Journal Pas si pass que a pompey

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LA Comédie musicale
9 Octobre 2004 : ÉDITION SPÉCIALE - N°1
[Édition du bassin de Pompey]
Entrez Messieurs Dames,
Bien cher André,
Bien arrivée en gare, les trains
défilent encore et sur les quais on se
bouscule.
Des cris, des appels ; on hèle les
copines, bisous, bisous de tous côtés.
Encore quelques rues, attends-moi,
j’arrive.
(Régine)
une maman avec son propre enfant.
C’est triste aujourd’hui de la voir
détruite par les mauvais hommes qui
ne pensent que construire maison sur
maison. A ces hommes qui incendient
les bois et les forêts sans penser qu’ils
font une chose horrible, monstrueuse
et aux incidences sur nous-mêmes.
(Angela)
La poste
Le Jardin
Je rentre dans la poste, oh le monde
qu’il y a devant moi la petite qui pleure
elle voudrait descendre de la poussette
mais je ne peux pas la prendre sinon
je ne pourrais pas la remettre dans sa
poussette les gens me disent qu’estce qu’elle a à pleurer comme ça ? je
leur dit qu’elle veux descendre de
sa poussette ils me disent prenez la
dans vos bras, enfin mon tour arrive
la postière me demande ce que je
veux je lui dis je voudrais des timbres
combien il vous en faut ? je ne sais
pas il faudrait me peser les lettres la
petite pleure toujours je la berce pour
qu’elle arrête de pleurer je n’arrive pas
à coller mes timbres avec la petite qui
pleure je ressors de la poste il pleut je
marche vite pour rentrer pour ne pas
tomber malade.
(Séverine)
Nature, mais nous ne nous sommes
pas demandé ce que signifiait ce mot.
Qu’est-ce que la nature ? C’est quelque
chose qui nous appartient et c’est
pour nous une raison de vivre. Sans
elle comment pourrions-nous vivre ?
C’est pour nous un élément vital.
C’est pourquoi nous devons l’aimer, la
respecter, la chouchouter comme fait
Oiseaux - couleurs - tout changer
- planter - pousser les murs mais
comment ? Ignorer les regards
des autres - je me sens mal d’avoir
coupé le tilleul - jardin poubelle c’est décidé, je plante des buissons
de toutes les couleurs pour que les
oiseaux reviennent nicher !
(Clotilde)
voûte - clé plate ou anglaise - clairon
- cleptomane - clémence - éclairé Cléopatre - clairette - clé en main
(Yasmine)
Petite clé en alliage ouvrant un cœur
gros fermé à double tour et ayant
mis la clé sous la porte. Fabrication
spéciale pour ouverture difficile qui
permet de prendre la clé des champs
à deux.
(Yasmine)
Petite annonce :
Clairon sérieux et éclairé, aimant
jouer en clé de fa, offre son cœur
mis sous clé depuis longtemps, à
jolie petite anglaise et lui promet de
longues promenades sous clé de voûte
étoilée. Clé à molette s’abstenir
Jardin mitoyen,
Maté par le voisin
Le seuil : Départ/arrivée, entre deux
lieux, deux personnages, vie publique/
vie privée, changement de peau
J’y vais ou j’y vais pas ?
Je sors ou je suis là pour personne ?
Le facteur ? Non, une convocation
pour la mairie !
La parenthèse se ferme …
L’autre vie reprend !
Cher David,
Je te regarde mais que fais-tu à
attendre sous l’orage. Je ne comprends
pas les signes que tu me fais et ce
maudit tonnerre qui couvre ta voix !!
Mais pourquoi ne rentres-tu pas ? la
pluie tombe à seaux ! la douche ne
fonctionnait-elle pas à l’usine ? quelle
idée saugrenue de se rafraîchir les
idées de la sorte !
Ah, j’ai compris, tu me demandes de
t’ouvrir. J’arrive.
Tiens, il ne pleut plus.
Je t’ouvre.
(Sandra)
(Cassandra)
Clé du bonheur - clé des champs clé à molette - clé du coffre - fermer
à clé - accrocher la clé - à la clé - clé
du mystère - clé de sol, de fa - mettre
la clé sous la porte - les clés du savoir
- clé du langage - clé de la réussite
- clébard - clémentine - clématite sous clé - ecclésiastique - claie - clé de
En face de la porte, un aquarium posé
sur un meuble, appelé confiturier, mis
ici pour changer ou pour faire plus
beau vous accueille joliment dans le
salon et donne une agréable petite
ambiance.
Tout de suite à gauche, vous pouvez voir
une plante sur un meuble à disques mise
à cet endroit parce qu’il n’y avait plus de
place ailleurs, le pauvre !
A côté, le plus grand meuble de la
maison qui s’étale sur tout le mur
avec une foule de Lunéville. Ceux-ci,
disposés dans une sorte de « désordre
organisé » sont très beaux.
Dans l’angle en face, le téléphone posé
sur un plateau à fromage, lui-même
posé sur une étagère en fer achetée
dans un magasin non spécialisé. Elle
est remplie du traditionnel monticule
de paperasse commun à toutes les
étagères.
Evidemment, au centre de la pièce,
une grande table rectangulaire
décorée par un chemin de table en
crochet et une corbeille en plastique
réservée pour les fruits.
(Audrey)
Bien cher André,
J’ai passé la barrière de l’entrée.
Bien discuté avec les copines.
Il fait si beau !
- pas envie de rentrer dans cette
boîte !
- envie de balade, envie de lèchevitrine,
- pas envie de travailler !
Mais envie de s’acheter des fringues à
la fin du mois…
Allez hop ! Au boulot !
