Cadran analemmatique Colombiere Dijon Doc Dr Alix

Cadran analemmatique Colombiere Dijon Doc Dr Alix
LE CADRAN SOLAIRE
DU PARC DE DIJON
par le Dr Frangois ALIX
Préface de Pierre LACROUTE
Directeur Honoraire de l Observatoire de Strasbourg
- E -
Le cadran marque 2 heures.
Nous sommes le 10 Août. ‘
Pour avoir l'heure légale, il A
faut ajouter à l'heure lue
1 h 40 et 5 minutes, ce qui “ fs
fait 3 h 45 (voir page, 10). q
4 | о, a
LE CADRAN SOLAIRE
DU PARC DE DIJON
par le Dr François ALIX
— 1985 —
PREFACE
Le Docteur Alix qui s’intéressait depuis longtemps aux
cadrans solaires et à leurs différents types a fait un excellent
travail sur le cadran solaire du Parc de la Colombière.
Il a fouillé les archives locales pour en retracer l’histoire,
et il a indiqué une théorie simple de ce cadran qui offre un
intérêt tout particulier car il est d’un type peu commum.
Il a étudié les défauts de réalisation qui ont certainement
en partie leur origine dans le transfert du cadran de la place
Darcy au Parc. Si bien qu’il a pu guider judicieusement la
remise en état du cadran.
Enfin le mode d’emploi exposé de façon accessible à tous,
fait que ce travail vaut aussi bien par la rigueur de l'étude
que par l’intérêt pratique qu’il présentera pour les visiteurs
du Parc.
Dijon, ler Avril 1983
P. LACROUTE
Directeur honoraire
de l'observatoire de Strasbourg
FRANCOIS ALIX
‘sorpueide JUIWIIIZI| SUOAR SI] 19
SIOUI SIp Sajeniul sa| anb afe.nua> aprep ey ins 13131 ie] SUOAR,U snou red ap snjd inog
‘wr 9z'6 oxe mad ‘Ur gg] axe purlid :suosulWI( - SIeg Np aurejos ueipeo 27 :1 9
do,
LE CADRAN SOLAIRE
DU PARC DE DIJON
par le Dr Francois ALIX
Tous les Dijonnais ont vu le cadran solaire du Parc de Dijon!. Mais
bien peu en connaissent le passé et la manière de s’en servir.
A l'occasion de sa restauration, il est opportun d’en donner une
description précise et d’en retracer l’histoire, même si la théorie de ce
type de cadran n’est pas abordée.
DÉFINITION
Le cadran solaire du Parc de Dijon est un cadran d’azimut, ainsi
appelé parce qu'il donne à toute heure du jour l’azimut du soleil.
Rappelons une des définitions qui peut être donnée de cet azimut:
l’angle entre la ligne méridienne Nord-Sud et l’ombre portée sur le sol
par un style vertical. Comme l’azimut dépend de l'heure et de la date, en
tenant compte de la date on peut déduire l'heure de l’azimut.
I] y a plusieurs variétés de cadrans d’azimut, celui du Parc est un
cadran d’azimut horizontal à style vertical mobile. On appelle ces
cadrans “cadrans solaires analemmatiques”.
Pourquoi analemmatique ? Parce que c’est le terme utilisé en 1644
par le mathématicien Vaulezard pour qualifier ce type de cadran solaire,
dans un ouvrage où 1l en donnait une théorie, la première en date qui ait
êté proposée. Analemmatique vient de analemme, terme aujourd’hui
oulbié et qui désignait autrefois une représentation de la sphère céleste .
par ses projections horizontale et verticale. Vaulezard utilisa l’analemme
pour échafauder sa théorie et le terme de cadran analemmatique vint
tout naturellement sous sa plume pour désigner le cadran qu’il étudiaut.
L’étymologie ( 4v%A7 tua, construction qui en supporte une autre,
substruction) n’explique que très indirectement le sens qu’on donnait à
ce terme. Il faut savoir en effet qu’à l'époque où la trigonométrie
sphérique n'existait pas, l'analemme était le premier temps d'une
construction géométrique qu’utilisaient les anciens astronomes, pour
calculer la déclinaison du soleil et sa hauteur.
|. Pour les lecteurs qui ne sont pas de la région dijonnaise, précisons que le Parc de Dijon
dit Parc de la Colombière est un parc de 34 hectares construit au 17° siècle par un élève de le
Nôtre. Situé au sud de la ville, il est desservi par une prestigieuse avenue : le Cours du Parc.
