Migros Magazine No 15 du 07/04/08 Page 18, Région Edition

Migros Magazine No 15 du 07/04/08 Page 18, Région Edition
18 Entretien
Migros Magazine 15, 7 avril 2008
Entretien
Migros Magazine 15, 7 avril 2008
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Pour son
nouveau spectacle,
Roland Magdane
a décidé d’offrir
au public
un best of
de ses trente
ans de carrière.
«Désormais, je ne
m’interdis plus rien»
Has been, Roland Magdane? Non, simplement vivant. L’humoriste poli des années 80 fête trente ans
de carrière avec un best of. A redécouvrir au festival de Morges-sous-rire.
Trente ans de carrière… Quel regard portez-vous sur votre parcours?
Je le dis avec humour en entrant sur scène: j’ai
l’impression que ça a passé vite. Je suis un
privilégié, non pas à cause du succès, mais
parce que j’ai la chance d’exercer un métier
que j’aime, avec tellement de chemins de traverse, comme le théâtre, le cinéma, la télé…
J’en prendrais bien encore pour trente ans!
Ce que vous êtes devenu correspond à vos
rêves de gosse?
Tout à fait. Je n’avais pas le droit de regarder
la télé quand j’étais petit. Mes parents fermaient la porte du salon et moi je sortais de ma
chambre. Par chance, la télévision était juste
en face du trou de la serrure. J’installais mes
petits coussins et je regardais tous les films à
genoux! Je tenais le coup et je me disais que
c’était ce métier-là que je voulais faire.
On se souvient de Magdane des années 80,
la gloire, les paillettes. Et puis, il y a eu votre
départ pour les Etats-Unis. Pourquoi? Pour
échapper au succès, à une image, à la dictature du rire?
C’est vrai que tout allait bien pour moi. Je sortais de cinq ans de succès et puis j’ai eu un accident de voiture, qui a remis les choses en
place. J’ai cru que je n’allais pas m’en tirer et
je me suis dit que je n’avais rien fait de ma vie.
Ça a été un déclic. Finalement, j’ai eu la chance
de sortir vivant de cet accident et j’ai décidé de
ne plus rien regretter, de faire tout ce que j’avais
envie de faire. Les Etats-Unis, pour un acteur,
c’est quand même un rêve de gosse. Alors, je
suis parti là-bas. J’ai quitté la vie facile, j’ai
renoncé à l’argent, je vendais à l’époque
800 000 albums… Mais je n’avais rien à perdre.
J’ai travaillé comme un damné, j’ai adapté mes
sketches en anglais et ça a marché très vite.
Passer devant des salles de 400 places, c’était
d’une facilité extrême, comme si je jouais dans
mon salon! J’ai fait un one man show pendant
deux ans et puis j’ai décroché un rôle dans une
série américaine pendant cinq ans.
Avez-vous l’impression d’avoir été mieux
apprécié aux Etats-Unis qu’en France?
Disons que l’Amérique m’a donné ce que la
France m’a refusé: un rôle d’acteur. Coluche
avait eu son Ciao pantin, mais moi je n’avais
pas passé le cap, peut-être parce que mon personnage comique était trop marqué, trop caricatural. Cela dit, mon pays est toujours resté
un souvenir fort en moi, à cause de la scène,
des 5000 personnes qui se marraient devant
moi. Même si la télévision française n’est jamais venue m’interviewer quand j’étais à Los
Angeles, alors que des chaînes allemande, italienne et d’autres encore venaient me voir
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Le credo de
l’humoriste:
se faire plaisir
et s’amuser
sur scène.
parce que j’étais un comique étranger sur le sol
américain. J’ai été un peu peiné par ça.
Que vous a apporté cette parenthèse américaine? A-t-elle changé votre façon
d’écrire?
J’ai appris à être efficace. Avant, je faisais
des sketches à la française, très structurés, avec un début et une fin. A
mon retour, j’ai été le premier à
faire des stands up à l’américaine, c’est-à-dire davantage
une pièce de théâtre à un seul
personnage plutôt qu’une succession de sketches coupés par
du noir. Toute la nouvelle génération de comiques a suivi.
Qu’est-ce qui vous a fait revenir en
France, finalement?
