PRIX DE THÈSE DE LA SOCIÉTÉ DE PHARMACIE DE BORDEAUX

PRIX DE THÈSE DE LA SOCIÉTÉ DE PHARMACIE DE BORDEAUX
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Bull. Soc. Pharm. Bordeaux, 2002, 141, 167-180
PRIX DE THÈSE
DE LA SOCIÉTÉ DE PHARMACIE DE
BORDEAUX
Le jeudi 3 octobre 2002 a eu lieu l’audition orale des
candidats au “Prix de Thèse de la Société de Pharmacie de
Bordeaux“(*). Parmi les thèses de Doctorat d'État en Pharmacie
soutenues à l'Université Victor Segalen Bordeaux 2, six
mémoires ont été retenus par le jury. Les présentations orales
ont toutes été brillantes. Après délibération, la récompense a
été attribuée à Monsieur Christophe GAUTIER pour son travail
intitulé "Nouvelles exigences liées à la désinfection des
endoscopes souples non autoclavables“ (thèse dirigée par le Dr.
Jean-Claude LABADIE et présidée par le Professeur MarieClaude SAUX). Un chèque d'un montant de 750 euros a été remis
à Monsieur GAUTIER par le Professeur Étienne JOUZIER,
Président de la Société de Pharmacie de Bordeaux et Catherine
CHÈZE, secrétaire générale. Nous adressons au lauréat nos plus
vives félicitations. On trouvera ci-après les résumés des thèses
des différents candidats.
• Christophe GAUTIER ∗ — Nouvelles exigences
désinfection des endoscopes souples non autoclavables
liées
à
la
L'endoscopie utilisée aussi bien à des fins diagnostiques que
thérapeutiques est en constant essor. L'incidence des cas de transmission
d'infection nosocomiale lors de cette activité est faible, mais imparfaitement
évaluée. La bonne pratique des protocoles de désinfection est un élément
essentiel de la prévention du risque infectieux en endoscopie.
(*)
∗
Cf. les procès verbaux des réunions de la Société de Pharmacie de Bordeaux dans ce
même Bulletin, p. 197
CCLIN Sud-Ouest, Centre Hospitalier Pellegrin, Bâtiment de dermatologie,
Place Amélie Raba-Léon, 33076 Bordeaux
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Ces protocoles s'appuyaient jusqu'alors sur les recommandations
exposées dans la circulaire DGS/DH n°236 du 2 avril 1996 qui réglemente la
procédure de désinfection des endoscopes souples ou rigides non
stérilisables.
En mars 2001, l'interprétation de la circulaire DGS/DH n°138 "relative
aux précautions à observer lors des soins en vue de réduire les risques de
transmission d'agents transmissibles non conventionnels" (ATNC) impose de
reconsidérer les définitions de patients, de tissus et d'actes à risque vis-à-vis
du nouveau variant de la maladie de Creutzfeldt - Jakob (nvMCJ). Il en
résulte que l'endoscopie haute et basse, qu'elle soit interventionnelle ou
uniquement diagnostique, est désormais considérée comme une activité à
risque vis-à-vis du nvMCJ.
Les procédures de traitement vont donc désormais devoir être
renforcées. Dans un premier temps, l'accent devra être porté sur l'étape de
prédésinfection, avec l'instauration d'un double nettoyage. Dans un second
temps, il faudra reconsidérer le choix des produits désinfectants utilisés. En
effet, le glutaraldéhyde à 2 %, qui était jusqu'à présent le produit de
référence, présente des problèmes de tolérance vis-à-vis du personnel médical
qui le manipule, est susceptible de fixer les protéines prions et devra être
remplacé par un produit désinfectant du groupe II selon la circulaire n°138.
La première partie de ce travail présente donc le cadre réglementaire
actuel de la désinfection des endoscopes souples non autoclavables.
Une deuxième partie traite des modifications attendues au niveau des
procédures de désinfection, au regard des dernières recommandations
concernant la prise en charge des agents transmissibles non conventionnels.
