Histoires ecclésiastiques - E

Histoires ecclésiastiques - E
© Crédit photo : Frédéric A lpi
Les sources de l’histoire
du paysage urbain
d’Antioche sur l’Oronte
Actes des journées d’études des 20 et 21 septembre 2010
Table des matières
• Les sources de l’histoire du paysage urbain d’Antioche sur l’Oronte :
introduction
Catherine SALIOU.................................................................................... 7
• Conception et mode de présentation des notices : pour une prise en
compte de la dimension historiographique
Jean-Michel CARRIÉ.............................................................................. 17
• Les sources antiques : esquisse de présentation générale
Catherine SALIOU.................................................................................. 25
• L’Éloge d’Antioche (Libanios, discours 11 = Antiochikos)
et son apport à la connaissance du paysage urbain d’Antioche
Catherine SALIOU.................................................................................. 43
• Les discours de Libanios (discours 33-64) et la topographie d’Antioche
Marilena CASELLA............................................................................... 57
• Terme e bagni pubblici e privati nella corrispondenza di Libanio
Andrea PELLIZZARI.............................................................................. 69
• The topography of Antioch described in the writings
of John Chrysostom
Wendy MAYER........................................................................................ 81
• La topographie d’Antioche dans les Histoires ecclésiastiques.............. de la première moitié du ve siècle
Annick MARTIN . ................................................................................. 101
• La Chronique universelle de Jean Malalas : état de la question
Joëlle BEAUCAMP ............................................................................. 119
• Les livres I à XII de la Chronique de Jean Malalas .............................. et leur apport à la connaissance du paysage urbain d’Antioche
Sandrine AGUSTA-BOULAROT......................................................... 133
• Le paysage urbain d’Antioche sur l’Oronte........................................... dans les sources syriaques anciennes
Frédéric ALPI........................................................................................ 149
• Proposal for the reconstruction of the Golden Octagon
Ana-Maria GOILAV.............................................................................. 159
• Les sources médiévales dites « orientales »
(syriaques, arabes, arméniennes et autres)
concernant l’histoire de la ville d’Antioche et sa topographie
Bernd Andreas VEST............................................................................ 179
• Antioch in Byzantine Sources of the 8th-13th Centuries
Klaus-Peter TODT........................................................................... 203
• Antioche : les sources croisées et le plan de la ville
Krijnie CIGGAAR................................................................................. 223
• L’apport des voyageurs occidentaux (1268-1918)
au Lexicon Topographicum Antiochenum
Guy MEYER.......................................................................................... 235
• Preliminary results of the recent archaeological researches . ................ in Antioch on the Orontes and its vicinity
Hatice PAMİR....................................................................................... 259
7
Les sources de l’histoire du paysage urbain
d’Antioche sur l’Oronte : introduction
Catherine SALIOU
Université Paris 8
F
ondée par Séleucos I Nikator en 300 av. J.-C., Antioche devint
la capitale de l’empire séleucide et demeura à l’époque romaine
la capitale de la province de Syrie et la plus importante des cités
du Levant, occupant longtemps la troisième place dans la hiérarchie des
villes de l’empire, après Rome et Alexandrie. À la fin du iiie s. et dans le
courant du ive s., elle fut à plusieurs reprises résidence impériale. Même
en l’absence de l’empereur, elle demeurait le siège du Comte d’Orient.
La ville était en outre un siège patriarcal. Elle perdit de son importance
sous la domination arabe, à partir de 638, mais regagna en prestige lors
de la reconquête byzantine (969-1078), puis à l’époque des Croisades,
de 1098 à 1268. Elle n’a jamais cessé d’être occupée.
Les fouilles effectuées de 1932 à 1939 sous l’égide du Committee for
the Excavation of Antioch and its Vicinity ont mis au jour des vestiges
qui constituent de précieux points d’ancrage pour l’étude de la topographie de la ville et de son évolution urbanistique (fig. 1). Toutefois
les sources littéraires concernant la topographie et le paysage urbain
d’Antioche sont d’une richesse telle que, dès 1839, C. O. Müller1 avait
pu tracer un plan restitué de la ville fondé exclusivement sur ces sources
(fig. 2). Dans un ouvrage publié en 1961, Gl. Downey a proposé une
synthèse, appuyée pour l’essentiel sur les sources écrites, et illustrée
par un plan très fréquemment reproduit (fig. 3), qui reste de nos jours
une référence obligée2. Or plusieurs études ont montré que certaines des
conclusions de Gl. Downey étaient contestables, voire fausses, et ont
ainsi mis en évidence la nécessité d’une révision systématique de son
1
Müller 1839 ; cf. Bowersock 1994.
2
Downey 1961.
8
travail1, bénéficiant des progrès accomplis depuis 50 ans dans l’édition
et la compréhension des textes de l’Antiquité tardive. La reprise récente
de travaux de terrain sur le territoire de la cité et sur le site même de la
ville rend d’autant plus nécessaire ce réexamen des sources. L’importance d’Antioche aux périodes byzantine et croisée et la continuité de
l’occupation du site jusqu’à nos jours imposent d’étendre l’enquête aux
époques médiévale et moderne, et même jusqu’à l’époque contemporaine
dans une perspective historiographique.
Cette relecture des textes devra aboutir à l’élaboration d’un dictionnaire topographique, prenant également en compte les données archéologiques publiées, et destiné à servir de référence aux chercheurs. Ce
dictionnaire, désigné comme le Lexicon Topographicum Antiochenum
(LTA), avait été conçu à l’origine comme un livre classique, mais les
évolutions récentes et en cours des méthodes de travail et de diffusion
font qu’il prendra vraisemblablement la forme d’une base de données
électronique, éventuellement associée à un ouvrage imprimé. Quoi qu’il
en soit, l’essentiel est que ce dictionnaire ne saurait en aucun cas être
une simple compilation. Sa mise en œuvre doit au contraire être l’occasion d’une réflexion critique sur les sources, elle-même indissociable
d’une réflexion anthropologique et historique sur les relations entre les
spatialités urbaines et les divers types de discours et sur les modes de
constitution de l’identité urbaine, les formes de la mémoire collective
ou culturelle et le rôle qu’y joue l’imaginaire.
Des travaux préliminaires à la mise en œuvre du LTA ont eu lieu dans le
cadre d’un séminaire de l’Université de Paris 8 en 2007-20082 et surtout
en 2008-20093, puis dans celui d’un séminaire commun à l’Université
de Paris 8 et à l’École Normale Supérieure en 2009-20104. Ces travaux
ont abouti à la mise au point d’une « fiche type » facilitant la synthèse
critique de la documentation, présentée infra et commentée ci-après par
J.-M. Carrié. Il est assez vite apparu que le projet allait impliquer de
1
Balty 1991, p. 282-285 ; Saliou 2000 ; Triebel 2005.
2
Interventions d’A. Martin et Fr. Alpi.
3
Séminaire annuel bimensuel animé par C. Saliou (Paris 8), avec la participation de
J.-M. Carrié (EHESS). Les séances ont été pour l’essentiel consacrées aux éléments
structurants de l’espace urbain (orographie, hydrographie, portes, espaces publics et
réseau viaire, quartiers).
4
Séminaire semestriel hebdomaire animé par C. Saliou, avec la participation de J-M Carrié,
B. Cabouret (Lyon 3), H. Dessales (ENS). Les séances ont été consacrées aux édifices
de spectacle, à l’architecture de l’eau, aux temples et aux statues.
9
nombreuses collaborations, au niveau national et international. En effet
le dépouillement et l’exploitation des textes nécessitent des compétences
multiples, en raison de leur diversité linguistique (grec, latin, syriaque,
arabe, arménien…) et de leurs caractéristiques spécifiques. Un premier
atelier informel, organisé à l’Université de Paris 8 et à l’ENS avec l’aide
de l’UMR 8167, a réuni un certain nombre de participants1 les 21 et 22
janvier 2010. Il a été consacré à des présentations de travaux en cours et
à une séance de travail collectif sur les portes de la ville. Une seconde
réunion a eu lieu les 20 et 21 septembre 2010 à l’Université Paris 8, avec
le soutien de l’EA 1571, de l’Université Paris 8 et du CEROR (Université
Lyon 3). Cette réunion a pris la forme d’un petit colloque, chapeauté
par un comité scientifique composé de Bernadette Cabouret (Lyon 3),
Jean-Michel Carrié (EHESS), Denis Feissel (CNRS/EPHE), Catherine
Saliou (Paris 8). Ce colloque était consacré spécifiquement aux sources
écrites relatives au paysage urbain d’Antioche sur l’Oronte. Chacune
des contributions a été consacrée à la présentation d’une source ou
d’un groupe de sources. En outre, J.-M. Carrié a proposé une réflexion
méthodologique sur l’établissement des notices et H. Pamir, qui dirige
actuellement d’importants travaux de terrain à Antioche même, nous
a fait l’honneur de venir les présenter. Il a paru souhaitable de diffuser
les textes de ces interventions. Le choix d’une diffusion électronique
plutôt que sous la forme d’un livre s’est imposé, en partie parce que cette
solution apparaissait comme la plus rapide, mais aussi pour des raisons
budgétaires et parce que nous n’en sommes encore qu’au stade des
esquisses et des travaux préliminaires, non à celui de l’œuvre achevée.
Les variations, d’une contribution à l’autre, dans le mode de citation des
sources suffisent au reste à le démontrer. L’une des premières tâches à
venir sera de mettre au point un ensemble d’abréviations et de normes
de références aux sources.
On trouvera dans les pages qui suivent des contributions portant sur
les sources antiques, médiévales et modernes. Les sources antiques sont
particulièrement bien représentées, avec un inventaire d’ensemble de ces
sources et des contributions portant sur Libanios, Jean Chrysostome,
les historiens ecclésiastiques du ve s., Malalas et les sources syriaques.
Libanios et Malalas ont même fait l’objet de plusieurs interventions.
L’intérêt renouvelé dont bénéficie Libanios a permis de constituer un
1
Fr. Alpi ; B. Cabouret ; M. Casella ; J.-M. Carrié ; H. Dessales ; K. Ciggaar ;
A. U. De Giorgi ; A. Martin ; W. Mayer ; G. Meyer ; P. Pinon ; G. Poccardi ; C. Saliou ;
Chr. Shepardson ; K.-P. Todt ; B.-A. Vest.
10
dossier combinant différentes approches possibles : étude spécifique d’un
discours dans lequel l’espace urbain antiochéen joue un rôle particulièrement important (L’Éloge d’Antioche) ; dépouillement d’un groupe de
discours ; étude d’un thème à travers la correspondance. Les difficultés
soulevées par la Chronique de Malalas sont telles qu’il a paru nécessaire
d’associer à un exposé sur son apport à la connaissance de l’espace
urbain d’Antioche une sorte de « mode d’emploi » du texte lui-même.
Les contributions précédemment citées sont l’œuvre de philologues et
d’historiens. Un contrepoint est apporté par une architecte qui montre,
à propos de la Grande Église d’Antioche, comment le dessin peut être
un outil d’interprétation des textes. Trois contributions portent sur la
période médiévale : leurs auteurs inventorient tour à tour les sources
orientales, les sources byzantines et les sources croisées. C. Yapicoglou,
auteur d’une communication sur les sources ottomanes (registres fiscaux
et voyageurs), n’ayant malheureusement pas envoyé son texte, l’unique
contribution relative à la période moderne porte sur les voyageurs. La
dernière contribution constitue un retour aux réalités du terrain et à
l’époque contemporaine, puisqu’il s’agit d’un compte rendu des travaux
archéologiques récents et en cours sur le site de la ville. L’ensemble ainsi
proposé au lecteur est un simple état de chantier. Sa valeur essentielle
est d’être le premier jalon d’un parcours de longue haleine1.
1
Même pour une simple diffusion électronique, un travail éditorial est nécessaire. Dans
le cas présent, il a été effectué par C. Saliou, avec l’aide de B. Cabouret pour la plupart
des contributions en français et la relecture de l’ensemble, et de W. Mayer pour les
contributions de H. Pamir et de A. Goilav.
11
Fig. 1. Plan de situation des vestiges fouillés ou repérés entre 1932 et 1936. Antioch-onthe-Orontes II, Princeton/London/The Hague, pl. I, p. 215.
12
Fig. 2. Antioche, plan restitué (Müller 1839).
13
Fig. 3. Antioche, plan restitué (Downey 1961, pl. 11).
14
Bibliographie
Balty 1991
J.–Ch. Balty, Curia ordinis. Recherches d’architecture et d’urbanisme antiques
sur les curies provinciales du monde romain, Bruxelles.
Bowersock 1994
G. W. Bowersock, « The search for Antioch. Karl Otfried Müller’s Antiquitates
Antiochenae », Studies on the Eastern Roman Empire. Social, Economic and
administrative history, religion, historiography, Goldbach, p. 411-426.
Downey 1961
G. Downey, A History of Antioch in Syria from Seleucus to the Arab Conquest,
Princeton.
Müller 1839
C. O. Müller, Antiquitates Antiochenae, Göttingen.
Saliou 2000
C. Saliou, « À propos de la Taurianè pulè. Remarques sur la localisation présumée
de la Grande Église d’Antioche de Syrie », Syria 77, p. 217-226.
Triebel 2005
L. Triebel, « Die angebliche Synagogue der Makkabäischen Martyrer in Antiochia
am Orontes », Zeitschrift für antikes Christentum 9, p. 464-495.
Annexe : présentation de la fiche type et exemples
de fiches
On trouvera ici les documents envoyés aux participants au projet en
septembre 2010. Les exemples de fiches ne sont fournis que pour illustrer la
« fiche type » et nourrir une réflexion d’ordre méthodologique, les fiches ellesmêmes peuvent être lacunaires et incomplètes. Pour un commentaire critique et
des propositions d’amélioration, voir la contribution de J.-M. Carrié. Pour d’autres
exemples de fiches renseignées, voir la contribution d’A. Martin.
Présentation de la fiche (voir infra les exemples de fiches) :
Nom (lemme) ( = « Entrée » du dictionnaire) : en français ; terme générique
(ex : bain, porte…) + « nom propre ». Ex. : « porte du chien », « sanctuaire de
… », etc. Le lemme correspond à la désignation habituelle dans la littérature
savante moderne ou à la traduction de la désignation dans les sources antiques.
Autres désignations : il arrive que le même édifice ou lieu soit désigné de
plusieurs façons différentes. Ces autres désignations sont indiquées ici (ex. :
sanctuaire de Tychè). Cette rubrique évite de multiplier les entrées. Elle implique
15
parfois des décisions d’identification, éventuellement discutables.
Sources :
-Toutes les sources. Dans les rares cas où les sources relatives à un édifice sont
très nombreuses, il faudra soit regrouper les références (par exemple, regrouper
sur une même ligne, en leur affectant un unique numéro, toutes les références
à un même discours de Libanios), soit les sélectionner (par exemple, pour le
bouleutèrion ou le théâtre, ne citer que les textes qui permettent de préciser
la localisation, la configuration, l’histoire architecturale, et les textes les plus
pertinents pour la fonction de l’édifice).
-Les références sont classées par ordre chronologique des sources (quelle que
soit la date de l’événement mentionné par la source : une référence de Malalas
figurera toujours après une référence de Théodoret, même s’il s’agit du récit de
fondation de la ville).
-Chaque référence est précédée d’un numéro d’ordre, permettant les renvois
internes au sein de la fiche (NB : à l’usage, il s’avère qu’il faudra attendre pour
les numéroter que toutes les sources aient été recensées et classées).
-Abréviations : il faudra définir des abréviations ou utiliser les abréviations
d’ouvrages de référence (cf. Liddell-Scott pour les sources grecques classiques ?
ThLL pour les sources latines ?… à compléter pour les autres sources.)
-Il semble utile dans certains cas d’ajouter une très brève citation : mot ou groupe
de mots utilisé dans la source pour désigner le lieu ou l’édifice concerné.
Date de la première attestation.
Rubrique « sans nom » :
Ce cadre correspond au corps de la notice.
La notice doit être rédigée de la façon la plus simple et la plus objective possible
(pour toute argumentation détaillée, discussion érudite ou réflexion historique de
portée générale, renvoyer à l’introduction ou à une référence bibliographique).
Les sources doivent être indiquées (par un numéro renvoyant à la rubrique
« sources », ou entre parenthèses pour d’éventuelles références complémentaires).
L’organisation de la notice est au choix du rédacteur et dépend de l’objet traité
et des sources. Si les sources le permettent, trois points devront ou pourront
être abordés :
-architecture et équipements ;
-fonction ;
-histoire et fonction mémorielle (si possible, faire la distinction entre les faits
avérés et ce qui relève du discours mémoriel ou est invérifiable).
Localisation/données archéologique/identification à d’autres monuments :
-localisation : préciser la localisation indiquée par les sources ;
16
-données archéologiques : le cas échéant (aqueduc, bains, etc…) ;
-identification à un autre monument : au cas où un édifice ou un lieu a changé
de nom ou de fonction.
Cette rubrique peut permettre d’établir un lien entre les périodes antique et
médiévale par exemple.
Biblio et remarques complémentaires :
Cette rubrique permet de prendre en compte la dimension historiographique, ou
de renvoyer à des travaux portant sur des aspects idéologiques ou institutionnels
(dans le cas du théâtre, par exemple).
Deux exemples
17
Conception et mode de présentation des
notices : pour une prise en compte de la
dimension historiographique
Jean-Michel CARRIÉ
EHESS
M
on intervention se propose un objectif purement pragmatique :
il faut dès le départ viser à l’uniformisation et à la cohérence
des notices.
Logiquement, une telle communication aurait dû se placer à la fin du
colloque. Toutefois, Catherine Saliou a pensé qu’en posant ces problèmes
dès le début de notre rencontre, les réactions, objections, suggestions et
compléments auraient pour s’exprimer la totalité de ces deux jours où
nous sommes toutes et tous réunis.
La conception d’un Lexique de ce genre se heurte inévitablement au
problème de la conciliation, autant que possible, des deux exigences opposées de concision et d’explicitation. Le premier choix à opérer est entre
une présentation plus concise (qui se contente de donner les références
bibliographiques permettant de compléter l’information documentaire
et ses interprétations possibles) et une présentation plus développée,
qui résume les débats historiographiques et arguments avancés pour
ou contre les identifications topographiques.
Les répertoires topographiques déjà existants (Rome, Constantinople)
concernent des villes autrement mieux documentées, où le nombre de
lemmes est beaucoup plus important. Dans ces Répertoires, la place est
chère, la concision est de rigueur. Le cas est différent pour Antioche
qui – vu sa relative pauvreté en vestiges fouillée et étudiés — devrait
ouvrir plus de possibilités. Il ne s’agit pas pour autant d’être prolixe. Il
me semble toutefois que nous pouvons à la fois :
18
– nous concerter sur des modes économiques de présentation et de
rédaction ;
– trouver le moyen de répondre déjà aux besoins des lecteurs qui consulteront le répertoire sans avoir à rechercher ailleurs des compléments.
Naturellement, ces choix ne peuvent être arbitrés qu’en examinant des
projets de lemme concrets et précis.
Les propositions que je vous présente ici ne veulent être rien d’autre
qu’une contribution à un travail de réflexion que nous avons à mener
collectivement et qu’elles espèrent stimuler et intensifier, quitte à ce que
ce soit pour prendre des directions totalement opposées.
Je suis, par contre, convaincu que nous devrons nous mettre le plus
tôt possible d’accord sur les solutions à retenir, afin que chacun puisse
commencer à rédiger ses lemmes suivant un mode de présentation
uniformisé. Auteurs de lemmes et éditeurs du volume ne pourront qu’y
trouver avantage.
Catherine nous a déjà proposé une trace de ce protocole de présentation
des fiches. Je renvoie donc ici au texte de Catherine Saliou, « Présentation
de la fiche1 », en me contentant de présenter mes remarques personnelles.
Mes observations personnelles
A) La « Date de la première attestation » me paraît faire partie intégrante du lemme, dont elle pourrait constituer le point de départ.
B) « Les références sont classées par ordre chronologique des sources
(quelle que soit la date de l’événement mentionné par la source : une
référence de Malalas figurera toujours après une référence de Théodoret,
même s’il s’agit du récit de fondation de la ville) » : oui, si l’on parle
d’une liste des références documentaires précédant la notice proprement
dite. Il me semble, par contre, que l’ordre de succession chronologique
devrait être observé dans la rédaction du lemme, qui retracera, chaque
fois que possible, l’histoire du monument depuis la plus ancienne jusqu’à
la plus tardive des informations le concernant.
1
Ce texte figure en annexe de l’introduction aux actes des journées d’études.
19
C) Il me semble qu’il y a une bonne part de répétition entre la rubrique
« Localisation/données archéologique/identification à d’autres monuments » et la rubrique « Données archéologiques posant le problème de
leur identification avec un monument ». Je me demande s’il ne deviendrait
pas artificiellement contraignant d’en faire deux champs séparés, alors
que les arguments seront inévitablement invoqués dans la discussion
sur l’un et l’autre de ces deux aspects.
D) « Bibliographie et remarques complémentaires »
Je ne suis pas certain que bibliographie et remarques complémentaires
soient fongibles dans une seule et même rubrique des lemmes. De plus,
la bibliographie me paraît devoir intervenir dans le corps même de la
notice, de la façon que je proposerai plus loin.
E) Le problème des monuments dégagés par les fouilles qui ne sont
pas identifiables à ceux dont nous parlent les textes.
La confrontation entre ces deux séries documentaires donne lieu à une
constatation décourageante, exprimée tout particulièrement à propos
des pas moins de douze édifices thermaux dégagés par les fouilles :
« aucun d’eux ne peut être sûrement identifié avec un bain mentionné
dans les sources littéraires » (Yegül 20001, p. 150). La double liste qui
accompagne sa figure 1 (p. 147) des « Baths excavated by the Princeton
expedition » et « Baths mentioned in Malalas » constitue un assourdissant dialogue de sourds.
De même, si l’on prend la carte 11 de Downey, « Restored plan of
Antioch based on the literary texts and the excavations », la liste des
recoupements se limite à 16 édifices ou dispositifs monumentaux :
– des portes : porte est, porte de fer, porte du pont, porte de Daphné, porte
Chérubim ;
– les remparts : de Séleucus Ier, de Tibère, de Justinien, de Théodose II ;
– le tétrapyle de l’île ;
– le forum de Valens ;
– le nymphée ;
– les grands édifices de spectacles : cirque, théâtre de César, amphithéâtre ;
1
F. Yegül, « Bath and bathing in Roman Antioch », Antioch : the lost ancient City
(éd. Chr. Kondoleon), Princeton, 2000, p. 146-153.
20
– l’aqueduc.
On notera que sur cette carte figure aussi le Palais, bien qu’au dire
des fouilleurs aucun vestige directement attribuable au Palais n’ait été
identifié, comme le signale Downey lui-même (1961, p. 320, n. 13).
Downey se fonde ici sur les indications concordantes de Libanios et de
Théodoret, puis procède par exclusion en situant le palais dans le quart
nord-ouest de l’île non fouillé, puisque rien n’a été trouvé dans le quart
sud-ouest fouillé.
Il me paraît donc inévitable de devoir faire voisiner des lemmes du type
« thermes d’Agrippa », « temple de Zeus Olympien », « Mouseion »,
« Caesareum », « Villa d’Ardaburius », « Maison de Léontios, d’Hélias, de Majorinus », « Église de saint Babylas » et des lemmes du type
« thermes A, B, C », « House A », « Atrium House », « Byzantine
stadium ».
F) Présentation des références bibliographiques.
Peut-on traiter également les références de base, qui reviennent
constamment ou, en tout cas, souvent, et les références qui ne concernent
qu’un seul site ou monument ?
– Pour les premières, une référence abrégée s’impose : auteur(s) /
année (même si c’est un article dans un colloque ou ouvrage collectif),
renvoyant à une liste bibliographique générale.
– Pour la deuxième catégorie (référence concernant un seul site ou monument), ne serait-il pas préférable de donner la référence intégralement
dans le lemme (l’entrée) où elle a sa place, afin de ne pas en encombrer
la liste bibliographique générale qui serait brouillée par la surabondance
et la dispersion des titres ?
– Premier exemple : l’ « Atrium House ». Kondoleon (C.) - Becker (L.) - Michaelides (D.), « New findings from
the Atrium House triclinium in Antioch-on-the-Orontes (Turkey) », in
Morlier (H.), éd., Colloque international pour l’étude de la mosaïque
antique et médiévale, IX (CEFR 352), Rome, 2005, p. 427-433.
21
Cette référence me paraît n’avoir de justification qu’à propos du lemme
de l’ « Atrium House » fouillée en 1932, où elle devrait donc figurer
in extenso.
Par contre, seront indiquées par une abréviation renvoyant à la bibliographie générale les références suivantes :
Antioch Excavations, I, p. 42-48, où cette domus n’a pas encore de nom
de baptême mais est décrite comme « a house of the late first century
after Christ ... partly beneath a late Roman bath (B) ». La villa a été
plus tard redatée du IIe siècle ap. J.-C : cf. Musée du Louvre, Antiquités
grecques, étrusques et romaines, N° d’entrée MND 1945 (n° usuel Ma
3443). Entre 115 et 150 ap J.-C.
(dans la bibliographie générale : Antioch Excavations, I = Antioch-on
the-Orontes, I. The Excavations of 1932, Elderkin (G. W.), éd., Priceton, 1934).
Levi 1947
(dans la bibliographie générale Levi 1947 = Levi (D.), Antioch Mosaic
Pavements, Londres, Princeton University Press, 1947).
Baratte 2000
(dans la bibliographie générale, Baratte 2000 = Baratte (F.), Catalogue des mosaïques romaines et paléochrétiennes du musée du Louvre,
Paris, Éditions de la Réunion des musées nationaux, 2000, p. 87-92,
n. 43, fig. 83 85).
Dobbins 2000, p. 51-61
(dans la bibliographie générale, Dobbins 2000 = Dobbins (J. J.), « The
Houses at Antioch », in Antioch, The Lost Ancient City 2000.
et Antioch, The Lost Ancient City 2000 = Kondoleon (C.), éd., Antioch,
The Lost Ancient City, Catalogue of Exhibition October 7, 2000-February 4, 2001, Worcester Art Museum (Massachusetts), Princeton, 2000).
Kondoleon 2000, p. 66-71 = Kondoleon (C.), in Antioch, The Lost
Ancient City 2000.
22
– Deuxième exemple : Le cirque.
référence bibliographique abrégée : Antioch Excavations, I, p. 34-41.
Mais l’ouvrage de référence sur les hippodromes, J. H. Humphey, Roman circuses. Arenas for Chariot Racing, Berkeley-Los Angeles, 1986,
n’est pas spécifique de la bibliographie antiochienne puisqu’il traite de
tous les hippodromes connus dans le monde romano-byzantin, dont
Antioche aux p. 631-632. Cet ouvrage n’a donc pas de raison de figurer
dans la bibliographie de référence, mais trouvera sa place uniquement
dans le lemme « Hippodrome ».
Quant à un titre comme Casella (M.), « Les spectacles à Antioche
d’après Libanios », AnTard, 15, 2008, il me semble qu’il a plutôt sa place
dans la bibliographie d’un chapitre introductif consacré aux édifices de
spectacles ; de même Soler (E.), « Les acteurs d’Antioche et les excès
de la cité au IVe siècle ap. J.-C. », in Le statut de l’acteur dans l’Antiquité
grecque et romaine, Actes du Colloque de Tours (2002), Tours 2004,
p. 251-272.
G) Unification des titres de lemmes se rapportant à un même type
d’édifice.
Par exemple, on utilisera ou « Thermes » ou « Bain » (si l’on trouve que
« thermes » fait trop romain et ne convient pas aux bains de type grec)
mais ou l’un ou l’autre (il faudra choisir) et, de toute façon, à l’exclusion
de « balaneion », « loutron », etc.
H) Style de rédaction des lemmes.
Afin d’éviter la sécheresse d’une présentation impersonnelle et illusoirement « objective », je propose d’adapter aux monuments et sites
urbains d’Antioche le style employé par la Prosopography of the later
Roman Empire, qui peut être défini comme un « discours narrativisé » :
j’entends par là à la fois une narrativisation – sobre – du matériau documentaire (historique de la découverte des vestiges, ou circonstances dans
lesquelles les textes nous les font connaître, etc.) et une narrativisation
– discrète – du raisonnement relatif aux sources. Pour mieux me faire
comprendre et donner, en même temps, une recette simple qui ramène
à ses justes proportions ce que l’expression de « discours narrativisé »
pourrait avoir d’inquiétant pour qui n’est pas rompu à la sémiotique litté-
23
raire, il s’agit de proscrire, autant que possible, les verbes et constructions
impersonnels et de privilégier la construction personnelle sujet-verbe,
afin d’incarner le discours scientifique au lieu de le désincarner. On
devrait s’efforcer de construire, à partir de monuments ou de structures
urbanistiques, des objets de discours qui soient en même temps des êtres
de discours comme peuvent l’être – plus aisément, j’en conviens – les
personnages d’une prosopographie. Cette « narrativisation » me paraît
indissociable de la prise en compte de la dimension historiographique
qui devrait présider à la conception de l’ouvrage. Faire le point sur ce
que nous pouvons savoir aujourd’hui de la topographie d’Antioche est,
en effet, l’illustration sur le sujet ainsi circonscrit du mouvement perpétuel de la recherche historique, archéologique et philologique. Cet
aspect d’aventure intellectuelle continue, indifférente à la recherche
du sensationnel mais patiemment têtue, il ne serait pas mauvais qu’il
transparaisse dans le style même de rédaction des lemmes.
I) Langue des citations.
Des citations, aussi brèves que possible mais aussi longues que nécessaire, nourriront les lemmes. La question est de savoir si elles seront
données en traduction française ou dans la langue originale. Le genre
Lexique ou Répertoire excluant les notes infrapaginales, nous serons en
effet privés de l’échappatoire consistant à donner une traduction dans
le texte principal et, en note, l’original correspondant. À la question,
irritante au plus haut point, de décider s’il faut ou non faire le sacrifice
du grec ou du latin, la réponse dépend en grande partie du public que
nous voulons toucher. Si nous limitons celui-ci aux seuls spécialistes,
il est bien évident que les citations doivent se faire en langue originale,
encore que les jeunes archéologues, a priori définissables comme des
« spécialistes » en même temps que comme des lecteurs potentiels de
notre Lexique antiochien, soient de moins en moins formés à lire du
grec, pour ne pas dire du latin. Personnellement – mais cet avis n’engage
que moi –, je serais favorable aux citations traduites en français pour
le latin et le grec, ne serait-ce que parce que si on pose la question pour
le syriaque ou l’arabe, même les latinistes et les hellénistes rejetteront
l’idée de citer des textes dans ces langues : or, il n’y a pas de raisons de
distinguer entre langues citables et langues non citables. Une option aussi
mutilante pourrait du moins trouver un correctif partiel par l’intercalation
entre parenthèses dans la citation traduite des termes et expressions
essentiels en langue originale (et cette fois, pour le syriaque et l’arabe
24
comme pour le grec et le latin), ce qui pourrait satisfaire à la fois les
besoins des spécialistes et des non-spécialistes, des connaisseurs et des
non connaissseurs des langues anciennes. Un tel parti s’imposerait tout
particulièrement pour les textes épigraphiques. L’essentiel est d’éviter en
tout cas la translittération des noms propres ou des termes techniques
qui, pour ce type d’ouvrage, cumulerait tous les inconvénients.
Telles sont les questions de choix éditorial qui me sont venues à l’esprit,
sur lesquelles il conviendra de nous mettre d’accord entre collaborateurs
de cette entreprise collective avant même de nous atteler au travail de
rédaction des fiches afin d’éviter de devoir sans cesse remettre sur le
métier notre ouvrage.
25
Les sources antiques :
esquisse de présentation générale
Catherine SALIOU
Université Paris 8
P
armi les sources de l’histoire du paysage urbain d’Antioche
sur l’Oronte se distinguent quelques auteurs majeurs, qui sont
parfois aussi, comme Libanios, des acteurs de l’histoire d’Antioche, et dont la période d’activité se situe entre le ive s. et le vie s.
apr. J.-C. : Libanios, Jean Chrysostome1, Théodoret2, Sévère3, Malalas4.
L’attention qu’il convient de leur porter ne doit pas faire négliger le
reste de la documentation. L’objectif des lignes qui suivent est donc de
proposer une présentation d’ensemble de l’apport des sources antiques à
la connaissance de l’histoire de l’espace urbain d’Antioche. Cet exposé
sera limité aux textes. Je signale cependant l’intérêt des sources iconographiques, et en même temps le caractère problématique de certaines
d’entre elles5. L’étude de M. Meyer sur la Tychè d’Antioche a rappelé
quel peut être l’apport des monnaies et des gemmes pour l’étude des
statues et de leur environnement immédiat6. En revanche, bien que la
bordure topographique de la mosaïque de Yaqto7 ait parfois été utilisée
comme un document sur les monuments et la vie urbaine à Antioche8,
1
Voir les contributions de C. Saliou, M. Casella, A. Pellizzari et W. Mayer.
2
Voir la contribution d’A. Martin.
3
Voir la contribution de Fr. Alpi.
4
Voir les contributions de J. Beaucamp et S. Agusta-Boularot.
5
On exclura définitivement du corpus documentaire le textile orné de représentations
d’églises couramment désigné comme le Danielstoff, qui a pu être décrit comme « un
témoignage sur les églises d’Antioche » (Gatier 1988), mais dont il a été montré il y a déjà
plusieurs années qu’il ne peut pas en aucun cas jouer ce rôle (Papaconstantinou 2000 ;
Schrenck 2002 ; Stein 2002).
6
Meyer 2006.
7
Cf. Lassus 1934 ; Levi 1947, I, p. 326-337, II, pl. LXXIX-LXXX ; Cİmok 2000, p. 254274.
8
Ex. : Downey 1961, p. 659-664.
26
il faut souligner que parmi les éléments qui y sont figurés, les seuls qui
sont localisés de façon certaine, grâce aux légendes qui accompagnent les
vignettes, se situent, non à Antioche même, mais à Daphné. Je rappelle
aussi d’emblée, pour ne plus y revenir faute de compétence de ma part,
l’existence d’une description d�����������������������������������������
’Antioche par un voyageur����������������
chinois, utilisée par Gl. Downey à partir de la traduction de Fr. Hirt1, et qu’il faudra
aussi prendre en compte. Je me limiterai pour l’essentiel aux sources
textuelles latines et grecques, en renvoyant, pour les sources traduites
en syriaque, à la contribution de Fr. Alpi. Je distinguerai, tant bien que
mal et en pleine conscience du caractère arbitraire de toute classification,
les sources documentaires, les sources narratives du Haut Empire, la
tradition érudite et les textes de l’Antiquité tardive.
1. Les sources documentaires
Sous l’appellation générique de « sources documentaires », on regroupera ici documents papyrologiques, inscriptions et quelques textes
transmis par la tradition littéraire mais qui peuvent émaner — ou ont été
rédigés de façon à paraître émaner— de documents d’archives.
Le « Papyrus de Gourob2 » (246 av. J.-C) est apparemment la seule
source écrite sûrement datable de l’époque hellénistique fournissant une
indication relative à un élément concret de l’espace urbain d’Antioche. Il
s’agit de la mention d’une porte de la ville, sans indication de son nom
ni de sa localisation exacte3. Environ 500 ans plus tard, les Thermes
d’Hadrien sont mentionnés dans le P. Euphrat. 1 comme le lieu où
le gouverneur de la province tient ses assises4. Malalas mentionne la
construction à Antioche de nombreux établissements thermaux dont
le plus ancien serait dû à Jules César, mais il écrit au vie s. La source
textuelle la plus ancienne sur les bains antiochéens est donc constituée
par ce parchemin, daté de 245 apr. J.-C. Ce document confirme l’indication de Malalas relative à la construction de thermes à Antioche par
1
Downey 1953, cf. Hirt 1885.
2
Pour le texte, cf. Holleaux 1906 ; W. Chr. 1 ; FgrH II B, n° 160 ; Piejko 1990. Le texte
relate un épisode de la IIIe guerre syrienne daté de 246 et a été rédigé peu de temps après
les événements qu’il rapporte.
3
Col. III, l. 19-20.
4
Feissel et Gascou 1995, n° 1, p. 67-84.
27
Hadrien, signale l’usage administratif et judiciaire de l’édifice, et en
fournit la désignation officielle1.
Les inscriptions trouvées à Antioche sont peu nombreuses mais riches
en indications directes ou indirectes sur l’espace urbain antiochéen.
On ne dira jamais assez l’importance des deux stèles conservées de
la série qui jalonnait le « Canal des Foulons ». Ces deux inscriptions,
qui figurent parmi les textes les plus anciens relatifs à la topographie
d’Antioche (73-74 apr. J.-C.), ont le double intérêt de livrer des listes
d’îlots, avec leurs noms, et de documenter le creusement d’un canal,
dont sont précisées la localisation et la fonction 2. Elles forment une
source essentielle pour toute réflexion sur l’organisation et l’évolution de
l’espace urbain antiochéen au ier s. apr. J.-C. Plusieurs autres documents
méritent d’être pris en compte. Le nom « Cossutius » a été tracé deux
fois sur la paroi intérieure de l’un des aqueducs repérés à Antioche3.
Gl. Downey a voulu en tirer une indication chronologique permettant de
dater l’aqueduc de l’époque hellénistique4. Cossutius est en effet le nom
de l’architecte chargé par Antiochos IV Épiphane de la construction du
temple de Zeus Olympien à Athènes5. Il convient toutefois d’être prudent car le nom lui-même n’est pas rare6. De plus il ne s’agit pas d’une
inscription officielle et rien n’indique que le nom ainsi tracé soit celui
d’un architecte qui serait le concepteur de l’aqueduc. Les inscriptions
sur mosaïque de l’Antiquité tardive trouvées in situ, en raison même de
leur intégration à un contexte architectural ou topographique défini, sont
des documents sur l’espace urbain, dans la mesure où elles permettent
d’identifier la fonction d’un édifice ou d’en dater la construction ou
la restauration, qu’il s’agisse des dédicaces de l’église de Kaoussié7,
de l’inscription de restauration du « Bain F8 », ou de l’inscription du
triclinion de Megas, Jean et Anthoussa9. Parmi les tablettes de défixion
1
Pour des études plus détaillées et une démonstration de l’apport d’une exploitation systématique de la documentation textuelle à la connaissance du parc thermal d’Antioche,
voir Saliou à paraître (a).
2
Feissel 1985 (SEG 35, 1483).
3
Downey 1938, p. 160-161 ; Campbell 1938, p. 205-206 ; IGLS III, 1, 825.
4
Downey 1938, p. 160-161 ; Downey 1951, p. 175 ; Downey 1961, p. 103.
5
Cf. Vitruve VII, pr., 15-17.
6
Sur la diffusion de ce gentilice, cf. R awson 1975 ; Torelli 1980.
7
Lassus 1938, p. 38-42 ; IGLS III, 1, 774-778.
8
Downey 1941, p. 84 89, n° 112 ; IGLS III, 1, 786 ; cf. Feissel 2006, n° 585.
9
IGLS III, 1, 770.
28
retrouvées à Antioche, trois au moins, dont deux sont encore inédites
à ma connaissance, sont d’un apport majeur, puisqu’elles mentionnent
le quartier où vit l’individu visé1, et, semble-t-il, la localisation de son
étalage2. Enfin les inscriptions honorifiques, dont on déplore au reste la
rareté, peuvent mériter d’être prises en compte dans la mesure où elles
signalent la présence dans l’espace urbain de la statue du dédicataire.
Certains textes, transmis par la tradition littéraire, se présentent
comme des copies de documents officiels ou de pièces d’archives. Dans
la Vie de Sylvestre du Liber Pontificalis, qui aurait été rédigée sous le
règne de Constance, figure une liste de biens sis à Antioche et dont les
revenus sont attribués à Saint-Pierre de Rome3. Cette liste comporte des
noms de quartiers (outre la transcription en latin, sous la forme Caene,
du nom de la Ville Neuve4 , y figurent l’unique attestation du quartier
d’Afrodisias et la plus ancienne attestation du quartier du Kerateion,
dans l’expression « balneum in Cerateas5 ») et des noms de biens immobiliers et fonciers : une domus Datiani et un hortus Maronis. Un bref
document conservé parmi les œuvres d’Athanase, rendant compte des
démarches entreprises à Antioche auprès de Jovien par des opposants à
l’évêque d’Alexandrie6 , comporte la plus ancienne mention d’une porte
désignée comme la Porta Romanèsia, ainsi qu’une mention du champ
de manœuvres, désigné comme le kampos. On associera à ces textes,
dans un registre différent, le martyrologium Syriacum7, traduction résumée en syriaque d’un original grec composé à Nicomédie peu après
362. Un martyrologue est « une liste de saints d’après les anniversaires
qui ont coutume d’être célébrés dans les églises8 » et constitue donc une
compilation des calendriers martyriaux, eux-mêmes à usage pratique,
de diverses églises. Le martyrologium Syriacum comporte la mention
1
Hollmann 2011 (p. 159, l. 10-11). Le même quartier est mentionné dans une autre tablette
encore inédite (Inv. 4740-I130d, cf. Hollmann 2011, p. 157, n. 4).
2
Cette indication figure, d’après les descriptions préliminaires, sur la tablette
Inv. 4740-I130d, encore inédite (cf. Heintz 2000, p. 166 et fig. 51, p. 164 ; Jordan 2000,
p. 28, n° 110).
3
Liber Pontificalis XXXIIII (Siluester), éd Duchesne, I, p. 177, l. 6-15 ; sur la datation,
cf. Davis 1989, p. xix-xx.
4
Sur la Ville Neuve, cf. Saliou 2009, p. 236-240.
5
Voir Poccardi 2009.
6
Ps.-Athanase, Petitiones Arianorum, PG 26, 820 824. (cf. Saliou 2009, p. 244-245, et
ci-après la contribution d’A. Martin).
7
Lietzmann 1911, p. 7-15 ; Nau 1915, p. 5-26 ; cf. A igrain 2000, p. 23-26.
8
A igrain 1980, p. 9.
29
d’un culte des Maccabées rendu dans le quartier du Kerateion. Cette
indication, sensiblement contemporaine de celle qui figure dans le
Liber Pontificalis, confirme l’usage du toponyme Kerateion au début
de la seconde moitié du ive s. ; il s’agit également de la plus ancienne
attestation du culte chrétien des Maccabées à Antioche.
2. Les historiens du Haut Empire
Compte tenu de l’importance d’Antioche, tous les historiens — ainsi
que Strabon dans sa Géographie (16, 2, 4-5) — y font allusion et comportent de façon ponctuelle des indications plus ou moins précises et
toujours précieuses. Par contraste avec Malalas1, des auteurs comme
Tite-Live, Flavius Josèphe ou Dion Cassius ont une rassurante réputation
de sérieux. On recueillera donc avec gratitude les indications qu’ils fournissent à propos de l’espace urbain antiochéen 2. Leur intérêt pour notre
propos vient cependant moins de leur volonté affichée de recherche de
la vérité que de leur position chronologique propre : ils relatent souvent
des événements dont ils sont contemporains ou proches dans le temps, en
s’appuyant sur des témoignages ou des sources vérifiables, et en sachant
que leur récit peut être contrôlé ou critiqué. Les plus anciennes mentions
de la rue principale3, de l’agora 4 (désignée comme « agora tétragone »
et sommairement décrite) et du théâtre5 d’Antioche apparaissent ainsi
dans la Guerre des Juifs de Flavius Josèphe. Les indications relatives à
l’agora et au théâtre figurent dans le récit d’épisodes survenus en 67 et
70 apr. J.-C., donc quelques années seulement avant la rédaction de la
Guerre des Juifs : cette proximité chronologique est un gage de fiabilité.
La mention du théâtre comme lieu d’assemblée du peuple est confirmée
par un passage des Histoires de Tacite6 relatif à un épisode de 69 apr. J.-C.
1
Voir ci-après la contribution de S. Agusta-Boularot.
2
Sur le récit par Dion Cassius du tremblement de terre de 115 apr. J.-C., cf. Saliou 2009,
p. 246 ; Saliou à paraître (b).
3
Jos. BJ 1, 425 (cf. Jos. AJ 16, 148).
4
BJ 7, 55 ; 61. Le forum est également mentionné par Tacite comme le lieu d’exposition
du corps de Germanicus en 19 apr. J.-C. (Tac. Ann. 2, 73, 5). Le témoignage de Tacite
a permis de restituer la mention du forum d’Antioche dans le texte mutilé du décret du
sénat de Rome sur les honneurs funèbres de Germanicus (Tabula Siarensis), de peu
postérieur à sa mort.
5
Jos. BJ 7, 47-48.
6
Tac. Hist. 2, 80.
30
Les indications concernant la période hellénistique doivent être appréciées au cas par cas. On se contentera ici de deux exemples.
Tite-Live attribue à Antiochos IV Épiphane la construction à Antioche
d’un temple de Jupiter Capitolin1. On peut se demander si l’épithète de
« Capitolin » correspond à une traduction approximative en latin, par
Tite-Live ou sa source, de l’épiclèse du dédicataire du temple antiochéen.
On relèvera que le temple construit par le même Antiochos IV à Athènes
est dédié, toujours d’après Tite-Live, à Jupiter Olympien : le Padouan
distingue donc bien les deux épiclèses. Surtout, on rapprochera de son
témoignage la mention par Malalas de travaux de construction de Tibère
relatifs à un temple de « Zeus Capitolin » à Antioche2. On en déduira
que Zeus/Jupiter a bien eu à Antioche un temple où il était adoré comme
« Capitolin », que Tibère l’a plutôt restauré que fondé, et l’on sera aussi
conduit à s’interroger sur le rôle de « double » d’Antiochos IV qui est
ainsi attribué à Tibère dans le récit de Malalas. L’enquête sur un édifice
et les modalités de son apparition dans les sources débouche donc sur
une interrogation sur les sources elles-mêmes, les liens qui les unissent
et le cas échéant leur logique narrative propre.
Flavius Josèphe, relatant une émeute survenue en 144 av. J.-C., décrit
le contexte urbain du palais, dont il ne précise toutefois pas la localisation 3. Il convient de se demander s’il s’agit d’un récit topique, répondant
à un schéma conventionnel, d’un récit inspiré par l’état du quartier d’un
éventuel palais au ier s. apr. J.-C., à l’époque où écrit Flavius Josèphe, ou
enfin d’un récit fidèle à une source ancienne et permettant ainsi de se
faire une idée du palais et de la ville à l’époque hellénistique.
3. Tradition érudite : grammairiens et
lexicographes
L’étude de la tradition érudite peut permettre de mettre en évidence
la relative ancienneté de certains toponymes et des récits qui leur sont
associés. L’usage de ces sources est cependant délicat, voire périlleux
et implique une réflexion préalable sur les conditions de transmission,
d’élaboration et d’édition de ces textes.
1
Liv. 41, 20, 9.
2
Malalas 10, 10, p. 234, l. 10 Dindorf = p. 178, l. 44-45 Thurn.
3
AJ 13, 136-139.
31
Libanios évoque à deux reprises le faubourg de Méroé, situé à l’est
d’Antioche, et ce nom apparaît également, sous diverses formes, dans
diverses recensions de la Vie de Syméon le Stylite1. Hérodien le Grammairien, actif sous les règnes d’Antonin et de Marc-Aurèle, et qui puise
lui-même à des sources antérieures, indique que Méroé est, entre autres,
le nom d’un faubourg situé à l’ouest d’Antioche2. Son témoignage permet
ainsi de faire remonter la date de la première attestation de ce nom du
milieu du ive s. au milieu du iie s. apr. J.-C. De même, le nom utilisé par
Libanios pour désigner le village fondé par les Argiens à la recherche
d’Io – Iônè3 – , est cité par Hérodien4. Il faut prendre garde toutefois au
fait que l’édition de référence de l’œuvre de ce grammairien date de 18705
et que le texte de ses ouvrages est restitué à partir de citations ou de
résumés de date plus tardive. Le texte du peri parônumôn en particulier,
d’où provient l’une des deux mentions d’Iônè, est presque entièrement
tiré des Ethnika d’Étienne de Byzance, traité composé au vie s., et qui
n’est au reste connu que par un épitomè et par les citations qu’en a fait,
au xive s., Eustathe de Thessalonique. La poursuite de l’entreprise de
réédition des Ethnika dans le Corpus Fontium Historiae Byzantinae, sous
la direction de M. Billerbeke, permettra assurément d’utiliser de façon
à la fois plus critique et plus assurée le texte d’Hérodien, en attendant
une réédition de ce dernier.
4. Auteurs et textes de l’Antiquité tardive
Éloquence et homilétique, correspondance, histoire et chronique
La description par Eusèbe de Césarée de la « Grande Église » d’Antioche est le point de départ de l’étude d’A. - M. Goilav. Les sources sont
plus nombreuses à partir du milieu du ive s. Les deux grands auteurs
antiochéens du ive s., Libanios et Jean Chrysostome, font l’objet ci-après
de contributions spécifiques. Leur importance ne doit toutefois pas
empêcher d’apprécier à leur juste valeur les apports d’autres auteurs.
L’historien Ammien Marcellin, antiochéen d’origine, et qui relate des
1
Lib. Or. 5, 42-43 ; Or. 11, 59-65 ; sur le témoignage des différentes versions de la Vie de
Syméon le Stylite, cf. Festugière 1959, p. 370.
2
Hérodien le Grammairien, éd. Lentz, 1, p. 306, l. 10-11 (De prosodia catholica).
3
Lib. Or. 11, 51 ; 61 ; 68 ; 91.
4
Hérodien le Grammairien, éd. Lentz, 1, p. 337, l. 8 (De prosodia catholica) ; 2, p. 867,
l. 33 (Peri parônumôn).
5
Lentz 1867-1870.
32
événements dont il est contemporain, est un témoin particulièrement
précieux, même si les indications qu’il fournit restent ponctuelles1. Les
apports de Jérôme, qui a séjourné à Antioche, sont multiples et importants : dans sa Chronique, il mentionne la construction de thermes par
Septime Sévère, confirmant ainsi une indication de Malalas2 ; la mention
de la porta Daphnitica, associée à celle du koimètèrion, dans le De uiris
illustribus3, daté de 392, est la plus ancienne mention d’une porte ainsi
désignée, ménagée, donc, dans le rempart du ive s., avant l’extension
des remparts par Théodose II ; la désignation des Méléciens comme les
campenses, dans la Correspondance, confirme à la fois l’usage du mot
campus/kampos pour désigner le champ de manœuvres et l’utilisation
de cet espace par les partisans de l’évêque Mélèce4. Les indications du
pseudo-Hégésippe et d’Eunape de Sardes5 confirment celles de Libanios
et d’Ammien Marcellin sur la situation du théâtre dans l’espace urbain et
sur son rôle de point d’ancrage du souvenir d’une incursion des Perses 6.
Le témoignage d’Augustin, évêque d’Hippone, constitue une pièce
maîtresse dans le raisonnement de L. Triebel visant à démontrer que
l’église des Maccabées n’est pas une ancienne synagogue7.
Parmi les auteurs du vie s., une contribution aurait pu être consacrée à
Procope, source essentielle sur les fortifications et l’oronymie d’Antioche
au moment du raid perse de 540 et sur les travaux de reconstruction
de Justinien8. De même, si les historiens ecclésiastiques du ve s. sont
étudiés ci-après par A. Martin, Évagre le Scholastique, qui rédige son
Histoire Ecclésiastique à la fin du vie s., aurait pu lui aussi faire l’objet
d’une étude détaillée, car il confirme, précise ou complète sur bien des
points les indications fournies par d’autres sources9. L’historien Jean
d’Antioche, qui écrit au vie s. ou au début du viie s., est le seul auteur à
mentionner un temple de Trajan, transformé d’après lui en bibliothèque
1
Ex. : sur le Tycheion, 23, 1, 6 ; sur le Bain de Valens, 31, 1. 2
Saliou à paraître (a), tableau 2, n° 13.
3
De uiris illustribus 16. Sur le koimètèrion, voir ci-après la contribution d’A. Martin.
4
Jer. ep. 15, 3 ; voir ci-après la contribution d’A. Martin.
5
Ps.-Hegesipp. 3, 5, 2 ; Eun. VS 6, 5.
6
Libanios Or. 24, 38 ; Ammien Marcellin 33, 5, 3.
7
Triebel 2005.
8
Cf. sur la « Porte de fer », Brands 2009 ; sur les reliefs dominant Antioche et leurs
désignations, Saliou à paraître (b).
9
Par exemple, sur l’apport de l’œuvre d’Évagre à la connaissance des bains d’Antioche, cf.
Saliou 2004, p. 292, p. 306, n° 28 ; Saliou à paraître (a), tableau 2, n° 8-9, 13, 22-23, 34.
33
par Julien1. Les contours et la datation de l’œuvre de Jean d’Antioche,
qui n’est connue que de façon fragmentaire, font l’objet d’un vif débat,
marqué notamment par la publication récente de deux éditions concurrentes2. Il est à craindre qu’il ne faille prendre position dans ce débat.
Il convient enfin de ne pas négliger l’apport des compilations ou des
chroniques byzantines qui s’appuient sur des sources plus anciennes,
éventuellement inconnues par ailleurs ou connues sous une forme
abrégée comme la Chronique de Malalas3 : le Chronicon Paschale, la
Chronique de Jean de Nikiu4, la Chronique de Théophane5. Les passages
de la Chronique de Malalas intégrés aux Excerpta constantininiens6 comportent également des indications topographiques absentes du résumé
de l’ensemble de l’œuvre connu par le manuscrit d’Oxford7.
Légendes apostoliques, hagiographie, littérature d’édification
Les légendes apostoliques, l’hagiographie et la littérature d’édification
constituent un ensemble très riche de textes dont certains dépendent ou
paraissent dépendre de traditions orales et de pratiques rituelles effectives, mais dont l’abord n’est pas toujours facile.
Les Actes des Apôtres et les Épîtres de Paul mentionnent Antioche,
puisque Pierre et Paul sont censés y avoir séjourné, mais sans fournir
de détails topographiques particuliers. Parmi les légendes apostoliques
postérieures, dont le développement est lié à la construction de la mémoire de l’Église d’Antioche, certaines sont des légendes de fondation
d’églises8. Le texte grec des Reconnaissances pseudo-clémentines a
été élaboré entre 222 et 379. La dernière partie de l’ouvrage est une
1
Jean d’Antioche, frg 273. 1-2 Roberto = frg 206 Mariev.
2
Roberto 2005 ; M ariev 2008.
3
Voir les contributions de J. Beaucamp et B.-A. Vest.
4
Pour une illustration de l’apport de la Chronique de Jean de Nikiu, voir, à propos d’un
inventaire des bains antiochéens, Saliou à paraître (a), tableau 2, n° 30.
5
Ex. : Theoph. p. 70, l. 10 de Boor : porte « tauriane » (cf. Saliou 2000, p. 218-221).
6
Cf. Flusin 2004 et ci-après la contribution de J. Beaucamp.
7
Par exemple, une mention du Xyste d’Antioche a été conservée dans le récit d’une émeute
transmis sous une forme résumée dans le manuscrit d’Oxford de la Chronique de Malalas
et sous sa forme intégrale dans le recueil De Insidiis (p. 167, l. 2 de Boor).
8
Pour une étude systématique des églises d’Antioche, avec les références aux sources,
cf. A llen et M ayer 2012.
34
addition postérieure à sa traduction en latin par Rufin vers 4061. Il y est
fait mention d’une « immense basilique… » où se trouve la « chaire de
Pierre » et il y est précisé qu’à la suite des nombreuses guérisons opérées
par Pierre à Antioche et de la conversion en masse des Antiochéens
« (…) Théophile, personnage puissant entre les puissants dans la cité
(…), consacra dans sa maison une immense basilique à titre d’église2 . »
Cette légende, si elle est associée à un édifice précis, ce qu’il faudra
déterminer, devra être prise en compte et enregistrée, en tant que telle,
dans le Lexicon Topographicum Antiochenum. La version courte arabe
de la « légende des apôtres Pierre, Paul et Jean à Antioche », qui est
considérée par son éditeur comme le reflet d’un état archaïque de cette
légende, est quant à elle un récit de fondation de l’église de Cassien 3.
L’ancrage topographique du récit est clair, c’est sa date et son origine
qu’il faudrait tâcher d’établir de façon plus précise, dans une perspective
d’histoire de la mémoire des lieux.
L’apport de la littérature hagiographique à l’étude de l’espace urbain
antiochéen est riche et diversifié. On se limitera ici à quelques exemples
représentatifs.
Certaines Passions ou Vies de saints antiochéens présentent des gages
d’authenticité qui confèrent aux informations topographiques qu’elles
contiennent un intérêt éminent. Un bon exemple en est la Vie ancienne
de Syméon Stylite le Jeune, mort en 593. Le récit se présente comme
ayant été rédigé par un témoin oculaire. Il s’agit d’une source majeure,
bien éditée et commentée4, qui fournit des indications sur les portes de la
ville, sur quelques quartiers — « les Chérubins », le Kerateion, particulièrement bien représenté dans la littérature antiochéenne, Apatè —, sur
un bain d’hiver, sur une basilique située à proximité de ce dernier5. De
plus la Vie a fait l’objet d’une seconde rédaction à l’époque byzantine par
Nicéphore Ouranos6 : une comparaison des deux versions sera possible et
1
Je m’appuie sur les notices du volume II des Écrits apocryphes chrétiens dans la
Bibliothèque de la Pléiade, Paris (2005), p. 1186 (P. Goltrain) et p. 1621 (L. Cirillo et
A. Schneider).
2
Reconnaissances X, 71, 2-3.
3
Van Esbroeck 1994.
4
Van den Ven 1962-1970.
5
Sur le bain et la basilique, cf. Saliou 2004, p. 291-292.
6
Voir la contribution de Kl.-P. Todt.
35
nécessaire1. L’apport d’autres textes provient des sources qui y sont mises
en œuvre. Ainsi, l’intérêt de la Passio Bonosi et Maximiliani a été mis
en évidence par D. Woods2. Bonosus et Maximilianus sont des martyrs
du règne de Julien. Leur Passion a été rédigée en Occident et en latin,
un siècle après leur martyre, mais d’après des archives contemporaines
des événements, et comporte des indications précieuses, en particulier
la mention du campus et d’un balneum uetus utilisé comme tribunal3.
Des récits légendaires, dépendants de traditions orales, et des fictions
littéraires peuvent aussi comporter des références à l’espace urbain antiochéen, dont la valeur pour le Lexicon Topographicum Antiochenum
doit être évaluée au cas par cas.
Les récits diffusés par la littérature d’édification, s’ils sont souvent
particulièrement difficiles à dater, peuvent parfois être très précisément
localisés. Un épisode du Pré Spirituel comporte le récit d’une apparition
divine au lieu-dit « les Chérubins4 », mentionné également par Malalas
et par l’auteur de la Vie de Syméon Stylite le Jeune5. La récurrence de
ces mentions est en elle-même significative de l’importance du lieu dans
l’Antioche de l’Antiquité tardive.
Diversité des sources, unité de lieu : les thermes de Trajan
La légende de Drosis (ou Drosinè) et des cinq chrétiennes constitue un
exemple de légende hagiographique étroitement associée à un édifice
précis et connue par des textes parfois très tardifs, transmis en diverses
langues et relevant de genres littéraires différents, impliquant un
travail d’équipe et une collaboration entre antiquisants et médiévistes.
La vénération de la mémoire de Drosis à Antioche est attestée par
Jean Chrysostome6 , dès la fin du ive s., et au début du vie s. par Sévère
d’Antioche7. Ce dernier fait le récit suivant : Drosis, fille de Trajan et
1
Fr. Alpi signale ci-après l’existence d’une version syriaque, qu’il faudra également prendre
en compte.
2
Woods 1995.
3
Sur le campus, cf. Saliou 2009, p. 244-245 ; sur le bain, cf. Saliou à paraître (a), tableau 2,
n° 21.
4
Jean Moschos, Pré Spirituel (Déroche, Bouchet, Congourdeau 2007), § 231 (Nissen 1938,
§ 12 p. 367-368).
5
Malalas 10, 45, p. 260, l. 22 sqq Dindorf = p. 197, l. 94 sqq Thurn ; 11, 24, p. 280, l. 20
sqq Dindorf = p. 212, l. 43 sqq Thurn ; Vie ancienne de Syméon Stylite le Jeune 9 ; 126.
6
Jean Chrysostome, PG 50, 683-694.
7
Voir surtout Homélie Cathédrale 114, datée du 14 décembre 517 (PO 26/3, p. 290-306).
36
chrétienne, a rejoint cinq pieuses femmes qui donnaient la sépulture
aux chrétiens martyrisés par Trajan ; elles sont arrêtées ; les cinq
femmes sont jetées au creuset où l’on est en train de fondre le bronze
dont on va fabriquer les chaudières des thermes que Trajan est en train
de construire ; l’eau chauffée dans ces chaudières provoque la mort
des usagers des thermes ; les chaudières sont refondues, on en fait cinq
statues représentant les saintes femmes. Drosis est jetée au feu. Dans
la Chronique de Malalas, telle qu’elle a été transmise par le manuscrit
d’Oxford, le martyre de Drosis est simplement mentionné à la suite du
récit des actes et du martyre des cinq chrétiennes, auxquelles elle n’est
pas associée1. Des versions développées, enrichies de détails divers, et
associant Drosis aux cinq martyres, figurent dans un recueil syriaque
copié en 7782 , et dans le « Synaxaire de Constantinople3 ». On a donc
affaire ici à un véritable dossier, qui permet d’étudier le développement
d’une légende étroitement associée aux thermes de Trajan, dont
l’existence est bien attestée jusque dans la deuxième moitié du ve s. au
moins4. La mise en évidence et l’étude de tels dossiers est un des fruits
que l’on peut attendre de l’élaboration du Lexicon Topographicum
Antiochenum.
Conclusions
En conclusion, il faut souligner l’extraordinaire richesse et la diversité
des sources pour le vie s., qui est précisément un siècle très important
pour l’histoire d’Antioche : c’est à cette époque que la cité change de
nom en devenant Théoupolis et que, détruite et reconstruite à plusieurs
reprises, elle voit son enceinte rebâtie sur un tracé réduit. Durant ce
siècle, nombreux sont les auteurs qui écrivent sur Antioche, et parmi
eux certains y vivent ou y ont vécu. Ils relatent des événements dont
ils sont témoins oculaires ou contemporains, et quand ils évoquent
des événements passés, ils témoignent de la multiplicité et de la diversité des traditions historiques et légendaires attachées au paysage
urbain d’Antioche. Outre Malalas et Sévère, étudiés ci-après, Procope,
Évagre le Scholastique et la Vie de Syméon Stylite le Jeune auraient pu
1
Malalas 10, 10, p. 276, l. 9-p. 227, l. 10 Dindorf = p. 208, l. 48-p. 209, l. 68 Thurn. Sur
la version de Malalas, voir Boulhol 2004, p. 105-106, et ci-après la contribution
de S. Agusta-Boularot.
2
Lewis 1900, p. 70-76.
3
Delehaye 1902, col. 553-556 (BHG 2119e).
4
Saliou à paraître (a), n° 8.
37
également, en raison de l’importance de leur apport à la connaissance
de l’espace urbain antiochéen, faire l’objet d’exposés spécifiques dans
le cadre de ces journées d’études. Si la prépondérance des sources du
vie s. est indéniable, on dispose, à partir du milieu du ive s. apr. J.-C.,
outre Libanios et de Chrysostome, de sources dispersées, mais solides
et précises et constituant des témoignages de contemporains. La documentation est au reste particulièrement riche pour la seconde moitié du
ive s., plus clairsemée pour le ve s. Les sources antérieures sont loin d’être
négligeables. Pour les années 66-74 apr. J.-C. en particulier, on dispose
à la fois des indications du récit de Flavius Josèphe et des « stèles du
canal des foulons ». Toutefois, hors ce coup de projecteur ponctuel, les
sources d’époque romaine sont rares, les sources d’époque hellénistique
quasi inexistantes. La connaissance que l’on peut avoir du paysage urbain d’Antioche avant le milieu du ive s. dépend donc en grande partie
de l’archéologie, de l’histoire de l’art et de l’exploitation critique des
textes narratifs de l’Antiquité tardive, au premier chef Malalas. Plus
généralement, l’importance des sources littéraires et des sources tardives
implique, pour l’élaboration du Lexicon Topographicum Antiochenum,
un travail en deux dimensions car l’inventaire des lieux ne peut être
dissocié d’une étude critique des sources.
38
Abréviations
BHG = Bibliographia Hagiographica Graeca.
FgrH = F. Jacoby, Die Fragmente der griechischen Historiker, Leiden (depuis
1923).
IGLS = Inscriptions Grecques et Latines de la Syrie (depuis 1929).
PG = Patrologia Graeca.
PO = Patrologia Orientalis.
SEG = Supplementum Epigraphicum Graecum (annuel).
W. Chr. = U. Wilcken, Grundzüge und Chrestomathie der Papyruskunde, I :
historischer Teil, Leipzig/Berlin (1912 ; réimpr. Hildesheim, 1963).
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die islamische Zeit (éd. I. Eichner, V. Tsamakda), Wiesbaden, p. 9-20.
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Saliou à paraître (a)
C. Saliou, « Bains et histoire urbaine. L’exemple d’Antioche sur l’Oronte dans
l’Antiquité », à paraître dans les actes du colloque « Thermes et hammans,
25 siècles de bain collectif au Proche-Orient » (programme ANR Balnéorient,
Damas, 2-6 novembre 2009).
42
Saliou à paraître (b)
C. Saliou, « La montagne d’Antioche et ses désignations. Réflexions sur
l’apport des sources textuelles à la connaissance de l’histoire de l’espace urbain
d’Antioche sur l’Oronte : le site de la ville », à paraître dans les Mélanges de
l’Université Saint-Joseph 61 (2010).
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S. Schrenk, « Die ‘topographischen’ Friese auf den Behangfragmenten mit
Danielszene und Petrusszene in Berlin’ », Hairesis. Festschrift für Karl Hoheisel
zum 65. Geburtstag (éd. M. Hutter, W. Klein, U. Vollmer), Münster, p. 72-83.
Stein 2002
M. Stein, « Die Inschriften auf dem Daniel- und dem Petrus-Stoff in Berlin »,
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W. Klein, U. Vollmer), Münster, p. 84-98.
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E.C. Kopff) = Memoirs of the American Academy in Rome 36, Roma, p. 313-321.
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Maximilianus », Hagiographica 2, p. 26-55.
43
L’Éloge d’Antioche
(Libanios, discours 11 = Antiochikos)
et son apport à la connaissance du paysage
urbain d’Antioche
Catherine SALIOU
Université Paris 8
L
’œuvre oratoire et épistolaire de Libanios est une source essentielle pour la connaissance de l’espace urbain d’Antioche, où
l’orateur naquit en 314 et où il passa la plus grande partie de sa
vie active, de 354 à sa mort en 393. La recherche moderne accorde à cet
égard une place prééminente au discours 11, désigné comme l’Antiochikos
ou l’Éloge d’Antioche, en raison de la longue description de la ville et de
ses faubourgs qui en constitue la dernière partie (§ 196-272). L’ouvrage
fondateur d’A.-J. Festugière consacré à Antioche s’ouvre ainsi sur une
traduction de ce passage commentée par R. Martin1 et, pour se limiter
à un seul exemple parmi les publications récentes, R. Cribiore s’appuie
sur ce texte pour présenter le cadre de vie du sophiste2. Dans le cadre
d’un inventaire préliminaire des sources permettant l’élaboration d’un
dictionnaire topographique d’Antioche (Lexicon Topographicum Antiochenum), ce discours doit donc être présenté et dépouillé en premier lieu.
La seule édition moderne de l’Éloge d’Antioche est pour l’instant celle
de R. Förster (Teubner, Leipzig, 1903). Le texte a été traduit et commenté, entièrement ou partiellement, à plusieurs reprises3, une nouvelle
édition est en voie d’achèvement pour la Collection des Universités de
1
Festugière 1959, p. 23-61.
2
Cribiore 2007, p. 24-30.
3
Festugière 1959, cité supra ; Downey 1959 ; Fatouros, K rischer 1992 ; Norman 2000,
González Gálvez 2001, p. 81-180. Cf aussi Francesio 2004 et Saliou 2006a.
44
France1. Il s’agit de la version écrite d’un discours prononcé en 3562 à
l’occasion des Jeux Olympiques d’Antioche et relevant de la catégorie
des discours panégyriques. Conformément à ce que l’on attend de ce type
de prestation, il se présente comme une succession de variations sur des
lieux communs de la rhétorique de l’éloge3, et plus particulièrement de
l’éloge de cité, abondamment pratiqué et très précisément codifié par
la seconde sophistique4. Le discours s’organise en deux grandes parties,
consacrées d’abord au passé (présentation du territoire, qui préexiste à la
cité elle-même5, origines mythologiques et fondation de la cité6, période
hellénistique7), puis au présent (institutions et vie sociale8, cadre concret
de la vie urbaine9) et ne traite pas seulement de la ville d’Antioche, mais
aussi de deux localités proches, situées chacune à environ 7 km de l’agglomération antiochéenne : Méroé (§ 59-71) et surtout Daphné (§ 94-99
et § 235-243). Un éloge ne saurait se confondre avec une description
objective. Cependant l’éloge, pour être convaincant, doit être fondé sur
l’identification des spécificités de l’objet loué. L’Éloge d’Antioche fournit
un grand nombre d’indications précises, localisables ou du moins relatives
à des lieux déterminés, et qui sont donc susceptibles de nourrir un dictionnaire topographique ou plus exactement topographico-topologique. Ces
informations concernent l’orographie et l’hydrographie, l’organisation
de l’espace urbain, et des édifices ou des monuments particuliers. Pour
préciser leur intérêt historique, il est indispensable de prendre en compte
le contexte dans lequel elles apparaissent. On distinguera donc ici les
références topographiques présentes dans les récits relatifs aux origines
et à la fondation de la ville, dans l’évocation de la période hellénistique,
et dans la description de l’Antioche de 356.
