Rachel Reupke - Espace Croisé

Rachel Reupke - Espace Croisé
Espace Croisé
centre d’art contemporain
Grand Place BP 40534 F-59059 Roubaix cedex 1
tél. 33 (0)3 20 66 46 93
espacecroise@espacecroise.com
www.espacecroise.com
Contacts presse:
Mo Gourmelon
gourmelon@espacecroise.com
33 (0)6 14 76 71 84
et Hélène Dantic
33 (0)3 20 66 46 93
dantic@espacecroise.com
Dossier de presse
Exposition
Rachel Reupke
24 Hour Fresh Air
3 février – 7 avril 2007
Vernissage vendredi 2 février 2007 à 19 h en présence de l’artiste
Rencontre avec la presse à 18 h
du mardi au samedi de 14 h à 18 h et sur rendez-vous pour les groupes
entrée libre
Rachel Reupke
24 Hour Fresh Air
Vernissage vendredi 2 février 2007 à 19 h en présence de l’artiste
Rencontre avec la presse à 18 h
du 3 février au 7 avril 2007
du mardi au samedi de 14 h à 18 h et sur rendez-vous pour les groupes
entrée libre
L’œuvre vidéo de Rachel Reupke se situe entre le cinéma, la photographie et la
peinture. Les paysages, construits de façon méticuleuse et résultant d’un
assemblage d’images tournées et de clichés statiques, dépeignent des scènes d’un
âge post-industriel. Les CGI (Computer Generated Images/ images de synthèse), la
publicité automobile, les westerns spaghetti, les webcams, les cartes postales,
Brueghel et Friedrich - autant de renvois aux décors et aux perspectives - sont
manipulés et perfectionnés jusqu’à l’hyper-réalité. Ce mélange délibéré de vérité
et de fiction (à la fois dans le style et le contenu) sert à explorer l’espace cognitif
entre la réalité du présent et les éventualités de demain.
Après une résidence à Pékin en 2006 et sous le titre global « 24 Hour Fresh Air »,
Rachel Reupke crée trois nouvelles œuvres pour l’Espace Croisé :
Now Wait for Last Year, 2007
Sans titre, 2007
24 Hour Fresh Air, 2007
Les termes du titre global « 24 Hour Fresh Air » sont empruntés aux amas de
matériaux d’un promoteur immobilier, un de ces milliers de panneaux publicitaires
qui s’imposent dans les rues de la ville. Ces annonces dépeignent le futur dans la
réalité actuelle de la ville au moyen d’encarts publicitaires illustrés, tout comme
les plans de la ville s’approprient la finalisation des projets de construction afin
d’en suivre le changement. La constante superposition visuelle du futur sur
l’existant donne l’impression que le temps est compressé et que demain pourrait
se télescoper avec aujourd’hui.
Rachel Reupke est née à Henley-on-Thames, en Angleterre en 1971 et vit et
travaille à Londres. Parmi ses récentes expositions retenons Une vision du monde,
La Maison Rouge, Paris ; Terra Infirma, Espai, centre d’Art Contemporain à
Castellón, Espagne et The Mind Is A Horse, (Part Two), Bloomberg Space à Londres.
Now Wait for Last Year
2007, Vidéo en boucle, 8min
Now Wait for Last Year a pour point de départ l’affiche d’un développeur de
Pékin. Hybride entre vision d’architecte et caméra de surveillance, les bâtiments
de la ville sont présentés les uns après les autres en autant de plans fixes à vue
unique, pour un résultat aussi monumental qu’irréel. Basées sur des photographies
et soumises à une postproduction visible, ces images peuvent difficilement être
associées à une époque ou un lieu. L’esthétisme du collage mêlé à la conception
incongrue de certaines des structures amènent l’observateur à se demander si ces
immeubles existent réellement dans le Pékin actuel, sont des projets destinés à de
futurs développements, ou appartiennent à l’imaginaire de l’artiste.
