L`amour vu par Lelouch

L`amour vu par Lelouch
6LP0201C0419 C-2 Samedi 6LP0201C0419 ZALLCALL
67 16:21:28 04/18/03
B
C2
LA PRESSE
MO NTRÉAL
SAMEDI 19 AV RIL 2 003
L’amour vu par Lelouch
En préparation de son prochain long métrage, Claude
Lelouch revient sur sa vision de l’amour, des rapports
humains et les leçons que la vie lui a enseignées.
Hommes, femmes, voici le mode d’emploi!
KATIA CHAPOUTIER
collaboration spéciale
PARIS — La Belle Histoire, Attention
Bandits, Itinéraire d’un enfant gâté, Hasards et coïncidences, Hommes, femmes,
mode d’emploi, on pourrait citer les
noms des 38 films de Claude Lelouch, ils ont un tous un ingrédient
commun : l’amour. Un terrain où le
spectateur aime le suivre puisque
Lelouch avoue recevoir souvent des
témoignages de gens tombés amoureux après avoir vu un de ces films.
Pour parler de ses deux sujets de
prédilection, l’amour et le cinéma,
Claude Lelouch nous a reçu longuement dans son bureau des films
13. C’est là, à quelques pas des
Champs-Elysées, entouré de souvenirs de son incroyable carrière,
qu’il prépare son prochain film.
Une fresque de cinq fois deux heures sur le genre humain. Un monument en perspective !
Q Vous considérez-vous comme
« un chasseur de bonheurs » ?
R
Je pense que la vie est un
océan d’emmerdements et
quand on vient à bout de l’un de
ces emmerdements, on est l’homme
le plus heureux du monde. Je suis
incapable de vous dire ce que c’est
le bonheur si ce n’est que c’est la
fin d’un emmerdement. Lorsque
vous dites à quelqu’un qu’il est
guéri, d’un seul coup, il apprécie
tout. Tout est comme cela. La seule
exception, c’est l’amour, car là c’est
le début des emmerdements et non
pas la fin.
Q Alors justement, c’est quoi
l’amour ?
R
L’amour, c’est une récompense
ou une punition. Quand c’est
une récompense, c’est la plus belle
de toutes, c’est l’Oscar des Oscars.
C’est ce qu’on peut souhaiter de
mieux et c’est ce qui peut vous arriver de pire. Je pense qu’une histoire d’amour, cela se mérite et si
on a triché on risque d’être puni sévèrement. C’est une sorte de jeu de
la vérité où la vérité est toujours récompensée et chaque fois qu’il y a
un flagrant délit de mensonge, on
paie très cher. L’amour est quelque
chose d’une exigence folle qui ne
supporte pas la moindre tricherie,
le moindre mensonge et c’est une
exigence réciproque. C’est en cela
que c’est très dur de vivre une histoire d’amour. Disons que cela
commence toujours comme une
belle histoire et cela finit toujours
en cauchemar parce que l’amour est
allergique aux mensonges et aux
tricheries. J’ai toujours été friand
des histoires d’amour, mais quel
boulot !
Q Vous avez dit : « Je préfère
les femmes que l’on voit à
l’écran à celle de la vraie vie. »
R
Je préfère tout ce que je vois
sur grand écran à ce que je vois
dans la vraie vie. Sur un écran,
c’est la vie en mieux. Les gens sont
plus courageux, intelligents, plus
beaux, moins menteurs. Je préfère
fréquenter les gens qui sont sur les
écrans que ceux qui sont dans la
vraie vie. C’est une chose que j’ai
comprise très tôt. C’est comme cela
que je suis devenu cinéaste et que
je raconte des histoires qui sont la
vie mais en mieux, j’essaie d’améliorer le modèle. À chaque fois
qu’un de mes films sera démodé
cela voudra dire que la vie a fait
des progrès.
Q Qu’est ce que vous regardez
en premier chez une femme ?
R
Les yeux. Parce que c’est le reflet de la vérité. C’est plus dur
de mentir avec un regard. La parole
est faite pour le mensonge. D’ailleurs, c’est un menteur qui a inventé la parole. Quand la parole est
synchrone avec les yeux, c’est le
nirvana, c’est un chef-d’oeuvre. J’ai
plutôt tendance à regarder les yeux
des gens qu’à écouter leur voix.
C’est pour cela que je n’aime pas
trop le téléphone, encore moins les
courriers, fax, courriels, tout ce qui
passe par l’écrit, car ce sont vecteurs de mensonges. On lit la vérité
dans les yeux et puis il ne faut pas
oublier que les yeux rient et pleurent.