1
Dans le cadre de ce travail, l’édition du texte et la traduction sont assurées par M. Casevitz
et O. Lagacherie, le commentaire historique par C. Saliou.
2
Petit 1983. Quelques indices suggèrent toutefois que le texte a pu être remanié par
Libanios au cours des années suivantes (Casevitz, Lagacherie, Saliou à paraître, introduction).
3
Cf. Pernot 1993.
4
Cf. Pernot 1993, p. 178-216 ; Bouffartigue 1996 (avec une brève analyse de l’Antiochikos,
p. 52-54). Les deux traités de Ménandre de Laodicée (« Ménandre I ») et du pseudoMénandre (« Ménandre II ») constituent des sources essentielles (cf. Menander Rhetor,
edited with translation and commentary by D. A. Russell et N. G. Wilson, Oxford, 1981).
5
§ 13-41.
6
§ 42-99.
7
§ 100-130.
8
§ 131-195.
9
§ 196-272.
45
1. Origines mythologiques et récits de fondation
D’après Libanios, le site de la future Antioche aurait accueilli successivement, aux temps mythologiques, une implantation argienne
(§ 44-52), des Crétois menés par Kasos (§ 53), un apport de population
chypriote (§ 54), puis des Éléens sous la conduite des Héraclides (§ 56).
Alexandre, passant sur le site, y aurait conçu le projet de fonder une
ville (§ 72-77), projet réalisé ultérieurement par Séleucos (§ 85-93). Ce
récit a déjà fait l’objet d’une étude d’ensemble1. Dans la perspective
du Lexicon Topographicum Antiochenum, il faut s’interroger sur les
lieux qui y sont mentionnés, la fonction de ces mentions et leur relation
avec la topographie de la ville aux diverses périodes de son histoire, en
s’appuyant le cas échéant sur des comparaisons avec les témoignages
d’autres sources, parmi lesquelles la Chronique de Malalas occupera
une place privilégiée2.
La source Olympias : un lieu de mémoire
La source Olympias est mentionnée dans la partie historique du discours (§ 72-74, § 88), où Libanios rappelle la légende étiologique associée
à son nom : l’eau de la source aurait rappelé à Alexandre le lait de sa
mère. De façon comparable, en un autre point du discours, Libanios
rappelle la légende étiologique expliquant le nom du mont Amanos3.
La source apparaît également dans la partie descriptive du discours, où
Libanios la situe dans le secteur nord de la ville (cf. fig. 1) et la désigne,
par périphrase, comme la « source d’Alexandre » (§ 250). Le sophiste
se distingue ainsi du commun en se démarquant de l’usage courant.
Cette source est également mentionnée, sous son nom de « source
Olympias », par Malalas4 , qui la situe dans la partie de la ville comprise
dans l’extension des « remparts de Tibère ». Une « source Olympias »
qui fait l’objet d’une épigramme de l’Anthologie (9, 699) peut lui être
identifiée. Il s’agit d’un exemple de lieu concret correspondant à une
réalité spatiale connue des contemporains de Libanios et associé à une
légende apparemment bien diffusée, qui joue un rôle essentiel dans la
1
Saliou 1999-2000.
2
Sur la Chronique de Malalas, voir dans ce recueil les contributions de S. Agusta-Boularot
et J. Beaucamp.
3
Or. 11, 175. C’est sur le mont Amanos qu’Oreste aurait été délivré de sa folie (mania).
Sur cette légende, cf. Saliou 2006b.
4
Malalas 10, 10, p. 234, l. 12 Dindorf = p. 178, l. 46 Thurn.
46
constitution de l’identité antiochéenne en affirmant l’existence d’un lien
avec Alexandre.
Sanctuaires
Libanios mentionne un sanctuaire de Zeus fondé par les Argiens lors
de leur installation sur le site et désigné d’abord comme temple de Zeus
Néméen, puis comme temple de Zeus Épikarpios ou « Porte-fruits »
(§ 51). Dans le récit de Libanios, ce changement d’épiclèse manifeste la
reconnaissance par les arrivants de la fertilité de leur nouveau territoire.
Le problème ici est de savoir s’il est possible de déduire de l’anecdote
l’existence sur le terrain d’un sanctuaire de Zeus Épikarpios à un moment
de l’histoire d’Antioche. Le culte de Zeus Épikarpios est bien diffusé
au Levant et il est possible de voir en cette divinité une hellénisation du
grand dieu de la région d’Antioche, Baal Saphôn1. L’existence dans la
ville d’Antioche d’un sanctuaire qui lui aurait été dédié est donc vraisemblable, mais n’en est pas pour autant démontrée. À rebours, dans
l’hypothèse où l’anecdote serait une invention de la part de Libanios ou
de sa source, la diffusion de ce culte et la connaissance que ses auditeurs
pouvaient en avoir garantissaient à la fois la vraisemblance du récit et
l’efficacité de la démonstration.
Un autel de Zeus Bottiaios aurait été fondé par Alexandre (§ 76, § 88).
Malalas attribue à Séleucos la fondation d’un sanctuaire de Zeus Bôttios2
et le localise à Bôttia, qui serait un village préexistant à la fondation d’Antioche, et situé dans la partie en plaine de la ville3. L’épiclèse Bottiaios,
dont Bôttios est une déformation, renvoie à la Macédoine4 : le mot assure
donc dans le récit une fonction importante, qui est de rappeler l’origine
macédonienne des fondateurs. Cette origine est bien réelle et pourrait
rendre compte de l’existence à Antioche d’un culte de Zeus « Bottien ».
L’usage de l’adjectif comme épiclèse divine n’est apparemment attesté
que dans l’Éloge d’Antioche. La rareté même de l’épiclèse fait douter que
Libanios ou sa source ait pu l’inventer, mais l’hypothèse d’une forgerie
à partir de l’ethnonyme n’est pas à exclure.
1
Saliou 1999-2000, p. 381.
2
Malalas 8, 12, p. 200, l. 20 Dindorf = p. 152, l. 78 Thurn.
3
Malalas 8, 12, p. 200, l. 14 Dindorf = p. 151, l. 73 Thurn.
4
Chuvin 1988, p. 101-102 ; M astrocinque 2002, p. 360.
47
Toponymes : des noms aux lieux
La localité fondée par les Argiens sur le site de la future Antioche
aurait été baptisée par eux Iônè (§ 51, 61, 68, 91). Libanios situe Iônè
« au pied de la montagne » (§ 51), mais il indique aussi que ses habitants
en « descendent » pour rencontrer Cambyse ou s’installer dans la ville
fondée par Séleucos. Il semble donc que la définition topographique de
ce village primitif soit assez floue. L’assignation de ce toponyme à une
fondation argienne sur le site de la future Antioche semble attestée dès
le iie s. apr. J.-C.1 Malalas désigne cette fondation sous le nom d’Iopolis
et ses habitants comme les Iônitai2. L’usage de cet ethnique assure l’identification d’Iopolis à Iônè. Tout se passe comme si le mot Iônè avait été
remplacé par Iopolis, plus immédiatement compréhensible, entre le ive s.
et le vie s., à moins que les deux toponymes n’aient alterné dès l’origine.
La constatation de cette succession ou de cette alternance incite à se
demander si ces toponymes étaient d’usage courant ou n’apparaissaient
au contraire que dans les récits de fondation ou la littérature d’érudition.
Le toponyme Èmathia (§ 76, § 88) est assigné par Libanios à un lieu
très précis : « la citadelle » ou « le sommet » (ἡ ἄκρα) de la montagne
d’Antioche. Ce toponyme correspond à une antique désignation de la
Macédoine et son importance symbolique dans le récit de Libanios a
déjà été mise en évidence3. Libanios est la seule source à désigner ainsi
la citadelle d’Antioche. Le mot n’apparaît pas dans la Chronique de
Malalas, telle du moins que nous la lisons aujourd’hui. En revanche,
dans le récit de Malalas, Séleucos, lors de la fondation de la ville, sacrifie
une jeune fille nommée Aimathè4. La similitude des deux noms a été
soulignée par P. Chuvin : le nom Aimathè aurait dans le récit de Malalas
la même fonction que le toponyme Èmathia dans celui de Libanios,
rappeler les origines macédoniennes des fondateurs. Si les deux mots
sont des équivalents fonctionnels, alors il faut admettre que le signifiant
(la forme du mot) a dans ce cas plus d’importance que le référent (une
vierge sacrifiée ou un lieu de la ville) et donc que la citadelle d’Antioche
a pu n’être désignée comme Èmathia que par une partie de la tradition
érudite ou mythographique.
1
Cf. Herodianus grammaticus Gr., Lentz 3, 1, p. 337, l. 8 ; Lentz 3, 2, p. 867, l. 1.
2
Ex. : Malalas 2, 6, p. 29, l. 17 Dindorf = p. 22, 1. 19-20 Thurn.
3
Saliou 1999-2000.
4
Malalas 8, 12, p. 200, l. 16 Dindorf = p. 152, l. 75 Thurn. Cf. Chuvin 1988.
48
Les deux cas suivants sont plus épineux et ne concernent peut-être
même pas l’espace urbain antiochéen à proprement parler. ������������
Libanios attribue à Kasos la fondation de « (la) Kasiôtis » (§ 53). Le mot est utilisé
par Claude Ptolémée1 pour désigner une région s’étendant d’Antioche
à Amrit, puis à l’époque byzantine pour désigner un thème dont la
capitale est Alep et Larissa une place forte importante2. La formulation
de Libanios est ambiguë : dans son récit, il peut s’agir d’une région ou
d’un secteur de l’espace urbain 3.
Au § 56, Libanios mentionne la fondation par les Héraclides d’une
Hérakléia qu’il qualifie « d’addition à la cité [d’Iônè] » et dont il ne
précise pas la localisation. Au § 233 le mot Hérakléis figure au début
de la description du faubourg sud (sur la route de Daphné). Gl. Downey
considère qu’il s’agit d’une variante du toponyme Hérakléia, ce qui lui
permet d’identifier ce faubourg à la localité fondée par les Héraclides4. En
revanche, M. Casevitz adopte la traduction : « Par Héraklès » (CUF, à paraître). En ce cas, on ne peut tirer du texte de Libanios aucune indication
sur la localisation d’Hérakléia. En revanche, si l’on admet que Hérakléia
et Héraklèis sont deux formes du même toponyme, la fondation des
Héraclides est alors identifiable soit au faubourg situé immédiatement au
sud d’Antioche, soit à Daphné elle-même, car Malalas attribue quant à
lui à Héraklès la fondation de la future Daphné sous le nom d’Hérakléis5.
Dans ce dernier cas on ne peut pas exclure l’hypothèse qu’il s’agisse en
effet d’un nom ancien de Daphné (signalant une fondation antérieure à
Séleucos, qui serait le fait d’Antigone ?). Toutefois, il peut aussi s’agir
d’une élaboration fictive, qui pourrait être liée à l’institution des jeux
olympiques antiochéens durant la période impériale 6.
Les références topographiques jouent un rôle essentiel dans les récits
de préfondation et de fondation de la ville et dans la construction de
l’image de la cité qu’ils véhiculent. Toutefois les désignations employées
par Libanios peuvent correspondre, non aux usages courants, mais à des
1
Géographie 5, 15, 16.
2
Cf. p. ex. Anne Commène, Alexiade 13, 12, 24.
3
D’après Gl. Downey, le toponyme désignerait, comme Iônè, une localité implantée sur
la montagne d’Antioche. Downey 1961, p. 50.
4
Downey 1961, p. 50, p. 82 83.
5
Malalas 8, 19, p. 204, l. 9-13 Dindorf = p. 154, l. 54-58 Thurn.
6
Ce n’est pas le lieu d’aborder la question de la date de la fondation des Olympia antiochéens. Pour un aperçu des sources littéraires, Downey 1961, p. 230-231 ; voir aussi,
plus récemment, R emijsen 2010.
49
choix propres du sophiste ou à une tradition littéraire et l’identification
des lieux évoqués à des espaces précisément définis ou à des édifices
existants ou ayant existé est parfois problématique.
2. La période hellénistique
Dans son récit de la période hellénistique, Libanios cherche à mettre en
évidence l’existence d’une harmonie entre le présent et le passé de la ville
tout en rappelant les liens privilégiés qui unissaient les dieux à la cité.
Les références à l’espace urbain présentes dans ce récit répondent pour
l’essentiel à ces deux objectifs.
Un certain nombre d’éléments de l’espace urbain mentionnés dans le
cadre du récit de la période hellénistique réapparaîtront dans la description de la ville actuelle. Ainsi, c’est dans le cadre du récit de la période
hellénistique que Libanios introduit l’opposition entre « ville nouvelle »
et « ville ancienne » qui joue un rôle important dans la partie descriptive
de son discours (§ 119, § 125), mais qui est sans doute anachronique pour
la période hellénistique1. L’approvisionnement en eau fait l’objet d’un développement dans la partie descriptive du discours (§ 243). Or dans une
énumération des réalisations des souverains hellénistiques (§ 125), Libanios mentionne l’aménagement d’aqueducs. Cette indication est confirmée
par les graffiti relevés sur la paroi interne d’un tronçon de la conduite
repérée le long de la montagne d’Antioche, qui permettent de la dater de
l’époque hellénistique2. Dans le même passage est signalée la construction
d’un theatron, c’est-à-dire d’un édifice de spectacle, sans autre précision,
et d’un bouleutèrion. Dans la suite du discours les édifices de spectacle
que comptent la ville en 356 font l’objet d’un inventaire bref, mais précis
(§ 218-219). La mention du bouleutèrion peut annoncer l’éloge de la curie
par lequel débute le portrait moral de la cité (§ 133-149).
Pour démontrer l’amour des dieux à l’égard d’Antioche, Libanios relate
plusieurs transferts de statues (dieux honorés ailleurs et désireux de venir
s’installer à Antioche ; dieux refusant de quitter Antioche ou exigeant d’y
être ramenés). Ces récits concernent Artémis (§ 109), les « dieux chypriotes » (§ 110-113), Isis (§ 114) et Zeus Kassios (§ 117). Il semble s’agir
de récits de fondation de sanctuaires et il n’y a pas de raison d’exclure
1
Cf. Saliou 2009, p. 236-240.
2
IGLS III, 1, 825 (voir « Les sources antiques : présentation générale ») ; cf. Downey 1951,
p. 175.
50
que ces statues, et les sanctuaires auxquels elles étaient associées, n’aient
pas réellement existé à Antioche. Toutefois, aucun élément ne permet de
préciser leur localisation et on ne peut pas non plus exclure que ces récits
ne soient des affabulations de Libanios. Les statues qui en sont l’objet
doivent-elles ou peuvent-elles constituer des entrées du dictionnaire ?
Dans le cas du récit du séjour d’Artémis en Égypte, l’épisode a une
valeur étiologique et sert à expliquer l’épiclèse Éleusinia de la déesse à
Antioche. Or Libanios mentionne par ailleurs dans sa correspondance
un Éleusinion, situé à Antioche ou aux environs1 : il faudra mentionner
la statue d’Artémis au moins à propos de cet Éleusinion. À l’amour des
dieux pour la cité répondait la piété des rois à leur égard. Dans l’énumération des réalisations des souverains séleucides est mentionnée la
construction de trois sanctuaires : le sanctuaire de Démèter, ouvert et
en fonctionnement sous le règne de Julien 2 ; le sanctuaire d’Héraklès,
également mentionné par Malalas3 ; le sanctuaire de Minos, non attesté
par ailleurs.
Outre les édifices et aménagements publics civils et les statues et sanctuaires de dieux, Libanios mentionne également une statue de bronze qui
aurait été offerte par les habitants du Taurus au roi séleucide Antiochos IV
Épiphane pour le remercier d’avoir vaincu les brigands du Taurus (§ 123).
Le roi en question pourrait être en réalité Antiochos IV Épiphane de
Commagène, vainqueur des Kiètes du Taurus en 52 apr. J.-C.4 La statue,
dont l’emplacement n’est pas indiqué, peut s’être trouvée ailleurs qu’à
Antioche. Elle a pourtant joué un rôle important dans l’historiographie
de l’espace urbain antiochéen, puisqu’elle a servi, à tort selon nous, à
« expliquer » une des désignations de la Grande Église et proposer une
localisation de cette dernière5. C’est à ce titre, et dans une perspective
critique, qu’elle peut être intégrée au LTA.
3. Le présent
L’éloge de l’Antioche « actuelle » — pour l’orateur et ses auditeurs —
se déploie en deux volets, consacrés respectivement à la présentation
1
Lib. Ep. 1221, 2 (traduction anglaise : Norman 1992, n° 121).
2
Jul. Mis. 15, 346 b-d ; Lib. Or. 15, 79.
3
Malalas 10, 23, p. 246, l. 9 Dindorf = p. 186, l. 95 Thurn.
4
Casevitz, Lagacherie, Saliou, commentaire ad loc.
5
Pour une présentation et une réfutation de cette théorie, voir Saliou 2000, avec la bibliographie antérieure.
51
de la cité considérée comme un organisme institutionnel (§ 131-195),
puis à la description de l’agglomération et de ses faubourgs (§ 196-272).
Le premier développement comporte des allusions à des épisodes historiques situés dans un passé relativement proche. Dans ces récits est
mentionné le palais (§ 155, § 161), qui sera abondamment décrit plus
loin. Libanios mentionne également, comme une réalité contemporaine,
l’effort présent de construction, par les Antiochéens, de « sanctuaires
des Muses » au sens de locaux d’enseignement (§ 189). C’est toutefois
le long éloge descriptif qui clôt le discours qui est le plus riche d’informations sur le paysage urbain.
Comme Gl. Downey l’avait déjà reconnu, la description de Libanios
s’inscrit dans un système d’orientation dont l’axe principal est fourni par
le fleuve1, considéré comme coulant d’est en ouest2. Libanios distingue
systématiquement la « ville ancienne » et la « ville nouvelle », c’està-dire l’île (§ 119, 125, 203-204, 208-209, 211, 250). L’opposition entre
Ville Neuve et Vieille Ville est canonique dans l’Antiquité tardive, et
les termes Kainè et Palaia, utilisés de façon substantivée, peuvent être
considérés comme des toponymes3. Toutefois, au lieu de ces toponymes,
Libanios utilise systématiquement, à deux exceptions près (§ 208, § 211),
les adjectifs synonymes « néa » et « archaia ». Comme dans le cas de
la désignation de la source Olympias comme « source d’Alexandre »,
il s’agit pour lui de se distinguer de l’usage courant. Le sophiste distingue par ailleurs cinq grands secteurs urbains, selon une répartition
qui correspond peut-être à un usage reçu (§ 250, cf. fig. 1) : l’île (« ville
nouvelle ») ; le secteur « occidental » (c’est-à-dire sud), dans la direction
de Daphné ; le secteur « oriental » (nord), incluant la source Olympias ;
le « pied de la montagne » (ἐπὶ τῆς ὑπωρείας) — cette expression se
retrouve ailleurs dans l’Antiochikos (§ 200), ainsi que dans d’autres discours4, où le secteur semble être considéré comme périphérique, peut-être
mal famé — ; le centre-ville, opposé à la fois à l’île et aux trois secteurs
plus excentrés. Il convient de se demander si c’est à ce centre-ville que
correspond la Vieille Ville, ou si cette expression désigne l’ensemble
de la rive gauche par opposition à l’île (cf. fig. 2).
1
L’Oronte est mentionné à plusieurs reprises dans le discours, et nommé en une occasion
(§ 201).
2
Downey 1961, p. 608-611.
3
Saliou 2009, p. 236-239.
4
Lib. Or. 1, 99 ; Or. 27, 23.
52
La Ville Neuve fait l’objet d’une description développée, déjà abondamment étudiée1. Libanios signale qu’elle est ceinte d’un rempart et
traversée par quatre voies à colonnades se croisant, et décrit le palais,
ainsi que des monuments qu’il faut identifier à ceux que Malalas désigne
comme « la Régia » et le « Tétrapyle des éléphants » (§ 203-207). Le
sophiste dénombre cinq ponts reliant la Ville Neuve à la rive gauche de
l’Oronte (§ 208).
Libanios évoque également de façon assez précise des éléments du réseau viaire et de la scénographie urbaine de la ville située en rive gauche.
Trois rues sont nettement individualisées : la rue principale, bordée de
portiques (§ 196-197, § 202) ; une rue parallèle à la rue principale et
non bordée de portiques (§ 201) ; enfin une rue à portiques perpendiculaire à la rue principale, qu’elle relie à l’Oronte (§ 202). Le tétrapyle
et le nymphée, désigné comme le « sanctuaire des Nymphes », situés à
la rencontre de ces deux rues, font également l’objet d’une description
(§ 202). Les portes qui séparent la ville des faubourgs sont mentionnées
de façon récurrente (§ 231, 234, 261).
Dans le cadre d’une énumération d’ensemble des aménités urbaines
(§ 218-219), sont mentionnés des édifices de spectacle individualisés,
connus également par d’autres sources : hippodrome ; théâtre accueillant
des prestations musicales et scéniques ; amphithéâtre, présenté comme
un « théâtre accueillant les luttes entre hommes et bêtes sauvages2 » ;
« théâtre(s) fait(s) pour que les athlètes y combattent » (l’expression
désigne le Plèthre3 ou l’ensemble constitué par le Xyste4 et le Plèthre).
Libanios signale également l’existence de bains saisonniers5 (§ 220) :
dans la mesure où ils ne sont pas localisés, cette indication n’est pas
susceptible de donner lieu à une entrée du dictionnaire, elle pourra en
1
Cf. Saliou 2009, p. 240-244, avec la bibliographie antérieure.
2
Malalas utilise (pour désigner le même édifice ?) tantôt le mot μονομάχιον (Malalas 9,
5, p. 217, l. 3 Dindorf = p. 163, l. 58 Thurn ; Malalas 10, 50, p. 263, l. 15-16 Dindorf =
p. 199, l. 55-56 Thurn ; Malalas 13, 39, p. 346, l. 17-19 Dindorf = p. 268, l. 5-6 Thurn),
tantôt le mot Κυνήγιον (Malalas 13, 30, p. 339, l. 6-18 Dindorf = p. 261, l. 66-67 Thurn).
3
Lib. Or. 10, passim ; Malalas 12, 16, p. 290, l. 18 Dindorf = p. 220, l. 45 Thurn ; Malalas
13, 30, p. 339, l. 1 Dindorf = p. 261, l. 53 Thurn.
4
Malalas 12, 2, p. 283, l. 7 8 Dindorf = p. 215, l. 10-11 Thurn ; 12, 6, p. 286, l. 9 Dindorf
= p. 215, l. 56 Thurn ; 12, 16, p. 290, l. 18 Dindorf = p. 220, l. 45 Thurn ; Constantin
Porphyrogénète De Insidiis, p. 167, l. 2 de Boor (version non abrégée de Malalas 15, 15).
5
Cf. Saliou 2004.
53
revanche permettre de commenter les mentions de bains saisonniers
identifiés par un nom ou une localisation dans des sources du vie s.
Enfin, Libanios décrit de façon détaillée l’aqueduc reliant Daphné à
Antioche (§ 243).
Conclusion
L’apport de l’Éloge d’Antioche à la connaissance de l’espace
urbain d’Antioche est loin de se limiter à la longue description de la
dernière partie, et moins encore aux morceaux de bravoure que constituent les passages relatifs aux portiques de rues et au quartier du palais :
les développements historiques sont, eux aussi, riches en indications
relatives au paysage urbain ou ancrées d’une façon ou d’une autre dans
la topographie de la ville. Certes, l’emploi de périphrases et de termes
génériques au lieu des désignations spécifiques habituelles des éléments
de l’espace urbain antiochéen, qui répond à la volonté de distinction du
sophiste qu’est Libanios, rend parfois difficile ou hasardeux le croisement
de l’Antiochikos avec les autres sources. De plus, le degré d’intervention
de Libanios sur le fonds toponymique et légendaire qu’il manipule est
difficile à évaluer, et la critique débouche parfois, il faut bien l’avouer,
sur des apories. En dépit ou en vertu de ces difficultés, l’Antiochikos est
pour l’étude du paysage urbain, de la topographie de la ville et des usages
mémoriels de l’espace une source plus riche encore qu’il ne pourrait le
sembler au premier abord.
Fig. 1. Les secteurs de l’espace urbain antiochéen d’après Libanios (Or. 11, 250)
54
Fig. 2. Essai de localisation des secteurs de l’espace urbain antiochéen définis
par Libanios (fond de plan : plan restitué d’Antioche par Grégoire Poccardi).
Le tracé des remparts figuré sur le plan correspond à l’état postérieur à la reconstruction de
Justinien, qui réduisit l’emprise de l’enceinte au nord et renonça à fortifier l’île. Auparavant,
sous le règne de Théodose II (408-540), l’enceinte avait fait l’objet d’une extension vers le
sud. Au moment où Libanios prononce son discours, la limite nord de la ville se trouvait
au-delà du futur rempart de Justinien, et sa limite sud au contraire se trouvait au nord de
l’enceinte de Théodose, probablement à l’emplacement signalé sur le plan comme « la
porte des Chérubins ».
55
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57
Les discours de Libanios (discours 33-64)
et la topographie d’Antioche
Marilena CASELLA
Université de Messine
L
e sophiste Libanios, défenseur de la paideia hellénique et de
l’autonomie municipale, est un témoin important de la vie antiochéenne dans la deuxième moitié du quatrième siècle. Le rapport
entre le rhéteur et Antioche est, bien sûr, d’une importance fondamentale
pour comprendre les aspects les plus profonds de sa personnalité et de
ses créations : ces dernières ne peuvent se comprendre, en réalité, que
si on replace le sophiste dans son milieu. Libanios était le descendent
d’une grande famille curiale, mais il bénéficiait, grâce à son métier de
professeur de rhétorique, d’une existence sans devoirs ni responsabilités
politiques ; cependant un sens profond de la fidélité avait fait de lui le
plus constant défenseur de l’éloquence grecque, de la culture païenne,
de l’autonomie de la polis. La longue durée de la vie de Libanios (314393), ses relations avec les empereurs Julien et Théodose et avec les
gouverneurs, son attention portée aux détails concrets, son engagement
dans les débats de son temps, les générations d’étudiants formés par son
enseignement de la rhétorique et par ses idées, et qui devinrent bouleutes
ou fonctionnaires, avocats ou même sophistes, font de son œuvre une
source capitale pour la connaissance de l’Antiquité tardive en général.
De Libanios nous sont parvenus 64 discours, édités par R. Förster
dans la Biblioteca Teubneriana de 1903 à 1927, et dont beaucoup restent encore à traduire dans les langues modernes. Après l’éclipse des
années 1930 aux années 1970, durant laquelle seuls quelques savants
isolés s’intéressent aux discours de Libanios (P. Petit, A. F. Norman), on
assiste à une reprise et à un renouveau des études libaniennes dans le
dernier quart du siècle. P. Petit et J. Martin publient les deux premiers
tomes de l’édition des discours dans la Collection des Universités de
France et B. Schouler traduit les Discours moraux (Or. 6 8 et 15) pour
les Belles Lettres. Aujourd’hui la recherche sur l’œuvre de Libanios
58
donne l’impression d’une intense vitalité. Sont parus l’ouvrage posthume
de A. F. Norman dans la collection Translated Texts for Historians, le
discours 18 traduit par S. Angiolani, les discours 24 et 13 traduits par
U. Criscuolo et le discours 30 traduit par R. Romano, les volumes de
la collection Gredos par A. Melero et A. González Gálvez, l’œuvre de
G. Fatouros, T. Krischer et W. Portmann avec la traduction des discours
59, 17-18, 24, la traduction du discours 59 dans la Collection des Universités de France par P.-L. Malosse.
La valeur historique des ouvrages de Libanios est souvent difficile à
apprécier. Non seulement la rhétorique introduit dans le récit certaines
déformations, mais encore faut-il tenir compte de bien d’autres facteurs :
l’époque et les circonstances précises de la rédaction, la situation personnelle de l’auteur, ses opinions sur le sujet, ses attitudes en face du
réel, ses intentions présentes, les intérêts qu’il défend. Il est impossible,
donc, d’isoler telle ou telle citation de son contexte immédiat.
À partir du moment où l’on fait d’une production rhétorique un objet
historique, il faut en tracer les contours, c’est-à-dire en définir le genre
(épidéictique, judiciaire …), et la placer dans son contexte. Les textes
caractérisés par des artifices rhétoriques et des fondements idéologiques, comme les discours 56, 57, 46, que j’ai récemment traduits et
commentés1, suscitent à première lecture une certaine méfiance, mais
leur analyse interne et leur confrontation avec l’ensemble des autres
sources disponibles permettent de les utiliser comme des documents
historiques, après une lecture critique qui en hiérarchisant les niveaux
de signification du texte permet d’en tirer des problématiques précises.
Il faut donc appliquer une méthode d’analyse textuelle des discours à
la fois interne, avec pour objectif de distinguer entre le fonctionnement
du code rhétorique et les contenus idéologiques propres à l’auteur, et
comparative, par rapport aux autres auteurs de l’époque, de façon à faire
apparaître le point de vue du pouvoir et celui de l’administré2. Dans ce
processus la phase délicate et extrêmement complexe de la traduction,
1
Casella 2010. Ce livre, qui est une version révisée de ma thèse de doctorat en Histoire
et Civilisation (Libanios. Orationes
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LVI, LVII, XLVI. Introduction, Traduction et Commentaire Historique, École des Hautes Études en Sciences Sociales en co-tutelle avec
l’Université de Messine), présente pour la première fois la traduction, l’analyse et le
commentaire de trois discours (Kata Lykianou, Kata Seuerou, Kata Phlorentiou : les
discours se présentent comme des attaques violentes lancées contre les trois gouverneurs
mentionnés) qui n’avaient pas encore fait l’objet d’une traduction en langue moderne.
2
Casella 2006-2007, p. 45.
59
qui requiert un travail scrupuleux et des affinements incessants, joue
un rôle essentiel.
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L’approche directe des textes libaniens, comme on l’a déjà remarqué, est rendue particulièrement ardue par des difficultés stylistiques
et interprétatives. Un vocabulaire parfois obsolète, des constructions
lexicales souvent trop personnelles, la recherche de la composition,
l’argumentation si soignée qu’elle en devient malaisée à suivre contribuent à faire de Libanios un auteur difficile, tout comme son refus
des mots techniques, l’horreur à l’égard de mots latins, qui sont rendus
par des équivalents grecs (il faut penser à son attachement à l’égard de
l’atticisme et à la référence constante à Démosthène dans son œuvre, au
niveau lexical, stylistique et thématique), au moyen de périphrases ou de
participes substantivés. Hautement révélateur, à cet égard, sera un coup
d’œil au vocabulaire du rhéteur, ou plus encore au lexique technique.
Il serait intéressant et surtout très utile d’élaborer un lexique libanien
attentif aux différentes nuances que des mots en apparence communs
peuvent prendre dans un contexte précis comme celui de ses discours.
Prenons comme exemple le mot grec καταγωγή, en latin deuersorium :
« On a créé une hôtellerie pour les gens qui vont à cheval, que leur route
soit longue ou courte. Mais cette hôtellerie exige, bien entendu, des lits,
des tables, de la vaisselle à poser dessus, des cuisiniers, des domestiques
pour déchausser les voyageurs, pour les laver, pour leur amener les filles,
ou des médecins en cas de besoin1 ». On trouve ici le témoignage d’un
système d’entretien des mansiones et de fourniture, par les cités provinciales, du personnel nécessaire pour tenir ces établissements, lourde
dépense imposée aux cités et, par les cités elles-mêmes, aux collegia2.
L’objectif de la présente étude est de mettre en évidence, à partir des
discours 33-64, l’apport de l’œuvre oratoire de Libanios à la connaissance de la topographie d’Antioche. Je m’occupe surtout de discours
adressés à des gouverneurs, mais on trouve partout des allusions aux
espaces et aux bâtiments, qui reflètent le fonctionnement de la société
et en symbolisent la culture. Cela est clair si on regarde la fréquence
des mots dans les discours de Libanios. Les indications relatives aux
1
Lib. Or. 46, 19 : ἀπεδείχθη καταγωγὴ τοῖς ἰοῦσιν ἐφ’ ἵππων ὁδὸν ἢ πολλὴν ἢ οὐ πολλήν. τῇ
δ’, οἶμαι, καταγωγῇ ταύτῃ δεῖ κλινῶν ἐστρωμένων, τραπεζῶν, τῶν ἐπὶ τούτων ἐκπωμάτων,
ὀψοποιῶν, τῶν ὑπολυσόντων, τῶν ἀπονιψόντων, τῶν πόρνας ἀξόντων, τῶν ἰατρούς, εἰ
δεήσειε.
2
Casella 2010.
60
édifices et réalités urbaines concernent essentiellement les édifices de
spectacle, la salle de cours et le bouleutérion, les bains.
On trouve souvent le mot θέατρον, lieu clé de la vie antiochéenne. Il
faut faire une distinction entre le théâtre comme édifice de spectacle1
et le théâtre comme espace politique2 : le théâtre était aussi le lieu de
fabrication de l’opinion publique. Largement utilisé est aussi le mot
δικαστήριον, dont le théâtre usurpe souvent le rôle institutionnel 3. C’est
le cas du gouverneur Florentios, qui, sous l’influence des accusations
malveillantes — au théâtre – de la claque (une sorte de plèbe composée
d’étrangers immigrés, d’apatrides déracinés, de fils dénaturés ayant
tué père et mère et fui leur activité professionnelle, et de paresseux qui
se ruent au théâtre4), prend une décision illégitime : « Un personnage
intelligent, parvenu à une grande sagesse, plein de lectures, qui avait
mené à bien beaucoup d’affaires, qui avait su comme personne améliorer
sur tous les points la situation du commerce, grâce à son expérience
en ce domaine et à son équité, ce personnage donc, tel que je viens de
l’évoquer, étant agressé au théâtre par ceux qui s’étaient vendus à ses
ennemis, Florentios l’abandonna à leurs manifestations indécentes et à
leurs propos scandaleux. Or il eût fallu, suivant l’exemple de gouverneurs illustres, se fâcher, arrêter quelques-uns des agresseurs, punir
l’audace d’individus qui vivent de la prostitution des danseurs, ne pas
accorder plus d’importance aux propos injurieux qu’aux faits. Et même
s’il y avait une part de vérité dans ces propos, le théâtre n’était pas le
lieu approprié pour examiner ce dossier, et nous savons où se font les
enquêtes de ce genre. Il fallait lui intenter un procès en règle, procéder
à une instruction et, si ses accusateurs prouvaient le délit, le considérer
comme malhonnête une fois sa faute établie ; si au contraire ils avaient
menti, il fallait alors engager des poursuites pour calomnie5. » Un mime
1
Saliou 2000, p. 806 808.
2
M artin-Bueno 1992, p. 233-240 ; Casella 2007, p. 101-102.
3
Voir Lib. Or. 41 et 46.
4
Lib. Or. 41, 6.
5
Lib. Or. 46, 5: ἄνδρα τοίνυν δεξιὸν ἐπὶ πλεῖστον ἥκοντα νοῦ καὶ βιβλίων [τε] γέμοντα καὶ
πλεῖστα διῳκηκότα καὶ ὡς οὐκ ἂν ἕτερος καὶ τὴν ἀγορὰν διὰ πάντων ἀμείνω πεποιηκότα
ἐμπειρίᾳ τε τῇ περὶ ταῦτα καὶ δικαιοσύνῃ, τὸν δὴ τοιοῦτον ὑβριζόμενον ἐν τῷ θεάτρῳ
παρὰ τῶν αὑτοὺς πεπρακότων τοῖς ἐχθροῖς τοῖς ἐκείνου προὔδωκεν ἀσελγέσι καὶ
τρόποις καὶ ῥήμασι καὶ νόμοις ἐναντίοις. καίτοι χρῆν ἑπόμενον ἀρχόντων εὐδοκίμων
παραδείγμασι 4συλλαβεῖν τινας τῶν ὑβριστῶν, ἀγανακτῆσαι, δίκην λαβεῖν τοῦ θράσους
παρ’ ἀνθρώπων ὑπὸ τῆς τῶν ὀρχηστῶν πορνείας τρεφομένων, μὴ τῶν ἔργων πιστοτέρας
νομίσαι τὰς βλασφημίας. καίτοι καὶ εἴ τι δίκαιον ἦν ἐν τοῖς κατ’ αὐτοῦ λεγομένοις,
61
excite Tisamenos contre les bouleutes1, un autre attise la colère d’Eustathe contre les marchandes de légumes dont il veut se venger2.
D’autres exemples sont donnés par Libanios de ce rôle amplificateur des
espaces de spectacle, à propos de l’hippodrome. C’est à l’hippodrome,
lors d’une course de chevaux, que Théophilos, un bon gouverneur, fut
assailli et tué par cinq bronziers, des ouvriers de la ville : l’émeute traduit
l’exaspération d’une catégorie de la population 3. Si à Constantinople
l’hippodrome jouait un rôle politique important – chevaux, cavaliers,
voltigeurs font partie des factions —, à Antioche on ne trouve apparemment chez Libanios aucune trace de différenciation par les couleurs. Un
texte toutefois pourrait obliger à réexaminer la question de l’existence
des factions à Antioche4 : « Il (Florentios) n’a pas prouvé son amour pour
nous … en traitant comme il l’a fait les chevaux de course, violant l’usage
qui veut qu’on les libère de leur effort pour leur permettre de jouir du
pâturage, dont ils ont envie au printemps et dont, au contraire, ils sont
privés par toi, ce qui leur ruine la santé. De là, ruine financière pour le
liturge, et la collectivité (κοινόν) se ressent du préjudice qui frappe un
de ses membres (μέρος). » Ici, la tentation est grande de comprendre
μέρος comme désignant une faction5.
Toujours dans le discours contre le consularis Florentios se trouve une
notation sur la salle dans laquelle Libanios enseignait, c’est-à-dire une
des salles voisines du βουλευτήριον6 : « et je sais que bien des blessures
ont été infligées, que bien des larmes ont été versées pour leur complaire,
ainsi que me l’a appris la ruelle (στενωπός) qui traverse la boulè. Que de
οὐ τὸ θέατρον ἦν χωρίον τουτοισὶ τοῖς δικαίοις, ἀλλ’ ἴσμεν οὗ τὰ τοιαῦτα ἐξετάζεται.
τούτου δὴ λαχόντα δίκην ἐπὶ τὸν ἔλεγχον βαδίζειν ἔδει καὶ δεικνύντων μὲν ἀδίκημα
κακὸν νομίζειν τὸν ἐξεληλεγμένον, καταψευσαμένων δὲ πάλιν ἀπαιτεῖν δίκην τὴν τῆς
συκοφαντίας.
1
Lib. Or. 33, 15.
2
Lib. Or. 54, 42.
3
Lib. Or. 46, 30. Cf. Or. 19, 47.
4
Lib. Or. 46, 41 : οὐκ ἔστι φιλοῦντος ἡμᾶς, οὐκ ἔστι τὰ περὶ τοὺς ἁμιλλητηρίους ἵππους
παρὰ τὸν νόμον πεπραγμένα τὸν ἀφιέντα πόνον εἰς ἀπόλαυσιν τῆς πόας, οὗ διὰ μὲν
τὴν ὥραν τοῖς ἵπποις ἔρως, διὰ δὲ σὲ στέρησις, ἀφ’ ἧς ὄλεθρος. ὅθεν τῷ λειτουργοῦντι
πενία, τῆς δὲ περὶ τὸ μέρος ζημίας τὸ κοινὸν αἰσθάνεται.
5
C’est l’un des sens courants du mot dans le contexte de l’hippodrome ; voir Casella
2007, p. 111 et n. 120.
6
Balty 1991, p. 284.
62
leçons ont été interrompues par les cris des hommes que l’on frappait1 ! ».
Libanios était souvent invité aux séances de la boulè, et il fut lui-même
conduit, en une occasion particulière, à convoquer une réunion : « Hier
quatre bouleutes et moi-même, peu après midi, assis après avoir marché
le long d’une rue en plein air, parlions de ceux dont le comportement
est impudent (le consularis Loukianos) et il nous semblait nécessaire
de convoquer la boulè au bouleuterion2 . »
À Antioche les bains étaient des lieux très fréquentés3. La place qu’ils
occupaient dans les pratiques quotidiennes faisait des bains des lieux
d’expression de la conscience civique et le point de fixation de diverses
identités communautaires4. Les bains étaient des endroits où la foule se
rassemblait tout naturellement, et où s’exprimait l’opinion publique : le
gouverneur Loukianos y fut accueilli (sans qu’il s’agisse d’un véritable
adventus) par ses partisans, « ceux qui ont pour métier de lancer les
acclamations », une brigade composée de vils paresseux prêts à tout faire
en l’honneur de leur protecteur, les τετρακόσιοι λύκοι (les « 400 loups »
qui formaient la claque du théâtre, dont à plusieurs reprises le rhéteur
redit le pouvoir subversif), ceux qui vivent en flattant les gouverneurs,
qui gravitent autour des acteurs et des mimes, payés pour les applaudir,
étrangers et émeutiers professionnels – εἰς μέσους αὐτοὺς ἐμπεσὼν
ἑσπέρας τῷ λουτρῷ χαίρειν εἰπὼν ἀναστρέψας οἴκαδε5.
Très souvent les gouverneurs sont suivis au bain par des solliciteurs, qui
envahissent les bains des gouverneurs et attendent que ceux-ci sortent
du bassin pour les harceler de leurs demandes de faveurs : « Voici que
la nuit tombe et qu’on allume les lampes … Ils accaparent encore les
bains des gouverneurs de sorte qu’il n’y a pas moyen pour ces derniers
de satisfaire leurs besoins les plus élémentaires 6. » Et encore : « Voici
donc bien la raison pour laquelle les bains des gouverneurs sont préférés
aux bains publics, plus grands. On peut attendre beaucoup de la part
d’hommes nus … Les solliciteurs de ces baigneurs attendent que ces
1
Lib. Or. 46, 16 : οἶδα πολλὰ τραύματα καὶ δάκρυα γεγενημένα τοῦ στενωποῦ ταῦτά με
διδάσκοντος τοῦ ἐν τῷ βουλευτηρίῳ. πολλοὶ γοῦν λόγοι τοῖς ὀδυρμοῖς τῶν παιομένων
διεκόπησαν.
2
Lib. Or. 56, 30. Cf. Lib. Or. 1, 216.
3
Saliou 2000, p. 803 805.
4
Saliou à paraître (page 19-21 du tapuscrit).
5
Lib. Or. 56, 17.
6
Lib. Or. 51, 5 : ἑσπέρα καὶ λύχνος, καὶ οὐδὲν μᾶλλον ἀπέρχονται. ἀλλὰ καὶ λουτρὸν τὸ
τῶν ἀρχόντων αὐτοῖς, ὥστ’ ἐκείνοις μηδὲ πρᾶξαί τι τῶν ἀναγκαίων ἐνεῖναι.
63
derniers sortent de leur bain, puis les talonnent en les priant d’écouter
leurs intérêts1. » « Le gouverneur s’était lassé d’accorder des faveurs et
distribuait les dernières dans son bain 2. »
Certains discours sont partiellement consacrés à des questions relatives
à la gestion et à l’évolution de l’espace urbain : les réaménagements et
constructions nouvelles ; les aqueducs ; les bains.
On a le témoignage de constructions élevées par des fonctionnaires :
Proclos, Tisamenos, Florentios. Libanios approuve les constructions
en principe, mais critique certaines initiatives pour des raisons particulières : abus et procédés obliques, c’est-à-dire qui ne répondent pas
à une pratique conforme à la loi et cachent objectifs individualistes et
recherche du profit3.
Sous Théodose le rhéteur proteste contre la manie de construire
qui caractérise les gouverneurs, manie qui a atteint l’impiété quand
le consularis Florentios, pour édifier un portique – les portiques de
rue sont fréquemment mentionnés par Libanios4 –, finit par violer des
sépultures : « Il aurait dit que ce qu’il projette de faire, les portiques,
montre qu’il aime la ville. Mais les portiques précédents n’étaient déjà
pas l’œuvre de gens qui aimaient la ville, mais qui s’aimaient eux-mêmes.
Chaque portique était en effet pour eux une source d’or5, et il était en
même temps une source de larmes. Car le prélude de la construction
des portiques, c’était la destruction de maisons qui avaient abrité des
générations, si bien qu’au lieu d’une habitation il ne leur restait que le
prix des pierres. Or le même calcul conduit à son tour Florentios aux
mêmes actes. On dit que grâce au portique il va élargir la rue ; mais après
cela, pour que la rue devienne plus large d’une paume, on ouvre toutes
les tombes, on viole toutes les sépultures, les os des anciens habitants
1
Lib. Or. 51, 9 : ὧν εἵνεκα τὰ τῶν ἀρχόντων βαλανεῖα προκέκριται τῶν κοινῶν τούτων καὶ
μεγάλων. πολλὰ γὰρ ἂν αἰτηθείη καὶ παρὰ γυμνῶν καὶ παρ’ ἀποψωμένων καὶ ἐν ἑκατέρᾳ
γε δεξαμενῇ θερμοῦ τε ὕδατος καὶ ψυχροῦ. οἱ δὲ δεόμενοι τῶν οὕτω λουμένων τάς τε
ἐξόδους αὐτῶν ἀναμένουσι καὶ παρακολουθοῦσιν ἀκοῦσαί τι τῶν αὑτοῖς συμφερόντων
εὐχόμενοι.
2
Lib. Or. 52, 7.
3
Petit 1955, p. 316-317
4
Saliou 2005, p. 207-224 ; Eadem 2006, p. 276, 280 ; Cabouret 1999, p. 127-150.
5
Allusion à des installations de bois (baraques insérées entre les colonnes des portiques).
L’objectif était d’en tirer un revenu en les louant à des artisans pauvres.
64
de la ville sont dispersés, on n’a plus aucun respect pour les corps de
personnages vertueux1. »
Libanios proteste aussi contre la vanité des riches bouleutes qui imitent
à grands frais les somptueuses entreprises des honorati : « Après cela
ils se hâtent de les inviter à construire ; après quoi la chienne imite sa
patronne en construisant elle aussi. C’est là un essaim de maux pour tous
les métiers. L’aménité procurée à la cité par ses jardins est détruite, ce
n’est partout que pierres de taille, charpentiers et ouvriers2. » Ce texte
atteste que des demeures particulières étaient très fréquemment édifiées,
sous Théodose surtout3 et que le bâtiment est à Antioche l’activité principale, également à cause des tremblements de terre4.
On trouve encore chez Libanios des informations intéressantes sur les
équipements hydrauliques. Libanios évoque ainsi l’onéreuse et dangereuse corvée du nettoyage des aqueducs5 qui pesait sur les humiliores :
« Plus pénible encore : les aqueducs ne retrouvent que grâce à eux leur
calibre originel, et beaucoup qui descendent vivants sont remontés
morts ; et celui qui ne veut pas mourir doit courir ce risque en la personne d’un autre, qu’il paye6. » Les particuliers doivent participer, de
leur travail ou de leur argent, à la réfection des aqueducs.
L’œuvre de Libanios nous documente aussi sur la gestion des bains
d’exploitation publique (par opposition aux petits bains d’exploitation
privée), gérés par la puissance publique impériale ou plus souvent muni1
Lib., Or. 46, 44 : ἦ που γε εἶπεν ἄν· <ἀλλ’ ἃ διανοεῖται δρᾶν τὸν φιλοῦντα δεικνύουσιν
αἱ στοαί;> ἀλλ’ οὐδὲ αἱ πρότεραι τῶν φιλούντων ἦσαν τὴν πόλιν, ἀλλ’ ἑαυτοὺς πηγῆς
στοᾶς ἑκάστης χρυσοῦ καθισταμένης, τῆς δ’ αὐτῆς καὶ δακρύων. τὰ γὰρ δὴ πρῶτα
τῶν στοῶν οἰκιῶν κατασκαφαὶ πολλὰς γενεὰς δεξαμένων, ὥστ’ αὐτοῖς ἀντὶ οἰκήσεως
γενέσθαι τὰ τῶν λίθων χρήματα. ἄγει δὴ καὶ τοῦτον ὁ αὐτὸς λογισμὸς ἐπὶ ταῦτα. καὶ
λόγος εὐρυτέραν αὐτὸν τὴν ὁδὸν διὰ στοᾶς ποιήσειν, εἶθ’ ἵν’ εὐρυτέρα παλαιστῇ γένηται,
τάφος ἅπας ἀποκεκάλυπται καὶ θήκη πᾶσα καθύβρισται καὶ τῶν τὴν πόλιν οἰκησάντων
τὰ ὀστᾶ διέρριπται, αἰδὼς δὲ οὐδεμία νεκροῖς ἀνδρῶν ἀγαθῶν.
2
Lib. Or. 48, 38.
3
A lpi 2007, p. 39-45.
4
Voir Callu 1997, p. 156 : le paysan vient de l’extérieur avec son âne qui, dans des sacs,
transporte de la farine ou des produits maraîchers ; quand il repart, l’animal est chargé
des gravats des chantiers, voir Lib. Or. 50, 23-24.
5
Leblanc et Poccardi 2004, p. 239-243.
6
Lib. Or. 46, 21 : καὶ τούτου πολὺ χαλεπώτερον οἱ ὀχετοὶ τὸ πλάτος αὑτῶν κομιζόμενοι
δι’ ἐκείνων. ὧν οὐκ ὀλίγοι ζῶντες καταβαίνοντες ἀνιμῶνται νεκροί, καὶ προσήκει τὸν
οὐκ ἀπολούμενον ἐν ἑτέρου κινδυνεύειν σώματι, μισθοῦ πάλιν σώματι.
65
cipale, et entretenus au moyen de liturgies : « On a besoin de chauffage
pour les baigneurs. Les bouleutes pourraient s’adresser à tel ou tel, mais
ils ne veulent pas le faire1. » La calefactio est pour Libanios une liturgie,
devenue onéreuse : la boulè devait attribuer le chauffage des bains,
puisque Libanios lui reproche de laisser ces charges sans titulaires. Le
service intérieur des bains en revanche fait partie d’une catégorie de
charges que Libanios ne considère pas comme des liturgies, mais comme
des corvées imposées aux petites gens ; cependant on peut trouver le
spectacle étonnant d’un bouleute qui accomplissait aussi ce type de
services dans une petite cité qui tomba au rang d’un village à cause de
la situation de la boulè : « … On m’a raconté que le même homme, dans
une petite cité … levait l’impôt, offrait sur ses propres ressources les
services des bains aux habitants du lieu et, prenant la cruche, se faisait
garçon de bain 2. »
Nous trouvons donc aussi des éléments importants se référant à l’identité urbaine d’Antioche dans les discours engagés dans les questions
socio-politiques.
1
Lib. Or. 49, 10 : δεῖ τοῖς λουσομένοις πυρός. ἔξεστιν ἐλθεῖν ἐπὶ τὸν δεῖνα καὶ τὸν δεῖνα,
οἱ δὲ οὐκ ἐθέλουσι.
2
Lib. Or. 49, 31 : πρῴην τις ἤγγειλέ μοι τὸν αὐτὸν ἄνθρωπον ἐν μικρᾷ τινι πόλει τά τ’
ἔνδον καὶ τὰ τῶν τειχῶν ἔξω διοικεῖν καὶ πολλὰς ἔχειν τὰς τάξεις καὶ προσηγορίας
εἰσπράττοντα, τοῖς ἑαυτοῦ χρήμασι λοῦσθαι τοῖς ἐκεῖ παρέχοντα, τὸν δ’ αὐτὸν ἀμφορέα
λαβόντα βαλανέα γενέσθαι.
66
Bibliographie
Alpi 2007
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C. Saliou, « Bains d’été et bains d’hiver : Antioche dans l’empire romain »,
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Saliou 2006
C. Saliou, « Antioche décrite par Libanios. La rhétorique de l’espace urbain et
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(Mélanges J. Schamp) (éd. M. Steinrück, E. Amato, A. Roduit), Bruxelles,
p. 273-285.
Saliou à paraître
C. Saliou, « Bains et histoire urbaine. L’exemple d’Antioche sur l’Oronte dans
l’Antiquité », à paraître dans les actes du colloque Thermes et hammams, 25
siècles de bain collectif au Proche-Orient (programme ANR Balnéorient, 2-6
novembre 2009, Damas).
69
Terme e bagni pubblici e privati nella
corrispondenza di Libanio
Andrea PELLIZZARI
Université de Turin
S
fogliare l’epistolario di Libanio alla ricerca di informazioni sulla
topografia e sui monumenti della città di Antiochia ha significato
per me ritrovare ragioni e difficoltà di uno studio che ho condotto
alcuni anni fa sulle presenze, parziali ma significative, di monumenti
antichi nei Commentarii in Vergilii Carmina del grammatico Servio
(iv-v secolo d.C.). Là dove il commento a Virgilio lo permette, Servio
infatti descrive nei lemmi templi, statue, edifici, arredi urbani, che spesso
risalivano, pur attraverso restauri e riedificazioni, ai primi secoli di Roma
o anche all’età preurbana, e ne testimonia altresì la lunga sopravvivenza
fino ai suoi tempi attraverso l’uso di avverbi « marcatori » quali hodie o
nunc. Lungi dall’essere una superficiale trascrizione dell’informazione
attinta dalla tradizione glossografica, questi avverbi rappresentano spesso
la volontà di evidenziare come, a secoli dalla loro erezione, questo o
quel monumento fosse rimasto a perenne ricordo dell’antica grandezza
di Roma1.
Come i commentari serviani, così le lettere di Libanio possono offrire
particolari topografici interessanti, dispersi nel mare magnum della sua
corrispondenza2. Al di là dell’immediatezza « visiva » e sperimentale
dello scavo o della survey archeologica, un edificio, un ambiente, un
paesaggio possono infatti essere contestualizzati anche grazie all’apporto di altre fonti, non ultime quelle letterarie, soprattutto per quei
momenti della storia, come appunto la tarda antichità, per i quali il loro
1
Pellizzari 2003, p. 116-141.
2
L’epistolario di Libanio consta di 1544 lettere, di cui circa 1250 appartengono al decennio
355-365, circa 270 al quinquennio 388-393, le rimanenti, circa una ventina, agli anni 353354 e 365-388. Sulla collezione delle lettere di Libanio, cfr. Seeck 1906; Norman 1992,
p. 17-43; Cabouret 2000; Bradbury 2004, p. 19-23; González Gálvez 2005, p. 17-27.
70
apporto può risultare particolarmente fecondo1. Ovviamente tali dati non
consentono di utilizzare né l’opera di Servio né quella di Libanio come
una sorta di Baedeker del iv-v secolo sulle città di Roma e di Antiochia.
Non era, del resto, questa la finalità dei loro scritti, né aiuta la ricerca
l’ampiezza documentaria delle fonti, che sono tra le più estese che ci
siano giunte dall’antichità.
Valendomi del supporto cartaceo delle Concordantiae delle lettere di
Libanio2 e di quello informatico del Thesaurus Linguae Graecae, ho
cercato nell’epistolario, per i fini di questa ricerca, le occorrenze relative
alle terme e ai bagni, pubblici e privati, approfondendo in particolare
i termini λουτρόν e βαλανεῖον. Come mi aspettavo, la maggior parte
di queste è di carattere generico: vi si parla delle terme come di luoghi
piacevoli, dove si intrattengono amabili conversazioni, si partecipa a
recitazioni poetiche (Epp. 364 e 430, a Aristaenetus3; Ep. 1133 a Palladius4) e si cura il corpo con olio e bagni (Epp. 38 a Modestus5 e 381,
ancora a Aristaenetus). Diversamente dall’Antiochikos (Or. 11), l’elogio di
Antiochia pronunciato da Libanio nel 356 6 , e da altre fonti testuali7, non
si trovano inoltre nelle lettere notizie certe sulla distinzione fra strutture
termali a destinazione pubblica o privata 8 e fra bagni destinati a una
frequentazione estiva ovvero invernale9. Qualche interessante indizio
topografico si trova tuttavia in alcuni dossier di lettere, in particolare
quelle indirizzate a Datianus, e a Ellebichus, nelle quali si accenna alla
1
Cfr. Février 1986, p. 731; Carandini 1993, p. 14-15.
2
Fatouros, K riescher, Najock 1987.
3
Su Aristaenetus, cfr. Seeck 1906, p. 85 87 (Aristaenetus I); PLRE I, p. 104 (Aristaenetus 1); Petit 1994, p. 47-48 (Aristénète I, n. 38).
4
Su Palladius, cfr. Seeck 1906, p. 228 (Palladius V); RE XVIII, 3 (1949), col. 217 (Palladius 21); PLRE I, p. 662 (Palladius 18); Petit 1994, p. 187-188 (Palladius V, n. 218).
5
Su Modestus, cfr. Seeck 1906, p. 213-218 (Modestus); RE XV, 2 (1932), col. 2323-2326
(Modestus 12); PLRE I, p. 605-608 (Modestus 2); Dagron 1991, p. 242-244; Petit 1994,
p. 165-172 (Modestus, n. 200).
6
In generale, sull’Antiochikos, cfr. Francesio 2004 e la bibliografia ivi citata.
7
Per l’analisi dell’Antiochikos e delle altre fonti, rimando a Saliou 2004, p. 289-309; Ead.
c. d. s. (ringrazio l’A. per avermi messo a disposizione il testo in formato PDF).
8
Lib. Or. 11, 245: τοιγαροῦν ἅπασα φυλὴ τῆς πόλεως λουτρῶν κόσμοις ἰδιωτικοῖς
ἁβρύνεται τῆς ἐπωνυμίας κρείττοσιν. ἃ τοσούτῳ καλλίω τῶν δημοσίων, ὅσῳπερ τῶν
δημοσίων ἐλάττω, καὶ πολλὴ τῶν φυλετῶν ἔρις παρ’ αὐτοῖς ἑκάστοις εἶναι τὸ κάλλιστον.
9
Lib. Or. 11, 220: ἀλλὰ τὰ λ ο υ τ ρ ὰ τίς οὐκ ἂν ἀγασθείη; τὰ μὲν γὰρ ἁρμόδια χειμῶνι,
τὰ δὲ συμβαίνοντα θέρει, τὰ μὲν ἔξω πνευμάτων σφοδρῶν, τὰ δ’ ὥσπερ μετέωρα καὶ
οὐ κοινωνοῦντα τῆς γῆς.
71
costruzione di bagni pubblici, che i due evergeti dedicarono alla città
insieme ad altri edifici. Che la costruzione di bagni pubblici fosse un
investimento costoso è testimoniato dallo stesso Libanio in una lettera
del 362 a Celsus1, in cui un anticipo di somme per un certo affare è stimato « non meno lieve del costo di un bagno pubblico2 ». Non dovette
dunque essere un esborso trascurabile quello da loro compiuto, così come
non lo fu quello degli anonimi curiali celebrati nell’Antiochikos, che
destinavano parte delle loro ricchezze ad aiutare la città « con i piaceri
dei bagni o il divertimento del teatro3 ». Questi cittadini erano infatti per
Libanio i benemeriti che si assumevano il peso delle prestazioni obbligatorie, personali e patrimoniali, per la pubblica utilità (λειτουργίαι) 4 ,
di cui egli lamentò spesso l’eccessiva onerosità, che rischiava di alienare
il patriottismo sincero di molti di loro5.
Secondo il lessico politico-amministrativo di Libanio, gli interventi
economici di Datianus prima e di Ellebichus poi a favore di Antiochia
sono piuttosto da assimilare a choregie, anziché a liturgie6. Non si trattò
infatti di dazioni obbligate (munera curialia), bensì di finanziamenti
generosi e liberali in nome del loro attaccamento alla comunità locale.
Datianus (fl. 337-365) fu uno dei più ascoltati consiglieri di Costanzo
II, che nel 354 aveva sostenuto la causa di Libanio, deciso di tornare
ad Antiochia, dopo aver insegnato a Nicea e a Costantinopoli7. Nella
capitale siriana Datianus aveva infatti numerose proprietà e poteva
1
Su Celsus, cfr. RE III, 2 (1899), col. 1883-1884 (Celsus 15); Seeck 1906, p. 104-106
(Celsus I); PLRE I, p. 193-194 (Celsus 3); Petit 1994, p. 62-65 (Celsus I, n. 60).
2
Lib. Ep. 715: τὸ γάρτοι προεισφέρειν τὸν τηλικοῦτον οὐ πολὺ κουφότερον τῆς περὶ τὸ
κοινὸν βαλανεῖον δαπάνης.
3
Lib. Or. 11, 134: ἀεὶ δὲ τὴν πόλιν ἅπασαν λουτρῶν τε ἀπολαύσει καὶ θεαμάτων χάρισιν
ὠφελοῦντες.
4
Si vedano Petit 1955, p. 45-62; Millar 1983; Lewin 1995; Drecoll 1997; Francesio 2004,
p. 126-132.
5
I curiali erano spesso da lui considerati come i cittadini (πολῖται) per eccellenza: cfr.
Petit 1955, p. 25. Sui rischi del venir meno del sentimento civico-patriottico dei curiali,
vd. Lib. Or. 48, 3; Ep. 376, 1 (a Temistio): ἡ πατρὶς δὲ ἡδὺ μὲν αὐτῷ, διότι πατρίς, φοβερὸν
δὲ διὰ τὸ προσδέχεσθαι λειτουργιῶν ἀνάγκας ἐν πενίᾳ.
6
Le liturgie erano gli obblighi curiali (organizzazione di giochi e spettacoli, riscaldamento
di bagni pubblici, esazione di imposte ecc.) per cui era previsto il finanziamento diretto o
una garanzia pecuniaria; le choregie erano quelle liturgie il cui finanziamento dipendeva
esclusivamente dalla liberalità dei singoli. Cfr. Petit 1955, p. 45-46; Francesio 2004,
p. 23-24.
7
Su Datianus, cfr. RE IV, 2 (1901), col. 2226-2227; Seeck 1906, p. 113-117 (Datianus);
PLRE I, p. 243-244 (Datianus 1); Petit 1994, p. 75-78 (Datianus, n. 69).
72
far valere la sua grande influenza. Qui aveva fatto costruire anche dei
bagni pubblici, più d’uno in città (τά ἐν τῇ πόλει) e uno nel suburbio
(τὸ πρὸ τῆς πόλεως). Libanio ne parla in questi termini in una lettera a
Iovianus del 355 (Ep. 435). Se di quelli in città non viene detto nulla in
quest’occasione, quello extraurbano è gratificato degli aggettivi μέγα
e καλόν: ἀκούεις ἐκεῖνο τὸ μέγα καὶ καλόν, ᾧ Δατιανὸς τὴν ἡμετέραν
ἐκόσμησε1. Il verbo κοσμέω, « adornare », qui utilizzato, ricorre anche
in una lettera che Libanio scrisse allo stesso Datianus (Ep. 114), in cui
si immagina che la città di Antiochia personificata ringrazi il comes per
averla abbellita « con molti edifici, quasi altrettanti monili: con molti
bagni, dei quali alcuni si trovano all’interno delle mura, gli altri subito
davanti alle porte2 ». Nella lettera si parla anche di « giardini » (κήπους)
e di « sale per banchetti » (ἀνδρῶνας) ma possiamo notare che in essa
i bagni extraurbani allestiti grazie al patrocinio di Datianus sembrano
essere stati più di uno, visto che lo stesso articolo dativo plurale τοῖς
ricorre sia per riferirsi ai bagni in città sia a quelli fuori. Di « numero,
grandezza e bellezza dei bagni » (λουτρῶν πλῆθός τε καὶ μέγεθος καὶ
χάρις) donati da Datianus riferisce ancora la lettera 1184, inviata da
Libanio allo stesso Datianus; in essa manca però qualsiasi riferimento
di tipo topografico3. Altrettanto si può dire del contenuto di Ep. 441,
indirizzata allo stesso, che però offre qualche particolare sullo stato dei
lavori della loro costruzione: vi si dice infatti che alcuni sono compiuti
(τετελεσμένα), altri solo incominciati (ἀνιόντα) 4.
Ellebichus era un generale di origini barbariche, come il nome lascia
pensare5, che con ogni probabilità aveva sostituito Richomeres nella
carica di magister militum per Orientem nel 383, dopo che quest’ultimo
1
Lib. Ep. 435, 6: ἐπεὶ δὲ ἀνέστην, ἵππος μὲν ἦν ἑκατέρῳ, ἐφερόμεθα δέ, εἴ ποι δεήσειεν,
ἀλλήλων ἐχόμενοι, παρὰ τοὺς ἄρχοντας, ἐπὶ λουτρὰ τά τε ἐν τῇ πόλει καὶ τὸ πρὸ τῆς
πόλεως, ἀκούεις ἐκεῖνο τὸ μέγα καὶ καλόν, ᾧ Δατιανὸς τὴν ἡμετέραν ἐκόσμησε.
2
Lib. Ep. 114, 5: ἐμὲ τοίνυν, φησὶν ἡ πόλις, πολλαῖς μὲν οἰκίαις ὥσπερ ὅρμοις ἐκόσμησας,
πολλοῖς δὲ λουτροῖς, τοῖς μὲν εἴσω τείχους, τοῖς δὲ εὐθὺς πρὸ πυλῶν, καὶ κήπους
ἐφυτεύσω καὶ ἀνδρῶνας ᾠκοδομήσω, θυμηδίας φάρμακα.
3
Lib. Ep. 1184, 9: ἔτι δὲ οἰκιῶν κάλλη καὶ λουτρῶν πλῆθός τε καὶ μέγεθος καὶ χάρις,
πάντα ταῦτα τοὔνομα καθέξει, κἂν τὸ σῶμα ἀπέλθῃ.
4
Lib. Ep. 441, 7: τὸ κάλλος, ᾧ Δατιανὸς τὴν πόλιν ἐλάμπρυνε, λουτρὰ τὰ μὲν τετελεσμένα,
τὰ δὲ ἀνιόντα.
5
Secondo Schönfeld 19652, p. 11-12, Ellebichus (o le sue varianti) sarebbe una traslitterazione del germano Alavivus.
73
era stato elevato alla dignità consolare1, e che per questo aveva fatto
di Antiochia la propria residenza2. Fu molto amico di Libanio, che ne
apprezzò in particolare la moderazione quando fu inviato da Teodosio
a reprimere la cosiddetta « rivolta delle statue » del 3873. Per questo
gli dedicò anche un panegirico (Or. 22), che ne celebrava la clemenza 4.
Esaurito il suo compito, Ellebichus era tornato a Costantinopoli. Sulle
relazioni tra Libanio ed Ellebichus mi sono ampiamente soffermato
in un saggio di recente pubblicazione5. Poiché uno degli strumenti più
consueti per assicurare successo allo scambio epistolare è quello di
individuare e rimarcare le affinità fra corrispondenti, nello scrivere a
Ellebichus Libanio non poteva infatti non ricorrere alla comune appartenenza antiochena. Del resto, il bene della città, il corretto esercizio del
potere al suo interno, l’equa ripartizione dei carichi fiscali sui cittadini
e, in particolare, sui decurioni, furono sempre fra le preoccupazioni più
sentite da Libanio. Antiochia è al centro di due lettere a lui indirizzate:
una è l’Ep. 884, in cui viene riconosciuto a Eusebius, del quale si parla 6 ,
il merito di volersi assumere il peso di alcune liturgie ed essere così
utile (χρήσιμος) alla città7; l’altra, che più ci interessa, è l’Ep. 898, in cui
Ellebichus è invitato a dar seguito alla promessa, che aveva fatto alla
1
Su Richomeres, cfr. Seeck 1906, p. 251 (Richomeres); RE II, 1 (1914), col. 796-797
(Richomeres); PLRE I, 765-766 (Richomeres).
2
Su Ellebichus, cfr. Seeck 1906, p. 167-168 (Hellebichus); RE VIII, 1 (1912), col. 163
(Hellebichos); PLRE I, p. 277-278 (Ellebichus). Sulla sua residenza antiochena, cfr. Lib.
Or. 22, 18; 40.
3
Si trattò di una rivolta popolare, a chiaro sfondo politico-sociale, che si manifestò tra
l’altro nella distruzione delle statue in bronzo degli imperatori. L’intervento dell’esercito pose fine alla sommossa (cfr. Zos. 4, 33; Soz. HE 7, 23; Theodor. Cyr. HE 5, 20).
Sulla rivolta, cfr. Browning 1952; Cracco Ruggini 1986. Giovanni Crisostomo nelle 21
omelie de statuis (PG 49, p. 15-222) e Libanio sostennero le ragioni della moderazione
nella reazione: in particolare, Libanio dedicò ai fatti del 387 le Orr. 19 (a Teodosio, sulla
necessità di restituire alla città i privilegi che per rappresaglia le erano stati negati), 20 (a
Teodosio, elogiato per aver concesso alla città il suo perdono), 21 e 22 (rispettivamente
a Caesarius e a Ellebichus, i due rappresentanti imperiali che avevano riportato l’ordine
in città con moderazione e φιλανθρωπία), 23 (contro gli antiocheni che avevano abbandonato la città per paura delle punizioni in cui potevano incappare). Cfr. French 1998;
Quiroga Puertas 2007.
4
Lib. Or. 1, 232, ricorda anche un altro panegirico, non pervenuto, che Libanio gli avrebbe
dedicato nel 385.
