Télescope Sky-Watcher 254

Télescope Sky-Watcher 254
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observer
TÉLESCOPE SKY-WATCHER 254
Télescope
Sky-Watcher 254
Un télescope de 254 mm doté d’une monture équatoriale motorisée
au prix exceptionnellement bas de 1500 €, voilà de quoi susciter l’intérêt.
Ce Newton semble cumuler les avantages. Mais qu’en est-il en réalité ?
Pour le savoir, nous l’avons décortiqué par des essais sur le ciel et sur banc optique.
Jean-Luc Dauvergne
Première approche
Un “gros calibre” qui
reste transportable
>
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Ciel & Espace > Novembre 2004
Monture Des vibrations
gênantes à fort
grossissement
De type équatoriale allemande, l’EQ6
complète est équipée en série d’une
motorisation sur deux axes et d’un viseur
polaire. La raquette de commande, toute
simple, possède trois vitesses (2x, 8x et
16x). Elle est livrée avec un rack de piles
qui offrent une autonomie de trois à quatre
nuits. Mais il est bien sûr plus économique
d’utiliser des accus ou une batterie.
Trapue, cette monture inspire confiance.
Les premiers essais sur le ciel révèlent
que les rattrapages sur les deux axes se
font sans délai de réponse, preuve que les
pièces mécaniques ont été bien ajustées.
Mais la monture engendre des vibrations
dans le tube optique dégradant la qualité
des images à fort grossissement (en planétaire notamment). À 1 200 x, l’image de la
figure d’Airy est partiellement brouillée.
>
Avec une ouverture de 4,7, le tube du
Sky-Watcher de 254 mm mesure
1,15 m de long pour un poids de 13,5 kg. Sa
monture équatoriale atteint les 36 kg
(contrepoids compris). Ces caractéristiques en font donc un instrument de “gros
calibre”. Néanmoins, il reste transportable
malgré l’encombrement important du tube
optique. Sur le terrain, l’ensemble peut
être monté par une seule personne.
Toutefois, pour fixer le tube à la monture,
il est plus confortable d’opérer à deux.
Certains détails bien pensés sont appréciables, comme la barre de contrepoids
rétractable à l’intérieur de la monture, le
chercheur réglable avec simplement deux
vis (le troisième point est un piston à ressort), ou encore le porte-oculaire bicoulant
(31,75 mm et 50,8 mm). Mais il faut bien
garder à l’esprit que cet instrument n’est
pas pour autant un télescope haut de
gamme. Et il n’en a pas la prétention. Le
tube optique est de conception basique de
type Dobson. Quant à la monture, essentiellement en fonte d’aluminium, elle est
plutôt rustique.
Pour mettre en évidence ces tremblements, l’opération à réaliser est simple, il
suffit d’observer un objet à fort grossissement ; en coupant l’alimentation, on voit
les images s’améliorer brusquement. Face
à ce défaut inquiétant, nous avons contacté
la société Médas, qui a mis l’instrument
à notre disposition. Dans un tel cas de
figure, le problème est géré par le service
après vente (SAV) qui, au besoin, procèdera au changement du moteur d’ascension droite. De son côté, Optique Unterlinden, qui importe également ce matériel,
tente de supprimer les vibrations uniquement par des ajustements mécaniques.
Pour essayer de réduire ce défaut, nous
avons entrepris de démonter la monture.
En mettant un peu de jeu sur l’axe horaire
et en remplaçant la graisse d’origine de la
mécanique par de la graisse au téflon,
nous avons réussi à limiter légèrement les
vibrations. Mais nous déconseillons l’opération tant elle est délicate. L’axe d’ascension droite est emboîté en force dans la
base de la monture, ce qui rend son extraction très difficile (1). Par ailleurs, il semble
que la qualité de l’équilibrage influe notablement sur les vibrations.
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Il est entendu qu’une belle mécanique
précise coûte très cher, et comme on peut
s’y attendre en raison son prix défiant
toute concurrence, l’EQ6 est difficilement
compatible avec l’imagerie du ciel profond. En atteste la courbe d’erreur périodique montrant des oscillations rapides de
± 1,5” difficilement corrigeables.
Nous avons tenté des poses de 20 s sur
l’amas globulaire M 3. Sur sept images,
nous avons dû en éliminer quatre. Sur le
reste, les étoiles sont légèrement ovalisées
(environ 40 %). Mais la précision permet de
réaliser des images grand champ avec un
objectif photo monté en parallèle. Quant
au viseur polaire, son réglage est imprécis
mais suffisant pour observer les planètes
et faire de l’imagerie grand champ.
Le Sky-Watcher 254 est un
instrument imposant, que nous
avons testé sur une monture
équatoriale allemande EQ6.
L’ensemble pèse 50 kg, mais
reste transportable. Nous
avons été séduits par son bon
rapport prix/performances.
Tube optique Une finition
rustique mais viable
>
Le Sky-Watcher 254 est équipé d’un
chercheur 9 x 50 fort agréable. Il faut
bien resserrer ses vis de fixation pour qu’il
reste stable. Parmi les détails appréciables,
sur les colliers du tube, une vis Kodak permet de fixer un instrument en parallèle.
