Vers un système de régulation hybride de la responsabilité des

Vers un système de régulation hybride de la responsabilité des
Vers un système de régulation hybride de la responsabilité des entreprises :
l’articulation entre la RSE et la responsabilité des entreprises en matière de
Droits de l’Homme (REDH)
Olivier MAUREL
Professeur associé, co-directeur du master 2 Management de la RSE à l’IAE Gustave Eiffel et attaché à l’Institut
de Recherche en Gestion (IRG) - Université Paris XII Val de Marne ; IAE Gustave Eiffel, Institut de Gestion,
Route de Choisy, 94010 Créteil cedex ; o_maurel@hotmail.com
Partant d’une réflexion critique sur l’opposition classique hard-law-soft law, l’auteur analyse la notion de régulation hybride de la responsabilité des entreprises en matière de Droits de l’Homme (REDH), ainsi que les principes de son efficience. Puis il étudie comment ce type de régulation fait système en articulant RSE et REDH. Ce
cadre théorique est ensuite confronté aux travaux récents des Nations Unies et aux positions de la France,
notamment l’avis de sa Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme.
Mots clés : Droits de l’Homme, RSE, REDH, CNCDH, Régulation hybride
Towards a hybrid regulation system of corporate responsibility: articulation between CSR and
corporate responsibility regarding human rights.
Starting with a critical reflection on hard-law-soft law classical opposition, the author analyses the notion of
hybrid regulation for corporate responsibility regarding human rights (CRHR), along with its efficiency conditions. Therefore he studies how this kind of regulation contributes to a system articulating CSR and CRHR.
This theoretical framework is then confronted to the United Nations’ recent works and to the official French
positions, including The French National Advisory Commission on Human Rights’ recommendations.
Key Words: Human rights, CSR, CRHR, CNCDH, Hybrid regulation
Depuis plusieurs années, la question de la responsabilité des entreprises en matière de Droits de
l’Homme (REDH) se fait plus présente, soit dans le giron de la responsabilité sociale des entreprises
(RSE)1, soit de façon indépendante (émancipée ?)2.
− Dans quel type de régulation s’inscrit cette responsabilité ?
− Et comment se définit-elle par rapport au concept plus courant qu’est la RSE ? Comment s’opposent-ils ou s’articulent-ils ?
Afin de répondre à ces questions, nous exposerons les recherches menées en deux temps :
I) Nous commencerons par une approche de déconstruction de l’opposition classique entre régulation publique et privée. Constatant l’émergence d’une régulation hybride, nous tenterons de comprendre les principes nécessaires à sa pertinence et à son efficience. Puis nous décrirons le système
dans lequel cette régulation hybride voit s’articuler RSE et REDH.
2) Nous analyserons ensuite la pertinence de ce cadre théorique au regard des travaux menés sur la
REDH par l’Organisation des Nations Unies, par les autorités françaises et par la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme (CNCDH). Nous nous attacherons à observer si et comment
ces institutions appréhendent la notion de régulation hybride, et dans quelle vision politique elles
l’inscrivent.
1
Cf. les principes du Pacte mondial des Nations Unies ou les indicateurs dédiés de la Global Reporting Initiative.
Cf. les travaux du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies, ceux de la Commission nationale consultative des
Droits de l’Homme française ou bien les groupes d’entreprises « Business Leaders Initiative on Human Rights » ou « Entreprises pour les Droits de l’Homme ».
2
1
I- Vers un système de régulation hybride de la responsabilité des entreprises
Les débats sur la RSE se sont longtemps structurés autour d’une opposition classique entre d’un
côté la régulation publique largement associée au droit (hard law) et d’un autre côté les mécanismes
de régulation privés (soft law). En matière de Droits de l’Homme, après avoir analysé les intérêts et les
limites respectives de ces deux modes de production de normes (1), nous étudierons l’émergence
d’une régulation hybride dont la pertinence nécessite toutefois de soumettre la soft law à plusieurs
principes sans lesquels les préjudices causés l’emportent sur les avantages attendus (2). Enfin, nous
regarderons comment cette régulation hybride caractérise un système qui articule RSE et REDH (3).
I-1. Intérêts et limites respectifs du droit et des mécanismes de régulation privés concernant
la responsabilité des entreprises en matière de Droits de l’Homme
Outre la Charte et les conventions internationales des Droits de l’Homme (DH), les textes internationaux traitant des DH concernent surtout le rôle et les obligations des États. C’est aux États qu’il
appartient de les respecter et de les faire respecter par les acteurs de la société. Toutefois, même s’il
n’existe pas de cadre normatif directement contraignant au plan international, les entreprises sont censées respecter la législation nationale et les obligations internationales auxquelles ont souscrit chacun
des pays dans lesquels elles exercent leur activité. Sinon elles mettent en jeu leur responsabilité juridique dans l’État hôte. Le cas échéant, s’il existe des dispositions extraterritoriales, elles encourent
également des risques juridiques dans les États dont est originaire la « maison mère », ce qui est
encore fort rare.
À ce jour, trois instruments principaux émanant d’institutions internationales publiques s’adressent
explicitement et directement aux entreprises, mais dans un cadre relativement non contraignant :
− La déclaration de principes tripartite de l’OIT sur les entreprises multinationales et la politique
sociale : « Le Conseil d’administration du Bureau international du travail (...) invite les gouvernements des États membres de l’OIT, les organisations d’employeurs et de travailleurs intéressées et les entreprises multinationales exerçant leurs activités sur leurs territoires à respecter les
principes qu’elle contient. »
− Les principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales : « sont des
recommandations que les gouvernements adressent aux entreprises multinationales. Ils énoncent
des principes et des normes volontaires de comportement responsable des entreprises dans le
respect des lois applicables ».
− Le Pacte mondial des Nations Unies (Global Compact) est une initiative d’engagement volontaire
portée par le Secrétariat général à destination notamment des entreprises.
Ces textes, de nature et de portée juridique différentes, peuvent servir de référence et fournir un cadre d’amélioration des pratiques ; néanmoins, l’absence de standards ou de dispositifs internationaux
directement contraignants, applicables partout, à toutes les entreprises, pour l’ensemble des Droits de
l’Homme entraîne un certain nombre de conséquences et de préjudices.
− Les disparités juridiques entre les droits nationaux des DH mettent à mal le respect de l’article 55
de la Charte des Nations Unies qui prône « le respect universel et effectif des Droits de l’Homme ». Concrètement, il en ressort une inégalité d’accès aux droits et la fragilisation de certains
individus, communautés et populations autochtones. De fait, selon les lieux et les circonstances,
les abus ou les violations des DH dus en tout ou partie aux entreprises bénéficient de l’impunité,
faute de reconnaissance juridique des infractions ou de poursuite : les victimes ou leurs proches
restent ainsi sans possibilité de recours et de réparation éventuelle. Cet état de fait peut s’avérer
encore plus dramatique dans les « zones franches » ou « zones économiques spéciales » lorsque
celles-ci se révèlent comme des espaces de quasi non-droit.
− La rareté des dispositifs de recours extraterritorial vient renforcer l’impunité des auteurs de
violations en cas de cessation d’activité, de vente ou de fusion de l’entreprise concernée.
− Au-delà de l’implication directe dans les atteintes aux DH, il existe un problème de définition,
donc de qualification, puis de sanction, s’agissant des actes de complicité, active ou passive, pour
des violations commises par des acteurs dont l’entreprise est la commanditaire ou qui travaillent
sous son influence.
2
− S’agissant des États ou zones dans lesquels les DH ne sont pas reconnus ou appliqués, parfois par
les pouvoirs publics eux-mêmes, les entreprises soucieuses du respect des personnes et du droit
international sont confrontées à des dilemmes complexes ; ces situations peuvent questionner leur
présence ou les liens commerciaux entretenus sur place, au détriment parfois des populations
avec ou pour lesquelles elles travaillent.
− Enfin, l’insuffisance des standards internationaux peut créer une distorsion de concurrence entre
les entreprises désireuses de respecter et faire respecter les DH et celles qui se dédouanent de
toute responsabilité à cet égard. Les entreprises les moins scrupuleuses mettent ainsi en place des
politiques de délocalisation vers des États dont la législation ou la politique pénale sont défaillantes. Certaines entreprises peuvent également profiter de faibles dispositifs d’information des
consommateurs pour conquérir ou conserver des marchés en donnant une image incomplète voire
fausse de la qualité de leurs produits ou services ainsi que de leurs agissements quant aux DH.
