Centre CEA de Saclay - Conducteurs moléculaires et hautes

Centre CEA de Saclay - Conducteurs moléculaires et hautes
3e TRIMESTRE 2006 > N°33
Centre CEA de Saclay
LE JOURNAL
DOSSIER
Orphée et le Laboratoire Léon Brillouin,
source nationale de neutrons
■ La Direction générale du CEA s’implante à Saclay p. 3
■ IVEA : des analyses chimiques par laser p.13
Éditorial
Éditeur
Crédits photos
CEA (Commissariat
à l’énergie atomique)
Centre de Saclay
91191 Gif-sur-Yvette Cedex
CEA / J Boulay
CEA / C Fuseau
CEA / D Marchand
CEA / P Stroppa
CEA / A Gonin
CEA / F Rhodes
CEA
LGGE / C Vincent
Jean-Luc Signamarcheix
CEA / F Pillot
Synchrotron SOLEILclic’air-CK
CEA/DRM/SHFJ
Samuel Birmann,
Kunstmuseum Bâle
Directeur
Yves Caristan
Directrice de la publication
Danièle Imbault
Rédacteur en chef
Christophe Perrin
Rédactrice en chef adjointe
Sophie Astorg
Avec la participation de
Elisabeth Stibbe
Iconographie
Chantal Fuseau
Conception graphique
Mazarine
2, square Villaret de Joyeuse
75017 Paris
Tél. : 01 58 05 49 25
N° ISSN 1276-2776
Centre CEA de Saclay
Droits de reproduction,
texte et illustrations
réservés pour tous pays
Photos de couverture : Haut gauche : le LLB, bas gauche : Orphée,
droite : la Direction générale
Sommaire n° 33
Éditorial . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p.2
La DG du CEA à Saclay . . . . . . . . . . . . . . . p.3
Orphée et le Laboratoire Léon Brillouin . . p.6
Du laboratoire à l’entreprise . . . . . . . . . . p.13
Piles à combustibles et enzymes . . . . . . . p.14
Brèves . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p.15
A
l’heure où la Direc-
Saint-Aubin et le réacteur nucléaire expé-
tion générale du CEA
rimental Orphée, en association avec le
s’installe à Saclay, alors
Laboratoire Léon Brillouin (LLB).
que la construction de
Le centre CEA de Saclay poursuit son
NeuroSpin1 touche à sa
travail d’ouverture, multiplie les liens avec
fin, la physionomie du
ses partenaires locaux et recherche, avec
centre CEA de Saclay se
eux, à accroître encore sa visibilité au
transforme à vue d’œil : avec ces bâti-
plan international.
ments, l’architecte Claude Vasconi livre
Confortée par l’arrivée de la Direction
deux réalisations élégantes, qui s’intèg-
générale du CEA à Saclay, cette démar-
rent harmonieusement au paysage.
che concerne aussi bien les technologies
À quelques centaines de mètres de là,
logicielles, qui s’intègrent au pôle de
les équipes du synchrotron SOLEIL
compétitivité System@tic PARIS-REGION,
peaufinent leurs ultimes réglages avant
que la physique, la recherche sur le
l’arrivée prochaine des premiers utilisa-
climat ou la santé.
teurs, d’ici quelques mois. Dans ce
Yves Caristan,
domaine particulier de l’analyse structu-
Directeur du centre CEA de Saclay.
rale, le plateau de Saclay est richement
doté de grands instruments, extrêmement
performants et attractifs pour une large
communauté scientifique : SOLEIL à
1 NeuroSpin : centre d’imagerie cérébrale par
résonance magnétique à champ intense.
Signature du contrat État-CEA
Le 5 juillet, Thierry Breton, Ministre de l’Économie, des Finances
et de l’Industrie, Gilles de Robien, Ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, François
Goulard, Ministre délégué à l’Enseignement supérieur et à la
Recherche, François Loos, Ministre délégué à l’Industrie et Alain
Bugat, Administrateur général du CEA, ont signé le contrat
d’objectifs État-CEA qui fixe des orientations et des objectifs
1
pour les programmes civils du CEA sur la période 2006-2009.
La signature a eu lieu dans le nouveau bâtiment de la Direction
validation par l’État selon une procédure distincte. Dans ces
générale du CEA à Saclay qui a été inauguré à cette occasion
trois domaines essentiels pour le pays, le CEA joue un rôle
(voir p.3).
unique en assurant une bonne articulation entre la recherche,
Le contrat d’objectifs État-CEA est le fruit d’une étroite et
l’innovation et l’industrie, porteuse de développement économique
confiante collaboration entre le CEA et ses ministères de tutelle.
et de création d’emplois. Organisme de recherche à vocation
Il traduit tout d’abord la reconnaissance de son positionnement
principalement technologique, le CEA s’appuie sur une forte
stratégique autour de deux grands axes : les énergies non
composante de recherche fondamentale, représentant un tiers
émettrices de gaz à effet de serre, parmi lesquelles figurent le
de ses moyens affectés aux programmes, qui est confortée
nucléaire (fission et fusion), ainsi que les technologies pour
dans le présent contrat.
l’information et la santé. Le troisième axe stratégique du CEA
portant sur la Défense et la sécurité globale, qui n’est pas
intégré dans le présent contrat, a par ailleurs fait l’objet d’une
2
1 Signature de contrat et inauguration du bâtiment de la DG
figuraient au programme de cette journée.
Actualités
LA DIRECTION GÉNÉRALE DU CEA S’IMPLANTE À SACLAY
d’apparaître plus visiblement au
plan international par un regroupement thématique de leurs
outils et compétences. Autour du
plateau de Saclay, se développe
actuellement
PARIS-REGION,
SYSTEM@TIC
le
pôle
de
compétitivité « Logiciels et systèmes complexes », à vocation
mondiale, labellisé par l’État en
septembre 2005. Par ailleurs, de
grands projets scientifiques et
technologiques dans lesquels le
CEA est largement impliqué sont
La Direction générale du CEA et le Haut-commissaire, qui
en cours de développement : le synchrotron SOLEIL pour
siègeaient à Paris depuis la naissance de l’organisme, en
l’exploration de la matière, NeuroSpin, grande infrastructure
1945, ont quitté la capitale pour s’installer sur le centre de
de neuro-imagerie, et Digiteo Labs pour les sciences et
Saclay. L’environnement de Saclay évolue considérable-
technologies de l’information. Ces projets reflètent le
ment et le positionnement du CEA, au cœur de ce site
potentiel de la région à devenir internationalement visible et
d’excellence, se trouve conforté par l’installation de sa
attractive et montrent la capacité du CEA d’y intégrer sa
Direction générale. Cet emménagement s’inscrit dans une
recherche d’excellence.
dynamique de visibilité internationale.
