Introduction LA VISION THÉOLOGIQUE D`UNE ÉGLISE

Introduction LA VISION THÉOLOGIQUE D`UNE ÉGLISE
Introduction
LA VISION THÉOLOGIQUE
D’UNE ÉGLISE CENTRÉE SUR L’ÉVANGILE
RÉUSSITE, FIDÉLITÉ OU FRUIT ?
Lorsqu’on se lance dans le ministère chrétien, il est tout simplement naturel de se demander : « Est-ce que je m’en sors bien ? Et comment le savoir ? ».
On a tendance, aujourd’hui, à répondre en parlant de réussite. Certains disent
que, si le nombre de conversions, de membres et de dons augmente dans une
Église, cela signifie que le ministère est efficace. Si cette conception du ministère a la cote, c’est parce que l’individualisme de la culture moderne a profondément érodé la fidélité aux institutions et aux groupes. Les individus sont
désormais des « consommateurs spirituels », qui fréquenteront une Église
seulement si (et tant que) son culte et ses prises de parole sont immédiatement
intéressantes et attrayantes. Par conséquent, les pasteurs qui sont capables de
créer de fortes expériences religieuses et d’attirer un grand nombre de personnes de par leur charisme personnel sont récompensés par de grandes
Églises en forte croissance.
En réaction à cette insistance sur la réussite quantifiable, beaucoup
répliquent que le seul vrai critère qui compte, pour les pasteurs, est celui de
la fidélité. Selon cette conception, tout ce qui importe, c’est que le pasteur soit
doctrinalement solide, sérieux dans sa vie de piété et fidèle dans son enseignement et dans son accompagnement. Mais ce retour de balancier – fidélité et
non réussite – prend la forme d’une simplification excessive qui présente aussi
ses risques. Exiger que les pasteurs ne soient pas seulement sincères et fidèles
mais aussi compétents n’est pas une innovation moderne. Charles Spurgeon,
le célèbre prédicateur britannique baptiste du xixe siècle, soulignait qu’il faut
davantage que de la fidélité pour faire un pasteur :
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UNE ÉGLISE CENTRÉE SUR L’ÉVANGILE
[Le candidat incohérent] vient, doté d’une véhémence et d’un zèle remarquables mais d’une absence manifeste d’intelligence. Il tape du pied, brandit
la Bible, mais la montagne accouche d’une souris. Débordant de zèle et d’ardeur, il ne peut exprimer plus de cinq idées liées entre elles. D’une compréhension infime et d’un orgueil illimité, il s’époumone, peste, pleure et tonne
comme le tambour plein de vide. Une formation ne l’emplira pas 1.
Notez que Spurgeon éprouve une affection évidente pour ces hommes. Il
ne les ridiculise pas. Il dit qu’ils sont fidèles et profondément consacrés au
travail pastoral, mais que « la montagne accouche d’une souris ». Quand ils
enseignent, il y a peu ou pas d’apprentissage ; quand ils évangélisent, il y a peu
ou pas de conversion. Ce qui amène donc Spurgeon à refuser leur candidature.
En résumé, dire que seule la fidélité compte, c’est une simplification excessive.
Nous avons besoin, en effet, de quelque chose de plus que la fidélité pour évaluer si nous sommes les serviteurs que nous devrions être.
Au fur et à mesure de mes lectures, de mes réflexions et de mes enseignements, je suis arrivé à la conclusion que, pour évaluer un ministère, la notion
de fruit est plus biblique que celle de réussite ou de fidélité. Ainsi Jésus dit à
ses disciples qu’ils doivent produire « du fruit en abondance » (Jn 15.8). Et
Paul parle même, de manière encore plus précise, des conversions comme des
« fruits » qu’il désire voir quand il ira prêcher à Rome, pour « pouvoir récolter
quelques fruits parmi vous comme parmi bien d’autres peuples » (Rm 1.13).
L’apôtre parle aussi du « fruit » de la piété qu’un responsable chrétien peut
voir grandir dans la vie des chrétiens dont il a la charge. Ce fruit comprend
le « fruit de l’Esprit » (Ga 5.22). Les bonnes œuvres, comme la compassion
envers les pauvres, sont également appelées « fruits » (Rm 15.28).
Paul a comparé le soin pastoral apporté à la communauté à une forme de
jardinage. Il écrit aux chrétiens de Corinthe qu’ils sont le « champ de Dieu »,
dans lequel certains serviteurs ont planté, d’autres arrosé et d’autres encore
récolté (1 Co 3.9). La métaphore du jardinage montre que la réussite et la
fidélité sont des critères insuffisants en eux-mêmes pour l’évaluation d’un
ministère. Les jardiniers doivent certes être fidèles dans leur travail, mais ils
doivent aussi être qualifiés, sinon rien ne poussera dans le jardin. Pourtant, en
fin de compte, la mesure de la réussite du jardin (ou du ministère) est déterminée par des facteurs indépendants de la volonté du jardinier. Le niveau de
fertilité varie en fonction de la « condition de la terre » (certains groupes de
personnes ont des cœurs plus durs que les autres) et des « conditions climatiques » (l’œuvre souveraine de l’Esprit de Dieu).
L’apport du mouvement de croissance de l’Église de ces dernières décennies est indéniable. Mais son insistance excessive sur la technique et les résultats risque de mettre trop de pression sur les responsables chrétiens, parce
1.Charles Spurgeon, Je vous ferai pêcheurs d’hommes. Une sélection des « causeries à mes étudiants », Chalon-sur-Saône, Europresse, 1991, p. 30.
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LA VISION THÉOLOGIQUE D’UNE ÉGLISE CENTRÉE SUR L’ÉVANGILE
que sont laissées de côté la formation du caractère et la souveraineté de Dieu.
En revanche, ceux qui affirment que seule la fidélité est requise – et qui ont
en grande partie raison – risquent d’enlever trop de pression des épaules des
responsables. Ils éviteront alors de se poser des questions difficiles lorsque leur
ministère, même fidèle, ne portera que peu de fruits. Lorsque le fruit devient le
critère d’évaluation, nous sommes tenus pour responsables, mais pas écrasés
par l’attente du fruit : des vies radicalement transformées par l’intermédiaire
de notre ministère.
Le « secret » des fruits de l’Église Redeemer
Après quasiment une décennie de ministère pastoral dans une petite ville
de l’État de Virginie, j’ai déménagé à Philadelphie, où j’ai enseigné à la faculté
de théologie de Westminster, au milieu des années 1980. On m’avait demandé
d’enseigner la prédication, le ministère pastoral, l’évangélisation et la doctrine
de l’Église. Ce poste académique m’a permis, pour la première fois, de réfléchir à ce que j’avais appris pendant mes premières années trépidantes de responsable d’Église. Cette situation m’a également donné l’occasion d’étudier
le ministère plus en profondeur, ce qui m’aurait été impossible auparavant.
En 1989, notre famille a déménagé à New York pour le démarrage d’une nouvelle Église : l’Église presbytérienne Redeemer. Quelques années plus tard,
nous avons commencé à recevoir des demandes de pasteurs de tout le pays
(et, même, finalement de l’étranger) qui voulaient savoir s’ils pouvaient nous
rendre visite, pour « voir ce que vous faites et qui marche si bien à Manhattan ». Bientôt, il devint impossible de rencontrer chaque visiteur individuellement ; nous avons donc commencé à organiser régulièrement des week-ends
pour que des visiteurs puissent observer l’Église.
Ces conférences m’ont amené à résumer le travail que nous faisions et qui
portait du fruit dans la ville. Mes interventions étaient basées sur les cours que
j’avais développés à Westminster en réponse à cette question : « Qu’est-ce qui
rend un ministère de l’Évangile fidèle et fructueux ? » Mais ces cours avaient
été plutôt théoriques. Désormais, on me demandait des principes de ministère
fondés sur l’expérience quotidienne de notre travail à Manhattan.
La démarche d’identification de ces « principes de ministère » n’a pas été
facile, car ce que je voulais dire aux observateurs n’entrait pas facilement dans
les catégories existantes.
D’ordinaire, on écrit deux genres de livres pour les pasteurs et les responsables d’Églises. Le premier pose des principes bibliques généraux valables
pour toutes les Églises. Ces livres commencent par de l’exégèse scripturaire
et de la théologie biblique, puis énumèrent les caractéristiques et les fonctions
d’une véritable Église selon la Bible. La plus importante de ces caractéristique est la fidélité à la Parole et la solidité doctrinale ; mais ces livres exigent
aussi, à juste titre, que soient appliquées des normes bibliques à l’évangélisation, à l’exercice des responsabilités chrétiennes, à la vie communautaire et
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UNE ÉGLISE CENTRÉE SUR L’ÉVANGILE
à l’engagement des membres, au culte et au service. Tout cela est en effet crucial, mais je connais un bon nombre de pasteurs qui ont pratiqué leur ministère selon ces principes et qui ont vu des fruits, mais qui, en arrivant à New
York, ont constaté que les mêmes fondements ne produisaient pas les mêmes
résultats. J’en ai conclu que, s’il était absolument nécessaire de comprendre les
caractéristiques bibliques d’une Église en bonne santé, il devait falloir ajouter
autre chose pour qu’un ministère soit productif.