À côté du cadre juridique international limité, mal articulé ou défaillant qui leur est directement
applicable en matière de Droits de l’Homme, de nombreuses entreprises ont développé ou adopté des
engagements dits volontaires. Ces initiatives peuvent relever d’une ou plusieurs entreprises, qu’elles
appartiennent ou non à un même secteur d’activité ou à une même zone géographique. D’autres initiatives ont fait l’objet d’une concertation ou d’une négociation avec des organisations syndicales ou certaines parties intéressées, voire sont portées par des institutions nationales ou internationales. Sous
forme de chartes éthiques, de codes de conduite, de principes directeurs, de pactes, de normes (certifiables ou non), ces multiples engagements volontaires comportent des intérêts mais aussi des limites
avérées.
• Les intérêts des engagements volontaires
− Les engagements volontaires participent à la prise de conscience interne des risques et des enjeux
en matière de Droits de l’Homme en suscitant des échanges d’information au sein des entreprises.
Ils contribuent également à la promotion des DH parmi les entreprises partenaires et auprès des
parties intéressées.
− La soft law permet de traduire et de décliner des principes abstraits en outils de gestion adaptables au management de chaque entreprise ou de son secteur.
− Le mimétisme entre entreprises (souvent au sein d’un même secteur) ou la crainte d’accuser un
retard préjudiciable (en termes d’image ou en cas de normalisation contraignante) ont un effet
d’entraînement qui pousse les entreprises à tenir compte des initiatives existantes, d’une manière
ou d’une autre.
• Les limites des engagements volontaires
− L’universalité, l’indivisibilité et l’inconditionnalité des DH sont compromises par certains engagements volontaires qui définissent de façon discrétionnaire le périmètre et les bénéficiaires de
leur application, choisissant tel ou tel droit à respecter particulièrement, pour tel ou tel acteur,
dans telle ou telle filiale ou zone d’activité.
− Sans être antinomiques du droit public, les engagements volontaires sont des normes privées qui
posent des questions d’ordre politique quant aux modalités de définition et de prise en compte de
l’intérêt général, tout particulièrement en matière de DH. Le caractère souvent unilatéral des
engagements volontaires par des entreprises traduit leur subjectivité et peut fragiliser l’intérêt des
parties intéressées les plus faibles, voire silencieuses [Robert-Demontrond, 2008, chap. 4] ;
s’agissant des initiatives multilatérales, la prise en compte de l’intérêt général reste toute relative
en fonction de la subjectivité dont l’entreprise fait preuve dans le choix de ses partenaires et de la
représentativité de ces derniers [Capron, 2008, p. 131-140]. En outre, la multiplicité des normes
privées crée une incertitude juridique qui tend à affaiblir les principes mêmes des Droits de
l’Homme.
− L’effectivité de ces engagements soulève des questionnements à plusieurs niveaux.
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Leur édiction au plus haut niveau d’une entreprise ne garantit leur application systématique
et intégrale dans les processus de gestion de ses entités, ni chez ses fournisseurs et ses soustraitants.
3
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Les objectifs de mise en œuvre des engagements, les critères d’évaluation de leur application et les procédures d’audit étant généralement définis par l’entreprise elle-même, des
doutes peuvent subsister quant à l’impartialité requise pour les éventuelles victimes de violations. De plus, lorsque la vérification et l’évaluation de l’application des principes édictés
sont confiées à des auditeurs externes, le lien commercial noué avec l’entreprise auditée
n’est pas toujours de nature à garantir une indépendance de jugement. [Hessler, 2008,
p. 161-173 ; Igalens, 2008, p. 175-192]. S’agissant d’évaluation de seconde voire de tierce
partie, les procédures de contrôle utilisées s’appuient souvent sur des méthodes déclaratives
de la part des entreprises elles-mêmes ou sur des investigations de courte durée : de telles
approches rendent difficiles l’appréhension de situations locales complexes et l’expression
des différentes parties intéressées ou constituantes de l’entreprise auditée ;
La communication sur les résultats des évaluations menées est souvent laissée à l’initiative
des entreprises, sur la forme comme sur le fond, même s’il existe des cadres généraux de
reddition (reporting) tels que ceux fournis par la loi NRE, la Global Reporting Initiative
(GRI) ou le projet de norme ISO 26000. Faute de règles précises et applicables à toutes les
entreprises, la sincérité, la pertinence, l’exhaustivité et la proportionnalité de l’information
font régulièrement l’objet de remises en question et de critiques ;
Enfin, en cas de déficience dans l’application des engagements volontaires, il n’existe que
très rarement des mécanismes de recours et de réparation des dommages causés aux victimes d’abus ou de violations des Droits de l’Homme qui ont commis.
À ce stade, force est de constater que la dichotomie hard law/soft law est écornée : le droit n’a pas
toujours le caractère contraignant que l’on croit et les initiatives de régulation volontaire peuvent
acquérir un caractère quasi incontournable.
I-2. Vers l’acceptation d’une régulation hybride ?
Après cette énumération archétypale des avantages et inconvénients des deux types de régulation,
nous estimons que l’opposition, souvent manichéenne, entre soft law et hard law tient moins à une
distinction conceptuelle indiscutable qu’à des modalités différenciées d’élaboration, de contrôle, de
recours et de réparation des éventuels préjudices causés.
Certes, ils nous semble que les principes d’universalité, d’inconditionnalité, d’indivisibilité et d’interdépendance des Droits de l’Homme, tels que les proclame la Déclaration universelle de 1948, ne
peuvent être véritablement garantis que par l’avènement d’un cadre juridique international plus particulièrement adapté aux entreprises, correctement transposé en droit interne par tous les pays membres
de l’ONU et bénéficiant de mécanismes de contrôle, de recours et de réparation réellement efficients.
Mais ce cas de figure reste hypothétique et lointain car fort peu consensuel : son apparition, si tant est
qu’elle advienne, résultera de compromis politiques et de l’articulation progressive de mécanismes
juridiques parcellaires, localisés et plus ou moins contradictoires.
Dans l’intervalle, même s’il reste bancal, le droit international des Droits de l’Homme reste une
référence pour les États en termes de régulation nationale à l’égard des entreprises. Mais face à des
situations de terrain complexes et à l’insuffisance ou l’inapplication du droit, certains engagements
volontaires favorisent l’appropriation des concepts des DH et leur progrès dans la réalité quotidienne.
Les bénéfices de ces initiatives peuvent alors inspirer ou préfigurer un cadre national ou international
qui transforme de bonnes pratiques en principes reconnus et applicables à tous. Par leur comportement
précurseur, des entreprises soulignent cette complémentarité des deux approches à travers une régulation que l’on peut qualifier d’hybride [Gordon, 2001 ; Gendron et al., 2003 ; Audet, 2004 ; Utting,
2005 ; Gendron, 2006]3. Parmi elles, certaines appellent même de leurs vœux des normes contraignantes qui s’appuieraient sur les standards volontaires qu’elles ont développés et forceraient leurs
concurrents réticents à se voir enfin imposer des contraintes qu’ils rechignent à s’appliquer4.
3
Dans la publication de 2003, Gendron et al. parlent de « régulation hybride ou multipolaire » (47), tandis que Utting utilise
l’expression « articulated regulation » que l’UNRISD traduit par « encadrement combinatoire » (section 3).
4
Pour ne citer qu’un exemple, la Business Leaders Initiative on Human Rights (BLIHR) est une initiative triennale lancée en
2003, reconduite en 2006. Elle regroupe 13 entreprises multinationales (contre 7 initialement) : ABB Ltd, Alcan Inc.,
AREVA S.A., Barclays PLC, Ericsson, Gap Inc., General Electric Company, Hewlett Packard Co., MTV Europe Networks,
4
En effet, les limites des engagements volontaires peuvent quelquefois favoriser les entreprises les
moins engagées et pénaliser les plus motrices. Tandis que les premières affichent des valeurs peu
suivies d’effets dans leur management, les entreprises proactives s’impliquent dans un travail de
concertation avec les parties intéressées, investissent pour organiser leurs activités dans le respect des
DH et doivent redoubler d’efforts pour conserver les marchés face à une concurrence moins scrupuleuse. La distorsion de concurrence ainsi créée peut alors s’avérer préjudiciable et, in fine, décourager
tout effort en faveur d’une démarche de RSE intégrée au détriment d’une approche cosmétique de la
RSE. De même, à travers certaines initiatives, des entreprises cherchent parfois à empêcher délibérément l’émergence de règles contraignantes.
En fixant toujours comme horizon la mise en œuvre effective de la Déclaration universelle des DH
dans un cadre juridique international contraignant, l’acceptation d’une régulation hybride permet de
poser un autre regard sur la soft law : elle devient un outil transitoire de construction de ce cadre, son
utilité n’étant pas jugée par principe, mais à l’aune de l’inclusion et du respect de certaines conditions.
