Chapitre introductif - Université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou

Chapitre introductif - Université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou
REPUBLIQUE ALGERIENNE DEMOCRATIQUE ET POPULAIRE
MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR
ET DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
UNIVERSITE MOULOUD MAMMERI DE TIZI-OUZOU
FACULTE DU GENIE DE LA CONSTRUCTION
DEPARTEMENT D’ARCHITECTURE
MEMOIRE DE MAGISTER EN ARCHITECTURE
OPTION : Architecture et Développement Durable
Guide technique pour une opération de réhabilitation du patrimoine
architectural villageois de Kabylie
Présenté par
Melle ALILI Sonia
Devant le jury
Mr AIT TAHAR Kamal
Professeur
UMMTO
Président
Mr BRARA Ahmed
Directeur de recherches
CNERIB
Examinateur
Mr DAHLI Mohamed
Maitre de conférences (A)
UMMTO
Rapporteur
Date de soutenance : 03 juillet 2013
Remerciements
A l’issue de ce travail, je voudrais remercier toutes les personnes qui ont contribué de près
ou de loin à la concrétisation de ce travail de recherche. En premier lieu, je tiens à adresser
mes remerciements à mon Directeur de mémoire, Monsieur DAHLI Mohamed, Maître de
conférences A à l’UMMTO, pour son encadrement, sa rigueur, sa minutie et ses
connaissances professionnelles polyvalentes dont j’ai tiré le plus grand profit.
J’adresse également mes remerciements à Monsieur Ait TAHAR Kamal pour avoir accepté
de présider le jury de cette soutenance et à Monsieur BRARA Ahmed qui a bien voulu
accepter d’examiner ce travail de recherche.
Je n’oublierai pas non plus de remercier Monsieur KEZZAR Med Akli, enseignant à
l’université Abderrahmane Mira de Béjaia pour ses conseils et sa précieuse documentation.
Comment oublier les étudiants de ma promotion avec qui j’ai échangé des moments de
complicité et de générosité, ainsi que mes anciens professeurs du département d’Architecture
de Tizi-Ouzou.
Aux associations de villages, aux habitants dont l’accueil a été exceptionnel, à tous mes
amis et personnes qui se sont investis dans un travail de terrain et qui m’ont permis de
découvrir des sites merveilleux, je tiens à leur faire part de ma reconnaissance et de ma
gratitude pour leur aide.
Enfin, je ne peux terminer ces remerciements sans rendre un hommage particulier à mes
parents, mon frère, mes sœurs, mes tantes et oncles pour leur soutien moral, leurs
encouragements, et leur aide précieuse.
I
Résumé
L’architecture vernaculaire villageoise de Kabylie est un patrimoine légué par nos ancêtres,
de ce fait et sans aucun doute, un héritage à préserver. Le socle de ce patrimoine bâti est
l’économie et l’écologie car les techniques constructives qui le constituent ont toujours
composé avec l’environnement le plus proche, c'est-à-dire les matériaux locaux naturels
moins coûteux comme la terre, la pierre, le bois pour ne citer que ceux-là.
Malheureusement ces villages connaissent, depuis quelques décennies, un dépeuplement
sans cesse croissant, pour des raisons de commodités et de confort. Cela a engendré
aujourd’hui une dégradation très avancée de ce patrimoine, qui, si elle se poursuit entrainera
sa perte à jamais.
Pour remédier à cette situation, des interventions telles qu’une opération de réhabilitation
sont plus que nécessaires, afin de permettre aux générations futures de s’imprégner de la
culture de leurs ancêtres et pourquoi pas les réintégrer à nouveau dans ces habitations à
caractère patrimonial ou tout simplement les reconvertir, dans le cadre d’un tourisme de
montagne durable, en maisons d’hôtes. Cette recherche que nous proposons s’inscrit
parfaitement dans cette logique.
A travers des investigations sur le terrain, un repérage des typologies des techniques
constructives, des différents matériaux qui constituent les bâtis et enfin des pathologies qui
rongent cet héritage, sera effectué. Ce repérage représentera la base pour l’élaboration d’un
guide technique de réhabilitation du patrimoine villageois de Kabylie.
Mots- clés : architecture vernaculaire, Kabylie, guide, réhabilitation, dégradation.
II
Abstract
The rustic vernacular architecture of Kabylia is a heritage bequeathed by our ancestors,
therefore and doubtless, an inheritance to be protected and valued. This developed heritage is
based on the economy and ecology of the times due to the constructive techniques adopted
were very much related to the natural local materials from the environment such as mud,
stone, wood, etc. to name a few which is considered to be economical.
Unfortunately, due to the lack of convenience and comfort these villages and its population
slowly and steadily deteriorated. This situation would get worse and this heritage of our
ancestors would become extinct, devoid of intervention.
So, the only opportunity to preserve this wonderful heritage is to create a tourist oriented
project by rehabilitating these unique houses and recreating the essence of the wonderful
culture of our ancestors in the backdrop of the mountainous and green scenario of the area.
Inorder for the above to happen we should conduct a detailed study on the typology,
construction techniques, materials used and the reason for the determination of the structure
inorder to come up with a replica of our ancestors rustic architecture, culture and its values.
Thereafter, if required we could go on to have a hard/soft copy guide on the same.
Keywords: vernacular architecture, Kabylia, guide, rehabilitating, deteriorated.
III
‫ملخص‬
‫ّ‬
‫إن الهندسة المعمارية العامية في قرى منطقة القبائل هي تراث خلفه أسالفنا‪ ،‬و بتالي ‪ ،‬فهي بدون شك إرث يجب‬
‫الحفاظ عليه‪ .‬قاعدة هذا التراث المبني هو االقتصاد والبيئة ّ‬
‫ألن تقنيات البناء المستعملة تتعامل مع المحيط األقرب‪ ،‬وهذا‬
‫يعني المواد المحلية الطبيعية األقل تللفة ملل التربة‪ ،‬الحجر والخشب‪.‬‬
‫صا مستم ًرا لسلانها و هجرتهم لغرض عيش أسهل و‬
‫لألسف تعرضت هذه القرى خالل بعض عشرات من السنين‪ ،‬تناق ً‬
‫الرفاهية‪ .‬وقد أدى هذا إلى تدهور هذا التراث الذي سيُفقد إلى األبد إذا استم ّر ذلك‪.‬‬
‫لتصحيح هذا الوضع‪ ،‬تبرز ضرورة اإلصالح و إعادة التأهيل من أجل السماح لألجيال القادمة أن تتأّّر بلقافة و تراث‬
‫أسالفهم ولما ال‪ ،‬إدماجها من جديد ضمن البنايات السلنية ذات الطابع التراّي أو تحويلها في سياق السياحة الجبلية‬
‫المستدامة إلى منازل الضيافة ‪ّ .‬‬
‫إن هذا البحث الذي نقترحه يتالءم مع هذا المنطق‪.‬‬
‫من خالل التحقيق الميداني‪ ،‬وتحديد أنماط وأساليب البناء ومواد مختلفة منها األطر واألمراض أخيرا أنه سيتم بذل‬
‫الطاعون القديمة‪ .‬وسوف يلون هذا التحديد أساسا لوضع مبادئ توجيهية تقنية إلعادة تأهيل القرى التراّية من منطقة‬
‫القبائل‪.‬‬
‫الكلمات المفتاحية‪ :‬العمارة العامية‪ ،‬القبائل‪ ،‬دليل‪ ،‬التأهيل‪ ،‬تدهور‪.‬‬
‫‪IV‬‬
SOMMAIRE
Remerciements
I
Résumé
II
Abstract
III
‫ملخص‬
IV
Chapitre introductif
05
PREMIER CHAPITRE : DIFFERENTES ETAPES D’UNE OPERATION DE
REHABILITATION DU PATRIMOINE BATI
Introduction
6
I- Réhabilitation
6
II- Démarche d’une opération de réhabilitation
7
II.1. La connaissance du bâti
8
II.1.1. Pré-diagnostic
8
II.1.2. Etudes pluridisciplinaires
9
II.1.2.1.
Etude sociale
9
II.1.2.2.
Etude historique et recherche documentaire
9
II.1.2.3.
Etude architecturale
11
II.1.2.4.
Etudes constructives et désordres
12
II.1.3. Diagnostic
13
II.2. La phase de l’entretien
13
III- Méthode d’appréhension du terrain
14
Conclusion
18
DEUXIEME CHAPITRE : PRESENTATION DE L’ARCHITECTURE
TRADITIONNELLE DE KABYLIE
Introduction
I.
20
Description des villages kabyles
20
I.1. Typologies villageoises de Kabylie
21
I.2. Eléments composant le village kabyle
22
I.2.1. Les ruelles : aznik, ighil, avrid
22
I.2.2. Les impasses
23
I.2.3. Tajmaat
23
I.2.4. L’hara
24
I.2.5. L’entrée de la maison
25
II. Description de la maison kabyle traditionnelle
V
25
Composition d’axxam
II.1.
27
II.1.1. Taqaat ou ‘aguns’ ou tigherghert
28
II.1.2. Adaynin
28
II.1.3. Taaricht
29
II.1.4. Amnar
29
II.1.5. Thagorfet
30
II.1.6. Les niches de rangement ou d’exposition et les akoufi
31
II.2. Types d’ouvertures dans les maisons kabyles
31
a) Fenêtres
31
b) Portes
34
II.3. Typologie de l’élévation
35
II.3.1. Les escaliers
36
II.4. Techniques constructives
37
III. Transformation du cadre bâti dans les villages kabyles
38
III.1. Juxtaposition du nouveau à l’ancien
38
III.2. Superposition du nouveau à l’ancien
38
III.3. Démolition totale de l’ancien
39
Conclusion
39
TROISIEME CHAPITRE : TYPOLOGIES ARCHITECTURALES
TRADITIONNELLES EN KABYLIE
Introduction
40
I. TYPOLOGIE ARCHITECTURALE DE PIERRE
I.1. Historique de l’utilisation de la pierre
40
40
I.2. Structures verticales en pierre
41
I.2.1. Fondations
41
I.2.2. Les murs porteurs
42
I.2.2.1. Les murs de maçonneries de pierres sèches
43
I.2.2.2. Les murs de maçonnerie de pierres hourdées au mortier
44
I.2.2.3. Les différentes techniques de mise en œuvre des murs en maçonneries
de pierres sèches et hourdées au mortier
45
I.2.2.3.1. Type de moellon
45
a) Les moellons équarris
45
b) Les moellons ébauchés
46
VI
I.2.2.3.2. Les différents appareils en pierres sèches et en pierres hourdées
46
a) Appareil irrégulier
47
b) Appareil à assises régulières
47
c) Appareil assisé
47
I.2.2.4. Régidification des murs
II.
49
a) Chaine d’angle
49
b) Liaison entre mur de façade et mur de refend
50
TYPOLOGIE ARCHITECTURALE DE TERRE (PISE)
51
II.1.
Historique du matériau terre crue
51
II.2.
Structures verticales en pisé
51
II.2.1. Fondations et soubassements des murs en pisé
51
II.2.2. Les murs porteurs en pisé : les techniques de mise en œuvre
52
II.2.3. Types de murs en pisé
53
II.2.4. Régidification des angles des murs en pisé
55
III. STRUCTURES HORIZONTALES DANS LA CONSTRUCTION EN PIERRE ET
EN PISE
55
III.1. Les planchers à structure en bois
55
III.1.1. Types d’appuis des solives
56
1. Appuis direct
57
2. Appuis sur lambourdes
57
III.2. Les toitures
58
1. Toitures en tuiles
58
2. Toitures en terre
60
III.2.1. Typologie des fermes de toiture
61
III.2.2. Les sous toitures
63
III.2.3. Types d’appui de la toiture sur les murs
IV. LES ENDUITS DANS LES CONSTRUCTIONS KABYLES
64
65
IV.1. Mise en œuvre
66
IV.2. Matériaux et matériels utilisés pour enduire les murs
67
Conclusion
68
QUATRIEME CHAPITRE : PATHOLOGIES ET REMEDES DE
L’ARCHITECTURE TRADITIONNELLE EN KABYLIE
Introduction
70
VII
I.
PATHOLOGIES
ET
DESORDRES
DES
CONSTRUCTIONS
TRADITIONNELLES EN KABYLIE
70
I.1. Pathologies sous l’action de l’eau
70
I.1.1. Différentes sources d’eau
70
I.1.1.1. Infiltrations directes
71
I.1.1.2. Remontées capillaires
71
I.1.1.3. Condensation
72
I.1.2. Effets de l’eau sur un édifice
72
I.1.2.1. Sur le sol (parterre)
72
I.1.2.2. Sur la maçonnerie
72
I.1.2.2.1.
Dégradation des murs
72
I.1.2.2.2.
Dégradations de l’enduit
74
I.1.2.3. Sur le plancher
74
I.1.2.4. Sur la toiture
75
I.2. Pathologies sous l’action des végétaux
I.2.1. L’action sur maçonnerie
75
75
I.2.1.1. Action des arbustes et des plantes
75
I.2.1.2. Action des lichens
76
I.2.1.3. Action des mousses
77
I.2.2. L’action sur la toiture
77
I.3. Pathologies sous l’action du climat
77
I.3.1. L’action du vent
77
I.3.1.1. Sur les murs
77
I.3.1.2. Sur la toiture
78
I.3.2. L’action de la température
79
I.4. Pathologies sous l’action des charges et sollicitations dynamiques
I.4.1. Action sous tassements différentiels
79
79
I.4.1.1. Désordres au niveau des fondations
79
I.4.1.2. Désordres au niveau de la maçonnerie
79
I.4.2. Action sous le séisme
80
I.4.2.1. Sur les murs
80
I.4.2.2. Sur la toiture
81
I.4.3. Action sous les charges
81
I.4.3.1. Fissures ponctuelles au niveau des murs
VIII
81
I.4.3.2. Flambement des murs
81
I.4.3.3. Désordres au niveau des ouvertures
82
I.4.3.4. Déformation de la toiture
82
I.4.3.5. Fléchissement des planchers
82
I.4.3.6. Fissuration de la pierre
83
I.4.3.7. Usure des escaliers
83
I.5. Pathologies liées à l’intervention de l’homme
II. TRAITEMENT DES PATHOLOGIES (DESORDRES)
II.1. Traitement des pathologies liées à l’humidité
83
83
83
II.1.1. Traitement des ruissellements et remontées capillaires
83
II.1.2. Traitement contre les infiltrations directes des eaux
84
II.1.3. Traitement de l’humidité de condensation par ventilation
84
II.1.4. Evacuation de l’humidité des murs en pierre
84
II.1.5. Traitement de l’humidité des sols
85
II.1.6. Traitement de l’humidité sur les enduits
85
II.1.7. Traitement de l’humidité des structures en bois
85
II.2. Traitement des pathologies liées à la végétation
II.2.1. Traitement des végétaux sur la maçonnerie
86
86
II.2.1.1. Traitement des lichens dans la construction en pierre
86
II.2.1.2. Traitement des mousses dans la maçonnerie en pierre
86
II.2.1.3. Traitement des arbustes et des plantes dans la maçonnerie en pierre
86
II.2.2. Traitement des végétaux sur les toitures
II.3. Traitement des pathologies liées au climat
87
87
II.3.1. Réfections des joints sur les murs en pierres (rejointoiement)
87
II.3.2. Traitement des murs par injection de liants hydrauliques
88
II.4. Traitement des pathologies liées aux charges et aux sollicitations dynamiques
88
II.4.1. Traitement des pathologies liées aux tassements différentiels
88
II.4.1.1. Techniques de consolidation
89
II.4.1.1.1. Reprise en sous-œuvre
89
II.4.1.1.2. Stabilisation des fissures par des tirants ou chainage périphérique 90
II.4.1.2.
Reprises des fissures
91
II.4.1.2.1. Reprises des fissures sur les murs en pierre
IX
91
II.4.1.2.2. Reprises des fissures sur les murs en pisé
II.4.2. Traitement des pathologies liées aux séismes
92
93
II.4.2.1. Réparation d’un mur dont une partie est effondrée
93
II.4.2.2. Assurer un chaînage
93
II.4.3. Traitement des pathologies dues aux surcharges
94
II.4.3.1. Reprise des fissures ponctuelles ou de poinçonnement
94
II.4.3.2. Traitement du flambement dans les murs en pierres
94
II.4.3.3. Reprise au niveau des ouvertures
94
II.4.3.4. Consolidation des planchers en bois
95
II.4.3.5. Consolidation des toitures
96
II.4.3.6. Remplacement des pierres détériorées par substitution
97
Conclusion
98
CONCLUSION GENERALE
99
Références.
101
Listes des tableaux, figures et photos.
107
Annexe 01.
112
X
CHAPITRE
INTRODUCTIF
Chapitre introductif
Introduction
Le patrimoine architectural de Kabylie est le produit d’une culture et de valeurs morales
ancestrales inhérentes à la société kabyle. Sa préservation permettra de mieux comprendre le
mode de vie de cette société, son savoir-faire ainsi que sa grande capacité à s’adapter à
l’environnement. La topographie du site de montagne a fortement dicté l’implantation des
villages en Kabylie1 construits pour la plupart sur les crêtes et les versants des montagnes en
parfaite harmonie avec leur environnement. Ils abritent des maisons de formes architecturales
élémentaires, dont l’aménagement intérieur fait apparaitre des espaces de vie et d’activités ;
on peut aussi observer une mitoyenneté entre habitants et animaux. Certaines maisons en
pierre ou en pisé, matériaux disponibles dans l’environnement immédiat, sont recouvertes de
toitures à deux pans constituées de charpentes en bois et de tuiles rouges ; et d’autres de
terrasses en terre crue. Il arrive parfois que ces deux types de couvertures coexistent dans un
même village. Maisons avec cour, généralement basses et accolées les unes aux autres, elles
sont desservies par des chemins plus au moins escarpés qui se terminent le plus souvent en
impasses. De ce groupement de maisons, se dégage un sentiment de solidarité des habitants.
La pierre, la terre et le bois sont les principaux matériaux de construction de ces maisons,
néanmoins dans certains villages, la pierre reste la composante de base, mais il existe
également des villages en pisé.
On notera que le thème du village kabyle a largement suscité l’attention des chercheurs
principalement en sociologie, géographie et économie. De nombreux travaux sur ce thème ont
vu le jour, René MAUNIER2, « la construction collective de la maison en Kabylie », met en
évidence l’aspect sociologique des villages kabyles, notamment sur la façon dont se
développe le village, l’organisation sociale des villageois. Pierre BOURDIEU 3, sociologue
français du 20ème siècle, décrit le village kabyle pour en étudier sa société. Ramon Basagana et
Ali Sayad4 ont également apporté leur contribution à l’étude sociologique du village kabyle.
Nous retrouvons aussi des travaux se rapportant à ce thème, notamment ceux du CNERIB5,6,7
1
Tizi-Ouzou et Béjaïa abritent un nombre important de villages kabyles. Pour des raisons de proximité, ces deux
régions constitueront le champ de notre recherche. Néanmoins, il faut souligner que des villages kabyles
existent également dans les régions de Bouira, Bordj-Bou-Arérij (Haute Kabylie) et Boumerdés, Jijel (Basse
Kabylie). Sans oublier la wilaya de Sétif notamment dans le Nord Ouest.
2
René Maunier. La construction collective de la maison en Kabylie. étude sur la coopération économique chez
les Berbéres du Djurdjura. Institut d’ethnologie Paris, 1926.
3
Pierre Bourdieu. Esquisse d’une théorie de la pratique précédée de trois études d’ethnologie kabyle. 1972
4
Ramon Basagana et Ali Sayad Habitat traditionnel et stucture familiales en kabylie. 1974.
5
Etude pour la valorisation de l’habitat traditionnel en Kabylie, village en transformation : les Béni Yenni.
Phases 1 et 2 : inventaire de l’habitat et études de cas. (Étude réalisée dans le cadre du projet de coopération
1
Chapitre introductif
qui a procédé à l’étude typologique et comparative de trois environnements représentatifs en
Kabylie.
Cet intérêt sociologique pour le village kabyle, ne doit en aucun cas occulter l’intérêt
architectural et technique, il y a lieu de signaler que ces villages ont peu retenu l’attention de
nos architectes et des pouvoirs publics. Seuls deux villages sont inscrits pour classement sur
l’inventaire supplémentaire de la wilaya de Béjaia « Cheikh Aheddad » à Adekar et la
« Kalla » à Ighil Ali et un seul pour Tizi-Ouzou, le village « d’Ait El Kaid ». Selon Marielle
RICHON, l’anonymat des constructeurs fait que ce type de patrimoine reste méconnu et
vulnérable : « le patrimoine rural vernaculaire, par définition humble et populaire peut
expliquer pourquoi il est si peu représenté sur la liste du patrimoine mondial(…) il ne possède
pas de caractéristiques spectaculaires ou monumentales, et son bâti n’est pas signé par les
grands noms de l’architecture universelle, mais par des personnes ordinaires et anonymes »8.
Les villages en Kabylie sont aujourd’hui submergés par de nouvelles typologies
constructives importées, ne reflétant ni la culture villageoise ni l’intégration harmonieuse au
paysage villageois : le milieu rural tend à se moderniser avec un habitat porteur de nouvelles
formes architecturales et de nouveaux matériaux, symbole de progrès. A cela vient s’ajouter,
une rupture de la transmission du savoir-faire générationnel : l’intérêt porté par les jeunes à
l’architecture vernaculaire s’avère chaque jour de plus en plus réduit ; ceux-ci sont une main
d’œuvre reconvertie pour d’autres besoins. L’absence également d’une politique de
sauvegarde cohérente des pouvoirs publics a fortement renforcé le processus de dégradation
de ces villages. Les actions menées sur le terrain restent limitées en nombre et sont effectuées
sans méthodologie de réhabilitation et sans suivi rigoureux.
La réhabilitation de ces villages permettra de sauvegarder cet héritage et ainsi imprégner
les générations futures de la culture de leurs ancêtres, elle leur redonnera, de fait, une seconde
CNERIB/Alger et PGCHS/KULeuven Belgique, « Typologie de l’habitat et auto construction assistée en
Algérie). Editions PGCHS/ KULeuven, 1986.
6 Construire un autre village. Étude réalisée dans le cadre du projet de coopération CNERIB/ Alger et PGCHS/
KULeuven Belgique, « Typologie de l’habitat et auto construction assistée en Algérie pour une architecture des
villages ». Editions PGCHS/ KULeuven, 1986. Vol.2.
7 Construire un autre village. Étude réalisée dans le cadre du projet de coopération CNERIB/ Alger et PGCHS/
KULeuven Belgique, « Typologie de l’habitat et auto construction assistée en Algérie, recommandations pour la
révision des normes d’habitat ». Editions PGCHS/ KULeuven, 1988.
8
Marielle Richon. UNESCO L’architecture rurale vernaculaire, un patrimoine méconnu et vulnérable. In
l’habitat rural vernaculaire, un patrimoine dans notre paysage. Revue du conseil de l’Europe, Futuropa, Pour une
nouvelle vision du paysage et du territoire. n°1.2008, P. 29.
2
Chapitre introductif
vie en participant de manière active à leur développement local9. Ali Sayad insiste sur le fait
de ne pas faire de ces villages « des musées sans vie, mais de faire des villages avec âmes en
créant les conditions nécessaires aux populations pour se maintenir »10. Des expériences de ce
type ont déjà été réalisées en Kabylie, notamment dans le village de DJEBLA 11. Sa
réhabilitation a été l’œuvre d’une association locale aidée par des ONG II12, composée
essentiellement de jeunes désireux de préserver ce patrimoine. Par ailleurs, des tentatives
individuelles de réhabilitation par leurs propriétaires, ont été également entreprises.
Problématique
L’architecture traditionnelle en Kabylie reste un patrimoine délaissé, cet abandon entraine
une vulnérabilité qui pourrait conduire à terme à sa disparition. En plus de cet abandon, sa
réhabilitation est très délicate, souvent, elle est réalisée de manière inadéquate et sans
méthodologie d’intervention, ce qui a pour conséquence des dégâts parfois irréversibles. Dès
lors, un certain nombre d’interrogations se posent.
 Quelles sont les causes principales de dégradation des constructions villageoises en
Kabylie ? Comment réhabiliter cette architecture villageoise en déperdition ?
Hypothèses
 Lors de la réhabilitation, il conviendra, d’une part, de mettre en place une démarche
technique qui passe par la connaissance des arts de bâtir traditionnels13, notamment la
compréhension des modes constructifs des éléments verticaux et horizontaux, et d’autre part,
d’utiliser des matériaux disponibles et compatibles avec le caractère rustique du lieu.
 L’une des causes de dégradation des constructions villageoises en Kabylie est
probablement due à des facteurs naturels tels que le climat, les séismes, les mouvements des
sols…, mais aussi sans doute au manque ou absence totale d’entretien.
9
Charte de Venise : charte Internationale sur la conservation et la restauration des monuments et des sites.
Présentée lors du IIème congrès international des architectes et des techniciens des monuments historiques,
Venise, 1964 adoptée par ICOMOS en 1965
10
« En démolissant les anciennes maisons on tue notre passé » ALI SAYAD, anthropologue et chercheur. Par
Ourida Aït Ali Au Midi Libre Le midi-dz.
11
Le village n’est pas inscrit ou classé. Ce dernier est érigé le long d’une crête. Il est situé sur les hauteurs de
BENI KSILA, non loin de la mer, à 45 km du chef-lieu de la wilaya de Béjaia.
12
Le programme ONG II, qui a démarré septembre 2006, s’inscrit dans la continuité du projet ONG I, réalisé
entre 2000- 2004. Il consiste à renforcer les capacités du mouvement associatif national. Source : Le programme
ONG II en cours. Appuis aux associations algériennes de développement. Liberté, Rubrique Radar, du 2-3-2008.
13
Jean Coignet. Réhabilitation. Arts de bâtir traditionnels. Connaissance et techniques. Edisud. 1987.
3
Chapitre introductif
Objectifs
L’objectif principal de ce travail de recherche est la sauvegarde de l’architecture
traditionnelle villageoise de Kabylie par une opération de réhabilitation. Toujours dans cette
optique de réhabilitation, cette recherche peut être d’un apport utile d’un point de vue
méthodologique pour orienter d’éventuels intervenants désireux, soit de réhabiliter14 soit de
construire de nouvelles maisons en tenant compte des coutumes locales. Dans le cadre de ce
présent travail, il s’agira :
 d’identifier les causes de dégradations des constructions traditionnelles en Kabylie pour
mettre en place la technique de réhabilitation adéquate ;
 d’inventorier les différents systèmes constructifs ainsi que les matériaux utilisés. Cet
inventaire reste non exhaustif car son champ d’intervention ne se limite qu’aux
villages visités ;
 de mettre en place un guide technique spécifique à la réhabilitation du patrimoine
architectural villageois de Kabylie.
Méthodologie
Compte tenu des objectifs que nous nous sommes fixés et pour apporter une réponse à
notre problématique, nous suivrons une approche méthodologique que l’on scindera en deux
étapes.
L’étape théorique est consacrée à une recherche bibliographique se rapportant à des
ouvrages sociologiques et historiques qui permettront de comprendre la formation des villages
kabyles. Nous solliciterons également des ouvrages techniques relatifs à l’architecture en
pierre et en pisé pour, d’une part, identifier les modes constructifs des bâtisses, les
caractéristiques des matériaux, et d’autre part, pour comprendre la méthodologie de
réhabilitation de cette architecture.
Une deuxième étape est consacrée à un travail de terrain dans vingt-cinq villages15 situés
dans les wilayat de Béjaïa et de Tizi-Ouzou et sélectionnés selon leur degré de préservation.
Ces sorties nous ont permis de recenser les différents systèmes constructifs, les types de
matériaux utilisés et les pathologies du bâti ainsi que leurs origines.
14
Si les maisons sont considérées comme patrimoine l’occupant ne peut procéder à une réhabilitation ou
restauration sans demander l’autorisation sous peine d’amende tel que mentionné dans la loi 98-04.
15
Liste des villages citée en annexe.