L’autre catégorie de livres opère à l’autre extrême. Ces livres ne passent
que peu de temps à poser les fondements bibliques et théologiques, même s’ils
citent pratiquement tous des textes bibliques. Ce sont plutôt des guides pratiques décrivant des modes de fonctionnement, des programmes et des façons
spécifiques de travailler dans l’Église. La vente de ce genre de livres a explosé
en librairie pendant les beaux jours du mouvement de croissance de l’Église,
dans les années soixante-dix et quatre-vingt, avec les écrits d’auteurs comme
C. Peter Wagner et Robert Schuller. Une deuxième génération de livres de la
même veine est apparue avec des récits personnels racontant le développement d’Églises « à succès » ; ils étaient écrits par des pasteurs expérimentés,
qui distillaient des principes pratiques pour que d’autres en profitent. Une
troisième génération de livres pratiques sur l’Église est apparue il y a un peu
plus de dix ans. Ce sont des ouvrages qui critiquent directement les guides
pratiques consacrés à la croissance de l’Église. Ils se composent, néanmoins,
en grande partie d’études de cas et de photos montrant à quoi ressemble une
Église efficace sur le terrain et donnent des conseils pratiques sur l’organisation et la conduite des ministères. Je le répète, j’ai quasiment toujours appris
de chacun de ces livres. Mais, globalement, je les ai trouvés moins utiles que
je l’avais espéré. Implicitement ou explicitement, ces ouvrages considèrent les
techniques et les modèles qui ont fait leurs preuves à tel endroit et tel moment
comme des principes quasi absolus. J’étais presque sûr que bon nombre de ces
méthodes ne fonctionneraient pas à New York et n’étaient pas aussi universellement applicables que les auteurs le prétendaient. En dehors des États-Unis,
en particulier, certains responsables d’Églises ont trouvé ces livres agaçants,
car les auteurs partaient du principe que ce qui marchait dans telle banlieue
des États-Unis marcherait aussi quasiment partout ailleurs.
Alors que les gens me pressaient de parler et d’écrire au sujet de notre
expérience à Redeemer, je me suis rendu compte que la plupart me poussaient à écrire ma propre version du deuxième type de livres. Les pasteurs
ne voulaient pas que je récapitule la doctrine biblique et les principes de vie
d’une Église – ce qu’ils avaient déjà étudié en faculté de théologie. Ils cherchaient plutôt un livre du genre : « Les secrets du succès ». Ils voulaient un
mode d’emploi, des programmes et des techniques spécifiques, susceptibles
d’attirer une population urbaine. Un pasteur m’a dit : « J’ai essayé le modèle
“Willow Creek”. Maintenant, je suis prêt à essayer “Redeemer”. » Les gens
venaient vers nous parce qu’ils savaient que nous connaissions une certaine
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LA VISION THÉOLOGIQUE D’UNE ÉGLISE CENTRÉE SUR L’ÉVANGILE
réussite dans une des villes les plus sécularisées des États-Unis, l’une de celles
où les gens allaient le moins à l’église. Mais quand les visiteurs ont commencé
à venir à Redeemer, au début et au milieu des années quatre-vingt-dix, ils ont
été déçus parce qu’ils n’ont pas discerné de nouveau « modèle », en tout cas
pas sous la forme de programmes originaux et novateurs. À première vue,
l’Église leur semblait tellement traditionnelle. Pour toucher de jeunes adultes
postmodernes qui ne fréquentent pas d’Église, beaucoup de pasteurs prêchent
dans des bâtiments neutres, s’habillent de façon décontractée, s’assoient sur
des tabourets, montrent des extraits de vidéo et passent de la musique rock
indé. À Redeemer, nous ne faisions rien de tout cela, et pourtant nous touchons des milliers de jeunes qui sont précisément de ces adultes sécularisés et
éduqués que les Églises ne parviennent pas à atteindre.
À Redeemer, par exemple, la musique est classique pendant les cultes du
matin et jazz pendant les cultes du soir. Comme c’est inhabituel, certains ont
posé la question : « C’est comme ça que vous touchez la population urbaine ?
Est-ce que c’est une clé ? » Réponse
ef
immédiate de ma part : « Non. Non Le « secret » des fruits de Redeemer n’était
seulement vous parviendrez à dif- pas tant la façon particulière dont s’exférentes conclusions à propos de la prime le ministère, mais comment nous
musique dans différentes villes du sommes arrivés aux formes que nous
monde, mais il y a eu et il y a d’autres utilisons.
gh
choix musicaux possibles pour le culte
qui fonctionnent à New York. » D’autres ont conclu que c’était le style de prédication de Redeemer qui était la clé de la réussite. Ils ont remarqué que j’avais
tendance à citer abondamment des sources médiatiques et littéraires et ils en
ont déduit que c’était la façon de toucher les populations urbaines. Mais il est
possible d’adopter ce style sans obtenir de grands résultats. Pour qu’une prédication captive les jeunes adultes sécularisés, il ne suffit pas que les prédicateurs
utilisent des extraits vidéo de leur film préféré, s’habillent de façon détendue
et étalent leurs connaissances. La prédication intéresse les auditeurs quand les
prédicateurs comprennent leur culture et leur cœur tellement bien que ceux
qui les écoutent sentent la force de l’argumentation du sermon, même si, en
fin de compte, ils ne sont pas d’accord. Ce n’est pas une question de style ou
de programme.
Pendant ces années de conférences, il devint évident que le « secret » des
fruits de Redeemer ne résidait pas dans ses programmes de ministère mais se
situait à un niveau plus profond. L’important, pour les observateurs, n’était
pas tant qu’ils comprennent la façon particulière dont s’exprime le ministère,
mais qu’ils saisissent comment nous étions arrivés aux formes que nous utilisions. Nous avions longuement réfléchi à la nature et aux implications de
l’Évangile, puis nous avions longuement réfléchi à la culture new-yorkaise,
aux sensibilités des chrétiens et des non-chrétiens, et au paysage émotionnel
et spirituel du centre-ville. Ce furent la nature de cette analyse et le processus
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UNE ÉGLISE CENTRÉE SUR L’ÉVANGILE
DES LIVRES SUR L’ÉGLISE SELON LA BIBLE
• Les livres de Mark Dever, L’Église intentionnelle (Genève/Lyon, IBG/Clé, 2007)
et L’Église. Un bilan de santé (Genève/Lyon, IBG/Clé, 2009) sont parmi les plus
pratiques et les plus utiles de tous les livres consacrés aux principes bibliques.
• Tout aussi appréciés mais écrit d’un point de vue presbytérien, on peut
recommander Living in Christ’s Church (Philadelphie, Great Commission
Publications, 1986), d’Edmund Clowney ; de même, City on a Hill. Reclaiming the
Biblical Pattern for the Church in the 21st Century (Chicago, Moody, 2003) de Philip
Graham Ryken.
• Le livre de Christian Schwarz, Le développement de l’Église. Une approche originale
et réaliste (Paris, Empreinte, 1996), appartient à la même catégorie, mais se
préoccupe moins de doctrine.
• Le livre de John Stott, The Living Church (Downers Grove, IVP, 2007) est une
introduction au sujet écrite dans une perspective anglicane.
• Le meilleur livre théologique (mais accessible) reste celui d’Edmund Clowney :
L’Église (Charols, Excelsis, 2009).
de prise de décisions qui s’ensuivit, plutôt que ses résultats spécifiques, qui ont
joué un rôle primordial dans les fruits de notre ministère. Nous voulions nous
laisser façonner par ce que Jonathan Edwards appelait « les règles de l’Évangile 2 ». Nous ne nous sommes pas contentés de choisir un style de musique
ou des illustrations de sermons qui correspondent à nos goûts et nous fassent
plaisir, pas plus, d’ailleurs, que le Christ n’a vécu pour se faire plaisir.
Matériel, système d’exploitation et logiciel
Quel est exactement ce niveau plus profond ? Avec le temps, j’ai commencé
à réaliser qu’il s’agissait d’un espace intermédiaire entre deux dimensions plus
évidentes du ministère. Nous avons tous une base doctrinale (un ensemble
de convictions théologiques) et nous pilotons tous des formes de ministère
particulières. Mais bon nombre de pasteurs reprennent à leur compte des
2.Jonathan Edwards, « Christian Charity : The Duty of Charity to the Poor Explained and
Enforced », dans The Works of Jonathan Edwards, éd. E. Hickman, Carlisle, Banner of
Truth, 1974, vol. 2, p. 171. Dans ce traité, Edwards utilise l’expression « règles de l’Évangile » pour désigner la forme de l’œuvre rédemptrice du Christ (le don de soi sacrificiel en
faveur de personnes qui sont pauvres et en échec d’un point de vue spirituel), qui doit en
retour façonner la façon dont nous nous comportons dans le monde. Il déduit de l’Évangile
que nous devrions a) pardonner à ceux qui nous ont fait du mal ; b) donner aux pauvres,
qu’ils le « méritent » ou non ; c) aider les autres même quand nous ne pouvons pas nous
le permettre. Edwards élargit les implications de l’expiation substitutive du Christ et de la
gratuité de la justification à chaque domaine de notre vie. Dans ce texte, il nous donne un
bon exemple de la façon dont une réflexion sur les éléments essentiels de l’Évangile conduit
à une implication dans un ministère en faveur des pauvres.
