INTELLIG ENCES

INTELLIG ENCES
 INTELLIGENCES
»L'ENJEU
Un Francais achéte
six fois plus
d'équipements
électriques
et rm (EEE)
qe début
es années 1990.
Lesquels générèrent
annuellement
de 16 à 20 kg
de déchets.
Pour la société,
c’est autant
de coûts externes
liés à la pollution
ou à la raréfaction
à long terme
des matières
premières.
D'un autre côté,
les industriels
doivent sans cesse
innover pour
s'imposer
sur des marchés
tirés par l'offre.
Source:
TA e
mmée,
aici de la société
q UI
и i de la Terre
>» LAVIS DE
ercredi 12 septembre 2012.
Tim Cook, nouveau PDG
d'Apple, a a peine dévoilé
l'iPhone 5 que déjà pleuvent
les critiques des associations
environnementales. En cause: la nouvelle
connectique du téléphone. Les utilisateurs
Apple devront acquérir un adaptateur ou
renouveler leurs périphériques avant
l'heure. La firme à la pomme n’en est pas à
sa première accusation. Elle se voit réguliè-
rement reprocher des choix de conception
C’est le taux
de croissance du flux
de déchets électroniques
et électroménagers en France.
(Source: ministère
de l'Environnement)
qui rendent ses produits difficilement répa-
rables: imbrication de l’écran tactile sur sa
dalle en verre, batteries moulées dans la
coque, etc, Des inconvénients matériels
auxquels s'ajoute l’implacable effet de mode
qui pousse les « Apple-addicts » à renouve-
ler fréquemment leurs iPhone, iPad et
autres iPod.
À peine sortis et déjà dépassés commer-
cialement ou techniquement, les produits
Apple cristallisent en fait les accusations
d’«obsolescence programmée». Derrière ce
vocable se dessine en creux un reproche
porté aux industriels: celui de participer,
par des choix volontaires, au renouvelle-
La fiabilité La production
des produits industrielle
a augmenté, mais aura un impact
leur durée de vie positif
‘ économique si l'on tend
a diminué vers des produits
DR HE l'effet DE CORSE 100%
EN MANAGEMENT d'une innovation recyclables.
DE LINNOVATION, constante.
CNRS
-POLYTECHNIQUE
66 N°9433)OCTOBRE 2012
Obsolescence: faut-il souhaite
longue vie aux produits?
L’obsolescence programmée revient régulière-
ment dans le débat public. Cette idée selon la-
quelle les produits sont sciemment conçus pour
se détraquer à une échéance prédéterminée
sonne comme un reproche aux industriels, ac-
cusés de peu se soucier de durabilité. Face à l’exigence d'inno-
vation, faut-il absolument construire pour durer ?
ment toujours plus soutenu des biens de
consommation et d’équipement. Avec la
raréfaction des matières premières et les
impacts environnementaux que cela induit.
Quelle est la responsabilité réelle des indus-
triels dans ce phénomène? Et doivent-ils
réellement construire pour durer ?
L'INNOVATION À TOUS CRINS
Premiers phénomènes sur la sellette: les
ententes industrielles pour limiter sciem-
ment la durée vie des produits. Le cartel de
Phébus, regroupant les principaux construc-
teurs d’ampoules, a ainsi planifié dans les
années trente l’abaissement de la durée de
vie de ces produits. Une entente illicite
dévoilée et condamnée en justice. Cepen-
dant, la formation de tels cartels se justifie
rarement. Pour échapper à la concurrence,
dans la majorité des cas, les entreprises
misent plutôt sur la différenciation, notam-
ment en jouant sur l’innovation.
Dans un contexte où les marchés des pays
développés atteignent la saturation, l’inno-
vation à tous crins devient ainsi un impé-
ratif de survie pour beaucoup d'industries.