La dernière partie détaille une étude bactériologique quantitative et
qualitative conduite en 2000 conjointement par les services d’hygiène
hospitalière et de gastro-entérologie du CHU de Bordeaux. Celle-ci a permis
d’évaluer l’efficacité des produits utilisés au cours de la désinfection des
endoscopes et notamment l’activité d’un désinfectant à base d’acide
peracétique répondant aux exigences des nouvelles recommandations.
La révision des protocoles existants constitue une étape supplémentaire
dans la maîtrise de la qualité des soins et la prévention des infections
nosocomiales liées aux bactéries, virus, voire ATNC. Cette démarche
nécessitera une formation spécifique du personnel, une traçabilité des actes
réalisés, ainsi qu'une évaluation et un contrôle régulier des pratiques au sein
des services impliqués.
Directeur de thèse : Dr. Jean-Claude LABADIE
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• Cassandrine SOULARD — Mise au point du dosage plasmatique de
la capsaïcine par chromatographie liquide haute performance / détection
électrochimique après instillation intra-vésicale chez l’Homme
La capsaïcine, principe piquant des piments du genre Capsicum, est une
molécule en plein développement, au cœur des recherches actuelles en
pharmacologie.
Son action au niveau des neurones sensoriels primaires se manifeste, en
fonction de la concentration, tout d’abord par une phase d’excitation suivie
d’une désensibilisation puis d’un effet neurotoxique. Ces effets sont médiés
par la présence d’un récepteur dit vanilloïde, présent tout le long du névraxe et
au niveau de divers tissus périphériques.
Les propriétés pharmacologiques de la capsaïcine sont à l’origine
d’applications thérapeutiques diverses, connues pour certaines depuis bien
longtemps, comme l’analgésie, ou découvertes plus récemment, et c’est le cas
de l’utilisation en urologie. Si les travaux axés sur le traitement de la douleur
ne sont pas encore matures au niveau de l'investigation clinique, l'utilisation
thérapeutique de la capsaïcine pour le traitement des troubles vésicosphinctériens semble bien avancée.
Les traitements actuels, basés sur l'utilisation des atropiniques, ne sont,
en effet, pas toujours efficaces. En cas d'échappement, ils ne diminuent que
faiblement le handicap social des malades (impériosités mictionnelles et fuites
urinaires jusqu'à plus de vingt fois par jour). Ils génèrent de plus des effets
secondaires entraînant l'interruption du traitement dans 20 à 40 % des cas.
La capsaïcine s’est révélée pour sa part efficace en instillation intravésicale directe dans le traitement de l’hyperactivité vésicale d’origine
neurologique. Les maladies susceptibles de bénéficier de la thérapeutique
d'instillation vésicale de capsaïcine peuvent être classées dans plusieurs
cadres nosologiques : scléroses en plaques, paraplégies traumatiques,
myélopathies médicales… Leur population n'est donc pas négligeable et
représente plusieurs dizaines de milliers d'individus en Europe. Cependant,
cette thérapeutique est encore en phase d’essai et nécessiterait une évaluation
de l’efficacité et de la tolérance à plus long terme.
Parallèlement aux études cliniques sur la capsaïcine menées au Centre
Hospitalier Universitaire de Bordeaux dans le service de Rééducation
Fonctionnelle du Professeur Barat, la mise au point d'un dosage plasmatique
très sensible a été réalisé à la Pharmacie de l'Hôpital, afin de mettre en
évidence un éventuel passage systémique de la molécule après instillation
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vésicale. En effet, si la muqueuse vésicale saine constitue a priori une
barrière imperméable à la plupart des molécules, il faut tenir compte du fait
que les patients traités dans le cadre de ces essais cliniques peuvent présenter
un terrain particulier de "vessie neurologique" susceptible de modifier
l'étanchéité de la barrière vésicale.
La nécessité de pouvoir atteindre des seuils très bas de détection et de
quantification de la molécule a motivé le choix du couplage chromatographie
liquide haute performance / détection électrochimique.
Une fois la méthode de dosage mise au point et validée, plusieurs
dosages ont été réalisés sur des plasmas de patients prélevés 45 minutes après
la fin de la vidange vésicale. Sans toutefois conclure à l'absence totale de
passage systémique, il semblerait que l'action de la capsaïcine reste localisée
au niveau de la muqueuse vésicale.
