir la réflexion et le travail de vigilance en ce
sens auprès des femmes de la région 03, en période de centralisation accrue des services
périnataux.
1.4
Un enjeu dans les revendications des femmes québécoises en matière de
périnatalité : l’humanisation de la naissance
Au cœur de ces revendications (voir Figure 1, page suivante) se retrouve l’idée
d’une plus grande humanisation de la naissance. Or, le sens à attribuer à cette expression n’est
pas toujours clair. D’une part elle semble exprimer des valeurs se rapportant à :
La relation personnelle et égalitaire avec l’intervenant,
l’ouverture aux besoins multidimensionnels de la femme, la
promotion de la santé, la capacité des femmes à faire des choix
éclairés et la manière dont ils sont prodigués, le respect des
droits de la femme, le confiance en la capacité de la femme de
mettre son enfant au monde (Rivard 1999).
Par ailleurs, il semble y avoir souvent un glissement de sens (Lemay 1997),
l’humanisation de la naissance devenant pour certains synonyme d’accouchement naturel,
c’est-à-dire un accouchement sans interventions médicales ou chirurgicales.
14
Certains auteurs se positionnent dans ce débat en spécifiant qu’on ne doit pas
opposer médicalisation de l’accouchement et humanisation de la naissance. Tel est le cas de
Maria De Koninck. Selon elle, la technologie peut (et doit) être mise au service de l’expérience
humaine (Collectif « Les Accompagnantes » 2003).
15
Figure 1 : sommaire des principales revendications des femmes de 1970 à 2004
Les années 70
Les années 80
Les années 90
Les années 2000
Remise en question des
pratiques liées à
l’accouchement en
milieu hospitalier
Un pas vers
l’humanisation de la
naissance suite aux
colloques « Accoucher
ou se faire accoucher »
Quelques revendications
et des réponses partielles
aux demandes des
femmes
Nécessité de demeurer
vigilantes
Revendication :
Revendication :
Réponse :
Revendication :
Humaniser la naissance en
milieu hospitalier
Humaniser les soins et les
services
Politique de périnatalité
Restreindre le monopole
médical dans les hôpitaux
Baisse des interventions en
milieu hospitalier
Diminution du taux de
certaines interventions
obstétricales
Rénovation des
départements d’obstétrique
Revendication :
Revendication:
Respecter le rythme des
femmes en travail
Être traitée comme une
personne, avec respect et
chaleur humaine
Revendication :
Revendication :
Présence d’accompagnante
pendant l’accouchement
Recevoir du soutien, se
sentir en sécurité
Plus grande disponibilité
du personnel médical avant
et après l’accouchement
Revendication :
Revendication :
Réponse :
Réponse :
Reconnaissance de la
pratique des sages-femmes
Accès aux services sagefemme et la législation de
leur pratique
Légalisation de la pratique
sage-femme en maison des
naissances et
reconnaissance de la
profession
Pratique des sages femmes
en milieu hospitalier et à la
maison
Revendication :
Réponse :
Revendication :
Implantation de maisons
des naissances
Les projets pilotes des
maisons des naissances
Plus d’alternatives à
l’accouchement à l’hôpital
Revendication :
Revendication :
Revendication :
Moyens d’information sur
la grossesse et
l’accouchement
Recevoir de l’information
personnalisée et adaptée
afin de faire des choix
éclairés
Recevoir plus
d’informations afin de faire
des choix éclairés
Revendication:
Revendication :
Revendication :
Plus grande autonomie des
femmes en périnatalité
Participer aux décisions en
recevant de l’information
adéquate et complète
Participer aux décisions en
recevant de l’information
adéquate et complète
Accès à de nouveaux lieux
de naissance
Plus de modernité dans les
cours prénataux
Un plus grand respect du
droit des femmes
Être maîtresse des décisions
relatives à la naissance
2
2.1
Méthodologie de recherche
Questions et objectifs de la recherche
Le projet de recherche visait à répondre aux deux questions suivantes :
•
Comment les femmes se représentent-elles leur pouvoir en regard du choix des
pratiques en périnatalité?
•
Qu’elles sont leurs perceptions à l’égard de leur accès à une information et à
des ressources diversifiées pendant la période périnatale?
Cette recherche avait pour objectifs pratiques :
1) de donner la parole à des femmes de la grande région de Québec afin qu’elles
puissent faire part de leurs expériences, de leurs besoins et de leurs
revendications en matière de soins périnataux.
2) à partir des témoignages de ces femmes, de sensibiliser et de mobiliser les
acteurs du milieu et les décideurs politiques en vue d’améliorer l’accessibilité
des femmes à des soins diversifiés en matière de périnatalité.
2.2
Stratégie de recherche et outils de collecte
Compte tenu de la nature de la question, des objectifs et du contexte de production,
la stratégie retenue fut celle d’une recherche-action participative (Barnsley et Ellis 1992;
Maguire 1987; Muzychka et Morris 2002) de nature qualitative.
La recherche-action participative permet à des praticiennes du milieu, de concert
avec des chercheures universitaires, de développer et de mener à bien une recherche ancrée
dans les réalités et les besoins des milieux de pratique. Rigoureuse dans son approche, elle
permet aux organismes du milieu de s’approprier les résultats de recherche et d’en maximiser
les retombées.
18
La recherche qualitative, quant à elle, permet de mieux comprendre un phénomène
en tenant compte de sa complexité, en s’enracinant dans les témoignages des individus. Elle
vise à identifier, à l’aide d’entretiens approfondis, l’essence partagée d’une expérience tout en
tenant compte des contextes d’expression. Elle requiert usuellement pour ce faire, un
échantillonnage théorique restreint de 15 à 25 personnes, ou jusqu’à saturation des
informations recueillies (Creswell 1998; Miles et Huberman 1994; Patton 1990).
La méthode de collecte de données retenues fut celle des entretiens collectifs
(Krueger 1998a, 1998b, 1998c; Mucchielli 1987; Patton 1990), du fait qu’ils permettent
notamment l’habilitation des personnes participant à la recherche grâce au partage commun de
l’expérience.
Un journal de bord a également été tenu lors de la collecte de données et pendant
l’analyse.
2.3
Mode de recrutement et critères de sélection
Le recrutement des participantes s’est fait sur une base volontaire à partir de
communiqués dans les médias locaux (voir annexe 4), ainsi que par le moyen de sollicitations
avec dépliants et affiches (voir annexe 3) auprès des cliniques périnatales, de la maison des
naissances et des organismes communautaires oeuvrant auprès des femmes, des jeunes
familles, des mères allaitantes et des femmes immigrantes (pour le détail voir annexe 5). Les
infirmières de sept CLSC et des onze points de services de la région 03 travaillant auprès des
mères en postnatal ont aussi collaboré au recrutement. En effet, les infirmières faisant les
suivis postnatals auprès des mères nouvellement accouchées leur ont présenté la recherche et
leur ont remis le dépliant expliquant la démarche, avec les coordonnées de l’organisme. De
plus, des présentations sur le projet de recherche ont été proposées et réalisées dans divers
organismes communautaires auprès des intervenant(e)s de groupes de femmes nouvellement
accouchées et d’immigrantes (voir annexe 6).
Pour être éligibles, les participantes devaient avoir accouché entre janvier 2002 et
janvier 2004, dans la région 03.
19
Les femmes intéressées étaient invitées à prendre contact par téléphone avec la
coordonnatrice du projet de recherche. Elles recevaient alors de plus amples renseignements
sur les objectifs de la recherche et sur la nature de la participation recherchée. Si elles se
montraient toujours intéressées, elles recevaient par courrier postal un formulaire de
consentement (voir annexe 1) et un questionnaire sociodémographique (voir annexe 2) qu’elles
devaient remplir et retourner à l’organisme. Les groupes pour les entretiens collectifs furent
formés à partir de ces questionnaires. Les participantes potentielles étaient, à la suite de la
constitution des groupes, informées par téléphone de la date et du lieu de rencontre.
Les participantes pouvaient réclamer et se faire rembourser leurs frais de transport
et de gardiennage à raison d’un montant de dix dollars. Elles pouvaient également amener leur
nouveau-né dans la mesure où elles allaitaient encore.
Des 76 femmes ayant manifesté leur intérêt, 36 ont effectivement participé à la
recherche. Quelques motifs de non-participation évoqués furent : la non-conformité avec les
critères de constitution de l’échantillon, la conduite hivernale difficile, les conflits d’horaire,
les empêchements de dernières minutes.
2.4
Portrait des groupes pour les entretiens collectifs
Pour tenir compte de la diversité des femmes et de la variété de leurs expériences,
sept groupes homogènes furent constitués autour d’expériences communes, et ce, dans le but
de favoriser l’échange et le partage, soit : un groupe de femmes économiquement favorisées
ayant accouché en milieu hospitalier; un groupe de femmes économiquement défavorisées; un
groupe de femmes domiciliées dans Charlevoix et un autre dans Portneuf; un groupe de
femmes immigrantes d’origine européenne; un groupe de femmes ayant accouché avec une
accompagnante en milieu hospitalier, ainsi qu’un dernier groupe composé de femmes ayant été
suivies en maison des naissances par une sage-femme. À l’intérieur de ces groupes, des
femmes nous ont également fait part de leur expérience comme mères adolescentes. Le détail
de la composition des groupes est fourni à l’annexe 9. Vu l’intensité des échanges, et afin de
permettre à chacune des femmes d’être écoutée, la formation de petits groupes (5 personnes en
moyenne) fut privilégiée.
20
À la demande des femmes, cinq entrevues individuelles ont également eu lieu,
notamment auprès de femmes autochtones, d’une femme immigrante hispanophone et d’une
autre ayant un handicap visuel.
Des 36 femmes rencontrées, 5 ont accouché en maison des naissances et 31 en
milieu hospitalier. La compilation montre que 27 ont été suivies par des médecins et 9 par des
sages-femmes.
2.5
Collecte des données
Toutes les rencontres ont eu lieu entre le 27 février 2004 et le 3 juin 2004, dans le
propre milieu des femmes lorsque c’était possible (Parents ressources Vanier, Maison de la
Famille de la Malbaie, CLSC de Pont-Rouge). Dans le cas contraire, les rencontres de groupe
ont été tenues à la YWCA. En ce qui concerne les entrevues individuelles, elles ont toutes eu
lieu à la résidence de chacune des participantes.
Les entretiens collectifs ont été menés par deux personnes expérimentées dans le
domaine de la périnatalité, l’une animant les rencontres et l’autre prenant des notes
d’observation. Une chercheure professionnelle supervisait ces entretiens collectifs.
Quatre thèmes ont été spécifiquement explorés à l’aide de quelques questions
ouvertes : les besoins, l’accessibilité à une information et à des ressources périnatales
diversifiées, le pouvoir des femmes dans le choix des pratiques liées à la périnatalité et leurs
revendications en la matière. Le schéma d’entretien est présenté en annexe 7. Comme le veut
l’approche qualitative, des questions furent élaborées in vivo pour approfondir la réflexion
posée par les femmes, et explorer les univers ou particularités propres à chacun des groupes.
Les entretiens ont été d’une durée approximative de trois heures.
Avant d’effectuer le premier entretien collectif, un groupe témoin de cinq
participantes fut constitué, lequel a généré quelques ajustements au schéma d’entretien. Les
données recueillies dans le cadre de ce groupe témoin n’ont pas été considérées pour l’analyse.
Commentaire [LG1] :
Sylvie : est-ce exact ?
21
La tenue des entretiens collectifs a permis de répondre aux objectifs de recherche
tout en laissant la possibilité aux femmes de s’exprimer librement et, par le fait même, de
permettre l’émergence spontanée d’opinions, d’émotions, d’interactions entre les participantes,
et ce, dans un climat d’écoute et de respect. Plusieurs d’entre elles étaient encore très
imprégnées de leur expérience d’accouchement et ressentaient le besoin de la partager. Un soin
particulier a été apporté pour que toutes puissent s’exprimer et être entendues,
indépendamment de la concordance ou non de leur témoignage avec la mission de l’organisme
porteur de la présente recherche.
Le même schéma d’entretien et les mêmes pratiques ont été utilisés dans le cadre
des entretiens individuels. Toutefois, les rencontres se déroulaient alors en compagnie d’une
seule intervenante. La durée moyenne de ces entretiens individuels a été d’une heure.
2.6
Traitement des données
Après avoir obtenu un consentement écrit de toutes les participantes, le contenu des
rencontres a été enregistré sur support audio et ensuite transcrit intégralement (verbatim).
2.7
Traitement de l’analyse
Une approche inductive modérée a été utilisée pour l’analyse des verbatims (Miles
et Huberman 1994). Dans un premier temps, des codes d’analyse en lien avec les thèmes
définis dans la grille d’entretien ont été utilisés. De nouveaux codes ont été créés au besoin
pour répondre au discours des participantes. Des comparaisons « interjuges » (comparaison du
travail d’analyse des chercheures) ont été réalisées à différents temps de l’analyse et le travail
de codification et d’analyse réajusté au besoin. Le travail d’analyse a été ponctué de rencontres
hebdomadaires avec la chercheure associée à la Chaire d’étude, afin d’assurer la qualité et la
justesse de la codification et de l’analyse.
Les logiciels N’Vivo et Merge furent utilisés pour effectuer la codification, et
produire des matrices qui ont permis une analyse comparative systématique des données.
22
2.8
Confirmation des résultats de l’analyse
Un retour auprès des participantes a été fait afin de valider et bonifier les résultats
de l’analyse, soit une rencontre à Québec et une autre dans Charlevoix, à la Malbaie. Les
rencontres prévues dans la Charlevoix n’ont pu avoir lieu à cause de tempêtes de neige
successives. À la suite de quelques tentatives, les femmes de Charlevoix ont plutôt proposé de
recevoir par courrier postal une synthèse de l’analyse des résultats. Cela fut fait et on y
adjoignit une lettre les invitant à donner leur point de vue, à bonifier, modifier ou rajouter tout
renseignement pertinent à l’analyse proposée. L’information présentée dans ce rapport a reçu
leur aval.
À la suite de cette validation, l’équipe de recherche a rencontré des intervenant(e)s
du milieu de la santé et des services sociaux, ainsi que des milieux communautaires, afin de
leur faire part des résultats préliminaires. Cela a permis de prendre le pouls de leurs réactions,
et ainsi de mieux cibler la rédaction du présent rapport en prenant en considération les
commentaires émis lors de ladite rencontre.
2.9
Exigences éthiques
Une attention particulière a été accordée au consentement libre et éclairé lors du
recrutement des personnes formant l’échantillon. Chaque participante a signé un formulaire de
consentement dans lequel lui étaient présentés les objectifs de la recherche, la nature de la
participation recherchée, l’utilisation qui serait faite des données recueillies et les mesures
prises pour assurer la confidentialité.
Concernant la confidentialité et la préservation de l’anonymat, tous les
renseignements nominatifs recueillis ont été mis sous clef. Les cassettes des enregistrements,
les notes d’observations ainsi que les questionnaires sociodémographiques seront détruits dans
les cinq ans suivant le début de la recherche. On a attribué un code à chaque participante et les
citations utilisées ont été dépersonnalisées.
23
2.10
Limites de l’étude
En raison de la nature de l’échantillon. Peu de femmes autochtones, allophones,
handicapées ou de la région de Portneuf ont pu être rejointes. De plus, les femmes autochtones
rencontrées, d’origine Wendat, se qualifiaient « d’autochtones urbanisées » et estimaient ne
pas être différentes des autres Québécoises. Elles ont affirmé avec force que leur culture
n’avait, par conséquent, aucune influence sur leur grossesse ni leur accouchement. De fait, à la
suite de l’analyse de leur témoignage, leur discours s’est apparenté à celui des femmes
favorisées ayant accouché en milieu hospitalier. Des recherches subséquentes devraient se
pencher sur ces segments de population moins explorés.
En raison de la définition donnée à la périnatalité. La périnatalité étant un sujet
très vaste, nous avons, pour des raisons pratiques et relatives à la mission de notre organisme,
volontairement délimité notre travail à la période comprise entre le moment où la grossesse est
officiellement reconnue et les deux jours suivant la naissance de l’enfant. Toute la période 0-1
an n’est donc pas couverte par la présente étude.
En raison de la stratégie de recherche adoptée. La stratégie de recherche adoptée
vise la compréhension approfondie d’un phénomène et la représentation de ce phénomène que
s’en font les femmes, ici l’expérience de la grossesse et de l’accouchement. Il serait pertinent
de poursuivre cette réflexion auprès d’une population plus large, dans le cadre d’une recherche
quantitative. De même, il serait pertinent de mettre en parallèle la perception des femmes à
l’égard des services et le portrait des services effectivement offerts, de façon à en arriver à
mieux comprendre les arrimages entre l’offre de services et la réception. Cela devrait faire
également l’objet de recherches subséquentes.
3
Résultats
3.1
La nécessité de tenir compte de facteurs influant sur le vécu de la femme
enceinte pour comprendre ses revendications
La femme enceinte est beaucoup plus qu’un corps que l’on voit se transformer au
fil des mois. Elle est également tout ce que l’on ne voit pas en apparence, mais qui fait d’elle
une personne en constante évolution sur plusieurs plans et en interaction continuelle avec son
milieu.
Tel que le montre le diagramme ci-après, élaboré à la suite de cette recherche, les
expériences des femmes en matière de grossesse et d’accouchement, les raisons de leurs choix
et la nature de leurs revendications ne peuvent être comprises que si leurs témoignages sont
mis en contexte. Ainsi, les conditions de leur vie sociale, économique, physique, émotive,
culturelle et ethnique doivent être tenues en compte. Ces femmes expriment également des
besoins physiques, affectifs, intellectuels, psychologiques, spirituels et structuraux6 et elles
nourrissent des valeurs et une vision de la périnatalité qui leur est propre. Tout ce bagage
orientera leurs choix, et ce, tout au long de la période périnatale. Ces choix seront également
influencés par les intervenants(e)s qu’elles rencontreront (médecins, sages-femmes,
infirmières, accompagnantes), ainsi que par l’accessibilité et la diversité de l’information et
des ressources disponibles dans leur milieu. Le tout donnera une forme particulière à chaque
expérience de la grossesse et de l’accouchement.
Les femmes enceintes disposent également de droits. En prenant connaissance de
leurs droits et en les faisant valoir, elles deviennent plus en mesure d’exercer leur pouvoir et de
formuler, au besoin, des revendications.
6
Tels le contrôle de leur environnement au moment de la période de travail, le nombre de personnes présentes
à leur côté le jour de l’accouchement, etc.
26
La femme enceinte
D
Droits
roits
Revendications
Revendications
Pouvoir
P
ouvoir
Intervenants
Conditions de
vie
Vision
Valeurs
Besoins
Accessibilité et
diversité de
l’information
et des
ressources
Femme
Choix
Expérience de la grossesse et de l’accouchement
3.2
Au cœur des revendications des femmes de la présente recherche :
l’humanisation de la naissance
Au cœur du discours dont sont issues ces revendications, se trouve l’idée de
l’humanisation de la naissance. Cette humanisation de la naissance semble ainsi s’inscrire à
première vue dans la continuité des revendications formulées par les femmes ces 40 dernières
années. Quant on y regarde de plus près, on note toutefois que l’expression « humanisation de
la naissance » prend, pour les femmes interrogées, une signification élargie. Si dans les années
70 et 80, l’humanisation des naissances était revendiquée par « les femmes ayant vécu
l’expérience de la médicalisation de la grossesse et de l’accouchement » (Isabelle Brabant
2003 : 49) et faisait parfois référence à l’accouchement naturel (Lemay 1997; O’Neill et autres
1991), dans le cadre du présent projet de recherche, la très grande majorité des participantes
partagent une vision commune qui veut que l’humanisation de la naissance soit comprise dans
un sens plus vaste :
[…] humaniser la naissance, c’est vraiment rendre ça naturel,
pas nécessairement accoucher naturellement, ça c’est différent,
mais rendre ça humain, naturel, ça fait partie de la vie et c’est
merveilleux. Si tu choisis d’accoucher en hôpital c’est super
mais il faudrait que l’environnement soit apte aussi à montrer ça
et que les rendez-vous prénataux ne soient pas justes de 15
minutes (Maude).
27
L’humanisation de la naissance telle que décrite par les participantes fait donc
référence au fait de considérer la femme dans sa globalité, dans son unicité et dans le respect
de tout ce dont elle est porteuse, ses besoins les plus divers comme aussi ses choix et ses droits
en matière de périnatalité. Et ce, quels que soient ses choix; qu’ils aillent ou non vers la
présence d’interventions médicales. Les femmes qui s’expriment dans le cadre du présent
projet de recherche rejoignent dans ce sens les résultats des travaux de Maria DeKoninck
(2002). « Humanisation de la naissance » n’est donc pas ici synonyme d’accouchement sans
interventions médicales, mais bien plutôt synonyme de la création d’un espace où les femmes
sont respectées dans leur choix, où l’on s’assure d’une réponse adéquate à leurs besoins.
Trois grandes revendications sont portées par l’ensemble des 36 femmes
consultées, et ce, peut importe leur groupe d’appartenance. Ce sont :
•
L’accès à une diversité d’information et de ressources afin de faire des choix
éclairés.
•
Le respect de leurs besoins, de leurs choix et de leurs droits.
•
La présence continue d’une personne d’expérience, disponible et à l’écoute
pendant l’accouchement.
Figure 2 : revendications communes
28
Revendications communes
Accès à une
diversité
d’information et
de ressources afin
de faire des choix
éclairés
Respecter les
besoins, les choix
et les droits des
femmes en milieu
hospitalier
Présence continue
d’une personne
d’expérience,
disponible et à
l’écoute pendant
l’accouchement
Humaniser : faire de l’accouchement une expérience humaine, en considérant la
femme enceinte dans sa globalité et en respectant ses besoins, ses choix et ses droits
Les pages qui suivent examinent une à une et en détail ces trois grandes
revendications.
3.2.1
1ère revendication : avoir accès à une diversité d’information et de ressources
afin de faire des choix éclairés
Selon Cooper (Cooper 2001 : 42), appuyé par Thibodeau et autres (2003) ainsi que
par O’Cathain et autres (2002), « les femmes enceintes devraient avoir accès à des
informations sur les possibilités qui s’offrent à elles face à la grossesse, aux rencontres
prénatales et à l’accouchement afin qu’elles puissent réellement exercer leur libre choix ».
