Les jeunes en France - Emplois Loire Observatoire

Les jeunes en France - Emplois Loire Observatoire
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Cette étude a été réalisée grâce à l'appui financier
des partenaires suivants :
et
les adhérents d'ELO
Nous tenons tout particulièrement à remercier également l'ensemble des étudiants et
structures contactés à l'occasion de cette étude pour leurs témoignages.
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Sommaire
Introduction ....................................................................................................................... p.
6
Partie 1
Les jeunes en France, en Rhône-Alpes et dans la Loire............................................ p.
7
Les jeunes en France ............................................................................................ p.
Un vieillissement de la population ............................................................... p.
Moins de jeunes à l'école et à l'université ................................................... p.
L'université voit reculer son nombre d'étudiants.......................................... p.
Les filières courtes accroissent leurs effectifs ............................................. p.
Moins de CAP et de BEP............................................................................. p.
Une diminution des jeunes sans diplôme .................................................... p.
Un allongement de la durée des études ...................................................... p.
Une amélioration de l'emploi chez les jeunes ............................................. p.
7
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7
7
8
Les jeunes en Rhône-Alpes ................................................................................... p.
Rhône-Alpes moins attractive qu'au début des années 90 ......................... p.
…mais qui compterait toutefois 500 000 habitants
supplémentaires en 2020 ............................................................................ p.
Une population qui vieillit ............................................................................. p.
Une diminution des effectifs scolarisés ....................................................... p.
Une filière générale et technologique plus prisée ....................................... p.
8
8
8
8
8
8
Les jeunes dans la Loire… .................................................................................... p. 9
Une diminution du nombre de jeunes .......................................................... p. 9
Un vieillissement de la population active ..................................................... p. 9
Une évasion des habitants .......................................................................... p. 9
Des prévisions à 2020, en termes de démographie, peu optimistes .......... p. 10
L'enseignement............................................................................................ p. 11
Partie 2
Les attentes des jeunes et des entreprises ................................................................. p. 12
Les jeunes et le monde du travail : quelles attentes ? ........................................... p.
A la recherche d'un contenu de poste intéressant et motivant .................... p.
Vers un équilibre vie professionnelle et vie privée ...................................... p.
L'aspect salaire ne doit pas être minoré ...................................................... p.
Le contrat de travail : le CDI privilégié ......................................................... p.
Une bonne ambiance de travail ................................................................... p.
Une hiérarchie compétente et ..................................................................... p.
… Un besoin de reconnaissance ................................................................. p.
Un accompagnement pour faciliter l'intégration .......................................... p.
Un cadre de travail bien défini, des objectifs précis afin
d'être autonome et de prendre des responsabilités .................................... p.
Une attente de formations complémentaires ............................................... p.
La taille de l'entreprise privilégiée par les jeunes :
des avis partagés ......................................................................................... p.
Les jeunes ne sont plus fidèles à leur entreprise : ils
sont devenus distanciés .............................................................................. p.
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Les attentes des entreprises et quelles perceptions ont-elles
des attentes des jeunes ? ...................................................................................... p.
Besoin d'un savoir-faire immédiatement opérationnel................................. p.
Une capacité à apprendre, du potentiel ....................................................... p.
Une capacité d'adaptation et un savoir-être pour faciliter
l'intégration ................................................................................................... p.
Des personnes équilibrées, capables de travailler en équipe ..................... p.
De l'autonomie et de la prise de responsabilités ......................................... p.
Un bon état d'esprit, de la motivation .......................................................... p.
L'équilibre vie professionnelle – vie privée : les entreprises
comprennent les jeunes mais ce n'est pas un critère à privilégier .............. p.
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20
20
Attentes des entreprises et attentes des jeunes :
où sont les incohérences ? .................................................................................... p. 22
Partie 3
Intervention de Patrick LEMATTRE :
Réussir sa vie ou réussir dans la vie : les jeunes ont choisi .................................... p. 23
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Introduction
La Loire a connu entre 1990 et 1999 une diminution de sa population. Ce sont
principalement les jeunes qui ont quitté le département. Les prévisions
démographiques à moyen terme sont peu optimistes…
Le vieillissement de la population ligérienne va accentuer l'ampleur des
phénomènes déjà annoncés : vieillissement de la population salariée,
disponibilité de la main d’œuvre, difficultés de recrutement…
Pour attirer et conserver des jeunes au sein d’un territoire et renouveler ainsi la
pyramide des âges des entreprises, il apparaît nécessaire de comprendre et
d’assimiler leurs attentes, notamment à l’égard du monde du travail.
Pour répondre à cette question, ELO a interrogé une soixantaine de jeunes du
département ainsi qu'une vingtaine d'entreprises.
La confrontation de leurs attentes respectives démontre l'intérêt de la mise en
place de véritables parcours d'intégration au sein des entreprises et la nécessité
d'entamer le dialogue avec ces jeunes pour lesquels le travail ne semble pas être
la valeur phare.
Pour approfondir cette réflexion, ELO a sollicité également un expert, Patrick
LEMATTRE1, qui propose une grille de lecture de cette génération permettant de
mieux comprendre leurs attentes vis à vis du monde du travail et des entreprises.
Alors qui sont ces jeunes ? Quels sont leurs projets ?
Nous vous proposons de le découvrir au travers de différents témoignages mais
aussi de faire un point au préalable sur leur place dans la population français et
ligérienne.
Partie 1
LES JEUNES EN FRANCE, EN RHONE-ALPES ET DANS LA
LOIRE
p. 7 à p. 11
Partie 2
LES ATTENTES DES JEUNES ET DES ENTREPRISES
p. 12 à p. 22
Partie 3
GRILLE DE LECTURE DE CETTE NOUVELLE GENERATION PAR
PATRICK LEMATTRE
p. 23 à p. 33
1
Patrick LEMATTRE est enseignant et chercheur à l’école H.E.C. Il est intervenu le 25 octobre 2001 lors d’une conférence organisée
par ELO ayant pour thème : « Attentes des jeunes : les connaître, les comprendre pour faciliter l’intégration des jeunes diplômés dans
nos entreprises ». La retranscription de l’intervention de Patrick LEMATTRE constitue la troisième partie de notre étude.
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page 7
De la formation…
Partie 1
Les jeunes en France, en Rhône-Alpes
et dans la Loire
…à la vie professionnelle
Les jeunes en
France
général et technologique mais,
depuis 1996, le nombre d’étudiants
diminue.
L'université voit reculer
son nombre d'étudiants
Un vieillissement
de la population
A
er
u 1 janvier 2000, la France
compte près de 59 millions
d’habitants.
Depuis le début du siècle, la
population française vieillit. Près
d’un français sur six a plus de 64
ans, contre un sur huit il y a trente
ans. Dans le même temps, la part
des moins de 20 ans ne représente
plus qu’un quart de la population
contre un tiers au début du siècle.
Selon les estimations de l'INSEE, à
partir de 2020, la population des
plus de 60 ans dépassera en
nombre la population des moins de
20 ans.
2
L’université
(hors
IUT
et
formations
d’ingénieurs)
est
principalement concernée par ce
recul : 76 000 étudiants en moins (5,7%) entre 1997 et 1998.
Les filières courtes
accroissent leurs effectifs
’attrait pour les formations
courtes n’a cessé de croître ces
20 dernières années : près de
30 000 jeunes terminaient leur
formation initiale diplômés d’un
BTS ou d’un DUT en 1980, 60 000
en 1990 et plus de 90 000 depuis
1995.
L
Une diminution
des jeunes sans diplôme
es 740 000 jeunes qui ont quitté
l’école en 1999 possèdent à
peu près les mêmes diplômes
que leurs aînés sortis en 1998 ou
1997 : 39% sont titulaires d’un
diplôme
de
l’enseignement
supérieur, 25% d’un baccalauréat
général,
professionnel
ou
technologique, 17% d’un CAP ou
d’un BEP, 6% d’un brevet et 13%
sans diplôme.
L
En 20 ans, la part des sortants
sans aucun diplôme a diminué de
plus de moitié tandis que celle des
diplômés du supérieur a plus que
doublé.
Répartition des sortants selon le diplôme déclaré en 78 et 97
Moins de jeunes à l'école
et à l'université
près deux années de stabilité,
la proportion de jeunes inscrits
à l’école ou l’université a
légèrement diminué en 1998-1999.
Plus de 2 millions d’inscriptions ont
été dénombrées sur le territoire
français dans les établissements
d’enseignement supérieur à la
rentrée 98. Ceci représente une
hausse des inscriptions de presque
50% par rapport au début des
années 80.
A
L’augmentation, très forte jusqu’en
1993, est liée aux progrès de la
scolarisation dans le second degré
Source : « Les jeunes » Portrait social, INSEE
2
Instituts
Technologies
Universitaires
de
page 8
Programme
TRACE,
emplois
jeunes…) ne sont pas étrangères à
cette amélioration.
Moins de CAP
et de BEP
ès l’année 1987, les jeunes
ayant obtenu un BEP ont pu
poursuivre leurs études au
lycée
professionnel
afin
de
préparer le Bac professionnel.
D
Près de 50 000 jeunes sont sortis
du système scolaire, titulaires d’un
baccalauréat professionnel en
1997. En retour, on note une
diminution du nombre de jeunes
titulaires des seuls CAP et BEP.
Un allongement de la
durée des études
ntre 1985 et 1999, en
cohérence avec la volonté
affichée des pouvoirs publics
de conduire une plus forte
proportion de jeunes en classe de
terminale, la durée des études n’a
cessé de s’allonger (+ 1,7 an en 10
ans au total) et l’âge moyen de
sortie du système scolaire s’est
élevé d’autant. La scolarité dure
aujourd’hui près de 19 ans et les
jeunes achèvent leur formation
initiale, en moyenne, à 21 ans et
demi.
E
Aujourd’hui, 68% d’une génération
accèdent en terminale et 62%
deviennent
bacheliers.
Ces
proportions sont constantes depuis
la rentrée de 1994-1995, mais
deux fois plus élevées qu’en 1985.
C
Durée des études
Age moyen de sortie
du système scolaire
Source : INSEE
1999
19 ans
1985-1999
+ 1,7 an
21,5 ans
+ 1,7 an
Amélioration de l'emploi
chez les jeunes
a nette amélioration de l’activité
depuis 1997 a engendré la
création de nombreux emplois
dans le secteur privé. Les jeunes
sortants du système scolaire et les
jeunes demandeurs d’emploi ont
particulièrement bénéficié de cette
embellie. Les différentes mesures
mises en place à leur intention
(Plan National d’Action à l’Emploi,
L
Ainsi, depuis 1997, l’insertion
professionnelle
des
jeunes
progresse régulièrement pour les
diplômés
du
supérieur,
les
bacheliers et les titulaires de CAPBEP. La baisse du chômage est
beaucoup plus limitée pour ceux
qui ont quitté l’école avec un brevet
ou sans diplôme.
Les jeunes en
Rhône-Alpes
…mais qui compterait
toutefois 500 000 habitants
supplémentaires en 2020
elon les projections de l'INSEE,
Rhône-Alpes compterait 6,1
millions d’habitants en 2020,
soit 500 000 de plus par rapport à
aujourd’hui. Selon ces nouvelles
projections, la hiérarchie des aires
urbaines régionales, en 2020, sera
modifiée. Celle de Saint Etienne
serait dépassée par la partie
française de l’aire urbaine de
Genève-Annemasse. L’aire urbaine
de
Bourg-en-Bresse
passerait
devant celle de Roanne.
S
Rhône-Alpes
5 645 407 habitants
9,6 % de la population française
Rhône-Alpes moins
attractive qu'au début des
années 90
n 1999, la région Rhône-Alpes
compte plus de 5,6 millions
d’habitants.
La
région
représente 9,6 % de la population
française. Elle a gagné au cours de
la dernière décennie près de 300
000 habitants, soit un taux de
croissance annuel de 0,6% en
moyenne.
E
455 300
personnes
Source : INSEE-RGP 99
3
Entre 1990 et 1999 , 455 300
personnes sont arrivées en RhôneAlpes en provenance des autres
régions métropolitaines. 390 000
personnes ont quitté la région ce
qui représente un gain de 64 300
habitants. Par rapport aux années
80, la région a attiré moins de
personnes et en a vu partir
davantage.
La
région
reste
toutefois attractive mais moins que
pendant les années 80. C’est avec
les régions voisines (Bourgogne,
Auvergne, Franche-Comté, PACA,
Languedoc-Roussillon) que les
échanges sont les plus importants.
Les changements de département
à l’intérieur de la région sont moins
fréquents.
Ils
s’effectuent
principalement entre le Rhône et
l’Ain, entre le Rhône et l’Isère et
entre le Rhône et la Loire.
3
Dates
des
recensements
deux
390 000
personnes
Une population qui vieillit
omme dans le reste de la
France, l’augmentation de
l’espérance de vie et la baisse
de la fécondité vont entraîner le
vieillissement de la population. En
2020, plus de 1,5 million de
personnes de plus de 60 ans
vivront en Rhône-Alpes, soit
presque
50%
de
plus
qu’aujourd’hui. La part des retraités
passerait de 19% à 25%, la part
des 20-59 ans se stabiliserait à
partir de 2005 et le nombre de
jeunes de moins de 20 ans
diminuerait faiblement. Cependant,
leur part dans la population
passerait de 27% à 23% devenant
ainsi inférieure à celle des plus de
60 ans.
C
derniers
page 9
Une diminution des
effectifs scolarisés
la rentrée scolaire 1998, la
région Rhône-Alpes a accueilli
plus de 1 170 000 élèves, soit
environ 10% des élèves français.
A
Genève-Annemasse et Chambéry en tête de la croissance
Dans le premier degré, qui
regroupe 50% des élèves, les
effectifs baissent lentement depuis
quelques années. Dans le second
degré, les effectifs restent stables.
