Combattre l`offensive libérale - Syndicat interprofessionnel de

Combattre l`offensive libérale - Syndicat interprofessionnel de
Octobre 2004 - bulletin No 94
Etat, services publics
& société
Combattre
l'offensive
libérale
Bulletin d’information
Syndicat interprofessionnel de travailleuses et travailleurs
16, rue des Chaudronniers - case postale 3287 - 1211 Genève 3 - tél. 022 818 03 00
fax. 022 818 03 99 - www.sit-syndicat.ch - e-mail : sit@sit-syndicat.ch
S
ommaire et mode d’emploi
Introduction : Contre l’offensive libérale : argumenter, convaincre, résister 2
Le contexte politique genevois : du compromis à l’affrontement. . . . . . . . . . . . 3
1.
La stratégie libérale : mettre l’Etat au service du marché
5
1.1. Le discours libéral : une tromperie sur la marchandise . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.2. Le vrai but du libéralisme : un "Etat-trognon" . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.3. Quelques réponses aux accusations de la droite : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
- L’Etat n’est pas « trop gros » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .8
- La fiscalité n’est pas « écrasante » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
- La dette n’est pas « disproportionnée » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.4. L’économie privée tire profit de l’Etat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.5. Le monde associatif et culturel menacé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
2.
La logique syndicale : maintenir un Etat social
au service de tous/toutes les citoyen-ne-s
11
2.1.
2.2.
2.3.
2.4.
2.5.
Une action publique forte pour lutter contre les inégalités . . . . . . . . . . . . . . .
Les fonctions vitales de l’Etat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Une fiscalité juste, pour garantir les biens publics fondamentaux . . . . . . . . .
Des besoins qui augmentent … . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
… en particulier à cause des effets du libéralisme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
11
12
12
15
15
3.
Services publics : la qualité a un prix
17
3.1. Le personnel de l’Etat : au service du public . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
3.2. Le statut de la fonction publique :
un rôle protecteur pour tou-te-s les salarié-e-s . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
3.3. Les salaires : ni trop bas ni trop hauts … contrairement au privé . . . . . . . . .
3.4. Personne n’est parfait . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
18
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22
4.
Sur le chemin de la riposte : tous ensemble
23
5.
Illustrations : les conséquences du "moins d’Etat"
pour les usagers et le personnel
24
A l’hôpital . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Dans l’enseignement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Aux soins à domicile . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Dans le secteur éducatif et social . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
24
25
25
26
5.1.
5.2.
5.3.
5.4.
17
Mode d'emploi
Ce dossier contre l’offensive libérale peut se lire d’un coup si l’on veut suivre l’ensemble du raisonnement ou point par point si l’on cherche un argument particulier.
1
I
ntroduction
Contre l’offensive libérale :
argumenter, convaincre, résister
méprise les manifestations, ignore les
syndicats, balaie les oppositions, désavoue le Conseil d’Etat et passe en
force. Pour cette "Entente genevoise"
(sur le dos de qui ?), le temps n’est plus
à la concertation et encore moins à la
négociation, il est au défi : puisqu’elle
tient le couteau par le manche (de la
majorité parlementaire), elle entend en
profiter pour tailler dans le vif. (Pour
comprendre l’évolution de la droite genevoise et ses conséquences, voir page suivante.)
L’offensive libérale contre l’Etat ne
date pas d’aujourd’hui et n’est pas
propre à Genève. Elle a commencé
dans les années 1980 avec Thatcher et
Reagan, puis s’est mondialisée. Elle
matraque toujours les mêmes slogans :
trop gros, trop coûteux, trop interventionniste, trop généreux, trop bureaucratique, l’Etat serait à "réformer", les
services publics à "manager" comme
une entreprise ou à privatiser, la législation à "alléger", le statut de la fonction publique à "moderniser", les
prestations sociales à "rationaliser" et
les citoyen-ne-s à "responsabiliser".
Ce "brouillage idéologique" connaît
un nouvel élan avec la question des déficits des finances publiques : sous
couvert de simple bon sens (comme
n’importe quel ménage, l’Etat devrait
équilibrer son budget), les néolibéraux
ont trouvé l’occasion rêvée de relancer
leur action et de couper dans les dépenses, les prestations, les effectifs.
Une attaque aiguë de ce virus libéral
s’est manifestée à Genève lors des débats autour du budget 2004 de l’Etat.
Une récidive est programmée lors de
l’examen du budget 2005.
Enivrée par la possession de cette
arme à double canon (idéologie et
budget), la nouvelle droite libérale et
ses alliés versent dans l’arrogance : elle
Cette logique d’affrontement oublie
une chose : un défi est fait pour être relevé et il le sera. Parce qu’on ne peut
pas gérer les services publics contre
celles et ceux qui y travaillent. Parce
qu’on ne peut pas rétrécir l’Etat social
sans s’aliéner les citoyens et citoyennes
qui en verront vite les conséquences
néfastes. Parce qu’on ne peut pas mener durablement une politique sans
contrat social, c’est-à-dire sans tenir
compte des forces vives de la société civile : syndicats, associations, mouvements sociaux.
Combattre l’offensive libérale est nécessaire et urgent. Et ce combat
concerne chaque salarié-e – du privé
comme du public – et chaque citoyen-ne – les usagers-ères comme les
agents des services publics.
2
Pour mener ce combat, il faut être informés, convaincus et unis. C’est dans
cette optique que le SIT publie ce dossier, dans le but de :
• défendre et illustrer le rôle social de
l’Etat;
• légitimer les moyens d’action du
service public;
• ouvrir une perspective d’action;
• donner la parole au personnel qui
subit les effets du "moins d’Etat".
• démasquer les intentions cachées et
les contre-vérités du discours libéral;
Le contexte politique genevois :
du compromis social à l’affrontement
Quelque chose a changé dans la vie politique et sociale genevoise
ces dernières années. Il faut en être conscient pour élaborer une
bonne stratégie de riposte et d’alternative.
les années 1990, le libéralisme se faisait déjà sentir, mais il
1 Dans
était "tempéré" par des courants centristes, étatistes ou chrétiens-sociaux tant au parti radical qu’au PDC. La fibre éthique et sociale de ces courants a permis d’aboutir dans bien des cas à des
compromis avec les forces progressistes. S’est ainsi mis en place
une sorte de "contrat social" permettant à Genève de se doter de politiques publiques intéressantes, notamment en matière :
• de traitement social du chômage : les "mesures cantonales", dont
les ETC (emplois temporaires cantonaux) permettent aux chômeurs en fin de droit de reconstituer leurs conditions d’accès
aux indemnités fédérales;
• de régulation tripartite (Etat, syndicats, patronat) du marché du
travail;
• d’action sociale : développement des soins à domicile, de la politique de la jeunesse, du tissu associatif;
• de concertation sociale : accords pluriannuels avec les personnels de la fonction publique et du secteur subventionné.
2
Cette époque est terminée, notamment du fait du renouvellement du personnel politique :
• le parti radical s’est écroulé, n’a plus de conseiller d’Etat et se
rallie aux thèses les plus libérales ; cherchez la différence entre
les positions des deux « Pierre » angulaires : Weiss et Kunz !
• le PDC se divise (démission de Claude Blanc en plein débat du
budget 2004), son aile chrétienne-sociale s’évapore et ses conseil3
lers d’Etat sont absents du débat politique;
• l’UDC, malgré l’inconsistance de sa délégation cantonale, avec
ses thèses violemment anti-sociales et anti-étatistes, sert de paravent aux partis de droite, qui se cachent derrière la menace de
l’UDC pour reprendre en partie ses idées;
• chez les libéraux, c’en est fini de l’aile humaniste : une nouvelle
génération est arrivée au pouvoir, plus idéologique, plus arrogante, plus cynique, au service exclusif d de la finance et de l’économie, sans expérience de la négociation sociale et sans souci du
bien commun.
changement significatif du personnel politique fait que l’en3 Ce
semble de la droite s’est aujourd’hui dissoute dans le libéralisme (voir l’accord de l’Entente pour le budget 2004). C’est une
droite intégriste qui refuse d’assumer une responsabilité réellement politique (au sens du souci de l’ensemble de la Cité), qui
cherche à affaiblir le pouvoir de l’Etat au profit de celui du marché,
qui ne veut pas reconnaître les liens entre social et économie, qui
exalte la concurrence de tous contre tous. Cette droite militante
"fonce dans le tas" et fait feu de tout bois pour priver l’Etat des ses
instruments de régulation et de protection sociale.