(Régine)
Passons dans l’autre moitié de la
pièce qui est comme vous pouvez le
voir séparée par deux petits murets
en pierre recouverts d’une tablette en
bois et des « ramasse-poussière » mais
d’un bon goût tout de même.
Vous pouvez voir une banquette ainsi
qu’un cabriolet, tous les deux de
couleur aubergine.
Près de la fenêtre, une plante qui
aurait bien besoin de tuteurs mais qui
résiste encore bien .
Et dans le dernier angle, une place où
la télé s’encastre parfaitement.
Elle est posée sur un meuble télé
à roulettes avec les programmes,
les gameboys, le lecteur dvd, le
magnétoscope… bref, tout l’électronique est rassemblé dans ce petit
meuble à roulettes. Enfin, une autre
table, elle aussi au centre de la pièce
mais plus basse, ovale, avec un plateau
de marbre.
Les pièces sont éclairées avec des
lustres de très bon goût, tous les deux
composés de 3 ampoules.
Les radiateurs entre le téléphone et
l’aquarium et entre le fauteuil et la
télévision réchaufferont vos longues
nuits d’hiver et vous pouvez faire
bronzette sous le soleil d’été dans la
cour qui se trouve derrière. Mais tout
d’abord la cuisine…
(Audrey)
La Cuisine
Frigo plein en bazar
Produits au fond, oubliés
‘Tention ta tête la mayo !
Produits d’y a 2 semaines à peine
ouverts
Beurre ouvert
Sodas ouverts, sans bulles même pas
terminés
Fromages retirés des emballages en
carton
Miettes de pain, pourquoi ?
- Mamannnn ils sont où les flans ?
- Je sais pas cherche !
Frigo plein :
bien rangé, envie de manger !
Très propre, nettoyé toutes les 2
semaines, psychose de la salmonelle.
Produits sélectionnés, commerce
équitable.
Produits frais du marché.
Marre des produits bio, j’mangerais
bien au Mc Do !
(Cassandra)
Cher ami,
Je t’écris de la cuisine, où je fais à
manger de la pizza.
Je mets de la farine, la levure et les
tomates.
J’ajoute le jambon cru et le fromage.
J’attends que la pâte enfle, puis, je la
mets au four.
Bonjour à toi, et bon manger.
(Angela)
La Tasse
Une parenthèse ouverte dans chaque
journée de travail.
Je me souviens, tous les jours à 10H
précises, pause café avec les copines ;
quatre filles, toujours les mêmes,
piétinant d’impatience quand l’une
d’entre elles était en retard ; c’est que
10 minutes, ça passe vite et même
si on se voit tous les jours, on a
encore et encore de nouveaux potins,
une nouvelle recette, une curiosité
toujours aiguisée. T’as fait quoi, ce
week-end ? On discute, on rigole et
zut, déjà 10H10, allez au boulot et à
la pause de l’après-midi !
14H, vite, vite, pause café ! Zut, plus
de Nes. ; je vais voir Annie, deux
places derrière moi ; elle a toujours sa
tasse à la main, elle doit pouvoir me
dépanner. Ah ! c’est du Ricoré, j’aime
pas trop, bon, je vais faire effort,
l’important c’est de se regrouper, une
tasse à la main.
MODE D’EMPLOI
Prendre une bonne cuillère de
Nes., du sucre ou non et ajouter
l’eau bouillante.
Ne jamais mettre la tasse
directement sous le robinet d’eau
chaude (risque de projections).
Ne jamais la saisir à pleine main
(risque de brûlures).
Poser la tasse sur une surface plane
et non encombrée.
Ces recommandations s’appliquent
également à la préparation d’une
infusion.
(Régine)
Le calendrier
Démodé ou indémodable, il trône
dans toutes les maisons
Tient debout ou s’accroche.
Chevalet cartonné, il s’expose. Y
défilent alors des perruches ondulées,
de beaux chevaux lustrés, des chatons
langoureux, des chiots capricieux.
Ses colonnes s’affichent où pirouettent
les jours et s’alignent les mois.
La ritournelle des proverbes veut y
rythmer l’année :
« A la Ste Luce, les jours allongent du
saut d’une puce »
« A la St Joson, plantez les oignons »
« Soleil de la St Urbain, présage une
année de vin ».
Consultons-le.
Ouvrons ses pages jaunies. Miracle.
Nous saurons tout.
Nous saurons tout sur les départements ou les affranchissements de
France et de Navarre.
Nous saurons tout sur les
anniversaires et les fêtes à souhaiter :
365 jours : 500 prénoms notés.
Nous saurons tout sur les crêpes
Suzette et la pêche aux crevettes.
Equinoxes et solstices et l’entrée du
soleil dans les signes du Zodiaque.
Branle-bas à la Pointe du Raz et les
grandes marées te feront rêver.
Calendrier des PTT, calendrier du
facteur, c’est une tradition, c’est un
code, c’est une culture …
Et nous saurons même, rituel
magique, quel jour de pleine lune,
nous pourrons planter nos légumes.
Georges,
A l’autre bout de ma semaine, attendsmoi.
Promis : pas de compte-rendu à
rédiger ; le ménage attendra et les
courses aussi.
Immobiles, imprégnés de soleil, nous
oublierons le temps… jusqu’à lundi.
Bisous.
(Madeleine)
Les lunettes roses
1) elles sont toutes rondes comme
des roues de vélo et toutes roses.
2) Ce sont les premières de ma vie ;
elles sont magnifiques du point de
vue de mes yeux malades.