Ainsi, pour être crédibles, tout engagement volontaire devrait conduire l’entreprise qui le signe :
− à reconnaître explicitement la responsabilité et l’obligation de l’entreprise, de ses filiales et des
sociétés qu’elle contrôle, de respecter les Droits de l’Homme ;
− à se référer explicitement aux textes de droit internationalement reconnus, sans procéder à un
choix sélectif parmi leurs dispositions5 ;
− à respecter :
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le droit et les règles administratives en vigueur dans les pays où agit l’entreprise ;
mais aussi, dans la mesure du possible, les textes de droit internationalement reconnus, que
n’auraient pas ratifiés ou transposés dans leur droit interne les pays dans lesquels l’entreprise exerce ses activités ;
à contribuer à la complémentarité entre les cadres normatifs institutionnels, internationaux
ou nationaux d’une part, et les mécanismes de régulation volontaire ou d’autorégulation
d’autre part ;
à condamner publiquement les actions de pression que pourraient exercer certaines entreprises sur des gouvernements pour abaisser ou freiner le développement des dispositions
favorisant le respect des DH, tant au stade législatif que dans la mise en œuvre ;
à faire preuve du devoir de diligence s’agissant du respect :
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du droit international et national en vigueur dans les pays dans lesquels l’entreprise
exerce ses activités ;
de la mise en œuvre des engagements volontaires auxquels elle a souscrits ;
des relations commerciales qui la lient à ses fournisseurs et sous-traitants ;
afin de prévenir et d’éviter toute violation ou complicité de violation des DH ;
National Grid PLC, Novartis Foundation for Sustainable Development, Novo Nordisk A/S et Statoil ASA. Cette coalition
d’entreprises est présidée par Mary Robinson (ancienne présidente d’Irlande de 1990 à 1997, puis haut-commissaire du HCR
de 1997 à 2002, aujourd’hui présidente du projet « Realizing Rights: The Ethical Globalization Initiative »).Faisant leur le
concept de responsabilité des entreprises en matière de droits humains, les membres de la BLIHR entendent développer de
bonnes pratiques, en coopération avec leurs partenaires commerciaux mais aussi avec d’autres parties prenantes telles les
ONG et les syndicats. C’est en ce sens qu’a été élaborée une matrice d’engagements qui s’appuie sur le projet de « normes
des Nations unies sur les responsabilités des sociétés transnationales et autres entreprises en matière de Droits de l’Homme »
(les « Normes »). Cette matrice reconnaît 3 niveaux d’engagements :
- les engagements « essentiels » : respect de normes internationales ou nationales existantes, en particulier les textes des
Nations unies ou de l’Organisation Internationale du travail (OIT) ;
- les engagements « attendus » : bonnes pratiques managériales qui doivent être développées ;
- les engagements « désirables » : pratiques volontaristes, très tournées vers la promotion des droits humains.
5
À commencer par la Charte internationale des Droits de l’Homme (qui comprend la Déclaration universelle des Droits de
l’Homme, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et ses deux protocoles facultatifs, le Pacte international
relatif aux droits économiques, sociaux et culturels) ainsi que les Conventions internationales des Droits de l’Homme), mais
également : le droit international humanitaire ; la Déclaration relative aux principes et droits fondamentaux au travail et la
Déclaration de principes tripartite sur les entreprises multinationales de l’OIT ainsi que ses autres normes, en particulier
concernant le concept de travail décent ; les Principes directeurs à l’intention des entreprises multinationales et les Principes
de gouvernement d’entreprise de l’OCDE.
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à garantir une définition collective des risques et des enjeux ainsi que la construction de
compromis sociaux acceptables par le plus grand nombre, en impliquant les parties concernées6 par les effets directs ou indirects des activités et des décisions de gestion de l’entreprise aux différents stades d’élaboration, de mise en œuvre, de contrôle et de communication des engagements volontaires ;
à mesurer la pertinence des efforts déployés et des résultats obtenus à travers des mécanismes de contrôle indépendant, crédible et transparent ;
à assurer une communication sincère, pertinente, exhaustive et proportionnée à la nature
ainsi qu’à l’ampleur des enjeux et des actions menées ;
à prévenir, faire reconnaître, sanctionner et réparer les violations des DH par les entreprises
et leurs filiales, à travers des procédures effectives de recours inscrites dans les engagements volontaires et/ou dans le droit.
En résumé, il s’agit de garantir cinq principes essentiels susceptibles de conférer à un engagement
volontaire sa crédibilité et son efficacité au-delà du simple discours :
− le respect par l’entreprise des DH internationalement reconnus ;
− le caractère « démocratique » ou du moins participatif de la démarche de régulation ;
− l’effectivité et l’efficience du devoir de diligence ;
− la sincérité de la communication ;
− la mise en œuvre du concept de « justiciabilité ».
Les engagements volontaires d’une entreprise, s’ils respectent les principes énoncés ci-dessus,
peuvent manifester une conception de la responsabilité allant au-delà du droit existant, dans l’esprit du
Livre vert de la Commission européenne de juillet 20017. Le cas échéant, ces initiatives privées peuvent permettent d’anticiper la loi et les coûts de transformation qu’elle impliquera, tout en améliorant
la réputation de l’entreprise et en lui ouvrant parfois des opportunités stratégiques : c’est le « Business
Case » de la RSE. Le moment venu, la réglementation publique permet alors de garantir la sécurité
juridique, une concurrence non faussée, ainsi que la paix et la stabilité dans un État de droit. Dans ces
conditions, l’innovation apportée par certains engagements volontaires privés peut donc constituer le
ferment du droit de demain. À cet égard, l’expérience des relations sociales, des lois, des conventions
collectives et des accords d’entreprise démontre bien les articulations vertueuses qui peuvent exister
entre d’une part des accords locaux, sectoriels, proches du terrain, parfois innovants, et d’autre part
des incitations ou des extensions par la loi.
Cette approche hybride de la régulation domine dans les conclusions du séminaire sur la RSE dans
l’espace francophone organisé en février 2008 à Rabat (Maroc) par l’Association francophone des
commissions nationales des Droits de l’Homme. M. Michel Doucin8, délégué général du séminaire,
prend acte du fait que « sur le plan de la philosophie du droit, nos débats ont fait ressortir l’évolution
du débat relatif à l’efficacité respective de la ‘loi dure’ et la ‘loi molle’. Passant en revue un certain
nombre de démarches volontaires collectives, en principe relevant du ‘droit mou’, issu de processus
divers de production – enceintes intergouvernementales, cercles patronaux, dialogue social –, il nous
est apparu que plusieurs se sont, en quelques années, imposés comme des référentiels quasi-universels9 ». Le soutien vigilant apporté à des approches volontaires exigeantes n’est donc pas contradictoire avec l’appel à un cadre institutionnel et normatif universel : « Le premier [constat] est celui de
l’instauration d’une gouvernance et d’un ordre mondiaux dans le cadre d’une mondialisation inexo-
6
À commencer par les syndicats de travailleurs et les fournisseurs ou sous-traitants, mais également les pouvoirs publics, les
collectivités territoriales, les associations de consommateurs, les ONG...
7
« Être socialement responsable signifie non seulement satisfaire pleinement aux obligations juridiques applicables, mais
aller au-delà et ‘investir’ davantage dans le capital humain, l’environnement et les relations avec les parties prenantes. »
CCE, Promouvoir un cadre européen pour la RSE – Livre vert, COM(2001) 366, 18.07.01, p. 7.
8
Michel Doucin est ancien ambassadeur français pour les Droits de l’Homme, nommé depuis le 15 septembre 2008 ambassadeur à la bioéthique et à la responsabilité sociale des entreprises.
9
AFCNDH, Interventions introductives et Conclusions du séminaire de Rabat sur la RSE dans l’espace francophone, 28
février - 1er mars 2008, p. 15.
6
rable (chance ou danger selon les avis), tels que ce ne soient pas des intérêts privés, adossés à la
puissance que leur donnent leur poids économique et financier, qui gouvernent la planète10. »
Regardons maintenant comme cette régulation hybride, conjuguant le recours au droit et aux initiatives de régulation volontaire, articule RSE et REDH.
1-3. L’articulation entre RSE et REDH : la part du politique et du juridique
Le caractère hybride de la régulation de la responsabilité des entreprises en matière de Droits de
l’Homme n’invalide pas le concept de RSE, mais l’insère dans une construction plus politique que
managériale.
En effet, la RSE semble s’inscrire durablement dans un cadre à géométrie variable dû à la dimension prédominante du volontarisme et de l’autorégulation. Cette variabilité se mesure notamment par
l’élasticité des périmètres retenus au sein de la chaîne de production de valeur, par la diversité des
référentiels choisis ou des thématiques privilégiées dans ces référentiels, par la flexibilité des niveaux
d’exigence appliqués, par le caractère aléatoire des mécanismes d’évaluation, de sanction et de
recours, etc.
