Cahier du CRISCO N°27

Cahier du CRISCO N°27
Cahier du CRISCO
n°27
Mai 2009
L’ALTERNANCE ENTRE
COMPLEMENTATION DITRANSITIVE ET
COMPLEMENTATION
PREPOSITIONNELLE :
Etude des marqueurs to et for
Lise HAMELIN
CRISCO
Université de Caen (Bât. Sciences Porte SA S13), 14032 CAEN CEDEX
Tél. : 02 31 56 56 27 — Fax : 02 31 56 54 27 — Site web : www.crisco.unicaen.fr
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Le Centre de Recherches Interlangues sur la Signification en Contexte (CRISCO) contribue au
débat linguistique à l’aide de trois outils éditoriaux :
I
Syntaxe & Sémantique
Revue de linguistique créée en 2000 aux Presses Universitaires de Caen
Responsables de la revue : J. FRANÇOIS & N. LE QUERLER
Comité de rédaction : E. DELENTE, J. FRANÇOIS, E. GILBERT, C. GUIMIER, I. HAIK, M. KRAUSE, D.
LEGALLOIS, V. LENEPVEU, N. LE QUERLER, F. NEVEU, R. RENAULT.
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Paris IV), D. GEERAERTS (Louvain), B.N. GRUNIG (Paris VIII, Vincennes – Saint-Denis),
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n°1
Connecteurs et marqueurs de connexions, sous la direction de Claude GUIMIER (mars 2000)
n°2
Sémantique du lexique verbal, sous la direction de Françoise CORDIER, Jacques FRANÇOIS et Bernard
VICTORRI (avril 2001)
n°3
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n°4
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n°5
Polysémie et polylexicalité, sous la direction de Salah MEJRI (avril 2004)
n°6
Aux marges de la prédication, sous la direction de Irmtraud BEHR, Jacques FRANÇOIS, Anne
LACHERET-DUJOUR & Florence LEFEUVRE (décembre 2005)
n°7
La terminologie linguistique – Problèmes épistémologiques, conceptuels et traductionnels, sous la
direction de Franck NEVEU (mars 2007)
n°8
Eléments de relation : de la phrase au texte, sous la direction de Claude GUIMIER (décembre 2007)
n°9
Texte, documents numériques, corpus. Pour une science des textes instrumentée, sous la direction de
Mathieu VALETTE (décembre 2008)
II
Bibliothèque de Syntaxe & Sémantique
collection de linguistique créée en 2002 aux Presses Universitaires de Caen
Traits d’union, sous la direction de Nicole LE QUERLER & Georges KLEIBER [Actes des Journées de
Linguistique Rhénane de novembre 2000, organisées par SCOLIA et le CERLICO] (mai 2002)
L’adjectif en français et à travers les langues, sous la direction de Jacques FRANÇOIS [Actes du colloque de
Caen, 28-30 juin 2001] (janvier 2005)
Composition syntaxique et figement lexical, sous la direction de Jacques FRANÇOIS & Salah MEJRI [Actes de
l’atelier franco-tunisien de Caen, septembre 2002] (printemps 2006)
Lise HAMELIN
Université de Caen & CRISCO, EA 4255
lise.hamelin@unicaen.fr
L’ALTERNANCE ENTRE
COMPLEMENTATION DITRANSITIVE ET
COMPLEMENTATION
PREPOSITIONNELLE
Etude des marqueurs to et for
Résumé : Le présent article est consacré à l’étude des marqueurs to et for lorsqu’ils
entrent en combinaison avec des verbes pratiquant l’alternance entre schéma de
complémentation ditransitif et schéma prépositionnel. L’examen du fonctionnement des
procès give, cook, save et bring dans ce type de configuration apporte des éléments
intéressants quant à l’étude de ces marqueurs, puisqu’il permet de mettre en regard des
énoncés dans lesquels les seuls paramètres qui varient sont l’ordre des compléments, et
la présence ou l’absence du marqueur prépositionnel. De plus, le procès give a des
emplois dits de « verbe support » (give someone a push/a kick) que l’on rencontre
uniquement dans le schéma de complémentation ditransitif. L’observation du rôle de to
dans le schéma de complémentation prépositionnel de ce procès apporte des éléments
permettant d’expliquer cette contrainte.
Abstract : This paper examines the markers to and for in cases when they are combined
with verbs that allow for the double-object structure as well as the dative or prepositional
structure. An analysis of the uses of the verbs give, cook, save and bring in such a
context brings interesting data concerning the study of these markers. Indeed, it allows
us to compare utterances between which the only differences consist in a switch in the
order of the complements, and the presence or absence of the prepositional marker.
Moreover, the process give used in the ditransitive structure can occur in “light verb”
constructions (give someone a push/a kick). The examination of the ways in which to
functions reveals elements that provide an explanation for that constraint.
Mots-clés : Prépositions, complémentation, ditransitivité, Théorie des Opérations
Enonciatives.
1
page
SOMMAIRE
1. A propos de l’emploi de to et du procès give
4
1.1. Les différences de distribution
4
1.1.1. Prédication d’une propriété X de Y
5
1.1.2. La venue à l’existence
7
1.1.3. Le référent du terme Y
8
1.2. Analyse
9
1.2.1. La prédication de propriété
9
1.2.2. La venue à l’existence
10
1.2.3. Le référent du terme Y
13
1.3. Give comme verbe support
16
1.3.1. Les énoncés du type give someone a push
17
1.3.2. Les énoncés du type give someone a look
20
1.4. Hypothèses et analyse
22
2. A propos de for dans l’alternance entre schéma prépositionnel et
schéma ditransitif
25
2.1. Les données
25
2.2. Hypothèses et analyse
27
2.3. L’exemple du procès bring
29
3. Références
16
2
Le présent article 1 s’inscrit dans une démarche plus vaste d’analyse des
marqueurs to et for de l’anglais moderne dans leurs emplois prépositionnels. Dans ce
cadre, nous avons été amenée à nous pencher sur certains verbes de l’anglais acceptant
deux schémas de complémentation : le schéma ditransitif ou double accusatif, et le
schéma transitif et prépositionnel ou datif. Notre travail est orienté avant tout vers les
marqueurs intervenant dans ces structures argumentales, aussi ne ferons-nous pas le
choix d’une terminologie plutôt que d’une autre, choix qui appelle nécessairement un
débat. Nous n’utiliserons donc aucune de ces deux appellations. Nous choisirons de
nommer le schéma ditransitif, c’est-à-dire Procès + C1 + C2, le schéma sans préposition
(ou schéma sans to/for), et le schéma transitif et prépositionnel, c’est-à-dire Procès + X
+ to/for + Y, le schéma avec to/for. Dans les pages qui suivent, nous nous intéressons
tout particulièrement à la combinaison de marqueur to avec le procès give, procès dont
l’étude nous a semblé pertinente, compte tenu du grand nombre de combinaisons qu’il
accepte en anglais contemporain. Nous serons amenée à comparer notamment les types
de compléments entrant dans les deux structures, et à relever les contraintes de
distribution sur ces compléments. Pour ce qui concerne for, nous nous intéresserons aux
procès save et cook, qui font apparaître un certain nombre de contraintes intéressantes
pour l’analyse du marqueur. Enfin, on s’attardera sur le fonctionnement du procès bring,
qui peut se construire avec les deux marqueurs prépositionnels envisagés ici, et de fait,
constitue un outil pertinent dans la comparaison entre to et for dans le contexte étudié
dans ces pages.
Le cadre théorique retenu pour cette analyse est la Théorie des Opérations
Enonciatives de Culioli. En effet, on l’a dit plus haut, cet article s’inscrit dans une
démarche d’analyse des marqueurs to et for dans leurs emplois prépositionnels. Or, les
outils développés dans la TOE nous semblent particulièrement adaptés à la description de
marqueurs de ce type, dans la mesure où l’un des fondamentaux de ce cadre est
l’opération de repérage, et où nous considérons les prépositions comme des relateurs,
marquant une opération de repérage entre les termes qu’ils mettent en relation. En
suivant le modèle proposé par Gilbert (2004), on considérera que to et for mettent en
relation un terme Y (le terme après to/for) et un terme X (dont l’identité devra être
précisée 2 ). Ces deux termes constituent des occurrences de notions 3 , occurrences
pourvues de deux délimitations, et ce sont précisément ces délimitations qui entrent
dans une relation de repérage. Dans le modèle Culiolien, elles correspondent à l’ancrage
1
Nous remercions Eric Gilbert pour ses conseils et remarques.
Franckel et Paillard (2007) ont montré que l’identité du terme X dans la relation X préposition Y
n’allait pas de soi. Néanmoins, dans l’ensemble des énoncés envisagés dans ces pages, il s’agit
systématiquement du C1 de l’occurrence de procès.
3
« Une notion est un système complexe de représentations constitué à partir d’un faisceau de
propriétés physico-culturelles. » Culioli (1999 : 54)
2
3
spatio-temporel, existentiel (délimitation quantitative) de l’occurrence, et à sa nature, à
ses propriétés (délimitation qualitative). L’opération de repérage entre les délimitations
des termes X, et Y peut prendre trois valeurs : l’identification (=), la différenciation (≠),
qui est une altérité faible, les deux termes sont distincts mais possèdent des propriétés
communes, et la rupture (ω), qui est une altérité forte, les deux termes sont
parfaitement disjoints.