Une filière générale et
technologique plus prisée
es lycées rhônalpins accueillent
davantage d’élèves dans la
filière générale et technologique
(70%)
que
dans
la
filière
professionnelle (30%). La filière
professionnelle
est
plus
développée dans le département
de la Loire où elle réunit près de
40% des effectifs du second cycle.
L
Aire urbaine
GENÈVE-ANNEMASSE
CHAMBÉRY
ANNECY
LYON
BOURG EN BRESSE
VALENCE
GRENOBLE
SAINT-CHAMOND
ROANNE
SAINT ETIENNE*
RHONE-ALPES
Population au 1er janvier
2000
2020
209 100
255 600
130 600
154 900
181 300
214 100
1 606 500
1 759 500
91 500
99 900
160 300
170 800
508 000
541 200
84 800
77 600
100 900
91 700
301 500
249 600
5 673 200
6 139 500
Evolution annuelle
moyenne
1,01
0,86
0,83
0,46
0,44
0,32
0,32
- 0,44
- 0,49
- 0,94
0,40
* partie Loire seulement
Le modèle Omphale ne permet pas facilement de calculer des projections sur une zone à cheval sur plusieurs
régions. C'est le cas de l'aire urbaine de Saint-Etienne qui comporte trois communes de Haute-Loire. La population,
en 1999 de l'ensemble de l'aire urbaine est de 307 697 habitants dont 4 342 en Haute-Loire. Les données
présentées sur l'aire de Saint-Etienne ne portent que sur la partie rhônalpine.
Source : INSEE, Omphale
Les effectifs du supérieur ont
progressé de 4% entre 1996 et
1998. Ils devraient se stabiliser
dans les prochaines années. Les
plus fortes hausses ont profité aux
4
IUT et aux STS .
Evolution de la population totale Loire
70 000
population totale
60 000
Les jeunes dans
la Loire
50 000
40 000
30 000
20 000
10 000
0
1962
Une diminution du nombre
de jeunes
n 1999, le département de la
Loire compte près de 729 000
habitants, soit près de 18 000
personnes de moins qu’en 1990.
E
La Loire ne bénéficie pas de l’afflux
de population jeune que connaît le
sillon alpin. Le nombre de
naissances diminue et le solde
5
naturel
se réduit. Les deux
phénomènes se conjuguent et
4
STS : Sections de Techniciens
Supérieurs
5
Différence entre les naissances et les
décès.
conduisent à un accroissement de
la part des personnes âgées. En
1975, cette part était déjà
supérieure à la moyenne régionale.
L’écart par rapport à cette
moyenne régionale va se renforcer.
Depuis 1990, le nombre de
personnes de 40 ans a augmenté
et celui des moins de 40 ans a
diminué. La part des jeunes se
réduit donc au profit de celle des
personnes
plus
âgées.
La
conséquence de ce phénomène ?
Les ligériens de 60 ans et plus
sont, en 1999, presque aussi
nombreux que ceux de moins de
20 ans. Comme en France et en
Rhône-Alpes,
la
population
ligérienne, selon les prévisions,
devrait encore vieillir d’ici à 2020.
1968
1975
1982
année
15 à 19 ans
1990
1999
20 à 24 ans
La Loire
729 000 habitants
13 % de la population rhônalpine
68 000
personnes
Source : INSEE-RGP 99
86 000
personnes
page 10
Le vieillissement de la population active ligérienne
Un vieillissement de la
population active
50000
population active
45000
a population active est restée
stable
entre
les
deux
recensements (environ 320 000
actifs). Le département a connu un
important vieillissement de sa
population active du fait de
l’évolution
contrastée
des
différentes classes d’âges d’actifs.
Le nombre d’actifs âgés de 15 à 24
ans a fortement diminué (- 31 %)
entre 1990 et 1999. La diminution
du nombre de jeunes au sein du
département
et
surtout
l’allongement de la scolarité
expliquent cette chute.
L
eules deux zones d’emploi de
Rhône-Alpes sont déficitaires
en nombre d’habitants, entre
1990 et 1999 : celle de Saint
Etienne et celle de Roanne. Ces
zones d’emploi ont vu plus de
personnes partir vers une autre
région que de personnes arriver en
provenance d’une autre région.
La Loire fait face à une évasion de
ses habitants ; les départs sont
plus fréquents que les arrivées.
Les entrées dans le département
concernent principalement des
jeunes. Mais plus qu’une attraction
spécifique du département sur les
jeunes, ce chiffre traduirait, selon
l’INSEE, la plus forte propension
qu’ils ont à se déplacer. En
d’autres termes, si les jeunes sont
sur
représentés
parmi
les
nouveaux arrivants, ils le sont
probablement encore plus parmi
les personnes ayant quitté le
département entre 1990 et 1999.
35000
30000
25000
20000
15000
10000
5000
0
1962
1968
1975
1982
1990
1999
année
15 à 19 ans
20 à 24 ans
25 à 29 ans
50 à 54 ans
55 à 59 ans
60 ans et +
(Evolution du nombre d’actifs par tranche d’âge entre 1962 et 1999)
Une évasion
des habitants
S
40000
Des prévisions à 2020, en
termes de démographie,
peu optimistes6
es
clivages
constatés
aujourd’hui entre l’est et l’ouest
de Rhône-Alpes seront encore
plus accentués. Pour exemple, à
Roanne, un habitant de l’aire
urbaine sur 3 aura plus de 60 ans
en 2020 et la population en âge de
travailler diminuera de 10 000
personnes. Pour les villes de St
Chamond et de St Etienne, c’est
chez les jeunes actifs que le déficit
se fera le plus sentir avec
respectivement 5 000 et 25 000
personnes de moins qu’aujourd’hui. A Lyon, en revanche, environ
un habitant sur cinq aura plus de
60 ans et le nombre de personnes
en âge de travailler augmentera de
50 000.
L
Saint Etienne se démarquerait
ainsi des autres métropoles
universitaires en attirant moins de
jeunes des départements et
territoires voisins.
6
source : INSEE
page 11
L'enseignement7
La
filière
d’enseignement
général privilégiée par les jeunes
ligériens.
ème
A l’issue de la 3 , les jeunes
ligériens privi-légient la filière
d’ensei-gnement général.
Pour l’année scolaire 2000-2001, à
ème
l’issue de la 3 , 61% des élèves
ligériens se sont orientés vers une
seconde
générale
et
technologique, 30 % vers une
seconde professionnelle, 4 % vers
un CAP en 2 ans et 6 % sont
contraints de redoubler. Ces
proportions sont quasiment les
mêmes que dans l’académie de
Lyon (Ain, Loire et Rhône) et qu’en
1995-1996. Le fait que la filière
générale absorbe la plus grosse
part de la scolarisation n’est pas un
phénomène exceptionnel : en effet,
la Région Rhône-Alpes enregistre
des taux de scolarisation en filière
générale supérieurs à la moyenne
nationale.
Un
niveau
d’enseignement
inférieur à celui de Rhône-Alpes
1995
2000
Effectifs en fin de 3ème
Loire
6 522
6 276
Académie
24 186
26 444
Redoublement
Loire
8%
5%
Académie
10 %
6%
Affectation en 2nde Générale et Technologique
Loire
59 %
61 %
Académie
59 %
60 %
Affectation en 2nde Professionnelle
Loire
30 %
30 %
Académie
28 %
29 %
Affectation en CAP en 2 ans
Loire
2%
4%
Académie
2%
5%
Autres voies
Loire
1%
Académie
1%
Source : SAIO – Etablissements publics
Population de 15 ans ou plus par diplôme en 1999
dans la Loire et en Rhône-Alpes
30%
25%
20%
15%
10%
5%
Les niveaux de formation de la
population ligérienne sont moins
élevés que ceux des habitants de
Rhône-Alpes. Dans la Loire, les
titulaires de CAP, BEP, BEPC,
CEP et les sans diplôme sont plus
nombreux que dans la région. La
situation
s’inverse
pour
les
titulaires de Bac, de brevet
professionnel et de diplôme de
niveau Bac + 2 et supérieur.
0%
aucun
diplôm e
CEP
BEPC
Loire
CAP ou
BEP
BAC ou
Brevet Pro
BAC + 2
Niveau
supérieur
Rhône-Alpes
Source : INSEE
Une diminution du nombre
d’élèves en fin de 3ème
En 1995, 6 522 élèves sortaient de
ème
3 . A la fin de l’année scolaire
99-00, leur nombre diminue de 4
%. Cette baisse de 246 élèves est
imputable
à
la
baisse
démographique que connaît le
département de la Loire.
7
Ces informations ne concernent que
les
établissements
publics
du
département. Il n’a pas été possible de
se procurer les mêmes données
concernant les établissements privés.
page 12
De la formation…
Partie 2
Les attentes des jeunes
et des entreprises
…à la vie professionnelle
e travail, ne semble pas être la
valeur phare de ce début de
siècle. S’il occupe toujours une
place prépondérante dans la vie
d’un individu, il a perdu de sa
superbe. Fini le temps où le salarié
voulait avant tout faire carrière,
sans compter son temps ni ses
efforts. Ce qui compte désormais,
c’est l’épanouissement personnel.
Entre plus de salaire et davantage
de temps libre, le choix est souvent
vite fait.
L
L’épanouissement
personnel
importe autant aux salariés, et
surtout aux jeunes diplômés, que la
réussite
professionnelle.
Ces
derniers refusent d’être assimilés à
une simple force de travail,
recrutés sur des diplômes pour leur
seule compétence. Les jeunes
d’aujourd’hui veulent que l’on
prenne en compte leur identité,
leurs aspirations personnelle et
familiale. Si l’univers professionnel
déborde de plus en plus sur la vie
privée, la réciproque est vraie.
Les jeunes raisonnent en termes
d’opportunité
de
travail,
d'acquisition
d’expérience
et
d’évolution
de
carrière.
Ils
souhaitent être encadrés par une
hiérarchie compétente, pouvoir
devenir rapidement autonome et
évoluer mais aussi travailler dans
des entreprises où l'ambiance de
travail est bonne et où les horaires
permettent l'épanouissement de
leur vie privée.
Les entreprises commencent à
percevoir ce décentrage des
intérêts des jeunes. Mais, il n’est
pas certain qu’elles prennent en
compte ce déplacement des
centres d’intérêt.
C'est pourquoi, nous avons décidé
de confronter les points de vue des
jeunes et des entreprises :
qu'attendent aujourd'hui les jeunes
de leur future entreprise ?
Qu'attendent les entreprises de
leurs jeunes recrues ?
Nous avons interrogé plus de 60
jeunes de la Loire et une vingtaine
de responsables d'entreprise. Nous
vous invitons à les écouter.
Les jeunes et le
monde du
travail : quelles
attentes ?
es jeunes, que nous avons
interrogés dans le cadre de
cette
étude,
suivent
des
formations
techniques
ou
commerciales dispensées au sein
du département de la Loire (du
CAP à l'école d'Ingénieur). Nous
les avons interrogés sur leurs
attentes à l’égard du monde du
travail. Nous avons également
abordé avec eux des sujets portant
sur leurs futures conditions de
travail, leur image de l'entreprise
idéale…
L
La majorité des jeunes interrogés
souhaite avant tout exercer un
travail intéressant, être autonome,
disposer d’assez de temps pour
arriver
à
concilier
vie
professionnelle et vie privée.
Ils sont bien conscients que le
travail n’est plus qu’une étape dans
leur vie : les études se sont
allongées, l’espérance de vie
augmente, les 35 heures ont fait
leur apparition.
Ils souhaitent travailler au sein
d’une entreprise où l’ambiance de
travail est bonne et instaurer des
relations de convivialité avec leurs
collègues de travail.
page 13
uand
ils
intègrent
une
entreprise, ils attendent au
départ un soutien de leurs
supérieurs
hiérarchiques
ou
collègues. Les jeunes ne se
sentent pas toujours prêts à entrer
dans le monde du travail et à y
faire leur place rapidement. Selon,
Mr VIALLARD, chef de travaux au
lycée Jacob Holtzer, « les jeunes
craignent de rentrer dans un
monde irréversible, un monde
totalement
nouveau.
Par
conséquent, ils ne sont pas
pressés de l’intégrer. Les horaires
de travail les effraient ainsi que la
hiérarchie
et
les
différentes
contraintes liées au monde du
travail ».
Q
A la recherche d’un
contenu de poste
intéressant et motivant
es jeunes sont prêts à s’investir
dans une mission ou dans un
poste. Cependant, ils ne le
feront que si la mission ou le poste
qu’on leur propose est intéressant
et motivant. Ils ne souhaitent pas
que leur travail se résume à une
répétition de tâches monotones. Ils
sont prêts à travailler mais pas
n’importe comment.
L
Bertrand, 17 ans, Terminale
8
BEP MSMA
« J’ai besoin de me mobiliser
sur des projets qui m’intéressent et qui sont motivants ».
Frédéric, 19 ans, CAP de
chaudronnerie
« Si on reste toute sa vie sur un
poste à souder ou sur une
machine pour appuyer sur une
pédale,
ce
n'est
pas
intéressant».
Benjamin, 26 ans, ISTASE
« Je voudrais que l’entreprise
me fasse participer à plusieurs
projets motivants pour éviter
qu’une certaine monotonie
s’installe ».
9
Nicolas, 20 ans, IUT GIM
« Je souhaiterais exercer des
métiers
différents
et
intéressants… pourquoi pas
dans la même entreprise ».
8
MSMA : maintenance des systèmes
mécaniques automatisés
9
GIM : Génie Industriel et Maintenance
maison, ça
boulot ».
