COMPTES RENDUS

COMPTES RENDUS
SBORNÍK PRACÍ FILOZOFICKÉ FAKULTY BRNĚNSKÉ UNIVERZITY
STUDIA MINORA FACULTATIS PHILOSOPHICAE UNIVERSITATIS BRUNENSIS
L 28, 2007
COMPTES RENDUS
Michel Erman, Poétique du personnage de roman, Paris, Ellipses 2006, 143 p.
Aussi évidente qu’elle puisse paraître, la notion de personnage à laquelle la majorité des textes
de critique littéraire contemporaine recourt apparaît dans ce petit volume très instructif sous un jour
complètement nouveau. Ainsi, la première leçon tirée de cet ouvrage qui se propose de décrire et
d’analyser des procédés discursifs concourant à la construction du personnage de roman est celle
qui dit que le personnage ne se concevait pas toujours de la même manière et que l’on doit à la Renaissance et au développement du sujet cartésien l’apparition du concept et sa prise en valeur sous
la couverture de la notion d’acteur ou du héros.
Etayée sur des exemples tirés des ouvrages majeurs de la littérature romanesque qui vont de
Mme de LaFayette jusqu’à Michel Houellebecq, l’analyse du personnage se veut également un
mode d’emploi méthodologique permettant l’accès à l’imaginaire narratif qui se construit dans et
par le personnage. Ce petit guide de poétique du personnage de roman décrit et analyse systématiquement les éléments constitutifs de ce dernier tels qu’ils ont été répertoriés et étudiés par différentes écoles narratologiques. Ainsi, l’approche de la sémiotique narrative qui réduit le personnage
à une pure fonction dans le récit représente le point de départ pour un développement qui montre
l’insuffisance et l’inadaptation d’un tel modèle aux besoins d’une analyse du personnage de roman
dans sa complexité psychologique et sociale. Certaines dimensions du personnage ne sont de ce fait
accessibles qu’au moment où l’on combine d’autres modèles d’approche critique.
Empruntant à Paul Ricœur la notion d’identité narrative, Michel Erman envisage l’essence du
personnage romanesque sous ses deux aspects. Si l’« identité permanente » est la somme des caractéristiques immuables tout au long du temps de l’histoire, l’« identité à soi » résulte de l’évolution
de la conduite de l’individu vis-à-vis de soi-même ainsi que des autres. L’identité narrative du
personnage se révèle alors comme la combinaison de la permanence et de la temporalité de l’être
et du faire que celui-là accomplit.
Pour contourner l’identité narrative du personnage, l’auteur du volume étudie trois éléments
constitutifs de ce dernier qui sont autant des chemins d’accès à l’analyse de sa poétique. Celle-ci
relève en premier lieu de la catégorie du nom qui implique toute une série de stratégies de désignation du personnage de roman comme par exemple les noms tronqués, les allusions intertextuelles
et culturelles ou les surnoms et les pseudonymes. On y observe également des questions liées à la
notion de pertinence et de motivation de la désignation. Le troisième chapitre de l’ouvrage porte
sur les éléments appartenant à la catégorie de description qui comprend le portrait et ses différentes
apparences, les descriptions métonymiques (vêtements, nourritures, lieux, lectures) et les traits discursifs caractérisant le personnage du point de vue des énoncés qu’il lui est donné d’engendrer. Finalement, la catégorie du faire qui est une sémiologie de l’agir du personnage focalise les différentes possibilités d’étudier le personnage par le biais des événements et des actions qu’il accomplit.
De telles observations permettent à Michel Erman de dresser l’inventaire des modèles d’analyse
qu’il classe en fonction l’axe allant de l’importance accordée à l’action jusqu’à la prise en compte
de l’être dans le faire. Le modèle sémiotique (Propp, Larivaille, Greimas) qui, s’inspirant de la
syntaxe, repose sur un nombre limité de fonctions, correspond aux besoins du conte, mais se révèle
inadapté au genre du roman, ne serait-ce qu’en raison que ce dernier recourt aux modes narratifs
que le conte ne connaît pas (l’ellipse par exemple). Le modèle pragmatique associe le personnage
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empirique avec celui qui émane du processus de la lecture (Eco, Ricœur). Le dernier modèle étudié
– le modèle sémio-anthropologique (Barthes) – s’établit autour des catégories anthropologiques
de l’individu, de la personne, du moi et permet de classifier les caractéristiques de personnalité en
fonction des dominantes définies par la psychopathologie.
