Approche et Action pour la Résilience au Changement

Approche et Action pour la Résilience au Changement
Approche et Actions pour la Résilience au Changement Climatique
UNION INTERNATIONALE POUR LA CONSERVATION
DE LA NATURE
Centre de Coopération pour la Méditerranée de l'UICN
C / Marie Curie 22
29590 Campanillas, Málaga, España.
Tel. : +34 952 028430 - Fax : +34 952 028145
www.iucn.org/publications
www.iucn.org/mediterranean
Le Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN est soutenu par :
Approche et Actions pour la
Résilience au Changement Climatique
Approche et Actions pour la
Résilience au Changement Climatique
APPROCHE ET ACTIONS POUR LA RÉSILIENCE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
Approche et Actions pour la
Résilience au Changement Climatique
Projet SEARCH au Maroc
UAE - UICN Med - ATED
Mohamed JABRANE et Lahcen TAIQUI
5
1
6
2
3
4
Photos de couverture:
1.- Touffes de palmier nain dans un champ (humidité-consolidation du sol, exploitation de la plante) @ Equipe SEARCH
2.- Pépinière avec système de brumisation @ Equipe SEARCH
3.- Système bocager du Rif occidental @ Equipe SEARCH
4.- Femmes en atelier participatif @ Equipe SEARCH
5.- Haie le long d’un petit cours d’eau @ Equipe SEARCH
6.- Femme du Nord marocain dans une parcelle de plantation des PAM @ Equipe SEARCH
La terminologie géographique employée dans cet ouvrage, de même que sa présentation, ne sont en aucune manière l’expression d’une
opinion quelconque de la part de l’UICN ou de l’Union Européen sur le statut juridique ou l’autorité de quelque pays, territoire ou région que ce
soit, ou sur la délimitation de ses frontières.
Les opinions exprimées dans cette publication ne reflètent pas nécessairement celles de l’UICN ou de l’Union Européene.
Le présent ouvrage a pu être publié grâce à un soutien financier de l’Union Européen.
Publié par :
Droits d’auteur :
UICN, Malaga, Espagne
©2014 Union internationale pour la conservation de la nature et de ses ressources
La reproduction de cette publication à des fins non commerciales, notamment éducatives, est permise sans autorisation
écrite préalable du [des] détenteur[s] des droits d’auteur à condition que la source soit dûment citée.
La reproduction de cette publication à des fins commerciales, notamment en vue de la vente, est interdite sans autorisation
écrite préalable du [des] détenteur[s] des droits d’auteur.
Citation :
Jabrane, M. et Taiqui, L. (2014). Approche et Actions pour la Résilience au Changement Climatique. UICN, Malaga, 40p.
ISBN :
978-2-8317-1672-5
Photo couverture:
Equipe SEARCH
Mise en page :
Simétrica S.L.
Produit par :
UICN-Centre de Coopération pour la Méditerranée
Imprimé par :
Solprint, Mijas, Malaga, Espagne
Disponible auprès du :
UICN-Centre de Coopération pour la Méditerranée
C/ Marie Curie 22
29590 Campanillas, Malaga, Espagne
Tel: +34 952 028430
Fax: +34 952 028145
www.iucn.org/mediterranean
This publication has been produced with the assistance of the European Union. The contents of this publication are the sole responsibility of the
International Union for Conservation of Nature - Regional Office for West Asia and can in no way be taken to reflect the views of the European Union.
Cet ouvrage est imprimé sur papier sans chlore, 130 gr g/m2
Sommaire
INTRODUCTION .............................................................................................................................................1
LE PROJET SEARCH .................................................................................................................................... 2
CONCEPTS DE BASE ....................................................................................................................................3
La résilience.............................................................................................................................................. 3
Le changement climatique........................................................................................................................5
CHANGEMENT CLIMATIQUE ET SES IMPACTS AU MAROC..................................................................7
PLANIFICATION DE LA RESILIENCE ........................................................................................................10
Approche participative ............................................................................................................................10
Description du site du projet SEARCH...................................................................................................11
Cycle de planification participative.........................................................................................................14
Analyse des parties prenantes................................................................................................................15
Vision .......................................................................................................................................................16
Evaluation de la vulnérabilité...................................................................................................................18
Scenarios, stratégies et planification adaptative ..................................................................................22
ACTIONS PILOTES ......................................................................................................................................26
Facilitation................................................................................................................................................26
Planification participative ........................................................................................................................27
Organisation des communautés locales ................................................................................................29
Captage des eaux pluviales....................................................................................................................29
Domestication des plantes aromatiques et médicinales .......................................................................32
Fours à pain améliorés............................................................................................................................35
Biométhanisation.....................................................................................................................................35
Cuvettes en demi-lunes ..........................................................................................................................36
Cordons de pierres..................................................................................................................................37
Terrasses avec murets ............................................................................................................................38
Haies vives...............................................................................................................................................39
Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN
APPROCHE ET ACTIONS POUR LA RÉSILIENCE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
INTRODUCTION
Durant les dernières décennies, la
fluctuation du climat à l’échelle planétaire a
soulevé de multiples interrogations quant à
la pérennité et la gravité du phénomène.
Dans son 4ème rapport, le Groupe
Intergouvernemental d’Experts sur
l’Evolution du Climat (GIEC) affirme que la
terre est soumise non seulement à des
variations naturelles du climat mais aussi à
des changements climatiques dus à
l’activité anthropique. Les derniers rapports
de 2013/2014 du même groupe d’experts
confirment que le changement climatique
est sans équivoque.
Pour faire face à la gravité de ce
phénomène, la communauté internationale
s’est engagée dans un processus de
réflexion sur les stratégies et les projets
pouvant être articulés afin de répondre à ce
défi. Lequel ne peut être relevé que par la
participation et l’engagement de tous les
intervenants, à tous les niveaux, y compris
les communautés locales. Il est nécessaire
alors, surtout dans les pays en
développement, de renforcer les capacités
des différents acteurs à l’échelle locale. Ce
renforcement de capacités doit être basé
sur la mise en place de processus
appropriés d’apprentissage collectif et de
partage d’expériences et de
connaissances.