Afin de compléter ces résultats préliminaires, le dosage systématique de
la molécule dans le plasma des sujets traités, à différents temps après
instillation, devrait être envisagé. D'autre part, l'utilisation de méthodes de
détection encore plus sensibles, comme la fluorescence ou la spectrométrie de
masse, ainsi que l'élargissement des indications pourraient apporter des
arguments supplémentaires qui permettraient peut-être de confirmer l'absence
de passage systémique et d'éliminer ainsi tout risque de toxicité générale lié à
la présence de métabolites mutagènes et / ou cancérogènes éventuels de la
capsaïcine.
Même si la consommation orale régulière de piment a été suspectée
d'augmenter l'incidence du cancer de l'estomac, les résultats divergent et ce
risque n'a pu être affirmé avec certitude.
Dans le cadre de l'utilisation intra-vésicale de la caspsaïcine, le risque
semble limité par le fait que l'administration a lieu de manière ponctuelle,
l'intervalle entre deux instillations étant souvent de plusieurs mois. De plus,
les dosages plasmatiques préliminaires par CLHP / détection électrochimique
n'ont pas mis en évidence de capsaïcine dans le sang et les études
histologiques sur la muqueuse vésicale avant et après instillation ne montrent
aucune altération spécifiquement liée à la capsaïcine.
Son indication semble donc justifiée, du moins dans les cas
d'hyperactivités vésicales d'origine neurologique, les effets secondaires
observés étant relativement négligeables par rapport au bénéfice obtenu.
Directeur de thèse : Dr. Jean-Pierre DOSQUE
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• Clarisse BAVOUX — Cancer et mécanismes de réparation de
l’ADN : Approche expérimentale par l’étude de partenaires protéiques de
Rad 51, protéine de la réparation par recombinaison homologue
Les cancers ont des origines multifactorielles. Leur développement est
influencé par des facteurs à la fois environnementaux et génétiques. Les
facteurs environnementaux augmentant le risque de cancer sont très divers.
On les retrouve dans le milieu professionnel, dans l’atmosphère, dans
l’alimentation. Des défauts génétiques associés au cancer sont de mieux en
mieux compris. Un large champ de la recherche s’intéresse à l’identification
des bases moléculaires de l’apparition du cancer. Certains gènes, déficients
dans des cellules cancéreuses, sont porteurs de mutations. Ces mutations,
modifications de la séquence de l’ADN, proviennent d’erreurs de réplication
ou de lésions non réparées.
Les lésions peuvent survenir spontanément dans la cellule ; ce sont des
oxydations, des désaminations, elles modifient des groupements chimiques
des bases de l’ADN. Elles peuvent être la conséquence de lésions non
réparées de l’ADN, dues à des agents physiques (les UV) et chimiques (très
nombreux comme le benzène ou les HAP, hydrocarbures aromatiques
polycycliques). De nombreux médicaments anticancéreux ont également pour
cible l’ADN.
Les lésions sont normalement prises en charge dans la cellule par
plusieurs systèmes de réparation des lésions, adaptés à différentes lésions.
Un mésapparariement concerne une paire de bases qui ne respecte pas
l’appariement normal entre A et T, C et G ; il peut y avoir aussi une insertion
ou une délétion de plusieurs bases dans la séquence. Ces erreurs sont évitées
par le système de réparation des mésappariements (MMR ou mismatch
repair). Les modifications d’une base comme les oxydations, certaines
alkylations, les sites apuriques / apyrimidiques, sont corrigées par le système
de réparation par excision de base (BER ou base excision repair). Des lésions
plus encombrantes créées par des adduits volumineux sont prises en charge
de façon assez similaire par le système de réparation par excision de
nucléotides (NER ou nucleotide excision repair). On peut schématiser le mode
d‘action de ces trois mécanismes de la façon suivante : la lésion est reconnue,
le brin d’ADN est excisé de part et d’autre de la lésion et une synthèse d’un
nouveau fragment d’ADN correct est réalisée à partir du modèle du brin non
lésé.
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Certains agents chimiques, et d’autres physiques, sont capables de
créer des cassures double brin de l’ADN. Cette lésion, très dangereuse pour
la cellule, est réparée par deux systèmes : la jonction non homologue des
extrémités (NHEJ ou non homologous end-joining) et la réparation par
recombinaison homologue (RRH), qui permet de reconstituer la séquence
correcte à partir de la chromatide-sœur.