Il ne faut pas oublier que j’étais parti là-bas
pour faire un break d’un an et que j’y suis
resté huit ans! Quand la série s’est arrêtée,
c’était une opportunité de rentrer. Mais je ne
suis pas revenu en vainqueur. J’ai fait un disque de chansons, pour écrire autrement. Ça a
été catastrophique, parce que le disque est
sorti en pleine guerre du Golfe! En plus, les
gens ne s’attendaient pas du tout à ce que je
revienne en chansons. Bref, j’ai pris une grande claque. Du coup, j’avais peur que le public
refuse aussi le retour du comique Roland
Magdane. J’ai travaillé à fond mon nouveau spectacle et je suis parti en
tournée. Là, j’ai vu que si le
public avait boudé le disque
de chansons, le comique
était toujours bien accueilli.
Vous avez aussi fait un détour par le cinéma avec
Jean Becker et par des séries
TV. Envie de tourner la page de
l’humoriste?
Pas du tout. Beaucoup d’humoristes vont au
cinéma en tournant la page. Moi, même en faisant une série comme Le tuteur, j’ai toujours
gardé le one man show à côté. C’est là que j’ai
le plus de liberté, je fais ce que je veux. Je suis
comme un enfant dans une cour de récréation
quand je monte sur scène, je peux vraiment
m’amuser. Alors qu’au cinéma, il y a une structure qui fait que vous êtes toujours en tension.
Votre dernier spectacle, «Magdane craque»,
joue sur un rire plus absurde, plus grave.
Aviez-vous envie de changer de registre?
Je suis content que vous le disiez. Ce spectacle
était effectivement plus grave, mais ce n’est
pas un désir de ma part de changer de registre.
Je voulais essayer de faire quelque chose que
je n’avais pas vu ailleurs. Mon défi était de
mélanger l’humour et la poésie, ce qui est dur
à faire. En quinze secondes, vous devez passer
du comique au poétique. Pire, quand après
trois minutes vous faites de l’absurde poétique
et que vous devez repartir dans le comique, il
faut ramer. Mais je suis content d’avoir tenté
ce défi.
A Morges-sous-rire, vous présenterez un
best of…
Oui, j’ai voulu repartir dans la vraie rigolade, faire se plier de rire le public. J’ai pris
tout ce qu’il y avait de plus efficace dans
mon répertoire et j’ai tout mis bout à bout.
Je vais envoyer des scuds pendant deux heu-
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Entretien
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res! Toute la difficulté était de sélectionner
les textes. J’ai suivi mon seul credo: fais ce
dont tu as envie. J’ai donc choisi tous les
sketches où moi je m’amusais en répétition.
«Le barbecue», «Le dentiste», «Lettre à ma
mère» bien sûr, le premier texte qui m’a fait
connaître et qui passe comme s’il avait été
écrit hier… Des sketches importants que les
gens aimaient beaucoup, comme «Le supermarché», ne seront pas dans le spectacle.
Simplement parce que je ne m’amusais pas
sur scène en les faisant.
Vous abordez peu de sujets politiques. Pourquoi?
On est toujours influencé par quelqu’un. Quand
je voulais faire de l’absurde, ça ressemblait à du
«sous-Devos». Quand je voulais faire de la politique, ça sonnait comme du «sous-Bedos». Il
fallait que je trouve un truc qui soit moi, moi,
moi. Donc je suis allé chercher ce que j’avais
de plus personnel. La politique, j’ai mis une
grande croix dessus. En plus, comme je travaille
beaucoup à l’étranger, que ce soit en Belgique,
au Canada ou en Suisse, j’avais l’avantage, en
évitant la politique, d’être bien compris par tout
le monde. Et puis, j’ai décidé de ne plus utiliser
la lâcheté humaine, je préfère parler de l’être
humain.
Justement, où trouvez-vous vos thèmes
d’inspiration?
Vous voulez que je vous dise? Si, demain, je devais écrire un nouveau spectacle, je ne sais même
pas par quoi je commencerais. C’est effrayant!
L’inspiration peut partir d’un détail, d’un rien du
quotidien. J’ai écrit un sketch sur les modes
d’emploi, parce qu’un jour, je me suis acheté une
paire de lunettes. Je la testais sur les toutes petites
lettres d’un mode d’emploi d’une mousse à raser.