Dans ce sens, la gestion des connaissances
est fondamentale pour la création, la
diffusion et le partage de la connaissance
en vue d’influencer les pratiques
individuelles, organisationnelles, et/ou
politiques publiques1. La connaissance est
en fait une source de leçons et constitue un
@ Equipe SEARCH
1
1 http://www.undp-aap.org/sites/undp-aap.org/files/AAP_Manuel_Capitalisation_Experiences%28version_provisoire%29.pdf
Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN
APPROCHE ET ACTIONS POUR LA RÉSILIENCE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
capital comme le capital financier et
technique. La capitalisation permet de
valoriser et produire de la connaissance,
contribuer à l’élaboration d’un patrimoine
institutionnel de connaissances, générer des
outils d’apprentissage et fournir des
contenus communicationnels. Le partage
des savoirs traditionnels, des savoirs locaux
et des savoirs scientifiques permet de
renforcer le processus de mise en œuvre de
projets et/ou programmes de
développement.
Produit dans le cadre du Projet « Résilience
Agricole, Ecologique et Sociale face au
Changement Climatique (SEARCH) » au
Maroc, ce document est destiné au partage
des approches, méthodologies et
expériences « pilotes » réalisées, au Rif
occidental ou ailleurs, face au changement
climatique. L’objectif est de promouvoir
l’approche du projet à la résilience face au
changement en intégrant en plus des
technologies adaptatives, la diversification,
l’auto-organisation et l’apprentissage.
2
Ce document présente, en plus du
processus participatif conduisant à
l’élaboration des stratégies adaptatives par
l’approche SEARCH, des actions résilientes
réalisées face au changement climatique.
LE PROJET SEARCH
Le projet « Résilience Agricole, Ecologique
et Sociale face au Changement Climatique»
SEARCH (Social, Ecological, and
Agricultural Resilience in the face of Climate
Change) est un projet régional déployé dans
cinq pays arabes méditerranéens:
Egypte, Jordanie, Liban, Maroc et
Palestine2.
Il s’agit d’un projet financé par l’Union
Européenne pour une période de trois ans
(2011-2013) dont l’objectif est l’élaboration
et la mise en œuvre d’un « cadre de
résilience face aux changements
climatiques ».
Ce « cadre de résilience » vise de façon
spécifique à renforcer les capacités et les
méthodologies de planification de l’action
locale par le biais de l’apprentissage collectif
au profit des parties prenantes et par la
réalisation d’actions et « projets pilotes », au
niveau de bassins hydriques. Les
approches/composantes du projet sont :
1 - le renforcement des capacités des
partenaires et des parties prenantes en
matière d’utilisation d’outils, de stratégies et
de planification de l’adaptation au
changement climatique.
2 - la planification participative et l’action
collective par le biais d’élaboration de plans
d’adaptation des communautés et par la
mise en place de stratégies de gestion de la
résilience climatique à l’échelle des bassins
hydriques.
3 - la démonstration par des projets
pilotes et la concrétisation des stratégies
élaborées en utilisant des méthodes
adéquates, des techniques appropriées et
des procédés innovateurs au niveau des
communautés et au niveau des bassins
hydriques.
4 - la documentation des processus
d’apprentissage collectif, le partage de
l’information et des savoirs, la vulgarisation
des approches et des méthodes déployées
par l’utilisation des différents moyens
médiatiques aussi bien écrits
qu’audiovisuels.
Les groupes cibles sont d'une part des
femmes, des paysans, des associations et
des coopératives, et d'autre part, des élus
2 https://www.iucn.org/about/union/secretariat/offices/rowa/iucnwame_ourwork/iucnrowa_cc/ search_2/
B)
@ Equipe SEARCH
@ Equipe SEARCH
A)
A) Planification participative. B) Groupes cibles: les femmes
des collectivités territoriales et ingénieurs et
techniciens qui interviennent dans le bassin.
Au Maroc les groupes ciblés par le projet
SEARCH sont les populations de six
communes rurales du Bassin Oued El Kebir
(amont Barrage Martil) et une vingtaine de
cadres et responsables des services publics
et administratifs.
CONCEPTS DE BASE
La résilience
La résilience est « la capacité d’un
système social ou écologique d’absorber
des perturbations tout en maintenant la
même structure de base et modes de
fonctionnement, la capacité d’auto organisation et la capacité d’adaptation au
stress et au changement »3. Sous l’effet du
changement climatique, la résilience ne
signifie pas un ajustement pour maintenir
une situation donnée. Dans les systèmes
sociaux et écologiques interdépendants et
complexes, la résilience signifie plutôt agir
pour transformer des communautés et des
économies vers des configurations qui
fonctionnent mieux sous un nouveau
régime climatique dynamique4.
Le cadre de résilience face au changement
climatique adopté par le projet SEARCH
est basé sur quatre composantes (fig. 1) :
a- la diversité ; signifie la richesse et
l’abondance des éléments. En cas de
déclin d’une partie du système, la
continuité du fonctionnement du système
est assurée grâce à la redondance
fonctionnelle offerte par la diversité. Celleci favorise donc l’aptitude d’un système à
évoluer tout en gardant le même contrôle
sur sa structure et son fonctionnement.
Aussi bien en écologie qu’en économie et
mode de production, la diversité renforce
le fonctionnement. Ce sont les différentes
3 GIEC, 2008. IPCC Fourth Assessment Report: Climate Change 2007.
4 FOLKE C., CARPENTER S. R., WALKER B., SHEFFER M., CHAPIN T. & ROKSTROM J., 2010. Resilient thinking: integrating
resilience, adaptability and transformability. Ecology and Society 15(4):20. http:///www. Ecology and society. org/vol/iss4/art20/
Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN
3
APPROCHE ET ACTIONS POUR LA RÉSILIENCE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
composantes de la diversité (agriculture,
industries, commerces …) qui assurent à
la société des moyens et des possibilités
d’adaptation. En plus, lorsqu’un groupe de
diverses parties prenantes partage
l’information et la gestion d’une ressource,
la prise de décision peut être meilleure et
facilement admise par la société. La
biodiversité, quant à elle, assure la
disponibilité des services écologiques
pour atténuer les adversités et soutenir la
viabilité et la productivité.
b- l’infrastructure ; dite aussi structure
physique est à la base du fonctionnement.
Elle comprend :
– Le milieu naturel, qui garantit la
conservation et la mobilité des espèces
et qui assure la régulation des flux des
matières et d’énergie. C’est l’ensemble
des couverts naturels et le réseau
hydrique qui assurent les services
écologiques indispensables.