1. A propos de l’emploi de to et du procès give
Parmi les analyses existantes du marqueur to, plusieurs en font une description en
termes de visée 4 . D’après Culioli, la visée implique l’existence d’ « un objectif à atteindre
et un hiatus (une distance à combler) » (1990 : 133). On postulera que to est la trace
d’une opération de rupture, représentant le hiatus entre les termes mis en relation, et on
représentera l’élimination de ce hiatus, qui suppose l’abolition de la distance existant
entre les termes par l’opération d’identification. On verra au fur et à mesure de cette
étude comment ces deux opérations s’articulent.
1.1.
Les différences de distribution
Avant toute chose, précisons que nous laisserons de côté les cas dans lesquels le
choix d’un schéma plutôt que de l’autre est imputable à une problématique de
focalisation. En effet, en anglais, la position finale est focalisante 5 . En conséquence, avec
un procès comme give, l’énonciateur peut préférer le schéma sans préposition au schéma
avec to, ou inversement, pour mettre en exergue l’information principale de l’énoncé.
Dans ce cas, le choix du schéma de complémentation est imputable à des paramètres
purement pragmatiques, comme c’est le cas par exemple en (1) et (2) :
(1)
I spoke to the boy who had taken the telegram to the Hall. "Did you give
it to Mr Barrymore himself?" I asked. 6
4
« On admettra, sans aucune originalité, que la préposition to formate son régime comme une
cible, ou comme un repère à atteindre, ce qui implique l’existence d’une entité qui vise la cible,
entrant ainsi, par mouvement d’afférence, en relation avec elle. Par ailleurs, ce formatage
suppose une distance ou un hiatus entre les deux entités, d’où le caractère non stabilisé du lien
qui les unit. Mais ce hiatus est en déplétion ou en voie de réduction. » (Guimier, 2008). De leur
côté, Souesme (1992 : 331), Bouscaren, Chuquet et Danon-Boileau (1988 :48), Khalifa
(1999 :54), Hamelin (à paraître) analysent to comme un opérateur de visée, la visée impliquant «
un objectif à atteindre et un hiatus (une distance à combler). » (Culioli, 1990 : 133).
5
« […] it is common to process the information in a message so as to achieve a linear presentation
from low to high information value. We shall refer to this as the principle of END-FOCUS. » (Quirk
et alii, (1985: 1357)
6
Les énoncés cités dans cet article sont tirés du British National Corpus ou de sites Internet.
4
(2) What did the Buddha give them? The Buddha touched His head and gave
them some hair relics.
On ne commentera pas non plus les énoncés dans lesquels le choix d’un schéma plutôt
que de l’autre est imposé par la longueur de l’un des compléments, comme en (3) et
(4) :
(3) One, the company which operates London Liverpool Street and runs trains from
East Anglia, will give a full refund to anyone whose journey was delayed by more
than an hour […].
(4) “We have always been joking about the apocalypse together, and last Christmas I
gave him a book which relates every apocalypse predicted since the beginning
of mankind,” she said.
(3')
? One, the company which operates London Liverpool Street and runs
trains from East Anglia, will give anyone whose journey was delayed by more than
an hour a full refund […].
(4')
? “We have always been joking about the apocalypse together, and last
Christmas I gave a book which relates every apocalypse predicted since the
beginning of mankind to him,” she said.
(3'')
One, the company which operates London Liverpool Street and runs trains
from East Anglia, will give them a full refund […].
(4'')
“We have always been joking about the apocalypse together, and last
Christmas I gave that book to him,” she said.
Ici, les critères justifiant le choix du schéma sans to ou du schéma avec to ont trait à
l’intelligibilité de l’énoncé.
1.1.1.
Prédication d’une propriété X de Y
On constate par contre que lorsque le terme X observe un fonctionnement
compact 7 et renvoie à une propriété prédiquée de Y, seul le schéma avec to est possible.
7
Un terme ayant un fonctionnement compact est un terme qui renvoie à du « prédicatif nominalisé
sur lequel on ne peut effectuer aucun prélèvement […] dureté, amertume, courage, difficulté,
espoir, plaisir, tristesse, etc. » (Culioli, 1999 : 55), c’est-à-dire à de la qualité pure.
5
(5) Hops on the vine: the oils in the hop give bitterness to beer and also act as a
preservative against infection.
(6) This is particularly suitable for sensitive, stressed or irritated skin combining
soothing Aloe Vera extract […] and rose petals to give softness to your skin.
(7) It gave sense to what I was going through at the time.
Les énoncés (5’) à (7’) sont rejetés par une grande majorité des anglophones interrogés:
(5')
* Hops on the vine: the oils in the hop give beer bitterness and also act
as a preservative against infection.
(6')
* This is particularly suitable for sensitive, stressed or irritated skin
combining soothing Aloe Vera extract […] and rose petals to give your skin softness.
(7')
* It gave it sense. 8
Dans ces énoncés, la propriété à laquelle renvoie le terme X est prédiquée du référent du
terme Y par le biais de la validation de l’occurrence de procès. Autrement dit, cette
propriété acquiert un support de par son incarnation dans l’occurrence Y, incarnation
rendue possible par la validation de la relation prédicative. Cela est vrai du procès give,
mais aussi d’autres procès qui pratiquent l’alternance entre construction ditransitive et
construction prépositionnelle.
(8) The flowers have really brought colour to the garden.
(9) Wiley enhances it with clear, quick writing laced with humour and with a
sensitivity that lends brilliance to this impressive work.
(8')
* The flowers have really brought the garden colour.
(9')
* Wiley enhances it with clear, quick writing laced with humour and with a
sensitivity that lends this impressive work brilliance.
8
Nous avons pronominalisé la relative à antécédent amalgamé afin que l’ininterprétabilité de
l’énoncé ne puisse pas être attribuée à la longueur du terme Y.
6
1.1.2.
La venue à l’existence
Dans d’autres cas, le terme X ne renvoie pas à une qualité ou à une propriété,
mais, comme précédemment, a un fonctionnement compact. Nous faisons ici référence à
des énoncés dans lesquels X implique une forme de venue à l’existence :
(10)
After briefly defining the postural sense, I'll show how its presence gave
rise to certain developments in Renaissance art.
(11)
They cut Irish settlements in Scotland off from their homeland and gave
impetus to the formation of Scotland.
On pourra peut-être nous reprocher d’envisager conjointement des expressions figées
(give rise to) et des expressions qui ne le sont pas (give impetus to). Le concept de
figement n’étant pas au cœur de notre problématique, on se contentera de constater que
les mécanismes en jeu dans ces énoncés sont identiques et que les différences que l’on
observe relèvent essentiellement du contexte. En (10), on observe une relation de
causalité entre un premier événement (le C0, c’est-à-dire le sujet syntaxique du procès)
qui a une incidence sur le déroulement d’un second événement (Y), le terme X
correspondant à l’expression de cette incidence. On a sensiblement la même chose en
(11). (10) et (11) n’acceptent pas le schéma sans to:
(10')
* After briefly defining the postural sense, I'll show how its presence gave
them rise. 9
(11')
* They cut Irish settlements in Scotland off from their homeland and gave
it impetus. 10
Toutefois, lorsque que le terme X est birth les deux schémas de complémentation sont
possibles. On aura l’occasion de l’expliquer en relevant notamment des différences quant
au type de termes que l’on trouve en Y.
(12)
Five years later (when she was twenty one) she gave birth to a
daughter, who is now the widow of an apothecary.
9
On rencontre le schéma sans to dans ce type de configuration, mais il est environ cent fois moins
fréquent que le schéma avec to. De plus, d’après nos observations, le schéma sans to est toujours
inséré dans une proposition relative : The invective was clearly composed and circulated some time
after the senate debate that gave it rise/ Such regrets do honour as much to those who
experience them as to those who give them rise.
10
Avec un C1 comme impetus, le schéma sans to est possible dans certains cas. Toutefois, il reste
nettement moins fréquent que le schéma avec to.
7
(13)
Maria, the young Mexican woman who gave him birth, called him Jesus
with the soft Spanish accent, Hesus.
1.1.3.
Le référent du terme Y
Dans certains contextes, le schéma sans to impose un C1 renvoyant à un animé
humain, alors que le schéma avec to est compatible avec un terme Y renvoyant à un
animé humain comme avec un terme renvoyant à une entité inanimée. Ces contextes
sont assez similaires à ce que l’on a pu observer précédemment, à ceci près que le C2 ne
renvoie pas à une propriété mais à un état du C1.
(14)
“For all the things that brought him joy, for all the joy he brought to
others, we give thanks.
(15)
So, two minutes later, Heather gave us emotion—in spades.
A côté de (14) et (15), on peut également trouver:
(16)
He brought joy to millions of people, where religion or race did not
have any barrier.
(17)
Photographer Steve Ward has in the past few years concentrated on
photographs that give emotion to the viewer.
Par contre, on rencontre (18) et (19), alors que (18’) et (19’) posent des problèmes
d’acceptabilité :
(18)
The funny man who brought joy to jazz. 11
(19)
The Honda TV advert launched in 2005 used the song “Reach the
Unreachable Star” to give emotion to the commercial and Graham Fink explored that
theme with the audience.
(18')
? The funny man who brought jazz joy.
(19')
* The Honda TV advert launched in 2005 used the song “Reach the
Unreachable Star” to give the commercial emotion, and Graham Fink explored that
theme with the audience.
L’analyse que nous proposons permet de fournir une explication à ces trois phénomènes.
11
Il s’agit du titre d’un article du Telegraph.
8
1.2.
Analyse
1.2.1.
La prédication de propriété
Dans le cas des énoncés comparables à (5) à (7), on a affaire, on l’a dit, à la
prédication d’une propriété X, du référent du terme Y. Autrement dit, au terme de la
validation de la relation prédicative, la propriété apparaissant en X bitterness, softness,
sense se trouve incarnée dans le support beer, your skin, what I was going through at
the time. Cela signifie qu’à l’issue de la validation de la relation prédicative, beer is bitter
est le cas, tout comme your skin is soft, ou encore what I was going through at the time
is/was meaningful.
