Texte PDF - Tropicultura

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TROPICULTURA, 1998-99, 16-17, 4, 161-166
ARTICLES ORIGINAUX
ORIGINAL ARTICLES
OORSPRONKELIJKE ARTIKELS
ARTICULOS ORIGINALES
Distribution et diversité des champignons
endomycorhiziens (Glomales) du Senegal
A.T. Diallo*, PI. Samb** & M. Ducousso***"
Keywords: Arbuscular endomycorrhizal fungi - Glomales - Glomus - Scutellospora - Gigaspora - Senegal
Résumé
Dans les zones tropicales arides et semi-arides carac-
terisées par une dégradation sans cesse croissance du
couvert végétal, les champignons endomycorhiziens
semblent jouer un rôle majeur dans la conquête par les
végétaux de nouveaux espaces terrestres et la survie
des communautés végétales sous diverses conditions
édaphiques et environnementales. Malgré un regain
d'intérêt pour ces micro-organismes, la distribution et
la diversité des espèces de champignons indigènes
dans les sols du Senegal ont été jusqu'ici trés peu étu-
diées. Il s’agit donc dans ce travail d’evaluer les popu-
lations sporales de Glomales dans divers sols provenant
de sites situés dans les zones sahélienne, sahélo-sou-
danienne et soudanienne. Les spores extraites selon
la méthode du tamisage humide ont été dénombrées
et identifiées. Nos résultats mettent en évidence la pré-
sence de genres Glomus, Scutellospora et Gigaspora
et l'absence de spores d'Acaulospora, d'Entro-
phospora et de Sclerocystis dans les differents sites
dont les sols sont en général tres pauvres en spores.
Certains sites presentent cependant une diversite et
une abondance relative en spores de Glomales, sans
doute a mettre en relation avec I'abondance des pluies,
la nature du sol sableux et l'influence de la composition
floristique.
Summary
Distribution and Diversity of Glomalean
Endomycorrhizal Fungi of Senegal
In arid and semi-arid tropical areas characterized by
plant ever-increasing damage, arbuscular endomycor-
rhizal fungi seem to play a major role in the conquest
of new terrestrial spaces and are essential for the sur-
vival of most plant communities under diverse edaph-
ic and environmental conditions. However, the distri-
bution and the diversity of indigenous fungal species in
Senegal have been very little investigated to date. The
goal of this study was to evaluate spore populations of
Glomales from soil samples withdrawn from several
sites located in the sahelian, sahelo-soudanian and
soudanian areas. The spores extracted by wet-sieving
and decanting method were counted and identified.
Our findings highlight the presence of the three genera
Glomus, Scutellospora and Gigaspora and the absence
of Acaulospora, Entrophospora and Sclerocystic
species in different sites in which soil spore contents
were generally poor. However, diversity and relative
abundance of spore populations in some sites seemed
related to the increase of rainfall as well as soils and
plants factors.
Introduction
Au regard des conditions de température et d’éclaire-
ment, les tropiques sont des zones a fort potentiel de
production agricole. Mais cet avantage est limité par
influence de contraintes hydriques et édaphiques. Il en
resulte une destruction du couvert végétal et la dé-
gradation des sols. Certains végétaux sont cependant
capables de s’installer et de se maintenir dans les sols
pauvres en éléments minéraux grace en partie a des
micro-organismes symbiotiques, en particulier des
champignons mycorhiziens a arbuscules (MA). Ces
derniers qui appartiennent à l’ordre des Glomales et à
la classe des Zygomycètes sont des micro-organismes
du sol très ubiquistes présents dans la plupart des
taxons végétaux et dans 67% des familles végétales
(25). Leur rôle dans l’amélioration de la nutrition phos-
phatée, la résistance et la survie des plantes au stress
hydrique comme la protection contre certains agents
pathogenes telluriques a fait l’objet d’innombrables
études aussi bien chez les espèces ligneuses que chez
les variétés horticoles et céréalières (2,27).
Au Sénégal, des études sur des associations avec
Azadirachta indica A. Juss., Casuarina equisetifolia Forst
et Acacia senegal (L) Wild illustrent la variabilité des in-
fections endomycorhiziennes dans le cas d’arbres
* Ecole Nationale Supérieur d’Agriculture (ENSA), B.PA. 296, Thiès, Sénégal.
** Département de Biologie Végétale, Faculté des Sciences et Techniques, Université Cheikh Anta Diop de Dakar, B.P. 5005, Fann-Dakar, Sénégal.