4
Chapitre introductif
Structure du mémoire
Notre mémoire comprend quatre chapitres :
Le premier est consacré à la méthode d’appréhension du terrain dans mais aussi aux
différentes démarches à suivre pour la réhabilitation du patrimoine architectural villageois de
Kabylie. Pour ce faire, nous nous basons sur la méthode « Réhabimed 16» qui consiste en un
pré-diagnostic in-situ du bâti, et nous permettra d’avoir un aperçu général sur son état, son
mode constructif ainsi que des pathologies dont il souffre. Si le pré-diagnostic s’avère
insuffisant, des études pluridisciplinaires (architecturale, historique, sociale et technique)
compléteront de manière judicieuse l’analyse. Une fois ces deux opérations effectuées, on
passera à l’étape du diagnostic basé sur les résultats des deux premières.
Le deuxième chapitre porte d’une part, sur la description de la structure globale du village,
et les différents éléments qui le composent, et d’autre part, sur l’étude typologique et
fonctionnelle de la maison kabyle.
Le troisième chapitre s’intéresse aux modes constructifs de l’architecture en pierre et en
terre (pisé). Nous aborderons les différentes techniques de construction en matière de
maçonnerie de pierres sèches et de pierre hourdées ainsi que le pisé. L’étude de ces modes
constructifs facilitera l’identification du bâti.
Le quatrième chapitre se rapporte, dans un premier point, à l’étude des différents désordres
recensés au préalable sur les constructions en pierre et en pisé. Cette partie permet de
comprendre l’origine de ces désordres et favorisera une intervention appropriée. Dans un
second point, il s’agit d’établir un listing de recommandations sur les différentes techniques
de réhabilitation de la construction kabyle en pierre et en pisé.
16
L’association Réhabimed créée suite à la conférence Euro-méditerranéenne de Barcelone en 1995, composée
principalement d’experts, a pour objectif de promouvoir et de renforcer la réhabilitation du cadre bâti dans les
pays du bassin méditerranéen. (Source : www.rehabimed.net).
5
PREMIER CHAPITRE
DIFFERENTES ETAPES D’UNE
OPERATION DE REHABILITATION DU
PATRIMOINE BATI
Premier chapitre
Différentes étapes d’une opération de réhabilitation du patrimoine bâti
Introduction
Le contenu du présent chapitre concerne dans une première partie la réhabilitation en tant
qu’opération de sauvegarde du patrimoine architectural et sera basée sur la méthode
Réhabimed qui traite spécifiquement de l’architecture traditionnelle méditerranéenne.
L’approche de cette méthode nous permettra une meilleure compréhension des différentes
étapes à entreprendre avant l’entame des travaux de réhabilitation. Dans ce premier chapitre,
nous soulignerons l’importance des étapes du pré-diagnostic et du diagnostic à travers une
vision pluridisciplinaire dont dépendra la réussite de toute opération de réhabilitation, qu’elle
soit légère, moyenne, lourde ou même exceptionnelle. En effet, pour une réhabilitation
réussie, une bonne connaissance de la bâtisse sur les plans historique, architectural, ainsi que
sur la situation sociale des occupants est plus que nécessaire. Une seconde partie, sera
consacrée à la méthode d’appréhension du terrain dans laquelle nous développerons le champ
d’investigation et les différentes possibilités d’intervention pour la compréhension de l’état du
bâti.
I. Réhabilitation
La réhabilitation est une opération qui consiste, d’une part, à améliorer l’état constructif du
bâti et, d’autre part, à assurer le confort thermique, acoustique ainsi que les meilleures
conditions d’hygiène aux occupants17 18. D’une manière générale, cette opération doit prendre
en charge « l'intégrité de la structure, de son caractère et de sa forme tout en étant compatible
avec des standards de vie acceptables »19. La réussite de cette opération dépend de deux
paramètres à savoir l’aspect culturel en relation avec l’humain et l’aspect technique en
relation avec le bâti. Yassine Ouagueni20 met en avant deux formes de réhabilitation : la
première, subjective, vise à respecter les convictions du groupe d’individus afin que les
valeurs ancestrales du bien soient mieux conservées ; quant à la deuxième réhabilitation,
objective, elle est définie comme étant une opération d’amélioration du bâti.
Comme toute autre opération, la réhabilitation fait appel à des intervenants spécialisés et
compétents dans le domaine (techniciens, artisans, architectes, ingénieurs…etc.), pouvant
17
X. Casanovas ; E. Fiori. G ; Nourissier & al. Méthode RehabiMed. II. Réhabilitation des Bâtiments. Pour la
réhabilitation de l’architecture traditionnelle méditerranéenne. Rehabimed, 2007. Pp. 19-20.
18
Jean Coignet. Réhabilitation, Arts de bâtir traditionnels. Connaissance et techniques. Edi. Sud, 1989. P. 23.
19
Charte ICOMOS du patrimoine bâti vernaculaire, 1990.
20
Y. Ouagueni. Rétrospective et actualité de la réhabilitation en Algérie. Colloque international, Réhabilitation
et revitalisation urbaine, Oran, 2008. Pp. 64-65.
http://www.rehabimed.net/Publications/Actes_cel_col%B7loqui_Internacional/Yassine.pdf
6
Premier chapitre
Différentes étapes d’une opération de réhabilitation du patrimoine bâti
ainsi travailler de la meilleure façon possible sur le bien afin de lui redonner toute son
authenticité.
Nora Simon et Bertrand Eveno21 distinguent, pour une opération de réhabilitation, quatre
degrés. La première est la réhabilitation légère, ses travaux restent superficiels vu le bon état
général du bâti ; ils toucheront davantage l’équipement et la partie décorative et esthétique
que le bâti lui-même. La seconde réhabilitation, moyenne, est plus approfondie que la
précédente mais reste encore très superficielle. Elle permettra de compléter les travaux par des
réfections d’électricité et de peintures (ravalements de façades, sans reprise de toiture). Quant
à la troisième réhabilitation dite lourde, elle aura pour objectifs, une redistribution des pièces,
des travaux de réfections des toitures mais aussi du gros œuvre sans toutefois porter atteinte à
son équilibre structurel. Et enfin, l’exceptionnelle, qui est destinée aux édifices dont la
dégradation structurelle est très avancée.
Le choix du type de réhabilitation se fera en fonction de l’état de conservation du bâti,
établi lors d’une étape de diagnostic.
II.
Démarche d’une opération de réhabilitation
Les opérations de réhabilitation du bâti peuvent suivre un cheminement qui comprend
quatre phases22. La première est la connaissance du bâti, elle regroupe le pré-diagnostic et
l’analyse pluridisciplinaires (domaines social, historique, architectural et constructif). La
deuxième est centrée sur le diagnostic, et se basera essentiellement sur les résultats des études
pluridisciplinaires. Une fois ces phases achevées, celle des travaux pourra commencer ; c’est à
ce moment du processus que la réhabilitation pourra prendre forme en se référant aux études
faites au préalable. Elle se réalisera avec un respect des valeurs historiques et architecturales
du bâtiment et s’adaptera aux nouvelles exigences des propriétaires ou occupants soucieux
d’intégrer dans leurs demeures le confort nécessaire. L’entretien, dernière phase du processus,
assurera quand à lui au bâti un meilleur état et évitera pour l’avenir une intervention sévère et
coûteuse. Il est nécessaire que les travaux induits par cette réhabilitation soient effectués par
une main d’œuvre compétente et que ces derniers prennent en considération l’environnement
du bâti. Nos investigations ne porteront que sur les deux premières phases : la connaissance
du bâti et le diagnostic.
21
22
N. Simon et E. Bertrand. Rapport sur l’amélioration de l’habitat ancien. Paris, 1975.
X. Casanovas ; E. Fiori. G ; Nourissier & al. Op. Cite. Pp. 19-20
7
Premier chapitre
II.1.
Différentes étapes d’une opération de réhabilitation du patrimoine bâti
La connaissance du bâti
Apres la décision de procéder à une réhabilitation du bâtiment, une étape de pré-diagnostic
s’impose. Avant d’entamer cette opération, il faut s’assurer que l’édifice ne présente pas de
menace pour les intervenants. En effet, nous avons constaté lors de nos investigations, que la
plupart des constructions étaient inaccessibles compte tenu de la présence de maquis mais
aussi de l’insécurité de l’édifice (effondrement). Pour cela avant l’entame de cette étape, il est
indispensable, en premier lieu, d’assurer la sécurité des intervenants par des mesures
d’urgence pour garantir une plus grande stabilisation et une meilleure consolidation du bâti et
en second lieu, de procéder au nettoyage des lieux afin d’avoir un aperçu précis du bâtiment.
II.1.1. Pré-diagnostic
C’est au cours de la première visite que cette étape de pré-diagnostic se fera, elle sera
l’occasion de réunir tous les documents (graphiques, photographiques, écrits…) relatifs à
l’histoire du bâtiment. Elle permettra également à l’architecte ou à l’ingénieur de déterminer
la nature juridique du bien et les statuts légaux des occupants (locataire ou propriétaire), ce
qui lèvera toute éventuelle ambiguïté. Toutefois, nous avons constaté que les maisons
traditionnelles kabyles étaient pour la plupart inoccupées mais que leurs propriétaires
demeuraient non loin de leur maison traditionnelle.
Au cours de cette première visite d’ordre visuel, nous aurons une appréciation générale sur
l’aspect architectural et technique du bâtiment23 et sera l’occasion non seulement de
comprendre le système constructif du bâtiment, mais également d’évaluer partiellement les
différentes pathologies l’affectant et d’établir un contact avec les occupants ou/et les
propriétaires. En effet, cette « rencontre-contact » est primordiale car elle permettra de
recueillir auprès des intéressés24 des informations utiles sur l’historique du bâtiment
(éventuelles modifications effectuées, problèmes rencontrés…etc.), ces personnes sont
considérées comme une source orale25 et seront impliquées directement dans le processus
théorique de réhabilitation. Cette implication est souhaitable pour assurer la réussite de la
réhabilitation du bâti.
23
X. Casanovas ; E. Fiori. G ; Nourissier & al. Op. Cite. P.22.
Mémoire orale : la transmission du savoir-faire de l’époque se faisait par la pratique, d’un individu à l’autre ;
en effet, aucun document écrit ou graphique ne regroupe toutes ces pratiques mais la permanence de leur usage
garantissait leur transmission entre générations. (Source : G. Nourissier, J. Reguant, X. Casanovas & al.
Architecture traditionnelle méditerranéenne.)
25
X. Casanovas ; E. Fiori. G ; Nourissier & al. Op. Cite. P. 127.
24
8
Premier chapitre
Différentes étapes d’une opération de réhabilitation du patrimoine bâti
Une fois cette étape accomplie, les résultats seront consignés dans un document écrit,
appelé « rapport du pré-diagnostic » 26, ce dernier pourra servir de support au propriétaire ou à
toute personne désireuse de réhabiliter son bâtiment. Il recueillera donc toutes les
informations se rapportant à l’état de conservation du bâtiment, notamment sa stabilité
structurelle. Grâce à ce document, on étudiera la nécessité de procéder à une réhabilitation, ou
bien tout simplement d’effectuer un entretien préventif. Une fois le pré-diagnostic effectué, et
une opération de réhabilitation jugée nécessaire, il sera utile d’approfondir les connaissances
du bâtiment par des études pluridisciplinaires.
II.1.2. Etudes pluridisciplinaires
La connaissance du bâtiment permettra de pouvoir intervenir de manière appropriée sur
l’ouvrage grâce à des études pluridisciplinaires relatives aux domaines historique, social,
architectural et constructif. Des hypothèses sur l’identification de la nature et de l’origine des
éventuels désordres permettront d’enrichir l’étude, elles seront affirmées ou infirmées au
cours de l’étude27.
II.1.2.1. Etude sociale
Une recherche sociologique est indispensable avant toute opération de réhabilitation, elle
permettra d’une part, si l’intervention est importante, d’assurer un éventuel relogement des
locataires ou propriétaires, et d’autre part, de déterminer leurs catégories socioprofessionnelles, ainsi que les liens qu’ils développent avec le bâti.28
II.1.2.2. Etude historique et recherche documentaire
Selon Pérouse de Montclos, « l’analyse historique doit précéder l'analyse de l’œuvre, il n'y
a que les cas d'urgence qui peuvent justifier qu'il en soit autrement. La pertinence des
observations faites sur l'œuvre est singulièrement renforcée par la connaissance des données
historiques. Cependant, la recherche historique n'est pas nécessairement arrivée à son terme
quand commence l'analyse de l’œuvre. Un retour raisonné à certaines sources peut permettre
de conforter cette analyse »29.
26 X.
27
Casanovas ; E. Fiori. G ; Nourissier & al. Op. Cite. P. 22.
Ibid. P. 23.
28
Ibid. P. 23-24.
29
Jean-Marie Pérouse de Montclos. La monographie d’architecture. Ministère de la culture et de la
communication. Documents & méthodes, n° 10, 2003. P. 12.
http://www.culture.gouv.fr/culture/dp/inventaire/extranetIGPC/normes/monographie-archi.pdf
9
Premier chapitre
Différentes étapes d’une opération de réhabilitation du patrimoine bâti
Cette phase regroupe d’une part, la documentation30 écrite ou iconographique (archives,
croquis, photographies, etc.) et d’autre part, les informations recueillies sur le bâtiment luimême31. En effet, le bâti peut nous informer sur les différentes phases de sa vie (construction,
élévation, modification, etc.) car « les éléments préexistants constituent toujours un livre
ouvert auquel on peut se référer »32. Cette phase peut être réalisée grâce à la méthode
« archéologique du bâti » qui consiste à « appliquer les méthodes de l’archéologie du sous-sol
à des édifices en élévation »33. En effet, cette méthode permet d’effectuer une traçabilité des
changements continuels qu’a connus la construction ; elle « sert à dater les événements, à
placer dans l’espace et dans le temps les éléments fragmentaires, à distinguer les matériaux de
construction, à repérer les périodes historiques, à reconnaitre les mœurs, les technologies et
les aspects formels »34.
Cette étude archéologique35 nous permettra donc de connaitre l’histoire du bâti à l’aide de
diverses méthodes scientifiques à savoir :

les sondages des murs ;

les analyses des mortiers, des enduits et des couleurs ;

l’analyse stratigraphique du bâtiment ;

l’observation et l’identification des différences dans les techniques et les matériaux de
construction (ceux-ci correspondent le plus souvent à des phases chronologiques
différentes), des altérations, des ouvertures et des additions postérieures.
Cette phase peut également regrouper des informations venant des personnes ayant occupé
ou occupant toujours le site ou alors ayant participé à la construction du bien en mettant à la
disposition des intervenants, des informations quant à la signification sociale du bâti, l’usage
des espaces, les coutumes et les lacunes du bâti.
30
Xavier de Massary et Georges Coste, Principes, méthodes et conduite de l’inventaire général du patrimoine
culturel. Documents et méthodes n°9, 2007. P. 77.
http://www.culture.gouv.fr/culture/inventai/presenta/normes/livretPMC/livretPMC_2007.pdf.
31
X. Casanovas ; E. Fiori. G ; Nourissier & al. Op. Cite. P. 124.
32
Fernando Vegas, Camilla Mileto. Le programme d’études. Méthode RehabiMed. Architecture traditionnelle
méditerranéenne. II : Réhabilitation bâtiments, 2007. P.113.
33
Nicolas Reveyron. L’apport de l’archéologie du bâti dans la monographie d’architecture. In Revue des
patrimoines. n° 2, 2002.
34
A. Sartor. La signification de relevé. Préservation et mise en valeur des monuments et sites historiques : cours
de post-graduation de l’école Polytechnique d’Architecture et d’Urbanisme. Algérie perspectives de la
récupération. P. 57.
35
E. Fiouri. Le rôle de la recherche historique et archéologique dans la méthodologie de la réhabilitation du bâti.
Réhabiliter l’architecture traditionnelle méditerranéenne. Symposium régional, Marseille 2005. Pp. 79-80.
10
Premier chapitre
Différentes étapes d’une opération de réhabilitation du patrimoine bâti
II.1.2.3. Etude architecturale
L’analyse architecturale36 fournit des informations sur les fonctions et les activités
humaines qui se déroulent dans le bâtiment ; elle permet de connaître les caractéristiques
spécifiques de l’œuvre architecturale : rapport des dimensions, modules, typologie
architecturale, valeurs spatiales et architecturales du bâtiment. Ainsi, elle repérera les parties
originelles des transformations postérieures. Une bonne intervention sur ces bâtis nous mène à
pratiquer différents relevés ; ces derniers varient suivant le degré de complexité du bâtiment.
A titre d’exemple, dans un bâtiment traditionnel, de nombreuses difficultés se présentent dans
l’établissement du relevé, vu l’irrégularité formelle du bâti : « rien n’est droit dans les
anciennes maisons »37.
On distingue trois méthodes38 de relevé : le graphique, l’instrumental ou le topographique
et le photographique. Ils se complètent et sont choisis selon le degré de difficulté dans l’étude
du bâti. Le graphique consiste à reproduire et à projeter sur papier les données sur le terrain,
en d’autres termes, il s’agit de faire un état des lieux du bâti. Cette méthode comprend deux
parties, le relevé manuel et le dessin graphique, elle est complétée par des prises de notes que
l’on appelle les minutes de chantier39 où toutes les informations recueillies sont transmises à
de potentiels techniciens. Des outils de mesures classiques sont nécessaires pour effectuer ces
opérations, mètre-ruban, fil à plomb etc., néanmoins, pour plus de précisions, un relevé
topographique peut être fait. Ce dernier présente l’avantage de permettre l’accès à des
endroits difficiles, et de pouvoir intégrer le bâti dans son contexte. Cette dernière méthode est
donc un complément non négligeable du premier procédé.
Par ailleurs, pour permettre une réduction du temps d’intervention, les relevés
photographiques40 sont d’un intérêt certain, ils réduisent le nombre de croquis à réaliser sur
place et permettent également d’avoir des détails qui n’avaient pas forcement été recensés lors
de la visite sur le chantier.
36
Eliana Georgion. Analyse architecturale des bâtiments. Les typologies à chypre. Méthode RehabiMed.
Architecture traditionnelle méditerranéenne. II : Réhabilitation bâtiments, 2007. P.142.
37
Jean Coignet. Op. Cite. P. 23.
38
Michel Daoud. Conseils pour développer un bon état des lieux. Faire le relevé du bâti ancien. In publication
Méthode Réhabimed. Architecture traditionnelle méditerranéenne. II : Réhabilitation bâtiments, 2007. Pp. 165167.
39
Ibid P. 166.
40
Joaquin Monton. Application de la photographie digitale. Faire le relevé du bâti ancien. In publication
Méthode réhabimed. Architecture traditionnelle méditerranéenne II : Réhabilitation bâtiments, 2007. P. 189.
11
Premier chapitre
Différentes étapes d’une opération de réhabilitation du patrimoine bâti
L’étude typologique41 du bâtiment permettra d’identifier, grâce à un relevé approfondi, les
typologies structurelle et spatiale, les proportions ainsi que les dimensions et formes des
éléments architecturaux.
Dans notre travail, nous utiliserons la première et la troisième méthode, c’est-à-dire le
graphique et le photographique.
II.1.2.4. Etudes constructives et désordres
Après les différents relevés nécessaires pour le bâti, vient l’étape de l’analyse constructive
et structurelle. Un relevé des matériaux utilisés permettra de recueillir leurs caractéristiques,
leur état de conservation ainsi que leur degré de détérioration. Cette étape sera également celle
du recensement des désordres du bâti42. En d’autres termes, il s’agira, dans cette étape,
d’effectuer une cartographie de tous ces désordres ; par ailleurs, un listing partiel des causes
sera établi. Il existe deux phénomènes de désordres, les altérations et les dégradations.
Concernant les premières, elles se limitent aux modifications du matériau et n’affectent pas
forcément les caractéristiques de celui-ci ; par ailleurs, elles permettent de faire une lecture de
l’impact du temps sur ces matériaux. En revanche, en ce qui concerne les dégradations, elles
impactent directement les caractéristiques du matériau, et doivent être prises en charge car
l’intégrité du bâtiment peut être menacée43.
Nous appelons « désordres » toutes déformations, dégradations ou altérations (lésions,
fissures, aplomb ou gonflement du mur, traces d’humidité et de salissures, etc.…) que portent
un mur ou un plancher ou tout autre élément composant un bâtiment. Certains désordres
recensés peuvent être causés d’une part par des modifications44 faites au cours de la vie du
bâtiment, d’autre part, par des agents agresseurs au bâtiment (bruit, humidité, végétation, sels
marins, climat etc.…) ou tout simplement par le vieillissement du matériau. Pour contrôler
l’évolution des fissures, la mise en place de témoins en plâtre ou en verre ainsi que la pose
41
Michel Daoud. Op. Cite. P. 167.
Jean Coignet. Op. Cite. P. 29.
43
X. Casanovas ; E. Fiori. G ; Nourissier & al. Op. Cite. P. 117.
44
Nous avons constaté lors de nos visites au niveau des différents villages que des maisons traditionnelles ont
été modifiées, notamment dans le sens d’une intégration d’un certain confort intérieur, (électricité, eau). Cette
étude permettra d’enregistrer les carences de ces maisons et d’y remédier. Auparavant dans les maisons kabyles
il n’existait aucune installation technique. Les taches ménagères, par exemple, se faisaient dans la cour (sauf en
période hivernale). Pour un meilleur confort, il est nécessaire d’intégrer ces commodités dans la maison kabyle
de manière harmonieuse et fonctionnelle.
42
12
Premier chapitre
Différentes étapes d’une opération de réhabilitation du patrimoine bâti
d’instruments de mesures45 seront nécessaires ; cette pratique peut s’avérer un peu longue
dans le temps mais elle est très importante d’un point de vue scientifique46.
Une fois ces pathologies recensées, des essais sur site ou en laboratoire seront
probablement nécessaires, ils permettront de mieux comprendre l’origine et la provenance des
désordres. Cette étape accomplie, vient ensuite, une étape de vérification de la connectivité du
bâtiment avec les infrastructures de base (réseau d’assainissement), auquel cas, il s’agirait de
prévoir une liaison pour assainir.
II.1.3. Diagnostic
Toujours selon la méthode « Rehabimed », la phase de diagnostic mettra en avant les
potentiels et les déficits du bâtiment sur la base des études pluridisciplinaires faites au
préalable et permettra également d’avoir un point de vue plus élaboré sur l’état de la bâtisse.
A ce stade d’étude, vu les informations acquises, nous pouvons confirmer ou infirmer les
hypothèses émises, le cas échéant, il sera toujours possible d’émettre d’autres hypothèses
permettant de poursuivre l’étude de la bâtisse.
Cette étape achevée, la rédaction d’un rapport d’expertise est indispensable, il comportera
toutes les informations que l’on a recensées sur le bâtiment tout au long de cette étude. Il
pourra également contenir des fiches d’informations qui pourront faciliter la compréhension et
permettre une appréciation de l’état du bâti47.
I.1.
La phase de l’entretien
Elle peut intervenir juste après l’étape du pré-diagnostic vu le bon état de conservation du
bâti, elle peut également avoir lieu après la finalisation des travaux de réhabilitation ou alors
au cours de la période de vie utile du bâtiment. La charte de Burra48 dans son article 1.5,
définit l’entretien comme étant « l’action continue qui prodigue des soins protecteurs à la
matière et au contexte d’un lieu ou d’un bien patrimonial… ». En effet, l’entretien qu’il soit
préventif ou curatif diminue ou supprime l’apparition et la propagation des désordres. Cette
action d’entretien consiste en des travaux ayant pour objectif de préserver l’état initial de
l’ouvrage, sans modifier l’aspect général de celui-ci.
45
Cette pratique est beaucoup plus courante dans les bâtiments de grande valeur historique.
Yasmine Makaroun ; Frédéric Husseini & al. Manuel pour l’entretien et la réhabilitation de l’architecture
traditionnelle Libanaise. CORPUS Levant. 2004. P. 35.
47
Ibid. P. 37.
48
Charte de Burra, charte d’ICOMOS Australie pour la conservation de lieux et de biens patrimoniaux de valeur
culturelle, 1979.
46
13
Premier chapitre
Différentes étapes d’une opération de réhabilitation du patrimoine bâti
Le pré-diagnostic
Cette étape nous permettra d’avoir une première idée sur
l’état du bâti (degré de conservation) et ainsi prendre les
bonnes décisions quant aux étapes à suivre.
Bon état de
conservation
Etape
de
l’entretien
préventif du bâtiment.
Etat de dégradation
moyen ou très avancé.
Les études pluridisciplinaires
Rassembler
toutes
historiques,
sociales,
les
informations
architecturales
et
constructives qu’enregistre le bâti et qui
serviront de support au cours de l’étude.
Le diagnostic
Consiste à analyser les informations récoltées lors
des études pluridisciplinaires pour décider du
processus d’intervention (type de réhabilitation).
Figure 1.1. Schéma sur le processus d’un diagnostic
Dans ce qui suit, nous allons tenter de procéder à l’application de cette méthode de
réhabilitation sur le patrimoine architectural villageois de Kabylie.
III- Méthode d’appréhension du terrain
Comme nous l’avons mentionné précédemment, notre champ d’intervention se limite à deux
wilayate de Kabylie, situées, l’une en Basse-Kabylie (Béjaïa), et l’autre en Haute Kabylie
14
Premier chapitre
Différentes étapes d’une opération de réhabilitation du patrimoine bâti
(Tizi-Ouzou). Elles se trouvent toutes les deux au Centre-Est de l’Algérie et longent une
partie de la côte méditerranéenne offrant ainsi des villages côtiers tels que Mazekwane
commune de Tichy (Béjaia) et Azzefoune (Tizi-Ouzou). A l’intérieur des terres, nous
retrouvons des massifs montagneux (figure1)49 formés par les chaines du Djurdjura et les
monts des Bibans et des Babors.
Figure 1.2. Les différentes chaînes montagneuses de Kabylie.
Le massif du Djurdjura est caractérisé par une succession de montagnes dont les versants
Sud (wilaya de Béjaïa) et Nord (wilaya de Tizi-Ouzou) abritent de nombreux villages. Ceux
qui ont intéressé notre recherche sont situés dans les communes de Boudjelil et Sidi-Aïch
(wilaya de Béjaïa) ; et dans les communes d’Ait-Yenni, d’Aïn el Hammam et des Ouadhias
où se trouve le village historique d’Aït el Kaïd inscrit au patrimoine national (wilaya de TiziOuzou). Les villages de la Daïra d’Aït-Yenni, au nombre de vingt, s’étendent sur trois
communes : Aït Yenni, Iboudraréne et Yatafen ; ce sont des villages de crêtes et de versants
connus pour leur artisanat (bijouterie en argent).
Sur les monts des Bibans et des Babors, on retrouve également Le village historique « la
Kalâa des Aït-Abbas » (Mont des Bibans) ; il occupe un plateau rocheux à 1364 m d’altitude.
E.B. et M. Dahmani, « Kabylie : Géographie », Encyclopédie berbère, 26 | Judaïsme – Kabylie, Aix-enProvence, Edisud, 2004
49
15
Premier chapitre
Différentes étapes d’une opération de réhabilitation du patrimoine bâti
Ces deux régions sont caractérisées par un relief montagneux ; elles recèlent de nombreux
villages traditionnels ce qui nous a amenés à opter pour celles-ci. Les bâtisseurs de Kabylie,
confrontés à ces reliefs accidentés (Figure 2)50 ont su, malgré cette contrainte, tirer profit de
ceux-ci, en construisant des maisons, les unes surplombant les autres. Les visites que nous
avons effectuées ont eu lieu aussi bien en période estivale qu’en période hivernale, ce qui
nous a permis de constater les rudes conditions climatiques, notamment dans les villages
situés à une altitude supérieure à 800m.