6 FRANCOIS ALIX
DESCRIPTION
Le cadran solaire du Parc est situé sur le bord de l’Ouche, au bout de
la grande allée centrale. Malgré la proximité des arbres centenaires,
l’endroit est bien dégagé et il s’en faut de peu que l’on puisse y
contempler le lever ou le coucher du soleil. Le cadran repose à même le
sol sur une pelouse rustique.
Il nous apparaît sous la forme d’une ellipse (fig. 1) dont le grand axe a
12,60 m et le petit 9,26 m!. Le petit axe se confond avec la ligne
méridienne et le constructeur a tenu à préciser l’orientation en plaçant
quatre dalles repère, marquées N, S, O, E. L’ellipse est marquée par des
dalles qui sont des carrés? de pierre sur lesquels sont gravés en chiffres
romains les numéros des heures. Chaque dalle a 50 cm de côté. Il y a 24
dalles correspondant aux 24 heures du jour. Mais il est évident que les
dalles correspondant aux heures de nuit en été ne servent jamais et que
c’est pour des raisons esthétiques qu'elles ont été voulues par le
constructeur.
La position des dalles peut être facilement contrôlée par le calcul. En
prenant le petit axe et le grand axe de l’ellipse pour axes de coordonnées
(fig. 2), les coordonnées x et y du centre de chaque dalle (que nous
appellerons aussi point d'heure) sont précisées très simplement, car la
théorie du cadran solaire analemmatique nous apprend que ces
coordonnées sont les suivantes :
x = R sin AH
y = R sin ¢ cos AH
R est le demi grand axe de ellipse. C’est une valeur arbitraire qui,
pour le cadran solaire du Parc, est égale, nous le rappelons, à
12,60/2 = 6,30 m.
AH est l’angle horaire du point d'heure que l’on veut calculer. On
fait AH = 159, 30°, 45°, quand on veut calculer les points d'heure I, II,
1...
@ est la latitude du lieu: 47919”,
La partie centrale du cadran est occupée par une grande dalle
rectangulaire faite de quatre petits rectangles de pierre juxtaposés,
1. Les mesurés ont été prises du centre de l'ellipse au centre d'une des dalles VI ou d'une
des dalles XII.
2, Pour être plus précis, nous devons dire que les dalles chiffrées les plus anciennes, cC'est-
à-dire celles qui sont antérieures à la restauration, ne sont pas exactement des carrés, mais des
quadrilatères mixtes dont deux côtés appartiennent vraisemblablement à des arcs d'ellipse et
les deux autres à des normales à l'ellipse, Cette forme géométrique particulière est totalement
inapparente lorsque les dalles sont en place et c'est à l'occasion de leur déplacement lors de la
restauration que nous nous en sommes aperçus.
LE CADRAN SOLAIRE DU PARC DE DIJON 7
égaux entre eux (hg. 1 et 2 et en gros plan tig. 3). Leur juxtaposition
dessine deux droites rectangulaires qui prolongées se confondent avec
les axes de l’ellipse. Comme on le voit sur la figure, la droite la plus
grande appartient au petit axe de I'ellipse, donc a la ligne méridienne.
Les dimensions de la dalle sont 4 m x 1 m.
Sur la ligne méridienne devra se placer l'observateur qui fera ainsi
office de style, car dans ce genre de cadran le style c'est généralement
l’homme. L'observateur ne se placera pas n’importe où, mais à un point
bien précis correspondant à la date de l'observation. Ce point lui est
indiqué par une échelle de dates (fig. 3) gravées de part et d'autre de la
ligne méridienne. L'échelle est représentée par les initiales des mois et
les signes du zodiaque.
Chaque initiale traduit le premier jour d’un mois, le signe du
zodiaque qui suit traduit le 21 du même mois à un ou deux jours près.
Manque le signe du Cancer précisant l'importante date du 21 juin. Nous
ignorons pourquoi.
La position des initiales et des signes du zodiaque peut être définie
par la distance d de chacun d'eux au centre de l’ellipse, distance
mesurée sur la ligne méridienne. Là encore, nous pouvons contrôler la
justesse de cette distance, car la théorie du cadran solaire analemmatique
nous donne la formule qui permet de la calculer:
d = R tg à cos @
R, demi-grand axe de Tellipse; q, latitude ; &, déclinaison du soleil.