…et d’aménagement du territoire
Un périmètre de compétences
Pour être attractive, une région doit être accessible. C’est
L’ouverture du centre CEA de Saclay en 1952, à proximité
la raison pour laquelle une Opération d’intérêt national
des laboratoires du CNRS de Gif, de l’ONERA1 à Châtillon
est en phase d’élaboration avec des composantes
et du centre d’études agricoles de Jouy-en-Josas, a
économiques, de logement et de transport, que l’État et
marqué le début de la création d’une véritable Cité scienti-
les collectivités territoriales souhaitent développer.
fique. Aujourd’hui, des industriels tels que Thales ou Danone
organisent leur R&D autour des centres de recherche qui se
sont successivement implantés. Ainsi, outre le CEA, le
CNRS avec sa Délégation régionale Ile-de-France Sud,
l’École polytechnique, Supélec, l’Institut d’optique,
l’ONERA, l’INRIA2, l’ENSTA3, HEC4 se sont-ils appropriés ce
fameux plateau de Saclay dont les limites ne sont pas
définies par un relevé topographique mais par un périmètre de
compétences qui s’étend largement dans la vallée autour des
Le saviez-vous ?
Le CEA a installé dans son nouveau bâtiment de la Direction
générale un groupe électrogène de secours utilisant une pile à
combustible. Il s’agit d’en montrer l’intérêt et la fiabilité puisque
les nouvelles technologies de l’énergie sont un domaine dans
lequel le CEA mène un important programme de recherche et de
développement. Cela permettra également d’acquérir un retour
d’expérience lors de la phase d’exploitation.
Universités d’Orsay et de Saint-Quentin-en-Yvelines.
1 ONERA : Office national d’études et de recherches aérospatiales.
Une dynamique de grands projets …
2 INRIA : Institut national de recherches en informatique et automatique.
La récente loi de programmation sur la recherche donne
3 ENSTA : Ecole nationale supérieure de techniques avancées.
aux chercheurs les moyens de constituer des réseaux afin
4 HEC : Ecole des hautes études commerciales.
3
Actualités
LE CEA EN BREF
À l’occasion de l’arrivée de la Direction
2
1
générale du CEA à Saclay, rappelons que
le CEA est un acteur clé de la recherche
européenne dans les domaines suivants :
énergie, défense et sécurité, technologies
pour l’information et la santé. En s’appuyant
sur une recherche fondamentale d’excel3
lence, il développe de nombreux partenariats avec des organismes nationaux et
internationaux.
Il compte neuf centres de recherche en
France dont trois en Ile-de-France
(Bruyères-le-Châtel, Fontenay-aux-Roses,
Saclay).
Le centre CEA de Saclay, très polyvalent,
4
se caractérise par une grande diversité de
5
ses domaines de recherche : sciences de
la matière, sciences du vivant, énergie
Le CEA compte neuf établissements. Quatre appartiennent à la Direction
nucléaire, recherche technologique.
des applications militaires (DAM) : Valduc en Bourgogne, Le Ripault en
La mission de formation du CEA est
Touraine, le Cesta en Aquitaine, DAM Ile-de-France (à Bruyères-le-Châtel)
assurée par l’INSTN, Institut national des
en Essonne. Les cinq autres centres sont : Saclay (Direction des sciences
sciences et techniques nucléaires qui, en
de la matière), Cadarache (Direction de l’énergie nucléaire), Valrhô, un
plus de ses enseignements propres, gère la
acronyme de « Vallée du Rhône » qui englobe Marcoule et Pierrelatte
formation par la recherche (plus de 1 000
(Direction de l’énergie nucléaire), Grenoble (Direction de la recherche
doctorants) et développe, aux plans
technologique), Fontenay-aux-Roses (Direction des sciences du vivant).
national et international, des sessions de
Bien que rattachés à une direction, la plupart de ces cinq centres héber-
formation continue.
gent des unités d’autres directions à l’exclusion de la DAM. Saclay est le
Enfin, la diffusion et la valorisation techno-
plus pluridisciplinaire des centres CEA.
logiques ainsi que l’aide à la création
d’entreprises sont largement développées
au CEA en général, et à Saclay en particulier :
1 Saclay : plate-forme européenne d’interaction laser matière.
en un peu plus de vingt ans, une centaine
2 Fontenay-aux-Roses : laboratoire de haute sécurité microbiologique destiné
d’entreprises ont été créées dans le
secteur des hautes technologies à partir
de technologies du CEA.
à la recherche sur le prion.
3 Grenoble : plate-forme de caractérisation à l’échelle du milliardième de mètre
(nanomètre), composée d’un microscope électronique à balayage notamment.
Sur l’écran, des nanotubes de silicium.
4 Marcoule : essais de vieillissement thermique, sur plusieurs années, de maquet-
tes représentatives de conteneurs d’entreposage de déchets nucléaires.
5 Cadarache : réacteur expérimental PHEBUS, dédié à l’étude d’accidents nucléaires.
4
Actualités
COUP DE PROJECTEUR SUR
QUELQUES ACTIVITÉS
DE LA DIRECTION GÉNÉRALE DU CEA
Gestion des moyens financiers
Les ressources sont la subvention de l’État (65% du total)
et des recettes telles que : dividendes d’Areva dont le CEA
est actionnaire majoritaire, financements industriels, Union
Relations internationales
européenne, collectivités locales, organismes de recherche
Le CEA est impliqué dans la construction de l’Espace
et universités. Des fonds spécifiques sont dédiés au déman-
européen de la recherche. Il met en place une représentation
tèlement et à l’assainissement des installations nucléaires.
permanente dans les pays développant l’énergie
sud et, pour l’Europe, Allemagne, Italie, Finlande, Grande-
Diffusion de la culture scientifique et
technique
Bretagne et Hongrie.