«Dans l'automobile comme dans d’autres
secteurs, les fabricants sont passés de mar-
chés tirés par la demande à des marchés
tirés par l’offre. Grâce à une politique d'in-
novation constante, ils créent de nouvelles
fonctionnalités pour pousser les consom- |
3 La cadence soutenue de l'innovation
rend souvent les téléphones mobiles
économiquement obsolètes
avant d’être physiquement hors-service.
} Les technologies d’écrans
ont progressé
de façon spectaculaire,
notamment avec l’apparition
des écrans plats.
>Les modèles récents |
sont moins énergivores |
et moins bruyants.
mateurs à renouveler leurs machines. À ce
moment, l’obsolescence économique des
produits a dépassé l’obsolescence techni-
que», resume Christophe Midler, directeur
de recherche en management de l'innova-
tion au CNRS et à l’École polytechnique.
UN ARBITRAGE NECESSAIRE
Parallèlement se développe lanalyse de la
valeur. Née dans l'apres-guerre chez Gene-
ral Electric dans un souci d'optimisation
des ressources, cette méthode vise a conce-
voir des solutions qui répondent unique-
ment aux fonctions attendues du produit.
En clair, elle pousse a effectuer un arbitrage
entre plusieurs qualités, en fonction des
attentes du client. Si certains industriels
font de la robustesse leur argument de
vente (les piles Duracell qui durent long-
temps), d'autres vont privilégier un coút
bas ou une esthétique novatrice... quitte a
reléguer la durabilité au second plan.
Le renouvellement prématuré des pro-
duits électriques serait également souhai-
table a 'aune de Pefficacité énergétique.
_ Cest l'argument que défend le Groupement
; des interprofessionnels des fabricants d’ap-
INTELLIGENCES 1
» Les associations écologistes
pointent réguliérement Apple du doigt
pour "absence de démarche d’éco-conception
de ses produits.
> La durée de vie
des dalles LCD
est deux fois inférieure
a celle des écrans
a tubes cathodiques.
L'analyse du cycle de vie plaiderait plutôt
pour la conservation des appareils
qui fonctionnent encore.
pareils ménagers (Gifam). Son document
intitulé «L'innovation, le choix gagnant»,
montre par exemple que la consommation
d’un lave-vaisselle de classe A acheté en
2009 a baissé ses consommations d’eau et
d'électricité de respectivement 50% et 34 %
par rapport à un appareil de classe C acheté
en 1999. Avec un bénéfice collatéral: l’allé-
gement de la facture du client.
Du côté des associations environnemen-
tales, on est plus prudent sur la question:
«Si l’on analyse le cycle de vie complet
jusqu’a lextraction des matières, les étu-
des existantes montrent plutót qu'il vaut
mieux conserver un vieil appareil », expli-
que Camille Lecompte, chargée de cam-
pagne modes de production et consom-
mation responsable aux Amis de la Terre.
Lassociation demande une loi pour allon-
ger a 10 ans la garantie sur les biens de
consommation. Une manière de presser
les fabricants à se pencher au moins sur
la «réparabilité» de leurs appareils.
DES MODÈLES ALTERNATIFS
Reste que certains modèles industriels
concilient production de masse et durabi-
lité. La méthode « cradle-to-cradle» (littéra-
lement, «du berceau au berceau») vise des
produits 100 % biodégradables ou recycla-
bles. But ultime: instaurer une économie
circulaire dans laquelle un produit en fin
de vie engendre un produit neuf, moyen-
nant une énergie de transformation d’ori-
gine renouvelable.
Une autre proposition forte vient de
l'«économie de fonctionnalité»: vendre
non plus des produits, mais des services. Le
fabricant reste ainsi propriétaire du maté-
riel. Pour optimiser son utilité auprès des
clients, et donc son bénéfice, il doit assurer
sa longévité. De ces concepts, des applica-
tions industrielles commencent à voir jour.
Et peuvent paver une voie alternative face
à l'épuisement des matières premières.
23 HUGO LEROUX
hleroux@industrie-tecnologies.com
OCTOBRE 20123N°948 67
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