Je me souviens d’être allée les choisir
avec mon père juste après avoir vu le
grand monsieur qui me faisait lire des
choses au mur.
Elles sont rose clair, pâles et surtout
elles sont rondes. Je me souviens être
drôlement fière de ma première paire
de lunettes trônant sur mon nez.
(Sandra)
MODE D’EMPLOI
1) les positionner adroitement sur
le nez ; au besoin, les ajuster.
2) en regardant dedans, on voit la
vie autrement : en rose puisqu’elles
sont de cette couleur.
3) nettoyer les traces de doigts
sur les verres avec un chiffon tout
doux.
4) à la fin de la journée, les déposer
délicatement dans un boîtier.
L’abat-jour
Je me souviens de la veille de mon
mariage. Mon futur mari devait
rentrer le vendredi soir car il travaillait
comme routier, mais il n’est rentré
que le samedi à 13H30, alors que je
me mariais à 16H. Je ne vous dis pas
la vitesse pour se préparer… Je devais
avoir mon cadeau, mais il l’avait oublié
dans son camion. En ouvrant la porte,
son collègue me l’a donné. C’était un
beau bateau qui avait fait du chemin…
Il vient d’Aurillac, il a 40 ans, mais
maintenant, à force de le nettoyer,
il perd de l’éclat : les poissons ont
perdu leurs épis. Actuellement il est
sur la table de nuit. Je l’allume, c’est
vraiment un beau bateau.
(Clotilde)
Cher André,
Pourquoi cher ? Pour
quelle raison me
serais-tu cher ?
Je suis arrivée
un matin, dans
l’immensité de ta
maison.
J e
t’ai rencontré ; tu m’impressionnais :
le géant André et la gamine de 14 ans.
J’avais peur, tu as tenté de me séduire.
J’étais méfiante, je n’osais pas ; tu
as refermé tes bras inquiétants et
sombres sur moi. J’étais piégée ; la
journée la plus longue de ma vie. Tu
m’as donné des ordres et j’ai obéi. J’en
suis sortie mûrie, rompue de fatigue,
le corps courbatu, imprégnée de ton
odeur. Nos rapports ont évolué. Si j’ai
souvent subi, j’ai aussi participé. A
présent, j’arrête, je ne supporte plus
tes cris, ton odeur m’insupporte, ton
caractère m’épuise.
(Régine)
Une photo
Il a accepté : il pose pour môa ! Il est
devant mon objectif. J’ai peine à y
croire !
Il va donc se retrouver parmi les
photos de notre voyage en Egypte.
L’Egypte, le soleil, ces monuments
magnifiques, démesurés : les temples,
les hiéroglyphes, les RAMSES II
d’Abou Simbel un sacré mégalo., ce
RAMSES II : tout un temple rien que
pour lui. Bon d’accord, il a construit à
côté du sien, un temple pour sa bienaimée mais bien plus petit. Je crois
que LA conclusion de ce voyage : c’est
que je me suis sentie encore plus petite
que d’habitude ! « Gigantesque », le
Sphinx, « Immenses », les pyramides
et « très grand », Yannick Noah :
1m85. Décidément, je suis petite
mais il me fixe môa, cachée derrière
mon appareil. Je fais sortir le flash ; y
a pas assez de lumière.
Quand je pense qu’il y a 7 jours,
dans la voiture qui nous conduisait
à l’aéroport, on a écouté son dernier
album. Et aujourd’hui, il est là, à
poser pour moi. J’ajuste...
C’est vraiment un mec sympa, si tôt
le matin, accepter de se faire prendre
en photo : il est vraiment cool !! On
sent la mentalité africaine : keep
cool, Zen ! Cette manière de prendre
la vie sans stresser. Pour môa : un
véritable art de vivre !! Promis après
cette photo qui me met dans tous
mes états, un seul mot d’ordre pour
ma vie de tous les jours: « Relativise,
prends la vie comme elle vient, profite
des petits bonheurs de tous les jours,
prends les choses moins à cœur !
Allez, je prends la photo : elles vont
être vertes mes collègues au boulot !!
J’ai rencontré YANNICH NOAH !
Triomphalement, je me vois déjà
exhiber ma photo : c’est môa qui l’ai
prise !! Il a posé pour môa. Je suis
tout excitée et fébrilement j’appuie
sur le bouton : CLIC, elle est dans la
boîte !!!
(Sandra)
- Elle est floue ta photo
- Deux taches noires et blanches
La bague
Matière or en forme de dauphin.
Certainement portée par une
terrienne. Retrouvée dans un petit
coffret en bois, ensevelie sous les
débris d’une maison. La bague date
probablement du XXIe siècle mais
son état étant bien conservé il est
difficile d’en dire l’année réelle.
(Cassandra)
Un cadeau de la France
Cette bague que j’ai reçue en cadeau
par mon mari a été pour moi un
très beau souvenir. Cela me rappelle
sa personne. Il m’aimait tant, que son
souvenir est toujours vivant en moi. Il
a été pour moi, mon premier amour.
Et moi, je respecte sa mémoire.
(Angela)
La Télé
Ta télé-ma télé
ma télé : Fenêtre ouverte sur le
monde
ta télé : Huis clos, avachi dans un
fauteuil
ma télé : Diversité. Esprit critique.
Débats.
ta télé : Langage unique. Bourrage
de crâne.
ma télé : Découverte du monde.
Voyages lointains.
ta télé : Exotisme de pacotille. Le
monde n’est pas une marchandise.
ma télé : Promotion des sports.
Esprit sportif.
ta télé : Diversion. « Du pain et des
jeux ».