4
Economie,
Moyens de subsistance
et Biodiversité
– L’infrastructure construite par l’homme
comme les réseaux routiers, les retenues
d’eau, l’immobilier et tout ce qui est «
introduit » par l’homme dans les
paysages naturels.
C’est la gestion durable et adaptée de ces
infrastructures et l’utilisation de
technologies conventionnelles adéquates
qui peuvent réduire les vulnérabilités et
atténuer les impacts du changement
climatique.
c- la capacité d’autorégulation ; cette
autre caractéristique des systèmes résilients
traduit la capacité endogène de
reconstruction et redéploiement. Hautement
adaptative, elle permet la remise en place
de la structure et le dynamisme après
perturbation. Au niveau des communautés,
cette caractéristique est mise en œuvre à
travers la gouvernance participative et le
renforcement des capacités.
Diversité
Technologie et
infrastucture
durable
Résilience
Infrastucture
naturelle et
d’ingénierie
Technologies durables
Apprentissage
Figure 1. Cadre de Résilience Climatique.
Gouvernance
participative
Reforcement
de capacités
Auto-organisation
et Gouvernance
Compétences
Sensibilisation
d- l’aptitude à construire et à
augmenter la capacité
d’apprentissage. Les parties prenantes
peuvent utiliser de nouvelles
technologies et compétences
d’adaptation, elles peuvent aussi utiliser
l’information et les stratégies adaptatives
disponibles. C’est grâce à l’accumulation
d’expériences génétiquement et
culturellement mémorisées et transmises
que l’histoire de la nature et de la société
humaine évolue. Tributaire de
l’adaptation, l’évolution de l’humanité
traduit la valorisation des savoirs acquis
et leur amélioration par l’apprentissage
collectif permanent.
Ces quatre caractéristiques/composantes
du « cadre de la résilience climatique »
déterminent les actions à entreprendre et
les stratégies à élaborer pour construire la
résilience.
Le changement climatique
Tout au long de ces cinq dernières
décennies, l’ensemble des continents a
connu des fluctuations majeures du climat
ayant fait et font encore l’objet de
nombreuses études aussi bien sur leur
pérennité que sur leur gravité. Ces
perturbations climatiques ont provoqué
des catastrophes naturelles dévastatrices :
cyclones, ouragans, fonte de glaciers,
pluies diluviennes, inondations,
glissements de terrains, sécheresses
sévères etc. Les spécialistes du Groupe
d’Experts Intergouvernemental sur
l’Evolution du Climat (GIEC) affirment que
la terre est soumise non seulement à des
variations naturelles du climat mais aussi à
des changements climatiques dus à
l’activité de l’homme5.
Ces changements climatiques qui
déstabilisent les écosystèmes (dégradation,
exténuation…) et exercent une forte
pression sur les ressources naturelles
(surexploitation, déforestation…) rendent les
pays en développement beaucoup plus
vulnérables. Lesdits pays dépendent
énormément des ressources naturelles et
manquent de moyens financiers, de
moyens technologiques et de compétences
humaines pour faire face aux impacts des
changements climatiques.
D’après le GIEC, le changement climatique
signifie une variation du climat que l’on
peut déceler (par ex. au moyen de tests
statistiques) par des modifications de la
moyenne et/ou de la variabilité de ses
propriétés et qui persiste pendant une
longue période. Généralement pendant
des décennies et plus. Cette variation se
rapporte à tout changement dans le temps
qu’il soit dû à la variabilité naturelle ou à
l’activité humaine. Cette définition diffère
de celle de la Convention des Nations Unis
sur le Changement Climatique (CNUCC)
selon laquelle le changement climatique
désigne les changements attribués à une
activité humaine et qui viennent s’ajouter à
la variabilité naturelle du climat observée
au cours de périodes comparables. En
somme, le réchauffement du climat est
sans équivoque. On note déjà, à l’échelle
du globe, une hausse des températures
moyennes de l’atmosphère et de l’océan,
une fonte massive de la neige et de la
glace et une élévation du niveau de la mer.
L’augmentation de la température
moyenne du globe observée depuis 1950
est très probablement due à la hausse des
concentrations des gaz à effet de serre
(GES). A l’exception de l’Antarctique, tous
les continents ont subi un réchauffement
provoqué par l’activité de l’homme.
5 IPCC, 2013: Climate Change 2013: The Physical Science Basis. Contribution of Working Group I to the Fifth Assessment Report of
the Intergovernmental Panel on Climate Change [Stocker, T.F., D. Qin, G.-K. Plattner, M. Tignor, S.K. Allen, J. Boschung, A. Nauels, Y.
Xia, V. Bex and P.M. Midgley (eds.)]. Cambridge University Press, Cambridge, United Kingdom and New York, NY, USA, 1535 pp.
Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN
5
@ Equipe SEARCH
APPROCHE ET ACTIONS POUR LA RÉSILIENCE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
6
La maîtrise des émanations, en
l’occurrence l’atténuation (mitigation),
signifie la mise en œuvre de politiques en
vue de réduire les émissions de GES et
d’accroître le captage et le stockage de
ces gaz. Cependant, même si les
émissions de gaz à effet de serre étaient
maîtrisées, le réchauffement produit par
l’activité de l’homme et l’élévation du
niveau de la mer se poursuivraient
pendant plusieurs décennies car les
processus et rétroactions du climat
nécessitent énormément de temps (des
décennies et des siècles). Il est par
conséquent nécessaire de mettre en place
des stratégies d’adaptation à moyen et à
long terme.
L’adaptation est l’ajustement des systèmes
naturels ou humains au changement
climatique et à ses effets. La planification de
l’adaptation dépend de l’analyse de la
vulnérabilité puisque les impacts potentiels
et les capacités adaptatives sont
inégalement répartis entre les systèmes. En
fait, la vulnérabilité est tributaire de
l’exposition, de la sensibilité et de la
capacité d’adaptation du système à la
variation climatique. L’exposition et la
sensibilité sont généralement estimées en
fonction des modèles globaux et régionaux
de projections futures, selon différents
scénarii. La prédiction du changement
climatique au niveau local nécessite une
mise en échelle appropriée.