Des défauts dans certains de ces mécanismes de réparation sont
associés à des pathologies prédisposant au cancer. D’autres sont moins bien
décrits et font l’objet de recherches importantes.
C’est au dernier des mécanismes cités que nous nous sommes
intéressés, et en particulier à la protéine centrale de ce système : Rad51. Ce
mécanisme est très conservé de la bactérie à l’homme, jouant un rôle dans la
réparation des cassures double brin de l’ADN, la réparation post-réplicative et
la réparation d’agents pontant l’ADN. La protéine Rad51 est essentielle à la
RRH chez les Eucaryotes supérieurs ; elle catalyse l’échange de brins entre
séquences homologues d’ADN grâce à des co-facteurs encore mal connus.
Des protéines impliquées dans la surveillance de l’intégrité du génome
participent à ce mécanisme.
Nous nous sommes donc intéressés au complexe qui pourrait être
formé autour de Rad51 au cours de la RRH. Dans ce but, nous avons tout
d’abord vérifié la localisation de Rad51 dans le cytoplasme et le noyau de
cellules humaines, puis réalisé des immunoprécipitations avec des anticorps
dressés contre Rad51 et analysé le complexe précipité. Nous n’avons pas pu
confirmer la présence dans le complexe de certaines protéines dont
l’interaction avec Rad51 était connue in vitro. En couplant les
immunoprécipitations à une analyse en spectrométrie de masse, nous avons
identifié deux protéines dont les interactions avec Rad51 sont induites par les
UV et le MMS (Méthyl Méthane Sulfonate) : l’épiplakine et IFP35, qui
restent à confirmer. Nous avons tenté d’étudier le complexe de recombinaison
par électrophorèse bi-dimensionnelle, qui nécessite encore une mise au point.
L’amélioration de cette technique devrait fournir des renseignements sur
l’évolution du complexe au cours du temps ou en fonction de l’agent toxique.
Directeur de thèse : Dr. Martine DEFAIS
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• Cécile
BOUTELOUP-MARCU
environnement et thérapeutique
—
Douleur
du
cancer :
En France, plus de 200 000 nouveaux cas de cancer sont diagnostiqués
chaque année, et plus de la moitié de ces malades souffrent de douleur à un
moment ou à un autre de la maladie. Pour un patient cancéreux algique, la
douleur est ressentie comme une seconde maladie à combattre. La douleur
chronique du cancer a des retentissements psychologiques profonds pour le
malade, mais aussi pour son entourage.
Le patient pense que souffrir fait partie du processus « normal » du
cancer et souffre souvent en silence. Le médecin ne se préoccupe pas
systématiquement de la plainte de son patient.
De ce fait, le soulagement de la douleur a longtemps été incomplet,
voire ignoré et n’a pas constitué une priorité pour les professionnels de santé.
Par ailleurs, la perception de la douleur est subjective et individuelle.
En 1998, Monsieur Bernard Kouchner, alors secrétaire d’État à la
Santé, met en place un plan gouvernemental de lutte contre la douleur sur trois
ans, avec pour slogan « La douleur ne doit plus être une fatalité, refusonsla ». Ce plan sollicite l’ensemble des acteurs de santé : professionnels,
associations de patients, public.
Il s’articule autour de quatre axes :
- La prise en compte de la demande du malade
Afin que le patient exprime plus facilement l’intensité de sa douleur, des
réglettes d’évaluation de la douleur, dites EVA (Échelle de Visualisation
Analogique), ont été largement distribuées. L’utilisation d’échelles ou de tests
permettant de qualifier la douleur et son impact sur la qualité de vie s’est
davantage systématisée.
À son entrée à l’hôpital, un carnet douleur est remis au patient, pour
une meilleure information sur l’évaluation et les moyens mis à sa disposition
pour soulager sa douleur. La satisfaction du malade est demandée à sa sortie
de l’établissement.