Mais dis donc, est-ce qu’on parle bien
de la même chose ?
A quelle heure tu regardes ?
- Oh ! seulement de 6 h à 23 h.
- Ah ! bon, OK, alors j’dois pas savoir
zapper !
- Diversité, esprit critique, débats.
- Langage unique, bourrage de crâne !
Un exemple ? :
Ils disent : « Blanc ou noir ? une
chose et son contraire ?
Mais non, interchangeables.
Complices.
Le premier entre en scène.
Marionnette.
« Coucou, bonjour ! Déjà parti ? »
Le deuxième lui succède : même
langage.
Un troisième sur l’écran. Tiens !
Il parle mieux. Une phrase, deux
phrases. Les mots, pas mal !
Beaucoup de –ismes, mais qu’est-ce
qu’il veut dire ? Tu as compris ? Non,
pourquoi ?
Y’a quelque chose à comprendre ?
Voilà un quatrième, et puis un
autre, et puis un autre. Tellement
nombreux !!! insignifiants.
Pourtant, il va falloir choisir, mais
entre qui et qui ?
(Madeleine)
- Dédé on regarde…
- j’sais pas y’a
- non , on l’a regardé hier
- bah
- rôh ! tu m’énerve avec tes pauvres
trucs!
- donnes une idée toi qu’es plus
maligne
- on a qu’a mettre un
- y’a
- vu 100 fois
- euh
- non, non et non…
- mais arêttes t’es jamais contente…
bon…
- bah y’a…
- oh non!et…
- mais bien sur ! t’en as pas marre
de le re-regarder ? tu le connais…
- mais c’est mon préféré!
- mais c’est nul. Et si on
- oh non ! Parler de ça pendant 3
heures c’est bon j’suis pas puni !
- c’est normal tu comprends jamais
rien.
- j’comprends jamais rien ? mais si
Mme l’intello n’est pas d’accord elle
n’a qu’à
- alors là j’suis entièrement
d’accord ! reste devant tes pauvres
émissions qui
- qui me crachent à la figure ?!
mais alors là
- oui j’te prends pour un
- oh ! excusez-moi
- et arrêtes de te moquer
- bon tu
- va lire !
- bonne nuit !
Famille devant la télé
Jeux de sociétés au grenier
Ecran ouvert
Esprit fermé
Grignotage devant la télé
Obésité assurée
(Cassandra)
Bien cher André,
De ma place, sur ma machine, que
puis-je te dire ?
- Que je ne pense qu’au travail ? Faux.
- Que je pense à toi ? Faux.
Je rêve, je rêve et le temps passe.
Midi vite arrivé, après-midi sans
problème.
C’est l’heure de la sortie. Bye-bye !
(Régine)
Le Gratt’ gratt’
On ne sait pas si ce petit carré en carton
appelé gratt’ gratt’ pouvait avoir une
utilité quelconque, mais on pense qu’il
s’agissait d’un divertissement que les
hommes du 21° siècle achetaient. Nos
scientifiques ont émis l’hypothèse
qu’il faisait gagner à nos ancêtres des
rectangles en papier fin dits «billets».
Faisant des heureux et des moins
heureux, les tickets de grattage sont
toujours à la mode. Celui-ci a été gratté
et a offert au chanceux 10 millions
de francs. Le gagnant, tellement
heureux, l’a conservé et 20 ans après
sa mort, le ticket de millionnaire a été
retrouvé dans une petite enveloppe
sous un matelas. Une véritable oeuvre
d’art !!!
- J’prends lequel ?
- Bah, celui que tu veux.
- Oui mais à ton avis, c’est lequel
le mieux ?
- Mais c’est tous les mêmes !
De toute façons t’as la poisse !!
- Mais t’as vu combien y’en a ?
Regarde celui la est pas mal non ?
- T’as vu le prix ? Celui là est
beaucoup moins cher !!
- Bah y’a pas de couleur ! Il est tout
gris ! En plus j’l’ai déjà pris une fois
et il est super nul !!
- T’en fait un cirque rien que pour
ça !!
- Tu comprends pas ? Il faut que je
prenne le bon. Tu vois celui là m’a
parlé !!
- De toutes façons, il durera pas
longtemps, tu vas le jeter après !!
- Je te dis qu’il faut que je choisisse
le bon !!!
- Tu parles !!!!
- Je sens qu’il va me rendre
heureux, regarde on s’aime déjà !!
- Tu délires mon vieux !!!
- Regarde on est en osmose.
Wouah, t’as vu celui-la , au fond ?
Et regarde celui qui m’appelle !
Et l’autre qui me tend les bras !!
Regarde les deux la haut !! Il me les
faut tous !!!! ARRRHHHHH !!!!!!
- Dis, t’as fini ton cirque oui ? Y’as
des gens qui attendent derrière !!!
- Ouais, t’as raison
- Un banco s’il vous plait.
(Audrey)
Le vendeur de gratt-gratt
L’homme : un chapeau haute forme,
devant un pupitre, tête d’escroc,
maigre, costume noir, grosse mains
Venez à moi, Mesdames et Messieurs,
Je vous propose un moyen infaillible
de devenir RICHE. A vous tout ce
dont vous avez toujours VOULU,
SOUHAITE, ENVIE…
Pour vous, Madame,
Des rivières de diamants, le chienchien le + cher du monde, les + belles
robes, la maison immense : bien
décorée et meublée selon vos goûts
avec des servantes bien sûr pour
tout astiquer, argenterie, parquet,
repassage…
Pour vous, madame, manucure et
coiffeur toutes les semaines..