« Information » et « choix » semblent être, dans la littérature, deux éléments indissociables.
Effectivement, la très grande majorité des femmes rencontrées ont exprimé l’importance
d’avoir une information juste pendant la période périnatale afin de pouvoir prendre leurs
propres décisions en fonction des choix qui s’offrent à elles. L’information rassure les femmes
et leur donne la confiance voulue pour effectuer des choix. Pour les participantes, être
informées, faire des choix et prendre des décisions amènent un sentiment de contrôle
(corroboré également par Walker, Hall et Thomas en 1995). Janine exprime très bien cette
idée :
29
Puis pour moi, c’était important de pouvoir avoir toutes les
informations que je voulais, de pouvoir prendre mes décisions.
Je suis assez grande pour pouvoir prendre mes décisions pour
moi. Puis ça, c’est quelque chose qu’elle [la sage-femme] nous
expliquait, que finalement c’était nous autres les meilleures
personnes pour décider de notre sort finalement! Puis tu sais…
ça m’a séduit tout de suite. J’me suis dit : « ce ne sera pas
quelqu’un qui va m’accoucher, c’est moi qui va accoucher. »
Puis ça, ça m’a vraiment séduit, beaucoup, beaucoup, de dire
que c’est moi qui allais prendre mes décisions finalement
(Janine).
Plusieurs expriment avec insistance l’importance d’être informées non seulement
en préparation à l’accouchement, mais également pendant l’accouchement. Pour être bien
informée et faire les bons choix, des conditions doivent cependant être réunies soit : 1) avoir
accès à une information diversifiée et pertinente, 2) connaître ses droits, 3) avoir accès à des
ressources pour pouvoir effectivement exercer ses droits et ses choix. Ce sont ces conditions
que nous vous présentons maintenant. Celles-ci seront ensuite suivies, en 4), des causes que les
femmes placent à la source de l’inaccessibilité. Bien que l’illustration soit faite à l’aide
d’exemples précis, il est important de souligner que ces constats (conditions et causes) sont
récurrents dans la parole des femmes, sauf exception.
3.2.1.1
Avoir accès à de l’information diversifiée et pertinente
Il a été surprenant de constater qu’un accès facile à l’information pose problème
pour la très grande majorité des femmes rencontrées, si l’on excepte certaines femmes plus
favorisées économiquement. Toutes les femmes s’entendent en général pour dire qu’il est
nécessaire d’être proactives, c’est-à-dire aller au-devant, pour obtenir une information
diversifiée. Le fait d’avoir des connaissances préalables, de faire preuve d’habiletés de
communication, de maîtriser des outils de recherche tel Internet et de disposer d’un réseau
favorise d’emblée l’accès à une information diversifiée.
1er constat : la dispersion de l’information
Les femmes immigrantes ont particulièrement fait part de la difficulté de trouver de
l’information, et ce, en raison d’une trop grande décentralisation de cette dernière. Elles disent
Supprimé :
30
avoir dû courir à droite et à gauche pour obtenir divers renseignements et ajoutent qu’elles ont
dépensé ainsi force et énergie à un moment où elles auraient ressenti le besoin de centrer plutôt
celles-ci sur le développement de leur enfant. Lors des rencontres de validation, toutes les
femmes ont reconnu comme un frein important cette grande dispersion de l’information.
2e constat : la satisfaction mitigée quant à la qualité de l’information reçue
auprès de certains CLSC et médecins dans la période prénatale
Si certaines participantes se sont dites satisfaites, bien préparées et affirment avoir
eu accès à une diversité d’information auprès de leur CLSC, comme Nina en témoigne ciaprès, on verra plus loin que d’autres participantes montrent plus de réserve.
J’ai suivi des cours prénataux, on se sentait bien préparés avec
mon conjoint à ce qui s’en venait. Tous les questionnements, on
avait seulement qu’à les demander à l’animateur, puis il
répondait à nos questions. Puis, on a eu aussi beaucoup de
pratiques avec des poupées puis on a eu des massages […]. Puis,
souvent aussi dans les CLSC, tu as souvent des brochures, des
pamphlets, à ce niveau-là. Les gens dans les cours prénataux
nous dirigeaient dans ces endroits pour qu’on puisse recueillir
cette information-là (Nina).
En fait, les renseignements reçus sont loin de faire l’unanimité parmi les
participantes. Plusieurs en déplorent la désuétude et l’incomplétude. Comme Lucie :
J’ai suivi les cours prénataux, mais je trouvais que ça répondait
pas énormément. Ça donnait un peu de documentation, mais je
trouve que je n’ai pas appris grand-chose […]. J’ai trouvé ça
tellement déconnecté, j’étais découragée! […] J’étais plus
capable, tout à fait désuet, même les vidéos. Je n’avais jamais vu
ça (Lucie).
De même, l’information donnée dans le cadre des rencontres prénatales avec le
médecin n’apparaît pas toujours satisfaisante. Cette information dépend de l’ouverture d’esprit
du médecin et de sa disponibilité. La majorité des femmes suivies par un médecin soulignent
la trop courte durée de leurs rencontres prénatales et, par conséquent, le manque d’attention
accordée à leurs interrogations. Plusieurs d’entre elles ont dit se sentir « comme du bétail »,
« non respectée comme personne ». Elles se sont perçues « un examen à faire » ou « un
31
numéro ». Elles ont utilisé des expressions très fortes comme « s’étant fait niaiser » ou ayant
eu « l’impression d’être une vache sur une table et qu’on pique ». De nombreuses femmes qui
ont choisi de « magasiner »7 leur médecin, de faire appel aux services d’une sage-femme ou
d’une accompagnante, affirment l’avoir fait en partie pour répondre à ce besoin de relation et
d’information lors du suivi prénatal :
Dans les rendez-vous, j’étais pesée, mesurée, « t’as-tu des
questions? ». 20 minutes. Je n’étais pas à l’aise avec ça, je me
sentais comme du bétail. Fait qu’un moment donné, je pense au
2e trimestre, proche du 3e, j’ai pris de l’information pour avoir
un autre suivi puis là, la maison des naissances est arrivée
comme la solution parce que je voulais être en relation avec
quelqu’un et non sous le contrôle de quelqu’un. Je l’ai senti
comme ça. […], je me sentais bien préparée, en me sentant bien
préparée, je me disais que ça allait bien aller pour la finale qui
est l’accouchement (Raymonde).
Par ailleurs, toutes les personnes ayant été suivies en prénatal par des services
alternatifs (maison des naissances La Chrysalide, « Les Accompagnantes ») expriment leur
grande satisfaction. Le contraste avec les services d’information plus traditionnels en matière
de périnatalité est marqué dans les témoignages. Ces femmes s’accordent sur l’abondance et la
variété de l’information reçue : « C’est vrai que c’est une bible, elles ont une super
bibliothèque à la maison des naissances où c’est possible d’emprunter les livres, les vidéo
cassettes, je les ai utilisés […]. On parlait beaucoup de ce qui se passait pendant la grossesse,
mais moi je voulais beaucoup d’info. » (Sophie). La satisfaction à l’égard de l’information
reçue semble principalement reposer, d’une part sur la diversité de l’information offerte,
d’autre part sur la présentation des forces et faiblesses des interventions, sur la disponibilité et
l’ouverture des intervenants et, finalement, sur la volonté et les connaissances préalables des
femmes elles-mêmes.
3e constat : la difficulté d’accès à de l’information diversifiée, notamment sur les
ressources et les pratiques alternatives
7
Plusieurs participantes ont contacté plusieurs médecin et/ou ont fait appel à des amies ou au CLSC afin d’être
suivies par un médecin qui réponde à leur exigence de respect de leurs choix, d’une écoute de leurs besoins et
d’une ouverture à la présence d’une accompagnante…
32
Avoir accès à de l’information est une chose. Avoir accès à de l’information
diversifiée en est une autre. Les participantes issues principalement des groupes de femmes
socioéconomiquement défavorisés, certaines femmes immigrantes ou encore celles provenant
des régions, ont fait part du manque d’information disponible concernant les ressources
alternatives, si bien qu’elles n’ont pu les connaître et en bénéficier :
Ben moi non, premièrement moi la maison des naissances, je ne
savais même pas que ça existait! Y m’ont même pas mis au
courant que ça existait. Moi, un accouchement c’était à l’hôpital
que ça se faisait, c’était automatique. Peut-être que j’aurais
préféré une maison des naissances pour accoucher si j’avais su
que ça existait, mais à mes deux grossesses, je ne le savais pas.
Je l’ai su vraiment après mes grossesses que ça existait
(Suzanne).
Certaines d’entre elles ont même découvert l’existence des sages-femmes ou des
accompagnantes dans le cadre des entretiens collectifs de la recherche. Elles expliquent cet état
de fait de diverses façons. La première raison, selon elles, est leur dépendance vis-à-vis du
personnel rencontré. Pour ces femmes, la recherche d’information s’effectue principalement à
l’aide de leurs réseaux personnels et des CLSC, des cliniques spécialisées ou des organismes
d’accueil pour les immigrant(e)s. Hors de ces points d’entrée, elles semblent dépourvues et
disent avoir l’impression de dépendre des connaissances et du bon vouloir des personnes qui
oeuvrent au sein de ces organisations :
Pis ce que je déplore c’est que même quand je suis allée au
CLSC pour dire je suis enceinte, quelles sortes de ressources je
peux avoir, ils m’ont rien donné. Ils m’ont dit mais : « qu’est-ce
que tu veux? ». « Justement, je ne sais pas. Qu’est-ce qui
s’offre? » Puis, y’a fallu longtemps que je m’obstine avec
l’infirmière. On dirait qu’elle ne savait pas ce que je voulais dire
en disant : « À part les cours prénataux que vous offrez, qu’estce que je peux aller chercher? Parce que moi, je trouve que ça ne
va rien m’apporter les cours prénataux ». Il y avait des petits
pamphlets en arrière d’elle (et à force de persuasion, j’ai fini par
les obtenir) (Danielle).
Cette impression qu’il faut connaître au préalable un service pour obtenir une
information quant aux ressources alternatives revient souvent dans le discours des femmes. Si
on connaît, on risque de trouver. Le contraire semble moins évident. Maggy exprime bien ce
33
dernier paradoxe : « R. a rencontré une des conseillères en allaitement qui lui a dit qu’elle ne
pouvait pas (venir me voir) parce que ça devait être une infirmière qui lui demande de venir.
Puis moi, je ne pouvais pas dire à l’infirmière de la faire venir parce que je ne savais pas que
ça existait! » (Maggy).
4e constat : l’accès difficile à l’information sur les programmes et les services
répondant à leurs besoins
Il fut également surprenant d’entendre plusieurs femmes affirmer qu’il leur était
difficile de trouver l’information sur les services et les programmes répondant à leur condition.
Dans l’échantillon, cela touche particulièrement, les femmes socioéconomiquement
défavorisées, les femmes immigrantes et une femme présentant un handicap. Une
connaissance limitée des services et des outils, et l’absence de réseau, semblent ici des
éléments important pour comprendre cet état de fait. Encore une fois, la recherche
d’information s’effectue principalement à l’aide du réseau personnel, ainsi que par l’entremise
des CLSC, des cliniques spécialisées ou des organismes d’accueil pour les immigrant(e)s. Et à
nouveau les femmes disent dépendre du bon vouloir des personnes rencontrées. Si c’est la
bonne personne tout va pour le mieux, sinon la situation peut rapidement tomber dans
l’impasse ou encore devenir un jeu de ping pong où elles sont renvoyées d’une personne à une
autre. L’information qu’elles mentionnent avoir recherchée portait principalement sur les
programmes de soutien économique, sur des programmes d’accueil intégrant les dimensions
de la périnatalité et destinés aux nouveaux immigrants, de même que sur les services
spécialisés pour un handicap donné. L’inaccessibilité de l’information est également un point
soulevé par la participante affligée d’un handicap visuel. En effet, cette dernière déplore
l’absence d’information numérisée, braille ou audio, et constate que son handicap est un
facteur qui limite son accès à l’information « régulière » :
Premièrement, il y avait aucune documentation accessible,
aucune documentation à la magnétothèque ou à la SQLE (société
québécoise du livre adapté). Y’a pas de livre sur cassette de
disponible pour les non-voyants. Quand j’ai été à mon cours
prénatal, y’avait aucune documentation […]. Les médecins, ils
n’aident pas. Tout ce qu’ils savent dire : « Oh, ben là, on n’a pas
de ressources ». Puis, j’ai essayé d’en courir au niveau des
nutritionnistes, à différents niveaux, les travailleuses sociales de
34
l’hôpital, des CLSC, des centres spécialisés, du Centre Louis
Hébert qui est le logis de L’ADPQ. Puis, il y’a aucune ressource,
Il y’en a pas. Tu demandes aux ergothérapeutes qui sont
spécialisés pour les non-voyants : « Comment faut que j’adapte
ma maison pour mon bébé qui s’en vient », ils ne les ont pas les
ressources. Ils ne savent pas comment adapter une maison pour
une maman non-voyante. […] C’est vraiment le néant total
(Maggy).
L’accès difficile aux documents numérisés, nécessaires à l’utilisation des
équipements informatiques devant faciliter l’information aux non-voyants, fut régulièrement
déploré.
5e constat : l’absence de modèles d’accouchement sans intervention
Outre les services et les moyens documentaires, l’information quant aux ressources
disponibles et aux pratiques périnatales circule beaucoup informellement à travers le réseau
familial et interpersonnel des femmes. Cette information « informelle » les oriente dans leur
choix. Or, beaucoup de femmes interviewées nous ont fait part de l’absence, dans leur
entourage, de modèle de femmes ayant accouché sans intervention médicale, c’est-à-dire sans
épidurale ou sans césarienne. Certaines ont ainsi mentionné avoir souhaité accoucher sans
épidurale mais que l’absence de modèle leur confirmant qu’il était effectivement possible de le
faire les insécurisait et les incitait à choisir un accouchement assisté par la technologie. De fait,
le taux d’accouchements naturels dans les hôpitaux de la région de Québec serait de 10 % à
15 % depuis le virage ambulatoire (Villa dans Collectif « Les Accompagnantes » 2003). Ce
qui confirme en un sens que l’absence de modèle « naturel » entraîne une norme :
l’accouchement « médicalisé ». Certaines femmes (notamment les femmes autochtones) ont
cependant précisé qu’elles ne désiraient pas déroger de cette norme, exprimant de ce fait leur
souhait d’être comme la majorité des femmes québécoises.
Dans les témoignages entendus, un certain nombre de requêtes reviennent sans
cesse dans les discours :
35
•
Le souhait de trouver, dans les lieux de services de 1re ligne (cliniques, CLSC,
immigration Canada), une information diversifiée, répondant aux multiples
besoins des femmes;
•
Le souhait d’avoir accès à de l’information sur les ressources et les pratiques en
milieu hospitalier en tenant compte des réalités régionales et des cultures des
centres accoucheurs;
•
Le désir de recevoir de l’information à la fois sur les pratiques médicales et
alternatives, ce en quoi elles consistent, leurs forces et leurs faiblesses
respectives;
•
L’importance de transmettre cette information dans un langage compréhensible
et de s’assurer qu’elle a effectivement bien été entendue et comprise par la
femme (corroboré par Marshall en 2000).
La réponse donnée à ces souhaits par les services alternatifs pourrait peut-être
expliquer le taux de satisfaction élevé manifesté par les femmes interrogées qui ont bénéficié
de ces services.
3.2.1.2
Connaître ses droits
Pour certaines immigrantes, être informées sur leurs droits faisait partie des
données dont elles avaient besoin. Cela peut s’expliquer par le fait qu’elles ne connaissent pas
bien la législation québécoise et qu’elles souhaitent en être mieux informées afin de vivre leur
accouchement en toute liberté. Fabienne exprime bien ce besoin :
[…] la Chrysalide m’avait remis un feuillet sur nos droits et j’ai
trouvé ça tellement important de savoir où étaient mes droits, ce
que je pouvais demander au personnel infirmier… Il nous dit à
quelque part les frontières dans lesquelles on peut se mouvoir en
toute liberté, en toute sécurité et dans le respect de nos choix
sans confronter le protocole médical (Fabienne).
36
Nous avons pu remarquer que beaucoup de femmes interviewées ne connaissaient
pas leurs droits en matière de soins périnataux, ni ne savaient même qu’elles avaient des
droits :
Moi j’ai été très frustrée d’être obligée de prendre l’épidurale, de
ne pas savoir que j’avais le choix ou non. J’aurais voulu faire
mon temps à mon rythme. Je pensais que j’étais obligée d’avoir
un déclenchement et j’ai su après que ce n’était pas nécessaire.
Je n’ai pas été informée. Même au 2e, la machine était rendue
pour le déclenchement. Ça m’a bien frustrée. Le savoir avant, je
n’aurais pas eu les mêmes choix (Juliane).
Il est à noter que celles qui connaissaient leurs droits en avaient été informées par
leur accompagnante ou leur sage-femme. Ou encore dans leurs cours prénataux à la Malbaie
ou à la Chrysalide (centre périnatal alternatif à Québec). À la lumière des témoignages, nous
pouvons présumer que la connaissance de leurs droits permet aux femmes d’exercer leur
pouvoir. Fortes de leurs droits, elles peuvent se sentir libre et se sentir justifiées de poser des
questions, de choisir, d’énoncer ou de proposer le cas échéant, et si la santé de la mère et du
bébé le permet, d’exiger le respect de leurs choix.
3.2.1.3
La nécessité d’avoir accès à des ressources pour exercer ses choix et ses droits
Bien qu’être informées soit primordial, opérer des choix en fonction de cette
information apparaît aux participantes comme un pas de plus. Or, pour faire des choix éclairés,
les ressources doivent être disponibles et accessibles. Elles doivent aussi présenter une
diversité d’options (Morcos et autres 1989; Sutherns 2001). Ceci dit, on remarque à la lumière
des témoignages que les ressources traditionnelles, médicales et alternatives, ne sont pas
perçues comme également accessibles dans toute la région 03 (Québec métropolitain,
Portneuf, Charlevoix).
1er constat : les choix d’interventions variables en milieu hospitalier
Les femmes de Charlevoix déplorent l’absence d’interventions médicales
diversifiées, auxquelles elles seraient pourtant en droit de s’attendre :
37
C’est sûr, on a beaucoup de déceptions parce qu’on a beaucoup
trop d’attentes pour ce qu’ils nous offrent. Ce qui est frustrant,
c’est qu’on n’ait pas le choix de ce qu’ils nous présentent dans le
cours prénatal… On sait que ça existe mais on ne peut pas
l’avoir! Puis même l’épidurale, c’est quelque chose de pas très
accessible, faut que l’anesthésiste soit là. Peut-être que si on
l’avait, on ne la prendrait pas, mais c’est juste le fait d’avoir
l’éventail, qu’on puisse y avoir accès quand on veut. […] J’ai
l’impression que le fait qu’on soit éloignée, on en a moins peutêtre que dans les grands centres, fait qu’à ce moment là, ils nous
en parlent pas plus qu’il faut (Sylviane).
Par ailleurs, et ce pour toute la région 03, plusieurs femmes déplorent que les
intervenants et intervenantes ne proposent pas toujours les ressources, même si elles sont
disponibles ou présentées dans le cadre des cours prénataux comme disponibles :
Mais là, y’a certaines ressources qui sont présentées au cours
prénatal mais elles ne sont pas accessibles. […] Moi
personnellement, c’est ça qui me choque! Le fait d’accoucher
dans l’eau ou tu sais, ce qu’ils nous montraient pour changer la
douleur de place, Bonapace et les papules d’eau stériles. Ce n’est
pas que ça m’intéressait de l’avoir mais ils nous le montrent, ils
nous en parlent dans le cours prénatal, mais jamais ils m’ont
offert ça pendant mon travail! (Line).
2e constat : le peu de choix des lieux d’accouchement
D’avoir le choix est essentiel, pis si toi t’es plus à l’aise chez
vous tu devrais être capable d’avoir le choix, comme nous on
était plus à l’aise en maison des naissances, alors c’est là qu’on
est allé, si y’en a que c’est à la maison, pis c’est ça que je trouve
qu’il faut préserver, c’est le droit de choisir en matière
d’accouchement pour que tout le monde accouche en confiance
dans le fond (Sophie).
Plusieurs participantes, principalement à la Malbaie, ont exprimé leur déception
face au choix limité de lieux d’accouchement. Elles ont déploré le fait que le centre hospitalier
de la Malbaie soit le seul lieu d’accouchement possible dans la région, et que, dans les cas de
grossesses à risques, la parturiente soit systématiquement référée au Centre Mère-Enfant de
Québec (Saint-François d’Assise au moment où notre recherche a eu lieu puisque le CME
n’était pas encore ouvert) :
38
Il reste une chose, on n’a le choix, mais on a La Malbaie puis
Québec. Ce n’est pas un grand choix là! Je veux dire que le
choix est facile à faire! Je sais que les filles de Baie St-Paul vont
aller à Québec, elles sont à une heure de Québec. Ce n’est pas si
mal. Mais nous autres, deux heures de routes quand t’es dans les
contractions, ce n’est pas plaisant! (Martine).
Les femmes de Charlevoix sont particulièrement sévères à l’égard des services
périnataux reçus dans leur établissement régional. Elles déplorent une culture périnatale
centrée, à leur avis, sur les besoins des intervenants plutôt que sur les leurs, et dont le symbole
est l’accouchement avec étriers. À leurs yeux, peu de services y sont offerts dans une
perspective d’humanisation de la naissance. Même les locaux sont considérés inadéquats.
Pour toute la région 03, la quasi inexistence de diversité de lieux d’accouchement
en dehors du milieu hospitalier a été soulignée et déplorée. L’éloignement, la présence des
ponts et la liste d’attente de la maison des naissances sont perçus comme des freins importants
pour les femmes qui pourraient se montrer intéressées à faire les choses autrement. Plusieurs
ont exprimé le regret de ne pas avoir accès à une maison des naissances sur la Rive-Nord
(Charlevoix ou région urbaine de Québec).