Inspirées par un intérêt bien compris, sous la pression ou bien au nom des valeurs morales des dirigeants, les démarches de RSE sont souvent affichées comme stratégiques, sans que la communication
soit vraiment précise sur leur intégration politique et opérationnelle dans les systèmes de management : ceci peut alors faire craindre qu’elle soit aléatoire, en fonction des opportunités, des ressources
et des contraintes, d’arbitrages majoritairement économiques11. De même, l’invocation des parties intéressées, véritable gimmick de la RSE, se traduit-elle par une implication tout au long du processus, de
l’analyse des enjeux jusqu’à l’évaluation des résultats en passant par la conduite du changement, ou
bien revêt-elle en fait un caractère arbitraire, utilitariste ou sporadique ? [Donaldson & Preston
(1995)].
Comme le rappelle Christian Brodhag12, « les Droits de l’Homme sont le bien commun de
l’Humanité ». Ce bien commun ne repose pas sur des intérêts particuliers, mais sur l’État de droit qui
ne le définit jamais mieux que dans un espace démocratique. Paradoxalement, il est opportun de se
référer ici aux interrogations du libéral Milton Friedman [1962] lorsqu’il rejette l’idée de RSE : « Si
les hommes d’affaires ont une responsabilité autre que celle du profit maximum pour les actionnaires,
comment peuvent-ils savoir ce qu’elle est ? Des individus privés auto-désignés peuvent-ils décider de
ce qui est l’intérêt général ? ». Sa réponse est négative. Bien sûr, dans l’espace économique où elle est
souveraine, une entreprise essaie d’imposer des contraintes de production et de management à ses collaborateurs, à ses sous-traitants et à ses fournisseurs pour qu’ils servent au mieux ses intérêts : telle est
la principale raison d’être de l’organisation du travail, des profils de postes, des normes de production,
de la planification, des mesures de performance individuelle ou collective, des contrats ainsi que des
mécanismes de sanction qu’ils emportent en cas d’inadéquation aux objectifs fixés. En revanche, le
bien commun de l’humanité que sont les Droits de l’Homme ne saurait dépendre de la seule défense
des intérêts privés, d’ordre économique, qui constitue la première mission de l’entreprise ou, plus
largement, de ce que l’on nomme le marché.
En ce qu’elle fait des êtres humains des sujets de droits plutôt que des objets d’ajustement ou des
vecteurs de consommation, l’approche de la responsabilité des entreprises par les DH pose un cadre
idéologique et fixe un horizon politique sans ambiguïté. Même imparfait dans sa mise en œuvre par les
États, le droit international des DH, défini par la Charte et les Conventions internationales, offre un
cadre juridiquement stable, universel, indivisible de droits interdépendants et inconditionnels, légitimé
par l’ONU et les États qui la composent. Il légitime le primat du politique in fine. Au nom de l’intérêt
général, incarné par un État doté d’une gouvernance démocratique, la contrainte peut alors être considérée comme un moyen légitime d’assurer l’égalité d’accès de tous aux Droits de l’Homme, de garantir les mêmes règles du jeu pour tous et de sanctionner ceux qui ne les respectent pas.
10
Ibid., p.15.
Au fond, sous l’empire des trois grandes théories qui fondent le refus ou l’instrumentalisation de la RSE : la théorie du
droit de propriété, la théorie de l’agence et celle de la dépendance à l’égard des ressources.
12
AFCNDH, op. cit., p. 11.
11
7
Si la RSE est le concept managérial par lequel certains États et entreprises souhaitent encourager
les démarches de régulation volontaire face aux externalités négatives du marché, la REDH est le
concept politique, démocratiquement défini, qui est opposable aux acteurs économiques coupables de
manquement à leur devoir de diligence ou de violations. Dans ce système de régulation hybride de la
responsabilité des entreprises, les démarches volontaires de RSE ont pour socle intangible le droit
international des Droits de l’Homme.
Voyons à présent comment les Nations Unies d’une part, la France d’autre part, appréhendent
concrètement cette construction théorique ?
II- L’articulation entre RSE et REDH à l’épreuve des politiques
De nombreux instruments de la RSE comportent un volet qui traite des Droits de l’Homme,
d’ailleurs sans que leur contours soient toujours identiques. Mais comment la notion de REDH est-elle
prise en compte par les acteurs politiques et diplomatiques ? Dans un premier temps nous analyserons
les travaux spécifiques de l’ONU sur la responsabilité des entreprises en matière de Droits de
l’Homme (1). Puis nous essaierons d’expliciter le positionnement des autorités françaises sur le sujet
(2) ainsi que celui de la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme.
II-1. Les travaux de l’Organisation des Nations Unies sur la REDH
En 1998, au sein de la Commission des Droits de l’Homme13, la sous-commission de la protection
et de la promotion des Droits de l’Homme14 sur les entreprises multinationales va superviser un
« groupe de travail sur les méthodes de travail et les activités des sociétés transnationales15 ». Quatre
ans après sa création, le groupe de travail a transmis à la sous-commission un projet de Normes des
Nations Unies sur les responsabilités des sociétés transnationales et autres entreprises en matière de
droits de l’Homme qu’elle a adopté à l’unanimité, en août 2003. Un Commentaire accompagne le
projet de normes, visant à le compléter par des définitions, ainsi que des précisions sur la portée de
certaines dispositions et sur la base juridique de différentes obligations (avec moult références à
d’autres normes internationales).
Le projet adopté par la Sous-commission souligne que « les États ont la responsabilité première de
respecter, faire respecter et promouvoir les Droits de l’Homme reconnus tant en droit international
qu’en droit interne, et donc de garantir que les sociétés transnationales et autres entreprises respectent
ces droits16 ». Mais en vertu de la référence de la DUDH à « tous les organes de la société », la souscommission définit aussi la responsabilité propre des sociétés transnationales17 (partie A : Obligations
générales). Le projet de normes traite ensuite les thèmes des DH suivants :
− le droit à l’égalité des chances et à un traitement non discriminatoire (partie B) ;
− le droit à la sécurité de la personne (partie C) ;
− les droits des travailleurs (partie D) ;
− le respect de la souveraineté nationale et des Droits de l’Homme (partie E) ;
− les obligations visant la protection du consommateur (partie F) ;
− les obligations visant la protection de l’environnement (partie G).
Vivement contesté tant par des États18 que par les organismes patronaux19, ce « projet de normes »
est présenté en 2005 à la 61e session de l’Assemblée générale de la Commission des Droits de
l’Homme qui le gèle et préconise la nomination d’un Représentant spécial du secrétaire général des
13
Devenue Conseil des Droits de l’Homme après la réforme de 2006. Commission puis Conseil constituent l’organe
intergouvernemental principal des Nations unies sur toutes les questions relatives aux Droits de l’Homme. Le secrétariat est
assuré par le Haut-Commissariat des Nations unies aux Droits de l’Homme. Son siège est à Genève (Suisse).
14
Composée d’experts indépendants en Droits de l’Homme, elle n’a pas de compétence normative mais son rôle est de préparer des projets de normes concernant les Droits de l’Homme, dont certains sont devenus des traités ou d’autres normes des
Nations unies.
15
Résolution n° 1998/8.
16
Trilogie du norvégien Asbjorn Eide : « to respect, protect & fulfill ».
17
Dans leur domaine d’activités et dans leur zone d’influence.
18
Notamment les États-Unis, la Grande Bretagne suivie par d’autres États européens.
19
Au premier rang desquelles, la Chambre de commerce internationale [Mendelson, 2004 & 2005].
8
Nations Unies pour les Droits de l’Homme et les sociétés transnationales20. La mission de l’universitaire américain M. John Ruggie21, nommé à ce poste par M. Kofi Anan, consiste notamment à approfondir le rôle des États dans ce domaine et à éclaircir un certain nombre de notions comme celles de
« complicité » et de « sphère d’influence ». Le rapport intermédiaire qu’il a rendu en février 2006 indiquait sa nette préférence pour les démarches volontaires des entreprises, ce qui a suscité bon nombre
de réactions critiques émanant d’ONG et de confédérations syndicales, nationales ou internationales.
En effet, pour ces acteurs, l’intérêt initial suscité par le projet de normes résidait justement dans les
perspectives d’une responsabilité juridique des entreprises qu’il pouvait receler22.