"glissement de terrain" politique, social et idéologique fait de
4 Ce
nombreuses victimes : avec la précarité de l’emploi qui augmente, la protection sociale qui diminue, les inégalités qui s’accroissent, la solidarité qui s’effrite, les plus faibles sont durement
touchés, la situation de l’ensemble des citoyen-ne-s est fragilisée, le
contrat social est rompu.
5
Il faut être conscient de ce mouvement de fond pour comprendre que le "moins d’Etat", les restrictions budgétaires, la remise en cause des services publics, les attaques contre la fonction
publique ne concernent pas que le personnel de l’Etat et ses syndicats. C’est toute la société qui est menacée. C’est donc toute la société qui est appelée à se mobiliser pour défendre ses droits, préserver
ses conditions de vie et de travail, faire exister dans l’espace public
d’autres valeurs que celles du marché.
riposte à l’offensive libérale est un enjeu majeur pour toute la
6 La
société civile. Ses représentants (syndicats, associations, mouvements sociaux, forces progressistes) doivent s’unir pour défendre
et promouvoir un "autre monde" que celui que veut nous imposer
le libéralisme : plus juste, plus égalitaire, plus solidaire, plus démocratique.
4
1
La stratégie libérale :
mettre l’Etat
au service du marché
1.1. Le discours libéral : une
tromperie sur la marchandise
Bref, ce projet serait à la fois économe,
libérateur et efficace.
L’offensive libérale s’avance
masquée : sous le couvert de l’efficacité, elle prône la "réforme de l’Etat";
sous celui de l’équilibre budgétaire, le
"frein aux dépenses"; sous celui de la
rationalisation, la "modernisation" du
statut du personnel; sous celui de la
responsabilisation des citoyens, "l’actualisation des prestations". Sous ce
camouflage, elle passe à l’action. Ainsi
défilent les initiatives pour des baisses
d’impôts, l’accord de l’Entente pour
rogner le budget 2004, le projet de loi
pour casser le statut du personnel de
l’Etat, un autre pour torpiller les mesures cantonales en faveur des chômeurs
de longue durée, GE-Pilote, etc. Au
coup par coup, tout ce train de mesures est vendu aux médias et à l’opinion
publique (avec des moyens considérables) comme une œuvre de "salut public" ayant pour but de "dégraisser" un
Etat disproportionné, liberticide et
inadapté au monde de la concurrence.
Derrière ce discours "pour la galerie"
se cache en réalité une véritable stratégie du pouvoir économique, soigneusement pensée et mise en œuvre.
Moins d’impôts, c’est plus d’argent
pour les entreprises et la consommation; moins de dépenses de l’Etat,
moins de prestations publiques, c’est
plus de privatisation; moins de lois,
c’est moins de contrôle sur les conditions de travail, sur le respect des
droits de chacun-e, sur la protection de
l’environnement; moins de fonction
publique, c’est plus de flexibilité dans
l’emploi et les salaires. Bref, moins
d’Etat, c’est plus de marché et d’inégalités, donc plus de profit et plus de
pouvoir pour les grandes entreprises,
les banques et le commerce.
Discours syndical caricatural ? Non :
réalité économique mesurable, comme
le prouvent les données suivantes :
5
Qui a augmenté sa "part de gâteau"
à Genève ces dernières années ?
Notre hypothèse est que les attaques libérales contre l’Etat ont
pour but d’augmenter la part du capital dans le partage du "gâteau"
économique. Comment le prouver ? En recourant à un instrument
de mesure que les économistes appellent le "revenu cantonal",
pas facile à comprendre mais très instructif.
Suivez le raisonnement : chaque année, à partir des outils de production existant (les terrains, les bâtiments, les machines, les équipements, les ressources matérielles et humaines) se crée une
richesse nouvelle : c’est le revenu cantonal, que se "partagent" les
habitant-e-s. Une part va aux "ménages" (les individus qui reçoivent des salaires et d’autres revenus personnels) ; une autre part
va aux "sociétés" (détentrices du capital des entreprises, qui engrangent les bénéfices, le cash-flow, etc.); une dernière part revient
à l’Etat via les contributions publiques (impôts, taxes). Ce décompte permet de voir qui de ces trois acteurs, d’une année sur
l’autre, a le plus profité de la richesse produite par tous.
Or, si l’on compare, pour Genève, le partage effectué en 1992 et
celui de 2000*, on s’aperçoit que les parts du gâteau se sont
grandement modifiées : la part du capital a presque triplé alors
que celles des ménages et de l’Etat ont baissé respectivement
de 15 et 14 %.
Autrement dit, le libéralisme a réussi son hold-up : en rognant sur
les salaires et sur le budget de l’Etat, il a accru la part du capital.
CQFD.
* Très exactement et en termes économiques, sur un revenu cantonal de 100,
la part des revenus des sociétés de capitaux a passé de 8,4 à 22,1, celle des
ménages de 87,3 à 74,2 et celle de l’Etat de 4,3 à 3,7
Source : Annuaire statistique du canton de Genève 2003
6
bérales en Grande-Bretagne, aux USA
ou en Nouvelle-Zélande : médecine à
deux vitesses, université hors de prix,
trains dangereux et pannes d’électricité faute de maintenance, personnes
âgées sans ressources, etc.
1.2. Le vrai but du libéralisme :
un "Etat-trognon"
Si le libéralisme veut tellement restreindre le champ de l’Etat, c’est aussi
que la santé, l’éducation, la sécurité, les
transports, l’énergie, etc. constituent
de marchés juteux … pourvu qu’ils
soient privatisés. C’est le champ libre
pour les cliniques et écoles privées, les
sociétés de gardiennage, les entreprises de transport, les fournisseurs d’électricité, etc. A lui seul, le marché de la
santé dans les pays de l’OCDE représente un chiffre d’affaire potentiel de
4'000 milliards de dollars (J-D Rainhorn, iuéd, 2004). Les enjeux économiques sont donc considérables. Mais,
évidemment, l’économie n’est intéressée que par ce qui est source de profit. Celles et ceux qui ne pourront pas
se payer les prestations du privé, les
régions périphériques, les infrastructures, le développement durable, cela
ne l’intéresse pas.
C’est pourquoi le libéralisme ne veut
pas supprimer totalement l’Etat. Il
veut le déposséder de ce qui est rentable et qu’une partie de la population
pourra s’offrir, mais lui laisser la
charge de ce qui coûte et de celles et
ceux qui devront se contenter du minimum vital. A l’Etat d’assurer l’ordre,
de fournir les infrastructures matérielles qui permettent à l’économie de
fonctionner, de garantir les soins de
base et l’enseignement obligatoire, de
s’occuper des moyens de communications non rentables (les transports vers
les régions périphériques, les services
postaux aux personnes âgées, etc.).
C’est le concept de "l’Etat-trognon" :
toute la pulpe au privé et les pépins au
public. Avec les conséquences que l’on
connaît au vu des expériences ultra-li-
Conclusion : dans son offensive
contre l’Etat, la droite libérale roule
pour le patronat, pas pour les citoyen-ne-s. Pour elle, l’Etat ne doit
plus veiller à l’intérêt général au
service de tous/toutes : c’est un
élément parmi d’autres au service
de la compétition économique.
1.3. Quelques réponses
aux accusations de la droite
Pour appuyer leur offensive, les tenants du libéralisme pilonnent à longueur d’année l’opinion publique
pour lui faire entrer dans la tête que
l’Etat est trop gros, trop gourmand,
trop endetté. Ce qui justifierait la cure
d’amaigrissement qu’ils veulent lui
faire subir.
Or, quand on veut évaluer une politique publique, on apprend que les notions de "trop" ou de "pas assez"
n’existent pas dans l’absolu : on ne peut
les utiliser que par comparaison avec
des réalités ou expériences similaires,
dans d’autres pays par exemple. Si on
fait l’exercice pour le "poids" de l’Etat,
des impôts, de la dette en Suisse, on
constate que les accusations libérales
sont systématiquement contredites :
malgré les augmentations de ces dernières années, dans tous les domaines, la
Suisse reste bien au-dessous de la
moyenne européenne, comme l’indiquent les comparaisons ci-dessous (tous
les chiffres concernent l’année 2001 et
sont tirés de La Vie économique 2-2004) :
7
L’Etat n’est pas « trop gros »
La part du PIB (Produit intérieur brut) consommée par les dépenses publiques* s’élève à 38,6 en Suisse (Confédération + cantons
+ communes + assurances sociales) contre une moyenne de 44,5
dans les 15 pays de l’Union européenne
* C’est ce que les économistes appellent la "quote-part de l’Etat"
La fiscalité n’est pas "écrasante"
Les recettes totales de l’Etat (Confédération + cantons + communes)* s’élèvent en Suisse à 30,6 du PIB contre une moyenne de
41,0 dans les 15 pays de l’Union européenne et, de plus, la charge
fiscale genevoise globale, avec un indice de 91,2 est au-dessous
de la moyenne nationale (=100)
* C’est ce que les économistes appellent la "quote-part fiscale"
La dette n’est pas "disproportionnée"
Le taux d’endettement brut* s’élève à 51,4 en Suisse (Confédération + cantons + communes) contre une moyenne de 71,6 dans les
15 pays de l’Union Européenne et la Suisse connaît le plus bas
taux d’endettement (assurances sociales comprises) parmi 13
pays de l’OCDE étudiés, y compris les USA et le Japon
* Le taux d’endettement brut mesure
le rapport entre la dette publique et le PIB
8
en matière de fiscalité et de
développement durable s’attelle à réduire progressivement et intelligemment la dette.