Vers un équilibre entre
vie professionnelle
et vie privée
our la majorité des jeunes
interrogés,
la
vie
professionnelle ne doit pas
empiéter sur la vie privée. Cette
génération affiche haut et fort son
souhait
d'équilibrer
vie
professionnelle et vie privée. Ces
jeunes sont nés en temps de crise,
ils ont été sensibilisés et touchés
plus ou moins directement par le
chômage, qui s’est étendu à toutes
les catégories de salariés durant
les années 90. La plupart ont vu
leurs frères, leurs sœurs ou tout
simplement
des
proches
confrontés au chômage. Ils ont
retenu les leçons de cette crise et
affichent sans complexe leurs
nouvelles priorités.
P
Les 35 heures ont, semble-t-il,
nourri ce débat. Selon Philippe N.,
DRH : « les jeunes d’aujourd’hui
sont de la génération 35 heures. Il
existe deux attitudes qui peuvent
être un peu contradictoires. Quand
on discute avec un opérateur,
qu’on lui annonce que nous
passons à 35 heures, c’est plutôt
une mauvaise nouvelle pour lui car
il souhaite gagner plus d’argent en
faisant des heures. Par contre, un
jeune ingénieur trouve normal de
passer à 35 heures ».
n’ira
pas
au
Caroline, 22 ans, BTS de
Conception
de
Produits
Industriels
« Comme j’ai envie d’avoir des
enfants, de fonder une famille,
j’aimerais pouvoir équilibrer ma
vie professionnelle et ma vie
privée ».
Jérôme, 23 ans, ISTASE
« Pour moi, la vie privée est
plus importante que le travail ».
Eric, 19 ans, terminale MSMA
« Je
voudrais
arriver
à
équilibrer
ma
vie
professionnelle avec ma vie
privée parce que je ne veux
pas vivre pour bosser. Je
préfère être bien dans ma tête,
bien dans ma peau. Il ne faut
pas penser qu’à son travail et il
faut garder la possibilité de
s’aérer un peu l’esprit ».
Frédéric, 19 ans, CAP de
chaudronnerie :
« Il faut pouvoir ne pas penser
qu’à son travail, ne pas toujours
être à fond dedans. Il faut
savoir se changer les idées
sinon ce n’est pas une vie ».
Cécile, 21 ans, ISTASE,
« …de toute façon, si on ne se
repose pas assez, on ne fait
pas du bon boulot ».
Sébastien, 21 ans, Terminale
Pascal D., DRH, parle de « société
de Loisirs » : « Avec les 35 heures,
nos salariés ont la possibilité soit
d'être
payés
en
heures
supplémentaires soit d'alimenter un
compte
épargne
temps.
Aujourd’hui, et ceci ne se serait
pas passé comme cela hier, de
plus en plus de personnes et
notamment de jeunes choisissent
l’option compte épargne temps ».
Bac Pro Outillages
« Je connais des gens qui
passent plus de temps au
boulot qu’avec leur famille.
J’attends en fait autre chose du
monde du travail et j’espère
pouvoir
concilier
ma
vie
professionnelle et ma vie
privée… J’espère travailler
dans une entreprise dans
laquelle on se sent bien, pour
aller au boulot sans stresser ».
Qu’attendent les jeunes en
termes de vie professionnelle et
de vie privée ?
Certains jeunes posent certaines
réserves voire certaines limites.
Alexandre, 20 ans, BTS de
Voici par exemple ce que nous
Conception
de
Produits
Industriels
« L’équilibre
entre
vie
professionnelle et vie privée me
semble fondamental : c'est un
gage de stabilité mentale. Le
travail, c’est l’endroit où l’on va
passer le plus de temps dans
notre vie : si ça ne va pas à la
a dit Yohann, 21 ans, qui
souhaite devenir commercial :
« Je
voudrais
bien
sûr
équilibrer vie professionnelle et
vie privée bien que ce soit dur
quand on est commercial mais
c’est un choix que l'on fait. Je
préfère faire ce choix à l’âge de
20 ans que devoir le faire 20
ans plus tard ».
page 14
L’aspect salaire ne doit
pas être minoré
préfèrent le faire dans le cadre de
contrats d’intérim qui ont au moins
l’avantage
« d’annoncer
la
couleur ».
Les contrats de courte durée
effraient certains jeunes :
Sébastien, 19 ans, Bac Pro
productique – mécanique :
« L’intérim ne m’intéresse pas
trop car il faut changer
d’entreprises tous les deux ou
trois jours ».
Laurent, 20 ans, BTS Technicoa recherche d’un « bon salaire »
et d’un équilibre travail – vie
privée
sont
des
critères
difficilement conciliables, voire
contradictoires.
Toutefois,
les
jeunes souhaitent être rémunérés
convenablement (en fonction de
leurs diplômes et de leurs
compétences) sans quoi, certains
n’hésiteront pas à démissionner et
à trouver du travail ailleurs.
L
Bertrand, 17 ans, Terminale
BEP MSMA :
« J’espère avoir un bon salaire
pour pouvoir vivre correctement ».
Sébastien, 19 ans, Terminale
Bac
Pro
Productique
Mécanique :
« J’espère avoir un bon salaire
car si on travaille, c’est pour
avoir de l’argent ».
Yohann, 21 ans, BTS de
Technico-commercial :
« J’aimerais avoir un bon
salaire malgré mon inexpérience ».
Le contrat de travail : le
CDI privilégié
choix de contrats de travail
retiennent
l’attention
des
jeunes : le Contrat intérimaire,
le Contrat à Durée Déterminée
(CDD) et le Contrat à Durée
Indéterminée (CDI).
3
Si au départ, nombreux sont ceux
qui privilégient l’intérim ou le CDD
pour notamment acquérir de
l’expérience, tous, et de façon
unanime, souhaitent signer à plus
ou moins long terme un CDI,
synonyme de stabilité.
Seulement 35% des jeunes
diplômés employés en CDD se
disent satisfaits de l’emploi qu’ils
10
occupent . Les jeunes perçoivent
de moins en moins le CDD comme
un moyen de connaître l’entreprise
ou
comme
« une
période
probatoire » avant de signer un
contrat définitif. Quand les jeunes
acceptent un statut précaire, ils
10
commercial option industriel :
« Ce qui me conviendrait, c’est
un CDI parce qu’on a vraiment
le temps de s’intégrer, de
mener des projets à long terme.
Le CDD peut être intéressant
aussi car on peut se former,
acquérir une expérience et
après chercher un CDI ».
Eric, 19 ans, Bac Pro MSMA :
D’autres envisagent de devenir
chef d’entreprise à court terme ou
après avoir acquis une certaine
expérience.
Aurélie,
17
ans,
BEP
maintenance :
« Diriger une dizaine de
personnes m’intéresse car je
pourrais au moins faire ce que
je veux, ce qui me plaît. Dès
que je termine mes études,
j’essaie de me mettre à mon
compte (sans avoir forcément
tout de suite 10 salariés à ma
charge). Je vais acheter un
fonds de commerce sur St
Etienne ».
« Je pense débuter par de
l’intérim qui permet de travailler
dans plusieurs entreprises et
de tester d’autres ambiances.
Ca permet aussi de tisser des
liens. Mon objectif ensuite, c’est
de me faire embaucher en
CDI ».
Caroline,
22
ans,
BTS
Conception
de
Produits
Industriels :
« Je désire signer un CDI car
je compte le plus tôt possible
faire des projets et pour ça, il
faut un travail ».
Djelloul, 20 ans, Bac Pro
Electrotechnique :
« Pour commencer, un statut
d’intérimaire me conviendrait
bien car on intègre plusieurs
entreprises. Ensuite, si je
n’arrive pas à intégrer EDF,
j’aimerais signer un CDI et
pourquoi pas plus tard me
mettre à mon compte pour
travailler vraiment pour moi ».
Nicolas, 20 ans, DUT GIM :
« Le CDI, c’est la sécurité de
l’emploi mais aujourd’hui avec
notre formation on peut trouver
pas mal de débouchés et
après, il suffit de choisir car il y
a du travail ».
22
ans,
BTS
François,
Electrotechnique :
« Le travail temporaire me
semble évident au début car on
peut changer de boulot tous les
mois et acquérir un peu
d’expérience. Plus tard, si je
suis amené à travailler dans
une
entreprise,
un
CDI
m’intéresserait ».
.
Yohann, 21 ans, BTS technicocommercial option industriel :
« L’avantage de signer un CDI
c'est que ça permet de cumuler
des jours de vacances… et
bien sûr de toucher un salaire
pendant
une
période…
indéterminée ».
Christophe,
18 ans, CAP
chaudronnerie :
« Pour
commencer,
je
prendrais de l’intérim parce qu’il
y a beaucoup de primes ».
Eric, 19 ans, Bac Pro MSMA :
«Je souhaite éventuellement
me mettre à mon compte dans
quelques années. Le patron
dans ce cas-là, c’est le client.
Même si c’est dur, on est plus
libre dans nos choix et on
s’organise comme on veut ».
Une bonne ambiance
de travail
’ambiance de travail constitue
un critère de choix pour les
jeunes qui souhaitent intégrer
une entreprise. Ils veulent pouvoir
travailler dans la bonne humeur, la
convivialité.
L
La plus grande partie de leur
journée, ils la passent au travail. Ils
désirent que l’environnement dans
lequel ils vont évoluer soit
"sympathique", qu'il permette les
échanges entre collègues, que les
Enquête du CEREQ
page 15
portes des bureaux ne soient pas
tout le temps fermées…
David, 20 ans, Terminale Bac
Frédéric, 19 ans, CAP de
chaudronnerie :
« Pour moi, l’ambiance de
travail est primordiale, on passe
près de 8 heures par jour dans
l’entreprise ».
Eric, 19 ans, Terminale Bac Pro
MSMA :
« Je souhaite que l’entreprise
me permette de bien me rendre
compte du résultat final de mon
travail car si on travaille sur une
pièce et qu’on ne voit pas le
résultat final, ce n’est pas très
valorisant ».
Sébastien, 21 ans, Terminale
Bac Pro Outillages :
« Je ne veux pas travailler dans
une entreprise où il existe des
clans, où les gens ne se
connaissent pas et où certains
sont mal à l’aise ».
Laurent, 20 ans, BTS Technico-
.
commercial :
« Si
on
s’investit
dans
l’entreprise, c’est toujours bien
d’être
reconnu
par
sa
hiérarchie. Si on a fait du bon
boulot et que l’on nous le dit,
c’est gratifiant ».
Loïc, 18 ans, Terminale BEP
Electrotechnique :
« J’aimerais travailler dans une
entreprise où l’on a le
sentiment d’appartenir à une
grande famille pour avoir une
bonne ambiance ».
Ludovic, 17 ans, Terminale
BEP Maintenance :
« Peu importe la taille de
l’entreprise dans laquelle on
travaille, du moment que
l’ambiance est bonne ».
Une hiérarchie compétente
et …
es jeunes ne reconnaissent pas
facilement l’autorité de leurs
supérieurs
hiérarchiques.
Aujourd’hui, l’âge et le statut ne
suffisent plus. Le jeune juge
désormais ses supérieurs sur leurs
compétences.
L
Ludovic, 17 ans, Terminale
BEP Maintenance :
« Je voudrais travailler dans
une entreprise où on est
encadré
de
responsables
compétents et ouverts aux
idées nouvelles ».
…un besoin de
reconnaissance
es jeunes apprécient que leur
travail soit reconnu par leurs
supérieurs. Ils ont besoin de
signes de reconnaissance. Ils
souhaitent également savoir à quoi
va servir le travail qu'on leur a
confié, connaître et mesurer leur
contribution au résultat final.
L
Ensuite, il faut qu’une personne
nous encadre pour qu’on
puisse rapidement devenir
autonome ».
Pro Productique – Mécanique :
« J’ai besoin que mon travail
soit validé et reconnu par ma
hiérarchie ».
Un accompagnement pour
faciliter l’intégration
es jeunes ont quasiment tous le
même credo lorsqu’on leur
parle
d’intégration
dans
l’entreprise. Ils souhaitent être
accompagnés au début de leur vie
professionnelle. Pendant cette
période d’intégration le jeune
souhaite se familiariser avec
l’entreprise (son histoire, ses
hommes, son métier).
L
Ils estiment aussi qu’il faut être
patient avec eux parce qu’il leur
faut du temps pour maîtriser
entièrement le métier pour lequel
ils ont été embauchés. Ils
souhaitent
être
encadrés,
accompagnés, tutorés, coachés...
Un cadre de travail bien
défini, des objectifs précis
afin d’être autonome
et de prendre des
responsabilités
es jeunes veulent qu’on leur
fasse confiance. Une fois, la
période
d’apprentissage
passée, ils aspirent à devenir
autonomes et à mener leur projet
en toute indépendance, mais dans
un cadre bien défini. C’est la raison
pour laquelle la capacité à prendre
des initiatives ou de l’autonomie
constituent des valeurs importantes
11
dans leur vie professionnelle .
L
Les jeunes pensent que la réussite
dans le travail passe également
par une certaine liberté à l’égard de
la hiérarchie. Ils souhaitent des
relations directes mais pas trop
hiérarchiques, ni trop formelles.
Frédéric, 19 ans, CAP de
Chaudronnerie :
« Il faut nous faire confiance
car
nous
pouvons
être
autonomes ».
Sébastien, 21 ans, Terminale
Bac Pro Outillages :
« Si l’entreprise nous fixe des
objectifs en nous laissant nous
organiser comme nous le
voulons, cela permet de voir
comment on est capable de
s’organiser. En fait, chacun a
sa méthode de travail ».
Djelloul, 20 ans, Terminale Bac
Pro Electrotechnique :
« L’entreprise
doit
avoir
confiance en nous et nous
laisser faire des choix et
prendre des décisions. Il est
primordial qu’on soit autonome
et
qu’on
ait
des
responsabilités ».
Christophe, 18 ans, CAP de
chaudronnerie :
« Je ressens le besoin d’être
aidé et épaulé au début de ma
vie professionnelle… J’aimerai
avoir un parrain qui m’apprenne
mon métier ».