Après trois ans d’études, de consultations et de visites de terrain, John Ruggie présente son rapport
final au Conseil des Droits de l’Homme lors de sa 8e session, le 3 juin 2008 à Genève23. Le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies sur les Droits de l’Homme et les sociétés transnationales y présentent un cadre conceptuel et politique qui identifie trois principes fondamentaux qui
forment un tout interdépendant :
− le devoir de l'État de protéger contre les violations des Droits de l’Homme ;
− la responsabilité et l’obligation des entreprises de respecter les Droits de l’Homme ;
− le principe de réparation pour les victimes de violation.
Par ailleurs, John Ruggie souligne que la prise en compte de la responsabilité spécifique des entreprises en est encore à ses balbutiements et que les carences en termes de gouvernance, imputables à la
globalisation, en sont grandement responsables24. Adepte d’une politique des petits pas, le Représentant spécial juge pourtant prématurée l’émergence d’un texte contraignant au sein des Nations Unies ;
aussi préfère-t-il défendre la mise en cohérence, l’effectivité et le renforcement des textes, dispositifs
et procédures qui existent déjà.
Le Conseil des Droits de l’Homme a apporté son soutien au rapport et renouvelé le mandat du
Représentant spécial afin qu’il en assure la promotion et en approfondisse le cadre conceptuel pour
faciliter la mise en œuvre opérationnelle de ses principes25. Les premières réactions à ce rapport semblent relativement consensuelles quant au constat, même si pointent, notamment chez des défenseurs
des DH, des reproches de timidité dans les préconisations et un certain scepticisme sur la portée
pratique du rapport26. Quoi qu’il en soit, deux débats semblent aujourd’hui devenu légitimes27 et sortir
de l’ornière où ils se trouvaient suite au rejet du projet de normes des Nations unies : celui d’une responsabilité explicite des entreprises en matière de Droits de l’Homme et celui sur l’articulation de
20
Résolution 2005/69.
Professeur de droit à la Kennedy School of Governement de l’université de Harvard, il avait auparavant été l’un des
maîtres d’œuvre du Pacte mondial des Nations Unies (en anglais Global Compact).
22
C’est d’ailleurs ce qui fait dire à Emmanuel Decaux qu’« il subsiste la nécessité d’un cadre de référence objectif. Rien ne
se fera sans les entreprises et sans les États, dans un nouveau tripartisme en gestation dans la dynamique du Pacte mondial.
Le mérite de la Sous-commission aura été d’ouvrir la voie, avec le soutien des ONG, en plaçant les normes des Droits de
l’Homme au cœur des débats, comme des principes qui ne peuvent être renégociés ou faire l’objet de compromis ou de marchandage. Reste aux autres acteurs à prendre leurs responsabilités. (…) Au-delà des enjeux politiques, la question centrale
pour l’avenir est celle de la fabrication des normes, en dépassant le monopole du droit ou du non droit, faisant de tout
« organe de la société » – personne physique comme personne morale – un sujet de droit international des Droits de
l’Homme, en toute responsabilité. » [Decaux, 2005, p. 798].
23
[Ruggie J., 2008, Distr. General A/HRC/8/5, Advanced Edited Version]. Un premier additif au rapport (A/HRC/8/5/Add.1)
résume les consultations effectuées par le Représentant spécial pour concevoir son cadre de référence. Un second additif
(A/HRC/8/5/Add.2) synthétise la portée et le type de violations supposées des Droits de l’Homme par des sociétés transnationales et d’autres entreprises, à partir d’un échantillon de 320 cas. En outre, un second rapport de John Ruggie porte sur
la clarification des concepts de « sphère d’influence » et de « complicité » (A/HRC/8/16). Il y explique comment ces deux
notions permettent de concevoir la responsabilité des entreprises de respecter les Droits de l’Homme. Il y regrette également
l’absence, la rareté ou la faiblesse de systèmes permettant aux entreprises de vérifier qu’elles respectent les Droits de
l’Homme.
24
Ruggie J., 2008, op. cit., paragraphes 1 & 3.
25
UN, 10 October 2008m, Preliminary Work Plan Mandate of the Special Representative on the Issue of Human Rights and
Transnational Corporations and other Business Enterprises - 1 September 2008 - 30 June 2011.
26
Voir par exemple l’analyse et les commentaires de la plateforme d’ONG Center for Human Rights and Environment:
http://www.cedha.org.ar/en/more_information/un_special.php
27
À titre d’exemple, voir l’article « Beyond the genocide Olympics » du journal économique traditionnellement orthodoxe
The Economist daté du 24 avril 2008.
21
9
cette responsabilité avec celle des États. Ceci dit, le rapport de John Ruggie laissant pour le moment
en suspens les modalités de régulation adéquates, les dissensions risquent fort de surgir de la boîte de
Pandore qu’il a pour mission d’ouvrir dans le cadre de son nouveau mandat.
Étudions maintenant la façon dont les pouvoirs publics français abordent la question des Droits de
l’Homme par rapport à la RSE et la façon dont ils les régulent.
II-2. Vers quel système de régulation la France semble-t-elle s’orienter ?
Première question : quel lien la France établit-elle entre RSE et Droits de l’Homme ? Si l’appel du
président Chirac évoqué plus haut concernait une « convention internationale relative à la responsabilité sociale et environnementale des entreprises »28, la formulation employée ensuite par sa ministre
Mme Girardin établit un lien entre RSE et DH : « L’ambition française est que ces normes concourent
à la promotion de l’ensemble des Droits de l’Homme, aussi bien les droits civils et politiques que les
droits économiques, sociaux et culturels. »29 Une première interprétation de ce glissement sémantique
conduit à penser que les Droits de l’Homme fonderaient le socle de la RSE. L’actuel ministre de l’écologie, M. Borloo, établit une corrélation similaire pour la responsabilité environnementale : « L’objectif est que la France soit en pointe sur ce combat des droits de l’homme du XXIe siècle.30 »
Deuxième question : quel type de régulation semble prôné par la France ? Et en premier lieu, il
convient d’observer quel rôles respectifs les principales autorités françaises accordent à l’État et aux
entreprises s’agissant des DH.
Dans son discours du 27 janvier 2004, M. Chirac rappelle que parmi leurs missions « les États
[sont] garants des intérêts fondamentaux des Nations et de leurs peuples, convaincus des vertus d’une
économie de marché ouverte et responsable ». Prenant acte des changements intervenus dans la seconde partie du XXe siècle, il reconnaît que : « La vie internationale se transforme, mais les États continuent à y jouer un rôle majeur. (...) C’est à eux et à leur organisation internationale qu’il revient
d’assurer la paix et la sécurité. C’est aussi à eux de définir et de faire appliquer les règles d’une mondialisation humanisée et harmonieuse. » En septembre 2005, Mme Girardin confirme cette responsabilité première de l’État s’agissant « de protéger et faire respecter les Droits de l’homme. C’est également à l’État qu’il revient d’assurer la sécurité juridique propice à la garantie des investissements et au
développement des échanges commerciaux ».
Parallèlement, toujours dans le discours précité, M. Chirac rappelle l’engagement des entreprises :
− « À respecter les droits de l'homme, en toute circonstance, et ne pouvoir en rien être soupçonné
de les négliger ;
− à appliquer, même dans les pays à la législation défaillante, des normes de travail décentes, en
refusant les discriminations, le travail forcé ou l'exploitation, en pratiquant le dialogue social, en
vous assurant que les salaires permettent de loger, de nourrir, de soigner une famille, de donner
aux enfants la possibilité d'aller à l'école et aux anciens une retraite digne ;
− à adopter, partout dans le monde, une démarche de précaution, soucieuse de minimiser les pollutions et le prélèvement sur les ressources naturelles. 31 »
De son côté, le Président Sarkozy dessine les contours de la responsabilité des entreprises32 :
− Au plan du périmètre juridique (et géographique) : « Il n’est pas admissible qu’une maison-mère
ne soit pas tenue pour responsable des atteintes portées à l’environnement par ses filiales. Il n’est
pas acceptable que le principe de la responsabilité limitée devienne un prétexte à une irresponsabilité illimitée. Quand on contrôle une filiale, on doit se sentir responsable des catastrophes
écologiques qu’elle peut causer. On ne peut pas être responsable le matin et irresponsable l’aprèsmidi. »
28
Discours du 14 juin 2005 prononcé devant les entreprises signataires du Pacte mondial des Nations Unies.
Séminaire organisé le 29 septembre 2005 par le MEDEF et le MAE.
30
Discours du 29 juin 2007 - Présentation des objectifs de son ministère (MEDAD, futur MEEDDAT).
31
Discours du 27 janvier 2004 - Pacte mondial.
32
Discours du 25 octobre 2007 – Grenelle de l’environnement.