Il est intéressant de noter qu’avec ces énoncés, l’introduction d’une pré
modification rend le schéma sans to acceptable.
(5'')
Hops on the vine: the oils in the hop give beer its bitterness and also act
as a preservative against infection.
(6'')
This is particularly suitable for sensitive, stressed or irritated skin
combining soothing Aloe Vera extract […] and rose petals to give your skin extra
softness.
(7'')
It gave it some sense.
Ce phénomène montre que c’est le fonctionnement compact du terme X qui impose le
schéma avec to.
Un terme compact opère un renvoi direct à la notion. Il constitue la mention d’une
propriété pure. Cela revient à dire que dans les énoncés envisagés ci-dessus, on a, en X,
une notion, une propriété qui vient s’incarner dans un support. Autrement dit, à l’issue
de la validation de la relation prédicative, le terme X, qui ne renvoyait au préalable
qu’aux propriétés définitoires (QLT) 12 de la notion /bitterness/, /softness/, ou /sense/,
correspond à l’incarnation de cette propriété dans un support, c’est-à-dire à une
occurrence différenciée de cette notion. Elle possède alors un ancrage spatio-temporel, si
le terme Y en possède un, et des propriétés différentielles, c’est-à-dire des propriétés
permettant de la distinguer d’autres occurrences de la même notion. Ainsi, beer
bitterness n’est pas coffee bitterness, même si ces termes renvoient tous deux à des
occurrences de bitterness.
12
Culioli (1999 : 82-83)
9
On a donc, avec le schéma avec to dans ces énoncés, un terme X dont les
délimitations varient. Hors occurrence de procès, X possède une première délimitation
qualitative, Qlt1 qui correspond aux propriétés constitutives de la notion à laquelle il
renvoie. A l’issue de la validation de la relation prédicative, X renvoie à une occurrence
particularisée de cette notion, puisque celle-ci est passée du statut de simple propriété
envisagée dans l’absolu à une incarnation spécifique de cette même propriété dans un
support. Ainsi, lorsque le terme Y possède un ancrage spatio-temporel, à l’issue de la
validation de la relation prédicative, le terme X acquiert des propriétés différentielles
(Qlt2) qui lui sont apportées par ce support, et un ancrage existentiel (Qnt) puisque la
propriété vient à l’existence à travers ce support. Ces
propriétés différentielles et cet
éventuel ancrage spatio-temporel sont fournis à X par le terme Y. Ainsi, les délimitations
qualitatives de X et de Y entrent dans une relation de rupture (Qlt1 (X) ω Qlt (Y)) lorsque
la relation prédicative n’est pas validée, et dans une relation d’identification lorsque la
relation prédicative est validée (Qlt2 (X) = Qlt (Y), qui implique que le terme X possède
désormais un certain nombre de propriétés liées à son incarnation en Y) ; avec, lorsque
le terme Y est spécifique et possède une délimitation quantitative, l’identification des
délimitations quantitatives des deux termes puisque c’est son incarnation en Y qui amène
le terme X à l’existence (Qnt (X) = Qnt (Y)).
1.2.2.
La venue à l’existence
Si on se tourne à présent vers les énoncés du type de (10) et (11), on s’aperçoit
qu’il est, là aussi, question de venue à l’existence. Toutefois, le phénomène que l’on
observe est un peu différent de ce que l’on a pu voir en (5) à (7). En effet, les termes X
comme les termes Y en jeu dans la relation sont d’une autre nature. Les définitions qui
suivent le montrent bien.
Rise: « If something gives rise to an event or situation, it causes the event or
situation to happen. »
Impetus : « an impetus is an important effect that something has on a
situation, which causes a process to develop more quickly. »
13
Le terme Y renvoie à un événement. Le terme X, quant à lui, s’interprète soit
comme indiquant la venue à l’existence de cet événement (le C0 étant à l’origine de cette
venue à l’existence), soit comme renvoyant à une affectation du déroulement de cet
événement (ici aussi, par ce à quoi renvoie le C0 de give). Parce qu’il s’agit d’un
13
Ces deux définitions proviennent du Collins Cobuild English Language Dictionary.
10
événement, l’une des propriétés de ce à quoi renvoie Y est la possibilité de se voir
rattacher à un espace-temps, et de s’y développer. Ce que l’on observe dans ces
énoncés, c’est la prédication d’une propriété X du référent de Y, propriété ayant trait à
son déroulement. Ici encore, c’est le fonctionnement compact du terme X qui contraint
l’emploi du schéma avec to, puisque si on se penche brièvement sur le fonctionnement
du procès avec un X comme a boost, que l’on peut considérer comme sémantiquement
proche de impetus, on constate que les deux schémas de complémentation sont
parfaitement acceptables :
(20)
Goebbels visited the city to give the campaign a boost, and toured
around in a series of noisy, impressive and carefully stage-managed motorcades
complete with motorcycle outriders.
(21)
He was called in to give a boost to the campaign to get more pupils to
have lunch at school …
En (10) et (11), le terme Y ne correspond pas au même type d’entité que ce que
l’on a pu voir en (5) à (7). En effet, ici, on a affaire en Y 14 à un événement et donc à un
référent dans l’extralinguistique qui possède un déroulement. C’est sur ce déroulement
que porte le terme X (rise, impetus) en (10) et (11). En fait, en (10) et (11), X renvoie,
comme en (5) à (7), à une propriété prédiquée du référent de Y. La différence essentielle
entre ces deux groupes d’énoncés réside dans le fait que les Y, parce qu’ils renvoient à
des entités d’un ordre différent, n’ont pas le même type de propriété.
Si l’on revient à présent sur les énoncés de l’ordre de (12) et (13), on peut
constater la différence suivante dans la distribution des deux schémas. Alors que le
schéma avec to est potentiellement compatible avec tout type de terme Y 15 , le schéma
sans to impose la sélection d’un C1 renvoyant, soit à une entité inanimée (music, myth,
etc.), soit à une entité animée (him, us, them, Christ, etc.), mais qui est toujours
spécifiée et parfaitement identifiée par l’énonciateur et le co-énonciateur. Ainsi, alors que
(22) est acceptable :
(22)
I'd have given birth to twins and discovered what song the Sirens sang,
and vaporized and condensed and fallen as snow all over central Calcutta.
(22’) fait problème:
14
Certain developments in the Renaissance Art en (10) et the formation of Scotland en (11).
On trouve dans le British National Corpus des termes aussi variés que a baby girl, twins, a
monster, the Royal House, him/her, Grigorovich’s epics, Bryony, etc… Cette remarque concernant
le type de terme pouvant apparaître en Y est également valable lorsque X est a boost.
15
11
(22')
* I'd have given twins birth and discovered what song the Sirens sang,
and vaporized and condensed and fallen as snow all over central Calcutta.
De même, on trouve (23), mais pas d’énoncés du type de (23’):
(23)
Females that have struggled to obtain enough food throughout the winter
and emerge in spring in poor condition, may fail to conceive, or may give birth to a
weak and sickly kid.
(23')
* Females that have struggled to obtain enough food throughout the winter
and emerge in spring in poor condition may fail to conceive, or may give a weak child
birth. 16
Dans ces deux énoncés, l’individualité du référent de Y n’entre pas en compte. Ce qui est
pris en considération, c’est son appartenance à une classe, la classe des /twin/ en (22),
et la sous-classe des /weak child/ en (23). De plus, en (22) la relation prédicative est
repérée par rapport à une situation fictive, et en (23) par rapport à une classe de
situation. Dans ces deux énoncés, le terme Y renvoie à une entité fictive, qui n’est pas
spécifiée et ne possède aucune propriété différentielle. Il s’agit de contextes très
fréquents avec cette configuration de marqueurs. Toutefois il faut noter qu’il existe des
énoncés dans lesquels l’événement s’inscrit dans une situation spécifique actalisée :
(24)
My other friend Edie gave birth to a baby with one leg.
Néanmoins, cela ne permet pas pour autant l’emploi du schéma sans to:
(24')
* My other friend Edie gave a baby with one leg birth.
En fait, ce qui caractérise ces énoncés, qu’ils soient spécifiques ou génériques, que le
terme Y renvoie à une entité existant dans l’extralinguistique ou pas, c’est le fait que Y
renvoie à une entité qui était jusqu’alors inconnue. La seule information dont on dispose
est son appartenance à une classe d’occurrences. En fait, avec le terme birth, dans ces
énoncés, on passe véritablement de rien à quelque chose. Le référent du terme Y vient à
l’existence. En dehors de la validation de la relation prédicative, ce terme ne constitue
donc qu’une représentation (une occurrence quelconque et purement qualitative de la
classe à laquelle il renvoie) et il ne peut donc pas se voir prédiquer la propriété <Y-be
16
Eric Gilbert souligne l’existence des énoncés suivants, issus du register poétique : E'en with the
song that greets the new-born year, Or hails the day that gave a monarch birth… (XVIIIème
siècle), Soon we kissed the sacred earth That gave a murdered Saviour birth… (Warton,
XVIIIème siècle), Cursed be the morning of that day to earth When my vile mother gave a monster
birth ! (Caldwell, XIXème siècle). Toutefois, dans chacun de ces énoncés, le référent du C1 est
identifiable. De plus, l’étude proposée ici porte sur l’anglais moderne et aucun de ces énoncés n’est
postérieur à 1850.