Soucieux d’informer le public sur ses activités mais aussi
Dans le cadre du partenariat mondial G8 contre la prolifé-
de lui offrir des supports pédagogiques, le CEA édite
ration des armes de destruction massive (dont les partenaires
des journaux périodiques et des livrets thématiques
se réunissent cet été à Saint-Petersbourg), une coopération
disponibles gratuitement en appelant au 01 64 50 10 17
avec la Russie a été établie sur les thèmes de la non
(Patrice RENAULT). Par ailleurs, un site internet propose
prolifération, du désarmement, de l’antiterrorisme et de la
informations, dossiers et animations téléchargeables :
sûreté nucléaire.
http://www.cea.fr.
nucléaire : États-unis, Russie, Chine, Inde, Japon, Corée du
1
Direction des programmes
Le CEA est lié à ses ministères de tutelle (Défense,
Industrie, Recherche) par un contrat quadriennal (voir p.2)
décrivant son positionnement dans le dispositif français de
recherche mais aussi le
positionnement européen de
l’organisme et une stratégie internationale. Les programmes
y sont définis et décrivent les enjeux, les axes de recherche
à suivre, les jalons et les indicateurs d’évaluation.
1 Le bâtiment de la Direction générale du CEA, conçu par
Claude Vasconi, comporte un sous-sol et quatre niveaux
pour une superficie totale de 8 880 m2. Près de deux cents
personnes y travaillent. (illustration : maquette du bâtiment)
5
Orphée et le LLB
ORPHÉE
ET LE LABORATOIRE LÉON BRILLOUIN,
SOURCE NATIONALE DE NEUTRONS
Associé au Laboratoire Léon Brillouin (LLB), le réacteur nucléaire expérimental Orphée est un « très grand
équipement » dédié à l’analyse de la matière par les neutrons. Construit il y a vingt-cinq ans pour
compléter l’offre européenne en matière de neutrons, Orphée vient d’être confirmé dans sa vocation
de source nationale. Avec le démarrage du synchrotron SOLEIL, le plateau de Saclay s’enrichit d’une
installation très complémentaire du tandem Orphée-LLB.
Carte d’identité
Orphée : réacteur de recherche de 14 MW (Direction
de l’énergie nucléaire, Saclay), 60 personnes.
LLB : instrumentation utilisant les neutrons d’Orphée
(Direction des sciences de la matière, unité mixte CEA-CNRS),
110 personnes.
Synchrotron SOLEIL : instrumentation utilisant le
rayonnement synchrotron (société civile CNRS, CEA, Région
Ile-de-France, Conseil général de l’Essonne, Région Centre),
300 personnes.
nucléaire doit ensuite être renouvelé. Sur une année, le
réacteur totalise cent quatre-vingts jours de fonctionnement. Les périodes d’exploitation et d’entretien sont
choisies de manière à assurer une continuité de
l’offre de neutrons, en concertation avec d’autres réacteurs
européens (voir encadré p.10). L’installation est portée au
meilleur niveau de sûreté et de performances par un
programme rigoureux de maintenance et des opérations
de jouvence, régulièrement planifiées depuis la mise en
service d’Orphée en 1980. Parmi les opérations importantes,
ORPHÉE, UN RÉACTEUR
citons le remplacement du caisson renfermant le cœur en
AU MEILLEUR NIVEAU MONDIAL
neutrons en 2003 et de baies de contrôle-commande en
1997, la réfection de deux canaux d’extraction de
2004. Un autre canal d’extraction sera remplacé partiellement
Au troisième rang mondial, Orphée délivre des
faisceaux de neutrons sur mesure, 180 jours par
an, sur une trentaine d’aires expérimentales.
cet été, puis complètement à l’été 2007.
Déceler des traces métalliques
Le réacteur Orphée est relié par des canaux pneumatiques
À la différence d’un réacteur générateur d’électricité,
au Laboratoire Pierre Süe1 (LPS), dont l’analyse par
Orphée est optimisé pour produire et extraire les particules
« activation neutronique » est l’une des spécialités.
impliquées dans la fission nucléaire (les neutrons) et non
L’irradiation rend radioactifs certains des éléments
pas la chaleur dégagée par ces réactions. Des faisceaux
présents dans l’échantillon à l’état de traces, qui deviennent
de neutrons aux propriétés variées desservent une trentaine
décelables grâce à l’extrême sensibilité des mesures de
d’aires expérimentales (voir schéma p.8). Certains d’entre
radioactivité. Il est possible de doser de la sorte une
eux sont acheminés dans des guides sur des distances
supérieures à quarante mètres. C’est l’interaction entre
des neutrons bien « calibrés » et l’échantillon à étudier qui
fournit le résultat de l’analyse. Les physiciens du LLB sont
responsables de l’instrumentation neutronique et de
l’interprétation des résultats obtenus.
Exploiter un réacteur
Pour piloter le réacteur, des équipes « de quart », composées
de quatre personnes, se relayent nuit et jour, tout au long
d’un cycle de fonctionnement de cent jours. Le combustible
6
1
Un portrait du neutron
Le neutron est un constituant du noyau de l’atome (nucléon).
A la différence du proton, il ne porte pas de charge électrique.
Cette neutralité lui donne le rôle principal dans les réactions
de fission nucléaire. Lui seul peut interagir avec les noyaux
d’uranium et les « casser » en deux fragments. Cette réaction
de fission libère deux ou trois neutrons, susceptibles d’interagir à leur tour avec d’autres noyaux. Ces interactions relèvent
de « forces nucléaires », à très courte portée. Le neutron
n’interagit pas avec les électrons périphériques.
2
Orphée et le LLB
Le saviez-vous ?
Qu’est-ce que le rayonnement synchrotron ?
trentaine d’éléments dans les végétaux et une quarantaine
d’autres dans des matériaux minéralogiques (roches,
sédiments ou laves). Les domaines d’intérêt s’étendent
des matériaux à l’environnement, en passant par l’archéologie
ou la biologie. Ainsi par exemple, l’analyse de mousses
végétales prélevées sur tout le territoire national a permis
de cartographier la pollution issue de retombées atmosphériques, notamment le plomb, le chrome ou le cadmium.
Contrôler des explosifs à l’intérieur du métal
Une autre application du réacteur est implantée dans une
casemate située derrière le hall des guides du LLB : la
radiographie aux neutrons ou neutronographie. Seule
Le rayonnement synchrotron est constitué de rayons X
produits par des électrons accélérés suivant une trajectoire
circulaire.
Neutrons ou rayonnement synchrotron ?
Les rayons X interagissent avec les électrons périphériques de
l’atome tandis que les neutrons sont sensibles à ses nucléons.
Les neutrons sont sensibles à des atomes légers comme
l’hydrogène, qui sont peu visibles en X, et distinguent les
différents isotopes1 d’un élément, ce que ne permettent pas
les rayons X.