3e constat : l’accès variable aux services dits alternatifs
Si les ressources alternatives sont parfois présentes en milieu hospitalier dans la
région urbaine de Québec, mais souvent passées sous silence, en région elles sont tout
simplement inexistantes. Les femmes domiciliées dans Charlevoix ont été unanimes en ce qui
concerne l’inaccessibilité à des ressources diversifiées comme l’hypnonaissance, le yoga
prénatal, la présence de sages-femmes ou d’accompagnantes, ainsi que sur la discordance de
l’information reçue dans l’unique cours prénatal comparativement à la réalité hospitalière de
leur région. Cette même difficulté a été soulignée pour la région de Portneuf, bien que la
proximité de la ville de Québec offre une certaine flexibilité et permet donc aux femmes un
meilleur accès à des ressources.
4e constat : les lacunes dans l’offre de services spécialisés
39
L’absence ou la difficulté d’accéder à certains services spécialisés ne pouvaient
manquer d’attirer l’attention. Le manque de programmes financiers pour jeunes mères sans
revenu en période périnatale, dû à leur condition d’étudiante ou de travailleuse autonome, a
aussi été longuement abordé dans le groupe des femmes économiquement défavorisées. Si des
ressources existent, elles n’ont point réussi à les identifier lorsqu’elles en avaient besoin. Selon
elles, il existerait bel et bien un vide dans les programmes et les ressources. Habituées à vivre
en femme autonome financièrement, cette absence de ressources est alors perçue comme une
forme d’humiliation et de retour en arrière puisqu’elles doivent dépendre de leur conjoint, si
celui-ci est présent. Ces jeunes femmes déplorent par ailleurs le manque d’harmonisation des
pratiques et des conditions d’accès aux services comme le programme OLO (oeuf, lait,orange).
Si à certains endroits (tels les CLSC) on les refuse, ailleurs elles finissent par découvrir
qu’elles y ont droit.
La participante non-voyante souligne avec force de son côté qu’il est ardu d’avoir
accès aux services spécialisés par manque de ressources financières. À son avis, de tels
services devraient être accordés aux besoins et non en fonction des revenus puisqu’ils
demeurent prohibitifs y compris pour les travailleurs de la classe moyenne. Elle souligne par
ailleurs l’absence de service tout court répondant au besoin des femmes non-voyantes mères
de jeunes enfants.
3.2.1.4
Les causes de l’inaccessibilité telles que présentées dans le témoignage des
femmes
Les causes de cette inaccessibilité aux diverses ressources sont bien souvent
multifactorielles. Outre les facteurs politiques, organisationnels et idéologiques qui peuvent
expliquer la faible diversité dans les lieux de naissance, la rareté des services en région, la
faible intégration des services alternatifs et traditionnels ou l’accès difficile à des services
spécialisés, certains facteurs liés plus spécifiquement aux conditions de vie des femmes
reviennent dans les discours pour pointer les difficultés. Ces facteurs sont : les coûts des
services, l’absence d’horaires atypiques ainsi que l’éloignement (temps et transport). Tous
représentent des freins à l’accessibilité, notamment pour les femmes économiquement
défavorisées, les femmes immigrantes ou la femme souffrant d’un handicap ou vivant en
40
région. Lucia exprime très bien cette réalité dans le témoignage suivant : « Je ne peux pas aller
aux rencontres prénatales parce que l’horaire est très difficile pour moi et mon mari. C’est de
19 h à 21 h au CLSC de Ste Foy. On n’a pas d’auto et on devrait prendre plusieurs autobus. ».
Certaines femmes témoignent avoir vécu dans un dénuement tel que même l’achat d’un billet
d’autobus était prohibitif.
Les témoignages recueillis sont donc porteurs de divers constats en matière
d’accessibilité : 1) les femmes en région considèrent qu’elles bénéficient de peu de services et
de ressources médicales; 2) de façon générale, plusieurs femmes déplorent la quasi inexistence
de diversité de lieux d’accouchement alors que les besoins et les visions de l’accouchement
sont multiples; 3) l’accès difficile à des soins diversifiés est pointé du doigt.
3.2.2
2e revendication : qu’il y ait un plus grand respect des besoins, des choix et des
droits des femmes lors de l’accouchement en milieu hospitalier
On ne fait pas toutes partie des mêmes cultures, des mêmes
religions. On ne pense pas toutes de la même manière, de la
façon dont on va avoir cet enfant-là, puis ce qu’on veut lui
apporter. C’est prioritaire de respecter les choix de chacune et je
pense que du fait d’avoir des protocoles comme ça et de dire
« nous on fonctionne de même, puis vous l’acceptez ou vous
allez ailleurs », on ne peut pas faire ça puisqu’on n’a pas le droit
d’accoucher chez nous! Donc, déjà en partant, de respecter
comment on décide de le vivre parce que c’est nous, ce n’est pas
l’enfant de l’hôpital, c’est notre enfant qu’on met au monde
(Hélène).
Cet extrait illustre bien toute l’importance que les femmes accordent dans leurs
témoignages au fait de considérer et de respecter l’unicité de chaque femme et, ainsi, les
besoins et les choix de chacune.
Ceci doit être fait dans le respect de leur vision de l’accouchement. Cette vision
apparaît, pour certaines, comme « le chemin pour avoir (son) bébé ». Peu d’emphase et
d’importance sont parfois mis sur la grossesse et sur la façon dont l’enfant va naître, dans la
mesure où le bébé est en santé :
41
Moi au début, je disais : « Regarde, le but s’est toujours bien
d’avoir un bébé, ce n’est pas d’accoucher ». Si tu tombes
enceinte, c’est que tu veux un enfant pas parce que tu veux
accoucher. L’accouchement, c’est le chemin pour avoir ton bébé.
Je ne pense pas je suis moins une femme parce que je n’ai pas
accouché naturel. Ce n’est pas ça qui fait la qualité d’une
personne, c’est d’avoir des enfants en santé pis d’être bien làdedans (Lili).
Pour d’autres femmes, l’accouchement est considéré comme un événement hors du
commun et porteur d’une part de mystère et d’imprévisibilité qui prend couleur d’un rite de
passage. Chaque expérience se rapportant à l’enfant à naître est donc vécue de façon unique.
Les femmes interrogées souhaitent toutes, à leur façon, compréhension et
considération, et ce, peu importe leur choix ou leur vision de l’accouchement, notamment en
regard de la présence ou non d’interventions médicales. Elles ne veulent pas être jugées. :
C’est le changement de chiffre, la 1re elle comprenait ce que je
vivais, l’autre c’était rien que de faire, veux tu essayer le ballon,
on dirait qu’elle voulait me faire essayer toutes les méthodes
possibles, mais moi je voulais juste avoir l’épidurale et plus
sentir parce que j’avais des contractions une après l’autre, elle
comprenait pas, ce n’est pas ça que je voulais (Maryse).
Il est important de souligner que cette seconde revendication est principalement
portée par les femmes ayant accouché en milieu hospitalier. Toutes les femmes ayant
accouché en maison des naissances ont en effet fait part d’une satisfaction totale à l’égard du
respect de leurs choix, de leurs besoins et de leurs droits, à l’exception de Christelle qui, elle,
ne s’est pas sentie respectée dans son besoin de rester plus longtemps à la maison des
naissances pour se reposer après la naissance de son enfant :
J’ai pas senti qu’on me mettait à la porte mais cette sage-femme
aussi elle est plus expéditive, faut pas prendre personnel tout ce
qu’elle dit mais moi j’ai accouché vers 6 h le matin et vers 16 h
elle me suggérait de m’en aller […] je me serais reposée, […] on
retourne dans la routine « Slack! », je serais restée plus
longtemps mais je me serais peut-être assise la dessus, j’ai
trouvé ça rapide mais t’as pas le choix que de te prendre en
mains tout de suite. Mais je me serais plus reposée (Christelle).
42
Toutefois, la situation rapportée par Christelle est isolée puisque parmi les
témoignages reçus, même dans le cas où les femmes souhaitaient une intervention médicale
(c.-à-d. partir à l’hôpital pour obtenir une épidurale), toutes ont mentionné le fait qu’elles
étaient responsables de leurs décisions et que leur sage-femme les accueillait et les respectait
dans leur choix d’avoir une intervention. À titre d’exemple :
Les sages-femmes elles, comment je pourrais dire ça, elles te
donnent ton pouvoir. T’as le pouvoir de […] elles le disent aussi,
si à un moment donné tu la veux l’épidurale, on s’en va à
l’hôpital pis on te la donne tu sais. Pis c’est toi qui prend la
décision, elles te disent tu peux l’avoir l’épidurale, il n’y a pas
de problèmes. Si tu te rends jusqu’au bout pis que tu n’es plus
capable, on te transfère à l’hôpital, ça tu le sais c’est toi qui
prends la décision (Sophie et Janine).
Ce constat va dans le sens des écrits de Vadeboncoeur (2004 : 90) : « il appert que
la formation et la philosophie entourant la pratique sage-femme, basées sur le respect des
besoins et des choix, encouragent l’autonomie des femmes pendant toute la période
périnatale ». Le témoignage de Maude fait ici écho : « (La sage-femme) m’a donné confiance,
elle m’a montré que j’étais capable de le faire […] elles nous laissent toujours prendre nos
décisions et ça nous aident à rester en contact avec nous, pis avec l’enfant […] ».
Les commentaires concernant l’importance de reconnaître les femmes dans leurs
spécificités propres et, partant, de tenir compte de la diversité de leurs besoins et de leurs choix
reviennent néanmoins avec régularité dans le discours de l’ensemble des participantes. Nous
présentons ci-après quelques-uns de ces besoins et choix autour desquels se cristallisent les
discours : besoins auxquels on n’a pas répondu (en milieu hospitalier) ou encore que les
femmes auraient souhaité ou apprécié qu’on les prenne en compte. Suivront les facteurs qui
favorisent, ou au contraire font obstacle, au respect de ces besoins et de ces choix.
3.2.2.1
Les besoins et les choix autour desquels il semble y avoir un consensus
Des besoins physiologiques de base
« Boire! Je n’avais pas le droit de boire, puis j’ai trouvé ça dur. Ça été long mon
premier accouchement puis je trouvais que les glaçons, ça ne me rafraîchissait pas assez.
43
J’avais hâte de boire. » (Hélène). Comme Hélène, plusieurs femmes témoignent de leurs
difficultés à trouver en milieu hospitalier une réponse adéquate à leurs besoins physiologiques
de base (manger, dormir, boire), et ce, dans le cadre d’un accouchement régulier.
L’intégrité physique
Plusieurs participantes ont partagé avec émotion les atteintes ressenties face à leur
intégrité physique et à leur intimité au moment de leur accouchement en milieu hospitalier :
« J’ai accouché à St-François d’Assise. C’était tous les étudiants qui après m’ont tripotée. Puis,
j’en ai eu à peu près 10. C’était infernal. À toutes les 15 minutes, y en avait un qui venait me
tripoter. » (Hélène).
Tous les autres médecins qui m’avaient fait les examens avant
me donnaient une serviette avant mais lui, non, c’était
« Envoyes, déshabilles-toi, écartes-toi les jambes! » […] Je me
couche, ça faisait pas son affaire parce qu’il avait pas eu le
temps de prendre son café, que c’était pas le temps, qu’il n’était
pas au courant, il m’a tout dit ça. Pis moi, j’ai peur […]. Il me
fait mon examen, j’ai jamais eu aussi mal de ma vie en me
faisant un examen, il est rentré sec, il poussait, il poussait, je me
levais dans mon lit « madame détendez-vous ou je ne serai pas
capable » […] « Bon, on va vous mettre le gel (pour le
déclenchement) ». Sans m’avertir, il rentre. J’ai fait comme :
« Hein ». Il est rentré dans le vagin sans me demander de
prendre une bonne respiration. C’est quand même une partie très
intime. Ce n’est pas n’importe qui, qui rentre ici. « Là, si vous
êtes toute raide le gel va ressortir ». Je lui ai dit : « Vous ne
pouvez pas vous imaginez ce que c’est que d’avoir quelqu’un
qui vous rentre dans le vagin sans vous avertir, Monsieur ».
« Ben là, moi je suis pressé, je m’en allais en césarienne! » Le
résident était là et il est sorti. Il était trop mal à l’aise. Quand il
est revenu, il (le résident) m’a dit : « Je suis désolé madame, je
suis sorti car j’étais trop mal à l’aise, je ne suis pas supposé vous
dire ça ». Il a pris le temps de parler (Laurence).
Plusieurs participantes, principalement des jeunes femmes et quelques femmes de
Charlevoix, ont également mentionné avoir été victimes de certains gestes ou attitudes qu’elles
ont perçu comme agressants ou avilissants. L’absence d’intimité (par ex. : des portes ouvertes)
est également un phénomène présent en milieu hospitalier auquel certaines femmes ont été
confrontées, et qu’elles ont déploré.
44
Le désir d’être entendues
Les émotions font partie intégrante de la vie : « Les peurs n’échappent pas au vécu
émotionnel des femmes enceintes que la nature semble avoir doté d’une immense capacité
d’inquiétude » (Brabant, 1991). Plusieurs participantes à la recherche nous ont fait part de
diverses peurs allant de la crainte d’une altération physique (c.-à-d. une déchirure) à la peur de
la douleur. Peur aussi de ne pouvoir accoucher par voie vaginale et craintes quant à la santé du
bébé à naître. Toutes n’ont pu partager ces craintes avec leur intervenant(e) : « Il y a une chose
que je ne peux pas exprimer du tout avec le gynécologue, pas les questions comme techniques,
mais l’intuition, les émotions, les peurs. » (Lucia). Par contre, celles qui ont pu le faire se sont
senties apaisées et disent avoir vécu leur grossesse et leur accouchement avec une plus grande
sérénité : « Elle (la sage-femme) m’a vraiment rassurée. Elle est vraiment allée chercher mes
peurs, mes craintes. On en a parlé beaucoup […]. Puis on s’est rendu compte que ce que
j’appréhendais, c’est ce que j’ai vécu à ma propre naissance […]. II a fallu couper ça. »
(Laurence).
Le désir que l’on respecte la façon choisie pour soulager ou vivre la douleur
Toutes les femmes rencontrées ont, sans exception, parlé de la douleur liée à
l’accouchement. Pour la majorité d’entre elles, l’accouchement est une expérience douloureuse
et le moyen de répondre à la douleur, du moins en milieu hospitalier, se résume pour ce qu’il
en est de la très grande majorité des femmes rencontrées, à l’épidurale.
Il va sans dire que le choix de l’épidurale n’est pas simplement motivé par la peur
des femmes. Il survient en raison de convictions personnelles, comme en témoignent Maryse
et Jeanne : « C’est sûr que j’allais demander une épidurale […] moi, je voulais pas subir la
douleur mais profiter de l’accouchement, je voulais en profiter, être là de corps et d’esprit, pas
juste subir la douleur, je voulais comme accoucher avec le sourire aux lèvres. » (Maryse).
Un de mes besoins, c’était qu’ils pouvaient me donner
l’épidurale, moi c’était important pour moi de ne pas souffrir,
moi c’est vraiment la douleur; pour moi c’est une
incompréhension de l’évolution de l’homme, j’ai aimé la
45
péridurale. Je n’avais pas perdu le contrôle sur mon corps, c’était
juste bien dosé (Jeanne).
Être respectées dans leurs choix face à une intervention médicale ou aux
approches alternatives
[…] moi, l’infirmière que j’avais elle avait accouché
naturellement et quand j’ai eu l’épidurale, elle me regardait plus
pareil parce que je faisais plus comme elle, […]. Là, l’infirmière
était plus avec moi, elle était juste à ses affaires alors qu’avant
elle me parlait : « prends ça comme une vague ». Elle m’aidait,
mais après c’était fini (Juliane).
De fait, toutes les femmes ont insisté sur l’importance de se sentir libre d’exprimer
leur désir d’avoir une intervention médicale, aussi bien en milieu hospitalier qu’en maison des
naissances. Elles ont insisté également sur leur souhait de pouvoir vivre sans jugement
péjoratif le choix d’accoucher de façon naturelle en milieu hospitalier, ou encore de bénéficier
d’une intervention alternative, si désiré (par ex. : l’homéopathie).
Être prise en charge ou se prendre en charge : même besoin de respect
Plusieurs femmes souhaitent d’emblée être prises en charge par le corps médical :
« Moi, je veux un médecin qui soit capable de faire un accouchement et une infirmière qui soit
capable de coacher aussi. J’aime ça être prise en charge par un système médical organisé […].
Je pense qu’on doit être capable de laisser les professionnels travailler » (Nancy). D’autres
suivent tout simplement quand elles constatent qu’elles ne peuvent contrôler leur
accouchement. Elles font alors confiance à l’équipe médicale en place et se laissent guider au
rythme des intervenant(e)s et des interventions déjà en cours : « [L’accouchement était] hors
de mes mains parce que je ne pouvais commencer de manière naturelle. Je dépendais de toutes
les interventions, comme la rupture des membranes, de tout le matériel médical mis en place. »
(Lucia).
Le cas des jeunes mères est particulier. La majorité de celles que nous avons
interviewées se sont senties infantilisées lors de leur accouchement en milieu hospitalier, et
elles le déploraient. Selon elles, le personnel a pris toutes les initiatives sans leur laisser aucun
pouvoir décisionnel. Elles considèrent qu’en raison de leur jeune âge, il leur a été difficile de
46
faire valoir leurs propres choix auprès des intervenant(e)s à cause de préjugés défavorables
entretenus par ces derniers à leur égard, comme en témoignent Laurence et Lili : « Plus t’es
jeune, moins tu peux décider, ils te demandent encore moins ton avis, la prise en charge est
plus grande parce qu’ils ont l’impression qu’on ne sait pas grand-chose. » (Laurence). « Mais
moi, rencontrer une infirmière qui se prend pour ma mère parce que je suis dans la jeune
vingtaine et que je suis enceinte, mais je n’ai pas besoin de me faire materner, là! Je suis
rendue une adulte responsable, qu’elle se prenne pour ma “ma tante”, ce n’est pas la relation
que je veux avoir. » (Lili). Les jeunes femmes veulent être reconnues dans leur capacité de se
prendre en charge. Elles veulent avoir un droit de parole sur leur accouchement et être
respectées dans leurs décisions et leurs compétences au moment d’avoir un enfant : « Ils
devraient comprendre que si on a été assez raisonnable pour prendre la décision de le garder,
c’est qu’on est prêt, même si on est jeune » (Susanne).
Les femmes accompagnées par l’une des membres du Collectif « Les
accompagnantes » ou par une sage-femme, ainsi que celles ayant souhaité les services d’une
sage-femme mais n’y ayant pas eu accès pour différentes raisons, insistent elles aussi sur leur
volonté de s’approprier leur accouchement et sur le fait qu’elles veulent voir respecté leur
propre rythme de travail :
Lors de l’accouchement, « tu vas à la rencontre avec un être qui
est ton enfant mais ce cheminement, c’est toi qui doit le faire.
C’est de permettre cette conquête là pis avec les hésitations et au
rythme auquel tu aspires, et pas cette dimension très
interventionniste pour finalement fouler cette contrée lunaire.
Moi, l’image qui me vient en tête, c’est comme si le personnel
hospitalier avait tendance à te mettre sur des rails, des rails puis
de dire : “go, go, vas-y!”, plutôt que toi tu vas peut-être des fois
tourner à droite et à gauche, parce que le déclenchement de mon
accouchement souvent moi aussi on me l’a fait et j’ai résisté,
comme toi. » (Fabienne).
Le désir d’être reconnue dans leur savoir informel, intuitif ainsi que pratique,
pour celles qui ont déjà accouché
Grâce à la présence de leur accompagnante, de leur sage-femme et parfois de leur
médecin ou de leur infirmière, certaines participantes ont exprimé la possibilité qu’elles ont eu
47
d’être reconnues dans leur savoir informel et leur intuition. Ce savoir est défini par les femmes
comme étant leur capacité innée de mettre au monde leur enfant, comme étant quelque chose
d’ancré en elles :
[…] qu’on prenne en considération, même si c’est un savoir faire
qui est complètement informel et plus fondé sur quelque chose
d’instinctif. Ils ne prenaient pas en considération que c’est une 2e
ou 3e grossesse, mais quelque part tu emmagasines un certain
savoir faire […]. Et ça, je trouvais que ce n’était pas pris en
compte et qu’on ne se fie pas à l’instinct et à ce savoir-faire de la
femme […]. Ces choses- là, qu’on sait parce que c’est ancré en
nous, parce qu’on s’écoute, qu’on sent les choses, ce n’est pas
pris en considération (Fabienne).
Le désir, pour certaines, que soit tenue en compte la dimension spirituelle de
l’accouchement
Le besoin de compréhension et de considération faisait également référence à
l’aspect spirituel que revêt l’accouchement pour certaines femmes :
[…] pis pour moi, l’accouchement, c’est le moment le plus
important dans la vie d’une femme. Pis vivre ça à l’hôpital, ça
empêche de toucher à ce qu’est l’essence de l’accouchement
pour la femme au niveau spirituel […] et de m’ouvrir aux
messages que mon accouchement a à m’envoyer. C’est comme
un genre d’initiation un accouchement. Ça m’a vraiment permis
de grandir intérieurement, d’une façon que j’aurais jamais pensé,
capitale (Maude).
Toutefois, bien que certains médecins puissent avoir une ouverture à l’aspect
spirituel de l’accouchement, celles qui sont sous leurs soins ne font pas référence en général à
cette dimension mais insistent plutôt pour être reconnues dans leur vécu émotionnel, quel qu’il
soit. Ce discours sur la dimension spirituelle de l’accouchement est surtout porté par les
femmes qui ont choisi d’être suivies par une sage-femme ou accompagnée par une membre du
Collectif « Les accompagnantes ».
Porter une attention particulière au vécu émotif entourant la césarienne
Pis la 2e fois, le médecin m’a dit : « Là, la 1ère chose que je veux
te dire, c’est que tu peux l’avoir par voie naturelle après une
césarienne, ça peut se faire ». Fait que tu espères. Fait que je me
48
suis préparée en conséquence. Puis, tu arrives là, je ne sais pas
ce qu’il y a, mais je n’arrivais pas à… Je ne dilate pas. Ça
coince. Je ne sais pas. Il y a un côté physique, au niveau du
bassin, ça ne passe pas. Mais je me suis quand même rendue
jusqu’à […] elle était sur le point de sortir, mais elle ne passe
pas. Puis, un moment donné, tu vois le cœur (flancher) et le
médecin demande la césarienne. Je savais ce que j’allais endurer.