12
born>. Par contre, une fois la relation prédicative validée, ce terme Y se trouve pourvu
d’une
délimitation
quantitative
(au
sens d’existence),
et
devient
identifiable
et
différentiable des autres occurrences de la même notion. Cela revient à dire qu’avec le
schéma avec to, le terme X constitue une propriété différentielle du référent de Y, qui se
trouve spécifié par l’événement auquel renvoie birth. On retrouve, là encore, un
fonctionnement similaire à celui des énoncés commentés dans les paragraphes
précédents.
1.2.3.
Le référent du terme Y
Si l’on se tourne à présent vers les énoncés envisagés dans la section 1.1.3., on
remarque la chose suivante : le schéma sans to impose la sélection d’un C1 renvoyant à
un animé humain, alors que le schéma avec to accepte des termes Y d’un autre ordre. De
plus, l’énoncé s’interprète différemment en fonction de la nature de ce terme. En effet, si
l’on considère les énoncés (14) et (18), par exemple. (14) est sémantiquement
équivalent à (14’),
(14')
He was joyful.
mais n’implique pas (14’’)
(14'')
He was a joyful person.
Quant à (18), il implique
(18'')
His jazz was joyful.
On voit qu’en (14), il est question d’un état psychologique du référent de Y, alors qu’en
(18), on observe la prédication d’une propriété du référent de ce terme. Les états
psychologiques
sont
généralement
compatibles
avec
les
deux
schémas
de
17
complémentation . Toutefois, dans notre corpus d’énoncés, on constate que plus de
75% des emplois du schéma avec to interviennent dans des contextes dans lesquels, soit
Y renvoie à un groupe d’animés humains, qu’il soit spécifique ou corresponde à
17
Winning gave him pleasure. That the Dean of York was Eric Milner-White, his former teacher,
gave pleasure to both parties. The phrase gave him satisfaction; he used it a lot. No doubt it
will have given satisfaction to the chairman of BR and his chief executive […] It gave him
relief from the tension of sharing the young man's terrible anguish. There may be a Crossroads
Care Attendant scheme in your area, which can provide regular help to give relief to carers. But
differentiation has another meaning as well and this gives me hope. […] she gave hope to the
sad and courage to the weak.
13
l’ensemble de la classe, soit la relation prédicative est repérée par rapport à une classe
de situations ou à une situation fictive :
(25)
Indeed, Vincent simply gave happiness to all who knew him.
(26)
Taxation of Chargeable Gains Act, 1992, s225 provides that the gain
accruing to a trustee on the disposal of settled property shall in effect be free from
capital gains tax where during the period of ownership the house has been the
only or main residence of the person entitled to occupy it under the terms of the
settlement. It is thought that this might give relief to the husband for capital gains
tax for the period from when the settlement is established […]
(27)
My plan will give joy to some and satisfaction to many […]
Autrement dit, dans ces énoncés, soit l’état happiness/relief/joy se trouve incarné dans
plusieurs référents (25), soit il n’est pas véritablement actualisé, dans la mesure où la
relation prédicative n’est pas repérée par rapport à une situation actuelle ((26) et (27)).
Dans ces trois énoncés, il y a finalement la persistance d’un écart entre le X et le Y
puisqu’il n’y a pas véritablement incarnation de l’état psychologique X dans le support Y.
A l’inverse le schéma sans to a plutôt tendance à sélectionner des C1 spécifiques, même
s’il est compatible avec des contextes génériques 18 .
Il est intéressant de constater que le fonctionnement du schéma avec to dans les
énoncés (25) à (27) n’est pas si éloigné de ce que l’on a pu observer dans les énoncés
mettant en jeu un terme X renvoyant à une propriété. En effet, un état psychologique a
la propriété d’être temporaire. Cela implique deux choses : l’existence d’une motivation,
d’une part, et la prise en compte d’une situation dans laquelle cet état n’est pas celui de
l’animé humain dont il est question, d’autre part. Les différences de distribution entre les
deux schémas dont nous venons de rendre compte tendent à montrer que le schéma
avec to met plutôt l’accent sur la prise en compte d’un état du terme Y hors validation de
la relation prédicative, et de l’état de cet Y lorsqu’il est support de la propriété à laquelle
renvoie X, alors que le schéma sans to mettrait plutôt l’accent sur ce qui est à l’origine de
la présence de l’état psychologique C2 chez l’animé humain C1.
Si l’on revient à présent sur nos énoncés (14) et (18), on s’aperçoit qu’ils vont
dans ce sens, dans la mesure où l’énoncé (18) met en jeu un terme Y qui n’est pas un
animé humain, ce qui entraîne une interprétation de joy en termes de propriété et nous
18
Chiropractic is a type of medical treatment that works by manipulating the body structures
typically the spine to give people relief from back pain […]/ You don't understand what it's like
for a woman. It gives you confidence when you are in charge.
14
permet de ramener le fonctionnement de cet énoncé à ce que l’on a pu observer en (5) à
(7), et d’y apporter la même analyse.
En effet, ces énoncés ont tous en commun le fait qu’ils correspondent à des
contextes dans lesquels une propriété X vient s’incarner dans un support Y à l’issue de la
validation de la relation prédicative. C’est un fonctionnement proche de ce que l’on a pu
observer lorsque nous nous sommes intéressée aux constructions résultatives de l’anglais
moderne 19 . Rappelons qu’à cette occasion, nous avions proposé la représentation
suivante du marqueur to :
-
Qlt1(X) ω Qlt(Y) et Qlt2(X) = Qlt(Y)
C’est une représentation que nous souhaiterions enrichir au regard de ce que l’on a pu
voir dans la première partie de ce travail. En effet, on a dit plus haut que ce qui donnait
lieu à l’opération d’identification entre les délimitations des occurrences X et Y, c’était la
validation de la relation prédicative (notée r dans la représentation que nous proposons).
Or, la relation prédicative, pour être validée, doit d’abord faire l’objet d’une prise en
charge, c’est-à-dire qu’elle doit faire l’objet d’un repérage par rapport à une instance
subjective (S) et à un moment (T). La relation d’identification marquée par to entre les
occurrences X et Y n’est instanciée que si, à un moment T, un énonciateur prend en
charge la relation prédicative, c’est-à-dire si la relation prédicative est le cas. Si l’on
incorpore cette donnée à l’analyse proposée précédemment, on aura :
Dél1 (X) ω Dél (Y) Є [r Є Sit] Э Dél2 (X) = Dél (Y) 20
Là encore, la représentation que nous proposons doit être considérée comme une
ébauche, susceptible d’être complétée, toutefois, elle suffit à rendre compte des énoncés
envisagés dans ces pages.
Si l’on se tourne maintenant vers le fonctionnement de give comme verbe
support, et que l’on s’attache à expliquer le fait que cet emploi exclut le choix du schéma
sans préposition, la représentation que nous venons de proposer peut constituer un
éclairage intéressant, et relativement inhabituel, sur ce phénomène.
19
Hamelin (à paraître).
Dél renvoie aux délimitations des occurrences X et Y. Selon les contextes, la mise en relation de
ces deux occurrences pourra porter sur leurs délimitations quantitatives, sur leurs délimitations
qualitatives, ou bien, conjointement, sur les deux délimitations, avec des phénomènes de
pondération qui ne seront pas abordés dans ces pages.
20
15
1.3.
Give comme verbe support
Si l’on s’intéresse à to en combinaison avec give, l’un des phénomènes les plus
frappants consiste en l’agrammaticalité du schéma avec to lorsque le procès se trouve
employé comme verbe support. Ce fait semble implicitement admis par l’ensemble des
grammairiens qui ce sont intéressés à cette problématique, toutefois, à notre
connaissance, ce phénomène n’a pas jusqu’à maintenant fait l’objet d’une analyse
fouillée. Tout juste certains (Larreya et Rivière, 1999: 265-266, par exemple) se
contentent-ils de relever cette incompatibilité, sans toutefois en proposer une explication.
La notion même de verbe support ne fera pas, dans ces pages l’objet d’une
discussion. Néanmoins, il nous faut préciser que ce terme se voit appliqué à un nombre
assez important de phénomènes. Butt et Geuder (2001) proposent une synthèse concise
des analyses existantes, et rappellent que « a light verb is generally part of a complex
predicate ». Le flou de cette définition amène les grammairiens à considérer comme
relevant de la problématique des verbes supports des verbes au sémantisme faible aussi
bien que des auxiliaires, entrant en combinaison avec des noms déverbaux, des adjectifs,
autrement dit, tout terme susceptible de véhiculer une forme de prédication. Etant donné
cette définition, l’ensemble des énoncés analysés dans ces pages pourrait se voir
considéré comme relevant du phénomène des verbes supports, puisque l’on a beaucoup
parlé de prédication de propriété. Toutefois, dans ces pages, nous réserverons le terme
de « verbe support » aux seuls cas correspondant à la définition proposée par Jespersen:
« The most usual meaning of sbs derived from and identical in form with a vb is the action
or an isolated action. This is particularly frequent in such everyday combinations as those
illustrated in the following paragraphs after have and similar ‘light’ verbs.” (1954: 117)
Le choix de restreindre notre usage du terme de « verbe support » à ce type de
phénomène n’est pas tant lié à des considérations théoriques qu’à un souci de clarté.
Pour certains auteurs 21 le verbe support est un verbe sémantiquement vide, et ce
qui apporte le contenu sémantique est le terme qui porte la prédication. Cependant, les
verbes supports ne sont pas librement interchangeables, comme le soulignent d’autres
analyses 22 , ce qui laisse entendre qu’ils conservent au moins les propriétés minimales de
la notion à laquelle ils appartiennent 23 . D’autre part, on voit aussi que les différents
procès ont des préférences quant aux noms prédicatifs qu’ils sélectionnent. Ainsi, par
exemple, les termes que l’on trouve le plus fréquemment derrière le procès give sont des
21
Gross (1981, 1998), Mel’ĉuk (2005)
Butt (2003), Stein (1991)
23
Ainsi, give someone a look n’est pas sémantiquement équivalent à take a look at someone : He
gave Ron and Hermione a meaningful look/* He took a meaningful look at Ron and Herrmione.