Néanmoins, cette pièce n’est pas assez
rigide pour accepter une charge importante ; tout au plus, un reflex avec un
50 mm. Le télescope est fourni avec un
Caractéristiques
techniques
Sky-Watcher 254 mm et monture EQ6
Diamètre : 254 mm
Focale : 1200 mm
Obstruction : 22,4 %
Magnitude limite : 15
Poids : 50 kg
Monture : équatoriale allemande
motorisée double axe
Photo J.-L.Dauvergne
Alimentation : 8 piles R20 ou
transformateur 12 V (non fournis)
Accessoires fournis : oculaire 28 mm
au coulant 50,8 mm avec 56° de champ
Prix : de 1399 à 1584 €
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exemple une Barlow 5x (assez coûteuse)
ou bien en projection avec un oculaire
(avec une bague d’adaptation spécifique).
Autre difficulté : dès que l’on touche la
molette de mise au point, le tube vibre
beaucoup. Mais c’est une question de
doigté ; ce point n’est pas rédhibitoire.
Voici une mosaïque de trois images sur le trio de
cratères Cyrille, Catherine et Théophile. Le résultat
donne une idée des bonnes performances
du télescope. Néanmoins lors de nos tests, la
turbulence atmosphérique était moyenne, nous
n’avons donc pas pu exploiter le plein
potentiel de cette optique.
Ciel profond
Impressionnant !
J.-L.Dauvergne
>
En observation visuelle, les 254 mm
de l’instrument permettent d’aborder
sereinement nébuleuses et galaxies. Gardons cependant à l’esprit qu’un tel diamètre suppose un ciel pur pour pouvoir
apprécier pleinement ses performances.
Nous l’avons utilisé sous un ciel de grande
qualité dans le Queyras. Avec un oculaire
de 30 mm grand champ et un filtre OIII,
les nébuleuses de la Voie lactée, à la fois
fines et contrastées, étaient un beau spectacle. Les Dentelles du Cygne apparaissent
en détail. North America est visible sans
ambiguïté avec des nébulosités gazeuses
de densité différente. Impressionnant !
Quant à l’imagerie, comme nous l’avons
vu, la précision de la monture n’autorise
pas les longues poses. Néanmoins les utilisateurs de caméras CCD peuvent réaliser
des séries d’images de 10 à 15 s. En les
additionnant, on obtient virtuellement un
temps de pose plus long. Pour de telles
applications, il faut cependant que le vent
soit faible afin que le tube reste stable.
>
Suite au test du Meade LX 90
(C&E n° 412), l’importateur
Paralux s’est engagé à ajouter des
points de contrôle sur le shifting du
miroir primaire et la fixation des
poignées. Des modifications
devraient également rendre le
manuel d’utilisation plus accessible.
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Ciel & Espace > Novembre 2004
Planètes Des images
riches en détails
(1) Signalons toutefois, pour les plus audacieux, qu’une page
web décrit l’opération : http://www.eisystems.be/astronomy/
menu_EQ6.html.
Les images en observation visuelle
sont plutôt flatteuses. Sur Jupiter, des
différences subtiles de coloration ainsi que
de nombreux détails apparaissent dans les
bandes nuageuses.
Côté imagerie, les prises de vue lunaires,
après avoir résolu partiellement le problème de vibration, sont de bonne tenue.
Cela dit, pouvoir exploiter à son maximum
le potentiel d’un 254 mm en planétaire
nécessite des conditions exceptionnelles,
que nous n’avons pas rencontrées tout au
long de notre test. Pour voir les planètes
avec une webcam, il est nécessaire d’augmenter fortement la focale, avec par
Cette image de M 3 (en bas) a été prise avec un
reflex numérique. Trois poses de 20 s ont été
combinées. Les étoiles ont une largeur de 4” et un
allongement de 40 %. Dans les coins, elles ont
une forme de “V” (zoom en haut à droite) à cause
de la coma, défaut optique inhérent aux Newton.
J.-L.Dauvergne
TEST DU MEADE
LX 90 SUITE…
s’estompent après avoir touché le tube. Et
la prise au vent le rend sensible à une
légère brise. Par ailleurs, on se retrouve
vite dans des positions d’observation
nécessitant de monter sur une chaise ou
de tourner le tube. Notons aussi que
l’équilibrage en déclinaison dépend de la
position de l’instrument, le tube étant
déséquilibré sur cet axe par le porte-oculaire et le chercheur. Mais finalement, tous
ces défauts sont davantage des problèmes
congénitaux des gros Newton que des
défauts spécifiques à cet instrument !
>
oculaire de 28 mm au coulant 2” offrant 56°
de champ. Son utilisation est très confortable, et il délivre des images satisfaisantes. Mais les amoureux de l’observation
visuelle lui préféreront un oculaire de
focale équivalente, avec davantage de
champ et des filtres appropriés.