Les neutrons n’interagissent pas beaucoup avec la matière ;
ils ont donc un fort pouvoir de pénétration. Contrairement
aux rayons X qui n’explorent qu’une épaisseur de quelques
micromètres à partir de la surface, les neutrons peuvent
sonder un échantillon massif dans sa totalité.
cette technique permet de contrôler des explosifs à
1 Les isotopes d’un élément chimique ne diffèrent que par leur
l’intérieur d’une pièce métallique. Voilà pourquoi depuis de
nombre de neutrons.
nombreuses années, le CNES impose que toutes les
2
lignes pyrotechniques de ses lanceurs (quelques centaines
de pièces par fusée) soient contrôlées après montage par
les neutrons d’Orphée. Mieux vaut en effet vérifier que
l’explosif est indemne de fissure ou de cavité, des défauts
susceptibles d’invalider une fonction vitale de la fusée
comme la séparation des étages ou le largage du satellite.
A cette mission historique, s’ajoute le contrôle de pièces
aéronautiques et de certaines pièces des combustibles
destinés aux réacteurs expérimentaux. Au total, près de
cinq mille pièces sont contrôlées annuellement pour une
dizaine de clients industriels.
Un outil pour les composants électroniques
Orphée est également à la marge un outil industriel. Près
de cinq tonnes de silicium dopé sont produites annuellement
grâce à Orphée et à l’autre réacteur expérimental de
Saclay, Osiris. Le dopage consiste à transmuter, à l’aide
des neutrons, le silicium en phosphore, sans que ni l’un, ni
l’autre de ces éléments ne reste radioactif. Les lingots de
3
7
Orphée et le LLB
silicium très pur, de forme cylindrique, sont irradiés dans
1 LPS : Laboratoire mixte du CEA et du CNRS implanté sur le centre
un canal vertical, à proximité du cœur du réacteur. Cette
de Saclay.
technique assure une homogénéité inégalée, indispensa-
2 CNES : Centre national d’études spatiales.
ble en électronique de puissance, pour la commande de
moteurs électriques de tramway, de TGV ou encore de
véhicules hybrides (à double motorisation électrique et
essence). La projection en 2010 des ventes de ces voitures montre que la production mondiale de silicium dopé en
réacteur, aujourd’hui de cent tonnes, devrait doubler…
1 Salle de conduite d’Orphée : l’équipe de quart assure le
pilotage du réacteur depuis cette salle.
2 L’objet à contrôler est disposé face au guide à neutrons ;
Orphée produit également des fils d’iridium radioactif pour
le traitement localisé de tumeurs par curiethérapie, ainsi
un détecteur placé à l’arrière fournira la neutronographie
ou radiographie aux neutrons.
que des gels contenant du samarium et de l’yttrium (égale-
3 Un lingot de silicium de forme cylindrique est mis en place à
ment radioactifs) pour soulager des douleurs articulaires.
1
Eau lourde
2
Piscine
3
Canal simple
4
Canal double
5
Hall des guides
à neutrons
proximité du cœur du réacteur pour être dopé par transmutation.
6
3
6
Hall d’Orphée
Source chaude
2
4
1
5
Canaux verticaux
3
Cœur du réacteur
Source froide
ORPHÉE, MODE D’EMPLOI
autres, une source chaude (du graphite porté à plus de
1 100°C). Situées dans la piscine d’eau lourde, ces
Les neutrons « bruts », sortis du réacteur, n’interagissent
sources permettent d’ajuster l’énergie des neutrons aux
que peu avec la matière : il faut les ralentir très fortement
besoins des utilisateurs.
pour les rendre utilisables. L’eau lourde qui entoure le
Deux des canaux (à gauche) transportent six faisceaux
combustible remplit cette fonction : les neutrons perdent
dans le hall d’expériences du LLB. Comme la lumière laser
de la vitesse au cours de « chocs » successifs.
dans une fibre optique, les neutrons sont guidés dans des
Pour éliminer au maximum les neutrons rapides, l’extraction
tubes en verre au bore, revêtus d’une couche réfléchissante.
s’effectue suivant une direction non radiale, à près de 40
Neuf canaux, verticaux cette fois, sont utilisés pour
centimètres du cœur. Les neutrons sont sélectionnés dans
irradier des échantillons.
des canaux horizontaux ou « doigts de gants », des pièces
La protection radiologique des personnes est assurée par
en aluminium baptisées ainsi en raison de leur forme.
une piscine d’eau ordinaire de quinze mètres de profondeur.
1
Orphée est équipé au total de neuf canaux, organisés en
8
vingt faisceaux de neutrons. Trois d’entre eux visent des
1 Eau lourde : molécule d’eau dans laquelle le deutérium s’est substitué à
sources froides (de l’hydrogène liquide, à –253°C) et deux
l’hydrogène. Le deutérium est une variété d’hydrogène plus lourde.
même communauté scientifique. Aussi le LLB et SOLEIL
EXPERTISE ET ACCUEIL
organisent-ils conjointement les « Rencontres scientifiques
Le LLB assume une double mission : développer
les techniques d’analyse par les neutrons et
entretenir des contacts avec de nombreux laboratoires, à travers des collaborations scientifiques
et l’accueil d’équipes qui viennent réaliser des
expériences.
appelées à se développer encore davantage.
de Saint-Aubin ». Les synergies entre les équipes sont
Orphée et le LLB
LABORATOIRE LÉON BRILLOUIN :
Dans le bureau du directeur du LLB, une carte de France
affiche les multiples relations scientifiques du laboratoire
par autant de petits drapeaux plantés sur le territoire. Elles
représentent les deux tiers du total, 25% sont européennes
et 8% sont nouées avec la Russie, l’Europe de l’Est ou
2
d’autres pays émergents. « Le LLB accède aujourd’hui à
une dimension internationale, notamment par le biais
Des spécialités reconnues
d’initiatives européennes destinées à favoriser la formation
Les thématiques propres au LLB représentent près de
des chercheurs », souligne Philippe Mangin, le directeur
60% de son activité et l’accueil d’équipes 40%.
du LLB. Les collaborations les plus fructueuses sont celles
Parallèlement à l’instrumentation neutronique proprement
où des chercheurs du LLB participent pleinement au
dite, le LLB a développé des spécialités scientifiques qui
travail scientifique, à l’élaboration des expériences. En
sont aujourd’hui reconnues internationalement : on peut
amont de l’accueil, le LLB organise régulièrement des
citer la diffusion de l’eau dans les milieux confinés (voir
formations à la neutronique.
p.10), les cristaux de molécules sous de très hautes pressions (voir p.12) ou l’étude de supraconducteurs à haute
Synergies
température critique (voir p.11).