29
10
− Au niveau temporel : « Je veux d’ailleurs rouvrir le débat de la responsabilité et prendre les
miennes. Celui qui pollue des rivières pendant des années, celui qui conçoit et vend un produit
chimique, celui qui créé un nouvel organisme génétique, celui-ci doit être comptable de ses actes
même des années après si un drame survient. »
Conformément aux dispositions du droit international des DH, et en accord avec le rapport de John
Ruggie précité, les autorités françaises ont donc régulièrement rappelé le rôle primordial de l’État et la
responsabilité particulière des entreprises.
Troisième question : comment s’articulent concrètement ces responsabilités respectives ? À cet
égard, l’analyse est malaisée car les discours comme les pratiques ne semblent pas tranchés. De façon
récurrente, les initiatives privées sont largement valorisées. Se référant au Pacte mondial des Nations
unies, M. Chirac prend acte de l’engagement « pionnier » de certaines entreprises. Il invite les entreprises à aller plus loin dans la prise en compte de la triple dimension (sociale, sociétale et environnementale) de leur responsabilité : « Quand elles s’implantent dans un pays en développement, quand
elles font appel à un sous-traitant local, les entreprises devraient se fixer des normes exigeantes, et en
assurer le respect : qu'il s'agisse de droit du travail, de protection de l'environnement ou tout simplement de respect de la dignité humaine, les entreprises occidentales devraient être exemplaires.33 »
Cette exemplarité est demandée non seulement aux entreprises et à leurs filiales, mais aussi à leurs
fournisseurs et sous-traitants, dans un cadre volontaire à l’initiative des entreprises elles-mêmes, et
relevant donc de la soft law.
Mais si l’ensemble des discours évoqués encouragent l’engagement volontaire des entreprises, ils
insistent également sur leurs limites en soulignant le rôle que doivent jouer les États et les instances
internationales : « À l'instar du Pacte mondial, les mécanismes d'engagements volontaires se sont multipliés. Mais la question se pose du respect et de la crédibilité de ces engagements.34 » L’ancien Président de la république a d’ailleurs lancé un appel explicite peu après : « Les engagements des entreprises ne sauraient se substituer à la responsabilité des pays eux-mêmes. Le moment est venu d'approfondir le dialogue avec les pays émergents sur le respect effectif des normes fondamentales du travail,
reconnues dans les conventions de l'OIT.35 » D’où son appel, pourtant resté sans suite, à une convention internationale.
Au sein du gouvernement nommé après l’élection présidentielle du printemps 2007, le nouveau
ministre des affaires étrangères et européennes, M. Kouchner pointe également les limites de l’autorégulation : « Ces dernières années, les labels environnementaux ont proliféré. Certains, quasi autoproclamés, s'apparentent à des outils de marketing. Ce manque de coordination risque d'induire des distorsions de la concurrence internationale.36 » Le 23 septembre 2008, devant les chefs d’État et de gouvernements réunis à l’Assemblée générale annuelle de l’ONU à New York, M. Sarkozy a appelé à l’organisation d’un sommet mondial face à la crise financière. Il a ainsi plaidé pour la reconstruction d’un «
capitalisme régulier et régulé où des pans entiers de l’activité financière ne sont pas laissés à la seule
appréciation des opérateurs de marché régulé, […] où les banques font leur métier, qui est de financer
le développement économique plutôt que la spéculation». La veille, devant la fondation Elie Wiesel, le
président de la République avait même appelé à ce « que ceux qui sont responsables soient sanctionnés
et rendent des comptes et que nous, les chefs d’État, assumions nos responsabilités ».
Au plan pratique, le mode d’emploi actuel est formalisé au début du « Grenelle de l’environnement », quand l’État affiche sa volonté d’inventer des nouvelles formes de régulation. Plus que des
objectifs, c’est un discours sur la méthode qui est spécifié :
− À chaque fois, MM. Borloo et Sarkozy insistent sur l’exemplarité dont les pouvoirs publics
doivent faire preuve : « L’État n’imposera rien ou n’incitera à rien s’il ne se l’applique pas lui
même avec rigueur. Nous avons une vraie obligation de résultat. Pourquoi? Eh bien d’abord
parce qu’on ne peut pas demander aux Français et aux entreprises de faire des efforts si nous ne
33
Discours du 14 juin 2005 – Pacte mondial.
M. Chirac, discours du 26 janvier 2005 – Davos.
35
Discours du 14 juin 2005 – Pacte mondial.
36
Discours du 5 juillet 2007 – Pacte mondial.
34
11
montrons pas nous mêmes l’exemple. Je veux convaincre par l’exemple et l’exemplarité »37 ;
« Notre ambition c'est d'être en avance, d'être exemplaire. » 38
− Et s’il doit prendre ses responsabilités et faire des choix propres en passant par la loi, l’État défini
par M. Sarkozy semble vouloir recourir au dialogue et à la négociation : « Il faut avoir le courage
de décider autrement, de changer les méthodes, de préférer la décision issue de la négociation
plutôt que la décision issue de l’administration. Et bien reconnaissons que le « dialogue à cinq » –
syndicats, entreprises, ONG, élus et administration – c'est un succès sans précédent. (…) C’est un
changement complet dans la logique de décision gouvernementale. »39
Les outils mobilisables ensuite sont recensés par M. Borloo : « Pour relayer cette politique, j’entends utiliser toute la palette des outils disponibles : la réglementation, la contractualisation, et aussi la
fiscalité.40 »
Pourtant dans les faits, la politique gouvernementale et la présidence française de l’Union européenne n’ont guère fait avancer le dossier de la RSE ou le respect des DH par les entreprises, encore
moins favorisé l’émergence de nouveaux textes contraignants, ni de systèmes de contrôle ou de sanctions pour les textes existants. Au plan national, le champ social a davantage fait l’objet de dérèglementation41. Quant au niveau environnemental, même si elle a été adoptée à la quasi-unanimité par
l’Assemblée nationale le 21 octobre 2008, la première loi « Grenelle » (d’orientation) a fait l’objet de
critiques sur les reculs marqués dans le débat parlementaire par rapport à la négociation d’octobre
200742. Le bouclage du « paquet climat-énergie » au niveau européen est plus critiqué encore, les concessions diverses accordées aux États-membres compromettant largement la possibilité d’atteindre les
ambitions affichées par la Commission européenne pour 202043.
Malgré tout, même si cela s’avère plus flagrant dans les discours que dans les actes (au gré de la
gestion des risques et des opportunités économiques, sociales ou politiques), ces aller-retour entre
réglementation publique et initiatives privées traduisent bien, de la part des autorités française, une
conception hybride de la régulation... qui n’est hélas pas toujours cohérente ni intelligible.
Étudions maintenant la contribution à une régulation hybride de l’activité des entreprises émanant
elle aussi d’une institution française : la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme.
II-3. L’avis de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH)
sur la responsabilité des entreprises en matière de Droits de l’Homme
En juin 2006, le ministère français des Affaires étrangères (MAE) demande à la CNCDH44 de
réfléchir sur « la conception d'une initiative internationale visant à préciser et affirmer le rôle des
entreprises en matière de Droits de l’Homme lorsqu'elles conduisent des actions internationales ».
Cette requête fait suite à l’intervention du 14 juin 2005 du Président de la république de l’époque,
37
M. Borloo, Discours du 3 octobre 2007 – Assemblée nationale.
M. Sarkozy, Discours du 25 octobre 2007 – Grenelle de l’environnement.
39
M. Sarkozy, Discours du 25 octobre 2007 – Grenelle de l’environnement.
40
M. Borloo, Discours du 29 juin 2007 – Présentation des objectifs du MEDAD.
41
Par exemple la défiscalisation des heures supplémentaires, la négociation de gré à gré du temps de travail et des salaires, le
projet de généralisation du travail le dimanche, la rupture conventionnelle du contrat de travail… En outre, s’estimant mises
devant le fait accompli par des décisions présidentielles ou gouvernementales, des organisations syndicales ont plusieurs fois
invoqué le respect de la loi sur la modernisation du dialogue social de janvier 2007, laquelle instituait une saisine des
partenaires sociaux préalablement à toute législation sociale.
42
Même en appelant à l’unanimité, le défenseur de l’environnement Nicolas Hulot souligne les lacunes du texte qui a été
modifié par quelque 350 amendements et regrette notamment « la révision à la baisse de certains objectifs et mesures » et « la
frilosité du Parlement sur la fiscalité écologique sur la rénovation thermique du bâtiment et sur l’agriculture de qualité dans la
restauration collective ». De son côté, l’ancienne ministre de l’écologie Corinne Lepage a salué « des avancées incontestables » mais regretté un manque d’ambition « sur des sujets durs comme la fiscalité ». Autre critique, formulée par le Groupement des autorités responsables de transport qui a estimé que « certains dispositifs » issus du Grenelle de l’Environnement
ont été « singulièrement amoindris » comme l’éco-redevance poids lourds.