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Afin de répondre aux besoins du malade, les modalités de prescription
des antalgiques morphiniques, dits de palier III, ont été simplifiées en
remplaçant le carnet à souche par une ordonnance sécurisée. Concernant la
durée de prescription, la règle des 7, 14 et 28 jours a été inversée :
l’exception est passée de 28 jours à 7 et 14 jours.
- Le développement de structures et de réseaux de soins
Un guide méthodologique est diffusé dans les établissements de santé
permettant d’appréhender la prise en charge de la douleur sous ses différents
aspects. Les contrats objectifs-moyens passés entre les établissements et les
ARH (Agences Régionales d’Hospitalisation) comportent des indicateurs de
qualité de prise en charge de la douleur. Évaluer et traiter la douleur ne pourra
que s’améliorer.
- Le développement de la formation et de l’information des
professionnels de santé sur l’évaluation et le traitement de la douleur
La formation des étudiants au cours des 2 e et 3 e cycle d’étude de
médecine est valorisée. Les professionnels de santé, spécialistes de la
douleur, infirmiers, médecins généralistes, confortent leur connaissance de la
douleur dans le cadre de la formation médicale continue.
- L’information du public
Des campagnes publicitaires et d’information sont prévues par le plan
anti-douleur. La liste des centres anti-douleur est diffusée sur Minitel et
Internet. Plusieurs sites Internet ouverts au public ont été mis en place.
L’amélioration de la prise en charge médicamenteuse de la douleur
passe aussi par le progrès scientifique, la découverte de nouvelles molécules,
de nouveaux traitements moins invasifs, avec moins d’effets secondaires.
La morphine est reconnue comme l’antalgique majeur de référence dans
le traitement des douleurs modérées à très sévères.
En 1997, le laboratoire Janssen-Cilag obtient l’AMM pour une voie
originale d’administration de fentanyl : un dispositif transdermique,
Durogesic®, premier antalgique majeur présenté sous forme de dispositif
transdermique. Quatre dosages sont actuellement commercialisés 25, 50, 75
et 100 µg/h.
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Durogesic®, indiqué dans le traitement des douleurs chroniques,
stables, d’origine cancéreuse, constitue une alternative thérapeutique majeure
à l’utilisation de morphine. Il se prescrit d’emblée, en relais d’un antalgique
de palier II ou en substitution d’un morphinique à libération prolongée. Le
port d’un seul dispositif permet une délivrance continue de principe actif
pendant 72 heures.
En comparaison avec la morphine, on observe une diminution des
effets indésirables digestifs, notamment la constipation, les nausées et les
vomissements, et une amélioration de la vigilance diurne. Les cas de
dépendance et de tolérance sont très rares chez les patients algiques. Les
études cliniques ont montré une amélioration de la qualité de vie des patients
et de leur entourage. Du fait du renouvellement du patch tous les 3 jours, la
tâche du personnel soignant est facilitée.
Sur le marché des antalgiques de palier III, Durogesic® occupe environ
30 %, le leader étant Skénan® avec plus de 50 % de part de marché. Depuis
son lancement en 1998, les ventes de Durogesic® sont en progression
constante.
Aujourd’hui, les chiffres de ventes des antalgiques et le bilan officiel du
plan anti-douleur montrent que la réticence des médecins à la prescription
d’antalgiques morphiniques diminue. Le dialogue entre professionnels de
santé, laboratoires pharmaceutiques, patients et gouvernement est désormais
ouvert et la peur de l’utilisation de morphiniques diminue progressivement.
De plus, l’accès aux soins antalgiques est désormais concrétisé par voie
législative.
Mais des efforts sont encore à fournir, la prise en charge de la douleur
reste encore inégale. C’est dans cet objectif que le plan anti-douleur a été
renouvelé pour une période de 5 ans, avec pour priorité la douleur de l’enfant,
la migraine, les soins et la chirurgie. En 2005, nous tirerons les conclusions
d’une politique anti-douleur active et ambitieuse, avec l’espoir que la France
ait rattrapé son retard au sein de l’Union Européenne.