Untitled
2007, video en boucle, 4 min 50
Cette vidéo présente une vue célèbre du quartier Pudong de Shanghai depuis la
rive opposée du fleuve. Bien que la silhouette de la ville n’ait pas plus d’une
dizaine d’années et poursuive aujourd’hui encore son évolution, la scène exhale
une nostalgie propre aux illustrations de science-fiction du début du vingtième
siècle ainsi qu’un sentiment légèrement emprunté né de toute séance photo
classique. L’apparition dans l’angle de vue d’un remorqueur dont le pont arbore un
immense panneau publicitaire détourne l’attention du spectateur qui ne cesse
alors de contempler à tour de rôle le panorama de la ville et la présentation
cinématographique. Cette vidéo dans la vidéo présente un film d’information
publique concernant un projet immobilier. Le futur apparaît alors comme un
mélange de prémonition et de promotion qui se superpose à un présent déjà
irréel. 24 Hour Fresh Air
2007, video en boucle, 4 min 40
Le titre 24 Hour Fresh Air s’inspire d’un slogan publicitaire. L’œuvre présente
l’illustration du futur quartier résidentiel Wangjing de Pékin. Construite sur des
images de récupération glanés au hasard des divers panneaux et affiches croisés
dans la rue, cette vidéo, ou « présentation » pour être plus précis, semble
annoncer l’avènement d’une nouvelle société prometteuse riche de nombreux
choix de vie, telle une cité moderne étalant ses gratte-ciel, centres commerciaux
et espaces verts. Pourtant, cette vision idyllique vacille au fur et à mesure que la
langue perd de son impact, que les symboles deviennent illisibles et que
l’architecture demeure générique. Pour moitié enregistrement réel, pour moitié
artefact falsifié, 24 Hour Fresh Air s’empare de la rhétorique visuelle, tant
commerciale, officielle qu’utopique, qui définit notre avenir. Rachel Reupke
24 Hour Fresh Air
Mo Gourmelon : Vous définissez votre travail entre le film, la photographie et la
peinture. Que voulez-vous dire ? Quelles sont vos influences et réferences ?
Rachel Reupke : En un sens, cette œuvre est une véritable fusion entre vidéo et
photographie, associée à de nombreuses manipulations d’images, née d’un travail
somme toute très proche de la peinture. Tout ne se résume pas cependant à des
méthodes de production. Le travail en lui-même parle de cinéma et de la
photographie, notamment du cliché commercial par le biais de cartes postales, de
publicités, etc., sur lesquels la peinture a exercé de nombreuses influences au
cours de son histoire.
Je m’intéresse tout particulièrement aux premières réalisations
cinématographiques, aux films réalisés, par exemple par les frères Lumière, avant
l’avènement de l’édition et le développement des mouvements de caméra, quand
les scènes se résumaient à des plans simples, des paysages ou des panoramas. Je
suis fascinée par la contrainte qu’impose la création d’une œuvre complète au sein
d’une seule image, par la façon de raconter l’intégralité d’une action ou d’une
histoire dans ce seul et unique cadre. L’utilisation actuelle des effets spéciaux et
des illusions photographiques influencent également mon travail, car la sensation
d’être dupé reste l’un des plaisirs fondamentaux de l’homme, comme face à la
présentation d’un tour de cartes !
Les paysages font également partie intégrante de mon travail. Je pourrais donc
citer d’autres influences essentielles, tels que Bruegel ou encore Werner Herzog et
Alfred Hitchcock, qui ne limitaient pas la nature à une simple toile de fond mais lui
accordaient au contraire un véritable rôle de protagoniste. Je me sens également
très proche des préoccupations du romancier J.G Ballard quant à la technologie et
son impact sur les structures sociales.
MG : En 2006, vous avez passé plusieurs semaines à Pékin. Quelles furent les
circonstances de cette résidence. Aviez-vous des attentes ou des idées reçues sur
la Chine en general et Pékin en particulier ? Comment avez-vous approché cette
ville ?
RR : J’ai bénéficié d’une bourse de l’Arts Council, organisée par Gasworks, à
Londres, grâce à un financement Triangle Arts Trust. Pendant deux mois, j’ai eu à
ma disposition un atelier et un appartement, partagés avec une artiste chinoise,
Wang Xiaolu. Cela faisait longtemps que je nourrissais le désir de me rendre en
Chine, sans réellement savoir à quoi m’attendre là-bas. Je suis donc arrivée sans a
priori, sans projet spécifique quant à mon travail.
Pékin laisse une première impression vraiment marquante. Je n’étais pas préparée
à son immensité, la taille de son architecture, l’intensité du trafic ou la pollution.