Loïc, 18 ans, Terminale BEP
Benjamin, 26 ans, ISTASE :
« J’attends
de
l’entreprise
qu’elle valorise l’autonomie car
c’est la meilleure façon pour
s’exprimer et se réaliser ».
Electrotechnique :
« Au début, il faut aider le jeune
dans son travail en l’encadrant
au maximum ».
Frédéric, 19 ans, CAP de
Chaudronnerie :
« Lorsqu’on débute dans une
usine, c’est sûr on n'est pas
des stars. Il faut d’abord
s’adapter
à
l’entreprise.
Cécile, 21 ans, ISTASE :
11
« Travailler, premiers jours – jeunes,
entreprises : attentes et malentendus »
Autrement, Collection mutations n° 192
Avril 2000
page 16
« Ce qui est valorisant pour un
jeune embauché, c’est que
l’entreprise lui fasse confiance,
le laissant s’orga-niser comme
il l’entend ».
François,
22
ans,
BTS
Electrotechnique :
« En sortant d’un BTS, on doit
être capable de faire pas mal
de choses et si l’entreprise
nous confie qu’un projet à la
fois, je pense que c’est
dévalorisant. On est censé
pouvoir
s’organiser
un
minimum par nous-mêmes ».
Yohann, 21 ans, BTS de
technico-commercial :
« En tant que commercial,
quand on est tout seul dans sa
voiture, il faut savoir être
autonome et prendre des
responsabilités. C’est quelque
chose que les entreprises sont
obligées de nous laisser…
Ainsi, il vaut mieux que
l’entreprise fixe des objectifs et
nous laisses nous organiser
comme nous le voulons. On a
des objectifs à atteindre en fin
de mois, on se débrouille
comme on veut. Tant que les
objectifs sont réalisés, on ne
peut rien nous reprocher ».
Cécile, 21 ans, ISTASE,
« Je souhaite avoir la possibilité
de me former parce que dans
notre branche, nous sommes
obligés de continuer à le
faire ».
Jérôme, 23 ans, ISTASE,
« Il est important de pouvoir
continuer à se former. Je
m’aperçois en ce moment que,
quand on est en cours, on n’a
pas
forcément
envie
d’apprendre (peut-être le fait
que ce soit imposé ?) alors
qu’en entreprise, c’est tout le
contraire ».
Christophe, 23 ans, licence
12
professionnelle ATII :
« Dans notre domaine, il est
obligatoire pour nous de
pouvoir continuer à se former
car on a besoin de se mettre au
diapason ».
François,
22
ans,
BTS
Electrotechnique :
« Il est primordial d’avoir aussi
la possibilité de se former, de
voir
autre
chose
que
l’électrotechnique. Je pense
que les entreprises recherchent
bien ce type de profil ».
Une attente de formations
complémentaires
Caroline,
22
ans,
BTS
Conception
de
Produits
Industriels :
« …Chaque travail évolue
avec le temps et si on ne se
tient pas à la page, au bout
d’un moment, on va se faire
léser par les autres. Même si
on apprend en travaillant, il me
semble que se former est très
important ».
Yohann, 21 ans, BTS de
technico-commercial
option
industriel :
« C’est plus intéressant de
commencer dans une petite
entreprise surtout au niveau
commercial. Ca permet de
travailler aussi bien au niveau
des ventes que de l’administration des ventes et à la
comptabilité. Ca permet de
toucher un peu à tout et après
pourquoi pas d'évoluer dans
une plus grande entreprise,
intégrer un groupe à un poste
de responsable en tant que
directeur commercial ou chef
des ventes par exemple. La
petite entreprise permet de se
former,
d'acquérir
de
l’expérience et de connaître
tous les domaines qui touchent
le commercial. Après s’être
formé, on peut trouver une
bonne place dans une plus
grande société ».
Frédéric, 19 ans, CAP de
Chaudronnerie :
« Travailler dans une petite
entreprise
familiale
m’intéresserait, histoire de connaître
un peu tout le monde et d’être
tranquille ».
David,
les jeunes intègrent une
Quand
entreprise, ils sont conscients
que leur formation initiale ne
leur a pas permis de tout
appréhender. C’est pourquoi ils
sont demandeurs de formations
complémentaires indispensables,
selon eux, pour être efficaces dans
leur travail. Ils savent très bien que
les techniques et les technologies
évoluent rapidement. Ce constat
renforce leur position vis à vis de la
formation continue. Les jeunes ont
soif d’apprendre, ils souhaitent
cultiver leur employabilité.
Des témoignages en faveur de la
petite entreprise
La taille de
l'entreprise privilégiée par
les jeunes :
des avis partagés
haque jeune a un avis bien
particulier sur l’entreprise dans
laquelle il se sentirait le mieux.
Certains
préfèrent
la
petite
structure pour notamment son côté
convivial et la possibilité qu'elle
offre de toucher un peu à tout.
Travailler
dans
une
petite
entreprise permet aussi de mieux
se
former
facilitant
ainsi
d’éventuelles
intégrations
ou
évolutions dans d’autres sociétés.
D’autres opteraient pour la grande
entreprise synonyme d’évolution
rapide et d’activités multiples.
C
20 ans, Bac Pro
Productique :
« Dans une petite entreprise, je
pense qu’on peut mieux
apprendre à travailler mais il
faut quand même prendre en
compte les avantages d’une
grande
entreprise
(comité
d’entreprise,
perspectives
d’évolution…) ».
Sébastien, 21 ans, Bac Pro
outillages :
« J’aimerais travailler dans une
petite entreprise car j’apprécie
la mentalité qui règne dans ce
type de boîtes. Dans les
grandes entreprises, il existe
des clans, les gens ne se
connaissent pas ».
Yannick,
18
ans,
BEP
Productique – mécanique :
« Je pense qu’une entreprise
de 10 à 50 salariés est plus
porteuse qu’une grande pour
sa carrière professionnelle car
les
dirigeants
connaissent
mieux leurs salariés ».
12
Animateur des Technologies de
l'Information et de l'Internet
page 17
Alexandre,
20 ans, BTS
Conception
de
Produits
Industriels :
« J’ai travaillé en stage dans
une PME de moins de 50
salariés et j’ai été très satisfait.
J’étais assez proche du milieu
de la production, donc de
l’atelier, proche du patron et
des
autres
personnes
composant le bureau d’études.
Je ne pense pas que je
pourrais me faire à un milieu
trop industriel où l'on ne sort
pas du bureau d’études, où on
a des rapports via des
intermédiaires avec l’atelier ».
Témoignages
de
jeunes
souhaitant privilégier la grande
entreprise
Bertrand,
17
ans,
BEP
maintenance :
« J’aimerais travailler dans une
grande entreprise pour réaliser
des travaux plus variés. En
plus, il y aura plusieurs
machines
et
au
niveau
maintenance,
c’est
intéressant ».
François,
22
ans
BTS
Electrotechnique :
« C’est plus facile de gravir les
échelons, d’évoluer dans une
grande entreprise. Il y a peutêtre
plus
de
formations
dispensées et sur un CV, ça fait
bien. C’est le truc qu’on mettra
en caractère gras si on a bossé
chez Philips ou chez RhônePoulenc ».
Cécile, 21 ans, ISTASE :
« Travailler dans une grande
entreprise me conviendrait bien
car on a la possibilité de
voyager
et
d’échanger
culturellement plus que dans
les PME ».
Christophe, 23 ans, licence
professionnelle ATII :
« Je préférerais travailler dans
une grande entreprise où il y a
plus de choses à gérer et où on
a souvent besoin de vous ».
Sébastien, 19 ans, Terminale
Bac
Pro
Productique
–
Mécanique :
« J’ai fait mon stage dans une
entreprise de 120 salariés.
Comme il y a pas mal de
services différents, les salariés
peuvent davantage évoluer. Il y
a de nombreux ouvriers qui
sont rentrés comme opérateurs
sur CN et qui ont évolué. C’est
plus facile de progresser dans
ce type d’entreprise ».
Les jeunes ne sont plus
fidèles à leur entreprise :
ils sont devenus
distanciés
es jeunes ne sont plus aussi
fidèles à leur entreprise. Ils
intègrent une entreprise pour
l’attrait de la mission et de la
rémunération qu’on leur propose.
Ils attendent de l’entreprise qu’elle
réponde à leur attente d’équilibre
entre vie professionnelle et vie
privée. Si le poste proposé
correspond à leurs attentes et aux
engagements de l’entreprise, ils
sont prêts à s’investir. Mais, si ce
n’est pas le cas, ils n’hésitent pas à
démissionner et à trouver du travail
ailleurs.
Les
difficultés
de
recrutement dans certains métiers
entraînent une tension sur les
salaires. Les jeunes peuvent
aujourd’hui mieux se vendre et
changer
plus
facilement
d'entreprises et de métiers. Ils l’ont
bien assimilé.
L
Les attentes
des entreprises
et quelles
perceptions ontelles des
attentes des
jeunes ?
omment les entreprises du
département perçoivent-elles
les attentes des jeunes et
qu’attendent-elles de l’embauche
d’un jeune diplômé ? Voici les deux
principales questions que nous
avons posées à des PDG ou à des
DRH d’entreprises ligériennes mais
aussi à des enseignants.
C
Petit
avant-goût avec Mr
Philippe C., Président des
Anciens élèves d'une école
d'ingénieur :
« Les entreprises attendent des
jeunes des connaissances et
compétences
et
qu’ils
s’adaptent aux besoins de
l’entreprise.
Ils
doivent
s’intégrer
à
ce
nouvel
environnement
le
plus
rapidement possible ».
Yohann, 21 ans, BTS de
technico-commercial :
« Je ne connais pas beaucoup
de technico-commerciaux qui
ont travaillé 40 ans dans la
même entreprise. Avec les
relations qu’on peut nouer, on
peut envisager des évolutions,
notamment au niveau salaire,
dans d’autres entreprises ».
Mr V., chef de travaux dans un
lycée professionnel :
« Le jeune, en dehors du fait
qu’il doit s’intégrer facilement
dans
l’entreprise,
doit
s’intéresser à son travail,
progresser,
s’investir,
être
volontaire et responsable ».
François,
22
ans,
BTS
Electrotechnique :
« Travailler tout le temps dans
la même entreprise veut dire
qu’on va avoir tout le temps le
même patron, le même salaire,
qu’on reste au même endroit en
faisant la même chose ».
Ludovic, 17 ans, Terminale
BEP Maintenance :
« Je
souhaiterais
changer
plusieurs fois de métiers durant
ma vie active car rester tout le
temps
dans
la
même
entreprise, au bout d’un
moment, on doit en avoir
marre ».
Besoin d’un savoir-faire
immédiatement
opérationnel
es jeunes sont conscients de
n’être
pas
tout
à
fait
opérationnels en sortant de
formation. Ils réclament à leur futur
employeur de la patience. Les
dirigeants d’entreprise, quant à
eux, ont besoin de salariés
opérationnels et autonomes. Les
jeunes tout juste sortis de
formation répondent rarement à
cette attente, l’expérience et un
certain savoir-faire leur faisant
défaut.
L
page 18
Mr Patrick D., DRH :
«Nous attendons de nos salariés qu’ils soient compétents.
Nous n’avons pas de poste à la
chaîne. Nos salariés doivent
être le plus professionnel
possible. Chacun doit être
capable de régler sa machine…
Ils doivent être autonomes quel
que soit le niveau ».
Humaines sont unanimes : pour
réussir
à
s’intégrer
dans
l’entreprise, le jeune doit être
compétent (le savoir-faire) mais
également doit réussir à s’intégrer
dans ce nouvel environnement (le
savoir-être).
Mr Patrick D., DRH :
« Pour nous, le savoir-être est
très important et conditionne à
80%
l’embauche
d’une
personne. En fait, la compétence s’acquière si le savoir–
être est là ».
Mr Philippe N. , DRH :
« Chez nous, si quelqu’un
intègre l’entreprise, c’est que le
besoin est immédiat et on ne
peut pas attendre 6 mois pour
qu’il soit totalement efficace ».
Mr Philippe C., Directeur d'une
société informatique:
« Chez nous, il y a une
ambiance (comme je le dis
parfois, c’est un peu une tribu).
Il faut que le courant passe
entre les gens pour que le
travail en équipe puisse
fonctionner ».
Une capacité à apprendre,
du potentiel
orsqu’ils intègrent l’entreprise,
les jeunes doivent mobiliser
leurs compétences acquises au
cours de leur formation initiale mais
également
être
capables
d’assimiler ce qu’on leur apprend.
C’est ce que les chefs d’entreprise
sous-entendent en parlant de
potentiel.
L
Mr Genest A., Chargé de
recrutement et de formation
dans une SSII :
« Comme beaucoup d’entreprises, j’attends du jeune, qu’il
possède un certain potentiel.
Mon objectif est de détecter ses
aptitudes et de voir là où il est
le meilleur, ce qu’il va nous
apporter… On arrive toujours
par de la formation à donner à
un jeune les compléments dont
il a besoin pour exercer notre
métier. Les outils que nous
utilisons sont rarement vus en
cours. On est obligé de former
quoiqu'il arrive. C’est pourquoi,
il faut que le jeune que nous
intégrons ait la capacité à
assimiler
rapidement
de
nouveaux savoirs ».
Une capacité d’adaptation
et
un savoir-être pour
faciliter l’intégration
es entreprises souhaitent que
les jeunes aient une capacité
d’adaptation et un savoir-être
favorisant leur intégration rapide.
L
Tous les chefs d’entreprise et
responsables
de
Ressources
avec son futur employeur, elle
va
forcément
bien
communiquer avec les salariés
de l’entreprise et donc être plus
efficace dans son travail ».