CHANGEMENT CLIMATIQUE
ET SES IMPACTS AU MAROC
6
A l’instar de l’ensemble des pays de la
planète, le Maroc subit les effets des
changements climatiques avec les
spécificités que lui confèrent sa position
géographique et les particularités de ses
écosystèmes. Situé au nord-ouest de
l’Afrique, entre deux zones climatiques
(tempérée au nord et tropicale au sud), le
Maroc a un climat méditerranéen très varié :
perhumide, humide, subhumide, semi-aride,
aride et saharien. Les observations des
dernières décennies montrent l’avancée du
climat aride et semi-aride vers le nord du
pays. Les projections climatiques prévoient
une aggravation de la situation tout au long
du XXIème siècle.
1. Tendances du changement climatique
au Maroc :
La seconde communication nationale sur le
climat présentée en 2010 confirme que
durant les dernières décennies, le pays a
connu un réchauffement significatif et une
augmentation de la fréquence et de
l’intensité des événements extrêmes. De
1960 à 2000 le réchauffement moyen global
a été autour de 1°C sur tout le territoire,
avec un maximum de 1,4°C dans la région
sud-est du pays. Les vagues de chaleur ont
nettement progressé au détriment des
vagues de froid. De 1976 à 2006, les pluies
ont diminué de 3 à 30% selon les régions
avec une régression, en particulier
hivernale, dans les hauts plateaux de
l’Oriental. Pendant la même période, les
précipitations du trimestre février-avril ont
baissé de 23 mm en moyenne et de 38mm
(l’équivalent du tiers de la normale) dans le
nord-ouest du pays. Les épisodes de
sécheresse en saison pluvieuse
(septembre-avril) se sont allongés de plus
de 15 jours. De 1995 à 2010, l’intensité et la
fréquence des inondations ont été de plus
en plus importantes. Des crues massives
ont affecté les différentes régions du pays
avec des pertes humaines et dégâts
économiques importants.
2. Projections climatiques :
Les projections futures des changements
climatiques au Maroc ont été simulées en
utilisant l’algorithme de régionalisation
SCENGEN, à partir des résultats du modèle
climatique global MAGICC. Les résultats
résumés dans le tableau suivant montrent
des différences importantes entre
différentes grandes régions du pays. La
température moyenne augmenterait en
2045 par rapport à la période de référence
(1960-1990) de 1.6 au Sud à 2.1°C dans
l’Oriental. A l’horizon 2045, les
précipitations moyennes diminueraient
selon le scénario A1B (scénario pessimiste)
de 8.5 au Sud à 16.5% au Centre. Pour le
scénario B2 (scénario optimiste), la
diminution serait de 10.2 à 13.6%.
3. Eléments de sensibilité du Maroc au
changement climatique :
De part sa situation géographique, sa
structure topographique et la nature de son
couvert végétal, le Maroc présente des
vulnérabilités intrinsèques :
– une importante façade maritime étendue
en latitude (3400 km)
– un domaine montagneux (quatre chaines)
avec de fortes différences en étendue et
en altitude.
6 Seconde Communication Nationale sur les Changements Climatiques (2010) et Rapport National des objectifs du Millénaire pour le
Développement (2009).
Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN
7
APPROCHE ET ACTIONS POUR LA RÉSILIENCE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
– une grande fragilité de certains
écosystèmes (zones littorales, vallées
présahariennes, …) et une faune et une
flore extrêmement diversifiées
– une répartition irrégulière des
précipitations dans le temps et dans
l’espace (2000 mm sur les reliefs au nord
à moins 25 mm dans le désert au sud)
– manque de connaissances pertinentes
sur l’adaptation aux changements
climatiques
– inégalités face aux effets négatifs du
changement climatique (les couches
sociales pauvres sont les plus
vulnérables).
4. Impacts du changement climatique au
Maroc :
8
Sous l’effet des sécheresses sévères et
fréquentes qu’a connues le pays ces
dernières décennies, la baisse des apports
en eau a atteint 20% sur la période 19402005 et la température moyenne a
augmenté de plus de 1°C entre 1960 et
2000. La récurrence de ces sécheresses et
la tendance de la réduction des
précipitations vont entrainer une baisse des
ressources en eau superficielles et
souterraines estimée entre 10 et 15%
environ d’ici l’an 2020. Par ailleurs le
phénomène de crues s’est accentué durant
les deux dernières décennies (Ourika en
1995, Tétouan en 2000, Mohammedia en
2002, Merzouga en 2006, Tanger, Nador, Al
Hoceima, Fnideq en 2008, Er-Rachidia et
Rabat en 2009, les régions d’El Gharb du
Sous en 2010).
Le déficit en eau, estimé à près de 5
milliards de m3 à l’horizon 2030, pénalise
l’ensemble de l’économie. Les impacts sur
l’alimentation, la santé humaine et les
écosystèmes affectent, d’ores et déjà, tous
@ Equipe SEARCH
– une urbanisation croissante des zones à
risques (littoral, lits des oueds, …)
les territoires. La dégradation des cultures,
des parcours et des sols conduit à un fort
accroissement du taux d’envasement des
retenues des barrages, qui pourrait dans de
nombreux bassins versants dépasser 1%
par an du volume de la retenue du barrage.
Les cultures pluviales seront
particulièrement affectées par la réduction
des précipitations. La grêle et le gel peuvent
avoir aussi des incidences économiques
importantes. Dans le futur, les pertes de
rendement des céréales risquent de causer
l’exode de près de 6 millions d’habitants.
De même, la dégradation de l’espace
forestier aura des répercussions graves sur
les populations de montagne. Cet espace
connait une régression de plus de 31.000
ha par an, perte devant s’accentuer
d’avantage en raison de l’accroissement
des épidémies parasitaires, des incendies,
de la pression sur les parcours, des
défrichements et des prélèvements de bois
de feu.
Le changement climatique risque aussi de
compromettre les progrès réalisés en
matière de lutte contre des maladies
infectieuses comme le paludisme et le
choléra. Les phénomènes extrêmes, vagues
de chaleur ou de froid, ne manqueront pas
* en matière de prévention des risques, la
stratégie prévoit le renforcement du Plan
National de Protection Contre les
Inondations. Un Fonds National de Lutte
Contre les Effets des Catastrophes
Naturelles a été institué en 2009. Ces
actions sont complétées par la mise en
place d’un Système d’Alerte Précoce à la
Sécheresse et par un projet de plantation
d’un million de palmiers dattiers à
l’horizon 2015 et 2, 9 millions à l’horizon
2030.
non plus d’affecter les populations
vulnérables, particulièrement les plus
pauvres, les nourrissons et les personnes
âgées. L’incidence des maladies chroniques
(asthme, rhumatisme, grippes, etc.) pourrait
sensiblement augmenter. D’autres maladies
comme les maladies respiratoires et celles à
transmission vectorielle et hydrique risquent
également d’être aggravées.