Pour vous, Monsieur,
La dernière moto sortie, un 4X4
pour barouder partout et faire le
Paris-Dakar, la dernière paire de
chaussures de foot de Zidane, la
maison de vos rêves avec un grand
garage pour bricoler.
Sans oublier les voyages : allongés
sur une plage des Caraïbes en train
de siroter un cocktail, une invitation
à St- TROP’ : chez BARCLAY, tenue
blanche exigée
TOUT CE QUE VOUS AVEZ
TOUJOURS SOUHAITE : JE VOUS
L’OFFRE !!
Contre 1 ou 2 pièces de monnaie
et si vous prenez 3 gratte-grattes,
possibilité de me régler en 2 fois sans
frais, une pièce maintenant, une
autre tout de suite..
3 gratte-grattes : c’est 3 fois plus de
chance de gagner !!
Achetez-moi mes gratte-grattes, Pas
cher, j’vous dis c’est pas cher !!
Allez qui veut mes gratte-grattes :
l’affaire du siècle !!
Allez, je vous fais un lot : pas 1, pas
2, pas 3, pas 4 mais 5 pour 10€. Une
affaire : vous trouverez pas mieux
ailleurs !!! Garantie !!
(Sandra)
MODE D’EMPLOI DU GRATT’ GRATT’
Rassemblez tout vos grigris si vous
pensez,
qu’il vous aiderons à mieux gagner.
Courrez chez votre buraliste le plus
proche,
Avec un ou deux euros en poche.
Avec un sourire fait bien joliment,
Demandez lui un gratt’ gratt’ tout
simplement.
Prenez le dans votre main et dès
que vous êtes prêts,
GRATTEZ !!!!!!!!
Attention : L’achat abusif de gratt’
gratt’ peut conduire à la perte de votre
argent et de votre sang froid.
La photographie
Il découpe de la viande mais je ne sais
pas ce que c’est comme viande. Je me
souviens de son sourire. Je vois une
passoire, une bouteille d’huile, un
plat avec de la viande des paniers une
planche à découper un calendrier
un support mural aluminium et
un essuie-tout pour moi je trouve
qu’il est surpris d’être pris en photo
pendant qu’il découpe sa viande
qui devait sûrement être pour mon
anniversaire.
Tu peux la poser sur une télévision,
tu peux la mettre en cadre tu peux
la mettre dans ton portefeuille tu
peux la mettre dans ta chambre mais
par contre tu ne peux pas la mettre
dans les toilettes ni dans ta salle de
bain tu peux la poser sur un bureau
contre des jeux d’ordinateur ou la
scotcher sur la porte du bureau tu
peux l’accrocher dans un cadre ou
sans cadre.
Tu peux la poser sur la télévision
entre une boîte à bijoux et un trophée
de majorette tenue contre un mur.
Tu peux la mettre dans ton portefeuille dans ta poche arrière ou
dans mon porte-feuille dans mon
sac à main tu peux la mettre contre
ta lampe sur la table de nuit dans
ta chambre mais tu ne peux pas la
mettre dans les toilettes ni dans les
toilettes car ça ne se fait pas de mettre
une photographie dans les toilettes
par contre tu peux la mettre sur un
bureau contre des jeux d’ordinateur
ou scotchée sur la porte du bureau tu
peux la mettre sur une étagère tenue
contre des dragées de baptême ou
bien la poser en cadre sur une chaîne
HiFi ou en haut d’une armoire dans
un cadre pour que la photographie ne
prenne pas la poussière je préfère la
mettre dans un cadre en bois plutôt
que dans un cadre en aluminium ça
prend la poussière l’aluminium si je
la pose sur la télévision c’est pour la
voir quand je regarde la télévision
en pensant à lui de tous les bons
moments passés en sa compagnie
avec mes cousines ma mère ma tante
et mon petit copain si je la mets
dans mon porte feuille c’est pour ne
pas l’oublier ni la perdre quand je la
regarde je pense énormément à lui
c’est comme s’il était encore parmi
nous.
(Séverine)
La pendule
Majestueuse, elle trône adossée au
mur de la salle à manger. En chêne
massif, elle est composée de deux
parties : en haut, le cadran, ses deux
Godefroy, Cassandra, Audrey
aiguilles et les chiffres romains ;
dans sa partie inférieure, un énorme
balancier doré qui bat la mesure :
« TIC-TAC ». Tous les quarts d’heure,
des notes de musique anime la belle :
DING, DING, DING…
Quand on est à la salle à manger, on
entend qu’elle. Elle attire l’attention
de tous ; pour certains, elle est
exaspérante ; quand pour d’autres,
elle donne des repères.
Attention, la grande aiguille va
rejoindre la petite : elle exulte, nous
chante alors une belle sérénade. Il
est 16H. L’heure du thé : « tea-time »
comme disent les anglais. Les dames
prennent place autour de la table.
Les « Can-can » amplissent la pièce,
couvre les « TIC-TAC » incessants et
même les « DING, DING, DING » des
quarts d’heure. La reine est offusquée
de si peu de respect, elle rappelle
alors bruyamment qu’il est 17H et
qu’il est temps pour ces commères
de rentrer chez elles. Doucement,
elle reprend sa place. Le silence se
fait. On entend le « TIC-TAC » du
balancier. Elle trône la belle, c’est son
territoire, les « DING, DING, DING »
des quarts d’heure et la sérénade
annonçant l’heure.
(Sandra)
L’agenda
ordinaire
- Attends une seconde ! J’ai pas
l’temps !
- Tu viens m’voir lundi ?
- Quand ? le matin ?
- Non, un fax à envoyer.
- L’après-midi ?