De l’autonomie et de
la prise de responsabilités
es jeunes doivent devenir
rapidement autonomes et être
capables de prendre des
initiatives.
L
Mr Philippe N., DRH :
« On n’est pas très attaché au
diplôme. Ce qui nous intéresse,
c’est la personne. On a besoin
de gens qui foncent et
réagissent rapidement. On
attend d’eux un niveau de
réflexion, de l’autonomie. On
attend également d'un œil
extérieur
des
idées
nouvelles… »
Des personnes
équilibrées, capables de
travailler
en équipe
es entreprises recherchent des
personnes
équilibrées,
sociables et capables de
travailler en équipe.
Un bon état d’esprit,
de la motivation
L
Mr Claude L., Animateur d'un
Centre d’Appels :
« Nous recherchons des jeunes
possédant
le
sens
de
l’équipe ».
Mr Genest A., Chargé de
recrutement et de formation
dans une SSII :
« Il faut savoir travailler en
groupe et garder son esprit
d’initiative au sein de ce même
groupe ».
Mr Philippe C., Directeur d'une
société informatique :
« J’aime bien savoir qu’un
jeune pratique un sport, qu’il
s’implique dans une association… Cela signifie qu’il est
sociable et qu’il saura s’intégrer dans notre entreprise et au
sein de nos équipes de travail.
J’ai toujours tendance à donner
une importance significative à
l’attitude, au contact humain, à
la manière de communiquer
soit du stagiaire ou de
l’employé au moment où il va
se présenter. Je pars du
principe que si la personne
communique bien tout de suite
es entreprises souhaitent que
les jeunes aient un état d’esprit
positif, de la motivation et de la
volonté.
L
Mr Genest A., Chargé de
recrutement et de formation
dans une SSII :
« Je cherche à recruter des
jeunes qui ont une présence,
du caractère. J'attends d'eux
qu’ils soient des moteurs, qu'ils
aient un esprit critique tout en
étant constructif ».
MR Patrick D., DRH :
«Nous attendons de nos
salariés qu’ils soient compétents et surtout qu’ils aient un
excellent état d’esprit ».
page 19
L’équilibre
vie professionnelle-vie
privée : les entreprises
comprennent les jeunes
mais ce n’est pas, selon
elles, un critère à
privilégier
es jeunes attendent de leur
futur employeur qu’il leur
permette d’équilibrer vie professionnelle et vie privée. Les chefs
d’entreprise ou DRH en ont de plus
en plus conscience. Les 35 heures,
comme
nous
l’avons
vu
précédemment, symbolisent pour
eux
ce
changement
de
comportement. Toutefois, selon les
dirigeants d’entreprise rencontrés,
un jeune ne doit pas se satisfaire
d’un équilibre vie professionnelle –
vie privée. L’intérêt de ses
missions au sein de l’entreprise, le
contenu de son poste sont des
critères beaucoup plus importants.
L
Mr Patrice C., PDG d'une
société de service :
« J’espère bien que le jeune
s’épanouisse en dehors du
monde du travail. Il faut bien
sûr qu’il se fasse plaisir dans
son travail et en dehors. En fait,
ça dépend de la per-sonne. Si
on a une personne célibataire
et passionnée d’informatique,
sa vie privée passe en second
plan. Il n'est pas rare qu'elle
confonde allègrement sa vie
privée et son travail. D’autres
personnes arrêtent le travail à
une heure précise car elles ont
une famille et qu’elles veulent
pouvoir s'en occuper. Cela
correspond souvent à des
étapes de la vie…
J’espère trouver des gens qui
ne sont pas des inconditionnels du boulot, parce que c’est
un déséquilibre et que cet état
ne tient jamais dans le temps.
Je recherche des personnes
qui justement cherchent à
s’épanouir au travail sans être
des forcenées du travail…
Le but des 35 heures, c’est de
gagner en qualité de vie. Chez
nous, les salariés bénéficient
d’1/2 journée par semaine.
Lorsque je reçois des jeunes,
ceux-ci n’évoquent pas les 35
heures et heureusement car
quand on est jeune, on se fout
pas mal de faire 35 heures ou
42, du moins je le pense. Si j’ai
un conseil à donner, il ne faut
pas se poser de questions. Il
faut qu’ils sachent ce qui les
intéresse et ce qu’ils ont envie
de faire. C’est très important.
Mais pour le premier emploi, il
ne faut pas qu’ils se posent de
questions tant au niveau du
salaire que des horaires de
travail ou quoi que ce soit
d'autres. Il faut qu’ils regardent
s’il s’agit d’un poste qui les
intéresse, ce qu’ils ont envie de
faire etc… Il faut d’abord
trouver en priorité la bonne
boîte et le bon poste pour
acquérir de l’expérience. Ils
auront bien le temps après de
parler salaire et horaires de
travail. Mais pour ma part, je ne
rencontre
pas
trop
de
personnes comme celles-là ».
Mr
Jean-Philippe
C.,
responsable
d'un
centre
d'appels :
« Les jeunes recherchent un
certain équilibre entre vie
professionnelle et vie privée. Ils
cherchent à aménager leurs
horaires comme bon leur
semble. Cela paraît incompatible avec la recherche d’un
salaire élevé ».
Mr
Genest A., chargé de
recrutement
et
de
formation dans une SSII :
« Aujourd’hui,
les
jeunes
privilégient la qualité de vie.
Leur mobilité professionnelle se
restreint, ils aspirent à trouver
un emploi là où ils vivent et à
ne pas trop se déplacer.
Je ne sais pas si les 35 heures
sont quelque chose de particulièrement vendeur. C’est sûr
que ça rentre en compte mais à
mon avis, ce n’est pas le
principal. C’est surtout l’intérêt
de
la
fonction
et
les
perspectives d’évolution qu'ils
privilégient. Ce qui fait envie
aux jeunes, c’est d’accéder
rapidement à des responsabilités. Le poste reste tout de
même important.
Il y a quelque temps, un jeune
nous a quittés car il avait trouvé
un meilleur Comité d’Entreprise
ailleurs. Je dirais que ce ne
sont
pas
les
meilleurs
candidats. Je pense que quand
on débute et qu’on recherche
déjà un certain confort de vie,
ce n’est pas un très bon départ,
ni pour l’entreprise, ni pour le
jeune ».
Mr Claude L., Animateur d'un
centre d’Appels :
« Les jeunes attendent un CDI
et
une
expérience
professionnelle. C’est logique.
Pour eux, à mon avis, ce n’est
pas une priorité d’être aux 35
heures ».
Mr Philippe C., Directeur d'une
société informatique:
« Les
jeunes
que
nous
rencontrons ont envie de
s’éclater, de faire ce qui leur
plaît. Le web, c’est quand
même quelque chose de « très
jeune » qui colle bien à cette
image,
c’est
fun,
c’est
dynamique, ça bouge et ça
change tout le temps. Le jeune
surfe sur le web comme il surfe
dans la vie. Le web, pour lui,
c’est faire un travail, sans avoir
le sentiment que cela en est un.
La frontière travail-vie privée
tend à s’estomper ».
Mr Philippe D., DRH :
« La volonté de dissocier vie
professionnelle et vie privée est
née sous l’égide des 35 heures.
Le travail, c’est aujourd’hui la
possibilité de se construire au
niveau familial, dans les
loisirs... Pendant longtemps, les
jeunes ont été confrontés à la
crise
et
au
chômage.
Aujourd’hui, ils recherchent une
certaine stabilité et ne veulent
pas sacrifier leur liberté ».
Mr Philippe N., DRH :
« Si je devais résumer les
choses un peu brutalement, les
jeunes diplômés ont envie d’un
bon salaire et de temps libre.
En caricaturant, on a d’un côté
des salariés qui vont être payés
au SMIC + x%, qui préfèrent
faire
des
heures
supplémentaires et de l’autre
côté, on a des personnes
intéressées par les jours de
RTT voire des congés dès la
première année. C’est complètement entré dans la logique de
fonctionnement, y compris chez
les jeunes cadres. Mais en
aucun cas, ils ne sont prêts à
faire un échange temps –
salaire. Ils veulent les deux.
La notion de temps libre est
vécue
très
différemment
suivant que le salarié a un
niveau de salaire élevé ou pas.
Les besoins étant différents, la
logique d’utilisation du temps
libre n’est plus la même ».
page 20
Attentes des
entreprises et
attentes des
jeunes : où sont
les incohérences
ncontestablement, les attentes
des jeunes diplômés et celles des
entreprises divergent sur de
nombreux points.
I
13
Les principaux points de tension
selon les jeunes se résument à :
des salaires qui stagnent, un
manque de perspective d’évolution
professionnelle,
des
tâches
répétitives et monotones,
un
encadrement
pas
toujours
compétent
et
des
rapports
hiérarchiques trop autoritaires.
Ce décalage entre promesses des
entreprises et attentes des jeunes
diplômés n’est pas nouveau.
Cependant, ce phénomène s’est
amplifié avec les difficultés de
recrutement sur certains métiers et
la reprise économique qu’a connu
la France ces dernières années.
Les salariés ont la possibilité de
changer
d’entreprise
plus
facilement.
Leur
mobilité
professionnelle n’a pas pour seul
motif l’attrait d’une meilleure
rémunération.
Les jeunes expriment des attentes
fortes en termes de condition de
travail et de rémunération mais
l’intérêt pour le travail est toujours
lié à la possibilité d’être autonome,
d’avoir des responsabilités et des
perspectives d'évolution, et ce,
dans un climat de confiance et de
convivialité.
Les jeunes…
Les entreprises…
… réclament de la patience. Ils
souhaitent être encadrés et
formés, conscients de leur
manque d’expérience.
… attendent des jeunes qu'ils
soient
rapidement
opérationnels.
… attendent
un
parcours
d’intégration, un parrain pour
les orienter en ce début de vie
professionnelle.
… souhaitent que l'intégration des
jeunes se fasse rapidement.
… veulent
une
hiérarchie
compétente et reconnaissante.
… souhaitent
cultiver
leur
employabilité et continuer à se
former pour rester ou partir.
… sont prêts à s’investir dans leur
travail, mais ils souhaitent
préserver leur vie privée.
… ont culturellement intégré la
flexibilité de l'emploi (intérim,
CDD)
en début de vie
professionnelle mais souhaitent
rapidement
trouver
une
situation stable.
… veulent être autonomes mais
dans un cadre bien déterminé
avec des objectifs clairs et
précis.
… souhaitent évoluer rapidement
dans la hiérarchie et au niveau
du salaire.
… perçoivent
les
formations
comme un investissement.
Elles souhaitent parfois le coinvestissement et attendent un
retour sur investissement.
… estiment que l'intérêt des
missions et le contenu du poste
sont des critères à privilégier.
… ont introduit de la flexibilité dans
la gestion de leurs Ressources
Humaines.
…
souhaitent que
deviennent
autonomes.
les jeunes
rapidement
… veulent d'abord juger et évaluer
les jeunes avant de prendre
des décisions.
… ont besoin de reconnaissance
13
« Association
Jeunesse
et
Entreprises – Enquête de janvier
2001 » L’Usine Nouvelle – 17 mai 2001
page 21
De la formation…
Partie 3
Réussir sa vie ou réussir dans la vie :
les jeunes ont choisi !
Les attentes des jeunes diplômés vis à vis de l’emploi, de l’entreprise, de la vie ont changé.
Comment expliquer ce constat ?
« Vous n’êtes pas les enfants de vos parents, mais les enfants de votre temps. » Goethe.
…à la vie professionnelle
Pour approfondir ce thème d'étude, ELO a sollicité un expert, Patrick LEMATTRE :
Après des études de
gestion à l’Ecole des
Hautes
Etudes
Commerciales,
Patrick
LEMATTRE a centré son
activité sur le domaine de
la
stratégie
et
du
management social.
Il partage aujourd’hui ses
activités
entre
l’enseignement au groupe
HEC et au CPA, la
recherche sur le thème
des
différences
socioculturelles
et
l’expertise au sein des
entreprises pour la mise
en œuvre de politiques
sociales.
Son
expérience
conduit à mener
missions
dans
l’a
des
des
entreprises
de
divers
secteurs industriels et de
services. Ses domaines
d’intervention concernent
principalement :
- L’évolution des systèmes de management et
la
conduite
du
changement au sein des
entreprises,
- Les évolutions et les
ruptures socioculturelles
et leur impact sur
l’implication
professionnelle
des
personnels,
- Les relations sociales et
la place du syndicalisme
dans les structures de
régula-tion sociale.
tement
Stratégie
et
Politique d’Entreprise
du
groupe HEC, à la rédaction
d’un ouvrage collectif sur la
politique
générale
d’entreprise
:
STRATEGORStratégie,
Structure, décision, Identité
ème
(InterEditions 1988, 3
édition, 1977).
A côté de ce premier champ
de compétences, après une
année passée à l’Institut
des Hautes Etudes de
Défense
Nationale,
il
développe également des
travaux dans le domaine de
la géopolitique, en particulier sur le thème des
stratégies
d’influence.
Il a participé, avec les
professeurs du dépar-
Patrick LEMATTRE est intervenu le 25 octobre 2001 à Saint Etienne afin d'exposer son point de vue sur les
attentes des jeunes. L'écouter a été un enchantement, nous vous proposons aujourd'hui la synthèse de son
intervention.
Alors qui sont ces jeunes ? Quels sont leurs différents projets, leur philosophie de vie ? Patrick LEMATTRE
vous propose une grille de lecture de cette génération afin de vous permettre de mieux comprendre les
attentes de ces jeunes vis à vis du monde du travail et des entreprises qui le constituent.
Alors, bonne lecture !
page 23
De la formation…
Réussir sa vie ou réussir dans la vie : les jeunes ont choisi !
…à la vie professionnelle
1- Naissance d’une
génération :
68. Elle a suivi l’évolution du
monde communiste, elle a
connu la libération sexuelle.