43
L’objectif fixé par la Commission était le 3 x 20 : réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre, atteindre 20 % de
renouvelables dans le bouquet énergétique et économiser 20 % d’énergie.
44
La CNCDH est une institution nationale de promotion et de protection des Droits de l’Homme. Placée auprès du Premier
ministre, elle jouit cependant d’une indépendance due à sa composition pluraliste et à l’application des principes de la
résolution n° 48/134 de l’Assemblée générale des Nations unies (20 décembre 1993). Pour plus d’information sur sa composition et son fonctionnement : www.cncdh.fr
38
12
M. Jacques Chirac, précédemment citée. La CNCDH met alors en place un groupe de travail pluraliste
(membres de la CNCDH et experts externes, dont des universitaires de diverses disciplines, des
fonctionnaires de différentes administrations, des représentants des ONG, des organisations patronales
et syndicales...)45. Le travail du groupe a conduit à l’avis sur la REDH adopté par l’assemblée plénière
de la CNCDH le 24 avril 200846 et à la parution d’une étude éponyme à la Documentation française
[Maurel, 2008].
L’étude et les recommandations de la CNCDH qui s’ensuivent combinent :
− trois niveaux d’action :
ƒ
ƒ
ƒ
en France (recommandations 1 à 29) ;
dans l’Union européenne (rec. 30 à 51) ;
dans les organisations et forums internationaux : ONU, OIT, OCDE, OMS, OMC, G8, OIF,
Conseil de l’Europe, FMI, BM, BERD et BEI47 (rec. 52 à 87).
− et trois registres d’action :
ƒ
ƒ
ƒ
mieux comprendre les enjeux et les risques d’atteinte aux DH par les entreprises ;
développer l’exemplarité de l’État en la matière ;
favoriser l’effectivité des dispositifs – volontaires ou contraignants – existants, mais aussi
en élaborer de nouveaux.
En fonction de la façon dont les acteurs étudiés se sont, ou pas, déjà mobilisés sur ce sujet, les
recommandations de la CNCDH seront de portée politique ou technique, d’ordre procédural ou substantif, mais toujours traversées par cette triple préoccupation.
Première préoccupation, mieux comprendre les enjeux et les risques d’atteinte aux DH par les
entreprises, ainsi que les freins et les difficultés rencontrées dans leur respect, leur mise en œuvre et
leur défense par les différents acteurs. Les recommandations invitent donc autant que possible à
documenter les cas concrets de violation ou de protection des DH, afin d’ancrer l’action dans la réalité
des faits plutôt que dans la rhétorique. Il s’agit en quelque sorte d’incarner les DH pour donner corps à
une prise de conscience et à une réponse politique à travers des dispositifs légaux, règlementaires et
juridiques.
Deuxième préoccupation, développer l’exemplarité de l’État. Les recommandations sont ici de
deux ordres :
− La CNCDH souligne la triple obligation de l’État de respecter, de protéger et de mettre en œuvre
les DH ainsi que l’obligation pour les entreprises de respecter ces droits. L’étude et l’avis invitent
donc à analyser les politiques publiques menées pour déceler et qualifier la responsabilité
spécifique des entreprises au regard des DH et définir le devoir de diligence qui l’accompagne.
Les recommandations invitent les pouvoirs publics à mieux prévenir tout risque de complicité,
active ou passive, pour des violations commises par des entreprises48.
45
La liste complète des membres figure en préambule de l’étude publiée à la Documentation française, dans la partie intitulée
« Genèse de l’étude et de l’avis de la CNCDH » [Maurel., 2008] ; version disponible en ligne : http://www.cncdh.fr/IMG/pdf/
Etude_Responsabilite_des_entreprises-2.pdf
46
Disponible sur le site de la CNCDH en version pdf : http://www.cncdh.fr/article.php3?id_article=568
47
Respectivement : Organisation des Nations unies, Organisation internationale du travail, Organisation pour la coopération
et le développement économique, Organisation mondiale du commerce, Groupe des huit pays les plus riches, Organisation
internationale de la francophonie, Conseil de l’Europe Fonds monétaire international, Banque mondiale, Banque européenne
de reconstruction et de développement et enfin la Banque européenne d’investissement.
48
À titre d’exemple, tant au niveau de la France que de l’Union européenne, les recommandations de la CNCDH permettent
d’esquisser des pistes d’actions – encore peu explorées – à travers lesquelles l’État peut influencer la responsabilité des
entreprises en matière de Droits de l’Homme dans le cadre des relations bilatérales, qu’il s’agisse de dialogue diplomatique,
de coopération ou d’échanges commerciaux.
Pour la France la CNCDH souligne le rôle que peuvent jouer le MAE et les ambassades françaises, l’Agence française de
développement et sa filiale dédiée au secteur privé (Proparco), le GIP France coopération, l’agence nationale de crédit à
l’exportation (Coface), le réseau public d’appui au développement international du ministère de l’économie, de l’industrie et
de l’emploi… conformément au deuxième grand objectif de long terme fixé par le président de la République « promouvoir
sur la scène internationale les valeurs universelles de liberté et de respect des Droits de l’Homme et de la dignité humaine, car
13
− En outre, prenant acte des difficultés empêchant l’émergence rapide d’un cadre global juridiquement contraignant, tant au niveau international que national, les recommandations privilégient le
pragmatisme au dogmatisme : elles proposent en effet de contourner la difficulté par des régulations de l’action publique lorsqu’elle implique des relations avec les entreprises. L’activité réglementaire est alors justifiée :
ƒ
ƒ
par un devoir d’exemplarité publique (au nom de la philosophie politique, des engagements
juridiques pris au plan international ou plus prosaïquement de la responsabilité envers les
contribuables eu égard à l’utilisation de leurs impôts) ;
par l’obligation des pouvoirs publics de faire respecter les DH par les entreprises avec lesquelles ils nouent des relations contractuelles (achat public, prêts...) ou qui bénéficient d’argent public (aides financières, investissement, actionnariat...).
De façon assez classique, l’État et les collectivités territoriales produisent et expérimentent des
règles applicables dans le périmètre de l’action publique, mais potentiellement (et même probablement) transposables à tout le champ économique.
Troisième et dernière préoccupation, favoriser l’effectivité des dispositifs existants dans le
domaine de la REDH, mais aussi en élaborer de nouveaux.
− L’étude menée pour le compte de la CNCDH recherche et préconise une meilleure articulation
entre les textes nationaux ou internationaux des DH, pour en garantir l’universalité, l’indivisibilité et l’interdépendance, mais également faciliter un accès au recours et à la réparation pour les
victimes de violations (y compris par des mécanismes juridiques extraterritoriaux).
− Les recommandations appellent également à l’amélioration des dispositifs de régulation publics
ou privés49, notamment par la mise en place de moyens au regard des enjeux et des engagements
internationaux (que ces moyens soient juridiques, organisationnels, humains, financiers...)50.
− Enfin sont aussi préconisées des mesures d’incitation de la part de l’État, notamment fiscales
(fiscalité purement incitative ou bien différenciée, de type bonus/malus) ou d’obligations (en
matière de reddition d’information par exemple).
Même s’il ne s’agit que de recommandations, la formulation de la grande majorité d’entre elles est
assez précise pour qu’on puisse parler de projet cohérent de régulation. Et l’avis de la CNCDH s’inscrit bien dans une approche de régulation hybride décrite plus haut, en prônant à la fois le recours au
la France n’est vraiment elle-même que lorsqu’elle incarne la liberté contre l’oppression et la raison contre le chaos. »
(Entretien de M. Sarkozy avec la revue trimestrielle Politique internationale, mai 2007)
Au niveau des relations de l’UE avec les pays tiers, l’avis émet des recommandations sur l’intégration de la REDH dans la
politique étrangère et de sécurité commune (PESC), dont les objectifs principaux incluent « le développement et le renforcement de la démocratie et de l’état de droit, ainsi que le respect des Droits de l’Homme et des libertés fondamentales »
(Article 11 du Traité de Maastricht (1992), article 11 également dans le Traité de Lisbonne (2007) et article 21 (Titre V, chapitre 1) de la version consolidée du Traité sur l’Union européenne en cours de ratification par les États membres). Car si les
relations bilatérales font l’objet de nombreux dispositifs sur la prise en compte des Droits de l’Homme, ils n’incluent pas
réellement les responsabilités potentielles des entreprises en la matière.