L’étude se clôt par une typologie de personnages reflétant la logique des valeurs que ceux-ci observent dans leurs attitudes, leurs actions et leurs comportements. La première distinction se fait entre
les personnages principaux et les secondaires. La deuxième permet d’opposer le héros à l’antihéros
dont la variante spécifique – le picaro – est ici nuancée par le biais de l’opposition entre les concepts
de mêmeté et ipséité introduits par Paul Ricœur. Finalement, l’étude observe le cas des personnages
collectifs et référentiels qui ont un statut spécifique au sein des personnages du roman.
Même si ce petit volume peut inspirer l’impression d’une propédeutique introduisant aux problèmes de poétique du personnage romanesque, il parvient, grâce à des applications pratiques à de
grandes œuvres de la tradition romanesque, à remplir la mission d’ouvrage de méthodologie de
recherche. De cette façon, il peut se révéler utile non seulement aux étudiants, mais également aux
chercheurs et aux universitaires.
Petr Dytrt
Jeanne Demers, Le Conte. Du mythe à la légende urbaine, Montréal, Québec Amérique 2005,
144 p.
Professeur émérite à l’Université de Montréal, Jeanne Demers couronne ses oeuvres par la publication Le Conte – Du mythe à la légende urbaine, ouvrage ultime, auquel elle tenait beaucoup,
qui a été heureusement mené à fin durant les dernières semaines de sa vie.
Son étude aborde le conte sous les aspects les plus variés dans le but de composer un tableau, le
plus complexe possible, du phénomène. Laissant de côté la répartition traditionnelle en chapitres,
Demers crée, par le biais de questions et de réponses, une mosaïque de tout ce que le conte est ou
n’est pas pour finir par former une conception claire qui émerge à la fin même de la lecture. Afin
d’y parvenir, elle poursuit parallèlement trois pistes qui s’interpénètrent tout au long du livre ; ainsi,
la présentation graduelle des mots-clés et des concepts-clés tend-elle vers le développement en
continu d’une définition-description du conte, accompagnée incessamment de la comparaison de
cette forme avec les formes voisines.
Jeanne Demers met le conte en rapport avec des structures apparentées, littéraires et populaires.
À tour de rôle, le conte est comparé aux exemplum médiéval, parabole biblique, ruse, poème, nouvelle, fable, roman, légende, légende urbaine et mythe. Après avoir tracé des ressemblances entre
eux, l’auteur met en évidence les caractéristiques différentielles. Elle signale également une proximité, notamment thématique, entre le conte et des formes musicales, telles que le lai et la chanson
populaire au Moyen Âge ou le ballet de nos jours. Dans la conception de Jeanne Demers, le conte
est représenté comme un facteur puissant qui, dès les temps primordiaux, ne cesse de se refléter
dans la réalité quotidienne ; et dont l’omniprésence apparaît fascinante. Aujourd’hui, c’est par le
truchement de la publicité commerciale et des logiciels qu’il s’adresse à un large public. On peut
donc rencontrer le conte sous les facettes les plus variées.
L’autre intention de l’auteur est d’établir des termes, des notions de base et de définir leur signifié et contenu. Partant des mots-clés simples, Demers passe, par degrés, à des concepts-clés pensés
pour finir par dresser une terminologie complexe. Examinant la double existence du conte en tant
que forme orale, traditionnelle et plus tard aussi écrite et littéraire, l’auteur vise à déterminer la
place, le rôle, la fonction et l’évolution des deux dans de diverses sociétés.
L’étude mentionne également certaines tentatives préalables d’autres scientifiques de classer
les contes. On prend connaissance des suggestions des travaux principaux tels que le catalogue
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