Directeur de thèse : Pr. Catherine MAURAIN
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• Christophe MARTINEZ — Notion de soin de santé primaire par la
mise en place des soins de santé communautaires et des soins de santé
basiques à travers l’expérience du programme Pharmaciens sans
Frontières et de la C.E.E. : “Développer un programmation-sanitaire
intégré pour les Indiens Shuars et Achuars du Bassin Amazonien de
l’Équateur“
L’Équateur conformément à la « politique d’une santé pour tous pour
l’an 2000 » signe en 1978 la déclaration d’Ama-Alta. Celle-ci s’engage à
appliquer une politique de soins de santé primaire.
Les peuples indigènes Shuars et Achuars, pacifiés il n’y a pas plus de
30 ans, vivent dans une zone difficile d’accès. Une certaine partie des Shuars
sont en contact direct avec le front de colonisation. L’échange entre la forêt et
la ville occasionne pour ces peuples de nouvelles maladies contre lesquelles le
savoir ancestral ne peut rien.
Après étude de leur culture et de leur organisation avant et après
pacification, la problématique sanitaire des Shuars et des Achuars a été décrite
au travers d’une étude épidémiologique succincte.
La situation du médicament en Équateur, la structure du Ministère de la
Santé Publique Équatorien et ses actions pour appliquer une politique de soins
de santé primaire sur cette zone ont été exposées.
Au travers des activités du Ministère de la Santé Publique Équatorien, le
concept des soins de santé primaire (SSP) vu par le Ministère de la Santé
Publique Équatorien est expliqué avec la description de la formation des
agents de santé qu’elle entraîne. Ces derniers se répartissent en promoteurs de
santé et auxiliaires d’infirmerie. Leur nécessité, leur formation et leurs
attributions sont exposées et les régions qu’ils doivent couvrir sont précisées,
avec un déséquilibre quant à la couverture des différentes zones
géographiques. Les Organisations Non Gouvernementales (ONG)
missionnaires ou non en profitent aussi pour faire leur propre projet de mise
en place d’un soin de santé primaire par la formation de promoteurs de santé
d’une façon peu adaptée et totalement indépendante, pour avoir un système
intégré au système formel du Ministère de la Santé Publique Équatorien.
Nous avons constaté un grave problème au niveau de la mise en place des
soins de santé primaire dû à une carence de la formation des agents de santé, à
l’absence de médicaments et aussi à l’idiosyncrasie Équatorienne.
De 1993 à 1998, au travers de trois projets dont celui de Pharmaciens
Sans Frontières (PSF) : « Développer un programme médico-sanitaire
intégré pour les Indiens Shuars et Achuars de l’Équateur », nous avons tenté
de mettre en place un système de santé primaire adapté aux peuples Shuar et
Achuar, ayant la reconnaissance du Ministère de la Santé et son intégration.
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Dans un premier temps, une évaluation des soins de santé primaire a été
réalisée au travers d’un diagnostic fait sur les auxiliaires d’infirmerie en les
supervisant à leur poste dans leur communauté. Le parcours de la supervision
et les critères d’évaluation du travail des agents de santé ont été définis, de
même que l’acceptation des soins de santé primaire par la population. Pour
analyser le travail fait par rapport à la population et comment intégrer ces
soins, un questionnaire a été présenté pendant l’Assemblée Générale
Extraordinaire d’Ipiak de la fédération Achuar. Ce questionnaire montre
comment le peuple Achuar appréhende le futur, la santé, l’environnement et
leur rapport avec le système formel représenté par les actions menées par le
Ministère de la Santé et informel que sont les actions menées par les missions.
Les soins de santé primaire sont composés par les soins de santé
communautaire et les soins de santé de base. Après définition de ces deux
systèmes, nous avons précisé comment ils sont constitués et articulés. Nous
avons défini une interface et l’avons recherchée parmi les structures et
autorités répondant à la fois au système de santé et à la culture des peuples
Shuar et Achuar, pour une meilleure intégration synonyme de pérennité.
L’action de PSF pour améliorer le système de santé primaire concerne
le renforcement des structures des soins de santé communautaire et des soins
de santé basiques, les formations pour responsabiliser les ressources
humaines constituant les soins de santé communautaire (agents de santé,
responsables de la communauté et de la fédération, habitants de la
communauté, shaman) et la mise en place d’un système de médicaments
génériques.