- Non, un enfant à aider.
- Le soir ?
- Réunion en mairie.
- Alors mardi ?
- Ah ! non. Mardi, mercredi, jeudi :
colloques et réunions, bilans et
prospectives ; suivi, statistiques,
séminaires et reprises ; évaluation,
formation ; relecture et « temps
forts ».
- Vendredi, samedi ? Une pause
quand même ?
- Oui, vite fait bien fait : les courses,
la cuisine, un peu d’poussière sur
un coin d’buffet.
- Ah ! mais attends, non. Y a aussi
le jardin…
- Tu vas t’y r’poser ?
- Non, j’ai pas l’temps. Je bêche, je
plante et je désherbe ; je sarcle, je
butte et je repique ; j’arrose et je
transplante ; je cueille, je récolte,
je congèle…
- Il te reste « ton » dimanche ?
- Oui, j’ai plein d’choses à faire.
Que j’n’ai encore pas faites, que
j’n’ai jamais l’temps d’faire…
Mais soudain la migraine –fulgurante
et tenace- anéantit ma journée,
détruit mon « temps libre ».
Alors STOP- MARRE. Mon agenda
est plein, mon temps est vide.
Marre de perdre mon temps à passer
le temps pour remplir le temps.
Marre. Ma vie se passe sans moi.
Marre.
Le temps, c’est p’t-êt’e de l’argent,
mais j’ai envie de prendre mon temps,
de donner du temps, de donner
du temps au temps ; je rêve de voir
passer le temps ; j’ai une envie folle…
de perdre mon temps ; de prendre le
temps de souffler, respirer, exister ;
Prendre le temps de per…percevoir
…voir le temps …emps qui iiiiii
paaaasssee.
(Madeleine)
- J’ai 15 ans et je cours. Je cours
presque tous les jours, jusqu’à ce que
je n’aie plus de souffle, plus de forces.
Cette année encore, je m’entraîne
pour le championnat de cross de
Lorraine et j’ai décidé que cette fois
j’arriverai la première. Alors je cours
tout le temps, dans mon quartier,
à la pépinière, sur les bords de la
Meurthe, jusque sur le plateau de
Malzéville. Je fais de drôles de
rencontres parfois, des sales types
ou des gens bizarres mais tant pis, je
cours et rien ne m’arrête, pas même
les amis qui me reprochent de ne
plus me voir et qui ne me trouvent
vraiment pas marrante à «cavaler»
comme ça !
(Yasmine)
- A côté de la pendule, on peut dire
qu’on le voit passer, s’égrener, s’écouler. Le « TIC-TAC » bat la mesure, seconde après seconde, minute après
minute. Les « DING, DING, DING »
marquent les quart d’heure et pour
les heures, une fabuleuse sérénade.
Ainsi, tel un serpent, la pendule hypnotise par ses « TIC-TAC » ; l’écouter,
faire le vide loin du tumulte de la vie,
des timings serrés des journées trop
remplies…
Ne plus bouger, s’arrêter, s’immobiliser, rester là inerte à savourer le fait de
NE RIEN FAIRE, s’arrêter, écouter le
« TIC-TAC » énervant, obsédant, incessant, apaisant finalement de la belle.
Laisser passer et savourer chaque
seconde, chaque minute, chaque
heure car finalement, sans qu’on s’en
aperçoive, notre vie est rythmée :
lever, manger, travailler, déjeuner,
travailler, dîner, dormir…. Ainsi
passent les journées, les mois, les
années et une vie est terminée.
Il impose sa présence tout au long
de l’existence d’un être : naissance,
enfance, maturité, vieillesse. Il
marque la nature : printemps, été,
automne, hiver.
Il est présent partout dans l’espace :
une montre à un poignet, une
pendule dans une salle à manger,
un radio-réveil dans la chambre, une
énorme horloge sur le clocher de
l’église ou sur le quai de la gare, une
en miniature dans la voiture, « Big
Ben » en Angleterre…. Il est 10 h en
Australie et 16 h en Allemagne. Ici, il
fait nuit, là-bas, c’est le jour. Ici, les
pluies sont diluviennes, là-bas, pas
une seule goutte ne tombe jamais :
c’est tout ça : LE TEMPS !!!
(Sandra)
- Ils étaient vieux ces deux-là, si vieux.
Mais d’où sortaient-ils ? Qui étaientils ? Et leur maison ? Je n’avais jamais rien vu de pareil ! La pièce était
fort encombrée de meubles, d’objets
décoratifs de toutes sortes, de tapis.
Tout paraissait appartenir au 19e siècle. Le temps s’était figé chez eux et
il me semblait que rien n’avait bougé
depuis cent ans. Pas même l’énorme
horloge francomtoise qui continuait
de battre la mesure du temps. En
tout cas pas le temps dans lequel je
vivais moi, car c’était bien cela la magie du lieu ! J’étais certaine d’avoir
quitté mon espace temps, comme si
j’avais fait un saut dans le passé et, à
bien y regarder, même les habitants
de cette maison n’appartenaient pas
au présent. Je me rendis compte que
le vieil homme portait un costume
trois pièces très à la mode… dans les
années 40 et qui laissait entrevoir la
chaîne d’une montre à gousset. Son
épouse portait un chemisier en dentelle très rétro resserré à la taille par
une jupe longue qui lui descendait
jusqu’aux chevilles.
(Yasmine)
Le drap
Une odeur, un souvenir, quelques
minutes de bonheur.