Après, ça fait tellement mal, c’est long. La convalescence est
longue. Je ne voulais pas pleurer. Je m’étais promis de ne pas
pleurer. Ça prouve que la douleur est encore là (Patricia).
C’est un deuil à faire un petit peu, c’est de dire moi ça ne c’est
pas passé comme ça. C’est un deuil à faire. On le fait. Ils nous
donnent tellement de calmants, on n’a pas le choix, parce que
c’est une chirurgie. Ça prend du temps avant de remonter la
pente. Tu ne peux pas lever ton bébé haut dans les bras (et
choses) semblables. C’est long (Lili).
Les témoignages de Patricia et de Lili montrent que la césarienne n’est pas une
opération anodine et qu’elle est porteuse de souffrances physiques et psychologiques
lorsqu’elle n’est pas planifiée. Elle demande souvent un ajustement de la part de la parturiente
qui doit alors faire le deuil d’un accouchement par voie vaginale; elle nécessite parfois un
soutien moral afin que la femme se sente valorisée, malgré tout.
[…] si les gens étaient plus humains, elles (les femmes ayant
subi une césarienne) ne se sentiraient pas dénigrées. Elles se
sentiraient femme pareil. Elles se sentiraient mère pareil. Elles se
sentiraient capables pareil. Elles ne se sentiraient pas comme si
elles s’étaient fait enlever l’appendicite. […] C’est long avant
que tu t’enlèves de l’idée que tu as raté ton accouchement. Il
faudrait travailler dans le sens où on félicite la personne qui a
accouché (Roxane).
Cependant, il faut noter que lorsque la césarienne est planifiée, et même choisie, les
choses semblent se passer beaucoup mieux :
Par contre, au 2e, ça a mieux été parce que j’avais préparé mon
médecin, que étant donné que moi j’avais un bassin étroit, c’était
pas mal sûr que je ne pouvais pas accoucher naturellement par
rapport a ce que bon, le bébé est plus gros, puis le passage… Fait
qu’au 2e, j’ai trouvé ça plus agréable parce que j’ai planifié ma
césarienne. Fait qu’on me disait : « Telle date, tu vas rentrer le
49
matin ». J’étais bien préparée parce que je savais à quoi
m’attendre (Nina).
3.2.2.2
Les facteurs qui favorisent ou font obstacle au respect des besoins, des choix et
des droits
Les facteurs présentés ici sont tirés directement des témoignages des femmes
participant à la recherche et illustrent bien leurs perceptions quant à l’influence qu’elles
pouvaient ou ne pouvaient pas avoir à divers moments sur ces mêmes facteurs. Elles ont en fait
peu référé à des considérations idéologiques (c.-à-d. : au pouvoir médical), juridiques (c.-à-d. :
aux poursuites), politiques (c.-à-d. : aux orientations gouvernementales), économiques ou aux
rapports de genre qui influent également sur le respect des besoins, des choix et des droits des
femmes. Nous présentons ces facteurs sans instituer un ordre d’importance mais en soulignant
que tous ont été récurrents dans le discours des femmes rencontrées.
1er facteur : l’existence de capacités individuelles pour exprimer ses besoins, ses
choix et faire respecter ses droits
Outils disponibles et habiletés individuelles apparaissent comme des conditions
sine qua non à l’expression des besoins et des choix. Les habiletés de communication, la
capacité de réflexion, l’aptitude à préparer un plan de naissance et à affirmer sa volonté sont
des atouts indéniables.
L’utilisation de ces capacités d’ordre individuel repose bien sûr sur les
connaissances qu’ont acquises les femmes : l’accès à une information diversifiée et fiable,
durant la grossesse et tout au long du travail et de l’accouchement, est donc nécessaire pour
qu’elles puissent choisir, demander, voire exiger au besoin. Il en va de même pour la
connaissance de leurs droits en période périnatale, qui délimite les frontières à l’intérieure
desquelles elles peuvent se mouvoir. Car une femme ne peut exprimer ses choix et ses droits si
elle n’en a pas été informée clairement au préalable.
Ainsi, la connaissance acquise dans le cadre de certains cours prénataux ou auprès
de leur sage-femme, ou encore de l’accompagnante, donne-t-elle aux femmes une bonne
50
connaissance de leurs droits et une grande détermination dans leur désir de faire respecter leurs
choix le jour de l’accouchement :
Avec Claire (l’infirmière), on a pu aussi en parler beaucoup dans
les cours prénataux. Fait que ça, ça m’a aidée à voir qu’il y avait
d’autres types d’expériences. Puis, que oui, ça pouvait être
facile. Puis, avec Claire, on a parlé aussi de toute la préparation
[…]. Elle nous dit qu’on n’est pas malade et qu’on doit avoir le
contrôle de notre accouchement. Puis qu’on doit avoir le choix
de faire ça, ça, ça. Mais ce n’est pas ça pantoute!!! Bien moi la
ceinture, je l’ai fait débarquer, quand tu parles du pouvoir. Ils
(les membres du personnel infirmier) ne voulaient pas. Ils
disaient : « ça prend les battements du cœur du bébé ». J’ai dit :
« regarde, moi je ne suis plus capable de l’avoir la ceinture, elle
me tombe sur les nerfs, je ne la veux plus ». « Faut absolument
les battements du cœur du bébé, ça la prend! ». J’ai dit : « Tu me
la remettras plus tard, donne-moi un break, je n’en peux plus! »
(Maya).
Par ailleurs, les femmes ayant préparé un plan de naissance ont mentionné
l’importance de l’information contenue à l’intérieur de ce dernier. Elles ont apprécié le
pouvoir qu’il leur donnait et ont souligné l’avantage d’avoir un support écrit auquel elles
pouvaient se référer le cas échéant le jour de l’accouchement, et qui permettait de faire
respecter leurs choix, comme l’exprime Fabienne : « […] le plan de naissance, ça permettait à
tout le monde de savoir ce que je voulais. L’accompagnante fait en sorte que c’est toujours tes
choix qui vont primer » (Fabienne).
Nous avons constaté que le manque d’outils et d’habiletés touchait principalement
les femmes primipares ou celles qui étaient les moins scolarisées parmi les participantes de
notre recherche. L’éducation est d’ailleurs souvent perçue dans les recherches comme un
facteur déterminant de « l’aptitude à influencer les autres et à faire des requêtes » (traduction
libre, Pelkonen, Perala et Vehvilainen 1998 : 18). D’autres facteurs semblent avoir joué un rôle
pour les femmes interrogées : la présence d’une précarité émotive (par. ex. : abandon du
conjoint en cours de grossesse) ou financière, la méconnaissance de la société d’accueil, ainsi
que la présence d’un handicap semblent aussi imposer des contraintes de temps, de
disponibilité, de ressources et d’énergie qui viennent étouffer l’expression des capacités
individuelles.
51
2e facteur : des besoins essentiels insatisfaits
Abraham Maslow (1943) expose dans sa pyramide des besoins l’importance de
satisfaire ceux situés aux niveaux inférieurs (physiologiques) avant de penser à ceux placés
aux niveaux supérieurs de la pyramide. D’après sa théorie, il existerait une hiérarchie qui
impose qu’un besoin supérieur ne puisse être comblé qu’à la condition de satisfaire les
premiers. On peut donc supposer qu’il sera plus difficile, pour les femmes dont les besoins de
base ne sont pas comblés (par ex. : la sécurité, le repos, la soif, le respect de l’intégrité
physique), de prendre des décisions en fonction des choix qui leur seront offerts ou de
répondre adéquatement à leur besoin d’accomplissement puisque celui-ci se situe au plus haut
niveau de la pyramide.
3e facteur : la conviction d’être capable d’enfanter
« Ça fait des millions d’années qu’on accouche comme ça […].
J’me suis dit : ce sera pas quelqu’un qui va m’accoucher, c’est
moi qui va accoucher […] je vais être capable. » (Anne).
Pour certaines femmes, leur propre conviction dans leur capacité de mettre au
monde un enfant a favorisé le respect de leurs besoins, de leurs choix et de leurs droits. Cette
conviction a surtout semblé présente chez les femmes suivies par une sage-femme, une
accompagnante, ainsi que chez quelques femmes de Charlevoix. Elle a également été repérée
chez celles ayant bénéficié d’une préparation prénatale particulière (notamment le yoga
prénatal), préparation au cours de laquelle elles furent informées de leurs droits et où l’accent
fut mis sur la confiance en elle-même et en leur savoir-faire instinctif :
[…] La Chrysalide, le travail que fait Denise Laurendeau et ses
collaboratrices, est vraiment extraordinaire […] On est plus dans
un processus d’autonomie habilitant et ça nous permet aussi en
tant que femme […] au conjoint aussi […] ça nous habilite.
C’est comme si on devenait (pré-parent) avant l’accouchement
et qu’on prenait en main cet événement-là. Elle nous fait vivre la
grossesse différemment, pas comme un acte médical, mais
comme un voyage (Fabienne).
De fait, beaucoup de femmes rencontrées ont dit qu’elles s’étaient senties
ragaillardies du seul fait de se redire à elles-mêmes qu’elles n’étaient pas les premières à
52
mettre leur enfant au monde et que, comme bien d’autres femmes avant elles, elles se
sentiraient bel et bien prêtes à vivre l’expérience de l’accouchement le moment venu.
Cette conviction en leur propre capacité à enfanter peut être renforcée par
l’expérience antérieure de la parturiente, mais aussi par la confiance manifestée par
l’intervenant ou l’intervenante dans leur savoir-faire et leur compétence. À la lumière des
témoignages recueillis, un suivi adéquat par une sage-femme ou une accompagnante, et par
une ou un médecin, semble vraiment favoriser une prise en charge de son accouchement par
une femme.
4e facteur : le pouvoir de choisir son intervenant ou intervenante en fonction de
ses besoins et de sa vision de l’accouchement
J’ai pris un médecin qui était reconnue pour être très, très
humaine, très chaleureuse. J’avais demandé le nom de différents
médecins qui étaient réputés pour être un petit peu plus ouvert
d’esprit. » (Anouck).
Se donner le droit de « magasiner » et de choisir son médecin, gynécologue ou
sage-femme afin d’être suivie par un(e) intervenant(e) qui partage sa vision de l’accouchement
ou sa philosophie des soins est important. Comme aussi le fait d’aller se chercher une
accompagnante, au besoin, favorise la création d’un environnement propice au respect de ses
choix et droits. C’est d’autant plus important pour les femmes qui désirent une approche moins
technique et plus intimiste, ce qui se révèle parfois en contradiction avec la culture des centres
accoucheurs situés en milieu hospitalier.
Les critères les plus souvent cités pour effecteur leur choix, et ce, indépendamment
de la vision de l’accouchement, de l’âge, du statut socioéconomique, de la situation
géographique et de la culture des participantes, touchent les caractéristiques personnelles de
l’interventant(e) telles l’ouverture d’esprit, l’humanité, l’écoute et le fait d’inspirer la
confiance. La compétence professionnelle et les possibilités de poursuivre un suivi en
postnatal à long terme sont aussi des critères mentionnés. La grossesse est en effet une
occasion saisie par certaines pour identifier un médecin de famille et quitter ainsi les listes
d’attente.
53
Ce « magasinage » est principalement effectué dans le cadre du suivi prénatal, mais
il est aussi envisagé par certaines le jour même de leur accouchement, si elles sont en
condition de le faire : « […] si j’avais une antipathie naturelle envers ce médecin-là, c’est sûr
que moi je n’accouchais pas ici » (Sylviane). De fait, Sylviane, cette participante de
Charlevoix, avait prévenu son conjoint de son désir de partir accoucher à Québec dans
l’éventualité où tel médecin particulier aurait été de garde le jour de son accouchement.
Le choix est également orienté par les besoins des femmes et par leur vision de la
périnatalité. Comme le montre une étude menée par Galotti et autres (2000) sur le choix d’un
intervenant pour la naissance, les auteurs constatent que les femmes qui donnent la préférence
à une sage-femme sont plus ouvertes aux approches alternatives que celles qui choisissent un
médecin. Les femmes suivies par une sage-femme se décrivent quant à elles comme prenant
des décisions plus intuitives que rationnelles, et elles semblent également avoir une vision plus
positive de l’accouchement. Elles ont foncièrement une vision naturelle de la grossesse et de
l’accouchement et font preuve d’une confiance en elle, qui est bien sûr entretenue par la sagefemme tout au long du suivi. Finalement, ces femmes acceptent d’être différentes des autres
qui choisissent un médecin et elles assument leur choix sans se laisser influencer par autrui.
Les résultats rapportés par Galotti sont confirmés par les nôtres quand on s’arrête aux femmes
de notre recherche qui ont été suivies par une accompagnante8 et à celles suivies par une sagefemme. Sophie en témoigne :
Moi aussi, j’ai eu pleins d’amis, pas te faire traiter de folle mais
quasiment. Pis mon conjoint au bureau, il est arrivé un matin
avec un article sur son bureau concernant une poursuite contre
les sages-femmes. C’est un employé de son bureau qui avait mis
ça et il lui disait : « Es-tu malade! Ta blonde va aller accoucher
là! Les faits sont là ». Il trouvait que c’était irresponsable de
notre part de prendre le risque avec un enfant d’aller accoucher
dans un milieu qui est non sécuritaire d’après eux. Les amis ont
été supportants quand même, mais il y a eu plusieurs rencontres
où il fallait justifier nos choix, rassurer les gens; autant ça que
l’allaitement.
8
L’accompagnante, au même titre que la sage-femme, encourage la prise en charge par la mère de sa propre
santé, laquelle commence avec son accouchement et, grâce à son approche respectueuse de la femme dans sa
globalité, la soutient et l’encourage dans son autonomie et son savoir-faire (Collectif « Les
Accompagnantes »).
54
5e facteur : la création d’une relation de confiance avec son médecin accoucheur
ou sa sage-femme
Elle (la gynécologue) était humaine. Elle ne s’acharne pas. Elle
est humaine. Elle t’explique les vraies affaires. Elle te dit ce
qu’il en est, puis elle est ouverte. Par exemple, moi, je lui avais
demandé si je pouvais avoir des positions d’accouchement
particulières. Elle avait dit : « Pas de problème, c’est toi qui
accouches ». Très ouverte, très humaine. Quand je suis rentrée à
l’hôpital pour mes saignements, elle venait nous voir tous les
jours. Elle prenait le temps de s’asseoir au pied du lit, de parler
avec nous (Maggy).
Toutes les femmes rencontrées à l’occasion de la recherche s’entendaient sur
l’importance d’avoir une bonne relation avec leur intervenant(e) pendant le suivi prénatal.
Cette bonne relation, basée entre autres sur la confiance, les femmes en parlaient comme la
source d’un sentiment d’assurance. Savoir que l’intervenant(e) respectera les besoins et les
choix qu’elles feront en cours de grossesse et lors de l’accouchement est rassurant : « […] le
gynécologue qui était là était quand même à l’écoute, il a prit le temps de m’écouter et de
savoir pourquoi je pleurais, ça m’a un peu rassurée de savoir qu’il était à l’écoute des
besoins » (Laurence).
Une relation satisfaisante est également basée sur la communication, c’est-à-dire
sur la présentation d’une information diversifiée par l’intervenant(e) et l’expression en retour
par la femme de ses attentes et de ses besoins. L’écoute attentive (c’est-à-dire l’accueil et
l’ouverture aux demandes et aux questions des femmes), de même que l’échange autour de
l’information transmise favorisent la prise en compte de leurs besoins et le respect de leurs
choix et de leurs droits. Ayant instauré une bonne relation avec leur intervenant(e), la majorité
des femmes interviewées ont dit souhaiter sa présence le jour de l’accouchement afin de
s’assurer qu’on respectera les besoins exprimés lors du suivi de grossesse et qu’on respectera
également les décisions prises.
Si elles peuvent effectivement choisir certains intervenant(e)s (médecins,
gynécologues ou sages-femmes) et développer avec eux ou elles un lien privilégié, les femmes
déplorent le fait qu’elles ne soient jamais assurées de leur présence effective à l’accouchement.
55
Ce bris dans le lien de confiance est un handicap en milieu hospitalier et il est souligné par
plusieurs. Il incite même certaines à recourir à des interventions spécialisées, tout comme
Sylviane :
Ben moi j’ai été chanceuse parce que mes deux accouchements,
c’est mon médecin à moi qui m’a accouché. Elle s’est organisée
pour me déclencher dans sa semaine de garde. Pis j’étais très
contente. Sauf que c’est nous autres qui choisi notre médecin qui
va te suivre tout au long de notre grossesse. J’aimerais ça qu’on
puisse aussi choisir notre médecin, que ce soit notre médecin
qu’on a choisi qui nous accouche […]. Ça, je trouve ça plate. On
se choisi un médecin qui va nous suivre. Il nous connaît
normalement. Il voit la grossesse évoluer.
Cette inquiétude est toutefois moins présente chez les femmes qui accouchent en
maison des naissances puisque malgré le fait que leur sage-femme puisse avoir un
empêchement le jour de leur accouchement, elles sont assurées de la présence d’une autre
sage-femme déjà rencontrée au cours de leur grossesse. Elles ont insisté sur l’importance de la
relation établie tout au long de la grossesse avec leur sage-femme, mais aussi avec plusieurs
autres sages-femmes présentes dans la maison des naissances au moment de leurs visites
prénatales.
Certaines femmes désirant accoucher en milieu hospitalier et connaissant bien la
réalité du milieu ont, de façon similaire, déterminé leur choix en fonction de la philosophie
partagée par une équipe de médecins, afin de pallier l’absence possible du praticien
« traitant ». Un tel choix permet aux femmes de s’assurer du respect des décisions prises en
cours de grossesse :
J’ai cherché plutôt une équipe de médecins qui avait une
philosophie. Ça me rassurait beaucoup de savoir que si c’était
pas le médecin qui m’avait suivi, bien c’était quelqu’un qui allait
pouvoir poursuivre un peu la démarche qu’on avait entrepris
pendant la grossesse. […] Puis, j’ai été très satisfaite. Ça me
rassurait beaucoup […] quelqu’un avec qui tout ce que j’avais
décidé avec mon médecin allait être considéré (Jeanne).
56
Le service d’accompagnement est également choisi par certaines comme stratégie
pour s’assurer d’une présence continue lors de l’accouchement, laquelle permettra le respect
des besoins, des droits et des décisions de la femme.
6e facteur : l’attitude des intervenants et intervenantes lors de l’accouchement
Bien moi, j’aurais aimé […] que le suivi qui soit fait moins long
avec la feuille que l’infirmière remplissait. J’ai eu l’impression
dans mes deux accouchements d’être traitée comme un rat de
laboratoire là vraiment. Sont là, ils sont assis puis, ils écrivent.
Puis, ils ne te touchent pas. Puis, ils ne te regardent même pas.
Puis, ils ne me disent pas : « Comment tu te sens? As-tu besoin
de…? On a tel moyen si tu veux que la douleur s’en aille. »
(Hélène).
Plusieurs, comme Hélène, témoignent d’une emphase excessive mise sur l’aspect
biologique et technique de l’accouchement, au détriment du rapport humain. Ce qui semble
provoquer un sentiment de solitude chez la femme.
Il ressort en gros des témoignages que l’attitude des intervenant(e)s, dont les
infirmières, est déterminante pour la qualité de l’expérience vécue. Une intervention attentive,
humaine, compréhensive, empreinte d’empathie et de disponibilité rassure la femme en travail
et lui permet de vivre une expérience plus satisfaisante. En ce sens, les qualités recherchées ne
résident pas seulement dans l’expérience professionnelle et les compétences techniques mais
aussi dans les habiletés humaines de l’individu. Les femmes recherchent encore une fois
compréhension et considération :
Je trouve que c’est rassurant. Il y’en avait une (infirmière). Elle
avait vu des accouchements. Elle était super fine, à l’aise,
confortable. Elle me tenait comme si c’était ma mère. J’ai
quasiment vécu une relation interpersonnelle avec elle. J’ai
trouvé ça super. On se dit : « Je ne la reverrai plus après, mais il
me semble que je l’aurais invitée à venir prendre un café ». Je
l’ai trouvée très bonne (Maryse).
L’étude de Marcotte (1999), de même que celle de Walker, Hall et Thomas (1995)
abondent dans le même sens et constatent aussi que la présence continue d’une personne tout
au long du travail, la coopération du personnel en place et la confiance que les femmes ont
57
dans l’intervenant(e) sont autant de facteurs qui influenceront positivement le déroulement de
l’accouchement et donneront à la femme la confiance nécessaire pour mettre son enfant au
monde.
7e facteur : la rigidité du protocole médical
Assouplir le protocole. Je trouve ça lourd. Toutes nous mettre
dans le même panier au départ […]. Puis finalement, tu te
trouves embarquée dans le protocole, dans le moule, le fichu de
protocole! Avoir plus d’ouverture. Tu n’es pas obligée d’être
prise en charge médicale à 100 % tout de suite en rentrant. Y’a
peut-être moyen de trouver un juste milieu […] qu’il y ait moyen
de passer à côté du protocole de base sans être obligée de se
débattre, pis de se battre pis de se fâcher […] de ne pas avoir
l’impression d’être marginale si on veut faire les choses
différemment, se faire regarder de travers, se faire répondre bête
ou se faire juger (Anouck).
La rigidité du protocole médical est évidemment un facteur limitant qui a été
évoqué par quelques femmes comme pouvant faire obstacle au respect de leurs besoins, de
leurs choix et de leurs droits. Elles se sont plaintes du fait de ne pas avoir été considérées dans
leur unicité, la généralité primant sur l’individualité. Cette rigidité du protocole peut
effectivement, dans certains cas, aller à l’encontre des besoins et des choix des femmes, qui,
sans les connaissances ou le soutien nécessaires pour faire valoir les options qu’elles
privilégient se sentiront contraintes de se plier aux exigences des intervenant(e)s du milieu.