Figure 1.3. Coupe représentant la topographie de la Kabylie
Pour réaliser ce travail de recherche sur le terrain, nous avons effectué des enquêtes basées
principalement sur deux techniques : l’observation et l’entretien. Grâce à ces deux techniques,
nous avons pu recueillir un ensemble d’informations sur les caractéristiques des villages
traditionnels. Ce travail, complété par des prises photographiques, des relevés architecturaux
et les diverses informations que nous avons pu avoir notamment auprès des personnes âgées,
ayant parfois contribué à la construction de leur propre maison et demeurant dans ces villages
depuis leur naissance, a été très fructueux. Les thèmes des entretiens se rapportent
principalement aux méthodes de construction, au matériel et aux matériaux utilisés, mais
aussi aux différentes raisons ayant guidé les constructeurs dans le choix de la période la plus
propice à la réalisation des bâtisses.
Nos recherches bibliographiques et les enquêtes menées auprès d’associations de villages
mais aussi d’individus nous ont orientés dans le choix de tel ou tel village en fonction de leurs
caractéristiques et de leurs typologies.
50
Toubal R. Valorisation de l’architecture villageoise en Kabylie pour un développement durable. Mémoire de
magistère en architecture, Université de Tizi-Ouzou. 2006.
16
Premier chapitre
Différentes étapes d’une opération de réhabilitation du patrimoine bâti
Au fur et à mesure de nos sorties, nous avons constaté une similitude dans les diverses
caractéristiques des villages. Compte tenu de ce dernier point, nous avons limité à vingt-cinq
le nombre de villages visités situés dans 18 communes des deux wilayate (figure 3.).
Wilaya de Béjaïa
Constructions en pierre
Constructions en pisé
Constructions en pierre et en pisé
Wilaya de Tizi-Ouzou
Figure 1.4. Situation des sites visités. (Source : auteur)
17
Premier chapitre
Différentes étapes d’une opération de réhabilitation du patrimoine bâti
Nos sorties ont le plus souvent été faites en présence de membres d’associations de villages
ou des villageois eux-mêmes. Néanmoins, nous avons dû faire face à quelques difficultés :
d’une part, l’accès à certains villages ou maisons nécessitait des autorisations notamment pour
des prises de vue ; d’autre part, l’accès à certaines bâtisses a été rendu difficile en raison de la
configuration du terrain (terrain envahi par la végétation, terrain accidenté) ou encore en
raison de l’absence des propriétaires (maisons fermées ou abandonnées).
En ce qui concerne l’étude elle-même, elle nous a permis de faire quelques constats,
notamment au niveau de l’étude des typologies et des techniques de construction. C’est ainsi
que, par exemple, nous avons pu faire la lecture de certains pans de murs grâce aux vestiges
de maisons en ruines : des interprétations sur des coupes transversales ou verticales au niveau
des parois murales nous permettent de mieux comprendre les techniques de constructions
utilisées.
Nous avons remarqué par ailleurs que certains villages ont conservé leur rusticité, tandis
que d’autres, envahis par la modernité, ont perdu leur cachet traditionnel ; en effet, le nombre
des maisons traditionnelles y est sensiblement réduit. Dans le premier type de villages, les
maisons sont construites avec des matériaux locaux reflétant la nature du sol et s’intégrant
parfaitement à l’environnement. Nous avons rencontré trois techniques de construction : la
pierre sèche, la pierre hourdée au mortier et le pisé. La dernière technique est la plus souvent
utilisée en raison d’un manque ou carrément de l’absence de pierre. Lorsque la pierre existe
dans l’environnement immédiat, on utilise selon la région, le grès, le calcaire, la pierre bleue.
Conclusion
La réhabilitation a comme objectif principal la remise en état physique du bâti et
l’amélioration du confort des occupants, en intégrant les commodités nécessaires pour le bienêtre sans pour autant nuire aux valeurs patrimoniales de l’édifice, cette tâche doit être assurée
par un personnel qualifié et spécialisé.
Le choix de la réhabilitation est dicté par l’état de conservation du bâti, il en existe quatre
types : légère, moyenne, lourde et exceptionnelle. La réhabilitation suit un cheminement qui
débute par un pré-diagnostic, suivi d’études pluridisciplinaires qui permettent de mieux
connaitre le bâti d’un point de vue historique, architectural, constructif et structurel. La
réussite de ces deux premières étapes faciliteront le diagnostic pour une meilleure
réhabilitation. Celle-ci peut se faire également dans la perspective, soit de la conservation de
la fonction initiale, soit de la reconversion de celle-ci vers une autre qui devra s’adapter au
18
Premier chapitre
Différentes étapes d’une opération de réhabilitation du patrimoine bâti
bâti ; l’intégration d’une fonction permet au bâti de se maintenir en vie. L’intérêt de cette
réhabilitation est d’intervenir pour la pérennité de ce patrimoine en mettant fin à des
transformations anarchiques.
Dans les chapitres deux et trois, nous décrirons les villages kabyles en énumérant les
différents éléments qui les composent, et nous nous attarderons particulièrement sur la
description de la maison kabyle. A travers cette description, nous aurons une meilleure
connaissance technique, architecturale des bâtisses, ce qui favorisera des interventions plus
adéquates sur le bâti.
19
DEUXIEME CHAPITRE
PRESENTATION DE L’ARCHITECTURE
TRADITIONNELLE DE KABYLIE
Deuxième chapitre
Présentation de l’architecture traditionnelle de Kabylie
Introduction
La région de Kabylie renferme de magnifiques sites et paysages parmi lesquels le massif
montagneux du Djurdjura et la vallée de la Soummam qui recèlent de nombreux villages
habités par une population de culture berbère. Ces villages présentent des maisons dotées
d’une architecture témoignant de la culture et de la mémoire collective de la société qui s’y
est établie depuis maintenant plusieurs siècles. Hélas, cette architecture qui faisait autrefois la
spécificité de la Kabylie, se voit aujourd’hui étouffée par une autre importée. L’importation
de cette architecture dite moderne, dont les matériaux et les fonctionnements sont sans lien
avec les pratiques ancestrales, participe en partie à la disparition des villages kabyles
traditionnels qui perdent ainsi leur identité. L’intérêt porté pour ces villages doit donc avoir
pour résultat la sauvegarde impérative de ces derniers. Pour que cette sauvegarde ait lieu, des
opérations de réhabilitation doivent être réalisées. Réhabiliter un édifice traditionnel implique
une connaissance parfaite de l’architecture locale, du savoir-faire ancestral et du mode de vie
traditionnel. Ce n’est que de cette manière que l’on pourra comprendre la typologie des
maisons ainsi que l’utilisation judicieuse des matériaux de construction. Notre étude nous
conduira à l’élaboration d’un inventaire, non exhaustif, car il ne concernera que les villages
visités, il se rapportera aux techniques et aux matériaux de construction. Mais au préalable,
une réflexion sur les éléments composant le village (rues, tajmaat….) et sur la maison ellemême, en pierre et en pisé s’impose ; nous présenterons notamment son fonctionnement, ses
typologies d’ouvertures, d’élévation,…
I.
Description des villages kabyles
E. Masqueray définit Taddèrt « un mot vague, applicable à tous les groupes de maisons
quels qu’ils soient, car il signifie proprement « pluralité de maisons»51. Néanmoins, d’autres
définitions de cette entité existent ; elles font apparaître d’autres fonctions : Tudrin pluriel du
terme Taddarth (autre orthographe du mot taddèrt) désignant un « lieu de vie », est considéré
comme « l’unité politique et administrative fondamentale de la société kabyle »52.
Généralement, la plupart des villages kabyles de densité très forte, sont construits sur les
crêtes, les versants des montagnes ou encore sur les plateaux, « d’où la fréquence, dans les
noms des villages, des mots tawrirt (colline), tagemmunt (mamelon), agwuni (plateau), tizi
Emile Masqueray. Formation des cites chez les populations sédentaire de l’Algérie, Kabylie du Djurdjura,
Chaouia de l’Aoures, Béni M’ZAB, Aix en Provence, Edition Edisud, 1983. P. 83.
52 R. Basagana et A. Sayad. Habitat traditionnel et structures familiales en Kabylie. 1974. P. 57.
51
20
Deuxième chapitre
Présentation de l’architecture traditionnelle de Kabylie
(col), etc. »53. Par eux-mêmes, ces termes désignent donc le type de lieu où sont implantés ces
villages. Ceux-ci se sont formés progressivement ; en effet, au fil du temps, de nombreuses
maisons54 ont été construites accolées les unes aux autres s’ouvrant sur une cour commune :
généralement, les occupants possèdent le même nom patronymique. L’ensemble de ces
maisons forment un quartier appelé taxxarubt (pluriel ixxerben) qui, eux-mêmes réunis,
constituent adrum (pluriel iddermen) dont le regroupement forme taddart (pluriel thudrine)55.
Les habitants, qui occupaient ces maisons, cultivaient la terre et élevaient des animaux ; c’est
ainsi qu’ils subvenaient à leurs besoins personnels et entretenaient ainsi un rapport étroit avec
la nature. D’autres activités d’ordre artisanal (poterie, tissage, bijouterie, vannerie,…) leur
permettaient d’échanger leur production les uns avec les autres.
I.1. Typologies villageoises de Kabylie
La typologie du village kabyle est étroitement liée à la géographie et au relief de la région.
Emile Masqueray relève deux types de développement des villages : l’un présente des villages
allongés, l’autre, des villages circulaires ; presque tous coniques au sommet56. En effet, dans
le premier type, le village se développe de manière linéaire longeant les versants des
montagnes (grappes de raisins), et dans le second type, il se développe de manière
concentrique sur les sommets des montagnes ou encore sur les plateaux. Dans les deux cas, la
Photo 2.1 : Village édifié le long de la ruelle.
(village djebla, Bejaia. Source : auteur).
Photo 2.2 : Village Construit sur un plateau.
Village Ighil-Ali la Qallaa d'Aït Abbas,
Bejaia. (Source : auteur).
53
R. Basagana et A. Sayad. P. 17.
Ces maisons sont composées d’une seule pièce centrale, d’une étable et d’une soupente
55 Pierre Bourdieu. Sociologie de l’Algérie. Que sais-je ? 2006. P. 9.
56 Emile Masqueray. Op. Cite. P. 86.
54
21
Deuxième chapitre
Présentation de l’architecture traditionnelle de Kabylie
topographie du site avec ses pentes et ses reliefs régit la structure spatiale du village. C’est
ainsi que les ruelles et les maisons qui composent ces villages sont confrontées à des
contraintes topographiques, formant ainsi un tracé organique, faisant en sorte que chaque
maison surplombe l’autre mais n’ayant en aucun cas, un impact sur l’intimité de chacun,
chère à la communauté villageoise.
Les points communs relevés entre le village linéaire et le village radioconcentrique se
rapportent aux différents éléments qui les composent, et à la compacité de leurs maisons.
Malheureusement, il est très difficile de retrouver ce genre de tracé de nos jours car les
nouvelles constructions envahissent les anciennes de façon anarchique.
I.2.
Eléments composant le village kabyle
Le village kabyle est donc composé d’un ensemble de quartiers (iddermen), mais aussi de
ruelles, parfois d’impasses, de maisons, de mosquées57 et de tajmaat, lieu de rassemblement
des villageois, ce sont des éléments qu’il faut préserver afin de sauvegarder l’identité du
village.
I.2.1. Les ruelles : aznik, ighil, avrid
Ce sont les éléments qui composent la structure du village, elles desservent les différentes
maisons, et sont de formes variables, linéaires ou sinueuses changeant à chaque fois de
directions : ce qui forme des ruelles brisées. « Deux hypothèses peuvent expliquer cela, la
morphologie du terrain ou une volonté d’arrêter le regard et de briser l’élan »58. Ces ruelles
sont parallèles aux courbes de niveau, elles sont considérées par les étrangers comme des
éléments intérieurs au village tandis que les villageois les considèrent comme des éléments
extérieurs.
Les ruelles sont revêtues de petites pierres posées de façon à avoir des interstices de terre
pour permettre aux eaux pluviales de pénétrer dans le sol et ainsi éviter toute inondation, on
retrouve ce genre de procédé dans certains villages tandis que dans d’autres, le bétonnage des
surfaces de circulation s’est imposé aujourd’hui, ce qui pose le problème de drainage des eaux
pluviales.
La mosquée n’est pas concernée par notre recherche, car il s’agit pour un très grand nombre d’entre elles de
constructions nouvelles.
58 S. Zenboudji-Zahaf. La haute ville de Tizi-Ouzou structure, habitat et territorialité. Mémoire magistère encadré
par M. B. Salhi et M. Dahmani. P. 54.
57
22
Deuxième chapitre
Présentation de l’architecture traditionnelle de Kabylie
Photo2.3 : Types de ruelles rencontrées.
A gauche : village Ighil-Ali, Bejaia. Au centre : village Yakourene, Tizi-Ouzou.
A droite : village Chikh Aheddad, Béjaïa. (Source : auteur).
I.2.2. Les impasses
La différence entre la ruelle et l’impasse est que cette dernière se termine en cul de sac et
se décrit comme un espace caché. Dans ce cas, seules les personnes issues d’un même
groupement peuvent avoir accès aux impasses, ce qui donne une impression de rejet à
l’étranger de passage. Ces impasses sont le résultat de contraintes techniques et
fonctionnelles59.
I.2.3. Tajmaat
C’est la place où se déroulaient les réunions du village afin de résoudre les problèmes des
habitants, et où les sanctions étaient prononcées
pour les voleurs ou autres éléments nuisibles à
la société ; mais c’est également un espace où se
rencontraient les hommes pour se détendre, un
espace exclusivement masculin. Tajmaat a des
formes diverses, elle varie selon les villages :
parfois nous la retrouvons semblable à une
bâtisse isolée, et d’autres fois, elle fait partie de
Photo 2.4 : Vue sur tajmaat du village Aït Selane,
Aïn El Hammam, Tizi-Ouzou. (Source : auteur.)
Amar Aïs. Pour une nouvelle gestion de la croissance des établissements humains. Exemple d’un village de
montagne. Mémoire magistère encadré par Mme N. Chabi-Chemrouk. 2003. P. 57.
59
23
Deuxième chapitre
Présentation de l’architecture traditionnelle de Kabylie
la rue recouverte d’un toit où l’on retrouve de part et d’autre des banquettes (photo 2.4). C’est
le premier espace rencontré lorsque l’on rentre dans le village ; il est considéré comme un
espace de transition entre l’intérieur et l’extérieur du village60. Cet espace a quasiment disparu
dans les villages kabyles, ceux qui subsistent encore sont fréquentés par les « vieux » du
village.
I.2.4. L’hara
C’est l’espace privé du villageois, il se compose de deux éléments indissociables : afreg ou
amrah et axxam formant une organisation bipolaire61. En effet, la composition initiale de
l’hara était axxam et la cour, et avec l’élargissement de la famille, d’autres axxam ou
tixxamine s’additionnaient à cet espace, ce qui densifiait de plus en plus la parcelle (figure
2.1). Les dimensions et les formes de ces hwaris (pluriel de l’hara) peuvent varier en fonction
de plusieurs facteurs : la superficie du terrain, sa forme, le nombre d’occupants appartenant à
une même famille.
Figure 2.1 : Plan d’une hara, relevé dans le village Ighil-Ali la
Qallaa d'Aït Abbas, Bejaia. (Source : auteur).
60
E. Masqueray. Op. Cite. P. 83.
H. Bachakh. Mécanisme de formation / transformation de l’environnement bâti. Essai d’indentification de
l’environnement villageois kabyle. Le cas des ait-yenni. P. 133.
61
24
Deuxième chapitre
Présentation de l’architecture traditionnelle de Kabylie
Afreg est un espace libre découvert, il est circonscrit par les parois des axxams et des hwari
qui l’entourent. Cette cour est un espace polyvalent utilisé comme espace de circulation mais
également comme lieu où se déroulent les activités quotidiennes de la famille, par exemple, la
préparation des repas pendant la période estivale (ce qui a pour effet de diminuer l’apport en
chaleur à l’intérieur de la maison), les tâches ménagères ou autres activités liées à la tradition
kabyle.
I.2.5. L’entrée de la maison
A l’entrée de la maison, nous rencontrons un premier espace appelé asqif. Comme tajmaat,
mais à une échelle beaucoup plus réduite, il a pour fonction la transition entre l’espace privé
et public. On y trouve parfois des banquettes de part et d’autre qui permettent aux visiteurs de
s’y installer et d’attendre une invitation à entrer dans la maison, au-dessus de asqif, se trouve
taghorfets. On peut accéder également à la maison par des espaces en chicane ou avec des
porches d’entrée.
II. Description de la maison kabyle traditionnelle
L’architecture traditionnelle kabyle, telle que construite par nos ancêtres, répondait à une
certaine logique constructive, mais aussi aux besoins d’antan. C’était une architecture
évolutive, elle se transformait lentement au fur et à mesure des besoins des occupants ; elle
présentait notamment l’avantage de ne pas dénaturer le paysage. La richesse de cette
architecture est indéniable eu égard aux potentialités qu’elle offre, d’où l’intérêt de la
réhabiliter dans le respect des normes inhérentes à celles-ci.
René Maunier se questionnait sur l’origine de la maison kabyle, il la comparait aux
maisons primitives grecques avec des toits en chaume à double pente, à chambre unique,
dépourvues de cheminée, et complétait sa comparaison avec les maisons rustiques galloromaines bâties en pierres aux toits en tuiles rondes à deux versants62.
Axxam 63, mot amazigh désignant la « maison » ou l’« habitat » peut, dans un sens plus
large désigner également la « famille »64. La maison traditionnelle kabyle ou Axxam se
développait au fur et à mesure que la famille s’agrandissait. En effet, à côté de la maison du
62
R. Maunier. Op. Cite. Pp. 18-19.
Dans son ouvrage « La construction collective de la maison en Kabylie », René Maunier dit que « axxam »
appartient au type de maison dite « maison élémentaire ». La maison élémentaire est considérée comme une
maison où il n’y a pas une spécialisation des espaces, où l’homme et l’animal cohabite et où la plupart des
activités se déroulent à l’extérieur. (Source : G. Nourissier, J. Reguant, X. Casanovas & al. Architecture
traditionnelle méditerranéenne. Op. Cite. P. 56. )
64 Basagana et Sayad. Op. Cite. P. 57
63
25
Deuxième chapitre
Présentation de l’architecture traditionnelle de Kabylie
père, axxam, se construisait celle du fils, bâtisse qui s’érigeait grâce à la solidarité collective
de la communauté. Les rôles de chaque membre étaient bien précis, les hommes bâtissaient
pendant que les femmes transportaient les pierres, l’argile, la chaux, les roseaux, les tuiles,
l’eau ; quant aux enfants, leur participation était active mais limitée au transport de petites
pierres. Et lorsque le tracé des chemins le permettait, le transport des matériaux était assuré
par les ânes65, en raison de la morphologie montagneuse du terrain et de l’absence d’autres
moyens de transport.
Ces habitations, construites les unes à coté des autres, sont décrites par le sociologue P.
Bourdieu, comme des « habitations se regroupant en villages, tournant le dos à l’extérieur,
formant une sorte d’enceinte66 sans ouverture, aisées à défendre, et ouvrant sur des ruelles
étroites et raboteuses »67. Elles sont bâties sur des surfaces assez réduites mais restent
néanmoins fonctionnelles ; elles présentent aussi l’énorme avantage de préserver l’intimité
familiale chère à la société kabyle.
Construction des murs et pose
des poteaux (tikjdith).
Pose de poutres
(assalas).
Pose des roseaux (aghanim) ou
branchages.
Pose de la chape en mortier de
terre et des tuiles.
Mise en place des chevrons
(timiway.)
Maison finalisée.
Figure 2.2 : Les différentes étapes de la construction de la maison kabyle.
(Source : Kaci Mebarek. Op. Cite. P. 165.)
65
66
R. Maunier. Op. Cite. P. 28.
Bien que ces villages donnent l’impression d’être fortifiés, ils ne possèdent ni château ni fortification.
67 Pierre Bourdieu. Op. Cite. P. 6.
26
Deuxième chapitre
Présentation de l’architecture traditionnelle de Kabylie
L’architecture de ces maisons, qu’elle fût en pierre ou en pisé, c'est-à-dire érigées à partir
de matériaux rudimentaires existant dans la nature et dans l’environnement immédiat
présentait également une certaine uniformité. Généralement, on retrouvait cette uniformité
dans la fonctionnalité intérieure des maisons, dans leur gabarit ainsi que dans leur compacité,
laquelle permettait de réduire les surfaces exposées à l’extérieur, et ainsi, de lutter contre les
rudes conditions climatiques en limitant les déperditions calorifiques. Toujours dans cette
optique climatique, mais également dans le but cité plus haut, celui de la préservation de
l’intimité de la famille, les constructeurs limitaient les ouvertures vers l’extérieur dont les
dimensions étaient réduites.
L’emplacement des maisons dans ces sites montagneux faisait que chacune surplombait
l’autre. « La maison traditionnelle est de dimensions réduites, et à plan rectangle, presque
jamais à plan carré »68. Ses dimensions sont presque toujours similaires, sauf chez les
villageois à revenus modestes, dont les maisons sont de dimensions réduites et dépourvues
d’étable. En revanche, chez les plus aisés, les maisons sont plus grandes et l’étable y est
toujours présente : la richesse des propriétaires étant déterminée par le nombre d’animaux se
trouvant dans l’étable.
II.1. Composition d’axxam
A l’intérieur, la maison se divise en trois parties (figure 2.3 69), à chacune de ces parties
correspond une fonction définie dans la maison. La première est appelée taqaat, elle occupe
les deux tiers de la maison ; la deuxième addaynin et la troisième taaricht occupent chacune
un tiers de la maison ; taaricht étant superposée à addaynin 70. Les définitions qui sont
généralement données à chacune de ces parties respectives sont les suivantes :
C
B
A
B
C
A
B
Figure 2.3 : La division tripartite de la maison traditionnelle kabyle. A : Takaat, B : Addaynin, C : Taaricht.
68
R. Basagana et A. Sayad. Op. Cite. P. 17.
Ibid. P .20.
70 Dans la plupart des villages que l’on a visités, nous retrouvons cette division tripartite, division très répandue
dans la région de Kabylie.
69
27
Deuxième chapitre
II.1.1.
Présentation de l’architecture traditionnelle de Kabylie
Taqaat ou aguns ou tigherghert
C’est l’espace de vie de la maison, situé juste
à l’entrée de cette dernière, il est de forme
« sensiblement carrée, sans fenêtre et sans
cheminée, où se creuse le foyer dans un sol de
terre battue, la fumée s’échappe en filtrant par les
interstices du toit ».71 Takaat sert d’espace de
préparation des repas, surtout en hiver, mais
aussi de travail (tissage) et de dortoir. C’est un
espace exclusivement réservé aux femmes la
journée, les hommes n’y viennent que pour
manger ou dormir.
II.1.2. Adaynin
Photo 2.5 : Vue sur Takaat. Village
Djebla, Béjaïa. (Source : auteur).
Situé toujours en contrebas du premier niveau
de la maison qui est takaat, il était utilisé pour héberger des animaux de toutes sortes
(généralement des vaches, des chèvres et des moutons) ou alors pour entreposer le bois de
chauffage, le fumier ... C’est un espace recouvert de pavé de grosses dalles72, légèrement en
pente pour faciliter l’évacuation du fumier vers l’extérieur, au moyen d’un trou aménagé dans
Photo.2.6 : Village Djebla,
Bejaia. Source : auteur.
Photo.2.7 : Village Tagmount Azouz,
Tiz-Ouzou. Source : auteur.
Photos 2.6 et 2.7 : Images illustrant des maisons avec mur claire-voie et sans mur claire-voie.
71
72
R. Maunier. Op. Cite. P. 12.
R. Basagana et A. Sayad. Op. Cite. P. 21.
28
Deuxième chapitre
Présentation de l’architecture traditionnelle de Kabylie
le mur pignon de l’étable. Par ailleurs cet espace faisait office de chauffage pour la maison eu
égard à la chaleur dégagée par les animaux73. Dans certaines maisons de dimensions plus
réduites, l’étable n’existait pas et les maisons avaient comme unique fonction, le logis. Nous
retrouvons ce type de maisons essentiellement chez les populations pauvres, l’inexistence de
mur claire-voie dans les foyers démunis était due à l’absence d’étable74.
II.1.3. Taaricht
Située au-dessus de l’étable, taaricht est un emplacement
abritant tantôt les akkufi, tantôt les jeunes mariés ou les
autres enfants lorsque la famille se sent à l’étroit. On y
accède à partir d’un escalier très raide qui sert également de
rangement aux ustensiles, alors que dans d’autres maisons,
on peut accéder à taaricht grâce à thadekkwant. C’est la seule
pièce de la maison qui possède des fenêtres de petites
dimensions.
Photo 2.8 : Vue sur l'escalier
menant vers taaricht. Village
Djebla, Bejaia. (Source : auteur).
II.1.4. Amnar
Situé juste à l’entrée de la maison, amnar est considéré
comme le seuil. Il jouait le rôle de limite entre l’intérieur
Amnar
et l’extérieur. Accolé à ce seuil, un espace en forme de
demi-cercle était utilisé par les ménagères pour y laver la
vaisselle, et par les habitants pour y faire leur toilette
quotidienne pendant les périodes hivernales. Il se présente
Tazulikht
en pente et se termine par une rigole tazulikht pour
l’évacuation des eaux75.
Photo 2.9 : Le seuil de la maison
Village Tagmount Azouz, TiziOuzou. (Source : auteur).
Dans les maisons kabyles que l’on a visitées et qui sont toujours habitées, il n’en reste aucune qui abrite dans
une même maison les propriétaires et les animaux.
74 R. Basagana et A. Sayad. Op. Cite. P. 21.
75 Ibid. P. 24.
73
29
Deuxième chapitre
Présentation de l’architecture traditionnelle de Kabylie
5
3
2
4
6
1
7
8
6
9
10
1 : Porte d’entrée.
6 : Niches.
2 : El kanun.
7 : Tadekkwant.
3 : Rangement.
8 : Etak.
4 : Métier à tisser.
9 : Mur à claire-voie.
5 : Akoufi.
10 : Entrée vers adayenin.
Figure 2.4 : Plans et coupe de la maison kabyle adaptés
par l’auteur. (Source : Amar AIS. Op. Cite. P. 65.)
II.1.5.
Thagorfet
C’est un espace situé en élévation,
soit au dessus de asqif soit au dessus de
taxxamt; il est considéré comme une
pièce où l’on peut dormir, mais aussi où
l’on range les réserves. S’il n’existe pas,
cet espace est rajouté lorsque la famille
s’agrandit et on y accède à partir d’un
escalier qui peut toutefois être remplacé
par une échelle.
Photo 2.10 : Vue sur l'escalier menant vers thagorfet.
Village Boudjlil, Bejaia. (Source : auteur).
30
Deuxième chapitre
II.1.6.
Présentation de l’architecture traditionnelle de Kabylie
Les niches de rangement ou d’exposition et les akoufi
Pour plus de confort et une meilleure organisation de la maison, le villageois intègre des
niches dans les murs et construit des silos de rangements appelés ikufan. Les niches sont
situées à hauteur d’homme afin que les habitants puissent ranger leurs ustensiles, exposer
leurs décorations ; elles servent également comme emplacement pour éclairer les pièces à
l’aide de bougies ou autres. Elles sont réalisées lors de la construction des murs, leurs
dimensions sont très réduites, elles avoisinent les 40 cm de largeur, de longueur et même de
profondeur. Les ikufan (sing. akufi) sont de vastes récipients de terre crue qui, dans les
maisons de Kabylie, servent à entreposer les réserves alimentaires d’origine végétale : grains,
fèves, figues sèches, caroubes, glands…76
Photo 2.11 : Les niches de rangement ou d’exposition.
Village Maatkas, Tiz-Ouzou. (Source : auteur).
Photo 2.12 : Les ikufan. Village Djebla,
Béjaïa. (Source : auteur).