La dette publique : pas si simple
Sur cette question de la dette, qui
sert d’épouvantail dans tous les débats
sur les finances publiques, il faut savoir deux choses :
• D’une part, il n’existe pas de critère
scientifique pour décider si le niveau de la dette publique est raisonnable, exagéré ou normal; comme le
dit … le Département des finances
de l’Etat de Genève, dans son dernier bulletin d’information (août
2004) : « Il n’est pas facile d’apprécier
objectivement la situation (car) aucun
repère théorique isolé ne permet de déduire un niveau d’endettement optimal
(…) En réalité, cette notion est propre à
chaque collectivité. Elle dépend de facteurs objectifs – notamment la richesse
de l’économie et les ressources financières de la collectivité – mais aussi de facteurs plus subjectifs. »
• Traduit en langage normal, cela signifie que la gestion de la dette publique est une affaire de choix
politiques : d’un côté, les baisses
d’impôt voulues par la droite créent
ou aggravent l’endettement; d’un
autre côté, il peut être justifié de
s’endetter à un moment donné pour
compenser un cycle économique
difficile ou investir dans un projet
d’avenir.
Autrement dit, un fort endettement
de l’Etat n’est certes pas une bonne
chose, puisqu’il rend la collectivité publique dépendante des banques et distrait une partie de nos impôts pour
rembourser des intérêts à ceux qui
sont assez riches pour prêter de l’argent à l’Etat à travers elles. Ainsi la
dette profite-t-elle à ceux qui la dénoncent. Mais ce n’est pas une catastrophe
non plus si une politique courageuse
Conclusion : la taille de l’Etat, les
impôts et la dette demeurent raisonnables en Suisse et ne pénalisent pas l’économie du pays par
rapport à celle des autres pays riches; d’autre part, la seule réponse
qui préserve l’avenir n’est pas d’amoindrir l’Etat mais d’augmenter
les rentrées fiscales en allant chercher l’argent chez ceux qui en ont.
1.4. L’économie privée
tire profit de l’Etat
En tirant à boulets rouges sur l’Etat,
les néolibéraux font semblant d’oublier que l’économie est largement bénéficiaire des services de l’Etat sur
deux plans :
• L’Etat lui fournit des routes, de l’énergie, un aménagement du territoire, de la sécurité et, surtout une
population active bien formée, en
bonne santé, qui, de surcroît, est
prise en charge lorsque l’économie
n’en veut plus (chômage, handicap,
vieillesse).
• Très prosaïquement, l’argent de
l’Etat ne disparaît pas dans un trou
sans fond, mais retourne en grande
partie à l’économie privée : les salaires des fonctionnaires, les pensions
de l’AVS et de l’AI, les allocations
chômage, les aides sociales sont
réinjectés dans la consommation;
l’Etat est un client important des entreprises du bâtiment et des travaux
publics et de toutes celles qui lui
vendent du matériel, des fournitures de bureau, des ordinateurs, des
9
ce soit dans le domaine de l’action sociale, de l’éducation, de la prévention,
de la solidarité internationale, des loisirs, de l’éducation populaire, de la
création artistique et de l’accès à la culture. Tout ce tissu associatif garantit
l’implication de la société civile dans
les responsabilités de la vie collective
et génère des économies pour l’Etat
grâce à l’engagement de ses bénévoles
et de ses militant-e-s. Il se voit aujourd'hui pénalisé par des coupes de subventions qui fragilisent son action,
voire mettent en péril son existence.
C’est le monde à l’envers : le libéralisme, qui prétend encourager la responsabilisation et l’initiative des
citoyens, s’emploie aujourd’hui à
étrangler financièrement les associations que les citoyen-ne-s ont su créer
et faire fonctionner en réponse à des
besoins qui non seulement demeurent,
mais s’accroissent … à cause du désengagement de l’Etat voulu par la droite.
services; les assurances sociales financent en partie les cliniques privées, les industries du médicament
et les salaires des médecins; les intérêts de la dette reviennent aux banques, etc.
Conclusion : comme dit l’économiste Charles Lindblom, « si le système de marché est une danse,
c’est l’Etat qui fournit la piste et l’orchestre ».
1.5. Le monde associatif
et culturel menacé
Au terme de ce chapitre sur les "dégâts du libéralisme", il convient d’ajouter que ce n’est pas seulement l’Etat
"central" qui en subit les conséquences.
A sa périphérie, il existe tout un
monde associatif et culturel qui, au fil
des années, a complété, relayé voire
remplacé l’intervention de l’Etat, que
10
2
La logique syndicale : maintenir
l’Etat social au service
de tous/toutes les citoyen-ne-s
• parce que le marché a pour seul but
2.1. Une action publique forte pour
lutter contre les inégalités
le profit : licencier fait monter les actions, déréglementer augmente les
bénéfices, jouer de la pénurie fait
augmenter les prix;
• parce que le marché a la vue courte :
polluer ou épuiser les matières premières pour produire ne le gène pas;
• parce que le marché n’est pas démocratique : la compétition est sa règle
et la hiérarchie son mode de gestion;
• parce que le marché ne se soucie pas
du bien commun : les intérêts privés
et immédiats priment sur l’intérêt
général et le développement durable.
Comme l’écrit aussi Robert Castel,
« une société n’obéissant qu’aux seules exigences d’un marché auto régulé serait une
société caractérisée par la concurrence de
tous contre tous ».
Il faut donc une autre instance que le
marché pour préserver l’équilibre de
la société, garantir ses fonctions vitales
et répondre à ses besoins fondamentaux. C’est la mission et le rôle de l’Etat
social.
L’analyse du discours libéral démontre une chose : la manière dont on
regarde une réalité dépend du bout de
la lorgnette qu’on utilise. Le libéralisme utilise le petit bout : celui de l’argent. Pour bien voir, il faut utiliser
l’autre bout : celui des besoins sociaux.
De quoi a besoin une société pour
bien fonctionner ? Les intégristes du libéralisme prétendent que le "marché"
peut tout régler. Selon eux, la somme
des intérêts privés finirait par produire
le meilleur équilibre possible. Or, on
sait depuis longtemps que c’est faux.
En 1925 déjà, Keynes écrivait : « il est
parfaitement infondé de déduire des principes de la science économique que l’intérêt
privé sagement compris va toujours dans
le sens de l’intérêt général » :
• parce que le marché a pour moteur
les inégalités : non seulement il les
produit (inégalités de revenus, de
statuts, de situations), mais il s’en
sert pour mettre en concurrence les
travailleurs et les travailleuses, pour
délocaliser, pour faire des bénéfices
commerciaux (le principe des "lois
du marché" consiste à utiliser les besoins ou la dépendance des uns
pour enrichir ceux qui détiennent
les biens ou le pouvoir qui font défaut aux premiers);
Conclusion : face à un marché foncièrement inégalitaire, myope et
compétitif, il faut une action publique forte pour préserver l’intérêt
général, la solidarité et la démocratie.
11
2.2. Les fonctions vitales de l’Etat
2.3. Une fiscalité juste pour garantir
les "biens publics fondamentaux"
Le mouvement syndical a toujours
porté un regard critique sur l’Etat : il ne
défend pas n’importe quel Etat. Il combat l’Etat répressif, l’Etat au service des
classes dominantes, l’Etat nationaliste,
mais il défend l’Etat social dans ses
fonctions de :
Plus concrètement, le rôle de l’Etat
social consiste à fournir ce qu’on appelle aujourd’hui des "biens publics
fondamentaux". C’est-à-dire des services et des prestations de base auxquels
tous/toutes les citoyen-ne-s doivent
avoir également et librement accès, indépendamment de leurs revenus, de
leur situation sociale, de leur comportement, de leur origine, parce qu’ils
constituent les conditions indispensables à une vie individuelle et sociale
décente : la santé, l’éducation, la sécurité sociale, mais aussi la culture et la
protection de l’environnement.