Très complémentaires, les neutrons du LLB et les rayons X
Parmi les expériences montées pour des laboratoires
du synchrotron SOLEIL, qui est en train d’achever sa
extérieurs, beaucoup visent à caractériser des émulsions,
phase de montée en puissance, sont convoités par la
qu’il s’agisse de développer un cosmétique, favoriser le
transport de pétrole brut lourd ou épaissir un gel destiné
à nettoyer des fresques. Comme la mayonnaise, l’émulsion est constituée de gouttes d’huile en suspension dans
de l’eau (ou l’inverse). Des molécules enserrent chaque
goutte, formant une sorte de coque. Les neutrons permettent d’étudier alternativement les gouttes ou bien les
Le saviez-vous ?
Onde et corpuscule
1
Comme la lumière, le neutron se comporte à la fois comme un
corpuscule et comme une onde. La longueur de l’onde associée,
proche des distances entre atomes, et son énergie, voisine des
énergies de vibration des atomes, font du neutron une sonde
idéale de la matière condensée.
9
Orphée et le LLB
coques, plus précisément l’organisation des atomes,
molécules ou agrégats situés aux interfaces entre les
milieux. De telles mesures, à caractère appliqué, renvoient
également à des interrogations plus fondamentales :
comment des objets composant un film (plan) se réorganisent-ils en volume autour d’une sphère ?
Pour en savoir plus :
www-llb.cea.fr
Orphée-LLB-SOLEIL,
comme à Grenoble…
L’association Orphée - LLB - SOLEIL du plateau de Saclay
évoque immanquablement, à Grenoble, l’Institut
Laue-Langevin (ILL) et le synchrotron ESRF (European
Synchrotron Radiation Facility), financés respectivement
par 11 et 18 pays européens. Le Réacteur à haut flux de
l’ILL délivre une puissance de 58 MW (millions de watts),
à comparer avec 14 MW pour Orphée. L’ILL offre un flux
de neutrons cinq fois plus élevé que celui du LLB.
Le rayonnement de l’ESRF est un peu plus énergétique
que celui de SOLEIL (rayons X « durs »).
Essentiellement complémentaires, les installations
grenobloises et franciliennes ne parviennent pas
à satisfaire la moitié des demandes.
3
1 Certaines expériences du LLB comme sur cette vue sont
implantées à proximité du réacteur.
2 Expériences déportées dans le « hall des guides » du LLB.
Les guides transportent les neutrons d’Orphée sur les aires
expérimentales.
3 Suivi des expériences depuis le poste de contrôle : on distingue
des protections en béton contre le rayonnement en provenance
du guide à neutrons.
L’EAU, LE MOTEUR DES PROTÉINES
Pourquoi
protéines
tion de phase) qui réduit sa mobilité au niveau microsco-
cessent-elles de remplir
pique. Les molécules d’eau se figent et, en conséquence,
leur fonction biologique en
la protéine aussi. Lorsque la température remonte, les
dessous de -53°C ? C’est
molécules d’eau retrouvent leur rôle moteur et entraînent à
une des énigmes élucidées
nouveau dans leur sillage les « branches » de la protéine.
grâce aux neutrons. Une
Ces mouvements infinitésimaux, détectables grâce aux
protéine est un énorme
neutrons, sont indispensables à la protéine pour mener à
édifice moléculaire dont la
bien sa mission spécifique.
paroi externe est tapissée
Les spécialistes de l’eau du LLB peuvent également
de petites molécules d’eau,
apporter des éléments de réponse à d’autres questions.
animées de mouvements
Comment fabriquer des crèmes glacées sans cristaux de
incessants. De manière
glace ? Comment conserver au mieux le principe actif
inattendue, ce film d’eau
d’un médicament ? Comment l’eau diffuse-t-elle dans les
reste liquide à basse
feuillets d’argilite d’un stockage de déchets radioactifs ?
température (jusqu’à -113°C)
Comment améliorer la durée de vie du béton ?
mais
en
les
dessous
de
-53°C, l’eau subit une
1
10
transformation (ou transi-
1 Avant l’expérience, l’échantillon de protéines doit être
positionné à basse température dans l’appareil.
Une pile à combustible bombardée par des neutrons : cette
un déséquilibre localisé de la teneur en eau de la membrane
expérience originale, réalisée au LLB par des chercheurs du
que tend à compenser une diffusion de l’eau en sens inverse.
centre CEA de Grenoble , vise à mieux comprendre la déli-
L’analyse de piles tests par les neutrons a fourni des profils
cate gestion de l’eau dans les piles à membrane échan-
de concentration en eau sur une épaisseur inférieure au
geuse de protons (voir p.14). Nécessaire à la mobilité des
dixième de millimètre dans des conditions proches de la
protons, l’eau n’est pas répartie de manière homogène
réalité. Les premiers résultats font apparaître une « marche »
entre les deux électrodes d’une pile en fonctionnement. Un
dont la position transversale varie avec l’intensité du
équilibre s’établit rapidement entre deux flux antagonistes :
courant électrique, la température et aussi la géométrie de
en effet, le transport de l’eau par le flux de protons entraîne
la distribution des gaz.
1
Orphée et le LLB
UNE PILE À COMBUSTIBLE SOUS LES NEUTRONS
En parallèle, les neutrons d’Orphée ont apporté une contribution plus fondamentale pour comprendre la structure
microscopique de la membrane et la dynamique de l’eau, à
la fois pour les matériaux de référence et pour des matériaux
alternatifs qui seraient moins onéreux pour des applications
grand public des piles à combustible.
1 Département de recherche fondamentale sur la matière condensée
(Direction des sciences de la matière), Département des technologies de
l’hydrogène (Direction de la recherche technologique).
1 Des centaines de détecteurs sont utilisés pour mesurer
1
la mobilité de l’eau.