Q Dans vos 38 films quelle est la
Photothèque La Presse ©
Claude Lelouch
plus belle histoire d’amour ?
R
Je n’ai pratiquement raconté
que des histoires d’amour.
C’est le sujet qui est au coeur de
toutes nos préoccupations, c’est
l’énergie centrale de l’être humain.
En parlant d’histoires d’amour, je
suis dans l’essentiel, car c’est la
priorité de 99 % des gens, quel que
soit leur physique, leur mental...
On vit dans un monde de grande
solitude, on fait tout pour la casser
cette solitude. On cherche quelqu’un qui pourra la partager et qui
sera complémentaire. Au départ, il
faut des points communs pour se
dire bonjour, mais ensuite, s’il n’y
a que des points communs, on
sombre dans l’ennui le plus total.
Ce qu’il faut, c’est suffisamment de
points communs pour avoir envie
de se regarder et ensuite suffisamment de différences pour qu’il y ait
une belle complémentarité.
Q Pas facile de trouver la bonne
équation...
R
Vous savez, une histoire
d’amour, c’est quand sur six
milliards d’individus, vous tombez
amoureux d’un homme et il devient alors le premier sur six milliards d’individus. D’un seul coup,
vous êtes à même d’apprécier son
dossier mieux que celui des autres.
C’est cela une histoire d’amour.
C’est la loterie nationale. D’un seul
coup, vous vous dites que cet
homme est le plus beau, le plus
fort, le plus intelligent, ce n’est pas
vrai, mais pour vous il est numéro
un ! Donc, c’est une loterie avec
une logique qui nous échappe. Très
tôt, vers 12-13 ans, on comprend
les mécanismes de l’amour et ses
avantages. On se dit :« Si je m’associe avec cette jeune fille, c’est
pour aller plus vite. Je vais faire
plus de choses que si j’étais tout
seul. » Une histoire d’amour, c’est
le même principe que les affaires.
En affaires, on s’associe avec quelqu’un pour gagner plus d’argent,
en amour, c’est pour gagner plus
d’émotions, mais quelque part cela
se rejoint. Alors, quand vous vous
rendez compte qu’au lieu d’avoir
épousé un accélérateur, vous avez
épousé un frein, c’est catastrophique. Et malheureusement, très souvent quand un couple se forme,
l’un des deux devient un frein et
c’est terrible. Le secret d’une histoire d’amour, c’est d’être toujours
l’accélérateur de l’autre.
Q Vous avez dit : « La fidélité
est un cadeau que l’autre décide de vous faire ou pas. » Comment arrive-t-on à une telle sagesse ?
R
Vous savez, on reste fidèle tant
qu’on n’a pas trouvé mieux.
C’est cruel, mais c’est un peu cela.
Il faut savoir que l’on est dans une
compétition, une course folle, six
milliards d’individus qui courent,
il faut constamment rester le premier dans le coeur de l’autre. Le
jour où vous devenez numéro
deux, c’est la plus mauvaise place.
C’est le problème de l’amour ; c’est
une compétition et la plupart des
gens s’imaginent que le jour où ils
sont amoureux tout est fait, alors
que c’est là que tout commence.
C’est à partir de cet instant qu’il
faut rester numéro un et, vu la concurrence, il faut être incroyablement brillant. C’est pour cela que
la femme ou l’homme de votre vie
sont bien souvent plusieurs.
Q Il n’y aurait pas un seul grand
amour mais des amours ?
R
Dès qu’on met les pieds dans
une histoire d’amour, c’est sublime et monumental, cela vous
donne une énergie folle et en
même temps, il faut faire très attention. Déjà, quand vous êtes avec
quelqu’un de bien, il n’y a pas que
vous qui l’avez remarqué ! Un mec
bien ou une fille bien, il y a plein
de gens qui le repèrent, alors du
coup, il y a des prédateurs. Là on
s’aperçoit que l’amitié ne tient pas
la route, l’amitié fidèle, cela
n’existe pas. Si vous avez des amis
fidèles, c’est que votre femme n’est
pas terrible (rires). Vous savez, Sacha Guitry a dit : « L’avantage avec
les jolies femmes, c’est qu’on vous
en débarrasse très vite. » Il n’y a
pas de solution, car l’amour est une
chose en mouvement et nous, on
voudrait le rendre statique, arrêter
l’image, le temps. Mais si on arrêtait le temps, cela deviendrait insupportable. En tous cas, il ne faut
pas demander à l’autre d’être fidèle, car l’amour doit reposer sur
l’absence de prison.