3.2.2.3
Pour conclure la 2e revendication
Le discours sur le respect des besoins, des choix et des droits des femmes porte
donc principalement sur quatre grands ensembles soit : 1) l’atteinte et la violation du corps des
femmes; 2) le respect de la diversité de leurs choix, à l’image de leur diversité en tant que
femmes, que ces choix soient d’ordre médical ou alternatif; 3) la reconnaissance de leur vécu
émotif, et 4) la reconnaissance de l’expérience d’accouchement en tant qu’acte naturel et
spirituel, et non seulement physiologique et médical. Les facteurs invoqués comme favorisant
un plus grand respect des besoins, des choix et des droits des femmes mettent principalement
en lumière la nécessité d’outiller les femmes pour qu’elles se sentent plus fortes et plus
confiantes dans leur pouvoir d’agir. S’allier les intervenant(e)s dans une expérience de
58
grossesse et d’accouchement s’avère également un facteur d’importance pour que les choses se
passent à la satisfaction des femmes.
3.2.3
3e revendication : que soit présente, de façon continue, une personne
d’expérience, à l’écoute et disponible pendant le travail et ce, dans un contexte
sécurisant
Quelqu’un qui t’accompagne dans ton travail tout le long…
C’est génial une présence […] Le côté humain […] pour moi,
c’est la chaleur, se sentir entourée, la bienvenue. Tu donnes la
vie. On est supposée être la personne la plus importante dans ce
moment-là. Souvent, ils (les membres du personnel médical) ne
sont pas là pour toi, justement. Une accompagnatrice qui serait
là juste pour ça, juste pour toi, pour s’occuper de toi du début à
la fin. Être là : « Bon, là, on est rendue à telle étape ». La même
personne, pas 50. […]. Moi, surtout d’avoir un environnement
encadré mais du côté humaniste, comme à la maison. Peut-être
qu’un deuxième, j’oserais peut-être, sauf que déjà d’avoir le côté
humaniste pis du monde qui sont à l’écoute de toi, du confort.
Moi, je suis très sensible si on vient me chercher du côté cœur, si
je me sens bien avec les personnes autour de moi, je vais aimer
ça pareil. Je me dis, que tu sois n’importe où, d’abord que tu es
bien encadrée, que tu te sens en confiance (Martine).
Au cœur du discours sur la satisfaction lors de l’accouchement se trouve
l’accompagnement, et ce, pour l’ensemble des femmes interrogées dans le cadre de notre
recherche.
La qualité de l’expérience semble en effet intimement associée à celle de
l’accompagnement reçu, compris ici dans un sens large : comme la présence continue d’une
même personne qui a de l’expérience, qui est à l’écoute et qui est disponible tout au long du
travail. Cette personne peut être une infirmière, une accompagnante, une sage-femme ou un(e)
médecin. Elle joue le rôle de guide : elle accompagne la femme en travail, lui montre le
chemin, la voie à suivre.
La notion de continuité fait majoritairement référence au moment du travail et de
l’accouchement pour les femmes qui n’ont pas eu d’accompagnante. Par contre, cette notion
s’élargit à toute la période périnatale pour celles qui ont été accompagnées d’une
accompagnante ou d’une sage-femme.
59
3.2.3.1
Caractéristiques de cet accompagnement
Un accompagnement réalisé par une personne d’expérience
L’accompagnatrice ou l’accompagnateur est avant tout une personne qui a une
expérience de l’accouchement et une compréhension du milieu où il se déroule. Cette personne
est ainsi plus à même de guider la femme en travail et de la renseigner sur le déroulement de
l’accouchement : sensations physiques, « normalité » du processus, faits et gestes des
intervenant(e)s, atmosphère, nature des interventions. Les femmes ont clairement exprimé que
cette présence ne pouvait être assumée par le conjoint en raison de son manque d’expérience et
peut-être surtout de son implication émotive.
J’étais dilatée à 6-7 à peu près, là. Parce qu’avant ça, t’as du
travail, t’as des questions. Puis là, j’étais tout le temps : « Là,
Claire, là où est-ce que je suis rendue? Qu’est-ce qu’il me reste à
faire comme chemin? Ça va- tu bien ou c’est pas normal? Que
ce soit long comme ça, que ça passe de 6, y’as- tu un
problème? » Fait qu’elle m’informait, puis elle me rassurait en
même temps. C’était la stabilité. C’était elle l’intermédiaire qui
me disait vers quoi on s’en allait ou le chemin qu’on avait fait,
qu’est-ce qu’il nous restait à faire […]. J’ai poussé pendant 2 h
puis je disais : « Quand est-ce qu’il va sortir? C’est tu normal
que je pousse et qu’il ne se passe rien? » [L’accompagnante]
c’est une personne sur qui tu peux compter. Qu’il arrive
n’importe quoi, ton chum y perd les pédales, elle, elle va être là.
Elle va toujours être là, comme un phare (Ariel).
Un accompagnement réalisé par une personne disponible et à l’écoute
Moi c’est d’être informée de l’évolution à mesure que ça avance.
Au 1er, je ne l’ai pas vécu car mes eaux ont crevé. Je n’avais pas
de contractions donc ils me l’ont provoqué. Donc, quand tu es
provoquée, tu as une infirmière avec toi, tout le temps du travail.
Si tu as des questions, c’est là. Elle est là. Elle répond, même
qu’elle est a l’affût. Au 2e, je l’ai moins connue. Je pouvais être
une heure et demie sans voir personne dans la chambre. Puis,
mon chum pis moi, on était là. On attendait. Ça, c’était plus
long. Donc, être informée de l’évolution (Mireille).
Les témoignages amènent à penser que l’accompagnement réussi repose
principalement sur l’attitude et les qualités d’ouverture et d’attention de l’intervenant(e).
60
L’approche de cette dernière est centrée sur la femme et ses besoins. Elle guide la femme en
travail et son conjoint, l’informe au moment opportun, la rassure tout au long du travail
obstétrical et veille à son bien-être. Elle est présente pour répondre aux besoins de la femme et
la soutenir, le cas échéant, dans ses choix, quels qu’ils soient. Pour ce faire, l’accompagnatrice
doit faire preuve de chaleur, d’empathie et d’écoute :
J’avais besoin d’une présence féminine qui savait de quoi on
allait parler, pis qu’est ce que j’allais ressentir, pis qu’est ce que
j’allais vivre avec une femme qui m’aidait. Ça me donnait le
pouvoir. J’avais l’impression d’être capable. J’ai eu l’impression
d’être soutenue par mon accompagnante, par mon chum. C’est
ça qui était important pour moi (Roxane).
Un accompagnement où on retrouve la présence continue d’une même personne
La présence bienfaisante de l’accompagnatrice se fait sentir du début à la fin de
l’accouchement. Ce lien continu et maintenu par une seule personne semble fort important
pour l’ensemble des femmes interviewées. Pour celles dont le travail s’est déroulé sur
plusieurs quarts de travail en milieu hospitalier, en l’absence d’une personne d’expérience
pouvant assurer l’accompagnement, toutes ont fait part de leurs insatisfactions en déplorant le
roulement important des infirmières, et les pratiques et philosophies différentes qui
s’ensuivent :
[…] Ce que j’ai moins aimé, c’est le changement de chiffre, la
1re, elle comprenait ce que je vivais. L’autre, c’était rien que de
faire : « Veux-tu essayer le ballon? » On dirait qu’elle voulait
me faire essayer toutes les méthodes possibles. Mais moi, je
voulais juste avoir l’épidurale et ne plus sentir parce que j’avais
des contractions une après l’autre. Elle ne comprenait pas. Ce
n’est pas ça que je voulais […]. Quand l’autre infirmière est
revenue du dîner, elle m’a dit : « Oui, on va te la donner, tu ne
peux pas continuer comme ça » (Nancy).
La 1ère infirmière le matin, elle était super fine. Elle m’expliquait
tout. […] L’infirmière fine est partie et la nouvelle a décidé que
c’est elle qui prenait le contrôle. Je ne peux plus aller au bain. Je
ne peux plus bouger. Elle m’a complètement écrasée. Je me suis
retrouvée couchée dans le lit, branchée de partout […] Je n’avais
pas le droit de me déplacer (Laurence).
61
3.2.3.2
Rôle de l’accompagnatrice
Les femmes de notre recherche ont semblé exiger de leur accompagnatrice un rôle
différent selon le genre d’accouchement qu’elles souhaitaient vivre, notamment en regard de la
douleur. Lors d’un accouchement sans anesthésie, par exemple, l’accompagnatrice joue un
rôle d’informatrice certes, mais surtout de soutien, de protectrice. On parle alors du besoin
d’être guidée sans être prise en charge et de sentir la force et la stabilité de l’accompagnatrice,
pour aider à traverser la tempête que génèrent les contractions.
Les participantes à notre recherche ayant choisi d’accoucher sous épidurale ou par
césarienne manifestaient leur désir également d’une présence continue à leurs côtés. Toutefois,
le rôle joué par l’accompagnatrice semble se situer dans ce cas beaucoup plus dans une tâche
d’information régulière sur les événements qui surviennent en cours de travail.
Que son rôle soit celui d’informer ou celui de guider et de soutenir la femme dans
ce qu’elle ressent, l’accompagnatrice répond à son besoin de se sentir en sécurité et d’être
rassurée. Sa présence et son expérience viennent certainement soulager le sentiment de
solitude ressentie par les femmes face « à une expérience aussi profonde qu’est
l’accouchement » (De Koninck dans Collectif « Les Accompagnantes » 2003). « Nous avons
une amie ici. Elle est infirmière. Elle était avec moi tout le travail et l’accouchement […] et
sans elle, ça aurait été plus difficile, épouvantable […] parce que mon médecin, il n’était pas
de garde » (Lucia).
Ainsi, les femmes interrogées ont dit se sentir protégées par la présence de
l’accompagnatrice et libérées de la contrainte d’avoir à guider leur conjoint, ce qui leur
permet, par le fait même, de se centrer sur leur travail :
[…] on se sent comme un sportif qui finit son marathon et on a
besoin de notre coach, de notre équipe qui nous encourage pour
franchir les derniers mètres. […] Je me suis vraiment appuyé sur
elle. Vraiment, il y’avait que sa voix et ce qu’elle me disait. Il
fallait que je m’appuie absolument sur quelqu’un qui m’emmène
quelque part (Fabienne).
62
3.2.3.3
Cadre de l’accompagnement : un environnement sécuritaire
La majorité des participantes rencontrées, primipares et multipares, ont insisté sur
le fait qu’il leur était essentiel de vivre leur accouchement dans un environnement sécuritaire :
[…] moi, ça me sécurisait en tout cas, le fait d’arriver et d’être
entourée d’autant de gens qui savent ce qui va se passer pis qui
puissent t’aider là-dedans. Ça m’a beaucoup sécurisé d’arriver à
l’hôpital […] et à partir de là, ils m’ont vraiment guidé jusqu’à
temps que j’accouche, pis ça a été super supportant […]. Moi
j’ai beaucoup aimé ça le fait qu’ils sont encourageants, ils
réussissent à être humain malgré les contraintes de temps
(Mireille).
La définition d’un environnement sécuritaire diffère cependant selon les femmes
interviewées. Pour la majorité de celles ayant accouché en milieu hospitalier, l’hôpital luimême et la présence de la technologie génèrent un sentiment de sécurité, bien que plusieurs
déplorent d’un même élan l’omniprésence de cette technologie qu’elles perçoivent comme au
détriment de la relation humaine.
Ce débat, entourant l’équilibre entre instrumentation, humanisation, sécurité et
responsabilité des femmes, est fort présent dans la littérature. Anne Quéniart dans Le
traitement médical de la maternité : morcellement du corps, effacement des femmes pose ainsi
le problème : l’insécurité des femmes est nourrie par la mentalité occidentale d’une « culture
du risque » dans laquelle la grossesse et l’accouchement sont considérés comme des
expériences « à risques » et où les femmes sont portées responsables du « développement
harmonieux du fœtus, voire de la santé de l’enfant à naître ». Conséquemment, il n’est pas
surprenant, et certaines des femmes que nous avons interviewées nous l’ont confirmé, de
constater que les femmes valorisent l’accouchement en milieu hospitalier, perçu comme
faisant encourir moins de risque à l’enfant ou encore « recourent à la technologie offrant un
diagnostic prénatal sûr » (Quéniart).
[…] Oui, mais avec les suivis et les moyens technologiques
qu’on a, c’est le fun d’avoir toutes ces choses pour savoir que
tout est correct, si l’évolution se fait normalement (Maryse).
63
Plusieurs femmes ayant accouché en milieu hospitalier, et toutes les femmes
accompagnées d’une sage-femme ou d’une accompagnante, posent un regard plus critique sur
cette réalité, allant dans le sens de Textier (2002 : 36-41) :
[…] sous prétexte d’assurer la sécurité de la femme et de
l’enfant, souci que je partage tout à fait, certains médecins font
quelquefois, de la grossesse et de la naissance, une pathologie
[…] la technique est importante, l’humanité de
l’accompagnement aussi. La difficulté est de trouver l’équilibre
entre les deux, pas l’un au détriment de l’autre […] la venue au
monde d’un enfant n’est pas une appendicite qu’on enlève.
Pour ces femmes, la maison des naissances semble représenter le compromis entre
la sécurité instrumentale du milieu hospitalier et le côté plus humain, relationnel de la
naissance. Elles se sentent sécurisées par l’environnement chaleureux de la maison des
naissances, par le fait de s’y sentir chez soi, par la liberté d’être et l’absence de technologie
apparente :
Puis, un autre aspect de la maison des naissances… à part que
c’est tout le nid douillet, les femmes extraordinaires… Moi, je
me sentais en sécurité. Aussi, tu sais, ils ont quand même
quelques petits accessoires, si on veut, de premiers soins et
d’urgence, si on veut. Fait que si jamais ça tournait mal, il y
avait quand même un petit back up. C’était quand même pas
accoucher avec aucune sécurité. Je trouvais qu’elles étaient bien
formées, puis c’était sérieux […]. Oui, moi aussi j’ai trouvé ça.
Oui, elles sont très ouvertes là, même à différentes approches,
pis… Pis pas juste… Il y a tout le côté, les gens,
l’accompagnement, mais les lieux aussi sont extraordinaires. Le
fait que ce soit dans un vieux presbytère, c’est vraiment
chaleureux. Tu as vraiment l’impression que tu es à la maison,
les repas même, c’est bon tu sais!… (Maude).
Ces femmes partagent le sentiment qu’elles se sentent en sécurité non seulement en
raison de l’environnement, mais également en raison de la qualité et de la durée du suivi
prénatal. Elles font aussi référence aux soins personnalisés et continus offerts par la sagefemme avec laquelle elles ont développé une relation de confiance. Leur discours révèle
qu’elles ne considèrent pas la grossesse et l’accouchement comme devant être médicalisés, ce
qui pourrait expliquer en partie le fait qu’elles ne recourent pas systématiquement à la
64
technologie. Cela va tout à fait dans le sens des résultats de l’étude menée par Galotti et autres
(2000) citée plus haut.
3.3
L’expression de la satisfaction des femmes : brefs portraits selon les groupes
À la lumière des témoignages précédents, et comme le montrent plusieurs
recherches (Lavender, Walkinshaw et Walton 1999; Morcos et autres 1989; Séguin 1989), il
est possible de présumer que le degré de satisfaction des femmes enceintes sera d’autant plus
grand qu’elles auront été comblées dans leurs besoins et respectées dans leurs choix et leurs
droits. Ainsi, dans une étude menée par Morcos et autres (1989) auprès de 242 couples se
préparant à accoucher dans l’un des cinq hôpitaux d’Edmonton, il existe un écart entre ce que
les femmes souhaitent ou ce qu’elles perçoivent comme important et les choix réels qui leurs
sont offerts lors de la grossesse et de l’accouchement. Les auteurs affirment : « […] les
obstétriciens pourraient accroître la satisfaction des patientes en établissant précisément
l’importance de certains choix particuliers de même que les attentes des patientes à l’égard de
ces choix avant la naissance. » Les chercheurs concluent en soulignant l’importance de fournir
aux futurs parents toute l’information nécessaire concernant la naissance et de les renseigner
sur les choix qui leur sont offerts par leur médecin. De leur côté, les médecins doivent clarifier
et répondre aux questions qui préoccupent les parents, accroître la communication et offrir des
choix aux femmes et à leur conjoint.
Par ailleurs, la recherche menée par Lavender et autres (1999), au cours de laquelle
ont été explorés les aspects perçus comme étant importants par les femmes lors de leur
accouchement, révèle que l’information, le soutien et la participation au processus décisionnel
contribuent également à rendre l’expérience de la maternité plus positive.
Ces éléments s’apparentent à ceux énoncés ci-dessus par les femmes de la présente
recherche. Dans les paragraphes qui suivent, nous présentons le discours des femmes
rencontrées sur la satisfaction selon leur groupe d’appartenance. Ce qui apportera un autre
éclairage aux données présentées précédemment.
65
3.3.1
Les femmes suivies par une sage-femme et accompagnées
À l’instar des résultats montrés par d’autres recherches, les femmes de notre
échantillon qui ont été suivies par une sage-femme et ont accouché en maison des naissances,
ainsi que les participantes accompagnées d’une accompagnante, ont exprimé une grande
satisfaction à l’égard de leur suivi et de leur accouchement. Cette satisfaction est attribuée à la
pertinence de l’information reçue tout au long de la grossesse et de l’accouchement, au soutien
de la sage-femme, de l’accompagnante et de leur conjoint, ainsi qu’à l’opportunité qui leur a
été donnée de s’approprier leur accouchement du fait qu’elles prenaient elles-mêmes leurs
propres décisions. Cependant, l’expression de la satisfaction des femmes suivies par une sagefemme mais ayant été contraintes d’accoucher en milieu hospitalier (pour des raisons
médicales de dernières minutes ou pour avoir dépassé de plus de dix jours la date
d’accouchement prévue) diffèrent énormément. La majorité d’entre elles se sont dites très
insatisfaites de leur expérience en milieu hospitalier, où elles ont eu le sentiment d’avoir été
dépossédées de leur accouchement en raison d’une médicalisation excessive, et parce qu’elles
ont été prises en charge par des intervenant(e)s trop contrôlants. Par contre, la seule se disant
satisfaite raconte que les intervenant(e)s présents au moment de son transfert à l’hôpital ont été
très compréhensifs à l’égard de ce qu’elle vivait et qu’ils ont contribué fortement, grâce à leur
attitude empathique et humaine, à rendre son expérience en milieu hospitalier la plus positive
possible. Parmi les femmes accompagnées, toutes ont insisté sur le rôle joué par leur
accompagnante, dispensant protection et information, humanisant les soins en milieu
hospitalier. Toutes relatent cependant qu’elles ont dû se battre et se justifier lors de leur
accouchement pour faire valoir leurs besoins et leurs droits, et ce, à plusieurs reprises.
3.3.2
Les femmes favorisées économiquement ayant accouché en milieu hospitalier
Le discours des femmes favorisées économiquement et ayant accouché à l’hôpital
est plus nuancé. La majorité s’est dite satisfaite de l’accessibilité de l’information au moyen de
la littérature ou d’Internet. Selon la qualité de la relation instaurée avec leur médecin, les
femmes se sont déclarées plus ou moins satisfaites de leur suivi prénatal. Lors de leur
accouchement, elles affirment avoir vécu une expérience positive. Certaines ont exprimé leur
satisfaction d’avoir été prises en charge par le système médical, mais elles ont précisé que
66
c’est à la condition de se retrouver entre les mains d’un personnel compétent et d’expérience.
Plusieurs ont par ailleurs déploré d’avoir dû se battre afin de faire respecter leurs besoins et
disent avoir manqué d’information pendant le travail. Elles se sont aussi plaintes d’avoir vécu
de l’instabilité lors du changement de quart de travail des infirmières. Nombreuses sont celles
qui ont de plus réprouvé le travail des résidents en médecine ou en obstétrique.
Certaines femmes à qui la césarienne a été imposée ont eu l’impression d’être
dépossédées de leur accouchement et évoquent la souffrance psychologique et le deuil à faire à
la suite d’une telle intervention. À l’opposé, celles ayant choisi cette intervention se sont dites
satisfaites de leur choix et de leur expérience puisque celle-ci leur permettait, selon elles, de
contrôler le jour de la naissance de leur enfant et de s’assurer de la présence de leur médecin.
3.3.3
Les femmes des régions
Les femmes rencontrées dans Charlevoix (Malbaie) ont toutes accouché au centre
hospitalier de la Malbaie, sauf une qui a dû se rendre à Québec pour des raisons de santé.
Toutes ont exprimé une grande insatisfaction à l’égard du manque de soutien et d’humanité du
personnel médical et du manque d’accessibilité à des ressources médicales (c.-à-d. :
l’épidurale, l’anesthésiste, la chambre de naissance) et à des ressources alternatives (c.-à-d. :
les sages-femmes, les accompagnantes). Toutes sans exception ont décrit l’accouchement idéal
en faisant référence à la possibilité d’avoir accès aux services d’une accompagnante. Les
femmes de Portneuf, à l’instar de celles de Charlevoix, ont mentionné avoir eu l’impression de
ne pas avoir le choix en ce qui a trait aux interventions faites et de ne pas avoir été entendues
ni respectées dans leurs besoins le jour de l’accouchement. Elles ont aussi signalé le manque
de ressources alternatives (c.-à-d. : les maisons des naissances, le yoga prénatal). La nécessité
d’avoir eu à lutter pour que l’on respecte leurs choix est également présente dans ces deux
groupes.
Le
manque
de
ressources
alternatives
(c.-à-d. :
les
sages-femmes,
les
accompagnantes, le yoga prénatal) dans Portneuf a également été déploré.
3.3.4
Les femmes économiquement défavorisées
Les femmes économiquement défavorisées ont toutes mentionné la difficulté
d’accéder à des ressources institutionnelles et financières dû à des critères de sélection trop
67
restrictifs. Certaines ont de plus évoqué la difficulté d’accès à de l’information sur les
pratiques alternatives. Lorsque présentes, la monoparentalité et la précarité ont engendré un
grand stress pendant toute la période périnatale. Cependant, l’expérience de l’accouchement a
été vécue de façon très différente par chacune. Certaines se sont dites satisfaites grâce à la
détermination dont elles ont fait preuve dès le début de la grossesse et grâce à l’ouverture et au
soutien de leur intervenant(e). Quant aux autres, l’insatisfaction était principalement due à
l’attitude peu respectueuse des intervenant(e)s. Elles rapportaient avoir senti une stigmatisation
à leur égard en raison de leur jeune âge.