5
Pellizzari 2011, p. 211-216.
6
Su Eusebius, cfr. Seeck 1906, p. 145-146 (Eusebius XXVIII); PLRE I, p. 304 (Eusebius
24); Cribiore 2007, p. 266.
7
Cfr. Lib. Ep. 884, 2: ἀξιοῖ λειτουργεῖν οὐ πρὸς τὴν δόξαν τῆς οὐσίας, πρὸς δὲ τὴν
ἀλήθειαν. οὕτω γὰρ ἂν τῇ τε πόλει χρήσιμος εἴη καὶ αὐτὸς οὐ καταπέσοι.
74
sua partenza, di ritornare ad Antiochia, o meglio, di « donare di nuovo
se stesso » ad Antiochia, definita « più grande e anche più bella » della
« Città Grande », cioè di Costantinopoli, che Libanio sempre rifiutò di
chiamare con il suo nome1. Del resto, continua Libanio, a lui va pure
riconosciuto il merito di aver contribuito alla maggiore bellezza della
città, poiché, con un atto meritorio di evergetismo, aveva donato alla
« patria » un edificio e delle terme pubbliche assai frequentate: « Tu
infatti ci hai concesso di dire qualcosa riguardo alla bellezza avendoci
donato un tale edificio e, in aggiunta a quello, un bagno che si trova al
centro della città e che attira a sé giovani e vecchi da tutte le sue porte2 ».
Non sappiamo se l’οἰκία e il λουτρόν citati in questa lettera facessero
parte dello stesso edificio, ma sicuramente quest’ultimo doveva trovarsi
in un luogo centrale e molto frequentato, forse prossimo a quella via
porticata dove, secondo la testimonianza dell’Antiochikos, si aprivano
numerosi bagni termali3.
Nei riguardi di Antiochia, Ellebichus si comporta dunque come molti
veterani dell’esercito orientale, che si erano stanziati nei dintorni della
città e che, in qualità di proprietari terrieri e di ricchi benefattori, erano
entrati nelle file del notabilato locale, sostituendo progressivamente il
ceto curiale sia nella gestione amministrativa sia nella munificenza
civica, come attestano numerosi papiri e iscrizioni4. Tuttavia, come lo
stesso Libanio fa notare nell’Antiochikos (Or. 11, 194), anche coloro che
erano entrati a far parte dei circoli imperiali sentivano la necessità di
erogare il loro contributo per l’abbellimento della città (ἀλλ’ οἳ τῆς περὶ
τὸν βασιλέα γεγόνασιν ἑταιρίας, πλείω τῆς ἐνταῦθα ἀναλώσεως ἢ τοῦ
προσλαβεῖν ἔσχον ἔρωτα), innalzando sontuosi edifici che risplendevano
1
Cfr. Lib. Ep. 898, 3: ἀλλά σου δέομαι, δεῖται δὲ μετ’ ἐμοῦ καὶ ἡ πόλις, ἀναμνῆσαι σεαυτὸν
ὧν ὅτε ἐξῄεις παρ’ ἡμῶν ἐπηγγέλλου. ἐπηγγέλλου δὲ τῆς Μεγάλης ἀπολαύσας πόλεως
δώσειν πάλιν σεαυτὸν τῇ λειπομένῃ μὲν ἐκείνης, οὐκ ὀλίγων μέντοι μείζονι, προσθείην
δ’ ἂν καὶ καλλίονι. Polemica anticostantinopolitana anche in Epp., 34, 4; 76; 1452, 2;
Orr. 20, 6 e 37; 49, 2. Cfr. Francesio 2004, p. 120-125.
2
Cfr. Lib. Ep. 898, 4: δοὺς μὲν οἰκίαν τοιαύτην, προσθεὶς δὲ αὐτῇ λουτρόν, ὃ κεῖται μὲν
ἐν μέσῃ τῇ πόλει, ἄγει δὲ τοὺς ἀφ’ ἑκάστης πύλης ἐφ’ ἑαυτό, νεότητά τε καὶ γῆρας. La
costruzione e la dedica di edifici pubblici da parte dei notabili è una pratica elogiata da
Libanio stesso in Or. 11, 134 e 194.
3
Lib. Or. 11, 212 e 218. Sui portici della città, cfr. Gros 1996, p. 103-107; Cabouret 1999,
p. 143-147.
4
Il tema è al centro di Lib. Or. 47 (De patrociniis), su cui si veda H armand 1955, p. 148167. Cfr. anche Liebeschuetz 1972, p. 113-118; 192-208; Carrié 1976; Doukellis 1995,
p. 209-222; Pollard 2000, p. 104-109; Laniado 2002, p. 3-26; K auffmann 2004, p. 336337. Qualche distinguo, da ultimo, in López 2009, p. 360.
75
come stelle (ἐγκατέμιξαν οἰκοδομημάτων κάλλη τῷ ἄστει δίκην ἀστέρων
ἐκλάμποντα). Datianus era uno di loro1, e tra questi era anche Proclus2 ,
che era in carica come prefetto urbano di Costantinopoli quando nel
388 ricevette una lettera di Libanio (Ep. 852), in cui gli veniva chiesto
di accogliere onorevolmente nella capitale l’ambasceria di tre uomini
che gli antiocheni avevano inviato a Teodosio per complimentarsi dopo
la sconfitta dell’usurpatore Massimo, e soprattutto di rimediare alle
difficoltà dei curiali di Antiochia. Trovandosi nella necessità di adularlo, Libanio lo presenta come il quarto componente dell’ambasceria
e ne glorifica l’impegno edilizio a favore della città: « Dopo che gli
ambasciatori erano stati scelti, uno straniero domandò a un cittadino
quanti fossero. E quello disse: « tre ». Io, che per caso ero presente
e che sentivo parlare di tre, dissi che gli ambasciatori non erano tre,
ma quattro. 2. « Come – domandò – quattro? » « perché – dissi – ben
prima di questi tre Proclus fu scelto per tutto ciò che era stato fatto da
lui nella città: strade, portici, bagni e piazze3 ». I bagni e le terme da lui
allestiti sono qui ricordati senza ulteriori specificazioni accanto ad altri
elementi di arredo urbano, quali piazze, strade e portici, innalzati grazie
alle disponibilità finanziarie di Proclus. L’unico indizio topografico che
possiamo desumere dalla lettera è che essi si trovassero all’interno della
città (ἐν τῇ πόλει).
Destinazione suburbana (forse Dafne 4?) è attestata invece per il
βαλανεῖον del ricco Letoius5, ricordato insieme ai suoi giardini e terreni
in una lettera del 388 a Celsinus, di cui se ne ricorda la frequentazione
durante un soggiorno antiocheno6 (Ep. 877): « anche di questo ha approfittato il ricco Letoius: di trascorrere molto tempo con te, avendo
1
Cfr. supra.
2
Su Proclus, cfr. Seeck 1906, p. 248-250 (Proculus III); RE XXIII, 1 (1957), col. 77-79
(Proculus 17); PLRE I, p. 746-747 (Proclus 6); Dagron 1991, p. 255-258; Petit 1994,
p. 213-217 (Proculus III, n. 255).
3
Lib. Ep. 852, 1-2: Ἤδη τῶν πρέσβεων ᾑρημένων ἤρετό τίς τινα ξένος πολίτην, ὁπόσοι
τινὲς εἶεν. ὁ δὲ ἔφησε· τρεῖς. ἐγὼ δὲ τοὺς τρεῖς ἀκούσας, καὶ γὰρ ἔτυχον παρών, οὐ τρεῖς
ἔφην πρεσβεύειν, ἀλλὰ τέτταρας. πῶς, ἤρετο, τέτταρες; ὅτι πολὺ πρὸ τῶν τριῶν ἔφην
ᾑρέθη Πρόκλος ὑπ’ αὐτῶν τῶν ἐν τῇ πόλει παρ’ αὐτοῦ πεποιημένων ὁδῶν τε καὶ στοῶν
καὶ λουτρῶν καὶ ἀγορῶν. Trad. francese : Cabouret 2000, p. 175-177.
4
Cfr. Sfameni 2006, p. 157.
5
Su Letoius, cfr. Seeck 1906, p. 198 (Letoius II).
6
Dopo aver rivestito alcuni incarichi di governo, Celsinus si era ritirato a vivere a Berito.
Sulla sua figura, cfr. Seeck 1906, p. 104; PLRE I, p. 191 (Celsinus 3); Petit 1994, p. 62
(Celsinus, n. 59).
76
terreni e giardini e un bagno, nei quali accogliendoti come ospite si
dilettava1 ». Si trattava certamente di un bagno destinato a uso privato,
allestito all’interno di una villa. Il sobborgo di Dafne era infatti noto
come un vero e proprio locus amoenus per l’abbondanza di boschi e
sorgenti, le quali ultime alimentavano impianti di bagni lussuosi, che
rivaleggiavano con quelli all’interno delle mura. Lo testimonia ancora
una volta l’Antiochikos2 , ma le sopra ricordate Epp. 114 e 435, a Datianus, relative a uno o più bagni πρὸ τῆς πόλεως sembrano confermarlo3.
In conclusione, il dossier di lettere esaminato può in qualche modo
aiutare a ricostruire la storia degli stabilimenti termali antiocheni e, più
in generale, della topografia urbana della città. Le semplificazioni e le
approssimazioni riscontrate si spiegano oggettivamente con la tipologia
di fonte adoperata: i destinatari delle lettere non avevano bisogno di dati
topografici precisi per comprendere allusioni e riferimenti, né lo scopo
di Libanio era quello di offrire una descrizione geografica della città,
né di celebrarne la gloria come nell’Antiochikos.
1
Lib. Ep. 877: Τοῦ πλούτου Λητόϊος καὶ τοῦτο ἀπολέλαυκε· πλείω σοι συνεγένετο χρόνον
ἀγρὸν ἔχων καὶ κήπους καὶ βαλανεῖον, ἐν οἷς σε ξενίζων (…)
2
Lib. Or. 11, 231: οὕτως ἠκρίβωται πρὸς τὸν εἴσω ζῆλον τὰ ἔξω καὶ τρυφῇ καὶ λουτροῖς
καὶ τέχναις καὶ τῷ συνοικεῖσθαι. Sulle bellezze di Dafne, ibid., 234-243.
3
Cfr. supra.
77
Abréviations
PLRE = A.H.M. Jones-J.R. Martindale-J. Morris, Prosopography of Later
Roman Empire, I, Cambridge (1971).
RE = Paulys Real-Encyclopädie der classischen Altertumswissenschaft, StuttgartMünchen (1893-1978).
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Cabouret 1999
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Cabouret 2000
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Carandini 1993
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un archeologo », Storia di Roma, III, 2, Torino, p. 11-38.
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Drecoll 1997
C. Drecoll, Die Liturgien im römischen Kaiserreich des 3. und 4. Jh. n.
78
Chr.-Untersuchungen über Zugang, Inhalt und wirtschaftliche Bedeutung der
öffentlichen Zwangsdienste in Ägypten und anderen Provinzen, Stuttgart.
Fatouros, Kriescher, Najock 1987
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81
The topography of Antioch described in the
writings of John Chrysostom
Wendy MAYER
Australian Catholic University - Brisbane
Outline of the corpus
C
oupled with the substantial portion of his life that he lived in
Antioch, the vast size of the genuine corpus produced by John
Chrysostom at first glance leads one to expect that the latter
contains a wealth of information about the locations in which the individual documents were composed. The corpus can be said to comprise
c. 820 homilies, 16 treatises, 242 letters, and a number of scriptural
commentaries. In regard to the percentage of these texts that were most
likely authored in Antioch, from c. 350 CE until the third quarter of 397
(some 47 years) John resided in Antioch. He left Antioch in autumn 397
and from early 398 until 20 June 404 he was bishop of (and resided in) the
eastern imperial capital, Constantinople. Of the period spent in Antioch,
the time until c. 379 was devoted to receiving a traditional education in
Greek paideia and subsequently an education in the Christian scriptures
and in local Syrian ascetic practice. From 381-386 he served as a deacon
in the larger of two Nicene Christian factions in Antioch (under Bishop
Meletius). In 386 he was ordained to the rank of presbyter in the same
Antiochene Christian faction and continued to hold that position until
elected to the rank of bishop of Constantinople in 397.
Problems with the corpus
This substantial corpus unfortunately becomes less useful for the
question of topography as we start to examine issues of provenance
and genre. Just as the bulk of the corpus is comprised of homilies, the
homilies, which contain the majority of the topographic data, give rise
to the bulk of the problems. The latter are associated in particular with
82
questions of provenance and date, and with the constraints imposed by
John’s rank. In regard to the last of these three, in Antioch only presbyters and bishops were allowed to preach. The homilies delivered at
Antioch therefore date to between 386 and 397 (an 11-year period). At
Constantinople John preached mostly from early 398 to late 403 (a 6-year
period). On this basis we might expect that two thirds of the homilies
(c. 550) were delivered at Antioch. Unfortunately, when it comes to
determining precisely which homilies were delivered in Antioch, the
issue of provenance is complex and not easily determined. In brief, the
provenance of each individual homily is reliant on data internal to that
same homily, or on a link between a homily that contains clear evidence
of its place of delivery and another homily that is sufficiently clear to
establish that the second was delivered at the same time of year and in
the same place as the first. When these factors are taken into account,
the potentially rich pool of c. 550 homilies is stripped back to 71 (of
which only roughly half contain topographic data). The pool of 71 may
in future be expanded as work on establishing secure sequences of
homilies continues, but that expansion is not likely to be substantial.
Of the corpus of letters, all 242 date from 404-407 (the last months of
his residency in Constantinople and the three years in Armenia in exile).
While 63 of the letters are addressed to individuals resident in Antioch,
none contains topographical detail about Antioch. In this instance, it
is neither date nor provenance that compromises their usefulness, but
genre. John’s primary concern in writings to supporters in Antioch is to
maintain networks and secure his rehabilitation to the episcopal throne
of Constantinople.
Of the treatises and commentaries, at least 1 treatise (Quod nemo laeditur) was composed in Armenia in exile, 2 more (on the subintroductae)
could have been composed in either Antioch or Constantinople, while
it is impossible to assign provenance to the commentaries because of
the manner of their composition (they potentially contain substantially
re-edited material from both locations). To further complicate matters,
some treatises contain « books » composed at several different times.
Of the 13 remaining treatises, only 2 contain useful topographical detail
relevant to Antioch (Ad Stagirium, De s. Babyla contra Iulianum).
To further consider the constraints imposed by genre, homilies are
usually delivered to an audience familiar with the topography of the
city and indeed situated within the city, so the preacher has no need to
83
be explicit about location. Homilies therefore contain data that more
commonly refer to what one did or what happened at a location, rather
than about where a place was situated within the city or its suburbs, or
about how a particular building was structured or what it looked like.
Furthermore, structures or places tend to be referred to in generic terms
(e.g. the theatre, the agora, the baths), even if more than one such feature
existed at the time in the city. Treatises also have major constraints
imposed by genre, depending upon the focus of the argument in the
treatise. Thus in De s. Babylas contra Iulianum, although the focus is
on the events surrounding Julian’s residency in Antioch, the translation
of Babylas’ remains and the fire at the temple of Apollo in Daphne,
topographical features are referred to only allusively and with some
vagueness. To sum up, of the vast corpus genuinely authored by John
Chrysostom, in the end for data concerning the topography of Antioch
we can rely on only 71 homilies and 2 treatises. None of the letters or
commentaries is of use in this regard. Of those 73 texts, in every single
instance, topographical data are filtered through a variety of constraints
imposed by the focus of the author and the individual genre.
Topographic data
On that somewhat pessimistic note, the reliable data that can be assembled is summarised as follows. For the full record see the appendix, to
which all of the numbering supplied in parentheses refers.
The least useful data occur in instances where all that is recorded is
the simple fact of a feature’s existence. Into this category fall the city
walls (1.4), the Daphne gate (1.5), colonnaded streets and stoas (1.6),
imperial statues (1.8), mountains (1.9), a hippodrome (1.11) and ateliers
(ergasteria) (1.13). In regard to civic data, the prison (1.1) is said to be
located inside the city walls and we are told that one passes through
the agora from the dikasterion en route to it. The agora (1.3) is a focal
point of civic and festival activity, lit well into the night and traversed
by vehicular as well as foot traffic. Passing through the agora is required
of John when he presides at one of the city’s churches. A dikasterion
(1.10) is closely associated with the agora. An execution site (barathron,
1.15) exists to which the condemned are led through the agora. This
raises the question : to what extent is the agora used as a route because
of its location (necessity), and to what extent because it is central to the
life of the city (symbolic) or offers the greatest number of spectators
84
(opportunity for public display)? This issue is brought to the fore in
De s. Meletio (1.3), where we are told that when Meletius exited the city
via the agora on the archon’s carriage, the public started throwing stones
at the archon. Would the archon have travelled through the agora to exit
the city, if he had not been obliged to in order to reach the necessary
exit? Alternatively, did he do so precisely because it was important to
make a public example of the exiled bishop?
Additional civic data includes information that baths (1.2) are located
inside the city within walking distance of the prison. These were closed
by imperial decree for a number of weeks in Lent 387. A theatre (1.7)
was closed by imperial decree at this same period. A theatre is also said
to be situated at a lower level than one of the regularly used churches.
Taverns (1.14) are situated on the route back from a suburban martyrium.
It is uncertain whether these are situated inside or outside the city walls.
A number of statements are made about the river Orontes (1.12). It
was used as a substitute baths during Lent 387, after baths were closed
by imperial decree. At that time, men and women bathed in the river
together. It was used for the disposal of illegal items in the winter of
371/2, and it was bracketed on at least one side by gardens when one
travelled en route back to the city from one of the martyria.
Topographic data concerning the different religious communities of
Antioch, most noticeably the (neo-) Nicene Christian faction to which
John belonged, are marginally more detailed. Two (possibly three)
Jewish sites are mentioned. Of two synagogues (2.1 and 4.2), at least
one is situated inside the city, a second in Daphne. Reference to this
second synagogue is vague and it may be that it is identical to the cave
of Matrona (4.6) in Daphne, a site used for incubation by inhabitants of
the city. Of churches used regularly by the neo-Nicene faction, there is
reference to the palaia (3.3), said to be located at a distance from the
« new » church (3.4). There is mention of a church associated with the
Maccabees (3.11) located inside the city. A number of references to unspecified churches (3.9) offer the information that a church is situated in
close proximity to a residential area, that this church or another requires
that John traverse the agora and various streets in order to reach it, that
this or another is situated at a higher level than the theatre, and that
inside this (or another church) men and women are separated from one
another by wooden panels. In additon a number of suburban worship
sites receive mention. A church constructed by Meletius (= S. Babylas,
85
3.5) is located on the opposite side of the river and houses the burials of
Babylas and the three children and Meletius. This was constructed of
stone. A martyrium of Romanesia (3.6) is located outside the city and
likewise contains multiple burials. A koimeterion (3.8) located outside
the city contains multiple burials, and one of a number of martyria (the
city is said to be walled in by martyrs on each side). Reference is made
to a suburb (3.7) where Babylas was reburied on translation from a martyrium in Daphne (4.5) before 3.5 was completed (= 3.8?). A site used
by the neo-Nicene faction during the reign of Valens (3.10) is said to be
located across the river. A church containing relics of S. Julian (3.12)
is described as situated near fig trees and grape vines. A martyrium
containing multiple relics, including those of S. Drosis (3.13), is located
outside the city walls, but reaching it does not involve travelling along
the river. The site also contains non-martyr burials. An unidentified
martyrium (3.14) is mentioned, in regard to which the route between
the martyrium and the city allows for travelling through gardens that
hug the Orontes. In association with Babylas a martyrium in Daphne
(4.5), visible on entry to Daphne and located in proximity to a temple of
Apollo, receives mention. It contained other burials in addition to that of
Babylas. These remained in situ after Babylas’ remains were removed.
Finally, two Christian sites used for purposes other than worship are
mentioned: a xenon (3.1), located inside the city, that caters to illnesses
of all kinds (except the incurable), and a poorhouse (3.2), located in front
of the city, that houses both men and women with incurable diseases
(leprosy and cancer).
The suburb of Daphne (to proasteion) is the only suburb to be named
explicitly. It contains springs and temples to various Greco-Roman deities (4.1), a synagogue and/or the cave of Matrona (4.2 and 4.6), a theatre
(4.3), used for a portion of the Olympic Games, and a temple of Apollo
(4.4) located in proximity to a martyrium (4.5), visible on the approach
to Daphne and currently missing its roof and cult statue.
Summary
1. As might be expected from the character of the sources, as many
Christian sites are mentioned as civic sites, but with slightly more detail.
86
2. The data about non-Christian places of worship are incomplete (only
1 synagogue inside Antioch is mentioned; only a temple of Apollo, which
no longer functions, in Daphne).
3. The data about civic sites are incomplete (no differentiation of baths,
refers to only a single agora, no mention of palace, palaistra, bridges;
refers to only a single gate).
4. The data about Christian sites are incomplete (regarding churches
inside Antioch, John refers only to those used by his faction).
5. The information that is supplied is largely allusive rather than
specific. In addition, the way in which John refers collectively to « the
baths », « the agora », and « the theatre » leads one to suspect that for
pedagogical and polemical purposes he operates largely within a symbolic topography.
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Appendix : John Chrysostom : Topographic Data
1. Civic topography
1.1 desmoterion (prison)
Jn Chrys, Ad Stag. 3, 13 (PG 47, 490, 37-38): Ἐκεῖθεν εἰς τὸ δεσμωτήριον ἐλθὼν,
καὶ πάντα τὰ ἐν τῷ οἰκήματι τούτῳ καταμαθὼν
Jn Chrys, De statuis hom. 13 (PG 49, 139, 10-11): ἐπὶ τὸ δεσμωτήριον ἔπεμπον
διὰ μέσης τῆς ἀγορᾶς
location: inside the city, prison accessible via agora from dikasterion
1.2 balaneion/a (baths)
Jn Chrys, Ad Stag. 3, 13 (PG 47, 490, 39 and 55-56): βάδισον ἐπὶ τὰ προπύλαια
τῶν βαλανείων … οὒτε λουτροῦ, οὒτε ἀγορᾶς, οὒτε ἄλλου τινὸς τῶν ἔνδον
αὐτοῖς μετασχεῖν θέμις ἐστίν
Jn Chrys, De statuis hom. 14 (PG 49, 151, 57): Ἀπέκλεισε τὰ βαλανεῖα τῆς
πόλεως ὁ βασιλεύς
Jn Chrys, De statuis hom. 17 (PG 49, 176, 14-15): τὰ βαλανεῖα ἡμῖν ἀποκέκλεισται
Jn Chrys, De statuis hom. 18 (PG 49, 187, 36-37): οὔπω εἴκοσιν ἡμέρας ἔχεις
τῶν βαλανείων ἀποκλεισθεὶς
Jn Chrys, De paenitentia hom. 5 (PG 49, 313-14): Τίνος ἕνεκεν εἰς βαλανεῖον
τρέχεις σήμερον; Ἵνα καθαρῷ τῷ σώματι τὴν νηστείαν ὑποδέξωμαι, φήσεις
location: within walking distance of the prison, inside the city; closed by imperial
decree during Lent 387, following riots
1.3 agora(s)
Jn Chrys, Ad Stag. 3, 13 (PG 47, 490, 55-56): οὒτε λουτροῦ, οὒτε ἀγορᾶς, οὒτε
ἄλλου τινὸς τῶν ἔνδον αὐτοῖς μετασχεῖν θέμις ἐστίν
Jn Chrys, De statuis hom. 2 (PG 49, 35, 48-56): ἡμῖν δὲ καὶ ἡ ἀγορὰ ἄβατος
γέγονε, καὶ τοῖς τοίχοις ἕκαστος τῆς οἰκίας ἐναποκέκλεισται τῆς ἑαυτοῦ…οὕτως
οὐδὲ πολλοῖς τῶν τὴν πόλιν οἰκούντων ἀσφαλὲς ἐξελθεῖν, οὐδὲ ἐν τῷ μέσῳ
φανῆναι, …ἐκ μέσης ἁρπάζοντας τῆς ἀγορᾶς, καὶ πρὸς τὸ δικαστήριον ἁπλῶς
καὶ ὡς ἔτυχεν ἕλκοντας
Jn Chrys, De statuis hom. 4 (PG 49, 59, 23-27 ai): κεκένωται μὲν ἡ ἀγορὰ, ἡ
δὲ ἐκκλησία πεπλήρωται…Ὅταν οὖν ἐμβάλῃς εἰς τὴν ἀγορὰν…κατάφυγε πρὸς
τὴν μητέρα
Jn Chrys, De statuis hom. 13 (PG 49, 136-137): κενὴ δὲ ἀνδρῶν ἡ ἀγορά…
ἀπήειμεν εἰς τὸ δικαστὴριον τὸ τέλος ὀψόμενοι τῶν γινομένων, καὶ ἰδόντες ἐκεῖ
τῆς πόλεως τὰ λείψανα συνειλεγμένα…περὶ τὰς θύρας
Jn Chrys, De statuis hom. 13 (PG 49, 139, 10-11): ἐπὶ τὸ δεσμωτήριον ἔπεμπον
διὰ μέσης τῆς ἀγορᾶς
90
Jn Chrys, De statuis hom. 13 (PG 49, 142, 17-19): Εἶδον πρώην ἐν τῷ δικαστηρίῳ
δεδεμένους καὶ ἀπαγομένους διὰ μέσης τῆς ἀγορᾶς
Jn Chrys, De statuis hom. 17 (PG 49, 173, 35-36): παρατρέχουσα διὰ τῆς ἀγορᾶς
οὕτως εἰς τὸ δικαστήριον συνεισῆλθε
Jn Chrys, De statuis hom. 17 (PG 49, 179, 12-13): τὸ μέχρι βαθυτάτης ἑσπέρας
ἐπὶ τῆς ἀγορᾶς διατρίβειν μετὰ ἀδείας πολλῆς
Jn Chrys, De statuis hom. 21 (PG 49, 220, 40-42): στεφανώσαντες τὴν ἀγορὰν,
καὶ λύχνους ἅψαντες, καὶ στιβάδας πρὸ τῶν ἐργαστηρίων συνθέντες (response
to advance news of imperial clemency)
Jn Chrys, De s. Meletio (PG 50, 517, 2-3): Ἐπειδὴ γὰρ ὁ τῆς πόλεως ἄρχων τὸ
ὄχημα ἐλαύνων διὰ μέσης ἐξήει τῆς ἀγορᾶς
Jn Chrys, Ad illum. cat. 2 (PG 49, 240, 49-51): ὥσπερ χωρὶς ὑποδημάτων ἢ
ἱματίων οὐκ ἂν ἕλοιτό τις ὑμῶν εἰς τὴν ἀγορὰν καθεῖναι· οὕτω χωρὶς τοῦ ῥήματος
τούτου μηδέποτε εἰς τὴν ἀγορὰν ἐμβάλῃς
Jn Chrys, De eleemosyna (PG 51, 261, 6-9): Παριὼν γὰρ διὰ τῆς ἀγορᾶς καὶ
τῶν στενωπῶν, καὶ πρὸς τὴν ὑμετέραν σύνοδον σπεύδων, εἷτα ὁρῶν ἐν μέσοις
ἀμφόδοις
Jn Chrys, In kalendas (PG 48, 954, 4-21): δαιμόνων πομπευσάντων ἐπὶ τῆς
ἀγορᾶς. Αἱ γὰρ διαβολικαὶ παννυχίδες αἱ γινόμεαι τήμερον, καὶ τα`σκώμματα,
καὶ αἱ λοιδορίαι, καὶ αἱ χορεῖαι αἱ νυκτεριναὶ, καὶ ἡ καταγέλαστος αὕτη κωμῳδία
… ἡ ἀγορὰ φιλοτίμως ἐκαλλωπίσατο σήμερον, χρυσία περιθεμένη, καὶ ἱμάτια
πολυτελῆ, καὶ ὑποδήματα, καὶ ἕτερα τινα τοιαῦτα, τῶν ἐν τοῖς ἐργαστηρίοις
ἑκάστου τῇ τῶν οἰκείων ἔργων ἐπιδείξει τὸν ὁμότεχνον παραδραμεῖν
φιλονεικοῦντος
(ibid., PG 48, 957, 2-3): λύχνους ἅπτειν ἐπὶ τῆς ἀγορᾶς, καὶ στεφανώματα πλέκειν
Jn Chrys, De baptismo Christi (PG 49, 370, 20-22): ἐπὶ τῶν Ὀλυμπίων ἀγώνων,
ὅταν ἀγωνοθέτης διὰ τῆς ἀγορᾶς βαδίζῃ
Jn Chrys, De b. Philogonio (PG 48, 751, 21-27): Ἐκ μέσης γὰρ τῆς ἀγορᾶς
ἁρπασθεὶς, ἐπὶ τὸν θρόνον ἤγετο τοῦτον· …ἐν δικαστηρίῳ στρεφόμενος …ἀπὸ
βήματος δικαστικοῦ ἐπὶ βῆμα ἤγετο ἱερόν
Jn Chrys, De Anna hom. 1 (PG 54, 633, 35-38): ὅταν ἀριστήσας καὶ καθευδήσας
εἰς τὴν ἀγορὰν ἐμβάλῃς, καὶ τὴν ἡμέραν πρὸς ἑσπέραν ἤδη ἐπειγομένην ἴδῃς,
εἰσελθὼν εἰς τὴν ἐκκλησίαν ταύτην
Jn Chrys, Adv. Iudaeos hom. 1 (PG 48, 846, 59-61): εἰς ἀσελγείας καὶ τὴν ἐσχάτην
ἀκολασίαν, γυμνοῖς τοῖς ποσὶν ἐπὶ τῆς ἀγορᾶς ὀρχούμενοι
location: passage through which one passes to lawcourts; and from lawcourts to
prison; well lit at night; at time of Meletius’ first exile, archon drove his vehicle
through middle of agora to exit city; passage through which John passes on way
to church; focal point of festival celebrations in city
91
1.4 walls
Jn Chrys, De statuis hom. 2 (PG 49, 36, 31-32): καὶ ὅπουπερ ἂν ἴδῃ τις, κἂν εἰς
τὸ ἔδαφος, κἂν εἰς τοὺς τοίχους, κἂν εἰς τοὺς κίονας τῆς πόλεως
Jn Chrys, De statuis hom. 15 (PG 49, 157, 18-19): ἐπειδὰν εἰς τὴν κορυφὴν
ἀναδράμωμεν τῶν ὁρῶν, μικρὰ καὶ ἡ πόλις ἡμῖν εἶναι δοκεῖ καὶ τὰ τείχη
Jn Chrys, De s. pentecoste hom. 1 (PG 50, 454, 4-6): ἡμεῖς δὲ μίαν πόλιν οἰκοῦμεν
ἅπαντες, ὑπὸ τοῖς αὐτοῖς τείχεσι καθήμεθα, καὶ πολλάκις οὐδὲ ἑνὶ στενωπῷ
διειργόμεθα τῆς ἐκκλησίας
Jn Chrys, De s. Droside (PG 50, 683-684): ἡ πρὸς τοὺς ἁγιόυς ἔξοδος τούτους …
οὐ παρὰ ποταμοὺς ὑδάτων …ὁμοῦ τε γὰρ ἐπέβη τις τῶν προθύρων, καὶ πλῆθος
εὐθέως τάφων πανταχόθεν προσπίπτει τοῖς ὀφθαλμοῖς, καὶ ὅπου περ ἂν ἴδῃ,
λάρνακας καὶ μνήματα καὶ θήκας ὁρᾷ τῶν κατοιχομένων …ἐξελθόντας ἔξω
τειχῶν, καὶ πρὸς τοὺς τάφους τούτους ἐλθόντας, καὶ τὸ πλῆθος τῶν κατοιχομένων
θεασαμένους
1.5 gate leading to Daphne
Jn Chrys, In s. Julianum (PG 50, 674, 17-20): προκαταλάβωμεν αὔριον τὰς
πύλας, ἐφεδρεύσωμεν ταῖς ὁδοῖς, ἄνδρες τοὺς ἄνδρας, γυναῖκες τὰς γυναῖκας
κατασπάσωμεν ἀπὸ τῶν ὑποζυγίων· ἐπαναγάγωμεν ἐντᾶυθα
1.6 colonnaded street(s)/ stoa(s)
Jn Chrys, De statuis hom. 2 (PG 49, 36, 31-32): καὶ ὅπουπερ ἂν ἴδῃ τις, κἂν εἰς
τὸ ἔδαφος, κἂν εἰς τοὺς τοίχους, κἂν εἰς τοὺς κίονας τῆς πόλεως
Jn Chrys, De statuis hom. 17 (PG 49, 176, 32-35): τὸ μητρόπολιν εἶναι, οὐδὲ τὸ
μέγεθος ἔχειν καὶ κάλλος οἰκοδομημάτων, οὐδὲ τὸ πολλοὺς κίονας, καὶ στοὰς
εὐρείας καὶ περιπάτους
and 178, 52-53: στοὰς ἔχουσαν εὐρείας καὶ τὰ ἄλλα ἀξιώματα τὰ τοιαῦτα
1.7 theatre(s)
Jn Chrys, De statuis hom. 4 (PG 49, 62, 55-57): οἱ μηδέποτε ἐκκλησίαν ἰδόντες,
ἀλλ᾽ ἐν θεάτροις προσεδρεύοντες, ἐν ἐκκλησίᾳ διημερεύουσι νῦν
Jn Chrys, De statuis hom. 17 (PG 49, 176, 2-4): ὅτι τὴν οῤχήστραν ἀνέφραξεν,
ὅτι τὸν ἱππόδρομον ἄβατον ἐποίησεν
Jn Chrys, In Matt hom. 7 (PG 57, 79, 50-52): situated on a lower level than
the church in which the homily delivered: σὺ ταύτην ἀφεὶς, κατατρέχεις εἰς τὸ
θέατρον, ἰδεῖν νηχομένας γυναῖκας
closed by imperial decree during Lent 387, following riots
1.8 imperial statues
Jn Chrys, De statuis hom. 5 (PG 49, 73, 5-13): πάντες ἐστασίαζον…τινες μιαροὶ
καὶ παμμίαροι τοὺς νόμους καταπατήσαντες, τοὺς ἀνδριάντας καθεῖλον
92
Jn Chrys, Adv. Iud. hom. 6 (PG 48, 913, 23-28): Ἴστε δήπου πάντες καὶ μέμνησθε,
ὅτε τοὺς ἀνδριάντας καθεῖλον παρ᾽ἡμῖν μιαροί τινες ἄνθρωποι καὶ γόητες, πῶς
οὐκ ἐκείνοι μόνον οἱ τολμήσαντες, ἀλλὰ καὶ ὅσοι παρόντες ἁπλῶς τοῖς γενομένοις
ἐφάνησαν, εἰς δικαστήριον ἀναρπασθέντες καὶ συναπαχθέντες ἐκείνοις, τὴν
ἐσχάτην ἔδωκαν δίκην
pulled down during riot in Lent 387
1.9 mountain(s)
Jn Chrys, De statuis hom. 6 (PG 49, 85, 38-39): ἀνάβηθι πρὸς τὰς κορυφὰς τῶν
ὀρέων, καὶ κατάμαθε τοὺς ἐκεῖ μοναχοὺς
Jn Chrys, De statuis hom. 15 (PG 49, 157, 18-19): ἐπειδὰν εἰς τὴν κορυφὴν
ἀναδράμωμεν τῶν ὀρῶν, μικρὰ καὶ ἡ πόλις ἡμῖν εἶναι δοκεῖ καὶ τὰ τείχη
Jn Chrys, De statuis hom. 17 (PG 49, 173, 50): ἀπὸ τῶν ὀρῶν ἐπὶ τὸ δικαστήριον
ἔδραμον (route unspecified, monks; at PG 49, 174, 55 described as τὴν μακρὰν
ὁδόν ; at PG 49, 174, 1-6 the inhabitants of the city said to have fled to τὰ σπήλαια)
1.10 dikasterion (lawcourts)
Jn Chrys, De statuis hom. 2 (PG 49, 35, 55-56): ἐκ μέσης ἁρπάζοντας τῆς ἀγορᾶς,
καὶ πρὸς τὸ δικαστήριον ἁπλῶς καὶ ὡς ἔτυχεν ἕλκοντας
Jn Chrys, De statuis hom. 13 (PG 49, 136-137): κενὴ δὲ ἀνδρῶν ἡ ἀγορά…
ἀπήειμεν εἰς τὸ δικαστὴριον τὸ τέλος ὀψόμενοι τῶν γινομένων, καὶ ἰδόντες ἐκεῖ
τῆς πόλεως τὰ λείψανα συνειλεγμένα…περὶ τὰς θύρας
Jn Chrys, De statuis hom. 13 (PG 49, 142, 17-19): Εἶδον πρώην ἐν τῷ δικαστηρίῳ
δεδεμένους καὶ ἀπαγομένους διὰ μέσης τῆς ἀγορᾶς
Jn Chrys, De statuis hom. 17 (PG 49, 173, 50): ἀπὸ τῶν ὀρῶν ἐπὶ τὸ δικαστήριον
ἔδραμον (route unspecified, monks; at PG 49, 174, 55 described as τὴν μακρὰν
ὁδόν)
Jn Chrys, De statuis hom. 20 (PG 49, 201, 33-35): πρὸς τὸ δικαστήριον ἤχθησαν
Jn Chrys, Ad illuminandos cat. 2 (PG 49, 238, 27-35): when those on charges of
violence against the emperor were dragged to τὸ δικαστήριον
Jn Chrys, De b. Philogonio (PG 48, 751, 21-27): Ἐκ μέσης γὰρ τῆς ἀγορᾶς
ἁρπασθεὶς, ἐπὶ τὸν θρόνον ἤγετο τοῦτον· …ἐν δικαστηρίῳ στρεφόμενος …ἀπὸ
βήματος δικαστικοῦ ἐπὶ βῆμα ἤγετο ἱερόν
Jn Chrys, Adv. Iud. hom. 6 (PG 48, 913, 23-28): Ἴστε δήπου πάντες καὶ μέμνησθε,
ὅτε τοὺς ἀνδριάντας καθεῖλον παρ᾽ἡμῖν μιαροί τινες ἄνθρωποι καὶ γόητες, πῶς
οὐκ ἐκείνοι μόνον οἱ τολμήσαντες, ἀλλὰ καὶ ὅσοι παρόντες ἁπλῶς τοῖς γενομένοις
ἐφάνησαν, εἰς δικαστήριον ἀναρπασθέντες καὶ συναπαχθέντες ἐκείνοις, τὴν
ἐσχάτην ἔδωκαν δίκην
location: closely associated with the agora
93
1.11 hippodrome
Jn Chrys, De statuis hom. 17 (PG 49, 176, 2-4): ὅτι τὴν οῤχήστραν ἀνέφραξεν,
ὅτι τὸν ἱππόδρομον ἄβατον ἐποίησεν
closed by imperial decree during Lent 387, following the riots
1.12 river (Orontes)
Jn Chrys, De statuis hom. 18 (PG 49, 187, 24-28): πολλοὶ τῶν τὴν πόλιν ἡμῖν
οἰκούντων τῇ τοῦ λούεσθαι ἐπιθυμίᾳ ἐπὶ τὸν ποταμὸν τρέχουσι
Jn Chry, In acta apost. hom. 38 (PG 60, 274, 53-58): ὁ γράψας τὸ βιβλίον,
ῥίψας ἀκατασκεύαστον εἰς ποταμὸν, ἑάλω, καὶ ἀπαιτούμενος οὐκ εἶχε δοῦναι,
ἀλλὰ περιήγετο τὴν πόλιν δέσμιος· ὡς δὲ τῶν ἐλέγχων ἐπιτεινομένων δέδωκε
δίκην, τότε ἐγὼ εἰς μαρτύριον ἀπιέναι βουλόμενος, ἐπανήειν διὰ τῶν κήπων
παρὰ ποταμὸν
used as substitute baths during Lent 387, after baths closed by imperial decree;
men and women bathed in the river together; used for disposal of illegal items;
bracketed by gardens en route from one of the martyria
1.13 ergasteria (offices/workshops)
Jn Chrys, De statuis hom. 21 (PG 49, 220, 40-42): στεφανώσαντες τὴν ἀγορὰν,
καὶ λύχνους ἅψαντες, καὶ στιβάδας πρὸ τῶν ἐργαστηρίων συνθέντες (response
to advance news of imperial clemency)
Jn Chrys, In kalendas (PG 48, 954, 4-21): δαιμόνων πομπευσάντων ἐπὶ τῆς
ἀγορᾶς. Αἱ γὰρ διαβολικαὶ παννυχίδες αἱ γινόμεαι τήμερον, καὶ τὰ σκώμματα,
καὶ αἱ λοιδορίαι, καὶ αἱ χορεῖαι αἱ νυκτεριναὶ, καὶ ἡ καταγέλαστος αὕτη κωμῳδία
… ἡ ἀγορὰ φιλοτίμως ἐκαλλωπίσατο σήμερον, χρυσία περιθεμένη, καὶ ἱμάτια
πολυτελῆ, καὶ ὑποδήματα, καὶ ἕτερα τινα τοιαῦτα, τῶν ἐν τοῖς ἐργαστηρίοις
ἑκάστου τῇ τῶν οἰκείων ἔργων ἐπιδείξει τὸν ὁμότεχνον παραδραμεῖν
φιλονεικοῦντος
1.14 tavern(s)
Jn Chrys, In kalendas (PG 48, 954, 36-37): οἱ δὲ ἐν τοῖς καπηλείοις ἀγῶνες
γινόμενοι τήμερον
Jn Chrys, Hom. in martyres (PG 50, 663, 46-48 and 664, 6-12): μετὰ τῆς αὐτῆς
εὐλαβείας οἴκαδε ἀναχωρῶμεν, μὴ εἰς καπηλεῖα καὶ πορνεῖα, καὶ μέθην, καὶ
κώμοις ἑαυτοὺς ἀφιέντες … Καὶ ταῦτα λέγω, οὐ κελεύων οἴκοι μεθύειν, ἀλλ᾽ἐν
καπηλείῳ μὴ διατρίβειν. Ἐννόησον ἡλίκος γέλως, μετὰ τοιαύτην σύνοδον, μετὰ
παννυχίδας, μετὰ Γραφῶν ἁγίων ἀκρόασιν, μετὰ μυστηρίων θείων κοινωνίαν,
καὶ μετὰ πνευματικὴν χορηγίαν, ἄνδρα ἢ γυναῖκα ἐν καπηλείῳ φαίνεσθαι
διημερεύοντας.
location: taverns situated along return route from a suburban martyrium that is
within walking distance (see PG 50, 666, 8-10)
94
1.15 barathron (execution site)
Jn Chrys, De maccabeis hom. 1 (PG 50, 620, 38-40): Εἰ γὰρ ἡμεῖς ἄνδρες ὄντες
κατάδικον πολλάκις ὁρῶντες διὰ τῆς ἀγορᾶς ἀγόμενον τὸ σπαρτίον ἐπὶ τοῦ
στόματος ἔχοντα, ἐπὶ τὸ βάραθρον ἑλκόμενον
2. Jewish topography (Antioch)
2.1 synagogue(s)
Jn Chrys, Adv. Iudaeos hom. 1 (PG 48, 847, 1-2 and 45-46 and 58-59 and 848, 5-6
and 64): τὸ θέατρον ἅπαν καὶ τοὺς ἀπὸ τῆς σκηνῆς εἰς τὴν συναγωγὴν ἐπισύρουσι
… εἰς τὰ τῶν Ἑβραίων εἰσελθεῖν … ἐπὶ τὰ σπήλαια τῶν Ἰουδαίων … ἐπὶ τὰ τῶν
Ἑβραίων εἷλκε συνέδρια … τὸ τῆς συναγωγῆς χωρίον
Jn Chrys, Adv. Iud. hom. 1 (PG 48, 849, 2-3 and 850, 37): οὐχ αἱ συναγωγαὶ
μόνον … μισῶ τὴν συναγωγήν
Jn Chrys, Adv. Iud. hom. 1 (PG 48, 852, 1-3): οὐ περὶ τῆς ἐνταῦθα λέγω
συναγωγῆς μόνον, ἀλλὰ καὶ τῆς ἐν Δάφνῃ·
Jn Chrys, Adv. Iud. hom. 1 (PG 48, 855, 60-61): ἢ εἰς τὴν συναγωγὴν ἀπαντήσῃ,
ἢ εἰς τὰ Ματρώνης ἀνέλθῃ
Jn Chrys, Adv. Iud. hom. 5 (PG 48, 904, 22-25): τὰς πονηρὰς φεύξωνται τῶν
Ἰουδαίων διαγωγὰς καὶ συναγωγὰς, τάς τε ἐν τῇ πόλει, τάς τε ἐν τῷ προαστείῳ,
τὰ σπήλαια τῶν λῃστῶν, τὰ τῶν δαιμόνων καταγώγια
Jn Chrys, Adv. Iud. hom. 8 (PG 48, 936, 47-49 and 940, 48 and 941, 6): ἢ διὰ
πυρετὸν ἢ διὰ τραύματα, τρέχομεν ἐπὶ συναγωγὰς, καὶ τοὺς φαρμακοὺς καὶ
γόητας εἰς τὰς οἰκίας καλοῦμεν τὰς ἑαυτῶν … Πῶς δὲ καὶ εἰσελεύσῃ εἰς τὴν
συνγωγήν … πρὸς δὲ τὰς ἐκείνων τρέχων συνγαωγὰς
location: inside the walls
3. Christian topography
3.1 xenon
Jn Chrys, Ad Stagirium a daemone vexatum 3, 13 (PG 47, 490, 33-34): ἄπιθι
πρὸς τὸν ἐπιτραπέντα τὴν τοῦ ξενῶνος ἐπιστασιάν
location: from progression of thought, appears to be located inside the city (as
opposed to the poorhouse; run by an administrator, caters to all kinds of diseases
and misery)
3.2 poorhouse
Jn Chrys, Ad Stag. 3, 13 (PG 47, 490, 47-48): καὶ πρὸς τὸ τῶν πτωχῶν καταγώγιον
τὸ πρὸ τῆς πόλεως ἔξιθι
location: in front of the city, outside the city walls (houses both men and women
with incurable diseases: leprosy/elephantiasis and cancer)
3.3 palaia ekklesia
Jn Chrys, De statuis hom. 1, title (PG 49, 15-16): λεχθεῖσα ἐν Ἀντιοχείᾳ, …ἐν
95
τῇ παλαιᾷ ἐκκλησίᾳ
Jn Chrys, De statuis hom. 2, title (PG 49, 33-34): Λεχθεῖσα ἐν Ἀντιοχείᾳ ἐν τῇ
παλαιᾷ λεγομένῃ ἐκκλησίᾳ
Jn Chrys, De statuis hom. 4 (PG 49, 59, 23-27 ai): κεκένωται μὲν ἡ ἀγορὰ, ἡ
δὲ ἐκκλησία πεπλήρωται…Ὅταν οὖν ἐμβάλῃς εἰς τὴν ἀγορὰν…κατάφυγε πρὸς
τὴν μητέρα
Jn Chrys, In princ. Actorum hom. 2 (PG 51, 77-78 and 77 1-4):
title: ἐν τῇ παλαιᾷ ἐκκλησίᾳ
Διὰ χρόνου πρὸς τὴν μητέρα ἡμῶν ἐπανήλθομεν πάλιν, τὴν ποθεινήν καὶ
ἐπέραστον ταύτην ἅπασιν ἐκκλησίαν, πρὸς τὴν μητέρα ἡμῶν καὶ τῶν ἐκκλησιῶν
ἁπασῶν
Jn Chrys, In illud: In faciem ei restiti (PG 51, 371-372 and 371, 5-7 ai)
title: Τῇ προτέρᾳ συνάξει ἐν τῇ ἐκκλησίᾳ τῇ καινῇ συναχθεὶς μετὰ τοῦ ἐπισκόπου,
ταύτην ἐν τῇ παλαιᾷ εἴπεν … κἀγὼ τῶν κόλπων τῶν μητρικῶν ἀπενεχθεὶς
ποῤῥωτέρω, πυκνὰ περιεσκόπουν, πανταχοῦ τὴν ἁγίαν ὑμῶν ἐπιζητῶν σύνοδον
location: at a distance from the ‘new’ church
3.4 ‘new’ church
Jn Chrys, In illud: In faciem ei restiti (PG 51, 371-372 and 371, 5-7 ai)
title: Τῇ προτέρᾳ συνάξει ἐν τῇ ἐκκλησίᾳ τῇ καινῇ συναχθεὶς μετὰ τοῦ ἐπισκόπου,
ταύτην ἐν τῇ παλαιᾷ εἴπεν
κἀγὼ τῶν κόλπων τῶν μητρικῶν ἀπενεχθεὶς ποῤῥωτέρω, πυκνὰ περιεσκόπουν,
πανταχοῦ τὴν ἁγίαν ὑμῶν ἐπιζητῶν σύνοδον
location: at a distance from the palaia church
3.5 church constructed by Meletius (= St Babylas)
Jn Chrys, De s. Babyla (SC 362, 310-312)
Jn Chrys, In Juventinum et Maximinum (PG 50, 571, 16-17 ai): Ὁ μακάριος
Βαβύλας πρώην ἡμᾶς ἐνταῦθα μετὰ παίδων τριῶν συνήγαγε
site of burial of Meletius and Babylas plus three children
location: beyond the river (τοῦ ποταμοῦ πέραν)
3.6 martyrium of Romanesia
Jn Chrys, In ascensionem (PG 50, 441-442)
title: ἐλέχθη δὲ ἐν τῷ μαρτυρὶῳ τῆς Ῥωμανησίας and PG 50, 441, 8-9 ai: ἔξω
τῆς πόλεως πάλιν τὴν ἑορτὴν ἐπιτελοῦμεν
contains multiple burials (PG 50, 442, 6 ai -443, 39)
3.7 suburbs (proasteia)
Jn Chrys, De s. Babyla (SC 362, 296, 11-12): τὰ μετὰ τὴν ταφὴν τοῦ μάρτυρος,
96
τὰ ἡνίκα ἐν τῷ προαστείῳ διέτριβε
site where Babylas reburied, in between burial in martyrium in Daphne, and in
church across the river = koimeterion(?)
3.8 koimeterion = martyrium
Jn Chrys, De coemeterio et de cruce (PG 49, 393, 1-4 and 25-34): Πολλάκις
ἐζήτησα πρὸς ἑμαυτὸν, τίνος ἕνεκεν οἱ πατέρες ἡμῶν τοὺς οἴκους τοὺς εὐκτηρίους
τοὺς ἐν ταῖς πόλεσι παραδραμόντες, ἔξω τῆς πόλεως ἡμᾶς σήμερον καὶ ἐνταῦθα
ἐκκλησιάζειν ἐνομοθέτησαν· … Ἔξωθεν οὖν διὰ τοῦτο συναγόμεθα. Τίνος δὲ
ἕνεκεν ἐν τῷ μαρτυρίῳ τούτῳ, καὶ οὐχὶ ἐν ἑτέρῳ· Καὶ γὰρ τῇ τοῦ Θεοῦ χάριτι
ἐξ ἐκάστης πλευρᾶς ἡ πόλις ἡμῖν τοῖς λειψάνοις τῶν ἁγίων τειχίζεται. Τίνος
οὖν ἕνεκεν ἐνταῦθα, καὶ οὐκ ἐν ἄλλῳ μαρτυρίῳ συνάγεσθαι ἡμᾶς ἐκέλευσεν οἱ
πατέρες· Ὅτι ἐνταῦθα τῶν νεκρῶν κεῖται πλῆθος. Ἑπεὶ οὖν σήμερον Ἰσοῦς πρὸς
τοὺς νεκροὺς κατέβη, διὰ τοῦτο ἐνταῦθα συλλεγόμεθα. Διὰ τοῦτο καὶ αὐτὸς ὁ
τόπος κοιμητήριον ὠνόμασται
location: outside the city, contains multiple burials, called koimeterion, identified
as a martyrium (one of a number of such structures)
3.9 church (unidentified, site of regular preaching)
Jn Chrys, In Matt hom. 7 (PG 57, 79, 32-38 and 50-52): within easy travel distance
of residences (many women among us are so feeble that they don’t cross even
a single street unless they are conveyed by mules; men capable of walking);
situated on a higher level than the theatre: σὺ ταύτην ἀφεὶς, κατατρέχεις εἰς τὸ
θέατρον, ἰδεῖν νηχομένας γυναῖκας
Jn Chrys, De s. pentecoste hom. 1 (PG 50, 454, 4-6): ἡμεῖς δὲ μίαν πόλιν οἰκοῦμεν
ἅπαντες, ὑπὸ τοῖς αὐτοῖς τείχεσι καθήμεθα, καὶ πολλάκις οὐδὲ ἑνὶ στενωπῷ
διειργόμεθα τῆς ἐκκλησίας
Jn Chrys, De eleemosyna (PG 51, 261, 6-9): Παριὼν γὰρ διὰ τῆς ἀγορᾶς καὶ
τῶν στενωπῶν, καὶ πρὸς τὴν ὑμετέραν σύνοδον σπεύδων, εἷτα ὁρῶν ἐν μέσοις
ἀμφόδοις…
(possibly a different church; John obliged to pass through the agora and various
streets in order to arrive there from site of his residence or office)
Jn Chrys, De Anna hom. 1 (PG 54, 633, 35-38): ὅταν ἀριστήσας καὶ καθευδήσας
εἰς τὴν ἀγορὰν ἐμβάλῃς, καὶ τὴν ἡμέραν πρὸς ἑσπέραν ἤδη ἐπειγομένην ἴδῃς,
εἰσελθὼν εἰς τὴν ἐκκλησίαν ταύτην
Jn Chrys, In Matt. hom. 73/74 (PG 58, 677, 20-24): Ἐχρῆν μὲν οὖν ἔνδον ἔχειν
τὸ τεῖχος τὸ διεῖργον ὑμᾶς τῶν γυναiκῶν· ἐπειδὴ δὲ οὐ βούλεσθε, ἀναγκαῖον
ἐνόμισαν εἶναι οἱ Πατέρες, κἂν ταῖς σανίσιν ὑμᾶς ταύταις διατειχίσαι· ὡς ἔγωγε
ἀκούω τῶν πρεσβυτέρων, ὅτι τὸ παλαιὸν οὐδὲ ταῦτα ἦν τὰ τειχία. (wooden panels
dividing the church into separate spaces for men and women, prob. Antioch)
3.10 site of assembly of neo-Nicene Christians during time of Valens
Jn Chrys, Laus Diodori (PG 52, 764, 26-28): καὶ οὗτος πέραν τοῦ ποταμοῦ ποτε
97
τὴν πόλιν πᾶσαν λαβὼν, τὴν ὑγιῆ διδασκαλίαν ἐπαίδευσεν
location: across the river
3.11 church associated with the Maccabees
Jn Chrys, De ss. martyribus (PG 50, 647, 1-3): Καὶ καθάπερ τῆς ἑορτῆς τῶν
Μακκαβαίων ἐπιτελουμένης, πᾶσα ἡ χώρα εἰς τὴν πόλιν ἐξεχύθη
location: inside the city
3.12 martyrium containing relics of S. Julian
Jn Chrys, In s. Julianum (PG 50, 673, 24-25 and 46 8): ἐλθὼν ἐνταῦθα, καὶ ἰδὼν
τὸν μάρτυρα…ἐνταῦθα ἔξεστι μετὰ τὸ λυθῆναι τὸν σύλλογον, τοῦ μαρτυρίου
πλησίον ὑπὸ συκῆν καὶ ἄμπελον καταλύσαντι
location: associated with city as opposed to Daphne, near fig trees and grape vines
3.13 martyrium containing multiple relics (including s. Drosis)
Jn Chrys, De s. Droside (PG 50, 683-684): ἡ πρὸς τοὺς ἁγιόυς ἔξοδος τούτους …
οὐ παρὰ ποταμοὺς ὑδάτων …ὁμοῦ τε γὰρ ἐπέβη τις τῶν προθύρων, καὶ πλῆθος
εὐθέως τάφων πανταχόθεν προσπίπτει τοῖς ὀφθαλμοῖς, καὶ ὅπου περ ἂν ἴδῃ,
λάρνακας καὶ μνήματα καὶ θήκας ὁρᾷ τῶν κατοιχομένων …ἐξελθόντας ἔξω
τειχῶν, καὶ πρὸς τοὺς τάφους τούτους ἐλθόντας, καὶ τὸ πλῆθος τῶν κατοιχομένων
θεασαμένους
site contains non-martyrial burials (685, 17-19: ὅταν γὰρ τὰς ἄλλας
παραδραμόντες λάρνακας ἐπὶ τὰς τῶν μαρτύρων θήκας ἔλθωμεν)
location: outside the city walls (doesn’t involve travelling alongside the river)
3.14 martyrium (unidentified)
Jn Chry, In acta apost. hom. 38 (PG 60, 274, 53 8): ὁ γράψας τὸ βιβλίον, ῥίψας
ἀκατασκεύαστον εἰς ποταμὸν, ἑάλω, καὶ ἀπαιτούμενος οὐκ εἶχε δοῦναι, ἀλλὰ
περιήγετο τὴν πόλιν δέσμιος· ὡς δὲ τῶν ἐλέγχων ἐπιτεινομένων δέδωκε δίκην,
τότε ἐγὼ εἰς μαρτύριον ἀπιέναι βουλόμενος, ἐπανήειν διὰ τῶν κήπων παρὰ
ποταμὸν
location: route between martyrium and city allows for travelling through the
gardens alongside the Orontes
4. Topography of Daphne
4.1 General
Jn Chrys, De statuis hom. 17 (PG 49, 179, 8-11): μὴ μοι τὴν Δάφνην εἴπῃς τὸ
προάστειον, μηδὲ τὸ πλῆθος καὶ μῆκος τῶν κυπαρίσσων, μηδὲ τὰς πηγὰς τῶν
ὑδάτων
Jn Chrys, In s. Julianum (PG 50, 672, 39-47): πρὸς τὴν Δάφνην ἀποπηδῶσιν…
τὸ προάστειον τῆς πόλεως…ἐκεῖ πηγαὶ ὑδάτων…ἐκεῖ κυπάρισσοι
Jn Chrys, De laudibus s. Pauli hom. 4 (SC 300, 192, 16 -194, 19): αἱ πηγαὶ αἱ
παρ᾽ἡμῖν, αἱ νικῶσαι τῷ ῥεύματι τοὺς ποταμοὺς, ἀθρόον ἔφυγον καὶ ἀπεπήδησαν,
98
μηδέποτε τοῦτο παθοῦσαι πρότερον, ἀλλ᾽ὅτε θυσίαις καὶ σπονδαῖς τὸ χωρίον
ἐμόλυνεν ὁ βασιλεύς.
Jn Chrys, Adv. Iud. hom. 1 (PG 48, 852, 1 8): οὐ περὶ τῆς ἐνταῦθα λέγω
συναγωγῆς μόνον, ἀλλὰ καὶ τῆς ἐν Δάφνῃ· πονηρότερον γὰρ ἐκεῖ τὸ βάραθρον,
ὁ δὴ καλοῦσι Ματρώνης. Καὶ γὰρ πολλοὺς ἤκουσα τῶν πιστῶν ἀναβαίνειν ἐκεῖ,
καὶ παρακαθεύδειν τῷ τόπῳ. Ἀλλὰ μὴ γένοιτό ποτε τούτους πιστοὺς προσειπεῖν.
Ἐμοὶ καὶ τὸ Ματρώνης καὶ τὸ τοῦ Ἀπόλλωνος ἱερὸν ὁμοίως ἐστὶ βέβηλον.
Jn Chrys, De s. Babyla contra Iulianum et gentiles 67 (SC 362, 178, 9-10):
ἔδοξέ τινι τῶν μετὰ ταῦτα βασιλευσάντων εἰς τὸ προάστειον τουτὶ τὴν Δάφνην
ἀπενεχθῆναι τὴν λάρνακα
Jn Chrys, De s. Babyla contra Iulianum et gentiles (SC 362, 178-256): ref. to
τὴν εἰς τὸ προάστειον ὁδόν (¶ 69 = SC 362, 182, 10-11), allusions to temples to
various Greco-Roman deities, building of temple of Apollo, martyrium visible
from the threshold of Daphne
site of various Greco-Roman cults in time of Julian, springs, a synagogue, a
theatre, the cave of Matrona, a martyrium
4.2 synagogue (Daphne)
Jn Chrys, Adv. Iud. hom. 1 (PG 48, 852, 1 8): οὐ περὶ τῆς ἐνταῦθα λέγω
συναγωγῆς μόνον, ἀλλὰ καὶ τῆς ἐν Δάφνῃ· πονηρότερον γὰρ ἐκεῖ τὸ βάραθρον,
ὁ δὴ καλοῦσι Ματρώνης. Καὶ γὰρ πολλοὺς ἤκουσα τῶν πιστῶν ἀναβαίνειν ἐκεῖ,
καὶ παρακαθεύδειν τῷ τόπῳ. Ἀλλὰ μὴ γένοιτό ποτε τούτους πιστοὺς προσειπεῖν.
Ἐμοὶ καὶ τὸ Ματρώνης καὶ τὸ τοῦ Ἀπόλλωνος ἱερὸν ὁμοίως ἐστὶ βέβηλον.
Jn Chrys, Adv. Iud. hom. 5 (PG 48, 904, 22-5): τὰς πονηρὰς φεύξωνται τῶν
Ἰουδαίων διαγωγὰς καὶ συναγωγὰς, τάς τε ἐν τῇ πόλει, τάς τε ἐν τῷ προαστείῳ,
τὰ σπήλαια τῶν λῃστῶν, τὰ τῶν δαιμόνων καταγώγια
4.3 theatre (Daphne)
Jn Chrys, In princ. Act. hom. 1 (PG 51, 76, 4 8): καὶ ἐπὶ τῶν Ὀλυμπιακῶν
ἀγώνων τὸ αὐτὸ τοῦτο ἔθος κρατεῖ. Μετὰ γὰρ τὰς τριάκοντα ἡμέρας τάς ἐνταῦθα
ἀναγαγόντες αὐτοὺς εἰς τὸ προάστειον περιάγουσι, καὶ τοῦ θεάτρου καθημένου
παντὸς
used for the Olympic games
4.4 temple of Apollo (Daphne)
Jn Chrys, De s. Babyla (SC 362, 302-310): intact in early 360s, in time of Emperor
Julian; currently missing its roof, visible on approach to Daphne; in proximity
to martyrium, which at one time housed relics/body of Babylas
Jn Chrys, De laudibus s. Pauli hom. 4 (SC 300, 192): οἷον ὁ κεραυνὸς ὁ κατὰ
τῆς ὀροφῆς τοῦ ναοῦ τοῦ Ἀπόλλωνος κατενεχθείς· ὁ τοῦ δαίμονος αὐτοῦ τούτου
χρησμός, ὃς τὸν τότε βασιλεύοντα ἠνάγκαζε μετακινεῖν τὸν πλησίον κείμενον
99
μάρτυρα, λέγων· μὴ δύνασθαι φθέγγεσθαι, ἕως ἂν τὴν λάρνακα τὴν ἐκείνου
βλέπῃ πλησίον· καὶ γὰρ ἐκ γειτόνων ἦν κειμένη.
Jn Chrys, Adv. Iud. hom. 1 (PG 48, 852, 1 8): οὐ περὶ τῆς ἐνταῦθα λέγω
συναγωγῆς μόνον, ἀλλὰ καὶ τῆς ἐν Δάφνῃ· πονηρότερον γὰρ ἐκεῖ τὸ βάραθρον,
ὁ δὴ καλοῦσι Ματρώνης. Καὶ γὰρ πολλοὺς ἤκουσα τῶν πιστῶν ἀναβαίνειν ἐκεῖ,
καὶ παρακαθεύδειν τῷ τόπῳ. Ἀλλὰ μὴ γένοιτό ποτε τούτους πιστοὺς προσειπεῖν.
Ἐμοὶ καὶ τὸ Ματρώνης καὶ τὸ τοῦ Ἀπόλλωνος ἱερὸν ὁμοίως ἐστὶ βέβηλον.
Jn Chrys, De s. Babyla contra Iulianum et gentiles (SC 362, 178-256): ref. to
building of the temple, its oracle, its burning in time of Julian, destruction of
cult statue, cessation of offerings and cult
location: visible on approach to Daphne, in proximity to martyrium
4.5 martyrium (Daphne)
Jn Chrys, De s. Babyla (SC 362, 302-310): site of martyrium in which Babylas
located in proximity to temple of Apollo in time of Julian; still exists in 380s-390s,
but reliquary/sarcophagus that housed Babylas emptry
Jn Chrys, De laudibus s. Pauli hom. 4 (SC 300, 192): οἷον ὁ κεραυνὸς ὁ κατὰ
τῆς ὀροφῆς τοῦ ναοῦ τοῦ Ἀπόλλωνος κατενεχθείς· ὁ τοῦ δαίμονος αὐτοῦ τούτου
χρησμὸς, ὃς τὸν τότε βασιλεύοντα ἠνάγκαζε μετακινεῖν τὸν πλησίον κείμενον
μάρτυρα, λέγων· μὴ δύνασθαι φθέγγεσθαι, ἕως ἂν τὴν λάρνακα τὴν ἐκείνου
βλέπῃ πλησίον· καὶ γὰρ ἐκ γειτόνων ἦν κειμένη.
Jn Chrys, De s. Babyla contra Iulianum et gentiles 67 (SC 362, 178, 9-10):
ἔδοξέ τινι τῶν μετὰ ταῦτα βασιλευσάντων εἰς τὸ προάστειον τουτὶ τὴν Δάφνην
ἀπενεχθῆναι τὴν λάρνακα
Jn Chrys, De s. Babyla contra Iulianum et gentiles 70 (SC 362, 184, 1-2): ᾍμα
τε γὰρ ἐφίσταταί τις τῇ Δάφνῃ καὶ τὸ μαρτύριον εὐθέως ἀπὸ τῶν τοῦ προαστείου
προθύρων ἰδών
Jn Chrys, De s. Babyla contra Iulianum et gentiles 80 82 (SC 362, 200-202):
discussion as to why the oracle demanded the removal of Babylas alone and not
other unnamed burials
location: visible from the entry to Daphne, in proximity to temple of Apollo,
contained other burials in addition to Babylas
4.6 cave of Matrona (Daphne)
Jn Chrys, Adv. Iud. hom. 1 (PG 48, 852, 1 8): οὐ περὶ τῆς ἐνταῦθα λέγω
συναγωγῆς μόνον, ἀλλὰ καὶ τῆς ἐν Δάφνῃ· πονηρότερον γὰρ ἐκεῖ τὸ βάραθρον,
ὁ δὴ καλοῦσι Ματρώνης. Καὶ γὰρ πολλοὺς ἤκουσα τῶν πιστῶν ἀναβαίνειν ἐκεῖ,
καὶ παρακαθεύδειν τῷ τόπῳ. Ἀλλὰ μὴ γένοιτό ποτε τούτους πιστοὺς προσειπεῖν.
Ἐμοὶ καὶ τὸ Ματρώνης καὶ τὸ τοῦ Ἀπόλλωνος ἱερὸν ὁμοίως ἐστὶ βέβηλον.
Jn Chrys, Adv. Iud. hom. 1 (PG 48, 855, 60-61): ἢ εἰς τὴν συναγωγὴν ἀπαντήσῃ,
ἢ εἰς τὰ Ματρώνης ἀνέλθῃ
Jn Chrys, Adv. Iud. hom. 5 (PG 48, 904, 22-25): τὰς πονηρὰς φεύξωνται τῶν
Ἰουδαίων διαγωγὰς καὶ συναγωγὰς, τάς τε ἐν τῇ πόλει, τάς τε ἐν τῷ προαστείῳ,
τὰ σπήλαια τῶν λῃστῶν, τὰ τῶν δαιμόνων καταγώγια
101
La topographie d’Antioche dans les Histoires
ecclésiastiques de la première moitié du ve siècle
Annick MARTIN
Professeur émérite, Université Rennes 2
O
nt été retenues les Histoires ecclésiastiques (HE) de Socrate,
Théodoret et Sozomène, toutes trois rédigées en grec dans la
première moitié du ve siècle, entre 439/440 et 449/50. Elles
ont utilisé celle de Rufin, rédigée en latin en 403 (cf. le récit du transfert
des restes du martyr Babylas). Sera également mentionnée l’Histoire
ecclésiastique de l’arien Philostorge (fin des années 430).
1. Socrate et Sozomène
Socrate est constantinopolitain et ne connaît pas Antioche. Sozomène
est palestinien d’origine et constantinopolitain d’adoption. Les indications concernant la topographie de la ville d’Antioche dans leur Histoire
se réduisent à deux ; elles dépendent de sources antérieures et concernent
des monuments déjà connus par ailleurs.
1. En II, 8, 2, Socrate fait mention de « l’église » commencée par
l’empereur Constantin et achevée et dédicacée par son fils Constance en
341, à l’occasion d’un synode qui porte précisément le nom de synode
des Encénies, ou de la Dédicace. Sozomène, qui le reprend en III, 5, 1 et 2 (cf. VI, 7, 5), ajoute que
« l’église » est « extraordinaire de grandeur et de beauté », soit qu’il
l’ait vue lui-même, soit, plus vraisemblablement, qu’il s’inspire de la
brève description laissée par Eusèbe de Césarée dans la Vita Constantini
(III, 50, 2) et reproduite dans le Triakontaetérikos (IX, 15). En II, 3, 1,
il avait signalé que Constantin « élevait partout de magnifiques églises
au Christ, principalement dans les métropoles, comme à Nicomédie de
Bithynie, à Antioche sur l’Oronte et à Byzance (…) ». On en rapprochera
l’inscription de Constance pour la dédicace, signalée par Malalas (XIII,
102
17) : « Pour le Christ, Constantin construisit cette demeure, etc. ». En V,
8, 1, Sozomène mentionne encore « les offrandes de l’église », confisquées par l’empereur Julien, église à laquelle, pas plus que Socrate, il
ne donne le nom de « grande église ».