Tout semblait décourageant, mais en même tant tellement exaltant. J’ai
commencé mon travail par une sorte de « balayage » rapide de la ville afin de
relever au cours de mes trajets en train ou en voiture les endroits potentiellement
intéressants à filmer, puis j’ai emprunté un vélo pour retourner dans ces lieux et
les explorer de manière plus poussée.
MG : Quel est le point de départ de 24 Hour Fresh Air ?
RR : À la première visite, on se sent forcément un peu dépassé par la multitude de
chantiers de construction de Pékin, surtout à l’heure des dernières préparations en
vue des Jeux Olympiques de 2008. Je me suis intéressée à la face publique de ce
développement : les expositions d’urbanisme, les maisons témoins, les panneaux
d’affichage, les illustrations de projets de construction et les slogans basés sur le
mode de vie croisés à tous les coins de rue. J’ai toujours eu un attrait particulier
pour la science-fiction, notamment par la possibilité de visualisation du futur.
Pékin représente à mes yeux cette réalité-là : une ville où chaque carrefour exhibe
son avenir en un dessin, une affiche ou une vidéo.
Entretien réalisé en janvier 2007
Rachel Reupke
Née 1971 en Grande Bretagne
Vit et travaille à Londres
Expositions (sélection)
2007 2006 2005 2004 2003 2002 2000 Espace Croisé, Roubaix
A Season in Hell, Danielle Arnaud Gallery, Londres/London
His life is full of miracles…, Site Gallery, Sheffield, Angleterre/England
Une vision du monde, la collection Lemaître, la Maison Rouge Fondation Antoine de
Galbert, Paris
Terra Infirma, Espai d’Art Contemporani de Castelló
Randonnée, Sonar, Museu d’Art Contemporani de Barcelone/Barcelona
The Mind Is A Horse, Part Two, Bloomberg Space, Londres/London
Biennale of Contemporary Art Prague 2005, National Gallery, Prague
Tour-isms, Fundació Antoni Tàpies, Barcelone/Barcelona
Hohe Berge, Tiefes Tal, Autocenter, Berlin
Once Seen, Oslo Central Station, Oslo ; Tromso Kunstforening, Tromso
Video Lisboa, Galeria Zé dos Bois, Portugal
After Nature, CCA, Glasgow, Écosse/Scotland
Moving-Places, Plymouth Arts Center, Angleterre/England
Artists’ Film & Video Programme, Site Gallery, Sheffield, A,gleterre/England
The Entangled Eye, Danielle Arnaud Gallery, London ; Gallery Speak For Tokyo
LUX Open 2003, Royal College of Art, Londres/London
Video Store, Foxy Productions, New York
Evolution 2002 : Process, Leeds City Art Gallery, Angleterre/England
Less is a bore, humans need more !, The Mission, Londres/London
The Poster Show, Cabinet Gallery, Londres/London
Projections (sélection)
2005 2004 2003 As If By Proxy, Redux, Londres/London
Vidéo et après, Centre Georges Pompidou, Paris
Ann Arbor Film Festival, Michigan, USA (Judge Emeritus Award)
International Film Festival Rotterdam, Pays-Bas/Netherlands
Moving Landscapes, Filmuseum, Vienna, Autriche/Austria
Seoul Film Festival, Corée/Korea
Cinematexas 9, USA (Special Jury Award)
Media City Festival, Ontario, Canada (Hounoury mention)
Viper Basel 2003, Suisse/Switzerland
15th Filmfest Dresden, Allemagne/Germany
International Film Festival Rotterdam, Pays-Bas/Netherlands
Récompenses
2004 2003 Tignes funded by London Artists’ Film and Video Award, Film London
Pico Mirador commissioned by DRU, The Media Centre, Huddersfield
Parc Naturel funded by Musée d’Art Moderne Grand-Duc, Luxembourg
Collection publique
Musée National d’Art Moderne, Centre Georges Pompidou, Paris
Rendez-vous
JOHAN BERARD
TIMER
15 février – 10 mars 2007
vernissage mercredi 14 mars 07 à 19 h
Le Timer, 2005 est une animation qui décompose une heure de temps de travail.