22
16
termes renvoyant à un contact physique (push, kick, nudge, hug), ou à un mode
d’expression ou de communication (look, smile, talk, speech), alors que take par
exemple, sélectionne en priorité des termes comme breath, look, swig, drink, etc 24 …
Encore une fois, nous pensons qu’il n’est pas approprié de considérer les verbes supports
comme sémantiquement vides, puisque, on le voit, ils imposent des restrictions quant au
choix des termes avec lesquels ils fonctionnent. Nous proposons de considérer que dans
ces énoncés, le procès ne conserve que les propriétés minimales de la notion à laquelle il
appartient. Autrement dit, et, en cela, nous rejoignons les analyses traditionnelles, le
nom prédicatif, qui lui, possède davantage de traits sémantiques, joue un rôle
prépondérant dans la construction du sens de l’énoncé.
Dans les paragraphes qui suivent, nous distinguerons les combinaisons du type
give a push/kick/nudge/hug de celles du type de give a look/smile/talk, pour des raisons
qui seront expliquées au fur et à mesure de l’analyse.
1.3.1.
Les énoncés du type give someone a push
En anglais contemporain, on trouve des énoncés du type de give someone a push,
mais on ne rencontre pas d’énoncés du même ordre dans lesquels give entrerait dans le
schéma avec to.
(28)
I gave him a push in the chest with my open hand, not a strong push,
just sufficient to put him out of range.
(29)
I gave him a kick in the posterior and ordered him up to assist, told him
there was no time to be lost in praying upon such an occasion.
(30)
Plus, he sits next to me in the Surrey dressing room so I can give him a
nudge if he's not picking up points. 25
(31)
A child's plea: 'Please close Guantanamo jail so I can see my daddy and
give him a hug'.
(28')
* I gave a push to him with my open hand, not a strong push, just
sufficient to put him out of range.
(29')
* I gave a kick to him and ordered him up to assist, told him there was
no time to be lost in praying upon such an occasion.
24
25
Ce sont en tout cas les termes les plus fréquemment rencontrés dans le British National Corpus.
L’énonciateur est un joueur de cricket.
17
(30')
* Plus, he sits next to me in the Surrey dressing room so I can give a
nudge to him if he's not picking up points.
(31')
* A child's plea: 'Please close Guantanamo jail so I can see my daddy and
give a hug to him'.
En effet, la grande majorité des anglophones interrogés rejette les énoncés (28’) à (31’).
Dans ces énoncés, comme on l’a dit plus haut, le C2 est un nom prédicatif, et le C1
de give est également le C1 du procès correspondant au C2. En (28), him est le C1 de
give, et il est aussi le C1 de push en (28’’) :
(28'')
I pushed him in the chest with my open hand, not a strong push, just
sufficient to put him out of range.
(29'')
I kicked him in the posterior and ordered him up to assist, told him there
was no time to be lost in praying upon such an occasion.
(30'')
Plus, he sits next to me in the Surrey dressing room so I can nudge him
if he's not picking up points.
(31'')
A child's plea: 'Please close Guantanamo jail so I can see my daddy and
hug him'.
Les locuteurs natifs interrogés soulignent, à propos de (28) à (30), le fait que la
construction à verbe support implique une attitude moins violente de la part du référent
du C0 du procès, que ce que l’on observe en (28’’) à (30’’). Cela nous semble pouvoir être
aisément expliqué par le fait que l’article a dans le schéma sans to discrétise la notion à
laquelle renvoie le C2. En conséquence, on comprend que seule une occurrence de /push/
ou de /kick/ vient à l’existence. Par contre, en (28’’) à (30’’), les procès push, nudge et
kick ont un fonctionnement de type dense, par conséquent, une interprétation itérative
est possible. De plus, Souesme 26 a montré à propos des énoncés en have a + nom
déverbal qu’ils mettaient l’accent sur la délimitation qualitative du nom déverbal. Pour
lui, cette tournure permet, d’identifier le prédicat complexe comme étant, d’une part, une
occurrence de la notion à laquelle renvoie ce nom, et, d’autre part, comme une
occurrence spécifique de cette notion. En conséquence, cette occurrence est susceptible
de posséder des propriétés différentielles qui la distinguent d’une occurrence typique de
la notion /push/, /kick/ ou /nudge/, une telle occurrence impliquant nécessairement un
contact violent.
26
If you can have another look at it, *why can’t I have two looks at it ?, communication présentée
lors des journées agrégation à Aix le 21 janvier 2006, publication en ligne.
18
Pour expliquer l’incompatibilité de ce type de contexte avec le schéma avec to, on
peut avancer la chose suivante. On a proposé plus haut d’analyser to comme un
marqueur de rupture, c’est-à-dire comme étant la trace d’un écart entre les termes qu’il
met en relation. En (28) à (31), le C2 est discrétisé au moyen de l’article a, ce qui
implique que l’on a affaire à une occurrence particulière de la notion à laquelle il renvoie.
Or, ici, les procès correspondant aux C2 se construisent habituellement avec un
complément direct, qui participe de leur détermination 27 . Ce complément est affecté par
l’actualisation de l’occurrence de la notion de procès. Autrement dit, on ne peut opérer
d’extraction sur des notions comme /push/, /kick/ ou /nudge/ sans les mettre en relation
avec le terme qu’ils affectent. De fait, il paraît difficile d’introduire un écart entre le C1 et
le C2 de give dans ce type d’énoncé, d’où les problèmes que pose l’emploi de to dans les
contextes de cet ordre. On notera toutefois les deux exceptions suivantes:
(32)
Maybe the good people of Middlesbrough, who rightly love art etc, should
think past themselves and give a hug to people who really need it.
Outre la longueur du complément, la présence de l’adverbe really semble indiquer que
l’on a ici affaire à un problème de focalisation. La plupart des énoncés de cet ordre ont ce
type de caractéristique. On constate cependant l’existence d’exemples du type de (33),
dans lequel il n’y a ni phénomène de focalisation sur le terme Y, celui-ci étant indéfini, et
dans lequel ce terme Y est relativement court :
(33)
If you give a hug to someone everyday you will be sure to take their
blues away.
On peut tout de même remarquer que l’on a affaire à une relation prédicative qui est
repérée par rapport à une situation fictive. En (33), tout élément parmi la classe à
laquelle renvoie someone est susceptible de valider la relation prédicative, mais aucun
n’est sélectionné. En conséquence, l’occurrence hug n’est pas stabilisée puisque
finalement on a ici <you – give a hug to Yk 28 > ce qui signifie que l’on prend en compte
plusieurs occurrences de la notion hug, toutes distinctes les unes des autres, autrement
dit, plusieurs délimitations qualitatives du terme X.
27
« Un procès résulte d’un ensemble de déterminations que reçoit un prédicat par sa mise en jeu
dans un énoncé, notamment du fait de :
la présence de compléments, et en particulier du C1 ;
son ancrage situationnel, et plus particulièrement temporel.
Ces déterminations se combinent pour opérer une double délimitation du prédicat :
1° une délimitation liée à sa construction : cette délimitation fonde la coupure entre ce qui est et
ce qui n’est pas, entre présence et absence […]
2° une délimitation liée à la spécification du prédicat : cette délimitation permet de fonder des
différences d’ordre qualitatif. » (Franckel et Paillard, 1992: 35)
28
K indique que l’on se trouve en présence d’un parcours de la classe. Cela signifie que toute
occurrence de la classe à laquelle renvoie Y est susceptible de valider la relation prédicative.
19
On trouve aussi :
(34)
We also gave a push to the fight against Aids.
(35)
The vibrant optimism of I Can't Explain 29 gave a nudge to what I'll have
to cornily describe as my sense of amazement.
En (34) et (35), les termes push et nudge reçoivent une interprétation métaphorique. En
effet, ces énoncés ne sont pas équivalents à (34’) et (35’) :
(34')
? We also pushed the fight against Aids.
(35')
? The vibrant optimism of I Can't Explain nudged what I'll have to
cornily describe as my sense of amazement.
Dans ces énoncés, les termes push et nudge ne renvoient pas, sémantiquement, à la
même chose que dans les exemples précédents. Ainsi, si on se penche sur leur pré
modification, on s’aperçoit que, là où (28) est compatible avec des qualifieurs comme
strong, firm, little, etc….
(28''')
I gave him a strong/firm/little/good/big push in the chest with my
open hand.
(34) est compatible avec des termes d’un autre type:
(34'') We also gave a significant/decisive/substantial push to the fight against
Aids.
La comparaison de (34) et (35) avec (34’) et (35’) d’une part, et les combinaisons
mentionnées en (28’’’) et (34’’), d’autre part, nous amènent à formuler l’hypothèse
suivante: dans ce type de contexte, le terme X perd ses propriétés verbales et peut être
mis sur le plan que an impulse par exemple, ou a fillip. C’est la raison pour laquelle ce
type d’emploi est compatible avec le schéma avec to.
1.3.2.
Les énoncés du type give someone a look
Notre analyse distingue ces énoncés des précédents pour la raison suivante : alors
que des procès comme push, kick, nudge et hug entrent préférentiellement dans des
constructions transitives directes, les procès look, smile, et talk entrent dans des
29
I can’t explain est le titre d’une chanson.