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LA VISION THÉOLOGIQUE D’UNE ÉGLISE CENTRÉE SUR L’ÉVANGILE
programmes et des pratiques de ministère qui ne correspondent ni à leurs
convictions doctrinales ni à leur contexte culturel. Ils adoptent des méthodes
connues qui sont souvent importées de l’extérieur, « plaquées », alors qu’elles
sont étrangères à la théologie ou au contexte de l’Église (et parfois aux deux !).
Lorsque cela se produit, les fruits ne sont pas au rendez-vous. Le ministère n’a
pas d’influence sur la vie des membres de l’Église et ne touche pas les habitants
DES GUIDES PRATIQUES SUR L’ÉGLISE
C’est C. Peter Wagner qui est à l’origine de la vague de livres pratiques sur la croissance de l’Église, avec Conduire votre Église vers la croissance (Rouen/Nyon, Menor/
LCC, 1992) et Your Church Can Be Healthy (Nashville, Abingdon, 1979). Plus récemment,
d’autres livres influents sur la croissance de l’Église ont paru, de la plume de pasteurs
de grandes Églises américaines. Parmi ces livres : Rediscovering Church. The Story and
Vision of Willow Creek (Grand Rapids, Zondervan, 1997), de Bill et Lynne Hybels ; L’Église,
une passion, une vision (Ministères Multilingues, 1999), de Rick Warren. Beaucoup de
ces livres de « seconde génération » sur la croissance de l’Église rendent compte de l’efficacité d’une méthode ou d’une pratique du ministère. Larry Osborne, par exemple,
dans Sticky Church (Grand Rapids, Zondervan, 2008), met en valeur l’utilité des groupes
de maison basés sur les prédications du dimanche ; Fusion. Turning First-Time Guests
into Fully Engaged Members of Your Church (Ventura, Regal, 2008), de Nelson Searcey,
met l’accent sur le suivi des visiteurs et leur intégration.
La troisième génération de livres pratiques réagit contre le mouvement de croissance
de l’Église et les méga-Églises. La plupart des livres concernés proposent une nouvelle
façon de procéder, basée sur un concept clé. Dans Simple Church. Returning to God’s
Process for Making Disciples (Nashville, Broadman & Holman, 2006), Thom Rainer considère que le discipulat est l’élément clé. Dans Total Church. A Radical Reshaping around
Gospel and Community (Wheaton, Crossway, 2008), Tim Chester et Steve Timmis
repensent l’Église en terme de communauté. Pour L’essentiel dans l’Église. Apprendre
de la vigne et de son treillis (Clé-IBG, 2014), de Colin Marshall et Tony Payne, le cœur du
ministère réside dans la formation des prédicateurs laïques. The Church of Irresistible
Influence. Bridge-Building Stories to Help Reach Your Community (Grand Rapids, Zondervan, 2001), de Robert Lewis, et The Externally Focused Church (Loveland, Group, 2006),
de Rick Rusaw et Eric Swanson, mettent en avant l’implication locale et le service.
D’autres livres, nettement différents, peuvent être groupés dans la catégorie « Église
missionnelle ». Parmi les exemples récents, on peut citer Church Next. Quantum
Changes in How We Do Ministry (Downers Grove, IVP, 2000), d’Eddie Gibbs ; The Present
Future (2003), de Reggie McNeal ; et Emerging Churches. Creating Christian Community
in Postmodern Cultures (Grand Rapids, Baker, 2005), de Ryan Bolgers. Plus récemment
encore : Missional Renaissance (2009) et Missional Communities (2011) ; de Reggie
McNeal, publiés par Jossey-Bass ; et Missional Small Groups. Becoming a Community
that Makes a Difference in the World (Grand Rapids, Baker, 2010), de M. Scott Boren. Voir
la partie 6 pour d’autres informations sur l’Église missionnelle.
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UNE ÉGLISE CENTRÉE SUR L’ÉVANGILE
de la ville. Pourquoi ? Parce que les programmes mis en œuvre ne proviennent
pas naturellement d’une réflexion sur l’Évangile et sur la culture environnante.
Imaginez, par exemple, qu’un pasteur ayant eu un ministère florissant dans
une banlieue de grande ville déménage en milieu urbain. Il continue à prêcher et à faire son travail pastoral exactement de la même manière qu’auparavant ; bientôt, il observe une chute alarmante de l’assistance et des effets de
l’Évangile sur les personnes. Il peut choisir d’avancer dans l’une de ces trois
directions. Premièrement, il peut continuer à faire la même chose, attribuant
le manque de fruit à la dureté de cœur des citadins. Deuxièmement, il peut
lire des livres, à la recherche de nouvelles méthodes qui fonctionnent ailleurs
(en général, dans le contexte de banlieues résidentielles aux États-Unis) ; il
découvre alors, une fois ces méthodes adoptées, qu’elles ne fonctionnent pas
dans ce nouvel environnement. Troisièmement, il peut en venir à croire qu’il
doit repenser et changer sa base doctrinale, déduisant de son expérience que
les gens d’aujourd’hui ne peuvent accepter l’enseignement biblique traditionnel sur le jugement et l’expiation. Dans chacun des cas, il ne perçoit pas l’espace intermédiaire qui existe entre la doctrine et la pratique, un espace dans
lequel nous pouvons penser notre théologie et étudier notre culture de façon à
comprendre comment elles peuvent toutes les deux modeler notre ministère.
Cette dernière approche conduit à des choix de formes de ministère plus judicieuses ou à l’élaboration de nouvelles formes plus prometteuses.
Si donc vous comparez votre base doctrinale à du matériel informatique
et votre projet de ministère à un logiciel, sachez qu’il existe entre les deux
quelque chose qu’on appelle un système d’exploitation. Je ne suis pas expert
en informatique (c’est le moins que l’on puisse dire), mais je sais qu’il existe
une couche logicielle entre le matériel et les différents logiciels installés par
l’utilisateur. De même, entre nos convictions doctrinales et nos programmes
de ministère, il devrait y avoir une vision sérieusement réfléchie de la manière
dont nous allons mettre en œuvre l’Évangile dans un milieu culturel particulier, à un moment donné de l’histoire. Il s’agit de quelque chose de plus pratique qu’une simple base doctrinale, mais de tellement plus théologique que
le mode d’emploi d’un ministère donné. Une fois cette vision mise en place,
avec ses orientations et ses valeurs, elle conduit les responsables d’Églises à
prendre les bonnes décisions en matière de culte, de formation de disciples,
d’évangélisation, de service et de dialogue avec la culture, le tout dans leur
champ de ministère, que ce soit en centre-ville, en banlieue ou dans une petite
commune.
LA VISION THÉOLOGIQUE
La couche logicielle intermédiaire correspond à ce que Richard Lints,
professeur de théologie au Gordon-Conwell Theological Seminary, appelle
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LA VISION THÉOLOGIQUE D’UNE ÉGLISE CENTRÉE SUR L’ÉVANGILE
« vision théologique 3 ». Selon Lints, notre base doctrinale, tirée des Écritures,
est le point de départ de tout :
La théologie doit d’abord être une conversation avec Dieu. […] Dieu parle
et nous écoutons. […] Le cadre théologique chrétien consiste principalement
à écouter – écouter Dieu. Lorsque nous faisons de la théologie, l’un des grands
dangers auxquels nous devons faire face, c’est le désir d’être les seuls à parler. […] Nous succombons le plus souvent à cette tentation en imposant des
limites conceptuelles extérieures à ce que Dieu dit dans sa Parole. […] Nous
introduisons de force le message de la rédemption dans un cadre culturel qui
en déforme les véritables intentions. Ou bien nous tentons de ne considérer
l’Évangile que du point de vue d’une tradition qui n’a que peu de lien présent
avec l’œuvre rédemptrice du Christ à la croix. Ou alors nous imposons des restrictions rationnelles à notre conception même de Dieu, au lieu de laisser Dieu
définir notre conception de la rationalité 4.
Cependant, la base doctrinale n’est pas suffisante. Avant de choisir telle
méthode spécifique de ministère, vous devez d’abord vous demander comment vos convictions doctrinales « peuvent être mises en rapport avec le
monde moderne ». C’est la réponse à cette question qui « constitue la vision
théologique » 5. En d’autres termes, la
ef
vision théologique est la vision de ce
« La vision théologique moderne doit cherque vous allez faire de votre doctrine cher à apporter tout le conseil de Dieu au
à un moment et à un endroit donnés. monde d’aujourd’hui, afin que ce monde
À partir de quoi la vision théologique puisse être transformé. » – Richard Lints
se construit-elle ? Lints montre que
gh
la vision théologique provient, bien
entendu, d’une profonde réflexion sur la Bible elle-même, mais qu’elle dépend
aussi beaucoup de ce que vous pensez de la culture qui vous environne.
Lints explique pourquoi nous ne pouvons pas nous limiter à notre base
doctrinale, mais devons prendre en compte aussi notre environnement
– le moment de l’histoire et l’espace culturel dans lesquels nous vivons :
Lorsque nous avons reconnu la source du dialogue [Dieu], il nous faut
ensuite tenir compte de ceux à qui Dieu parle. Dieu ne parle pas dans le vide
mais à des gens et par des gens, dans et par l’histoire. Le discours de Dieu
[…] s’adresse à des gens issus de différentes histoires culturelles, et c’est pour
cette raison (entre autres) qu’il est souvent incompris et mal interprété. […]
Nicodème et les pharisiens se situaient au sein d’une tradition donnée, ils
étaient conditionnés par une culture particulière et appliquaient certains principes de rationalité à leurs dialogues avec Jésus. Nous faisons la même chose
aujourd’hui. Il est [essentiel que] le peuple de Dieu [prenne] conscience des
3.Richard Lints, The Fabric of Theology. A Prolegomenon to Evangelical Theology, Grand
Rapids, Eerdmans, 1993, p. 9.