49
De façon récurrente, les recommandations invoquent en particulier pour toute norme, publique ou privée :
- « Qu’elles appellent à respecter et faire respecter tous les Droits de l’Homme internationalement reconnus, notamment ceux
proclamés sans procéder parmi eux à un choix sélectif ;
- Qu’elles soient définies et mises efficacement en œuvre par les entreprises, en facilitant la reconnaissance des parties concernées par les effets directs ou indirects de leurs activités et de leurs décisions de gestion et en les impliquant aux différents
stades d’élaboration, de mise en œuvre, de contrôle et de communication ;
- Qu’elles développent ou contribuent à développer des mécanismes pour un contrôle transparent, indépendant et crédible des
engagements souscrits ;
- Qu’elles invitent à la mise en œuvre des procédures effectives de recours et de règlement des contentieux » y compris par
des mécanismes extraterritoriaux
... et que soit rappelé le devoir de diligence, « obligation de moyens que le juge sait apprécier à partir d’efforts démontrés de
réaliser des objectifs identifiés et renouvelés », selon la définition de l’AFCNDH [2008].
50
Par exemple, après avoir effectué un bilan d’application, l’avis propose des mesures en faveur :
- d’une amélioration du Pacte mondial de l’ONU ou des Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales et des Points de contact nationaux ;
- de la promotion, de l’opérationnalisation et du contrôle de la mise en œuvre de la Déclaration de principes tripartite de
l’OIT sur les entreprises multinationales, de sa Déclaration relative aux principes et droits fondamentaux au travail et du
concept de travail décent qu’elle a développé.
14
droit (national, régional ou international), au règlement et à l’incitation, publics ou privés, sous réserve
de respecter les principes qui en conditionnent l’efficacité et l’efficience. Le choix de l’approche
s’opère en fonction de la maturité politique du débat, du rapport de force entre acteurs institutionnels
et économiques, de la pertinence et de l’efficience des mécanismes existants... sans rien céder au postulat initial (la prééminence du droit international des Droits de l’Homme) et à l’objectif qui en
découle (la mise en œuvre effective des Droits de l’Homme internationalement reconnus).
En guise de conclusion
Que nous montrent les recherches menées ici ?
D’abord qu’il est stérile de camper sur des positions dogmatiques en matière de régulation opposant d’un côté les tenants du droit, national ou international, pour unique réponse à la REDH, et d’un
autre côté les partisans d’un volontarisme bienfaisant (ou bienfaiteur) seul susceptible de ne pas compromettre la liberté d’entreprendre.
Le rapport de M. John Ruggie, les conclusions du séminaire francophone de Rabat, les discours (et
parfois les politiques) de la France, l’avis de la CNCDH conduisent à repenser l’opposition classique
entre :
− une régulation publique qui peut compléter le recours au droit et à la justice par d’autres instruments, de politique publique notamment ;
− et des mécanismes privés de régulation volontaire, sous réserve qu’ils veillent au respect du
devoir de diligence pour répondre de façon adaptée aux enjeux des Droits de l’Homme internationalement reconnus, dans un esprit de contribution à la démocratie participative.
Ainsi, la nature de la régulation importe moins que sa capacité à faire prévaloir l’intérêt général et
assurer sa mise en œuvre grâce à une élaboration (relativement) démocratique et des modalités précises d’intégration dans le business as usual, de contrôle, de communication de recours et de réparation
des éventuels préjudices causés.
Ensuite, pour paraphraser la définition donnée par l’Union européenne, nous pourrions dire que la
RSE commence au-delà du respect « des obligations juridiques applicables » en matière de Droits de
l’Homme. Autrement dit, les choix managériaux de la RSE sont subordonnés aux choix politiques
internationaux. La REDH peut ainsi se discuter dans sa mise en œuvre, pas sur son principe [Stückelberger, 2008]. Pour cela, la responsabilité incombe avant tout aux États qui, dans le rôle de
défense de l’intérêt général et des biens communs de l’humanité, doivent requalifier politiquement les
notions de richesse, de concurrence ou de performance actuellement dominées par l’économie.
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Discours étudiés
Cinq discours de l’ancien président de la République, M. Jacques Chirac, datés du 2 septembre 2002 (Sommet
mondial du Développement Durable, à Johannesburg), du 27 janvier 2004 (Pacte mondial à Paris), du 26
janvier 2005 (Forum de Davos, depuis Paris), du 14 juin 2005 (Pacte mondial, à Paris) et du 15 novembre
2006 (message lu par Mme Nelly Ollin aux Nations Unies, à New York)
Allocution du 29 septembre 2005 de Mme Brigitte Girardin, ancienne ministre déléguée à la Coopération, au
Développement et à la Francophonie (séminaire du MEDEF & du MAE)
Discours du ministre des affaires étrangères et européennes, M. Bernard Kouchner, le 5 juillet 2007 (Pacte mondial, à Genève)
Deux discours du ministre de l’écologie, du développement et de l’aménagement durables, M. Jean-Louis
Borloo, les 29 juin et 3 octobre 2007 (lors de la présentation des objectifs de son ministère et, devant l’Assemblée nationale, sur le Grenelle de l’environnement, à Paris)
Entretien du Président de la République M. Nicolas Sarkozy avec la revue trimestrielle Politique internationale,
mai 2007 ; le discours du président de la République, M. Nicolas Sarkozy, le 25 octobre 2007 (Grenelle de
l’environnement, à Paris)
17
ANNEXE
Présentation synoptique des 87 recommandations de l’avis de la CNCDH sur la
responsabilité des entreprises en matière de droits de l’Homme (24 avril 2008)
N°
Objet de la recommandation
N°
Stratégie française sur la responsabilité des
entreprises en matière de droits de l’Homme
1
2
3
4
5
6
7
8
Objet de la recommandation
Action internationale de la France
Union européenne
30
Revue critique des politiques de l’UE
Articulation entre les stratégies de Lisbonne,
31
de DD et de RSE
32
Projet d’instrument international
33
Bilan annuel sur la RSE
34
Agence européenne des droits fondamentaux
35
Concept du travail décent
36
Soutien aux acteurs du dialogue multipartite
37
Rapport annuel de l’UE en matière de DD
Achat public et attribution de fonds
38 - 39
communautaires
40
Initiative européenne sur la transparence
41
Formation et recherche
42
Relance du dialogue multipartite
43
Publicité trompeuse et concurrence déloyale
44
Contrôle des engagements volontaires
45
Directive prospectus
46
Recours et réparation pour les victimes
47
Accord de Cotonou
48
Relations diplomatiques
49
Politique de coopération
50
Politique commerciale
51
Rapport annuel sur les droits de l’Homme
Institutions et forums internationaux
52
Organes conventionnels de l’ONU
Revue critique des politiques et des
53
programmes des instances de l’ONU
Dispositif permanent de coordination des
54
instances de l’ONU
55
Représentants spéciaux de l’ONU
56
Projet d’ONUE
57
Justice internationale
58
Pacte mondial de l’ONU
Représentant spécial du Secrétaire général
59
de l’ONU pour les droits de l’Homme et les
entreprises
60 à 62
L’OIT
63 - 64
L’OMS
65 – 66
L’OMC
67
Le G8
68 à 72
L’OCDE
73 à 77
L’OIF
78
Le Conseil de l’Europe
79 à 81
Les Institutions financières internationales
82 - 83
Le FMI et la Banque Mondiale
84 - 85
La BERD
86 – 87
La BEI
Vers une stratégie française
Champ des droits de l’Homme
Responsabilités de l’Etat
Responsabilités des entreprises
Rôle national et international de l’Etat
Régulation des entreprises
Autorégulation des entreprises
Projet d’instrument international
Action nationale de la France
Dans le périmètre public
Rapport annuel de l’Etat en matière de
9
développement durable (DD)
10
L’Etat gestionnaire ou actionnaire
11
Achat public
Loi NRE, Grenelles de l’environnement et de
l’insertion
Mémorandum pour la présidence française
12
de l’Union européenne
Cadre règlementaire de la reddition
13
d’informations extra financières
14
Plateforme française sur la RSE
15
Suites du Grenelle de l’environnement
16
Concept du travail décent en France
Secteur de la finance et de la bancassurance
17 - 18
L’investissement socialement responsable
19 - 20
Placements collectifs et droits de l’Homme
Démocratie actionnariale et droits de
21
l’Homme
22
Financement d’activités illicites
Relations bilatérales de la France
23
Logique transversale des droits de l’Homme
Cadre de concertation pour l’action
24
diplomatique
25
Dialogue diplomatique bilatéral
26
Politique française de coopération
27 - 28
Relations commerciales bilatérales
29
Rapport annuel sur les droits de l’Homme
18
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Thank you for your participation!

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