Les chiffres de ce « chronomètre » sont représentés par des bureaux disposés en
« open space » (plateau de travail en espace ouvert) et vus en plongée verticale.
Lorsque l’animation est activée, une dialectique espace-temps s’élabore en direct
sous nos yeux. En effet, la représentation du temps et de l’espace ici ne fait
qu’un. Cette animation est soumise à trois régimes de fonctionnements différents
(minutes, secondes, centièmes de secondes) et correspond à trois niveaux
hiérarchiques dans l’entreprise. Par exemple, les femmes de ménage balayent au
rythme des centièmes de secondes, alors que le cadre supérieur dispose d’un
espace plus vaste et travaille à la vitesse d’une action par minute. Trois temps de
lectures donc, où apparaissent et disparaissent ces espaces-temps (les bureaux) qui
d’une certaine manière montrent les exigences de rendement et de flexibilité
dictées par le monde du travail contemporain.
Johan Bérard est né en 1977 à Istres. Ancien étudiant du Fresnoy, il vit à Lille.
Johan Bérard
Logiques combinatoires
Mo Gourmelon : La série photographique Mesure de l’angle du Mistral 2003 est
régulée par des coordonnées numériques : latitude, longitude, angle d’inclinaison.
L’effet de ce vent est enregistré selon une précision mathématique. Comment
s’articule cette série ? Est-elle close ?
Johan Bérard : J’ai débuté cette série en 2003, elle compte actuellement une
vingtaine de photographies. Lorsque je pars photographier des arbres, je ne sais
pas à l’avance lesquels je vais choisir, c’est au bout de plusieurs repérages que je
me décide, le choix d’un arbre est très subjectif et souvent proche du coup de
cœur. C’est la même chose pour articuler ce travail. L’ajout ou la soustraction
d’un arbre conditionne le choix ou non des autres.
Cette série reste donc ouverte, mais en bon Marseillais, je dirai que, comme je ne
vais pas faire trente-six fois la même chose, j’arrêterai cette série à trente-cinq.
Ce qui est suffisant pour couvrir convenablement le territoire des Bouches-duRhône.
MG : Pourquoi avoir choisi d’utiliser le noir et blanc ? Cette décision va-t-elle dans
le sens d’un relevé ? Quelle est leur dimension ?
JB : Le noir et blanc vient appuyer l’approche « objective » de la photographie.
«Aujourd’hui encore», déclarait Hilla Becher en 1989, « il me semble que la force
spécifique de la photographie repose dans la reproduction intégralement réaliste
du monde ». Dans Mesure de l’angle du Mistral (80 x 60 cm), j’utilise un fauxsemblant de la méthode de travail des Becher. De plus l’approche réaliste est
redoublée par l’ajout des coordonnées spatiales de l’objet photographié, mais le
propos est diamétralement opposé, du fait que la photographie ici est incapable de
montrer le sujet lui-même (le vent) et ne peut reproduire que l’inscription de ce
dernier dans le réel (les arbres inclinés). Le vrai sujet est donc absent de la photo,
ce travail s’inscrit dans une démarche post Becher.
« Les photographies restent naturellement des reproductions, cependant ce n’est
plus la réalité qui est représentée mais les images que nous connaissons de cette
réalité ». Thomas Ruff (lui-même ancien élève des Becher).
MG : Je comprends cette allusion aux Becher dès qu’il s’agit de séries
photographiques noir et blanc. Cependant, les Becher travaillent dans le sens d’un
recensement d’architectures en voie de disparition. Une collecte pour la
préservation d’une mémoire menacée. Mesure de l’angle du Mistral, enregistre des
arbres inclinés, certes, mais non menacés. Il s’applique davantage à l’art du
paysage me semble-t-il et avec un certain humour.
JB : Oui tout à fait, mais le vrai sujet est le Mistral et cet élément est
représentatif d’une identité culturelle locale. Je considère donc qu’à travers cette
série, je travaille aussi à la collecte d’une mémoire collective. Elle n’est pas
directement menacée, mais se construit à partir d’un référent impalpable (dans le
Sud on parle beaucoup dans le vent). Les seules traces visibles qui en résultent
sont des arbres à l’apparence bancale. Cette série est donc doublement
représentative d’une identité culturelle, en proie à l’auto-dérision.