4.Ibid., p. 82.
5.Ibid., p. 315.
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UNE ÉGLISE CENTRÉE SUR L’ÉVANGILE
filtres historiques, culturels et rationnels qu’il applique, pour qu’il ne soit pas
gouverné par eux 6.
Ceci révèle, à mon avis, l’une des raisons du manque de fruits. Il nous faut
discerner dans quels domaines et comment la culture peut être critiquée ou
approuvée. Les réponses à ces questions auront d’énormes conséquences sur
la façon dont nous prêchons, évangélisons, organisons, dirigeons, formons des
disciples et accompagnons les gens. Lints fait cette observation importante :
La vision théologique permet [aux gens] de voir leur culture différemment
de la façon dont ils la voyaient auparavant… Ceux qui sont animés par une
vision théologique ne se contentent pas de s’opposer aux mouvements dominants de la culture ; ils prennent l’initiative de comprendre cette culture et de
s’adresser elle à partir du cadre des Écritures. La vision théologique moderne
doit chercher à apporter tout le conseil de Dieu au monde d’aujourd’hui, afin
que ce monde puisse être transformé 7.
En vue de l’élaboration d’une vision théologique, je propose une série de
questions analogues mais légèrement plus spécifiques. Au fur et à mesure que
nous répondrons à ces questions, une vision théologique verra le jour :
• Qu’est-ce que l’Évangile et comment procédons-nous pour qu’il parle
au cœur des gens d’aujourd’hui ?
• À quoi ressemble notre culture et comment pouvons-nous à la fois
entrer en relation avec elle et la remettre en question dans notre façon
de communiquer ?
• Où sommes-nous situés (grande ville, banlieue, ville moyenne, milieu
rural) et comment cela affecte-t-il notre ministère ?
• Dans quelle mesure et de quelle manière les chrétiens devraient-ils s’impliquer dans la vie sociale et culturelle de leur environnement ?
• Comment les différents ministères d’une Église – ministères de parole
et d’action, de relation et de formation – doivent-ils être liés les uns aux
autres ?
• Quel degré d’innovation et de tradition visons-nous pour notre Église ?
• Quelles relations notre Église aura-t-elle avec les autres Églises de notre
ville ou de notre région ?
• Comment envisageons-nous d’argumenter, dans notre culture, en
faveur de la vérité du christianisme ?
Ce concept de vision théologique explique comment, par exemple, notre
dénomination conservatrice presbytérienne, où toutes les Églises ont en commun la même base doctrinale détaillée (la Confession de foi de Westminster),
peut être profondément divisée sur les méthodes et les expressions de ministère : musique, style de prédication, méthodes d’organisation et de leadership,
6.Ibid., p. 83.
7.Ibid., p. 316-317.
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LA VISION THÉOLOGIQUE D’UNE ÉGLISE CENTRÉE SUR L’ÉVANGILE
L’ÉLABORATION D’UNE VISION THÉOLOGIQUE
Selon Richard Lints, dans The Fabric of Theology, quatre facteurs interviennent dans
l’élaboration d’une vision théologique. Le fondement, bien sûr, c’est une écoute de la
Bible conduisant à la définition de nos convictions doctrinales (p. 57-80). Le deuxième
facteur est une réflexion sur la culture (p. 101-116) : nous nous demandons ce qu’est
la culture moderne, et ce qui doit en être critiqué et ce qu’on peut en approuver.
Troisième facteur : notre compréhension particulière de la raison (p. 117-135). Certains
considèrent que la raison est capable d’amener un non-chrétien très près de la vérité,
tandis que d’autres nient cette possibilité. Notre conception de la nature de la rationalité humaine façonnera notre manière de prêcher, d’évangéliser, de discuter et d’entrer en dialogue avec les non-chrétiens. Le quatrième facteur est le rôle de la tradition
théologique (p. 83-101). Certains croyants sont anti-tradition et n’hésitent pas à quasiment réinventer le christianisme à chaque génération, sans accorder aucune importance aux interprètes de la communauté chrétienne du passé. D’autres accordent une
grande importance à la tradition et s’opposent aux innovations en ce qui concerne la
communication de l’Évangile et la pratique du ministère.
Pour Lints, ce que nous croyons à propos de la culture, de la raison et de la tradition
influence notre manière de comprendre ce que l’Écriture dit. Et même si trois pasteurs
parviennent au même ensemble de convictions doctrinales, s’ils ont des conceptions
différentes en matière de culture, de raison et de tradition, leur vision théologique et
les formes de leur ministère seront très différentes.
formes d’évangélisation et ainsi de suite. C’est parce que des Églises de même
doctrine fondamentale sont façonnées par des visions théologiques différentes
et répondent chacune à leur manière à ces questions de culture, de tradition
et de rationalité.
Certaines Églises croient, par exemple, que la culture populaire est presque
entièrement corrompue. Par conséquent, ces Églises n’utiliseront jamais de
musique populaire dans leurs cultes. D’autres n’ont aucun problème avec ce
style de musique. Pourquoi ? Ce n’est pas simplement une question de préférence personnelle. Quand nous prenons de telles décisions, nous posons des
questions implicites de vision théologique. Les différences fondamentales proviennent souvent de visions théologiques concurrentes. Pourtant, puisque la
vision théologique est en grande partie invisible, les gens concluent inévitablement (et malheureusement) que les différences sont doctrinales.
On pourrait même soutenir que la notion de vision théologique peut nous
aider à comprendre bien des conflits dans les Églises locales et les dénominations. Nos convictions doctrinales et nos confessions de foi ne nous disent
pas ce qui peut être approuvé et ce qui doit être critiqué dans notre culture ;
elles ne nous parlent pas non plus directement de notre rapport à la tradition
et au passé du christianisme, et n’expliquent pas vraiment comment la raison
11
UNE ÉGLISE CENTRÉE SUR L’ÉVANGILE
humaine fonctionne. Pourtant, nos ministères sont profondément modelés
par les présupposés que nous avons sur ces différentes questions. Quand nous
rencontrons d’autres personnes qui ont les mêmes convictions doctrinales
que nous mais dont nous détestons profondément la manière de pratiquer le
ministère, nous avons tendance à les soupçonner de s’être éloignées de leurs
fondements doctrinaux. Et il se peut que ce soit le cas. Pourtant, il est tout
aussi possible que ces personnes ne se soient pas égarées mais qu’elles travaillent à partir d’une vision théologique différente. À moins de rendre ces
présupposés plus visibles et conscients, nous nous comprendrons toujours de
travers et aurons du mal à nous respecter les uns les autres.
On peut représenter ces données sous la forme d’un schéma (voir page
13). Notre vision théologique, qui s’élabore à partir de notre base doctrinale
mais qui inclut des interprétations implicites ou explicites de la culture, est la
cause la plus directe de nos décisions et de nos choix concernant l’expression
du ministère.
Qu’est-ce alors qu’une vision théologique ? C’est une reformulation fidèle
de l’Évangile comportant de profondes implications pour la vie, le ministère et
la mission dans un type de culture donné et à un moment donné de l’histoire.
Tout un livre sur la vision théologique ?
La nécessité d’expliquer et de formaliser ces idées s’est faite plus pressante
lorsque nous avons commencé à implanter des Églises, d’abord à New York
puis dans bien d’autres villes du monde. Nous voulions aider les implanteurs
d’Églises à tirer profit autant que possible de notre réflexion et de notre expérience. Mais nous ne voulions surtout pas lancer des petites copies de Redeemer, car nous savions que chaque ville,
ef
et
même chaque quartier, est différent.
Une vision théologique est une reformulation fidèle de l’Évangile comportant de pro- Nous étions convaincus qu’une ville
fondes implications pour la vie, le ministère donnée avait besoin de toutes sortes
et la mission dans un type de culture donné d’Églises pour toucher toutes sortes de
et à un moment donné de l’histoire.
gens. Et nous savions que les implangh
teurs d’Églises devaient créer un ministère et non en reproduire un. Nous voulions les aider à implanter des Églises
qui ne ressembleraient pas à Redeemer en tout point, mais qui ressembleraient
à Redeemer dans certains domaines difficiles à décrire. Pour que cela puisse se
concrétiser, nous avons dû entreprendre de formuler une vision théologique,
à mi-chemin entre nos convictions doctrinales, d’un côté, et nos programmes
spécifiques de ministère, d’un autre côté.
Redeemer City to City est une association à but non lucratif impliquée dans
l’implantation d’Églises dans le monde, sur tous les continents et au sein d’un
large éventail de traditions théologiques. On ne s’étonnera pas que presque
tous nos centres de formation et d’encadrement s’appuient sur la vision
12
LA VISION THÉOLOGIQUE D’UNE ÉGLISE CENTRÉE SUR L’ÉVANGILE



EXPRESSION
DU MINISTÈRE
QUE FAIRE ?
Comment l’Évangile s’exprime dans une Église particulière, dans un lieu et un temps précis :
•
•
•
•
Adaptation locale et culturelle
Style de culte et programmes
Formation de disciples et processus d’évangélisation
Gouvernance et gestion de l’Église

VISION
THÉOLOGIQUE
QUEL REGARD ?