Face au changement climatique, le Maroc a
élaboré un plan national qui vise la
consolidation des stratégies sectorielles en
matière d’atténuation des GES et
d’adaptation aux changements climatiques.
Dans ce cadre :
* le Plan Directeur de Reboisement vise la
plantation d’un million d’ha sur la période
2015-2030.
* une priorité est donnée aux énergies
renouvelables à travers de grands
chantiers relatifs aux énergies solaire et
éolienne.
* le Plan Maroc Vert prévoit des mesures
d’adaptation, en particulier l’économie
d’eau, la préservation des sols, la
promotion de l’arboriculture et l’appui à
l’agriculture solidaire autour des produits
de terroir.
* pour le renforcement des infrastructures
hydrauliques, le Plan d’action 2010-2030
vise la réalisation de 59 grands barrages
et d’un millier de petits et moyens
barrages. Ce programme sera renforcé
par la réutilisation des eaux usées et le
développement d’usines de dessalement
de l’eau de mer utilisant l’énergie solaire
ou éolienne. Il est envisagé également le
transfert d’eau du nord au sud.
* l’Initiative Nationale de Développement
Humain (INDH) inscrite dans le cadre des
objectifs du Millénaire, cible l’atténuation
de la pauvreté et la précarité à travers la
promotion d’AGR et l’amélioration de
l’accès aux services sociaux.
TEMPÉRATURE
(ºC)
TABLEAU 1. Prédictions des changements des températures et précipitations moyennes à
l’horizon 2045 et 2075, par région géographique au Maroc.
T moyenne de 1960-1990
2045
PRECIPITATION
(mm)
2075
2075
NORD
CENTRE
SUD
17.1
19.3
17.6
20.1
A1B
19.2
21.0
19.4
21.7
B2
19.2
21.0
19.4
21.7
A1B
21.0
22.4
22.0
23.0
B2
20.4
21.9
20.4
22.5
P moyenne de 1960-1990
2045
ORIENTAL
140
720
236
59
A1B
118
623
197
54
B2
122
634
204
53
A1B
117
567
190
45
B2
115
589
190
49
Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN
9
APPROCHE ET ACTIONS POUR LA RÉSILIENCE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
PLANIFICATION
DE LA RESILIENCE
Ce chapitre présente le processus de
planification de la résilience dans le site du
Projet SEARCH au Maroc. Il commence
par l’approche participative qui a été
utilisée à différents niveaux d’intervention.
Le cycle de planification participative qui a
permis d’aboutir aux actions adaptatives
est explicité après description du site
d’action et ses unités socio-écologiques.
Conformément au cycle de planification
participative adopté, les méthodes et
résultats des étapes de l’élaboration de la
vision de la résilience, d’évaluation de la
vulnérabilité et de développement des
stratégies sont alors successivement
documentés. L’objectif est de fournir les
bases qui justifient le choix des actions
10
Figure 2. Echelle de participation des parties prenantes.
pratiques sélectionnées dans le chapitre
suivant.
Approche participative
Tout individu ou groupe ayant des
intérêts de valeur (matérielle ou non) qui
peut être affecté par le changement
climatique ou par les actions
entreprises pour anticiper des risques
climatiques est considéré partie
prenante. Les parties prenantes
peuvent être des décideurs, des
communautés ou des gestionnaires
dans les zones sous risque climatique
effectif ou potentiel. En fonction des
problèmes et des objectifs, certaines
parties prenantes sont plus affectées ou
plus influentes que d’autres.
L’implication de toutes les parties
prenantes dans le processus de
l’élaboration, de la décision et de
l’adoption des stratégies est extrêmement
importante pour aboutir à des alternatives
et des solutions durables. Cette
implication peut aller de la simple
information au partenariat, en passant par
la consultation et la participation effective
des parties prenantes (Fig. 2). Pour aboutir
à l’auto-mobilisation autour des objectifs,
les différentes parties prenantes doivent
être organisées en réseaux d’intérêts
mutuels.
La constitution de réseaux entre les
parties prenantes ou réseautage est un
processus d’apprentissage très précieux.
Dans ce processus, les parties prenantes
sont égales, ce qui facilite la prise des
décisions et l’émergence de nouvelles
solutions. L’innovation représente ainsi
une capacité collective car elle permet
d’améliorer la qualité de la prise des
décisions stratégiques par la
communication adéquate et la
coopération efficace.
(aménagement agricole, forestier et
hydrique) et pauvre en infrastructures et
en équipements ;
– présence de signes évidents de
vulnérabilité socioéconomiques
(pauvreté, exode, …) et écologiques
(érosion, glissement de terrain…) ;
– présence de divers activités et
programmes sectoriels de plusieurs
partenaires et intervenants ;
– élus et Conseil Communal dynamiques
et collaboratifs ;
– populations rurales dotées de structure
d’organisation (association, coopérative,
…) et prêtes à la participation.
Ce bassin est situé au sud de Tétouan en
amont du barrage de Martil encore en cours
de construction (Fig. 3). Il est délimité par
les coordonnées N35°14'45" - N35°26'55",
W5°22'30" - W5°34'12". Il a une superficie
de 223 km2 et abrite une population
d’environ 11642 habitants en 2004 (dernier
recensement), actuellement estimée à plus
L’évolution et la réussite du processus
participatif nécessite la constitution d’un
noyau de facilitation capable de jouer le rôle
de catalyseur pour mobiliser d’autres parties
prenantes afin de réaliser les objectifs. Dans
le cadre du Projet SEARCH, une équipe
poly-disciplinaire a été constituée pour
assurer cette fonction. Ladite équipe est
présentée ci-dessous au sein du chapitre
consacré aux actions pilotes.
11
Description du site du projet SEARCH
– bassin hydrique nécessitant un
aménagement territorial intégré
@ Equipe SEARCH
C’est le bassin hydrique de l’Oued El Kebir
qui a été choisi comme site pilote, en
prenant en considération divers critères
relatifs à ses atouts et ses vulnérabilités.
Les critères adoptés pour sélectionner ce
site sont les suivants :
Figure 3. Position du Bassin de Oued El Kebir à
l’extrême Nord-Ouest du Maroc.
Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN
APPROCHE ET ACTIONS POUR LA RÉSILIENCE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
@ Equipe SEARCH
tempérés à froids. La couverture végétale
est formée de forêts naturelles (29,5%),
de matorrals (20,5%) et de plantations
forestières (4,7%), alors que l’agriculture
occupe 45% de l’aire du bassin.
Figure 4. Position du Bassin de Oued El Kebir sur la
carte des Collectivités territoriales au Sud de Tétouan.
de 14500. Il comprend cinq Communes
Rurales appartenant à la Province de
Tétouan (Bni Leit, Al Hamra, Zinat, Bni idder
et Sahtriyine) et une commune rurale
Tazroute qui relève des compétences de la
Province de Larache (Fig. 4).
12
L’écoulement des eaux du réseau
hydrographique du bassin se fait du sud
vers le nord ; du sommet de Jbel
Bouhachem jusqu’à la station
météorologique Chibech. Le point
culminant est situé au sommet du Jbel
Bouhachem reconnu par sa richesse et sa
diversité biologique. L’ensemble du bassin
fait partie du territoire de la Réserve de
Biosphère Intercontinentale de la
Méditerranéenne (RBIM). Dans ce bassin,
l’altitude varie de 96 m à 1640 m sur une
longueur d’environ 20 kilomètres. La
lithologie est constituée de grès (41%),
flyschs (38%) et argiles (14%). Le climat
est subhumide à perhumide à hivers
Le bassin Oued El Kebir comprend deux
types d’unités socio - écologiques : des
unités agro - forestières et des unités
agricoles (Fig. 4). Pour identifier ces unités,
le site a été subdivisé en aires homogènes
autour des douars. Les informations
relatives aux milieux physique et humain
ont été recueillies pour chaque aire à partir
de la base de données du Système
d’Information Géographique établie pour le
site par SEARCH. Ces informations ont été
soumises à des analyses multivariées7
ayant permis l’identification des deux types
d’unités socio-écologiques considérées.
Répartis de part et d’autre du grand axe
(sud - nord) du réseau hydrique, le type
agro-forestier occupe la rive gauche et le
type agricole s’étend sur la rive droite et
l’aval du bassin. Le premier est dominé par
des roches gréseuses et par un important
couvert forestier. Le second, dominé par
des flyschs et à couvert végétal faible, est
exposé à des phénomènes d’érosion
hydrique et des glissements de terrains. Sur
le plan social, le taux de pauvreté et
d’analphabétisme sont plus prononcés dans
les unités agricoles mais l’ensemble des
communautés du bassin est très vulnérable.
La figure 5 illustre l’occupation des sols
dans les deux unités socio-écologiques par
des photographies aériennes actuelles.
A travers le temps, les systèmes agroforestiers se sont mis en place par
l’activité humaine au dépens de
l’écosystème forestier naturel8. L’extension
de l’agriculture entraine la disparition du
couvert naturel et l’apparition de socio-
7 Analyse des Composantes Principales et Analyse Canonique des Correspondances. Pour plus d’information sur l’identification des
unités socio-écologiques : https://cmsdata.iucn.org/downloads/analyse_vulnera_search_oct_2012_lowres.pdf
8 L. TAIQUI et C. MARTIN, 1997. Eléments historiques d’analyse écologique des paysages montagneux du Rif occidental (Maroc).
Mediterranea, Serie de Estudios Biológicos, 16 : 23-35.
@ Equipe SEARCH
@ Equipe SEARCH
Figure 5. Images aériennes exemples d’unités socio-écologiques du Bassin : à gauche, type agro-forestier ; à droite :
type agricole.
écosystèmes agricoles. Au bout d’un
certain temps, les espaces agricoles
deviennent dégradés par l’érosion. Sans
restauration écologique, le système court
Système forestier naturel
le risque de la désertification. La figure 6
illustre cette succession et montre la
proximité du système agricole du seuil de
basculement irrécupérable vers le désert.
Restauration écologique
Désertification
Forêt
Matorral
Cultures extensives
Cultures intensives
Système Agro-forestier
Système Agricole
Dégradation du système
Figure 6. Modèle schématique de la dynamique des socio-écosystèmes du Rif marocain.
Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN
13
APPROCHE ET ACTIONS POUR LA RÉSILIENCE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
activités destinées au développement des
stratégies et à l’élaboration du plan final.
Ces deux phases du processus de
planification et de prise de décision sont
décisives et déterminantes quant à la
qualité des résultats. Les autres phases du
cycle permettent d’explorer la capacité
adaptative du système et l’apprentissage
collectif par la démonstration, l’action et la
rétroaction.
Figure 7. Cycle de planification participative.
Cycle de planification participative
14
L’évaluation, l’élaboration des stratégies,
l’implantation et la réévaluation constituent
des étapes fondamentales du processus
cyclique de la planification. Pour le projet
SEARCH9, le cycle de planification
participative adopté (Fig. 7) vise le
renforcement des composantes de la
résilience par un processus continu
d’organisation, participation,
expérimentation, adaptation et
apprentissage. Il s’agit à la fois de tester
des techniques appropriées, de chercher
des solutions adéquates et de créer une
culture de bonne gouvernance.
Selon le cycle de planification adopté par
SEARCH , la première phase d’élaboration
d’une vision future partagée est basée sur
une identification participative des
problèmes et leur analyse. La deuxième
phase concernant l’évaluation de la
vulnérabilité socio - écologique est fondée
sur la collecte et le partage d’informations
nécessaires qui serviront aussi à d’autres
Face à l’incertitude, l’analyse des scénarii
est cruciale pour réussir la liaison
appropriée entre la vision et la mise en
place de stratégies. Il s’agit en fait d un
outil à déployer à maintes reprises pour
identifier les stratégies d’atténuation de la
vulnérabilité et de renforcement de la
capacité adaptative. Il offre une base pour
prioriser les stratégies et implanter les
plans répondant le mieux à la vision initiale
de la résilience.
De manière générale, l’utilisation du cycle
doit être flexible car le passage d’une
étape à une autre s’effectue dans les deux
sens. Le retour d’une étape à la
précédente est souvent indispensable
pour améliorer le résultat. Le succès du
processus de planification dépend des
conditions suivantes :
– une définition claire des problèmes et
par conséquent de la vision à long terme
pour les résoudre. C’est la vision qui
oriente et conditionne les étapes
successives du processus de
planification.