L’un des foyers de l’ellipse est précisé par une marque de pierre.
Nous verrons plus loin pourquoi.
UTILISATION
Ces explications données, le mode d’emploi du cadran est simple :
Placez-vous debout sur la ligne méridienne à l’endroit correspondant
à la date du jour. Observez votre ombre. Sa direction indique l’une des
dalles portant les chiffres d'heures. Et par ce fait, elle indique aussi
l'heure comme le ferait la petite aiguille sur le cadran d’une montre.
Vous avez ainsi ce que les astronomes appellent l'heure locale vraie,
c’est-à-dire l’heure du méridien de Dijon, liée à l'angle horaire du soleil
vrai à Dijon. C’est ainsi qu’on qualifie le soleil pour le distinguer d’un
soleil fictit appelé soleil moyen dont nous allons parler dans un instant.
Ce n'est pas tout d’avoir l’heure du cadran solaire. Encore faut-il la
traduire en heure légale. Pour cela il faut apporter à l’heure lue deux
corrections :
Première correction. Consiste à ajouter à l’heure lue l’une des valeurs du
tableau de la page 9 exprimées en minutes et appelées valeurs de
l’équation du temps.
FRANCOIS ALIX
‘31x3] Np uoisusyaiduios E, E sarressaoau ‘4 ‘9 ‘A x sami sar “arrnurod
Us SaUSI] Sa] ‘SSaUUOp1009 IP SIXe $I] ‘uoissardwiins ug - ‘dIES np эмеро$ UBIPEd 27] :7 3
== осно ито но SE Sa oe
(0)
LE CADRAN SOLAIRE DU PARC DE DIJON
Tableau des valeurs de l’équation du temps
Les lettres sont les initiales des mois
J|F|IM| A | M | J |J|A| 5 | O |N | D
1 | slialis| a |—3 |—2]83/6| 0 |—10/—16|—11
5|514)12| 3 |—3 | —2 |4 |6 | —1 | —11 |—16 | —9
10 | 84/11) 1 |—a |—1 |5|5|—3 | —13 |—16 | —7
15/9/14) 9) 0 |—a | о |6 | 4 | —5 | —14 | 15 | —5
90 |11|14) 8 |—1 |—a4 | 1 |e|3 | —e | —15 |—14 | —3
25/12/13) 6 |—2 |—3 | 2 |6 |2 | —8 | 16 |-13| 0
30 |13 4|—3 | —3 | 3 |6|1|—10|—16|—11 | 2
Nous avons ainsi uné heure intermédiaire entre l'heure du cadran et
l’heure légale, c’est l'heure dite: heure locale moyenne.
Cette notion d’heure moyenne est une nécessité parce qu'il serait très
incommode pour les usages de la vie et pour les mesures physiques de
se servir de l’heure vraie, liée au soleil vrai. Le soleil vrai ne se déplaçant
jamais avec la même vitesse, une montre réglée aujourd’hui sur l’heure
vraie ne le serait plus demain. Aussi les astronomes ont-ils imaginé une
heure régulière dite moyenne liée à un soleil fictif appelé soleil moyen
dont le déplacement est régulier par définition. Soleil moyen et soleil
vrai cheminent très près l’un de l’autre et accomplissent le même
nombre de tours en une année. Mais le soleil vrai, dont le déplacement,
répétons-le, n’est pas uniforme, est tantôt en avance, tantôt en retard sur
le soleil moyen dont le déplacement est uniforme.
Pour passer de l’heure du cadran solaire, qui est donc l’heure locale
vraie, à l’heure locale moyenne, il suffit d’ajouter à l'heure lue l’un des
chiffres du tableau, c’est-à-dire pour un jour donné la valeur de
l’équation du temps. Celle-ci représente la différence de marche entre le
soleil vrai et le soleil moyen.
Deuxième correction. Elle consiste à ajouter à l'heure de la première
correction (heure locale moyenne) 1 h 40 mn pendant le temps de
Pheure d’été ou 40 mn pendant le temps de l'heure d'hiver.
Nous avons ainsi l’heure légale.
Pourquoi cette nouvelle adjonction ? Parce que l’heure légale n’est
pas l’heure locale moyenne de Dijon. Il a fallu adopter une même heure
pour toute la France et même dans les pays voisins. On a adopté en
10 FRANCOIS ALIX
Europe occidentale l'heure locale moyenne de l’observatoire de
Greenwich. Mais les hommes ayant tendance à mal utiliser le jour en se
levant ou en se couchant trop tard, pour des raisons d’ordre
économique on les trompe en adoptant pour heure légale suivant les
saisons l'heure locale de Greenwich augmentée d’une ou de deux
heures.