20
constructions transitives prépositionnelles. Ainsi, sémantiquement, (36) à (38) sont
relativement proches de (36’) à (38’) :
(36)
I mean, she didn't ask anything, she just gave me a look when I got
back.
(37)
"Ah, why not crack your face and give us a smile?" Ruth teased him.
(38)
He even gave us a talk about his love of birds at the Tory Party
Conference.
(36')
I mean, she didn’t ask anything, she just looked at me when I got back.
(37')
"Ah, why not crack your face and smile at us?" Ruth teased him.
(38')
He even talked to us about his love of birds at the Tory Party Conference.
Comme précédemment, on constate de légères différences quant à l’interprétation de
(36’) à (38’) par rapport à (36) à (38), liées à l’opération de discrétisation marquée par a
sur la notion de prédicat. C’est en (38) et (38’) que cela apparaît le plus explicitement.
Alors qu’en (38), le référent de he s’interprète, compte tenu de
the Tory Party
Conference, comme un intervenant, en (38’), l’occurrence de talk mentionnée peut
renvoyer à un événement plus informel, une discussion par exemple.
Contrairement aux énoncés envisagés dans la section précédente, le type de
contexte que l’on rencontre en (39) à (41) est compatible avec le schéma avec to :
(39)
He fidgeted and gave a sideways look to his mate.
(40)
It was therefore with mixed feelings that Alice managed to give a
welcoming smile to the couple who now entered the room […]
(41)
The headmaster at the school gave a talk to all the children and issued
a warning to them to beware of the Rottweiler breed in particular.
On notera tout de même que le schéma sans to est nettement plus fréquent que le
schéma avec to, surtout avec un terme comme look, par exemple. En effet, l’ensemble
des énoncés observés montrent que la combinaison give a look to Y 30 implique
systématiquement une forme de visée communicative, ce qui n’est pas forcément le cas
avec le schéma sans to. De plus, avec le schéma avec to, les anglophones interrogés
soulignent que l’on n’a aucune garantie que le référent du C1 ait perçu ce à quoi renvoie
30
Dans laquelle Y renvoie à un animé humain.
21
« a meaningful/ ‘phew’/ glaring/ Ø look », alors que le schéma sans to laisse à penser
que c’est le cas. 31
Non seulement ces noms prédicatifs correspondent à des procès dont le
complément n’est pas direct, mais en plus, on l’a déjà mentionné, la préposition qui
introduit le complément en (36) à (38) est soit at 32 , soit to, ce qui implique la
compatibilité de ces termes avec l’opération de rupture. Enfin, contrairement à ce qui se
produit en (28) à (31), le référent du C1 n’est pas affecté par l’occurrence de procès. Par
conséquent, il n’est nullement surprenant de constater que dans ce type d’énoncé, le
schéma sans to n’est pas obligatoire.
A notre connaissance, l’existence du schéma avec to avec ce type de contexte est
peu mentionnée dans la littérature sur les verbes supports de l’anglais, bien que l’emploi
de verbe support du procès give ait fait l’objet de nombreuses analyses. A l’inverse, les
auteurs qui comparent les schémas avec et sans to ne font pas non plus mention du cas
des verbes supports. 33
1.4.
Hypothèses et analyse
La mention de la compatibilité de ce type de contexte avec le schéma avec to nous
semble apporter une clé importante pour l’analyse de ce type de construction. En effet,
on y a déjà fait allusion, il est régulièrement mentionné dans les grammaires que lorsque
give entre en combinaison avec un nom prédicatif, seul le schéma sans to est possible.
Toutefois, ce phénomène est, la plupart du temps, considéré comme allant de soi et ne
fait pas l’objet d’analyses. Ce que nous avons vu précédemment permet de proposer
deux hypothèses relatives au fonctionnement à la fois de to et de give dans son rôle de
verbe support. Ces deux hypothèses sont fortement intriquées :
i.
Lorsque le procès give fonctionne comme un verbe support, le schéma
sans to implique une dé-sémantisation plus importante que le schéma
avec to. Pour nous, cela revient à dire que, dans ce cas, le schéma
sans to sélectionne uniquement les propriétés minimales de la notion
31
On retrouve ici un phénomène que l’on rencontre également avec le procès teach, lui aussi
compatible avec les deux schémas. En effet, alors que le schéma avec to introduit
systématiquement un C2 générique ou pluriel, qui ne garantit en rien le succès de l’événement
(dans I then taught English to immigrants, mainly Russian Jews il n’y a pas de certitude quant au
fait que les référents de immigrants valident la relation prédicative <immigrants-know English>),
le schéma sans to implique sa réussite (dans I taught her English and her essays were
interesting and original with very definite views, le référent de she valide la relation <she-know
English>).
32
Cf Gilbert (2004)
33
Dixon (1991 : 336-361), Harley (2002), Oehrle (1976).
22
de procès give, alors que le schéma avec to va enrichir, du fait des
opérations dont il est la trace, l’occurrence de procès.
ii.
Cela est lié au fait que les opérations marquées par to sont
éminemment compatibles avec certaines propriétés de ce procès.
L’hypothèse (i) repose essentiellement sur le constat suivant : pour ce qui concerne
les énoncés envisagés plus haut, on s’aperçoit qu’une combinaison comme give someone
a look n’est pas sémantiquement équivalente à give a look to someone. Plus
précisément, on dira que ces deux combinaisons n’entrent en concurrence que dans un
nombre limité de contextes. Cela apparaît explicitement si l’on compare les énoncés (42)
et (43) :
(42)
He turned and gave her a meaningful look.
(43)
It wasn't the first time in his life that Andrew gave a meaningful look to
his father […]
qui sont tous deux parfaitement acceptables et sensiblement équivalents, et (44), (44’)
et (44’’) :
(44)
One of the directors has his Masters from Leicester but he also has his CSC
as it covers different subjects, so give them a good look.
(44')
* One of the directors has his Masters from Leicester but he also has his
CSC as it covers different subjects, so give a good look to them.
(44'') One of the directors has his Masters from Leicester but he also has his CSC as
it covers different subjects, so give a good look at them.
(44’) pose des problèmes d’acceptabilité, ce qui n’est pas le cas de (44’’), construit avec
la préposition at et non avec la préposition to. Il est intéressant de voir que si l’on
propose une analyse syntaxique de ces deux énoncés, en (44’), give aura deux
compléments a good look et to them, et en (44’’), il n’en aura qu’un seul a good look at
them. Pourtant, dans ce cas, (44’’) est sémantiquement proche de (44). En fait, ce que
font apparaître ces manipulations, c’est le fait que le schéma avec to impose une
interprétation non neutre du terme look, qui est liée au fait que le terme Y est
conceptualisé comme une cible. Il devient ici un interlocuteur, susceptible de recevoir
une information transmise par le biais de l’occurrence de /look/. Or l’emploi de good en
(44) rattache cette occurrence au centre organisateur de la notion, en indiquant que
celle-ci possède toutes les propriétés prototypiques de cette notion. Good ne véhicule
23
aucun contenu de communication. Meaningful en (42) comme en (43) implique au
contraire une intention de communication de la part du référent du C0.
Cela nous amène à considérer notre hypothèse (ii). En effet, to introduit un visé,
et donc une opération impliquant « un objectif à atteindre et un hiatus (une distance à
combler) » (Culioli, 1990 : 133). Ce visé peut se voir interprété comme une cible
(comme c’est le cas avec look, par exemple). Rappelons que nous avons représenté ce
marqueur au moyen des opérations de rupture et d’identification, en disant que hors
validation de la relation prédicative, les occurrences X et Y étaient en rupture, c’est-àdire disjointes ; et, lorsque la relation prédicative est validée, elles sont identifiées pour
tout ou partie de leurs délimitations. Cela signifie que le prédicat joue un rôle dans la
venue à l’existence de l’identification des délimitations de X et de Y. Quant au procès
give, le Collins Cobuild English Language Dictionary n’en propose pas moins de vingtdeux définitions différentes. L’examen des différentes gloses permet de faire le constat
suivant : avec give, le référent du terme qui se trouve en position de C0 est à l’origine
d’une relation entre les référents de son C1 et de son C2. Il n’est pas surprenant qu’un
marqueur comme to, qui permet de prendre en compte la relation entre X et Y hors
validation de la relation prédicative et dans le cadre de la validation de cette même
relation, ait des affinités avec un tel procès. Toutefois, give ne dit rien de la relation
existant entre son C1 et son C2 hors occurrence de la notion de procès qu’il représente,
ce qui explique les problèmes de compatibilité que rencontre le schéma sans to avec un
contexte impliquant la venue à l’existence d’une propriété comme c’était le cas dans les
énoncés envisagés sous 1.1.2. C’est aussi la raison pour laquelle seul le schéma sans to
est compatible avec les contextes envisagés en 1.3.1, dans la mesure où ces contextes
excluent toute forme de rupture. Pour les mêmes raisons, le schéma avec to est
compatible avec les prédicats nominalisés dont les procès correspondants font intervenir
dans leur construction un marqueur de rupture. Dans ce cas, on a pu le voir avec look, le
choix d’un schéma plutôt que de l’autre peut entraîner un certain nombre de restrictions
quant aux contextes dans lesquels le procès peut entrer, la présence de to impliquant
d’emblée l’existence d’une rupture entre les deux termes. Cette rupture, quoique
compatible avec les propriétés de la notion /give/, ne découle en rien de cette notion de
procès, puisque, on l’a vu, give est également compatible avec des contextes dans
lesquels les propriétés des termes en jeu dans la relation interdisent tout hiatus (1.3.1).
Nous ne prétendons pas ici avoir résolu les problématiques relatives à la question
des verbes supports, puisque d’emblée, nous avons restreint notre étude au procès give.