MAGNÉTISME ET SUPRACONDUCTIVITÉ À HAUTE TEMPÉRATURE
C’est au début du XXe siècle qu’ont été découverts les
Alors que dans les supraconducteurs classiques, ce
supraconducteurs, des matériaux capables de transporter
rapprochement s’opère par couplage des électrons avec
sans résistance un courant électrique. Pendant plusieurs
les vibrations du réseau cristallin, la supraconductivité à
décennies, cet état de la matière est demeuré confiné à
haute température semble impliquer un autre mécanisme.
des températures proches du zéro absolu (-273°C). En
Parmi les modèles proposés, l’appariement via des fluc-
1986, la supraconductivité se réchauffe soudainement
tuations à caractère magnétique retient l’attention des
jusqu’à -140°C, dans de nouveaux
matériaux à base
physiciens. Or la technique de diffusion des neutrons sur
d’oxydes de cuivre. A une échelle microscopique, le
la matière permet de sonder ses propriétés magnétiques,
phénomène requiert une interaction attractive permettant
dans l’espace et le temps. Elle est mise en œuvre au LLB
aux électrons de s’apparier.
pour tenter de percer le mystère de l’appariement supraconducteur (à haute température) dans les oxydes de
cuivre. Pour détecter des signaux magnétiques très ténus,
potentiellement impliqués dans les propriétés électroniques exotiques de ces matériaux, ces expériences
nécessitent de très gros échantillons monocristallins, dont
la cristallogenèse relève souvent du défi.
1
1 Les neutrons permettent de sonder les propriétés magnétiques
de la matière. Derniers préparatifs avant les mesures.
11
Orphée et le LLB
UN CRISTAL DE MOLÉCULES BIEN ORDONNÉ
Que devient un gaz comme l’hydrogène à très basse
deutérium1, une variété « lourde »
température ? Il se liquéfie à –253°C et se solidifie à
d’hydrogène. Le signal neutro-
–259°C. Soumis à un bombardement de neutrons,
nique a dévoilé une nouvelle
l’hydrogène liquide ne renvoie pas de signal significatif :
structure cristalline, au sein de
les molécules de dihydrogène (H2) y sont totalement
laquelle
désordonnées. Descendons plus bas en température : à
deutérium ont perdu un peu de
–259°C, il apparaît un signal, témoin de l’organisation des
leur liberté de mouvement.
molécules H2 au sein d’un cristal. Dans cette structure,
Après ce record mondial, les
celles-ci sont régulièrement disposées aux sommets de
chercheurs tenteront de repro-
« mailles » élémentaires mais curieusement, elles conservent
duire le même phénomène avec
une entière liberté de rotation, même au zéro absolu
de l’hydrogène, encore plus
(-273°C). Cette singularité trahit le comportement quantique
« quantique » que le deutérium,
de l’hydrogène : les atomes H restent imparfaitement
sous une centaine de milliards
localisés, comme les électrons autour du noyau atomique.
de pascals…
les
molécules
de
1
Que se passe-t-il lorsqu’on soumet un tel cristal à de très
fortes pressions cette fois ? Des chercheurs du LLB ont
1 Porté à une température de –271,5°C.
appliqué près de 40 milliards de pascals (soit 400 000 fois
la pression atmosphérique) à un cristal moléculaire de
1 Positionnement de grande précision d'un échantillon avant les mesures.
Interview d’un utilisateur
Dominique Bazin, directeur de recherches au Laboratoire de physique des solides du CNRS, à Orsay
Quel questionnement
Comment s’est passé votre premier contact avec le LLB ?
scientifique vous a
DB : J’ai rapidement été reçu par un chercheur du LLB
conduit au LLB ?
DB : Je cherche à dépein-
pour des essais préliminaires. Un projet a ensuite été
soumis au comité scientifique qui siège deux fois par an.
dre les caractéristiques
physico chimiques des
calculs rénaux. L’analyse
par le Dr Daudon, directeur du laboratoire CRISTAL2 à
nous renseigne sur les
l’Hôpital Necker-Enfants malades à Paris. Aux côtés d’autres
causes de la maladie
collègues du CNRS, des chercheurs du LLB participent à
associée,
l’orientation scientifique du projet.
la
lithiase
urinaire. Un calcul est un
trame protéique. Leur composition est analysée à l’hôpital
pour le diagnostic. Complétant cette approche, les
neutrons permettent de mesurer la taille moyenne des
cristallites sur l’ensemble de l’échantillon, de déterminer
l’hydratation des cristaux, notamment d’oxalate de calcium,
et d’étudier l’interface entre épithélium1 et cristaux.
Ces informations renvoient à différentes causes de la
12
DB : Je travaille dans le cadre d’un modèle médical, établi
de ces « biomatériaux »
objet complexe, constitué de « nanocristallites » dans une
maladie.
Qui sont les partenaires de votre projet ?
Fréquentez-vous d’autres laboratoires d’accueil ?
DB : Oui, j’ai réalisé des mesures au synchrotron du LURE3
et de l’ESRF, j’ai déposé une demande au Laboratoire Pierre
Süe et je solliciterai prochainement le synchrotron SOLEIL.
1 Epithélium : tissu formé d’une ou plusieurs couches de cellules
remplissant des fonctions de revêtement ou de secrétion.
2 CRISTAL : Centre de recherches et d’Informations scientifiques et
techniques appliquées aux lithiases.
3 LURE : Laboratoire pour l’utilisation du rayonnement électromagnétique,
à Orsay, aujourd’hui remplacé par le synchrotron SOLEIL.
Actualités
DU
LABORATOIRE À L’ENTREPRISE
IVEA : DES ANALYSES CHIMIQUES PAR LASER
Créée en décembre 2005 pour valoriser une technique d’analyse chimique par laser développée au CEA
à Saclay, la société IVEA ambitionne de devenir leader européen sur ce marché.
aujourd’hui un instrument LIBS, décliné en trois versions :
la première, transportable, est adaptée à des mesures sur
le terrain, la deuxième utilise une fibre optique pour acheminer
le faisceau laser in situ et autorise des mesures déportées
à plusieurs dizaines de mètres, la troisième opère sur une
surface micrométrique et réalise des cartographies analytiques. Au-delà de son catalogue de produits, IVEA offre à
ses clients des prestations personnalisées, qui visent à
définir un instrument sur mesure, moins cher que les
modèles clé en main. Il s’agit d’accompagner le client dans
sa démarche, jusqu’à lui fournir un protocole d’utilisation
spécifique. Les secteurs démarchés sont l’automobile, la
1
métallurgie, le contrôle de lignes de production et
l’environnement.