MG : Habillage rural concerne un autre projet avec des arbres, le long d’une allée
de platane cette fois…
JB : Dans Habillage rural, 2003 un tissu camouflage est appliqué sur des platanes,
les motifs et coloris de ces tissus sont exactement les mêmes que ceux des arbres.
Le camouflage ici est réduit à son concept et répond à une problématique, c’est-àdire la dangerosité de ces arbres le long des routes. En effet en les faisant
disparaître du paysage ; le problème disparaît avec eux. Qui plus est ce tissu vient
signifier l’origine militaire des platanes, ils ont été importés des Amériques sous
Napoléon afin que ses armées puissent marcher à l’ombre.
MG : Leur disparition est une vue de l’esprit… Vous introduisez un effet camouflage
qui ne camoufle pas… ! Ce type d’intervention est-il applicable à quelque chose
d’autre dans l’espace public ?
JB : Je ne sais pas, je n’y ai jamais pensé, peut être parce que “habillage rural” a
la particularité d’être à la lisière entre l’espace public et un espace naturel.
MG : C’est toujours avec ironie que vous abordez le monde du travail sous la forme
d’une animation Timer, 2005. La distribution de l’espace, le temps du travail, sa
cadence, qui semblent ainsi interchangeables, sont à décrypter. On ressent une
forme de mécanique implacable, sauvée de l’aliénation par les permutations
possibles. Pourquoi avoir choisi cette forme si ludique ? Et comment passez-vous
d’un travail à l’autre ?
JB : C’est à partir du film PlayTime de Jacques Tati que j’ai commencé à réfléchir
de manière formelle sur ce projet. C’est même une scène en particulier (celle où
Tati surplombe des allées de bureaux) qui a été l’élément moteur. En effet en
voyant cette scène, j’ai eu l’envie de créer une composition photographique avec
le bureau comme motif qui obéirait à un système d’organisation rationnel, quasi
mathématique. À l’époque, je m’intéressais beaucoup aux écrivains de l’Oulipo et
en particulier à Perec qui avait utilisé une logique combinatoire appelée carrébilatin, pour composer son roman « La vie mode d’emploi ». Immédiatement, le
lien entre Tati et Perec fut une évidence. Je décidai donc d’utiliser le principe
combinatoire de Perec, mais cette fois appliqué à l’image.
Le choix du point de vue (en plongée verticale) est venu dès le départ, il permet
de rendre tous les bureaux visibles à la manière d’un Panopticum et place le
spectateur dans une position « omnipotente » par rapport à l’œuvre. Ce principe
est aussi renforcé par le fait de présenter les photographies sur des caissons au sol.
A l’époque je travaillais sur les bureaux à partir de leur forme originelle ; c’est-àdire un carré vu du dessus. Une fois mes compositions terminées, (trois
photographies représentant chacune l’agencement de quarante neuf bureaux dans
un plan orthogonal), je trouvais que cette vision de la modernité était en
adéquation avec l’époque de Tati mais qu’elle devenait en partie obsolète pour la
nôtre. De là je réfléchis à poursuivre ce travail et à lui donner une nouvelle forme
plus contemporaine.
Les exigences contemporaines du monde du travail à savoir : la rentabilité, la
flexibilité, le flux tendu… sont les signes d’une société en perpétuelle mouvement
où règne la dictature du chiffre. Tout peut se traduire en chiffre même les
espaces, et en particulier les bureaux. Ces derniers prennent donc la forme de
chiffres et s’activent dans un mouvement perpétuel. Le Timer n’a pas de réelle
application (ce n’est pas une horloge). Il rend compte d’un espace à travers le
défilement du temps (une heure de temps de travail) en circuit fermé.
Chaque nouveau projet est la résultante d’une idée de départ que j’étoffe et
développe par la suite, certaines idées se recoupent sous différentes formes, alors
que d’autres n’ont absolument rien à voir. Ce dernier aspect est à mon sens le plus
intéressant, œuvrer dans des domaines complètement nouveaux et par là même
pouvoir se surprendre.
MG : Vous me donnez là une excellente transition pour aborder ce tout nouveau
projet Shadow dancing, 2007 dans lequel vous filmez un gabber seul captivé par
son rite. Êtes-vous familier de ce genre de musique et sinon comment avez-vous
percé ce milieu ? Quel est votre parti dans ce film ?