II.2. Types d’ouvertures dans les maisons kabyles
a) Fenêtres
Pour des raisons d’intimité et de confort thermique, les constructions traditionnelles en
Kabylie sont assez compactes avec peu d’ouvertures, et lorsque ces dernières existent, elles
sont de dimensions très réduites, à travers le travail effectué sur le terrain, nous allons ci-après
faire un petit inventaire des typologies de fenêtres que nous avons observées dans les
différents villages visités.
76
R. Basagagna et A. Sayad. Op. Cite. P. 36.
31
Deuxième chapitre
Présentation de l’architecture traditionnelle de Kabylie
Ces fenêtres sont composées d’un encadrement qui comprend trois parties : le linteau
(formé soit d’une seule pièce, soit d’éléments fractionnés), les jambages du tableau et l’appui
de la baie. Elles sont pour la plupart rectangulaires et le plus souvent étroites ; cette étroitesse
permet à l’ouverture de mieux résister aux contraintes77, la différence que l’on note, entre les
L’ouverture est constituée d’un linteau en forme d’arc. Il est
soit réalisé en pierres, soit en tuile. Leurs appuis sont formés
de pierre monolithe. (Village Djebla, Béjaia.)
Le percement est entouré de briques en terre
cuite. Ces dernières forment ainsi le linteau,
l’appui et les jambages de l’ouverture.
(Village Ighil Ali, Béjaia.)
Ces ouvertures sont une simple interruption dans le mur. Elles sont constituées de linteaux en bois
A gauche. Village Djebla, Béjaia. Au centre : Mazekwane, Tichy, Béjaia. A droite : Boudjlil, Béjaia
Fenestrons pour l’aération. A gauche : Village la Qallaa d'Aït Abbas, Bejaia. A droite : Ighil Ali. Béjaia.
Photos 2.13 : Ouvertures (fenêtres) rencontrées dans les constructions en pierre (Source : auteur).
77
G. Nourissier, J. Reguant, X. Casanovas & al. Op. Cite. P. 74.
32
Deuxième chapitre
Présentation de l’architecture traditionnelle de Kabylie
percements, est relevée sur les différents composants de la baie. Parfois le linteau, premier
élément à recevoir et à supporter les charges verticales78, présente deux formes droite ou en
forme d’arc. L’arc peut être fait de tuile, ou bien façonné dans une planche de bois, ou encore
formé par de petites pierres ou des briques. Quant au linteau, de forme droite, il peut être
composé de petits troncs attachés les uns aux autres ou alors d’une seule pièce horizontale ; en
pierre monolithe ou en bois. La première possède une meilleure résistance à la compression
qu’à la flexion contrairement à la deuxième qui résiste mieux à la flexion permettant ainsi de
couvrir de longues portées ; en revanche, elle est plus sensible aux intempéries79. Il existe des
ouvertures encore plus petites que celles citées plus haut, ce sont les fenestrons. Ceux-ci
permettent une circulation de l’air et assure le refroidissement de la pièce par l’évacuation des
charges thermiques concentrées à l’intérieur de la maison.
Comme dans la maison en pierre, les percements des maisons en pisé sont petits et souvent
rectangulaires. Ils ne subissent aucun traitement au niveau de leur contour. En effet, nous
avons constaté que dans ces maisons en pisé, les fenêtres étaient de simples coupures dans le
mur. Le linteau et l’appui-fenêtre sont réalisés en bois. Les jambages ne sont pas présents,
seuls les encadrements en bois des fenêtres y font office ; l’encadrement est un « ouvrage préassemblé et rigide destiné à compenser les risques de ramollissement et de dégradation de
surface du matériau supportant très mal l’humidité »80.
Linteau en bois.
Jambages inexistants et appui en bois.
Encadrement en bois de la fenêtre.
Photos 2.14 : Ouvertures rencontrées dans les constructions en pisé. Village Maatkas,
Tizi-Ouzou. (Source : auteur).
78G.
Nourissier, J. Reguant, X. Casanovas & al. Op. Cite. P. 74.
Christophe Robert et Hervé Thillard. Op. Cite. P. 19.
80 G. Nourissier, J. Reguant, X. Casanovas & al. Op. Cite. P. 75.
79
33
Deuxième chapitre
Présentation de l’architecture traditionnelle de Kabylie
Dans certains murs de maisons, nous retrouvons des trous, appelés « trous de boulin »81.
Placés à des distances régulières, ces derniers étaient sans doute destinés à soutenir
l’échafaudage (figure 2.5)82 pour l’élévation des murs. A la fin de la construction, ces trous
sont soit rebouchés de l’intérieur à l’aide de pierres soit laissés à claire-voie permettant d’une
part l’aération des espaces intérieurs, et d’autre part leur utilisation comme fenêtre dans le cas
où aucune ouverture ne pouvait être construite (intimité, vis-à-vis).
Trous de boulin
Photos 2.15 : Les trous de boulin dans le mur. A gauche :
Village Ighil-Ali la Qallaa d'Aït Abbas, Bejaia. A droite :
Village Derna, Béni-Yénni, Tizi-Ouzou. (Source : auteur).
Figure
2.5 :
Echafaudage
encastré à boulins traversants.
b) Portes
Les portes des constructions kabyles sont toutes semblables par leur forme rectangulaire et
leur matériau en bois ; néanmoins, elles diffèrent par leurs dimensions ; celles des hwaris sont
plus importantes que celles des axxam. Cependant, on observe dans certains villages, le
percement des murs et des portes en forme d’arc.
Comme pour les fenêtres, les portes des constructions en pisé sont toutes en bois. Elles
sont constituées d’un linteau et de jambages qui forment le cadre de la porte. Les ouvertures
qui les reçoivent sont de simples interruptions dans le mur, elles ne sont pas matérialisées par
des jambages en pierres ou en briques. Seul l’encadrement en bois de la fenêtre matérialise
l’ouverture. Le pisé est un matériau qui présente une mauvaise adhérence au bois, en effet, il
arrive souvent que l’on constate des décollements de ces deux matériaux, ce qui provoque des
fissurations susceptibles de provoquer l’effondrement du mur en pisé83.
81
Jean-Pierre Adam. La construction Romaine. Editions A et J Picard. 2005. Pp. 88 à 90.
Ibid. P.88.
83 Ahmed Ali Salima. Op. Cite. P. 26.
82
34
Deuxième chapitre
Porte d’entrée d’Axxam.
Elle se présente sous forme
d’un seul battant.
Présentation de l’architecture traditionnelle de Kabylie
Porte d’entrée de l’hara. Elle se présente sous forme de deux
battants ; la petite porte étant intégrée dans la grande.
Photos 2.16 : Ouvertures (portes) rencontrées dans les constructions en pierre. (Source : auteur).
Photos 2.17: Portes de maisons construites en pisé.
Village Maatkas, Tizi-Ouzou. (Source : auteur)
II.3. Typologie de l’élévation
Lors des visites effectuées sur le terrain, des maisons en (R+1) et d’autres en rez-dechaussée ont été recensées, les deux typologies comportent un entresol lorsque la pente est
importante. Parfois même, dans certains villages, notamment à Boudjlil et à Imaghdacen
situés à Béjaïa (photos 2.18 et 2.19), nous notons la présence de balcons, construits en porteà-faux, toujours avec un matériau naturel, le bois, issu des sites avoisinants.
35
Deuxième chapitre
Présentation de l’architecture traditionnelle de Kabylie
Photo 2.18. : Village Imaghdacen,
Bejaia. (Source : auteur).
Photo 2.19 : Village Boudjlil, Bejaia.
(Source : auteur.)
Photo 2.18 et 2.19 : Maisons en (R+1).
II.3.1. Les escaliers
Les escaliers sont souvent droits, construits pour la plupart en pierre. Certains sont
parallèles à la façade (escalier en mur d’echiffre) et d’autres lui sont perpendiculaires. Ce sont
des escaliers raides constitués d’une seule volée, sans palier de repos. Ils sont construits à
partir de superpositions successives d’assises de pierres. Ces assises, décroissantes vers le
Photos 2.20 : Vues sur les escaliers droits.
A gauche : village Boudjlil, Béjaïa. A droite : village Ighil-Ali la Qallaa d'Aït Abbas, Bejaia. (Source : auteur.)
36
Deuxième chapitre
Présentation de l’architecture traditionnelle de Kabylie
haut de l’escalier, forment les marches sous lesquelles sont construites parfois de petites
voûtes réduisant ainsi la consommation de pierres84. Ces escaliers se terminent soit sur une
coursive soit sur une pièce de la maison.
Photo 2.21 : Vues sur la coursive en bois et sur l’escalier menant directement à une pièce
Village Boudjlil, Béjaïa. (Source : auteur)
II.4. Techniques constructives
A travers les investigations menées sur le terrain, nous avons recensé trois techniques
constructives dans les villages kabyles.
a) Première technique : Les Kabyles construisent le plus souvent en pierres, ils
lient ces dernières entre-elles avec du mortier d’argile appelé aloudh, tikhmirt,
abegheli.
b) Deuxième technique : Cette technique utilise toujours le même matériau de
base, la pierre, mais cette fois-ci sans mortier. Ce procédé est appelé « la pierre
sèche ».
c) Troisième technique : Lorsque la pierre, n’est pas disponible sur les lieux
avoisinant le village, les constructeurs utilisent « la terre ». Ainsi, des murs en
terre s’érigent et forment la maison kabyle en « pisé ».
Ces trois techniques seront développées dans le troisième chapitre relatif aux modes
constructifs en pierre et en pisé.
84
X. Casanovas et al. Manuel pour la réhabilitation de la ville de Dellys. Euromed. Montada. 2012. P. 137.
http://www.montada-forum.net/sites/default/files/Publicacions/Dellys.pdf
37
Deuxième chapitre
Présentation de l’architecture traditionnelle de Kabylie
III. Transformation du cadre bâti dans les villages kabyles
Les différentes colonisations qu’a connues la Kabylie et l’avènement de l’industrialisation
ont contribué à la transformation des villages kabyles. Des facteurs socioéconomiques ont
fortement contribué au dépeuplement progressif des villes à travers le phénomène de l’exode
rural, mais également l’émigration vers des pays étrangers. Les villageois recherchent alors
des modes de vie nouveaux susceptibles d’améliorer leur confort quotidien. Ainsi les
populations émigrées, comparativement riches, à leur retour au village, inconsciemment
participent à ce bouleversement, ce qui a entraîné de profonds changements dans la structure
fonctionnelle des maisons et des villages.
Au moment où le villageois ressentait le besoin d’agrandir sa maison ou d’en construire
une autre ; plusieurs possibilités s’offraient à lui : la juxtaposition ou la superposition du
nouveau à l’ancien ou bien la démolition totale de l’ancienne bâtisse pour la construction
d’une nouvelle.
III.1. Juxtaposition du nouveau à l’ancien
Dans ce cas de figure, l’ancienne maison est
préservée, mais on y en adosse une nouvelle,
dotée des commodités que l’habitant recherche.
Elle est construite avec des matériaux autres
que ceux disponibles dans l’environnement
immédiat et sans harmonie avec le bâti
existant.
Photo 2.22 : Mitoyenneté ancien/nouveau.
Village Mazekewane. Béjaïa. (Source : auteur).
III.2. Superposition du nouveau à l’ancien
La photo ci contre présente une autre possibilité pour les
villageois d’agrandir leur maison, ce qui leur permet de
préserver leur ancienne, axxam. On y construit au-dessus
avec des matériaux nouveaux et toujours dans l’esprit
d’intégrer un certain confort que l’on n’avait pas dans
l’ancienne bâtisse.
Photo 2.23 : Superposition du nouveau à l'ancien.
Village Imaghdacen, Bejaia. (Source : auteur).
38
Deuxième chapitre
Présentation de l’architecture traditionnelle de Kabylie
III.3. Démolition totale de l’ancien
Le cas le plus extrême dans la transformation du village, est la démolition totale de la
maison traditionnelle, pour cause de manque de terrain ou autres problèmes. Une fois celle-ci
détruite, une nouvelle maison prend sa place ; cette dernière, plus « moderne », ne ressemble
en aucun cas à la traditionnelle qui, elle, s’intégrait mieux au paysage et surtout ne nuisait pas
à l’environnement vu les matériaux utilisés.
Conclusion
Dans ce chapitre, nous nous sommes attelés à présenter l’architecture traditionnelle kabyle
à travers la description de villages notamment les ruelles, tajmath, les impasses et
principalement les maisons. Cette description nous a permis de comprendre son
fonctionnement et d’étudier les principes de son architecture ; ces connaissances sont
indispensables pour entreprendre au mieux une opération de réhabilitation.
Cette analyse des constructions a permis de relever un certain nombre de similitudes
présentes dans la forme compacte du bâti ; dans les ouvertures au nombre et aux dimensions
réduits ; et dans la fonctionnalité, « tripartite ». Ces bâtisses s’intègrent parfaitement au site et
au climat de par leur aspect extérieur et leur fonctionnement. On constate donc que les
principes de l’architecture bioclimatique sont très présents dans ces constructions, et pour
cette raison, lors de leur réhabilitation, la prise en compte de ces principes est indispensable.
Nous avons également constaté que l’implantation de nouvelles bâtisses dont l’architecture
est différente des constructions traditionnelles a modifié l’aspect général des villages ;
toutefois, certains d’entre eux ont gardé leur spécificité. Après avoir étudié l’aspect
fonctionnel du village et de la maison, nous aborderons dans le prochain chapitre les éléments
verticaux et horizontaux composant la construction kabyle.
39
TROISIEME CHAPITRE
Typologies architecturales traditionnelles
en Kabylie
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
Introduction
Ce chapitre est consacré au patrimoine architectural en pierre et/ou en terre des villages
kabyles. A travers le travail de terrain que nous avons effectué, la majeure partie des
constructions sont édifiées en pierre, alors que le reste est réalisé en terre crue plus
précisément avec du pisé (terre banchée). Dans un premier temps, cette étude fera l’objet d’un
bref aperçu historique sur l’utilisation de la pierre et de la terre crue, puis nous analyserons les
différentes techniques constructives à travers les structures verticales (fondations, murs
porteurs…) et horizontales (planchers, toitures…). Le repérage des différentes typologies
constructives de cette architecture en pierre et en terre crue participera sans aucun doute d’une
manière efficace à la réalisation de l’opération de réhabilitation.
I. TYPOLOGIE ARCHITECTURALE DE PIERRE
I.1. Historique de l’utilisation de la pierre
Outils de travail (couteaux, outils pour aiguiser les armes…) 85, la pierre a pris une autre
forme d’utilisation. En effet, vu sa proximité et son abondance dans la nature, l’homme l’a
utilisée pour construire son refuge et s’y abriter. Les civilisations romaine, grecque et
égyptienne ont de tout temps utilisé la pierre, qu’elle soit taillée ou équarrie, pour construire
leurs demeures, leurs temples ou encore leurs ouvrages d’art (aqueducs pour les Romains,
panthéon pour les Grecs et pyramides pour les Egyptiens). D’autres civilisations ont
également utilisé la pierre dans leurs constructions, une grande partie de la muraille de Chine
est construite en pierre86. Ces bâtisseurs avaient une parfaite connaissance de la pierre, ils
extrayaient de gros blocs de pierre, les taillaient, les transportaient pour édifier leurs
constructions. Ce matériau est approprié à la construction en raison des variantes
morphologiques possibles, sa forme peut être travaillée, il reste totalement naturel de par sa
composition chimique. Les pierres utilisées diffèrent d’une région à une autre, par leur
résistance à la compression, leur porosité, leur couleur etc…
A. Demangeon affirme à propos de l’architecture traditionnelle, qu’elles sont « construites
avec les pierres du sous-sol, les habitations rurales semblent vraiment sortir de la terre qui les
porte et l'on peut parler de l'empreinte gravée sur l'œuvre humaine par le milieu naturel »87, ce
85
Jean et Laurent Coignet. Maçonnerie de pierre : matériaux et techniques, désordres et interventions. Eyrolles.
2007. P. 9.
86
Laetitia Fontaine et Romain Anger. Bâtir en terre Du grain de sable à l’architecture. Op. Cite. P. 09.
87
A. Demangeon. L’habitation rurale en France. Annales de géographie. 1929. T.29, n°161. Pp.352-375. P. 254.
40
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
point de vue se vérifie parfaitement dans le cas des constructions traditionnelles de Kabylie.
En effet, l’apparence générale des maisons nous offre une image uniformisée de celles-ci,
cependant, vues de près elles se différencient légèrement dans leurs façades, notamment dans
le type, les dimensions, le positionnement et le jointement des pierres, ce qui offre une
multitude d’aspects. Les pierres qui composent cette architecture sont d’origines
magmatiques, sédimentaires ou métamorphiques88. De ces roches émanent les différents types
de pierre, comme le granit, le schiste, le quartz, le basalte...etc. Elles présentent des
caractéristiques différentes d’une pierre à l’autre, avec pour chacune d’entre elles des
qualités89 et des défauts90. En Algérie, nous retrouvons une prédominance de la pierre
calcaire.
Les pierres utilisées dans la construction des maisons traditionnelle kabyles sont extraites
des oueds, des carrières, de l’épierrage des champs ou même de la récupération lors de la
démolition d’anciennes constructions91. Leur assemblage forme ainsi les éléments structuraux
de la construction kabyle, objet du point suivant.
I.2. Structures verticales en pierre
I.2.1.
Fondations
Les murs de certaines maisons sont construits
directement sur des fondations de blocs de pierre
qui émergent du sol. En effet, il était plus
avantageux pour les villageois de construire
directement sur ces rocs plutôt que de les
extraire étant donné leur gabarit, leur stabilité et
leur solidité. Le reste des fondations92 de cette
assise ne sont pas très profondes (30 à 50 cm),
vu la nature du terrain généralement rocheux. En
effet, « il s’agissait de supprimer dans la plupart
Photo 3.1 : Murs sur un bloc de pierre.
Village Aït Daoud, Béni-Yénni, TiziOuzou. (Source : auteur).
88
Marc Mamillan. Connaissance de la pierre. Synthèse technique réactualisée par le service maçonneriesmonuments historique du CEBTP.CATED, 2003. P. 07.
89
Kamel Bouzetine. Caractérisation de la pierre de taille de la casbah de Dellys et moyens de préservation.
Mémoire magistère encadré par Dr Boumchedda Khaled. 2009. P. 24.
90
Christophe Robert et Hervé Thillard. Maçonnerie traditionnelle. Rempart, 2008. P. 34.
91
René Maunier. Op. Cite. P. 25.
92
Selon René Fontaine, les constructions anciennes ne comportaient pas de fondations dans le sens que nous
donnons maintenant à ce terme.
41
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
du temps la terre végétale et de rechercher un sol homogène bien tassé »93. Dans d’autres
maisons, la profondeur de la fondation pouvait atteindre 2 mètres, voire plus lorsque la bâtisse
est construite sur une pente importante94.
« En l’absence de règles de calcul, le choix du support se faisait de manière empirique,
ainsi que le dimensionnement de la fondation »95. Des piquets sont positionnés sur les quatre
coins de la maison, reliés entre eux avec du fil afin d’avoir l’aplomb des fondations et du mur.
Puis, les rigoles sont creusées tout autour pour recevoir les premiers lits de pierres en prenant
soin de commencer par les plus grosses comme première assise, (la largeur de ces fondations
pouvant atteindre 80 cm). L’opération se répètera jusqu'à l’élévation de la fondation96.
I.2.2.
Les murs porteurs
Les murs sont les témoins les plus durables de l’architecture traditionnelle de Kabylie, en
effet, la chute des toitures, la destruction des planchers se produisent tandis que les quatre
murs restent debout97. Ils ont la caractéristique d’être riches en couleurs et en décors
géométriques, ils constituent un des éléments à préserver lors de la réhabilitation98. En plus de
l’aspect esthétique, les murs extérieurs ont un rôle structurel car ils conduisent les charges et
les surcharges des planchers et de la toiture jusqu’au bon sol par l’intermédiaire de fondations,
dont la largeur est légèrement plus importante que celle des murs. Ils protègent également les
occupants contre toutes agressions extérieures99. Nous distinguons trois typologies de murs
suivant leur positionnement dans la bâtisse100. D’abord, les murs gouttereaux ont la
particularité d’être les plus longs et reçoivent les ouvertures donnant accès à la maison, les
gouttières et les chenaux de la toiture. Ensuite, les murs pignons supportent les poutres
principales et secondaires, ils ont la particularité d’avoir une forme triangulaire à leur sommet,
ce qui donne à la toiture ses deux versants. Et enfin, les murs de refends servent de
séparations intérieures et sont également porteurs. Le mode d’assemblage a également généré
des murs porteurs à différentes textures à savoir les murs de maçonnerie de pierre sèche et les
murs de maçonnerie de pierres hourdées au mortier de terre crue.
93
René Fontaine. Restaurer, aménager, préserver. La maison de pays. Seghers, 1977. P. 71.
René Maunier. Op. Cite. P. 39.
95
Jean et Laurent Coignet. Maçonnerie de pierre. Op. Cite. P.42.
96
La fondation de la maison kabyle est en forme de semelle filante.
97
Cela nous a facilité la tâche dans la lecture des murs lorsqu’il s’agissait de coupes transversales ou verticales.
98
Méthode Réhabimed. Architecture traditionnelle méditerranéenne. II. Réhabilitation bâtiments. 2007.
99
Documents techniques réglementaires. D.T.R C 2.45. Règles de conception et de calcul des maçonneries.
Editions CNERIB. 2005. P. 15.
100
René Fontaine. Op. Cite. Pp. 63-64.
94
42
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
I.2.2.1. Les murs de maçonneries de pierres sèches
Les maçonneries en pierres sèches sont élevées sans mortier entre ces dernières, il est donc
nécessaire qu’un choix minutieux de pierres soit effectué au préalable pour assurer une bonne
stabilité du mur. Cette stabilité peut être réalisée avec de grandes pierres ou avec un calage de
petites pierres. Contrairement aux maçonneries de pierres hourdées au mortier, les murs de
pierres sèches nécessitent plus de précision et un meilleur assemblage des pierres comme nous
le montrent les photos 3.2. prises au niveau de l’ancien village d’Azzefoun.
Photos 3.2 : Murs en pierres sèches. Village ancien, Azzefoun. (Source : auteur).
En fonction de leurs constituants, ces murs peuvent être homogènes ou hétérogènes. Les
premiers sont constitués d’éléments de mêmes caractéristiques physique, chimique et
mécanique. Quant aux seconds, ils sont constitués de divers éléments (pierres, tessons de terre
cuite…), dont la composition et les comportements diffèrent, pouvant ainsi engendrer des
Tuiles cassées
Pierres
Photo 3.3 : Mur hétérogène. Ighil-Ali la
Qallaa d'Aït Abbas, Bejaia. (Source : auteur)
Photos 3.4 : Mur illustrant son homogénéité.
Village d’Azefoun, Tizi-Ouzou. (Source : auteur)
43
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
désordres dans les murs101.
I.2.2.2. Les murs de maçonnerie de pierres hourdées au mortier
Ils sont constitués de pierres hourdées par un mortier
en terre crue, avec des joints de dimensions différentes.
La qualité de ces murs dépend de celle des pierres, de
leurs dispositions et de la qualité du mortier de pose ainsi
que de son épaisseur. On a relevé que la largeur de
certains des murs n’était pas la même sur toute leur
hauteur, la base étant plus large que leur sommet. Cet
amincissement, réalisé afin de limiter les descentes des
charges102, se fait de façon régulière, soit par une
diminution progressive de sa largeur, soit par une
diminution par niveau.
Photo 3.5 : Coupe verticale
illustrant la différence d'épaisseur
dans un mur. Ighil-Ali la Qallaa
d'Aït Abbas, Bejaia. (Source :
auteur).
Comme pour les murs en pierres sèches, il existe des murs en pierres hourdées homogènes
et hétérogènes. Un mur est homogène lorsque les pierres ont les mêmes caractéristiques
physiques, chimiques et mécaniques et que le mortier utilisé est identique sur tout le mur. Il
est hétérogène lorsque les pierres ont des caractéristiques différentes les unes des autres.
Photo 3.6. Murs illustrant leur homogénéité.
Village Djebla, Bejaia. (Source : auteur)
101
102
Photo 3.7 : Mur illustrant son hétérogénéité
Tagmount Azouz, Tizi-Ouzou. (Source : auteur).
Jean et Laurent Coignet. Maçonnerie de pierre. Op. Cite. P. 46.
Ibid. P. 40.
44
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
I.2.2.3. Les différentes techniques de mise en œuvre des murs en
maçonneries de pierres sèches et hourdées au mortier
Les pierres sont posées par assises successives horizontales formant ainsi les deux faces du
mur, elles sont soit hourdées entre elles par un mortier, soit posées l’une au dessus de l’autre.
Photos 3.8 : Coupes transversales illustrant le positionnement des pierres.
A gauche et au milieu : village Djebla, Béjaïa. A droite : village Ighil-Ali la Qallaa
d'Aït Abbas, Bejaia. (Source : auteur).
I.2.2.3.1. Types de moellons
Valable pour les constructions en pierre sèche ou en pierre hourdées au mortier, les murs
se caractérisent par des maçonneries de moellons. Ce sont des pierres de petites tailles, de
formes et de dimensions différentes. Les types103 de moellons rencontrés sur le terrain sont les
moellons ébauchés et équarris.
a) Les moellons équarris : ce sont les moellons
dont les angles ont été taillés sous forme de
parallélépipède ou carré104, mais cette taille ne
donne pas une forme aussi nette que celle des
pierres de taille105. Cette forme donne des
assises plus ou moins régulières.
Photo 3.9 : Image illustrant les
formes du moellon. Village Djebla,
Bejaia (Source : auteur).
103
Les types de moellons sont ceux recensés uniquement dans les villages visités.
Guide FABEM 6.1. Réparation et renforcement des maçonneries. Généralité et préparation des travaux. Une
édition du syndicat national des entrepreneurs spécialistes de travaux de réparation et renforcement des
structures (STRRES)/mais 2011. P. 23.
105
Jean et Laurent Coignet. Maçonnerie de pierre. Op. Cite. P. 23.
104
45
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
b) Les moellons ébauchés : ce sont des pierres grossièrement travaillées n’ayant
pas de forme géométrique particulière ni d’angles bien droits, elles forment des
murs à assises de dimensions irrégulières, l’emploi de mortier en quantité plus
importante dans leur assemblage est nécessaire106. En effet, pour assurer une
bonne cohésion entre les éléments de pierre et permettre ainsi de mieux répartir
les charges107, un mortier en terre crue est souvent utilisé sous forme de joints.
Il permet de construire des murs même si les pierres ne sont pas parfaitement
équarries, contrairement aux murs de pierres sèches qui nécessitent l’utilisation
de pierres plus ou moins taillées. Moins le volume du mortier est important
meilleure sera la qualité du mur, il est nécessaire d’humidifier la partie de la
pierre qui sera en contact avec le mortier afin que l’eau de ce dernier ne soit pas
absorbée par la pierre, surtout si elle est poreuse108.Lorsque le mortier n’est pas
utilisé, des petites pierres et tuiles cassées font office de calage des grands
moellons.
Photo 3.10 : Photo illustrant les
formes irrégulières des pierres.
Village Derna, Ath Yenni, TiziOuzou. (Source : auteur).
Photos 3.11 : Moellons ébauchés avec calage, réalisé au moyen de
petits cailloux ou bien de tuiles cassées. A gauche : Village Aït El
Kaid, Tizi Ouzou. A droite. village Ighil-Ali la Qallaa d'Aït Abbas,
Bejaia (Source : auteur).
I.2.2.3.2. Les différents appareils en pierre sèche et en pierre hourdées
L'appareil d'un mur de maçonnerie est la façon dont ses éléments sont assemblés ; lors de
nos visites sur sites, nous avons recensé plusieurs types d’appareil : irrégulier, assisé et à
assises régulières.
106
Jean et Laurent Coignet. Maçonnerie de pierre. Op. Cite. Pp. 43-44.
Yves-Marie Froidevaux. Technique de l’architecture ancienne. Construction et restauration. Mardaga. P. 39.
108
Document technique réglementaire. DTR. E 2.4. Travaux de maçonnerie de petits éléments. P. 29.