2. Le site de Daphné est mentionné dans le cadre de l’histoire de l’oracle
muet du temple d’Apollon sous l’empereur Julien. Socrate (III, 18, 1-3)
n’offre qu’un très bref résumé à partir de l’Histoire ecclésiastique de
Rufin (I, 36), mentionnant l’oracle du temple et, « à proximité », « le
cercueil contenant le corps du martyr Babylas », déplacé sur ordre de
Julien, et la procession des chrétiens d’Antioche qui s’ensuivit, « de
Daphné à la ville ». Sozomène, qui recourt à Jean Chrysostome, est
plus précis (V, 19, 4-19) : il évoque la beauté du temple « bâti, dit-on,
par Séleucos, père d’Antiochos qui avait donné son nom à la ville
d’Antioche», et de la statue du dieu (9), ainsi que « la fontaine Castalie »
aux vertus mantiques (10), et l’euktérion construit à proximité par le
César Gallus en 351, qui abritait la tombe (θηκή) et le cercueil (λάρναξ)
de Babylas (ibid. 4 ; 13), cause du silence de l’oracle. Le cercueil du
martyr dut être déplacé sur ordre de Julien (cf. V, 20, 1), donnant lieu à
une procession des chrétiens, « de Daphné jusqu’à la ville sur quarante
stades (soit 7 km), à l’endroit où repose aujourd’hui le martyr qui a donné
son nom au lieu1 » (ibid. 17). Le trajet ainsi indiqué renvoie, non pas au
koimétérion situé au-delà de la porte de Daphné où le cercueil retourna
dans un premier temps, mais à la basilique construite par l’évêque Mélèce
entre 379 et 381 en l’honneur de Babylas — comme on peut le déduire
de la mention explicite de « l’endroit où repose aujourd’hui le martyr
qui a donné son nom au lieu » — c’est-­à-dire l’église cruciforme où fut
aussi enterré Mélèce à son retour de Constantinople en 381 (VII, 10, 5,
« près de la tombe du martyr Babylas »), sur la rive gauche de l’Oronte,
là où se réunissaient ses partisans pendant ses exils2. L’incendie du
1
Selon Rufin (HE I, 36), la procession s’étendait sur « une distance de six mille pas »,
soit plus de 8 km, sans qu’une direction soit indiquée ; Passio Artemii 55, le cercueil est
transporté sur « plus de cinquante stades, en un lieu appelé koimétérion, où se trouvent
beaucoup d’anciens martyrs ». Sur ce koimétérion, cf. Théodoret HE II, 24, 8, qui évoque
les chœurs alternés que Flavien et Diodore font chanter aux fidèles, sous l’évêque Léonce
(344-357), « aux tombeaux des martyrs », martyrion collectif près de la porte de Daphné
(cf. HP X, 8 ; XIII, 19).
2
Cette église a été identifiée à celle de Kaoussié située à 400 m de l’Oronte. Cf. Lassus 1938 ;
Festugière 1959, p. 414-415 ; Downey 1961, p. 415-416, 417, 455 et n. 23. Sur les réunions
des partisans de Mélèce à cet endroit, voir infra.
103
temple et de la statue d’Apollon1, « ne laissant indemnes que les murs, le
péribole et les colonnes qui soutenaient les propylées et l’opisthodome »,
mentionné à la suite (V, 20, 5), est repris de Chrysostome (Disc. Sur
Babylas, 93-94) 2.
2. Théodoret
L’Histoire ecclésiastique (HE) de l’Antiochéen Théodoret se révèle
plus riche sur la topographie antiochéenne. En 444, quatre ans avant son
Histoire ecclésiastique, l’évêque avait écrit une Histoire des moines de
Syrie, connue sous le nom d’Histoire philothée (HP). Ces deux ouvrages
contiennent certains détails concernant la topographie d’Antioche. La
ville que connaissait Théodoret reste encore très proche de celle décrite
par Libanios, une description cependant incomplète.
La ville, le palais, les réunions des Méléciens
Le livre III de l’HE, consacré entièrement à l’empereur Julien qui séjourna huit mois à Antioche avant d’aller combattre les Perses, fourmille
de mentions trop générales pour être situées précisément. Fontaines
(πηγαί), place ou marché (ἀγορά) par exemple, sont évoqués de façon
générique à l’occasion des purifications auxquelles procède Julien à
son entrée dans la cité (ibid. 15, 2). Églises, sanctuaires des martyrs et
théâtres (ibid. 28, 1) sont mentionnés de la même manière à l’occasion
des manifestations à l’annonce de la mort de Julien. Dans certains cas
cependant, le contexte invite à considérer qu’il s’agit d’un lieu précis.
Ainsi en est-il de l’agora sur laquelle se déroulent l’arrestation de
Théodore — un des meneurs de la procession de Babylas —, sa mise
à la torture et son emprisonnement, puis son relâchement (ibid. 11, 2
et 3) : ceci laisse entendre que le dikastérion où se déroula la mise à la
question et la prison où il fut enfermé se trouvaient sur cette place ou à
proximité, dans un quartier voisin de la porte de Daphné, qui pourrait
être Épiphanéia3. Au chapitre précédent (10) consacré au déplacement
du corps du martyr Babylas depuis le sanctuaire apollinien de Daphné,
Théodoret était resté très vague, n’indiquant pas le lieu du transfert.
Dans le récit de la conversion d’un jeune néocore de la suite de Julien,
1
La date en est donnée par Ammien (XXII, 13, 1) : le 22 octobre 362. Ni Rufin ni Socrate
n’en parlent.
2
Cf. Philostorge HE VII, 8 ; Passio Artemii 56.
3
Voir Downey 1961, p. 621-631.
104
apparaît une maison à étage (καταγώγιον) avec un balcon, dans laquelle
réside l’évêque Mélèce revenu d’exil (ibid. 14, 6 et 8), maison qui, compte
tenu du contexte, pourrait se trouver dans un des quartiers de la vieille
ville situé non loin de la porte de Daphné ; le père du jeune néocore
descend en effet de Daphné à la recherche de son fils, et fait le tour des
rues et des ruelles (τὰς ἀγυίας καὶ τοὺς στενωπούς). Si le sanctuaire de
la Tychè (τὸ τῆς Τυχῆς τέμενος) est mentionné, toujours à propos des
pratiques sacrificielles de Julien (ibid. 16, 2), Théodoret n’indique pas
sa localisation. Il ne dit rien non plus de sa transformation, pourtant
contemporaine, en église destinée à accueillir les restes de saint Ignace,
déposés jusque-là dans le cimetière chrétien, signalée seulement un siècle
et demi plus tard par Évagre le Scholastique (I, 16). L’agora réapparaît à
l’occasion de la distribution des donativa de 363 offerts par Julien, et du
banquet qui suivit : des officiers chrétiens la traversent en courant et se
précipitent « au palais impérial (τὰ βασίλεια) » pour se dénoncer (ibid.
16, 6, et 17, 3-4) ; ils sont alors « emmenés hors de la ville », « au lieu
habituel du châtiment des malfaiteurs » (ibid. 17, 5 et 6). La mention du
palais impérial (on notera le pluriel, toujours employé par Théodoret :
cf. II, 9, 8 et 9 ; III, 27) laisse entendre qu’on se trouve dans la ville
neuve située dans l’île de l’Oronte décrite par Libanios ; l’agora d’où
accourent les officiers pourrait donc s’y trouver elle aussi ; quant au lieu
du châtiment, il se situe « hors de la ville », sur la rive droite du fleuve.
Il est à nouveau question du palais et de la rive droite du fleuve où se
trouve le « gymnase militaire », au livre IV, 26, 3-5, où sont données
les précisions suivantes : « Du côté nord, l’Oronte coule le long du
palais (τὰ βασίλεια), tandis que du côté sud, un très grand portique à
deux étages est construit contre le rempart de la ville, avec deux hautes
tours de chaque côté. Entre le palais et le fleuve, il y a une rue qui reçoit
ceux qui sortent de la ville par les portes de ce côté et les conduit aux
champs des faubourgs. C’est par cette rue que passait Aphraate l’inspiré
quand il se rendait au champ de manœuvre (πολεμικὸν γυμνάσιον) pour
assurer aux brebis de Dieu les soins qui leur convenaient. L’empereur
(=Valens), qui se penchait du haut du portique impérial, le vit vêtu de sa
sisyre et marchant d’un bon pas en dépit de son grand âge. Quelqu’un
lui dit que c’était Aphraate à qui tout le peuple de la ville était attaché.
Il lui demanda : ‘Où vas-tu, dis-moi ?’ L’homme répondit avec autant
de sagesse que d’à propos : ‘Prier pour ton règne.’»
105
Cette description, déjà présente dans le chapitre de l’Histoire philothée consacré au moine Aphraate (VIII, 8), est à rapprocher de celle
de l’Antiochikos de Libanios (Or. XI, 206). Les fouilles de Princeton,
entreprises entre 1932 et 1935, n’ont rien donné concernant le palais. Ont
seulement été trouvés, en effet, des restes de l’hippodrome, des bains,
un stade et des maisons de l’époque romaine1. On en rapprochera un
passage d’Évagre (HE II, 12) dans lequel il est question des destructions
de la ville neuve, occasionnées par le tremblement de terre de 458, « le
sixième », qui fut « très meurtrier » : deux des bâtiments « des palais
impériaux », « les portiques devant les palais et le tétrapyle où ils se
rencontrent, et, dans l’hippodrome, les deux tours qui dominent les
portes et quelques-uns des portiques près de ces portes ». Tout repose
donc sur les textes. Rappelons que le nord et le sud tels que les désignent
Théodoret et les Anciens en général sont des orientations locales qui
ne correspondent pas aux points cardinaux véritables (de même pour
l’ouest et l’est). Quand Théodoret parle « du côté nord », il s’agit donc de
l’ouest ; quant au « côté sud », il s’agit de l’est, donc ici de la rive droite
du fleuve, côté île, comme le fait justement remarquer R. Martin dans
son commentaire2. Auparavant Libanios avait décrit l’île entourée d’un
rempart comme d’une couronne (Or. XI, 204). Le chemin de ronde du
rempart se transformait donc, au niveau du palais, en une sorte de grande
terrasse avec loggia encadrée par deux tours, ouvrant sur le fleuve et les
faubourgs qui s’étalaient au-delà sur la rive gauche.
Valens est de tous les empereurs celui qui résida le plus longtemps à
Antioche, de 371, où il y prend ses quartiers d’hiver, à 377 ; il y laissa
des marques monumentales de sa présence, après le séisme de 365
(dont un forum, mais apparemment pas d’églises). Valens était homéen
comme Constance ; il persécuta donc ceux des chrétiens qui rejetaient
les assemblées dirigées par l’évêque homéen Euzoios (360-376) qui avait
en charge l’ensemble des églises3. C’est le cas des partisans de l’évêque
Mélèce, exilé ici pour la troisième fois : « Il commença en effet par les
chasser des saintes demeures, car Jovien, digne de toute louange, leur
avait remis aussi l’église qui venait d’être construite (τὴν νεόδμητον
ἐκκλησίαν). Les fidèles se rassemblèrent alors au pied de la montagne
1
Voir le plan de G. Poccardi reproduit dans Alpi 2009, t. I, PL XIV, p. 320.
2
Dans Festugière 1959, p. 45-46.
3
Euzoios laissa à Paulin, l’ancien prêtre, devenu évêque en 362, qui dirigeait la communauté eustathienne, une des petites églises à l’intérieur de la ville, par respect pour sa
piété et son âge (Socrate HE III, 9, 4 ; IV, 2, 5, Valens le protège ; cf. V, 5, 1 ; Sozomène
HE V, 13, 3 ; VI, 7, 10 ; cf. VII, 3, 1).
106
(παρὰ τὴν τοῦ ὄρους κρηπίδα), (…) soumis aux atteintes contraires du
temps, tantôt la pluie, la neige, le gel, tantôt la chaleur torride. Mais,
loin de leur permettre de profiter de cet avantage péniblement acquis,
il envoya des soldats pour les disperser. Flavien et Diodore, comme des
digues, brisaient l’assaut des vagues. En effet, tandis que Mélèce, leur
pasteur, avait été contraint d’aller vivre au loin, ils prenaient soin du
troupeau (…). Expulsés du pied de la montagne (ἐκ ...τῆς ὑπωρείας), c’est
alors donc qu’ils paissaient les brebis sur les bords du fleuve tout proche
(παρὰ τὰς ὄχθας τοῦ γείτονος ποταμοῦ). (…) Mais l’adversaire de ceux-là
seuls qui professent la divinité du Christ maître ne permit même pas à
ces fidèles de se rassembler en cet endroit. Et voilà donc qu’à nouveau
l’attelage de ces admirables auxiliaires du pasteur, regroupant les saintes
brebis sur le champ de manœuvre (εἰς τὸ πολεμικὸν γυμνάσιον), leur
présenta l’herbe spirituelle. Diodore, plein de sagesse et de courage, tel
un grand fleuve limpide, abreuvait les siens, tout en submergeant les
blasphèmes des adversaires. » (IV, 25, 3-6).
C’est là qu’allait les retrouver le moine Aphraate appelé en renfort,
tout comme Julien Saba, un autre moine, quelque dix ans plus tôt (HP
II, 15). Le premier texte cité (IV, 26, 4) permet de localiser ce « champ
de manœuvre » : pour y parvenir, le moine emprunte la rue qui longe
le palais, passe la porte de la ville par un pont au-delà duquel, quelque
part dans les faubourgs, se trouve ce vaste espace plat non bâti. Les
partisans de Mélèce qui s’y réunissaient étaient appelés non sans ironie
les campenses par Jérôme, qui séjournait alors dans le désert de Chalcis
(Ep. 15, 3). Un texte concernant l’évêque Athanase d’Alexandrie aux
prises avec les ariens, sous l’empereur Jovien, peut en être rapproché :
il s’agit des Pétitions des ariens d’Alexandrie à l’empereur Jovien pour
lui demander de reconnaître Lucius comme évêque à la place d’Athanase. Or ils rencontrèrent l’empereur εἰς κάμπον ἐν τῇ Ῥωμανησίᾳ
πύλῃ, autrement dit au moment où il s’apprêtait, revenant du campus,
c’est-à-dire du champ de manœuvre, à rentrer dans la ville par la porte
Romanèsia (romanésienne ou romaine) pour se rendre au palais ; la même
porte que celle qui est empruntée plus tard par Aphraate. Julien Saba
avait emprunté un chemin comparable à celui suivi par Aphraate pour
se rendre à la réunion des fidèles, après le second exil de Mélèce sous
Valens (365/366) : il passait « par les portes du palais » (τῶν βασιλείων
τὰς θύρας) pour se rendre au champ de manœuvre (HP II, 19), qui se
trouvait « devant la porte nord » (ibid. 15), en réalité à l’ouest. Cette
« porte nord » serait donc la porte Romanèsia.
107
Auparavant il a été question de deux autres lieux de rassemblement
des méléciens : le pied de la montagne, c’est-à-dire du Silpios, et les
bords du fleuve tout proche. Que faut-il entendre par « tout proche » ?
Dans leur partie la plus basse, entre le Parmenios et le mur sud de Tibère, les pentes du Silpios touchent la grande rue à portiques ; c’est là
que se trouve l’ancien quartier résidentiel d’Épiphanéia. Ce quartier se
trouve à une certaine distance de la rive du fleuve, et ses parties les plus
basses sont à l’intérieur du rempart de Tibère. Plus au sud, au niveau de
la porte de Daphné et du cimetière chrétien, le versant de la montagne
présente une pente très adoucie, plus proche encore du fleuve, qui à cet
endroit est extra muros, ce qui correspondrait mieux à l’expression de
Théodoret. Mais ce ne sont que des supputations.
Les édifices religieux
Deux édifices religieux sont cités par Théodoret : l’église de la vieille
ville et la grande église, dont la possession a fait l’objet de vives tensions
entre les différents partis religieux aux ive et ve siècles. Leur localisation
n’est pas précisée.
1. L’église de la vieille ville est mentionnée à trois reprises par
Théodoret, aux livres I, II, et III, les deux premières fois sous le nom
de « l’église de la vieille ville » (τὴν ἐν τῇ Παλαιᾷ ... ἐκκλησίαν), ou
comme « celle qui se trouve dans ce qu’on appelle la vieille ville 1», par
opposition à la ville nouvelle construite postérieurement dans l’île de
l’Oronte. Dans la troisième occurrence, elle est désignée comme étant
« l’église appelée l’ancienne » (ἐν τῇ καλουμένῃ Παλαιᾷ 2), l’adjectif
substantivé palaia pouvant aussi bien renvoyer à la ville qu’à l’église
elle-même. Cette désignation est précisée au livre II par le qualificatif
d’ « apostolique », indiquant que les partisans de Mélèce, qui avaient
rompu avec l’évêque homéen Euzoios (en 361), se regroupaient « dans
l’église apostolique, celle qui se trouve dans ce qu’on appelle la vieille
ville ». Elle était donc aussi considérée comme la plus ancienne, parce
que fondée sur la mémoire des apôtres Paul et Pierre, à l’origine de la
première communauté chrétienne d’Antioche, qui se réunissait alors dans
des maisons particulières3. À partir de quand voit-on apparaître dans la
ville des constructions spécifiquement chrétiennes ? Le premier texte
1
I, 3, 1 ; II, 32, 10.
2
III, 4, 3.
3
Cf. Jean Chrysostome In princ. Actorum hom. 2, 1, PG 51, 77, 1-6.
108
(I, 3, 1-2) fournit une indication chronologique intéressante à ce sujet.
Théodoret y fait le point sur la succession épiscopale après la persécution,
au moment où va commencer la querelle arienne : « À Antioche, après
Tyrannos (303-313), quand commença la paix pour les Églises (en 313),
Vitalis prit la direction : c’est aussi lui qui reconstruisit l’église de la
vieille ville détruite par les tyrans. 2. Après lui, Philogonios, qui obtint
la dignité épiscopale, acheva l’édifice et manifesta son zèle pour l’orthodoxie durant les temps difficiles de Licinius (c.-à-d. entre 319 et 324). »
La reconstruction de « l’église de la vieille ville » par Vitalis après 313
laisse entendre que l’église épiscopale d’Antioche existait déjà avant les
persécutions de Dioclétien et de Maximin, déclenchées en 303. On peut
même, sans trop de risque, remonter à l’époque de Paul de Samosate,
évêque d’Antioche entre 260 et 268, qui tenait les assemblées ecclésiastiques « dans une maison de Dieu » dans laquelle il avait fait installer
une estrade (βῆμα) et un trône surélevé (θρόνον ὑψηλὸν), ainsi qu’un
σήκρητον, autant d’innovations dénoncées par ses collègues, selon Eusèbe de Césarée, qui a conservé la synodale qui en fait état1. C’est dans
cette église que se tinrent les deux synodes qui condamnèrent Paul en
264 et 2682.
Le terme de « vieille ville », très général, recouvre plusieurs quartiers,
à l’intérieur des remparts, étendus sur l’espace plat qui longe la rive
gauche de l’Oronte, du sud-ouest, partie la plus ancienne, au nord-est, la
plus récente, sur quelque trois kilomètres et demi. Dans quelle partie de
cette vieille ville a pu se trouver l’église épiscopale ? Dans sa partie la
plus ancienne, à proximité du cimetière chrétien non loin de la porte de
Daphné ? Ou bien plus à l’est/sud-est de la grande rue, vers Épiphanéia ?
Ou, encore, plus au cœur de la cité ? Sa construction, sans doute de peu
antérieure au milieu du iiie siècle, quand commencent d’apparaître dans le
paysage urbain les premières constructions spécifiquement chrétiennes,
autorise toutes les hypothèses.
Après l’exil d’Eustathe en 327, ses partisans firent sécession et s’assemblèrent entre eux. Ils durent abandonner l’église de la vieille ville,
dans laquelle Eustathe avait été consacré, à ses successeurs non nicéens.
Jusqu’à la fin du règne de Valens (378), ce sont eux en effet qui occupent
toutes les églises de la ville. Ce n’est que sous Gratien que celles-ci
1
Eusèbe HE VII, 30, 9.
2
Ibid. 27, 2 ; 29, 1.
109
sont rendues à Mélèce. Un peu plus tard, entre 386 et 397, le prêtre
Jean Chrysostome prêchait aussi bien « dans l’ancienne » que « dans la
nouvelle » église. L’ancienne église n’est plus mentionnée par la suite.
2. La grande église a été mise en chantier sur ordre de Constantin
en 327 selon Jérôme (Chron. an. 327), en même temps que l’ensemble
monumental de Jérusalem, Saint Sépulcre et Anastasis dont on peut la
rapprocher. Jérôme précise qu’elle est appelée dominicum (κυριακὸν)
aureum, « l’église dorée1 », par allusion à « la profusion d’or » de sa décoration intérieure, selon la description qu’en a donnée Eusèbe de Césarée,
le premier à la citer2. L’évêque fournit également quelques indications sur
son architecture, sa hauteur prodigieuse, sa forme octogonale (nécessitant une coupole), les salles et exèdres nombreuses qui l’entouraient, le
tout encadré par de grands portiques qui la ceinturaient, mais il omet
de la localiser. Achevée quatorze ans plus tard sous Constance, elle fut
dédicacée le 6 janvier 341 en présence de l’empereur lui-même, à l’occasion du synode réuni dans la ville, appelé pour cette raison « synode
des Encénies ». Son plan octogonal et ses dimensions la distinguaient
de « l’ancienne église », beaucoup plus petite.
Théodoret la mentionne à trois reprises : une première fois au livre
III (12, 1), au temps de Julien, sous le nom de « la grande église », un
qualificatif justifié par ses dimensions, si l’on se réfère à la description
admirative laissée par Eusèbe. La deuxième occurrence se trouve au livre
IV (25, 1), sous Valens ; l’église y est désignée par une périphrase, « celle
qui venait d’être construite » (τὴν νεόδμητον ἐκκλησίαν), renvoyant à son
fondateur, Constantin, cité dans le premier texte (« la grande église que
Constantin avait construite », trente-cinq ans auparavant3). Il n’est pas
impossible que ce soit à partir de ce moment que l’on ait pris l’habitude
d’appeler l’église apostolique — la plus ancienne cathédrale de la ville
— « l’église ancienne », « celle qui se trouve dans ce qu’on appelle la
vieille ville », par opposition à « l’église qui venait d’être construite »,
1
Et non la « maison dorée », comme l’appelle J. Lassus (1977), p. 72-74, lapsus trahissant le
postulat évoqué plus loin, et répété, mais cette fois en latin, Domus Aurea, par Poccardi
1994, p. 1008, n. 18, à la suite de Downey 1961, p. 342.
2
Eusèbe Vita Constantini III, 50, 2 ; Triakontaetérikos IX, 15 ; cf. Jean Chrysostome
Hom. Si esurierit inimicus 3, PG 51, 175 ; In cap. I Gen 6, 2, PG 53, 56 ; De mutatione
nominum 2, 1, PG 51, 125.
3
Si Théodoret renvoie à l’année de la construction de l’église, plutôt qu’à celle de la
dédicace sous Constance, c’est qu’il n’a pas retenu le synode des Encénies qui en fait
mémoire, s’en tenant aux seuls conciles œcuméniques.
110
la « nouvelle église », telle qu’elle est appelée dans un titulus de Jean
Chrysostome1. Mais cela ne détermine pas pour autant la localisation de
cette dernière dans la ville nouvelle, par opposition à « la vieille ville »
dans laquelle se trouvait l’ancienne église cathédrale. La troisième et
dernière occurrence au livre V (37, 4) la désigne à l’aide d’un superlatif :
μέχρι τοῦ μεγίστου νεώ, « jusqu’à la très grande église », le superlatif
s’expliquant peut-être du fait de la réunion en une seule Église de tous les
chrétiens d’Antioche, sous un seul évêque, Alexandre (413-424), mettant
ainsi fin au schisme qui la divisait depuis plus de 85 ans.
Théodoret s’en tient donc à la dénomination de grande église. Plus
qu’à la taille de l’église, on peut considérer que le qualificatif renvoie
désormais à sa fonction d’église épiscopale, — celle dans laquelle
l’évêque légitime de la ville célèbre la liturgie, fonction antérieurement
occupée par l’église de la vieille ville —, et ceci au moins depuis 361
quand l’évêque Euzoios occupe les églises2. Quand l’empereur Julien
s’en prend aux chrétiens qu’il rend responsables de l’incendie du temple
d’Apollon à Daphné, c’est à cette église qu’il s’attaque, en confisquant
ses vases liturgiques et ses trésors et en faisant « clouer ses portes ».
C’est là aussi qu’officiait alors l’évêque officiellement reconnu, l’homéen
Euzoios, ce qu’exprime Théodoret à sa manière : « c’était la faction
d’Arius qui alors l’occupait ».
« Unique par sa grandeur et sa beauté », telle était cette église impériale
qui ornait « la métropole de l’Orient ». À défaut de vestiges archéologiques, la description d’Eusèbe l’a fait identifier à l’un des monuments
de forme polygonale représenté sur la bordure de la mosaïque de Yakto
(Daphné) datée de la seconde moitié du ve ou du début du vie siècle,
en relation avec une porte, la [Taur]ianê pulê, reliée à un pont3. Et, en
tant que construction impériale, elle a été associée au palais impérial
situé dans « la ville nouvelle », ceci, à partir du présupposé selon lequel palais impérial et mausolée ou cathédrale (à plan octogonal) sont
associés : voir Thessalonique et Split sous Dioclétien, Constantinople
1
Jean Chrysostome Hom. « In illud « in faciem ei restiti », titulus, PG 51, 372, il a célébré
la précédente synaxe « avec l’évêque » ἐν τῇ ἐκκλησίᾳ τῇ καινῇ.
2
Deichmann 1972, p. 48-50, considère, à tort, que les deux églises avaient le statut d’église
épiscopale.
3
Lassus 1934, p. 145, fig. 22, n° 41 ; Lassus 1977, p. 74-78 ; Eltester 1937, p. 251-286 ;
G rabar 1946, p. 214-227 ; Downey 1961, p. 346-348 ; 659-664 ; Poccardi 1994, p. 9931023 ; Poccardi 2001, p. 165-172.
111
sous Constantin1. Or C. Saliou a récemment montré2 qu’un tel montage
repose sur un présupposé contestable, et que « [Ta taur]iana n’est pas la
seule restitution possible. Le mieux est de laisser la mosaïque de Yakto
en dehors de l’argumentation », conclut-elle.
L’indication de Malalas (XIII, 3) selon laquelle elle avait été construite
à l’emplacement des bains du roi Philippe (ier s. av. J.-C.) — à moins
qu’il ne s’agisse de l’empereur Philippe l’Arabe (244-249) —, rasés pour
l’occasion, n’est d’aucun secours, faute de connaître la localisation de
ces bains. À défaut d’une localisation certaine, le passage du livre V (37, 3-5)
de Théodoret pourrait permettre d’avancer une autre hypothèse. En 413
ou 414, l’évêque Alexandre organisa un grand rassemblement destiné à
réintégrer dans l’Église les partisans de l’ancien évêque Eustathe, séparés depuis 327. « Il vint devant cette foule puis, après avoir rassemblé
les chanteurs et harmonisé une hymne de sa composition, il remplit de
monde toute la place (πᾶσαν τὴν ἀγορὰν), de la poterne ouvrant vers
l’ouest (ἀπὸ τῆς πρὸς ἑσπέραν τετραμμένης πυλίδος), jusqu’à la grande
église (μέχρι τοῦ μεγίστου νεὼ), offrit le spectacle d’un fleuve d’éloquence semblable au fleuve qui coulait à côté. À cette vue, les juifs et
ceux qui étaient contaminés par la lèpre arienne, avec le peu d’hellènes
qui restait, geignaient et se désolaient en voyant les autres fleuves se
jeter dans la mer Église. »
Bien que l’évêque joue sur les deux registres, réel et symbolique, le texte
oriente vers une localisation non loin de la rive gauche du fleuve, l’église
s’ouvrant au nord sur une agora, elle-même fermée par une poterne du
côté sud, dans la vieille ville3. Il n’est question ni d’île, ni de pont. Ceci
exclut une localisation dans la ville neuve, ce que confirme implicitement
le passage d’Évagre (HE II, 12), déjà évoqué : dans son énumération des
monuments de la ville neuve qui furent détruits lors du tremblement de
terre de 458, il mentionne en effet les portiques, le tétrapyle, une partie
1
Eltester 1937, p. 251-286 ; Downey 1961, p. 346-348 ; 659-664.
2
Saliou 2000, p. 217-226.
3
Selon Théophane Chron. a. 5878 (385-386), « dans la vieille ville, une petite basilique
fut construite près de la grande », ce qui aurait pu indiquer la proximité des deux églises,
l’ancienne et la nouvelle, dans la vieille ville ; mais le terme basilikè, à la différence du
latin basilica, ne renvoie pas nécessairement à l’église, mais à la forme architecturale de
« tout espace dont la couverture est supportée en partie par des colonnes » (Saliou 2000,
p. 220 et n. 23).
112
du palais impérial, des bains et les tours de l’hippodrome, mais ne dit
pas un mot de la cathédrale1. Or un monument de cette importance, s’il
s’était trouvé dans l’île, pouvait difficilement avoir été épargné, ou, s’il
l’avait été, Évagre l’aurait précisément mentionné. Le même Évagre,
faisant le récit de l’émeute monastique de 512 (III, 32) contre Flavien II,
l’évêque chalcédonien d’Antioche – récit qu’il tient, dit-il, « de gens de
la plus extrême vieillesse qui (en) avait gardé mémoire » – rapporte que
« le peuple de la ville », venu défendre son évêque contre cette foule
de moines venus « de la Cynégique (…) et de la Syrie Première », qui
avait « fondu en masse sur la ville avec tumulte et grand désordre »,
« fit un grand massacre des moines, si bien qu’un nombre infini de ces
moines reçut l’Oronte comme tombeau, les cadavres ayant été ensevelis
sous les flots ». Ce texte s’accorde assez bien avec celui de Théodoret
évoqué précédement, situant la grande église sur l’agora, à proximité du
fleuve. On ajoutera qu’après le tremblement de terre de 528, Justinien fit
reconstruire un nouveau rempart laissant une grande partie de la ville
détruite à l’extérieur, dont l’île qui fut abandonnée2. Or la grande église
fut reconstruite et dédicacée en 537 par le patriarche Éphrem (527-545) :
elle se trouvait donc à l’intérieur des murs de Justinien et non dans l’île3.
Quelques manuscrits d’une Vie de S. Syméon Stylite indiquent que, vers
459, la grande église porte le nom de Μετάνοια εἰς τὸν μόσχον, ou d’après
des vies latines ceux de Concordia Poenitentialis, ou de Concordia
Poenitentiae4. Faut-il mettre ces désignations en relation avec la réconciliation opérée quelques quarante ans plus tôt par Alexandre ? C’est
probable. C’est dans cette grande église où il fut consacré que prêchera
encore le plus souvent l’évêque monophysite Sévère5, tandis que l’ancienne église n’est plus mentionnée depuis le ve siècle. La grande église
fut, quant à elle, définitivement détruite par un nouveau séisme en 588 .
La discussion reste ouverte.
1
Cette source est utilisée par Poccardi 1994, p. 998 pour la localisation du palais, mais
non pour celle de la cathédrale, p. 1009-1012.
2
Malalas XVIII, 27 ; repris par Michel le Syrien Chron. IX, 21.
3
On ne peut suivre sur ce point l’interprétation de Poccardi 1994, p. 1012.
4
Voir Deichmann 1972, p. 43-44, 50-52 ; Gascou 1993, p. 137 et n. 14.
5
A lpi 2009, t. 1, p. 149 et tableaux p. 187-194.
113
Bibliographie
Alpi 2009
F. Alpi, La route royale. Sévère d’Antioche et les Églises d’Orient (512-518),
Institut français du Proche Orient (Bibliothèque archéologique et historique
188), Beyrouth.
Deichmann 1972
F. W. D eichmann , « Das Oktogon von Antiocheia : Heroon-Martyrion,
Palastkirche oder Kathedrale ? », Byzantinische Zeitschrift 65, p. 40-56.
Downey 1961
Gl. Downey, A History of Antioch in Syria from Seleucus to the Arab Conquest,
Princeton NJ.
Eltester 1937
W. Eltester, « Die Kirchen Antiochias im IV. Jahrhundert », Zeitschrift für die
Neutestamentliche Wissenschaft 36, p. 251-286.
Festugière 1959
A. J. Festugière, Antioche païenne et chrétienne. Libanius, Chrysostome et les
moine de Syrie, Paris.
Gascou 1993
J. Gascou, « Notes d’onomastique ecclésiale ancienne », Zeitschrift für
Papyrologie und Epigraphik 96, p. 135-140.
Lassus 1934
J. Lassus, « La mosaïque de Yakto », dans Antioch-on-the-Orontes, I, PrincetonLondon-Den Haag, p. 114-156.
Lassus 1938
J. Lassus, « L’Église cruciforme d’Antioche-Kaoussié 12-F », dans Antioch-onthe-Orontes, II, Princeton-London-Den Haag, p. 5-44.
Lassus 1977
J. Lassus, « La ville d’Antioche à l’époque romaine d’après l’archéologie », dans
Aufstieg und Niedergang der römischen Welt, II, 8, p. 54-102.
Poccardi 1994
G. Poccardi, « Antioche de Syrie : pour un nouveau plan de l’île de l’Oronte (ville
neuve) du iiie au ve siècle », Mélanges de l’École française de Rome-Antiquité
106, p. 993-1023.
114
Poccardi 2001
G. Poccardi, « L’île d’Antioche à la fin de l’Antiquité ; histoire et problèmes
de topographie urbaine », Recent Research in Late Antique Urbanism (éd.
L. Lavan), p. 165-172.
Saliou 2000
C. Saliou, « À propos de la ταυριανὴ πύλη : remarques sur la localisation
présumée de la grande église d’Antioche de Syrie », Syria 77, p. 217-226.
115
Appendice : trois propositions de fiches
Fiche 1
nom (lemme) : l’ancienne église
autres désignations : église apostolique, église de la vieille ville
sources :
[1] Athanase Tom. ad Ant. 3,1 et 4, ἐν τῇ παλαιᾷ
[2] Jean Chrysostome In princ. Actorum hom. 2, titulus, PG 51, 77, Συνάξεως διὰ χρόνου ἐν τῇ παλαιᾷ
ἐκκλησίᾳ γενομένης
[3] Jean Chrysostome In princ. Actorum hom, 2, 1, PG 51, 77, 1-4, Διὰ χρόνου πρὸς τὴν μητέρα ἡμῶν
ἐπανήλθομεν πάλιν, τὴν ποθεινὴν καὶ ἐπέραστον ταύτην ἅπασιν ἐκκλησίαν, πρὸς τὴν μητέρα ἡμῶν
καὶ τῶν ἐκκλησιῶν ἁπασῶν
[4] Jean Chrysostome In illud : in faciem ei restiti, titulus, PG 51, 372, ταύτην ἐν τῇ παλαιᾷ εἶπεν
[5] Jean Chrysostome De statuis 1, titulus, PG 49, 16, ἐν τῇ παλαιᾷ ἐκκλησίᾳ
[6] Jean Chrysostome De statuis 2, titulus, PG 49, 33, ἐν τῇ παλαιᾷ λεγομένῃ ἐκκλησίᾳ
[7] Théodoret HE I, 3, 1, τὴν ἐν τῇ Παλαιᾷ καταλυθεῖσαν ὑπὸ τῶν τυράννων ᾠκοδόμησεν ἐκκλησίαν
[8] Théodoret HE II, 32, 11, εἰς τὴν ἀποστολικὴν ἐκκλησίαν τὴν ἐν τῇ καλουμένῃ Παλαιᾷ διακειμένην
[9] Théodoret HE III, 4, 2, ἐν τῇ καλουμένῃ Παλαιᾷ
[10] Chron. pasch. a. 362, τὴν παλαιὰν … ἐκκλησίαν
date de la première attestation
362 [1].
Détruite pendant la persécution (303-313), reconstruite par l’évêque Vitalis (313-319), achevée par son
successeur Philogonios (319-324), d’après Théodoret [7] qui mentionne son qualificatif d’apostolique
[8]. Selon Athanase [1] et le Chonicon paschale [10], les partisans de l’évêque Mélèce s’y réunissent
en 362. Jean Chrysostome y prêcha plusieurs homélies entre 386 et 397 [2][4][5][6].
localisation/données archéologiques/identification à d’autres monuments
Dans la vieille ville [7] [8], sans autre précision.
biblio et remarques complémentaires
Cette église fut la première église épiscopale de la ville, celle dans laquelle l’évêque Paul de Samosate
(260-268) dirigeait « les assemblées ecclésiastiques » : il y avait fait installer un βῆμα et un θρόνον
ὑψηλὸν, ainsi qu’un σήκρητον (d’après la synodale de 268 ap. Eusèbe de Césarée HE VII, 30, 9) ; c’est
là que se réunirent les deux synodes qui le condamnèrent (ibid. VII, 27, 2 ; 29, 1). Eusèbe lui-même a
entendu Dorothéos, prêtre d’Antioche, y expliquer les Écritures, avant la grande persécution, au temps
de l’évêque Cyrille (281-303) (ibid. 32, 4).
Jean Chrysostome appelle cette ancienne église « notre mère », « non pas seulement parce qu’elle est
plus ancienne dans le temps, mais parce qu’elle a aussi été fondée par les mains des apôtres » [3], d’où
son qualificatif d’« apostolique » [8]. Elle fut un enjeu important entre les nicéens partisans d’Eustathe
et les partisans de Mélèce entre 362 et 378 [10] ; cf. Socrate HE III, 9, 4 ; IV, 2, 5 ; Sozomène V, 13,
3. Il n’en est plus fait état après le ve siècle.
116
Fiche 2
nom (lemme) : cimetière, κοιμητήριον
autres désignations : martyrion [2]; τὸν τῶν ἁγίων μαρτύρων σηκὸν [3-5]
Sources :
[1] Hier. De viris ill. 16, PL 23, 667, extra portam Daphneticam in coemeterio
[2] Jean Chrysostome De coemeterio et de cruce, PG 49, 393, ἐν τῷ μαρτυρίῳ τούτῳ ; ὁ τόπος
κοιμητήριον ὠνόμασται
[3] Théodoret HP X, 8, εἰς τὸν τῶν ἁγίων μαρτύρων σηκὸν
[4] Théodoret HP XIII, 19, εἰς τὸν τῶν νικηφόρων μαρτύρων σηκὸν
[5] Théodoret HE II, 24, 9, εἰς τοὺς τῶν μαρτύρων σηκοὺς
[6] Artemii Passio 55, Bidez p. 92, 14, ἐν τῷ καλουμένῳ κοιμητηρίῳ
[7] Sévère d’Antioche Hom. 72, 100, 114.
[8] Malalas XIII, 19, ἐν τῷ μαρτυρίῳ τῷ λεγομένῳ Κοιμητηρίῳ
date de la première attestation
393 [1]
localisation/données archéologiques/ identification à d’autres monuments
À l’extérieur de la ville [1][2], à proximité de la porte de Daphné [1].
biblio et remarques complémentaires
P. Franchi De’Cavalieri, « Il Koimètèrion di Antiochia », Note agiografiche, fasc.7, Studi e Testi, Rome
(1928), p. 146-153.
Ce koimétérion était un martyrion collectif où se trouvaient beaucoup de martyrs [2][5][6] restes de
plusieurs persécutions et bientôt de saints ermites. Une liturgie s’y développa au temps de l’évêque
Léonce (344-357) avec chants alternés organisés par Flavien et Diodore [5].
117
Fiche 3
nom (lemme) : la grande église
autres désignations : église dorée (dominicum aureum) [6] [7] ; nouvelle église (ἡ καινή) [9] ; metanoia
(Μετάνοια) [18] [19] ; concordia [20] ; poenitencia [21] ; l’église octogonale (τὸ ὀκτάγωνον κυριακὸν
[3][30][33]; τὸ σφαιροειδὲς κυριακὸν [4] ; ἐκκλησία σφαιροειδὴς [31].
sources:
[1] Eusèbe de Césarée Triakontaetérikos IX, 15, GCS 7, p. 221 τὸν...νεὼν
[2] Eusèbe de Césarée Vita Constantini III, 50, 2 μονογενές τι χρῆμα ἐκκλησίας μεγέθους ἕνεκα καὶ
κάλλους ἀφιέρου; τὸν εὐκτήριον οἶκον; τὸν...νεὼν
[3] Continuatio Antiochensis Eusebii 22 (327), τὸ ὀκτάγωνον κυριακὸν
[4] Continuatio Antiochensis Eusebii 32, 4 (341), τὸ σφαιροειδὲς κυριακὸν
[5] Ammien Marcellin XXII, 13, 2 prouexit (…) maiorem ecclesiam Antiochiae claudi
[6] Hier. Chron. a. 327, dominicum quod vocatur aureum
[7] Hier. Chron. a. 342, dominicum aureum
[8] Hier. Chron. a. 363, ecclesia Antiochiae clausa
[9] Jean Chrysostome Hom. « In faciem ei restitui », titulus, PG 51, 372, ἐν τῇ ἐκκλησίᾳ τῇ καινῇ
[10] Philostorge HE VII, 10, Bidez p. 97, 20, ἐν τῇ ἐκκλησίᾳ
[11] Socrate HE II, 8, 2, τῆς ἐκκλησίας, ἣν ὁ πατὴρ μὲν τῶν Αὐγούστων κατασκευάζειν ἤρξατο
[12] Théodoret HE III, 12, 1, τῆς μεγάλης ἐκκλησίας
[13] Théodoret HE IV, 25, 3, τὴν νεόδμητον ἐκκλησίαν
[14] Théodoret HE V, 37, 4, ἀπὸ τῆς πρὸς ἑσπέραν τετραμμένης πυλίδος μέχρι τοῦ μεγίστου νεὼ
[15] Sozomène HE III, 5, 1 τῆς ἐνθάδε ἐκκλησίας, ἣν ... ἔτι περιὼν Κωνσταντῖνος ... οἰκοδομεῖν ἤρξατο
[16] Sozomène HE III, 5, 2, τῆς νεουργοῦ ἐκκλησίας
[17] Artemii passio 57, PG 94, 10, τῆς μεγάλης …ἐκκλησίας
[18] Vie grecque de Syméon stylite, mss, εἰς τὴν μεγάλην ἐκκλησίαν τὴν λεγομένην Μετάνοιαν
[19] Vie grecque de Syméon stylite, dans deux mss, εἰς τὴν μεγάλην ἐκκλησίαν τὴν λεγομένην
Μετάνοιαν εἰς τὸν μόσχον
[20] Vie latine de S. Syméon Ancien, concordia
[21] Vie latine de S. Syméon Ancien, dans certains mss, poenitentia
[22] Sévère d’Antioche Hom. cath., tituli 1, 16, 23, 39, 43, 55, 62, 64, 68, 69, 87 89, 93-94, 105-106,
112, 120-122
[23] Philoxène de Mabbough Ep. dog. XVIII, Lebon, p. 180 [191] (syr.), dans la grande église
[24] Malalas XIII, 3, τὴν μεγάλην ἐκκλησίαν
[25] Malalas XIII, 14 τῆς μεγάλης ἐκκλησίας
[26] Malalas XIII, 17, τὴν μεγάλην ἐκκλησίαν
[27] Malalas XVII, 16, ἡ δὲ μεγάλη ἐκκλησία Ἀντιοχείας ἡ κτισθεῖσα ὑπὸ Κωνσταντίνου τοῦ μεγάλου
βασιλέως
[28] Chronicon miscellaneum ad AD 724, p. 129 (syr.) (trad. latine Chabot, p. 102, 3 : ecclesiae
sphaericae formae).
[29] Évagre le Scholastique HE VI, 8 τὴν ἁγιωτάτην ἐκκλησίαν
[30] Théophane Chron. a. 5819 (327), Bidez p. 205, 19, τὸ ὀκτάγωνον κυριακὸν ἤρξατο οἰκοδομεῖσθαι.
118
[31] Théophane Chron. a. 5833 (341), Bidez p. 212, 7, ἡ ἐγκαινισθεῖσα ἐκκλησία σφαιροειδὴς ἓξ ἔτεσι
κτισθεῖσα, ὑπὸ μὲν Κωνσταντίνου τοῦ μεγάλου θεμελιωθεῖσα, ὑπὸ Κωνσταντίου δὲ πληρωθεῖσα καὶ
ἐγκαινισθεῖσα
[32] Théophane Chron. a. 5854 (363), Bidez p. 232, 16, τὴν μεγάλην ἐκκλησίαν ἀπέκλεισε καὶ πάντα
τὰ ἱερὰ ἐδήμευσεν
[33] Michel le Syrien Chron. 7, 4, (syr.) (trad. Chabot p. 270 : ὀκτάγωνον)
date de la première attestation
335[1]
Commencée par Constantin [1][2][3][11][15][24][25][27][31] en 327 [3][6][28], elle fut achevée et
consacrée par Constance [26][31] en 341 [4][11][16][27][31]. Elle fut fermée par Julien en 363 [5][8]
[12][17][32], après confiscation des vases sacrés [12][ 16][17][32], cf. Sozomène HE V, 8, 1 ; réouverte
sous Jovien [13]. Le corps de Syméon l’Ancien, stylite, y fut déposé le 25 octobre 459, jusqu’à la
construction de son martyrion [18-19]. Sévère d’Antioche y fut consacré évêque le 16 novembre 512
[23] et y prononça la plupart de ses homélies cathédrales [22].
localisation/données archéologiques/identification à d’autres monuments
Aucun vestige archéologique ne permet de la situer.
Elle a cependant été identifiée à l’un des monuments de la mosaïque de Yakto (Daphné) par Lassus
en 1934, et située par Eltester (1937) dans la ville neuve, sur l’île de l’Oronte, à proximité du palais
impérial. G. Poccardi (1997) précise même : « dans l’un des angles du grand croisement des rues à
portiques de l’île de l’Oronte, mais séparée du palais par l’une d’entre elles. »
Autre hypothèse : dans la vieille ville, à proximité de l’agora de Séleucos, sur la rive gauche du fleuve
[14].
biblio et remarques complémentaires
L’édifice en forme d’octogone [3][4][30][33], entouré d’un mur d’enceinte, était remarquable par sa
hauteur prodigieuse et sa décoration [1][2][15] incluant de l’or [7] et des matériaux de couleur [1][2] ;
il comprenait de nombreuses salles et des exèdres [1][2], ainsi qu’une hôtellerie [24]. Selon Malalas
[25], l’église fut dédiée « au Christ » (cf. Sozomène HE II, 3, 1). Elle devint l’église épiscopale
officielle au moins à partir du séjour de Constance fin 360, sinon dès 341. Victime du tremblement de
terre et de l’incendie de 526 [31], reconstruite et reconsacrée par le patriarche Ephrem en 537, elle fut
définitivement détruite par un nouveau séisme en 588 [29].
119
La Chronique universelle de Jean Malalas :
état de la question
Joëlle BEAUCAMP
CNRS
A
vec la Chronique de Jean Malalas, nous avons vraisemblablement l’ouvrage antique le plus riche en données sur la topographie, l’urbanisme et les monuments d’Antioche. Il est d’autant
plus important de saisir dans quel contexte cette Chronique a été écrite
et comment elle nous a été transmise. Je vais présenter l’état actuel de la
question : nous verrons d’abord la tradition du texte et son édition ; nous
examinerons ensuite le problème de l’auteur et de son travail.
1. Le texte et sa transmission
La majeure partie de la Chronique est conservée par un seul manuscrit,
le Baroccianus gr. 182 de la Bibliothèque Bodléienne d’Oxford (O ou
Ba selon les éditeurs). Le manuscrit date de la fin du xie ou du xiie siècle.
Il a deux défauts. Dans sa partie finale (les livres XVII et XVIII) il se
présente comme un abrégé. Il comporte en outre cinq lacunes importantes : une au début, qui nous prive du livre I et de quelques lignes du
livre II ; une à la fin, où manquent les dernières années de Justinien ;
il y a encore une lacune au livre V, dans le catalogue des héros de la
guerre de Troie ; une autre au livre XII, qui omet une série d’empereurs
du iiie siècle ; enfin une qui a fait disparaître les événements de l’année
559. Le Baroccianus a été pour ainsi dire le seul manuscrit utilisé par
les différents éditeurs jusqu’aux travaux menés en Australie après
1980 et l’édition de Thurn. Il existe pourtant bien d’autres témoins de
la Chronique, directs ou indirects : ils permettent de combler certaines
des lacunes du Baroccianus ou de reconstituer un texte plus complet.
Commençons par les témoins directs. Tout d’abord, le livre I et le
début de II sont conservés dans un manuscrit du xe siècle, qui se trouve
pour partie à Paris (Paris. suppl. gr. 682) et pour partie au Mont Athos
120
(Vatop. 290). Le texte de Paris a été repéré et publié dès la fin du
xixe siècle ; mais ces deux manuscrits n’ont vraiment été pris en compte
que récemment, dans la traduction anglaise de 1986 puis dans l’édition
de Thurn de 2000. Les éditeurs plus anciens comblaient la lacune au
moyen d’un manuscrit de la Chronique de Georges le Moine.
Nous disposons, ensuite, des Fragmenta Tusculana : ce sont
quelques feuillets d’un palimpseste de Grottaferrata (Cryptoferratensis
Za XXXIV)1. Les passages de Malalas, recouverts par une copie de
l’Iliade, concernent les livres XIII, XIV et XVIII. Ce texte inférieur est
daté par les uns de la fin du vie ou du début du viie siècle et par d’autres
du milieu du viie siècle. Les fragments ont été publiés par le cardinal
Mai en 1839 et repris dans la Patrologie grecque (volume 85). Depuis
lors, le manuscrit est devenu très difficile à lire, car Mai l’avait passé
au brou de noix. Chiara Faraggiana en prépare une nouvelle édition.
Lorsqu’elle était venue au premier colloque sur Malalas à Aix en 2003,
la publication semblait très proche2. À ma connaissance, son étude n’est
pas encore parue. En tout cas, l’édition de Mai montre que certains
fragments confirment le texte du Baroc., et que d’autres prouvent que
celui-ci est abrégé.
Ainsi, en XIII 21, à propos de la campagne de Julien, le début du texte
est identique, à quelques détails de forme près. En XIII 45-45a, les deux
témoins décrivent le début du règne d’Arcadius dans les mêmes termes ;
mais seuls les FT offrent un long récit sur l’exil de Jean Chrysostome
et sur un incendie à Constantinople3. En XVIII 104-112, il y a de nombreuses notations supplémentaires dans les FT, notamment pour les dates
(en 106, les FT ont une formulation différente et sont même un peu plus
détaillés que Théophane et Georges Cédrénos).
On peut enfin ajouter aux témoins directs les Excerpta de Constantin VII
Porphyrogénète. C’est le nom attribué par convention à ce qui nous reste
de l’encyclopédie historique entreprise par cet empereur. Elle devait
rassembler, en 53 livres thématiques, toute la matière historique figurant
1
Dans Thurn, les Fragmenta Tusculana sont édités comme un deuxième texte, sous le
Baroccianus.
2
J. Beaucamp a contribué à l’organisation de deux colloques sur Malalas qui ont eu lieu
à Aix en 2003 et en 2005 et dont les actes ont été publiés sous le titre Recherches sur la
chronique de Jean Malalas I (2004) et II (2006). La communication de Ch. Faraggiana
n’a pas fait l’objet d’une publication dans ce cadre [note de l’éditrice].
3
Ce passage est édité par Thurn dans le corps du texte, mais en plus petit.
121
chez les historiens anciens. Les analyses ont montré que cet ouvrage
modifie très peu ses sources et ne les abrège pas. C’est donc un témoin
fiable du texte de Malalas. On trouve des passages de sa Chronique dans
deux des recueils thématiques qui nous sont parvenus, le De insidiis
principalement et le De virtutibus et vitiis. Leur apport à la connaissance
du texte originel est très important1. C’est ainsi qu’en X 13, on observe
une différence notable concernant la fin d’Hérode.
À côté des témoins directs en langue grecque, on dispose de traductions de la Chronique.
La plus ancienne est une adaptation latine, connue sous le nom de
Laterculus Malalianus. Le texte date sans doute de la fin du viie siècle.
Il commence par une traduction du début du livre X, depuis la Nativité
jusqu’à la Pentecôte ; vient ensuite une liste de règnes, avec leur durée.
Cette liste est particulièrement utile pour restituer les règnes du livre XII
qui manquent dans le Baroc.2
La traduction la plus riche pour la connaissance de la Chronique est
le texte (ou plutôt les textes) en vieux slave. Il s’agit de longs extraits
figurant dans diverses compilations historiques russes. Ces compilations
ont été composées entre le xie et le xive siècle et elles n’ont pas retenu les
mêmes livres de la Chronique. Mais elles remontent vraisemblablement
à une traduction de l’ensemble du texte qui aurait été faite en Bulgarie au
xe siècle. L’importance de ces longs extraits est capitale. Ils permettent
de compléter la lacune du livre V sur les héros de la guerre de Troie. Par
ailleurs, le texte des livres XIII et XIV dépend d’un original différent
de celui du Baroc. ; l’original en question est proche du modèle utilisé
par la Chronique pascale.
Nos sources sur le texte ne se limitent pas aux témoins directs et
aux traductions. Des passages plus ou moins longs de Malalas ont été
reproduits ou utilisés dans un grand nombre d’histoires, de chroniques
ou d’ouvrages très divers.
Une des œuvres les plus anciennes est syriaque. Il s’agit de l’Histoire
ecclésiastique de Jean d’Éphèse. Elle a été rédigée avant 580, mais
la partie qui nous intéresse est conservée à travers une chronique du
1
Dans ce cas encore, Thurn édite le texte comme texte principal, sous celui du Baroccianus.
2
Le texte en est donné par Thurn dans son apparat, p. 225-227, en même temps que d’autres
témoins ; la présentation est plus claire dans la traduction anglaise, p. 157-162.
122
viiie siècle (appelée Chronique du pseudo-Denys de Tell Mahré ou Chro-
nique de Zuqnin) ; au xiie siècle, Michel le Syrien a utilisé à son tour la
Chronique de Zuqnin. Le texte attribuable à Jean d’Éphèse est parfois
plus complet que celui du Baroc.
Ainsi, en XVIII 112, le Baroc. a une brève notice sur un terrible
tremblement de terre au Proche-Orient. Jean d’Éphèse en donne une
description beaucoup plus longue et chargée d’émotion, qui est peutêtre plus proche du texte originel. En XV 16, le système chronologique
originel de Malalas se trouve seulement dans la version de Michel le
Syrien, un témoin de troisième main.
Peu après Jean d’Éphèse, vers 590, Évagre d’Épiphaneia, appelé aussi
Évagre le Scholastique, a écrit une Histoire ecclésiastique, où il cite
nommément Malalas parmi ses sources. On y trouve notamment une
description du tremblement de terre d’Antioche en 458, pour laquelle il
fait expressément référence à Malalas, qu’il appelle Jean le Rhéteur. Or
on constate que son texte est beaucoup plus détaillé que celui du Baroc.
(XIV 36) : ne faut-il pas y voir le texte originel de Malalas ?
Nous passerons rapidement sur la chronique de Jean d’Antioche, lequel
a longtemps été confondu avec Jean Malalas. Elle présente une parenté
certaine avec l’ouvrage de Malalas, surtout pour les temps reculés.
Mais elle n’est conservée que de façon fragmentaire et, surtout, il y a
un débat sur sa date : début du vie siècle ou début du viie. La question
n’est toujours pas résolue, et les deux dernières éditions adoptent des
solutions opposées. Celle de U. Roberto, en 2005, se prononce pour le
viie siècle et celle de S. Mariev, en 2008, pour le début du vie. Le rapport,
manifeste, avec Malalas reste donc à évaluer.
Vers 630, la Chronique pascale utilise Malalas pour les temps anciens
ou pour l’histoire impériale ; ces passages suivent fidèlement le texte de
Malalas. La CP est donc une source extrêmement utile pour reconstituer
celui-ci. Néanmoins, le mot à mot n’est pas toujours absolument respecté,
et la CP passe souvent sous silence les récits concernant Antioche. Ainsi,
en XVIII 3, à propos du 2e consulat de Justinien, le slave et la Chronique
pascale ajoutent par rapport au Baroc. qu’il n’y eut jamais de distribu-
123
tions aussi fastueuses1. Mais la CP donne aussi le nom antiochéen du
mois de janvier, ce qui vient certainement de Malalas2.
Vers 815, Théophane a largement utilisé Malalas, mais il est difficile
de se servir de son texte pour reconstituer la formulation exacte de la
Chronique. En effet, à la différence de la Chronique pascale, Théophane
a tendance à paraphraser son modèle. Néanmoins, il arrive que Théophane donne un texte meilleur que le Baroc. Pour un long passage du
livre XVIII (105-112), les Fragmenta Tusculana confirment la version
de Théophane, plus longue que celle du Baroc. On peut trouver un autre
exemple, dans un récit d’ambassade en XVIII 56 : le Baroc. dit que
Justinien adressa une ambassade au roi des Auxoumites, sans donner
le nom de l’envoyé ; Théophane précise qu’il s’agissait du magistrianos
(c’est-à-dire de l’agens in rebus) Ioulianos. Le nom de Ioulianos est
connu par Procope, mais sa fonction n’est indiquée nulle part. Le nom
et la fonction figuraient donc, sans aucun doute, dans le texte originel
de Malalas3. Enfin, Théophane permet de combler les deux lacunes du
livre XVIII.
Il y aurait encore bien d’autres écrits à mentionner. Ce sont déjà les
chroniqueurs byzantins plus tardifs, comme Georges le Moine, les
compilations mises sous le nom du pseudo-Syméon (xe s.) ou de Léon
le Grammairien (xi e s.), Georges Cédrénos (xi e s.), puis Théodore
Skoutariotès au xiiie siècle. Il s’y ajoute des ouvrages plus mal connus,
comme l’Abrégé d’histoire ecclésiastique, le texte appelé le Grand
Chronographe ou encore l’Eklogè tôn Chronikôn. Un mot seulement
sur un manuscrit de Paris (Paris. Gr. 854), qui contient le début d’une
Chronique universelle, intitulée Eklogè Historiôn. Elle aurait été
composée en 886. Pour tout le récit relatif à la Guerre de Troie, le texte est
très proche de celui de Malalas ; mais il comporte des passages absents du
Baroc. Thurn (p. 12*) se demande donc si le long supplément concernant
Ulysse ne vient pas du Malalas non abrégé. Une jeune chercheuse d’Aix,
Anne Petrucci, termine son doctorat sur cette chronique et fournira des
données plus précises sur la relation entre les deux textes.
1
Thurn édite ce passage en italique, comme il le fait pour les ajouts empruntés au slave ;
cela ne tient pas compte du fait qu’un second témoin, la Chronique pascale, confirme
ce texte, qui devait représenter la version originelle de Malalas.
2
Ce n’est signalé que dans l’apparat.
3
Thurn l’indique en note, mais pourquoi ne l’intègre-t-il pas au texte ?
124
En plus des chroniques grecques, il faudrait mentionner Moïse de
Chorène, en arménien, et, en guèze, Jean de Nikiou, texte traduit de
l’arabe, à partir du copte et, éventuellement, du grec.
Il y a enfin des emprunts isolés. Les plus nombreux, dans la Souda, dérivent en fait des Excerpta de Constantin Porphyrogénète. Les portraits
des héros de la Guerre de Troie figurent chez Isaac Porphyrogénète. Le
songe d’Anastase a été repris dans Le pré spirituel de Jean Moschos. Le
récit sur la statue du Christ à Panéas l’a été par Jean Damascène et la
comparaison montre que, là, le texte du Baroc. n’est pas abrégé.
Elizabeth Jeffreys signale encore quelques autres écrits. Et pour voir la
complexité de la tradition, il suffit de regarder le Subtext de la traduction
anglaise ou l’apparat de Thurn.
Il n’est pas nécessaire de s’attarder sur les éditions anciennes de la
Chronique, qui s’appuient presque exclusivement sur le Baroccianus.
L’editio princeps a été commencée en 1663, mais n’a paru qu’en 1691,
à Oxford. Le texte grec et la traduction latine sont de Chilmead ; il s’y
ajoute une introduction et des notes de commentaire par Hody (avec
des choix parfois différents de Chilmead). L’édition d’Oxford a été
reprise telle quelle en 1733, dans le corpus de Venise. En 1831, Ludwig
Dindorf a publié Malalas dans le corpus de Bonn ; il reproduit le grec et
la traduction latine de Chilmead, en ajoutant quelques conjectures, et le
texte de Hody. L’édition de Dindorf a été reprise par Migne (volume 97
de la Patrologie).
Mais les témoins les plus importants pour le texte de Malalas n’ont
été connus qu’ensuite : cela vaut pour le De insidiis, pour la traduction
slave, pour Jean d’Éphèse, pour les Fragmenta Tusculana, pour le manuscrit de Paris contenant le livre I, pour le Laterculus latin. Le premier
savant à avoir intégré régulièrement des leçons d’autres témoins est
Stauffenberg. En 1931, il a publié une édition et un commentaire des
livres IX-XII, pour lesquels il a utilisé notamment le Laterculus Malalianus et les traductions en vieux slave. Malheureusement, il n’y a pas
une cohérence totale entre les choix qu’il fait dans son édition et ceux
qu’il fait dans son commentaire.
L’étape décisive date des années 1980. Certes l’équipe « australienne »
à qui revient ce mérite a donné une traduction, et non une nouvelle édition. Mais sa traduction repose sur une étude exhaustive de la tradition
125
textuelle. Les auteurs présentent un texte principal et un « sous-texte »
(Subtext). Le texte principal se fonde sur les deux manuscrits du livre I,
puis sur le Baroc., dont les folios manquants sont complétés par la version slave, le Laterculus Malalianus et Théophane pour le livre XVIII.
Le Subtext donne, en traduction anglaise, les leçons repérables dans
l’ensemble des témoins.
L’édition de Thurn, parue en 2000, s’est largement appuyée sur les travaux australiens. Mais Thurn a voulu franchir une étape supplémentaire
et soulevé ainsi des problèmes insolubles. Il s’est servi des différents
témoins, et avant tout du slave, pour reconstituer un texte qui se rapprocherait davantage de l’écrit originel de Malalas. Mais sa préface n’indique
pas clairement les critères choisis, et leur mise en œuvre n’apparaît pas
vraiment cohérente1. Les indications données par Thurn dans sa préface
ne sont pas très nombreuses ni toujours satisfaisantes. À propos des Fragmenta Tusculana, il relève les importantes différences de formulation
avec le Baroc., et indique qu’il publie le texte séparément, en-dessous.
Il remarque qu’il aurait pu le publier en premier, puisque c’est le témoin
le plus ancien, mais invoque le caractère trop fragmentaire de ce texte.
Pour le texte slave, il relève que cette traduction montre que le Baroc.
présente un texte abrégé, mais il ne précise pas selon quels critères il
introduit des compléments. À propos des Excerpta constantiniens, il
indique qu’il les publie sous le texte du Baroc., comme témoins d’un
texte de Malalas non encore abrégé. Bernard Flusin a analysé en détail la
façon dont Thurn s’était servi des Excerpta constantiniens et je renvoie
à ses observations2. Il remarque, par exemple, que Thurn ajoute dans le
texte principal des leçons présentes à la fois dans les Excerpta et dans
le slave, et cela sans italiques3. De fait, l’usage des italiques n’apparaît
pas totalement cohérent. Ainsi, en V 9, Thurn édite en romain un texte
reconstitué à partir d’Isaac Porphyrogénète et de la version slave (en
le mettant entre crochets) et en italique ce qu’il trouve seulement dans
la version slave. En revanche, en XV 16, il introduit dans le texte, en
italique, les suppléments qui figurent à la fois dans le slave et dans la
Chronique pascale4. S’agissant du tremblement de terre d’Antioche en
458 (XIV 36), pour lequel le récit du Baroc. est très succinct, alors que
1
À cet égard, il faut avoir à l’esprit qu’il s’agit d’une publication posthume.
2
Dans Recherches sur la Chronique de Jean Malalas I.
3
Voir, par exemple, l’apparat, p. 167, l. 33.
4
Si le texte supplémentaire figure seulement dans l’un des deux écrits, il est uniquement
signalé dans l’apparat.
126
Évagre et la traduction slave sont nettement plus détaillés, l’édition de
Thurn prend pour base le Baroc. : Thurn ajoute en italique une donnée
chronologique qui figure à la fois dans le slave et chez Évagre ; mais il
ajoute encore en italique « tês Surias », qui est propre au slave. Ici, l’accord de deux témoins ne semble pas un élément décisif. Thurn reproduit
par ailleurs dans l’apparat le passage d’Évagre, qui fait explicitement
référence à Malalas, et ajoute que c’est « peut-être le vrai Malalas ». Le
manque d’unité se constate encore en d’autres endroits. Dans le long
passage de XVIII 105-112, les Fragmenta Tusculana et Théophane
s’accordent sur une version plus longue que celle du Baroc. Thurn donne
néanmoins, comme premier texte, la version du Baroc. Puis, comme
d’habitude, il édite, en dessous, la version des Fragmenta Tusculana, en
lui ajoutant, entre crochets obliques, des mots supplémentaires figurant
dans Théophane ; mais l’apparat ne signale pas s’il y a d’autres variantes
dans Théophane. En XVIII 4, une expédition en Lazique est connue par
le Baroc., mais aussi, avec des additions, en slave et dans la Chronique
pascale. Thurn ajoute au texte du Baroc, en italique, les suppléments
attestés à la fois par le slave et par la CP ; et il y ajoute, entre crochets
droits, les suppléments donnés par la seule CP.
On a un bon exemple des difficultés en XVIII 112. Pour ce passage sur
un grave séisme au Proche-Orient, on dispose de nombreux témoins : les
plus importants sont le Baroc., les Fragmenta Tusculana, Jean d’Éphèse
et Théophane. Thurn donne en premier lieu, comme texte principal, la
version du Baroc. ; au-dessous, il édite intégralement la version des
Fragmenta Tusculana. L’apparat signale certaines différences entre les
deux versions, mais ne semble pas le faire systématiquement. Puis, à
la fin de l’apparat, Thurn donne en traduction latine le texte (beaucoup
plus long) de Jean d’Éphèse relatif à cette même catastrophe. D’une
manière générale, on peut dire que le « système » de Thurn privilégie
les ajouts par rapport aux modifications textuelles. De ce fait, des leçons
différentes provenant du « vrai Malalas » ne sont signalées que dans
l’apparat. Ainsi, en XV 16, il y a un décompte chronologique d’Adam à
la fin du règne de Zénon : le Baroc. (choisi comme texte principal) donne
5983, Théophane également, le slave 5458 et Michel le Syrien 6458 « ex
vero Malala ». La donnée de Michel le Syrien concorde en effet avec le
système chronologique particulier de Malalas et est confirmée indirectement par le slave. Pourquoi ne pas l’introduire dans le texte principal ?
127
En définitive, il manque une comparaison terme à terme des différentes
versions. En outre, certains choix éditoriaux sont difficiles à comprendre.
Enfin, un problème majeur est créé par la rétroversion du vieux slave en
grec. Déjà, parce qu’il n’existe pas encore d’édition critique du texte slave.
Ensuite, les compilations russes ont parfois transformé la traduction
slave ancienne. Cette traduction a de plus un caractère littéraire : c’est
une traduction libre, donc peu appropriée pour reconstituer l’original
grec. Enfin, la rétroversion opérée par Thurn manque parfois de fidélité
au texte slave, les erreurs n’y sont pas rares et les choix de traduction ne
sont pas justifiés. Il faut consulter sur tous ces aspects l’article d’Irène
Sorlin1. Il serait néanmoins malséant d’accabler Thurn, puisqu’il s’agit
d’une édition posthume : une révision finale a manqué.
2. L’auteur et son œuvre
S’agissant de Jean Malalas et de la composition de sa Chronique, il
n’est pas utile de revenir sur la longue période où ce texte a été considéré
comme le premier exemple d’une chronique monastique, écrite pour un
public d’ignorants. Là encore, les étude menées en Australie ont complètement renouvelé le point de vue et leurs conclusions sont devenues
une sorte de vulgate. Il s’agit notamment du chapitre écrit par Brian
Croke, et des compléments apportés par Roger Scott.
Ce que nous savons ou conjecturons de l’auteur est tiré de la Chronique
elle-même. Les autres sources confirment seulement l’origine de Jean
(Antioche), son nom (Malalas ou Malela) et sa profession (rhêtôr, c’està-dire orateur ou juriste). Le nom « Malalas » a été interprété comme
une traduction du grec « rhéteur » ; mais Muriel Debié a relevé il y a
quelques années2 que le terme signifiait plutôt « disert », « loquace ».
Pour le reste, tout ce que l’on sait ou conjecture sur Malalas dérive de
sa Chronique. La première personne du singulier est employée à deux
reprises : pour un séjour à Thessalonique et pour un autre à Panéas
(en Palestine, l’actuelle Banyas). Toute la question est de savoir si c’est
Malalas qui parle ou bien la source qu’il utilise. En effet, dans un autre
passage, il relate une ambassade en Éthiopie et recopie le récit de l’ambassadeur, en omettant, une fois, de changer le « je » en « il ».