Cette génération ne vient pas par
hasard, elle s’inscrit dans un
déroulement historique.
La génération d’aujourd’hui,
celle des 18-25 ans, a été
marquée par deux grands
évènements. L’apparition du
SIDA et celle de l’ordinateur et
des nouvelles technologies.
« Du Meccano au Nintendo
Du lego au micro
De Barbie à Lara Croft »
Patrick LEMATTRE vous
montrera dans un premier
temps que cette génération
ne vient pas là par hasard.
Elle est le fruit d'un
processus, d'une histoire.
Dans un deuxième temps, il
vous présentera quelques
fondamentaux
de
comportements de cette
nouvelle génération.
Et enfin dans un troisième
temps, les conséquences
que cela peut avoir au
niveau de l’attitude des
jeunes face au travail et à
l’entreprise.
Cette formule renvoie à l'idée des
successions de générations. Ces
jeux semblent assez bien refléter
l’extraordinaire évolution que
nous avons connue.
L’idée est que, dans notre
société, des générations se sont
succédées en n'ayant pas vécu
des
histoires
totalement
identiques. Ces générations se
sont créées, à un moment donné,
avec une grille de lecture qui peut
énormément varier de l'une à
l'autre.
L’identité
d’une
génération est liée à
trois grands phénomènes : le contexte
générationnel,
les
apprentissages
fonda-teurs et le
patrimoine culturel
• Le contexte
générationnel
Ce
premier
phénomène
correspond à l'histoire que
nous vivons en gros pendant
les 20 premières années de
notre vie. C'est durant cette
période, tout à fait faste, que
l’on acquiert un certain
nombre de regards sur le
monde, une sorte de grille de
lecture,
une
certaine
conception de nous-mêmes.
Ce contexte générationnel est
à
la
fois
technique,
économique, politique, social,
géopolitique…
La génération née après la
guerre a été marquée par mai
Il est évident qu’il y aura
des générations avant et
après le mur de Berlin !
• Les apprentissages
fondateurs
C’est au sein
de deux
grandes
institutions
que
l’individu se forme : la famille
et l’école.
Il est légitime de s’interroger
sur leur bon fonctionnement
actuel. Pourtant elles sont ou
devraient
être
le
lieu
d’acquisition des
savoirs,
savoir-faire et savoir-être.
Ajoutons aujourd’hui comme
acteurs
de
ces
apprentissages :
la
télévision, les jeux vidéo,
internet…
La
grande
question
philosophique de chaque
génération est de savoir si
la
génération
suivante
détient toujours ces savoirvivre et savoir-être : nous
vous renvoyons au débat sur
les incivilités.
Chaque génération dit la
même chose de la suivante.
Simplement, on peut quand
même se poser la question de
savoir s’il n’y a pas un
déplacement du curseur.
• Le patrimoine culturel
Nous sommes les héritiers
d’un
certain
patrimoine
culturel formé d’une histoire,
de valeurs, de croyances. De
plus nous
les
pensons
universelles et éternelles.
Cela est faux, bien sûr. Il suffit
de porter notre regard sur
d’autres
cultures
pour
comprendre combien ces
page 24
De la formation…
Réussir sa vie ou réussir dans la vie : les jeunes ont choisi !
…à la vie professionnelle
notions sont subjectives. Elles
sont donc susceptibles de
changer. L’inter culturalité a
amené sur notre territoire des
références
culturelles
nouvelles. Cela entraîne des
incompréhensions,
parfois
des débats dans l’entreprise.
Une évolution culturelle
extraordinaire…
ou
la
montée de l’individualisme
contemporain.
Notre société, il y a cinquante
ans, était homogène. Aujourd’hui
elle est de plus en plus
fragmentée.
Hier : 47 % de la population
active française se trouvait
dans le secteur agricole.
Aujourd’hui : cette proportion
est de 3 %
Il devient
références
changé.
évident que les
culturelles
ont
Hier : le paysan, par son activité,
véhiculait des valeurs liées à la
permanence, la gestion des
aléas.
Son
objectif
était
d’épargner (surtout dans la
pierre)
pour
assurer
un
patrimoine aux
générations
futures, lesquelles perpétueraient
les traditions.
Aujourd’hui : il n’y a plus de
culture dominante. L’apparition de
micro-cultures ne favorise pas le
rassemblement qu’il soit politique,
syndical ou d’entreprise.
Nous assistons à une évolution
lente régulière et permanente
que
certains
philosophes
appellent
la
montée
de
l’individualisme contemporain.
Vivons-nous une rupture de
générations ?
Une rupture générationnelle est la
conséquence
d’un
énorme
évènement comme une guerre ou
une crise économique. Cela s’est
produit entre la génération qui a
vécu la seconde guerre mondiale
et la génération de leurs enfants,
celle du baby-boom. Ces derniers
n’ont connu que la montée en
puissance de la société de
consommation. Et cela a entraîné
quelques chocs frontaux qui
s’appellent mai 68 en France, la
contestation en Allemagne, la
contestation en Grande Bretagne
et, bien sûr, liée à la guerre du
Vietnam, la grande contestation
américaine…
Oui, mais
douce.
une
rupture
Aujourd’hui, nous vivons à
nouveau une rupture. Mais celleci est plus douce. Pour une
simple raison, c’est que cette
génération n’a aucune envie de
changer le monde. Nous y
reviendrons.
Il s’agit bien d’une rupture de
génération. En effet, deux
générations à nouveau ne lisent
pas le monde de la même façon.
Petit guide sur la jeune
génération à l’usage
des précédentes !
Il y a 5 ans :
On assistait à la naissance de la
génération "bricolage.
Trois éléments expliquent cette
appellation. :
•
Le premier : un démarrage
dans la précarité
Pourquoi les jeunes utilisent
ce terme ? L'explication est
simple, ils disent : « Et bien
Monsieur, on ne vous attend
pas dans le monde du travail
avec des contrats à durée
indéterminée en béton. On
démarre par des petits
boulots, des stages, de
l’intérim, des CDD… » - c'est
ce qu'ils appellent entre eux le
rite initiatique- « On passe
par-là pour se faire repérer,
parce que l’objectif est clair,
c’est d'obtenir un CDI. ». Les
jeunes sont très lucides par
rapport à cette situation.
Mais cela veut dire pour eux
un
démarrage
dans
la
précarité.
Que s’est-il passé ?
La première génération, celle du
baby-boom, est en train de
passer le cap de la cinquantaine.
Elle n’a pas de réels problèmes
existentiels sauf un, sur lequel
elle a tout intérêt de s’agiter vite
fait, c’est celui du financement de
sa retraite.
La seconde (tous nés après
1974) a entendu parler dès son
plus jeune âge de crise, de
chômage, de mondialisation…
Fini la permanence, place à la
flexibilité, à l’adaptabilité. Tout
s'accélère, le marché de l’emploi
se modifie très vite. D’ailleurs le
concept de génération pourrait
être remis en question.
Si vous avez des enfants qui se
suivent à 4 ou 5 ans, vous vous
apercevez déjà des changements
quelquefois très forts. Ce n'est
même plus 10-15 ans, mais c’est
3-4 ans. On a tout intérêt à se
méfier sur le sujet. Soyons très
vigilants sur ces évolutions de la
société. Cela permet de mieux
comprendre les changements qui
s’opèrent dans les nouvelles
générations.
Jeune-génération,
mode d'emploi
•
Le second : rester chez papa
et maman en attendant !
Comme ils n'ont pas
de
ème
ressources régulières, le 2
élément de bricolage : c’est le
bricolage personnel.
Une étude, publiée par des
italiens il y a 3 ans, montrait
qu’en Italie, le "mâle italien"
reste désormais jusqu’à trente
ans chez "la Mama", le "mâle
espagnol" reste en moyenne
jusqu’à 27 ans et, le mâle
français reste en moyenne
jusqu’à 23 ans et demi chez
papa et maman. Alors que
pour
la
génération
précédente, on "partait vite
fait". Certes, on acceptait les
subsides familiaux, il ne faut
tout de même pas exagérer,
mais il y avait un accès aux
page 25
De la formation…
Réussir sa vie ou réussir dans la vie : les jeunes ont choisi !
…à la vie professionnelle
ressources
de
façon
autonome, ce qui n’est plus le
cas aujourd’hui.
•
Le troisième :
l'apprentissage tardif de la
vie de couple
ème
Le 3
élément de bricolage,
c’est bien sûr la construction
d’une cellule familiale. Il est
évident que, si les deux
premiers éléments ne sont
pas assurés, le troisième ne
l’est pas plus. Alors, on
retarde l'apprentissage de la
vie en couple, l'arrivée du
premier enfant. Une étude
sortie il y a quelques jours
montre qu’en cinq ans, nous
avons pris un an et demi
supplémentaire : désormais la
femme française a son
premier enfant à 29 ans et
trois mois. Tout cela étant lié
également à plusieurs autres
phénomènes dont un en
particulier : l’allongement de la
durée de vie.
Les jeunes ont parfaitement
compris ce qu’on leur a dit
sans arrêt : " Le monde bouge,
le monde est réversible, et tout
change". OK, si tout change,
tout bouge, que fait-on ? Et
bien
on
s’adapte
en
permanence !
Aujourd’hui :
Nous venons de vivre des
changements
très
récents
puisque depuis 4 mois le taux de
chômage augmente. Sauf pour
une catégorie : les jeunes. Le
marché du travail étant moins
porteur, ils ont, comme il se doit,
changer d’attitude. Ils ont adopté
une démarche caméléon :
"S’adapter encore et toujours
mais maintenant penser à moi".
Voilà la nouvelle philosophie.
Aujourd'hui, le monde du
travail va être confronté à des
jeunes qui ne souhaitent
investir que sur eux-mêmes.
Il faut donc désormais utiliser une
nouvelle appellation pour parler
des jeunes :
La DO IT YOURSELF
GENERATION.COM
Portraits robots de la
jeune génération :
•
Génération fast-food et
micro-ondes
C'est une génération fastfood et micro-ondes. En clair,
tout, tout de suite et quand je
veux.
C’est une génération d’une
impatience extraordinaire.
Un exemple : cela se passe
en 1993 dans une très grande
entreprise qui embauche des
jeunes en situation difficile,
qui n’ont pas un niveau de
formation
"géniale".
Pour
l'entreprise, la première étape
consiste donc à former ces
jeunes pendant 6 mois à un
certain
nombre
de
compétences, à un métier. Ce
sont des gars très bien et qui
"pigent" très vite. Ce n’est pas
parce qu’ils ont fait des études
un peu "bizarres" qu’ils ne
sont
pas
capables
de
comprendre très rapidement.
Au bout d’un an, un jeune
arrive dans le bureau de son
responsable hiérarchique en
disant : « Monsieur, ça y est je
maîtrise tout, la suite c’est
quand ? ».
Alors
le
responsable lui dit : « On a fait
un investissement sur vous, le
retour sur investissement, la
situation économique… ». Et
le jeune lui répond : « Je vous
accorde six mois pas plus ».
Lorsque son responsable lui
déclare : « Chez nous, vous
voyez, quelqu’un reste en
moyenne dans un poste 4 ans
et encore on a fait des
progrès car avant c’était six
ans…. ». Le jeune lui dit « Je
vais rester encore 3 ans dans
le même job ? Non ciao, merci
! Je suis heureux de la
formation que vous m'avez
donnée, mais je m’en vais
ailleurs… ».
Et là, pour l’entreprise en
question (grande entreprise
française dans laquelle les
•
gens entraient en religion et y
passaient toute leur vie), c'est
un choc. Pour les générations
précédentes qui sont au
commande,
le
force-man
manager de 50 ans qui a
passé toute sa vie dans cette
entreprise et qui porte encore
le pin’s qu’on lui a donné lors
de la réunion du projet
d’entreprise il y a déjà 15 ans,
c’est un choc redoutable. On
sent que certaines personnes,
comme ce responsable, ne
comprennent pas qu’il se
passe certaines choses.
Génération métissage
Ils mélangent tout sans aucun
problème : les musiques, les
vêtements, les modes, etc. Ils
mélangent bien entendu les
nourritures,
sans
aucune
difficulté.
•
Génération musique
Ils
baignent
dans
une
atmosphère musicale tout à
fait extraordinaire. Pour vous
donner un exemple, un jeune
de 15-20 ans en Europe
écoute, en moyenne, 5 heures
de musique par jour ! Cette
génération
a
vécu
successivement l’arrivée du
baladeur, du CD, du MP3… A
un tel point que certaines
entreprises envisagent de resonoriser les locaux de travail.
Le seul problème, c’est que
les personnes n’écoutent pas
la même musique, donc
problème dans les équipes !
•
Génération tchatche
Ils causent. En clair, ils
doivent toujours être en
liaison avec les membres de
leur tribu. Lorsqu'ils démarrent
un coup de fil, c’est : « T’es
où toi ? » C’est tout à fait
caractéristique !
•
Génération techno
Ils adorent les technologies
nouvelles
qui
arrivent.
Seulement attention, petit
bémol, il faut que cela serve à
quelque chose. Par exemple,
la technologie WAP, ils ont
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De la formation…
Réussir sa vie ou réussir dans la vie : les jeunes ont choisi !
…à la vie professionnelle
essayé, ils ont vu qu’il n’y
avait rien au bout, ils ont jeté.
C’est fini, le WAP, enterré
définitivement,
il
faudra
trouver autre chose. En
revanche, qui aurait imaginé
le succès fabuleux du texto,
du message SMS. Aujourd'hui
en France, 85 % des
messages SMS sont envoyés
par des gens qui ont entre 15
et 25 ans. Il est vrai que les
générations
précédentes,
"avec leurs gros doigts", ne
sont pas bien habituées. Il
faut avoir de la dextérité et
puis être capable de faire des
résumés ! A un tel point que
cet été, 2 bouquins sont sortis
pour initier les parents au
vocabulaire des messages
SMS.