107
46
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
a) Appareil irrégulier : également appelé « opus incertum » ; il est constitué de
moellons de formes et de dimensions irrégulières, un enduit est nécessaire pour
assurer son imperméabilité109.
Photo 3.12 : Maison à Tagmount Azouz,
Tizi-Ouzou. Source : auteur.
Photo 3.13 : Maison au Village Derna,
Ath yenni, Tizi-Ouzou. Source : auteur
Photos 3.12 et 3.13. Appareil irrégulier : Les murs sont constitués de pierres de
dimensions et de formes différentes et disposées d’une manière irrégulière.
b) Appareil à assises régulières : Disposées de façon à avoir des assises régulières,
les pierres sont presque taillées à la même hauteur avec des longueurs
différentes110. La pose de celles-ci
permet de réduire la quantité de
mortier, cependant, si la jonction est
assurée,
le
mortier
n’est
pas
nécessaire. La qualité du mur
dépend donc de la composition des
pierres, de leurs formes ainsi que de
la
manière
dont
elles
sont
Photo 3.14 : Assises régulières. Village
Imaghdacen, Bejaia. (Source : auteur).
assemblées.
c) Appareil assisé : Les pierres, de grosseurs variables, sont ébauchées ou
équarries, et posées d'aplomb sans ordre particulier, l’épaisseur du mortier dans
ce cas n’est pas très importante111.
109
Jean-Pierre Adam. La construction Romaine. Editions A et J Picard. 2005. P. 139.
F. Varin. « Les patrons de la maçonnerie ». Continuité, n°23, 1984 p.29-32. http://id.erudit.org/18757ac P. 31.
111
Ibid. P. 31.
110
47
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
Photos 3.15 : Les pierres sont disposées de façon à
avoir des assises. village Djebla, Bejaia.
(Source : auteur).
La plupart des murs ont une grande largeur, c’est pourquoi on rencontre souvent des
pierres en boutisse (photos 3.16) ; lorsque celles-ci n’existent pas, le mur est formé d’une
simple juxtaposition de pierres pouvant parois engendrer sur ce mur des désordres (photos
3.17 et 3.18).
Photo 3.16 : Boutisse parpaigne.
Ighil-Ali la Qallaa d'Aït Abbas,
Bejaia. (Source : auteur).
Photo 3.17 : Mur constitué de
deux parements non liés. Village
djebla, Béjaïa. (Source : auteur.)
Photo 3.18 : Deux parements avec
un remplissage de petites pierres.
Djebla, Béjaia. (Source : auteur.)
48
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
L’emplacement et le sens de pose des pierres (carreaux, boutisses, parpaings ou boutisses
parpaings) dans le mur ont des fonctions bien spécifiques112
113
Parpaing
.

Boutisse
Les carreaux ou panneresse : ce sont les pierres
dont la plus grande face forme le parement du mur.

Les boutisses : ce sont celles où la petite face
apparait sur le mur, l’autre face étant noyée.

Panneresse
Les parpaings : ce sont des pierres qui traversent
complètement le mur, les deux faces de celles-ci
forment leurs parements et assurent leur rigidité.
Photo3.19 : Différents types de
pose de pierres. village Djebla,
Bejaia. (Source : auteur).
I.2.2.4. Rigidification des murs
a) Chaine d’angle : C’est la rencontre de deux murs de façades (pignons et
gouttereaux, figure 3.1114) créant ainsi un angle comportant une arête plus ou moins
vive. Cet angle vertical est formé de pierres superposées en assises et disposées de
façon à avoir « les éléments en panneresse dans un pan, et en boutisse dans l’autre ».
Dans certains cas, les pierres des chaines sont d’une résistance supérieure aux pierres
utilisées pour les façades (photo 3.20), et dans d’autres cas, les angles des façades font
la continuité du mur ; aucune différence n’est enregistrée en termes de gabarit et de
nature de la pierre (photo 3.21).
Photo 3.20 : Forme et taille des
Figure 3.1 : Chaine d’angle
pierres d’angle différentes de celles du
courant du mur. Village d’Azefoune,
112
Tizi-Ouzou.
Jean Coignet.
(Source
Op. Cite.
: auteur).
P. 29.
113
Hugo Houben et Hubert Guillaud. Op. Cite.
114
Christian Lassure. Op. Cite. P.54.
Photo 3.21 : Forme et taille des
pierres d’angle identiques à celles du
courant du mur. Village Mazekwane,
Bejaia. (Source : auteur).
49
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
Sur terrain, nous avons souvent retrouvé un traitement d’angle différent des traitements
conventionnels. Ces angles étaient traités de manière à obtenir une coupure à 45° dans la
longueur
de
l’angle,
celle-ci
commençant à environ 50 cm du sol
pour atteindre approximativement la
hauteur d’un homme. Un villageois
rencontré sur les lieux nous a confirmé
que
ce
permettre
geste
aux
était
réalisé
pour
transporteurs
de
l’époque, notamment les ânes, d’éviter
la rencontre d’angles trop importants.
La plupart du temps, cette coupure
d’angle était nécessaire au niveau des
Photos 3.22 : Angles tronqués des maisons Village Chikh
Aheddad, Seddouk, Bejaia. (Source: auteur).
maisons situées dans des tournants.
b) Liaison entre mur de façade et mur de refend
On constate que la jonction entre le mur de refend et le mur de façade ne se faisait pas
automatiquement ; le premier s’adossant sur le deuxième. Mais, ce constat n’a pu se faire que
dans certaines constructions ; dans d’autres, la lecture n’a pas été possible du fait que les
constructions étaient soit couvertes, soit carrément en ruines.
Il existe également des séparations intérieures dont la structure est plus légère ; elles sont
non porteuses, réalisées avec des roseaux, et sont situées entre takaat et taaricht.
Roseau vertical.
Ossature en roseaux.
Enduit fait d’argile
et de paille.
Photo 3.23 : Jonction entre mur de refend
et mur de façade. (Source : auteur).
Photo 3.24 : Détail de la cloison. (village Taguemount Azouz,
Tizi-Ouzou Source : auteur).
50
Troisième Chapitre
II.
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
TYPOLOGIE ARCHITECTURALE DE TERRE (PISE)
II.1. Historique du matériau terre crue
Depuis plusieurs millions d’années, l’homme utilisait la terre comme matériau pour
construire son abri115. Plus de 15% des œuvres architecturales du patrimoine mondial de
l’UNESCO ont été construites en terre crue116. Cependant, ce matériau est en déperdition au
profit de matériaux modernes malgré les avantages en termes écologique et économique qu’il
présente. En effet, le cycle de vie d’une maison en pisé est très respectueux de
l’environnement : de l’extraction des matériaux de base jusqu’à la démolition de l’édifice117
(figure 3.2)118. Dans notre pays, cette technique constructive existe le plus souvent dans le
Sud où des ksour en terre sont bâtis. Nous la retrouvons également dans la région de Kabylie,
sous forme de pisé, mais dans une proportion moins importante.
Figure 3.2 : Le pisé, de l’extraction de la terre a sa mise en œuvre.
II.2. Structures verticales en pisé
II.2.1. Fondations et soubassements des murs en pisé
Comme les murs en pierres, ceux en pisé sont dotés de fondations de même type. Les
travaux commencent par la création d’une fouille de 50 cm environ de profondeur délimitant
la maison. Au delà de cette hauteur, un mur pouvant atteindre un mètre de haut sera érigé,
comme soubassement et assurera la double protection du mur en pisé face aux remontées
d’eau provenant du sol et aux rejets d’eau de pluie. Nous avons constaté que ce soubassement
en pierres n’existe que dans certaines maisons.
115
Bruno Pignal. Terre crue. Techniques de construction et de restauration. Edition Eyrolles, 2005. P. 09.
Laetitia Fontaine. Romain Anger. Bâtir en terre Du grain de sable à l’architecture. Op. Cite. P. 14.
117
Sébastien Moriset et Arnaud Misse. Rénover et construire en pisé dans le parc naturel régional LivradoisForez. CRAterre-Ensag. Juillet 2011.
118
Laetitia Fontaine. Romain Anger. Bâtir en terre Du grain de sable à l’architecture. Op. Cite.
116
51
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
Photo 3.25 : Mur en pisé sans soubassement.
Village Maatkas, Tizi-Ouzou. (Source : auteur)
II.2.1.1.
Photo 3.26 : Mur en pisé avec soubassement.
Village Seddouk, Bejaia. (Source : auteur)
Les murs porteurs en pisé : les techniques de mise en œuvre
Les murs de pisé sont construits à l’aide d’un coffrage constitué de deux planches formant
les parois, celles-ci sont superposées dans le sens de la longueur et placées les unes en face
des autres à une distance égale à environ 60 cm, ce qui représente la longueur de l’avant bras
ighil. Une fois ces planches de bois posées, elles sont soutenues par d’autres, disposées cette
fois-ci verticalement pour jouer le
rôle de cales ou d’étais et assurer
ainsi une meilleure résistance lors
de l’opération du compactage de la
terre. Ces planches sont jointes
entre
elles
par
des
poutres
transversales (métalliques ou en
bois) situées sur la base et le
sommet du coffrage, traversant
ainsi le mur en laissant des trous
apparents de l’extérieur. Une fois
ce coffrage en place, le travail du
piseur peut commencer. La terre
est tamisée afin de la débarrasser
des grosses pierres : la finesse des
granulats augmente la surface de
contact entre ceux-ci et permet de
mieux combler les vides
119
119
Figure 3.3 : Figure illustrant le damage de la terre.
(Source : Jean-Pierre Adam. P. 63.)
. Après
Laetitia Fontaine et Romain Anger. Bâtir en terre Du grain de sable à l’architecture. Op. Cite. P. 118.
52
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
l’opération de tamisage, la terre peut être versée dans le coffrage et tassée pour diminuer la
présence de vides120. Cette réduction des vides est possible grâce au fait que la terre a une
granulométrie variable, les petites particules s’incrustant entre les plus grandes, phénomène
qui ne peut avoir lieu lorsque le matériau est de granulométrie uniforme121. Ce tassement de la
terre se fait à l’aide d’un pisoir appelée « dazdaz » ou « debouz » ; le terme variant d’une
région à une autre. Une fois la terre compactée, le coffrage peut être retiré immédiatement
pour réaliser d’autres banchées.
II.2.1.2. Types de murs en pisé
Les murs en pisé sont parfois constitués de joints réalisés avec des lits de pierres entre les
banchées (photos 3.28), mais dans certains murs ces joints n’existent pas, ils sont réalisés
avec le seul matériau terre (pisé monolithique) (photo 3.27).
Photo 3.27 : Mur exclusivement en terre.
Village Seddouk, Bejaia. (Source : auteur).
Photo 3.28 : Ces deux murs ne sont pas totalement en terre ou en pierre. Il existe une alternance
entre les deux matériaux. Cette alternance forme des séparations presque égales entre la strate de
pierres et la strate de terre. Village Ath Yenni, Tizi-Ouzou (Source : auteur).
Photos 3.27 et 3.28 : Les différents types de murs en pisé
120
Romain Anger. Laetitia Fontaine. Grains de bâtisseurs. La matière en grains, de la géologie à l’architecture.
Editions CRA Terre. 2005. P. 12.
121
René Vittone. Bâtir. Manuel de la construction. Lausanne : presse polytechnique et universitaire normande,
cop. 2010.
53
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
Dans d’autres pays, les joints qui séparent les banchées entre-elles sont réalisés à partir de
cordons d’argile, ils sont horizontaux pour les banchées superposées et verticaux ou obliques
pour les banchées adjacentes (figure 3.4)122.
Joints horizontaux et obliques.
Joints horizontaux et verticaux.
Figure 3.4 : Dessin montrant les différents sens des joints dans la construction en pisé.
Lors du décoffrage, nous constatons des trous dans les murs, ce sont les réservations faites
par les poutres dans le but de relier les
Traces laissées par les
planches lors du décoffrage
coffrages du mur en pisé, ils révèlent
ainsi la technique qui a été mise en
œuvre pour la réalisation des murs.
Pour éviter les fissures « coup de
Laçonniers
sabre », il est nécessaire que les
« laçonniers » ne fassent pas une ligne
droite (successions verticales de trous,
figure 3.5)
123
; en revanche, lorsqu’ils
Photo 3.29 : Murs en pisé. Village Maatkas, Tizi-Ouzou.
(Source : auteur).
sont placés en quinconce, les fissures pourront être réduites mais non éliminées.
Figure 3.5 : Illustration montrant
l’emplacement des laçonniers dans un mur
en pisé.
Photo 3.30 : L’emplacement des laçonniers est très
important dans le mur en pisé. Nous constatons,
dans ce mur, que les trous ne sont pas tous alignés.
Village Maatkas, Tizi-Ouzou. (Source : auteur).
122
J. Jeannet, B. Pignal, G. Pollet et P. Scarato. Le pisé patrimoine, restauration, technique d’avenir. Edition
CREER. P. 115.
123 P. Doat, A. Hays, H. Hoube, S. Matuk et F. Vitoux. Op. Cite. P. 22
54
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
II.2.1.3. Rigidification des angles des murs en pisé
La présence de chaînes au niveau des angles, dans les constructions en général et en pisé
en particulier, est primordiale car elles assurent une stabilité sous l’effet de sollicitations
dynamiques tels que le séisme. La liaison des deux murs de façades dans les constructions
kabyles en pisé ne sont pas traités, ce qui provoque souvent une séparation entre les deux
murs. Lorsque cette liaison existe, elle est noyée dans les deux murs, et se fait le plus souvent
avec des troncs d’arbres.
Parfois la liaison est réalisée de
l’intérieur avec des tiges de bois
de façon à relier les deux parois.
Image illustrant le manque de
liaison entre les deux murs de
façades.
Cette image nous montre
comment
deux
maisons
adjacentes se relient avec des
attaches en bois.
Photos 3.31 : Images illustrant les chaines d’angles
A gauche : village Taourirt Mimoun, Ath Yenni, Tizi-Ouzou. Au centre et à droite : village
Maatkas, Tizi-Ouzou. (Source : auteur).
III. Structures horizontales dans la construction en pierre et en pisé
III.1.
Les planchers à structure en bois
Dans les villages visités, nous avons observé la forme et les composants des différents
planchers rencontrés, ils présentent tous une forme rectangulaire, leur structure en bois est
composée de solives, de branchages et de poutres. Epais, ces planchers sont organisés en trois
couches : l’ossature en bois, l’hourdis et le revêtement (la finition)124 (photo 3.32 et figure
3.6).
124
G. Nourissier, J. Reguant, X. Casanovas & al. Op. Cite. P. 82 et 84.
55
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
Terre
Solive
Branchages
Lambourde
Photo 3.32 : Composants d’un plancher.
Maatkas, Tizi-Ouzou. (Source : auteur).
Figure 3.6 : Différentes strates existant sur les planchers.
(Source : Kaci Mebarek. Op. Cite. P. 100).
Jean et Laurent Coignet125 ont scindé les types de planchers en deux catégories suivant
l’empilage des pièces (solives et poutres) : les planchers à travure simple et à travure
composée. Le premier est composé uniquement de solives, le second de solives et de poutres
qui retiennent ces dernières. Au dessus de ces ossatures porteuses, vient s’ajouter ce que l’on
peut considérer comme un hourdis composé d’un coffrage perdu et d’une chape de
remplissage. Le coffrage perdu est constitué d’une paillasse en roseaux ou toutes autres sortes
de branchages fins qui supportera le poids d’une chape de remplissage en terre et de petites
pierres recouvertes d’une pâte faite à la fois de terre, de paille et de bouse de vache appliquée
à la main et lissée à l’aide d’une pierre lisse.
Poutre
.
Solives.
Photo 3.33 : Le plancher à travure simple.
Village Ighil Ali, Béjaïa. (Source : auteur).
Solives.
Photo 3.34 : Le plancher à travure composée.
Village Boudjlil, Béjaïa. (Source : auteur).
III.1.1. Types d’appuis des solives
Nous avons recensé deux types d’appui, l’appui direct et l’appui sur lambourdes.
125
Jean et Laurent Coignet. Maison ancienne, construction, diagnostic, interventions. Edition Eyrolles, 2006.
56
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
1. Appuis direct : Comme le montrent les photos 3.35, les solives sont
directement posées sur le mur en pierre et elles sont presque équidistantes les
unes des autres. Elles reportent leurs charges directement sur les murs porteurs.
Photos 3.35 : Appui direct des solives sur le mur.
A gauche : village Boudjlil, Béjaïa. A droite : village Ighil Ali, Béjaïa. (Source : auteur)
2. Appuis sur lambourdes : Les solives reposent sur des lambourdes qui sont soit
fixées sur les murs soit posées sur des corbeaux en bois encastrés dans le mur.
Planches de bois.
Lambourdes
Photos 3.36 : Sous-plancher avec des appuis sur lambourdes. Village Djebla, Bejaia. ( Source : auteur).
Solive
Lambourde
Corbeau en bois
Photo 3.37 : Sous-plancher des appuis sur lambourdes fixées
sur des corbeaux en bois. Village Maatkas, Tizi-Ouzou.
(Source : auteur).
57
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
IIL2. Les toitures
Deux types de couvertures sont recensés dans les villages kabyles, celles avec tuiles en
terre cuite et celles avec terrasses en terre crue.
1. Toitures en tuiles : Plus souvent, les toitures en tuiles sont à deux versants, mais
il en existe également à un seul. Nous retrouvons des tuiles anciennes dites
elkarmoudh elakvayel et des tuiles dites elkarmoudh francise ou bien elkarmoudh
legliz126.
elkarmoudh francise
elkarmoudh elakvayel
Photo 3.38 : Toiture à un seul versant.
Village Djebla, Bejaia. (Source : auteur).
Photo 3.39 : Coexistence de deux types de tuiles
dans un même village. Village Imaghdacen,
Bejaia. (Source : auteur)
Les tuiles-canal ou tuiles rondes sont apparues en Algérie au Moyen Age127. Dans les
maisons kabyles en pierres ou en pisé, elles étaient fabriquées de manière artisanale, avec de
la terre à laquelle étaient ajoutées de l’eau et de la paille hachée 128. Puis, cette argile était
posée sur un moule de forme trapézoïdale, aplanie et posée sur un autre moule en bois
d’olivier en forme de demi-tronc de cône, donnant ainsi une forme concave à la tuile. Elles
étaient ensuite séchées au soleil pendant deux à trois mois, puis cuites au four pendant une
journée. Ces tuiles, assez régulières, ont une largeur moyenne de 15 cm et une longueur
moyenne de 45 cm. Leur fabrication pouvait aussi se faire de manière industrielle dans des
tuileries lorsque celles-ci existaient dans le village.
126
R. Basagana et A. Sayad. Op. Cite. P. 25.
Fiche technique. D4 couverture de tuiles rondes. Algérie. Architecture traditionnelle méditerranéenne.
Corpus. Euromed héritage. P. 06.
128
Fiche technique. D4 couverture de tuiles rondes. Algérie. Op. Cite. P. 05.
127
58
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
Les toitures sont couvertes de deux couches
inversées de tuiles (courant, couvert) posées sur
un mortier en terre avant que celui-ci ne
sèche129. En effet, ces tuiles sont disposées de
façon à avoir d’une part l’extrados du galbe des
tuiles-courant plaqué vers le bas afin de
permettre l’écoulement des eaux de pluies, et
d’autre part, l’extrados des tuiles de couvert est
Photo 3.40 : Tuile
de courant en terre
Photo 3.41 : Tuile
de couvert en terre
disposé au dessus pour assurer un recouvrement
étanche130. Nous constatons que la tuile du dessus recouvre un tiers de la longueur de la tuile
inférieure.
Dessin montrant la façon dont les
constructeurs mettent en place les tuiles.
Détail de pose de tuiles de courant et de
tuiles de couverts.
Figure 3.7 : La pose des tuiles. (Source : Architecture traditionnelle méditerranéenne.)
A partir de l’époque coloniale, les tuiles rondes ont été
remplacées
par
des
tuiles
mécaniques
(originaires
de
Marseille)131 d’où leur appellation kabyle, karmudh francis. La
plupart du temps, le nom du fabricant est inscrit sur la tuile ; elles
ont la particularité d’être posées directement sur les lattis ou les
chevrons lorsque ces derniers sont très rapprochés132.
Photo 3.42 : Tuile
mécanique en terre.
129
René Maunier. Op. Cite P. 51.
Fiche technique. D4 couverture de tuiles rondes. Algérie. Op. Cite. P. 02.
131
René Maunier. Op. Cite. P. 36. (« Marseille était le foyer principal de production et d’exportation massive
dans le bassin méditerranéen ». G. Nourissier, J. Reguant, X. Casanovas & al. Op. Cite. P. 93.)
132
G. Nourissier, J. Reguant, X. Casanovas & al. Op. Cite. P. 92.
130
59
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
2. Toitures en terre
Les toitures en terre sont constituées de plusieurs couches (figure 3.8) et sont légèrement
en pente133 afin de faciliter l’écoulement des eaux pluviales, celles-ci faisaient office de
terrasses-jardins. On constate donc que nos ancêtres construisaient déjà en harmonie avec la
nature et étaient les avant-gardistes de l’architecture bioclimatique.
Dans certaines constructions, notamment celles situées dans le village d’Ait El Kaid, les
branchages utilisés pour les toitures sont recouverts d’un mélange de terre et d’eau appelé
tixmirt, au dessus duquel
des petits cailloux anjar
buzru sont disposés puis
2eme couche de terre
recouverts d’une terre
sèche
étalée
nivelée.
Une
et
Couche de petits
bien
autre
1
ere
cailloux
couche de terre
couche de terre plus fine
Roseaux (Aghanim)
que la précédente finit la
mise en place de la
toiture, le tout est damé à
Chevrons (Timiway)
l’aide d’un battoir à
main, pour resserrer les
fissures ; une révision
permanente
Figure 3.8 : Détail des éléments composant la couverture en terre.
est
Photo 3.43 : Toiture en terre colonisée par la
végétation. Village Boudjlil, Bejaia. (Source : auteur).
(Source : auteur).
Photo 3.44 : Sortie de cheminée dans les maisons kabyles.
Village Aït-El-Kaid, Tizi-ouzou. (Source : auteur).
Photos 3.43 et 3.44 : Toiture en terre des villages kabyles.
133
René Maunier. Op. Cite. P. 50.
60
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
indispensable. Cette couverture est toujours arrosée pour éviter que le vent ne transporte les
particules de terre légères. Des pierres sont disposées sur le contour de la toiture pour la
protéger des vents et éviter l’érosion de la terre134.
III.2.1. Typologie des fermes de toiture
Il existe différents types de fermes en Kabylie, elles sont toutes en matériau bois. Les
poutres et les chevrons utilisés sont pour la plupart non équarris et de section ronde.
Photo 3.47 : Le bois est
Photo 3.45 :Le bois est utilisé
Photo 3.46 : Vue sur les trois piliers qui
travaillé pour recevoir la
naturellement pour recevoir
séparent taaricht et takaat. Village Tagmountpoutre. Village Boudjlil,
la poutre. Village Djebla,
Azouz, Tizi-Ouzou. (Source : auteur).
Bejaia. Source : auteur)
Bejaia. (Source : auteur).
Photos 3.45, 3.46 et 3.47 : Photos illustrant le système poteaux-poutres des constructions kabyles.
En général, la charpente repose sur trois135 poutres, une centrale Assalas Alemmas et deux
latérales Isulas Iterfiyen positionnées dans le sens de la longueur, elles-mêmes portent les
chevrons qui vont de la poutre faitière jusqu’au mur. Les poutres, quant à elles, sont soutenues
parfois par des piliers136 qui font objet de séparation entre takaat et taaricht et d’autres fois,
par une ferme triangulaire, ce procédé a fait son apparition sous l’influence des Européens137.
Ces fermes triangulaires ont l’avantage de dégager l’espace de circulation au sol ; elles sont
réalisées en éléments de bois assemblés par embrèvements, reprenant les éléments suivants :
- l’entrait, c’est une poutre reliant les deux murs gouttereaux, ses dimensions sont plus
importantes que celles des autres pièces de la ferme ;
- le poinçon, c’est la pièce de bois située au milieu de l’entrait, il supporte la charge de la
panne faitière et des arbalétriers ;
134
Fiche technique. D1. Algérie : couverture en terre. Architecture traditionnelle méditerranéenne. Op. Cite.
Lorsque la largeur de la maison est importante nous retrouvons cinq poutres au lieu de trois.
136
Parfois les piliers en bois, recevant les poutres sont utilisés de manière originelle, ils comportent une fourche
à leur sommet.
137
René Maunier. Op. Cite. P. 48
135
61
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
- les arbalétriers sont les pièces en bois qui relient la poutre faitière aux murs des façades
formant ainsi les deux versants de la toiture ; ils retiennent les pannes intermédiaires ;
- les pannes sont les éléments en bois qui relient des murs pignons entre eux. Il en existe
trois types : les pannes faîtières, les sablières, les intermédiaires.
1
2
4
1
5
5
2
Photo 3.48 Village Aït El Kaid, Tizi-Ouzou
3
4
Photo 3.49: village Imaghdacen, Bejaia.
1 : pannes faitieres (assalas Alemass); 2 : pannes intermédiaires (Assalas Iterfiyen) ;
3 : les arbaltieres ; 4 : l’entrait ; 5 : le poinçon
Photos 3.48 et 3.49 : Images montrant les éléments en bois composant la charpente de
la maison kabyle. (Source : auteur).
Photo 3.50 : images montrant les éléments en bois composant la charpente d’une tajmaat. Village Aït
Saada, Béni-Yénni, Tizi-Ouzou. (Source : auteur.)
Lorsque la toiture est à un seul versant, elle repose sur
des pannes qui s’appuient sur les deux murs porteurs,
sur ces pannes viennent se poser les chevrons ainsi que
le reste de la couverture. Cette typologie de toiture est
adoptée lorsque la portée n’est pas importante, comme
nous le montre la photo 3.51 dans le village d’Ighil Ali.
Photo 3.51 : Vue sur une ferme de toiture à
un seul versant. Village Ighil-Ali la Qallaa
d'Aït Abbas, Bejaia. (Source : auteur.)
62
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
III.2.2. Les sous-toitures
La couverture de la maison kabyle qu’elle soit en terre ou en tuile repose sur les différentes
fermes décrites plus haut. Au dessus de celles-ci, il existe plusieurs couches intermédiaires
composées de matériaux naturels extraits de l’environnement immédiat : la nature de ceux-ci
étant variables selon le village.
Terre
Tiges attachées entres
elles avec un fil de fer.
Branches soutenant les tiges et
la terre ainsi que les tuiles.
Photo 3.52 : Détail sur les différentes couches de la couverture
en tuiles. Village Maatkas, Tizi-Ouzou. (Source : auteur).
Lors des visites, on a observé sur les chevrons différentes sortes de couches intermédiaires
faites soit d’un lit de branchages, soit de roseaux (aghanim) attachés les uns aux autres à
l’aide de cordelettes de diss, soit encore de tiges de plantes (adheless) tissées de manière à
obtenir un « tapis » (Aguerthil ). Chaque couche est recouverte de tuiles ou de terre et
constitue le chapeau de la construction.
Il existe également un autre type de sous-toiture qui est le platelage placé directement sur
les poutres : ce sont des planches où les tuiles sont posées sur un mortier de terre. Avec le
Photo 3.53 : Charpente faite à partir
de branchages et de chevrons.
(Village Djebla, Bejaïa).
Photo 3.54 : Charpente faite à
partir de roseaux (aghanim) et de
chevrons (Timiway). (Village Aït
Daoud, Béni-Yénni, Tizi-Ouzou)
Photo 3.55 : « Aguerthil » fait à
partir de « adheless » qui est une
plante. (village Mazekwane,
Bejaia).
Photos 3.53, 3.54 et 3.55 : Images illustrant les sous-toitures des maisons kabyles. (Source : auteur).