C’est pour garantir ces biens publics
fondamentaux que l’Etat social a besoin de moyens, c’est-à-dire de bâtiments, d’équipements et de personnel.
Pas de santé sans hôpitaux et personnel soignant, pas d’éducation sans écoles et enseignant-e-s, pas de sécurité
sociale sans services publics et travailleurs-euses sociaux-ales, pas de vie
culturelle sans musées, théâtres et bibliothèques. Et rien de tout cela sans
secrétaires, nettoyeurs-euses, technicien-ne-s et autres personnels. Sans
oublier non plus tout le monde associatif auquel l’Etat a délégué depuis de
nombreuses années une partie de ses
tâches (foyers, ateliers protégés, aide
sociale, culture et loisirs). Pour faire
fonctionner ces équipements, payer
ces personnels, et subventionner ces
associations, il faut de l’argent : c’est à
cela que servent les impôts.
Dit comme ça, cela paraît évident.
Beaucoup semblent pourtant l’oublier
dès qu’on parle fiscalité : les propositions libérales de baisser les impôts ou
de refuser toute augmentation passent
• redistribution : pour répartir les richesses, au moins partiellement, par
la fiscalité et les cotisations sociales;
• universalité : pour réduire les inégalités en garantissant à toutes et à
tous un accès sans conditions aux
"biens publics fondamentaux" : santé, éducation, sécurité sociale;
• régulation : pour encadrer les
conditions de vie et de travail par
des droits sociaux et humains;
• solidarité : pour garantir les moyens
d’existence et la dignité de celles et
ceux qui sont momentanément ou
durablement privé-e-s de tout ou
partie de leurs ressources ou de leur
autonomie;
• pérennité : pour veiller aux conditions d’un développement durable;
• démocratie : pour garantir l’égalité
de traitement à chaque citoyen-ne, le
fonctionnement démocratique des
institutions et l’application des lois,
bref : pour faire barrière à la loi de la
jungle.
Conclusion : pour pouvoir vivre en
société, il faut des garanties que
seul l’Etat social peut fournir.
12
deur de la fiscalité, qui doit conduire à
ce que les plus riches contribuent plus
largement aux besoins de la collectivité : suppression des abattements abusifs, imposition des entreprises
proportionnelle aux bénéfices, augmentation de l’impôt sur la fortune, introduction d’une taxe sur les gains en
capitaux, etc.
à tous les coups la rampe en votation
populaire. C’est que beaucoup de citoyen-ne-s ont le sentiment de payer
trop d’impôts … en oubliant juste à
quoi ils servent. Et l’astuce libérale
consiste précisément à jouer sur ce sentiment pour étrangler en douceur
l’Etat social : pas besoin de l’attaquer
de front, il suffit de diminuer ses ressources – alors que les besoins demeurent ou augmentent – et on en arrive
aux déficits actuels, qui deviennent
prétexte à diminuer les prestations. La
boucle est bouclée et les citoyen-ne-s
s’apercevront un peu tard des conséquences de ce tour de passe-passe : pas
assez de personnel dans les hôpitaux,
trop d’élèves par classes, moins de
prestations sociales, amoncellement
de dossiers dans les services sociaux,
etc. Qui sera alors pénalisé ? Pas le patronat, mais les citoyen-ne-s.
Ce qu’il faut donc pour préserver le
"bien public", ce n’est pas une baisse
des moyens dont dispose l’Etat, mais
une augmentation des recettes fiscales
qui passe par une réforme en profon-
Conclusion : l’Etat social, c’est des
services qui répondent aux besoins des citoyen-ne-s; les impôts
servent à financer ces prestations;
préserver les ressources de l’Etat,
c’est sauvegarder le service public.
C’est particulièrement vrai à Genève
où les dépenses de l’Etat sont le fruit
d’une volonté politique et de luttes sociales ayant abouti à des lois qui servent d’armature à un Etat social
démocratiquement construit. Ainsi,
ces dépenses sont presque entièrement consacrées à la fourniture de ces
"biens publics" essentiels, comme le
montre le tableau ci dessous.
13
A quoi servent mes impôts ?
En 2001, le canton de Genève a encaissé 19'363 francs de recettes par habitant-e dont 13'690 francs d’impôts
A quoi a-t-il utilisé cet argent ? Toujours par habitant-e, il a dépensé
19'374 francs cette même année, répartis comme suit :
•
•
•
•
•
•
•
•
•
•
4'111 francs
pour l’enseignement
soit 21,2 %
3'776 francs
pour la prévoyance sociale
soit 19,4 %
3'595 francs
pour la santé
soit 18,6 %
1'905 francs
pour l’administration générale
soit 9,8 %
1'555 francs
pour les finances et impôts*
soit 8,0 %
1'395 francs
pour la sécurité publique
soit 7,0 %
1'004 francs
pour culture, sports, loisirs
soit 5,2 %
778 francs
pour le trafic
soit 4,0 %
685 francs
pour l’environnement
soit 3,6 %
610 francs
pour l’économie publique**
soit 3,2 %
Autrement dit, sur 100 francs dépensés par l’Etat, 82 francs retournent directement au citoyen via l’éducation, le social, la santé
d’abord, la sécurité, la culture et les loisirs, les transports et l’environnement ensuite et seuls 18 francs servent au fonctionnement
général de l’Etat
* Le compte finances et impôts sert à payer ce que doit Genève en vertu des
conventions fiscales et de la péréquation financière fédérale ainsi que les frais
de la dette
** Dépenses du Département « économie, emploi et affaires extérieures » telles que la promotion économique, l’aéroport, l’OCE, l’OCIRT, l’OCSTAT,
les affaires régionales, européennes et la solidarité internationale
Source : Annuaire statistique genevois 2003
14
en demandeurs-euses d’emploi,
qui, eux/elles, ont passé de 2'722 à
21'694 (8 fois plus !) durant la même
période.
Qui s’en occupe ? L’Etat.
2.4. Des besoins qui augmentent …
Les tenants du libéralisme reprochent à l’Etat d’avoir exagérément accru ses prestations ces dernières
années, comme si l’Etat manifestait
une sorte de boulimie et cherchait à en
faire toujours plus "par plaisir". C’est
doublement faux. D’abord les besoins
ont mathématiquement augmenté ces
dernières années : de 1990 à 2002, le
canton a connu un accroissement de
12% de ses habitant-e-s, de 18% des
jeunes en formation, de 20% des personnes âgées, de 59% des bénéficiaires
de prestations complémentaires
AVS/AI , de 190% des personnes assistées. Du simple fait des lois existantes et des obligations de l’Etat, il a bien
fallu faire face à cette réalité objective.
Source : seco
• A coups de bas salaires et de précarité, les revenus des travailleurs-euses
baissent, de même que ceux des plus
démuni-e-s (barèmes d’assistance
non indexés). Résultat : en 10 ans
(1992 – 2002), le taux de pauvreté en
Suisse a passé de 7,9 % à 9,3 % de la
population active (20 – 59 ans) et,
plus significatif encore, celui des travailleurs-euses pauvres (ayant un
emploi mais restant en dessous du
seuil de pauvreté) de 5,3% à 6,5%.
Qui compense (RMCAS, assistance, subventions) ? L’Etat.
2.5. … en particulier à cause
des effets du libéralisme
Source : OFS/2003
• A force de salaires au mérite et de
mise en concurrence des salarié-e-s
entre eux/elles, l’éventail des salaires s’est élargi de 3,5 % entre 1990 et
1998. Plus grave : les 10 % les plus riches ont vu leur revenu disponible
(note : Salaire réel moins assurances sociales obligatoires, assurance
maladie, impôts et 2e pilier) augmenter de 12 % et celui des 10 % les plus
pauvres baisser de 15 %.
Qui doit corriger ? L’Etat.
Mais les néolibéraux escamotent surtout que ce sont en grande partie les effets
du libéralisme qui produisent de nouveaux besoins auxquels doit répondre
l’Etat social. En effet, toutes les études démontrent que la déréglementation, l’intensification du travail, la compétition
tous azimuts accroissent les inégalités, la
précarité, les maladies et accidents professionnels, les cas d’invalidité, l’exclusion. Quelques exemples :
• Pour augmenter à la fois leurs gains
de productivité et les bénéfices des
actionnaires, les entreprises "restructurent" ou délocalisent.