*** Direction des Recherches sur les Productions Forestières / Institut Sénégalais de Recherche Agricole, B.P 2312, Dakar, Sénégal.
! Adresse actuelle: Laboratoire de recherches sur les Symbiotes des Racines, BSFT-ENSAM/INRA, 2 Place Viala, 34 060 Montpellier Cedex 1, France.
Reçu le 17.03.97 et accepté pour publication le 24.03.98.
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croissant dans des zones semi-arides et signalent la
présence de deux genres de ces champignons: Glomus
et Gigaspora (9). Un inventaire des especes végétales
endomycorhizées réalisé pendant la saison seche dans
la zone du lac Retba (28) indique que les espèces xé-
rophytes étaient bien pourvues en mycorhizes arbus-
culaires tandis que les sols tres salés ou gorgés d'eau
en permanence ne sont pas favorables a leur présen-
ce. Des prospections de sols effectuées dans les zones
sahélienne et soudano-guinéenne ont montré une in-
tense vie symbrotique depuis les horizons supérieurs
jusqu'aux nappes phréatiques (10).
Cependant, les études sur la connaissance de la dis-
tribution et de la diversité des Glomales du Sénégal
demeurent encore très fragmentaires. L'objet du pré-
sent travail porte sur l'étude de la répartition écolo-
gique des champignons MA dans des habitats naturels
et semi-naturels situés dans différentes zones éco-
géographiques du Sénégal et de l’influence de
Faidherbia albida A. Chev. sur les populations de
spores dans deux systèmes parcs situés près de la lo-
calité de Touba Toul.
Matériel et méthodes
Zone d’étude
La zone d'étude est située entre les isohyètes 300 et
800 mm correspondant d’une part, aux zones sahé-
lienne, SA (300-400 mm), sahélo-soudanienne, SS
(400-600 mm) et soudanienne, SO (600-900 mm)
d'apres la définitilon des zones biogéographiques de
Le Houerou (18) et d'autre part, aux zones arides
(ETP/P < 2) et semi-arides (0,2 < ETP/P < 0,5) d’après
la classification de l'UNESCO (19). Seize sites, définis
géographiquement par la localité ou le lieu-dit le plus
proche des sites de prélèvement, ont fait l’objet de
prospection (Figure 1). Les principales caractéristiques
de ces sites sont présentées dans le Tableau 1.
Dans l’une des sites à proximité de la localité de Touba
Toul située dans la zone sahélo-soudanienne, l’in-
fluence du Faidherbia albida A. Chev. sur les popula-
tions de spores de Glomales est étudiée dans deux
systemes parcs de cet arbre qui different principale-
ment par l’âge des individus qui les composent (un
Lara race TT
en
J Ngaou e
- SD Mbouba,h
Gandiolais (SA) „в,
от q
Keur SM Médina Touba Toul
x Bambey Diawara
.— 00 mm >
Dakar BehAir >,
x
y
\ * Foundiougne
* Sonkorong
N
NN
a
_ > ) A
Г Ts
900 m
/
| TA
NA
Figure 1. Localisation des sites prospectés dans les zones
sahélienne (SA), sahélo-soudanienne (SS) et
soudanienne (SO) du Sénégal.
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parc composé exclusivement d'individus ágés et un
parc en régénération où toutes les classes d'áge sont
représentées). Faidherbia albida est une légumineuse
de la famille des Mimosaceae (19), souvent associée
aux cultures dans le Bassin arachidier sénégalais où
la préservation de l’arbre dans les champs de mil est
une pratique très ancienne.
Prélevements des sols
Les prélèvements ont été effectués entre 10 et 20 cm
de profondeur au voisinage des espèces végétales les
plus représentatives de la ou des strate(s). Les échan-
tillons de sols ont été tamisés (mailles de 2 mm), ho-
mogénéisés, récupérés dans des sachets en plastique
et conservés à température ambiante.
Dans chaque parc, huit prélèvements de sol ont été
effectués entre 10 et 30 cm de profondeur, à la limite
de la frondaison des Faidherbia albida et huit prélève-
ments en plein champ, à une distance égale ou supé-
rieure a cing fois la distance du tronc à la limite de la
frondaison des arbres environnants. Tous les prélève-
ments ont été effectués en 1994 après la saison des
pluies entre octobre et novembre.