Une reformulation fidèle de l’Évangile comportant de
profondes implications pour la vie, le ministère et la
mission dans un type de culture donné et à un moment
donné de l’histoire :
•
•
•
•
Vision et valeurs
« ADN » du ministère
Accents et positionnements
Philosophie du ministère

FONDEMENT
DOCTRINAL
QUE CROIRE ?
Les vérités bibliques intemporelles concernant Dieu,
notre relation avec lui et ses projets pour le monde :
• Tradition théologique
• Affiliation dénominationnelle
• Théologie biblique et systématique
théologique décrite dans ce livre. Une fois que nous avons accueilli les futurs
implanteurs d’Églises, sur la base de leurs dons et leur solidité théologique,
nous consacrons relativement peu de temps aux bases doctrinales (bien que
nos formations soient très théologiques) et aux formes de ministère (même
si les implanteurs d’Églises luttent avec des problèmes concrets d’expression
et de forme dans leurs Églises). Voici ce que nous avons découvert en deux
décennies d’expérience.
1. Définir une vision théologique est difficile, mais c’est ce dont les pasteurs ont besoin. Les pasteurs qui travaillent en milieu urbain ont du mal
à faire le lien entre les bases doctrinales et la forme que prend le ministère.
On a tendance à accorder trop d’importance à la contextualisation locale
(ce qui conduit généralement à affaiblir ou à relativiser l’attachement de
l’Église à l’orthodoxie doctrinale) ou à accorder trop peu d’importance à
13
UNE ÉGLISE CENTRÉE SUR L’ÉVANGILE
cette contextualisation (ce qui crée des Églises repliées sur elles-mêmes, qui
touchent seulement certains genres de personnes et ne parviennent pas à faire
avancer l’action de l’Évangile dans la ville). Mais nous constatons que la qualité de la vision théologique détermine souvent la vitalité du ministère, particulièrement dans les milieux urbains.
2. La vision théologique peut être transférée et adaptée. Nous constatons
que cette vision théologique peut très bien être transférée vers d’autres Églises
– confessantes et orthodoxes – dans divers contextes et styles culturels. En
nous concentrant sur la vision théologique, nous prenons réellement part à
un mouvement, au lieu de nous contenter de créer des Églises à notre image.
Cette approche convient également aux responsables qui ont l’esprit d’initiative, et qui n’ont pas envie de passer leur temps à reformuler de la doctrine ou
à reproduire un modèle reçu ; ils veulent créer de nouvelles et belles façons
d’exprimer leur ministère.
3. La vision théologique va au-delà des Églises. Nous avons constaté
que cette vision théologique alimente l’implantation et le développement des
Églises, mais concerne aussi tous les genres de ministère, et même la mission
et la vocation de personnes qui ne sont pas des pasteurs « professionnels ».
UNE ÉGLISE CENTRÉE SUR L’ÉVANGILE
Dans ce livre, nous appellerons cette vision théologique – c’est-à-dire
cet ensemble particulier d’accents et de positionnement pour le ministère –
l’Église centrée sur l’Évangile. Je sais bien que, ces dernières années, ont été
publiés de nombreux livres ayant des titres du même genre. J’ai conscience
que je prolonge cette tendance, mais je le fais en gardant à l’esprit deux dangers. Le premier, c’est que le terme soit utilisé comme une étiquette ou un outil
de diagnostic pour dire : « Cette Église-là est une Église centrée sur l’Évangile,
tandis que cette autre n’en est pas une. » Je vais bien entendu essayer d’éviter
ce genre de raccourci inutile et je vous demande de faire de même. Le deuxième danger, c’est que les gens discernent dans ce terme des connotations
politiques ou doctrinales, comme si Redeemer recommandait à tout chrétien
engagé de se positionner au centre, entre la droite et la gauche ou entre les
conservateurs et les progressistes. Cela n’a rien à voir avec le sens que nous
avons voulu donner à ce terme.
Malgré ces risques, nous l’avons choisi pour plusieurs raisons.
1. L’Évangile est au centre de la vision. Dans la première partie du livre,
je vais chercher à montrer l’importance d’un ministère centré sur l’Évangile,
ce qui est différent d’un ministère d’adhésion à l’Évangile ou même de proclamation de l’Évangile.
2. Le centre est conçu comme le point d’équilibre. Dans ce livre, vous
entendrez souvent parler de la recherche des grands équilibres qu’on trouve
14
LA VISION THÉOLOGIQUE D’UNE ÉGLISE CENTRÉE SUR L’ÉVANGILE
dans l’Écriture : équilibre entre les ministères de parole et d’actions, entre
approbation et critique de la culture, entre implication culturelle et spécificité
contre-culturelle, entre consécration à la vérité et ouverture à ceux qui n’ont
pas les mêmes convictions, entre tradition et innovation.
3. Cette vision théologique est façonnée par et pour les zones urbaines et
culturelles. Redeemer et les autres Églises avec lesquelles nous avons travaillé
exercent leur ministère en zone urbaine. Nous croyons que la priorité la plus
haute pour l’Église du xxie siècle, de toucher le centre des grandes métropoles.
Cette vision théologique est certes largement applicable au-delà, mais elle est
colorée par l’expérience urbaine.
4. La vision théologique est au centre du ministère. Comme nous l’avons
décrit plus haut, la vision théologique crée un pont entre la doctrine et l’expression du ministère. Elle est donc centrale dans la définition de la mise en
œuvre de tout ministère. Deux Églises peuvent avoir des cadres doctrinaux
différents et différentes manières de mettre en œuvre le ministère, mais la
même vision théologique ; elles auront alors l’impression d’être des Églises
sœurs en matière de ministère. D’un autre côté, deux Églises peuvent avoir des
cadres doctrinaux et des formes de ministère analogues, mais des visions théologiques différentes ; elles se sentiront alors très différentes l’une de l’autre.
Les priorités d’une Église centrée sur l’Évangile
La vision théologique d’une Église centrée sur l’Évangile peut être tout simplement exprimée par l’énoncé de trois priorités fondamentales : l’Évangile, la
ville et le mouvement 8.
L’Évangile. Tant la Bible que l’histoire de l’Église nous montrent qu’il est
possible de détenir toutes les bonnes doctrines bibliques et de perdre pourtant
en pratique la juste compréhension de l’Évangile. Selon Martyn Lloyd-Jones,
s’il est évident que nous perdons l’Évangile quand nous abandonnons l’orthodoxie doctrinale, nous pouvons aussi nous éloigner de la prédication et de la
mise en œuvre de l’Évangile par une orthodoxie morte ou certains déséquilibres doctrinaux. Sinclair Ferguson soutient qu’il existe plusieurs formes de
légalisme et d’antinomisme, certaines étant basées sur des hérésies évidentes
mais la plupart provenant de questions de priorité ou d’état d’esprit 9. Il est
8.Ces trois domaines correspondent à peu près aux quatre facteurs de la vision théologique
de Richard Lints : a) notre réflexion sur l’Évangile découle de notre manière de lire la Bible ;
b) notre réflexion sur la ville découle de nos réflexions sur la culture ; et c) notre réflexion
sur le mouvement découle de notre compréhension de la tradition. Le quatrième facteur
(notre conception de la rationalité humaine) influence notre compréhension des trois précédents. Tout cela influence la façon dont nous évangélisons les non-chrétiens, le degré de
grâce commune que nous pensons percevoir dans notre culture et notre degré d’adhésion
ou d’opposition à l’institution dans notre analyse de la structure du ministère.
9.Voir D. Martyn Lloyd-Jones, Revival, Wheaton, Crossway, 1992 ; voir aussi Sinclair B. Ferguson, The Whole Christ. Legalism, Antinomianism, and Gospel Assurance – Why the Marrow Controversy Still Matters, Wheaton, Crossway, 2016.
15
UNE ÉGLISE CENTRÉE SUR L’ÉVANGILE
SYSTÈME D’EXPLOITATION,
VISION THÉOLOGIQUE ET ADN
Alors que nous nous étions en train de nous éloigner à la fois du général (des discussions fondamentales pour savoir ce que devait être l’Église) et du particulier (des programmes et des styles détaillés), nous avons dû trouver une manière d’exprimer ce que
nous voulions dire. Nous n’avons pas employé l’expression « vision théologique » ni la
métaphore du système d’exploitation, comme on aurait pu s’y attendre. À Redeemer,
nous parlons le plus souvent d’« ADN » de l’Évangile et de la ville.
Pourquoi utiliser cette image particulière ? L’ADN est l’ensemble des informations qui,
inscrites au plus profond des cellules d’un organisme, dirige son développement, sa
croissance et sa reproduction. Au cœur du ministère de Redeemer, il y a une théologie
orthodoxe évangélique (qui comprend les doctrines classiques de l’Évangile biblique).
Nous voulons que notre doctrine contrôle et pilote notre ministère, ce qui n’est possible que si nous formulons, à partir de la doctrine, une vision théologique. Nous le
faisons en nous posant la question : « Comment telle doctrine évangélique essentielle devrait-elle être communiquée et incarnée dans une grande ville mondialisée
comme New York aujourd’hui, dans la période présente de l’histoire de l’humanité ? »
Nos réponses à cette question – c’est-à-dire notre vision théologique – représentent
l’ADN qui nous permet de choisir et de construire des expressions de ministère qui
seront non seulement en accord avec nos convictions doctrinales, mais aussi adaptées
à notre époque à notre lieu et à notre culture. Avec pour résultat un ministère qui pourrait se développer, grandir et se reproduire en portant du fruit.