JB : Je connaissais les productions de Thunderdom et Bonzai records que j’écoutais
lorsque j’avais 16/17 ans. À l’époque je vivais à Lyon et n’avais pas connaissance
de l’origine de cette musique. En arrivant dans le Nord (10 ans plus tard), j’ai
redécouvert par hasard cette musique lors d’une soirée. J’ai eu beaucoup de
chance, car en dix ans le mouvement Gabber a été largement récupéré par des
sympathisants d’extrême droite, mais malgré cela une partie du mouvement
continue de faire des soirées avec une orientation antifasciste affichée.
Il est paradoxal de voir cela lorsque l’on connaît l’origine du mouvement Gabber,
au départ ouvert à tous les « potes ».
Lors de cette soirée, la musique produisait sur moi un effet « petite Madeleine »,
pour la première fois je pouvais voir cette musique.
J’ai été médusé par la technique des Gabbers. Il m’apparaissait que les différents
danseurs que j’observais avaient dû s’entraîner de longues heures pour réaliser des
gestes aussi précis et vifs. C’est cet aspect, c’est-à-dire des techniques de danses
spécifiques, que j’ai tenté de mettre en avant dans Shadow Dancing. J’ai filmé
suivant trois valeurs de cadre depuis un point de vue frontal et fixe, ces éléments
viennent souligner une approche « objective »/« documentaire » dans laquelle le
jeu de jambes a une place prépondérante dans le corpus technique du Gabber. Les
moments d’attente entre « les montées » sont visibles aussi, montrant ainsi le
danseur dans la préparation, puis l’exécution d’une partition gestuelle.
Entretien réalisé en janvier 2007
Johan Bérard
Né à Istres en 1977
Vit et travaille à Lille et Paris
Formation
2004 – 2006
2001 – 2003
1998 – 2001
Le Fresnoy, Studio national des arts contemporains, Tourcoing.
DNSEP, Ecole Nationale Supérieure d’Arts de Bourges
DNAP, Ecole des Beaux-Arts d’Avignon
Expositions collectives / group exhibitions
2006
2005
2004
2003
2002
Festival Temps d’image, La ferme du buisson, Marne-la-Vallée
PANORAMA 7, Le Fresnoy, Tourcoing
Présentation du film Orcaille, La Maison Rouge, Paris
P 2005 (Anyang Public Art Project), Séoul
PANORAMA 6, Le Fresnoy, Tourcoing
Mots d’ordre, mots de passe, Fondation d’Entreprise Ricard, Paris
Split, galerie Glassbox, Paris
Première, Centre d’art Contemporain, Meymac
Playground, galerie des beaux arts, Tours
Le temps d’un week-end, Le transpalette, Bourges
Bibliographie / bibliography
2007
2006
2005
“Logiques combinatoires”, entretien avec Mo Gourmelon à paraître.
“100 raisons d’être optimiste en 2006”, couverture Le Monde 2
n°100, Paris, décembre 2005
“Notre meilleur monde”, Panorama 7, Le Fresnoy, Tourcoing
“Casting Stories”, Panorama 6, Le Fresnoy, Tourcoing
Presse (sélection) / press (selection)
2006
2005
Guillaume Leingre, « Le petit oiseau va sortir», Particules n°17,
Paris, décembre
Philippe Dagen, « Dénonciation d’une société de l’aliénation», Le
Monde, Paris, juin
Manou Farine, « Densité +++», L’oeil, Paris, juin
Résidence / residency
2005
Munchstrasse, réseau l’age d’or, Berlin (Septembre/Octobre)
IDEAL #09
13 – 31 march 07
Nous avons aimé ces films avec une totale subjectivité sans chercher de liens
entre eux. Une diversité d’univers à explorer.