Extraction et dénombrement des spores
Les spores ont été extraites sur trois échantillons de
100 g de sol pour chaque prélèvement selon la mé-
thode de tamisage humide décrite par Gerdemann &
Nicolson (13). La suspension sporale a subi ensuite
une double centrifugation eau/saccharose (3) afin de
séparer les spores des particules de sol et des frag-
ments racinaires. Cette suspension sporale apres agi-
tation est versée dans une boite de Petri dont le fond
est quadrillé pour faciliter le comptage des spores.
Chaque type de spores est reconnu et compté sous la
loupe binoculaire (Willd M 400 équipée d’un boîtier mi-
crophotographique Nikon). Le nombre moyen de
spores est exprimé pour 100 g de sol sec.
Identification des spores
Les spores ont été examinées sous la loupe binocu-
laire, séparées suivant la couleur, la forme, la taille et
certaines structures caractéristiques (saccule sporife-
re, bouclier de germination, bulbe suspenseur), puis
photographiées. Chaque type de spore est placé sur
lame dans un milieu de montage permanent, le PVLG,
polyvinyl alcool, acide lactique et glycérol (23) sans co-
loration préalable ou après coloration au réactif de
Melzer (17). L’identification a été effectuée au micro-
scope photonique (optiphot de Nikon) selon la clé de
détermination de Schenck et Pérez (26). Les speci-
mens de chaque type de spores sont déposés à l’her-
bier de l'ORSTOM à Dakar, Sénégal.
Analyse des résultats
Les types de spores observés sont mentionnés pour
chaque site étudié ainsi que le nombre de spores par
100 g de sol. Dans les observations réalisées à Touba
Toul, les données de nombres de types de spores et
sur les nombres de spores par 100 g de sol ont fait
l’objet d’une analyse de variance avec le logiciel Stat-
.T.C.F. (15) à 2 facteurs contrôlés: l’âge du parc et la
proximité de l’arbre afin de tenter de mettre en évi-
dence si la présence de l’arbre dans les champs a une
influence sur les populations de spores de Glomales.
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Tableau 1
Principales caractéristiques des sites prospectés au Sénégal
Sites Coordon- Pluvio- Sols™ Especes dominantes Especes Usage
nees métrie examinées
(mm
Zone sahélienne (SA)
Ngaoulé 1630N <300 argileux Eucalyptus camaldulensis Eucalyptus Terre agricole
15°01°0 camaldulensis irriguee
Haéré 16°26’№ 300-400 sableux Acacia raddiana, Indigofera senegalensis, Indigofera jachere récente
14°22°0 Indigofera sp., Balanites aegyptiaca, Eragrostis senegalensis
pilosa, Eragrostis colona, Panicum laetum
Mboumba 1610N 300-400 sableux Acacia raddiana, Balanites aegyptiaca, Indigofera jachere récente
14%010 Indigofera senegalensis, Calotropis procera, senegalensis
Cenchrus biflorus
Baborel 16°03’N 300-400 ferrugineux Acacia seyal, Acacia senegal, Boscia Acacia seyal páturage
14°08’О tropicaux senegalensis, Pennisetum pedicellatum, B.
aegyptiaca, Dalbergia melanoxylon, Panicum
laetum, Echinochloa colona, Cyperus rotondus
Gandiolais 16%02'N 300-400 sable dunaire Allium cepa Allium cepa maraichage
16°27°0
Zone sahélo-soudanienne (SS)
Gueye Kadar 15°40’N 400-500 = ferrugineux Bauhinia rufescens, Dalbergia melanoxylon, Acacia nilotica páturage
14°19°0 tropicaux Tephrosia sp., Acacia seyal, Acacia raddiana, nilotica
lessivés Acacia nilotica nilotica, Indigofera senegalensis
Dahra 15%19N 400-500 ferrugineux Acacia senegal, Balanites aegyptiaca, Eragrostis pilosa jachére récente
15°26’О tropicaux Dactyloctenium aegyptium, Chloris prieurii,
lessivés Eragrostis pilosa
Bourel 15°24’№ 400-500 Sableux Dichrostachys glomerata, Piliostigma reticulata, Indigofera sp. paturage
14%24'0 Acacia senegal, Alysicarpus ovalifolius,
Balanites aegyptiaca, Eragrostis tremula,
Eragrostis pilosa, Indigofera sp.