Q Vous avez dit que vous
n’aviez jamais été célibataire
depuis l’âge de 18 ans, cela doit
être épuisant ?
R
Si je suis seul, je deviens un
électron libre. À un moment
donné, j’ai une telle énergie, j’ai
besoin qu’on la canalise. Et vivre
avec quelqu’un permet de canaliser
cette énergie. Je suis tout le temps
en mouvement, je cours. Et puis je
n’ai pas choisi de ne pas être célibataire. De la même façon, je ne
sais pas qui a rempli mon agenda à
la naissance, mais je ne me suis pas
ennuyé une seconde. Mais vous savez, nous sommes tous frustrés au
final. On est arrivé dans une salle
de cinéma où le film avait commencé et puis on va nous sortir de
la salle avant la fin du film.
Q Pour vous, qu’est-ce qui est
rédhibitoire chez une femme ?
R
Ce qui me gêne chez une
femme, c’est quand elle perd
son élégance naturelle. Par exemple, une femme saoule me rend
triste. Une femme qui perd le contrôle de ce qu’elle dit, qui est hystérique ou qui fait des caprices, cela
ne tient plus la route. Par contre, ce
que j’aime, c’est la modestie. Je
trouve cela terriblement sexy.
D’ailleurs, je pense que Dieu récompense les gens modestes et fait
des petites misères aux gens hâbleurs et satisfaits. J’aime les gens
qui ne gênent pas les autres et qui
s’adaptent au terrain. J’ai passé ma
vie à observer les hommes et les
femmes et je prépare un film qui va
être la synthèse de ces observations. Je travaille dessus depuis 30
ans, il va s’appeler Le Genre humain.
Ce sera un film en cinq parties dont
la première se déroule à Paris. C’est
un sujet tellement grave et sérieux
que cela ne pourra être qu’une comédie.
BURNS
Suite de la page C1
New-yorkais, Irlandais et catholique, ce fan de Martin Scorsese,
Woody Allen, Spike Lee, des frères
Coen et de Tarantino, a été remarqué à son premier film, The Brothers
McMullen, avant de poursuivre avec
She’s the One et Sidewalks of New York.
Cela n’a pas pris de temps avant
que la presse ne s’intéresse à lui et
à sa vie amoureuse. Après avoir
fréquenté Heather Graham, on le
voit aujourd’hui au bras du modèle
Christy Turlington, avec qui il
avait annoncé son mariage en 2001.
Puis, des rumeurs de rupture se
sont répandues dans les journaux à
potins. Quoi qu’il en soit, le mariage n’a jamais eu lieu, même si
Burns est toujours avec Turlington.
« Nous sommes heureux et nous
n’avons pas l’intention pour le moment de nous marier », a-t-il répondu laconiquement aux questions sur sa vie privée. Des
questions qu’il n’aime pas beaucoup. « J’avais 27 ans quand tout
m’est arrivé et on ne se refait plus à
cet âge. Je ne suis pas dans la situation de Ben Affleck et de Jennifer
Lopez et j’espère que ça restera
comme ça. » Il n’aime pas plus la
critique. « Je ne lis jamais les critiques de mes films, avoue-t-il. Sauf
quand un ami me dit qu’il en a lu
une bonne qu’il me suggère de lire.
En général, je suis plutôt d’accord
avec son auteur », lance-t-il en
riant.
Si on a de la difficulté à lire la
critique, comment fait-on pour encaisser les commentaires d’un réalisateur quand on a soi-même tâté la
réalisation ? « Je ne suis pas confortable avec l’idée d’aller voir un
scénariste ou un réalisateur pour
lui dire ce que j’aime ou ce que je
n’aime pas, parce qu’en tant que
réalisateur, je ne voudrais pas subir
ça moi-même », admet Ed Burns,
en ajoutant avoir entièrement fait
confiance à James Foley, qu’il surnomme affectueusement Jamie.
Dans ce film d’escrocs où il tient
le premier rôle, son seul souci était
de conserver le même lien de confiance avec le public. « Je n’avais
qu’une requête à faire au scénariste
Doug Jung, dit-il. Il y avait une
scène en flash-back que je faisais
avec Andy Garcia qui s’avérait ensuite ne pas être vraie, et je n’étais
pas d’accord avec ça. Dans un film
d’escrocs, les personnages peuvent
se rouler les uns les autres sans
problèmes, mais on ne doit pas
rouler le public. Si on montre un
flash-back, le public estime que ce
détail s’est vraiment produit et ce
n’est pas correct. »
Il n’y a pas à dire, Ed Burns est
un homme en qui le public peut
avoir confiance...
James Foley et Dustin Hoffman sur le plateau de Confidence.