Ces actions impliquent différentes notions : culture des Achuars,
organisation des Fédérations Indiennes et des communautés, formation et
remise à niveau des agents de santé, actions inter institutionnelles
(coopération belge, Ministère de la Santé Publique Équatorien).
Une méthode pour la formation ou le recyclage des promoteurs de santé
bénévoles dans leur communauté a été décrite et il est démontré que des
entités structurelles pour le bon fonctionnement des soins de santé
communautaire peuvent être théoriquement substituées par l’organisation déjà
présente, à condition de la définir et de la former pour que ses attributions
soient correctement appliquées. De là, il est possible d’influer sur les
décisions et actions du Ministère de la Santé Publique Équatorien.
Par ses actions sur le terrain et avec la reconnaissance et l’appui de la
coopération belge, l’amélioration des soins de santé basiques montre
comment notre projet a pu s’insérer dans le système formel garant de
continuité, d’équilibre et de surveillance.
La mise en place d’un système de distribution de médicaments
génériques essentiels, de l’achat à la logistique, est un des facteurs ayant
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permis à notre projet une bonne acceptation et crédibilité auprès des
fédérations indiennes, mais aussi du Ministère et des coopérants, au vu de la
politique nationale du médicament. La mise en place du réseau et son mode de
financement à partir de dotations impliquant un fond rotatif ont été décrits.
Les résultats sont à la fois quantitatifs (nombre de formations, taux de
recouvrement…) et qualitatifs (comportement des agents de santé, intégration
du projet par la population…). Les résultats viennent des évaluations réalisées
au travers des supervisions faites dans les communautés, unique outil pour
insérer un projet, l’évaluer et en rectifier les erreurs.
Enfin, la discussion porte sur l’argumentation bibliographique des
actions réalisées. Elle porte sur les fondements intellectuels de la santé
publique pour pouvoir mettre en place un projet. Nous avons précisé qui
nécessite un recours aux soins et pour quoi, comment connaître non
seulement l’état de santé, mais aussi les facteurs influençant la santé d’une
communauté (anthropologiques, sociologiques) et donc poser un diagnostic.
L’attention primaire de santé depuis 1978 s’est résumée dans la majorité
des projets à la formation d’agents de santé. Sont définis : la place et le rôle
des agents de santé communautaire dans les systèmes nationaux de santé, les
faiblesses des programmes existants, les stratégies en vue d’action,
l’implication de la communauté, les collaborations intra et inter
institutionnelles et comment surveiller, évaluer le projet et donc constituer un
système d’information pilier pour la recherche pour faire évoluer les soins de
santé primaire.
La stratégie des soins de santé primaire est d’une pertinence universelle
à travers la description de soins de santé communautaire viables et les
fondements de celle-ci avec la contribution des services de santé de base. En
conclusion sur les agents de santé communautaire, nous avons retenu treize
points à respecter comme « mode d’emploi déontologique » pour minimiser
les risques d’échec.
L’équité, la prévention, une technologie appropriée, l’action multisectorielle et la participation communautaire sont les fondements des soins de
santé primaire. L’attention primaire de santé est un processus lié au contexte
fondé sur une bonne qualité de service et d’engagement basée sur le dialogue
et l’information.
Cela nous montre que l’application de soins de santé primaire intégrés
va bien au delà d’une technicité, sinon que c’est une philosophie qui doit
concilier les inconciliables.
Directeur de thèse : Dr. Isabelle BAUDRIMONT
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• Sandra DOURTHE-IBANEZ — L’essence de térébenthine et son
utilisation dans les cures de rhumatologie de la station thermale de Dax
Ce sujet met en avant l’essence de térébenthine, composé issu de
l’exploitation des forêts de Pins des Landes, et son association avec les cures
thermales qui sont des activités médicales et économiques majeures de la ville
de Dax.
Dans un premier temps est présentée l’essence de térébenthine, produit
résineux isolé par distillation de la résine du Pin. Le gemmage permet
d’obtenir l’essence de térébenthine officinale, qui est la seule utilisée pour les
soins thermaux et désignée par la Pharmacopée Française. De plus, l’essence
de térébenthine officinale est répertoriée par l’AFNOR (Association Française
de Normalisation). À partir de cette norme et de l’étude chromatographique
que nous avons faite, on peut remarquer que les constituants principaux de
l’essence de térébenthine sont des carbures terpéniques de formule brute
(C 5H 8)n.