•
moment où l'on pose son sac.
On commence à s’installer
dans la vie et là le regard
change un peu. Malgré ce
petit bémol, le résultat est tout
à
fait
exceptionnel.
« Estimez-vous que vous
êtes très heureux, assez
heureux,
pas
très
heureux ? ». On n’a jamais
eu une impression de bonheur
aussi fantastique. « Trouvezvous que vous avez plutôt
de la chance ou de la
malchance de vivre à
l’époque actuelle ? » Plutôt
de la chance à 83 %.
La clef de tout ça pour eux,
c’est la technologie, ce sont
les opportunités fabuleuses
qui sont devant eux, le monde
est à eux.
Génération cool
Un premier élément est à
signaler :
c’est
une
génération optimiste, et
c’est absolument fantastique.
Il y a 5 ans :
On parlait de génération
galère,
de
génération
paumée,
de
génération
perdue,
on
disait
"bof
génération". Si vous avez
encore cette idée là, jetez-la
au panier, tout de suite. Tout
cela a complètement bougé
en 5 ans.
Aujourd’hui :
On
a
maintenant
une
génération optimiste et "tenezvous bien" une des plus
optimistes que l’on ait jamais
eue depuis 50 ans.
En voici un exemple tout à
fait étonnant. Vous savez
peut-être que le journal
« L’express » réalise, tous les
10 ans depuis sa création,
une enquête sur les jeunes en
leur posant toujours les
mêmes questions. En termes
de résultats, on n'a jamais eu
autant d’éléments positifs.
Le seul problème, c’est que
l'Express a pris la tranche
d'âge des 15-29 ans. Les 1518 ans ne posent pas trop de
problème, mais c'est avec les
25-29 ans que l’on peut être
gêné. En effet, c’est le fameux
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De la formation…
Réussir sa vie ou réussir dans la vie : les jeunes ont choisi !
…à la vie professionnelle
2- Grille de lecture
des fondamentaux
de
comportement
de cette génération
C’est l’observation de deux
populations extrêmes qui a
conduit P. Lemattre à l’analyse
suivante.
La première population est celle
des étudiants bac+5, bilingue,
ayant une expérience de travail à
l’étranger :
« le
modèle
cosmopolite ».
La seconde est celle de ceux
qu’on appelle les jeunes de
banlieue, sans formation : « le
modèle Brownien » (du nom du
mouvement
brownien
des
particules en physique).
Et bien, en caricaturant un peu,
ces deux extrêmes avaient
souvent les mêmes fondamentaux de comportements.
Ce constat l’a amené, bien
ème
entendu, à la 3
étape de son
travail : regarder ce qu’il y avait
au milieu. A ce stade là
malheureusement les choses
deviennent plus difficiles. Parce
que vous imaginez aisément que
ces jeunes sont une population
extrêmement mutante. L’analyse
suivante va essayer de vous
présenter ce qui semble être le
point moyen, au détriment de
ceux qui souhaiteraient une
approche plus segmentée !
C'est en prenant connaissance de
toutes
les
informations
disponibles que l'on arrive à se
faire une opinion sur le sujet. Les
résultats des travaux d’ELO y ont
contribué.
La grille de lecture :
LE
PROJET
PERSONNEL,
REPERES D’APPARTENANCE,
PROCESSUS
DE
CHOIX,
PHILOSOPHIE DE VIE.
LES
LES
LA
L’analyse est tirée du monde de
l’entreprise. Vous savez que
lorsqu'on parle d'une entreprise,
on dit toujours qu’une entreprise
c’est la somme de quatre
éléments : une stratégie, des
structures d’organisation, des
procédures de management et
une culture.
Si l’on applique ce même schéma
à l’individu. La stratégie va
devenir LE PROJET PERSONNEL, le
but à atteindre. Les structures
d’organisation vont devenir LES
REPERES D’APPARTENANCE ; et
nous sommes tous en situation
de
multi-appartenance.
Les
procédures de management vont
devenir LES PROCESSUS DE CHOIX
dans l’existence qui font qu’un
jour on bascule sur une autre
route. Et enfin, bien sûr, les
valeurs, la culture, appelées d'un
nom un peu pompeux vont
devenir : LA PHILOSOPHIE DE VIE.
Le projet personnel :
Quel projet ?
Bien sûr, il est difficile quand on
est jeune d’avoir un projet
personnel bien construit. Les
générations
précédentes
reconnaîtront, avec un peu
d’honnêteté, qu’elles aussi étaient
dans le vague.
Alors quelle est la différence de
cette génération par rapport aux
autres ?
La différence c’est que ces
jeunes justifient le fait de ne pas
avoir de projet clair. Ils vous
disent
la
chose
suivante :
« Quand l’avenir est flou,
Monsieur, on n’a que des
projets vagues. Le monde
bouge sans cesse, on ne sait
jamais ce qu'il va se passer. »
Quel est le point central ?
C’est le fait de s'adapter. Il faut
être flexible. Cette position est
tout à fait claire. Cette image est
transposable
à
l'entreprise.
L’analogie la plus extrême que
vous puissiez avoir en tête pour
comprendre leur mode de
fonctionnement, c’est l’analogie
au surf… Je suis sur ma planche,
je surfe. J’ai bien une direction,
c’est évident, je pars de
l’extérieur de la vague et je vais
vers la rive, mais je ne sais pas à
15 mètres près où je vais arriver
et d’ailleurs ça n’a aucun sens.
Ce que je veux, c’est "prendre
mon pied" en jouant sur les
vagues et si tout à coup le
courant change un petit peu, une
autre vague arrive, et bien je
m’adapte.
Ce qui compte c’est la capacité
de surfer, de jouer dans ce
système là. Le point central est le
suivant : lorsque je suis sur ma
planche de surf, je suis seul. Je
ne
peux
pas
compter
aujourd’hui sur quelque chose
d’extérieur pour me prendre en
charge, c’est à moi à me
prendre en charge.
Devant tant d’incertitudes, la
seule valeur sûre : c’est moi.
Conclusion : Création du Moi
S.A.
Aujourd’hui, l’important ce sont
les compétences. Celles déjà
acquises et celles que l’entreprise
va leur donner. Pour attirer les
jeunes dans l’entreprise, il faut
leur proposer un métier, un
accroissement
de
leurs
compétences.
La survie passe donc par les
compétences. Comme dans
une société anonyme, ils sont à
la recherche d’associés de
choix. Mais ils souhaitent
garder une part de liberté,
d’autonomie
et
d’indépendance.
Les attirer c’est une chose. Les
retenir cela en est une autre. La
fidélité ce n’est pas leur truc !
Les repères d'appartenance : un besoin
d’appartenance ? oui
mais à leur tribu.
Désolé, mais malgré ce que
peut
leur
proposer
l’entreprise, rien ne les fera
rester s’ils trouvent mieux
ailleurs.
On
constate
aujourd’hui
un
manque
d’engagement général.
D’après
l’étude
d’un
organisme universitaire sur
les partis de l’actuelle majorité
plurielle, le Parti Socialiste a
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De la formation…
Réussir sa vie ou réussir dans la vie : les jeunes ont choisi !
…à la vie professionnelle
vu diminuer ses jeunes
adhérents des 2/3.
C’est la même chose pour les
syndicats où à la C.G.T. par
exemple on estime à 7% le
nombre de jeunes de moins
de 25 ans.
Il n’y a plus de solidarité
collective.
Dans les sondages, l'image
de la petite entreprise est en
train de remonter à une
vitesse
absolument
fantastique
auprès
des
jeunes. Attention, ils préfèrent
aller dans la grande entreprise
pour
acquérir
des
compétences, mais après
pour des questions de Moi
S.A., de relations, ils intègrent
de petites entreprises.
règle extrêmement simple, si ça
marche c’est que c’est bon. Si
ça ne marche plus on jette ».
A cette analyse il faut rajouter
l'idée chevillée qu’ils ont au
corps : de toute façon, ça ne
dure jamais longtemps.
Les processus de
choix : Méfiance ?
Vous
avez
dit
méfiance ?
Les
mots
clés,
sont :
nomadisme,
expérience,
zapping…
ou
encore
l’expérimentation nomade.
Ce qui caractérise cette
génération, c’est la méfiance.
Ils sont revenus de tout.
Certains sont les enfants de
parents licenciés après de
nombreuses années de bons
et loyaux services. Cette
terrible expérience les fait
douter
du
discours
de
l’entreprise.
Les jeunes vous disent très
gentiment et à tous les
niveaux :
la
variable
d’ajustement
d’une
entreprise par les temps qui
courent, c’est le personnel.
Ce
qui
est
assez
extraordinaire, c'est qu'ils
n’aiment pas se faire piéger,
ils détestent la manipulation et
pourtant ils fonctionnent à
l’affectif ! L’affectif c’est quand
même le levier le plus fort de
la manipulation : « Oui, mais
on a une protection, on
travaille toujours avec notre
groupe de proximité.».
On trouve ici, l’idée de
solidarité de proximité.
Vous voyez l’idée, les mots
clés : réseau, cooptation,
clan, tribu, communauté,
auto-organisation.
Si on décline cela au niveau
de l'entreprise, par exemple,
ils adorent les structures
"pommées" avec un chef, si
possible, sympathique, ouvert,
charismatique,
entraîneur,
coach et en plus excellent
professionnel, pas un nul,
parce que s'il n'est pas bon,
ils ne peuvent rien apprendre
avec lui.
Lorsqu'on les interroge, les
jeunes déclarent : « Vous
nous donnez un objectif, des
moyens. Vous nous donnez
une deadline et vous nous
faites confiance. Commencez
pas à nous emmerder avec le
reporting, les normes iso, les
trucs de ce genre, faites-nous
confiance. »
Quand on leur dit qu’on ne
peut pas
toujours faire
confiance, que l’entreprise a
des règles etc., alors on se
heurte un problème assez
épouvantable et pas simple à
gérer.
La notion d’engagement était
une valeur forte pour la
génération précédente. Aussi,
les gens ont de grandes
difficultés à comprendre cet
opportunisme,
cette
consommation
de
valeurs.
Encore une fois même si ces
attitudes s’expliquent, elles
génèrent des conflits entre les
deux générations.
Ce dernier élément est le plus
déstabilisateur pour le monde
des entreprises.
Ils veulent vivre leur vie
intensément et au jour le jour.
Plus question d’épargner pour
les générations futures, plus
question de s’engager à vie.
L’expérience de leurs parents
qui ont vécu selon ce modèle
leur sert de leçon. Aujourd’hui
même leur retraite est remise
en question.
De
plus
un
élément
fondamental est à signaler :
leur espérance de vie. Les
enfants
qui
naissent
actuellement
seront
centenaires.
On
peut
comprendre
qu’un
tel
engagement les rebute.
Un
contrat
à
durée
indéterminée
mais
à
engagement limité…
Un
opportunisme
compréhensible :
On l’a dit, tout change très vite.
Cela est vrai pour leurs modes
vestimentaires,
culinaires,
musicales mais aussi pour leurs
engagements.
Dans ce schéma, les jeunes
vous disent : « On fait notre
marché, on prend ce qui nous
intéresse, en fonction d’une
de
"Réussir notre VIE et pas
seulement réussir dans
la VIE. Plaisir, jeu… du
FUN quoi !"…
En conclusion, on vient chez
vous pour faire un bout de
route. Mais si vous avez le
droit de me virer, moi j’ai le
droit également de partir.
Il y a là une espèce
d'engagement que j’appelle
un
contrat
à
durée
indéterminée
mais
à
engagement limité. Il faut
bien faire le distinguo entre
les 2.
La philosophie
vie :
Le FUN
Ce mot est fondamental, (il
vient des tripes) : il faut jouir de
l’instant présent !
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De la formation…
Réussir sa vie ou réussir dans la vie : les jeunes ont choisi !
…à la vie professionnelle
Les mots clés sont : plaisir,
jeu, sensualité, fête autrement
dit : Le fun !
On assiste à l’émergence
d’un
nouveau
besoin : « s’éclater
au
boulot ! ».
C'est un problème qui devient
énorme parce que vous avez
des boulots dont l’image ne
sera jamais fun. Pensons à
certains métiers du bâtiment où
les
conditions
climatiques
peuvent rendre les conditions
de travail épouvantables.
Alors que peut-on faire ?
Il y a bien les primes, les
facilités sur le plan financier, les
améliorations au niveau de
l’environnement, de l’ergonomie
des postes.
On peut également avoir de
"super baraques de chantier"
avec la possibilité de changer
de tenue très souvent pour que
les gars ne remettent pas des
vêtements tâchés. Ce boulot ne
sera jamais fun !
Le problème maintenant, c’est
que le fun s’insinue ailleurs. Les
conditions de travail peuvent
être bonnes et pourtant cela ne
suffit pas.
La
jeune
génération
recherche
au
sein
de
l’entreprise une ambiance
FUN, une culture FUN.
L’entreprise peut offrir « une
belle enseigne », un métier
intéressant,
une
carrière
prometteuse et enfin des
conditions
de
travail
excellentes. Cela ne suffit pas.
Si l’ambiance est considérée
comme sinistre vous verrez le
jeune s’envoler vers d’autres
lieux.
Ca c’est un méchant problème
parce que c’est irrationnel
comme demande. C’est affectif
et c’est individuel.
Alors, que faire ?
Nous avons quand même
certaines responsabilités dans
l’entreprise. Nous connaissons
des entreprises, qui, pour des
raisons d’efficacité et de
rentabilité, ont tué le fun. Il y a
des entreprises qui ne savent
même
plus
dire
merci
aujourd’hui. On est dans un
rapport purement marchand. On
ne sait pas dire merci,
déboucher une bouteille de
champagne pour fêter un
énorme contrat, on ne va pas
se faire une "petite bouffe"…
Certes, de temps en temps, on
essaye de sortir de la
culpabilisation, on fait une
grande
messe.