En fin de compte, les différentes métaphores que sont le système d’exploitation et
l’ADN sont utiles pour mettre en lumière certains aspects du fonctionnement d’une
vision théologique.
par conséquent crucial, pour chaque nouvelle génération de chrétiens et dans
chaque nouvel environnement, de trouver des moyens de communiquer l’Évangile de manière claire et percutante, en le distinguant de ses opposés et de ses
contrefaçons. Il ne s’agit pas seulement ici de « matériel informatique » mais
aussi de « système d’exploitation ». Des groupes différents, qui sont en accord
sur toutes les bases doctrinales, peuvent s’opposer vivement sur des questions
de priorité, de ton et d’état d’esprit. La « Marrow Controversy », qui a agité
l’Église d’Écosse au début du xviiie siècle, en constitue un bon exemple pour le
monde anglophone : toutes les parties adhéraient sincèrement à la Confession
de foi de Westminster ; pourtant, une part significative de l’Église était en train
de glisser vers le légalisme. D’un autre côté, communiquer l’Évangile correctement à l’époque et à l’endroit où nous vivons n’est pas seulement une question
de « comment faire ».
La ville. Le deuxième grand domaine de la vision théologique de l’Église
centrée sur l’Évangile concerne le contexte culturel. Toutes les Églises doivent
16
LA VISION THÉOLOGIQUE D’UNE ÉGLISE CENTRÉE SUR L’ÉVANGILE
comprendre leur environnement local et leur milieu social, l’aimer et s’y identifier, tout en étant capables et désireux de le critiquer et de le remettre en
question. Parce que Redeemer exerçait son ministère dans un grand centre
urbain, nous avons dû passer du temps à étudier la Bible pour voir ce qu’elle
disait à propos de la ville (et à notre grande surprise, nous avons découvert
qu’elle avait beaucoup à dire sur le sujet). Chaque Église, qu’elle soit située
en ville, en banlieue ou en milieu rural (et de nombreuses combinaisons de
ces catégories sont possibles), doit apprendre à bien connaître et maîtriser les
traits caractéristiques de ces environnements. Mais il nous faut aussi réfléchir
à la façon dont la foi chrétienne et les Églises peuvent interagir avec la culture
en général. Cette question est essentielle aujourd’hui, alors que la culture occidentale est de plus en plus post-chrétienne. Des Églises ayant des bases doctrinales proches sont parvenues à des conclusions étonnamment divergentes
quand il s’agit d’établir un lien avec la culture ; or leur modèle du rapport entre
« le Christ et la culture » joue un grand rôle dans la façon dont s’exprime leur
ministère. Encore une fois, la construction d’une théologie de la ville et de la
culture ne relève ni de la théologie systématique ni de la pratique concrète du
ministère : c’est un aspect de la vision théologique.
Le mouvement. Le dernier grand domaine de la vision théologique
concerne les relations de l’Église, avec son environnement, avec son histoire
passée et récente, avec les autres Églises et ministères. Pour Richard Lints, la
vision théologique comprend la façon dont nous considérons la tradition.
Certaines Églises sont extrêmement institutionnelles et insistent fortement
sur leur passé, tandis que d’autres sont anti-institutionnelles, souples et marquées par l’innovation et le changement. Certaines Églises se considèrent
comme fidèles à une tradition ecclésiale donnée, dont elles chérissent la liturgie historique et traditionnelle ainsi que les pratiques. Celles qui s’identifient
très fortement à une dénomination particulière ou à une tradition résistent
souvent au changement. À l’opposé, on trouve des Églises qui ne se sentent
que très peu concernées par un passé théologique et ecclésial particulier, et qui
créent facilement des liens avec une grande variété d’Églises et de ministères.
Tous ces éléments ont une grande influence sur la façon dont nous pratiquons
le ministère. Encore une fois, ils n’entrent pas dans la catégorie de la théologie
systématique ; ces problèmes ne peuvent pas être résolus par des confessions
ou des déclarations de foi historiques. Mais ils soulèvent aussi des questions
profondes, auxquelles les manuels pratiques ne peuvent pas répondre 10.
10.Quasiment tous les livres consacrés à la croissance de l’Église, par exemple, partent du principe que les Églises n’appartiennent pas à une tradition ecclésiale particulière. Les ouvrages
concernés parlent des Églises réformées, anglicanes, méthodistes, baptistes et luthériennes
comme si elles étaient toutes les mêmes. Mais ce point de départ n’est pas argumenté de
façon théologique ou exégétique. Il est simplement présupposé : la tradition historique ne
veut rien dire ou pas grand-chose.
17
UNE ÉGLISE CENTRÉE SUR L’ÉVANGILE
Légalisme
Religion
Sous-adaptation
Contestation seulement
Organisation structurée
Tradition et autorité



L’ÉVANGILE
LA VILLE
LE MOUVEMENT
Relativisme
Irréligion
Sur-adaptation
Appréciation seulement
Organisme fluide
Coopération et unité
LES TROIS AXES DE L’ÉQUILIBRE
L’une des manières les plus simples d’exprimer l’approche de ce livre – et
les principes de la vision théologique correspondant à chacune des parties –
consiste à penser à trois axes.
1. L’axe de l’Évangile. À une extrémité de cet axe se trouve le légalisme,
c’est-à-dire l’enseignement ou l’état d’esprit selon lequel nous pouvons nous
sauver nous-mêmes par la façon dont nous vivons. À l’autre extrémité se
trouve l’antinomisme ou, en langage populaire, le relativisme, point de vue
selon lequel la façon dont nous vivons n’a pas d’importance, et Dieu, s’il existe,
aime tout le monde de la même manière. Mais l’Évangile, comme nous le montrerons dans un des chapitres suivants, n’est ni du légalisme ni du relativisme.
Nous sommes sauvés par la foi seule et par la grâce seule, mais non par une
foi qui resterait seule. La vraie grâce conduit toujours à une vie transformée
dans le sens de la sainteté et de la justice. Il est bien entendu possible de perdre
de vue l’Évangile parce qu’on aurait quitté l’orthodoxie doctrinale. Autrement dit, si nous ne croyons plus en la divinité du Christ ou en la doctrine
de la justification, nous glisserons nécessairement vers le relativisme. Mais il
est aussi possible de s’en tenir à une doctrine saine et d’être pourtant du côté
de l’orthodoxie morte (d’un état d’esprit d’auto-justification), de l’orthodoxie
18
LA VISION THÉOLOGIQUE D’UNE ÉGLISE CENTRÉE SUR L’ÉVANGILE
déséquilibrée (qui accorde une importance excessive à certaines doctrines au
point d’obscurcir l’Évangile), voire à une « orthodoxie ignorante », résultant
d’un enseignement doctrinal formel, dans lequel les différentes doctrines ne
sont pas unifiées et ne pénètrent donc pas dans le cœur des gens, qui ne sont
alors pas convaincus de leur péché ni touchés par la beauté de la grâce. Notre
communication et nos pratiques ne doivent tendre ni vers la loi ni vers le
laxisme. Dans le cas contraire, plus la tendance s’intensifie, plus notre message
perd le pouvoir de transformer ses auditeurs 11.
2. L’axe de la ville (que nous pourrions aussi appeler l’axe de la culture).
Nous montrerons que, pour toucher les gens, il nous faut apprécier leur
culture et nous y adapter, mais aussi savoir la remettre en question et la critiquer. Cette nécessité s’appuie sur l’enseignement biblique selon lequel toutes
les cultures sont au bénéfice de la grâce de Dieu et de la révélation naturelle,
mais qu’elles sont pourtant rebelles car idolâtres. Si nous nous adaptons de
manière excessive à une culture donnée, nous accepterons les idoles de cette
culture. Cependant, si nous ne nous adaptons pas suffisamment à la culture
visée, il se peut que nous transformions notre propre culture en une idole ou
en un absolu. Si nous nous adaptons de manière excessive à la culture, nous
ne serons pas capables de changer les gens parce que nous ne les appellerons
pas à changer. Si nous ne nous adaptons pas assez à la culture, personne ne
sera changé parce que personne ne nous écoutera. Nous serons peu clairs,
inutilement blessants or simplement peu convaincants. Par la sur-adaptation
ou la sous-adaptation, un ministère peut perdre le pouvoir de transformer la
vie des personnes.
3. L’axe du mouvement. Certaines Églises s’identifient si fortement à leur
propre tradition théologique qu’elles ne peuvent faire cause commune avec
d’autres Églises évangéliques ou d’autres institutions en vue de toucher une
ville ou de travailler au bien commun. Elles ont aussi tendance à s’accrocher
fermement à des formes de ministère du passé et sont extrêmement structurées et institutionnelles. D’autres Églises, en revanche, sont farouchement antiinstitutionnelles. Elles ne s’identifient à quasiment aucun héritage ni à aucune
dénomination particulière, et n’ont pas de relation avec un quelconque passé
chrétien. Parfois, elles n’ont quasiment aucun caractère institutionnel mais
sont entièrement informelles. Comme nous le montrerons plus loin, l’Église
qui se situe à l’une ou l’autre de ces deux extrémités étouffera le développement
11.On pourrait arguer que l’axe de l’Évangile n’est pas comparable aux deux autres. Dans les
deux autres axes, la position désirée est un point médian, un équilibre entre deux extrêmes.