– une évaluation correcte de la situation
exige la création d’une base de données
acceptée et partagée entre toutes les
parties prenantes. La base de données
n’est pas nécessairement exhaustive
pour l’identification participative des
problèmes ou la prise d’une décision
optimale.
9 MORLARTY P., BATCHELOR CH., ABD-ALHADI F. T., LABAN P. & FAHMY H., 2007. The EMPOWERS approach to water governance:
guidelines, methods and tools. INWRDAM, Jordan. http://www.empowers.info/page/2850.
– il y a plusieurs options pour atteindre une
vision donnée. Le choix entre les options
est une décision politique collective;
l’approche participative constitue un
appui au processus politique et ne le
substitue en aucun cas.
– puisque les différentes options
comportent des risques variés, l’enjeu
de la planification effective réside dans
la réduction et l’atténuation de ces
risques à moyen et à long terme.
– l’opinion des communautés locales et
les droits des plus défavorisés doivent
être respectés dès le début et durant
tout le processus de planification.
– le cycle de planification participative est,
ainsi, une approche de gestion
adaptative qui s’avère particulièrement
efficiente en présence d’incertitudes
multiples et au cas où l’information est
incomplète ou douteuse.
Analyse des parties prenantes
La méthode RAAKS10 (Rapid Apparaisal of
Agricultural Knowledge System ou
l’Evaluation Rapide de Systèmes de
Connaissance Agricoles) préconise que les
solutions techniques sont nécessaires mais
ne sont pas suffisantes pour l’innovation
adéquate des pratiques. Les objectifs du
développement agricole durable
représentent eux-mêmes une partie du
problème. L’identification et la formulation
du problème demandent autant d’intérêt et
d’effort que l’élaboration de la solution.
D’autant plus, les solutions des problèmes
doivent être développées et ajustées entre
plusieurs acteurs qui ne sont pas
nécessairement des scientifiques,
techniciens ou agriculteurs. Les femmes
rurales, les consommateurs, les
gestionnaires doivent aussi participer dans
l’identification et la résolution des
problèmes. Ces acteurs sociaux sont reliés
dans un réseau de relations à la recherche
de l’innovation adaptée de leurs pratiques.
La méthode RAAKS permet aux parties
prenantes d’identifier ces relations et
d’assumer leurs rôles dans la recherche
d’innovations et de solutions concrètes.
Dans la pratique, RAAKS est une approche
flexible qui offre une variété de perspectives
qui peuvent être adaptées au cycle de
planification. L’évaluation rapide des
systèmes de communautés agricoles
comprend trois étapes : (I) l’étape de
définition du système et ses problèmes, (II)
l’étape d’analyse des opportunités et des
contraintes et (III) l’étape d’articulation de
l’analyse politique.
La définition du système se réfère à
l’analyse des parties prenantes. Cette
analyse consiste à identifier les institutions,
les groupes ou les personnes susceptibles
d’affecter ou d’être affectés par le
changement climatique ou par le
processus de prise de décision. Une telle
analyse est indispensable pour mieux cibler
les partenaires, stimuler leur participation,
promouvoir leur coopération et faciliter le
partage de l’information en matière de
résilience face au changement climatique.
Dans le cadre du Projet SEARCH, cette
analyse a été menée par l’équipe de
facilitation lors de plusieurs ateliers. Les
parties prenantes principales ont été
identifiées après avoir dressé l’inventaire
des intervenants potentiels à différents
niveaux. La liste finale des parties
prenantes principales a été dressée en
fonction de leurs rôles, responsabilités,
intérêts et effets sur la gestion des
ressources naturelles. Cette liste n’est pas
définitive puisque le processus d’analyse
10 http://www.kit.nl/kit/RAAKS-multi-stakeholder-learning-in-agricultural-innovation-systems-In-depth
Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN
15
APPROCHE ET ACTIONS POUR LA RÉSILIENCE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
B)
© Equipe SEARCH
@ Equipe SEARCH
A)
Technique de « l’arbre des problèmes" (A) et calendrier climatique (B)
à l’échelle du Bassin Oued El Kebir. Il
s’avère que la relation des populations
locales avec les ressources naturelles est
beaucoup plus importante que celle des
autres parties prenantes, alors que la
relation des associations locales est la plus
faible. Le renforcement de capacités de ces
deux parties prenantes est nécessaire pour
atténuer la pression des populations locales
sur les ressources naturelles et améliorer
leur auto-organisation.
16
Vision
Figure 8. Importance relative des parties prenantes par
rapport aux ressources naturelles.
des parties prenantes est un processus
dynamique et continu.
La figure 8 représente l’importance relative
des principales parties prenantes identifiées
Les problèmes liés au changement
climatique et au développement durable
sont complexes. Pour surmonter cette
complexité, il est indispensable d’identifier
le problème central et de distinguer les
causes des conséquences. La technique de
« l’arbre des problèmes »11 commence par
identifier le problème focal ou central parmi
les problèmes évoqués par les participants.
11 Demante, M.J. 2007. Renforcement des capacités des acteurs du développement local et de la décentralisation - T6 : Définir les
objectifs et les actions. Iram, 16p. Eléments de méthode pour la planification locale. http://www.iram-fr.org/pdfpublications/431.pdf
17
Figure 9. Arbre des problèmes du Bassin Oued El Kebir élaboré lors de l’atelier participatif du 25 avril 2012.
Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN
APPROCHE ET ACTIONS POUR LA RÉSILIENCE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
Le problème central prend alors la position
du tronc d’un arbre. Les autres problèmes
sont ensuite répartis entre les racines et les
ramifications de l’arbre, selon leurs relations
directes. Les racines correspondent aux
causes du problème central et les
ramifications traduisent ses effets.
L’identification du problème central ouvre
la voie à l’élaboration d’une vision
commune. Afin de résoudre le problème
principal et concrétiser la vision, les
racines de l’arbre (causes du problème)
deviennent les objectifs du plan d’action.
La figure 9 illustre l’arbre des problèmes
développé par les parties prenantes à
l’échelle du bassin.