Dakar Bel-Air 14%34'N 500-600 Sableux Acacia senegal Acacia senegal parc
18°25°0 agroforestier
Dakar Hann- 14°24'N 500-600 humique Acacia senegalensis Acacia parc
DRPF 17°25'O senegalensis agrofestier
Keur S. Mb 14°45'N 500-600 sablo-argileux Guiera senegalensis Guiera inconnu
Médina 160470 senegalensis
Touba Toul 14°50'N 500-600 sableux Faidherbia albida Faidherbia albida parc
16°40'O agroforestier
Bambey 14°41°’N 500-600 sableux Pennisetum glaucum Pennisetum exploitation
16280 glaucum agricole
Zone soudanienne (SO)
Diawara 15°0°N <700 sablo-argileux Eucalyptus camaldulensis Eucalyptus parc
12°32°0 camaldulensis agroforestier
Foundiougne 14%07N 700-800 sablo-argileux absence de végetation absence de exploitation
16°28'O végétation agricole
Sonkorong 13°55’N 700-800 sableux Combretum glutinosum, Combretum Pennisetum exploitation
15°25’О aculeatum, Acacia senegal, Zizyphus pedicellatum agricole
mauritiana, Piliostigma reticulata, Pennisetum
pedicellatum
e Cf. Carte des isohyètes du Sénégal établie par Krigeage avec les données homogénéisées de 67 stations sur la période 1951-1980.
** données d’après Ducousso (1991)
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Tableau 2
Principales caractéristiques, couleur, forme et diamétre approximatif des différents types des spores et leur identification
Types Couleur Forme Diamètre (= x um) Identification
1 blanc sphérique < 100 Glomus sp.
2 blanc créme a laiteux subspherique 100<x<400 Glomus sp.
3 blanc jaune sphérique 100<x<300 non identifié
4 blanc + squames noires légèrement ovale 200<x<400 Scutellospora verrucosa
5 blanc ovale 200<x<300 non identifié
6 brun sphérique <100 non identifié
7 brun clair à foncé grappe compacte (carpophore) 300<x<400 Glomus sp.1
8 jaune à rouge foncé grappe non compacte (carpophore) 50<x<100 Glomus aggregatum
9 jaune sphérique 100<x<400 Scutellospora verrucosa
10 jaune doré subsphérique >100 non identifié
11 jaune orange irrégulière >100 Gigaspora sp.
12 marron sphérique <100 non identifié
13 marron clair sphérique <100 non identifié
14 marron foncé sphérique <100 non identifié
15 marron + squames noires ovale <100 non identifié
16 noir sphérique 300<x<600 Scutellospora gregaria
17 noir brillant sphérique <100 non identifié
18 rouge subsphérique >100 Gigaspora sp.
19 rouge clair ovale >700 Gigaspora sp.
20 rouge foncé subsphérique >100 non identifié
21 rouge + squames noires subsphérique 500<x<800 Gigaspora sp.
Résultats
Distribution et diversité des populations de spores
Nos observations indiquent la présence de 21 types de he a %
spores ou écotypes appartenant aux genres Glomus, di ST
Gigaspora et Scutellospora (Tableau Il, Photos 1 et 2). E
Scutellospora gregaria, type dénommé 16 est l'espèce
la plus fréquente dans les échantillons de sols, suivie
respectivement par G/lomus sp (type 1), Scutellospora
verrucosa (types 4 et 9) et Gigaspora spp. (11,18 et 19).
Les especes Glomus aggregatum (type 8 a carpophores
non compactes) et Glomus sp. 1 (type 7 a carpophores
compactes) ont été observées. Le tableau Ill présente
le nombre de spores par 100 g d'échantillon de sol ex-
trait ainsi que le nombre de types de spores observées
dans les différents sites prospectés au Sénégal: 6 dans
Photo 1. Spores de Glomales apres extraction par la méthode du
Tableau 3 tamisage humide : Glomus spp (1. 2, 7). Scutellospora
Répartition des populations de spores dans les différents sites gregaria (type 16). Gigaspora spp (10, 11)
visités au Sénégal
Sites Types observés Nombre moyen de
spores/100 g de sol
Zone sahélienne (SA)
Ngaoulé - О
Haéré 1,16 2
Mboumba - O ——— HS SC, os 2]
Baborel 1.16 6
Gandiolais 1.9, 10.16,17,18 6
Zone sahélo-soudanienne (SS)
Gueye Kadar 16,18
Dahra 1,4,7,8,9,11,12,14.15,
16,18,19 7
Bourel 11,16 2
Dakar Bel-Air 1.4,16,20 4
Dakar Hann-DRPF 7,16 2
Keur S. Mb. Medina 1,2,6,9,16,18,19 8 a a” A aa
Touba Toul 1,2,4,5,7,8,9,11,12,
13,16,18,19,21 41
Bambey 1,4,7,8,16,18 67
Zone soudanienne (SO) Sa
Fourdiquar e 1,16 > Photo 2. Spores de Glomus aggregatum (8) regroupées en
Sonkorong 1,2.3,4,5,7,8,9,11,16,18 88 carpophores non compactes.