63
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
temps, les toitures des maisons kabyles ont subi des modifications ; on retrouve notamment
des structures plus légères composées de lattes situées au-dessus des chevrons à des distances
régulières où l’on pose directement les tuiles mécaniques.
Photo 3.56 : Les tuiles sont posées directement sur
des lattes. Village Djebla, Béjaia. (Source : auteur).
Photo 3.57 : Les tuiles sont posées sur un platelage.
Village Imaghdacen, Bejaia. (Source : auteur)
III.2.3. Types d’appui de la toiture sur les murs
La liaison entre la toiture et les murs se fait par le prolongement de la couverture
qui repose sur des murs en pierres ou en pisé en débordant sur ces derniers soit
légèrement, soit de manière plus importante : ce débordement apporte au mur une
protection contre les eaux de ruissellements. L’appui de la toiture sur le mur peut se
faire sur une génoise formée d’une rangée de tuiles-canal posées dans le sens des
« tuiles de couvert » (dos vers le haut), ou sur un ressaut en pierre plates ou encore sur
La toiture déborde sur le mur et elle est
La toiture est posée
supportée par des madriers posés à 45°.
directement sur le mur.
Photos 3.58 : Types d’appuis entre la toiture et les murs en pisé.
Village Maatkas, Tizi-Ouzou. (Source : auteur).
64
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
des chevrons dépassant de la charpente. Ce débordement lorsqu’il est important
protège les murs des pluies.
La toiture repose sur une génoise.
A gauche : Village Ighil-Ali la Qallaa d'Aït Abbas, Bejaia.
A droite : Village Thala N’tazerth, Tizi-Ouzou.
La couverture s’appuie sur les chevrons.
Village Boudjlil, Bejaia
La toiture repose sur une corniche de rangées de briques en terre.
A gauche : Thala N’thazert, Tizi-Ouzou. A droite : Semaoune, Béjaia.
Sur ces photographies, que ce soit des couvertures en tuiles ou en terre, les toitures sont directement posées sur
des pierres plates. A gauche : Village Aït Daoud, Béni-Yénni, Tizi-Ouzou. A droite : Village Boudjlil, Béjaia.
Photos 3.59 : Type d’appui de la toiture sur les murs en pierres (Source : auteur).
IV.Les enduits dans les constructions kabyles
Il existe différent types d’enduits qui différent d’une région à une autre. Lors de nos
visites, on a recensé des enduits à base de terre mélangée à de l’eau et à de la paille 138, mais
aussi de la terre mélangée à de l’eau et à de la bouse de vache. Nous avons constaté que la
138
Cette paille permet d’éviter les fissurations (Source : Laetitia Fontaine et Romain Anger. Op. Cite. P. 91.)
65
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
prise en charge de la décoration intérieure était meilleure que celle des façades. On y trouve
des couleurs et des motifs géométriques : le mur constitue une véritable toile vierge où la
femme kabyle peut s’exprimer.
IV.1. Mise en œuvre
La plupart des constructions kabyles réalisées en pierres ne sont pas enduites à l’extérieur,
elles offrent de belles façades, notamment dans l’harmonie des différentes couleurs de pierres
et dans leurs jonctions. Les enduits (village d’Ait El Kaid) sont composés d’argile, de paille,
de bouse de vache et d’eau. Ce mélange doit reposer pendant une journée afin que la paille
puisse s’imbiber d’eau, il est ensuite appliqué sur la surface murale. Une fois sec, on étale un
autre enduit plus léger que le précédent ; il est composé d’argile blanche et d’eau, auxquelles
on ajoute une petite quantité de bouse de vache139. Un dernier enduit composé de plâtre,
d’argile blanche et d’eau est appliqué sur la partie haute des murs, les ikkufan, sur les piliers
ainsi que sur les banquettes ; il est étalé une première fois à l’aide d’une pierre rugueuse, et
une seconde fois à l’aide d’une pierre lisse, opération permettant le polissage des parois 140.
Photos 3.60 : murs extérieurs en pierre enduits
A gauche : Village Ighil-Ali la Qallaa d'Aït Abbas, Béjaia. A droite : village Boudjlil, Béjaïa (Source : auteur)
La technique d’application de l’enduit est presque similaire pour les constructions en pisé ;
par exemple, dans le village de Maatkas, les villageois l’appliquent directement à la main.
Puis ils le laissent sécher pendant une journée. Ensuite, ils procèdent au lissage de la paroi
murale avec azemzi, sorte de pierre très lisse. L’opération s’achève avec un enduit composé
de terre rouge, amerighi. auquel sont ajoutées de l’huile et de l’eau, il s’applique à l’aide d’un
139
Certaines informations recensées s’appuient sur les connaissances des usagers constructeurs de l’habitat
traditionnel.
140
Ouahiba. Aliane. Op. Cite. P. 32.
66
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
morceau de tissu tavahnoukth141.A la fin de ces opérations, ceux-ci sont lissés à l’aide d’un
galet lisse.
Ces enduits traditionnels ont l’avantage de maintenir une bonne respiration des murs en
facilitant les échanges hygrométriques entre l’intérieur et l’extérieur ; on y ajoute parfois des
fibres végétales (paille) ou animales lorsque le support est hétérogène142. La paille, présente
l’avantage d’être économique, durable et biodégradable. Mélangée à de la terre, elle constitue
un enduit d’une très bonne isolation phonique. En effet, c’est elle qui permet d’augmenter la
masse volumique donnant au matériau une plus grande légèreté 143.
Les enduits en terre crue sont faciles à travailler, vu la souplesse et la lenteur de
durcissement du matériau, ils améliorent l’esthétique et l’apparence du mur (couleur, forme)
en dissimulant ses défauts.
Photo 3.61 : Différentes couches d’enduits
appliquées sur les murs tout au long de l’existence de
la maison. Village El ghaba, Semaoune, Béjaia.
(Source : auteur)
Photo 3.62 : Enduit de chaux additionné à du
plâtre, appliqué sur les parois intérieures des
maisons. (village Ighil-Ali la Qallaa d'Aït
Abbas, Bejaia. Source : auteur).
IV.2. Matériaux et matériels utilisés pour enduire les murs
Dans les constructions kabyles, on utilise un matériel traditionnel spécifique à ce
type de constructions (photos 3.63).
141
Propos recueillis auprès de Mme AMMARI Dahbia âgée de 75ans, habitante du village Cherkia , commune
de Maatkas.
142
Laetitia Fontaine et Romain Anger. Bâtir en terre Du grain de sable à l’architecture. Op. Cite. P. 91
143
Hugo Houben, Hubert Guillaud. Op. Cite. P. 90.
67
Troisième Chapitre
Pierre lisse.
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
Pierre rugueuse.
Tuchirt, pinceaux utilisés pour
décorer.
Argile blanche « tumlilt »
Eau + l’huile
Terre rouge.
Enduit fait de terre rouge.
Enduit argile blanche.
Enduit appliqué sur les parois intérieures des maisons
à Maatkas, Tizi-Ouzou.
Photos 3.63 : Matériaux et matériels utilisés pour enduire la maison kabyle en pisé. Village
Maatkas, Tizi-Ouzou. (Source : auteur).
Conclusion
Ce chapitre nous a permis d’aborder la construction en pierre et en pisé, il a été pour nous
l’occasion, d’étudier les différentes typologies structurelles du bâti traditionnel notamment les
murs et les planchers. En ce qui concerne les structures verticales, elles se présentent sous
forme de murs porteurs constitués de pierres sèches, de pierres hourdées au mortier de terre
crue et en pisé. Dans la construction en pierre, nous avons retenu, pour l’essentiel, la diversité
aspectuelle qu’offrent les murs dans les deux types de maçonnerie constituées de moellons
équarris ou ébauchés qui indique le type d’assemblage. Faisant partie de la gamme des
68
Troisième Chapitre
Typologies architecturales traditionnelles en Kabylie
systèmes constructifs monolithes, le pisé, quant à lui, a la particularité d’être constitué d’un
unique matériau de construction : la terre, qui est versée dans un coffrage puis damée. La
solidité des murs dépend de la confection des banchées ainsi que de la nature de la terre
utilisée.
Les structures horizontales regroupent les planchers et les toitures, elles sont réalisées en
structure de bois. Les planchers de type épais sont constitués généralement de trois couches.
Dans leur partie inférieure, se trouve l’ossature en bois, dans la partie intermédiaire il y a les
branchages et de la terre mélangée à de petits cailloux, et enfin on trouve la partie supérieure
correspondant au revêtement. Les toitures, quant à elles sont constituées de ferme en matériau
bois et sont soit en tuiles soit en terre.
En ce qui concerne les revêtements muraux, ceux-ci sont réalisés avec de la terre qui est,
soit mélangée à de la bouse de vache, soit à de la paille ; c’est un matériau souple qui s’adapte
parfaitement au type de construction kabyle. L’identification typologique des systèmes et des
modes constructifs faciliteront les opérations de réhabilitation.
69
QUATRIEME CHAPITRE
PATHOLOGIES ET REMEDES DE
L’ARCHITECTURE TRADITIONNELLE EN
KABYLIE
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
Introduction
Les différents matériaux constitutifs d’une construction subissent diverses dégradations
d’ordre physique, chimique, mécanique ou biologique au fil du temps. A cela s’ajoute l’action
de l’homme à travers un manque d’entretien et parfois des interventions inadaptées. Dans ce
chapitre, nous citerons les plus courantes : les conditions climatiques (effets du vent, de la
neige et de la pluie), l’action de l’humidité, l’action des végétaux (lichens, mousses,
plants…), le mouvement des sols, l’utilisation de produits inadéquats à la maçonnerie
traditionnelle. Très important pour les constructions traditionnelles, l’entretien doit être
régulier, s’il n’est pas assuré, des désordres affaibliront la stabilité de la structure. L’entretien
de la toiture en terre des maçonneries, des enduits (intérieurs et extérieurs), du matériau bois
(portes et fenêtres) permettent de prévenir certains maux.
Comme nous l’avons indiqué dans le premier chapitre, une bonne connaissance du bâti
nous permettra d’établir un bon diagnostic. Il s’agira dès lors de recenser toutes les
pathologies et les désordres afin d’organiser les interventions suivant le degré de dégradation.
Une fois l’origine des désordres détectée, nous pourrons procéder à la réhabilitation du bâti
suivant la méthode adaptée. Ce chapitre sera donc consacré d’une part à répertorier les
différents facteurs de dégradation des matériaux (pierre, terre cuite ou crue, bois…), d’autre
part à étudier les conséquences de ces facteurs sur la stabilité de la construction, et enfin, à
proposer un ensemble de remèdes en vue d’une opération de réhabilitation.
I. PATHOLOGIES
ET
DESORDRES
TRADITIONNELLES EN KABYLIE
DES
CONSTRUCTIONS
I.1. Pathologies sous l’action de l’eau
I.1.1. Différentes sources d’eau
Il existe différentes formes d’humidité dans le bâti, et, trouver leurs origines est en partie
régler le problème. Elle provient de l’extérieur mais également de l’intérieur d’une maison,
ses sources peuvent être occasionnelles ou constantes144. Cette humidité provoque des
désordres, en effet, lorsque celle-ci sature les pores des matériaux, leurs résistances
mécanique et thermique diminuent ; elle se manifeste par infiltrations directes, par
condensations et par remontées capillaires145.
144 Yves
145
Baret. Traiter l’humidité. Chantiers pratiques. Editions : Eyrolles. Février 2011. P. 36 à 47.
Christophe Robert et Hervé Thillard. Op. Cite. P. 84.
70
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
I.1.1.1. Infiltrations directes
Ce type d’infiltrations a pour origine l’eau de pluie : les ruissellements ; les rejaillissements
(figure 4.2)146, et les infiltrations des eaux de pluie par les joints (figure 4.1)147. La force
pluviale entraîne une pénétration de l’eau dans les enduits et peut même atteindre la
maçonnerie qu’elle soit en pierre ou en pisé ; les murs exposés aux vents forts sont plus
touchés. Ces dégradations sont encore plus visibles dans les zones maritimes où les pluies
sont chargées d’embruns et déposent les sels sur les maçonneries148.
Figure 4.1 : Action des
eaux de pluies sur les murs
Figure 4.2 : Rejaillissement des eaux de pluies sur le sol
I.1.1.2. Remontées capillaires
Elles se produisent lorsque les eaux provenant du sol remontent par capillarité dans les
fondations, atteignant ainsi les murs (figure 4.3)149, ce genre de phénomène est accentué si les
matériaux sont poreux. Il existe des matériaux à porosité ouverte et d’autres à porosité
fermée150 (figure 4.4)151.
Figure 4.3 : Humidité ascensionnelle : remontées capillaires.
Figure 4.4 : Formes de porosité
146
Yves baret. Op. Cite. P. 41.
Bruno Duquoc. Entretenir sa maison en 10 leçons. Eyrolles. 2007. Op. Cite. P. 43 – P. 19.
148
G. Duval. Restauration et réutilisation des monuments anciens. Mardaga. 1990.
149
Jean et Laurent Coigner. Maçonnerie de pierre. Op. Cite. P. 75.
150
B. Abraham, J-L. Salagnac, J. Fontan, D. Quenard, S. Gilliot, C. Pompéo. Transfert d’humidité à travers les
parois. Evaluer les risques de condensation. CSTB le futur en construction. 2009. P. 11.
151
Jean et Laurent Coignet. Maison ancienne. Op. Cite. P. 112.
147
71
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
I.1.1.3. Condensation
Ce type d’humidité a pour origine, d’une part, la vapeur d’eau issue de l’activité humaine
et animale dans la maison, et d’autre part la vapeur d’eau provenant de la phase finale de
l’ascension capillaire lorsque celle-ci s’évapore. Le phénomène d’humidité se produit lorsque
la vapeur rencontre une surface froide dont la température correspond à son point de rosée, on
assiste alors à une condensation de la vapeur sur cette paroi sous forme liquide152.
I.1.2. Effets de l’eau sur un édifice
I.1.2.1. Sur le sol (parterre)
L’eau provenant du sous-sol jusqu’au parterre par remontées capillaires peut s’évaporer
naturellement en l’absence d’une étanchéité de ce dernier ; à l’inverse ce processus est
déséquilibré, notamment au niveau des sols cimentés, les échanges hygrométriques entre le
sol et l’intérieur de la maison sont alors perturbés.
I.1.2.2. Sur la maçonnerie
I.1.2.2.1. Dégradation des murs
Les dégradations des murs ont pour origine les ruissellements au niveau de la base des
murs et de la toiture (anessis). Concernant le premier type, les ruissellements sont dus
essentiellement au fait que les rues et ruelles, autrefois pavées, des villages kabyles sont pour
la plupart aujourd’hui bétonnées (photo 4.1), elles deviennent donc imperméables et le
phénomène s’accentue, créant ainsi des crevasses horizontales à leurs bases. Ces allées sont
considérées comme des barrières à l’évaporation des eaux du sol qui migrent ainsi vers la base
du mur. Quant au second
type, les ruissellements
sont dus aux défauts des
canalisations de la toiture
voire à l’absence totale de
canalisations
des
eaux
provoquant
ainsi
des
crevasses
verticales
long du mur (photo 4.2).
le
Photo 4.1 : Creusement de la base des murs.
Village Ighil Ali, Béjaia. (Source : auteur).
152
Photo 4.2 : Défaut des
gouttières. Village Maatkas,
Tizi-ouzou. (Source : auteur).
Jean et Laurent Coignet. Maison ancienne. Op. Cite. P. 112.
72
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
L’action directe de la pluie provoque également l’érosion des murs ; sur ceux en pierres,
elle parvient à vider les joints (photo 4.4) ce qui entraîne un déséquilibre dû à la désagrégation
du liant et une perte de cohésion entre les pierres qui fragilisent la structure du mur. Sur ceux
en pisé, la pluie s’abat sur la façade et les angles, engendrant ainsi une perte de l’enduit voire
de la structure elle-même. Si les dégâts s’amplifient, les murs peuvent perdre leur capacité de
portance entrainant ainsi sa ruine (photo 4.3).
D’autres dégradations affectant les murs en pierre et en pisé au niveau des soubassements
ont pour origine les remontées capillaires (photo 4.5).
Photos 4.3 : Dégradation des
murs en pisé. Village Maatkas,
Tizi-Ouzou. (Source : auteur).
Photos 4.4 : Dégradation du
mortier entre les pierres. Village
Djebla, Bejaia. (Source : auteur).
Photo 4.5. Remontée capillaire
sur mur en pisé. Village Maatka,
Tizi-Ouzou. (Source : auteur).
Ces dégradations peuvent être accentuées par l’utilisation d’un enduit étanche : de nos
jours, certains propriétaires enduisent leurs maisons avec du ciment (photos 4.6 et 4.7). En
effet, lorsque l’eau remonte par capillarité, elle se retrouve emprisonnée entre les deux
couches d’enduit de ciment entrainant un gonflement de la terre et une perte de résistance
mécanique. L’enduit en ciment ne remplit pleinement son rôle que sur des parois « nonrespirantes » (parpaing, béton…) et dans les endroits où l’humidité est nulle153.
L’eau peut également agir sur le bâti mais de manière indirecte lorsque le matériau atteint
sa teneur maximale en eau ; des désordres peuvent se produire et s’accentuer lorsque celle-ci
se transforme en glace. Cette dernière se sentant à l’étroit dans le matériau (terre ou pierre)
153
X. Casanovas, et al. Restauration des murailles et des maisons traditionnelles de la médina de Marrakech.
EUROMED. Montada. 2012. P. 20. Téléchargé : www.montada-forum.net
73
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
occupe toute la surface des pores et exerce une pression destructive154 particulièrement
lorsque les pores sont de petites dimensions155.
Photos 4.6 : Humidité sur un mur en pisé. A droite : Village Taourirt
Mimoun, Béni-Yénni, Tizi-Ouzou. A gauche : Village Maatkas, TiziOuzou. (Source : auteur).
Photo 4.7 : Humidité sur un
mur en pierres. Village Ighil
Ali, Béjaïa. (Source : auteur).
I.1.2.2.2. Dégradations de l’enduit
Les dégradations de l’enduit se produisent par infiltrations directes et par remontées
capillaires. Dans le premier cas, la pression de la pluie entraîne une pénétration de l’eau dans
les enduits réduisant ainsi leur épaisseur. Si l’exposition à une forte pluie se prolonge dans le
temps, celle-ci risque d’atteindre la maçonnerie qu’elle soit en pierre ou en pisé. Concernant
les remontées capillaires, l’eau provenant du sol peut remonter par capillarité à travers les
enduits, véhiculant parfois des substances agressives telles que les sels minéraux (nitrates,
sulfates ou chlorures) qui peuvent former des traces brunes ou blanchâtres et qui dégradent de
manière irréversible le matériau156.
I.1.2.3. Sur le plancher
Construits avec le matériau bois, les planchers
se fragilisent par l’action de l’eau provenant
d’infiltrations au niveau des murs (appui sur le
mur) ou de l’humidité intérieure (condensation).
Elle provoque lors de l’absorption des variations
dimensionnelles (gonflement et retrait)157 et un
pourrissement (photo 4.8) réduisant la section du
bois et sa durabilité. Cette humidité favorise la
Photo 4.8 Pourrissement du bois. Village
Maatkas, Tizi-Ouzou. (Source : auteur)
154
Marc Mamillan. Connaissance de la pierre. Op. Cite. P. 69.
Jean-Marc Laurent. Restauration des façades en pierre de taille. Eyrolles. 1994. P. 29.
156
J. Jeannet, B. Pignal, G. Pollet et P. Scarato. Op. Cite. P. 47.
157
A. Komar. Op. Cite. P. 932.
155
74
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
présence de moisissures (champignons) mais aussi d’insectes (termites) qui aggravent les
dégradations de la structure en bois, notamment au niveau de ses résistances mécaniques
(compression, traction,…).
I.1.2.4. Sur la toiture
Par défaut d’étanchéité, l’eau est source de désordres au niveau des toitures. Cela
s’explique par la défectuosité des tuiles, ou encore par des fissurations au niveau des toitures
en terre, engendrant des infiltrations (thikit) et occasionnant des désordres sur les éléments
composant la structure en bois. Ce matériau, très sensible à l’eau, subit un pourrissement
entraînant une perte de sa résistance pouvant aller jusqu’à la chute de la toiture.
I.2. Pathologies sous l’action des végétaux
I.2.1. L’action sur la maçonnerie
Plusieurs
dégradations
types
de
d’origine
végétale (plantes, arbustes,
mousses,
lichens…)
envahissent la maçonnerie.
Cette invasion est favorisée
par plusieurs facteurs seuls
ou conjugués ; l’humidité, la
lumière,…
Photos 4.9 : Prolifération de la végétation sur les murs. Village
Djebla, Béjaïa. (Source : auteur).
I.2.1.1. Action des arbustes et des plantes
Ce type de végétaux qui poussent sur les murs et qui ont un volume plus important que les
précédents, indiquent qu’un certain taux d’humidité est présent, élément particulièrement
favorable à leur développement. L’action mécanique qu’exercent les racines incrustées entre
les pierres, et les actions chimiques des acides rejetés par leurs racines pour récupérer les
aliments nutritifs, font éclater le matériau provoquant ainsi des fissures entraînant la
désorganisation de la maçonnerie158.
158
Guide FABEM 6.1. Réparation et renforcement des maçonneries. Généralité et préparation des travaux. Une
édition du syndicat national des entrepreneurs spécialistes de travaux de réparation et renforcement des
structures (STRRES)/mais 2011. P. 57.
75
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
I.2.1.2. Action des lichens
Les lichens sont des
organismes
que
l’on
retrouve sur les façades,
ils apparaissent et se
développent
milieu
dans
un
humide
à
température adéquate, à
forte ou faible lumière,
sur des fissurations et
Photo 4.10 : La végétation s’incruste entre les joints. village Djebla,
Bejaia. (Source : auteur).
des supports poreux.
Il existe plusieurs types de lichens (photos 4.11), on les retrouve le plus souvent dans les
zones où la pollution est peu importante car certaines espèces sont sensibles particulièrement
aux oxydes de souffre et aux polluants communs, les lichens sont ainsi utilisés comme
indicateurs
de
(bio-indicateurs)
les
polluants
159
.
Dans
constructions,
microorganismes
ces
peuvent
entrainer des dégradations
mécaniques
leurs
celles-ci
causées
par
micro-racines
car
pénètrent
en
profondeur dans le matériau
et
provoquent
des
éclatements de la matière,
plus le matériau est poreux,
plus le milieu est favorable
au développement de ce
type d’organismes160.
Village ancien, Azefoune, Tizi
Ouzou. (Source : auteur).
Village Djebla, béjaïa.
(Source : auteur).
Photos 4.11 : Lichens présents sur la maçonnerie
159
Wilhelm (William) Nylander est le premier botaniste « à montrer le lien entre la pollution atmosphérique et la
croissance des lichens, montrant que certaines espèces régressaient à l’approche des villes. »
http://fr.wikipedia.org/wiki/Wilhelm_Nylander
160
Christophe Robert et Hervé Thillard. Op. Cite. P. 88.
76
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
I.2.1.3. Action des mousses
C’est un type de végétal que l’on retrouve sur les murs,
on note sa présence dans les endroits humides notamment
sur les enduits en terre. Il présente l’inconvénient de
maintenir l’humidité sur les parois et produit des acides
humiques qui provoquent la détérioration des mortiers des
joints161.
I.2.2. L’action sur la toiture
Photo 4.12 : Image illustrant
l’envahissement du mur par des
mousses. Village Djebla, Béjaïa.
Les toitures en tuiles subissent l’action des végétaux notamment des lichens qui, par leur
prolifération s’enracinent dans les tuiles et entraînent un éclatement de la partie superficielle
de celles-ci, réduisant ainsi leur épaisseur et leur étanchéité162. Cet enracinement des lichens
est favorisé par la perméabilité des tuiles due à une cuisson non homogène. Par ailleurs, ces
toitures peuvent être envahies par des plantes dont les racines provoquent le décollement des
tuiles. En ce qui concerne les toitures en terre, on retrouve une prolifération de mousses et de
plantes qui engendrent des craquelures au niveau de la couche supérieure des toitures.
Photo 4.13. Prolifération de la végétation
sur les toitures en terre. Village Aït El
Kaïd, Tizi-Ouzou. (Source : auteur).
Photo 4.14 : Lichens sur les tuiles. Village
Azefoune, Tizi-Ouzou. (Source : auteur)
I.3. Pathologies sous l’action du climat
I.3.1. L’action du vent
I.3.1.1. Sur les murs
L’action du vent sur les murs en pierre est nuisible car elle entraîne des dégradations sur
les éléments qui les composent.
161
162
Guide FABEM 6.1. Op. Cite. P. 57.
Jean Coignet. Op. Cite. P. 96.
77
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
La pierre est un matériau qui s’altère
naturellement à l’état de roche, et son
utilisation
dans
la
construction
ne
fait
qu’accentuer ce phénomène d’altération, celuici est dû aux modifications des contraintes
mécanique et physico-chimique ainsi qu’à une
exposition prolongée aux vents163. Les roches
sédimentaires, par exemple, sont constituées
de dépôts successifs plus ou moins compacts ;
Photo 4.15 : Dégradation de la pierre Village Aït
Daoud, Ath Yenni, Tizi-Ouzou. (Source : auteur).
et, sous l’action du vent, qui entraîne de fines particules de grains de poussières, les blocs de
pierre exposés peuvent subir une usure164. Les lits les plus tendres se décomposent et des
creux se forment en surface sous l’effet du vent, de la pluie et du gel, en revanche, les lits les
plus durs, ont plus de cohésion ; ils résistent et conservent leur aspect initial. Comme pour les
constructions en pierre, le vent agit de la
même façon sur les constructions en terre.
En effet, le vent chargé de petites
particules telles que la poussière et le sable
peut éroder par effet mécanique165 les
murs en terre notamment au niveau de
leurs sommets et de leurs arêtes; ce
phénomène est accentué par la pluie
Figures 4.5 : l’action du vent sur les murs en pisé
(figures 4.5)166.
I.3.1.2. Sur la toiture
Le vent est un élément naturel dont les effets sur
les toitures peuvent êtres conséquents. Sur les
toitures en tuiles exposées, il se produit une
désolidarisation des tuiles entre elles engendrant
parfois leur soulèvement ou leurs cassures. Sur les
Photo 4.16. Arrachage des tuiles par les
vents violents. Village Djebla. Béjaia.
(Souce : auteur.)
163
Guide FABEM 6.1.Op. Cite. P. 64.
Christophe Robert et Hervé Thillard. Op. Cite. P. 84.
165
M. Boussalh, M. Jlok, H. Guillaud, S. Moriset. Manuel de conservation du patrimoine architectural en terre
des vallées présahariennes du Maroc. CERKAS, centre du patrimoine mondial de l’UNESCO, CRATerre- EAG.
2004. P. 12.
166
Source CRATerre ENSAG.
164
78
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
toitures en terre, le vent provoque une érosion du matériau créant un amincissement de la
couche de terre qui, à terme, peut provoquer des désordres (infiltrations) sur la toiture. Cette
érosion peut être aggravée lorsque le tassement de la terre n’a pas été effectué dans les règles.
I.3.2. L’action de la température
La différence de températures entre le jour et la nuit affecte particulièrement le matériau ;
ces variations peuvent à la longue entraîner un certain nombre de nuisances. Les éléments
existant à l’intérieur du matériau (cristaux et minéraux) se modifient donc suivant ces écarts ;
cela engendre une contraction volumétrique de ses composants et provoque des éclatements,
des fissurations et des écaillements167.
I.4. Pathologies sous l’action des charges et sollicitations dynamiques
I.4.1. Action sous tassements différentiels
I.4.1.1. Désordres au niveau des fondations
Les
désordres
des
fondations
se
manifestent lors d’un sous-dimensionnement
de celles-ci ou d’une dissociation des pierres
qui les composent (figure 4.6)168. Les
conséquences de ces désordres sont visibles
sur leurs parties supérieures, il s’agit de
fissurations sur les murs, de leur dissociation,
et de déformations importantes au niveau du
Figure 4.6 : tassement différentiel engendrant la
déstabilisation de la fondation
plancher et de la toiture.