3.3.5
Les femmes immigrantes
Les immigrantes que nous avons rencontrées ont apprécié les services offerts par
les intervenant(e)s de la santé et des services sociaux. Elles ont eu l’impression d’être mieux
accueillies et d’être suivies par des intervenant(e)s plus humains, que dans leur pays d’origine
(France et Belgique). Elles ont toutefois déploré la décentralisation de l’information et des
ressources, ce qui rendait celles-ci difficilement accessibles et les obligeait, par le fait même, à
se retrouver constamment dans une dynamique de recherche. Ces femmes ont également
insisté sur l’importance de faciliter l’accès à des ressources pour la période des relevailles
puisque toutes ont ressenti un grand besoin de pallier au sentiment de solitude. Démunies face
aux nouvelles réalités parentales et aux exigences professionnelles, la dimension familletravail s’est en outre révélée difficile à gérer pour certaines :
C’est difficile, donc il faut vraiment que je sois vigilante, c’est
énormément de stress personnellement, et ça m’oblige à faire
des choix que dans d’autres circonstances je ne ferais pas
(Fabienne).
[…] on est juste nous deux, pour le moment il n’a pas de travail,
on est un peu coincé parce que s’il retrouve du travail, moi je ne
peux pas en chercher parce qu’on a pas de garderie. Pour le
moment, on est assez limité. C’est vrai que l’aide de la famille
ça peut être bien utile et ça, on ne l’a pas (Sylvia).
Pour une immigrante hispanophone (Colombie), la barrière de la langue et celle du
genre ont généré des difficultés de communication avec son médecin :
68
Oui, mais je trouve que la plus grande difficulté, c’est la langue
parce que je ne maîtrise pas du tout le français, je ne parlais pas
beaucoup […] à cause qu’il est un homme. Quand je lui pose les
questions comme « qu’est ce qu’il y a sous les contractions? » Il
dit : « Je ne sais pas parce que je ne suis pas une femme! » Il
était drôle un petit peu parfois, mais je pense que mon
gynécologue en Colombie aurait dit la même chose car c’est un
homme. Mais il y a une chose, la langue était une barrière.
Malgré cela, elle estime avoir vécu une expérience positive grâce au soutien et à
l’information donnée par une amie infirmière et elle est très reconnaissante à l’égard de tous
les intervenant(e)s qui l’ont accompagnée au cours de sa grossesse et de son accouchement.
3.3.6
Une femme avec un handicap
Finalement, une participante à la recherche, ayant un handicap physique, s’est dite
très satisfaite de son suivi prénatal et de son accouchement. Elle estime avoir reçu beaucoup de
soutien et de compréhension de la part des intervenant(e)s à ces deux étapes. Son insatisfaction
serait plutôt en rapport avec l’absence de ressources adaptées à son handicap (en prénatal et en
postnatal), à laquelle s’ajoute le manque de reconnaissance de la part du personnel de son
CLSC quant à ses besoins particuliers. Malgré les multiples efforts déployés pour justifier ses
besoins et son droit d’accéder gratuitement à de l’aide pour elle et son bébé, cette participante
n’a bénéficié que des services « standards » disponibles pour n’importe quelle mère. Une
prolongation de l’aide dont elle avait besoin n’était possible qu’en faisant appel à un
organisme privé. Cependant, les coûts dépassaient ses capacités financières.
3.3.7
Retour sur les critères de satisfaction
Les critères de satisfaction présentés dans les recherches de Séguin et autres (1989)
de Morcos et autres (1989) et de Lavender et autres (1999) s’apparentent à ceux relevés dans
notre recherche. Le contenu du discours des participantes permet toutefois de qualifier ici la
nature de l’information : celle-ci doit être diversifiée (ressources médicales et alternatives),
éclairée (présenter les pour et les contres des interventions) et elle doit tenir compte de la
question des droits. Les choix doivent être diversifiés (médicaux et alternatifs). Le discours des
participantes à notre recherche met également en lumière le fait que les besoins en soutien sont
69
exprimés par la demande d’une présence continue d’une personne d’expérience,
principalement lors de l’accouchement. Un soutien en fonction des besoins spécifiques de
chaque groupe, comme les personnes ayant un handicap (par ex. : soutien technique), les
personnes économiquement défavorisées (par ex. : soutien financier) et les personnes
immigrantes (par ex. : relevailles), est également requis.
À la lumière de l’analyse du discours, leur vision de l’accouchement semble
influencer fondamentalement la satisfaction des participantes à notre recherche. Il apparaît
essentiel ici de considérer l’objectif premier recherché par chacune des femmes. Il semble y en
avoir deux qui dominent : d’une part assurer le besoin de sécurité pour que l’enfant et la mère
sortent de cette expérience en santé (voire reposée) et, d’autre part, répondre au besoin de la
femme qui veut être maître d’œuvre de son accouchement, qui veut le vivre comme une
expérience « initiatique » ou encore accueillir « humainement » son enfant. Ces deux objectifs
ne sont pas mutuellement exclusifs mais il semble que pour chaque femme, l’un de des deux
prime sur l’autre et que l’atteinte de celui-ci suscite une grande satisfaction chez la mère.
3.4
Le pouvoir
Pouvoir, désigne le fait d’être capable de, ou en état de. […] Il
n’y a donc pas de pouvoir sans l’émergence d’une force
susceptible de produire des effets, d’instaurer quelque chose, de
s’affirmer par rapport à quelque chose ou à quelqu’un, mais pour
qu’il y ait à proprement parlé pouvoir, il faut que cette force soit
rapportée à un sujet qui peut. Or le sujet du pouvoir est une
expression ambiguë qui, dans la langue ordinaire, peut désigner
soit celui qui exerce un pouvoir, qui a une capacité et le droit de
l’exercer légitimement ou bien le sujet assujetti à un pouvoir qui
doit obéir à des ordres sous peine d’être soumis à sanction
(Lagrée 1999). (il nous faut les pages Sylvie)
3.4.1
La nature du pouvoir
Que nous disent ces revendications et l’expression d’une satisfaction sur le pouvoir
des femmes interrogées en matière de périnatalité?
Lorsqu’elles sont invitées à nommer leur pouvoir en matière de périnatalité, les
femmes expliquent que c’est le fait d’être capable de choisir, de décider, de « faire ce qu’elles
70
veulent faire ». En d’autres mots, leur pouvoir réside dans le fait de choisir et de décider du
lieu de l’accouchement, des intervenant(e)s et des interventions, que ces dernières soient
alternatives ou médicales. Leur pouvoir réside dans la possibilité de faire ce qu’elles veulent
lors de l’accouchement, c’est à dire user de leur liberté de mouvement, prendre les positions de
leur choix, décider de se nourrir ou de boire, instaurer leurs rites d’accueil. Cette capacité
suppose des connaissances, de l’information, la présence effective de choix, et la
reconnaissance de leurs droits.
Les femmes réfèrent également au pouvoir comme à un état de sécurité permettant
de s’abandonner et, pour certaines, de vivre le côté spirituel et initiatique de l’accouchement.
Ce qui requiert un lieu approprié et un accompagnement adéquat.
3.4.2
Les formes de pouvoir
L’expression de ce pouvoir est intimement liée aux acteurs en présence : la femme
et sa famille d’une part, les intervenant(e)s d’autre part. Être informée, questionner, demander
et choisir est une chose et pouvoir effectivement participer à la décision et influer le cours de
l’intervention en est une autre. Les femmes ne peuvent exercer leur pouvoir que si elles
s’inscrivent dans une relation de pouvoir négocié avec leurs intervenant(e)s. Nous entendons
par « pouvoir négocié », la possibilité pour les femmes de faire reconnaître la légitimité de
leurs demandes et de leur savoir et d’influer ainsi sur la nature des interventions, ce qui
suppose une ouverture d’esprit de la part des intervenant(e)s, de même qu’une volonté de
partager leurs savoirs et leur pouvoir jusqu’à et y compris accompagner les femmes dans leurs
choix.
Cette négociation du pouvoir semble aller de soi pour les femmes ayant donné
naissance en maison des naissances. Elles disent y être constamment informées des enjeux de
chaque intervention et sollicitées avant que ces interventions ne soient appliquées, que cellesci soit en rapport avec le choix d’une intervention ou l’accès à leur corps. Les motifs, les
enjeux, les répercussions possibles sont explorées par les deux parties et les décisions sont
prises par les femmes, À moins qu’il n’y ait un danger apparent pour la santé de la mère ou du
bébé.
71
En milieu hospitalier, la possibilité de participer à la prise de décision semble varier
en fonction de l’ouverture d’esprit de l’intervenant(e). Toutefois, le pouvoir s’y manifeste
encore sous un mode autoritaire, la femme étant plus souvent qu’autrement assujettie (de façon
approbative ou non) à l’intervenant(e)s, sous peine de « sanctions ». De nombreuses femmes
témoignent ainsi de leur lutte pour voir respecter leur plan de naissance. Elles doivent exiger,
parfois même faire preuve d’intransigeance, que ce soit pour des demandes de soins alternatifs
ou pour des interventions médicales (déclenchements, épisiotomies, césariennes, etc.). En
osant s’affirmer, elles deviennent souvent la cible de propos qu’elles jugent déplacés, et
subissent alors des attitudes qu’elles qualifient de harcèlement. Plusieurs soulignent que les
intervenant(e)s ne tiennent pas compte de leur expérience en matière d’accouchement et par
conséquent de leurs compétences pratiques. Elles ont beau en être à leur 2e, 3e ou 4e enfant,
elles se disent étrangement traitées comme des primipares. Les témoignages d’accès difficile
au pouvoir négocié demeurent donc plus la norme que l’exception pour les femmes ayant
accouché en milieu hospitalier. Mais il est toutefois encourageant de constater que ce pouvoir
négocié tend tout de même à s’exprimer dans ce milieu.
Une des femmes ayant vécu son accouchement en milieu hospitalier (besoin d’un
déclenchement) bien que suivie par une sage-femme illustre bien par ses propos les deux
cultures concernant le pouvoir :
Le pouvoir (c’est) de décider de ce qui se passe, d’être au
courant. (À l’hôpital), j’avais jamais de choix. Il fallait que je
pose des questions. (En tant qu’infirmière), je l’avais le bagage,
mais sur le moment je n’y pensais pas. Personne ne me laissait le
choix de décider de quoi que ce soit. Alors qu’avec ma sagefemme, c’était, quand elle me voyait : « D’habitude, à tant de
semaines, on fait telle affaire, est-ce que tu la veux? Voici les
avantages et les inconvénients ». Si elle avait cinq points pour,
elle avait cinq points contre. C’était bien départagé. J’avais le
choix sur toutes les moindres choses, même sur les examens. À
l’hôpital, c’est d’emblée (Laurence).
La précarité, l’isolement, la méconnaissance, l’absence ou l’accès limité aux
services, ainsi que le jeune âge représentent, pour les femmes interrogées, des freins
importants à l’exercice d’un pouvoir négocié. Par exemple, les jeunes femmes de l’étude
remettent fortement en question leur prise en charge par le corps médical du seul fait de leur
72
âge, étant considérées, selon elles, comme inaptes à choisir et à participer à leur
accouchement.
Leurs revendications, elles les traduisent pratiquement mots pour mots, par la
même formule choc que celle prisée dans les années 80 :
Ma première revendication, c’est qu’on reconnaisse que c’est la
femme qui accouche et non le médecin. C’est un pouvoir qu’ils
vont redonner aux femmes quand ils vont dire « Oui, c’est la
femme qui accouche ». Le médecin est là pour nous
accompagner. Ça implique la façon dont la femme veut le faire,
avec qui (Anick).
Dans ce contexte de pouvoir autoritaire, le rôle de l’accompagnatrice est présenté
comme fort important. Elle est perçue comme « protectrice », comme « négociatrice ». Elle
est celle qui permet de faire valoir les requêtes des femmes auprès du corps médical, qui
fournit des explications à propos des actes envisagés pour permettre aux femmes de faire des
choix éclairés, et elle permet aux femmes de maintenir le cap de leur plan de naissance :
J’ai mal, faites quelque chose! (L’infirmière) : « Oui, veux-tu ta
piqûre? (Épidurale) ». J’ai dit : « Non! Vas-t’en! Hors de ma
vue! » Puis mon accompagnante était toujours là, elle était
comme ma petite voix dans ma tête qui me recentrait sinon je me
serais sentie manipulée par l’hôpital et j’aurai probablement
laissé tomber. « C’est correct, c’est correct, tu vas être capable,
ça va bien, c’est normal que ça fasse mal, expulse-la ta douleur,
penses à ton bébé, vas-y ». Pis ça faisait du bien parce que c’est
ça qui fallait que j’entende pour pouvoir le faire, parce que
j’étais pas capable de me le dire à moi-même. […] Mon
accompagnante, c’était comme un peu une avocate pour moi, qui
défendait mes droits et qui venait me dire dans l’oreille : « Dismoi si tu veux laisser tomber pis je vais leur dire, mais si tu ne
veux pas, je vais leur dire que tu ne veux pas! » […] J’avais
besoin comme de quelqu’un pour […] dire fermement à ma
place : « Non, je pense qu’elle est correcte ». Ce fut grandement
apprécié. C’était ma ressource, c’était mon épidurale (Roxane).
3.4.3
Les temps du pouvoir
Le pouvoir semble s’exercer différemment selon la période périnatale. Pour les
femmes interrogées, le prénatal est le lieu d’expression par excellence de leur pouvoir. En
73
l’absence des freins ci-dessus mentionnés, elles peuvent se prévaloir de choisir, de magasiner
leurs intervenant(e)s, de penser à un plan de naissance. Lors de l’accouchement, leur marge de
manœuvre est plus limitée. L’expression de leur pouvoir est alors intimement liée à celui des
intervenant(e)s et à la présence ou non d’une accompagnatrice. En postnatal, les femmes
expriment une grande solitude. Cette période semble être un temps d’impuissance où il faut
s’en remettre à la débrouillardise et non un lieu de pouvoir, à moins de bénéficier de la
présence d’une aide natale, ou plus rarement d’une intervenante en allaitement.
3.4.4
Empowerment ou desempowerment?
En bout de course, l’accouchement se révèle, pour certaines, un lieu où elles
peuvent exprimer leur pouvoir : pouvoir de choisir et de planifier mais également pouvoir de
se découvrir, pouvoir de savoir qu’elles ont pu :
Parcourir ce paysage lunaire, se laisser emporter par la tempête
et découvrir des choses dans (leur) corps, qu’(elles) n’auraient
jamais pu imaginer. Ce que tu ressens dans ton corps c’est
complètement beau et effrayant en même temps, parce que c’est
complètement… c’est neuf (Fabienne).
Cette expérience de la découverte d’un pouvoir intérieur est particulièrement forte
en maison des naissances ou lors des naissances accompagnées (infirmière, accompagnante ou
médecin) en milieu hospitalier. Celles qui l’on vécue disent en ressortir grandies.
Pour d’autres, la confrontation inhérente à un accouchement difficile en milieu
hospitalier est aussi une source de pouvoir : pouvoir de se découvrir dans sa potentialité de
s’affranchir des contraintes imposées :
Quand on regarde le milieu hospitalier, on a l’impression qu’on
est un peu entre leurs mains pis moi, j’ai comme été obligée
jusqu’à un certain point de demander des choses mais qui m’ont
été accordées sans problème et avec le sourire mais je dis
beaucoup aux gens, à mes amies […] : « Mais que
t’accouches… Demande ». On a l’impression qu’on subit, qui
savent mieux que nous ce qu’on a de besoin, on n’ose pas. Et ça
aide pas, pis moi il y a peut-être des choses que j’aurais pu
demander encore plus mais je me rends compte avec le temps,
au niveau de mon médecin que j’ai changé un petit peu
74
d’attitude. Je vais plus demander, je vais plus questionner, je me
dis oui j’en ai du pouvoir, malgré tout, à travers tout ça, le
pouvoir de satisfaire mes besoins. En tout cas, ils ne sont pas les
même que le voisin, mais pour moi c’est comme ça, ça m’a
rassuré beaucoup a ce niveau là (Lucie).
Enfin, pour certaines, l’expérience de l’accouchement s’est révélée une source de
détresse et de désenchantement. Elles disent avoir été : « dépossédées de leur accouchement ».
Elles ont été comme blessées, et elles remettent même en question leur disposition profonde à
pouvoir enfanter : « Dans ma tête, je ne suis pas capable d’accoucher, ils [les membres du
personnel médical] ne m’ont pas donné cette impression parce qu’ils ont tout pris en charge,
ils ne m’ont rien laissé à moi… » (Laurence).
3.5
Les pistes d’action proposées
Les participantes ont été invitées à proposer différentes pistes d’action afin de
répondre aux revendications qu’elles ont faites au cours de la recherche. Par la suite, ces pistes
ont été validées auprès du tiers des femmes rencontrées.
3.5.1
1ère revendication : avoir accès à une diversité d’information et à des
ressources diversifiées afin de faire des choix éclairés
Concernant, cette 1ère revendication, les femmes proposent :
•
la rédaction d’un guide gouvernemental de type : « Mode d’emploi 101 pour
mieux vivre sa grossesse », à l’image du classique « Mieux vivre avec son
enfant de 0 à 2 ans ». On y retrouverait une information concise, détaillée et
critique sur les ressources, les intervenant(e)s et les interventions en matière de
soins périnataux, les lieux d’accouchements, etc., Une information tant du point
de vue médical que de ce qui se trouve du côté alternatif. On y retrouverait
également un rappel des droits des femmes en matière de périnatalité. Ce
document serait accessible en support numérique pour les personnes nonvoyantes et tiendrait compte des réalités diverses des femmes. Il serait
systématiquement remis à toutes les femmes enceintes dès leur première visite à
leur médecin ou sage-femme;
75
•
la diffusion de ces informations sur le réseau de francisation du Ministère des
Relations citoyens et Immigration;
•
la mise en place d’une campagne de sensibilisation, au moyen d’une vidéo, qui
présenterait dans les cours prénataux les différents services et ressources
alternatifs, auprès des intervenant(e)s et des femmes enceintes, pour mieux faire
connaître les différentes ressources;
•
le développement, en collaboration avec des mères ayant un handicap, d’une
campagne de sensibilisation auprès des organismes communautaires et des
intervenant(e)s informant ceux-ci des besoins des mères ayant un handicap, et
la création de ressources adéquates et gratuites pour leur venir en aide, et ce,
pendant la grossesse et toute la première année de vie de l’enfant (c.-à-d. :
soutien pour l’achat de vêtements de bébé, techniques adaptées pour nourrir le
bébé, installation d’équipement adapté pour prendre soin du bébé);
•
l’actualisation de l’information transmise dans les cours prénataux des
différents CLSC de la région 03;
•
la mise en place de cafés-rencontres prénataux, en parallèle aux services offerts
par le CLSC. Ces cafés auraient pour but de répondre aux besoins de
socialisation, d’entraide, de partage et d’information concernant les ressources
existantes dans la région 03. Des thèmes tels : le choix de son intervenant(e) et
du lieu d’accouchement, les droits de la femme enceinte, les différents facteurs
de la santé, les émotions associées à la grossesse et à l’accouchement et la façon
de les apprivoiser, y seraient abordés.
•
l’ouverture de nouvelles maisons des naissances (hors des centres hospitaliers)
dans différents secteurs de la Rive-Nord de Québec et dans Charlevoix;
•
une plus grande présence des sages-femmes en milieu hospitalier. Toutefois, les
femmes ayant accouché en maison des naissances ont insisté sur le fait que les
sages-femmes ne devraient pas faire de l’hôpital leur seul lieu de pratique, car
76
elles désirent que soit préservée une diversité des lieux et des cultures
d’accouchement.
•
l’accessibilité au service d’une accompagnante à toutes les femmes qui le
souhaitent, y compris dans Portneuf et Charlevoix.
3.5.2
2e et 3e revendications : le respect des besoins, des choix et des droits des
femmes en milieu hospitalier; la présence continue d’une personne
d’expérience pendant le travail et l’accouchement
Afin de répondre à ces revendications, les participantes ont proposé :
•
l’augmentation du temps de visite en prénatal;
•
la création d’une charte des droits des femmes enceintes et du couple, laquelle
serait affichée dans tous les centres hospitaliers accoucheurs;
•
l’instauration d’une formation continue pour les intervenant(e)s, afin de
favoriser le développement d’habiletés et l’acquisition de connaissances
propices à une plus grande humanisation de la naissance (écoute, vulgarisation,
accompagnement, connaissance sur les droits des femmes, etc.);
•
la recherche d’une meilleure articulation entre l’alternatif et le médical afin que
ces deux milieux puissent travailler dans le même sens. Par exemple, en
favorisant le décloisonnement des ressources pour que les différents
intervenant(e)s (médecins, praticiens des médecines douces, infirmières,
accompagnantes et sages-femmes) puissent travailler en équipe, afin de
personnaliser et « d’individualiser » chaque accouchement;
•
à la lumière des résultats de l’analyse, le Collectif « Les Accompagnantes »
recommande que des mesures financières récurrentes soient prises à l’égard des
services d’accompagnement déjà existants. Cela permettrait de répondre au
besoin exprimé par les femmes d’une présence continue d’une personne
d’expérience
à
l’écoute
et
disponible,
sans
exiger
d’avantage
des
77
intervenant(e)s médicaux (médecins, infirmières) déjà très sollicités en milieu
hospitalier.
4
En guise de conclusion
Comment ces résultats se situent-ils, à la lumière des revendications formulées par
les femmes, par rapport aux 35 dernières années? (voir Figure 3)
À certains égards, ils s’inscrivent dans la continuité. Tout en soulignant les gains
effectués ces dernières années (c.-à-d. : la mise en place de chambres et de maisons des
naissances, la reconnaissance de la pratique sage-femme, la création de services
d’accompagnement, l’émergence d’un pouvoir négocié selon l’intervenant(e)). Les femmes
demandent toujours le partage et l’accès à une information critique et diversifiée ainsi que le
respect de leurs besoins, de leurs choix, et de leurs droits. Elles revendiquent toujours une
autonomie et le pouvoir sur leur accouchement. Elles réclament encore l’accès à une diversité
de services alternatifs et médicaux, particulièrement en régions, car les femmes sont tenues à
l’écart des innovations en la matière ou elles doivent faire face, avec des moyens limités, aux
restructurations du système de santé et aux manques d’effectifs spécialisés.