Un exemple pris en été fera mieux comprendre. Quand le soleil
moyen, qui vient de l'Est, passe au méridien de Dijon, il est midi moyen
à Dijon (heure locale), mais il n’est pas encore midi moyen a Greenwich.
Il s’en faut de 5°2’38" en longitude (5°2’38" est la longitude de Dijon)
soit en temps 20 mn environ. Il sera donc a Greenwich 12 h — 20 mn =
11 h 40 mn, ce qui fait en heure légale d'été:
11 h 40 mn + 2 h = 13 h 40 mn
En heure légale d'hiver cela aurait fait:
11 h 40 mn + 1 h = 12 h 40 mn
En résumé, l’heure du cadran donne l’heure locale
vraie. Cette heure peut être traduite en heure légale en lui
ajoutant 1° la valeur de l’équation du temps 2° 40 mn ou
1 h 40 selon que l’on suit l'heure d’hiver ou l’heure d'été.
Pour terminer cette description, nous croyons important de signaler
deux propriétés du cadran solaire analemmatique, complètement
oubliées de nos jours, jamais signalées dans les livres et retrouvées par
un auteur contemporain, Louis Janin. Si l'on marque le foyer F de
l’ellipse (fig. 2), on démontre très facilement que l’angle CF XII est égal à
la latitude géographique du lieu, qu’un angle tel que CF] est égal à la
déclinaison du soleil au jour |. Nous avons donc la déclinaison du soleil
pour toutes les dates marquées sur la dalle centrale. Ces propriétés
retrouvées ajoutent encore à l’intérêt que nous pouvons porter à notre
cadran et au cadran solaire analemmatique en général.
HISTORIQUE
Cette étude du cadran solaire du Parc nous paraîtrait incomplète si
nous ne la replacions pas dans son contexte historique. Grâce aux
documents et à la bibliographie que nous avons réunis, nous avons pu
retracer cette histoire.
Pour en trouver l’origine, il faut faire un saut de 157 ans en arrière.
En 1826, un Dijonnais, Caumont, architecte voyer de la ville, fait le
projet dans un but esthétique et dans un but fonctionnel, de doter Dijon
d’un cadran solaire monumental. Il avait été inspiré par le grand cadran
de Brou, près de Bourg-en-Bresse, construit à plat sur le sol, en avant de
la façade de la célèbre église. Détail intéressant, Caumont savait que ce
cadran, alors unique en Europe, avait été attribué à un architecte
Dijonnais, André Colomban, et pensait que ce dernier l’avait réalisé
après en avoir découvert le principe.
LE CADRAN SOLAIRE DU PARC DE DIJON |1
1er Juin..
GEMEAUX |
21 Mai |
167 Mai -
TAUREAU.
21 Avril
1er Avril
BELIER-
21 Mars |
1er Mars-
POISSONS.
19 Fevrier
fer Fevrier-
VERSEAU
20 Janvier
1er Janvier
fig. 3: Dalle centrale du cadran solaire.
J
J
HA
A
M
$} m
S
A
JS wf
O
M
y( | M
F
a +
| D
-- JE Juillet
-LION 23 Juillet
-1€F Aout
"Vierge 23 Août
er Septembre
BALANCE
J 25 Septembre
1er Octobre
SCORPION
23 Octobre
-- JE" Novembre
SAGITTAIRE
[22 Novembre
€ Décembre
CAPRICORNE
21 Décembre
Les légendes sont évidemment surajoutées.
Dimensions: 4 m x 1 m.
12 FRANCOIS ALIX
A Dijon a cette époque, il y a justement une place libre et tout à fait
indiquée pour le futur cadran solaire: devant la Croix de Mission.
C’était une croix monumentale, érigée en 1824 à l’occasion d’une
mission. Elle était située hors la ville sur l'emplacement de l’actuel
jardin Darcy, non à son étage supérieur comme on le croit
généralement, mais à son étage inférieur. Elle était tournée vers l’est en
direction du Château. On y accédait par urie allée, marquée par des
bornes, dont l’axe était orienté est-ouest, et qui partant de la route de
Troyes (actuellement avenue de la 1'€ Armée) arrivait devant la Croix
s’élargissant en un espace à contour géométrique. Fait remarquable,
celui-ci était orienté suivant les quatre points cardinaux et Caumont
n’avait pu s'empêcher de dire: cet espace semble fait expres.