Or Sinclair Ferguson et d’autres soutiennent que l’Évangile n’est pas un point d’équilibre
entre deux extrêmes mais tout autre chose. En fait, on peut aussi affirmer que le légalisme et
l’antinomisme ne sont pas des extrêmes, mais foncièrement deux expressions d’une même
réalité (un salut par soi-même), opposée à l’Évangile. Notez donc que le fait de mettre
l’Évangile entre deux extrêmes n’est qu’un raccourci visuel.
19
UNE ÉGLISE CENTRÉE SUR L’ÉVANGILE
des ministères et étranglera la santé et l’unité de la communauté 12. Plus une
Église commettra ces erreurs, plus elle perdra le pouvoir de transformer la vie
des personnes.
Plus un ministère se situera au « centre » de ces trois axes, plus il sera dynamique et plus il portera des fruits. Un ministère qui se situera à l’une ou l’autre
des extrémités de l’éventail ou de l’axe perdra le pouvoir de transformer la vie
des chrétiens et des non-chrétiens.
J’espère que ce livre sera utile tout particulièrement à ceux et celles qui
exercent leur ministère dans un milieu urbain et culturel. Mais, même si vous
n’évoluez pas littéralement dans un tel milieu, rien ne vous empêche d’exercer
un ministère « équilibré », en étant conscient de ces trois axes et en ajustant la
façon dont s’exprime votre ministère en conséquence.
Dans le reste du livre, nous verrons plus en détail ce que signifie le fait
de placer au centre ces trois réalités : l’Évangile, la ville et le mouvement. La
vision théologique de l’Église centrée sur l’Évangile sera décomposée en huit
éléments qui seront traités dans les huit sections de ce livre 13.
SECTION 1 : L’ÉVANGILE
Première partie. La théologie de l’Évangile
Nous cherchons à être caractérisés par la profondeur de notre théologie de
l’Évangile, plutôt que par la superficialité doctrinale, le pragmatisme, l’absence
de réflexion ou une philosophie basée sur des méthodes.
Deuxième partie. Le renouvellement par l’Évangile
Régulièrement, une touche de grâce est appliquée à tout, afin que le ministère ne soit ni marqué par le légalisme ni par un intellectualisme froid.
12.Le lecteur attentif remarquera plus loin dans le livre que je conseille aux Églises de ne pas
chercher à occuper précisément la place médiane entre une organisation structurée et un
organisme fluide. Je suggère plutôt qu’elles se situent davantage du côté de l’organisme
fluide, afin de garder un état d’esprit d’innovation et de créativité. Même si ce schéma en
trois axes ne communique donc pas tout ce que nous voulons dire sur chaque sujet, il est un
bon moyen de se souvenir des thèmes fondamentaux et des priorités particulières.
13.Certains ont fait remarquer que ces huit éléments couvraient à peu près le même terrain
que Francis Schaeffer dans son petit livre fondateur 2 Contents, 2 Realities (Downers Grove,
IVP, 1975), basé sur sa conférence consacrée à l’évangélisation mondiale du congrès de Lausanne de juillet 1974. L’intervention de Schaeffer couvrait quatre éléments qu’il considérait comme « absolument nécessaires si, en tant que chrétiens, nous devons répondre aux
besoins de notre temps et à la pression envahissante à laquelle nous faisons face de plus en
plus » (p. 7). Ces quatre éléments sont les suivants : une doctrine saine, une implication
contextuelle et culturelle (« des réponses honnêtes à des questions honnêtes »), un renouveau spirituel de l’Évangile dans nos cœurs (« une vraie spiritualité ») et une communauté
chrétienne belle et vivante (« la beauté des relations humaines »). J’espère que l’équilibre
des données de Schaeffer se reflète dans ma propre liste, qui est analogue bien que plus
spécifique.
20
LA VISION THÉOLOGIQUE D’UNE ÉGLISE CENTRÉE SUR L’ÉVANGILE
SECTION 2 : LA VILLE
Troisième partie. La contextualisation de l’Évangile
Nous cherchons à rester sensibles à la culture, plutôt que d’ignorer l’époque
culturelle dans laquelle nous vivons ou les différences culturelles entre les
groupes.
Quatrième partie. Une vision de la ville
Nous adoptons des façons d’exercer le ministère qui s’inspirent de notre
amour de la ville, plutôt que des approches hostiles ou indifférentes au milieu
urbain.
Cinquième partie. Une implication culturelle
Nous nous impliquons dans la culture, en cherchant à éviter les écueils du
triomphalisme, de l’enfermement culturel et de la sous-culture.
SECTION 3 : LE MOUVEMENT
Sixième partie. Une communauté missionnelle
Chaque activité et département de l’Église est tourné vers l’extérieur, s’attendant à ce que des non-chrétiens soient présents ; les chrétiens laïcs engagés
reçoivent le soutien qui est nécessaire à leur ministère dans le monde.
Septième partie. Un ministère d’intégration
Nous exerçons notre ministère en paroles et en actes, en cherchant à
répondre aux besoins spirituels et matériels des personnes démunies comme
de tous ceux qui vivent et travaillent dans les milieux culturels.
Huitième partie. Une dynamique de mouvement
Nous nous plaçons dans un état d’esprit de coopération avec les autres
croyants, sans nous préoccuper de défendre notre territoire ou avec une quelconque méfiance, mais en cherchant à promouvoir avec enthousiasme une
vision pour la ville tout entière 14.
Nous ne présentons donc pas dans ce livre un « modèle Redeemer », mais
bien plutôt une vision théologique particulière du ministère qui, croyons-nous,
permettra à d’autres Églises de toucher des gens d’aujourd’hui, à une époque
où la mondialisation occidentale de la modernité tardive a particulièrement
influencé la culture. Ce qui suit vaut d’abord pour les villes, mais ces changements culturels se font sentir partout. Nous espérons que les responsables
d’Églises trouveront ce livre utile dans la diversité des milieux socioculturels
14.Ceux qui connaissent bien Redeemer se demanderont sûrement pourquoi la prédication n’a
pas sa propre section dans ce livre. La réponse, c’est qu’elle incarne tous les éléments de la
vision théologique. Vous découvrirez, par exemple, que des suggestions sur la prédication
apparaissent dans plus de la moitié des huit éléments : comment prêcher en vue d’un renouveau, comment contextualiser nos prédications, comment prêcher d’une manière qui entre
en dialogue avec la culture, etc.
21
UNE ÉGLISE CENTRÉE SUR L’ÉVANGILE
où ils travaillent. Nous allons proposer une vision de la communication et de
l’application de l’Évangile à la vie de nos contemporains. Cette vision permettra de contextualiser l’Évangile, de comprendre les contextes urbains, de s’impliquer dans la culture, en vue de faire des disciples pour la mission, d’intégrer
des ministères variés et de promouvoir une dynamique de mouvement dans
nos Églises et dans le monde. Cet ensemble de priorités et de valeurs – que
nous appelons la vision théologique de l’Église centrée sur l’Évangile – peut
être appliquée à tout genre de modèles ecclésiaux et de milieux. Nous croyons
que, si vous adoptez le processus qui consiste à mettre en lumière votre vision
théologique, vous ferez ensuite des choix de modèles et de méthodes de bien
meilleure qualité.