1
Dans Recherches sur la Chronique de Jean Malalas I.
2
Dans Recherches sur la Chronique de Jean Malalas I.
128
Par ailleurs, dans sa préface, Malalas distingue l’époque antérieure à
Zénon, pour laquelle il a utilisé diverses sources et l’époque suivante,
pour laquelle il dispose d’informations orales. Sa naissance a donc été
placée vers 490 ou plus tôt encore sous le règne de Zénon1. Comme la
Chronique se poursuivait jusqu’à la fin du règne de Justinien, en 565, la
mort de Malalas est nécessairement postérieure. Une si longue vie et une
si longue activité intellectuelle ne sont pas impossibles ; elles suscitent
néanmoins une certaine interrogation.
La majeure partie de la Chronique est centrée sur Antioche. Pendant
cette phase de la rédaction, Malalas aurait travaillé dans l’administration
impériale, sans doute dans les bureaux du comes Orientis, qui était à la
tête du diocèse d’Orient et avait plus de 600 employés sous ses ordres :
l’hypothèse prend appui sur la désignation « juriste » et sur sa bonne
connaissance de la législation impériale et des tractations diplomatiques
avec la Perse. Dans les années 530, il a dû partir pour Constantinople,
car la seconde partie du dernier livre (XVIII) se focalise sur les événements concernant la capitale2. Les convictions religieuses de Malalas
ont également été très débattues. Certains passages ont fait considérer
Malalas comme monophysite, mais la tonalité n’est pas la même d’un
livre à l’autre. Frédéric Alpi a montré récemment que le souci principal
de l’auteur était le légitimisme impérial et que c’est cette conviction qui
informait la présentation des conflits christologiques. Philippe Blaudeau
a marqué également combien Malalas minimisait la composante théologique des conflits afin de mieux afficher l’unité de l’Empire3.
En ce qui concerne la composition de l’œuvre, les recherches menées en
Australie ont abouti à deux conclusions. Premièrement, dans sa préface
et au cours de son ouvrage, Malalas cite une quantité de sources (plus de
75), dont un grand nombre est inconnu. En réalité, il n’en aurait utilisé directement qu’une petite minorité. Une douzaine, selon E. Jeffreys4, et ses
sources majeures se limiteraient à Domninos (un historien d’Antioche),
à Nestorianos (pour l’histoire ancienne de l’Église) et à Timothéos (pour
les textes orphiques et hermétiques). Ces trois ouvrages sont perdus. À
1
Selon Croke, dans Studies in John Malalas, p. 4 : dans les années 480 ou même 470.
2
D’après les données de la Chronique, il y eut peut-être un séjour à Constantinople vers
515-520 (voir Croke dans Studies in John Malalas, p. 6).
3
Il s’agit dans les deux cas de contributions aux Recherches sur la Chronique de Jean
Malalas II.
4
Dans Studies in John Malalas, p. 216.
129
partir de Zénon, il aurait combiné ses informations personnelles avec
celles d’un autre historien (peut-être Eustathe d’Épiphaneia).
Deuxièmement, la Chronique a connu des éditions successives.
B. Croke critique l’idée de plusieurs éditions à des intervalles rapprochés1 ; selon lui, la (ou les) première édition s’arrêtait à la fin des années
529 ou au début des années 530. Les données relatives à cette première
édition sont, de fait, diverses. Celle qu’utilisait Évagre le Scholastique,
comme il l’affirme expressément, s’arrêtait au tremblement de terre de
5262. On a, par ailleurs, soutenu que la Chronique pascale aurait utilisé
un manuscrit de Malalas allant jusqu’en 527 et se terminant en tout cas
avant la sédition Nika de 532. Quant à la version slave, elle s’arrête en
528. Mais Brian Croke met l’accent sur le changement qui apparaît à
partir de XVIII 76 : après la conclusion de la Paix éternelle en 532, le
récit devient constantinopolitain et se fait aussi plus bref.
Les résultats auxquels a abouti l’entreprise australienne sont devenus
une sorte de vulgate. Ils ont été développés par Brian Croke et surtout
Roger Scott dans différents articles, et repris dans l’édition de Thurn,
ainsi que dans la traduction allemande parue en 2009. Néanmoins,
entre-temps, des hypothèses nouvelles ont été présentées par Warren
Treadgold, dans un livre intitulé Early Byzantine Historians. Ses conclusions diffèrent des précédentes sur deux points majeurs : le nombre des
éditions de la Chronique, et, surtout, sa source principale. S’agissant des
éditions, Treadgold est d’accord avec l’hypothèse d’une dernière édition
vers 565 (après la mort de Justinien). Mais il situe la première version
fin 527 ou début 528 (à cause de l’affirmation d’Évagre). Malalas aurait
mis au point une deuxième édition dès 528 (si on se fie à une des traductions slaves). Et il a dû y avoir une troisième édition en 533, puisque
la Chronique pascale cesse de dépendre de Malalas à cette date ; en
outre l’exposé de Malalas est désormais focalisé sur Constantinople et
non plus sur Antioche.
S’agissant de la source de Malalas, Treadgold relève le caractère
évanescent de Domninos, de Nestorianos et de Timothéos. Pour lui
le comput utilisé par Malalas remonte à Eustathe d’Épiphaneia 3. Il
1
Dans Studies in John Malalas, p. 20.
2
Croke dans Studies in John Malalas, p. 18.
3
Évagre (III 29) attribue de fait à Eustathe une série de calculs chronologiques concernant
la fin du règne de Zénon, mais le décompte ne remonte pas au-delà de la guerre de Troie.
130
observe également que, sur les 27 sources citées par Eustathe, Malalas
en cite 10. Par ailleurs, son analyse d’erreurs chronologiques faites par
Malalas l’amène à conclure que celui-ci résume sans soin une source
fiable. Dans le texte de la Chronique, Eustathe est cité nommément à
deux reprises : dans la préface et en XVI 9. Ce second passage traite
de la prise d’Amida par les Perses, en 503, et de l’expédition byzantine
qui s’ensuivit ; Malalas y indique qu’Eustathe en a fait le récit, mais
qu’il est mort aussitôt après, sans achever son exposé1. Selon Treadgold,
Malalas aurait alors obtenu une copie de l’Histoire d’Eustathe, d’Adam
à 503, et en aurait fait une adaptation libre. Quant à l’œuvre d’Eustathe
elle-même, elle aurait survécu à travers Jean d’Antioche, qui l’aurait
virtuellement recopiée.
Le débat reste ouvert. Mais on doit souligner que, dans la Chronique,
le règne de Zénon représente une césure. La préface distingue entre les
sources, selon qu’elles précèdent ce règne ou le suivent. En outre, la mort
de Zénon (en 491) est datée en années écoulées depuis Adam, et c’est la
première fois qu’un tel système de datation est employé depuis la vie du
Christ. On peut donc se demander s’il ne marquerait pas la fin d’un écrit.
1
Curieusement, Treadgold place la mort d’Eustathe nettement plus tard, vers 525 (peutêtre lors du séisme de 526).
131
Quelques repères bibliographiques
Édition et traductions
E. et M. Jeffreys et R. Scott, The Chronicle of John Malalas, Melbourne (1986).
Ioannis Malalae Chronographia, éd. H. Thurn, CFHB, Berlin-New York (2000).
H. Thurn et M. Meier, Ioannis Malalas, Weltkronik, Stuttgart (2009).
Études
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Londres (1992).
Greek and Roman Historiography in Late Antiquity. Fourth to Sixth Century
A.D. (éd. G. Marasco), Leyde (2003).
Recherches sur la Chronique de Jean Malalas I, Paris (2004) (avec les articles
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Recherches sur la Chronique de Jean Malalas II, Paris (2006) (avec les articles
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W. Treadgold, The Early Byzantine Historians, Basingstoke-New York (2007).
I. Nilsson et R. Scott, « Towards a new history of Byzantine Literature : The Case
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Jean d’Antioche
Ioannis Antiocheni Fragmenta, éd. trad. U. Roberto, Berlin-New York (2005).
Ioannis Antiocheni Fragmenta, éd. S. Mariev, CFHB, Berlin (2008).
133
Les livres I à XII de la Chronique de Jean
Malalas et leur apport à la connaissance du
paysage urbain d’Antioche
Sandrine AGUSTA-BOULAROT
Université Paul-Valéry Montpellier 3
À
la différence de l’Antiochikos de Libanios, où le genre même
de l’éloge urbain met la ville et ses monuments au cœur du
texte, la « chronique universelle », en tant que genre, ne sousentend pas a priori d’attention particulière à la ville ou aux constructions publiques. On y trouve néanmoins mention de monuments, le plus
souvent sous forme de simples listes, car les réalisations monumentales
comptent au nombre des « grands événements » de l’histoire. En cela,
les informations que livre Malalas sont très dépendantes du genre de la
chronique universelle : les règnes des basileis – c’est le terme indifféremment utilisé par l’auteur pour évoquer aussi bien David et les dynastes
hellénistiques que les empereurs romains et les souverains parthes –
sont présentés les uns à la suite des autres en donnant à chaque fois des
informations similaires. Parmi ces invariants, on compte le portrait du
basileus1, les « grands événements » du « règne » comme les guerres
et les catastrophes (séismes, épidémies, incendies, etc.), les prophéties
et les présages (éclipses de soleil, apparition de comètes, etc.) ou les
interventions de la colère divine. On y trouve également mention des
monuments édifiés ou restaurés sous chacun de ces basileis.
La particularité de la Chronique – et tout l’intérêt de cet ouvrage pour
le projet du Lexicon Topographicum Antiochenum – est que Malalas,
originaire d’Antioche de Syrie où il vécut une partie de sa vie 2 , est le
premier – et parfois le seul témoignage aujourd’hui à notre disposition – à
livrer le contenu de sources locales3, certaines officielles (acta urbis, ar1
Sur les portraits dans la Chronique : Carrié 2006.
2
Croke 1990.
3
Sur les sources de Malalas : Jeffreys 1990.
134
chives diverses, textes de lois …), d’autres plus populaires (chronique de
Domninos, patria …), qui accordent une place centrale à sa ville, ce qui
fait de son ouvrage une source majeure pour appréhender la topographie
urbaine d’Antioche aux époques hellénistique, romaine et byzantine1.
Si la Chronique fourmille d’informations, il n’est pas pour autant aisé
de retracer le paysage urbain antique d’Antioche à partir de cette source,
surtout lorsque les indications qu’elle livre ne peuvent être confrontées
à d’autres textes. Pendant des décennies, dans les études historiques,
il a été de mise de rappeler combien il fallait accorder peu de crédit à
cet auteur. Sur de nombreux sujets, et en particulier l’attribution de
la construction d’un édifice à tel ou tel empereur, le recensement des
erreurs patentes de la Chronique a été depuis longtemps entamé et
n’est certainement pas achevé2. Néanmoins, la Chronique demeure une
source de premier intérêt pour connaître l’urbanisme antique de la ville
d’Antioche en raison de la multitude de références qu’elle donne à lire
et des sources locales dont elle fait un large usage.
Cette étude se propose de présenter les différents types d’informations
que l’on peut trouver dans la Chronique concernant la topographie et
l’urbanisme d’Antioche avant le règne de Constantin le Grand, ainsi que
l’usage que l’on pourra en faire dans le cadre de la rédaction du Lexicon
Topographicum Antiochenum.
1. La structure de la Chronique et la topographie
d’Antioche
Les livres I à VI
Dans les six premiers livres (fig. 1), qui vont d’Adam au règne
d’Albas, fils d’Askanios, lui-même fils d’Aineias [= Énée], on trouve
mentionnées, en relation avec les écrits testamentaires et différents récits
mythologiques, des fondations de cités dont l’origine ou la signification
1
Deux articles ont été spécifiquement consacrés aux monuments évoqués dans la Chronique : Downey 1938 ; Moffatt 1990 ; cf. également Jeffreys 2000, pour la période
justinienne. Sur Antioche même, l’étude des passages de Malalas relatifs aux monuments
et à la topographie d’Antioche se trouve dans les ouvrages de référence de Gl. Downey
(Downey 1961 et 1963), où les données de la Chronique sont confrontées aux autres
sources textuelles disponibles.
2
Downey 1938, avec la bibliographie antérieure ; Downey 1961, passim ; Croke 1990,
p. 7.
135
du nom est alors précisée, selon un procédé récurrent de la Chronique,
qui mêle étiologie et étymologie – une étymologie essentiellement fondée sur des rapprochements, des approximations et des jeux de mots1.
Fig. 1. Les douze premiers livres de la Chronique : de l’époque d’Adam
au dernier empereur païen. Structure et chronologie.
Livre 1 : « Époque d’Adam »
Livre 2 : [pas de titre]
Livre 3 : « Époque de la connaissance de Dieu par Abraham »
Livre 4 : « Époque de l’empire sur le territoire des Argiens »
Livre 5 : « Époque des Troyens »
Livre 6 : « Époque de l’empire des Assyriens et d’Askanios, fils d’Aineias »
Livre 7 : « Au sujet de la fondation de Rome »
Livre 8 : « Époque des Macédoniens »
Livre 9 : « Époque des consuls de Rome »
Livre 10 : « Époque du règne d’Auguste et de l’incarnation de Dieu »
Livre 11 : « Époque de l’empereur Trajan et de la troisième épreuve
d’Antioche »
Livre 12 : « Époque de l’empereur Commode et de l’octroi des Jeux
Olympiques »
En revanche, peu de monuments sont cités : Malalas signale des sépultures et des tombeaux de dieux et de héros de la mythologie2 , et aussi
des sanctuaires, certains très célèbres, comme le sanctuaire d’Apollon
Daphnaios [= de Daphné, près d’Antioche] où Cadmos est exilé (II 14,
p. 29, l. 41-42). La « tour », dépourvue de qualificatif, qui est édifiée au
livre I (4, p. 7, l. 94), n’est autre que la tour de Babel. Pour lutter contre
la disette qui sévit, Joseph construit des greniers (ôreia) [= horrea en
latin] en Égypte (III 8, p. 43, l. 59).
En six livres, un seul passage concerne Antioche, ce qui n’a rien d’étonnant puisque l’auteur y décrit des temps antérieurs à ceux de la fondation
d’Antioche, qui intervient à « l’époque des Macédoniens » (livre VIII).
1
« Ninos fonde la ville des Assyriens Ninive » (I 11, p. 12, l. 9-10 : les références données
dans cet article sont celles de l’édition de Thurn 2000), « Sidos fonde Sidon d’après son
nom » (III 2, p. 41, l. 16), etc. ; « Melchisedek fonde sur la montagne de Sion une cité
appelée Salem, qui signifie “cité de paix” » (III 2, p. 41, l. 19-20). Chez les Lycaoniens,
« Persée trouve une bourgade nommée Amandra, dont il fait une cité et fait placer, à
l’extérieur des portes, une statue de lui, brandissant la Gorgone. Cette cité, il l’appela
“Iconium”, parce qu’il avait reçu là une “image” (eikôn) de sa première victoire avec la
Gorgone » (II 11, p. 26, l. 65-70).
2
Par exemple, le monument funéraire de Pikos-Zeus en Crète (I 13, p. 13-14, l. 46-48) ou
le sarcophage de Dionysos à Delphes (II 15, p. 32, l. 30-32).
136
Cet unique passage, de première importance puisqu’il concerne les
origines d’Antioche, est situé au livre II, lors de l’évocation du mythe
d’Iô : il consiste à donner un fondateur mythique, Inachos, à la cité
d’Iôpolis – la cité est ainsi appelée car Iô s’y réfugie – construite sur le
mont Silpios, au pied duquel se dressera ensuite la future Antioche. Inachos apparaît donc comme le « pré-fondateur » d’Antioche, la fondation
d’Iôpolis par Inachos préfigurant celle d’Antioche par Séleukos dont le
récit occupe plusieurs paragraphes du livre VIII. Le lien étroit entre ces
deux événements est souligné dès le livre II par une prolepse : « c’est
précisément là [= mont Silpios] que Séleukos Nikatôr le Macédonien
fonda, plus tard, une cité et l’appela d’après le nom de son fils, Antioche
la Grande » (II 6, p. 21, l. 7).
Les Argiens, installés à Iôpolis par Inachos, sont appelés Iônites et sont
les ancêtres des Antiochéens. Notons que le toponyme Iônè – équivalent
de Iôpolis – que l’on trouve chez Libanios1 (Antiochikos, 51, 61, 68, 91)
n’apparaît pas dans la Chronique.
Selon Malalas, l’Oronte portait, au temps des Argiens et encore à
l’époque de sa fondation par Séleukos, le nom de Drakôn (II 12, p. 27,
l. 95 ; VIII 9, p. 150, l. 16 ; VIII 12, p. 151, l. 71-72).
Malalas mentionne les trois premiers temples qui furent construits à
Iôpolis : un consacré à la Lune (II 6, p. 21, l. 86) – car la Lune est le « nom
caché d’Iô » –, un autre à Kronos (II 6, p. 22, l. 27-28), puis le dernier au
« feu immortel » (qu’il faut identifier à celui de Zeus Kéraunios dans la
suite du texte) (II 12, p. 28, l. 8-9). Libanios mentionnait déjà un temple de
Zeus construit par les Argiens, mais avec une épiclèse différente : Zeus
Néméios, puis Zeus Épikarpios (Antiochikos, 51). Les Iônites dressent
également une statue d’Oreste en bronze2 (V 37, p. 110-111, l. 78-99).
Les livres VII à XII
Dans les livres VII à XII – limite de notre enquête – qui mènent le
lecteur de la fondation de Rome au dernier empereur païen, Licinianus
Maxime (fig. 1), le récit change sensiblement : les mentions d’édifices,
de statues, de programmes monumentaux, de transformations et d’embellissements urbains, ainsi que les fondations de cités deviennent de
plus en plus fréquentes.
1
Voir l’article de C. Saliou dans cette publication.
2
Sur les statues dans le paysage urbain d’Antioche, cf. Saliou 2006.
137
De fait, dans les livres VII à IX, c’est le temps des fondations des
grandes cités méditerranéennes : il y est question de la fondation de
Rome et de la construction de ses premiers monuments (livre VII), puis
des grandes fondations séleucides : Antioche, Alexandrie, Laodicée,
Apamée (livre VIII).
Séleukos Nikatôr fonde Antioche1, « d’après le nom de son fils Antiochos Sôter », le « 22e jour du mois d’Artémisios-Mai, à la première heure
du jour, au lever du soleil », là où se dressait auparavant un « village
nommé Bôttia », « à l’opposé d’Iôpolis », « au fond de la vallée, face à la
montagne ». Il la dote de ses premiers monuments : un temple de Zeus
Bôttios et des remparts « terrifiants », œuvre de l’architecte Xénarios
(VIII 12, p. 151-152, l. 69-79). Il orne la ville de plusieurs statues : il
dresse « comme Tychè de la cité, une statue en bronze, anthropomorphe2 ,
de la jeune fille égorgée, au-dessus d’une rivière, et il fit immédiatement
un sacrifice à cette Tychè » (ibid., l. 80 81). Il élève également une statue en bronze d’Athéna (VIII 14, p. 152, l. 94-96), une statue d’aigle en
pierre (VIII 15, p. 153, l. 10-11), une tête de cheval accompagnée d’un
casque doré (VIII 16, p. 153, l. 18-21) et « une statue en marbre d’Amphion en train d’accomplir, avec lui, un sacrifice d’oiseaux » (VIII 16,
p. 153, l. 21-23).
Après Séleukos, Antiochos Épiphanès [= Antiochos IV Épiphanès],
donne à la cité son bouleutèrion et construit quelques édifices à l’extérieur des remparts qui constituent un nouveau quartier qu’il nomme
Épiphanéia (VIII 21, p. 155, l. 80 86).
Notons que la seconde pré-fondation (après celle d’Inachos) de la cité
par Alexandre le Grand avec l’anecdote de la source Olympias, qui fait
l’objet d’un long développement chez Libanios (Antiochikos, 72-74, 88,
250), est absente du livre VIII : elle est insérée ultérieurement chez
Malalas, sous la forme d’un excursus, dans les paragraphes relatifs
au règne de Tibère car la source se trouve à l’intérieur des nouveaux
remparts construits par celui-ci, dans la partie septentrionale de la ville
(X 10, p. 178, l. 46).
1
Chuvin 1988 ; pour une comparaison avec les événements rapportés par Libanios,
cf. Saliou 1999-2000.
2
Saliou 2006, p. 71 : à côté de l’emploi de stèlè, aussi fréquent que vague chez Malalas,
le terme andrias « est réservé aux représentations anthropomorphes ». Ici, les deux
syntagmes sont associés : il existe une seconde attestation de cette association dans la
Chronique : VIII 12, p. 152, l. 80.
138
La conquête de la Syrie par les forces romaines sous le commandement
de Pompée le Grand est l’occasion, pour ce général, de reconstruire le
bouleutèrion d’Antioche, acte symboliquement fort puisqu’il signifie
la mainmise du nouveau pouvoir sur l’administration locale (VIII 29,
p. 159, l. 15-17).
C’est à partir du « règne » de Jules César, au livre IX, qu’Antioche se
dote de toutes les aménités qui définissent une cité comme telle. Pour
la seule époque césarienne, Malalas attribue au basileus de nombreuses
réalisations : « il édifia une basilique, qu’il appela le Kaisarion, en face
du temple d’Arès dont le nom fut changé en Makellon ; il érigea là une
statue en bronze à la Fortune de Rome. Il édifia également, sur ce qui
est appelé l’acropole, dans la partie haute d’Antioche la Grande, un bain
public à l’usage des habitants de l’acropole ; il fit venir l’eau jusqu’au bain
depuis les sources dites “de la route de Laodicée”, grâce à un aqueduc
qu’il fit réaliser. Et là, en haut, il édifia une arène pour les gladiateurs
et un théâtre. Il restaura aussi le Pantheon, qui était sur le point de
s’écrouler, et érigea un autel » (IX 5, p. 163, l. 51-59).
La panoplie urbaine d’Antioche ne cesse de croître avec les empereurs
suivants : la ville se dote de rues à colonnades1, de tétrapyles, de ponts,
de gymnases, de fontaines, de plusieurs aqueducs, de nombreux bains,
etc., ainsi que de nombreuses statues honorifiques.
Une telle prolifération d’édifices ne doit pas étonner puisque les livres X
à XII correspondent aux trois premiers siècles de l’Empire, période où
les cités se couvrirent effectivement de monuments.
2. La Chronique : entre réalité urbaine et paysage
imaginaire
Les informations que livre Malalas étant dépendantes du genre de la
chronique, les réalisations monumentales y apparaissent le plus souvent
sous forme de brèves notices : ainsi « Tibère César édifia dans la ville
d’Antioche un grand sanctuaire de Zeus Capitolin » (X 10, p. 178, l. 4445). Dans de telles notices, il nous est seulement donné de connaître,
outre le nom de la ville où se dresse l’édifice, une fourchette chronologique qui se déduit du règne du basileus. Mais cette datation correspondelle à la construction de l’édifice ou simplement à sa restauration ou à sa
1
Lassus 1972 ; Callu 1997 ; Cabouret 1999.
139
transformation ? Il est bien souvent difficile de trancher. En effet, si des
verbes spécifiques à la restauration des édifices sont parfois employés
(anégeirô : relever ; anakainizô : rénover, restaurer ; éparnothô : rénover,
restaurer), c’est le verbe ktizô que l’on rencontre le plus souvent : il est
employé des centaines de fois dans la Chronique, non sans ambiguïté
comme cela a depuis longtemps été souligné, puisqu’il signifie aussi
bien « construire » que « reconstruire » ou « restaurer »1.
Les notices de la Chronique peuvent aussi être plus fournies et contenir
toutes sortes de précisions sur l’édifice, comme :
- sa localisation dans la topographie générale de la ville au moyen de
toute une palette de prépositions qu’il n’est pas toujours aisé de traduire :
« L’empereur Tibère édifia aussi un sanctuaire pour Dionysos du côté du
(au pied de ? sur le flanc du ? : pros tô orei) mont [Silpios] » (X 10, p. 178,
l. 50). Les points d’ancrages fixes sont rares, même s’ils sont pour Antioche
plus nombreux que pour toutes les autres villes mentionnées : on trouve
les monts Amanos, Silpios et Staurin, l’Oronte et l’île sur le fleuve, les
torrents Parménios et Phyrminios, les voies d’accès à la ville. Mais dans
la majorité des cas, la localisation d’un édifice se fait par rapport à un
autre édifice, si bien que l’on a rapidement la désagréable impression de
« tourner en rond », surtout lorsque les notices se répondent en écho sans
ajouter d’information : ainsi, Malalas signale que Ioulios Gaios Kaisar
« construisit une basilique, qu’il appela le Kaisarion, en face du sanctuaire
d’Arès dont le nom fut changé en Makellon » (IX 5, p. 163, l. 52-53). La
même localisation, dépourvue de précision supplémentaire, se retrouve
trois livres plus loin : « Le Kaisarion se trouvait en face du sanctuaire
d’Arès, à l’endroit appelé Makellon » (XII 7, p. 217, l. 70-71). Seule une
troisième notice permet de se repérer par rapport à un point fixe : Trajan
construisit la porte dite « du Milieu », « près du sanctuaire d’Arès, là où
descend le torrent Parménios, juste à côté de ce qu’on appelle maintenant
le Makellon » (XI 9, p. 208, l. 32-33).
- sa taille ou l’origine de son financement : « Avec le butin de Judée,
Vespasien édifia à Antioche la Grande de Syrie, en avant de la porte de
la ville, ce que l’on appelle “les Chérubins” » (X 45, p. 197, l. 94-96).
- son décor statuaire, avec éventuellement la mention du matériau utilisé
et la signification de ce décor : « Au-dessus de la porte orientale que luimême fit édifier, [Tibère] dressa une statue de pierre de la Louve nourrissant
Rômos et Rèmos, pour signifier que le rempart ajouté à la ville d’Antiochos
était un édifice romain » (X 10, p. 178, l. 57-60).
1
Downey 1938.
140
- les inscriptions dédicatoires1 qui l’accompagnent. Ainsi, après la prise
de Jérusalem, Vespasien célèbre triomphalement sa victoire sur les juifs
et décore Antioche : « Il construisit un théâtre à Daphné, en y mettant
cette inscription : “Sur le butin de Judée (ex praida Ioudaia)” » (X 45,
p. 197, l. 8-9).
- ses transformations au fil du temps : « (Tibère) aménagea aussi le théâtre,
en ajoutant une série de gradins du côté du mont » (X 10, p. 178, l. 54-55).
- les motifs de sa construction, qui peuvent être multiples. Les incendies et
les séismes qui dévastent les centres urbains donnent lieu à de nombreuses
reconstructions. Certains événements exceptionnels (adventus, octroi
de privilèges ou de concours) sont aussi l’occasion pour le basileus de
manifester sa grandeur et sa générosité : pour les concours Olympiques,
Commode fait édifier à Antioche un « xyste », avec « gradins et portiques »
et un « plèthre » (XII 2, p. 215, l. 10-11 et XII 16, p. 220, l. 42).
- sa dénomination : Aelius Hadrien « édifia, lui aussi, à Antioche la Grande,
un bain public et un aqueduc portant son nom » (XI 14, p. 209, l. 77-78).
Le nom officiel du bâtiment – livré par les inscriptions dédicatoires du
monument et transmis par des chroniques locales utilisées par Malalas – se
voit parfois doublé d’un nom d’usage donné par les habitants, sans que
l’on sache à quand remonte cette appellation « populaire » : s’agit-il d’une
précision que seules rapportent les sources consultées par Malalas ou cette
dénomination est-elle encore en vigueur au moment où l’auteur rédige son
ouvrage ? Ainsi « Domitien édifia à Antioche la Grande un bain public,
celui qu’on appelle “bain de Médée”, parce qu’il y avait dressé une admirable statue de Médée : c’est le nom que les citoyens donnaient à ce bain
public, et non plus celui de “(bain) de Domitien” » (X 50, p. 199, l. 52-55).
Cette notice est intéressante à double titre. D’une part, il n’est pas
fréquent que Malalas évoque des statues ou groupes statuaires dans des
bains publics. Pour Antioche, on ne connaît qu’une autre occurrence :
les statues en bronze de cinq martyres chrétiennes que Trajan fit réaliser
et placer dans les bains publics qu’il édifia dans la ville (XI 10, p. 209,
l. 61-65). D’autre part, le changement d’appellation du bain, que Malalas explique par le caractère « admirable » (thaumaston) de la statue
de Médée2 qui s’y dressait, trouve peut-être une autre justification : à
la mort de Domitien, frappé de damnatio memoriae, son nom avait dû
1
Downey 1935 ; Agusta-Boularot 2006.
2
Les statues de Médée d’époque romaine qui sont parvenues jusqu’à nous permettent de
se faire une idée de celle qui ornait les bains d’Antioche. Il s’agissait certainement d’un
groupe statuaire, Médée étant accompagnée de ses enfants qu’elle s’apprête à tuer avec
le glaive qu’elle serre dans sa main, comme le montre l’exemplaire du IIe-IIIe s. conservé
au musée d’Arles (Musée de l’Arles Antique 1996, p. 136, n° 128).
141
être effacé de la dédicace officielle de l’édifice et le bain avait au fil du
temps perdu son nom d’origine.
Pour tous ces édifices, il existe un invariant : leur construction est
toujours présentée par Malalas comme l’œuvre d’un basileus qui, en tant
que sujet du verbe, apparaît à l’origine de l’édification ou de l’embellissement de tel ou tel édifice. Du livre VII jusqu’à la fin de la Chronique,
le basileus, quel qu’il soit (dynaste hellénistique, consul, dictateur,
empereur païen puis chrétien), détient le monopole de la construction :
il est le « bâtisseur » par excellence et certains empereurs sont même
dits philoktistai, comme Tibère, Commode, Dioclétien et Valens. Une
telle présentation fait du basileus le maître d’ouvrage et le principal
évergète des cités, ce qui est contredit par la documentation épigraphique
aujourd’hui à notre disposition, qui montre la part de l’évergétisme privé
dans l’urbanisme des trois premiers siècles de l’Empire.
Les mentions d’artistes ou d’architectes sont rares : on croise ainsi
le nom de Xenarios, qui est donné comme le concepteur des premiers
remparts d’Antioche (VIII 12, p. 152, l. 79).
Le basileus apparaît ainsi comme le dispensateur des bienfaits de la
« civilisation urbaine » et de ses aménités (il construit rues, aqueducs,
fontaines, thermes) ; il divertit le peuple en édifiant des hippodromes, des
odéons et des théâtres ; il est le garant de la vie civique, des institutions
(il fait construire des basiliques, des forums, des salles du conseil) et le
gardien de la permanence des cultes religieux (il édifie des temples et
des sanctuaires païens puis, à partir du règne de Constantin, des églises).
Il est fréquent que l’intervention personnelle du basileus dans la
construction ou la réparation d’un édifice soit mise en relation avec sa
visite dans la cité (adventus)1. Certaines de ces visites, comme celle de
Vespasien à Antioche (X 45, p. 197) ou le second passage d’Agrippa dans
la ville (IX 21, p. 171, l. 33), ne sont attestées par aucune autre source
et semblent dépourvues de réalité historique2.
Les édifices que Malalas n’attribue pas à un basileus sont donc très
rares. Si c’est bien un basileus, Antiochos Philopatôr3, qui édifie un
1
Downey 1938, p. 9-10.
2
Ibid., p. 10-13.
3
Il est difficile de savoir de quel souverain il s’agit et donc de dater précisément l’anecdote. Il existe trois dynastes séleucides dénommés Antiochos Philopatôr : Antiochos IX
142
sanctuaire des Muses à Antioche, la Chronique précise que « c’est
avec l’argent laissé dans son testament par Marôn, un antiochéen, qui
avait émigré à Athènes et avait alors ordonné d’édifier, avec ses biens,
le sanctuaire des Muses et une bibliothèque » (X 10, p. 179, l. 71-75).
L’hippodrome que restaure Agrippa aurait été construit, en même temps
que « l’ancien palais », par K. Markianos Rex [= Q. Marcius Rex, le
consul de Cilicie de 67 av. J.-C.], « à ses propres frais » (IX 21, p. 171,
l. 36-37)1. Durant le règne de Gaios [= Caligula], suite à un séisme, deux
sénateurs « très fortunés » du nom de Pontos [= Pontus] et Ouarios
[=Varius] sont envoyés par le basileus à Antioche : « ils étaient chargés
de veiller sur la ville, de l’aménager avec les libéralités de l’empereur
et aussi d’octroyer de l’argent à la ville sur leurs fonds personnels » (X
19, p. 184, l. 33-36). C’est ainsi qu’ils « réalisèrent (…) sur leurs fonds
personnels, un bain public de grande taille appelé “bain de Ouarios”,
en bas, le long du rempart, à proximité du fleuve (…) et un trinymphon
de la plus grande beauté, qu’ils ornèrent de statues et qui était destiné
à préparer au mariage toutes les jeunes filles de la cité2 » (X 19, p. 184,
l. 38-43).
Une spécificité de la Chronique concerne les rites de fondation sanglants qui accompagnent la fondation de certaines cités et de certains
monuments, où Malalas fait mention du sacrifice d’une jeune vierge3.
Antioche, comme Gortyne (II 7, p. 23, l. 53-57), Alexandrie (VIII 1,
p. 146, l. 6 8) ou Anazarbe (X 53, p. 202-203, l. 32-50), est fondée dans
le sang : Séleukos « par l’entremise d’Amphion, grand-prêtre et initié,
sacrifia une jeune fille vierge du nom d’Aimathè » (VIII 12, p. 152, l. 80).
Il en va de même pour la fondation de deux monuments d’Antioche :
Trajan « entreprit, comme premier édifice, ce qu’on appelle la porte
médiane (…) ; à cet endroit, il sacrifia une vierge qui habitait la cité, une
belle jeune fille du nom de Kalliopè, pour le rachat et la purification de
la cité » (XI 9, p. 208, l. 31-46). Tibère sacrifie également « une jeune
fille vierge du nom d’Antigone » lorsqu’il agrandit le théâtre (X 10,
p. 178, l. 55-57).
Philopatôr Kyzikenos (114-95 av. J.-C.), Antiochos X Eusèbès Philopatôr (95-92 av. J.C.) et Antiochos XII Dionysos Épiphanès Philopatôr Kallinikos (87 84 av. J.-C.). La
bibliothèque daterait donc des années 114 84 av. J.-C., voire des années 114-92 av. J.-C.
selon G. Downey (1961, p. 132 et n. 60-63), car le dernier des souverains mentionnés,
ayant régné à Damas sans jamais être allé à Antioche, semble devoir être éliminé.
1
Voir le commentaire de ce passage dans Downey 1961, p. 140.
2
Downey 1938, p. 8 ; Downey 1961, p. 192.
3
Ce motif revient dix fois dans la Chronique : Garstad 2005.
143
Ce leitmotiv du sacrifice humain de fondation à fonction purificatrice
est un hapax : on ne trouve rien de tel dans l’ensemble des sources antérieures à la Chronique. Ces anecdotes, destinées à jeter le discrédit sur
les basileis non chrétiens, ne doivent pas étonner si l’on garde à l’esprit
que, par rapport à d’autres chroniques plus « savantes », la Chronique
a la particularité d’être un texte composite, mêlant plusieurs types de
sources, parfois de façon inextricable : chroniques universelles antérieures à Malalas, biographies d’empereurs, documents officiels (acta
urbis, archives de différentes natures), textes hagiographiques, etc., et
bien sûr, des récits patriographiques d’Antioche dont la Chronique est
le plus ancien ouvrage à avoir gardé des traces. La matière de ces récits
était comparable à ce que l’on trouve dans les Patria de Constantinople
qui se présentent comme la réécriture, et la réinterprétation, de mythes
fondateurs et de traditions historiques qui remontent aux époques hellénistique et romaine1.
Si le genre de la chronique laisse penser que l’ouvrage est un récit
chronologique qui suit un axe continu, il n’en est rien : il s’agit, à chaque
paragraphe, de la lecture d’une stratigraphie qui couvre plusieurs siècles,
stratigraphie d’autant plus complexe qu’elle est complètement perturbée
par l’entremêlement de plusieurs types de sources.
Les notices de la Chronique relatives à des monuments apparaissent
donc comme des passages hybrides, et doivent être traitées comme
tels, en démêlant ce qui relève manifestement de récits populaires,
comme ces sacrifices humains de fondation, de ce qui pourrait relever
de sources officielles.
Le passage relatif au bain de Trajan (XI 10, p. 208, l. 48 à p. 209,
l. 68) est à ce titre exemplaire de la nature complexe de la Chronique.
Ce paragraphe se résume ainsi :
• Ignace, évêque de la cité d’Antioche, subit le martyre.
• Trajan fait au même moment arrêter cinq femmes chrétiennes d’Antioche,
et les soumet à un interrogatoire : « Quel espoir est le vôtre, dit-il, que
vous vous livriez ainsi à la mort ? ». Elles lui répondent en ces termes :
« L’espoir, si vous nous tuez, de nous relever avec le corps que nous avons,
pour la vie éternelle ».
1
Pour Constantinople : Dagron 1984.
144
• Il ordonne qu’elles soient réduites en cendres, et fait mélanger la poussière
de leurs os à du bronze et transformer le bronze en chaudières (kalchia)
pour le bain public qu’il a réalisé.
• Quiconque va se laver est pris de vertige, tombe et est évacué sur un
brancard.
• Quant aux premières chaudières de bronze, il les fait refondre et fabrique
cinq statues en bronze de ces femmes, en disant : « Voilà ! C’est moi qui
les ai relevées, de la façon qu’elles avaient dite, ce n’est pas leur dieu ».
• Ces statues sont encore debout aujourd’hui, dans ce bain public.
• C’est alors que sainte Drosinè subit le martyre.
Dans ce passage, la mention des martyres d’Ignace, de Drosinè et des
cinq chrétiennes montre que Malalas a consulté et utilisé des récits hagiographiques (Passion d’Ignace, Synaxaire de Constantinople où Drosinè
est appelée Drosis, etc.). Dans le récit de la passion des cinq chrétiennes,
l’utilisation du verbe anistêmi, d’abord pour désigner « l’action de dresser une statue », puis, avec le sens chrétien, de « ressusciter », relève
d’un jeu de mots, certainement d’origine populaire. La « malédiction »
qui pèse sur le bain, les malaises que provoque leur fréquentation et
la composition des chaudières sont des précisions inventées par l’imaginaire populaire et trahissent ici le recours, par Malalas, à des récits
patriographiques. Lorsque Malalas précise que les cinq statues féminines
en bronze « sont encore debout aujourd’hui, dans ce bain public », il ne
faut pas en déduire que c’est lui qui les a vues1 : il cite sa source, qui
est certainement ici une chronique locale comme celle de Domninos.
Malgré ses accents prononcés d’antipaganisme, le récit du martyre
des cinq chrétiennes n’est pas dénué d’intérêt pour la connaissance des
monuments de l’époque trajanienne : il faut certainement retenir qu’à
cette époque fut édifié, ou pour le moins restauré, un bain, peut-être à
l’initiative de l’empereur qui séjourna bien à Antioche. Cet ensemble
thermal était doté de chaudières en bronze, une particularité assez notable pour que le terme technique de chalkia, rarement attesté, ait été
transmis à travers les sources. Comme tous les bains d’époque impériale,
surtout dans une grande ville comme Antioche, ce monument reçut un
programme décoratif qui devait comporter, entre autres, un groupe sta1
Les formules du type éôs tès nun, etc., qui accompagnent souvent l’évocation d’une statue
ou d’une inscription, relèvent d’un « tic d’écriture » de Malalas, destiné à créer un « effet
de réel », à bien des égards trompeur : Jeffreys 1990, p. 206-207, n. 24 ; Saliou 2006,
p. 72 ; Agusta-Boularot 2006, p. 134.
145
tuaire en bronze composé de cinq personnages féminins. Un tel ensemble
est rare, surtout dans un ensemble thermal : peut-être s’agissait-il des
copies des cinq Amazones réalisées lors du concours d’Éphèse, telles
que les évoque Pline l’Ancien (NH, XXXIV 53).
La Chronique se présente comme une série fournie mais discontinue
de notices qui apparaissent comme une véritable mine d’informations
pour le projet du Lexicon Topographicum Antiochenum. Mais ces notices
sont déroutantes, au premier sens du terme : on erre dans l’Antioche
de Malalas comme dans un labyrinthe spatio-temporel, où les référents
topographiques manquent, et sur notre parcours, nous croisons aussi bien
des monuments du vie siècle que le souvenir de monuments antérieurs,
disparus ou remployés, tout un décor urbain fait de statues, de légendes
et d’anecdotes parfois sanglantes issues de l’imaginaire collectif.
Et l’on comprend pourquoi historiens et archéologues, quand ils se sont
intéressés au fait urbain, ont été nombreux à juger que Malalas était une
source peu fiable, voire fantaisiste, et donc inutilisable. De fait, Malalas
donne à voir, en même temps, Antioche hellénistique, romaine et byzantine, ses monuments passés et présents et aussi toutes les anecdotes
inventées, rapportées et déformées par ses usagers au fil des siècles :
cette vision est celle d’un homme du vie siècle qui habite Antioche-laGrande comme il l’appelle, capitale de province et capitale de diocèse,
et, pour les historiens d’aujourd’hui, une des « mégapoles » du bassin
méditerranéen. Pour un homme du vie siècle, cette grande cité apparaît
alors comme une succession de « strates » monumentales laissées au
fil du temps par chacun des basileis.
Pour qui s’intéresse à l’architecture, au fait urbain antique, la Chronique
est une source de premier ordre, mais difficile à utiliser car chacune de
ses notices nécessite un véritable décodage, une lecture minutieuse de
chacune de ses notices et la confrontation à d’autres sources quand elles
existent. C’est ce à quoi nous nous attacherons dans le cadre du Lexicon
Topographicum Antiochenum.
146
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149
Le paysage urbain d’Antioche sur l’Oronte
dans les sources syriaques anciennes
Frédéric ALPI
Institut Français du Proche-Orient
L
a topographie urbaine d’Antioche et celle de Daphné ne font pas
directement l’objet de l’attention des auteurs anciens de langue
syriaque dont la production littéraire, d’inspiration essentiellement religieuse – et d’ailleurs plutôt centrée sur Édesse, la Syrie intérieure
et la Mésopotamie –, nous propose moins une image concrète de la ville
d’Antioche elle-même qu’elle ne véhicule une représentation symbolique
du proto-siège pétrinien, comme référence ecclésiale et nostalgique, surtout après la constitution de chrétientés orientales dissidentes (deuxième
moitié du vie s.). Toutefois, ces écrivains peuvent avoir incidemment
recueilli des informations issues de sources grecques aujourd’hui perdues
et leurs écrits méritent, à ce titre, un examen approfondi. Une médiation
critique et une analyse s’imposent donc au cas par cas. Pour la commodité
de l’exposé, on présentera ici un rapide inventaire des œuvres à considérer en priorité, en les classant par genre, selon la nomenclature et la
numérotation définies par M. Albert1. Il conviendra ensuite de réserver
un sort particulier aux auteurs de langue grecque dont seule a subsisté
la tradition syriaque, pour des raisons liées à la controverse religieuse,
parmi lesquels figure au premier chef le patriarche Sévère d’Antioche.
Au premier abord, la littérature exégétique (n° 615-619), liturgique
(n° 620-624) ou les œuvres à caractère strictement théologique des Pères
syriens des premiers siècles (n° 630-643), c’est-à-dire l’essentiel de la
littérature syriaque ancienne, paraissent en dehors de notre champ d’investigation, dans la mesure où l’on ne saurait en attendre de témoignage
sur les realia antiochéens. La situation personnelle de certains auteurs
peut cependant conduire à nuancer cette exclusion de principe. Ainsi
en va-t-il des homélies métriques (mimre), hymnes et poèmes divers qui
1
A lbert 1993, en particulier n° 630-646. Bien que vieillie, la référence générale demeure
Ortiz de Urbina 1965.
150
nous sont parvenus sous le nom d’Isaac d’Antioche (n° 640). Il s’agit
probablement de deux, voire de trois écrivains différents1, dont l’un au
moins aurait fleuri en Antiochène au milieu du ve s. Parmi les œuvres de
ce poète, contemporain du patriarcat deux fois interrompu de Pierre le
Foulon (470, 475-476, 484-488), il faut envisager notamment l’examen
des 2136 vers qu’il a consacrés à la louange d’un perroquet auquel son
propriétaire antiochéen aurait appris à chanter la doxologie du Trisagion
avec la clausule théopaschite « qui a été crucifié pour nous », inaugurée
par ledit patriarche pour rallier ses ouailles à sa propre théologie antichalcédonienne. Fort impliqué dans la controverse christologique, ce
texte curieux pourrait ainsi réserver des indices concrets sur la ville qui
fut le cadre de cet épisode à la fois polémique et plaisant2. Par ailleurs,
on sait que les correspondances patristiques, à côté de leur propos
théologique, recèlent souvent des détails relatifs aux circonstances ou
à l’actualité de leur rédaction. A priori, deux grandes collections épistolaires seraient ici à considérer. Celle de Jacques de Saroug (n° 642) ne
saurait toutefois concerner la ville d’Antioche – non plus que ses mimre
d’ailleurs – car la carrière de ce pasteur s’est exclusivement déroulée en
Osrhoène où il fut longtemps périodeute, avant d’accéder tardivement à
l’épiscopat du siège suffragant d’Édesse qui s’attache à son nom (519).
En revanche, il faudrait examiner soigneusement celle de Philoxène
de Mabboug (n° 643). Métropolite d’Euphratésie (485-518), très actif
opposant à la réception du concile de Chalcédoine dans le diocèse
d’Orient et mort en exil en 523, ce théologien capital s’est fait aussi le
chef d’orchestre de l’opposition au patriarche Flavien II (498-512), puis
le principal auxiliaire de son successeur Sévère (512-518). À ce titre,
il entretint une abondante correspondance, à caractère dogmatique et
moral, mais qui comporte aussi des informations sur son action concrète,
menée notamment à Antioche. Sa lettre Aux moines de Senoun contient
ainsi une allusion à la chute de Flavien II3 et constitue, au regard du
témoignage antagoniste d’Évagre le Scholastique4 , une pièce à verser
au dossier de la localisation du groupe épiscopal antiochéen. De même
est-ce la missive qu’il adresse À l’archimandrite Syméon de Téléda qui
1
Seule l’édition complète et l’étude critique de tous les textes placés sous le nom d’Isaac
d’Antioche pourront permettre de déterminer et départager leurs auteurs ; DSp, col. 20102011 (F. Graffin) ; DEChA, p. 1247-1248 (M. van Esbroek).
2
S. Isaaci Antiocheni doctoris Syrorum opera omnia, I (éd. G. Bickell), Giessen (1872),
p. 84-175.
3
Éd. [trad. fr.] A. de H alleux, CSCO 231 [232], Louvain (1963), p. 95 [79].
4
Historia ecclesiastica (éd. J. Bidez et L. Parmentier), Londres (1898), p. 131.
151
atteste la consécration de Sévère dans la Grande Église d’Antioche1.
D’autres détails de cette nature pourraient donc préciser notre connaissance de la ville.
Dans le genre historiographique2 (n° 664-665), entre le vie et le ixe s.,
les chroniques constituent une autre catégorie de textes, très représentée
dans la production littéraire syro-occidentale3. On a justement souligné
cependant qu’elles décrivent peu le paysage urbain, sinon peut-être
celui d’Édesse ou d’Amid, villes d’origine de plusieurs rédacteurs,
pour lesquels Antioche devient un horizon lointain4. C’est le cas de
la première d’entre elles, la Chronique du Ps.-Josué le stylite de 5065,
que vint bientôt compléter la Chronique d’Édesse de 540 (Chronicum
Edessenum), centrées l’une et l’autre sur la capitale de l’Osrhoène. Au
viie s., la Chronique de la conquête de la Syrie par les Arabes, due à un
prêtre de Damascène témoin des événements, ou la Chronique melkite
de 642, surtout théologique, réserveront sans doute aussi peu de place
à la ville d’Antioche. Il faut prendre garde, en revanche, à la Chronique
composite de 640, dite aussi Livre des Califes, car son auteur contemporain d’Héraclius, le prêtre Thomas (?), résume le Chronikon perdu
d’Eusèbe de Césarée (CPG 3494) et puise dans ses sources grecques
des détails inconnus par ailleurs, ainsi sur le chantier de construction
de la Grande Église d’Antioche, ou sur la forme et la dédicace de celleci (en 431). La Chronique maronite postérieure à 664 doit également à
des sources hellénophones des anecdotes qui dénoncent la prétention
jacobite au patriarcat d’Orient et dont il faudrait vérifier la valeur informative pour notre propos. Jacques d’Édesse († 708), lui aussi, intègre
et complète le Chronikon d’Eusèbe, ayant eu accès, au monastère de
Qenneshre, où il traduisit également Sévère, à une documentation
précieuse qu’il a rassemblée dans une perspective historiographique
résolument anti-chalcédonienne. Quant aux chroniques postérieures,
elles semblent surtout recenser des catastrophes (Chronique des années 712-716, Chronique de 813) mais telle source grecque y réserve
1
Lebon 1930, p. 180 [191].
2
Voir en dernier lieu « Bibliographie des sources historiques syriaques », dans Debié
2009, p. 211-217. Dans le même volume, on se reportera aussi à Palmer 2009.
3
Les plus anciennes chroniques syro-orientales, l’Histoire d’Arbèles et la Chronique du
Khuzistan, nous concernent moins, la première restant très localisée dans son propos et
la seconde surtout attentive à l’histoire sassanide.
4
Debié 2004, p. 159-162.
5
Inventaire détaillé des calamités des années 495-506 ; intégrée à la compilation du Ps.Denys de Tellmahré dite Chronique de Zuqnin.
152
parfois des surprises, comme le signalement d’un atelier de foulons (?)
au rez-de-chaussée du palais épiscopal antiochéen, dans la Chronique
de 819, ou l’évocation, dans la Chronique de 846, du perroquet d’Isaac
d’Antioche. Plus tard encore, les compilations médiévales, comme la
Chronique de Zuqnin (dite aussi Chronique du Ps.-Denys de Tellmahré
et qui reprend en particulier le Ps.-Josué le stylite et Jean d’Éphèse), au
viiie s., jusqu’à la grande Chronographie de Michel le Syrien († 1199)
et celle de Barhebraeus († 1286), seront toujours susceptibles de recéler
ainsi d’anciens substrats grecs et antiochéens (notamment Jean Malalas
dans sa version longue) qui doivent retenir notre attention.
Le vie s. syriaque vit encore l’éclosion de deux importantes Histoires ecclésiastiques, celles de Jean d’Éphèse et du Ps.-Zacharie le Scholastique.
La compilation placée sous ce dernier nom rassemble l’épitomé syriaque
d’une histoire composée en grec, avant 553, par l’ami et biographe de
Sévère, Zacharie de Mytilène (ou le Scholastique), et son complément
rédigé par un moine d’Amid qui termina son œuvre vers 568-5691. Exact
contemporain de ce Zacharie, Jean d’Éphèse (ou d’Asie) a eu accès, quant
à lui, à la version longue de la Chronographie de Jean Malalas, perdue
en grec, dont il paraît largement tributaire pour les realia antiochéens.
Ceux-ci nous parviennent ainsi par son intermédiaire, ainsi que par
celui de la Chronique de Zuqnin (dite aussi Chronique du Ps.-Denys de
Tellmahré), qui reprend à son tour la deuxième partie perdue de l’Histoire
ecclésiastique de Jean d’Éphèse. Ces deux (ou trois) ouvrages contribuent
à documenter l’histoire mouvementée du patriarcat d’Antioche, précisant
incidemment la topographie urbaine de la capitale du diocèse d’Orient.
Il faut considérer qu’ils viennent en complément des sources historiques
grecques (Eusèbe, Sozomène, Théodoret, Jean Malalas) 2 , voire de documents conciliaires chalcédoniens. Ainsi, la prison ecclésiastique (?) où
meurt en confesseur l’évêque anti-chalcédonien Jean de Tella en 538, au
témoignage de Jean d’Éphèse consigné dans la Chronique de Zuqnin3,
serait à rapprocher de celle que les clercs antiochéens hostiles à Sévère
accusent, vingt ans plus tôt, leur patriarche d’avoir fait construire pour
y enfermer ses opposants4.
1
CPG 6995. Voir en dernier lieu Greatrex 2009.
2
Voir ainsi le tableau des sources du Ps.-Zacharie dressé par Greatrex 2009, p. 43-49.
3
Debié 2004, p. 167 et n. 57.
4
CPG 9329.6 (éd. M. Schwartz), p. 60, l. 32-33.
153
L’hagiographie syriaque ancienne (n° 662) entretient le même rapport
de proximité avec les Vies grecques des saints orientaux1. Sans reprendre
ici les considérations développées plus haut par C. Saliou pour l’hagiographie grecque des saints antiochéens, notons ici qu’il importe d’étoffer,
au cas par cas, le dossier de chaque martyr, confesseur ou ascète, par
les témoignages parallèles dont nous pouvons disposer en syriaque. Par
exemple, la Vie syriaque de saint Syméon le stylite, l’homélie consacrée
par Sévère d’Antioche au même athlète (HC 30), l’hymne n° 147 de
l’Octoëchos (CPG 7072) qui le concerne également (et prêtée elle aussi
à Sévère), viennent en complément de son dossier grec (BHG 822). Ce
champ de recherche reste encore très incomplètement exploré. Au récent
7th World Syriac Conference (8-16/09/2010 – SEERI, Kottayam, Kerala-India), S. Brock a signalé ainsi une Vie syriaque de saint Syméon le
stylite le jeune inédite, consignée dans un manuscrit syriaque conservé
à Sainte-Catherine du Sinaï. Ce texte, rédigé au ixe s. par un moine
chalcédonien de la Montagne Noire, serait donc à confronter à la Vie
grecque plus ancienne (BHG 1689). Deux collections du vie s. méritent
encore une attention spécifique. D’abord, les Vies des saints orientaux
(BHO 870) écrites par Jean d’Éphèse (n° 662), à l’imitation de l’Histoire lausiaque (CPG 6036), et qui relatent les persécutions dont furent
victimes les confesseurs anti-chalcédoniens sous Justin Ier et Justinien.
Antioche y symbolise le pouvoir oppresseur de l’orthodoxie, non sans
que cette image péjorative ne livre aussi de la ville quelques informations ponctuelles, par exemple à propos de la mort de Jean de Tella2. Les
Plérophories de Jean Rufus (CPG 7507), d’autre part, rapportent une
série de visions et de prodiges tendant à dénoncer le concile de Chalcédoine comme une revanche des Nestoriens. Certaines de ces anecdotes
édifiantes et polémiques, originellement rédigées en grec, ont Antioche
pour cadre, dont elles documentent l’état de tel monument (ainsi celui du
palais impérial, en déshérence). Nous sommes passés ici dans la catégorie
des textes grecs traduits. Il convient d’y signaler encore les deux Vies
de Sévère, par Zacharie le Scholastique (CPG 6999), le futur évêque de
Mytilène, et par Jean de Beith Aphtonia (CPG 7527), reprises plus tard
en syriaque par Georges des Arabes (viie s.), puis Kyriakos de Takrit
(viiie s.). La haute figure antiochéenne du patriarche anti-chalcédonien,
1
Sur ce problème, qui revêt pour nous une importance d’ordre méthodologique, une grande
référence demeure le recueil posthume de Peeters 1950. Vieillie, la BHO, par le même
savant, reste un instrument de travail qui n’a pas été remplacé.
2
Il faudrait confronter les différents témoignages sur cet épisode : la Chronique de Zuqnin
(Jean d’Éphèse) ; les Vies des saints orientaux du même Jean d’Éphèse ; la Vie de Jean
de Tella par son disciple Élias.
154
titulaire effectif du siège oriental entre 512 et 518, recommande en effet
ses hagiographes à notre attention.
L’œuvre de Sévère (n° 644) présente elle-même un intérêt comparable
à celle de Jean Chrysostome. Certes, ses traités de polémique christologique ou les formulaires liturgiques qu’on lui a prêtés n’ont guère de
valeur informative mais les 125 Homélies cathédrales (CPG 7035), effectivement données par le patriarche du 16 novembre 512, date de son sacre,
jusqu’à peu avant son exil du 29 septembre 518, constituent un ensemble
documentaire extrêmement précieux et bien daté. Leur contenu, ainsi
que le lemme qui présente chacune d’elles, dans la collection traduite en
syriaque par Jacques d’Édesse1, permettent de dresser pour cette période
une topographie religieuse de la ville2. L’orateur épiscopal a donné son
prône dans au moins cinq églises différentes (Grande Église, église dite
de la Mère de Dieu, oratoire de la Vierge attenant au groupe épiscopal,
église sise dans la Ville neuve, église Saint-Michel) et neuf à dix martyria (de saint Babylas, de saint Barlaha et des Quarante martyrs, de
saint Cassien, des saints Étienne et Thècle, des saints Basile, Grégoire
de Nazianze et Ignace, de saint Jean-Baptiste, de saint Julien, des saints
Maccabés, de saint Syméon – le martyrion des saints Procope et Phocas
se trouvant installé dans l’église Saint-Michel). À Daphné, il prêche à
Saint-Romain, Saint-Léonce, au cimetière des pauvres (le Pandektès).
Un autre cimetière est connu à Antioche, près de la porte de Daphné,
par deux homélies qui y signalent un ciborium de sainte Drosis et une
réserve de reliques martyriales. Les thèmes abordés, surtout ceux qui
relèvent de la pastorale moralisante, stigmatisent et décrivent parfois les
mauvais lieux antiochéens, dont Sévère s’efforce (en vain) de détourner
ses ouailles : les théâtres, les cabarets, tripots et lupanars de Daphné, le
cirque où se déroulent les Jeux Olympiques en 516, les bains, voire – en
une seule mais intéressante occurrence (HC 78) – une énigmatique maison des Ariens. Les éléments de la correspondance sévérienne dont nous
pouvons disposer (CPG 7070) apportent encore quelques compléments,
par exemple sur tel détail du palais épiscopal, dont on apprend ainsi que
la salle de réception était pavée de mosaïques. Signalons, pour finir, une
1
Il existe une autre collection, rassemblée par Paul de Callinique dès 519 et demeurée
largement inédite à ce jour, dont la collation avec le texte de Jacques d’Édesse pourrait
permettre dans l’avenir, espérons-le, une nouvelle édition critique de ces précieuses
homélies sévériennes.
2
Alpi 2009, voir notamment, t. 1, p. 149-155 : « L’espace chrétien : éléments de topographie
religieuse antiochienne ».
155
intéressante missive inédite1 où Sévère relate à ses amis les péripéties
de sa fuite, en septembre 518, et dont on devrait logiquement attendre
des précisions topographiques (CPG 7070.11).
Dossier grec traduit, le corpus sévérien illustre bien la position de la
littérature syriaque ancienne par rapport à notre enquête sur le paysage
urbain d’Antioche sur l’Oronte. Ces textes viennent en complément de
la documentation de langue grecque. Mais il s’agit d’un complément
nécessaire car ils assurent la tradition de sources souvent perdues, le
développement de thèmes incomplètement traités ou d’informations
partielles. Sévère éclaire ainsi Jean Chrysostome ; les Vies syriaques des
saints antiochéens, l’hagiographie grecque ; les chroniques brèves ou les
histoires ecclésiastiques syro-occidentales reprennent, dans une autre
perspective, les informations des auteurs chalcédoniens – ou celles qu’ils
ont négligées, parfois dissimulées. Au plan méthodologique, l’enquête
historique et topographique doit donc se concevoir dans un mouvement
de va-et-vient d’un groupe de sources à l’autre.
1
Édition préparée par M rg S. H. Soumi.
156
Abréviations
BHG = Bibliotheca hagiographica Graeca, éd. F. Halkin, Subsidia hagiographica
VIIIa, Bruxelles (31957-1984).
BHO = Bibliotheca hagiographica Orientalis, éd. P. Peeters, Subsidia
hagiographica 10, Bruxelles (1910) [1970].
CPG = M. Geerard, F. Glorie, J. Desmet et J. Noret, Clauis Patrum Graecorum,
Turnhout (1979-1998).
CSCO = Corpus scriptorum christianorum orientalim, Paris puis Louvain (1903).
DEChA = Dictionnaire encyclopédique du christianisme ancien, éd. A. di
Berardino, Paris (1990) [trad. de : Dizionario patristico e di antichità cristiane,
éd. A. di Berardino, Casale Monferrato (1983-1988)].
DSp = Dictionnaire de spiritualité ascétique et mystique : doctrine et histoire,
éd. M. Viller et al., Paris (1933-1995).
HC = Sévère d’Antioche, Homélies cathédrales (éd. et trad. fr. M. Brière et
alii), Patrologia Orientalis 4/1 8/2-12/1-16/5-20/2-22/2-23/1-25/1-25/4-26/329/1-35/3-36/1-36/3-36/4-37/1-38/2, Paris (1906-1977).
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L’historiographie syriaque (éd. M. Debié), Études syriaques 6, Paris.
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hagiographica 26, Bruxelles.
159
Proposal for the reconstruction of the Golden
Octagon
Ana-Maria GOILAV
Bucarest
Urban space rather than architectural form
T
he famous octagonal sanctuary of Antioch is rather an urban
project than a single-object design – therefore, when attempting a reconstruction, one should aim at delivering a topography.
The typology of the central sanctuary has been approached so far by
means of the analysis of isolated, free-standing architectural objects.
On the contrary, the latest archaeological data impose the existence of
a near-by surrounding which requires an immediate re-evaluation of
the edifice. Ćurčić (1996) recovered the contextual significance of the
centrally-planned sanctuaries in Late Antiquity in a most useful article.
The present attempt proposes a visual, iconographic commentary of
the short description delivered by Eusebius and of the few other extant
literary sources – Socrates, Malalas, Theodoret, Evagrius.
The Golden Octagon is an architectural specimen, illustrative of
the monotheistic imperial ideology of the ivth-vith centuries, and the
prototype of a whole family of sanctuaries erected during this period:
centrally-planned edifices located in the middle of sacred, open-air
precincts (plate 1). Mango (1990) located in this privileged position the
dynastic mausoleum of Constantinople, the so-called Apostoleion, but
I am inclined to favour the Golden Octagon of Antioch (327-341), for
at least two main reasons: (1) from the very beginning it functioned as
a cathedral, the Great Church of the capital, and (2) it sheltered public
offices – eg. bishops’ assemblies; chronologically, it belongs to the same
construction campaign as the Apostoleion of Constantinople (after 326)
and the Holy Sepulchre of Jerusalem (326-335).
160
Why should one get involved with the haphazard of its reconstruction?
In the absence of any archaeological evidence, Deichmann (1972) nevertheless credits the method of the hypothetical reconstruction, in spite of
its speculative character, as a useful contribution to the understanding
of this lost monument, which could move things further on.
Two topics will be approached in my visual commentary: the site (the
urban composition) and the principles which generated the design of
the edifice itself.
1. The site
Which are the main urban features of the Great Church and what are
the literary sources for them? I identified the following:
(1) the altar was situated to the west of the sanctuary, meaning most
probably an eastern entrance
(2) the Octagon possibly stood on the site of an old bath
(3) the cathedral complex included ancillary rooms and facilities
(4) an agora (forum) was located close to the Octagon
161
(1) That the altar was situated on the west side of the sanctuary we
know from Socrates: « At Antioch in Syria the site of the church is
inverted; so that the altar does not face toward the east, but toward the
west ». (Socrates, HE 5.22).
We could get from here a precious hint regarding the urban layout of
the cathedral – the fact the site is inverted could mean that the whole
composition developed along an axis running from east to west, from
the public entrance to the altar inside the walls (plates 2, 3).
162
This pattern echoes the site-plan of the Holy Sepulchre, where the
sacred precincts of the New Jerusalem were connected directly to the
cardo, so that one had to penetrate the temenos from the main axis northsouth and follow the direction west in order to reach the very centre of
the Christian world. If the Octagon area was projected similarly to that
of the Jerusalem sanctuary, its urban emphasis depended strongly on a
straight connection with the main axis of the city (plate 4).
163
The present topographical situation of the New City – Neapolis, once
situated on the island of the Orontes – shows the permanence of the cardinal orientation of the old urban fabric: the hippodrome and the temple
near-by, strictly oriented north-south, do not support the local system
traced by Libanius, with the Orontes flowing from east to west. In this
context, the tall enclosure, the peribolos enveloping the Octagon, could
be imagined as running from the hypothetical cardo on the western half
of the island. This topographical section is actually the most unstable
one, due to the changing flow of the river, once its eastern arm clogged
up, and it is not at all improbable that the Octagon and the palace facilities, still unrevealed to us, could have been founded here.
(2) It was recorded that the Octagon stood on the site of an old bath:
« On his return, he (Constantine) came to Antioch the Great and built
there the Great Church, a very large undertaking, after demolishing the
public bath known as that of the emperor Philip, for the bath was old
and ruined by time and unfit for bathing ». (Malalas, 13.3).
If Malalas is a reliable source, we have to take into account the possible
vicinity of the Octagon to the imperial residence (plate 5). We learn from
Duval’s research (1987, p. 462-490) that baths with a mixed public and
164
private destination used to be linked to imperial and aristocratic villas
in a peripheral position, usually belonging to the entrance area. It is
the case of the Bath of Zeuxippos in Constantinople, for instance, built
against the exterior wall of the palace, close to the Augusteion, Milion
and the Hippodrome. An old bath could have stood as well between the
palace and the city, on the island of Antioch, subsequently replaced by
the Christian temple of Constantine.
165
(3) According to the same source, the cathedral complex included
various ancillary rooms and facilities : « He (Constantine) also built a
hospice nearby » (Malalas, 13.3). Near the church was built a xenon or
guest-house.
At a later period there were also dining rooms, close (contigua) to the
church, for feeding the poor, mentioned in the account of the rebuilding
of the church by the Patriarch Ephraemios after the earthquakes of 526
and 528. In Chrysostom’s time the Great Church fed 3000 widows and
virgins plus a number of other needy and sick persons and travellers.
There was also presumably a baptistery attached to the church, schools
of various kinds and other rooms (Downey 1961, p. 349). These facilities,
even if not planned from the outset, must have been fixed all along the
perimeter, related to an eventual interior portico.
(4) Theodoret mentions an agora (forum) located close to the Octagon.
Describing the festival of reconciliation under bishop Alexander (415)
and the procession he established on this occasion, Theodoret is the only
one to mention the « stream of thinking living beings like the Orontes
in its course », coming « from the western gate to the great church and
filling the whole agora » (Theodoret, HE 5.35).
We have got thus far: a precinct on the East-West direction, ancillary
rooms adjoined, the sanctuary on the west and the agora preceding it
toward the cardo (plate 6).
166
167
2. The Architectural Form
Eusebius’ notes
We have inherited two short descriptions of the Octagon, of which at
least one belongs to Eusebius.
De laudibus Constantini 9.8-14:
« Two locations in the East he singled out from all others – one in the
Palestinian nation, inasmuch as in that place as from a fount gushed
forth the life-bearing stream to all, the other in the Eastern metropolis
which glorifies the name of Antiochus which it bears. In the latter, since
it is the capital of the whole region, he dedicated a certain structure
marvelous and unique for its size and beauty. On the outside surrounding
the whole temple (naos) with long walls/ an enclosure, inside he raised
the sanctuary (to anaktoron) to an extraordinary height and diversified/
adorned it with an eight-walled plan. Encircling this (en kyklo) with numerous aisles (oikois) and niches (exedrai), he crowned it with a variety
of decorations. » (Heikel, p. 221; Drake, p. 101).
Vita Constantini 3.50
« He also decorated the principal cities of the other provinces with
sacred edifices of great beauty; as, for example, in the case of that metropolis of the East which derived its name from Antiochus, in which,
as the head of that portion of the empire, he consecrated to the service
of God a church of unparalleled size and beauty. The entire building
(neon) was encompassed by an enclosure (peribolos) of great extent,
within which the church itself (eukterios oikos) rose to a vast elevation,
being of an octagonal form, and surrouded on all sides (en kyklo) by
many chambers (choremata), courts and upper (hyperoon) and lower
(katageion) apartments/spaces on the upper and lower floor; the whole
richly adorned with a profusion of gold, brass and other materials of
the most costly kind. » (Winkelmann, p. 105; Cameron & Hall, p. 141;
Schaff, p. 532-533).
There might be a spatial hierarchy concealed in the option for using
the two distinct terms together –oikoi and exedrai – or an indication
for two different types of architectural environments. Literary, oikos
means « room », « house », possibly an enclosed area, that can be ap-
168
proached by a functional opening – a door – rather than being opened
on one side – which seems to be the case of exedra – one-side opened
room, a spatial prolongation of a major (eventually) central hall. The
contemporary understanding of oikos is « temple » and « church »
(Downey 1962, p. 191-193): Eusebius calls oikos the nave of the Martyrium basilica in Jerusalem (Heisenberg 1908, p. 37-38), possibly an
abbreviated formula from basileios oikos – also used by Eusebius when
describing the basilica in Tyre (Eusebius, HE 10.4.42; 45; Bardy, p. 9596). It seems that basileios oikos indicates the long rectangular basilical
plan, though Baldwin Smith (1950) believes that the church of Tyre was
a centrally-planned one. The collaterals appear to be autonomous units,
with individual access from the outside but necessarily linked to the core.
In turn, oikoi basilikoi has the meaning of imperial houses (Straub 1967,
p. 49, n. 68). The secondary meaning for oikos is « part of a church ».