Le 26 décembre 1826, il adresse au Maire de Dijon une demande
pour construire le cadran solaire à cet endroit.
La réponse ne se fait pas attendre. Elle est favorable. Un crédit de
240 francs sera voté et nous savons que le prix n’a pas dépassé les
prévisions. 240 francs de l’époque, c’est environ un million de centimes
de notre temps. Ce n’était pas cher. Le cadran fut construit comme
prévu et le devis précise: en pierre des Echaillons!.
Les années passent. Voici la révolution de 1830 et son cortège de
manifestations anticléricales. Il y a bientôt un mouvement d'opinion
contre la Croix de Mission et à la suite d’un article de presse, celle-ci est
enlevée le 13 septembre 1830° Il apparaît alors un espace vide qui
choque d'autant plus que le lieu est dépourvu de toute végétation. Il faut
faire quelque chose. La ville décide la création d'une promenade
ombragée. Il y aura deux allées latérales de platanes qui conduiront à
l'étage supérieur de l’actuel jardin Darcy, étage appelé à cette époque
plate-forme. Elles s’élargiront ensuite en une allée circulaire faisant le
tour de la plate-forme, allée circulaire qui existe encore. Que devint
dans tout cela le cadran solaire ? Il fut légèrement décalé et se trouva
ainsi à l'entrée de la promenade. Sa nouvelle situation correspond
exactement au rebord antérieur de l’actuelle pièce d’eau. Les travaux
commencés peu après se terminèrent en 1833.
C’est alors que pendant six ans le cadran solaire va vivre des jours
paisibles. Le dimanche après-midi quand il fait beau, la nouvelle
promenade est très fréquentée par les Dijonnais. Tous s'arrêtent devant
le cadran solaire et font des observations d'heure. Ils sont conseillés
pour cela par un cantonnier de la ville dont l’histoire a retenu le nom,
Chambrette, qui moyennant une petite rétribution donne d’abondantes
explications.
Voici 1839, l’année des grands travaux, entrepris par Darcy,
ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, pour amener à Dijon les eaux
|. La carrière des Echaillons était près du chemin qui porte encore ce nom à l'ouest de
Dijon.
2. Elle se trouve actuellement dans le transept nord de la cathédrale Saint Bénigne.
LE CADRAN SOLAIRE DU PARC DE DIJON 13
de la source du Rosoir. Ces eaux sont collectées dans un château d’eau
construit au centre de la plate-forme et qui existe encore. De ce château
part en direction de la ville un aqueduc qui obligatoirement coupe
l’emplacement du cadran solaire. Celui-ci est sérieusement malmené. Il
perd trois dalles de chiffres et une partie de la dalle centrale. Mais le
maire de Dijon, Dumont, fait faire les réparations nécessaires et le
cadran reste encore pendant douze ans un centre d'intérét pour les
dijonnais et les étrangers.
En 1851, une grande fontaine est installée à emplacement de la
future entrée du jardin Darcy. D’importants travaux d'aménagement
sont entrepris et le cadran solaire qui est compris dans la zone des
travaux est enlevé, ses pierres transportées contre le mur du cimetière
voisin. Puis pour une raison que nous ignorons, il est purement et
simplement détruit. La dalle centrale est convertie en moëllons et les
pierres des heures servent à construire un escalier permettant d’accéder
au lit du Suzon depuis le cours Fleury!.
Caumont, père du cadran solaire, n’avait pas vu sans tristesse la ruine
de son œuvre. Dans une note manuscrite, il déplore longuement cette
destruction. En 1854, à l'occasion de la construction des deux pavillons
d’entrée et de la grille du Parc — qu’il était chargé de diriger — il
conçoit la construction d’un nouveau cadran solaire semblable à
l’ancien, et il obtient l’autorisation de le placer à l’endroit mème où nous
le voyons aujourd’hui.
Quarante six années passent. Arrive 1900, une date forte dans
l’histoire de notre cadran solaire. A ce moment, Gruey, directeur de
l'observatoire de Besançon, en fait la découverte. Il n’a jamais vu un tel
cadran, n’en a jamais entendu parler ni de vive voix ni dans aucun livre.