C’est-à-dire licencient. Résultat : le
nombre de chômeurs-euses inscrit-e-s à Genève passe de 2'507 en
1990 à 15'266 en juin 2004. Et encore,
ce chiffre ne rend pas exactement
compte de la réalité : le total des victimes de pertes d’emploi se mesure
Source : La Vie économique 09-2002.
• Flexibilisation oblige, le nombre de
temps partiels, le plus souvent contraint, augmente : + 17,6 % à Genève
entre 1995 et 2001 (source :
OCSTAT) ; celui des contrats à durée
déterminée atteint 8 % de la population active en Suisse et le travail sur
appel 6,1 % (source : La Vie économique 04-2002).
Qui doit contrôler ? L’Etat.
15
vestissements pèse sur l’économie
locale, empêche la construction
d’EMS et la création de crèches (selon une étude du SRED de juin 2002,
il manque 2’500 à 2'800 places d’accueil pour les enfants de 0 à 3 ans à
Genève).
Qui est sous pression ? L’Etat et les
usagers-ères.
• Travaux pénibles, stress, accidents
du travail, mobbing, chômage de
longue durée se conjuguent pour
pousser un nombre de plus en plus
grand de travailleurs et de travailleuses vers l’assurance invalidité.
Selon une étude de l’OCIRT publiée
en mars 2000 et résultant de l’observation de 5'137 hommes âgés de 45 à
65 ans, 15,2 % se sont retrouvés à
l’AI, avec des écarts significatifs selon les métiers : 2,1 % des professions libérales, 25,4 % des ouvriers
qualifiés et demi-qualifiés, 31,3 %
des manœuvres, 40 % des travailleurs du bâtiment.
Qui doit les prendre en charge ?
L’Etat.
Conclusion : si les activités et les
prestations de l’Etat social augmentent, ce n’est pas qu’il veuille à
tout prix grandir; c’est en bonne
partie parce que le libéralisme sauvage accroît les besoins sociaux
auxquels l’Etat doit faire face.
• De plus, la politique d’austérité
voulue par la droite en matière d’in-
16
3
Services publics :
la qualité a un prix
Avec le "moins d’Etat" et le "moins
d’impôts", le libéralisme complète son
arsenal en s’en prenant régulièrement
au personnel de la fonction publique
qui serait trop nombreux, trop bien
payé, trop protégé, trop peu efficace.
Encore une fois, la manœuvre est claire;
c’est une attaque "par la bande" qui vise
toujours le même but : diminuer les
moyens d’action de l’Etat, le pousser à
gérer ses services comme des entreprises, supprimer le "mauvais exemple"
que pourrait donner aux travailleurs-euses du privé le statut de la fonction publique, construit au fil des
années et des luttes syndicales.
les qui ont une fonction de service public, de service au public. Si l’on veut que
ces services soient de qualité, il n’y a pas
de miracle : il est nécessaire que ces personnels soient en nombre suffisant, bien
formés et au bénéfice de conditions de
travail leur permettant d’être disponibles et efficaces.
C’est pour garantir cette qualité que
le statut de la fonction publique est
conçu : la sécurité de l’emploi garantit
l’indépendance des fonctionnaires et la
stabilité de leurs prestations malgré les
fluctuations politiques; l’échelle des salaires permet de recruter et fidéliser des
personnes formées, compétentes, expérimentées, d’éviter la corruption; des
conditions de travail correctes et unifiées contribuent à une bonne prise en
charge des usager-ère-s. Dès lors, défendre le statut de la fonction publique,
ce n’est pas faire preuve de "corporatisme", mais c’est vouloir préserver la
qualité du service public et l’égalité de
traitement des usagers-ères.
3.1. Le personnel de l’Etat :
au service du public
La mise en œuvre de l’Etat social ne se
fait pas toute seule. Elle est réalisée par
des enseignant-e-s, des infirmiers-ères,
des assistant-e-s sociales-aux, des nettoyeurs-euses, des éducateurs-trices,
des technicien-ne-s, des secrétaires, des
policiers-ères, par tous ceux et toutes cel-
Qui sont les fonctionnaires ?
Sur les quelque 25'000 postes que compte la fonction publique (administration centrale + établissements publics subventionnés)
• 10'200 travaillent dans le secteur santé-social (dont 8662 aux HUG)
• 9'450 dans l’enseignement (primaire, secondaire et universitaire)
soit près de 20'000 (= 80 %) à des tâches immédiatement utiles à la population, les 20 % restant sont aussi occupés à faire fonctionner un service
publicdequalité,mêmesileurstâchessontmoinsimmédiatementvisibles
Source : OPE / 7.7.2004 (chiffres légèrement arrondis)
17
donc obtenir la suppression de ce
garde-fou pour pouvoir continuer à
démanteler les garanties collectives de
l’ensemble des salarié-e-s, du privé
comme du public. Au contraire, si l’on
n’est pas dans le camp du libéralisme,
il faut le maintenir pour arrêter la spirale vers le bas.
Conclusion : pas d’Etat social sans
personnel suffisant, compétent et
motivé; s’attaquer à son statut,
c’est vouloir rogner sur la qualité du
service public.
3.2. Statut de la fonction publique :
un rôle protecteur pour
tous/toutes les salarié-e-s
Le statut de la fonction publique a
encore une autre fonction protectrice.
Avec sa stratégie de la compétition à
tout va, le secteur privé éjecte toutes
celles et tous ceux qui, à ses yeux, ne
sont pas au "top" : travailleurs-euses
trop jeunes ou trop âgé-e-s, femmes
enceintes ou jeunes mères, personnes
atteintes dans leur santé ou victimes
de handicaps, salarié-e-s confronté-e-s
à des problèmes sociaux ou pas dans la
norme, etc. La responsabilité sociale de
l’entreprise ? La solidarité ? Le respect
des différences ? L’intégration ? Connaît pas. A l’Etat social de prendre en
charge.
La remise en cause du statut de la
fonction publique s’inscrit dans une
stratégie libérale plus générale. Depuis
20 ans, le patronat privé fait tout pour
imposer dans ses entreprises ce qu’il
appelle la "flexibilité". Traduisez : contrats précaires, individualisation des
salaires, mise en concurrence des salarié-e-s entre eux/elles ainsi que des salarié-e-s et des chômeurs-euses,
horaires flexibles, sous-traitance,
temps partiel contraint, travail sur appel, etc.
Autant de mesures qui cassent les
garanties collectives, font pression sur
les salaires, intensifient le travail,
créent de la précarité et de l’exclusion.
Le tout au profit des bénéfices du patronat et des actionnaires.
Pour le patronat privé, le statut de la
fonction publique est donc un fort
mauvais exemple : sécurité de l’emploi, transparence et égalité des salaires, unité et stabilité des conditions de
travail, tout cela fait tache dans le paysage libéral et pourrait donner de
mauvaises idées aux salarié-e-s du privé, voire les inciter à travailler dans le
public ou, à l’inverse, retenir des fonctionnaires de passer dans le privé.
Autrement dit, le libéralisme aime la
concurrence quand elle est à son avantage, pas quand elle le gêne. Il lui faut
Face à ce cynisme, la responsabilité
de l’Etat employeur est de donner sa
place et sa chance à tout le monde, d’aider à absorber les chocs de l’existence,
d’intégrer les plus fragiles, même si le
rendement n’est pas optimal. C’est ça
aussi le statut de la fonction publique :
un espace de solidarité à préserver.
Conclusion : face au démantèlement des garanties collectives et à
la généralisation de la précarité
dans le privé, le statut de la fonction
publique a une fonction de "cliquet"
pour empêcher tout le monde de
descendre encore plus bas; le préserver n’est pas du corporatisme,
c’est de la prévention.
18
Par ailleurs, il ne faut pas oublier que
le statut du personnel a aussi ses "servitudes" : les fonctionnaires sont soumis à une hiérarchie qui leur laisse peu
d’autonomie, ils peuvent être mutés
de façon autoritaire et n’ont pas accès
aux tribunaux pour faire valoir leurs
droits (protection de la personnalité,
mobbing).
Le statut de la fonction publique
n’empêche pas l’adaptation
Selon la droite, la "rigidité" du statut de la fonction publique serait un
obstacle à l’adaptation des effectifs aux variations des besoins du
service public. Les chiffres de ces dernières années prouvent qu’il
n’en est rien : les effectifs du personnel de l’Etat ont varié dans des
proportions non négligeables. Quelques exemples (en nombre de
postes) :
1991
1998
2004
Grand Etat
25'264
22'426
25’744
Administration centrale
15'968
11'809
13’487
HUG
8'214
7'716
8'622
Deux constatations :
• sur 14 ans, les effectifs ont connu des fluctuations de plusieurs
milliers de postes
• ceux de 2004 sont pratiquement au niveau de 1991 malgré l’augmentation de la population et des besoins (voir p.12)
Source : Office du personnel de l’Etat
fois pas de surprise dans cette attaque :
c’est encore un mauvais exemple pour
le salaire au mérite et ça gène la
concurrence (mieux vaut travailler
comme nettoyeur-euse à l’hôpital que
dans une entreprise privée). Mais, encore une fois, c’est caricatural.