En quête d’un projet de création d’entreprise, Dominique
1 Réseau des technologies optique, électronique et ingénierie logicielle,
Gallou contacte mi 2003 l’association Opticsvalley1, qui le
et de leur convergence, en Région Ile-de-France.
met en relation avec le Département de physico-chimie de
la Direction de l’énergie nucléaire, à Saclay. Ce spécialiste
2 Plasma : état particulier de la matière, constitué d'un mélange de particules neutres, d'ions (atomes ou molécules ayant perdu un ou plusieurs
électrons) et d'électrons.
d’instrumentation optique opte alors pour la valorisation
d’une technique d’analyse chimique en temps réel par
ablation laser : la LIBS (Laser Induced Breakdown
Spectroscopy). Le procédé consiste à focaliser un laser
sur l’objet à analyser : le matériau est localement « vaporisé »
sous forme de « plasma »2, qui se désexcite en émettant
de la lumière. Un logiciel spécialisé permet de relier les
composantes lumineuses analysées par un spectromètre
aux éléments chimiques constituant le matériau et à leurs
concentrations. La LIBS ne requiert pas de préparation
spécifique d’échantillons et, à la différence de la technique
concurrente par fluorescence X, elle autorise l’analyse
d’éléments légers, permet des mesures déportées et offre
une résolution spatiale inégalée (y compris en profondeur).
Des instruments clé en main ou sur mesure
Lauréat 2005 du concours d’aide à la création d’entreprise
OSEO ANVAR, Dominique Gallou fonde en décembre de
la même année la société IVEA. Celle-ci propose
Interview
Dominique Gallou, Président d’IVEA
Quel regard portez-vous sur
votre expérience ?
D.G. : Exporter un savoir-faire du laboratoire
vers le secteur industriel est un travail
passionnant. Cette expérience a montré
qu’il est possible d’agir rapidement, pour
peu que chacune des deux parties sache faire
preuve de souplesse et d’une reconnaissance
mutuelle. Le CEA possède un réservoir de
compétences immense et c’est un atout
majeur pour la réussite d’IVEA. Notre seule
faiblesse par rapport aux sociétés étrangères, c’est la difficulté à obtenir
des financements permettant d’assurer rapidement une position de leader.
1 IVEA réalise des tests chez des clients avec un prototype
transportable dans une voiture particulière. L’entreprise a reçu
une aide du Conseil régional d’Ile-de-France pour la mise au
point de ce prototype.
13
Actualités
DES PILES À COMBUSTIBLES DOPÉES AUX ENZYMES
Des travaux sur la corrosion marine ont conduit des chercheurs de Saclay à introduire des enzymes dans les piles
à combustibles. Cette innovation permettrait à terme d’abaisser significativement le coût de fabrication des piles.
L’étude de la corrosion des aciers inoxydables en eau de
mer a entraîné les ingénieurs du Département de physicochimie (DPC) de Saclay et leurs partenaires toulousains et
La pile à combustible à membrane
échangeuse de protons
gênois1 vers des terres inattendues. Dans certaines conditions, ils ont observé la formation d’un « biofilm » sur
l’acier : loin de jouer un rôle protecteur, ce revêtement
adhérent, secrété par des bactéries marines, favorise la
corrosion de manière catastrophique. Les chercheurs ont
alors eu l’idée de tirer profit de cette étonnante propriété
dans une pile à combustible. La corrosion s’accompagne
du transfert d’électrons du métal à l’oxygène, ce qui est
précisément une des deux réactions
chimiques à l’œuvre dans une pile à
combustible (voir schéma). Or
celle-ci ne se produit avec un
rendement
convenable
qu’en
présence d’un matériau catalyseur
onéreux : le platine. Dans une pile
prototype baignant dans le port
italien de Gênes, le métal précieux
a donc été remplacé par un
« biofilm » naturel : la puissance de
1
la pile s’est révélée bien supérieure !
Des enzymes dans nos moteurs ?
Les chercheurs saclaysiens ont aujourd’hui identifié certaines
substances actives produites par les micro-organismes
marins. Ce sont des protéines, appelées enzymes en
raison de leur aptitude à favoriser une réaction chimique.
Une pile à combustible délivre un courant électrique
grâce à deux réactions électrochimiques qui ont lieu
dans des compartiments distincts. Dans le premier
d’entre eux, le combustible (ici le dihydrogène H2) cède
à une électrode des électrons. Dans le second, ces
électrons sont extraits de l’électrode et captés par
l’oxygène. Pour maintenir la neutralité électrique de
l’ensemble, les atomes d’hydrogène privés de leur
électron (protons H+) doivent passer du premier
compartiment à l’autre, à travers une membrane dite
échangeuse de protons. Le sous-produit des réactions
se résume à de l’eau, ce qui rend la pile à combustible
très attractive pour alimenter le moteur des voitures.
Elles ont été sélectionnées sur la base de critères pratiques :
faible coût, absence de toxicité, bonne conservation et sont
baptisé « Bactériopile », qui associe les partenaires déjà
utilisables a priori dans les deux compartiments de la pile.
cités ainsi que l’industriel Arcelor. Mettrons-nous demain
D’un côté, les « hydrogénases » pourront « aider » à disso-
des enzymes dans nos moteurs ?
cier les molécules d’hydrogène (H2) et à extraire leurs
électrons ; de l’autre, les « oxydases » faciliteront le transfert
1 Laboratoire de génie chimique (CNRS, Institut national polytechnique de
de ces électrons aux molécules d’oxygène. Ces travaux
Toulouse, Université de Toulouse 3), Instituto di scienze marine à Gênes).
s’inscrivent aujourd’hui dans le cadre d’un programme
1 Vue de profil comme sur le schéma, cette pile à combustible
« blanc » financé par l’Agence nationale de la recherche,
14
prototype ne comporte aujourd’hui des enzymes que dans un
seul compartiment, celui de la cathode.
Brèves
SIMULATION D’UN INCIDENT AU CENTRE CEA DE SACLAY
Le 13 juin dernier, a eu lieu un exercice
simulant un incident nucléaire sur le
site du centre CEA de Saclay. Cet
exercice s’inscrit dans une démarche
de prévention et de protection de la
population riveraine et de l’environnement.
Organisé par la préfecture de l’Essonne,
il a permis aux pouvoirs publics de
tester le dispositif de secours prévu en
1
cas d’accident réel, la coordination
entre les acteurs et la cohérence des
centre CEA de Saclay et de la commune
des interventions et des secours par
actions mises en œuvre.
de Saint-Aubin, par la gendarmerie
les différents services de sécurité et
Peu après 9h, les habitants de
nationale, avec des contrôles d’accès
de santé du centre.