(La barre resprésente 500 pm).
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TROPICULTURA
TROPICULTURA
la zone sahélienne, 8 dans la zone sahélo-soudanien-
ne et ? dans la zone soudanienne.
L'analyse des résultats montre que les sols prélevés au
niveau de la zone sahélienne sont en général très
pauvres en spores de champignons MA. Les sites de
Ngaoulé, Diawara et Mboumba où la végétation est
presque entièrement détruite sont caractérisés par une
absence de propagules endomycorhiziens. Le site de
Foundiougne qui a fait l’objet de prospection dans une
zone à forte salinité est caractérisée par sa pauvreté en
spores. Par contre, les sites de Touba Toul, Bambey et
Sonkorong localisés dans les régions pluvieuses se dis-
tinguent par leur remarquable richesse en spores.
Sonkorong est, parmi tous les sites, le plus riche en pro-
pagules de champignons MA (88 spores/100 g de sol).
Effet de Faidherbia albida sur les populations de
spores de Glomales
Le Tableau IV présente le nombre moyen de spores et
le nombre de types de spores par 100 g de sol dans un
parc âgé en plein champ et a la limite de frondaison
des arbres et, de la même manière, dans un parc en ré-
génération. Dans le parc en régénération, on n’obser-
ve pas de modification significative dans la composi-
tion des populations de spores en fonction de la
situation du prélèvement par rapport à l’arbre. Le
nombre de spores par 100 g de sol est de 99 avec 9
types différents. Par contre, dans le parc âgé, on ob-
serve une variation significative dans la composition
des populations de spores à la limite de la frondaison
des arbres et en plein champ: respectivement 74
spores par 100 g avec 6 types différents et 114
spores/100 g avec 10 types différents.
Tableau 4
Répartition des nombres et types de spores dans les parcs à
Faidherbia albida A. Chev.
Parc en régénération Parc age
Limite Plein Limite Plein
frondaison champ frondaison champ
Nombre de spores
par 100 g 99b* 100b 74b 114a
Nombre de types
de spores par 100g 9b 9b 6a 10b
* Les chiffres d’une même ligne suivis d’une même lettre ne sont
pas significativement différent au seuil de 5% (test de Newman-
Keuls).
Discussion
La plupart des sites prospectés dans les zones sahé-
lienne, sahélo-soudanienne et soudanienne se carac-
térisent par leur extrême pauvreté en spores de
Glomales. Dans les localités de Ngaoulé, Haéré et
Mboumba, nos résultats suggèrent une perte du po-
tentiel mycorhizien du sol (0 spore/100 g) au voisina-
ge des espèces végétales échantillonnées. La faible
pluviosité et l'absence de couverture végétale sem-
blent compromettre l’installation et la survie des my-
corhizes arbusculaires. En effet, ces micro-organismes
sont réputés pour leur spécificité de symbiotes biotro-
phiques obligatoires vis-à-vis de la plante hôte. Dans
la zone sahélo-soudanienne où la dégradation du cou-
vert végétal est Moins prononcée, les résultats obtenus
indiquent que la distribution des spores semble suivre
celle des isohyètes du nord vers le sud avec une abon-
dance fortement marquée dans la région du Bassin
arachidier. Par contre, la rareté des Glomales à
Foundiougne malgré une situation pluviométrique fa-
vorable, pourrait être liée à la teneur élevée en sels des
sols (conductivité électrique - 5 millimhos, 1:5 à 20°C)
due à l’avancée de la mer à l’intérieur des terres. Ce ré-
sultat est par ailleurs mentionné dans les travaux de
Thoen (28) qui ont montré que les sols très salés ne
sont pas favorables à l’installation des symbioses en-
domycorhiziennes. Ces résultats contrastent avec ceux
obtenus dans les sites des localités de Touba Toul,
Bambey et Sonkorong qui présentent une richesse en
spores et une diversité plus importante des types de
spores. Les particularités observées dans ces sites si-
tués dans des exploitations agricoles ou agrofores-
tières font penser que la nature de la couverture végé-
tale intervient dans l’abondance et la diversité des
spores de Glomales. Dans ces zones de culture, la
faible mécanisation de l’agricuiture qui n’entraîne pas
de grandes perturbations des horizons cultivés, per-
met le développement la plupart des champignons MA
associés aux cultures. De même, l’analyse des types
de sols des sites de prélèvements révèle que le sol sa-
bleux est favorable a Vinstallation de populations éle-
vées de Glomales sous plusieurs climats et latitudes
(1,6,7). En outre, la différence significative observée
dans la composition des populations de Glomales dans
le parc agé de Faidherbia albida permet d'émettre |'hy-
pothèse de Vinfluence positive du couvert végétal et
de la culture sur la répartition et la dynamique des po-
pulations de spores. Ces différents résultats nous per-
mettent de penser que la distribution naturelle des
spores de Glomales serait sous le contrôle de facteurs
édaphiques et/ou de la composition floristique (6,16).