TABLE DES MATIÈRES
Liste des abréviations....................................................................................................................... xi
Introduction. La vision théologique d’une Église centrée sur l’Évangile....................1
Réussite, fidélité ou fruit ?...............................................................................................................1
La vision théologique......................................................................................................................8
Une Église centrée sur l’Évangile................................................................................................14
Les trois axes de l’équilibre..........................................................................................................18
L’ÉVANGILE.....................................................................................................................................23
PREMIÈRE PARTIE
THÉOLOGIE DE L’ÉVANGILE
1.L’Évangile n’est pas tout........................................................................................................27
L’Évangile est à distinguer de ses conséquences.......................................................................30
L’Évangile a deux ennemis opposés mais égaux.......................................................................32
L’Évangile compte plusieurs chapitres.......................................................................................33
La relation que l’Évangile doit avoir avec le ministère de l’Église..........................................41
2.L’Évangile n’est pas une réalité simple.............................................................................45
La Bible ne donne pas une unique présentation standard de l’Évangile...............................45
L’Évangile doit être attaché au récit biblique global et aux thèmes bibliques.......................47
L’Évangile doit être contextualisé...............................................................................................53
3.L’Évangile a des répercussions sur tout...........................................................................55
La richesse de l’Évangile...............................................................................................................56
L’Évangile change tout..................................................................................................................58
DEUXIÈME PARTIE
LE RENOUVELLEMENT PAR L’ÉVANGILE
4.La nécessité d’un renouvellement par l’Évangile.........................................................69
Une critique des réveils................................................................................................................71
Le revivalisme aujourd’hui...........................................................................................................74
5.L’essence du renouvellement par l’Évangile..................................................................83
Trois manières de répondre à Dieu............................................................................................84
Prêcher la troisième voie à tous...................................................................................................88
Le changement de comportement moraliste.............................................................................89
651
UNE ÉGLISE CENTRÉE SUR L’ÉVANGILE
Le changement de comportement produit par l’Évangile.......................................................91
L’importance de l’idolâtrie...........................................................................................................96
6.L’accomplissement du renouvellement par l’Évangile............................................101
Les moyens du renouveau..........................................................................................................101
Prêcher pour que l’Évangile produise un renouveau.............................................................108
Les signes du renouveau.............................................................................................................112
LA VILLE.........................................................................................................................................123
TROISIÈME PARTIE
LA CONTEXTUALISATION DE L’ÉVANGILE
7.Une contextualisation intentionnelle.............................................................................127
Une contextualisation intelligente............................................................................................128
Une brève histoire du terme......................................................................................................131
Les risques de la contextualisation............................................................................................133
Le caractère inévitable de la contextualisation........................................................................136
Le risque de ne pas contextualiser (ou de penser que nous ne le faisons pas)....................141
8.Une contextualisation équilibrée.....................................................................................145
Le pont et la spirale.....................................................................................................................150
9.Une contextualisation biblique.........................................................................................157
Romains 1-2 et la nature variée de la culture..........................................................................157
1 Corinthiens 9 et la flexibilité à l’égard de la culture............................................................161
1 Corinthiens 1 et l’équilibre biblique......................................................................................163
Les discours de Paul dans les Actes..........................................................................................164
Les appels bibliques.....................................................................................................................167
L’Évangile et la contextualisation..............................................................................................170
10.Une contextualisation active..............................................................................................175
Entrer dans la culture et s’y adapter.........................................................................................177
Remettre en question la culture................................................................................................184
Appeler et encourager les auditeurs..........................................................................................194
Les « grammaires » de l’expiation.............................................................................................196
QUATRIÈME PARTIE
UNE VISION DE LA VILLE
11.La ville, lieu d’une tension..................................................................................................203
Définir la ville...............................................................................................................................204
La ville dans l’Ancien Testament..............................................................................................208
12.La rédemption et la ville......................................................................................................219
Le ministère urbain dans l’Église primitive.............................................................................222
L’accomplissement : cultiver la ville.........................................................................................225
13.L’appel de la ville.....................................................................................................................231
Mondialisation et renaissance...................................................................................................232
L’avenir des villes.........................................................................................................................236
Le défi du ministère urbain........................................................................................................238
Les possibilités de ministère dans les villes..............................................................................242
652
Table des matières
14.L’Évangile pour la ville.........................................................................................................247
Comment la ville agit-elle sur nous ?........................................................................................248
Que peuvent faire les chrétiens pour les villes ?......................................................................251
Les sept caractéristiques d’une Église au service de la ville...................................................258
CINQUIÈME PARTIE
UNE IMPLICATION CULTURELLE
15.La crise culturelle de l’Église..............................................................................................271
Des changements culturels........................................................................................................271
Le positionnement du piétisme.................................................................................................276
L’émergence de nouveaux modèles..........................................................................................279
16.Les attitudes de l’Église à l’égard de la culture............................................................289
Le problème des modèles...........................................................................................................289
Le modèle transformationniste.................................................................................................292
Le modèle de la pertinence culturelle.......................................................................................303
Le modèle de la contre-culture..................................................................................................310
Le modèle des deux royaumes...................................................................................................318
Se retrouver sur la question de la culture ?..............................................................................331
17.Pourquoi tous les modèles ont à la fois raison… et tort.........................................335
Comment aller de l’avant...........................................................................................................337
Deux questions à propos de la culture.....................................................................................339
Les outils de la théologie biblique.............................................................................................342
Le paysage de l’implication culturelle chrétienne...................................................................348
18.Pour une mixité des apports..............................................................................................353
Recherchez le centre....................................................................................................................353
Discernez les « saisons ».............................................................................................................357
Restez fidèles à vos convictions.................................................................................................360
Maintenez la distinction entre organisé et organique............................................................364
Agissez, ne réagissez pas.............................................................................................................365
LE MOUVEMENT........................................................................................................................371
SIXIÈME PARTIE
UNE COMMUNAUTÉ MISSIONNELLE
19.À la recherche de l’Église missionnelle..........................................................................375
Newbigin et Bosch à la rescousse..............................................................................................377
Le mouvement de l’Église missionnelle aujourd’hui..............................................................383
Qu’est-ce que ces approches ont en commun ?.......................................................................388
20.Les équilibres de l’Église missionnelle...........................................................................395
Problème no 1 : une définition trop partielle...........................................................................395
Problème no 2 : trop lié à une forme particulière....................................................................397
Problème no 3 : la perte d’une compréhension claire de l’Évangile......................................401
Les marques d’une Église missionnelle....................................................................................408
653
UNE ÉGLISE CENTRÉE SUR L’ÉVANGILE
21.Former les gens à la vie missionnelle..............................................................................415
« Missionnaires informels ».......................................................................................................416
La dynamique du ministère des fidèles....................................................................................418
L’évangélisation missionnelle : d’une mini-décision à l’autre...............................................422
Créer une dynamique en faveur d’un ministère des fidèles..................................................424
SEPTIÈME PARTIE
UN MINISTÈRE D’INTÉGRATION
22.L’équilibre entre les divers fronts de ministère..........................................................441
Respecter l’équilibre des images bibliques de l’Église............................................................443
Quatre fronts de ministère.........................................................................................................445
Les sphères et les rôles de l’Église..............................................................................................447
23.Mettre les gens en relation avec Dieu.............................................................................451
Principes directeurs pour mettre les gens en relation avec Dieu..........................................454
Culte sensible aux personnes en recherche ou culte d’évangélisation ?...............................459
Trois tâches à accomplir pour un culte d’évangélisation.......................................................462
« Et si on veut un enseignement plus profond et plus substantiel ? »..................................468
24.Mettre les gens en relation les uns avec les autres.....................................................473
La fonction de la communauté..................................................................................................474
Piété d’Église et « revivalisme ecclésial »..................................................................................479
L’Évangile et la communauté.....................................................................................................485
25.Mettre les gens en relation avec la ville..........................................................................491
Les fondements bibliques des ministères de compassion et de justice................................492
Approches pratiques pour les ministères de compassion et de justice................................497
26.Mettre les gens en relation avec la culture....................................................................503
L’Évangile façonne notre travail................................................................................................504
L’aide que peut apporter l’Église...............................................................................................507
HUITIÈME PARTIE
UNE DYNAMIQUE DE MOUVEMENT
27.Mouvements et institutions...............................................................................................515
En quoi mouvements et institutions sont différents..............................................................517
En quoi mouvements et institutions se ressemblent..............................................................521
28.L’Église : un organisme organisé......................................................................................525
Office général et office spécial....................................................................................................526
La dynamique du mouvement dans l’Église locale.................................................................531
Une tension créative...................................................................................................................536
29.L’implantation d’Églises comme dynamique de mouvement...............................541
L’implantation naturelle.............................................................................................................542
Rendre l’implantation d’Églises naturelle................................................................................544
Répondre aux objections............................................................................................................548
De combien d’Églises la ville a-t-elle besoin ? De bien plus que vous ne le pensez............554
Les étapes de l’implantation d’une Église.................................................................................555
654
Table des matières
30.La ville et l’écosystème de l’Évangile...............................................................................561
Modèles et mouvements d’Églises............................................................................................563
Le mouvement de l’Évangile et les écosystèmes de l’Évangile..............................................568
Les points de bascule qui mènent au changement..................................................................573
Épilogue. L’Église et la modernité tardive...........................................................................579
Un équilibre de plus....................................................................................................................581
SUPPLÉMENTS
A. L’Église protestante au Québec – d’hier à demain.....................................................585
Glenn Smith
Tendances lourdes : mutations et continuités.........................................................................587
Portrait des Églises protestantes francophones : une mosaïque en évolution....................591
Vers un mouvement de fondation d’Églises contextualisées
– De la description à la prescription..................................................................................594
B. La meilleure évangélisation de l’Europe francophone.............................................603
Daniel Liechi
Deux grands défis........................................................................................................................605
Rechercher la croissance de chaque Église et du nombre d’Églises.....................................605
Plus fondamentalement, pourquoi pensons-nous que l’augmentation
du nombre d’Églises – marquées par la centralité de l’Évangile
et au service de leur ville – est la meilleure évangélisation ?...........................................606
Pourquoi implanter de nouvelles Églises dans les villes
et les régions où il y en a déjà ?...........................................................................................608
À l’exemple de la France, quelle est l’évolution récente
du protestantisme évangélique ?.........................................................................................610
L’Église en tant que communauté de disciples ouverte est une évangélisation..................611
N’allez pas à l’église, soyez l’Église.............................................................................................613
Implanter des Églises ayant un réel impact spirituel et socioculturel
dans leur environnement....................................................................................................615
Concrètement, quelle méthode employer pour démarrer une implantation ?...................617
Le développement d’une Église, du projet à la majorité, est un processus
qui se prépare et qui doit conduire vers un but clairement identifié et énoncé..........619
Rechercher à chaque étape de développement l’accroissement des capacités
de leadership, de ressources et de reproduction-multiplication....................................620
Au cœur du processus : des hommes et des femmes..............................................................621
Tous sont disciples et témoins – certains sont appelés
à un ministère pastoral spécifique......................................................................................622
Des Églises et leurs divers ministères fonctionnant
en écosystème, au service de la ville...................................................................................623
Index des références bibliques......................................................................................................625
Index des auteurs.............................................................................................................................633
Index thématique.............................................................................................................................637
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