3.3. Les salaires :
ni trop bas ni trop hauts …
contrairement au privé
Parmi les "avantages" de la fonction
publique, les salaires du personnel
sont une cible favorite de la droite libérale : garantis, progressifs, indexés
(pas toujours), ils feraient des fonctionnaires des "nanti-e-s" qu’il conviendrait de montrer du doigt. Encore une
Il est exact que le salaire médian* de
la fonction publique est un peu plus
élevé que celui du secteur privé dans
son ensemble. Mais la médiane se
19
"monter la moyenne", mais restent
dans le cadre d’une échelle qui ne
connaît d’excès ni vers le bas (salaires
de misère), ni vers le haut (ni stock options, ni parachutes dorés). La "réforme" du statut du personnel à la
Poste ou aux CFF a mis fin à ces garanties, puisque que seuls les salaires minimaux sont spécifiés.
trouve, justement, au milieu de deux
extrêmes : les hauts et les bas salaires.
Or le privé, où les conditions de la lutte
syndicale sont plus difficiles, tire sa
moyenne vers le bas parce qu’il pratique trop de bas salaires, dans l’agriculture, l’économie domestique, la
vente, le nettoyage, l’hôtellerie-restauration, alors que le public pratique une
politique plus correcte dans ce domaine : depuis des années, les trois
plus basses classes de salaire ne sont
plus utilisées. A l’inverse, le privé ne
connaît pas de limite dans l’attribution
des hauts salaires pour les cadres des
secteurs favorisés : banques, chimie,
commerce de gros, informatique.
Encore une fois, le libéralisme joue sur
les inégalités (entre salarié-e-s et entre
secteurs) en se gardant bien de parler
des bas salaires et en ne trouvant rien à
redire aux très hauts revenus.
L’Etat, lui, mise sur la transparence
(l’échelle des salaires est connue de
tous/toutes), l’égalité de traitement (la
progression à l’intérieur des classes de
fonctions est régulière et vaut pour
tout le monde), la stabilité (il garde son
personnel, qui acquiert ainsi de l’ancienneté – 13 ans en moyenne – et se fidélise – âge moyen 43 ans) et l’équité
(les moins qualifié-e-s ne sont pas prétérité-e-s). Tous ces facteurs font certes
* NOTE On emploie souvent dans ce chapitre la notion de salaire médian, meilleur
indicateur statistique que le salaire
moyen : la moyenne, c’est la masse salariale divisée par le nombre de salarié-e-s ;
la médiane, c’est le salaire « du milieu » :
la moitié des salaires est au-dessus et la
moitié au-dessous
Au final, les salaires de la fonction
publique restent dans des limites
tout à fait raisonnables et présentent quatre qualités par rapport à
ceux du privé :
- ils sont transparents;
- ils excluent les trop bas salaires;
- ils limitent les hauts salaires ;
- ils garantissent l’égalité femmes/hommes.
Le tableau ci-après en est une
illustration.
Notes du tableau ci-après
(1) Derniers chiffres OCSTAT disponibles pour l’ensemble des secteurs et
échelle des salaires du public juin 2002
(2) Salaire médian des employé-e-s suisses de l’administration publique
(3) Source : Annuaire statistique suisse 2003
20
Salaires public / privé : cherchez la différence
(salaires mensuels bruts 2002 - en francs) (1)
Le salaire médian de la fonction publique s’élève à 7’429.-, (2)
• avec un plus bas salaire réel à 3'741.- (classe 4.0)
• et un plus haut salaire réel à 17'116.- (classe 33.15)
Le salaire médian du secteur privé se monte lui à 6'062.MAIS
le secteur privé paie beaucoup moins bien le personnel de nombreux secteurs : avec un salaire médian (donc pas le plus bas)
pour les femmes de
• 3'192.- dans les services personnels
• 3'714.- dans le commerce de détail
• 3'477.- dans l’industrie alimentaire
• 3'490.- dans l’hôtellerie-restauration
alors qu’il paie mieux que le public les employés des secteurs
comparables du tertiaire, avec des salaires médians, pour l’ensemble du personnel, de
• 8'037.- dans la chimie
• 8'225.- dans le commerce de gros
• 8'667.- dans les activités financières,
• 9'175.- dans la banque
sans parler des hauts salaires du privé (3) ( chiffres pour l’année 2000)
qui atteignent des sommets tout simplement indécents, dont les médias
font régulièrement état et dont voici quelques modestes exemples (limites inférieures des salaires mensuels des "top managers") :
• 30'097.- dans les services financiers (bourse)
• 29'015.- dans la banque
• 25'438.- dans l’assurance
• 21'818.- dans la chimie
• 20'051.- dans l’ensemble du privé
avec en plus des "paiements spéciaux" pouvant atteindre 30% de
ces salaires et encore 20% pour des avantages en nature (voiture,
assurances, natel)
CQFD
Les salaires du public sont "dans la moyenne" et s’inscrivent
dans une échelle connue de tous qui limite les inégalités vers
le bas et vers le haut, contrairement aux excès du privé - dans
les deux sens.
21
problèmes. Mais on n’y remédiera pas
à coup de "new public management"
imposé d’en haut; ce qu’il faut, c’est
écouter les travailleuses et travailleurs
du terrain, utiliser leur intelligence
pratique des tâches à accomplir,
prendre en compte leurs propositions.
Enfin, il y a dans la fonction publique, comme partout ailleurs, des
personnes qui peuvent être incompétentes, désagréables ou xénophobes.
Ni plus ni moins que dans le privé.
Sauf que la responsabilité du secteur
public est de les former, de les reclasser, de les encadrer et non pas de s’en
débarrasser comme fait le privé.
Bref, comme toute institution humaine, le service public est perfectible.
Mais peut-être pourrait-on y consacrer
plus d’énergie et plus d’intelligence si
la droite libérale laissait aux responsables politiques, aux syndicats, aux cadres de l’administration, au personnel
le loisir de s’occuper d’autre chose que
de restrictions budgétaires. Il serait
alors possible de se consacrer aux vrais
problèmes et de négocier de vraies solutions.
3.4. Personne n’est parfait
Parmi les attaques récurrentes de la
droite contre l’Etat figurent toujours
les accusations sur ses lenteurs, ses
dysfonctionnements, son inefficacité.
Au café du commerce et à la cafétéria
des syndicats patronaux, cela devient :
« les fonctionnaires-ronds-de-cuir travaillent à 20 à l’heure et sont nuls comparés
aux employés du privé ».
D’abord, c’est faux : lequel de ces détracteurs voudrait assumer journellement une classe de 20 adolescent-e-s
au Cycle d’orientation, affronter quotidiennement la maladie et la mort à
l’hôpital, se coltiner tous les jours le ramassage des ordures … et la liste est
longue de ces tâches assumées avec
compétence, courage et loyauté par le
personnel de la fonction publique.
Ensuite, les syndicats n’ont pas attendu les libéraux pour dénoncer les
dysfonctionnements qui existent à
l’Etat. Mais leur diagnostic et leurs remèdes sont différents. Hiérarchies
inutiles, encadrement déficient,
sous-effectifs, mauvaise organisation
du travail créent effectivement des
22
4
Sur le chemin de la riposte :
toutes et tous ensemble
6
Pour y arriver, il faut conjuguer
dans le même mouvement toutes
les forces sociales :
• au personnel de la fonction publique de continuer de résister avec
ses organisations syndicales; à lui de
faire comprendre que la seule "réforme de l’Etat" possible sera celle
qui se fera avec lui, pas contre lui :
les solutions ne sont pas du côté des
donneurs de leçons et des consultants, mais dans l’expérience, le savoir-faire et l’intelligence de celles et
ceux qui travaillent au quotidien;
• à lui encore de prendre la parole
pour informer, sensibiliser, conscientiser l’opinion publique : il faut
expliquer ce qui se passe et ce qui les
attend aux patient-e-s de l’hôpital,
aux parents d’élèves, aux usagers-ères des services sociaux;
• aux syndicats du privé comme du public, aux associations, aux organisations d’usager-ère-s de faire front
commun pour la défense de l’Etat social et des biens publics fondamentaux, dans une alliance "républicaine"
(pour la "chose publique") qui va
au-delà du soutien et des déclarations, jusqu’à l’action commune;
• à l’ensemble des forces politiques,
des mouvements sociaux et alternatifs concernés de créer un vaste réseau de résistance, de débat et de
proposition pour sortir du libéralisme; c’est en route au niveau mondial, pourquoi pas à Genève ?