Très intrigué et en mathématicien naturellement curieux, il songe
aussitôt à en établir la théorie. Toutes les théories proposées jusque là et
qu'il ignorait était compliquées et surtout mal présentées. En particulier
la théorie de Vaulezard qui fait intervenir les propriétés des ellipses
semblables obtenues par projection horizontale des cercles de la sphère
céleste, celle de de Lalande qui obtient le cadran analemmatique par
projection horizontale d’un cadran équatorial. Par contre Gruey dans un
court article expose une théorie claire et relativement simple du cadran
solaire analemmatique. Il part de la formule de l’azimut du soleil et par
le calcul différentiel, aboutit assez rapidement aux trois formules
trigonométriques précédemment citées.
Et c’est ainsi que sans autres péripéties le cadran solaire du Parc
arrive jusqu’à nous, a travers 129 années au cours desquelles il subit les
agressions de l’eau et du gel, S’il ne souffre pas trop des inondations de
1965 qui pendant plusieurs jours le recouvrent, le gel par contre lui fait
subir de grands dommages.
1. Le cours Fleury existe encore, mais il n'en reste qu'une petite partie qui ne peut donner
aucune idée de la magnifique avenue qu'il était autrefois.
14 FRANCOIS ALIX
ETAT DU CADRAN AVANT SA RESTAURATION
En 1980, avant sa restauration, comment se présentait notre cadran ?
A la fois bien et mal. Bien, si l’on songeait à son grand âge nous
apportant la preuve qu’il avait résisté efficacement au temps et que ses
pierres étaient d’excellente qualité. Mal, quand on voyait ses manques et
ses délabrements. Les dalles 5 heures et 7 heures du matin sans doute
réduites en poussière par le gel avaient été débarrassées par des
jardiniers; plusieurs autres dalles, exactement 9 comportaient des
fractures souvent multiples et même des manques ; l’un des rectangles
de la dalle centrale, le rectangle sud-ouest était brisé en d'innombrables
fragments et totalement illisible.
Tel qu’il était, nous avions eu la curiosité de vérifier la justesse de la
méridienne, de mesurer le demi-grand axe de l’ellipse et de préciser la
position des initiales des mois et des signes du zodiaque.
La méridienne du cadran a été contrôlée par le relèvement de
Pombre d’un fil à plomb à midi vrai. Et nous avons eu la surprise de
découvrir que cette méridienne ne coïncidait pas exactement avec la
ligne nord-sud. Elle déviait vers l’est de plus de 3°, exactement 3°03’,
chiffre confirmé à une minute près par G. Louis qui a utilisé une
méthode par répères topométriques.
Le demi-grand axe de l’ellipse avait été trouvé égal à 5,80 m.
Enfin pour préciser la position des inscriptions, nous avions mesuré
les distances d qui séparent chaque inscription du centre du cadran.
Connaissant R d’une part et les différentes valeurs de d d'autre part,
nous pouvions grâce à la formule citée plus haut:
d = R tg à cos ©
contrôler R en partant des différentes valeurs de d.
Nous avons donc contrôlé autant de fois qu’il y a d'inscriptions ou
presque, exactement 21 fois, la valeur de R. Si le cadran avait été juste,
nous aurions du retrouver 21 fois 5,80 m. Allions-nous retrouver ce
chiffre ? Hélas! non. Sur les 21 contrôles nous n’avons pas trouvé une
seule fois 5,80, nous avons trouvé presque chaque fois un chiffre
différent et dans l’ensemble une dispersion de chiffres autour d’une
moyenne de 6,30. Les valeurs de d comportaient donc des erreurs,
autrement dit les signes du zodiaque et les initiales des mois n’étaient
pas en bonne position.
Le cadran solaire était donc loin d’être juste et l’on se pose
Pinévitable question: pourquoi tant d’erreurs dans sa construction ?
|, Chaque distance a été mesurée du centre C jusqu'à un point de la ligne méndienne
correspondant à la partie supérieure de l'inscription. Tout autre procédé aboutissait pour R à
des valeurs encore plus dispersées. Exception a été faite pour les signes du Bélier et de la
Balance qui pour raison évidente ont été considérés en bonne position avec d = 0.
LE CADRAN SOLAIRE DU PARC DE DIJON 15
Nous ne nous sommes pas expliqué l'erreur de situation de la
méridienne du cadran. A l’époque de Caumont il existait des procédés
simples et relativement précis pour déterminer la méridienne du lieu.