Saint-Aubin, avertis d’abord par les
ainsi que des déviations.
sirènes
sapeurs
Cet exercice a permis de tester et de
pompiers, ont été invités à se mettre
valider un nouveau « plan d’engage-
à l’abri. Un périmètre de sécurité a
ment opérationnel » conçu par le CEA
été mis en place, tout autour du
de Saclay, qui précise l’organisation
puis
par
les
IMAGERIE
1 Les personnels de la Formation locale
de sécurité du centre CEA transportent
la structure gonflable du « sas » qui
accueillera les blessés pour les premiers
soins radiologiques et médicaux.
CÉRÉBRALE ET MOUVEMENTS DE L’EAU
Une équipe du Service hospitalier
méthode ont montré que l’activation
plus localisée et plus intimement liée
Frédéric Joliot à Orsay, en collabora-
cérébrale
légère
à l’activation des neurones et consti-
tion avec une équipe de l’Université
baisse de la diffusion des molécules
tue donc une alternative intéressante
de Kyoto, a démontré que la mesure,
d’eau,
petit
à l’imagerie de la fonction cérébrale.
dans le cerveau, des mouvements de
gonflement des cellules activées. En
Il reste à comprendre la signification
diffusion des molécules d’eau tradui-
définitive, l’IRMd reflète plus directe-
véritable du phénomène observé :
sait directement et rapidement l’acti-
ment l’activité des neurones que
l’eau, molécule de la vie serait-elle
vation des neurones. La puissance
l’IRM fonctionnelle classique, fondée
également molécule de l’esprit ?
de la méthode employée, l’Imagerie
sur l’augmentation du débit sanguin.
C’est l’une des questions auxquelles
par
Elle se révèle à la fois plus rapide,
permettra de répondre le centre
résonance
magnétique
de
provoque
conséquence
une
d’un
diffusion (IRMd), tient au fait qu’elle
d’imagerie cérébrale à très haut
permet de relier des mesures
champ, NeuroSpin, qui ouvrira ses
réalisées à une échelle macrosco-
portes au centre CEA de Saclay.
pique à l’architecture microscopique
du tissu neuronal. L’organisation
géométrique des cellules dans le
tissu cérébral modifie en effet de
1 L’IRM de diffusion appliquée
manière sensible les mouvements
désordonnés des molécules d’eau.
Les mesures réalisées par cette
1
aux molécules d’eau est un outil
novateur d’observation de l’activité
cérébrale.
15
CONFÉRENCE CYCLOPE JUNIORS
Mardi 3 octobre 2006
Climat et effet de serre
Par Valérie Masson-Delmotte, responsable de l’équipe de glaciologie et de paléoclimatologie continentale,
chercheur au LSCE (Unité mixte de recherche CEA-CNRS) de Saclay et Jean Poitou, conseiller scientifique au LSCE.
Cette aquarelle de Samuel Birmann (1823) représente la mer de glace,
pénétrant largement dans la vallée de Chamonix (Kunstmuseum, Bâle).
Cela fait déjà près de 50 ans que les spécialistes ont tiré le
signal d’alarme : en brûlant le carbone que la nature a mis des
centaines de millions d’années à stocker dans le sous-sol de la
terre, l’homme est en train de changer le climat de façon
importante et durable.
Pour faire fonctionner son industrie et assurer le transport des
marchandises, mais aussi pour assurer son bien-être et ses
loisirs, l’homme consomme une quantité toujours croissante
d’énergie, la plus grande partie étant fournie par le pétrole, le
gaz naturel et le charbon.
En brûlant ces combustibles, nous rejetons dans l’atmosphère
7 milliards de tonnes de carbone par an, dont seulement une
moitié est reprise par la végétation et les océans. Le reste
s’accumule dans l’atmosphère où il joue le rôle d’une serre,
empêchant la chaleur apportée par le soleil de quitter la basse
atmosphère.
On observe depuis 1850 un réchauffement de la planète. Ce
réchauffement s’est fortement accéléré au cours des années
1990. Mais l’Europe avait subi au cours des 4 siècles précédents
un refroidissement marqué, avec des hivers durant lesquels les
canaux et les rivières gelaient, ainsi qu’en attestent les très
Cette photo (1995) montre le même site.
L’extrémité du glacier a régressé de 1 800 mètres.
nombreuses scènes hivernales représentées par les peintres
flamands tout au long de cette période.
Le réchauffement intervenu depuis le milieu du 19ème siècle
est-il simplement un retour à la situation précédente, ou
l’homme porte-t-il une part de responsabilité ?
Les catastrophes climatiques comme la tempête de 1999, la
canicule de 2003, les cyclones de 2005 tel que Katrina, qui a
dévasté la Nouvelle Orléans, sont-elles des preuves du
changement du climat global ?
Que penser d’hivers qui restent froids longtemps comme celui
que nous avons connu cette année ? Le climat se réchauffe-t-il
vraiment ? Et que dire des fameux « gaz à effet de serre » ?
Pour répondre à ces questions, il faut comprendre comment
fonctionne le climat, voir comment se redistribue sur l’ensemble
de la terre la chaleur que le soleil apporte de façon tellement
plus importante aux régions situées entre les tropiques, prendre
la mesure du rôle considérable que joue l’eau sous toutes ses
formes, liquide, vapeur, glace.
Cette conférence juniors permettra de mieux comprendre la
« machine climatique », de mieux connaître ce qu’est « l’effet de
serre », dont nous entendons maintenant parler si souvent.
Renseignements pratiques :
Accès : ouvert à tous, entrée gratuite
Lieu : Institut national des sciences et techniques nucléaires, Saclay (voir plan)
Horaire : 20 heures
Organisation/renseignements :
Centre CEA de Saclay,
Unité communication et affaires publiques
Tél : 01 69 08 52 10
Adresse postale : 91191 Gif-sur-Yvette Cedex
Les Jeudis du CEA
Jeudi 28 septembre 2006 à 19h,
« Tsunami de l'Océan indien : deux ans après »,
avec François Schindelé, expert tsunami au CEA, représentant de la France au Groupe intergouvernemental de coordination
du système d’alerte aux tsunamis dans le Pacifique (CEA Direction des applications militaires Ile-de-France).
Renseignements : Lieu : café de la FNAC Vélizy, centre commercial Vélizy 2, Entrée libre
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