Mais
ça
n'intéresse pas du tout les
jeunes.
fassent
des
sérieuses… et
inquiet !
propositions
là, on est
Il faut tout de même bien qu’on
sorte de là ! Qu’est-ce que cela
peut entraîner au niveau de
l’entreprise et du regard des
jeunes sur le monde du travail ?
Honnêtement, nous ne savons
pas comment faire à propos de
cette notion de fun.
Mais des secteurs entiers vont
souffrir prochainement parce
qu’ils
ont
une
image
abominable qui est quelquefois
fausse -.
Et au contraire, on a vu
récemment des secteurs qui
avaient des images véhiculées
par les médias qui étaient
fausses mais qui attiraient les
jeunes…
C'est l'exemple des nouvelles
technologies. On montrait un
jeune qui jouait au baby foot
dans le couloir… Mais on
oubliait de dire qu’il était payé
des
clopinettes,
qu’il
ne
possédait pas
de stocks
options, qu’il bossait quand
même largement plus de 39
heures à l’époque. Il y avait les
images…. Le problème chez les
jeunes, c’est qu’il y a les faits et
les interprétations, avec un
schéma qui n’est pas celui que
l’on attend.
Dans certaines entreprises on a
réfléchi sur cette notion de fun
et on a trouvé qu’il n’y avait
qu’une solution : ce n'est pas
aux anciens de dire ce qu’il faut
faire.
C’était
d’un
« ringardisme »
absolument
abominable.
D'ailleurs,
à
chaque fois qu’on proposait
quelque chose aux jeunes, ils
éclataient
de
rire.
Ces
entreprises ont décidé de créer
des commissions de jeunes, en
leur filant un budget, afin qu'ils
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De la formation…
Réussir sa vie ou réussir dans la vie : les jeunes ont choisi !
…à la vie professionnelle
3- Attitudes
jeunes
face
travail
et
l'entreprise
des
au
à
Leur
vision
travail :
du
actuelle, à la sortie de leur
formation, sont dans ce
dernier cercle. Car c'est là que
se trouve l’emploi.
Qu'est ce que cela signifie ?
Selon eux, on a maintenant
deux
catégories
de
personnel. Il y a ceux qui
sont dedans, ça s’appelle le
contrat de travail ; ceux qui
sont dehors et qui sont
associés à l’entreprise par
un contrat commercial de
prestations de service.
Il y a ceux du dedans et il
y a ceux du dehors
Pour eux, le monde du travail
est une série de cercles
concentriques.
Au centre, c'est l’entreprise.
Pour eux, l’entreprise c’est
une
relation
entre
une
organisation et un individu,
fondée sur le contrat de
travail. Pour eux, il y a deux
types de contrat. Le contrat en
béton, c’est le CDI et puis tout
autour il y a les fameux
contrats précaires.
Qu'ont fait les entreprises
depuis 25 ans ? Elles ont
multiplié
les
contrats
précaires, c’est une réalité
incontournable.
Mais cela n'est pas le plus
gênant,
car
les
jeunes
comprennent
bien
que
l’entreprise ait besoin de
flexibilité.
Par contre, les entreprises
depuis 25 ans, ont joué un
deuxième
jeu :
l'externalisation d'une partie de leurs
activités. En
externalisant,
elles
ont
également
externalisé une partie de leur
personnel. Comment ? Tout
simplement en déve-loppant
des fidélisations d’unité, en
externalisant des services
avec un recours massif à des
prestataires de services, à la
sous-traitance.
Enfin disent-ils (c’est souvent
le discours des bac+5), les
entreprises s’entourent en
ultime périphérie d’un réseau
immense
de
consultants,
experts, spécialistes, etc.…
Il faut vous signaler que 40 %
des jobs pris par les étudiants
de
business
school
européennes
à
l’heure
Une entreprise
périmètre
personnel
variables…
ça, on ne peut rien faire.
C’est
une
décision
d’entreprise
en
termes
d’efficacité, de conditions
de
survie,
de
développement, etc. Et on
comprend la logique. »
à
et
En revanche, il est clair que la
seule façon de se tirer de
cette affaire, c’est de jouer sur
une
compétence
fondamentale
que
l’on
possède et que l’on va
monnayer à n’importe quel
endroit du système. En clair
cela veut dire : on ne bosse
pas pour une entreprise,
puisqu’on ne sait jamais si on
va être dedans, dehors ou
carrément viré du système.
On travaille pour une seule
entreprise … «nous».
L’évolution majeure aux EtatsUnis, en Europe, dans tous
les grands pays, c’est le
passage du dedans, vers le
dehors. Dans leur tête, c’est
d’abord
l’idée
qu’une
entreprise actuelle, c’est une
entreprise à périmètre et
personnel variables.
Au centre, un noyau de gens
qui ont trois caractéristiques :
ils sont fidélisés, ceux-là on
les veut et on est prêt à payer
pour les garder. Ils partagent
le projet stratégique, ils savent
où l'on va, ils ont d’ailleurs
souvent été instigateurs de ce
projet. Leur job c’est faire de
l’assemblage de compétences
autour d’un certain nombre de
projets. Les compétences, soit
ils les achètent, soit ils les
trouvent dans le noyau. Mais
le plus souvent, ils les
achètent à l’extérieur : dans
des sociétés de prestations de
services, chez les soustraitants, dans des sociétés de
conseil…
L’entreprise
globalement,
c’est donc un ensemble qui
se modifie au gré des
projets. De temps en temps,
on peut rapatrier la soustraitance, de temps en temps
on peut décider que l'on n'a
plus besoin d'une compétence
et on l’externalise.
Les jeunes vous disent la
chose suivante : « Contre
Conséquence
:
"Cultivons
nos
compé-tences
et
travaillons pour une
seule entreprise :
NOUS"
« Mourez ruiné ! »
Les jeunes ne sont plus dans
une stratégie d’accumulation.
Ils peuvent parfois même y
être encouragés par des
ouvrages comme celui rédigé
par deux américains dont le
titre « Mourez ruiné » est
assez évocateur.
Vouloir toujours plus et
accumuler
sans
cesse
conduisent à une impasse.
Développez donc désormais
une
stratégie
qui
ne
dépasse pas votre propre
durée de vie sur terre, voilà
le conseil prodigué.
Le donnant-donnant
C’est intéressant comme point
de
départ.
D’où
une
conception du travail que ces
deux
auteurs
appellent
l’éthique mercantile. Nous
pourrions la nommer « Le
donnant-donnant ». Ne soyez
page 31
De la formation…
Réussir sa vie ou réussir dans la vie : les jeunes ont choisi !
…à la vie professionnelle
pas dupes des discours sur
l’épanouissement personnel
par le travail, toutes les
satisfactions
peuvent
se
trouver en dehors du travail,
sauf une, l’argent. Le travail
doit donc se limiter à un
moyen
de
gagner
de
l’argent pour réaliser ses
propres objectifs de vie.
Ainsi disent-ils, votre salaire
ne dépend pas de la bonne
santé de votre entreprise mais
de votre valeur personnelle
sur
le
marché.
Par
conséquent,
le
seul
employeur qui mérite votre
dévouement et votre fidélité,
c’est vous. Constituez-vous
un
portefeuille
de
compétences, vendez-les au
plus offrant sans état d’âme
et sans affectivité.
Vous mesurerez le cynisme
de la proposition suivante:
simulez, si besoin, l’adhésion
au groupe et aux valeurs de
l’entreprise,
et
enfin
démissionnez sans hésiter
dès qu’une opportunité plus
intéressante se présente. Ce
que propose ces deux auteurs
n'est ni plus ni moins que le
retour au comportement du
condottiere italien à l’époque
du
Quattrocento
de
Machiavel, où le mercenaire
vendait son épée au prince.
Une nouvelle race de salarié
est née :
Le salarié mercenaire, ou
pour être moins guerrier,
l’intermittent du spectacle.
Ni Dieu, ni maître, ils se
vendent aux plus offrants.
Ce comportement, vous le
sentez tout de suite, est quand
même lié fondamentalement à
l’état du marché du travail. Il est
absolument évident que si le
marché se renverse tout à
coup, cela va être un peu plus
difficile comme sport.
Conséquence fondamentale
de
ces
nouvelles attitudes :
le clivage entre ceux
qui
ont
des
compétences et ceux
qui n'en n'ont pas
Aujourd’hui le véritable clivage
ne se situe pas entre les
bac+ 5 et les bac –5, mais au
niveau de ceux qui ont des
compétences et ceux qui n’en
n’ont pas.
Certaines personnes sont
compétentes sans avoir de
bac, ni rien du tout… des
"gars" qui vous débrouillent
des affaires pas croyables,
qui montent des business
avec des plaques WW
tombées du camion, avec
des recyclages des trucs à
droite, à gauche… C'est
absolument extraordinaire,
et sans aller dans des
pratiques un peu bizarres
(drogue et autres…). Il y a
vraiment
des
gens
compétents.
Ce véritable clivage, observé
en premier lieu sur des
populations
extrêmes,
concerne un nombre de
personnes de plus en plus
important.
Ce phénomène se retrouve
partout. Par exemple, allons à
Mercurey. Dans cette ville, il y
a une école des métiers de
bouche qui forme des CAP de
boulanger– pâtissier, des gars
du cru qui ont 18 ans. Ces
jeunes n’ont pas eu des
professeurs d’Harvard pour
leur parler de mondialisation.
Vous savez qu’actuellement
1/3 au minimum des étudiants
sortis de business school
européennes, diplôme en
poche, s'en vont à l’étranger.
Cela ne veut pas dire qu’ils
émigrent, mais simplement
que c’est un cursus basique.
Si vous allez à Mercurey,
vous avez 25 % de la
population des jeunes d’une
promotion
de
boulangerpâtissier qui se "tire" diplôme
en poche à l’étranger. Qu’estce qu’ils ont inventé ces petits
jeunes ? Le circuit des
bateaux de croisière à Miami !
Ils embarquent sur ces
bateaux et bossent comme
des dingues (15, 16 heures
par jour). Ils font 2 jobs sur le
bateau, le premier en fond de
cale où ils font de la
viennoiserie, et le second sur
le pont, parce que sur le pont
il y a les pourboires. Ils
gagnent très vite entre 30 000
et 35 000 F par mois. Leur
objectif est clair : faire très
rapidement ce que faisaient
leurs aînés après 25 ans de
boulot chez un patron,
accumuler un petit pécule qui
leur permette de s’installer à
leur compte. C’est le moi SA
poussé à son maximum.
L’un des responsables de cet
établissement me disait :
« Nouvelle évolution depuis
quelques mois, ils ne rentrent
même plus. Ils s’installent sur
place. » Essayez de discuter
de cela avec le groupe Accor,
par exemple, trouvez des
bouchers, des boulangers –
pâtissiers !
Vous devez connaître ces
choses
là.
Dès
qu'une
personne sent qu’elle a une
chose entre les mains, et
comme elle a le sentiment
que ça ne dure jamais très
longtemps…. Elle maximise à
court terme.
On est donc loin de la
fidélisation. Même si vous
passez un contrat avec eux à
l’embauche en disant : « Je
vous prends, je vous forme et
je vous donne d’autres
opportunités ».
On
sera
toujours dans un schéma de
balance, de négociations.
Ils ne comptent plus sur
nous pour faire carrière.
Vous pouvez espérer bien
entendu une chose, c’est
qu’ils posent leur sac. Parce
qu'il est évident qu'un jour, ils
poseront
leur
sac.
Le
problème c’est de savoir ce
qu'il va rester. Mais quelque
chose en restera.
C'est certain, ils ne bossent
pas comme des bêtes pour
vous. Cela veut dire en clair,
je bosse pendant le temps où
je suis là. J’arrive à 9H00 et à
18H00
je
m’en
vais.
Contrairement à la génération
précédente avec laquelle on
jouait sur le cœur, sur
l’affectif…
page 32
De la formation…
Réussir sa vie ou réussir dans la vie : les jeunes ont choisi !
…à la vie professionnelle
D'ailleurs ils se sont emparés
des 35 heures de façon
géniale : on bosse mais dans
un cadre qui est le contrat.
« Passer de l'envie
d'entreprendre
à
l'envie d'entreprise »
Quelques mots pour finir…
Il y a chez les jeunes quelque
chose d'extrêmement positif,
c'est ce besoin d’autonomie.
Ils
ont
une
envie
d’entreprendre, pas forcément
de
prendre
des
responsabilités à bord, mais
c’est normal à leur âge.
Malheureusement, ils ont
actuellement un grave déficit
d’affection sociétatiste global.
Leur affection sociétatiste,
c’est l’équipe, les bandes de
copain, le petit groupe… ce
n'est même pas le quartier qui
quelquefois est déjà à la limite
du territoire. Alors quand vous
leur parlez de la France, de
l’Europe, voyez l’entreprise en
général….
Le problème de fond pour
nous, c’est comment leur
apprendre la solidarité. Pour
vous,
entreprise,
c’est
comment passer de l’envie
d’entreprendre pour eux à
l’esprit d’entreprise, pour la
collectivité.
Ceci étant, quand même, soyons
très positifs car c’est une
génération qui en veut. C’est une
génération optimiste et :
Espérons que ce sera
fun !
Mais l’envie d’entreprendre, ils
l’ont. Nous l’illustrerons à
travers les citations de deux
rappeurs.
Negmaron : « Car j’en vois,
j’en entends trop qui pleurent
sur leur sort, mais mec, lèvestoi, bats-toi et n’attends l’aide
de personne. »
Stomy Bugsy : « Bouge pour
toi sinon qui le fera ? Baise la
vie sinon elle le fera ! Si t’as
pas compris, j’peux rien faire
pour toi ! »
page 33
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