Par contre, nous espérons avoir montré que l’analyse du marqueur to apporte des
éléments intéressants pour l’étude de give, y compris dans ce type d’emploi, et que la
représentation que nous proposons pour cette préposition fournit une explication aux
24
contraintes d’emploi que nous avons eu l’occasion de mettre en exergue dans cette partie
du travail.
2. A propos de for dans l’alternance entre schéma prépositionnel et
schéma ditransitif
Pour la suite de l’analyse, nous conserverons la notation adoptée dans les pages qui
précèdent, autrement dit, nous appellerons schéma sans for, cette fois, la combinaison
procès + C1 + C2, et schéma avec for, la combinaison procès + X for Y. Nous avons choisi
de nous intéresser ici aux procès cook et save, qui pratiquent tous deux l’alternance, et
qui font apparaître des éléments qui nous semblent pertinents à la fois pour l’analyse du
marqueur for, et pour la comparaison entre les deux schémas de complémentation.
2.1.
Les données
L’examen comparé du comportement des procès cook, et save dans les schémas
avec et sans for révèle le fait qu’ils n’entrent en concurrence que dans un nombre limité
de contextes :
(45)
I'll cook you a meal.
(46)
I took Henry into the flat and cooked a meal for us.
(47)
Usually, the lady behind the counter had saved him a book or two which
she knew he would like.
(48)
The only reason Enledit knows what a bubbly pie tastes like is because, on
rare occasions, old drudges in the kitchen would be able to save one for him.
Par contre, le schéma de complémentation sans for fait problème lorsque le C1 n’est pas
un animé humain :
(49)
Save your bath water for the garden with a handy gadget.
(49')
* Save the garden your bath water with a handy gadget.
25
Dans ce cas, le terme introduit par for renvoie à une occasion. En (49), on peut mettre
the garden en regard avec des termes comme a special occasion 34 par exemple, qui
renvoie à une situation, ou à un type de situation.
Par contre, avec save, le schéma sans for est largement préféré dans les
contextes comparables à (50) et (51). Le schéma avec for est rarement attesté, et jugé
lourd et parfois problématique, car redondant, par les anglophones interrogés :
(50)
It could save you a lot of wasted effort and money.
(51)
We only paid interest on what we had borrowed, which saved us a
fortune in interest charges.
(50')
? It could save a lot of wasted effort and money for you.
(51')
? We only paid interest on what we had borrowed, which saved a fortune for
us in interest changes.
Dans ces énoncés, save pourrait être traduit en français par un procès comme épargner
ou éviter, ce en quoi il est différent de ce que l’on peut voir en (47) et (48) dans lesquels
ce procès pourrait être traduit par garder ou mettre de côté. De ce point de vue, la
comparaison des énoncés suivants est éloquente :
(52)
[…] the EUL has offered to print one of the copies of the thesis required by
university regulations in order to save the students money and encourage them to use
the service.
(53)
I think we can all agree that this will save money for the squads, but it
could also have detrimental affects on the level of racing we see.
(54)
I’ll save you some time.
(55)
I’ll save some time for you. 35
En (52), money est rattaché à students. Il s’agit de the students’ money. Par contre, en
(53), le référent de the squads n’est pas conceptualisé comme le propriétaire de money.
Il est plutôt considéré comme un poste de dépense. Quant à (54) et (55), ils peuvent
s’inscrire dans les contextes suivants :
(54')
I’ll save you some time (by giving you a lift).
34
While male moshers wear their mosh clothes at every opportunity, female moshers generally
save theirs for a special occasion, such as a concert or gig.
35
Les énoncés (54) et (55) sont des énoncés fabriqués.
26
(55')
I’ll save some time for you (so that we can have a drink together).
L’ensemble de ces phénomènes nous amène à formuler les hypothèses suivantes.
2.2.
Hypothèses et analyse
Considérons, comme Gilbert (1999) et (2000), que le marqueur for est la trace
d’une opération de visée, tout comme le marqueur to. Pour Gilbert (1999 : 103), for
marque l’existence d’un « hiatus entre la délimitation quantitative et la délimitation
qualitative de l’occurrence considérée. »
L’existence d’un hiatus entre les termes mis en relation, est une hypothèse
renforcée par la comparaison des énoncés (52) et (53) ainsi que (54) et (55), qui
semblent indiquer que le marqueur for introduit une disjonction entre les termes qu’il
met en relation. Ainsi, alors que time est rattaché à you en (54) (on parle bien de your
time) il est rattaché à I en (55) (il s’agit de my time).
Pour ce qui concerne les énoncés (45) à (48) maintenant, les observations faites
plus haut ont mis en lumière le fait que le seul contexte permettant la concurrence des
deux schémas est celui dans lequel le C1, ou le terme Y, renvoie à un animé humain
conceptualisé
comme
le
bénéficiaire
de
l’événement
auquel
renvoie
la
relation
prédicative. En effet, (45) à (48) correspondent à des contextes dans lesquels le référent
du C0 initie l’occurrence de procès dans le but d’actualiser la relation <C1-have C2> ou
<Y-have X>. Et, de fait, l’actualisation de cette relation constitue le visé justifiant la
validation de la relation prédicative par le C0 de l’occurrence de procès. Cette relation est
la motivation notionnelle de l’initiation de l’occurrence de procès par son C0.
Contrairement à ce qui se passe dans le cas des procès qui pratiquent l’alternance
avec le marqueur to, en (46) et (48), la validation de la relation prédicative ne réduit pas
l’écart existant entre les termes X et Y. La réalisation de l’événement auquel renvoie la
relation prédicative a bien un effet : un repas a bien été préparé, une tourte a bien été
mise de côté. Toutefois, les relations <we - have the meal> et <he - have the bubbly
pie>, si elles font l’objet d’une visée, ne sont pas forcément le cas. D’ailleurs, on
trouve :
(56)
When she changed her mind, he spent the money he had saved for his
three sons fighting her lawyers to establish paternity and access to the son he - and she
- knew was his.
27
(57)
I cooked a little squid for Poppy but she sniffed it, poked at it and then
walked off.
Dans ces deux énoncés, malgré la validation de la relation prédicative, il demeure un
hiatus entre X et Y. Cela constitue une différence par rapport au fonctionnement du
marqueur to, d’une part, mais aussi par rapport au fonctionnement du schéma sans
préposition, d’autre part. En effet, alors qu’avec le schéma sans préposition, la validation
de la relation prédicative implique la validation de la relation <C1- have C2>, ce n’est pas
le cas avec le schéma avec for, car le marqueur prépositionnel introduit un écart entre
ces deux termes, et le maintient. Toutefois, la relation <Y-have X> constitue bien la
motivation qui justifie la validation de la relation prédicative par le C0 du procès. Cela
implique que la réduction du hiatus entre X et Y est bel et bien envisagée, au moins sur
le plan des représentations. Néanmoins, le fait que la validation de la relation prédicative
ne permette pas, avec le schéma avec for, l’élimination de ce hiatus 36 , nous pousse à
considérer qu’avec le marqueur for, il est considéré comme irréductible. Cette analyse
rejoint celle de Gilbert, qui concerne un autre emploi du marqueur :
« (1) On that occasion, Aunt was met by her employer’s dogs when she returned.
They took her for a thief and, though they knew her well enough from all the times
she’d favoured them with kitchen slops, they were too dumb or mischievous to let
her clamber back into the kitchen yard.
Il est aisé de constater que le premier exemple suppose she was not a thief […]
Si on considère que dans ces énoncés, for établit un certain type de représentation entre
un terme repéré X et un terme repère Y, on constate que cette opération revient, pour le
sujet énonciateur, à indiquer que la représentation qui est faite de l’occurrence repérée X
est une mauvaise représentation, X étant défini, par le terme source, comme occurrence de
la notion repère Y alors que tel n’est pas le cas.
[…] for marque un décalage, un décrochage, et, plus précisément, un hiatus entre la
délimitation quantitative et la délimitation qualitative de l’occurrence considérée. » (1999 :
101-102)
Nous proposons de formuler ce constat un peu différemment, en disant que for
dans ces énoncés, marque d’une part, une opération de rupture entre les délimitations
des termes mis en relation, rupture qui est maintenue à l’issue de la validation de la
relation prédicative, et, d’autre part, une opération d’identification entre les délimitations
de ces termes, identification qui se trouve être repérée uniquement par rapport à une
36
Contrairement à ce qui se produit avec to.
28
subjectivité, et qui n’est pas actualisée. Il s’agit ici de la relation <Y- have X>, visée par
le référent du C0 du procès. Cela peut être formulé de la façon suivante :
Dél1 (X) ω Dél (Y) Є [r Є Sit (S ;T)] et [r Є Sit’ (S ;T’)] Э Dél’ (X) = Dél (Y), Sit’ et Dél’
(X) demeurant du domaine des représentations pures.
2.3.
L’exemple du procès bring
Le procès bring, qui accepte le schéma sans préposition, le schéma avec to et le
schéma avec for, illustre parfaitement les différences de fonctionnement entre ces deux
marqueurs.
(58)
The first time she brought him flowers - a posy of crocuses in a glass jar
- he suddenly and unaccountably wept.
(59)
He [Karadzic] came to my house and brought flowers to my wife,” Minic
said.