Pour le reste, le tube ne souffre pas de
défauts majeurs. De l’araignée du secondaire au barillet du primaire, sa finition est
la même que celle d’un Dobson : rustique
mais viable. La seule différence notable
concerne le porte-oculaire. Celui-ci est
bien conçu puisqu’il offre le double coulant (31,75 et 50,8 mm) mais aussi un filetage 42 à vis pour monter caméras CCD et
appareils photo. Il présente un certain jeu,
acceptable en observation visuelle, mais
gênant en imagerie planétaire.
À l’usage, l’encombrement du tube est un
handicap. Malgré une grosse monture,
l’ensemble n’est pas très stable, il faut 5
bonnes secondes pour que les vibrations
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NOS CONCLUSIONS
MESURES D’ERREUR PÉRIODIQUE
Ce télescope est une excellente
affaire. Avec un prix de vente
exceptionnellement bas, qui oscille
entre 1 399 et 1 584 €, ce “gros
diamètre” réunit deux caractéristiques
importantes : une monture équatoriale
motorisée sur les deux axes et une
bonne optique. Cette dernière permet
d’aborder sérieusement l’observation
visuelle et l’imagerie planétaire
(les images réalisées dans des
conditions atmosphériques moyennes
en attestent). Elle constitue
incontestablement la grande surprise
pour un instrument de cette gamme.
Mais toute médaille a son revers : la
monture souffre d’une finition moyenne
et d’une imprécision de l’entraînement
qui limite les possibilités de s’attaquer
à l’imagerie du ciel profond. Nous vous
conseillons donc de vérifier après achat
si la monture n’induit pas des
vibrations. Auquel cas, il vous faut
retourner l’instrument au SAV. Même
quand on sait cela, le Sky-Watcher 254
reste un produit très intéressant.
sur lequel d’autres EQ6 ont été testées).
À cette “macropériode” vient s’ajouter une autre
oscillation régulière de ± 1,5” toutes les
12 secondes, mais elles ne sont pas gênantes
pour faire de la photographie grand champ.
(Courbe réalisée avec Astrosnap :
http://astrosnap.com)
>
Sur la courbe se dessine une période principale
d’environ 2 min 30 s, mais avec d’importantes
variations d’amplitude. En revanche, on oscille
entre ± 12”, ce qui n’est pas si mal. Notons que
d’une monture EQ6 à l’autre, on trouve des
comportements assez différents (voir le site
www.astrosurf.com/demeautis/ep/eq6.htm
Courbe d’erreur périodique
secondes d’arc
16
14
12
10
8
6
4
2
0
-2
-4
-6
-8
-10
-12
-14
-16
50
100
150
200
250
300
350
400
450
500
550
600
650
700
750
800
850
900
950 1000 1050
temps en secondes
MESURES SUR LE BANC OPTIQUE
Figure d’Airy
J-L.Dauvergne
Observée au microscope, la figure d’Airy présente
une forme homogène. Les mesures nous révèlent
que le rapport de Strehl* est de 0,92 dans l’absolu,
et de 0,81 en tenant compte de l’obstruction.
Or, au-dessus d’un ratio de 0,8, un instrument atteint
la limite de diffraction. C’est donc un très bon résultat,
fruit d’une faible obstruction et d’une qualité optique
honorable.
Notations
Qualité optique
Mécanique de la monture
* Rapport de Strehl : rapport entre l’énergie mesurée dans la tache
d’Airy de l’instrument testé et celle d’un instrument parfait.
Mécanique du tube
Finitions
Visuel
MESURES SUR LE FRONT D’ONDE
Le Sky-Watcher 254 est passé
sur le banc interférométrique de
la société Amos*. Les résultats
obtenus sont d’un très bon niveau
pour un télescope de cette gamme.
L’image ci-contre présente l’allure
du front d’onde en sortie
de l’instrument. En bleu, les creux
et, en rouge, les bosses. L’écart
le plus important entre ces deux
extrêmes (PTV) est de lambda/3,7,
soit 149 nm. Et les écarts types
(RMS) sont de lambda/20, soit
27 nm. Le défaut dominant est un
léger astigmatisme mis en valeur
par la dissymétrie à 90° des zones
rouges et des zones bleues.
Imagerie planétaire
Front d’onde interférométrique
mm
116
nm
94
100
70
50
80
30
60
10
-10
40
-30
20
-62
0
20
40
60
80
100
120
mm
140 152
Imagerie du ciel profond
Rapport qualité/prix
Nous avons
aimé
un prix défiant toute concurrence
pour un tel diamètre
sa simplicité d’utilisation
une bonne qualité optique
Nous n’avons
pas aimé
l’instabilité de l’ensemble
*Amos est une entreprise d’optiques de précision. Basée à Liège, elle réalise les unités auxiliaires de 1,8 m du VLT.
Nous remercions Ronan Bouvier, Erick Bondoux, Axel Canicio (Astrosnap) et Médas.
le suivi imprécis de la monture
la finition rustique
Ont participé à ce test : Amos, Guillaume Blanchard et Philippe Henarejos.
Ciel & Espace > Novembre 2004
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Thank you for your participation!

* Your assessment is very important for improving the work of artificial intelligence, which forms the content of this project

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