S’est-il contenté des indications d’une boussole ? C’est possible,
Quant aux erreurs de position des inscriptions, nous pensons en
avoir découvert l’origine et nous pouvons dire tout de suite que
Caumont n’est pas en cause, Car nous avons eu la chance de retrouver
ses calculs. Ceux-ci sont sans erreur et il est certain qu’il a communiqué
au marbrier des renseignements précis et des chiffres exacts. Dès lors
nous ne voyons qu’une explication : la trop grande liberté prise par
l'artisan dans l’exécution de son travail.
RESTAURATION
Il était urgent de remplacer les pierres manquantes ou très
détériorées, C’est ce qui a été fait. Onze dalles ont été remplacées parmi
lesquelles dix dalles chiffrées et la dalle portant la lettre S. Le rectangle
sud-ouest de la dalle centrale, complètement désagrégé par le gel, aux
inscriptions illisibles, a été lui aussi refait, les lettres et les signes du
zodiaque regravés avec fidélité. L'un des foyers de l’ellipse a été signalé
par une petite marque en pierre dont nous avons vu plus haut l'intérêt.
Les nouvelles dalles n’ont pas la même épaisseur que les anciennes,
10 cm au lieu de 25 pour les dalles chiffrées, 15 cm au lieu de 25 pour la
partie nouvelle de la dalle centrale. Extraites des carrières de Brochon,
elles ont été taillées et gravées! par les élèves tailleurs de pierre du centre
d'enseignement technique les Marcs d’Or à Dijon. Au voisinage
immédiat du cadran a été placée une stèle indiquant la manière de s’en
servir.
La restauration était une occasion de donner au cadran plus de
justesse.
Tout d’abord on pensait pouvoir rectifier la méridienne. Malheureu-
sement cette idée a été écartée pour la principale raison qu’en déplaçant
la dalle centrale on risquait d’aggraver des fractures déjà existantes, ou
de faire apparaître des fractures insoupçonnées.
Pour redresser les erreurs de position des inscriptions, on avait le
choix entre deux solutions: soit modifier la position de chaque
inscription sans toucher aux dimensions de l’ellipse, c’est-à-dire sans
toucher à R, soit porter R à 6,30 m sans toucher aux inscriptions.
La prémière solution’ aurait nécessité le changement de la dalle
centrale. Bien qu’une partie de cette dalle dût être nécessairement
changée parce qu’en trop mauvais état, cette solution était impensable.
Le cadran du Parc est au sens propre du mot un monument historique
1, Les inscriptions qui devaient être refaites ont été relevées par M. André Arvier,
dessinateur à la ville de Dijon et dessinées par lui exactement semblables aux originales.
16 FRANCOIS ALIX
et nous avons tous consciemment ou inconsciemment le respect de la
chose ancienne.
La deuxième solution par contre paraissait rationnelle. Elle a été
adoptée. Elle respecte les parties restées bonnes de la dalle centrale et a
nécessité simplement le décalage des dalles chifirées de quelques cm en
dehors, pour donner à R sa nouvelle dimension (6,30 m au lieu de 5,80).
Les inscriptions de la partie remplacée de la dalle centrale ont été
regravées en position théorique correspondant à une valeur de R de
6,30 m.
Ainsi modifié le cadran solaire n’est cependant pas parfait. D'abord
la méridienne n’a pas été rectifiée. Ensuite la solution adoptée laisse
parfois subsister — sauf évidemment dans la partie refaite — de petites
erreurs dans la position des inscriptions. Mais ces erreurs sont au plus
de 4 cm et n’affectent pratiquement pas la précision des observations.
CRITIQUE
Si nous avions une critique à formuler, ce n’est pas sur les défauts
que nous avons étudiés que nous nous appesantirions, mais sur un autre
défaut ou, tout au moins, ce que nous considérons comme tel: les
dimensions exagérées du cadran. Celui-ci n’est pas à l’échelle humaine.
Il est trop grand. Pourquoi ? Parce que l'ombre de l’observateur, quelle
que soit la saison, sera toujours trop petite pour atteindre les chiffres des
heures les plus utilisées, celles du milieu de la journée. Pour qu’il en soit
ainsi, il faudrait que l’observateur soit un géant, de plus de 6 mètres
(6,27 m) au solstice d’été à midi, et de plus de 2 mètres (2,36) au solstice
d'hiver à midi également. Comme il ne l’est pas, il devra se contenter
d’observer la direction de son ombre et de la prolonger à vue vers la
graduation elliptique.