(60)
Si
on
They brought flowers for my wife, which brought tears to our eyes.
considère
ces
trois
énoncés,
on
constate
que
seul
l’énoncé
(59)
est
sémantiquement équivalent à (58), en ce que tous deux impliquent la validation de la
relation <C1 – have C2>/<Y-have X>. En (60), ce qui permet d’inférer que <my wife –
have flowers> est le cas, c’est la suite de l’énoncé. For, comme précédemment,
n’implique pas la réalisation de l’opération d’identification entre les termes à l’issue de la
validation de procès. En fait, avec for, la relation <Y – have X> ne constitue pas, comme
avec to, le terme de l’occurrence de procès, mais sa motivation notionnelle. En effet, to
est compatible avec une interprétation de bring en termes de déplacement dans l’espace,
contexte dans lequel le terme Y s’interprète comme constituant la borne de droite du
procès, le terme du déplacement auquel il renvoie :
(61)
Subsequently, in the same year, 1990, the mother brought the child to
England for a visit.
Dans un énoncé comme (61), qui reçoit une interprétation en termes de spatialité, ni for,
ni le schéma sans préposition ne sont substituables au schéma avec to. Cela est lié au
fait que cet énoncé implique une forme de déplacement dans l’espace du référent de X,
déplacement qui suppose une délimitation quantitative initiale 37 de X en rupture avec Y
37
Hors validation de la relation prédicative.
29
(ce qui explique l’impossibilité d’avoir le schéma sans préposition), et une délimitation
quantitative finale 38 de X identifiée à celle de Y (ce qui bloque l’emploi de for).
Avec for par contre, l’actualisation de la relation <Y – have X> va constituer la
motivation notionnelle de l’initiation de l’occurrence de procès. Cela apparaît notamment
dans les énoncés dans lesquels on trouve l’adverbe especially, qui met l’accent sur
l’intention du référent du C0,
(62)
I had this sensation that he was like a dear old dad and we were all his kids
opening presents he’d brought especially for us.
contexte qui s’accommode mal du marqueur to:
(62')
* I had this sensation that he was like a dear old dad and we were all his
kids opening presents he’d brought especially to us.
En effet, ce type de contexte met l’accent sur la justification de la validation de la relation
prédicative par le référent du C0.
Ainsi, avec to, la relation <Y – have X> se trouve actualisée à l’issue de la
validation de la relation prédicative, raison pour laquelle nous repérons dans notre
représentation l’identification des délimitations de ces deux termes par rapport à la
validation de la relation prédicative 39 . Ce n’est pas le cas avec for, qui met l’accent plutôt
sur la raison d’être de cette relation prédicative, et n’implique pas que <Y – have X> soit
le cas si elle est validée. C’est pourquoi avec for, nous choisissons de repérer l’opération
d’identification entre les délimitations de X et de Y par rapport à une subjectivité 40 , ici
celle du référent du C0, puisque cette relation reste une simple représentation.
Pour ce qui concerne maintenant la différence entre le schéma sans préposition, et
le schéma avec to, elle est du même ordre que ce que l’on a déjà pu observer avec le
procès give, à savoir que l’on va pouvoir trouver des énoncés comparables à (63)
(63)
To a post-Renaissance intellectual, the Middle-Ages had advanced only a
small way beyond the sixth century Goths; it was the Renaissance which brought
greatness to architecture.
Alors que (63’) est rejeté par la majorité des anglophones interrogés :
38
39
40
A l’issue de la validation de la relation prédicative.
Dél1 (X) ω Dél (Y) Є [r Є Sit] Э Dél2 (X) = Dél (Y)
Dél1 (X) ω Dél (Y) Є [r Є Sit (S ;T)] et [r Є Sit’ (S ;T’)] Э Dél’ (X) = Dél (Y)
30
(63')
? To a post-Renaissance intellectual, the Middle-Ages had advanced only a
small way beyond the sixth century Goths; it was the Renaissance which brought
architecture greatness.
En (63), on assiste, comme en (5) à (7) à la prédication d’une propriété (X) du référent
du terme Y.
De même, on rencontre (64), dans lequel il est question de la venue à l’existence du
référent du terme Y :
(64)
Now Sarah and John have praised the donor family and hospital staff who
brought life to their only son.
Mais (64’) ne fait pas l’unanimité parmi les anglophones interrogés:
(64')
? Now Sarah and John have praised the donor family and hospital staff who
brought their only son/him life.
L’analyse qui s’applique à (63) et (64) a déjà été développée au début de ce travail.
Le phénomène observé dans ces énoncés est tout à fait comparable à ce que l’on a pu
noter à propos du fonctionnement de to en combinaison avec le procès give.
Dans les énoncés analysés ci-dessus, la différence entre schéma sans préposition
et schéma avec préposition réside dans le fait que le schéma avec préposition introduit
dans la relation les opérations marquées par to ou for. Cela permet, dans le cas de to, de
prendre en compte la relation du terme X et du terme Y en dehors de la validation de la
relation prédicative, ce que nous représentons au moyen de l’opération de rupture, et à
l’issue de la validation de cette relation, ce que nous représentons au moyen de
l’opération d’identification. Avec for, cela permet la prise en compte de la relation du
terme X et du terme Y dans la situation de l’événement, que nous avons représentée au
moyen de l’opération de rupture, et d’une relation visée entre ce X et ce Y, qui constitue
la motivation de la validation de la relation prédicative par le C0, et qui n’est pas repérée
par rapport à une situation actuelle. Nous représentons cette relation au moyen de
l’opération d’identification. Le schéma sans préposition, quant à lui, ne permet la prise en
compte de la relation de son C1 et de son C2 que dans le cadre délimité par la relation
prédicative. Autrement dit, il ne tient pas compte de la relation de ces deux termes à
l’extérieur de la validation de l’occurrence de procès, c’est-à-dire qu’il ne permet pas,
seul, de considérer une situation antérieure à cette validation, ou une situation fictive
motivant cette validation.
31
3.
Références
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http://portail.unice.fr/jahia/webdav/site/myjahiasite/users/souesme/public/souesme/hav
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Collins COBUILD English Language Dictionary
33
III
Cahiers du CRISCO
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n°2
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2001)
n°3
Jacques FRANÇOIS & Hansjakob SEILER, Gespräche
Universalienforschung (mai 2001, version originale en allemand)
n°4
Denis RAMASSE, L’intonation des phrases présentant un détachement à gauche en français : une
première approche (juin 2001)
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(mars 2002)
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Jacques FRANÇOIS (avec la participation de Hansjakob SEILER, La faculté de langage et les
universaux : perspectives fonctionnalistes actuelles (mars 2002)
n° 7
Catherine CAMUGLI GALLARDO, La langue des jeunes en Italie — Guide à une enquête de
terrain (mars 2002)
n° 8
Jacques FRANÇOIS, La représentation des structures verbo-nominales et du figement verbal dans
deux formalismes de grammaire fonctionnelle (mai 2002)
n° 9
Valeriano BELLOSTA von COLBE & Jacques FRANÇOIS, Windowing of attention and the coreperiphery boundary (septembre 2002)
n° 10/1
Maxi KRAUSE, AUS, élément prépositionnel, élément constitutif de particules diverses et particule
verbale (septembre 2002)
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(octobre 2002)
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Maxi KRAUSE, BEI, préposition, élément constitutif de particules diverses et particule verbale
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Maxi KRAUSE, MIT, préposition, élément constitutif de particules diverses et particule adverbiale
(novembre 2002)
n° 11
Richard RENAULT, Morphosyntaxe des participes finnois (décembre 2002)
n° 12
Dominique LEGALLOIS (coordination), Unité(s) du texte [Journée Scientifique du CRISCO, 6
décembre 2002] (juin 2003)
über
Hansjakob
Seilers
B. Cahiers 13-20 téléchargeables sur le site du CRISCO : www.crisco.unicaen.fr
n°13
Jacques FRANÇOIS (dir.), Aspects de la « Role and Reference Grammar » [Journée Scientifique
du CRISCO, 14 mars 2003] (septembre 2003)
n°14
Jacques FRANÇOIS, Jean-Luc MANGUIN & Bernard VICTORRI, La réduction de la polysémie
adjectivale en cotexte nominal : une méthode de sémantique calculatoire (octobre 2003)
n°15
Emmanuelle ROUSSEL, Le commentaire associé au passif anglais (février 2004)
n°16
Corinne OZOUF, Caractère différentiel et relation d’équivalence entre voir et regarder (juin 2004)
n°17
Jean-Luc MANGUIN & Jacques FRANÇOIS (coordination), Le Dictionnaire Electornique des
Synonymes du CRISCO – Un mode d’emploi à trois niveaux (juillet 2004)
n°18
Dominique LEGALLOIS & Song-Nim KWON, Sémantique lexicale et examen écologique de la
co-occurrence (janvier 2005)
n°19
Jacques FRANÇOIS, Les bases épistémologiques des grammaires cognitives et ‘néofonctionnelles’ (juin 2005)
n°20
Jacques FRANÇOIS, Le fléchage synonymique de la polysémie verbale (octobre 2005)
n°21
Dominique LEGALLOIS & Jacques FRANÇOIS (coordination), Autour des grammaires de
constructions et de patterns (janvier 2006) [avec la participation de Philippe GREA et Morgane
SENECHAL]
n°22
Odile BLANVILLAIN, Le marqueur SUCH en anglais contemporain – Anaphore qualitative et
identification notionnelle (mai 2006)
n°23
Jacques FRANÇOIS & Ahmed BRAHIM (coordination), Morphosyntaxe et sémantique du verbe
(novembre 2007)
n°24
Jacques FRANÇOIS, Une approche diachronique quantitative de la polysémie verbale (janvier
2008)
n°25
Mayu SHINTANI, Une vision rhétorique des expressions BOUT et HASHI – universalité cognitive
et comparaison entre français et japonais (février 2008)
n°26
Jacques FRANÇOIS, Les grammaires de construction, un bâtiment ouvert aux quatre vents
(septembre 2008)
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