De l’étude des propriétés chimiques et physico-chimiques de ces
constituants, nous avons dégagé certaines caractéristiques, qui nous ont
permis de mieux cerner les propriétés de l’essence de térébenthine. Elle est
principalement employée pour ses propriétés antiseptiques et fluidifiantes des
voies pulmonaires, mais surtout pour son activité rubéfiante, antalgique et
anti-inflammatoire en usage externe, propriétés utilisées lors de son emploi en
cure thermale.
L’utilisation des propriétés antalgiques et anti-inflammatoires de
l’essence de térébenthine est illustrée par son emploi spécifique à Dax par les
douches térébenthinées. Parmi les soins thermaux délivrés dans la station
thermale de Dax, les douches térébenthinées sont une spécificité. Ces soins
sont indiqués pour les patients souffrant d’affections rhumatismales. Ils
consistent en une douche par pulvérisation d’un mélange d’eau thermale à
39–40 °C et d’essence de térébenthine à 8 %, prodiguée pendant 3 à 4 minutes
au niveau des douleurs locales du patient.
Le choix de l’essence est important. On utilise exclusivement l’essence
de térébenthine de Pin maritime. Elle s’oxyde très facilement et très
rapidement à l’air libre, avec la formation de peroxydes, ce qui peut
occasionner des risques de réactions allergiques chez les patients, mais aussi
chez le personnel soignant. Pour retarder et minimiser la formation des
peroxydes, il suffit de suivre quelques règles de stockage et de conservation.
Ne disposant d’aucune étude scientifique sur les qualités antalgiques et
anti-inflammatoires des douches térébenthinées, nous avons effectué, en
collaboration avec les médecins et les établissements thermaux, une évaluation
de leur efficacité sur l’arthrose digitale.
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Pour effectuer notre évaluation, nous avons choisi des patients suivant
une cure dans les conditions normales de prescription. Les douches
térébenthinées sont administrées sur la main douloureuse, journalièrement
pendant 3 à 5 minutes durant 18 jours.
L’arthrose digitale a été choisie car la méthodologie d’observation est
simple grâce à l’indice de Dreiser. Nous nous sommes directement inspirés de
cet indice pour établir une fiche patient comportant 10 questions
correspondant à 10 gestes courants effectués par la main. Les réponses sont
cotées de 0 à 3, de « possible sans difficulté » à « impossible ». Le résultat
final varie de 0 à 30. L’indice fonctionnel de chacun établi en début et en fin
de cure permet d’évaluer l’efficacité des soins.
Les résultats des soins se sont avérés probants avec 61 % de bonne à
très bonne amélioration.
Ces résultats ne sont qu’une évaluation, mais sont encourageants et
pourraient être poursuivis de manière plus rigoureuse et plus poussée par les
établissements thermaux sur une période plus longue.
À partir de notre travail et afin d’espérer obtenir une labellisation du
soin thermal des douches térébenthinées, il apparaît essentiel d’en définir les
modalités actuelles et les améliorations futures. L’essence de térébenthine la
plus appropriée pour les soins thermaux est actuellement celle de Pin maritime
obtenue par distillation et présente les caractéristiques nécessaires à un emploi
médical malgré quelques défauts comme sa tendance à l’oxydation.
L’étude de ses constituants a permis de tirer quelques éléments
significatifs, qu’on pourrait inclure dans une « essence formulée »
exclusivement employée pour les soins thermaux. Elle allierait une réelle
efficacité, liée aux propriétés médicamenteuses de ses constituants à une
bonne innocuité pour le patient. Les constituants à garder ou à écarter devront
être précisés.
Parmi les facteurs susceptibles d’améliorer l’efficacité des soins, le
dosage de l’essence de térébenthine, les modalités de son emploi ainsi que la
durée des périodes de traitement sont autant de points qui mériteraient d’être
affinés. Cela permettrait de renforcer l’intérêt et la légitimité de l’utilisation
des douches térébenthinées dans les établissements thermaux.
Directeur de thèse : Dr. Jean-Claude LABADIE
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