Je suis chez Mémère ; je bois son café
qu’elle laisse toute la journée sur le
bord de sa cuisinière ; il n’a plus vraiment le goût du café, mais il est incontournable. Je vais chercher une chaise
dans sa chambre ; elle me crie de lui
ramener un torchon ; j’ouvre l’armoire : un concentré d’odeurs me rappelle
mon enfance ; le lit partagé avec mes
cousins pendant les vacances, le mouchoir réclamé pour dormir.
(Régine)
MODE D’EMPLOI
Ouvrez le sachet plastique,
plongez la tête à l’intérieur,
respirez à fond une bouffée de
souvenirs, fermez les yeux, vous
y êtes, les images affluent.
Ouvrez les yeux, refermez le sac
et rangez-le pour une nouvelle
incursion dans le passé.
Assises dans le jardin sous l’énorme
chêne, c’est l’heure du thé. Il fait
beau et tout ressemble au bonheur.
Les couleurs de ce jardin fouillis,
la diversité des végétaux, les
mouvements incessants des oiseaux
et des insectes, la douce chaleur de
ce début d’été avec ses odeurs. Tout
est là ! Victoria dans une de ses belles
robes si délicieusement démodée et
moi qui ne fait rien, rien que de me
laisser griser par la curieuse sensation
que ce moment est en train de laisser
une empreinte dans ma mémoire.
J’ai nettement conscience de la
dimension du temps qui passe. Non
pas comme le temps qui défile et qui
nous échappe, non. Le temps que l’on
capture pour mieux le vivre et qui ne
nous laisse plus tout à fait comme
nous étions avant.
(Yasmine)
- Victoria, savez-vous quel âge a ce
gros chêne ?
- Un peu plus de deux cent cinquante
ans, je crois ! Nous sommes arrivés
après lui » dit elle en riant de bon
cœur.
Je me plaque à son tronc et l’entoure
de mes bras comme pour mieux
sentir son cœur qui bât dans chacune
des cellules de son écorce. Je ferme
les yeux pour mieux percevoir sa
respiration.
- Quel dommage qu’il ne puisse pas
parler, nous raconter tout ce qu’il
sait, ce qu’il a vu depuis qu’il est
là. Comment était la forêt avec les
bulldozers…
- Il ne dirait pas que de belles choses
parce qu’il a vu le malheur pendant
la dernière guerre.
- Mais vous habitiez là à cette
époque !
Oui et c’était une époque terrible.
J’étais seule avec les enfants, Henri
était prisonnier. Un jour, un très
jeune soldat allemand, blessé et en
fuite est venu nous demander de
l’aide mais je n’ai pas eu le temps de le
cacher car d’autres soldats allemands
le pourchassaient. Ils sont arrivés
juste après lui. Comme il refusait de
les suivre, ils l’ont mis contre l’arbre
et l’ont fusillé. Encore aujourd’hui, je
n’arrive pas à chasser le souvenir de
ce jeune homme, de son visage plein
de larmes et de poussière, de ses yeux
remplis de terreur. Il était si jeune !
(Yasmine)
L’odeur,
le parfum
L’odeur… odeur ou parfum ? Parfum
de rose, parfum de femmes, naturel
ou artifice, il nous attire, nuances
délicates qui présagent un printemps
ou sillage capiteux d’une soirée…
parfum ou odeur ? odeur de l’enfance,
odeur de l’amour, odeur de vieillesse..
L’odeur parle, accroche les souvenirs,
ou vit dans le présent ; fermez les
yeux, respirez, imprégnez-vous
de l’odeur et les nuages affluent…
incursion dans le passé… Le bonheur
est là, à portée de cœur.
Ah odeurs, richesse des odeurs,
parfums, effluves, senteurs mais
aussi miasmes et relents. Tout
est odeur, vie et mort, parfum et
pourriture, pollution des usines,
fleurs adolescentes et fruits trop
mûrs, la vie, l’amour, la mort.
(Régine)
- Victoria finit par partir à l’aube
de sa quatre vingt seizième année
emportant avec elle un siècle de
souvenirs. J’en garde quelques uns
bien à l’abri dans ma petite mémoire.
Je garde aussi précieusement dans
mon salon deux livres qu’elle m’avait
offerts avant de partir : Faust et la
Légende des Niebelungen.
(Yasmine)
Cher André,
38 ans de fidélité ! Je t’ai consacré
ma vie, ma jeunesse et je n’ai aucun
regret ; si nos relations ont été parfois
chaotiques, - rappelle-toi mai 68 -, je
n’ai en mémoire que les meilleurs
souvenirs. Toi et moi, chacun avait
besoin de l’autre. Nous formions,
jusqu’alors, une grande famille.
Et puis, nous ne t’avons plus suffi
et tu as accueilli des étrangers qui
t’apportaient davantage. Pour toi,
je n’avais plus la même importance.
J’ai donc décidé de te quitter ; je ne
supporte plus l’indifférence. C’est
dit. Je reprends ma liberté. Fais bon
usage de la tienne. N’oublie jamais ce
qu’ensemble nous avons construit.
Nous avons eu un passé ; nous
décidons du présent. Y aura-t-il un
avenir ?
(Régine)
Madame la Générale,
- J’ai des choses à vous dire.
- J’suis pas trop contente. Avec la
chaleur du chalumeau et le soleil
sur les tôles, il fait trop chaud.
- Nous n’avons même pas d’eau
pour boire ! Nous sommes pas des
bêtes !
- Les hommes veulent pas nous
aider. Ils travaillent que pour eux.
- Faudrait désigner des hommes
pour nous aider.
Voilà une cuve finie. J’appelle un
homme pour m’aider.
- Débrouille-toi, y m’répond.
- J’suis pas une bête !