S. Gregory of Nyssa, when explaining to Amphilocus the architecture
of his project, uses oikos both for the arms of the building and for the
building itself (Epist. XXXV, PG 46, 1096A = Strzygowski 1903, p. 79
81). The exedrai are to be investigated as well, keeping in mind Mallardo’s approach (1946, p. 191-211) and Eltester’s interpretation (1937,
p. 257), who believed that the galleries (catechumena) were dedicated
to the women.
There are some other terms with architectural significance used in
these short descriptions:
peribolos = walled enclosure; it doesn’t imply necessarily a colonnade
but it also doesn’t exclude it (Heisenberg 1908, p. 215, n. 3 ; p. 33);
naos/neos = temple; the name given by Eusebius to the construction that
is surrounded by enclosures both in De laudibus and in Vita Constantini;
to anaktoron = house of God; used in De laudibus to designate the
inside of the temple; in Vita Constantini the same object is called eukterios oikos;
chorema sg., choremata pl. = a vague term, compared to oikoi and
exedrai, which have a specific architectural significance; it might designate the built spaces as well as the courts between a central building
and its enclosure;
169
katageios = groundfloor and not underground level, as it was sometimes
proposed (Heisenberg 1908, p. 33)
hyperoon = upper floor
en kyklo = circular, in form of a circle
Krautheimer’s reconstruction
For Krautheimer (1986, p. 76), oikoi means « colonnaded aisles » and
exedrai means « niches ». This is how his reconstruction sounds:
Eight-sided, it was preceded by a double-storied narthex and surmounted by a gilded roof. Inside, its octagonal centre room carried
either a pyramidal roof or, perhaps from the outset, a dome in timber
construction. This core was enveloped by colonnaded aisles – oikoi – on
two levels (that is an ambulatory and a gallery) and by niches (exedrai).
The plan may be visualised in two alternative ways, depending on the
precise significance of the terms oikoi and exedrai.
a The first scenario corresponds roughly to the plan of the church on
Mount Garizim (484): an ambulatory and a gallery directly adjoined the
centre room, niches opened outward from the ambulatory. Birnbaum
(1913, p. 181-208) proposed �����������������������������������������
a concentric scheme - a three-aisled, octagonal, gable-roofed basilica (plate 7).
170
b The second scenario, preferred by Dynes (1964, p. 1-9), anticipates
Haghioi Sergios and Bakchos in Constantinople (527-536) and S. Vitale
in Ravenna (527-548): a double shell construction, with niches billowed
from the centre room into the enveloping spaces of an ambulatory and
of a gallery. Rivoira (1918, p. 60-61) proposed alternative rectangular
and circular niches associated with a flat roof.
c Finally, Kleinbauer (1973, p. 91-114) believes that the Octagon was,
rather than a Constantinian imperial prototype, a regional prototype
spread into the Antiochean Patriarchate between the end of the ivth
century and the beginning of the vith century and it looked like an aisled
tetraconch. Krautheimer rejected his hypothesis.
Recalling the churches of the vith century – San Vitale, Haghioi Sergios
and Bakchos or Haghia Sophia, one notices that in all these cases, the
niches do not simply express the fantasy of a designer, but act as internal
buttresses, in order to discharge the lateral thrusts of a heavy cupola,
illustrating fully a so-called « structural plan » or « structural form ».
We could thus suspect that their presence might indicate, as early as
the ivth century, the option for a masonry cupola. The inverted version
171
presents us with excavated spaces within the depth of the supporting
walls, which confer upon them the necessary elasticity when visited by
earthquakes (the Pantheon or Diocletian’s octagonal sanctuary, where
the columns are purely decorative).
On the contrary, we notice in Late Antiquity and during the Middle
Ages the repetitive use of the circular colonnade engaged under a light
and sometimes wide span cupola. Santo Stefano Rotondo in Rome had a
light cupola made of scoria or a timber roof; at Santa Costanza, a small
edifice, there are a couple of columns engaged instead of strong pilasters
but its more humble replica, Sant’Angelo in Perugia (vth century), went
back to a slender circular internal colonnade. The Constantinian mausoleum in the new capital was probably obeying the same pattern (plate 8).
I conclude by saying that the main difference between a mausoleum
(even an urban one, addressing an urban clientele) and a cathedral (a
gathering hall for a metropolis) resides in the scale of the structure. The
Golden Octagon – following Eusebius’ testimony – must have resembled
Santo Stefano in Rome or the Dome of the Rock in Jerusalem, since it
had to provide at the same time: (1) an extraordinary tall inner core to
172
be seen from afar and (2) an expanded covered surface to encompass a
large Christian congregation.
Besides, we learn about the two major components of the volume not
only from Eusebius, but also from Evagrius, when relating how, on the
occasion of the devastating earthquake in 588, « most buildings fell down
when their very foundations were churned up: as a result, everything
around the most holy church was brought to the ground, with only the
dome being preserved.(...) This had been fashioned by Ephrem out of
timbers from Daphne, after it suffered in the earthquakes under Justin: as
a result of the subsequent quakes this had tilted towards its northern part
so that timbers were inserted to exert counterpressure, but these indeed
fell down in this violent quake when the dome returned to its position
and, as if under some law, reoccupied its proper place. » (Evagrius, HE
6.8; Bidez & Parmentier, p. 227; Withby, p. 298).
We are the spectators of an illuminating episode in the life of a largescale structure. It is clear enough that a wooden roof – possibly a cupola
– was the survivor of all the preceding severe quakes in Antioch and
that the inner core and the ancillary spaces around it were two structurally autonomous members of the same body – a vertical component
opposing a spatial, surface one. In the glamorous urban landscape of
Antioch, the golden cupola might have acted as a landmark, a kind of
San Pietro’s cupola for the nowadays Christian Rome, visible not only
from the Old Town but also from the campus, presumably on the right
border of the Orontes.
Conclusions
A visible golden cupola
It seems we have to choose between a wooden gilded dome, following
Smith’s hypothesis (1950) and a masonry cupola. Taking into account the
well-known speed and the importance of the imperial building campaign,
I am more inclined to suspect from the outset a wooden gilded roof. We
are also informed about the shortage of architects during Constantinian
times, which is a very serious argument against a complex masonry
experiment, which would have required the knowledge and training of
the professional team commissioned to construct the Pantheon or the
Basilica of Maxentius. Finally, one shouldn’t forget that the construction
site of the new Christian capital of the empire had just been inaugurated
173
and one could legitimately suppose that all the extant resources took
the road to Constantinople.
Theophanes (Chron. a. 5833; Mango et al., p. 60) refers to it using
the term σφαιροειδής, interpreted by Downey (1946, p. 23, n. 3). A
possible model for the Octagon’s cupola could have been the puffed-up
dome of the Marneion in Gaza, as described by Choricius (in Baldwin
Smith 1950, p. 14-15).
On the presumably simultaneous construction-site on the hill of the
Apostoleion in Constantinople, another scintillating cupola was elevated.
If we trust Mango (1990) and imagine the dynastic mausoleum as a
rotunda, we may detect in Eusebius’ encomium a parallel portrait of
the Golden Octagon in Antioch:
« Trellised relief-work wrought in bronze and gold went right round
the building.
And above, over this [ceiling], on the roof-top itself, bronze instead of
tiles provided protection for the building, furnishing safety for the rains.
And much gold lit this up so that it shot forth dazzling light, by means
of the reflection of the sun’s rays to those who beheld it from afar. And
he encircled the little roof (domation instead of doma for the rest of the
building) round about with pierced grilles, executed in gilded bronze ».
(Eusebius, VC 4.58; Heikel, p. 141; Wace & Schaff, p. 555-556).
The portrait of the undiscovered central sanctuary could be puzzled
out by St. Gregory of Naziansus’ oration dedicated to his father’s memorial, before 374:
« It surrounds itself with eight regular equilaterals and it raised aloft
by the beauty of the two stories of pillars and porticoes, while the
statues placed upon them are true to life; its vault flashes down upon
us from above and it dazzles our eyes with the abundant sources of
light. » (Gregory of Nasiansus, Or. XVIII, 39, PG 35, 1037; in Baldwin
Smith 1950, p. 31).
The internal unified space
We decided so far that we have a central golden tower, with its own
vertical supports, columns or pillars rather than portions of masonry
174
which would have obliterated the internal spatial continuity. Talking
about this feature of the early Christian congregation spaces, we must
add a personal remark. There are two main patterns of the centrallyplanned naos: a radial one and a circular one. The first one – radial
layout – belongs mostly to the development of the funeral core into a
large congregational hall. We include here many pilgrimage sanctuaries and generally all those which can provide room for distinct, sometimes simultaneous activities, without lacking in unity when required
(Kaoussie or St. Symeon Stylites at Qalat Seman). There are huge
secondary naves (called exedrai at Kaoussie) radiating from the core
in a centrifugal movement. On the contrary, to the second category are
affiliated sanctuaries with a stronger centripetal tendency and internal
coherence, where the spatial pockets are fused into the core. I think
that this is the appropriate formula for a metropolitan cathedral, as it is
the case of the Golden Octagon of Antioch – a strongly centrally polarized space, literally and symbolically. The use of the term en kyklo by
Eusebius supports this hypothesis (plate 9). The compact layout seems
more urban, more appropriate to the peribolos theme – a monumental
edifice in the middle of an open court - while the radial plan is more
frequent in extra-muros buildings. The possibility of the central altar
and/or the circular entrances instead of one monumental two-storeyed
narthex proposed by Krautheimer (1986, p. 76) is also worthy of being
investigated.
175
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Architectural Terms », Mélanges de l’Université Saint-Joseph 38, p. 191-196.
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N. Duval, « Existe-t-il une structure palatiale propre à l’Antiquité tardive? », Le
système palatial en Orient, en Grèce et à Rome (éd. Ed. Lévy), Leyde, p. 462-490.
Dynes 1964
W. Dynes, « First Christian Palace-Church Type », Marsyas 11, p. 1-9.
Eltester 1937
W. Eltester, « Die Kirchen Antiochias im iv. Jahrhundert », Zeitschrift für die
Neutestamentliche Wissenschaft 36, p. 251-286.
Heisenberg 1908
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Kleinbauer 1973
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in Syria and northern Mesopotamia », Dumbarton Oaks Papers 27, p. 91-114.
Krautheimer & Ćurčić 1986
R. Krautheimer & S. Ćurčić, Early Christian and Byzantine Architecture, New
Haven-London.
177
Mallardo 1946
D. Mallardo, « L’exedra nella basilica cristiana », Rivista di Archeologia
Cristiana 22, p. 191-211.
Mango 1990
C. Mango, « Constantine’s Mausoleum and the Translation of Relics »,
Byzantinische Zeitschrift 83, p. 51-62.
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G. Rivoira, Moslem Architecture. Its Origins and Development, Oxford.
Straub 1967
J. A. Straub, « Constantine as ΚΟΙΝΟΣ ΕΠΙΣΚΟΠΟΣ. Tradition and Innovation
in the Representation of the First Christian Emperor’s Majesty », Dumbarton
Oaks Papers 21, p. 39-55.
Strzygowski 1903
J. Strzygowski, Kleinasien, Leipzig.
179
Les sources médiévales dites « orientales »
(syriaques, arabes, arméniennes et autres)
concernant l’histoire de la ville d’Antioche et sa
topographie
Bernd Andreas VEST
Bischofsheim
D
ans le cadre du colloque tenu à Saint-Denis les 20–21 septembre 2010, je me borne à donner une liste plus ou moins
commentée des sources dites « orientales », dressée d’après le
travail effectué par Klaus-Peter Todt et moi-même pour le volume de la
Tabula Imperii Byzantini consacré à la Syrie du Nord, en particulier pour
la notice — d’une étendue de presque 140 pages – consacrée à la ville
d’Antioche elle-même. J’ai intégré à cette liste toutes les sources originaires de l’époque médiévale quel que soit leur contenu, ce qui m’y fait
ranger quelques textes dont le récit ne concerne que l’Antiquité tardive.
1. Sources syriaques
Laissez-moi commencer par ce qu’a dit Muriel Debié, d’après laquelle
c’est « vers les sources syriaques qu’il convient de se tourner pour déterminer quelles sont la place et l’image d’Antioche pour sa périphérie
orientale », bien qu’il s’agisse d’une cité qui n’a pourtant « plus de place
que nominale dans la hiérarchie syro-orthodoxe sur laquelle se replie
l’historiographie syriaque1 ». Pour des observations générales (y compris
la médiation du grec), pour la période de l’Antiquité et surtout de l’Antiquité tardive jusqu’aux vie –viie siècles, je peux renvoyer ici à la contribution de Frédéric Alpi et aux dernières sources qu’il a mentionnées.
1
Muriel Debié, Place et image dʼAntioche chez les historiens syro-occidentaux, dans :
Antioche de Syrie. Histoire, images et traces de la ville antique (Topoi Orient–Occident,
Supplément 5). Lyon 2004, 155–170.
180
Cela dit, ce sont les chroniques mineures (les Chronica Minora du
Corpus Scriptorum Orientalium Christianorum) qui font le début, avec
en premier lieu (chronologiquement) le Chronicon ad annum 7241, dont
les informations relatives à Antioche ne concernent que la période qui
s’étend du ive au vie siècle :
– en 341 la consécration de la cathédrale,
– les tremblements de terre du 14 septembre 458 (ou 456 ou 457) et du
19 juin 460,
–les émeutes entre chalcédoniens et monophysites et l’installation de
Sévère en 511/512,
–la conquête par le roi sāsānide Chusro Ier et la destruction de la plus
grande partie de la ville en 540,
–et enfin la défense contre l’attaque sāsānide de 573 et le séisme de
l’octobre 577.
Ensuite vient le Chronicon Pseudo-Dionysianum2 , aussi nommé
la Chronique de Zuqnīn, une chronique monastique (syr. maḵtḇānūṯā
« Description ») achevée en l’an 775, qui n’a d’ailleurs rien à faire avec
son éponyme, le patriarche syro-occidental ou syro-jacobite Denis Ier
(qui n’exerça ses fonctions qu’à partir de l’année 818 et mourut en 845).
Cette chronique comporte des données sur Antioche dans la 1ère moitié
du vie siècle, dont :
– les événements de 512 et la fuite de Sévère en septembre 518,
– l’incendie d’octobre 525,
– le séisme dévastateur du 29/30 mai 526 qui entraîna la mort du
patriarche chalcédonien Euphrasios et l’élection consécutive du comes
Orientis Ephraïmios comme patriarche,
1
Chronicon Miscellaneum ad annum Domini 724 pertinens, dans : Chronica Minora,
II. Edidit E. W. Brooks (Corpus Scriptorum Christianorum Orientalium [dorénavant
CSCO] 3 = Scriptores Syri 3). Louvain 1904, 76–155. — Interpretatus est I.-B. Chabot
(CSCO 4 = Scriptores Syri 4). Louvain 1955, 61–119.
2
Chronicon anonymum Pseudo-Dionysianum vulgo dictum. I. Edidit I.-B. Chabot (CSCO
91). Louvain 1927 (réimpr. 1953). — Incerti auctoris Chronicon pseudo-Dionysianum
vulgo dictum. I. Interpretatus est J.-B. Chabot (CSCO 121). Louvain 1949. — Incerti
auctoris Chronicon pseudo-Dionysianum vulgo dictum. II. Edidit I.-B. Chabot. Accedunt
Iohannis Ephesini Fragmente curante E. W. Brooks (CSCO 104). Louvain 1933 (réimpr.
1952). — Chronicon anonymum Pseudo-Dionysianum vulgo dictum. II. Gallice vertit
R. Hespel (CSCO 507). Louvain 1989.
181
– le nouveau tremblement de terre du 28 novembre 528, après lequel la
ville fut rebaptisée Thëupolis,
– et enfin l’attaque sāsānide de l’an 540.
Très semblables à la chronique jusqu’à l’année 724 sont deux autres
textes nommés d’après leur étendue chronologique, c’est-à-dire le Chronicon ad annum 8191 (Maḵtaḇ zaḇnē ḏa-‘ḏammā la-šnaṯ ’QL [1130]
l-Yawnāyē « Description des temps jusqu’à l’année 1130 des Grecs » ),
qui nous donne des informations sur
– les années 512, 518, 526 (avec datation erronée du séisme en 524/525),
528 et 540,
et ensuite le Chronicon ad annum 8462 ne mentionnant, en ce qui
concerne Antioche, que le séisme catastrophique de 526.
Le Chronicon Edessenum3 nous renseigne sur :
– la révolte d’Illos et Léontios en juillet 484,
– les événements de 518 et 526,
et aussi sur
– un incendie, inconnu par ailleurs, survenu en novembre 527,
– ainsi que sur l’attaque de Chosroès Ier de 540.
La véritable chronique du patriarche Denis Ier (818–845), qui allait
de 582 à 843 et qui ne nous est pas parvenue directement, fut une des
sources majeures de la Chronique Mondiale du fameux patriarche Michel le Syrien (exerçant de 1166 à 1199), allant de la création du monde
(comme la plupart des autres) jusqu’à l’année 1195. Contrairement aux
autres sources syriaques, son auteur (surtout dans ses fonctions de patriarche des Syro-Occidentaux ou jacobites) séjourna assez souvent et
longtemps à Antioche et maintenait de bonnes relations avec les Latins,
ce qui en fait une source fiable aussi à propos de l’église latine. Il serait
peu pratique de donner la liste exhaustive des renseignements qu’il
1
Chronicon anonymum ad annum Domini 819 pertinens, dans : Chronicon ad 1234, I,
3–22 (syr.) = I, 1–16 (trad.).
2
Chronicon ad annum Domini 846 pertinens, dans : Chronica Minora, II. Edidit
E. W. Brooks (CSCO 3 = Scriptores Syri 3). Louvain 1904, 157–238. — Interpretatus
est I.-B. Chabot (CSCO 4 = Scriptores Syri 4). Louvain 1955, 121–180.
3
Chronicon Edessenum, dans : Chronica Minora I. Edidit I. Guidi (CSCO 1). Louvain
1903, 1–13. — Interpretatus est I. Guidi (CSCO 2). Louvain 1903, 3–11.
182
fournit sur Antioche dans son Kṯāḇā ḏ-maḵtḇānūṯ zaḇnē1 (le « Livre de
la description des temps ») — dont il y a aussi des versions arméniennes
et une version arabe —. En commençant avec l’an 600, les données les
plus importantes, surtout en ce qui concerne la topographie de la ville,
sont les suivantes :
– la conquête arabe en 637/638,
– le premier séjour d’un patriarche jacobite dans la ville et la construction
par ce dernier d’une église en 721,
– le schisme parmi les Melkites en 839 (844/845?), qui voit chaque parti
se renfermer dans sa propre église (la cathédrale, c’est-à-dire la Grande
Église [‘ēttā rabbṯā] ou église de Kassianos [‘ēttā ḏ-Q’SYN’], d’une part,
l’église de la Theotokos d’autre part [‘ēttā ḏ-Yāldaṯ Alāhā]),
– la reconquête byzantine en 969,
– la destruction prétendue de l’église cathédrale au temps du patriarche
melkite Agapios II vers 980/986,
– la « re-reconquête » seldjoukide en 1084/1085,
– le séisme du 26 septembre 1091,
– le siège et la conquête franques de 1097/1098,
– la construction commune franco-jacobite d’une église entre 1150/1151
et le 9 décembre 1156 sur le terrain appartenant au Franc Henri (syr. HRRY)
et son épouse dame (syr. DM) Isabelle-Élisabeth,
– le tremblement de terre de 1157,
– le récit du séjour de Michel lui-même à Antioche en 1168/1169,
– le séisme destructeur de l’année 1170 et le retour consécutif du patriarche latin Ayméric, et enfin
– les inondations de 1178 et l’incendie de 1178/1179.
35 ans après la mort de Michel, c’est le Chronicon ad annum 12342 ,
d’origine édessénienne, qui continue la trame chronologique sous le
1
Chronique de Michel le Syrien, patriarche Jacobite d’Antioche (1166–1199). Éditée pour
la première fois et traduite en français par J.-B. Chabot, I–IV. Paris 1899–1910 (réimpr.
Bruxelles 1963).
2
Chronicon ad annum Christi 1234 pertinens. I. Edidit I.-B. Chabot. Praemissum est
Chronicon anonymum ad A.D. 819 pertinens curante A. Barsaum (CSCO 81). Louvain
1920 (réimpr. 1953). — Anonymi Auctoris Chronicon ad annum Christi 1234 pertinens.
II. Edidit I.-B. Chabot (CSCO 82). Louvain 1916 (réimpr. 1953). — Anonymi Auctoris
Chronicon ad annum Christi 1234 pertinens. I. Praemissum est Chronicon anonymum
183
titre Meḵtaḇ zaḇnē ḏ-‘al šarbē ‘ālmānāyē w-‘ēttānāyē ‘ḏammā la-šnaṯ
1234 la-Mšīḥā (« Description des temps concernant les événements
séculiers et ecclésiastiques jusqu’à l’année 1234 du Messie »). Il faut
noter ici les notices sur :
– la conquête et la retraite sāsānides en 611 et 629/630,
– la conquête arabe déjà à partir de 634.
– la mention du séjour de Michel en 1168/1169,
– le séisme de 1170, avec la mort du patriarche melkite Athanasios Ier
Manassēs.
Enfin, il faut nommer ici le célèbre « primat » ou maphrien de l’église
syro-jacobite Barhébrée (en syriaque Bar ‘Eḇrāyā, en arabe Ibn
al-‘Ibrī1), né en 1225/1226 et mort le 30 juillet 1286. Sa Chronique
Mondiale et sa Chronique Ecclésiastique, à leur tour continuées par
son frère et d’autres, nous servent comme continuations des sources
susmentionnées jusqu’à la fin du xiiie et même du xve siècle (1297 pour
l’histoire séculière 2 , 1496 pour l’histoire ecclésiastique3). Chez cet
auteur se trouve, outre beaucoup d’autres renseignements, par exemple
un récit sur
– la construction d’un palais par le patriarche jacobite Ignatios II à
Antioche en 1238 avec une église (hayklā) ornée de coupoles (qubbāṯā).
Barhébrée est aussi l’auteur d’une chronique arabe intitulée Kitāb
Muḫtaṣar ad-duwal (le « Livre de l’abrégé sur les états »), ce qui nous
mène à la présentation des sources arabes, non sans mentionner ici
l’œuvre vraiment bilingue, c’est-à-dire syriaque–arabe (titre syriaque:
ad A.D. 819 pertinens. Interpetatus est I.-B. Chabot (CSCO 109). Louvain 1937 (réimpr.
1952). — Anonymi Auctoris Chronicon ad A.C. 1234 pertinens. II. Traduit par A. Abouna.
Introduction, notes et index de J.-M. Fiey (CSCO 354). Louvain 1974.
1
Ce qui n’a d’ailleurs rien à faire avec une prétendue ascendance juive, mais plutôt avec
sa provenance du village de ‘Eḇrā (« passage » de l’Euphrate) près de Mélitène.
2
E. A. Wallis Budge, The Chronography of Gregory Abūʼl Faraj (1225–1286), the Son
of Aaron, the Hebrew Physician Commonly Known as Bar Hebraeus. Being the First
Part of His Political History of the World. Translated from the Syriac with an Historical
Introduction, Appendices and an Index, Accompanied by Reproductions of the Syriac
Texts in the Bodleian Manuscript 52, I. English Translation, II. Syriac Texts. Londres
1932 (réimpr. Amsterdam 1976).
3
Gregorii Barhebraei Chronicon Ecclesiasticum quod e codice Musei Britannici descriptum conjuncta opera ediderunt, latinitate donarunt annotationibusque theologicis,
historicis, geographicis et archaeologicis illustrarunt J. B. Abbeloos et Th. J. Lamy, I–III.
Louvain 1872–1877.
184
Maḵtḇānūṯā ḏ-zaḇnē « Description des temps »), du métropolite syro-occidental ou « nestorien » Élie de Nisibe1, rédigée en 1019 et mentionnant :
– la conquête arabe en 634/636,
– le siège d’Antioche par Nicéphore Phōkas en 966.
2. Sources arabes
Plus nombreuses encore que les sources syriaques sont celles en langue
arabe, au point qu’il serait assez difficile d’en donner une liste exhaustive.
Par ailleurs, pour ne pas rompre le cadre chronologique, j’ai décidé de ne
pas les classer selon d’autres critères, non-chronologiques (par exemple
textes chrétiens vs. islamiques ou historiques vs. géographiques, et cela
aussi parce que cette dernière distinction ne pourrait pas se faire d’une
manière assez claire).
Ainsi se trouve au premier lieu un non-arabe, persan de naissance, le
chef de la poste Ibn Ḫurdāḏbih (ou Ḫurradāḏbih, un nom évidemment
iranien 2), qui écrivit vers 864 un texte plutôt géographique et qui est le
premier à nommer Antioche parmi les villes d’« étape » (al-‘Awāṣim),
que le calife Hārūn ar-Rašīd en 786/787 avait détachées du ǧund de
Qinnasrīn, cʼest-à-dire de la province de la Syrie du nord de lʼempire
califien.
Il est suivi de près par l’arabe Qudāma ibn Ǧa‘far3 (de datation incertaine, pour le texte peut-être déjà vers 880, mais pour sa mort aussi
tard que 932/948).
1
Fragmente syrischer und arabischer Historiker hrsg. und übersetzt von Fr. Baethgen (Abhandlungen für die Kunde des Morgenlandes, hrsg. von der Deutschen Morgenländischen
Gesellschaft 8/3). Leipzig 1884 (réimpr. Nendeln 1966). — Eliae metropolitae Nisibeni
Opus chronologicum, I–II. Ediderunt et interpretati sunt E. W. Brooks et I.-B. Chabot
(CSCO 62.1–2 et 63.1–2 = Scriptores Syri 21–24). Louvain 1954.
2
Kitâb al-Masâlik wa’l-mamâlik (Liber viarum et regnorum) auctore Abu’l-Kâsim
Obaidallah ibn Abdallah ibn Khordâdhbeh. Accedunt excerpta e Kitâb al-Kharâdj
auctore Kodâma ibn Dja‘far quae cum versione Gallica edidit, indicibus et glossario
instruxit M. J. de Goeje (Bibliotheca Geographorum Arabicorum 6). Louvain 11889 et
2
1967 (réimpr. Frankfurt a.M. 1992 comme Publications of the Institute for the History
of Arabic-Islamic Science, Islamic Geography 39).
3
Excerpta e Kitâb al-Kharâdj, auctore Kodâma ibn Dja’far. Edidit (…) M. J. de Goeje
(Bibliotheca Geographorum Arabicorum 6). Louvain 11889 et 21967 (réimpr. Frankfurt
a.M. 1992 comme Publications of the Institute for the History of Arabic-Islamic Science,
Islamic Geography 39), 184–266.
185
Suit l’historien al-Balāḏurī, qui rédigea son chef-d’œuvre Kitāb
Futūḥ al-buldān (le « Livre des conquêtes des pays1 ») en 869 et qui
mourut vers 892. Il nous fournit des informations sur toute la période
entre 634 et 788 :
– la conquête arabe de 634 à 638,
– la déportation des Zuṭṭ de l’Inde à Antioche ca. 705/715,
– une attaque byzantine mal datée (vraisemblablement en 718/719)
avec la mention d’une porte méridionale appelée Bāb Muslim (l’ancienne
Porte Dorée) et
– l’établissement des al-‘Awāṣim en 787/788.
Presqu’en même temps qu’al-Balāḏurī écrivit et mourut lʼhistoriengéographe Ibn Wāḍiḥ al-Ya‘qūbī avec son Histoire2 rédigée en 874 et sa
Géographie3 (intitulée Kitāb al-Buldān « Livre des pays ») écrite en 891.
Cette date fournit un terminus post quem pour la mort de cet auteur, qui
au moins dans cette dernière œuvre ne parle que rarement de notre ville.
Il en est de même du géographe Ibn al-Faqīh al-Hamaḏānī4 , un autre
persan écrivant vers 903, qui fournit une information supplémentaire
sur la conquête sāsānide de l’année 540.
Le fameux historien aṭ-Ṭabarī acheva son Ta’rīḫ ar-rusul wa-l-mulūk5
(l’« Histoire des prophètes et des rois ») en 915 et décéda en 923. Nous
1
Liber expugnationis regionum, auctore Imámo Ahmed ibn Jahja ibn Djábir al-Beládsorí,
quem e codice Leidensi et codice Musei Brittannici edidit M. J. de Goeje. Louvain 1866.
— The Origins of the Islamic State. Being a Translation from the Arabic Accompanied
with Annotations, Geographic and Historic Notes of the Kitâb Futûḥ al-Buldân of alImâm abu-l ‘Abbâs Aḥmad ibn-Jâbir al-Balâdhuri by Ph. K. Hitti, I. New York 1916
(réimpr. 1968 comme Columbia University Studies in Social Sciences 163). — Kitāb
futūḥ al-buldān. Ed. Ṣalāḥ ad-Dīn al-Munaǧǧid, I–II. Le Caire 1956–1957.
2
Ibn-Wādhih qui dicitur al-Ja‘qubī, Historiae, ed. M. Th. Houtsma. I–II. Louvain 1883.
3
Kitâb al-a‘lâk an-nafîsa VII auctore Abû Alî Ahmed ibn Omar ibn Rosteh et Kitâb alboldân auctore Ahmed ibn abî Jakûb ibn Wâdhih al-Kâtib al-Jakûbî. Ed. M. J. de Goeje
(Bibliotheca Geographorum Arabicorum 7). Louvain 21892. — Ya‘ḳūbī, Les Pays.
Traduit par G. Wiet (Publications de l’Institut français d’Archéologie Orientale, Textes
et Traductions d’Auteurs Orientaux 1). Le Caire 1937.
4
Compendium libri Kitâb al-Boldân auctore Ibn al-Fakîh al-Hamadhânî. Ed. M. J. de
Goeje (Bibliotheca Geographorum Arabicorum 5). Louvain 21967. — Abrégé du livre
des pays. Traduit de l’arabe par H. M assé. Damas 1973.
5
Annales, auctore Abu Djafar Mohammed ibn Djarir at-Tabari, quos ediderunt J. Barth,
Th. Nöldeke, O. Loth, E. Prym, H. Thorbecke, S. Frankel, J. Guidi, D. H. Müller,
M. Th. Houtsma, S. Guyard, V. Rosen et M. J. de Goeje. I–XV. Louvain 1879–1901
186
lui devons des renseignements sur toute la période dès la conquête
musulmane, notamment :
– le séjour du calife ‘abbāside al-Ma’mūn (813–833) à Antioche en 830,
– le séisme de 859 ou 860,
– la conquête ṭūlūnide en 878,
– en 900 le séjour du ‘abbāside al-Mu‘taḍid (892–902).
En 940 est mort le patriarche melkite d’Alexandrie Eutychios/Sa‘īd
ibn Baṭrīq (933–940), qui sert comme source pour l’Antioche de la 2ème
moitié du ixe siècle, dont :
– en 839 ou 844/845 le schisme intra-melkite,
– la conquête ṭūlūnide de 878.
Un an seulement après Eutychios s’éteignit en 941/942 son coreligionnaire Agapios (arab. Maḥbūb) ibn Qusṭanṭīn, évêque de Hiérapolis
(Manbiǧ). Les parties préservées de son Kitāb al-‘Unwān (le « Livre du
Signe1 ») s’arrêtent avec l’an 776/777. Les quatre mentions d’Antioche
figurant dans cet ouvrage concernent :
– la peste de 555,
– le meurtre du patriarche chalcédonien Anastasios II en 608,
– l’invasion arabe de 634/636,
– le tremblement de terre de 712.
Un autre géographe, al-Iṣṭaḫrī 2 , lui aussi un iranien comme l’indique
son nom, qui écrivit vers 951, nous fournit quelques renseignements sur
l’alimentation en eau d’Antioche.
(réimpr. Beyrouth 1965). — Abū Ǧa‘far Muḥammad ivn Ǧarīr aṭ-Ṭabarī, Ta’rīḫ ar-rusul
wa-l-mulūk. Ed. M. A. F. Ibrāhīm. I–X. Le Caire 1960–1969. — The History of al-Ṭabarī
(Ta’rīkh al-rusul wa-l-mulūk). I–XXXIX. Albany, N.Y. 1985–1998.
1
Kitab al-‘Unvan. Histoire universelle écrite par Agapius (Mahboub) de Menbidj. Éditée
et traduite en Français par A. Vasiliev, II.2. (PO VIII,3). Paris et Freiburg im Breisgau
1912. — Agapius episcopus Mabbugensis : Historia Universalis edidit L. Cheikho (…)
(CSCO 65). Louvain 1912 (réimpr. 1954).
2
Viae Regnorum. Descriptio ditionis Moslemicae auctore Abu Ishák al-Fárisí al-Istakhrí.
Edidit M. J. de Goeje. Louvain 1870. — Das Buch der Länder von Schech Ebu Ishak el
Farsi el Isztachri. Aus dem Arabischen übersetzt von A. D. Mordtmann. Nebst einem
Vorworte von C. R itter. Hamburg 1845 (réimpr. Frankfurt a.M. 1995 comme Publications of the Institute for the History of Arabic-Islamic Science, Islamic Geography 245).
187
D’une grande importance pour notre projet se montre le fameux
historien-géographe Abū l-Ḥasan ‘Alī al-Mas‘ūdī, mort en 956/957, qui
rédigea dès 946 ses fameuses Murūǧ aḏ-ḏahab1 (plutôt les « Prairies
d’or » que les « Orpaillages ») et vers la fin de sa vie le Kitāb at-Tanbīh
wa-l-išrāf2 (le « Livre de la révision et de l’avertissement »). En 943 il
séjourna lui-même à Antioche, dont il donne une description générale,
y compris les églises de la ville.
Le melkite Ibrāhīm ibn Yūḥannā3 fut l’auteur d’une Vie du patriarche
Christophoros (960–967), assassiné le 22/23 mai 967 par des fanatiques
musulmans (cf. infra).
Ibn Ḥawqal4 est un géographe important. Il semble avoir voyagé pendant les années 943 à 973 et a laissé un Kitāb Ṣūrat al-arḍ (le « Livre de
la configuration de la terre ») en trois rédactions, dont la dernière date
de 988. Bien que ce soit un livre plutôt géographique, son auteur est le
premier à parler de la reconquête byzantine de 969.
Presque en même temps, en 985/988, écrivit son collègue (en tant que
géographe) al-Muqaddasī5, qui dans son œuvre importante ne mentionne Antioche qu’en passant.
1
Maçoudi. Les prairies d’or. Texte et traduction par C. Barbier de Meynard et Pavet de
Courteille, I–IX. Paris 1861–1877. — Nouvelle édition : Mas‘ūdī (mort en 345/956) :
Les prairies d’or. Traduction française de Barbier de Meynard et Pavet de Courteille
revue et corrigée par Ch. Pellat. I–V. Paris 1962–1997.
2
Kitâb at-Tanbîh wa’l-ischrâf auctore al-Masûdî. Accedunt indices et glossarium ad tomos VII et VIII (Bibliotheca Geographorum Arabicorum 8). Louvain 1894. — Carra
de Vaux : Le livre de l’avertissement et de la révision. Übersetzung des Kitāb at-Tanbīh
wa‘l-išrāf von al-Masʿūdī (gest. 956 n. Chr.). Nachdruck der Ausgabe Paris 1896 hrsg. von
Fuat Sezgin. Frankfurt am Main 1986 (Veröffentlichungen des Institutes für Geschichte
der Arabisch-Islamischen Wissenschaften Reihe B, Abteilung Geschichte, Bd. 2).
3
H. Zayat, Vie du patriarche melkite d’Antioche Christophore (m. 967) par le protospathaire Ibrahîm b. Yuhanna. Document inédit du Xe siècle. POC 2 (1952) 11–38 et 333–366.
4
Opus Geographicum auctore Ibn Ḥauḳal (Abū ’l-Ḳāsim ibn Ḥauḳal al-Naṣībī) secundum
textum et imagines codicis Constantinopolitani conservati in Bibliotheca Antiqui Palatii
No. 3346 cui titulus est « Liber Imaginis Terrae » edidit collato textu primae editionis
aliisque fontibus adhibitis J. H. K ramers (…). I–II (Bibliotheca Geographorum Arabicorum 2). Louvain 1938–1939 (réimpr. Frankfurt a.M. 1992 comme Publications of
the Institute für the History of Arabic-Islamic Science. Islamic Geography 35). — Ibn
Ḥauqal, Configuration de la Terre (Kitāb ṣūrat al-arḍ). Introduction et traduction avec
index par J. H. K ramers et G. Wiet, I–II. Beyrouth et Paris 1964.
5
Descriptio Imperii Moslemici auctore Shams ad-dîn Abū Abdallāh Mohammed ibn
Ahmed ibn abī Bekr al-Bannā al-Basshārī al-Moqaddasī. Edidit M. J. de Goeje (Bibliotheca Geographorum Arabicorum 3). Louvain 21906 = 31967. — Al-Muqaddasī,
188
En 1030 mourut l’historien Miskawayh ou bien Ibn Miskawayh1 (lui
aussi d’origine iranienne), qui nous parle de
–
l’insurrection contre le fameux prince Ḥamdānide Sayf ad-Dawla
d’Alep de 965 à 966, qui eut lieu aussi à Antioche et qui se montra fatale
pour le patriarche melkite Christophoros, resté fidèle au prince musulman, mais néanmoins assassiné en 967.
Le premier rang parmi tous les historiens arabes est sans doute occupé par Yaḥyā ibn Sa‘īd al-Anṭākī 2 , « l’Antiochien », mort en 1066 et
continuateur d’Eutychios d’Alexandrie pour la période de 938 à 1034.
C’est lui qui nous fournit les informations les plus exactes (et souvent
datées au jour près) sur :
– la conquête byzantine et son prélude à partir de 965,
– la révolte de Bardas Sklēros de 976 à 978,
– celle de Bardas Phōkas de 989,
– les attaques fāṭimides pendant toute la dernière décennie du xe siècle,
– le séjour de l’empereur Rōmanos III à Antioche en 1030,
– ainsi que sur l’histoire ecclésiastique melkite pendant toute cette
période.
Vers 1050, c’est le médecin syro-oriental (« nestorien ») Ibn Buṭlān3
(mort en 1066 et cité plus tard par Yāqūt et d’autres écrivains) qui donne
une description générale de la ville avec la mention par exemple de
l’église al-Qusyān, de l’horloge hydro-mécanique (la clepsydre, en arabe
finǧān) sur une de ses portes et d’un hôpital (bīmāristān) administré par le
Aḥsan at-taqāsīm f ī ma‘rifat al-aqālīm (la meilleure répartition pour la connaissance
des provinces). Traduction partielle, annotée par A. Miquel. Damas 1963.
1
Tajärub al-Umam by Ahmed ibn Muhammed, known as Miskawayh (died 421 A.H.),
edited by H. F. A medroz. I–II. Bagdad 1914–1916. — The Eclipse of the ‘Abbasid
Caliphate. Original Chronicles of the Fourth Islamic Century. Edited, translated, and
elucidated by H. F. A medroz and D. S. M argoliouth, IV–V = The Concluding Portion
of the Experiences of the Nations by Miskawaih (…). Oxford 1920–1921.
2
Histoire de Yahya-ibn-Sa‘īd d’Antioche, continuateur de Saʻīd-ibn-Bitriq. Éditée et
traduite en français par J. K ratchkovsky et A. Vasiliev (PO 18.5 et 23.3). Paris 1924 et
1932. — Histoire de Yaḥyā ibn Sa‘īd d’Antioche. Édition critique du texte arabe préparée
par I. K ratchkovsky et traduction française annotée par F. Michaud et G. Troupeau (PO
47.4). Turnhout 1997.
3
Ibn Buṭlān, chez : Yāqūt I, 382–385 (I, 267–268) = trad. Le Strange, Palestine 371–375.
189
patriarche et qui aurait été, d’après une source tardive, Sibṭ ibn al-‘Aǧamī
au XVe siècle, une fondation d’Ibn Buṭlān lui-même [Appendice I].
Sous le nom de Sawīrus ibn al-Muqaffa‘1 sont rangée les Vies de deux
patriarches coptes du xie siècle faisant partie de la collection appelée
Siyar al-bī‘a (les « Vies de l’église »), dans lesquelles se trouvent deux
récits sur les mesures prises par les Melkites d’Antioche contre l’église
syro-jacobite concurrente dans les années 1036 et 1076/1077.
Le persan Abū Šuǧā‘ ar-Rūḏrāwarī2 , mort en 1095, donne quelques
informations additionelles sur les attaques fāṭimides réitérées des
années 990.
Au Damascène Ibn al-Qalānisī 3, décédé en 1160, nous devons beaucoup de renseignements pour toute la période qui suit la reconquête
byzantine, dont surtout, en ce qui concerne la topographie urbaine,
– le séisme de 1091.
Ce même événement est aussi évoqué dans une des courtes notices
fournies par le chroniqueur (Ibn) al-‘Aẓīmī4 , mort après 1161.
1
History of the Patriarchs of the Egyptian Church, known as the History of the Holy Church
by Sawīrus ibn al-Muqaffaʻ, bishop of al-Ašmūnīn, II.2 : Khaël III–Šenouti II (A.D.
880–1066). Translated and annotated by A. S. Atiya, Y. ʻA bd al-M asīḥ, O. H. E. K hsBurmester. Le Caire 1948 ; II.3 : Christodoulus–Michael (A.D. 1046–1102). Translated
and annotated by A. S. Atiya, Y. ʻA bd al-M asīḥ, O. H. E. K hs-Burmester. Le Caire
1959.
2
History of Hiläl as-Säbi, (Part 8) by Hiläl ibn al-Muhassin as-Säbi (died 448 A.H.). Volume 4, dealing with the events of 5 years : 389–393 A.H. edited by H. F. A medroz. III.
Le Caire 1916 (réimpr. Bagdad s.a.). — The Eclipse of the Abbasid Caliphate. Edited,
translated, and elucidated by H. F. A medroz and D. S. M argoliouth, VI = Continuation
of the Experiences of the Nations by Abu Shuja Rudhrawari, Vizier of Muqtadi, and
Hilal b. Muhassin, Vizier´s Secretary in Baghdad. Translated from the Original Arabic
by D. S. M argoliouth. Oxford 1921, 1–358.
3
Ta’rīḫ Abī Ya‘lā Ḥamza ibn al-Qalānisī al-ma‘rūf bi-Ḏayl Ta’rīḫ Dimašq. History of
Damascus (363–555 a. h.) by Ibn al-Qalânisi from the Bodleian Ms. Hunt. 125 being a
continuation of the history of Hilâl al-Sâbi. Edited with Extracts from other histories and
Summary of Contents by H. F. A medroz. Louvain 1908. — The Damascus Chronicle of
the Crusades. Extracted and translated from the Chronicle of Ibn al-Qalānisī. By H. A.
R. Gibb (University of London historical series 5). Londres 1932. — R. Le Tourneau,
Damas de 1075 à 1154. Traduction annotée d’un fragment de l’Histoire de Damas d’Ibn
al-Qalānisī. Damas 1952.
4
Cl. Cahen, La chronique-abrégée d’al-‘Aẓīmi. Journal Asiatique 230 (1938) 353–448.
190
Quelques années plus tard, mourut en Sicile le géographe al-Idrīsī1
(1099–1166), qui en 1154 avait rédigé une description du monde pour
le roi Roger II (1130–1154) et qui fait mention, comme l’avait déjà fait
Ibn Buṭlān, des bains sur le mont Silpios.
Le voyageur irakien (mais issu d’une famille venue de la ville de Hérat,
d’où son nom) ‘Alī al-Harawī 2 rédigea entre 1173 et sa mort en 1215 son
livre sur les lieux de pèlerinage islamiques, dont la tombe du légendaire
Ḥabīb an-Naǧǧār à Antioche. Il est aussi le second après al-Mas‘ūdī à
donner la forme arabe de Thëupolis, Madīnat Allāh, à côté de laquelle
est attesté aussi le syriaque Mḏīnaṯ Alāhā.
Il faut dater des environs de l’an 1200 la description sémi-légendaire des
sanctuaires chrétiens d’Antioche par le prêtre copte Abū l-Makārim3,
qui fait l’énumération d’un total de 14 églises.
Le plus important de tous les géographes arabes est sans doute le fameux Yāqūt al-Ḥamawī ar-Rūmī, mort en 1229, avec son dictionnaire
géographique Mu‘ǧam al-buldān4 (« Dictionnaire des pays »), qui
consacre une entrée de six pages à la ville d’Antioche, dont la moitié
1
Opus Geographicum sive « Liber ad eorum delectationem qui terras peragrare studeant »
consilio et auctoritate E. Cerulli, F. Gabrieli, G. Levi della Vida, L. Petech, G. Tucci
una cum aliis ed. A. Bombaci, U. R izzitano, R. Rubinacci, L. Veccia Vaglieri. Louvain
1970–1984. — P.-A. Jaubert, La géographie d’Édrisi. Traduite de l’Arabe d’après deux
manuscrits de la Bibliothèque Nationale. Traduction complète du kitāb nuzhat al-muštāq,
ou kitāb rujar, terminé en 1154 (548 H.), « Récréation de celui qui désire parcourir les
pays » par Abū ‘Abd-Allāh Muḥammad al-Idrīsī, vers 1099–1165. Accompagnée de notes
explicatives et philologiques. Paris 1836–1840 (réimpr. Amsterdam 1970).
2
Kitāb al-išārāt ilā ma‘rifat az-ziyārāt ta’līf Abī l-Ḥasan ‘Alī ibn Abī Bakr al-Harawī
al-mutawaffā bi-Ḥalab 611 h. ‘uniyat bi-našrihī wa-taḥqīqihī Ǧānīn Sūrdīl-Ṭ ūmīn.
Dimašq 1953 / Abū ’l-Ḥasan ‘Alī b. Abī Bakr al-Harawī mort à Alep en 611/1215, Guide
des lieux de pèlerinage. Texte arabe établi par Janine Sourdel-Thomine. Damas 1953.
— Abū ’l-Ḥasan ‘Alī b. Abī Bakr al-Harawī, mort à Alep en 611/1215, Guide des lieux
de pèlerinage. Traduction annotée par Janine Sourdel-Thomine. Damaskus 1957.
3
Abū l-Makārim, dans : Clara ten H acken, The Description of Antioch in Abū alMakārimʼs History of the Churches and Monasteries of Egypt and Some Neighbouring
Countries, in : East and West in the Medieval Eastern Mediterranean, I : Antioch from
the Byzantine Reconquest until the End of the Crusader Principality. Acta of the Congress
Held at Hernen Castle in May 2003, ed. by K. Ciggaar and M. Metcalf. Leuven, Paris
und Dudley, MA. 2006, 185–216.
4
Jacut’s Geographisches Wörterbuch. Aus den Handschriften zu Berlin, St. Petersburg
und Paris hrsg. von F. Wüstenfeld, I–VI. Leipzig 1866–1873. — Mu‘ǧam al-buldān liš-šayḫ al-imām Šihāb ad-Dīn Abī ‘Abdallāh Yāqūt ibn ‘Abdallāh al-Ḥamawī ar-Rūmī
al-Baġdādī. I–V. Beyrouth 1977.
191
environ consiste en citations tirées de la lettre susmentionnée d’Ibn
Buṭlān. En outre, Yāqūt nous parle de :
– la conquête arabe, avec mention du Bāb Fāris et du Bāb al-Baḥr et aussi
d’un Bāb Muslim ainsi nommé d’après un certain Muslim ibn ‘Abdallāh,
tué par un jet de pierre lors des combats et ancêtre de ‘Abdallāh ibn Ḥabīb
ibn an-Nu‘mān ibn Muslim al-Anṭākī,
– l’implantation de colons militaires d’Antioche (ǧund Anṭākiya) au
littoral au sud de Séleucie pour une taxe d’un dīnār et d’un modios (mudy)
de blé (qamḥ) ou d’un faddān ou bien d’un ǧarīb par le calife umayyade
al-Walīd Ier (705–715). Suivent les mentions de :
– la reconquête byzantine, datée de façon erronée de 964/965,
– la conquête seldjoukide de 1084/1085 et la guerre subséquente entre le
seldjoukide de Rūm Sulaymān ibn Qutlumiš (1077–1085) et le ‘Uqaylide
Muslim ibn Qurayš d’Alep avec allusion aux luttes intra-seldjoukides
(conquête par Tāǧ ad-Dawla Tutuš 1086 et prise de possession par son
frère, le sultan Malik-Šāh, en 1087),
– la conquête franque de 1098 avec la mort du gouverneur Yaġīsiġān
(graphie plus fréquente: Yaġī Siyān, c’est-à-dire Turkic Yaġï Sïġan/Sïyan), après laquelle la ville « n’a cessé de rester dans les mains des Francs
jusqu’à ce jour ».
Les six pages de Yāqūt sont d’ailleurs loin d’être le record, comme
on verra tantôt. Il existe aussi un abrégé du texte de Yāqūt, rédigé vers
1291 ou 1300 par un certain Ṣaf ī ad-Dīn et intitulé Marāṣid al-iṭṭilā‘,
les « Observatoires de la connaissance1 ».
Quatre ans après Yāqūt mourut en 1233 l’historien important Ibn
al-Aṯīr (né en 1160) qui dans son al-Kāmil fī t-ta’rīḫ2 (le « Parfait en
matière de l’histoire ») fait souvent mention de l’Antioche seldjoukide et
1
Lexicon geographicum, cui titulus est Marâsid al-ittilâ’ ’ala asmâ’ al-amkina wa-l-biqâ’.
Ed. T. G. J. Juynboll. I–VI. Louvain 1852–1864. — Ṣafī ad-Dīn ‘Abd al-Ḥaqq al-Baġdādī,
Marāṣid al-iṭṭilā‘ ‘alā asmā’ al-amkina wa-l-biqā‘ (...), wa-huwa muḫtaṣar Mu‘ǧam albuldān li-Yāqūt. Ed. ‘Alī Muḥammad al-Biǧāwī. I–III. Le Caire (?) 1954–1955.
2
Ibn el-Athiri chronicon quod perfectissimum inscribitur. Ed. T.C. Tornberg. I–XIII.
Louvain 1851–1876. — Ibn al-Aṯīr, al-Kāmil f ī t-ta’rīḫ. I–XIII. Beyrouth 1965–1967.
— Extrait de la chronique intitulée Kamel-Altevarykh par Ibn-Alatyr [édité et traduit
par J. T. R einaud et C. F.Defrémery], dans : RHC, Hist. Or., I. Paris 1872, 187–744, et
Hist. Or. II, 1. Paris 1887, 3–180. — The Annals of the Saljuq Turks. Selections from
al-Kāmil f īʼ l-Ta’rīkh of ‘Izz al-Dīn Ibn al-Athīr translated and annotated by D. S. R ichards (Studies in the History of Iran and Turkey 2). Londres et New York 2002. — The
Chronicle of Ibn al-Athīr for the Crusading Period from al-Kāmil fī ’l-ta’rīkh. Translated
by D. S. R ichards. I–III. Aldershot et Burlington, Verm. 2006–2008.
192
franque, pour la période qui s’étend de 1084 jusqu’à l’attaque du fameux
sultan Saladin (1169/1171–1193) en 1186, y compris, une fois de plus, le
tremblement de terre de 1091.
Suivent quelques notices isolées dans les Vies de Saladin de Bahā’
ad-Dīn ibn Šaddād1, mort en 1234, et de ‘Imād ad-Dīn al-Iṣfahānī 2 ,
qui pourtant s’était déjà éteint en 1201.
Un historien de première importance est l’Alépin Kamāl ad-Dīn
ou bien (du nom de la famille) Ibn al-‘Adīm, décédé en 1262 en exil
en Égypte après avoir fui l’invasion mongole. C’est un auteur qui non
seulement était très proche des événements (Alep est en effet située
à moins d’une centaine de kilomètres à l’est d’Antioche), mais qui
de plus servit, comme politicien et diplomate, les sultans ayyūbides
d’Alep, surtout à partir de 1237. Il écrivit, entre autres, l’histoire de sa
ville natale intitulée Zubdat al-ḥalab min ta’rīḫ Ḥalab3 (avec mention
d’Antioche à partir de l’avènement de Sayf ad-Dawla en 944 incluant
le séisme du 29 novembre 1114) et la Buġyat aṭ-ṭalab fī ta’rīḫ Ḥalab4 ,
un dictionnaire biographique de plus de huit mille personnes [!] qui y
ont séjourné plus ou moins longtemps et dont le premier tome consiste
en un abrégé géographique consacrant un total de 25 pages à la ville
d’Antioche seule – texte que je n’ai pas encore traité, faute de temps,
mais qui est largement reproduit dans le chapitre correspondant de la
1
The Rare and Excellent History of Saladin or al-Nawādir al-Sulṭāniyya wa ’l-Maḥāsin
al-Yūsufiyya by Bahāʼ al-Dīn Ibn Shaddād. Translated by Donald S. R ichards. Aldershot
et Burlington 2002.
2
‘Imād ad-Dīn al-Iṣfahānī, Conquête de la Syrie et de la Palestine par Saladin (al-Fatḥ
al-qussî fî l-fatḥ al-qudsî). Traduction française par H. M assé (Documents relatifs à
l’histoire des Croisades 10). Paris 1972.
3
S. ad -Dahhān, Zubdat al-ḥalab min Ta’rīḫ Ḥalab ta’līf al-mawlā aṣ-ṣāḥib Kamāl adDīn Abī l-Qāsim ‘Umar ibn Aḥmad Hibat Allāh ibn al-‘Adīm / S. Dahan, Histoire
d’Alep par Kamāl ad-Dīn Ibn al-‘Adīm 588–660/1192–1262. I–III. Damas 1951, 1954 et
1968. — Historia Merdasidarum ex Halebensibus Cemaleddini Annalibus excerpta ab
I. I. Mueller. Bonn 1830. — Kamâl ad-Dîn, Extraits de l’histoire d’Alep = Auszüge aus
dem Werke Kamâl ad-dîns : « Die Sahne der Geschichte Halebs », übersetzt von Baron
S. de Sacy, dans : R. Röhricht, Beiträge zur Geschichte der Kreuzzüge, I : Die Kreuzfahrt
des Kaisers Friedrich II. 1228–1229 ; Die Kämpfe Saladins mit den Christen 1187–88 ;
Auszüge aus dem Werke Kamâl ad-dîns : « Die Sahne der Geschichte Halebs ». Berlin
1874 (réimpr. Aalen 1967), 209–338. — E. Blochet, L’histoire d’Alep de Kamal-ad-Dîn.
Version française d’après le texte arabe. Revue de l’Orient Latin 3 (1898) 509–565 ; 4
(1896) 145–225 ; 5 (1897) 37–107 et 6 (1898) 1–49.
4
S. Zakkār, Buġyat aṭ-ṭalab f ī ta’rīḫ Ḥalab, ḍaffahū Ibn al-‘Adīm aṣ-ṣāḥib Kamāl ad-Dīn
‘Umar ibn Aḥmad ibn Ǧarāda. I. Damas 1408 AH/1988.
193
description de la Syrie de ‘Izz ad-Dīn ibn Šaddād1 (à ne pas confondre
avec Bahā’ ad-Dīn ibn Šaddād, biographe de Saladin mentionné supra),
qui est mort en 1285 et qui donne presque une quarantaine de pages sur
la ville d’Antioche dans la traduction d’Anne-Marie Eddé-Terrasse, marquant ainsi un record dans la littérature géo-historique arabe et donnant
en même temps une sorte de bilan quelques années seulement après la
destruction presque totale de la ville (à l’exception de la muraille) par
le sultan mamlūk Baybars (1260–1277) en mai 1268.
Cette dévastation fait aussi l’objet de récits nombreux de la part des
historiens mamlūks comme Ibn ‘Abd aẓ-Ẓāhir2 dans sa Sīrat Baybars
(« Vie de Baybars ») avec
– l’insertion de la lettre de Baybars au prince Bohémond VI (1252–1275)
sur la conquête d’Antioche),
et comme le dernier prince ayyūbide de Ḥamā (à partir de 1310),
Abū l-Fidā’ (mort en 1331), historien 3 et géographe (Taqwīm al-buldān
« Inventaire des pays »)4 , le copte Mufaḍḍal ibn Abī l-Faḍā’il5 (mort
en 1358), Ibn al-Furāt 6 (mort en 1405), le chef de chancellerie alQalqašandī7 (décédé en 1418) avec son manuel de chancellerie Ṣubḥ
al-a‘šā (« L’éclat de l’aurore ») et enfin l’historien al-Maqrīzī 8 (mort en
1
‘Izz al-Dīn ibn Šaddād, Description de la Syrie du Nord. Traduction annotée de Al-A‘lāq
al-Ḫaṭīra f ī ḏikr umarāʼ al-Šām wa l-Ǧazīra par A.-M. Eddé-Terrasse. Damas 1984.
2
Die Kreuzzüge aus arabischer Sicht. Aus
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den arabischen Quellen ausgewählt und übersetzt von Fr. Gabrieli. Zürich 1973/München 1975, 368–373 (dont la lettre 370–373).
3
Résumé de l’histoire des Croisades, tiré des Annales d’Abou’l-Fedâ. Extraits et traduction
de William McGuckin De Slane, dans : RHC, Hist. Or. I. Paris 1872, 1–165.
4
J.-T. R einaud, Géographie d’Aboulféda. Allgemeine Einleitung und französische Übersetzung des Taqwīm al-buldān von Abū ’l-Fidāʼ (gest. 732 H./1331 n. Chr.). Nachdruck
der Ausgabe Paris 1848 und 1883, Band II,1 und 2 (Übersetzung von St. Guyard) hrsg.
von Fuat Sezgin (Veröffentlichungen des Institutes für Geschichte der Arabisch-Islamischen Wissenschaften, Reihe B : Nachdrucke, Abteilung Geographie 1.2). Frankfurt
a. M. 1985.
5
Moufazzal ibn Abil-Fazaïl, Histoire des Sultans Mamlouks. Texte arabe publié et traduit
en Français par E. Blochet. I (PO 12.3). Turnhout 1973.
6
Ayyubids, Mamlukes and Crusaders. Selections from the Tārikh al-Duwal wal-Mulūk
of in two volumes. Text and Translation by U. and M. C. Lyons. Historical Introduction
and Notes by J. S. C. R iley-Smith. Cambridge 1971.
7
Abū l-‘Abbās Aḥmad al-Qalqašandī, Ṣubḥ al-A‘šā. I–XIV. Le Caire 1913–1919.
8
Itti‘āẓ al-ḥunafā’ bi-aḫbār al-a’imma al-Fāṭimīyīn al-ḫulafā’ taḥqīq (…) Ǧamāl ad-Dīn
aš-Šayyāl. Le Caire 1387 h./1967 m. — Itti‘āẓ al-ḥunafā’ bi-aḫbār al-a’imma al-Fāṭimīyīn
al-ḫulafā’ taḥqīq (…) Muḥammad Ḥilmī Muḥammad A ḥmad. Kairo 1390 h./1971 m.–
194
1442) avec son histoire des califes fāṭimides (Itti‘āẓ al-ḥunafā’ bi-aḫbār
al-a’imma al-Fāṭimīyīn al-ḫulafā’ « Instruction des orthodoxes sur les
nouvelles des imām-califes fāṭimides » ) et celle des sultans mamlūks
(as-Sulūk li-ma‘rifat duwal al-mulūk « Guide à la connaissance des états
des rois »). Comme il y a un asssez grand nombre d’historiens mamlūks,
on pourrait facilement élargir cette liste d’auteurs des xiiie au xve siècle.
Après 1268, les géographes tardifs comme Abū l-Fidā’, ad-Dimašqī1
(vers l’an 1300) et Ibn Baṭṭūṭa2 (qui voyagea pendant de longues décennies entre 1325 et 1353) ne font que répéter les indications de leurs
prédécesseurs sur une ville déjà ruinée depuis longtemps. Cependant,
le dernier auteur nous permet de conclure que la ville était alors en train
de se remettre de sa catastrophe. Au reste, il est curieux qu’Ibn Baṭṭūṭa
parle de la destruction de l’enceinte par Baybars, car une grande partie
de la muraille existait encore au xixe siècle.
Dans la description d’Alep de Sibṭ ibn al-‘Aǧamī (mort en 1479/1480)
se trouve la mention d’un bain (ḥammām) à Antioche, dont les bénéfices
en 1371/1372 furent fixés comme fondation pieuse (waqf ) pour la alḪānqāh as-Saḥlūlīya (une ḫānqāh, c’est-à-dire un monastère pour les
soufis) à Alep3.
Enfin il faut au moins faire mention ici du texte nommé, d’après son
éditeur, l’Anonymus Guidi, (la Descrizione araba du codex Vaticanus
arabicus 286)4 , d’une date inconnue, qui prétend donner une description
1393 h./1973 m. — Histoire des Sultans Mamlouks de l’Égypte, écrite en Arabe par
Taki-eddin-Ahmed-Makrizi, traduite en français, et accompagnée de notes philologiques,
historiques, géographiques, par M. Quatremère, I–II.2. Paris 1837–1845.
1
Ed-Dimichqui : Nukhbat ad dahr fî ’adschâ’ib al barr wal bahr. Cosmographie. Publ. par
A. Mehren / Kitāb Nuḫbat ad-dahr f ī ‘aǧā’ib al-barr wa-l-baḥr, ta’līf (…) Šams ad-Dīn
Abī ‘Abdallāh Muḥammad [ibn] Abī Ṭālib al-Anṣārī aṣ-Ṣūf ī ad-Dimašqī (…) (Collectio
Editionum Rariorum Orientalium noviter impressarum 2). Leipzig 1923. — Manuel de
la cosmographie du moyen âge. Traduit de l’arabe « Nokhbet ed-dahr fi ‘adjaib-il-birr
wal-bah’r » de Shems ed-Dîn Abou-‘Abdallah Moh’ammed de Damas, et accompagné
d’éclaircissements par (…) A. Mehren. S.a. 1874 (réimpr. Amsterdam 1964).
2
The Travels of Ibn Baṭṭūṭa, A.D. 1325–1354. Translated with revisions and notes from the
Arabic text edited by C. Defrémery and B. R. Sanguinetti by H. A. R. Gibb, I. Cambridge
1958.
3
J. Sauvaget, « Les trésors d’or » de Sibṭ ibn al-‘Ajami. Matériaux pour servir à l’histoire
de la ville d’Alep, II. Beirut 1950.
4
Ignazio Guidi, Una descrizione araba di Antiochia, dans : Rendiconti della Reale Accademia Nazionale dei Lincei, Classe di scienze morali, storice e filologice, Serie V, Vol.
6 (Rome 1897) 137–161.
195
d’Antioche, mais dont l’auteur en réalité semble n’y avoir jamais été et
dont la valeur comme source est évidemment infime.
Après cette énumération relativement étendue des sources en langues
syriaque et arabe, il sera suffisant de dire seulement quelques mots sur
les sources dans d’autres langues.
3. Sources arméniennes
Outre une seule notice chez Step‘annos de Tarōn1, surnommé Asołik
(le « chanteur »), un auteur du xe siècle, qui parle du sacre d’un évêque
arménien d’Antioche quelque temps après 972, c’est surtout l’histoire
du moine édessénien Matthieu, en arménien Matt‘ēos Uṙhayec‘i (Matthieu d’Édesse2), qui s’étend jusqu’à l’an 1136/1137 et qui nous fournit
d’importants renseignements sur l’Antioche du xie siècle :
– persécutions réitérées des Syriens jacobites par les Melkites au cours
de la quarantaine d’années entre 1036 et 1076,
– séisme en 1052/1053, dont la date est peut-être erronée, et qu’il faut
possiblement lier avec l’incendie détruisant la cathédrale relaté par la même
source pour la même année, mais ailleurs daté de 1057,
– meurtre du dux Vasak Pahlawuni en 1078/1079 (invective contre les
habitants d’Antioche et leur dépravation prétendue),
– tremblement de terre de 1091,
– conquête franque de 1098.
L’œuvre de Matthieu fut continuée par le prêtre Grigor (en armén.
Grigoris erēc‘) jusqu’à l’an 1162/1163, incluant donc le séjour de l’empereur Manuèl Ier Comnène (1143–1180) à Antioche en 1159.
1
Tiezerakan Patmut‘iwn Step‘annos Vardapeti Tarōnec‘woy. Ed. K. V. Šahnazareanc‘.
Paris 1859. — Step‘anosi Tarōnec‘woy Asołkan Patmut‘iwn Tiezerakan. Ed. St. M alxaseanc‘ [M alxasyanc‘]. St. Pétersbourg 21885. — Des Stephanos von Taron Armenische
Geschichte. Aus dem Altarmenischen übersetzt von H. Gelzer und Aug. Burckhardt
(Scriptores sacri et profani 4). Leipzig 1907. — Histoire universelle par Étienne Asołik
de Tarôn, traduite de l’arménien et annotée par F. M acler, deuxième partie, livre III
(888–1004). Paris 1917.
2
[E. Dulaurier :] Chronique de Matthieu d’Édesse (962–1136) avec la continuation de
Grégoire le Prêtre jusqu’en 1162. D’après trois manuscrits de la Bibliothèque impériale
de Paris. Paris 1858. — Matt‘ēos Uṙhayec‘i, Žamanakagrut‘iwn. Vałaršapat 1898. —
Armenia and the Crusaders. Tenth to Twelfth Centuries. The Chronicle of Matthew of
Edessa. Translated from the Original Armenian with a Commentary and Introduction
by Ara Edmond Dostourian. Lanham, N.Y. et Londres 1993.
196
Ce même événement est relaté aussi par Smbat Sparapet1,
le connétable (armén. sparapet) du royaume de la Petite Arménie en
Cilicie, mort en 1275. Suivent :
– le séisme catastrophique de 1170,
– la famine de 1192,
– les événements du xiiie siècle jusqu’à la destruction de la ville en 1268.
Cette dévastation est également évoquée, dans la tradition arménienne,
par le roi Het‘um II2 surnommé Patmič (le « Narrateur, Raconteur,
Historien »), qui régna de 1289 à 1301 et qui fut assassiné en 1307.
4. Sources iraniennes/persanes
Outre l’inscription trilingue (grec–pehlevi–parthe) du roi sāsānide
Šāpūr Ier avec le récit de son invasion en Syrie et sa première conquête,
entre autres, de la ville d’Antioche en 253, inscription qui donne
une forme parthe, c’est-à-dire en iranien moyen, du nom de la ville
(ʼNDYWK), ce sont deux textes persans médiévaux qu’il faut nommer
ici : les Ḥodud al-‘ālam (en arabe « persanisé », ou en arabe « pur »
Ḥudūd al-‘ālam « Les confins du monde »)3, une géographie datant de
l’année 982/983, et le récit de l’ismā‘īlite Nāṣer-e Xosrow4 (en arabe:
Nāṣir Ḫusraw) de son voyage dans le Proche-Orient arabe de l’an 1047
1
Le connétable Sĕmpad, dans : Recueil des Historiens des Croisades, publié par les soins
de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Documents Arméniens, I. Paris 1869,
605–680. — Smbatay Sparapeti Taregirk‘. Ed. S. Agəlean. Venise 1956. — Smbat sparapet, Letopis’. Perevod s drevnearmjanskogo, predislovie i primecanija A. G. Galstjana.
Eriwan 1974. — La chronique attribuée au connétable Smbat. Introduction, traduction
et notes par G. Dédéyan (Documents relatifs à l’histoire des Croisades 13). Paris 1980.
2
Héthoum l’historien, Comte de Gor’igos (Haythonus Monachus), dans : RHC, Doc. Arm. I,
471–490. — Cf. Hayton, La Flor des estoires de la Terre d’Orient/Flos Historiarum terrae
Orientis, dans : RHC, Doc. Arm. II : Documents latins et français relatifs à l’Arménie.
Paris 1906, XXIII–CXLII (introduction), 113–253 (texte en vieux français) et 255–363
(traduction latine).
3
Ḥudūd al-‘ālam min al-mashriq ila al-maghrib. Compiled in 982–3 A.D. = 372 A.H.
Edited by Manoochehr Sotoodeh [Manučehr Sotude]. Teheran 1962. — Ḥudūd al-‘Ālam,
« The Regions of the World ». A Persian Geography 372 A.H.–982 A.D. Translated
and Explained by V. Minorsky with the Preface by V. V. Barthold (…) (E. J. W. Gibb
Memorial Series, N.S. 11). Oxford 1937 et 21970 (réimpr. Cambridge 1982).
4
Sefer Nameh. Relation du voyage de Nassiri Khosrau en Syrie, en Palestine, en Égypte,
en Arabie et en Perse, pendant les années de l’Hégire 437–444 (1035–1042) [sic! recte
1045–1052]. Publié, traduit et annoté par Charles Schefer. Paris 1881. — Naser-e-Khosrou, Safarname. Ein Reisebericht aus dem Orient des 11. Jahrhunderts. Hrsg., bearbeitet
197
(Safar-nāme « Livre du voyage »), mais qui ne parle d’Antioche qu’en
passant.
5. Sources éthiopiennes
Une seule source ne nous est parvenue qu’en langue éthiopienne classique (Gə‘əz), mais déjà d’une forme tardive (datant de l’an 1602!), à
savoir la chronique de Jean, évêque copte de Nikiu en Égypte (en Gə‘əz:
Yoḥannəs Mədabbər1), datant de la fin du VIIe siècle et remontant à
un original grec et peut-être partiellement copte via une version arabe.