C’était écrit: «Avant de s’en servir, enlever le
capuchon»... (Rires) Je me suis dit que c’est
parce qu’ils avaient tellement honte
qu’ils écrivaient en tout petit! L’idée
du sketch est née comme ça.
Vous avez eu plusieurs publics.
Y a-t-il des différences d’un
pays à l’autre?
Non, je pense que si je prenais
avec moi en tournée une personne fondamentalement raciste, je pourrais lui montrer
que Blanc, Noir, Suisse, Belge,
les gens rient exactement de la
même façon, à la même seconde. Il n’y a pas de mauvais
publics, il n’y a que des mau-
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vais spectacles. C’est comme un plat cuisiné:
s’il est bien réussi, on arrive à emballer les gens
avec un spectacle auquel ils ne s’attendaient
pas. Dès qu’on parle de l’être humain, on a un
langage universel et c’est là que le rire devient
intéressant.
Qui sont vos maîtres à rire?
Fernand Reynaud, pour ses petites fables moralistes. Robert Lamoureux, qui suggérait les choses plutôt qu’il ne les disait. Je suis un grand
client de tous les humoristes. Quand je vois un
homme ou une femme entrer seul sur scène, je
suis en admiration. Que ce soit Pierre Palmade
ou Muriel Robin, j’ai envie de leur dire: «N’arrêtez pas pour le seul cinéma dramatique! Cela
n’aura jamais la noblesse de faire rire une salle
dans tous les pays du monde.»
Mais est-ce qu’on a envie de faire rire toute
sa vie?
On a envie de rigoler quand on est gai, et quand
on est triste, mieux vaut en rire! Le rire, c’est
un plaisir, une arme, une défense, une manière
de dire les choses et de les faire comprendre.
Je suis comme tout le monde, il y a des jours
où j’ai mes emmerdements. Mais j’ai toujours
envie de jouer. Quand vous arrivez dans un
théâtre, que le rideau est fermé et que vous
entendez le brouhaha des gens dans la salle,
vous allez tout faire pour que ça se passe bien.
Même quand vous avez un mal de tête, une fois
sur scène, au bout de dix minutes, vous n’avez
plus de migraine. Cette adrénaline, cette énergie du public qui vous arrive en direct, elle
vous guérit.
Plus rien n’est impossible, dites-vous. Quels
rêves à réaliser encore?
En ce moment, j’écris des scénarios à fond les
gamelles, après on verra. J’aimerais faire de la
sculpture, un jour, quand je serai très vieux. En
tout cas, je ne m’interdis plus rien.
Avec mon accident, j’ai
eu un avertissement,
que Coluche n’a pas eu
malheureusement. Je ne
suis pas pratiquant, je ne
sais pas si je suis croyant,
mais il y a des signes dans
la vie et il faut les écouter.
Propos recueillis
par Patricia Brambilla
Photos Dukas, Maxppp et Corbis
A retrouver sur les planches de
Beausobre à Morges, le 29 mai, à 19 h.
Infos sur www.morges-sous-rire.ch
Roland Magdane en compagnie de Coluche lors
d’une émission sur Antenne 2 en 1980.
Entre 2003 et 2007, l’humoriste a incarné le
personnage principal du «Tuteur» à la télévision.
Bio express
Roland Magdanski, plus connu sous le nom de
Roland Magdane. Né en 1949 à Grenoble,
marié, deux enfants. Interrompt une carrière de
médecin pour devenir humoriste. Sans regrets.
«Je suis tellement maladroit que j’aurais recousu
le patient en oubliant les pinces à l’intérieur!»
Plus de trois cents sketches à son actif, dont les
fameux «René», «Les organes» ou «La tarte aux
pruneaux». Une nomination de meilleur comique
étranger en 1989 à Los Angeles. Son ton
nasillard et sa mine en caoutchouc ne l’ont pas
empêché de tenter le grand écran avec Jean
Becker («Les enfants du marais» et «Un crime
au paradis»), d’apparaître dans des séries TV
(«Navarro», «Les Cordier, juge et flic», «Le
tuteur», etc.) ou en animateur de jeu sur M6
(«Etes-vous plus fort qu’un élève de 10 ans?»).
2005 a été l’année de son grand retour sur les
planches avec son spectacle «Magdane craque».
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