- Madame la Générale, prenez ma
place. C’que j’fais, vous pourriez
pas l’faire.
- Nous sommes fatigués. Il fait
chaud, nous avons soif, nous avons
mal partout.
- Il fait chaud. Avec la sueur sur les
habits et le tablier de cuir, j’voudrais
vous y voir !
Nous sommes pas des bêtes !
(Clotilde)
Cher André,
Plusieurs années que nous nous
connaissons et tout n’ est plus qu’habitude, sans effort de ta part pour
embellir le quotidien. Une relation
s’épanouit dans le partage : moi, je ne
supporte plus d’être seule à donner.
Alors voilà, finies les concessions,
terminée la passivité dont je faisais
preuve ; tu vas à ton tour t’investir et
rendre tous les efforts consentis, tout
l’amour donné sans jamais de retour.
Notre mariage doit représenter le don
mutuel de soi. Tu dois le comprendre.
Nous pouvons encore suivre la même
route ; ça ne dépend que de toi.
(Régine)
La Générale, c’est le nom de l’usine
électrique.
On y fait des cuves en tôle.
Ces cuves, on les trouve sur les
poteaux électriques dans la Meuse et
un peu en Moselle.
On met le bec du chalumeau sur
la fente et le bâton sur la tôle pour
fondre et pour souder.
On fait aussi des cuves galvanisées
avec un aspirateur d’air, car si on
respire de la fumée, on se trouve mal.
Les galvanisées, c’est encore plus dur
à souder que la tôle.
Il fait chaud.
On porte des lunettes et un tablier
pour ne pas recevoir d’étincelles de
soudure.
Il fait chaud.
Je discute avec ma voisine.
Zut ! Voilà le contremaître. Il est sur
nous.
- Surveille ta flamme!
- Ne la laisse pas trop longtemps
contre la cuve. Elle va fondre.
Regarde les trous !
- Attention, ta soudure n’est
pas assez fine. Trop large, trop
épaisse !
- Regarde-moi ça : dix cuves
fichues !
- Refais-moi ça l’ plus vite possible.
Et sans parler. Je veux un travail
impeccable !
- Ca f’ra 50 F de moins sur ta paye !
Il est parti. Ma voisine me cause.
Qu’est-ce que tu dis ? Y’a trop de
bruit, j’comprends pas !
(Clotilde)
- Années 60
André à Nancy, 4500 personnes
travaillent pour Lévy, c’est comme ça
qu’on dit ; Lévy ou André, c’est pareil.
Entre 8 h et 8 h30, les trains arrivent
en gare et vomissent des flots
d’ouvriers qui s’éparpillent vers les
trois sites.
4 500 personnes travaillent à « la
godasse ». C’est aussi comme ça qu’on
dit.
« T’as vu tes notes ? Si tu continues à
ne rien faire à l’école, t’iras travailler
à la godasse ! C’est comme ça depuis
toujours. Tu travailles bien en classe,
c’est sûr, tu iras au cours complémentaire ! Mais si tu ne veux rien faire,
c’est l’usine des aciéries pour les garçons et la godasse pour les filles. Facile.
Tu te présentes au bureau, à l’entrée,
et tu dis, un peu timide, parce qu’à 14
ans, on n’ a pas beaucoup d’assurance,
« je viens me faire embaucher ». Alors
on te répond : « Tu n’as qu’à venir demain matin, à 8H30 et n’oublie pas
d’amener une gamelle pour midi ; on
te montrera où la chauffer ! » J’y suis
rentrée au printemps un beau matin
de mars. J’en suis sortie en octobre,
38 ans plus tard, à l’automne de ma
vie. Des années de travail à la chaîne,
des centaines de millions de chaussures fabriquées par des successions
d’ouvriers, des instants de détresse,
de purs moments de bonheur, bref,
toute une vie.
(Régine)
POST-SCRIPTUM
Mon cochon
Le cochon bien gentil, je l’appelais
Albert. Je le caressais avec sa queue
en tire-bouchon Je courais derrière, je
croyais qu’il avait faim, je lui donnais
à manger, il aimait jouer. Chaque fois
que j’allais dans le jardin, il fallait que
je lui donne à manger ; il mangeait
bien. Je lui donne comme nous à
manger. Chaque fois qu’il crie. Qu’il
mangeait bien ! Mon pauvre Albert
est mort de bonne nourriture. J’en
étais malade !!
(Clotilde)
La compagnie du Bredin présente : « Pas si passé
que ça », projet conçu et réalisé par Laurent Vacher
et Philippe Malone. Musique, Franco Mannara.
Création sonore, Michael Schaller. Avec Marie-Aude
Weiss et Élisabeth Gonçalves et les participants des
ateliers d’écriture et de jeu :
– Clotilde CHEVILLON
– José GRAJALES
– Régine GRANDURY
– Sandra HAAS
– Angela IACONO
– Madeleine LAPIERRE
– Jacqueline PERNEL
– Cassandra ROYER
– Yasmine ROYER
– Audrey ROUSSELOT
Clotilde
– Séverine FIDRIE
– Godefroy MORCEL
Remerciements à Guillaume RANNOU
Madeleine
Compagnie du Bredin – Laurent Vacher
Bureau :
19 avenue de la Porte Brunet – 75019 Paris
Tél : 01 44 84 72 20 – Fax : 01 44 84 72 81
Mail : verofelen@aol.com
Siège social : TGP – Av de la Libération
BP3 – 54390 Frouard
Photos : Eric Didym
Conception graphique : m Peirani
Direction régionale
des affaires culturelles
Lorraine
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Thank you for your participation!

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