Parmi les sources principales du texte de Jean de Nikiu se rangent le
Chronicon Paschale, lʼœuvre perdue de Jean dʼAntioche et surtout Jean
Malalas. Ainsi Jean de Nikiu nous parle de :
– l’émeute de 386/387,
– le meurtre de l’archevêque Stephanos en 479,
– l’usurpation de Leontios en 484,
– les luttes entre les factions du cirque de 507,
– l’avènement de Sévère en 512 et sa fuite en 518,
– l’incendie de 525 et le grand tremblement de terre de 526,
– le séisme de 588,
– les nouveaux combats prenant une forme de guerre civile de l’année
608.
6. Sources géorgiennes
Il y a au moins deux sources à nommer ici, à savoir : la version géorgienne du récit du moine Antiochus Strategius, dont il y a aussi des
und aus dem Persischen übersetzt von Seyfeddin Najmabadi und Siegfried Weber.
München 1993.
1
Chronique de Jean, évêque de Nikiou. Texte éthiopien publié et traduit par H. Zotenberg (Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque Nationale). Paris 1884.
— R. H. Charles, The Chronicle of John (c. 690 A.D.), Coptic Bishop of Nikiu, Being
a History of Egypt Before and During the Arab Conquest. Translated from Hermann
Zotenberg’s Edition of the Ethiopic Version with an Introduction, Critical and Linguistic
Notes, and an Index of Names (Text and Translation Society 3). Londres 1916 (réimpr.
Amsterdam s.a.).
198
versions arabes1, sur la conquête sāsānide au temps de Chusro II de
610 ou 611 et la Vie de S. George de la Montagne Noire2 (Geōrgios
Hagioreitēs, en géorgien Giorgi Mtac’mideli) qui outre le séjour de la
reine géorgienne Mariam en 1056/1057 parle de l’incendie de la même
année 1057, qui détruisit entre autres la cathédrale d’Antioche et que
Matthieu d’Édesse date de 1052/1053.
Ici s’arrête mon petit catalogue provisoire des sources médiévales
orientales pour l’histoire d’Antioche. Il va de soi que ni la liste elle-même
ni la bibliographie fournie dans les notes ne peuvent être exhaustives.
Appendice I. Exemple d’une source médiévale arabe: extraits de Ibn
Buṭlān (mort en 1066) tirés de Yāqūt (mort en 1229) chez Le Strange,
Palestine 370–373, avec orthographe et transcription adaptées aux
standards internationaux modernes :
Anṭākiya is an immense city. It possesses a wall and an outer wall
( faṣīl). The wall has 360 towers, and these are patrolled in turn by 4.000
guards, who are sent to Anṭākiya every year, from the presence of the
king in Constantinople, as warrant for the safe-keeping of the city, and
in the second year they are changed. The plan of the city is that of a semicircle; its diameter lying along the mountain, and the city wall climbs
up over the mountain to its very summit; and further, the wall completes
the semicircle (in the plain below). On the summit of the mountain, but
within the wall, is a castle (qal‘a), which appears quite small from the
city below, on account of its distance up; and this mountain shades the
city [371] from the sun which only begins to shine over the town about
the second hour of the day. In the wall surrounding (the city) and in the
part not on the mountain, are five gates.
In the centre of the city is the church of al-Qusyān. It was originally
the palace of Qusyān, the king, whose son Fuṭrus (i.e. Petros), chief of
the disciples, raised to life. It consists of a chapel (haykal), the length
of which is 100 paces, and the breadth of it 80, and over it is a church
1
La prise de Jérusalem par les Perses en 614. Édité/Traduit par G. Garitte (CSCO 202–203
= Scriptores Iberici 11–12). Louvain 1960. — Expugnationis Hierosolymae A.D. 614
recensiones Arabicae I : A et B. Editae/Translatae a G. Garitte (CSCO 340–341 =
Scriptores Arabici 26–27). Louvain 1973. — Expugnationis Hierosolymae A.D. 614
recensiones Arabicae II : C et V. Editae/Translatae a G. Garitte (CSCO 347–348 =
Scriptores Arabici 28–29). Louvain 1974.
2
Vie de S. Georges l’Hagiorite, dans : P. Peeters, Histoires monastiques géorgiennes.
Analecta Bollandiana 36–37 (1917–1919) 69–159.
199
(kanīsa), supported on columns, in which the judges take their seat to
give judgment, also those sit here who teach Grammar and Logic. At one
of the gates of this church is a Clepsydra ( finǧān), showing the hours.
It works day and night continuously, twelve hours at a round, and it is
one of the wonders of the world.
In the upper portion (of the city) are five terraces, and on the fifth of
these are the baths, and gardens, where beautiful points of view are obtained. You may hear in this spot the murmuring of waters, and the cause
thereof is that the waters run down near this place from the mountain
which overhangs the city. There are in Anṭākiya more churches than
can be counted; every one of them ornamented with gold and silver, and
coloured glass, and they are paved in squares. In the town is a bīmāristān
(or hospital), where the patriarch himself tends the sick; and every year
he causes the lepers to enter the bath, and he washes their hair with his
own hands. Likewise the king also does this service every year to the
poor. The greatest of the lords and patricians vie in obtaining of him
permission to wash these poor people, after the like fashion, and serve
them. In this city there are hot baths, such as you can find the equal
nowhere else in any other town for luxury and excellence; for they are
heated with myrtle wood, and the water flows in torrents, and with no
scant. [372] In the church of al-Qusyān are innumerable servants who
all receive their daily rations, and there is an office (dīwān) for the
expenditure and receipts of the church, in which office are some ten or
more accountants.
Some year and a part ago a thunderbolt struck this church, and the
manner of its doing so was most extraordinary. Now at the close of the
year 441 of the Hiǧra (may 25, 1050), the winter rains had been heavy,
and some part of the days of the month Nīsān (april) were already past,
when, on the night whose morrow was Saturday, the 13th of Nīsān, there
came a thunder and lightning such as had never been known at the time,
nor remembered, nor heard of in the past. The claps of thunder were oft
repeated, and so terrible as to cause the people to cry out in fear. Then
on a sudden, a thunderbolt fell and struck a mother-of-pearl screen which
stood before the altar in the church of al-Qusyān, and it split off from
the face of this (screen) of the Christians a piece like what might be
struck off by an iron pickaxe with which stone is hewn. The iron cross,
too, which was set on the summit of this mother-of-pearl (screen), was
thrown down (by the thunderbolt), and remained on the place where it
200
fell; and a small piece also was cut off from the mother-of-pearl. And
the thunderbolt descended through the crevice in the mother-of-pearl,
and travelled down to the altar along a massive silver chain, by which
is suspended the censer; now the size of this crevice was of two fingerbreadths. A great piece of the chain was broken off, and part of it was
melted, and what was melted of it was found dropped down on the ground
below. A silver crown which hung before the table of the altar was also
thrown down. Beyond the table (of the altar), and to the west of it, stood
three wooden stools, square and high, on which were usually set three
large crosses of silver gilt, studded with precious stones. But the night
before they had removed two of the crosses, those on either side, taking
them up [373] to the church treasury, and leaving only the middle cross
in its usual place. Now the two stools on either side were smashed (by
the thunderbolt), and the pieces sent flying over and beyond the altar,
though here there was seen no mark of fire, as had appeared in the case
of the chain, but the stool in the middle remained untouched, nor did
anything happen to the cross that was set thereon.
Upon each of the four marble columns which supported the silver
dome covering the table of the altar was cloth of brocade wrapping
round the column. Each one of these suffered a greater or less stroke
(from the thunderbolt); but the stroke fell in each case on a place (in
the cloth) where it had been already worm-eaten and worn to shreds;
but there was no appearance as though flame had scorched it, nor as
though it had been burnt. The table (of the altar) was not touched, nor
was any damage done to the altar-cloths upon it; at least, no sign of any
such damage was to be seen. Some of the marble (slabs) which were
in front (on the pavement below) the table of the altar were struck as
though by the blow of a pickaxe, and the mortar and lime setting thereof
(was cracked). Among the rest was a large slab of marble, which was
torn from its bed and fractured, and thrown up on to the square top of
the silver dome covering the table of the altar; and here it rested, the
remaining pieces of the marble being torn from their bed, and scattered
far and near. In the neighbourhood of the altar was a wooden pulley,
in which was a hemp-rope – quite close to the silver chain which had
been broken, and a part of it melted – and (to this rope was) attached a
large silver tray, on which stood the bowls for the glass lamps. This tray
remained untouched – none of the lamps were overturned, nor aught
else thereon; neither did any damage happen to a candle that stood near
201
the two wooden stools (as already mentioned). The greater part of these
wondrous occurrences were witnessed by many who were in Anṭākiya.
203
Antioch in Byzantine Sources
of the 8th-13th Centuries
Klaus-Peter TODT
Université de Mayence1
1. Chroniclers, Historians and Men of letters
Theophanēs (ca. 760 817)
Theophanēs served Emperor Leōn IV (775-780) as a stratōr. Then he became a monk in the monastery of Megas Agros on the Mountain Sigrianē2.
His Chronographia gives an overview of the period 284 813.
Edition: Theophanis Chronographia. Rec. C. de Boor, Vol. I textum
Graecum continens. Leipzig 1883; Engl. Translation: The Chronicle of
Theophanes Confessor. Byzantine and Near Eastern History AD 284
813. Translated with Introduction and Commentary by C. Mango and
R. Scott with the assistance of G. Greatrex. Oxford 1997.
Informations about Antioch in the period from the 7th to the 9th Centuries (Edition De Boor):
Theophanēs mentions the crushing defeat of the Byzantines against the
Persians under the walls of Antioch in May/June 610 (p. 299), the Arab
conquest of Antioch in 638 (p. 340), the appointment of Stephanos as
first Greek Orthodox Melkite patriarch of Antioch by the Umayyad caliph
Hišām in 742 (p. 416), the appointments of his successors Theophylaktos
and Theodōros in 743/744 and in 750/751 (p. 421 and 427), the preservation
of the walls of Antioch by order of the last Umayyad caliph Marwān II
(744/745-750) (p. 426), the participation of the Muslims of Antioch and
the Slavs, settled in Antioch (descendants of Slavs, deserted in 692 in the
1
Privat-Dozent Dr. Klaus-Peter Todt, Erich-Ollenhauer-Strasse 32A, D-65187 Wiesbaden,
e-mail: todtk@uni-mainz.de
2
A. Kazhdan, Art. Theophanes the Confessor. Oxford Dictionary of Byzantium (ODB)
III (1991) 2063-2064.
204
battle of Sebastopolis), in the rebellion of the Syrian ʻAbbāsid ʻAbdallāh
ibn ʻAlī against the caliph al-Manṣūr (754-775) in 754/755 (p. 428).
Theophanes Continuatus (Scriptores post Theophanem)
A collection of biographies of the Emperors ruling between 813 and
961 in six books, written by order of the Emperor Constantine VII
Porphyrogennetos (Chronographia syngrapheisa ek prostagmatos
Kōnstantinu, tu philochristu kai porphyrogennētu basileōs1).
Edition: Theophanes Continuatus, Ioannes Cameniata, Symeon
Magister, Georgius Monachus. Ex recognitione I. Bekkeris (CSHB).
Bonn 1838, 3-481; German Translation of Book V: Vom Bauernhof auf
den Kaiserthron. Leben des Kaisers Basileios’I, des Begründers der
Makedonischen Dynastie, beschrieben von seinem Enkel, dem Kaiser
Konstantinos VII. Porphyrogennetos. Übersetzt, eingeleitet und erklärt
von L. Breyer (Byzantinische Geschichtsschreiber 14). Graz, Wien und
Köln 1981.
Informations about Antioch in the Scriptores post Theophanem (Edition Bekker):
Antioch is mentioned only once. In 821 patriarch Hiob of Antioch (before
799- ca. 840) was ordered by the ʻAbbāsid caliph al-Maʼmūn (813 833)
to crown emperor in Antioch the ally of the caliph, the Byzantine usurper
Thomas the Slav (p. 55).
Theodōros Daphnopatēs
Theodōros Daphnopatēs served the Emperors Rōmanos I Lakapēnos
(920-944), Constantine VII Porphyrogennētos (945-959) and Rōmanos
II (959-963) as a prōtasekretis (Secretary of the Emperor) and prefect
of Constantinople (eparchos tēs poleōs). He composed letters, homilies
and hagiographical works; possibly he wrote book VI of the Theophanes
Continuatus2.
He mentions Antioch in his Memorial about the transfer of the venerable hand of the holy and famous prophet, Precursor and Baptist
John (Hypomnēma eis tēn ex Antiocheias anakomidēn tēs sebasmias
kai timias cheirós tu hagiu endoxu prophētu, prodromu kai baptistu
1
A. Kazhdan, Art. Theophanes Continuatus. ODB III (1991) 2061-2062.
2
A. Kazhdan, Art. Daphnopates, Theodore. ODB I (1991) 588.
205
Iōannu). The hypomnēma of Theodōros Daphnophates was delivered
on January 7th,957.
Edition: Theodōru tu Daphnopatu logoi dyo/Dve reči Theodora Dafnopata izdannyja sʼ vvedeniemʼ o žiznii i literaturnoj dejatelʼnosti auvtora
i sʼ russkimʼ perevodomʼ V.V. Latyševymʼ (Pravoslavnyj Palestinskij
Sbornik 59). St. Petersburg 1910, 15-38 (Greek text) and 57-76 (Russian
translation).
Informations about Antioch:
Luke the Evangelist, himself a Antiochian, brought the hand of John the
Baptist to his home-city from Sebastē in Palestine (Chap. 8). Later the
relic was kept in the entrance hall (en tois proauliois) of the cathedral of
Antioch. In a dark night Hiōb, a deacon in the clergy of the cathedral, took
the hand of the Baptist away and smuggled the relique to Chalkēdōn. On
January 6th 956 by order of the Emperor Cōnstantine VII Porphyrogennētos
(912-959) the patriarch Theophylaktos (933-956), his clergy and the Imperial senate transfered the relique on board of the Imperal Galley to the
Imperial Palace of Constantinople (Chap. 9-18).
Leōn Diakonos (ca. 950-ca. 992/994)
Ca. 986 Leōn, a deacon in the clergy of the Imperial Palace of Constantinople, composed a history about the reigns of Emperors Rōmanos
II (959-963), Nikēphoros II Phōkas (963-969) and John I Tzimiskēs
(969-976)1.
Title of his History: Leontos diakonu Historia archomenē apo tēs
teleutēs tu autokratoros Kōnstantinu mechri tēs teleutēs Iōannu tu
autokratoros, tu epilegomenu Tzimiskē.
Edition: Leonis Diaconi Caloënsis Historiae Libri decem et liber de
velitatione bellica Nicephori Augusti e recensione C. B. Hasii (CSHB).
Bonn 1828; German translation: Nikephoros Phokas »Der bleiche Tod
der Sarazenen« und Johannes Tzimiskes. Die Zeit von 959 bis 976 in der
Darstellung des Leon Diakonos. Übersetzt von F. Loretto (Byzantinische
Geschichtsschreiber 10). Graz, Wien und Köln 1961; English translation:
The History of Leo the Deacon: Byzantine military expansion in the
tenth century. Introduction, translation, and annotation by Alice-Mary
Talbot. Washington, D.C. 2005.
1
A. Kazhdan, Art. Leo the Deacon. ODB II (1991) 1217.
206
Informations about Antioch (Edition Hase):
Already in 966 and 968 Emperor Nikēphoros II Phōkas had tried to force
the Muslims of Antioch to capitulate by starvation (p. 70). In December 968
he stationed a force of 500 cavalrymen and 1.000 foot soldiers, commanded
by Michael Burtzēs, in the neighbourhood of Antioch to cut all lines of
support (p. 72-74). In the night of October 28th to October 29th 969 the
soldiers of the stratēgos Michaēl Burtzēs conquered parts of the city-wall
of Antioch by a suprise attack, but met strong resistance by the Muslim
Antiochenes. Only with the support of the soldiers of the stratopedarchēs
Petros the city was conquered (p. 81 83).
After his assumption of power Emperor John I Tzimiskēs appointed
the monk Theodōros of Kolōneia Greek orthodox patriarch of Antioch in
agreement with patriarch Polyeuktos of Constantinople (956-970). The
patriarcal throne of Antioch was vacant, because in 967 the Muslims had
killed patriarch Christophoros (p. 100-101).
Then the Emperor sent the patrikios and stratēgos Nikolaos with an army
to free Antioch from a siege by Muslim forces (p. 103).
Nikēphoros Uranos and Philētos Synadēnos
Nikēphoros Uranos served Emperor Basil II (976-1025) as a diplomat
and general. In the end of December 999 Basil II promoted Nikēphoros
Uranos dux of Antioch. In the years 1005-1007 Nikēphoros Uranos
crushed the rebellion of the darvish al-Aṣfar, mentioned in the correspondance between the dux and the judge (kritēs) of Tarsos, Philētos
Synadēnos1.
During his term of office in Antioch (999-ca. 1007) Nikēphoros Uranos wrote his letters Nr. 19 and 41 to the epi tēs sakellēs Leōn and the
bestēs Manuēl; he composed a metaphrasis of the 6th Century Life of
St Symeon the Younger, the famous stylite, once living on the summit
of the Mons Admirabilis, west of Antioch (Bios kai politeia tu hosiu
patros hēmōn Symeōn, syngraphenta para Nikēphoru tu magistru
Antiocheias tu Uranu).
Editions: Letters to the anthypatos, patrikios and epi tēs sakellēs Leōn
und an den bestēs Manuēl, in: Épistoliers byzantins du Xe siècle. Édités
par J. Darrouzès (Archives de l’Orient Chrétien 6). Paris 1960, 226 Nr.
19 und 240-241 Nr. 41; the correspondence with Philētos Synadēnos,
in: Épistoliers 254-259 Nr. 8-13; Metaphrasis of the Vita Symeonis sty1
J. Darrouzès, Introduction, in: Épistoliers byzantins du xe siècle (Archives de l’Orient Chrétien 6). Paris
(1960), 44-49.
207
litae iunioris (6th century): Sancti Symeonis iunioris vita conscripta a
Nicephoro, magistro Antiochiae, Coelum dicto, in: Patrologia Graeca
86.2, 2987-3216 (Commentarius praevius of Conradus Janningh S.J.
2965-2986).
Michael Psellos
Michael (baptismal name Constantine) Psellos, born in 1018 in
Constantinople, was one of the most important intellectuals and writers
of Byzantium. During the reign of Emperor Constantine IX Monomachos (1042-1055) he started a great carreer as orator and philosopher.
He was politically influential during the reigns of the Emperors Isaac I
Komnēnos (1057-1059), Constantine X Dukas (1059-1067) and Michael
VII (1071-1078)1.
Psellos wrote a lot of letters to dukes of Antioch, for example to
Rōmanos Sklēros, Katakalōn Kekaumenos and the eunuch Nikēphoros/
Nikēphoritzes, furthermore 13 letters to a patriarch of Antioch (probably
Aimilianos, ca. 1060-1078/1079).
Editions of the letters of Constantine/Michael Psellos: 1) 13 letters to
a patriarch of Antiocheia: K. Sathas, Mesaiōnikē Bibliothēkē, V. Athens
1972 (Reprint of the edition Paris 1876), 275 Nr. 42, 292-294 Nr. 61 und
461-462 Nr. 181; Michaelis Pselli scripta minora II, ed. E. Kurtz und
F. Drexl. Milan 1941, 116-117 Nr. 88, 156-158 Nr. 134, 158-161 Nr. 135,
164-166 Nr. 138 und 166-167 Nr. 139; P. Gautier, Quelques lettres de
Psellos inédites ou déjà éditées. Revue des études byzantines 44 (1986)
111-197, especially p. 150-158 Nr. 14-16 und 170-173 Nr. 22 und 23.
2) Two letters to a dux of Antioch: Michaelis Pselli scripta minora II,
ed. E. Kurtz und F. Drexl. Milan 1941, 70-73 Nr. 43 und 94-95 Nr. 62.
3) Letters to former dukes of Antioch: K. Sathas, Mesaiōnikē
Bibliothēkē, V. Athens 1972 (Reprint of the edition Paris 1876), 344346 Nr. 103 (to Nikēphoritzēs); Michaelis Pselli scripta minora II, ed.
E. Kurtz und F. Drexl. Milan 1941, 9 Nr. 8 (to Nikēphoritzēs), 101-102
Nr. 68 (to Rōmanos Sklēros), furthermore 43-46 Nr. 30, 91-92 Nr. 59,
168-169 Nr. 141 (to Katakalōn Kekaumenos).
4) Letter to Andronikos Dukas on occasion of his victory over
Rōmanos IV. Diogenēs and the dux Antiocheias Chataturios: K. Sathas,
Mesaiōnikē Bibliothēkē, V. Athen 1972 (Reprint der Ausgabe Paris
1876), 392-394 Nr. 145.
1
A. Kazhdan, Art. Psellos, Michael. ODB III (1991) 1754-1755.
208
Sometimes Psellos mentioned Antioch in his basilikoi logoi, where he
informs us, that Emperor Constantine IX Monomachos (1043-1055) was
born in Antioch (Oratio panegyrica 6 ad imperatorem Constantinum
Monomachum).
Edition: Michaelis Pselli Orationes panegyricae, ed. G. T. Dennis.
Stuttgart and Leipzig 1994, darin 90 (Or. Panegy. 6).
Three times Antioch is mentioned in his autobiographical history
Chronographia (Imperial history from Basil II to Michael VII, 976-after
1072):
Edition: Michele Psello, Imperatori di Bisanzio (cronografia). Testo
critico a cura di S. Impellizzeri, commento di U. Criscuolo, traduzione di
S. Ronchey, I-II. Mailand 1984; English translation: Fourteen Byzantine
Rulers. The Chronographia of Michael Psellus. Translated, with an Introduction, by E. R. A. Sewter. Harmondsworth 1966 (Penguin Classics).
Vol. I of Edition Impellizzeri, p. 78 87 (III, 7-11): The magnificent entry
of Rōmanos III. Argyros (1028-1034) in Antioch and his unlucky campaign
against Aleppo (1030).
Vol. II of Edition Impellizzeri, p. 180-185 (VII, 3-6), especially 180-181
(VII, 3): The rebellion of the generals of Asia Minor against Emperor
Michael VI. Bringas (1056-1057), headed by Isaak Komnēnos and
Katakalōn Kekaumenos (1057), a former dux Antiocheias. This rebellion
was provoked by the unjustified deposition of Katakalōn Kekaumenos as
dux Antiocheias.
Vol. II, p. 350-361 (VII, b 34-41): Report on the civil war between
Rōmanos IV Diogenēs (1068-1071/1072) and Michael VII Dukas (10711078) after the battle of Mantzikert. During this civil war Rōmanos IV.
was supported by the dux Antiocheias Chataturios, an Armenian. After
the defeat of Chataturiosʼ forces Antioch was defenceless and became a
victim of the attacks of the Turks and the Arabs. Psellos characterizes the
Doukaton of Antiocheia as one of the most important military governments
of the Empire (archē tōn megistōn).
209
John (Iōannēs) Skylitzēs
Nearly nothing is known on his biography. Seibt identified him with
John Thrakēsios, who was kuropalatēs and drungarios tēs biglēs in
10921. He composed the Synopsis historiōn, a Chronicle of Byzantium
in the years 813-1057.
The most famous manuscript of the Synopsis historiōn is the so-called
Scylitzes Matritensis with 574 miniatures in the Library of the Escorial
near Madrid.
Edition: Ioannis Scylitzae Synopsis Historiarum. Editio princeps. Rec.
I. Thurn (Corpus Fontium Historiae Byzantinae 5). Berlin und New York
1973; German (partial) translation: Byzanz wieder ein Weltreich. Das
Zeitalter der makedonischen Dynastie, Teil 1: Ende des Bilderstreites
und Makedonische Renaissance (Anfang 9. bis Mitte 10. Jahrhundert).
Nach dem Geschichtswerk des Johannes Skylitzes. Übersetzt, eingeleitet
und erklärt von H. Thurn (Byzantinische Geschichtsschreiber 15). Graz,
Wien und Köln 1983; French translation: Jean Skylitzès, Empereurs
de Constantinople. Texte traduite par Bernard Flusin et annotée par
Jean-Claude Cheynet. Paris 2003; English translation: John Skylitzes,
A Synopsis of Byzantine History, 811-1057. Introduction, text and notes.
Translated by John Wortley. Cambridge 2010.
Informations about Antioch:
P. 271-273 of Edition Thurn: Scylitzes gives a very detailled report on the
Byzantine reconquest of Antioch in 969 by Michaēl Burtzēs, the stratēgos
of Mauron Oros, and Isaak (Sachakios) Brachamios.
P. 279-280: Murder of the patriarch Christophoros of Antioch (960967); participation of Michael Burtzēs in the assassination of Emperor
Nikēphoros II Phōkas (December 11th 969);
P. 286-287: Appointment of the monk Theodōros to the post of patriarch
of Antioch by the new Emperor John I Tzimiskēs (969-976); the Emperor
sends the stratēgos of Mesopotamia, Nikolaos, to Antioch to rescue the
city, besieged by Fāṭimid forces (Sarakēnoi, Aigyptioi).
P. 376-383: Visit of Emperor Rōmanos III Argyros (1028-1034) in Antioch; his unsuccesfull campaign against Aleppo.
1
W. Seibt, Ioannes Skylitzes. Zur Person des Chronisten. Jahrbuch der Österreichischen
Byzantinistik 25 (1976) 81 85; A. Kazhdan und A. Cutler, Art. Skylitzes, John. ODB III
(1991) 1914.
210
P. 395-396 and 397: Rebellion of the Antiochians against the tax-collector
(praktōr dēmosiōn phorōn) Salibas and against the dux Nikētas, the brother
of the Emperor Michael IV (1034-1041) in 1034. After the suppression
of the rebellion the dux sent eleven leading Antiochians (pruchontes
zaplutoi andres) to Constantinople. After the death of Nikētas his brother
Constantine was appointed dux Antiocheias. The Emperor pardoned the
eleven leading Antiochians and sent them back to Antioch.
P. 483 sqq.: deposition of Katakalōn Kekaumenos as dux Antiocheias by
the Emperor Michael VI (1056-1057); succesfull rebellion of the generals
headed by Isaak Komnēnos and Katakalōn Kekaumenos; Isaak I Komnēnos
became new emperor (1057-1059).
John (Iōannēs) Skylitzes Continuatus
Most probably this continuation of the Synopsis historiōn concerning
the years 1057-1078/1079 was composed by John Scylitzes himself.
Edition: E. Th. Tsolakes, Hē synecheia tēs chronographias tu Iōannū
Skylitsē (Ioannes Scylitzes Continuatus) (Hetaireia Makedonikōn
Spudōn, Hidryma Meletōn Chersonēsu tu Haimu 105). Thessalonike
1968.
Informations about Antioch: see also Michaēl Attaleiatēs and
Nikēphoros Bryennios:
P. 165-166: Only Skylitzes Continuatus reports, that Emperor Michael
VII Dukas (1071-1078) exiled the defeated Bulgarian rebell Constantine
Bodin to Antioch. But Venetians, hired by Constantineʼs father Michailo,
the ruler of Diokleia (approximately modern Montenegro and Northern
Albania), smuggled him out of Antioch in 1078 and brought him back by
ship to his homeland.
Michaēl Attaleiatēs
Michaēl Attaleiatēs was a lawyer and judge of the army during the
reign of Emperor Rōmanos IV Diogenēs (1068-1071/1072); ca. 1080 he
dedicated his autobiographical history of the period of 1034-1079 to
Emperor Nikēphoros III Botaneiatēs (1078-1081)1.
Title of the Work: Historia ektetheisa para Michaēl proedru, kritu epi
tu hippodromu kai Bēlu tu Attaleiatu
1
A. Kazhdan, Art. Attaleiates, Michael. ODB I (1991) 229.
211
Edition: Miguel Ataliates (Michaēl Attaleiatēs), Historia. Introducción,
edición, traducción y comentario de Inmaculada Pérez Martin (Nueva
Roma 15). Madrid 2002; unpublished French translation by Paul Gautier
(Manuscript in the Bibliothèque Jean de Vernon, Institut Catholique).
Informations about Antioch:
P. 72-73 and 76 of Edition Pérez Martin: In 1067 Turks and Mirdāsid
Arabs attacked Antioch twice. They devastated the neighbourhood of the
city and enslaved the population. With inadequate armed reinforcements
from Constantinople, local forces (epichōrioi) and his own bodyguard (hoi
idioi hypaspistai) the dux Antiocheias Nikēphoros Botaneiatēs defended
Antioch (also John Scylitzes Continuatus p. 120-121).
P. 83 84: On the occasion of the siege of Hierapolis/Manbiǧ during
the Syrian Campaign of Emperor Rōmanos IV Diogenēs (autumn 1068)
Attaleiatēs praises Petros Libellisios, an Antiochian, for combining the wisdom of the Romans and the high education of the Saracens (anēr Assyrios
men to genos gennēma tēs Megalēs Antiocheias, akrōs ex ēskēmenos tēn
te rhōmaikēn sophian kai paideusin kai tēn tōn Sarakēnōn). He persuaded
the defenders of the citadel of Hierapolis to surrender. Therefore the Emperor honoured him magistros (confer also John Scylitzes Continuatus
p. 129 und Nikēphoros Bryennios p. 126-129). Later Petros Libellisos, a
representative of the bilingual aristocracy of Antioch, was appointed dux
Antiocheias (Lead Seal).
P. 91: In December 1068 the Emperor renounced to visit Antioch, because
the neighbourhood of the city was devastated by Turks and Arabs. The inhabitants suffered by starvation (confer John Scylitzes Continuatus p. 133).
P. 133-134: The career of the perfidious eunuch Nikēphoros, during the
reign of Michael VII as logothetēs tu dromu prime minister; his desastruous
term of office as dux Antiocheias during the reign of Emperor Constantine
X Dukas (1059-1067): he provoked conflicts with the neighbouring Arabs
and tyrannized the Antiochians with confiscations and excessive financial
burdens. After the death of the Emperor he was arrested by order of the
Empress Eudokia in Antioch, because he had accused her slanderously of
adultery (confer John Scylitzes Continuatus p. 155).
Nikēphoros Bryennios and Anna Komnēnē
In 1097 Nikēphoros Bryennios married Anna Komnēnē, the daughter
of the Emperor Alexios I Komnēnos (1081-1118). By order of his mother-in-law, the Empress Irene Dukas, he began to write a history (Hylē
Historias). After participation in the Cilician and Syrian campaign of
212
his brother-in-law, Emperor John II Komnēnos (1118-1143), he died in
1137 in Constantinople1.
In continuing the unfinished history of her deceased husband Anna
Komnēnē (born December 2, 1083) composed the Alexias, a panegyrical
biography of her father in fifteen books, one of the main sources of the
First Crusade (1085-1099) 2.
Editions: Nicéphore Bryennios, Histoire. Introduction, texte, traduction et notes par P. Gautier (CFHB 9) Brussels 1975; Anne Comnène,
Alexiade (Règne de lʼempereur Alexis I Comnène 1081-1118). Texte
établi et traduit par B. Leib, I (Livres I-IV), II (Livres V-X) et III (Livres
XI-XV). Deuxième tirage. Paris 1967 and 1989; Annae Comnenae
Alexias. Recensuerunt D. R. Reinsch et Ath. Kambylis, I: Prolegomena
et textus; II: Indices. Digesserunt F. Kolovou et D. R. Reinsch (CFHB
40/1+2). Berlin und New York 2001; English translation: The Alexiad
of Anna Comnena. Translated from the Greek by E. R. A. Sewter.
Harmondsworth 1979 (Penguin Classics); German translation: Anna
Komnene, Alexias. Übersetzt, eingeleitet und mit Anmerkungen versehen von D. R. Reinsch. Köln 1996.
Informations about Antioch in the Hylē Historias of Nikēphoros
Bryennios:
P. 200-207 of Edition Gautier (II, 28 and 29): When Isaak Komnēnos
arrived as dux at Antioch, the city was moved by factional riots between
the followers and the enemies of the Armenian condottiere Philaretos
Brachamios, a former general of Emperor Rōmanos IV Diogenēs, who
tried to create an independent principality in Eastern Anatolia, Cilicia and
Northern Syria.
The most important ally of Philaretos Brachamios was the patriarch Aimilianos (ca. 1060-1078/1079), an old enemy of the eunuch and logothetēs
Nikēphoros. Therefore Isaak Komnēnos was ordered by Nikēphoros to
arrest the patriarch and to send him as a prisoner to Constantinople. Isaak
Komnēnos arrested the patriarch, but provoked a violent rebellion of the
Antiochians in favour of the deported patriarch. Because a Turkish force
was approaching Antioch, Isaak reconciled with the Antiochians. Then he
attacked the Turks, but was wounded and captured. Now the Antiochians
bought Isaakʼs freedom (confer also Anna Komnēnē, Alexias II, 1.1 und
X, 2.2).
1
A. Kazhdan, Art. Bryennios, Nikephoros the Younger. ODB I (1991) 331.
2
A. Kazhdan, Art. Komnene, Anna. ODB II (1991) 1142.
213
P. 298-299 (IV, 29): In 1078 Isaak Komnēnos returned to Constantinople
and won the favour of the new Emperor Nikēphoros III Botaneiatēs (10781081) by the gift of Syrian textiles (ta ek Syrias hyphasmata).
Informations about Antioch in the Alexias of Anna Komnēnē:
P. 186-188 of Ed. Reinsch (VI, 9.1-3): In 1084 Antioch is governed by
the Armenian Philaretos (Brachamios). In December 1084 Sulaymān of
Nikaia took Antioch in a surprise attack.
P. 331-335 (XI, 4): Siege and capture of Antioch by the Crusaders.
P. 338-342 (XI, 6.1-5): Emperor Alexios I marched his army to
Philomēlion in Asia Minor. There he met a group of deserted Crusaders.
They described the situation of the Crusaders as desperate. Therefore the
Emperor returned to Constantinople.
P. 340-341 (XI, 6.7-9): Contrary to all exspectations the Crusaders defeated the Turkish army of Kurpagan (Kirbuqa, the emir of Mossul) and
entrusted Antioch to the Norman Bohemund, son of Robert Guiscard and
Prince of Taranto in Southern Italy.
P. 348-350 (XI, 9): By a letter Emperor Alexios I Komnēnos summoned
Bohemund to hand over Antioch, but the Norman refused. Now the Emperor sent Manuēl Butumitēs with troops to Cilicia to fight against Bohemund.
P. 356-358 (XI, 12): Driven into a corner by the Emperorʼs forces in Laodikeia and Cilicia Bohemund handed Antioch over to his nephew Tancred
and fled from the port of Antioch by ship to Southern Italy.
After a final confrontation in the mountains of Albania Emperor Alexios
I Komnēnos forced Bohemund in autumn 1108 to submit. In autumn 1108
in the so-called „Treaty of Deabolis“ (Alexias, ed. Reinsch, p. 412-423 =
XIII, 11 und 12) the Emperor appointed Bohemund as dux Antiocheias,
but forced him to promise, that after his death Antioch should be returned
to the Empire1.
P. 428-429 (XIV, 2.2-4) Bohemundʼs nephew and deputy in Antioch,
Tancred, refused to accept the „Treaty of Deabolis“ and the hand over of
Antioch to the Emperor.
1
K.-P. Todt, Antioch and Edessa in the so-called Treaty of Deabolis (September 1108).
Aram 11-12 (1999-2000) 485-501.
214
Michaēl Italikos
Michaēl Italikos was a teacher of rhetorics and philosophy in Constantinople during the first half of the 12th century. In 1143 he was appointed
metropolitan of Philippupolis in Bulgaria (today Plovdiv)1.
Edition: Michel Italikos, Basilikos logos au Porphyrogénète et autocrator Jean Comnène sur ses combats en Syrie, in: Lettres et discours.
Édités par P. Gautier (Archives de l’Orient Chrétien 14). Paris 1972, S.
239-270 (Nr. 43).
Informations about Antioch:
In a panegyrical oration on the Syrian campaign of Emperor John II
Komnēnos (Logos basilikos eis ton autokratora Iōannēn ton Komnēnon
kai porphyrogenneton epi tois kata Syrian agōsin autu) he described the
submission of Prince Raymond of Antioch (Edition Gautier p. 259-261) and
the triumphal entry of the Emperor in Antioch in spring 1138 (p. 265-266)
Nikēphoros Basilakēs
Ca. 1140 Nikēphoros Basilakēs (ca. 1115-after 1182) was basilikos
notarios and didaskalos tu apostolu at the Patriarcal Academy in
Constantinople 2.
Probably in 1138 he composed a Panegyrical oration on the Emperor
John II Komnēnos with a detailled description of the Imperial campaign
to Cilicia and Syria in 1137/1138 (Logos eis ton aoidimon basilea kyr
Iōannēn ton Komnēnon).
Editions: Nikēphoros Basilakēs, In Ioannem Comnenum imperatorem
oratio, in: Niceforo Basilace, Gli Encomî per l’imperatore e per il patriarca. Testo critico, introduzione e commentario a cura di R. Maisano
(Byzantina et Neo-Hellenica Neapolitana 5). Neapel 1977, 87-132 (Text
and paraphrase of the oration in Italian) and 153-232 (Commentary) =
Nicephori Basilacae Orationes et Epistulae, rec. A. Garzya. Leipzig
1984, 48-74.
Informations about Antioch:
1
A. Kazhdan, Art. Michael Italikos. ODB II (1991) 1368-1369.
2
A. Kazhdan, Art. Basilakes, Nikephoros. ODB I (1991) 263.
215
Climax of the oration is the description of the triumphal entry of the
Emperor in Antioch (p. 120-124). Basilakēs praised the megalopolis
Antiocheia because of her piety (eusebeia) and her ardent love for Christ
(polys ho eis Christon erōs). The Emperor was welcomed by a numerous
(polyanthrōpos) and mixed population, being made of Italoi, Assyrioi and
hēmeteroi, in the city, decorated with precious textiles.
Euthymios Tornikēs
Euthymios Tornikēs (ca. 1115-vor 1204) was a teacher at the Patriarcal
Academy of Constantinople. Before 1166 he was appointed metropolitan
of Neai Patrai in Greece1.
Edition: Athanasios I. Papadopulos-Kerameus, Noctes Petropolitanae.
Sbornik vizantijskich tekstov XII-XIII vekov. Editionem phototypicam
praefatione instruxit Kurt Treu (Subsidia byzantina lucis ope iterata
21). Leipzig 1976 (Reprint of the edition St. Petersburg 1913), 162-187,
especially 179-181.
Informations about Antioch:
In a panegyrical oration Euthymios Tornikēs celebrated Manuēlʼs I
Komnēnos (1143-1180) campaign to Cilicia and Syria in 1158/1159 and
his triumphal entry in Antioch on April 12th 1159 (Logos eis ton autokratora kyrion Manuēl ton Komnēnon, ekphōnētheís hote eisēlthen eis
Kōnstantinupolin ho sultanos).
John (Iōannēs) Phōkas
Author: During the second half of the 12th century John Phōkas lived
as a monk and priest (hieromonachos) in the famous monastery of St
John the Evangelist in Patmos2.
Work: Description of his pilgrimage to the Holy Land in 1177: Ekphrasis en synopsei tōn apʼ Antiocheias mechris Hierosolymōn kastrōn kai
chōrōn Syrias, Phoinikēs kai tōn kata Palaistinēn hagiōn topōn.
Editions: Ioannes Phocas, in: Recueil des Historiens des Croisades.
Historiens Grecs, I. Paris 1875, 527-558 (Greek text with Latin translation); Greek text with Russian translation: Iv. Troickij, Ioanna Phoki
Skazanie vkratcʼ o gorodachʼ i stranachʼ otʼ Antiochii do Ierusalima,
1
A. Kazhdan, ART. MALAKES, EUTHYMIOS. ODB II (1991) 1275.
2
A. Kazhdan, Art. Phokas, John. ODB III (1991) 1667.
216
takže Sirii, Finikii i o svjatychʼ mestachʼ vʼ Palestinʼ, konca XII veka
(Pravoslavnyj Palestinskij Sbornik VII.2). St. Petersburg 1889; English
Translation: The Pilgrimage of John Phocas in the Holy Land (in the year
1185 A.D.). Translated by Aub. Stewart, M.A. (Palestine Pilgrimsʼ Text
Society). London 1896; German Translation: An. Külzer, Peregrinatio
graeca in Terram Sanctam. Studien zu Pilgerführern und Reisebeschreibungen über Syrien, Palästina und den Sinai aus byzantinischer
und metabyzantinischer Zeit (Studien und Texte zur Byzantinistik 2).
Frankfurt a. M., Berlin, Bern, New York, Paris and Vienna 1994, 20-21,
93-95 (Introduction) and 287-305 (Translation).
Informations about Antioch:
P. 2-3 (Kap. 2) Ed. Troickij: John Phōkas described Antioch as a city
impoverished by the time and Barbarian rule (chronos kai barbaros cheir).
He admired the strong city walls and the springs. He visited Daphnē, saw
the famous spring of Castalia and the still functioning aquaeducts bringing
water to Antioch.
John (Iōannēs) Kinnamos und Nikētas Chōniatēs
Authors: John Kinnamos (before 1143-after 1185) was grammatikos
of Emperor Manuēl I Komnēnos (1143-1180)1.
Nikētas Chōniatēs (ca. 1155/1157-1217) was chief of the civil administration as logothetēs tōn sekrētōn before 12042.
Works: History of the reigns of the Emperors John II Komnēnos and
Manuēl I. Komnēnos in the years of 1118-1176 (Kinnamos: Chronikai) or
of the history of Byzantium respectively in the years 1118-1207 (Nikētas
Chōniatēs: Chronikē diēgēsis archomenē apo tēs basileias Iōannu tu
Komnēnu kai lēgusa mechri tēs halōseōs tēs Kōnstantinupoleōs).
Editions: Ioannis Cinnami Epitome rerum ab Ioanne et Manuele
Comnenis gestarum, ed. A. Meineke. Bonn 1836; Engl. translation:
Deeds of John and Manuel Comnenus by John Kinnamos. Translated
by Ch. M. Brand (Records of Civilization: Sources and Studies 95). New
York 1976; French translation: Jean Kinnamos, Chronique. Traduite par
J. Rosenblum. Paris 1972.
1
A. Kazhdan, Art. Kinnamos, John. ODB II (1991) 1130.
2
A. Kazhdan, Art. Choniates, Niketas. ODB I (1991) 428.
217
Nicetae Choniatae Historia. Rec. I. A. Van Dieten (CFHB 11). Berlin
and New York 1975; German translation: Die Krone der Komnenen.
Die Regierungszeit der Kaiser Joannes und Manuel Komnenos (11181180) aus dem Geschichtswerk des Niketas Choniates. Übersetzt, eingeleitet und erklärt von F. Grabler (Byzantinische Geschichtsschreiber
7). Graz, Wien and Köln 2 1958; Abenteurer auf dem Kaiserthron. Die
Regierungszeit der Kaiser Alexios II., Andronikos und Isaak Angelos
(1180-1195) aus dem Geschichtswerk des Niketas Choniates übersetzt,
eingeleitet und erklärt von F. Grabler (Byzantinische Geschichtsschreiber 8). Graz, Wien und Köln2 1958; English translation: O City
of Byzantium. The Annals of Niketas Choniates, translated by Harry
J. Magoulias. Detroit 1984.
Informations about Antioch:
Both historians report on the campaigns of John II Komnēnos and Manuēl
I Komnēnos to Cilicia and Syria in 1137/1138, 1142/1143 and 1158/1159,
the visits of both Emperors in Antioch in April 1138 and in April 1159
(Kinnamos, ed. Meineke, 16-30 = I, 7-10, II, 1 and 196-191 = IV, 16-21/
Nikētas Chōniatēs, ed. Van Dieten, 21-47, 52 and 102-110), furthermore
on the death of Prince Raymond of Antioch in the Battle at the Fons Muratus in June 1149 (Kinnamos 121-123 = III, 14) and on the marriage of
Manuel I and Maria of Antioch at Christmas 1162 (Kinnamos 210-211 =
V, 4; Nikētas Chōniatēs 115-116).
2. Ecclesiastical Writers
Patriarch Petros III. of Antioch
According to his Inthronistika the later patriarch was born in Antioch
(probably ca. 1000/1010), went to Constantinople and received there a
higher education (enkyklios paideia). Then he made a great carrier in
the imperial administration and became a member of the clergy of the
Hagia Sophia in Constantinople (skeuophylax). In spring 1052 Emperor
Kōnstantinos IX. Monomachos (1042-1055) appointed him patriarch of
Antioch. After his appointment Petros III sent an encyclical letter to
the Antiochians. In a series of of letters he did all he could to prevent
the schism between the churches of Constantinopel and Rome in 10541.
1
A. Papadakis, Art. Peter III, patriarch of Antioch. ODB III (1991) 1637.
218
Editions: 1) Encyclical letter to the Antiochians: A. Michel, Die Botschaft PetrosʼIII. von Antiocheia an seine Stadt über seine Ernennung.
Byzantinische Zeitschrift 38 (1938) 111-118.
2) Inthronistika to the patriarchs of Alexandreia and Jerusalem and
to Pope Leo IX of Rome; letter of Pope Leo IX of Rome to Petros III:
A. Michel, Humbert und Kerullarios. Quellen und Studien zum Schisma
des XI. Jahrhunderts, II (Quellen und Forschungen aus dem Gebiete
der Geschichte 23). Paderborn 1930, 28-33 und 416-475, especially 432,
440 and 454.
3) Correspondance with patriarch Michael I Kerularios of Constantinople and patriarch Domenicus Marango of Grado: Acta et scripta
quae de controversiis ecclesiae Graecae et Latinae saeculo undecimo
composita extant ex probatissimis libris emendatiora edidit. diversitatem
lectionis enotavit, annotationibus instruxit C. Will. Praecedunt prolegomena de controversiarum inter Graecos et Latinos agitatarum ratione,
origine et usque ad XI. saeculum progressu. Leipzig und Marburg 1861,
168-228, especially 217-218; G. Bianchi, Il Patriarca di Grado Domenico Marango tra Roma e lʼOriente. Studi Veneziani 8 (1966) 19-125,
especially 99-102.
Nikōn ho Mauroreitēs
Nikōn of the Black Mountain was born ca. 1025 in Constantinople and
served as a soldier during the reign of Konstantinos IX. Monomachos
(1042-1055). Then he became a monk in a monastery north of Antioch
in the Amanos and in the monastery of the younger stylite Symeōn on
the Mons Admirabilis, west of Antioch. He was a specialist of canon
law and wrote the Taktikon, a collection of canonical letters.
Writings with Informations about Antioch:
Editions: Iz «Taktikona» Nikona Divnogorca, in: V. Benešević, Catalogus codicum manuscriptorum Graecorum qui in monasterio Sanctae
Catharinae in Monte Sina asservantur, I: Codices manuscripti notabiliores bibliothecae monasterii Sinaitici ejusque metochii Cahirensis,
ab archimandrita Porphyrio (Uspenskio) descripti. Hildesheim 1965
(Reprint of the edition St. Petersburg 1911), 561-601.
219
W. J. Aerts, Nikon of the Black Mountain, Witness to the First Crusade?
Some Remarks on his Person, His Use of Language, and His work, Named Taktikon, Es. Logos 31, in: East and West in the Medieval Eastern
Mediterranean, I: Antioch from the Byzantine Reconquest until the End
of the Crusader Principality. Acta of the congress held at Hernen Castle in
May 2003, ed. by K. Ciggaar and M. Metcalf. Leuven, Paris und Dudley,
MA. 2006, 125-169 (New edition of Logos 31 with English translation).
Patriarch Theodōros IV. Balsamōn of Antioch (Ca. 1150-before
1204; patriarch of Antioch since 1182/1183)
Theodōros Balsamōn was the greatest canonist of the Greek Church.
He composed a detailed commentary of the Nomokanōn of the 14 titloi,
the authoritative collection of Byzantine canonical law and a treatise on
the patriarchs of Antioch and Jerusalem (Rallēs und Potlēs, Syntagma
IV, p. 542-555)1. As patriarch of Antioch he sent pastoral letters to the
Greek Orthodox Antiochians (Rallēs und Potlēs, Syntagma IV, p. 565579; confer also his commentary on canon 52 of the apostles, in: Rallēs
und Potlēs, Syntagma II, 70).
Edition: Commentary of Balsamōn on the Nomokanōn of the 14 Titloi/
Canonical questions (Erōtēseis kanonikai) of the patriarch Markos of
Alexandria together with the Answers of Balsamōn/ On the privileges
of the patriarchs/Pastoral letter to the orthodox Antiochians, in: G. A.
Rallēs und M. Potlēs (Hrsg.), Syntagma tōn theiōn kai hierōn kanonōn
tōn te hagiōn kai paneuphēmōn apostolōn, kai tōn hierōn oikumenikōn
kai topikōn synodōn, kai tōn kata meros hagiōn paterōn ekdothen, syn
pleistais allais tēn ekklēsiastikēn katastasin diepusais diataxesi, meta
tōn archaiōn exēgētōn, kai diaphorōn anagnōsmatōn, I-IV. Athen 1966
(Reprint of the edition Athen 1852-1966).
3. Epigraphy
We have some short Greek inscriptions from the second Byzantine
period.
Editions: Gl. Downey, Greek and Latin Inscriptions, in: Antioch
on-the-Orontes, II: The Excavations 1933-1936. Ed. by R. Stillwell.
Princeton, London and Den Haag 1938, p. 148-165, especially p. 158-160
1
A. Kazhdan, Art. Balsamon, Theodore. ODB I (1991) 249.
220
Nr. 85 and Nr. 86 (the epitaphs of the monks Iakōbos and Eustratios);
epitaph Downey Nr. 85: H. Grégoire, Notules épigraphiques III: Sur
une inscription dʼAntioche, ou de lʼutilité du grec moderne et de la
liturgie pour lʼépigraphie byzantine. Byzantion 13 (1938) p. 177-179;
G. Dagron et D. Feissel, Inscriptions inédites du Musée d’Antioche.
Travaux et Mémoires 9 (1985) p. 421 Nr. 3-6 (Nr. 4 and 5: epitaphs of
the monk Theodōros, deceased in January 1046, and a kubukleisios of
the patriarch of Antioch).
4. Lead Seals
The Greek lead seals of Antioch are edited and commented in an
exemplary manner by Jean-Claude Cheynet. In 2005 Eric McGeer, John
Nesbitt, and Nicolas Oikonomides published the lead seals in two great
American collections. They are the main source for a reconstruction of
the civil and ecclesiastical administration during the second Byzantine
period.
Editions: J.-Cl. Cheynet, Trois familles du duché d’Antioche, in: J.-Cl.
Cheynet und J.-F. Vannier, Études prosopographiques (Byzantina Sorbonensia 5). Paris 1986; Bibliothèque Nationale: Les sceaux byzantins de
la Collection Henri Seyrig par J.-Cl. Cheynet, C. Morrisson et W. Seibt.
Paris 1991; J.-Cl. Cheynet, Sceaux byzantins des musées d’Antioche
et de Tarse. Travaux et Mémoires 12 (1994) 391-478; Idem, Sceaux de
plomb du Musée d’Hatay. Revue des études byzantines 54 (1996) 249270; Idem, Sceaux de la collection Zacos (Bibliothèque Nationale de
France) se rapportant aux provinces orientales de l´Empire byzantin.
Exposition organisée par le Département des monnaies, médailles et
antiques (16 juillet 2001- 14 octobre 2001). Paris 2001; Catalogue of
Byzantine Seals at Dumbarton Oaks and in the Fogg Museum of Art,
V: The East (continued), Constantinople and Environs, Unknown Locations, Addenda, Uncertain Readings, ed. by Eric McGeer, John Nesbitt,
and Nicolas Oikonomides. Washington, D.C. 2005, 20-34.
Summary
The historiographical and rhetoric sources from the Middle-Byzantine period, for the most part composed in a more or less classicizing
Greek and imitating ancient historians and orators like Diodor of Sicily,
Plutarch, Cassius Dio, Dēmosthenēs, and especially Libanios, mention
221
Antioch relatively often, but give us only a few detailed informations
about the topography of Antioch in the period between the 10th and the
13th centuries, for example about the city walls and the citadel of the
city. With the exception of the works of Nicon of the Black Mountain
they were written in Constantinople and look at the provinces from the
point of view of the Imperial Court and the Capital.
In these sources Antioch is a very important provincial city, he
periphanēs kai megalē Antiocheia, capital of one, if not the most important military government of the Empire, the doukaton Antiocheias.
The authors inform us about the history of the city, the behaviour of the
Antiochians and the relationship between Antioch and Constantinople,
the necessary historical background for a better understanding of the
buildings and the topography of Antioch.
In Antioch herself manuscripts with Greek texts were copied (for
example the Parisinus graecus 164 in August 1070, a Psalter, written by
order and in account of the priest and kubukleisios Leōn Sarbandēnos)1.
But the native writers composed their writings, even if they had a more
or less good knowledge of Greek, in Arabic2.
1
G. Mercati, Origine Antiochena di due codici greci del secolo XI, Analecta Bollandiana
58 (1950) = Mélanges P. Peeters, p. 210-222.
2
G. Graf, Geschichte der christlichen arabischen Literatur, II: Die Schriftsteller bis zur
Mitte des 15. Jahrhunderts (Studi e Testi 133). Città del Vaticano 1947, 3-93; J. Nasrallah,
Histoire du mouvement littéraire dans l’Église Melchite du Ve au XXe siècle, III.1 (9691250). Louvain und Paris 1983; Idem, Histoire du mouvement littéraire dans l’Église
Melchite du Ve au XXe siècle, III.2 (1250-1516). Louvain und Paris 1981.
223
Antioche : les sources croisées
et le plan de la ville
Krijnie CIGGAAR
Leyde
Muri vero ita eminentes et vallo et
paludibus muniebantur, ut porte custodirentur …
P
Ceperunt egredi Turci per aliam
portam, que respicit ad meridiem
iuxta fluvium1
our les pèlerins et croisés partant pour la Syrie et la Palestine,
la ville d’Antioche était une ville lointaine en plus d’un sens :
distance, géographie, histoire, mentalité et langues parlées. Aux
xie/xiie/xiiie siècles ils devaient se familiariser avec la topographie de
la ville et connaître un certain nombre de toponymes pour trouver leur
chemin vers les églises, chapelles, bains et autres monuments importants
qu’ils voulaient visiter.
Dans les nombreuses sources croisées nous trouvons trace de plusieurs
toponymes, parmi eux des noms connus depuis des siècles, d’autres de
date plus récente et plus d’une fois sous forme corrompue. Les sources
croisées furent écrites par des auteurs anonymes ou par des auteurs dont
on connaît le nom ou la fonction et quelquefois les deux. Il y a ceux partis
pour l’Orient, mais il y a aussi les auteurs restés en Occident. Foucher
de Chartres, Pierre Tudebode, Raymond d’Aguilers, Raoul de Caen et
d’autres avaient pris part à la première croisade ou étaient partis en Orient
peu après. D’autres comme Albert d’Aix, Baudri de Bourgueil, Guibert
de Nogent et plusieurs autres ne paraissent pas être allés en Outremer.
Ceux qui avaient participé à la première croisade ou étaient arrivés
peu après décrivaient en premier lieu les événements du long siège
1
Hill et Hill 1969, p. 48, 63.
224
d’Antioche et de l’installation des Latins dans la ville en juin 10981. Ils
étaient secrétaires de princes ou ecclésiastiques (ou les deux). Parmi eux
il devait y avoir ceux qui plus tard allaient rédiger des actes officiels et
les titres de propriété des nouveaux arrivés et des anciens propriétaires.
Les hostilités avaient eu des conséquences pour les propriétaires sur
place et pour leurs propriétés.
Les auteurs restés en Occident comme Guibert de Nogent composaient
leurs histoires à l’aide d’informations et de récits personnels issus de
pèlerins et croisés retournés en France, en Allemagne et d’autres régions
en Europe. Les documents officiels et lettres envoyés en Occident et
les informations qui s’y trouvaient sur ce qui s’était passé en Outremer
jouaient leur propre rôle et pouvaient influencer d’autres textes, comme
la poésie de Baudri de Bourgueil qui travaillait pour Adèle de Blois,
femme de Henri de Blois, participant à la première croisade2.
Il y a encore la catégorie des auteurs qui sont nés en Outremer et y
ont passé une grande partie de leur vie, comme Guillaume de Tyr, né
et vivant en Outremer au xiie s., mais éduqué à Paris. D’autres, comme
Jacques de Vitry, évêque d’Acre au début du xiiie s., ont résidé en Orient
assez longtemps pour connaître la vie locale, la région et les différents
peuples qui y habitaient. Les deux auteurs s’intéressaient vivement
à la vie en Orient, ce qui a sans doute stimulé la traduction de leurs
ouvrages en langue vulgaire. Avant 1204, l’Historia de Guillaume
de Tyr, écrite vers 1170, fut rendue en français sous le titre d’Eracles.
L’auteur anonyme de la version française a adapté, enrichi et raccourci
des passages du texte latin qui, pour autant qu’ils regardent Antioche,
méritent d’être regardés de plus près, surtout quand ils donnent des
toponymes3. L’Historia Orientalis de Jacques de Vitry fut également
traduite en ancien français4.
Des notices décrivant certains épisodes des croisades, quelquefois
de caractère anecdotique il est vrai, et qu’on trouve éparses dans les
miracles, Vies de Saints, exempla et textes littéraires n’ayant quelquefois aucun rapport direct avec les croisades, peuvent cacher des détails
topographiques et des toponymes. Il en est de même pour les titres de
1
2
Riley-Smith 1993, p. 204-209, « Bibliography, Original Sources ».
Hagenmeyer 1901, p. 138-140, 149-152 ; Abrahams 1926, p. 196 s.
3
Huygens 1986 ; Paris 1879-1880.
4
Moschus 1597 ; Bongars 1611 ; Buridant 1986.
225
propriété et les traités de commerce avec les villes marchandes d’Italie.
J’en omets sans doute que je trouverai chemin faisant et qu’il faudra
étudier.
Après la période des croisades qui s’achève pour Antioche en 1268
quand la ville est prise par Baibars, qui la détruit en grande partie, il
y a une nouvelle vague de sources croisées qu’il faudrait dépouiller.
Ces histoires des croisades voient le jour pour plusieurs motifs. Il y
a la nostalgie d’un passé glorieux, il y a l’ambition de reconquérir les
terres perdues ou bien il y a un intérêt géographique parfois combiné
aux intérêts commerciaux des diverses communautés italiennes. C’est
le cas de Venise qui avait su préserver certains privilèges en Orient : les
Vénitiens avaient gardé leur funduq à Alep. Dans ce milieu on trouve
au début du xive s. les historiens Marino Sanudo Torsello (le Vieux) et
Paolino Veneto (voir plus loin).
Outre la variété des genres et des catégories d’auteurs que nous venons de voir, il faut aussi tenir compte de la diversité des langues dont
se servent les auteurs pour rédiger leurs œuvres. Il y a tout d’abord le
latin, langue œcuménique de l’Europe de l’Ouest. Mais il y a aussi les
langues vulgaires parlées en Occident comme le français, le provençal,
le castillan et d’autres langues de l’Europe dont les auteurs se sont servis.
Et en plus, bien qu’exceptionnellement semble-t-il, il y a des documents
en arabe émanant des autorités latines d’Antioche, comme un titre de
propriété rédigé à Antioche pour un Melkite1. Indirectement l’arménien
a joué un rôle dans la conservation des Assises d’Antioche. On n’en
connaît que la traduction arménienne faite vers le milieu du xiiie s. par
Smbat le Connétable. La traduction française de ce texte arménien du
Moyen Âge, faite au xixe s., l’a rendu accessible aux historiens modernes2.
À première vue, le grand nombre de textes produits en Outremer et en
Occident, la grande variété d’auteurs, de genres de textes, de langues
employées, pourrait étonner. Mais il ne faut pas oublier que malgré
leur nombre limité, les Latins, dans la Principauté d’Antioche, étaient
au pouvoir. Depuis des temps immémoriaux, des gens de différentes
religions, langues et nations avaient habité à Antioche. La communauté
latine, qui exerça le pouvoir de 1098 à 1268, ne formait qu’une minorité
entre autres minorités et avait, en conséquence, à tenir compte de divers
1
Cahen 1971.
2
Assises d’Antioche 1876 ; Cahen 1940.
226
problèmes, y compris le problème des différentes langues. Il leur fallait
une langue commune et c’était, dans la plupart des cas, le latin. Dans
la vie locale et dans la langue de tous les jours les Latins trouvaient
des termes et des noms en diverses langues, ce qui était le cas aussi
pour les noms géographiques et les toponymes. Il leur fallait un effort
pour reconnaître et retenir les noms en diverses langues. Le résultat
était souvent la corruption et la confusion de noms topographiques et
de toponymes qui, plus d’une fois, demandaient et demandent encore
une interprétation « logique » ou une explication, ce qui n’est pas
toujours facile. La corruption de noms propres se retrouve également
dans les sources croisées. Les auteurs de l’époque s’en rendent compte,
et parfois y réfléchissent. Guibert de Nogent, écrivant en France, le
disait dans la préface de son Gesta Dei per Francos : « J’ai rencontré
de grandes difficultés en ce qui concernait les noms des hommes, des
pays et des villes… » ; et un peu plus loin : « il me faut le remarquer,
comme nous donnons aujourd’hui de nouvelles appellations aux territoires de nos provinces, de même n’est-il pas douteux que les noms
des régions étrangères aient changé, eux aussi1 ». Un siècle plus tard,
on retrouve la même plainte dans le texte anonyme Tractatus de locis
et statu sancte terre ierosolimitane, daté entre 1168 et 1198. Dans un
paragraphe spécial l’auteur fait remarquer que les noms de villes et de
lieux ont lentement changé à cause des divers peuples qui ont habité en
Palestine : De mutatione nominum urbium. Nomina civitatum et locorum
propter mutationem gentium que terram ipsam diversis temporibus
coluerunt paulatim mutata sunt2.
Il y a donc différentes catégories d’auteurs, divers genres de textes,
diverses langues à considérer et ayant exercé diverses influences sur
la littérature et la culture de l’Europe de l’Ouest. Il faut distinguer, en
fonction de leur thématique, les textes susceptibles de nous intéresser
plus spécialement, ceux où l’on peut s’attendre à trouver des aspects de
la géographie et de la topographie d’Antioche, et peut-être des toponymes de la ville.
Les textes les plus prometteurs sont les descriptions d’Antioche faites
par les auteurs occidentaux, croisés, pèlerins et autres. Parmi ces descriptions il faudrait distinguer les descriptions « standardisées » (autonomes
et souvent anonymes), donnant une description générale, comme le
1
2
Huygens 1996 ; Garand 1998.
K edar 1998, p. 129.
227
nombre d’églises et de monastères, les doubles murailles, le nombre de
tours, la présence de quatre montagnes, la citadelle, et le fleuve appelé
Farfar (i. e. l’Oronte). De telles énumérations furent adoptées et adaptées
par d’autres auteurs qui les ont intégrées dans leurs œuvres. Il y a aussi
les descriptions individuelles, basées sur l’observation sur place par des
auteurs qui avaient visité Antioche et qui décrivaient ce qu’ils avaient vu
de leurs propres yeux. Ils donnaient leur propre impression de la ville.
Un exemple du premier groupe est la description d’Antioche par
Ambroise (ive s.) qui a trouvé son chemin dans quelques ouvrages postérieurs1. Un autre groupe de descriptions standardisées, presque sans
toponymes et dont l’origine reste inconnue, semble se rencontrer pour
la première fois dans l’Anonymus de la première croisade, texte publié
par L. Bréhier et reprise entre autres dans les Annales Corbeienses2. Un
troisième groupe de descriptions standardisées a pris naissance après la
prise d’Antioche en 1268. C´est une description fondée sur celle donnée
dans l’Historia de Guillaume de Tyr. On la trouve chez Marino Sanudo
Torsello dans son Liber secretorum fidelium crucis et chez Paolino
Veneto dans la Chronologia Magna (voir plus loin).
Foucher de Chartres est un des nombreux auteurs qui donnent plutôt
une description individuelle d’Antioche. Il mentionne la cathédrale de
Saint Pierre et l’Église ronde de la Vierge, sans donner d’autres détails,
il est vrai. Mais ce qui importe c’est qu’il fait remarquer que les deux
églises étaient restées « intactes » pendant la période turque de sorte
que les Latins ont pu en disposer en 1098. Reste à interpréter ce qu’il
entendait par « intactes », sans changements architecturaux importants
peut-être ? Le pèlerin Wilbrand d’Oldenbourg, par exemple, donne
d’autres détails topographiques, suggérant qu’il s’est promené autrement
dans la ville, peut-être en fonction de ses propres intérêts, à la recherche
d’églises et de reliques de son choix. Les comptes-rendus des voyageurs
et pèlerins individuels comme Wilbrand d’Oldenbourg tendent à être
plus riches en toponymes, mais les détails sur les noms de rues, de
places, etc., y manquent3.
1
2
3
Ambroise, De Excidio urbis Hierosolimitanae, Patrologia Latina 15, col. 2175-2176 ;
voir aussi Hill et Hill 1974, p. 96, n. 24.
Bréhier 1924, p. 220-223, où l’éditeur parle du caractère d’interpolation de ce chapitre,
expliquant pourquoi il l’a placé à la fin du texte, voir p. 170, note a ; Jaffé 1864, p. 64-65
(« Chronographus corbeiensis »).
Hagenmeyer 1913, I, ch. XV, 2, p. 217-218 (trad. anglaise Ryan 1969, p. 92-93). Pour Wilbrand
d’Oldenbourg, Laurent 1864, p. 171 s, et aussi Delpech et Voisin 1999-2003, p. 315 s.
228
Il y a des descriptions qui renferment çà et là des éléments légendaires,
quelquefois originaires de textes du genre des Patria, mais les sources
restent anonymes. Un texte comme La Gran Conquista de Ultramar,
compilé à la demande d’Alfonse le Savant et fondé entre autres sur la
Historia de Guillaume de Tyr, parle dans l’introduction de « libros
antiguos é las historias de buenos fechos que ficieron los hombres
buenos antepasados », textes qu’il lui fallait sans doute traduire quand
nous lisons, « trasladar la ystoria de todo el fecho de Ultramar, de
como passó, según lo oýmos leer en los libros antiguos », et où l’auteur a
peut-être dû trouver des matériaux inconnus des autres sources croisées
préservées1.
Enfin on trouve des textes littéraires comme la Chanson d’Antioche et
la Facienda de Ultramar où figurent des descriptions d’Antioche et qu’il
faudrait dépouiller pour dépister des toponymes. Bien que de caractère
légendaire parfois — le nombre des portes d’Antioche, dans la Chanson
d’Antioche, étant beaucoup plus élevé que dans la réalité — on ne devrait
pas automatiquement rejeter certains éléments qui semblent un peu fantastiques. Pour le nombre de portes, par exemple, on pourrait penser à
la présence de nombreuses poternes qui étaient garnies d’hommes pour
la défense de la ville. Il existait aussi des guides de pèlerins, comme
La Fazienda de Ultra Mar, un itinéraire biblique du xiie siècle, écrit en
castillan. Ce dernier texte serait de la main d’Aimery, patriarche latin
d’Antioche2.
Le nombre de sources croisées à étudier pour faire un inventaire de la
topographie d’Antioche est énorme. Nombreux aussi sont les problèmes
qui se posent à qui veut les étudier correctement : éditions parfois inaccessibles ou d’accès difficile, manque de précision de certaines éditions
(canos et caños, employés indifféremment dans les textes3), absence
d’index ou présence d’index incomplets et où quelquefois il y a confusion entre porta et portus (et puerta et puerto), ou porta et « poterne »,
ou tor employé pour « porte » et pour « tour », références erronées et
introuvables parfois, mauvaises lectures du texte original, corruption
de noms propres et de toponymes due à leur origine arabe, grecque, syriaque ou autre. Dans la traduction moderne de certains textes on trouve
une interprétation « moderne » d’un toponyme, anonyme dans le texte
1
Gayangos de, 1959, p. 1 ; Cooper 1979, vol. I, p. 2.
2
Duparc-Quioc 1967, passim ; Lazar 1965, p. ex. p. 116, 119, 198.
3
Gayangos de, 1959, p. 159 ; Cooper 1979, vol. I, p. 518.
229
original, en lui « donnant » le nom de l’époque qu’on trouve dans des
sources contemporaines, ce qui dissuade de se référer automatiquement
aux traductions. Il y a quelquefois des éditions du même texte mais
basées sur un autre manuscrit, ce qui donne parfois des noms différents
pour le même toponyme, ou bien on trouve une désignation anonyme
pour une porte qui, dans le passage parallèle dans un autre manuscrit
du même texte, est désignée de son propre nom, c.-à-d. le nom courant
à l’époque. Il y a des toponymes grecs qui, « perdus » ou supprimés
pendant la période turque, ont repris leur forme originale mais renvoient
maintenant à l’histoire récente, comme la porta comitis, au lieu de « porte
du pont », par référence à un comte croisé ayant fait le siège devant
cette porte, en 1097/1098, plutôt qu’à un fonctionnaire byzantin1. Il y
a l’usage de noms vagues comme porta superior, porta inferior, porta
que respicit ad meridiem2. Il y a des noms donnés provisoirement et qui,
pour une raison ou une autre, n’ont pas survécu longtemps, comme la
porta Boamundi3. Il est possible que certains toponymes d’Antioche
soient métaphoriques plutôt que réels4.
Le plan médiéval d’Antioche
Rares sont les villes médiévales dont nous connaissons un plan. Des
villes d’Outremer, seuls les plans d’Acre et d’Antioche ont été conservés.