Les différents taxa endomycorhiziens identifiés sur la
base des caractères morphologiques et cellulaires des
spores appartiennent aux genres Glomus, Gigaspora et
Scutellospora. La prédominance des genres Glomus
et Gigaspora dans les sols tropicaux arides et semi-
arides est en concordance avec les résultats antérieu-
rement obtenus au Sénégal (8,9,28), en Libye (12) et
au Nigéria (23). Le genre Scutellospora quoique bien re-
présenté ne reflète pas l'importance de ce groupe par
rapport au genre Gigaspora. En effet, la création du
genre Gigaspora (14) étant antérieure à celle du genre
Scutellospora plus récente (30), toutes les espèces de
ce genre décrites avant 1986 ont été rangées parmi
les Gigaspora. De même, la difficulté d'observer cer-
tains caractères discriminants du genre Scutellospora
(bouclier de germination, paroi interne flexible) sur des
spores prélevées au champ rend probable une confu-
sion de genres. Enfin, ces deux genres sont phylogé-
nétiquement très proches et ce n’est pas un hasard
s’ils ont été taxonomiquement inclus dans une même
famille, celle des Gigasporaceae (22,31).
Parmi les six genres des trois familles (Glomaceae,
Acaulosporaceae et Gigasporaceae) formant l’ordre
des Glomales, trois sont représentés au Sénégal, les
deux genres paucispécifiques Entrophospora et
Sclerocystis ainsi que le genre Acaulospora n’ont pas
été observés. Cette absence s’expliquerait par le fait
165
TROPICULTURA
que les deux premiers genres sont peu représentés en
espèces. Par contre, la difficulté d’observer et d’iden-
tifier des espèces d’Acaulospora est souvent liée à la
fragilité des structures annexes de leurs spores (sac-
cules sporifères, hyphes de connexion). Cependant,
leur exploration est possible par piégeage des spores
sur plante hôte (8). Le genre Sc/erocystis a récemment
subi une révision par Almeida & Schenck (4) qui ont
rangé les espèces dans le genre G/omus a l'exception
de S. coremioides. Cependant, cette révision n'a pas
été acceptée par Wu (32) qui, sur la base de carac-
teres morphométriques propres aux spores de
Sclerocystis, préconise le maintien de la totalité des
especes dans leur genre originel. Le genre
Entrophospora qui ne renfermait que trois especes (24),
s’est enrichi d’une nouvelle espèce: Entrophospora
kentinensis (33).
|| serait intéressant, pour mettre en évidence la diver-
sité des Glomales dans les stations, d’utiliser l’une des
méthodes de piégeage recommandées par Morton (21)
et Walker (31) quí permet d'extraire un nombre moyen
de spores relativement plus important que celui obte-
nu à partir d’une extraction effectuée directement avec
le même sol non dilué. Cette technique permet, en
outre, de disposer de spores de tout âge en quantité
et en qualité pour des études systématiques fines
(21,31) même si par ailleurs, elle ne tient pas compte
de la compétition entre espèces de champignons pour
la colonisation du système racinaire de la plante hôte
et d’un éventuel état de dormance des spores (5,29).
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А.Т. Diallo : Sénégalais. Titulaire du DEA en dernière année de Thèse, à l'ENSA.
Dr p.i. Samb : Sénégalais. Maître de conférences, Université Cheikh Anta Diop (UCAD).
Dr M. Ducousso : Français. chercheur, DRPF//SRA.
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