Sabine Gruffat & Ben Russell
Michoacan : La Muerta, 2006, 8 mn
Folklore de fortune pour un monde incertain. Tourné dans l’Etat mexicain du
Michoacan et construit en utilisant les mêmes techniques que celles
employés pour le jeu de société des Surréalistes, « le cadavre exquis », cette
vidéo présente un miroir vers l’invisible, et renvoie au quotidien encore et
toujours. Le film traite du « tourisme » dans tous les sens du terme : la
fascination et la peur de l’étrange/de l’autre, le besoin obsessionnel de se
renseigner et d’enregistrer les expériences, et les effets déstabilisants des
environnements étrangers sur l’identité. Personnages réels et imaginaires
peuplent cette œuvre, et leurs rôles sont continuellement inversés, de telle
sorte qu’il est difficile pour le spectateur de décider lequel est réel et lequel
imaginaire. SG & BR
Alice Anderson
Souffler n’est pas jouer, 2005, 14 mn
Ce conte est l’histoire d’une métamorphose qui vise à regagner l’amour du
père. Il est question ici du lien père - fille - mère - qui se distend et se
déforme à la fin de l’enfance. Un lien qui dans tous les cas, est fatal à leur
relation originelle. AA
Raphaël Zarka
Rooler Gab, 2004, 7 mn
Raphaël Zarka s’attache aux signes d’urbanité où la nature reprend ses droits.
Après un parcours de glisse sur le rail de l’Aérotrain (le Pentacycle), l’artiste
découvre un nouveau projet avorté. Nous suivons le périple d’un chien filmé
avec une grande maîtrise de traversées des plans. Cependant, à chaque détour,
la caméra au fil de cette descente semble vouloir nous révéler autre chose. Les
vestiges d’un étrange skatepark à l’abandon sont le véritable sujet du film. On
remontait ce projet utopique, accroché à la garrigue, à l’aide d’un remontepente. Ce circuit ondulé modulait les inconciliables : la nature et les signes
d’urbanités. Son concepteur lui-même considère qu’il fut inventé trop tôt.
Paco Joya
X point, 2006, 8 mn
X Point est la lecture de la vie d’un adolescent dépeint avec ses propres mots.
Il révèle des secrets et des expériences vécues sous la forme d’une confession.
Cette vidéo-là tourne autour de l’idée d’un individu en lutte avec les valeurs de
la société dans laquelle il vit, mais elle a été montée de façon à pouvoir être
interprétée de différentes manières. Les images dépeignent un monde presque
fantasmatique ; mais sont-elles réelles ou imaginaires ? Cette vidéo a été
tournée à l’aide de téléphones portables, ce qui donne à l’image son caractère
spécifique. PJ
Sabine Gruffat & Ben Russel
Michoacan : El Traidor, 2006, 8 mn
Cette vidéo est divisée en deux parties. Toutes deux de Michoadan : La Muerta
et Michoadan. El Traidor devrait être projeté lors du même programme,
idéalement entrecoupé par d’autres courts métrages. SG & BR
Federico Solmi
King Kong and The End Of The World, 2005, 4 mn 28
Cette vidéo a été réalisée en collaboration avec l’artiste 3D Russell Lowe qui
réside en Nouvelle Zélande. Elle utilise plusieurs icônes de la culture de
masse : les marques commerciales, les grands symboles culturels tel le Musée
Guggenheim, mêlés à divers accessoires et attrezzos, peuplent son œuvre : la
monstruosité du phallus, l’hypertrophie élevée au rang de fétichisme comme
chez d’autres outsiders, tel l’illustrateur décadent Berdsley ou le dessinateur
Nazario. Il est facile d’en déduire que King Kong joue le rôle de l’alter ego de
l’artiste, qui reconnaît volontiers la profonde influence de sa vie à New York
sur son œuvre. King Kong, assiégé et piégé par le prisme urbain, perd la tête et
détruit même ce qu’il aime ( la Galerie Gagosian) jusqu’à ce qu’il soit abattu. La
fureur et l’impuissance, ressenties au contact d’une société malsaine et vorace,
pousse l’artiste à le récompenser en représentant la ville sous une pluie
d’urine… Le travail de Solmi est rafraîchissant et exprime par le fantasque le
sentiment d’impuissance face à la névrose du prisme urbain.
Jean Charles Hue
Quoi de neuf docteur? 2003, 8 mn 30
Michto production
Maurice est un jeune voyageur (Yénniche/Gitan). Il aime chahuter ses nièces et
Chiara, la chienne Pitbull. Maurice craint les motards de la police car il conduit
sans permis et a une peur bleue des monstres verts… Il aime aussi braconner
les lapins la nuit, mais surtout, Maurice aime la vie et elle le lui rend bien. JCH
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