Résumons et raisonnons :
1
L’offensive néolibérale s’inscrit
dans une stratégie globale : moins
de fiscalité pour moins de dépenses
publiques; moins de dépenses publiques pour moins de prestations, de
personnel, de services, de moyens;
moins de statut de la fonction publique pour moins de réglementation.
Et le tout pour plus de marché,
c’est-à-dire de services et de prestations payants.
2
Cette stratégie produit des inégalités,
de la précarité, de l’insécurité sociale,
de la pauvreté, de l’exclusion, c’est-à-dire
une société à plusieurs vitesses.
suivant cette voie, tout le monde
3 En
va dans le mur : le personnel des
services publics est malmené, démotivé; la quantité et la qualité des prestations publiques baisse; le monde
associatif est privé de subventions; la
solidarité sociale s’effrite.
4
Autrement dit, tout se tient et la riposte à l’étranglement de l’Etat social concerne toute la société. Il n’y a pas
les fonctionnaires d’un côté et les salarié-e-s du privé de l’autre : usagers-ères,
citoyen-ne-s, militant-e-s associatifs-ives, tous/toutes sont menacé-e-s.
5
Résister, convaincre et proposer,
c’est donc l’affaire de tous/toutes.
23
Irréaliste ? Non : simplement à la mesure du défi néolibéral. On ne le relèvera pas seulement par des luttes
sectorielles. Elles sont nécessaires mais
pas suffisantes. Il faut aujourd’hui élargir la mobilisation à l’ensemble de la so-
5
ciété civile.Parce que tout le monde a
quelque chose à perdre si on laisse faire.
Donc quelque chose à gagner si on agit.
Toutes et tous ensemble.
Illustrations : les conséquences
du "moins d’Etat" pour
les usagers et le personnel
sages-femmes est resté le même.
Conséquences : une sage-femme
s’occupe de deux ou trois mères et
non plus d’une, les accouchées sont
trois dans des chambres à deux lits,
le temps et l’espace manquent pour
tout le travail d’accompagnement
de la naissance (mise au sein, prise
de contact avec le bébé, intimité
père-mère-enfant).
La première partie de ce dossier peut
paraître assez théorique. En fait, elle
est nourrie par l’expérience quotidienne des employé-e-s de la fonction
publique et du secteur associatif, qui
constatent de façon très concrète les
conséquences du "moins d’Etat" sur
les prestations aux usagers-ères et sur
leurs propres conditions de travail. A
chaque réunion syndicale, la liste s’allonge et on pourrait en faire un livre.
En voici juste quelques exemples, significatifs tant pour les usagers-ères
que pour le personnel :
• Les physiothérapeutes n’ont plus
qu’une demi-heure au lieu d’une
heure pour travailler avec leurs patient-e-s. La consigne donnée est :
l’hôpital prend en charge tout ce qui
ne peut pas l’être dans le privé; or le
privé ne s’occupe pas de ce qui n’est
pas rentable : pathologies lourdes,
mucoviscidose, etc.
5.1. A l’hôpital
Baisse de la qualité des soins
• La durée d’attente pour les opérations chirurgicale s’allonge : jusqu’à
6 mois pour les prothèses de hanches.
• Le nombre d’accouchements à la
maternité augmente, mais il n’y a
toujours que 8 chambres d’accouchement et le nombre de postes de
• Quant au directeur des HUG, il annonce la suppression d’environ 200
lits dédiés aux soins aigus ces prochaines années (TG 21.07.04).
24
Dégradation
des conditions de travail
5,7%. Au Cycle, il y a 473 élèves de
plus cette année; il aurait fallu 30
postes d’enseignant-e-s supplémentaires; 22,5 ont été accordés; conséquences un ou deux élèves de plus
que le taux maximum d’élèves par
classe dans 90 des 640 classes. Au
post-obligatoire, 477 élèves de plus :
la moyenne d’élèves par classe
passe de 20 à 22.
• Un certain nombre de cours d’appui
et de soutien ainsi que des cours facultatifs sont supprimés, alors qu’ils
sont indispensables pour les élèves
qui ne disposent pas des moyens
suffisants pour se payer des cours
privés.
• Les heures de maîtrise de classe,
supprimées (sauf dans les premiers
degrés), ne garantissent plus une
prise en charge suffisante alors que
les besoins (orientation des élèves,
discussion avec les parents, réflexion face aux difficultés) augmentent sans cesse.
• Le blocage des effectifs et le raccourcissement des durées d’hospitalisation ont pour effets une
intensification du travail - qui devient un travail à la chaîne sans répit -, des difficultés accrues lors des
vacances, congés, maladies, ce qui
crée du stress et des atteintes à la
santé physique et psychique du personnel.
• Cette situation conduit à bâcler les
soins et la relation avec les malades
et leur entourage, ce qui entraîne
une perte de sens et de motivation
chez les soignant-e-s, qui s’interrogent sur la possibilité de respecter
leur éthique professionnelle dans
ces conditions.
• On mesurera la mesquinerie des
économies imposées en sachant que
certains services ont introduit … un
rationnement de l’eau minérale à
disposition du personnel.
5.3. Aux soins à domicile
Précarisation de l’emploi
• Pour compenser le blocage des pos-
La situation est emblématique dans
ce secteur :
• D’un côté, le vieillissement de la population, le raccourcissement des
séjours hospitaliers, le manque de
places en EMS font que les besoins
sont en forte expansion (aides ménagères, aides familiales, infirmières à
domicile) et les pathologies à assumer de plus en plus lourdes.
• D’un autre côté, les conditions de la
LAMal et les consignes de la hiérarchie se conjuguent pour organiser tout le travail autour de la
facturation : tout ce qui est entrepris
doit être facturable aux assurances
(dans la limite de 60 heures par tri-
tes d’infirmiers-ères, l’hôpital fait
appel à des entreprises de travail
temporaires.
• L’hôpital est le plus gros utilisateur
de personnes au chômage en occupation temporaire (61% des ETC selon une récente évaluation, celle de
la CEPP en mars 2002), postes qui ne
sont comptabilisés nulle part.
5.2. Dans l’enseignement
• Le taux d’encadrement des élèves
diminue lentement mais sûrement :
au primaire, le nombre d’élèves a
augmenté de 27% depuis 1990 et celui des enseignant-e-s seulement de
25
mestre) ou à la personne (dans la limite des 5'000 francs par an de
l’OCPA).
5.4. Dans le secteur éducatif
et social
Le secteur éducatif et social, qui est
pris en charge en grande partie par des
associations, est particulièrement exposé, puisqu’il cumule les effets fédéraux (subventions OFAS et DFJP) et
cantonaux (subventions et masse salariale) des restrictions budgétaires. La
traduction est immédiate sur les
conditions de travail et les prestations.
Quelques exemples:
• Le personnel se retrouve ainsi soumis à une pression constante : alors
que la majorité des situations sont
lourdes et exigent un engagement
permanent de sa part, il faut sans
cesse courir, calculer, facturer, subir
le carcan de l’administratif, au lieu
de passer du temps auprès des usagers-ères, de prendre des initiatives,
de soigner la qualité.
Baisse des taux d'encadrement :
• Quelques exemples : une infirmière
ou une aide familiale doivent se déplacer en plusieurs fois (jusqu’à 4
passages par jour) pour voir quotidiennement 8 à 10 personnes et gérer l’imprévu; elles ne peuvent plus
fixer de rendez-vous précis (« on
viendra entre 8 et 10 »), il leur arrive
de ne pouvoir lever les personnes
qu’à l’heure du dîner ou de commencer à les changer pour la nuit à
16 heures.
• Le secteur du handicap est particulièrement touché: à la Fondation
Ensemble (handicap psychique), le
taux d’encadrement a passé de 1
éducateur-trice pour 3 handicapé-e-s à 1 pour 4; à Clair-Bois (handicap mental), il a progressivement
baissé de 100% à 80% puis à 70%;
• Dans la plupart des établissements
de ce secteur, les absences de courte
durée ne sont plus remplacées; ça
peut être le cas aussi des départs à la
retraite (à Clair-Bois notamment).