Le plan d’Acre, conservé dans le manuscrit Vatican lat. 1960, fo 268v,
est bien connu et a été publié maintes fois. Son original doit avoir été
1
p. ex. Bresc-Bautier 1984, no 78, p.183-185 (p. 184 : inveni in capite pontis porte que de
Comite nuncupatur, super rivam fluminis Orontii, duo loca ad molendina).
2
voir p. ex. note 1 supra.
3
Baudri de Bourgueil 1879, p. 65 (III, 6), var. 4 : quae proprie porta Boamundi vocatur ; p. 70 (III, 10) : prope Boamundi portam (manuscrit originaire du château de Blois,
cf. ibidem, p. xxxiv, ms. Bibliothèque Nationale, Paris, Lat. 5513, fin xiie s.). Le nom de
cette porte ne se trouve pas dans la version du texte imprimée dans la Patrologia Latina
166, col. 1057-1152, qui rend la version éditée par Bongars 1611, vol. I, p. 81-138. Durant
le siège d’Antioche, c’était devant cette porte (qui en réalité s’appelait Porte Saint-Paul)
que Bohémond avait déployé ses troupes.
4
Dans un colophon arménien, par exemple, se rapportant au siège d’Antioche pendant la
première croisade, il est question d’une « porte de la miséricorde », voir Peeters 1946,
p. 376, où l’auteur de l’article a traduit en latin le passage du colophon arménien par
Tandem cum expugnatio munitissimi loci in humana facultate non esset, consiliis potens
Deus salutem providet aperitque ianuam misericordiae ; cf. Cahen 1983, Document III,
p. 221-222. On ne saurait pas exclure que la porte de la Miséricorde soit la poterne par
où Bohémond et les siens sont entrés dans la ville. Un arménologue devrait reconsidérer
le colophon en arménien.
230
fait avant 1291, d’après les légendes portant sur les sanctuaires, rues
et quartiers des diverses nationalités1. Le plan d’Antioche se trouvant
sur le même folio que le plan d’Acre a curieusement été assez négligé,
peut-être parce qu’il est assez schématique et de forme réduite, au
contraire de celui d’Acre qui saute plus aux yeux et qui donne quantité
de toponymes. Pourtant le plan d’Antioche, bien que difficile à dater,
est digne d’intérêt pour un dictionnaire topographique d’Antioche et
devrait y être inclus comme illustration, peut-être aussi pour localiser
l’église Saint-Paul qui, dans l’autographe de Paolino Veneto, peut être
représentée par un petit dessin anonyme, se trouvant du côté ouest de
la Porte Saint-Paul (voir ci-dessous).
Nous avons vu que, déjà pour le siège d’Antioche en 1097/1098, les
auteurs se rendaient compte des problèmes pour décrire le déroulement
du siège, vu la situation géographique de la ville, avec ses grosses fortifications impressionnantes —l’enceinte comprenant des montagnes, des
collines, des marais, des jardins et même des pâturages —, et surtout
l’importance des dénivelés, à l’extérieur comme à l’intérieur de la ville.
Pour ceux qui n’avaient pas été sur place, la topographie de la ville était
difficile à comprendre. Le siège devait se faire en bas de la ville où la
présence de quelques portes devait faciliter la prise de la ville qui était
presque imprenable, sauf par trahison. Raymond d’Aguilers écrit : de
Antiochia … de situ eiusdem dicere necessarium esse videtur, ut facilius
bella et assultus qui ibi facti sunt ab his qui non viderunt intelligantur.
Il était donc nécessaire de décrire la ville pour faire comprendre à ceux
qui n’avaient pas été sur place comment s’étaient déroulées les activités
militaires2. Rien d’étonnant à ce que les auteurs écrivant après la prise
d’Antioche se soient rendu compte du même problème. Écrivant de façon
rétrospective, ils étaient conscients que leurs lecteurs avaient besoin
d’éclaircissements pour comprendre les exploits des croisés dans le
passé. Pour ceux qui rêvaient d’une reconquête de cette terre lointaine,
l’explication du terrain était encore plus importante. Paolino Veneto qui
écrivait sa Chronologia Magna dans les années 1320 sentait le devoir
d’illustrer son œuvre, disant « Requiritur autem mapa duplex, picture
ac scripture », et ailleurs dans le même ouvrage, « figura sine scriptura
1
2
Récemment encore, Jacoby 2005, p. 73-105, où la carte a servi à étudier la topographie
d’Acre.
Hill et Hill 1969, p. 47.
231
confuse omnia repraesentat1 ». Dans l’autographe de sa Chronologia
Magna (Venise, Marc. Lat. Z 399), sur le folio où il écrivait le texte de
sa description d’Antioche, il faisait précéder son texte d’un plan de la
ville2. Dans les autres manuscrits conservant la Chronologia Magna
ce système ne s’est pas maintenu et les illustrations se trouvent sur un
folio où elles sont réunies à d’autres illustrations3. Les légendes des plans
d’Antioche copiés dans les autres manuscrits de la Chronologia Magna
offrent quelques variantes et n’accompagnent plus le texte.
Conclusion
La période latine d’Antioche, de 1098 à 1268, semble être une des
périodes les mieux documentées de l’histoire d’Antioche par le grand
nombre de documents préservés dont quelques-uns seulement ont pu être
mentionnés ici. Les sources ne sont pas uniformes et offrent de temps en
temps des noms corrompus. Après l’arrivée des croisés, divers toponymes
ont été remplacés ou bien par des noms donnés provisoirement (par ignorance de leurs vrais noms) ou bien par un retour aux noms de l’époque
byzantine. Certains de ces toponymes ne se sont pas maintenus, d’autres
ont pris une nouvelle forme. Le plan d’Antioche dans la Chronologia
Magna de Paolino Veneto offre un certain intérêt pour la topographie de
la ville, mais surtout pour les noms géographiques des environs.
1
2
3
La Chronologia Magna de Paolino Veneto n’étant pas encore publiée, il faut se contenter
de citations éparses. Pour la première citation, voir Degenhart et Schmitt 1973, p. 6 ; pour
la deuxième citation, voir ibidem, p. 60 (citation venant du ms. Bibliothèque Nationale,
Paris, Lat. 4939, fo 9v). Bien que Paolino Veneto et Marino Sanudo Torsello donnent une
description d’Antioche en termes presque identiques, le dernier n’a pas inclus un plan
d’Antioche dans son Liber secretorum fidelium crucis, in Bongars 1611, vol. II, p. 1-316
(p. 142-143 pour la description d’Antioche).
La seule reproduction du ms. Venise, Marc. Lat. Z 399, se trouve dans Onoldinus 1879,
no 4, où on trouve comme légendes, pour la ville et ses environs immédiats, commençant
avec le nom d’Antioche placé au centre de la ville, et allant en direction sud : ANTIOCHIA
intermissa eiusque turres ; pons, porta sancti Georgii ; pons, porta pontis ; porta Ducis ; porta Canis ; porta sancti Pauli ; fons sancti Pauli ; mons ; mons ; mons Oruntes ;
meridies ; flumen Farfar. Ce sont les noms qu’on retrouve dans la description d’Antioche
qui fait partie du manuscrit.
Le ms. Biblioteca Vaticana, Lat. 1960, produit à Naples entre 1334 et 1339, par exemple,
fo 268v, donne le plan bien connu d’Acre juste en dessous du plan d’Antioche, voir note
20 supra, et Degenhart et Schmitt 1973, p. 26. Le plan du ms. Bibliothèque Nationale,
Paris, Lat. 4939, produit à Naples vers 1329, fo 98, a été reproduit, avec quelques petites
erreurs dans les légendes, comme gravure faite d’après le manuscrit par R ey 1871, pl.
XVIII, et Degenhart et Schmitt 1973, p. 25. Les différents plans seront discutés dans
une publication dans Eastern Christian Art.
232
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235
L’apport des voyageurs occidentaux (1268-1918)
au Lexicon Topographicum Antiochenum
Guy MEYER
Paris
G
lanville Downey, dans les appendices à son gros ouvrage sur
l’histoire d’Antioche, a dressé trois listes chronologiques qui
constituent le point de départ des recherches sur les voyageurs
dans cette ville : une liste des cartes anciennes, une liste des voyageurs
qui décrivent des ruines, une liste des autres voyageurs1. Ces répertoires
sont tirés d’un catalogue de la bibliothèque Gennadios où se trouvaient
dépouillés les itinéraires des voyageurs avec les pages correspondant à
chaque étape, à partir des ouvrages conservés à l’époque dans cette seule
bibliothèque. Les livres n’ont pas toujours fait l’objet d’une relecture
attentive, mais dans l’ensemble les listes sont fiables. Il faut exclure
quelques intrus et corriger quelques oublis, ajouter ce qui a été publié
depuis, soit peu de choses par rapport à l’ensemble. En revanche, vérifications faites, sa division de la liste des voyageurs en deux parties
s’avère, à l’usage, peu pertinente et j’ai décidé de ne pas la conserver.
Les voyageurs constituent un corpus hétéroclite qui s’étend sur une
période de près de six cents ans, de Bertrandon de la Broquière2 , en 1432,
agent secret au service de Philippe le Bon, jusqu’à Theodor Wiegand 3,
1
A History of Antioch in Syria, Princeton (1961), p. 606-607 (cartes) ; p. 664-679 (listes
de voyageurs).
2
Ch. Schefer, Le voyage d’outremer de Bertrandon de la Broquière, premier écuyer
tranchant et conseiller de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, Paris (1892), p. 83 85,
100-101, 150-151. Bertrandon (décédé en 1459) était chargé d’évaluer les forces turques
dans l’éventualité d’une croisade.
3
Theodor Wiegand (1864-1936) est un archéologue allemand qui dirigea les fouilles
de Baalbek, Priène, Milet et Didyme, etc. Pendant la guerre, il servit comme officier
d’artillerie en Turquie. Cemal Pacha (cf. note suivante) le nomma d’abord à la direction
des musées, puis inspecteur général des Antiquités pour la Syrie-Palestine, à l’automne
1916, et l’Arabie orientale, cf. P. Clemen, Protection of art during war, I, Leipzig (1919),
p. 13 et le rapport de Wiegand sur ses activités dans le second volume, Kunstschutz im
236
inspecteur des Antiquités pour le compte de Cemal Pacha1. Plus on
avance dans le temps et plus on croise d’authentiques archéologues, tels
que Poujoulat, le secrétaire de Michaud2 , Rey3, spécialiste de l’architec-
Kriege, II, Leipzig (1919), p. 174-190. Cemal Pacha fit publier un ouvrage (sous son
nom, mais réalisé par Wiegand), Alte Denkmäler aus Syria, Palästina und Westarabia,
Berlin (1918), avec des photographies d’Antioche : pl. 97, en bas, l’hippodrome ; pl. 98,
l’Oronte près d’Antioche. Wiegand s’est rendu à Antioche en 1917, du 14 au 18 juin, cf.
Th. Wiegand, « Denkmalschutz in Syrien », Klio 15 (1918), p. 5 et Halbmond im letzten
Viertel, Munich (1970), p. 258-259. Le Denkmalschutzkommando commandé par Wiegand
publia plusieurs ouvrages scientifiques sur les Antiquités de la Syrie-Palestine. C’est à
tort que G. Downey, History of Antioch, p. 674, lui attribue la découverte du théâtre de
Daphné, qui fut dégagé par des paysans, cf. V. Chapot, « Antiquités de Syrie du Nord »,
BCH 26 (1902), p. 163-164.
1
Ahmed Cemal (ou Djemal) Pacha (1872-1922) est un officier et homme politique turc. Il
fut nommé gouverneur avec les pleins pouvoir en Syrie-Palestine de 1915 à 1917. Il publia
un ouvrage de souvenirs, Memories of a Turkish statesman, 1913-1919, New York (1922),
plaidoyer pro domo où il n’y a aucune allusion à son action en faveur des Antiquités.
2
Joseph-François Michaud (1767-1839), principal rédacteur de la Biographie universelle
et auteur d’une Histoire des Croisades, en sept volumes (1812-1822), constamment
rééditée. En 1813, il est élu à l’Académie française. En 1830, à 63 ans, il s’embarque,
avec Poujoulat, pour l’Orient. Poujoulat entreprend seul les parties les plus difficiles
du voyage. Ainsi, il visite Antioche et la Syrie tandis que Michaud explore l’Égypte.
Les lettres sur Antioche, publiées dans le volume VII de la Correspondance d’Orient
(1830-1831), Paris (1835), sont adressées à Michaud. Downey a consulté une édition belge
sur laquelle je n’ai pu mettre la main, avec une tomaison et une pagination différentes
de l’édition parisienne, ainsi qu’un plan, tiré de l’Histoire des Croisades, qui n’y figure
pas. Ce plan est antérieur à leur voyage en Orient. B. Poujoulat publia sous son seul
nom Récits et souvenirs d’un voyage en Orient, Paris (18647, première édition 1848, non
vidi) : sur Antioche, p. 101-114.
3
Le Baron Emmanuel-Guillaume Rey (1837-1916) était un archéologue spécialiste de
l’architecture médiévale. Il embarqua le 22 août 1859 à la tête d’une mission chargée
d’étudier l’architecture militaire des croisés en Orient et, accessoirement, la topographie
de la tribu de Juda. Il s’était adjoint les services de Louis De Clercq (1836-1901), pionnier
de la photographie, archéologue et célèbre collectionneur (puis homme politique) qui
devait réaliser des photographies des fortifications. Les deux hommes se séparèrent à
Jérusalem, le 5 décembre 1869 : cf. R. Mayer (éd.), Louis de Clercq, Voyage en Orient,
Stuttgart (1989). De Clercq garda par devers lui ses clichés. Dans l’avant-propos à son
Étude historique et topographique de la tribu de Juda, Paris (1862), p. 1-2, Rey fait un
récit succinct de la mission de 1859, puis p. 20, après un bref rappel du début de leur
voyage, il retranscrit son journal pour la période qui va du 28 novembre 1859 (Jérusalem,
p. 20) jusqu’au 20 décembre, évoquant d’une phrase, in fine, son retour vers la ville sainte
(p. 131). La séparation d’avec De Clercq est rapportée aux p. 18-19, aux dates du 4 et du
5 décembre.
237
ture militaire médiévale, ou des antiquisants, comme Renan1, Fossey2 ,
Perdrizet3, Chapot 4 , ou Wiegand déjà cité. Dans la seconde moitié du
xixe siècle, des Européens s’installent en ville, peu nombreux. Parmi ces
derniers, il faut citer un ingénieur italien, Eugenio Toselli, qui réalisa
des fouilles peu avant 1900 dans le centre de la ville antique5. Au cours
de cette très longue période, alors que les monuments se dégradent, les
descriptions se font plus précises et scientifiques, tandis que se développe
la part des interprétations et des hypothèses.
1
Ernest Renan (1823-1892) ne s’est pas rendu à Antioche lors de sa célèbre mission en
Phénicie, comme le croit Downey, History of Antioch, p. 673, « 1860 ou 1861 », mais lors
d’un second voyage en Orient au cours duquel il découvrit Athènes, précisément du 24
au 30 janvier 1865. Son carnet de voyage en Syrie a été publié par J. Gaulmier, « Note
sur le voyage de Renan en Syrie », Bull. d’études Orientales 25 (1972), p. 229-237, repris
dans Autour du Romantisme de Volney à J. P. Sartre : Mélanges offerts à Monsieur le
professeur Jean Gaulmier, Paris (1977), p. 297-306 (et depuis dans le recueil J. Gaulmier
un orientaliste) ; cf. E. Renan et M. Berthelot, Correspondance, 1847-1892, Paris (1898),
p. 329, lettre datée d’Alexandrette (Iskendurum) le 22 janvier 1865. Rentré à Paris fin juin
ou début juillet, il présenta une communication sur le Charonion devant l’Académie des
Inscriptions et Belles-Lettres dès le mois d’août : cf. « Note sur les sculptures colossales
du mont Stavrin, à Antioche », CRAI (1865), p. 307-310. Les inscriptions recueillies par
Renan furent publiées par W. H. Waddington, Inscriptions grecques et latines de la
Syrie, Paris (1870), n° 2707-2712.
2
Charles Fossey (1869-1946), d’abord membre de l’École Française d’Archéologie
d’Athènes de 1894 à 1897, s’orienta ensuite vers l’Assyriologie. Il s’est rendu à Antioche
avec Paul Perdrizet.
3
Paul Perdrizet (1870-1938), membre de l’École Française d’Archéologie d’Athènes de
1893 à 1896, travailla à Delphes, en Macédoine, en Égypte. Professeur à Nancy, puis à
Strasbourg, il fut membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Sur Antioche,
Ch. Fossey et P. Perdrizet, « Voyage dans la Syrie du nord », BCH 21 (1897), p. 79 85,
pl. 3-4, qui, de plus, reproduit intégralement la communication de Renan citée plus haut.
4
Victor Chapot (1873-1954), membre de l’École Française d’Archéologie d’Athènes de
1899 à 1901, puis de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Il a publié le récit
de son séjour dans une revue populaire, « D’Alexandrette au coude de l’Euphrate », Le
tour du monde 79, n. s. 11 (1905), p. 136-140.
5
Toselli n’a rien publié que je sache et je n’ai trouvé aucune notice sur le personnage.
Ses fouilles et sa collection sont mentionnées par l’abbé Émile Le Camus (1839-1906),
Notre voyage aux pays bibliques, 3, Paris (1890), p. 44 ; p. 48, n. 1 ; p. 77, n. 2 ; p. 78. Il
fut l’hôte de Victor Chapot (cf. note précédente) à qui il adressa plusieurs inscriptions
d’Antioche dont certaines furent transmises à Perdrizet. Förster, « Skulpturen und
Inschriften von Antioch », JDI 16 (1901), p. 55, n° 3 publie une inscription qui lui fut
envoyée par ce même ingénieur. D’autres archéologues se sont rendus à Antioche, mais
n’ont semble-t-il rien publié de leurs voyages, ainsi Charles Texier, Fr. Imhoof-Blumer,
Graf von Lanckoronski avec Felix von Luschan (Photos disponibles sur le site Europeana,
creator, Luschan, Felix Ritter ; subject, Antiochia).
238
On attend des voyageurs qu’ils apportent des relations détaillées sur
les monuments et la topographie. C’est loin d’être toujours le cas. La
plupart des voyageurs n’effectuent que des séjours très brefs. Ils portent
un regard biaisé sur une ville qui pour la plupart d’entre eux est d’abord
celle où les fidèles du Christ prirent le nom de chrétiens.
Cette étude s’inscrit dans la continuité de celles consacrées à l’Antioche médiévale, et en miroir par rapport à la ville ottomane. Elle fait
le point sur les connaissances et la situation à la veille de la grande
fouille de 1932.
1. Les plans
Les plans dressés par quelques voyageurs donnent une idée générale
de la disposition de la ville, du tracé des murailles et de l’emplacement
relatif des monuments. Les légendes livrent parfois leurs noms. Ces plans
sont souvent approximatifs et mal orientés. Les récits des voyageurs
répètent souvent ces erreurs d’orientation. Beaucoup considèrent que
l’Oronte suit une direction est-ouest1. Tous les plans anciens et tous les
récits de voyage ne décrivent qu’un seul circuit pour l’enceinte urbaine.
Ils n’ont pas vu les restes du tracé « long » ou « extérieur » reconnu par
Christiane Brasse2.
1
Downey, History of Antioch, p. 611. On ne peut qu’acquiescer aux remarques de J.P. Callu, « Antioche la Grande : la cohérence des chiffres », MEFRA 109 (1997), p.
137, n. 58 : Downey, obnubilé par la mauvaise orientation des cartes, ignore ce qu’elles
apportent. L’erreur ne vient pas que de l’influence de Libanios ; sans boussole, il est
difficile, avec les montagnes qui cachent en partie le soleil, de s’orienter, cf. B. de
Monconys, Journal des Voyages de Monsieur de Monconys, conseiller du Roy en ses
conseils d’estat et privé, & lieutenant criminel au siège présidial de Lyon..., Paris (1665),
I, p. 366 : « ce rocher est si haut et si droit qu’il leur empêche de voir le soleil qu’il ne soit
près de midi ; et la plaine assez étroite, qui est au couchant de l’autre côté de la ville, est
bornée encore de montagnes si hautes, que le soleil s’y couche de fort bonne heure. »
2
« Von der Stadtmauer zur Stadgeschichte. Das Befestigungssystem von Antochia am
Orontes », Byzas 10 = Aktuelle Forschungen zur Konstruktion, Funktion und Semantik
antiker Stadtbefestigungen, Istanbul (2010), p. 261-282. Ce tracé correspond en partie au
« wall of Tiberius », sur la fig. 11 de Downey, History of Antioch. Lors d’une discussion
en marge du Colloque, Grégoire Poccardi, que je remercie, m’a dit qu’il avait essayé de
retrouver les restes de ce mur sur le terrain. Il n’en a vu que le départ, mal conservé sur
une seule assise. La suite aurait été détruite par les activités d’une carrière moderne.
239
Les plus anciens plans d’Antioche remontent au xive siècle, mais ils
correspondent à un état antérieur à 1268. Bien après, Pietro della Valle1
a accompagné sa description d’un petit croquis exécuté de mémoire
(titre : figura d’Antiochia fatta à mente ; cf. fig. 1). Il y a indiqué les
montagnes (monti et, à l’intérieur de l’enceinte, monti nudi), la planure
(piano), avec la ville « moderne » (habitations en forme de cabanes,
n°4). La partie plane de la ville est exagérément étendue par rapport à
la partie montueuse qu’il n’a pas visitée. La rue à colonnades (rue pavée de marbre, n°3) est curieusement dédoublée, avec un bassin (vivier
ou réservoir, n°2) en arrière de la porte de Saint-Paul (porte qui est à
l’orient, et par laquelle nous entrâmes, n°1), proche d’une tour qu’il
visita (la grosse tour, avec une chambre au-dedans, n°7). Il a dessiné
le cours de l’Oronte (n°6) et le pont (n°5).
Le plan levé par Pococke2 présente un net progrès, même s’il reste approximatif. L’auteur n’a pas effectué de relevés ni de triangulation, mais
il l’a dessiné à l’estime (fig. 2). Le plan est accompagné d’une échelle de
1 000 pieds. Il distingue bien les principaux éléments du relief (B, C, H,
I du plan) par des hachures et des effets d’ombrage, avec l’Oronte en bas.
Il indique par des interruptions dans le tracé de la muraille les portes
principales, à l’exception de la Porte du Chien, mais en ajoutant une
porte sur la montagne. Il distingue la « porte orientale appelée Babous,
proche de sources ». Il a représenté, par convention, la ville « moderne »
par un quadrilatère blanc (V). Il a aussi figuré le pont sur l’Oronte, celui
qui franchit le torrent méridional, et le pont-aqueduc situé plus haut
dans la même vallée. Dans la ville moderne, il indique, en direction de
la montagne, « la façade ruinée d’un très grand monument de briques,
appelé Prince » (L), qu’il date du ve siècle3, et peut-être une autre ruine
(l) : Pococke évoque, dans la ville, « ce qu’ils appellent la maison de
Saint Jean Chrysostome et de ses père et mère, (il) pense que c’était une
ancienne chapelle qui mesure(rait) environ vingt pieds carrés d’après
(ses) conjectures (...), construite en brique dans le même appareil que le
palais appelé Prince » (p. 192). Il n’a pas pu la voir de près, « car on ne
1
Viaggi di Pietro della Valle, Il Pellegrino, descritti da lui medesimo in lettere familiari,
all’erudit, sui amico Mario Schipano, parte terza [IV], Rome (1663), p. 433. Il passe à
Antioche en 1625.
2
A description of the East and some other countries, II, 1, Londres (1745), pl. XXVI,
p. 189.
3
Description, II, p. 190.
240
peut y pénétrer, car elle est habitée par une famille musulmane, avec les
épouses1 ». Les églises sont localisées, sur la montagne (sic), en N, O, et P.
La carte de Niebuhr2 est une carte muette, avec le cours de l’Oronte,
un plan de la ville ottomane, le tracé de l’enceinte, les routes, rues et
cheminements (fig. 3). Le tout ne semble pas très exact. Le plan édité par
Michaud (préparé et publié avant le voyage en Orient) reprend le tracé
de la carte de Pococke (jusqu’au détail du bâtiment « appelé Prince »
avec une légende légèrement différente adaptée à son sujet3).
De tous les plans examinés ici, celui de Rey4 semble le plus exact et
c’est, de loin, le plus détaillé (fig. 4). Le relief est rendu par des courbes
de niveau, des hachures, des escarpements et des ombrages. Malheureusement, il n’y a aucune indication d’altitude. La couverture végétale
est indiquée : bois, jardins, prairie sont distingués par des graphismes
différents et colorés en vert. La ville et les bâtiments ottomans sont en
rouge (casernes et bâtiment anonyme sur la rive droite de l’Oronte), avec
l’indication de cinq mosquées. Les cours d’eau sont indiqués en bleu et
les cheminements en marron. Le tracé de l’enceinte est particulièrement
soigné, avec indication des tours et des poternes préservées, le tracé
hypothétique figure en pointillés. Rey indique en toutes lettres la Porte
Saint-Paul, la fontaine Saint-Paul, le cimetière latin (église Saint-Luc5),
Bab-el-Zeitoun (Porte des Oliviers), la Porte Saint-Georges et une fontaine proche de cette porte, le « Pont ruiné », en avant de cette porte,
l’aqueduc, le cimetière musulman. Les légendes des lettres majuscules
et minuscules qui figurent sur le plan sont à chercher dans le texte 6 : A,
Porte du Pont; B, Porte Saint-Georges, et b, pont ruiné (supra) ; C, tour
pentagonale ; D, réservoir circulaire, et dans la forteresse r, ruines de
bâtiments d’époque franque, et s, citerne de la forteresse ; E, tourelle
ronde (époque franque), et les poternes a et b ; F, monastère Saint-Paul;
d, Tour des Deux Sœurs ; e, la tour la plus élevée de ce secteur où Bo1
Description, II, p. 192.
2
C. Niebuhr’s Reisen durch Syrien und Palaestina, nach Cypern und durch Kleinasien
und die Türken, Hamburg (1837), pl. II (in fine dans l’exemplaire que j’ai consulté, face
à la page 12, d’après Downey, History of Antioch, p. 607). Le jugement de Downey sur
l’exactitude de Niebuhr par rapport à Pococke doit être très fortement nuancé.
3
Histoire des Croisades, I, Paris (1812), hors-texte, à la fin de la seconde partie, avec les
explications p. 567-568.
4
Étude, pl. XVII.
5
C’est l’église Saint-Jean des autres voyageurs et, aujourd’hui, la grotte Saint-Pierre.
6
Étude, p. 185-202.
241
hémond aurait déployé sa bannière ; f, tour en avant de la forteresse où
se sont affrontés chrétiens et musulmans.
Le plan de Förster1 marque un recul évident : les tracés sont approximatifs et les dimensions et les distances complètement fausses (fig. 5). Il n’a
fait que reprendre le fond de carte de Cernik dessiné pour le Baedeker.
Il indique, en revanche, plusieurs monuments dont on ne trouvait pas
mention dans les plans précédents (théâtre, cirque, ruine à proximité
du cirque2 , ruines d’un des ponts de l’île). Il localise le Charonion et la
chapelle Saint-Jean.
Le plan de l’abbé Le Camus3 mérite une mention particulière (fig. 6).
C’est à la fois un plan restitué, inspiré par Müller et critique par rapport
au modèle, et un plan de voyageur où il indique les ruines qu’il a vues
sur place : il combine donc hypothèses et realia. Les contours présentent une parenté certaine avec le plan de Rey, mais ni le détail du tracé,
ni les dimensions ne correspondent exactement. Je serais tenté d’en
attribuer la paternité à l’ingénieur Toselli qui a levé un plan de Séleucie
pour Chapot 4. Il faut, pour distinguer les ruines des interprétations, se
référer au texte très verbeux du bon abbé. Il indique un réseau de murs
ruinés à proximité de la ville moderne, entre la rue à colonnades et le
fleuve5. Le Nympheum et l’église octogonale correspondent sur le terrain à deux tumuli6. Il marque les ruines d’un pont sur le bras actuel de
l’Oronte, vers le nord-ouest de l’île7. Dans l’île, il place, mal, les ruines
du cirque et du « temple ». Il marque la porte de Saint-Paul, qu’il a vue
très endommagée8 , avec à proximité la fontaine Saint-Paul, les ruines
1
Richard Förster, « Antiochia am Orontes », JDI 12 (1897), pl. 6.
2
Cette structure correspond à une « ruine » décrite par Emily A. Beaufort, Egyptian
sepulchres and Syrian shrines... , Londres (1862), p. 312-313 (avec un plan) et que
Le Camus, Notre voyage, III, p. 71, considère comme des thermes. C’est le « temple »
dans la littérature archéologique contemporaine.
3
Ce plan hors-texte, en couleur, ne figure que dans la première édition de Notre voyage,
III, Paris (1890). Il est reproduit en noir et blanc dans le Dictionnaire de la Bible (dirigé
par F. Vigouroux, compagnon de voyage et dédicataire de l’ouvrage de l’abbé), I, Paris
(1912), s.v. « 2 Antioche », col. 679-680, fig. 171, ainsi que dans l’ouvrage du Lt.-colonel
Jacquot, Antioche, centre de tourisme, II, Antioche (1931), p. 224.
4
« Séleucie de Piérie », MSAF s. 7, 6 (1907), p. 153, n. 3, et pl. 1. Sur Toselli, cf. supra.
5
Notre voyage, III, p. 78.
6
Notre voyage, III, p. 78.
7
Le même que celui qui figure sur le plan de Förster.
8
Notre voyage, III, p. 72-73.
242
de l’église du même nom, une grotte, et les eaux de Saint-Paul qui se
déversent vers l’extérieur (tracé discontinu). Près du cimetière latin, le
long du torrent, il trace une ruine de mur qu’il attribue à Séleucos1. Il
situe l’emplacement supposé du théâtre à l’endroit « d’un enfoncement
semi-circulaire2 ». Le temple de « Jupiter Céraunus » correspond à
la citerne circulaire en avant de la forteresse3. Le Charonion est mal
positionné, mais Le Camus l’a cherché, en vain, sur le mauvais versant
de la montagne4. Enfin, il a retrouvé des traces de dallage en porphyre,
entre les casernements et le palais d’Ibrahim Pacha, dans l’axe de la rue
à colonnades5. En raison de cette découverte, et d’après une hypothèse
de Toselli, Le Camus marque deux portes dans le mur sud et trace deux
rues à colonnades (comme sur le plan de Della Valle, mais dans ce cas
il semble s’agir d’une erreur) : la rue de Tibère et la rue d’Hérode.
2. Les monuments
Tous les voyageurs mentionnent le mur d’enceinte même si parfois ils
ne l’ont vu que de loin6. Ils n’ont vu la muraille que dans son dernier état,
c’est-à-dire après des remaniements médiévaux7, mais certaines parties et
le tracé semblent remonter à l’époque hellénistique. Plus on avance dans
le temps, plus ils font état de destructions8 et plus les descriptions se font
précises. Ils n’ont vu qu’un seul tracé qui suit une ligne de défense tirant
1
Notre voyage, III, p. 75. Peut-être plutôt un mur de canalisation ?
2
Notre voyage, III, p. 55.
3
Elle n’est pas très bien placée sur le plan. Pour l’identification de ces ruines cf.
F. R. Chesney, Expedition for the survey of the rivers Euphrates and Tigris..., I, Londres
(1850), p. 425.
4
Notre voyage, III, p. 47.
5
Notre voyage, III, p. 67.
6
Une seule exception, remarquable : Israel-Joseph Benjamin II, « voyageur et auteur, demeurant à Faltischam (Moldavie) », Cinq années de voyage en Orient, 1846-1851, Paris
(1856), p. 31, ne parle, brièvement d’ailleurs, que de la communauté juive d’Antioche,
sans mentionner rien d’autre. Il n’est pas cité par Downey.
7
Rey, Étude, p. 185 et 190.
8
Pococke, Description, II, 1, p. 190 ; A. Parsons, Travels in Asia and Africa..., Londres
(1808), p. 71. Mais les destructions les plus spectaculaires eurent lieu à l’initiative
d’Ibrahim Pacha pour construire la caserne et le Palais au moyen de blocs récupérés à
l’explosif dans la muraille, cf. J. Barker, Syria and Egypt under the last five sultan, II,
Londres (1876), ouvrage posthume, p. 222-224, W. F. Ainsworth, A personal narrative
of the Euphrates expedition, I, Londres (1888), p. 70. Ce dernier relate que le buste d’un
empereur romain trouvé à cette occasion fut offert à Barker, consul d’Angleterre à Alep.
La collection de John Barker, surtout des antiquités égyptiennes, fut dispersée à Londres,
243
avantage du relief accidenté de la montagne. Pourtant, le plan moderne
montre qu’il y a bien eu deux tracés sur la montagne1. L’enceinte suivie
par les voyageurs correspond au circuit intérieur (plus court) par Demir
Kapı (Bab el Hadid), la Porte de Fer. Rey suppose que le tracé court,
sur la montagne, correspond à un tronçon construit par Justinien sur le
torrent Onopniktès2. Le tracé élargi pourrait correspondre aux travaux
de Théodose II.
Avant Pococke, aucun voyageur ne prend la peine de nommer aucune
porte ou n’en connaît le nom. Pococke rapporte, d’après la tradition
locale, le nom de la « porte orientale », Bablous, qu’il prend pour une
déformation de Babylone3. Il est aussi le premier à rapporter le nom
de la Porte de Fer qu’il décrit longuement 4. Ce n’est qu’à la toute fin
du xviiie siècle que W. G. Brown désigne la même porte par son nom :
« J’entrai dans Antioche, aujourd’hui Antaki, par Bab-Bolus, la Porte
de Saint-Paul5 ». Cassas, dans les légendes de ses planches, nomme
successivement la Porte du Pont, la Porte de Médine (Porte de SaintPaul) et la porte dite de Fer6. Les noms des cinq portes principales ne
sont donnés que par Poujoulat qui les a trouvés chez les chroniqueurs
des croisades7. Les formes arabes, ou arabisées, trahissent une utilisation autochtone qui, au moins pour la Porte de Saint-Paul, remonte à
l’occupation chrétienne.
Une forteresse de forme à peu près triangulaire domine, au sud, le ravin
de la Porte de Fer. Elle aurait été édifiée à la fin du xe siècle, et remaniée
à l’époque des croisades, peut-être à l’emplacement de l’ancienne acrochez Sotheby’s. Mauvais état de la porte Saint-Pierre après le tremblement de terre de
1872 : Le Camus, Notre voyage, III, p. 72-73.
1
Brasse, in Byzas 10, Istanbul (2010), p. 264, Abb. 2.
2
Étude, p. 191 ; cf. Procope, De Aedificiis, II, 10, 16.
3
Description, II, 1, p. 190 : « called Bablous ». La déformation du nom et la fausse étymologie confirment qu’il s’agit d’une tradition locale.
4
Description, II, 1, p. 189 : « it is called the iron gate », et pl. XXXVII, C-D ; encore
p. 191.
5
Travels in Africa, Egypt, and Syria, from the year 1792 to 1798, Londres (1799), p. 390.
6
Voyage pittoresque de la Syrie, de la Phénicie, de la Palestine, et de la Basse-Égypte,
Paris (an VII, 1799), pl. 3, 5 et 6, 9.
7
Michaud et Poujoulat, Correspondance, VII, p. 106-111, où il donne le nom arabe de
la porte du Pont, p. 119, bab Gessr, dont la banalité ne permet aucune conclusion et,
p. 111, celui d’une porte sur la montagne, bab Zetoun, « porte des Oliviers ». Chesney,
Expedition for the survey, p. 427, donne les noms arabes de quatre portes.
244
pole ou d’un ancien bastion. Raymond d’Agiles l’appelle « Colax 1 ». On
connaît le nom d’une tour par les chroniqueurs des croisades : la Tour
des Sœurs, livrée par trahison à Bohémond par l’Arménien Firouz. Rey
propose la tour « d » de son plan 2.
Il est difficile de déterminer à quand remonte le pont sur l’Oronte,
mais sa correspondance avec la porte du même nom laisse supposer
que le pont est, au plus tard, contemporain de l’aménagement de cette
partie de la muraille3. Le pont est rarement décrit. Les ruines d’un autre
pont, à l’extrémité de l’île, ne sont guère mentionnées que vers la fin
du xixe siècle4.
Pietro della Valle décrit la rue dallée qui va de la Porte de Saint-Paul à la
ville ottomane5. Sur le petit croquis déjà mentionné, il la dédouble. Cette
avenue figure aussi sur le plan de Pococke. L’abbé Le Camus restaure
deux rues à colonnades parallèles 6. Il a vu des éléments architecturaux
de la rue principale dégagés par des travaux agricoles ou des carriers.
Peu après la première guerre mondiale Weulersse a vu encore en place
les ruines d’un tétrapyle 7.
Les voyageurs mentionnent quelques églises plus ou moins ruinées.
L’église Saint-Paul (parfois attribuée à saint Pierre ou à Pierre et Paul),
près de la porte du même nom, est associée à une source et une grotte.
Même en ruine, elle est encore en activité et sert, à l’occasion, d’église
patriarcale, mais semble être tombée en désuétude au cours du xixe
1
Rey, Étude, p. 185, d’après Ibn Ferat : « à la suite du tremblement de terre de 976 » ; et
p. 190 : « a remplacé l’acropole antique ». Il existe un bastion du même genre au sommet
du Bübüldag, à Éphèse, qui ne correspond certainement pas à une ancienne acropole.
2
Étude, pl. XVIII, discussion des sources, p. 196-197. Michaud et Poujoulat, Correspondance, VII, p. 132-134, proposent une autre localisation, plus bas dans la pente.
3
A. Parsons, Travel, p. 71-72 ; W. M T homson, Missionary herald 37 (1841), p. 237, pour
la nature du pavage.
4
Le Camus, Notre voyage, III, p. 76 ; Förster, JDI 12 (1897), p. 132 et plan ; Baedecker,
Palestine et Syrie, Leipzig-Paris (19124), p. 383.
5
Voyages de Pietro della Valle, gentilhomme romain, dans la Turquie, l’Égypte, la Palestine, la Perse, les Indes orientales, & autres lieux, nouvelle édition, revuë, corrigée
& augmentée, VIII, Paris (1745), p. 129.
6
Notre voyage, III, plan. Il s’en explique p. 57, 62-63, 67, 74.
7
« Antioche. Essai de géographie urbaine », Bull. études orientales 4 (1934), p. 48 ; p. 47,
croquis V.
245
siècle1. La source canalisée alimentait un bassin, le long de la rue à
colonnades, en arrière de la Porte de Saint-Paul2.
L’église troglodytique Saint-Jean (l’actuelle église Saint-Paul) est associée à une source sacrée. D’après sa position, près du cimetière latin, au
débouché de la vallée de la Porte de Fer, je suppose qu’elle correspond
à l’église Saint-Luc chez Rey3.
Les ruines de l’église Saint-Georges se trouvaient près de la porte du
même nom, en dehors de l’enceinte, près d’une source4.
Les missionnaires du milieu du xviie siècle signalent, sans donner
la moindre précision, et comme une sorte de rumeur, qu’une église
d’Antioche aurait été transformée en mosquée. Cette information imprécise dans un contexte apologétique ne semble mériter aucun crédit.
Cependant, Lycklama a Nijeholt écrit que la Grande Mosquée (apparemment Habîb-en-Nedjar5) serait une ancienne cathédrale consacrée à
Saint-Jean 6. Un peu plus tard, Le Camus pense que des chrétiens sont
enterrés sous cette même mosquée Habîb-en-Nedjar dont il décrit la
crypte, qu’il n’a pas pu voir, d’après M. Toselli.
Les trois églises anciennes sont bâties à proximité de sources. Les
qualités de l’eau de Saint-Paul, vantées par Parsons7, semblent leur
conférer le statut d’hagiasma. C’est aussi, semble-t-il, le cas de la source
1
Pietro Della Valle, Voyages, VII, p. 130 (rapide mention) ; J. Goujon, Histoire et voyage
de la Terre-Sainte, Lyon (1670), p. 26 ; Pococke, Description, p. 192 (en N sur le plan) ;
Drummond, Travels in different cities... , Londres (1754), p. 223 (gravure) ; Parsons,
Travels, p. 70 ; Rey, en F sur le plan ; Le Camus, Notre voyage, III, p. 73.
2
Della Valle, Voyages, p. 128 ; Monconys, Journal, I, p. 366 ; M. de la Roque, Voyage
de la Syrie et du Mont Liban..., Amsterdam (1723), p. 202 ; Ch. Perry, A view of the
Levant, Londres (1743), p. 142 ; Poujoulat, in Michaud et Poujoulat, Correspondance,
VII, p. 110.
3
Goujon, Histoire et voyage, p. 26 ; Heyman, in J. Ae. van Egmond et J. Heyman, Travels
through part of Europe..., II, Londres (1759), p. 326-327 ; Pococke, Descriptions, p. 192 ;
Drummond, Travels, p. 223 ; R ey, Étude, p. 203, cf. pl. XVIII ; E. A. Beaufort, Egyptian
sepulchres, p. 311.
4
Poujoulat, in Michaud et Poujoulat, Correspondance, VII, p. 131 ; Lycklama a Nijeholt,
p. 324.
5
La « Grande mosquée » proprement dite correspond à un autre lieu de culte, plus près
du fleuve.
6
Voyage en Russie, au Caucase et en Perse..., IV, Paris, Amsterdam (1875), p. 318.
7
Travels, p. 70.
246
de l’église Saint-Jean1. Buckingham décrit deux autres sources sacrées :
l’une est appelée Ain-el-Omra et l’autre se trouve dans « une caverne
à l’intérieur de l’agglomération » et « est célèbre pour rendre féconde
les femmes stériles ou ouvrir les fontaines de vie aux accouchées qui
n’ont pas de lait2 ».
Le Charonion, deux sculptures taillées dans le rocher, n’a été reconnu
que fort tard, lors de l’expédition du colonel Chesney. Ernest Renan, qui
cite intégralement Chesney, en fit une étude détaillée devant l’Académie
des Inscriptions et Belles-Lettres. Cette communication fut reprise à
son tour dans son entier par Ch. Fossey et P. Perdrizet dans un article
du BCH qui discutait l’interprétation proposée par Renan 3.
Deux autres monuments, qui comme le Charonion sont toujours visibles
aujourd’hui, n’apparaissent que tardivement dans les descriptions d’Antioche : le cirque et le « temple »4. En revanche deux autres bâtiments
ruinés ont disparu : la prétendue maison de saint Chysostome, une ruine
en forme de dôme ou demi-dôme5, et un monument que Pococke désigne
sous l’appellation de « Palais » ou « Prince ».
Pococke décrit longuement les aqueducs qui alimentaient Antioche
depuis les sources de Daphné. Il a reconnu le tracé de deux conduits6.
Les voyageurs décrivent parfois un bassin circulaire en avant de la
forteresse. Celui-ci sera plus tard identifié à l’autel de Zeus Kéraunios7.
Certains signalent la citerne de la forteresse et les citernes installées
au-dessous des tours du mur d’enceinte.
Les mentions de ruines de faubourgs sont vagues et inutilisables.
Un pasteur protestant en a vu tout le long de la route entre Daphné et
1
J. Goujon, Histoire et voyage, p. 26.
2
Travels, p. 556.
3
Fr. R. Chesney, The expedition, p. 425 ; Renan, CRAI n.s. I (1865), p. 307-310 ; Ch. Fossey
et P. Perdrizet, BCH 21 (1897), p. 79 85.
4
Lycklama a Nijeholt, Voyage, p. 324 ; Le Camus, Notre voyage, III, p. 70-71 ; E. A. Beaufort, Egyptian sepulchres, p. 313.
5
Outre Pococke déjà cité, Poujoulat, in Michaud et Poujoulat, Correspondance, VII,
p. 201, dit qu’on lui a montré « les restes en briques » de cette maison. Je pense qu’il s’agit
de la coupole décrite par Monconys, Journal des voyages, I, p. 365, et du demi-dôme
rapporté par Heyman in Egmont et Heyman, Travels, II, p. 325.
6
Description, II, 1, p. 170-171.
7
Explication dans Chesney, Expedition for the survey, I, p. 425.
247
Antioche. Le site de Daphné n’est pas décrit avant Pococke 1. Heyman,
vers 1708, venant d’un village appelé Chekkin, a copié à Daphné des
inscriptions dans les ruines d’une église, au bord du chemin qu’il suivait
vers Antioche2. Ces inscriptions, avec leur provenance exacte, ont été
copiées à nouveau par Arthur Pullinger, un marchand anglais résidant
à Alep de 1725 à 1739, qui est le premier à avoir identifié le site, pour
autant qu’on le sache. C’est certainement lui qui l’a indiqué à Pococke3.
Un missionnaire, le frère Leandro di Santa-Cecilia (voyage effectué
en 1734) semble en avoir eu connaissance, mais ne s’y est pas rendu 4.
Poujoulat évoque des restes antiques près des sources5. Le théâtre de
Daphné avec des statues qui le décoraient a été dégagé par des paysans
vers 1900.
Conclusions
Tous les monuments énumérés ci-dessus constituent des entrées, ou
des compléments d’entrées, possibles pour le LTA. La moisson n’est pas
bien abondante.
Les récits des voyageurs marquent des jalons dans la connaissance
de la ville antique. La visite de Pococke marque un tournant important
dans cette perspective. Il a essayé de donner une description complète
des ruines, accompagnée d’un plan. Le dix-neuvième siècle marque une
seconde étape qui annonce les recherches menées à l’époque du mandat
français. Cette période s’ouvre et se ferme sur des fouilles archéologiques
dont on ne sait pratiquement rien. Les plus anciennes furent exécutées
1
Description, II, 1, p. 193.
2
Egmont et Heyman, Travels, II, p. 320-321. Il copie les inscriptions IGLS, IIIa, 746-747,
revues et copiées par Pullinger (note suivante) qui doivent être rendues à Beit-el-Ma.
3
Th. Drew-Bear, Chr. Naour et R. S. Stroud, Arthur Pullinger: an early traveler in Syria
and Asia Minor, TAPhS 75, 3 (1985), p. 30, n’ont pas compris l’importance des copies
et des notes de Pullinger pour l’identification de Daphné ; et sur ses liens avec Pococke,
p. 2.
4
Leandro di Santa-Cecilia, Persia overro secondo viaggio di F. Leandro di Santa Cecilia, carmelitano scalzo dell’Oriente, scritto dal medesimo e dedicato a sua Altezza
Serenissima il principe Carlo, arciduca d’Austria, Roma (1757), p. 7. Leandro voyage
avec des marchands français et le consul d’Alep qui ont dû l’informer sur les antiquités
d’Antioche.
5
Michaud et Poujoulat, Correspondance, VII, p. 204 : « à côté de la plus profonde fontaine de Beit-el-moié, on remarque des débris massifs appartenant à un édifice des âges
reculés ».
248
à la demande de Joseph Rousseau1, consul de France à Bagdad et de
Félix Lajard en 1817-18182. Les dernières furent effectuées par Toselli3.
Les « fouilles clandestines » et le ramassage d’objets semblent prendre
de l’ampleur en même temps que se constitue une première collection
publique déposée dans l’ancien palais d’Ibrahim Pacha 4.
Les voyageurs ne décrivent que très brièvement la ville orientale
dont les monuments retiennent peu leur attention. Ils sont pourtant
des témoins indispensables de l’évolution de la ville, de ses ressources
économiques et artisanales et du paysage urbain. L’espace bâti semble
avoir peu évolué avant la toute fin du xixe siècle.
1
Lointain parent de Jean-Jacques Rousseau, il avait rencontré Lajar à l’occasion de la
mission Gardane, envoyée en Perse par Napoléon en 1807. Bien que nommé à Bagdad,
c’était une rétrogradation ; il était resté à Alep en 1818, cf. R. D ussaud, « La contribution
de Henri Dehérain à l’histoire de l’activité scientifique française en Syrie », Syria 23
(1942), p. 261.
2
Recherches sur le culte public et les mystères de Mithra en Orient et en Occident, Paris
(1867), p. 147, à propos d’un morceau de sceau-cylindre retrouvé pendant ces fouilles.
3
Les fouilles de Toselli sont rapportées par Le Camus, Notre voyage, III, p. 48, n. 1 ; 77,
n. 2 ; 78.
4
Avant 1918, cette collection est composée de deux sarcophages et d’une statue d’orateur.
Le premier sarcophage a été découvert ca 1880, à la suite d’une crue de l’Oronte : cf.
E. Babelon, « Sarcophage romain trouvé à Antioche », Gazette Archéologique 10 (1885),
p. 233-325, pl. 28-29. Le second sarcophage vient de Séleucie, Le Camus, Notre voyage,
III, p. 67 ; ou de Daphné selon Förster, « Skulpturen von Antiochia », JDI 13 (1898),
p. 187. Sur l’ensemble : Förster, JDI 13, p. 183-188, 2-4.
249
Fig. 1. Pietro Della Valle 1663, p. 433.
250
Fig. 2. Pococke 1745, pl. XXVI, face à p. 189.
251
Fig. 3. Niebuhr 1837, pl. II.
252
Fig. 4. Rey 1871, pl. XVII.
253
Fig. 5. Förster 1897, pl. 6.
254
Fig. 6. Le Camus d’après Jacquot 1931.
255
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259
Preliminary results of the recent archaeological
researches in Antioch on the Orontes and its
vicinity
Hatİce PAMİR
Mustafa Kemal University1
A
ncient Antioch and its territorium were located in the modern
Antakya, Samandağ, Yayladağı, and Altınözü districts of
Hatay Province in Turkey. Four different geographical zones
comprised the ancient topography of Antioch: The Amuq Valley, The
Highland Zone known as Kuseyr Plateau, The Lower Orontes Valley,
and the Orontes Delta.
Systematic archaeological researches were conducted in the area by
different expeditions during the 1930s. The most well known excavations in the 1930s, the Franco-American expedition under the auspices
of Princeton University and the Louvre Museum, supporting the
« Committee for the Excavation of Antioch and its Vicinity », carried
out the excavations in and around Antioch (modern Antakya), Daphne
(Harbiye) and Seleuceia Pieria (Samandağ). Excavations in Antioch were
interrupted by the tensions of the Second World War and the changing
political status of Antakya/Hatay. Antakya, Samandağ, Altınözü and
Yayladag were districts of the Sanjak of Alexandrette in the French
mandated territory between the years 1918-1938, and then of Hatay
State between 1938 and 1939.
Although for eight years the results of excavations and investigations
in Antioch (Modern Antakya) and its vicinity —Daphne (modern Harbiye), Seleuceia Pieria (Samandağ) and part of the Amuq Valley —were
extremely rich, systematic investigation was stopped until 1995. The first
systematic investigations, namely the Amuq Valley Regional Projects,
1.
Assoc. Prof. Dr. Hatice PAMİR, Mustafa Kemal University, Faculty of Science and
Arts, Department of Archaeology, Tayfur Sokmen Campus 31040 Antakya/HATAY
TR. E-mail haticepamir@gmail.com.
260
were launched on the Amuq Plain by K. A. Yener from the Oriental
Institute of Chicago. Systematic investigations were started and carried
out in Antioch and its vicinity, including modern Antakya, Samandağ,
Altınözu and Yayladagı, by the Orontes Delta Archaeological Project
(hereafter ODAP) in 1999 as part of the Amuq Valley Regional Projects,
under the auspices of the Oriental Institute of Chicago and Mustafa
Kemal University. In 2002, ODAP became an independent project of
Mustafa Kemal University and has continued to the present.
The aims of the project are:
1) to collect basic archaeological-historical and environmental data,
2) to determine settlement patterns from the Bronze Age to the Islamic
period in the Delta, the Lower Orontes Valley and the Kuseyr Plateau
(Highland Zone),
3) to prepare a topographical map of the archaeological remains of Seleuceia Pieria and Antioch by documenting and analyzing the city walls,
architectural remains, rock monuments, surviving monuments, water
supply system and necropolis.
The first phase of the ODAP was carried out in 1999-2001. It focused
on the Delta region and surrounding mountainous slopes and on the
Lower Orontes Valley. A total of 109 sites were registered. In addition,
a geomorphologic survey was conducted to identify the changes in
the Mediterranean coastline. On the main settlements Al Mina and
Sabuniye, which are on the northern bank of the Orontes, an intensive
archaeological survey was carried out in order to evaluate the extent
of the site through the preparation of a topographic map of the sites.
Seleuceia Pieria, in the northern end of the Delta region, was the port
city of Antioch and the Eastern Mediterranean through the Hellenistic
period to the Roman times. Its architectural monuments were documented.1 The preliminary report of the first phase was published in 2005. 2
The second phase of investigation started in 2003 and focused on
Antioch and Seleuceia Pieria.3 Research was carried out on the urban
1
Pamİr 2001.
2
Pamİr 2005.
3
The Project has been supported by different foundations : Ministry of Culture and
Tourısm of Turkey, Mustafa Kemal University Research Foundation, ARIT (American
Researche Institute at Ankara), Thyssen Stiftung (Germany) between 2005 and 2008.
Projects carried out by collaboration : Prof Dr Gunnar Brands and his team members
261
topography of Seleuceia Piera and Antioch, on the documentation and
architectural analysis of the remains of the cities, and the rural settlement pattern and site distribution in the research area. This preliminary
report contains the brief results of the research on the urban landscape of
Antioch. The project on Antioch was started in 2003 and is still ongoing.
This paper aims to give brief results of the archaeological surveys on
the ancient topography of Antioch.
The major goal of the research on Antioch is to document surviving
monuments in order to understand the city’s development from the
Hellenistic polis until the Late Antique metropolis. The archaeological
research on ancient Antioch was based on the data of the Franco-American expeditions conducted in the 1930s. The absence of a reliable map
of the city has proved to be a major hindrance to previous investigations of the city. Most of the maps were based on the ancient records.
To eliminate the problem and to yield an up-to-date basis for further
research, a geodetical team examined the city’s complex morphology to
establish a principal coordinate system for architectural and geophysical
surveys. The map was produced by the geodetical team and is based on
the current archaeological research on Mounts Silpius and Staurin and on
the flood plain of the Orontes. In total 355 archaeological remains were
documented. The preliminary reports of each year’s field campaigns
were presented and published briefly in Araştırma Sonuçları Toplantısı
organized by the Ministry of Culture and Tourism.1
The ancient built-up area of Antioch extends onto Mounts Silpius and
Staurin and the flood plain of the Orontes River. While the preserved
remains of the city are exposed on Mounts Silpius and Staurin, most
of the remains on the flood plain were covered by the build-up from
long-term erosion and then modern settlement occupation. One of the
visible remains from the ancient city is its fortification walls. The survey focused on preliminary documentation of more than 8 kilometres
of wall preserved (in distinctly varying conditions) on Mounts Silpius
and Staurin as well as in the lower city, including the Orontes island
(Basileia). The documentation of the city walls was carried out by the
between 2004 and 2008, architectural analysis of the city walls; Prof Dr Matthias
Döring and his team members between 2006 and 2008, water supply system of Antioch;
Prof Dr Ullrich Weferling and his team members between 2004 and 2008, geodetical
work on the topographic map of Antioch and Seleuceia.
1
Pam İr , Brands 2006; Brands, M eyer 2006; Pam İr , Brands 2007; Pam İr , Brands,
Çev İr İcİ 2008; Pamİr, Brands, Nishiyama 2009; Pamİr 2011.
262
architectural team.1 These investigations extended 100 metres beyond
the walls to document such structural remains as residential and nonresidential buildings, road networks, cisterns and related water installations, quarries, tombs, and dispersed remnants of the fortifications.
The city was fortified with bastions and towers, connected by curtain
walls. The remains are built with opus caementicium, opus quadratum,
opus mixtum on Mt Silpius, with opus quadratum, opus mixtum and
polygonal wall technique on Mt Staurin, which indicates city expansion
in different periods. The investigations revealed two city walls to the
north, the inner city walls on Mounts Silpius and Staurin and the outer
city walls on the Staurin plateau. 2
The preserved line of the inner city walls in the area of Mt Silpius is
ca. 3 km length, and its south end is fortified with a powerful hexagonal
tower. The city walls connect to the so-called Middle Byzantine castle
on the northern part of Mt Silpius at its highest point. The castle consists of several walls and building structures in different construction
techniques, which in turn points to different phases. On the northern
side of the castle, the wall, referred to as the North Wall, proceeds in
extremely steep, rugged terrain. Over this 500 m long stretch the North
Wall overcomes a vertical drop of 275 m and connects with the so-called
Iron Gate (modern Demirkapı). The Iron Gate is the biggest and most
prominent single building in the city wall and is located in the Parmenius
gorge (Hacıkürüş Deresi). This structure served several functions: as
part of the fortification walls in the river gorge, as a city gate, and as a
device for regulating the hydraulic engineering of the Parmenios stream.
It also carried the circuit wall across the ravine. It has clearly undergone
several stages of reconstruction and repair, as the preparations of a photogrammetrical survey revealed. The building is clearly linked to the
water management system of the city by means of several aqueducts and
basins which have been detected. Both structural details and different
construction techniques indicate several phases of building: on the outer
side of the gate, opus mixtum —limestone blocks and bricks —; on the
city-side wall, in the lower range, opus africanum; while the outer side
and the upper part of the wall consist entirely of spoiled (reused) blocks.
The Iron Gate figured prominently among Justinian’s building activities
1
This work was codirected by G. Brands and Chr. Brasse between 2004 and 2008.
2
Brasse 2010.
263
after the Persian sack of 540 as described by Procopius in his account
of the emperor’s building policy (De aed. 2, 10, 5ff.).1
The North Wall continues and rises steeply uphill to Mt Staurin from
the Iron Gate structure. It was built in opus mixtum in alternating bands
(four to five courses of small-sized limestone blocks, five courses of
bricks). The wall rises up from steep slopes by making a meander and
extends to the top of the mountain, where there remains for the most
part the opus caementicium core of a small retaining wall. The wall
continues on the Staurin plateau and joins a prominent round tower built
with large sized ashlar blocks. After the round tower, the wall changes
its direction, continues along Mt Staurin ca. 1,4 km to the northwest
direction and then gets lost in the walls of the modern settlement.
The outer city wall was discovered during the survey investigations
on Mt Staurin. Its length is ca. 2,3 km and it lies ca. 400 m east of the
inner wall on that mountain. The wall, in very poor condition, begins
at the highest point of the rocky outcrops of Mt Staurin to the southeast.
It proceeds following the ridge of the mountain to the south-east and
then sharply turns southeast-northwest in direction. Very little of the
wall’s construction can be seen. It consists of mainly large polygonal
limestones. The polygonal wall, with a few courses remaining, continues
ca. 200 m and joins a wall in opus caementicium with small limestone
blocks. This wall follows the ridge of the mountain in the northwestsoutheast direction and surrounds the Staurin plateau and then turns to
the west and is lost on the west slope of the mountain. Another existing
polygonal wall was documented on the slopes of Mt Staurin facing
the Parmenios gorge and the west skirts of the mountain. In addition
some polygonal wall remains were discovered on the western slopes of
Mt Silpius nearby Habib Neccar Sultan Makamı. The polygonal walls
were documented mainly on hard topographical conditions such as slopes
and terraces, the rest are on part of the outer city walls and the skirts of
Mt Staurin. The presence of the polygonal wall suggests an early period
such as the foundation of the city, but may also point to the imitation of
a traditional wall technique during Roman times. The similar polygonal
wall in Seleuceia Pieria is dated to the early Hellenistic period of the
city.2 In Antioch the use of polygonal walls is likely to have extended
through the Hellenistic period to Roman times.
1
Downey 1966, p. 655.
2
Mc Nicoll 1997, p. 89 ; Pamİr 2001, p. 170-174.
264
The geophysical survey was carried out on the 2,25 hectares of the
Staurin plateau. It has yielded the three side walls of a rectangular
construction. In addition, a transect survey was carried out on the
geophysical survey area.1 The preliminary results of the survey are as
follows. In relation to the density of ceramic located across the entire
area, towards the northeastern and southeastern edge of the area less
samples were yielded than from the other parts of the area.2 Those parts
possibly were outside of or on the periphery of the settlement. The
pieces of roof tiles and tesserae highlight the existence of at least two
buildings or one larger building in the area. The collection of the finds
indicates that Roman samples comprised the largest group, then Late
Roman second largest. Hellenistic samples comprised the third group
of the collection and Byzantine sherd samples the last group. Most of
the samples of diagnostic sherds belong to tablewares and cooking pots.
The earliest possible date of the site on the plateau is early Hellenistic
and the latest date is sixth century A.D.3 This area has recently been
identified by W. Hoepfner with Epiphaneia,4 the greatest benefaction
of Antiochos IV Epiphanes, who added this new quarter to his capital
according to Strabo (16,2,4), who is somewhat vague about the exact
location. Downey, in his account of the history of Antioch, locates Epiphaneia on the western slopes of Mt Silpius, while Malalas explicitly
speaks of its founding « on the mountain » and « outside the city ». The
results of the geophysical survey are not enough to prove Hoepfner’s
assumption without an excavation.
The ruins of the ancient city lie between the Orontes river course
and Mounts Silpius and Staurin, situated both on the flood plain and
on the western slopes of the hills. The survey results revealed that the
slopes of Mt Staurin were terraced and densely settled. On the skirts of
Mt Staurin were fortified walls and upper terrace walls built by opus
mixtum and opus quadratum wall technique. Apart from the walls there
is some evidence on the slopes of rock cut steps, a road system, and
some installations on the rock surfaces running up from the Basileia to
the plateau of Mt Staurin. Some architectural remains on terraces such
as marble column fragments and tesserae, besides small finds such as
pottery fragments, provide evidence that the slopes were terraced and
1
Brands, Meyer 2006, p. 149-154.
2
Pamİr, Brands, Çev İr İcİ 2008, p. 391-392.
3
Pamİr, Brands, Çev İr İcİ 2008, p. 391-392.
4
Hoepfner 2004, p. 6-7.
265
settled densely during Roman times. However, there are also a few
fragments of Hellenistic pottery from the terraces.
The investigation of the water supply system of Antioch was one of
the major goals of the project. The elements of the water supply such
as aqueducts, basins, cisterns, wells, rock cut channel, rock cut tunnel, and various type of cisterns were documented. Three lines from
different locations and sources —Kuruyer Village, district of Harbiye
(ancient Daphne), and Dursunlu Village —were identified. Daphne is
the main water source for Antioch with two lines extending from it, one
of which starts with a large collecting tunnel with galleries discovered
in Dermaşte village, on the east part of Harbiye, the other one starts in
the waterfalls of the holy grove nearby. Dermaşte tunnel joins the water
channel and continues in the south-north direction until the monumental
aqueduct bridge over the Kantara Deresi (ancient Phyrmenus) dated to
Trajan and Hadrian.1 This line continues toward Antakya by canals and
tunnels carved into rocks (so called substructio) in the deep valley. In
addition to Dursunlu these two sources probably fed here until recent
times and as much as a third of the channels, tunnels and aqueducts of
the built channel line were found at two sites. One of the most important findings of the investigation is that Kuruyer Village, on the east
of Mt Staurin, is the alternative water source for Antioch. Terracotta
water pipes and water collection pools have been identified. The channel begins near the village of Kuruyer and follows the contour lines in
a northwest direction, continuing to Antioch. Much of the canal was
built in the form of substructio masonry, although the inner part of the
channel was transformed into a tunnel carved into the rocks. Channel
dimensions are 1-1.30 m, 0.50-0.80 m in height and width.2 The water
supply line was badly damaged by agricultural activities and modern
buildings. Investigation of the water supply system is still continuing.
The necropolis of Antioch has not been mentioned properly so far,
although excavations conducted in the 1930s revealed some evidence,
such as stone slabs for graves, burials and inscription fragments, and
some monumental sarcophagi out of context. Investigation of the necropolis of Antioch continued in two different areas: on the north near
Narlıca on the slopes of Mt Staurin outside of the Beroea Gate, and on
the southwest on the slopes of Mt Silpius near the Daphne gate. The north
1
Wilber 1938.
2
Yamaç 2010.
266
necropolis of the city lies between the northeastern end of Mt Staurin
outside of the city walls and the southwest skirts of Mt Staurin, while
the south necropolis is situated between the west skirts of Mt Silpius and
the Daphne Gate. The two necropoleis (north and south) were defined
by various types of graves. Four different types have been identified:
rock cut tombs, pit graves (khamosorion), sarcophagi and inhumation
with burial tile.
Rock cut tombs carved into rock.
The rock cut tombs can be classified into three different types according to their ground plan: a) ante and main room, b) dromos and main
room, c) only main room. The common type of the tombs contains three
burial units which are mainly arcosolium-type, but a few loculus-type
have been defined. Usually three arcosolia units on the three sides
of the tomb were carved into the rock but a number of tombs contain
between 4 – 6 arcosolia as well. Some of the tombs have relieved stele
and niches on the front but most of the tombs are plain. A single sample
of rock cut tomb discovered in the north necropolis has relief on the
front: on the right side of the door there is a female figure in a niche.
She is standing and wearing a mantle that covers her head and body.
She was holding a figure which is now broken.1 Three of the rock cut
chambers were decorated with paintings on inside walls. One of them
is a roughly rectangular room, its ceiling is flat and three walls of it
include arcosolia with stucco paintings.2 The back walls of the north,
east and south arcosolia have traces of incised and painted figurative
scenes. The arcosolium was plastered first, then incised and painted
with mainly red, black and white colour. All were badly damaged by
illegal digging and natural conditions. The east arcosolium which is in
the centre of the tomb has a figurative scene with trees and bushes motifs
with a female figure. On her opposite side a male figure is standing, and
he wears a himation or toga and folds his hands. There is an inscription
on the vault of the arcosolium: three letters can be read as – DOS-the rest of which was destroyed and can’t be read. It had been written
with white colour on black painted ground. The back wall of the north
arcosolium includes a figurative scene with three figures. In the centre
a woman is sitting with a figure on each side of her, facing the centre.
1
Pamİr, Brands 2007, p. 403.
2
Pamİr, Brands 2006, p. 95, fig. 9.
267
On the top of the arcosolium vault was an inscription. Only three letters can be read: ----KAC---- written on the black painted ground with
white colour. The style of the floral motifs and the beard and hair style
of the men are very close to sixth-seventh century wall painting style.
Two of the rock cut tombs were painted very plainly with cross motifs,
indicating Christian burials.
Pit graves (khamosorion).
A small number of this type were discovered only in the north necropolis.
Sarcophagi
Sarcophagi were discovered during the 1930s excavation and after,
during construction excavation in Kışlasaray in the modern city of
Antioch, which focused on the south necropolis near the Daphne gate.
One of the monumental sarcophagi from the south necropolis, the
so-called Antakya Lahdi (second century A.D.) which was found in
1993 during the modern construction activities, is on exhibition in the
Hatay Archaeology Museum.1 The samples of sarcophagi displayed in
the Hatay Archaeology Museum, which have figurative scenes on the
sides, are from the 1930s excavations or have been purchased by the
Museum. But for the first time a sarcophagus was discovered in situ as
a result of erosion in the north necropolis. It is very plain and has no
decoration or inscription on it.
Tile burial
The flat tiles are diagonally placed on both sides of the burial, and the
top of the tiles are connected and covered by ridge tiles.
Additionally a grave stele on the rock surface and some burial niches
were also documented. On two sides of the stele are figurative relief in
which a man is lying on a kline and a women stands next to the kline.
Three lines of inscription engraved below the scene are badly destroyed.
1
K ılınç 2000, p. 103.
268
To summarize, the north necropolis and the south necropolis are located
outside of the city walls and next to the city walls of the Beroea and
Daphne gates, which were the main gates of the city. The north necropolis
is currently situated in rural land while the south necropolis lies beneath
the modern city. The north necropolis was most likely used for a long
period, but the south necropolis became occupied by the extension of
the residential area. The present condition of the necropoleis witnesses
their period of use (from the second century to sixth century). Both
were in use in Roman times, with the exception of the rock cut stele on
Mt Staurin, while no hellenistic tomb or burial has so far been found.
Only the grave stele which was discovered outside of the necropolis area
on the rocky outcrop of Mt Staurin could be dated earlier than Roman
times. Initial findings indicate a date of second to sixth century for the
rock cut tombs, after which time burial customs were changed.
Exceptional discoveries are the rock chambers in the Parmenios gorge.
Three rock chambers are located on the cliffs of Mt Silpius looking at
the gorge and the St Peter’s grotto. The wall of the chambers had been
plastered and painted, including religious scenes of Christianity, but are
badly destroyed. Their location and condition suggest that they were
used as hermitage rooms.
Investigations on the flood plain and the island area designated Basileia
on the Downey map, and architectural analysis on the circus and temple
remains are still continuing. The third phase of the Antioch research
project is to complete the survey of the urban topography by integrating
the 1930s excavation results into the new topographical map for the
future excavation project.
Since 2010 a rescue excavation has been carried out under my directorship with the collaboration of the Hatay Archaeology Museum. The
rescue excavation was launched as a result of modern construction activities. The excavation area extends ca. 12.000 m2 around the St Peter’s
grotto and on the west side of the main road which leads in the ancient
direction of Antakya-Haleppo. It is the first systematic excavation since
the 1930s, and has revealed a section of the city with a public building
of the sixth century C.E., a bath complex of late fifth-early sixth century
C.E., part of a villa of the fifth century C.E., and part of a stone-paved
road. The excavation and conservation project is still ongoing.
269
Bibliography
Brands, Meyer 2006
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Conception, Réalisation
Cellule Communication Paris 8 - Vincent Bricout
2, rue de la Liberté - 93526 Saint-Denis Cedex
Juin 2012
ISBN 978-2-37059-001-5
EAN 9782370590015
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