I.4.1.2. Désordres au niveau de la maçonnerie
De formes diverses et variées, les fissures sont le témoignage d’efforts auxquels le mur et
autres éléments de la bâtisse ont été exposés. Ces fissures peuvent apparaitre de manière
brutale ou progressive, elles peuvent être actives (évolutives) ou inertes (stabilisées).
Les fissures recensées dans les constructions en pierre sont de formes variées : verticale,
horizontale, oblique, en forme d’escalier et formant un angle de 45°. En effet, la pierre étant
167
168
Marc Mamillan. Connaissance de la pierre. Op. Cite. P. 71.
H. Houben et H. Guillaud. Op. Cite. P. 248.
79
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
un matériau dur, les fissures se produisent généralement au niveau des joints 169 (photo 4.18).
Quant à celles recensées au niveau des murs en pisé, leur forme est généralement linéaire
(verticale ou inclinée) (photos 4.17). Une fois la cause des fissures repérée et traitée, la
réhabilitation peut commencer.
Photos 4.17 : Fissuration sur les murs en pisé et en
pierres. Village Maatkas, Tizi-Ouzou. (Source : auteur)
I.4.2.
Photo 4.18 : Fissuration sur les murs en pierres.
Village Aït Daoud, Beni-Yenni, Tizi-Ouzou.
(Source : auteur)
Action sous le séisme
Les effets du séisme peuvent agir tant sur les murs que sur les toitures provoquant selon
son intensité l’effondrement partiel ou total de la construction.
I.4.2.1.
Sur les murs
L’une des zones la plus fragilisée et la plus touchée par l’effet du séisme est celle située au
niveau des angles. Cette fragilité est accentuée lorsque la mise en œuvre du chaînage des deux
murs n’est pas conforme
aux règles ou inexistante.
Les
dégradations
peuvent se manifester
par
une
dissociation
simple
entre
les
deux murs (photo 4.19)
ou/et par l’écroulement
des deux parties du mur
(photo 4.20).
169
Photo 4.19 : Désolidarisation des
deux murs. Village Maatkkas,
Tizi-Ouzou. (Source : auteur).
Photos 4.20 : Effondrement d’une
partie de l’angle des murs. Village
Djebla, Béjaïa. (Source : auteur).
Fiche technique. 1.07. Réparer une fissure sur un mur en pierre. Corpus Levant. Euromed Heritage.
80
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
I.4.2.2. Sur la toiture
En fonction de son intensité, le séisme peut provoquer une fragilisation de la toiture voire
son écroulement. Ce dernier survient lorsqu’il y a rupture entre les éléments qui la supportent
(poteaux et murs) et les éléments qui la composent. La mauvaise mise en œuvre de la toiture
accroit les risques de désordres.
I.4.3. Action sous les charges
I.4.3.1.
Fissures ponctuelles au niveau des
murs
Ces fissures apparaissent au niveau de l’appui de la charpente
ou du plancher sur le mur. La photo 4.21 nous montre une fissure
se trouvant au dessous de l’appui de la poutre de la toiture, elle est
verticale et commence de la partie supérieure du mur jusqu’à sa
partie inférieure. Elle est due au poids de la poutre qui repose sur
une surface minimale du mur ce qui engendre une mauvaise
répartition des charges.
I.4.3.2.
Photo 4.21 : Fissure
ponctuelle. Maatkas, TiziOuzou. (Source : auteur).
Flambement des murs
Le flambement est une pathologie qui engendre dans un premier temps une perte de
planéité du mur, dans un second une désolidarisation de ces éléments pour finalement se
terminer par l’écroulement partiel voire total du mur170. (Photos 4.22).
Photos 4.22 : Effondrement du parement extérieur des murs.
En haut : village Ighil-Ali, la Qalla d’Aït Abbas, Béjaïa.
A droite : village Djebla, Béjaïa. (Source : auteur).
170
Jean et Laurent Coigner. Maçonnerie de pierre. Op. Cite P. 70.
81
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
I.4.3.3. Désordres au niveau des ouvertures
Les linteaux des ouvertures sont souvent en pierre ou en bois, ils présentent l’avantage
d’être disponibles. En revanche,
ils ont un inconvénient de taille,
celui
de
subir
toutes
les
surcharges et les mouvements
des
murs
provoquant
des
fissures situées dans leur partie
médiane
inférieure.
On
Photos 4.23 : Images illustrant
l’état de dégradation avancée
des linteaux.
a
également enregistré d’autres
pathologies,
notamment
Village Djebla, Béjaïa.
le
(Source : auteur)
pourrissement du bois qui influe
sur sa résistance mécanique.
I.4.3.4. Déformation de la toiture
Les déformations de la toiture sont dues à des charges permanentes (poids propre de la
toiture) ou saisonnières (poids de la neige). Ces déformations peuvent se manifester, dans e
cas d’une charpente non traditionnelle, par une dissociation des éléments formant la charpente
(entrait, panne...), par un fléchissement ou une rupture des éléments la composant, et enfin par
son écroulement.
I.4.3.5. Fléchissement des planchers
Le plancher, conçu pour recevoir des charges permanentes ou/et occasionnelles, subit des
désordres lorsque ces charges sont augmentées, ces désordres se manifestent soit par des
fissurations de ses éléments soit par un fléchissement de la structure.
Photo 4.24 Fléchissement des solives du
plancher (taaricht) entrainant son effondrement.
Village Maatkas, Tizi-Ouzou. (Source : auteur)
Photo 4.25. Fissure au niveau du bois.
Village Taguemunt Azzouz, Tizi
Ouzou. (Source : auteur)
82
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
I.4.3.6. Fissuration de la pierre
Parfois, dans un mur constitué de pierres issues de la même carrière et subissant les mêmes
conditions climatiques, nous retrouvons des altérations affectant quelques éléments du mur,
notamment des fissurations au niveau de la pierre elle-même, diminuant ainsi de sa résistance.
Cela est dû au fait que, lors de la genèse de la roche, certaines stratifications présentent une
plus grande fragilité que d’autres.
I.4.3.7. Usure des escaliers
Les désordres enregistrés au niveau des escaliers en pierres se situent principalement sur
les pierres elles-mêmes. Ces désordres sont souvent dus à l’usure des marches ou bien à leur
rupture causée par une exploitation intense.
I.5. Pathologies liées à l’intervention de l’homme
Plusieurs pathologies sont liées à l’intervention de l’homme, elles sont dues à l’intégration
de matériaux nouveaux incompatibles avec ceux traditionnels. La mise en œuvre
peut
également être responsable de certaines pathologies ; celles-ci sont localisées à divers endroits
de la construction : par exemple, au niveau des fondations, si elles ne sont pas assez
dimensionnées pour soutenir et transmettre les charges ; au niveau des angles, lorsque le
harpage est inexistant ou mal réalisé ; au niveau des murs en pisé, lorsque le retrait se fait
rapidement. Nous pouvons également les rencontrer soit au niveau de la toiture ou sur le
plancher si la connexion entre les différents éléments d’assemblage est mal assurée, soit
encore au niveau des enduits.
II. TRAITEMENT DES PATHOLOGIES (DESORDRES)
II.1.Traitement des pathologies liées à l’humidité
II.1.1. Traitement des ruissellements et remontées capillaires
Pour lutter contre les remontées capillaires et canaliser les eaux de pluies à la base du mur,
il est recommandé de procéder à un drainage périphérique au pied du mur, ou bien à proximité
de ce dernier (figure 4.7)171. Toutefois, nous noterons que « la première vocation du drain
périphérique n’est pas d’évacuer l’eau mais de permettre aux pieds du mur de sécher. Ce drain
favorise la ventilation des fondations dans un milieu où il y a peu d’échanges »172 ce qui
permet de réduire les remontées capillaires. Dans le but d’éviter les ruissellements des eaux de
171
172
Bruno Duquoc. Op. Cite. P. 10.
Yves Baret. Op. Cite. P. 41.
83
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
pluie à la base des murs, le revêtement du sol avec du béton est à proscrire, les pierres et les
pavés remplaceront idéalement le béton. Lorsque le drainage extérieur n’est pas possible à
cause de la mitoyenneté des constructions, il conviendra de réaliser un drain intérieur.
II.1.2. Traitement contre les infiltrations directes des eaux
Le traitement du mur contre les infiltrations directes des eaux varie selon la partie à traiter.
Concernant la partie supérieure, il y a lieu de réaliser un prolongement de la toiture pour
éviter que l’eau ne puisse attaquer le haut du mur. Pour la partie basse, il s’agira de donner
une forme de pente au sol afin d’acheminer et d’évacuer les eaux directement vers un
collecteur173 qui sera crée pour assurer une meilleure canalisation. En outre, pour cette partie,
les dallages bétonnés sont à proscrire pour éviter les rejaillissements d’eau vers la base du
mur. Concernant la partie courante du mur, il s’agira d’enduire celle-ci avec un enduit
perméable à la vapeur et imperméable à l’eau.
Figure 4.7 : Réalisation d’un drainage des eaux.
II.1.3. Traitement de l’humidité de condensation par ventilation
Pour lutter contre la condensation, il est nécessaire d’aérer les locaux pour permettre un
renouvellement de l’air, de réduire la production de la vapeur, d’éliminer les zones froides et
enfin de recourir à un chauffage continu174.
II.1.4. Evacuation de l’humidité des murs en pierre
Avant toute intervention, la lutte contre l’humidité est la première opération à
entreprendre ; il y a donc lieu de procéder à l’extraction de l’eau dans les murs pour que le
remède soit efficace. Cette extraction peut se concrétiser grâce à la mise en place de siphons
173
174
Yves Baret. Op. Cite. P. 41.
ANAH. Réhabiliter et entretenir un immeuble ancien point par point. P. 114.
84
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
atmosphériques. Ce procédé traditionnel, très ancien consiste en la pose de siphons dans le
mur à des distances régulières ; l’eau existant sera aspirée dans les siphons et s’évaporera.
Toutefois, ce procédé est peu efficace car il est dépendant des saisons et de l’orientation des
façades175,176. D’autres procédés tels que l’électro-osmose et l’électro-osmose phorèse
peuvent être utilisés ; mais ceux-ci sont souvent contestés car ils nécessitent l’emploi d’un
courant électrique et restent, sur le plan financier, des méthodes très onéreuses.
II.1.5. Traitement de l’humidité des sols
Le traitement de l’humidité dans les sols (parterres) des constructions traditionnelles en
Kabylie peut se concrétiser par un drain intérieur ou extérieur afin de permettre à l’eau de
s’évaporer. On peut également traiter cette humidité en supprimant la couverture étanche du
sol (ciment), souvent rajoutée par les propriétaires pour un meilleur confort. Puis, si cela
s’avère nécessaire, il conviendra de réaliser, une couche de drainage sur toute la surface audessus de laquelle une couche de terre sera étalée. L’opération se terminera par la pose de
carreaux de terre ou de dalles de pierre qui seront rejointoyés avec du mortier de terre afin de
faciliter l’échange hygrométrique entre le sol et l’intérieur de la maison177.
II.1.6. Traitement de l’humidité sur les enduits
Traitement du décollement : il faudra faire un décroutage de la partie détériorée et puis
renduire la paroi. Le nouvel enduit doit être adapté à la maçonnerie de par « son adhérence, sa
légèreté, son ouvrabilité, sa perméabilité à la vapeur et une résistance faible (souplesse et
remplacement facile) »178.
Traitement de l’efflorescence : il y a lieu d’abord d’éliminer les remontées d’eau, puis de
procéder au nettoyage de la surface par brossage sec.
II.1.7.
Traitement de l’humidité des structures en bois
Lorsque le bois est attaqué par des champignons ou des insectes, la partie détériorée doit
être impérativement purgée. Puis, il faudra pulvériser ou appliquer à l’aide d’un pinceau des
produits fongicides (champignons), insecticides ou pesticides (insectes) sur le matériau.
175
Yves baret. Op. Cite. P. 72.
Jean Coignet. Op. Cite. P. 111.
177
M. Boussalh, M. Jlok, H. Guillaud, S. Moriset. Op. Cite. P. 34.
178
J. Jeannet, B. Pignal, G. Pollet et P. Scarato. Op. Cite. P. 62.
176
85
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
II.2.Traitement des pathologies liées à la végétation
II.2.1.
Traitement des végétaux sur la maçonnerie
II.2.1.1.
Traitement des lichens dans la construction en pierre
L’élimination des lichens se fait par application de produits antifongiques179 et de
bactéricides180 non nocifs aux matériaux. Une fois l’opération effectuée, il est nécessaire
d’appliquer un produit hydrofuge sur les murs ce qui limitera l’influence de l’eau et par làmême la prolifération des bactéries tout en permettant l’évaporation d’eau propre au
matériau181.
II.2.1.2. Traitement des mousses dans la maçonnerie en pierre
Afin de supprimer les mousses qui colonisent les façades, et pour préserver l’enduit, le
mortier et la surface de la pierre, il est recommandé d’utiliser une brosse tendre, une éponge
mouillée182, des techniques par nébulisation183 ou pulvérisation d’eau184 ; cependant, les
travaux devront être évités pendant la période hivernale185. Les méthodes à proscrire sont les
jets d’eau, le Karcher186, le sablage qui pourraient entrainer la dégradation de l’enduit, du
mortier d’hourdage (si les joints sont de dimensions importantes) et de la pierre.
II.2.1.3. Traitement des arbustes et des plantes dans la maçonnerie en
pierre
Pour éliminer ces végétations, il existe deux méthodes, néanmoins, leur efficacité n’est que
provisoire, d’où la nécessité de renouveler ces opérations de manière régulière 187. La première
méthode consiste en un simple arrachage des plantes ou arbustes et la seconde préconise
l’usage de désherbants et/ou la combustion des végétations.
La première méthode consiste à arracher les plantes à la main ou à l’aide d’outils, elle
présente l’avantage de ne pas être nuisible à l’environnement. Néanmoins, on recense certains
inconvénients lors de l’arrachage car des racines peuvent être laissées sur place et favoriser
ainsi la pousse d’autres plantes. Par ailleurs, on peut accentuer les dommages causés à la
179
Christophe Robert et Hervé Thillard. Op. Cite. P. 88.
Guide FABEM 6.1. Op. Cite. P. 194.
181
Fiche technique. 3.10. Nettoyer les façades : traiter les micro-organismes. Corpus Levant. Euromed Heritage.
182
Bruno Duquoc. Op. Cite. P. 23.
183
Jean et Laurent Coignet. Maçonnerie de pierre. Op. Cite. P. 88.
184
Christophe Robert et Hervé Thillard. Op. Cite. P. 89.
185
Guide FABEM 6.1. Op. Cite. P. 193.
186
Bruno Duquoc. Op. Cite. P. 23.
187
Fiche technique. 1.04. Eliminer la végétation sur un mur : végétation superficielle. Corpus Levant. Euromed
Heritage.
180
86
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
maçonnerie (retrait d’une grande quantité de mortier engendrant ainsi un déséquilibre de
celle-ci)188. Après cette opération de nettoyage, on peut alors commencer à combler les joints.
La deuxième méthode quant à elle, consiste à pulvériser un herbicide sur les végétations
superficielle et profonde. Concernant la végétation superficielle, il s’agit de retirer à la main
ou à l’aide d’outils spéciaux les plants asséchés pour éviter d’extraire une grande quantité de
mortier ; après avoir dégagé la surface, on pourra entamer le rebouchage des joints. Quant à la
végétation profonde, il s’agit de la couper au niveau du tronc, de faire un trou en son milieu et
d’injecter un produit désherbant. Une fois cette opération effectuée, on peut laisser les racines
mortes sur place ou débarrasser directement le mur de ces dernières189.
II.2.2. Traitement des végétaux sur les toitures
Le traitement des désordres des toitures en tuiles ou en terre crue s’effectue en éliminant
les végétaux par pulvérisation d’herbicides ou autres produits adéquats à chaque végétal.
Cependant les désordres engendrés par ces végétaux nécessitent un traitement spécifique à
chaque type de toiture. Pour les toitures en terre, après avoir retiré la végétation il faut
procéder au colmatage des fissures. Puis, une couche de terre humidifiée sera rajoutée, damée
et servira de correction des pentes d’écoulement des eaux pour éviter les stagnations. Il
conviendra ensuite d’enduire la surface d’une couche de barbotine de chaux ou de terre
argileuse qui servira à obturer les microfissures, et enfin de remettre en place les pierres
situées autour de la toiture190. Pour les toitures en tuiles, il s’agira de se débarrasser des tuiles
cassées qui ne présentent pas un danger en soi mais qui peuvent provoquer des infiltrations
d’eau. Si les dégâts sont plus importants, il sera nécessaire de reprendre la partie affectée de la
toiture (restauration de la couverture, changement des attaches…)191.
II.3.Traitement des pathologies liées au climat
II.3.1. Réfections des joints sur les murs en pierres (rejointoiement)
Les façades sont régulièrement attaquées par des agents extérieurs dégradant ainsi les
joints existant entre les pierres. La méthode de réhabilitation consistera dans un premier temps
à préparer les supports, c’est-à-dire à se débarrasser de toutes formes de polluants ; les joints
auront une profondeur et une surface d’accroche suffisante pour recevoir le nouveau mortier.
188
Ibid.
Fiche technique. 1.05. Eliminer la végétation sur un mur : végétation profonde. Corpus Levant. Euromed
Heritage.
190
M. Boussalh, M. Jlok, H. Guillaud, S. Moriset. Op. Cite. P. 56.
191
Bruno Duquoc. Op. Cite. P. 39.
189
87
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
Une fois la partie décroutée, ils seront nettoyés et dépoussiérés, « soit à la brosse dure, soit à
l’air comprimé à une pression adaptée à la friabilité des moellons et des mortiers, puis
humidifiés »192. Dans un second temps, un nouveau mortier sera appliqué en veillant à ce qu’il
ait les mêmes caractéristiques que l’existant. Il est utile de rappeler ici qu’avant d’entamer
l’opération de réhabilitation, l’étude des types de joints et de la composition du mortier est
essentielle pour choisir ses outils de travail193.
II.3.2. Traitement des murs par injection de liants hydrauliques
Ce procédé est utilisé pour redonner à la maçonnerie sa résistance initiale et ainsi restituer
ses propriétés mécaniques. En effet, « la technique d’injection de coulis consiste à faire
pénétrer au cœur des maçonneries un mortier, plus ou moins liquide, en confortement ou en
remplacement du mortier de pose initial, défectueux ou manquant. Ce procédé convient aussi
bien aux maçonneries en élévation qu’aux fondations, pour un emploi localisé ou
généralisé »194. Ce coulis est composé de chaux hydraulique, la chaux aérienne ne pouvant
être utilisée dans ce cas, car sa prise est mauvaise en l’absence d’air 195.Cette application doit
être réalisée à partir de la partie basse de l’édifice196 et doit également se faire si les conditions
d’étanchéité du mur est assurée afin que le coulis ne déborde pas entre les joints.
II.4.Traitement des pathologies liées aux charges et aux sollicitations dynamiques
II.4.1. Traitement des pathologies liées aux tassements différentiels
Avant de procéder au traitement des pathologies structurelles, il y a lieu de réaliser un
étaiement (semi-permanent ou d’urgence) de la partie déformée pour assurer la sécurité des
intervenants et éviter que la pathologie ne s’accentue. Une fois la sécurité assurée, il est
indispensable de procéder aux techniques de consolidation avant de traiter les pathologies. Par
ailleurs, si les fissures sont non évolutives, elles peuvent être rebouchées avec un mortier à
prise lente et sans retrait qui doit avoir une résistance à la compression plus ou moins
identique à celle du mortier existant197.
192
Patrice De Brandois et Florence Babics. Manuel de sensibilisation à la restauration de la maçonnerie. Juin
2006. P. 20.
193
Fiche technique. 3.07. Réparer les joints dégradés sur les murs en pierre. Corpus Levant. Euromed Heritage.
194
Patrice De Brandois et Florence Babrics. Op. Cite. P. 21.
195
Christophe Robert et Hervé Thillard. Op. Cite. P. 44.
196
Ibid. P. 86.
197
Jean et Laurent Coignet. Maçonnerie de pierre. Op. Cite. P. 103.
88
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
II.4.1.1.
Techniques de consolidation
II.4.1.1.1. Reprise en sous-œuvre
La reprise en sous-œuvre se concrétise en fonction de la nature des désordres. Deux
techniques peuvent se présenter : la reprise des fondations superficielles et la reprise des
fondations en profondeur (pieux et micro-pieux) notamment lorsque le sol est fragile. On
notera toutefois que les sols des villages Kabyles
qui sont, pour la plupart, rocheux ne présentent
pas cette caractéristique. En ce qui concerne la
première technique, l’intervention se fera soit par
une reprise des fondations par injection de coulis
de chaux hydraulique dans celles-ci, ce qui aura
pour effet de les renforcer, soit par un
élargissement des fondations pour une meilleure
répartition des charges.
Figure 4.8 : Etaiement de la structure
pour une reprise en sous-œuvre.
La reprise en sous-œuvre se fera après avoir étayé la partie supérieure du mur (figure
4.8)198. L’opération débutera par l’excavation de la terre présente sous le mur sur une largeur
ne dépassant pas un mètre et sur une profondeur allant jusqu’à la fondation, puis, il sera
nécessaire de creuser au-dessous de la semelle sur une largeur égale à la moitié de sa largeur.
Une fois la première moitié de la fouille excavée, on procèdera à un élargissement de la
fondation (figure 4.9)199 ; la même opération sera répétée pour l’autre moitié de la semelle. On
reproduira le même travail tous les mètres (par puits alternés) jusqu'à l’élargissement complet
de la fondation.
1
2
3
4
8
5
6
Bon sol
6
7
Bon sol
1 : Dallage en pierre ; 2 : Evacuation des eaux superficielles ; 3 : Chape en mortier de chaux ; 4 :
Cailloux formant un filtre ; 5 : Couche de géotextile ; 6 : Semelle en béton armé ; 7 : Drain
entourant l’édifice ; 8 : semelle existante
Figure 4.9 : Les étapes des reprises en sous-œuvre de la semelle.
198
Bruno Duquoc. Op. Cite. P. 09.
Fiche technique. 1.01. Renforcer une fondation : reprise en sous-œuvre (superficielle). Corpus Levant.
Euromed Heritage.
199
89
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
II.4.1.1.2. Stabilisation des fissures par des tirants ou chainage périphérique
Avant d’entamer la reprise de la fissure, il faut déterminer l’origine du problème, puis de
stabiliser la structure, lorsque ces deux opérations seront accomplies, l’intervention sur la
fissure peut s’effectuer. Pour stabiliser la structure, il existe deux types d’intervention (figure
4.10)200 variables selon le degré de la pathologie : la reprise avec des tirants et la reprise avec
un chainage périphérique201,202. Il est utile de rappeler que l’utilisation de chainage en béton
dans les constructions en pisé est à proscrire, on optera donc pour un chainage en bois.
Figure 4.10: Tirants transversaux et chaînage périphérique.

Les tirants : L’utilisation des tirants est recommandée lorsque deux parties
opposées sont divisées en deux au risque de provoquer un déversement des
façades. Ces tirants joueront le rôle de lien entre les deux parties scindées.

Le chaînage périphérique : L’utilisation du chainage périphérique est
recommandée lorsque la structure présente des lésions situées à plusieurs
endroits. Ce procédé permet de relier toutes les parties du bâtiment et donc de
mieux répartir les charges203. On peut le réaliser soit en ajoutant un chainage au
niveau de la partie supérieure ce qui augmentera la hauteur de la bâtisse, soit en
creusant sur le mur. Une fois ces étapes effectuées, la reprise de la fissure peut
être entamée.
200
M. Boussalh, M. Jlok, H. Guillaud, S. Moriset. Op. Cite. P.43.
Ibid. P. 42.
202
X. Casanovas et al. Manuel pour la réhabilitation de la ville de Dellys. Euromed. Montada. 2012. P. 157.
http://www.montada-forum.net/sites/default/files/Publicacions/Dellys.pdf
203
M. Boussalh, M. Jlok, H. Guillaud, S. Moriset. Op. Cite P. 42.
201
90
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
II.4.1.2.
Reprises des fissures
II.4.1.2.1. Reprises des fissures sur les murs en pierre
La reprise de toute fissure suppose que celle-ci est passive (non évolutive). Avant
d’entamer toute réhabilitation, on procédera au nettoyage de la cavité en profondeur, en se
débarrassant de tous les éléments ayant perdu leur cohésion, ce qui permettra ainsi aux
éléments nouveaux de s’encastrer sur toute la surface de la cavité. Une fois la partie nettoyée,
il faudra l’humidifier au fur et à mesure sans pour autant créer des ruissellements, ce qui
permettra une meilleure adhérence et une meilleure prise du mortier. Ensuite, vient l’étape du
rebouchage des creux de la fissure si celle-ci est superficielle204.
Si la fissure est plus importante, il convient de procéder soit au remplacement de toutes les
pierres qui entourent la fissure et de reconstruire la partie lézardée (figure 4.11)205, soit de
mettre en place une série d’agrafes qui longeront la fissure et assureront son renforcement.
Néanmoins, ce dernier procédé est contesté par José Luis Gonzalez Moreno-Navaro qui
estime que l’emploi de ces agrafes est dépourvu de sens. Selon lui, « quand on a remédié aux
causes, les agrafes ne servent à rien, et si les causes sont encore actives, elles sont tout aussi
inutiles, vu que la maçonnerie ne peut pas assumer les tractions et, à défaut de céder sur la
zone « agrafée », elle cédera un peu plus loin»206.
Figure 4.11 Reprise de fissure sur un mur en pierre
204
Fiche technique. 1.07. Réparer une fissure sur un mur en pierre. Op. Cite.
César Diaz Gomez. La réhabilitation des éléments structuraux de l’architecture traditionnelle
méditerranéenne. Méthode RehabiMed. Architecture traditionnelle méditerranéenne. II : Réhabilitation
bâtiments, 2007P. 298.
206
José Luis Gonzalez Moreno-navaro. Diagnostic et traitement des pathologies structurelles du bâtiment.
Séminaire Réhabimed. Réhabilitation et tourisme durable. Kairouan, Tunisie juin 2006. P. 20.
205
91
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
Pour éviter les fissures en « coups de sabre », les joints ne doivent pas se suivre en formant
une ligne droite continue, il faut que la pierre soit posée à cheval sur deux autres, ce qui évite
un parement « en piles d’assiettes ».
Figure 4.12 : Décalage des joints entre les assises horizontales pour
éviter les fissures en coup de sabre. (Source : Anne-Sophie Colas).
II.4.1.2.2. Reprises des fissures sur les murs en pisé
Pour réhabiliter le pisé, il faut prendre en considération le fait que le matériau « terre »
n’est pas toujours compatible avec certains matériaux, le mortier au ciment par exemple est à
proscrire, ce dernier solidifie la partie traitée et peut accentuer les maux. La reprise doit donc
se faire à partir de matériaux ayant les mêmes caractéristiques que le pisé : mêmes
comportements en termes de variations d’humidité et de température, mêmes résistances
mécaniques207.
Photo 4.26 : Fissure située au milieu
du mur pignon. (village Maatkas,
Tizi-ouzou. (Source : auteur).
207
Figure 4.13 : Les étapes à suivre pour suturer une fissure.
Sébastien Moriset et Arnaud Misse. Op. Cite. P. 14.
92
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
Si les fissures sont superficielles et qu’elles ne portent pas atteinte à la solidité du bâti, on
pourra nettoyer les cavités et idéalement les reboucher avec le matériau « terre » sous forme
de mortier liquide. Si celles-ci sont importantes (photo 4.26), elles seront réparées et
renforcées en mettant en place des clés disposées de manière transversale et de façon alternée
entre la face interne du mur et la face externe. Ces clés se présentent en bois en forme de H,
ou bien en bois seul ou encore en bois enrobé de terre-paille, et seront posées sur un bain de
terre ou de paille208. Lorsque la fissure est stabilisée, il est recommandé de l’entourer avec de
la maçonnerie, de préférence de la brique en terre crue pour qu’elle ne réapparaisse pas. Une
fois l’opération finalisée, on appliquera une couche d’enduit taloché puis on lissera le mur à
l’aide d’une éponge (figure 4.13)209.