• Au Service de Santé de la Jeunesse
(SSJ), en 2004, il y a 2200 enfants de
plus (petite-enfance et secondaire),
mais toujours le même nombre d’infirmières scolaires. Alors que pour
remplir correctement la mission du
SSJ, il faudrait 1 infirmière pour
1200 élèves, il y en avait 1 pour 1700
en 2000, et il n’en reste plus que 1
pour 2200 en 2004. Il faudrait 5,2
postes supplémentaires immédiatement pour assurer le service minimum (à l'heure de mettre sous
presse, ces postes pourraient avoir
été obtenus, suite à l'action des infirmières du secteur).
• Bref, elles sont toujours dans l’urgence, la surcharge, le stress et les
usagers-ères – le plus souvent des
personnes âgées – dans l’incertitude
et l’insécurité. Dans ces conditions,
comment faire de la prévention,
donner des conseils, évaluer correctement une situation, assurer une
prise en charge globale de la personne, s’asseoir cinq minutes pour
de vraies relations humaines ?
Comme dit l’une d’elles « on ne fait
que des "actes" et le sens de notre action
se perd ».
• Comme dit encore une aide familiale, « si des restrictions budgétaires
s’ajoutent à ça, il faudra nous dire ce
qu'on ne devra plus faire ».
26
Suppression ou réduction
des prestations :
chines, donc de trouver de nouvelles commandes.
• Aux EPSE (Etablissements publics
socio-éducatifs – handicap mental),
60 personnes handicapées sont en
liste d’attente; on ajoute des chambres aux appartements existants …
mais sans augmenter le personnel.
• A la Fondation Ensemble, certains
investissements ont été approuvés
(atelier, épicerie..) mais n'ont pas pu
être complètement réalisés (non engagement de personnel en suffisance).
• Au SSJ, la conséquence du manque
de postes est la suppression progressive des visites obligatoires en
1re primaire, en 7e du Cycle, et en 3e
primaire; les visites restantes sont
chronométrées et réduites de 10 minutes ; les visites dans les crèches ne
seront plus automatiques mais sur
demande; la présence des infirmières aux journées sportives et dans les
camps est supprimée.
• A Montbrillant (sourds et malentendants), l’accompagnement des jeunes adultes a purement et
simplement été supprimé et le personnel licencié (négociations en
cours).
• A Clair-Bois, des prestations ont été
externalisées (physiothérapie, ergothérapie, musicothérapie) ou réduites de moitié (thérapie équestre).
• A Cap Loisirs (loisirs pour personnes handicapées), le nombre de
camps et de sorties a été réduit, et le
coût facturé aux bénéficiaires augmenté (pour décourager les inscriptions, et diminuer les listes
d'attentes…); ces usagers-ères resteront à la maison ou en institution
lors des week-end ou des vacances.
• A Argos (dépendance), suppression
du secteur famille (approche systémique pourtant incontournable et
largement reconnue).
Dégradation de la qualité
des emplois :
• Remplacement progressif du personnel éducatif formé (éducateurs-trices
spécialisé-e-s,
animateurs-trices socio-culturel-le-s) par du personnel non formé, ou formé à d'autres fonctions
(aide-soignant-e-s, aides familiales-aux, "assistant-e-s" ou porteur-euse-s du futur CFC
santé-social). C'est particulièrement
flagrant à Clair-Bois, dans les EPSE,
mais aussi à Foyer Handicap, etc.),
ainsi que, un peu partout, pour les
veilles de nuit, avec des risques accrus pour le personnel et pour les
usagers-ères (absence de personnel
responsable en cas de nécessité d'actes médicaux, par exemple, ou éducatifs: prise en charge lors de
crises…).
• Multiplication des contrats à durée
déterminée pour faire face aux incertitudes budgétaires (SGIPA, …).
Limitation des investissements,
qui freine la réponse
aux besoins croissants:
Diminution de la dimension
éducative des prises en charges
• A la SGIPA (handicap mental et
préapprentissage), la limitation des
investissements empêche les ateliers de se fournir en nouvelles ma-
• De nouveaux outils de gestion (système de cotation du handicap
27
ARBA) ne prennent pas en compte
la dimension éducative pour déterminer le taux d'encadrement (conséquences flagrantes dans des lieux
comme la Fondation Ensemble,
FHP).
• De manière générale, l’ensemble de
ces mesures (restrictions budgétaires, blocage des effectifs, déqualification du personnel, suppressions
de prestations, normalisation des
approches) entraîne l'impossibilité
d'assumer le cahier des charges, en
particulier dans ses dimensions préventive et éducative, tendant à faire
glisser l'encadrement vers le simple
gardiennage, voire un retour à la
médicalisation.
• Dans l'éducation spécialisée, on
constate que les difficultés de suivi
des fins de placements (services sociaux, surchargés et sous-dotés) engorgent certains foyers (listes
d'attente, surcharge pour le personnel)…
La Poste : l’exemple à ne pas suivre
La "réorganisation du réseau" entreprise à la Poste en janvier 2001
a eu pour conséquences suivantes (chiffres mai 2004) :
• suppression de 512 bureaux de postes (il en reste 2665 aujourd’hui contre … 4'100 en1970)
• baisse des effectifs de 2163 postes à plein temps
Pour les usagers-ères, cela veut dire :
• suppression de prestations dans des quartiers, des villages, des
zones périphériques
• augmentation des files d’attente aux guichets dans les bureaux
qui restent
• difficultés d’accès et d’utilisation pour une large partie de la population (notamment les personnes âgées, les personnes à mobilité réduite, celles et ceux qui n’utilisent pas internet)
28
Le SIT regroupe plus de 11'500 salarié-e-s de toutes branches économiques, professions, nationalités et de
tous statuts. Le SIT est indépendant de
tout parti politique et de toute confession. Il est actif aussi bien dans le secteur public (administration cantonale,
services sociaux, santé, hôpitaux…)
que dans le secteur privé (EMS, hôtellerie-restauration, terre, vent, commerce, construction…).
Le SIT est actif au sein de la fonction
publique. Il est membre du Cartel intersyndical du personnel de l'Etat. Il
est soucieux de défendre la qualité des
prestations dans les services publics et
subventionnés, et les conditions de travail du personnel. Le syndicat est
partie prenante des mobilisations visant à défendre et à améliorer l’emploi,
les salaires, les statuts.
Suisses, immigré-e-s, réfugié-e-s,
sans papiers;
• lutter contre les discriminations faites aux femmes.
Parmi les services qu’offre le SIT :
• défense juridique individuelle pour
les problèmes de travail;
• défense collective (conditions de
travail, salaires, horaires, ...) ;
• fonds de grève;
• formation syndicale;
• information (journal, brochures);
• caisse chômage;
• contrôle des impôts.
La cotisation
Son montant mensuel est en fonction
du salaire brut. Par exemple :
• salaire : 4’000 frs = cotisation : 28 frs
• salaire : 5’800.- = coti : 40.• salaire : 7'000.- = coti : 48.-
Le SIT a pour objectifs :
• défendre et faire respecter les droits
des travailleurs-euses;
• lutter ensemble pour revendiquer et
garantir des conditions de salaire,
de travail et de vie décentes;
• réfléchir ensemble sur le sens et l’organisation du travail, échanger expériences et points de vue sur le
système économique et social actuel;
• lutter contre les injustices et les dénoncer et prendre position sur des
problèmes d’actualité;
• renforcer unité et solidarité entre
tous/toutes les travailleurs-euses,
Les coordonnées du SIT
• Le SIT se trouve 16, rue des Chaudronniers (dans la Vieille Ville, près
de la place du Bourg de Four, parking St-Antoine à proximité).
• Téléphone : 022 818 03 00
• Fax : 022 818 03 99
• Site internet : www.sit-syndicat.ch
• Courriel : sit@sit-syndicat.ch
• La réception téléphonique est ouverte de 9.00 à 12h et de 14h à 18h. Se
renseigner pour savoir quand on
peut vous recevoir…
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Combattre l’offensive libérale est nécessaire
et urgent. Et ce combat concerne chaque salarié-e – du privé comme du public – et
chaque citoyen-ne – les usagers-ères comme
les agents des services publics.
Pour mener ce combat, il faut être informés,
convaincus et unis. C’est dans cette optique
que le SIT publie ce dossier, dans le but de :
• démasquer les intentions cachées et les
contre-vérités du discours libéral;
• défendre et illustrer le rôle social de
l’Etat;
• légitimer les moyens d’action du service
public;
• ouvrir une perspective d’action;
• donner la parole au personnel qui subit
les effets du "moins d’Etat".
Genève, octobre 2004 - imprimerie Fornara
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Thank you for your participation!

* Your assessment is very important for improving the work of artificial intelligence, which forms the content of this project

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