* x
#
Avant de terminer, nous voudrions signaler la rareté des cadrans
solaires analemmatiques. En France, pendant longtemps, il n’y en eut
que deux, celui de Brou, l’ancètre de tous les cadrans analemmatiques,
et celui de Dijon. Plusieurs autres ont été construits au cours de ce
siècle. Au total, sur 2.500 cadrans solaires de toute sorte recensés par
Robert Sagot, on ne compte que neuf cadrans analemmatiques. En plus.
des deux cadrans cités, il faut ajouter ceux d’Avignon, de Montpellier et
de Vienne situés dans des jardins publics, et quatre autres installés dans
des propriétés privées, à Puxe (Meurthe-et-Moselle), Sainte-Maure-de-
Touraine (Indre-et-Loire), Nivelle (Loiret) et Premeaux (Cote d'Or).
Cette notion de rareté donne encore plus de valeur à notre cadran
dijonnais.
Voilà ce que nous voulions dire sur le cadran solaire du Parc de
Dijon. Nous serions heureux si nous avions pu susciter l’intérêt autour
de cet extraordinaire monument astronomique qui constitue pour notre
ville, non seulement une curiosité, mais un incontestable centre
d’intérêt scientifique et archéologique.
SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE
CADRAN SOLAIRE (Installation d'un cadran solaire à Dijon), Journal de Dijon et de la Côte.
d'Or, 17 août 1827, Bibl. mun. de Dijon.
CAUMONT. lettre manuscrite au Maire de Dijon, 1824, Archives municipales de Dijon,
CAUMONT, Plan du premier cadran solaire de Dijon et d'une partie de la Croix de
Mission ; ms, des Archives municipales de Dijon.
CAUMONT, Description historique du cadran solaire horizontal elliptique construit &
Dijon, ms. n° 208, Arch. départ. Côte d'Or.
Croix de Mission, Journal de Dijon et de la Côte d'Or, 17 avril et 25 avril 1824, Bibl. mun,
de Dijon,
Croix de Mission, lithographie de 1825, Bibl. mun. de Dijon.
Dumay (Gabriel), Le cadran solaire horizontal de Dyon (Mémoires de l'Académie de Dijon,
4% sêrie; t VIL 1899, po XIX-XXIII).
GRUEY [L-].), Le cadran solaire de Dijon / Revue bourguignonne de l'enseignement supérieur
tome XII, 1902, p. 97-100),
JANIX (Louis), Le cadran solaire analemmatique, histotre el développement, 1974, société
astronomique de France, 3 rue Beethoven, Paris.
LALANDE (Joseph del, Encyclopédie méthodique, arucle cadran analemmatique, 1784,
Macrez (Claude), Cadran analemmatique, présentanon moderne de la théorie de
l'autezard; Communication personnelle, 1980,
Plan de Duyjon vers 1840, chez Douiller, imprimeur à Dijon. Nous montre l'empla:
cement de l’ancien cadran solaire. Bibl mun. de Dijon.
ROHR (René), Les cadrans solaires; chap. VI: les cadrans analemmatiques, chez .
Cauthiers-Villars, 1965,
SAGOT (Robert), Théone du cadran analemmatique; communication personnelle, 1978
SAGOT (Robert), Répertoire des cadrans solaires de France, Société astronomique de France.
3 rue Beethoven. Paris.
VAULEZARD (del, Traité de l'origine, démonstration, construction el usage du Quadrant anale
matique, Paris, 1644 ; Bibhothèque Nanonale.
Pour lire Pheure :
Placez-vous debout sur la ligne méridienne
de la dalle centrale, a Vendroit correspondant a
la date du jour. Lisez Vheure dans le
prolongement de votre ombre.
Pour avorr Vheure légale, ajoutez à l’heure
lue :
1) selon le jour de l’année l’une des
valeurs du tableau de la page 9, exprimées en
minutes ;
2) 1h 40 ou 40 minutes suivant que
vous suwvez l’heure d’été ou l’heure d'hiver.
Imprimerie UNION TYPOGRAPHIQUE - DOMOIS - 21600 LONGVIC Depor legal : 1er trimestre 1983
Was this manual useful for you? yes no
Thank you for your participation!

* Your assessment is very important for improving the work of artificial intelligence, which forms the content of this project

Download PDF

advertising