Les résultats de notre recherche se démarquent pourtant à quelques égards des
revendications des 35 dernières années. Cela est peut-être dû à la nature de la collecte des
données ou encore à la présence d’une première réponse aux revendications des années 80.
L’humanisation de la naissance y est présentée non pas tant comme un synonyme
d’accouchement naturel et la réduction de l’assistance médicale comme le souhait de voir
respecter les besoins et les droits des femmes quels qu’ils soient, qu’elles manifestent ou non
le désir d’un recours à l’assistance médicale. Les femmes veulent en somme que soient tenues
en compte la diversité qui les constitue en tant qu’êtres humains complets : diversité de leurs
expériences, de leurs besoins, de leurs valeurs, de leurs visions de l’accouchement, de leur
condition physique, culturelles et socioéconomiques. Les témoignages entendus mettent
également en lumière la présence d’un clivage dans les services, les ressources et la
disponibilité de l’information entre le centre (région urbaine de Québec) et les régions
(Portneuf et Charlevoix). Ils mettent finalement en lumière le souhait que formulent des
femmes de voir se mettre en place une plus grande concertation entre les services alternatifs et
80
traditionnels. Selon elles, ces services ne s’opposent pas, mais sont plutôt de nature
complémentaire.
Les actions à privilégier vont donc dans le même sens, soit :
•
centraliser l’information pour que les renseignements soient plus critiques et
intègrent à la fois les points de vue alternatifs et médicaux;
•
faire connaître les droits des femmes auprès de celles-ci mais également auprès
de leurs intervenant(e)s;
•
favoriser l’accompagnement;
•
développer si nécessaire et rendre accessibles les ressources en tenant compte
de la diversité des femmes elles-mêmes et de la diversité de leurs besoins, dont
le lieux de leur résidence (centre et régions) et les besoins particuliers des mères
(par ex. : handicap physique, précarité économique, faible soutien social).
Ces résultats de recherche sont issus des différents points de vue exprimés par les
femmes interrogées, à la lumière de leurs propres expériences. De tels services sont peut-être
déjà en partie disponibles et des actions allant dans le sens des revendications énoncées ici ont
même peut-être été entreprises par le passé. Cette recherche ne cherchait pas à établir un relevé
des services effectivement disponibles, du point de vue des dispensateurs de services, mais
bien de mieux saisir et mieux comprendre l’expérience vécue par les femmes au moment où
elles doivent recourir à ces services. Ce qu’il est important de retenir, c’est que les femmes
participant à notre recherche n’ont pas eu l’impression d’y avoir accès. Demeure donc encore à
faire tout le délicat travail d’arrimage entre le vécu des femmes et l’accès véritable aux
services.
81
Figure 3 : les revendications des femmes et des participantes
Les années 70
Les années 80
Remise en question
Un pas vers
des pratiques liées l’humanisation de la
à l’accouchement naissance suite aux
en milieu
colloques
hospitalier
« Accoucher ou se
faire accoucher »
Les années 90
Quelques
revendications et
des réponses
partielles aux
demandes des
femmes
Réponse :
Revendication :
Revendication :
Humaniser la
naissance en milieu
hospitalier
Humaniser les soins et Politique de
périnatalité
les services
Diminution du taux de
Une baisse des
interventions en milieu certaines interventions
obstétricales
hospitalier
Les années 2000 Pour les
participantes
Nécessité de
demeurer vigilantes
Tenir compte de
la diversité et du
désir de
concertation
Revendication :
Revendication :
Restreindre le
monopole médical
dans les hôpitaux
Humaniser la
naissance en
considérant la
femme dans sa
globalité
Rénovation des
départements
d’obstétrique
Revendication :
Revendication :
Revendication :
Respecter le rythme
des femmes en travail
Être traitées comme
une personne, avec
respect et chaleur
humaine
Respecter les
besoins, les choix et
les droits des
femmes quels qu’ils
soient
Revendication :
Revendication :
Revendication :
Présence
d’accompagnantes
pendant
l’accouchement
Recevoir du soutien,
se sentir en sécurité
Présence continue
d’une personne
d’expérience qui soit
disponible et à
l’écoute pendant
l’accouchement
Une plus grande
disponibilité du
personnel médical
avant et après
l’accouchement
Revendication :
Revendication :
Réponse :
Réponse :
Revendication :
Reconnaissance de la
pratique des sagesfemmes
Accès aux services
sage-femme et la
législation de leur
pratique
Légalisation de la
pratique sage-femme
en maison des
naissances et
reconnaissance de la
profession
Pratique des sages
femmes en milieu
hospitalier et à la
maison
Démystifier et
reconnaître la
profession de sagefemme
Rendre les services
accessibles en
région
Reconnaissance par
le milieu hospitalier
des compétences
médicales des sagesfemmes
Revendication :
Réponse :
Revendication :
Revendication :
Implantation de
maisons des
Les projets pilotes des
maisons de naissances
Plus d’alternatives à
l’accouchement à
Rendre accessible
les maisons des
naissances dans la
82
naissances
l’hôpital
région 03 (ville et
régions)
Revendication :
Revendication :
Accès à de nouveaux
lieux de naissance
Revendication :
Revendication :
Moyens d’information Recevoir de
sur la grossesse et
l’information
l’accouchement
personnalisée et
adaptée afin de faire
Plus de modernité
des choix éclairés
dans les cours
prénataux
Revendication :
Revendication :
Participer aux
Une plus grande
autonomie des femmes décisions en recevant
de l’information
en périnatalité
adéquate et complète
Un plus grand respect
Être maîtresses des
du droit des femmes
décisions relatives à la
naissance
Recevoir plus de
Accès à une
renseignements afin de diversité
faire des choix éclairés d’information et de
ressources pour faire
des choix éclairés
Centraliser
l’information
Revendication :
Revendication :
Participer aux
décisions en recevant
de l’information
adéquate et complète
Faire connaître les
droits de la femme
qui accouche
Favoriser un pouvoir
négocié; redonner
son pouvoir à la
femme
Revendication :
Rendre accessible
toutes les ressources
en région (Portneuf
et Malbaie)
Faciliter l’accès à
des ressources
spécialisées en
tenant compte de la
diversité des
femmes et de leurs
besoins
Favoriser la
complémentarité et
la concertation entre
les milieux
médicaux et
alternatifs
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Annexe 1 : formulaire de consentement
Dans le cadre d’une recherche subventionnée par Condition féminine Canada et en
collaboration avec une chercheuse associée à la Chaire d’étude Claire-Bonenfant sur la
condition des femmes, le Collectif « Les Accompagnantes » à la naissance effectue une
recherche auprès des femmes ayant déjà accouché afin de connaître leurs opinions sur la nature
des soins de santé lors de la grossesse et de l’accouchement (période périnatale), leur diversité
et leur accessibilité. Ce projet de recherche a pour titre : « Femmes de la région 03 et
accessibilité à des soins de périnatalité diversifiés – interventions politiques et éducatives. »
Quatre objectifs sont visés :
5. Dresser un bilan critique de l’accès à une diversité de pratiques et à la médicalisation des
services de périnatalité dans la région 03;
6. Consulter les femmes de milieux et d’origines diversifiés en regard de la restructuration
des soins de santé dans la région de Québec (centres accoucheurs, création d’une maison
des naissances sur la Rive-Nord, transfert des grossesses à risques) et des dossiers tels :
l’accouchement à la maison, la pratique sage-femme en milieu hospitalier, le
développement des services d’accompagnement à la naissance et rédiger une plate-forme
de revendications ;
7. Présenter et valider auprès du milieu de la santé et des organismes communautaires le bilan
et la plate-forme de revendications ;
8. Intervenir auprès des décideurs.
Votre participation consiste à participer à un groupe de discussion pour une durée de 2 à 3
heures afin de parler, à partir de votre expérience, de la nature des soins de santé en période
périnatale, de leur diversité et de leur accessibilité. Chaque rencontre de groupe sera
enregistrée sur cassette audio pour les fins de la recherche.
Votre participation à notre recherche est volontaire et confidentielle. Personne d’autre que les
membres de l’équipe de recherche ne sera informé de votre participation à la recherche. Tous
les documents produits seront dépersonnalisés. Votre nom n’apparaîtra jamais dans les
rapports de recherche ni dans les communications et outils qui en découleront. Dès que nous
transcrirons les cassettes utilisées pendant les rencontres de groupes, tous les noms et les
détails qui permettraient de vous identifier seront modifiés.
L’information nominative vous concernant sera gardée sous clé. Au dépôt du rapport de
recherche auprès de Condition féminine Canada, tout le matériel de la recherche sera archivé
sous clé dans notre organisme et détruit dans cinq ans.
Pour vous remercier de votre participation, nous vous rembourserons vos frais de transport et
de gardiennage sous présentation d’un reçu. (Un maximum de 10 $ sera accordé pour le
gardiennage et de 0.20 cents du kilomètre). Aucun risque connu n’est associé à la
participation à cette recherche.
Après avoir pris connaissance du projet, vous avez le droit de ne pas participer à cette
recherche. Vous avez aussi le droit de ne pas répondre à toutes les questions lors de la
92
rencontre de groupe. Vous pouvez vous retirer de la recherche à tout moment sans aucun
préjudice. Si vous avez des questions ou des commentaires concernant cette recherche,
contactez l’adjointe à la recherche : Sylvie Saunier, au numéro 688-6039. Vous pouvez aussi
envoyer un courriel à caa@oricom.ca
Une copie de la présente lettre vous sera remise avant la tenue du groupe de réflexion.
Si vous avez lu et compris ce formulaire de consentement et que vous voulez participer à cette
recherche, s’il vous plaît, inscrire :
_______________________________
Votre nom (en lettres détachées)
_______________________________
Votre signature et la date
________________________________
Signature de l’adjointe au projet et date
Si vous avez des questions concernant ce formulaire, n’hésitez pas à nous rappeler au
688-6039.
93
Annexe 2 : questionnaire sociodémographique
L’information donnée demeurera strictement confidentielle. Nous en avons besoin pour vous
inscrire dans les groupes de réflexion.
Votre nom : _______________________ No de téléphone : _____________
Courriel :
Votre adresse actuelle :
Votre adresse lors de l’accouchement :
_______________________
____________________________
_______________________
____________________________
_______________________
____________________________
Statut matrimonial actuel :
Mariée/Conjoint de fait_____
Monoparentale _______
Statut matrimonial pendant la grossesse :
Mariée/Conjoint de fait______
Monoparentale _______
Quel est votre âge actuel : ________
Quel était votre âge lors de votre dernier accouchement : ________
Comment avez-vous entendu parler de notre recherche? _______________
Nombre d’enfants : ___________
Groupe d’appartenance ethnique ou autochtone : ________________
Date d’arrivée au Canada : __________________
Présentez-vous un handicap physique particulier? ________________
Lieu d’accouchement :
Hôpital (le nom) ____________________
Maison des naissances _____
Domicile _______
Êtes-vous disponible : le jour : ________ le soir : __________
Aviez-vous les services d’une accompagnante? oui :____ non : _____
À combien de semaines de grossesse avez-vous accouché? _________semaines
Étiez-vous suivie pour une grossesse à risque? oui : ______ non : ______
Niveau de scolarité : _________________Profession :___________________
Revenu familial annuel brut (avant impôt)
Moins de 12,000
30,000-35,999
12,000-17,999
36,000-47,999
18,000-23,999
48,000-59,999
24,000-29,999
60,000 et plus
MERCI DE NOUS RENVOYER CE QUESTIONNAIRE AVEC VOTRE FORMULAIRE
DE CONSENTEMENT
94
Annexe 3 : avis de recherche
Le Collectif « Les Accompagnantes », en collaboration avec une chercheuse associée à la
Chaire d’étude Claire-Bonenfant sur la condition des femmes, de l’Université Laval, recherche
des femmes ayant accouché dans la grande région de Québec au cours des deux dernières
années pour participer à un groupe de réflexion* dans le cadre d’un projet de recherche.
•
•
Les frais de transport et/ou de gardiennage seront remboursés sur présentation d’un reçu.
Un maximum de 10 $/personne sera alloué pour le gardiennage. Nous remboursons les
frais d’appels interurbains.
Le groupe de réflexion se tiendra dans votre région.
Dans quels buts?
Pour donner la parole aux femmes :
• concernant les soins de santé reçus durant la grossesse et lors de l’accouchement
• concernant leurs points de vue sur la diversité des services de santé offerts et leur
accessibilité pendant la période périnatale
• pour éclairer le débat public sur les services de santé offerts pendant la grossesse et
l’accouchement et intervenir auprès des décideurs pour faire valoir les
revendications des femmes.
Vous êtes intéressée à participer à cette recherche?
Contactez Sylvie Saunier au Collectif « Les Accompagnantes » au 1 (418) 688-6039
avant le 30 janvier 2004
Une aide financière a été fournie par le programme de promotion de la femme de Condition féminine Canada. Les opinions exprimées dans ce
document ne correspondent pas nécessairement à la politique de Condition féminine Canada.
95
Annexe 4 : entrevue radiophonique - exemple
Mercredi 7 janvier 2004/01/07 CKIA
Qui sont « Les Accompagnantes »?
Nous sommes un organisme communautaire d’humanisation de la naissance qui existe depuis
20 ans et dont la mission est de protéger le caractère humain de la naissance dans un
environnement ou la technologie est omniprésente.
Nous sommes un collectif de 22 Accompagnantes.
Nous offrons 2 services principaux :
1- un service d’accompagnement individualisé pendant la grossesse, l’accouchement et la
période postnatale qui consiste en 3 rencontres prénatales, la présence a l’accouchement et
2 rencontres postnatales. Le soutien offert est d’ordre psychologique et non médical. Une
contribution volontaire est demandée aux parents a la fin de ce service.
2- Ateliers intensifs de préparation a la naissance en groupe
Pourquoi cette recherche?
Elle est née des constats faits lors de la table-ronde à l’occasion du 20e anniversaire des
Accompagnantes l’année passée. Le sujet de la table portait sur l’évolution de l’humanisation
des naissances dans la région de Québec au cours des 20 dernières années.
Les spécialistes et le public présent ont constaté :
1- Beaucoup d’améliorations depuis 20 ans
∗ femmes plus anesthésiées ni attachées,
∗ conjoint assiste,
∗ cohabitation avec le bébé,
∗ création chambres de naissances
2- Reste encore beaucoup a faire
∗ lourdeur de l’organisation du travail dans les hôpitaux,
∗ manque d’information et de soutien pour les femmes
∗ femmes sont de plus en plus prises en charge
∗ naissance est vue comme un événement médical
Surtout :
∗ restructuration depuis quelques années dans la grande région de Québec des soins de
santé en matière de périnatalité qui soulève beaucoup de questionnements sur
l’accessibilité des femmes a des soins diversifiés, peu importe leur condition et leurs
origines. En effet, des 7 centres hospitaliers accoucheurs dans les années 70 on en
compte plus que 2 dans la région : St-Francois d’assise et le Centre Mère-enfant du
centre hospitalier de l’université laval pour lequel la population n’a pas été consultée
96
Toutes ces restructurations soulèvent des questions importantes sur les quelles les
femmes doivent se prononcer.
Le but de notre recherche est donc de donner la parole aux femmes afin qu’elles
puissent donner leurs opinions sur :
• l’accessibilité a une diversité de soins pendant la grossesse et l’accouchement et
ce pour toutes les femmes indépendamment de leur condition
• nous parler de leurs besoins et revendications concernant les soins de santé
Suite aux réponses que les femmes vont nous donner, nous allons présenter leurs
commentaires et leurs revendications auprès des intervenants du milieu et faire des
pressions auprès des décideurs pour que la voix des femmes sur ce sujet soit entendue
et prise en compte.
Pour Quelles femmes?
Notre recherche s’adresse a toutes les femmes qui ont accouché dans la région de
Québec au cours des 2 dernières années.
Nous souhaitons toucher le plus de femmes possibles. Pour cette raison, nous allons
former 10 groupes de femmes qui tiendront compte :
∗ des conditions socio-économiques
∗ de l’appartenance culturelles et ethniques
∗ du handicap physique
∗ du statut matrimonial
∗ de la localisation géographique
∗ de l’âge
Contacter : Sylvie Saunier
Avant le 30 janvier 2004
688-6039
97
Annexe 5 : démarches de recrutement effectuées – avis de recherche
Semaines
Médias
Type d’annonce
La semaine du 4 au 10 décembre 03
Journal Voir
• Avis de recherche
(gratuit car erreur)
La semaine du 11 au 17 décembre 03
Journal Voir
• Avis de recherche
+
+
Radio CKRL
• Capsule publicitaire 60
secondes 3 fois par jour
Le 7 janvier 04
Radio CKIA
• Entrevue radiophonique dans
le cadre de l’émission « Mes
amies de filles »
La semaine du 8 au 14 janvier 04
Journal Voir
• Avis de recherche
+
+
Journal le Carrefour • Avis de recherche
Le week-end du 17 janvier 04
Le week-end du 17 janvier 04
Le dimanche 24 janvier 04
Le dimanche 24 janvier 04
Journal de Québec
• Avis de recherche
L’Hebdo
Charlevoisien
• Avis de recherche
Le Soleil
• Avis de recherche
Le courrier de
Portneuf
• Avis de recherche
La semaine du 5 au 11 février 04
Journal Voir
• Avis de recherche « Dernier
Appel »
La semaine du 5 au 11 février 04
Impact Campus
• Avis de recherche « Dernier
Appel » immigrantes et
monoparentales
Université Laval
La semaine du 12 au 18 février 04
Au fil des
événements
Université Laval
• Avis de recherche « Dernier
appel » « immigrantes et
monoparentales »
98
Annexe 6 : démarches de recrutement effectuées – présentation
Date
Lieux
2 déc. 03
Les Relevailles
9 déc. 03
Les Relevailles
Stratégies
Présentation de la recherche, des buts, des modalités de
participation et distribution des dépliants, affiches et
questionnaires aux femmes présentes intéressées
Idem
17 déc. 03
Centre ressources jardin des
familles
Idem
15 janv.04
Café-métho de la Chaire d’étude
Claire-Bonenfant
Présentation de la recherche, des buts, des modalités de
participation et distribution des dépliants et des affiches
23 janv. 04
Pignon Bleu
Idem
27 janv. 04
Les Relevailles
Idem
29 janv. 04
La Bouchée généreuse Limoilou
Idem
3 janv. 04
Café au lait (CLSC Charlesbourg)
Idem
5 fév. 04
Ressources familiales Côte-deBeaupré
Idem
8 fév. 04
Cuisine collective Cégep Limoilou
Idem
12 fév. 04
Ressources familiales Beauport
Idem
12 fév. 04
Centre international des femmes
Idem
99
Annexe 7 : schéma d’entretien
1.
2.
3.
4.
5.
Accueil et remerciements
Présentation de l’animatrice et de la coordonnatrice du projet
Présentation de l’organisme « Les Accompagnantes »
But de la rencontre et objectifs du projet de recherche
Explication des conditions facilitantes pour le bon déroulement de la rencontre
Question générale afin d’ouvrir la discussion
• Quelle image aviez-vous de l’accouchement en devenant enceinte?
Besoins
•
•
•
•
Quels étaient vos besoins en vue de l’accouchement?
Quels moyens avez-vous trouvé pour répondre à ces besoins?
Quels étaient vos besoins pendant l’accouchement?
Quels moyens avez-vous trouvés pour répondre à ces besoins?
Ressources – Accessibilité et diversité
• Vous sentiez-vous prête à vivre votre accouchement? (Ce qui vous a le plus aidé et
ce qui vous a manqué)
• Parlez-nous de l’information/des ressources que vous êtes allér chercher (Auprès de
qui, quoi et comment?)
• Quelles ressources s’offraient à vous pour préparer et vivre votre accouchement?
• Ces ressources étaient-elles accessibles?
Choix
•
•
Pouvoir
•
•
•
Parlez-nous de vos choix. Qu’est-ce qui les a influencés?
Les autres ont-ils joué un rôle dans les choix que vous avez fait?
Avez-vous eu l’impression d’avoir eu du pouvoir en regard de ce que vous avez
vécu?
Quelle est votre définition du pouvoir?
Quelles sont les forces que vous avez acquises suite à votre expérience?
Revendications
• Qu’avez-vous le plus apprécié/le moins dans votre expérience?
• Que souhaiteriez-vous changer ou quel message aimeriez-vous laisser en
participant à cette recherche?
6. Bilan et retour sur la rencontre (commentaires – évaluation)
7. Présentation du comité de validation
8. Information sur le rapport final et sur sa disponibilité pour toutes les participantes
9. Remerciements et conclusion
100
Annexe 8 : questionnaire d’évaluation
Questionnaire d’évaluation
Projet de recherche sur l’accessibilité à des soins de santé diversifiés pendant la période
périnatale
Ce questionnaire a pour but d’évaluer votre satisfaction face à la rencontre de groupe que vous venez de vivre.
Les renseignements que vous nous transmettrez nous seront très précieux car ils contribueront à améliorer notre
approche avec d’autres groupes de femmes. Tous ces renseignements seront traités de façon confidentielle.
La formule de la rencontre vous convient-elle?
Très satisfaite
☺
Satisfaite
Peu satisfaite
Le jour de la semaine
L’heure
Le nombre de
participantes
La pause – la collation
Le local
La distance par rapport à
votre domicile
L’accessibilité du lieu
(bus, stationnement.)
La durée de la rencontre
La possibilité de vous
exprimer librement
Les thèmes abordés
L’animatrice
L’accueil
Commentaires :
_____________________________________________________________________________________
_____________________________________________________________________________________
_____________________________________________________________________________________
_____________________________________________________________________________________
Mille fois merci!