II.4.2. Traitement des pathologies liées aux séismes
II.4.2.1. Réparation d’un mur dont une partie est effondrée
Dans le cas où une partie du mur est effondrée, il conviendra, après avoir nettoyé la cavité,
d’utiliser des éléments de maçonnerie tels que des blocs d’adobes pour le pisé et des pierres
pour la maçonnerie en pierres hourdées ; ces éléments seront maçonnés à l'aide d'un mortier
de terre. Par souci d’esthétique et pour uniformiser la surface du mur, un enduit pourra être
appliqué ultérieurement210.
II.4.2.2. Assurer un chaînage
On distingue deux types
de chainages, horizontaux et
verticaux. Les premiers sont
situés
au
niveau
des
planchers et des toitures et
les seconds au niveau des
angles et entre des murs de
refends et de façades ; ils
assurent les fonctions de
jonction et de stabilité. Si le
chainage est mal mis en
Figure 4.14 : Différents types de chaines (Source : Craterre)
208
M. Boussalh, M. Jlok, H. Guillaud, S. Moriset. Op. Cite. P. 41.
Ibid.
210
. Sébastien Moriset et Arnaud Misse. Op. Cite. P. 14
209
93
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
œuvre ou inexistant, il y a lieu de réaliser un renforcement. Celui-ci peut se réaliser de
différentes façons selon le désordre et la nature du matériau : par la pose de clés en bois
noyées dans la maçonnerie, ou à l’intersection de deux murs en L ou en T, par des tirants, ou
par un chainage périphérique (figure 4.14).
II.4.3. Traitement des pathologies dues aux surcharges
II.4.3.1. Reprise des fissures ponctuelles ou de poinçonnement
D’abord il faut étayer la charpente puis encastrer une planche de bois (figure 4.15)211 qui se
situera au dessous de la poutre et jouera le rôle de répartiteur des charges de la toiture sur le
mur, sur une surface plus importante212. Après avoir effectué
cette opération, nous pouvons entamer le traitement de la fissure.
Si ce type de fissure est recensé sur différentes parties du mur et
à des distances rapprochées, il est recommandé de réaliser un
chaînage périphérique qui sera le support des différents éléments
composant la toiture. Ce chaînage ne doit pas être en béton armé
car ce dernier peut provoquer des déformations différentielles Figure 4.15 : Mise en place d’une
avec le pisé. En effet, « pour une même contrainte le béton se
planche répartitrice de charges.
déformera 100 fois moins que la terre »213.
II.4.3.2. Traitement du flambement dans les murs en pierres
Lorsqu’un flambement a lieu, les pierres restent souvent sur site. Il n’est donc pas
nécessaire d’avoir recours à d’autres matériaux ; la cavité devra être nettoyée pour recevoir
les nouveaux éléments lors de la reconstruction du mur, il faudra s’assurer que les pierres
soient en boutisses, c’est-à-dire qu’elles fassent la liaison entre l’ancien et le nouveau
parement afin d’éviter d’éventuels désordres.
II.4.3.3. Reprise au niveau des ouvertures
Avant de procéder au changement ou au renforcement du linteau, il faut d’abord assurer la
stabilité de la structure en étayant la partie située en haut du linteau, puis déposer les pierres
ou la terre (concernant le pisé) au dessus de cet élément. Après le changement du linteau ou le
renforcement de l’existant, nous pouvons procéder a la remise en place des éléments afin de
211
Restaurer son bâti en terre. Diagnostiquer, réparer, reboucher, protéger et améliorer votre bâti en terre crue.
Parc naturel régional des Marais du Cotentin et du Bessin. Mai 2010. P. 14.
212
Sébastien Moriset et Arnaud Misse. Op. Cite. P. 14.
213
M. Olivier. Restauration des structures en terre crue en fonction de leur technologie de construction.Op. Cite.
Laboratoire Géomatériaux de l’ENTPE, E. P. du CNRS n°J 0160
94
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
reconstruire la partie supérieure du mur. La charge du mur doit être perpendiculaire au sens
des fibres si le linteau est en bois (figure 4.16)214.
Fissure du linteau
Etaiement de la partie
supérieure de l’ouverture
et étrésillonnement de
cette dernière.
Retrait des
détériorées
parties
Pose d’un nouveau
linteau et remise en
place de la partie
supérieure du mur.
Figure 4.16 : Etapes à suivre pour remplacer un linteau.
II.4.3.4. Consolidation des planchers en bois
Les planchers sont très exposés à diverses attaques causant des désordres situés le plus
souvent au niveau de l’appui d’une solive mais aussi d’une série d’appuis.
a) Lorsqu’il s’agit de l’atteinte d’un seul appui, il y a lieu d’étayer avant de réhabiliter,
lorsque tout danger est écarté, on pourra débarrasser la partie détériorée du bois et le traiter.
Le nouvel appui sera soutenu par un corbeau en pierre ou tout autre matériau pouvant assurer
cette fonction. On peut éventuellement ajouter une pièce de bois pour remplacer la partie
détériorée de la solive (figure 4.17)215.
Mettre en place un corbeau
Nettoyer la partie
Etayer le plancher
en pierre ou en bois.
détériorée.
avant d’intervenir.
Figure 4.17 : Étapes à suivre pour remplacer un appui plancher.
214
Fiche
technique.
1.15.
Remplacer
un
linteau.
Corpus
Levant.
http://www.medacorpus.net/libros/pdf_fiches/liban_frn/rehab/1-15%20FR.pdf
215
Fiche technique. 1.18. Réparer un appui de plancher au niveau du mur. Corpus Levant. Euromed Heritage.
95
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
b) Dans le cas d’une série d’appuis, les parties détériorées devront être traitées suivant
la méthode précédente. Ensuite, il conviendra de mettre en place une poutre métallique216 ou
une poutre en bois de section plus importante que celle existant et qui supportera toutes les
charges et surcharges
du plancher. Il faudra
aussi placer au dessous
de
cette
poutre
un
chaînage ou des pièces
en bois répartissant les
charges afin d’éviter les
fissures
Vue d’un étaiement de plancher et
élimination de la partie en bois détériorée.
Vue en coupe de la poutre.
ponctuelles
(figure 4.18)217.
Figure 4.18: Étapes à suivre pour remplacer une série d’appuis plancher.
Lorsque les planchers n’arrivent plus à
Poutre
soutenir leur propre poids, un ajout de
.
poutres est nécessaire, elles seront placées
en travers de la poutre à renforcer, ce qui
permettra de réduire sa portée218. Il est
nécessaire de bien traiter les nouvelles
parties qui seront encastrées dans les murs
pour éviter d’éventuels désordres dus à
Photo 4.27 : Montant intermédiaires.
Village Boudjlil, Béjaïa. (Source : auteur).
l’humidité.
II.4.3.5. Consolidation des toitures
Dus aux surcharges, les désordres enregistrés sur la toiture sont principalement situés au
niveau de la charpente. On peut y remédier soit par remplacement de la pièce défectueuse par
une nouvelle de section plus importante soit par l’ajout d’éléments qui pourra reprendre les
poussées. Dans le cas d’une charpente non traditionnelle, il s’agira de renforcer les éléments
d’assemblages entre eux à l’aide de fers boulonnés ou par ajout d’éléments qui seront scellés à
l’existant (figure 4.19)219.
216
Bien traiter la poutre afin d’éviter de futurs désordres
Fiche technique. 1.19. Réparer une série d’appuis de plancher au niveau du mur. Corpus Levant. Euromed
Heritage.
218
César Diaz Gomez. Op. Cite. P. 305.
219
Yves-Marie Froidevaux. Op. Cite. P. 122.
217
96
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
Figure 4.19. Renforcement de la toiture.
II.4.3.6. Remplacement des pierres détériorées par substitution
La détérioration peut concerner la totalité de la pierre (photo 4.28) ou une partie seulement.
Celles défectueuses seront remplacées par d’autres qui devront avoir les mêmes
caractéristiques au niveau de « l’aspect architectural (couleur, grain de pierre, et, finition de
parement) ; et auront également les mêmes caractéristiques mécaniques et physico-chimiques
(composition, densité, capillarité) »
220
. Le choix du mortier doit être fait en fonction des
caractéristiques de celui existant (ce cas ne concerne que les
maçonneries en pierres hourdées au mortier). L’opération de
remplacement se fera de la manière suivante : dégagement du
contour de la pierre, retrait de celle-ci avec soin, nettoyage et
séchage de la cavité, pose de la nouvelle pierre en prenant
soin
de
bien
la
rejointoyer221.
Cette
opération
est
indispensable pour éviter des désordres plus importants
engendrant l’effondrement du mur.
Photo 4.28 Rupture de la pierre.
Village Djebla. Béjaïa
Afin d’éviter d’éventuelles détériorations de la pierre, notamment les pierres sédimentaires,
le sens de leur pose lors de la construction de murs est primordial. En effet, les pierres doivent
Photo 4.29 : Les différentes strates enregistrées sur la
pierre. Village Mazekwane, Bejaia. (Source : auteur).
220
221
Figure 4.20 La pose de la pierre en lit ou en délit
Jean et Laurent Coignet. Maçonnerie de pierre. Op. Cite. P. 89.
Yves-Marie Froidevaux. Op. Cite. P. 16.
97
Quatrième chapitre
Pathologies et remèdes de l’architecture traditionnelle en Kabylie
être posées de manière à recevoir les forces qu’elles supportent, perpendiculairement au lit de
leur structure222. Si elles sont placées parallèlement aux forces, elles deviennent fragiles et des
fissures peuvent apparaitre223.
Conclusion
Afin d’atteindre l’objectif du présent chapitre à savoir, le repérage des différentes
pathologies affectant l’architecture traditionnelle de Kabylie et pour pouvoir présenter les
remèdes les mieux indiqués, un travail de terrain a été effectué à travers plusieurs villages. La
recherche bibliographique réalisée ainsi que les différents témoignages recueillis auprès des
villageois nous ont permis de localiser un nombre important de villages et de tribus
(ensembles de villages) où l’architecture traditionnelle est encore visible. Vingt-cinq villages
dans les wilayat de Béjaia et de Tizi-Ouzou ont été recensés. Notre constat est qu’un nombre
important d’entre eux sont en état de ruines, ce qui nous a d’ailleurs facilité la tâche de
repérage des pathologies affectant cette architecture villageoise. Entre ruines et
transformations anarchiques, tel est malheureusement le destin de l’architecture villageoise de
Kabylie aujourd’hui. A cet effet des opérations de réhabilitation s’imposent ; pour les réussir
l’étape du diagnostic des pathologies est primordiale.
L’ennemi numéro un dans le processus de dégradation d’un habitat est le manque
d’entretien ; en effet ce dernier joue un rôle central dans la préservation des caractéristiques
fondamentales de l’édifice en général et des matériaux qui le composent en particulier. Cette
étape d’entretien est encore plus exigée pour les constructions traditionnelles en pisé, une des
typologies recensée dans l’architecture villageoise de Kabylie. Les composantes matérielles
de cette architecture restent en grande partie la pierre, la terre crue et cuite et enfin le bois,
c’est-à-dire des matériaux naturels sans pratiquement aucune transformation. De nombreuses
pathologies sont liées à ces matériaux sous l’effet de l’humidité, de l’eau, d’écarts de
température, de gel-dégel, de cristallisation de sels dans leur structure… A ces pathologies de
matériaux, s’en ajoutent d’autres qui touchent les éléments de structure de l’édifice, murs
porteurs, fondations, planchers et toitures. Ces éléments de structure sont souvent déstabilisés
par des efforts dynamiques tels que les séismes, les tassements différentiels des sols pour ne
citer que ceux-là. Des remèdes pour solutionner les différentes pathologies sont proposés, ils
traitent les fondations, le sol (parterre), les murs, les planchers intermédiaires et les toitures.
222
223
Marc Mamillian. Restauration des bâtiments en pierre.1994
Christophe Robert et Hervé Thillard. Op. Cite. P. 33.
98
CONCLUSION GENERALE
Conclusion générale
Conclusion générale
Les villages traditionnels de Kabylie représentent un patrimoine inestimable d’où cette
nécessité absolue d’en assurer sa sauvegarde pour imprégner les générations futures des
valeurs architecturales de cet héritage. Malheureusement, de nouvelles typologies
constructives importées ont pris le dessus, modifiant ainsi la physionomie du paysage
villageois. Pour sa pérennisation, la mise en place d’une méthodologie d’intervention est
nécessaire, elle consistera en un pré-diagnostic, en des études pluridisciplinaires et en un
diagnostic (compte rendu). Cette dernière phase déterminera le type de réhabilitation à
entreprendre (légère, moyenne, lourde ou exceptionnelle) ou si un simple entretien est
suffisant.
L’architecture villageoise traditionnelle de Kabylie inspirée de son environnement
immédiat et respectueuse des valeurs sociales ancestrales répond parfaitement aux exigences
de ses occupants. Lors de nos déplacements sur le terrain, nous avons recensé différentes
typologies constructives : murs porteurs en maçonneries en pierres sèches, en pierres hourdées
au mortier de terre crue et enfin des murs porteurs en pisé. Les planchers quant à eux, sont
épais et constitués d’un empilage de poutres, de solives, de branchages et de terre. Concernant
les toitures, on en distingue deux catégories, en terre et en tuiles.
Notre étude a démontré également que certains matériaux nouveaux tels que le béton et le
ciment pouvaient avoir un impact négatif et parfois irréversible sur les matériaux
traditionnels, qui présentent une certaine souplesse et la particularité d’être « respirants »; en
revanche, certains matériaux nouveaux, ont des caractéristiques opposées (rigidité et
étanchéité). Pour toutes ces raisons, il est nécessaire de s’assurer que les nouveaux matériaux
à intégrer présentent les mêmes caractéristiques, que les anciens (comportement,
résistance…etc.), ce qui, par ailleurs contribuera à conserver le caractère rustique du lieu. De
ce fait, l’hypothèse de la réussite d’une opération de réhabilitation est étroitement liée à la
connaissance des différentes typologies constructives et des éléments constitutifs qui les
composent.
Par ailleurs, lors de nos visites nous avons recensé un certain nombre de pathologies dont
la résolution passe par l’identification de leurs origines : elles peuvent être, humaine,
accidentelle, ou encore dues à la dégradation progressive du matériau. Nous avons constaté
dans la majorité des villages que l’action de l’eau sur la bâtisse pouvait endommager son
enveloppe (efflorescences, moisissures…) voire sa structure (érosion des murs, altération du
99
Conclusion générale
bois) ; celle-ci se manifeste par infiltrations directes, remontées capillaires ou/et
condensation ; c’est pourquoi, il est nécessaire avant toute opération de réhabilitation,
d’assurer la mise hors d’eau du bâti par des drains périphériques, des barrières étanches, des
débordements de toitures…
Certaines autres sources de dégradations, notamment la végétation dont les racines
envahissent les parois, ainsi que la présence de lichens, indicateurs d’une pollution
atmosphérique réduite, ont été constatées, leur traitement passe par différents procédés,
arrachage, désherbage, pulvérisation de produits adéquats…
D’autres facteurs tels que les mouvements du sol, les séismes et les surcharges peuvent
également être responsables de dégradations : effondrements de toitures et de planchers par
exemple. Ces désordres seront traités selon le cas, par une reprise des fondations ou par une
consolidation de la structure. C’est grâce à un travail de diagnostic et de recensement des
différentes pathologies observées sur les sites, que nous avons pu vérifier l’hypothèse
préalablement émise.
Le présent travail nous a permis d’aborder un certain nombre de points qui nous ont
apporté d’une part des éclaircissements sur le bâti traditionnel de Kabylie et d’autre part une
confirmation des hypothèses émises. Néanmoins, cette recherche reste non exhaustive ; il
s’agira dans un travail ultérieur de faire un inventaire complet des constructions
traditionnelles de Kabylie en vue d’étudier plus précisément les caractéristiques de chacune
d’entre elles suivant leur structure (piliers, fermes des toitures), leurs techniques de
construction (pierre, pisé, tuile, toiture en terre…), et leur fonctionnement (tripartite). Mieux
connaitre le patrimoine villageois, le réhabiliter pour le valoriser, tels sont les objectifs
auxquels nous nous attèlerons dans un travail futur.
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Renforcer une fondation : reprise en sous-œuvre (superficielle). 1.07. Réparer une fissure
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LISTES DES FIGURES ET
PHOTOS
Listes des figures et des photos
LISTE DES FIGURES
Figure 1.1. Schéma sur le processus d’un diagnostic.
14
Figure 1.2. Les différentes chaînes montagneuses de Kabylie
15
Figure 1.3. Coupe représentant la topographie de la Kabylie
16
Figure 1.4. Situation des sites visités.
17
Figure 2.1 : Plan d’une hara,
24
Figure 2.2 : Les différentes étapes de la construction de la maison kabyle.
26
Figure 2.3 : La division tripartite de la maison traditionnelle kabyle.
27
Figure 2.4 : Plans et coupe de la maison kabyle.
30
Figure 2.5 : Echafaudage encastré à boulins traversants.
34
Figure 3.1 : Chaine d’angle.
49
Figure 3.2 : Le pisé, de l’extraction de la terre à sa mise en œuvre.
51
Figure 3.3 : Figure illustrant le damage de la terre.
52
Figure 3.4 : Dessin montrant les différents sens des joints dans la construction en pisé. 54
Figure 3.5 : Illustration montrant l’emplacement des laçonniers dans un mur en pisé.
54
Figure 3.6 : Différentes strates existant sur les planchers.
56
Figure 3.7 : La pose des tuiles.
59
Figure 3.8 : Détail des éléments composants la couverture en terre.
60
Figure 4.1 : Action des eaux de pluies sur les murs .
71
Figure 4.2 : Rejaillissement des eaux de pluies sur le sol.
71
Figure 4.3 : Humidité ascensionnelle : remontées capillaires.
71
Figure 4.4 : Formes de porosité.
71
Figures 4.5 : L’action du vent sur les murs en pisé
78
Figure 4.6 : Tassement différentiel engendrant la déstabilisation de la fondation.
79
Figure 4.7 : Réalisation d’un drainage des eaux.
84
Figure 4.8 : Etaiement de la structure pour une reprise en sous-œuvre.
89
Figure 4.9 : Les étapes des reprises en sous-œuvre de la semelle.
89
Figure 4.10: Tirants transversaux et chaînage périphérique.
90
Figure 4.11 Reprise de fissure sur un mur en pierre.
91
Figure 4.12 : Décalage des joints entre les assises horizontales pour éviter les fissures en
coup de sabre.
92
Figure 4.13 : Les étapes à suivre pour suturer une fissure.
92
107
Listes des figures et des photos
Figure 4.14 : Différents types de chaines.
93
Figure 4.15 : Mise en place d’une planche répartitrice de charges.
94
Figure 4.16 : Etapes à suivre pour remplacer un linteau.
95
Figure 4.17 : Étapes à suivre pour remplacer un appui plancher.
95
Figure 4.18: Étapes à suivre pour remplacer une série d’appuis plancher.
96
Figure 4.19. Renforcement de la toiture.
97
Figure 4.20: La pose de la pierre en lit ou en délit.
97
LISTE DES PHOTOS
Photo 2.1 : Village édifié le long de la ruelle.
21
Photo 2.2 : Village construit sur un plateau .
21
Photos 2.3 : Types de ruelles rencontrées.
23
Photo 2.4 : Vue sur tajmaat.
23
Photo 2.5 : Vue sur Takaat.
28
Photos 2.6 et 2.7 : Images illustrant des maisons avec mur claire-voie et sans mur claire-voie. 28
Photo 2.8 : Vue sur l'escalier menant vers taaricht.
29
Photo 2.9 : Le seuil de la maison.
29
Photo 2.10 : Vue sur l'escalier menant vers thagorfet.
30
Photo 2.11 : Les niches de rangement ou d’exposition.
31
Photo 2.12 : Les ikufan.
31
Photos 2.13 : Ouvertures (fenêtres) rencontrées dans les constructions en pierre.
32
Photos 2.14 : Ouvertures rencontrées dans les constructions en pisé.
33
Photos 2.15 : Les trous de boulin dans le mur.
34
Photos 2.16 : Ouvertures (portes) rencontrées dans les constructions en pierre.
35
Photos 2.17: Portes de maisons construites en pisé.
35
Photos 2.18 et 2.19 : Maisons en (R+1).
36
Photos 2.20 : Vues sur les escaliers droits.
36
Photo 2.21 : Vues sur la coursive en bois et sur l’escalier menant direct à une pièce.
37
Photo 2.22 : Mitoyenneté ancien/nouveau.
38
Photo 2.23 : Superposition du nouveau à l'ancien.
38
108
Listes des figures et des photos
Photo 3.1 : Murs sur un bloc de pierre.
41
Photos 3.2 : Murs en pierres sèches.
43
Photo 3.3 : Mur hétérogène.
43
Photos 3.4 : Mur illustrant son homogénéité.
43
Photo 3.5 : Coupe verticale illustrant l’amincissement du mur.
44
Photo 3.6. Murs illustrant leur homogénéité.
44
Photo 3.7: Mur illustrant son hétérogénéité.
44
Photos 3.8: Coupes transversales illustrant le positionnement des pierres.
45
Photo 3.9 : Image illustrant les formes du moellon.
45
Photo 3.10 : Photo illustrant les formes irrégulières des pierres.
46
Photos 3.11 : Moellons ébauchés avec calage, réalisé au moyen de petits cailloux ou bien
de tuiles cassées.
46
Photos 3.12 et 3.13 : Appareil irrégulier.
47
Photo 3.14 : Assises régulières.
47
Photos 3.15 : Les pierres sont disposées de façon à avoir des assises.
48
Photo 3.16 : Boutisse parpaigne.
48
Photo 3.17 : Mur constitué de deux parements non liés.
48
Photo 3.18 : Deux parements avec un remplissage de petites pierres.
48
Photo3.19 : Différents types de pose de pierres.
49
Photo 3.20 : Forme et taille des pierres d’angle différentes de celles du courant du mur. 49
Photo 3.21 : Forme et taille des pierres d’angle identiques à celles du courant du mur.
49
Photos 3.22 : Angles tronqués des maisons.
50
Photo 3.23 : Jonction entre mur de refend et mur de façade.
50
Photo 3.24 : Détail de la cloison.
50
Photo 3.25 : Mur en pisé sans soubassement.
52
Photo 3.26 : Mur en pisé avec soubassement.
52
Photos 3.27 et 3.28: Les différents types de murs en pisé.
53
Photo 3.29 : Murs en pisé.
54
Photo 3.30 : L’emplacement des laçonniers.
54
109
Listes des figures et des photos
Photos 3.31 : Images illustrant les chaines d’angles.
55
Photo 3.32 : Composants d’un plancher.
56
Photo 3.33 : Le plancher à travure simple.
56
Photo 3.34 : Le plancher à travure composée.
56
Photos 3.35 : Appui direct des solives sur le mur.
57
Photos 3.36 : Sous plancher avec des appuis sur lambourdes.
57
Photo 3.37 : Sous plancher des appuis sur lambourdes fixées sur des corbeaux en bois. 57
Photo 3.38 : Toiture à un seul versant.
58
Photo 3.39 : Coexistence de deux types de tuiles dans un même village.
58
Photo 3.40 : Tuile de courant en terre.
59
Photo 3.41 : Tuile de couvert en terre.
59
Photo 3.42 : Tuile mécanique en terre.
59
Photos 3.43 et 3.44 : Toiture en terre des villages kabyles.
60
Photos 3.45, 3.46 et 3.47 : Photos illustrant le système poteaux-poutres des constructions
kabyles.
61
Photos 3.48 et 3.49 : Images montrant les éléments en bois composant la charpente de la
maison kabyle.
62
Photo 3.50 : images montrant les éléments en bois composant la charpente d’une tajmaat.
62
Photo 3.51 : Vue sur une ferme de toiture à un seul versant.
62
Photo 3.52 : Détail sur les différentes couches de la couverture en tuiles.
63
Photos 3.53, 3.54 et 3.55 : Images illustrant les sous-toitures des maisons kabyles.
63
Photo 3.56 : Les tuiles sont posées directement sur des lattes.
64
Photo 3.57 : Les tuiles sont posées sur un platelage.
64
Photos 3.58 : Types d’appuis entre la toiture et les murs en pisé.
64
Photos 3.59 : Types d’appuis de la toiture sur les murs en pierres
65
Photos 3.60 : Murs extérieurs en pierre enduits.
66
Photo 3.61 : Différentes couches d’enduits appliquées sur les murs tout au long de
l’existence de la maison.
67
Photo 3.62 : Enduit de chaux additionné à du plâtre, appliqué sur les parois intérieures des
maisons.
67
Photos 3.63 : Matériaux et matériels utilisés pour enduire la maison kabyle en pisé.
68
110
Listes des figures et des photos
Photo 4.1 : Creusement de la base des murs.
72
Photo 4.2 : Défaut des gouttières.
72
Photos 4.3 : Dégradation des murs en pisé.
73
Photos 4.4 : Dégradation du mortier entre les pierres.
73
Photo 4.5. Remontée capillaire sur mur en pisé.
73
Photos 4.6 : Humidité sur un mur en pisé.
74
Photo 4.7 : Humidité sur un mur en pierres.
74
Photo 4.8 Pourrissement du bois.
74
Photos 4.9 : Prolifération de la végétation sur les murs.
75
Photo 4.10 : La végétation s’incruste entre les joints.
76
Photos 4.11 : Lichens présents sur la maçonnerie.
76
Photo 4.12 : Image illustrant l’envahissement du mur par des mousses.
77
Photo 4.13. Prolifération de la végétation sur les toitures en terre.
77
Photo 4.14 : Lichens sur les tuiles.
77
Photo 4.15 : Dégradation de la pierre.
78
Photo 4.16. Arrachage des tuiles par les vents violents.
78
Photos 4.17 : Fissuration sur les murs en pisé et en pierres.
80
Photo 4.18 : Fissuration sur les murs en pierres.
80
Photo 4.19 : Désolidarisation des deux murs.
80
Photos 4.20 : Effondrement d’une partie de l’angle des murs.
80
Photo 4.21 : Fissure ponctuelle.
81
Photos 4.22 : Effondrement du parement extérieur des murs.
81
Photos 4.23 : Images illustrant l’état de dégradation avancée des linteaux.
82
Photo 4.24 Fléchissement, du plancher.
82
Photo 4.25. Fissure au niveau du bois.
82
Photo 4.26 : Fissure située au milieu du mur pignon.
92
Photo 4.27 : Montant intermédiaires.
96
Photo 4.28 Rupture de la pierre.
97
Photo 4.29 : Les différentes strates enregistrées sur la pierre.
97
111
ANNEXE 01
Annexe 01
Liste des villages et tribus visités
Nom des
wilayas
Daïra
Villages
Boudjlil
Boudjlil
Type de matériaux
Ighil Ali
Ighil Ali
Qallaa d’Aït Abbas
Akfadou
Imaghdacene
Beni Maouche
Beni Maouche
Sidi Aich
Sidi Aich
Semaoune
El ghava
Timezrit
Timezrit
Tichy
Mazekwane
Kendira
Kendira
Béni Ksila
Djebla
Pierre sèche
Seddouk
Seddouk
Pierre et pisé
Aït El Kaid
Aït El Kaid
Tagmount Azouz
Tagmount Azouz
Aïne El Hammam
Aït Selane
Pierre
Bejaia
Pierre
Taourit Mimoun,
Aït Daoud,
Ath Larbaa,
Aït yenni
Pierre et pisé
Darna
Tizi Ouzou
Aït Saada
Thala N’tazerth
Azzefoune
Azzefoune
Yakourene
Ancien village
Pierre séche
Icherkeyene
Maatkas
Pisè
Tala Hamou
112
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Thank you for your participation!

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