James Foley, en toute confiance
CHANTAL GUY
JAMES FOLEY est de toute évidence apprécié de ses collaborateurs. Ed Burns, Rachel Weisz et
Andy Garcia — ce dernier a même
refusé de parler de Confidence tant il
craignait de vendre le punch ! —
ont tous convenu que le réalisateur
mise d’abord sur la direction de ses
acteurs, dont il respecte beaucoup
le travail. Un intérêt qui s’explique
peut-être par son premier choix de
carrière : psychothérapeute.
« Quand j’ai présenté mon premier
film étudiant et que j’ai vu les spectateurs réagir à l’unisson, j’ai ressenti quelque chose qui ressemblait à un orgasme, dit-il. J’ai
trouvé l’expérience si exotique et si
plaisante que j’ai continué. D’une
certaine façon, j’ai trouvé le bon
métier pour moi, qui englobe tout
ce qui m’intéresse dans la vie. »
Pour comprendre ce qu’on entend par direction d’acteurs, on n’a
qu’à se souvenir de son film le plus
connu, l’excellent Glengarry Glen
Ross (d’un scénario de David Mamet), qui mettait en vedette une
brochette impressionnante de
stars : Al Pacino, Jack Lemmon, Ed
Harris, Alan Arkin et Kevin Spacey.
Étrangement, c’est aussi le même
gars qui a réalisé... Who’s That Girl
avec Madonna ! Ça ne le trouble
pas quand on le lui rappelle. « J’ai
fait ce film à une époque où j’étais
très attiré par tout le coté glamour
d’Hollywood, explique-t-il. Je ne
peux pas dire que j’étais emballé
par le scénario, mais j’avais pu voir
Madonna dans ma lentille en réalisant ses vidéoclips. Je l’ai vu dans
son coté le plus magnétique. Malheureusement, ça n’a jamais pu être
transposé dans une histoire. J’ai vu
Swept Away, et c’est la même chose.
La scène où elle chante et danse est
le seul moment où elle est électrique. Dès qu’on retourne à l’histoire, il n’y a rien. »
Le réalisateur ne s’embourbe pas
dans le jargon technique de son
métier, car tout ce qui l’intéresse,
c’est le jeu des comédiens. Il soutient même ne jamais travailler
avec un plan de découpage. « Plus
j’avance, plus j’écoute mon instinct
et mon inconscient. J’observe le
travail des acteurs et je place simplement la caméra au meilleur endroit pour montrer au public ce
que je vois. Pour moi, faire, un
film, c’est un peu comme fonctionner sur le pilote automatique. »
Ce sont les possibilités dramatiques et psychologiques du scénario
de Doug Jung qui lui ont plu dans
Confidence, plus que de tourner un
film de gangsters. Et si les spectateurs remarquent quelques références dans son film, il estime qu’il n’y
est pour rien et que cela relève du
hasard, puisque que, selon lui, il ne
possède pas une grande culture cinématographique ! « Je ne sais pas
à quel point le scénariste a voulu
ajouter des références, mais je dois
avouer que depuis que je suis sorti
du collège, je ne suis pas allé beaucoup au cinéma, dit-il. Je ne connais pas vraiment les films de
gangsters. Les effets spéciaux et les
cascades dans un film m’ennuient.
Ce qui me plaisait dans ce scénario,
c’est le sous-texte. Ce que j’aime,
c’est de faire des gros plans de
grands acteurs qui ont de grands
moments et heureusement, c’est
aussi ce que la majorité des acteurs
préfèrent. » Il ajoute que, pour ces
raisons, il ne pourrait pas travailler
avec un acteur qu’il ne désire par
filmer. Le tournage avec Dustin
Hoffman fut pour lui un vrai plaisir.
« Ça se passait tellement bien que
nous finissions très tôt nos journées ! »
James Foley n’a que de bons
mots pour son acteur principal, Ed
Burns. « Il était au top de ma liste
quand j’ai décidé de faire le film et
je me fichais qu’il soit connu ou
non. D’une façon égocentrique, je
voulais faire ressortir quelque
chose de lui qu’on n’avait jamais
vu, mais que je voyais dans ma
tête. » Il est tout autant affable en ce
qui concerne les réalisations de son
collègue. « Son film, The Brothers
McMullen m’a beaucoup affecté,
parce que nous avons en commun
ce coté irlandais catholique de la
côte Est, qu’il a transposé dans un
film personnel. J’ai toujours eu
l’impression que je n’avais pas encore fait mon grand film, basé un
peu sur mon histoire. Je compte
bien écrire là-dessus un jour.
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