101
Annexe 9 : composition des entretiens collectifs
7 Groupes
Nombre de femmes
interpellées
Nombre de femmes
présentes
Femmes favorisées hôpital
16
8
Femmes accompagnées
hôpital
13
5
Femmes de Charlevoix
hôpital
12
5
Femmes défavorisées hôpital
9
4
Femmes de maison des
naissances
11
4
Femmes immigrantes hôpital
6
3
Femmes de Portneuf hôpital
4
2
Femmes autochtones hôpital
2
2
Femme immigrante hôpital
1
1
Jeune femme hôpital
1
1
Femme handicapée visuelle
hôpital
1
1
76
36
5 Entrevues
TOTAL
102
Annexe 10 : le mandala du Pouvoir
Hôpital
Revendications
Sécurité
économique
et réseaux
de soutien
Maison des
naissances
Lieu
d’accouchement
Conception de
l’accouchement
Pouvoir
des
femmes
Accompagnement
Connaissance
des droits
Physiques
Légitimité
reconnue et
pouvoir sur
l’intervention
Besoins
Affectifs
Structurels
Degré de
satisfaction
Volonté
Attitudes et
sentiments
Diversité
Information et des
Ressources
appropriées
soutien
Accessibilité
(En cours de grossesse)
(Lors de l’accouchement)
Intellectuels
Non
accessibilité
103
Annexe 11 : détails – raisons évoquées pour la réponse ou non aux besoins communs à
l’ensemble des participantes
BESOIN DE CONTRÔLER ET DE PLANIFIER
CAUSES DE LA RÉPONSE
Détermination de la femme
• Préparation mentale de la femme
• Accès à l'information et aux ressources diversifiées
• Avoir un plan de naissance
• Connaissance de son corps
• Possibilité de faire du travail à la maison
• Pourvoir de faire des choix
Présence de son médecin à l'accouchement
CAUSES DE LA NON RÉPONSE
Prise en charge médicale
• Urgence médicale
• Césarienne
• Limitation des interventions
Lourdeur du protocole
Soutien et ouverture du personnel
Manque d'information et d'accès à des
ressources
Accoucher en maison des naissances
Attitude des intervenants
• Infantilisation des jeunes mères
• Non-disponibilité
• Utilisation de la peur
• Non-respect du vécu de la femme
BESOIN DE COMPRÉHENSION ET DE CONSIDÉRATION
CAUSES DE LA RÉPONSE
Présences en C-H :
• Accompagnante
• Conjoint
• Sage-femme
• Présence de son médecin à l'accouchement
• D'une femme
Accoucher en maison des naissances
CAUSES DE LA NON RÉPONSE
Pouvoir du milieu hospitalier et attitudes des
intervenants :
• Non-respect de l'intimité, de l'intégrité et
des choix de la femme
• Non-écoute des besoins
• Stigmatisation des femmes ayant eu une
césarienne, des jeunes mères et des femmes
ayant choisi la maison des naissances
• Pas de suivi du dossier médical après le
deuxième ou troisième accouchement
• Manque de reconnaissance des acquis, de
l'instinct féminin, de la responsabilité de la
femme
• Non-disponibilité du personnel
• Rapidité du suivi prénatal
• Trop grande initiative des résidents malgré
leur manque d'expérience
• Attitude d'urgence du personnel
• Banalisation de la naissance avec la
césarienne et de la naissance en général
• Harcèlement du personnel infirmier
Manque d'accès aux ressources
d'accompagnement
104
Continuité du suivi avec son intervenant(e)
Attitudes des intervenants
• Respect des choix de la femme
• Personnalisation des soins
• Respect du vécu
• Le non-jugement
Critères d'admission trop restrictifs des
CLSC (pour ressources adaptées) et des
maisons des naissances
Lourdeur du protocole médical
• Changement du quart de travail des
infirmières
Manque d'information sur ses droits
• Sentiment d'avoir été bernée, manque
d'information pendant le travail
BESOIN DE SÉCURITÉ ET D'ÊTRE RASSURÉE
CAUSES DE LA RÉPONSE
Présences en CH :
• Accompagnante
• Conjoint
• Sage-femme
• Présence de son médecin à l'accouchement
• D'une personne significative
Aspects chaleureux des maisons des naissances
Continuité du suivi avec son intervenant(e)
Attitudes des intervenant(e)s
• Écoute, "caring" (solicitude)
• Disponibilité
• Soutien du personnel
• Coté humain du personnel
Compétences professionnelles médicales des sages-
CAUSES DE LA NON RÉPONSE
Attitude des intervenant(e)s en CH :
• Non à l'écoute de la femme
• Manque de soutien et de modèle positif
• Manque d'accompagnement
• Manque de cohérence entre les différentes
infirmières dans l'information donnée
• Manque de chaleur, de considération et
d'écoute des intervenant(e)s
• Manque de respect du médecin lors
d'examens vaginaux
• Menace des intervenant(e)s pendant la
poussée
• L'aspect inhumain du suivi
• Les intervenant(e)s n'ont pas joué leur rôle
de donner confiance
• Non-disponibilité du médecin
• Se faire refuser un suivi
Manque d'information:
• Sur la routine hospitalière
• Sur tous les scénarios possibles pendant le
travail et l'accouchement
Manque d'accès à une diversité de
ressources
Manque de ressources accessibles 24h
Protocole médical
• Changement de chiffres
• Manque de continuité
• Incertitude liée au fait de ne pas savoir si
c'est son médecin qui sera présent à
l'accouchement
• Absence temporaire des personnes
significatives lors de la césarienne
• Nécessité de se battre
Obligation d'accoucher en centre hospitalier
105
femmes
L'approche des sages-femmes
• La longueur du suivi prénatal avec la sage-femme
• Responsabilisation donnée aux parents par les sagesfemmes
• La liberté d'être, le non-jugement des sages-femmes
• La connaissance intime du couple
• Présence de l'aide natale
• Disponibilité des sages-femmes
• Reconnaissance des compétences parentales
• Lien de confiance dû à la continuité du suivi
Information et accès aux ressources diversifiées
Distance de la maison des naissances (Saint
Romuald – Rive-Sud)
Pouvoir contrôler
• Faire des choix
Préparation en prénatal
Avoir des modèles positifs
Cohabitation avec bébé en post
L'hôpital
• La technologie (ne plus souffrir)
106
Annexe 12 : l’ensemble des pistes d’action proposées par les femmes
En prénatal
•
•
•
•
•
•
•
•
•
•
•
•
•
•
•
Créer un guide « Mode d’emploi 101 pour vivre sa grossesse » comportant
toutes les ressources traditionnelles et alternatives disponibles pour les
femmes enceintes ainsi que toute l’information pour le père afin qu’il puisse
lui aussi faire ses choix en connaissance de cause (menu à la carte – guide
gouvernemental pour uniformiser l’info.). Le rendre accessible à toutes les
femmes dès le début de leur grossesse.
Campagne de sensibilisation (auprès des intervenants et des femmes enceintes
dans le cadre des cours prénataux) au moyen d’une vidéo dans le but de
présenter et publiciser les types de services offerts par les sages-femmes et les
accompagnantes ainsi que toutes autres ressources alternatives (yoga prénatal,
hypnonaissance, préparation affective à la naissance…).
Faire plus d’exercices pratiques dans les cours prénataux et avoir plus d’info
sur le postnatal.
Remise à jour régulière de l’information transmise dans les cours prénataux
des CLSC.
Avoir des horaires variés dans les cours prénataux.
Avoir plus de ressources destinées aux immigrantes (soutien, échange,
entraide...).
Que les CLSC soient le point de chute de l’information (banque de données
centralisées).
Brancher les ressources périnatales avec le réseau de francisation au MRCI.
Créer des réseaux d’entraide et d’échange d’informations entre femmes
enceintes et femmes nouvellement accouchées.
Rendre accessible (à toutes les femmes enceintes qui le désirent) le retrait
préventif.
Décloisonner tous les services en périnatalité (traditionnels, médicaux et
alternatifs) afin de les rendre accessibles aux usagères.
Bombarder les murs des cliniques de périnatalité de publicité sur les
ressources alternatives.
Augmenter les temps de visites en prénatal afin que les femmes puissent
exprimer leur vécu à leur médecin.
Offrir un service d’accompagnement à la naissance en région ainsi que tous
les autres services alternatifs (services qui seraient offerts au même titre
que les cours prénataux).
Modifier le dépliant des Accompagnantes.
CLSC
MRCI
CLSC ou
organisme
communautaire
Gouvernement
Réseau
Hôpital et
clinique
Organisme
communautaire
En périnatal
•
Formation continue pour les intervenant(e)s : en relation d’aide, en
écoute active, sur le respect des droits des femmes, de leur intuition, de
leur savoir et de leur rythme.
•
Avoir accès à une personne qui accompagne, guide et qui « coach »
pendant le travail et l’accouchement.
•
Faire un plan de naissance et le présenter au médecin
•
Être considérée comme étant la personne la plus importante ce jour-là.
Hôpitaux et clinique
Organisme
communautaire et
hôpitaux
CLSC ou organisme
comm.
107
•
•
Pouvoir compter sur la présence de son médecin à l’accouchement
Avoir accès à un dépliant sur lequel toutes les informations relatives
au fonctionnement de l’hôpital soient clairement indiquées (les
horaires de passage de la personne responsable de la location de la
télévision, les horaires de la cafétéria …).
•
Assouplir le protocole médical.
•
•
Créer une charte des droits des femmes enceintes et du couple et
l’afficher en milieu hospitalier (connue des intervenant(e)s).
Baliser le travail des résidents.
•
Rendre accessible l’accouchement à domicile.
•
•
•
Localiser ensemble les femmes ayant vécues des césariennes.
Accepter les marraines d’allaitement dans les hôpitaux.
Encourager, subventionner et rendre accessible des services de relevailles
et de café-rencontres en postnatal.
Permettre aux mères qui le souhaitent de rester plus longtemps à la maison
des naissances après l’accouchement.
Formation uniformisée en allaitement pour tous les intervenants afin de
réduire les risques de transmission d’informations contradictoires.
Avoir des lignes info-allaitement/info- bébé/info-maman 24h/24h.
Rendre accessible tous les services périnataux hors région métropolitaine
de Québec (Portneuf et Charlevoix).
Gouvernement
En postnatal
•
•
•
•
Hôpitaux
Gouvernement
Maison des
naissances
CLSC
En pré-per-post-natal
•
•
•
•
•
•
Sensibiliser les organismes communautaires et les intervenants du réseau
sur les handicaps et les besoins de certaines mères afin que ces derniers
soient considérés et qu’elles puissent par le fait même avoir accès à du
personnel de soutien pendant toute la période périnatale (achat de linge de
bébé, nourrir bébé, installation des équipements pour bébé…). Importance
de ne pas tenir compte du revenu familial.
Ouvrir d’autres maisons des naissances (hors des centres hospitaliers) dans
la région 03 en conservant leur caractère intime (Rive-Nord,
Charlevoix…).
Présence des sages-femmes en milieu hospitalier.
Mettre en place une formation d’accompagnante reconnue et officielle.
Changement d’attitude du personnel hospitalier :
Ne plus utiliser la peur et le jugement pour influencer les femmes et
justifier les interventions faites auprès d’elles ;
Ne plus considérer la femme enceinte comme une personne malade ;
Ne plus imposer des choses aux femmes mais les responsabiliser en
les informant de toutes les ressources existantes tant médicales,
alternatives que traditionnelles ;
Respecter les convictions et les choix des femmes.
Décentraliser les accouchements et faire de plus petits centres accoucheurs :
de maternité ou de cellules maternelles (ville et/ou banlieue) qui seraient
affiliés à des instances locales (CSSS/CLSC). Là, sous un même toit, se
retrouveraient toute l’information et toutes les ressources (traditionnelles et
alternatives) pour la femme enceinte. Par ex. : formation sur place comme
en maison des naissances (recréer un milieu de vie)
CLSC
Gouvernement
Hôpitaux, cliniques
et CLSC
Réseau
108
Annexe 13 : tableau sur les causes de l’accessibilité ou non des ressources
L’accessibilité et les causes de l’inaccessibilité des ressources
Ressources traditionnelles
Cours prénatal
•
Généralement accessible
Littérature-audio-visuel (info sur
grossesse, travail, accouchement,
droits)
•
de façon générale très
accessible
Activité physiques (yoga,aquamaman)
•
Généralement accessible
Plan de naissance
Accessoires pendant le travail
•
•
Généralement accessible
de façon générale
accessible
Support en allaitement
•
bon soutien en région
•
•
•
•
•
•
•
•
•
•
•
•
•
•
•
•
•
•
Conflit d’horaire
Manque d’information
Maladie
Distance
Cours non-adapté (handicap)
Décentralisation
Manque d’information formelle sur les
droits des femmes enceintes
Maladie (mal de tête pour lecture)
Manque d’information numérisée
Coût
Distance (surtout en région)
Conflit horaire
Manque d’ouverture de l’intervenant
Pas proposé
Épidurale restreint l’accès à certains
accessoires (banc de naissance, bain…)
Manque de continuité dans le suivi en CH
Information contradictoire parmi les
intervenants en CH
Information non adéquate dans certains
cours
Ressources médicales
Épidurale
•
De façon générale, accès facile en
milieu hospitalier dans la région de
Québec centre
•
•
•
Non-disponibilité de l’anesthésiste
Absence de l’anesthésiste
Raisons de santé de la mère
Césarienne
•
De façon générale, accès facile en
milieu hospitalier dans la région de
Québec centre
•
Les femmes de Charlevoix doivent venir
à Québec car pas de spécialiste
Déclenchement
•
De façon générale, accès facile en
milieu hospitalier dans la région de
Québec centre
109
Ressources alternatives
Accompagnement
(infirmière, médecin...)
•
Accessible pour certaines
•
•
Les Accompagnantes
•
•
Sages-femmes
•
Accessible par le bouche à oreille
ou après une 1ère expérience
Accessible pour certaines répondant
à des critères particuliers et ayant
une grande détermination
•
•
•
•
•
Ostéo-chiro-acuphypno.réflex.homéo
•
Accessible auprès des sagesfemmes car utilisent certaines
•
•
Changement de quart de travail en CH
Charge de travail des intervenant(e)s en
CH
Manque information dans le réseau
Manque d’information dans le réseau
Critères d’admission trop sévères
Manque d’ouverture d’esprit des
intervenant(e)s du réseau
Distance
Préjugés et tabous envers les sagesfemmes et les utilisatrices de leurs
services
Coût
Manque d’information
Ressources financières et administratives
Programme OLO
• Accessible pour certaines
•
•
Assurance chômage
Aide sociale
•
Accessible pour certaines
•
Manque d’information
Bénéficier du service nécessite un suivi
parfois trop serré
Critères d’admission trop sélectifs
Retrait préventif
•
Accessible pour certaines
•
Critères d’admission trop sélectifs
Garderie–gardienne
•
Accessible pour certaines
•
•
Manque de place
Longueur des listes d’attente
110
Annexe 14 : idées-forces auprès de chaque groupe
Favorisées
Accompagnées
Charlevoix
Portneuf
Défavorisées
jeune femme
Maison des
naissances
Manque
d’information lors
de l’accouchement
Non-accessibilité des Peu de ressources
ressources
institutionnelles et
financières
Revendiquent une
maison des
naissances et des
services
d’accompagnantes
Recherchent la
sécurité du milieu
hospitalier
Se battre pour faire
valoir ses besoins
Souhaitent ne pas
souffrir
Avoir la liberté « d’être »
et de s’abandonner
Se battre pour faire
valoir ses besoins
Césarienne source de
souffrance physique
et psychologique
Deuil à faire suite à
une césarienne
Dépossession de son
accouchement avec
une césarienne
L’accompagnante
donne du pouvoir
et humanise
Immigrantes
européennes
Besoins non entendus Non-respect de
des intervenant(e)s
l’intégrité physique
Présence de contrôle
de la part du corps
médical
Immigrante hispanophone
Prise en charge du
milieu médical :
infantilisation
stigmatisation
Autochtones
Souhaitent une plus grande
centralisation de l’information
Et une meilleure connaissance
de leurs droits
Qualité du suivi avec les
sages-femmes
Souhaitent vivre la douleur
de l’accouchement
La sage-femme donne le
pouvoir
Handicapée visuelle
Absence de documentation
adaptée
Handicap facteur limitant
l’accès à l’information
Isolement :
Besoin de soutien et de
Besoin de soutien et de
ressources pour les relevailles
ressources pour les relevailles
Barrières linguistiques, culturelles Être dans la norme
et de genre avec son médecin
Aucune considération des
besoins spécifiques en
postnatal
111
Annexe 15 : les grands thèmes des revendications depuis les 30 dernières années9
Années
L’humanisation
L’accessibilité de
La pratique sagel’information et des services
femme
Une baisse des interventions en milieu
Années 70-80
hospitalier
Remise en question des
pratiques liées à
Respecter le rythme des femmes en
l’accouchement en CH
travail
Un pas vers
Présence d’accompagnantes pendant
l’humanisation de la
l’accouchement
naissance suite aux
Une plus grande disponibilité du
colloques « Accoucher
personnel médical avant et après
ou se faire accoucher »
l’accouchement
Années 90
Réponses partielles aux
demandes des femmes
Être traitées comme une personne,
avec respect et chaleur humaine
Recevoir du soutien, se sentir en
sécurité
Restreindre le monopole médical dans
Années 2000
les hôpitaux
Nécessité de demeurer
vigilantes
La présente recherche Considérer la femme dans sa globalité
(physique, émotive, spirituelle)
Tenir compte de la
Respecter les besoins, les choix et les
diversité
droits des femmes
et du désir de
Présence continue d’une personne
concertation
d’expérience qui soit disponible et à
l’écoute pendant l’accouchement
Favoriser une approche moins
interventionniste et moins technique
en milieu hospitalier
9
L’autonomie et
les droits des
femmes
Accès à de nouveaux lieux de naissance
Moyens d’information sur la grossesse et
l’accouchement
Reconnaissance de la pratique
Une plus grande
des sages-femmes
autonomie des femmes en
périnatalité
Accès aux services sagefemme
Un plus grand respect du
droit des femmes
Législation de la pratique
sage-femme
Recevoir de l’information personnalisée et
adaptée afin de faire des choix éclairés
Participer aux décisions
Réponses
en recevant de
Légalisation de la pratique
sage-femme en maison des l’information adéquate et
complète
naissances et reconnaissance
de la profession
Projets pilotes des MDN
Idem
Réponses
Pratique des sages-femmes en
milieu hospitalier et à
domicile
Démystifier et reconnaître la Informer les femmes de
leurs droits
profession de sage-femme
Favoriser un pouvoir
négocié; redonner son
pouvoir à la femme
Reconnaissance par le milieu
Plus d’alternatives à l’accouchement (en
CH)
Recevoir plus de renseignements afin de
faire des choix éclairés
Rendre accessibles d’autres maisons des
naissances dans la région 03
Rendre accessibles toutes les ressources
(médicales et alternatives) en région
(Portneuf et Malbaie)
Faciliter l’accès à des ressources spécialisées
en tenant compte de la diversité des femmes
et de leurs besoins (immigrantes, femmes
avec handicap, monoparentales, étudiantes,
travailleuses autonomes…)
Accès à une diversité d’information et de
ressources pour faire des choix éclairés
Centraliser l’information
La
complémentarité
et la concertation
Favoriser la
complémentarité et la
concertation entre les
milieux médical et
alternatif
hospitalier des compétences
médicales des sages-femmes
Extrait tiré du rapport de recherche qualitative intitulé: « Mettre un enfant au monde : des femmes se racontent et souhaitent être entendues », mai 2005.
112
Annexe 16 : les pistes d’action proposées10
Revendication 1 :
Avoir accès à une diversité d’information et des
ressources diversifiées afin de faire des choix
éclairés
Revendication 2 :
Revendication 3 :
Le respect des besoins, des choix et des droits
La présence continue d’une
des femmes en milieu hospitalier
personne d’expérience pendant
le travail et l’accouchement
•
•
•
•
•
•
•
•
•
•
•
Rédaction d’un guide gouvernemental de type : « Mode
d’emploi 101 pour mieux vivre sa grossesse »
Diffusion des renseignements contenus dans le précédent
guide sur le réseau de francisation du Ministère des
Relations citoyens et Immigration
Campagne de sensibilisation (sur vidéo) dans les cours
prénataux et auprès des intervenant(e)s dans le but de
présenter les différents services et ressources alternatifs
Création de ressources adéquates et gratuites pour venir
en aide aux femmes avec un handicap pendant la
grossesse et la première année de vie de l’enfant (soutien
pour l’achat de vêtements de bébé, techniques adaptées
pour nourrir bébé, installation d’équipement adapté pour
prendre soin du bébé)
Actualisation de l’information transmise dans les cours
prénataux des différents CLSC de la région 03
Mise en place de cafés- rencontres prénataux, en parallèle
aux services offerts par le CLSC
Ouverture de nouvelles maisons des naissances (hors des
centres hospitaliers) dans différents secteurs de la RiveNord de Québec et dans Charlevoix
Plus grande présence des sages-femmes en milieu
hospitalier
Accessibilité au service d’une accompagnante à toutes les
femmes qui le souhaitent
Campagne de sensibilisation auprès des organismes
communautaires et des intervenant(e)s afin d’informer
des besoins des mères ayant un handicap
•
•
•
Augmentation du temps de visite en prénatal auprès
de son médecin obstétricien et/ou gynécologue
Création et affichage (en CH) d’une charte des droits
des femmes enceintes et du couple
Instauration d’une formation continue pour les
intervenant(e)s, afin de favoriser le développement
d’habiletés et l’acquisition de connaissances propices
à une plus grande humanisation de la naissance
(écoute, vulgarisation, accompagnement,
connaissance sur les droits des femmes, etc.)
Recherche d’une meilleure articulation entre
l’alternatif et le médical afin que ces deux milieux
puissent travailler dans le même sens
•
À la lumière des résultats de l’analyse, le
Collectif « Les Accompagnantes »
recommande que des mesures financières
récurrentes soient prises à l’égard des
services d’accompagnement déjà existants.
Cela permettrait de répondre au besoin
exprimé par les femmes d’une présence
continue d’une personne d’expérience à
l’écoute et disponible, sans exiger
d’avantage des intervenant(e)s médicaux
(médecins, infirmières) déjà très sollicités
en milieu hospitalier
10 Extrait du rapport de recherche qualitative intitulé « Mettre un enfant au monde: des femmes se racontent et souhaitent être entendues », mai 2005.
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