L’analyse des problèmes de l’ensemble
du Bassin et au niveau des douars, à
l’aide de la technique de « l’arbre des
problèmes », permet de construire une
vision composée. Elaborée par l’atelier à
l’échelle du Bassin, la vision stratégique
est la mise en œuvre d’une gestion
durable des ressources naturelles, à
moyen et à long terme. La réalisation de
cette vision doit intégrer les visions des
populations locales des différents douars
en fonction de leurs particularités et de
leurs préoccupations. Dans les unités
agro – forestières (Douar Tazia, CR
18
Tazroute), l’accent est mis sur
l’amélioration de la productivité des
terroirs par le développement de
l’irrigation et la protection des sols. Alors
que dans les unités agricoles (Douars
Ifartan et Isrifen, CR Beni Leit), l’urgence
est d’assurer la disponibilité de l’eau
potable et l’amélioration du réseau
routier. Ces visions modestes des
populations du Bassin exigent une
panoplie d’actions pour réduire les
vulnérabilités actuelles et permettre ainsi
d’assurer des conditions de vie décentes
et plus résilientes.
Pour intégrer les préoccupations des
douars et du bassin avec d’autres
préoccupations à l’échelle de la Région
Tanger Tétouan et de l’ensemble des
aires montagneuses du Nord Ouest du
Maroc, l’équipe SEARCH a abouti à la
vision générale suivante : « A l’horizon
2025, tous les villages ont accès à l’eau
potable et aux routes. Les ressources
naturelles sont gérées de façon durable
et de nouvelles activités d’économie
verte sont créées. Le plan climat pour
l’atténuation et l’adaptation au
changement climatique dans la région est
fonctionnel et il est articulé avec les plans
communaux de développement résilient ».
Evaluation de la vulnérabilité
@ Equipe SEARCH
Prédictions du changement climatique au
niveau local
Identification des problèmes avec les groupes cibles
Dans le cadre du Projet SEARCH, l’outil
statistique de réduction d’échelle SDSM a
été utilisé dans le but de produire des
scénarios futurs de changements climatiques
à haute résolution pour les paramètres
température moyenne et précipitations. Dans
cette perspective, trois types de données ont
été employés, à savoir, des observations
locales, des ré-analyses à basse résolution
provenant du NCEP (Centre National de
Prédiction Environnementale, Royaume Uni)
et des scénarios de changements
climatiques à basse résolution du modèle
anglais HadCM3.
Les scénarios de changements
climatiques futurs à haute résolution
obtenus s’avèrent similaires à ceux du
quatrième rapport du GIEC. En fait, le
calcul des anomalies des deux paramètres
étudiés, du climat futur par rapport au
climat actuel (1961-2000), montre une
augmentation des températures et une
diminution des précipitations pour les
horizons 2020, 2050 et 2080. Le scénario
A2 prévoit un réchauffement d’environ
1.6°C à l'horizon 2050 et d’environ 3,1°C à
l'horizon 2080. Pour le scénario B2, le
réchauffement serait de 1,5°C à l’horizon
2050 et de 2,2°C à l’horizon 2080. En ce
qui concerne les précipitations, la
diminution serait de 26% pour A2 et de
22% pour B2, à l’horizon 2050. A l’horizon
2080, la diminution serait de 45% (A2) et
de 35% (B2). A noter que ce
réchauffement et cette diminution des
précipitations seraient accentués
respectivement en été et au printemps
(Fig. 10, 11).
Ces changements climatiques
augmenteraient sans doute la pression sur
les ressources hydriques et des
modifications profondes du cycle de l’eau.
D’autant plus, les évènements extrêmes qui
caractérisent la région, tels que l’alternance
des périodes de sécheresse et des
épisodes pluvieux et orageux accompagnés
de vents violents. Les crues torrentiels et
les glissements de terrain ont tendance à
s’aggraver. La santé humaine,
l’environnement et l’ensemble des secteurs
socio-économiques seraient inévitablement
exposés à des impacts forts.
19
Figure 10. Anomalie saisonnière et annuelle (en °C) de la
température moyenne au niveau du bassin hydrique Oued
El Kebir pour les deux scénarios A2 et B2 et pour les trois
horizons futurs 2020 (2011-2040), 2050(2041-2070) et
2080(2071-2099) par rapport à la période 1961-1990.
Figure 11. Le changement en pourcentage au niveau des
cumuls saisonniers (hiver, printemps et automne) et
annuels des précipitations pour les trois horizons futurs
2020, 2050 et 2080 et pour les deux scénarios A2 et B2
au niveau du bassin hydrique Oued El Kebir.
Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN
@ Equipe SEARCH
APPROCHE ET ACTIONS POUR LA RÉSILIENCE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
20
Matrice de vulnérabilité
Dans le cadre du Projet SEARCH,
l’évaluation participative de la vulnérabilité
au changement climatique a été effectuée
en utilisant l’outil CRiSTAL12 et la méthode
CVCA13. L’outil CRISTAL utilise Microsoft
Excel comme support pour enregistrer et
résumer les données collectées des
ateliers participatifs sur les ressources et
moyens de subsistance, sur les risques
climatiques et leurs impacts, sur les
stratégies adaptatives et leur faisabilité. Il
a été utilisé auprès de groupes
homogènes en fonction de l’âge et du
genre (Douar Hmamiouech, CR Zinat). La
méthode CVCA permet d’examiner les
risques, leurs impacts, les stratégies
actuelles d’adaptation, l’efficacité de ces
stratégies, les alternatives et leurs
conditions de réalisation (Tableau 2). Il a
été employé à l’échelle de douars,
séparément avec des femmes et des
hommes (Tazia, Douars Lahyout), et dans
l’atelier du comité du bassin.
La vulnérabilité des populations du bassin
est marquée par leur dépendance des
ressources naturelles. Ces ressources sont
largement affectées par les risques
climatiques et épuisées par la
surexploitation. La vulnérabilité varie en
12 IIDD, IUCN & SEI-US, 2009. CRISTAL. Manuel d’utilisation. Version 4. URL http://www.iisd.org
13 CARE, 2009. CVCA Handbook. URL : http ://www.careclimatechange.org
TABLEAU 2. Matrice de vulnérabilité des Douars Lahyout.
RISQUES
CLIMATIQUES
IMPACTS
AUTRES CAUSES
NON
CLIMATIQUES
STRATÉGIES
ADAPTATIVES
ACTUELLES
EFFICACITÉ DES
STRATÉGIES
ACTUELLES
STRATÉGIES
ADAPTATIVES
ALTERNATIVES
CONDITIONS DE
RÉALISATION
EROSION
SÉCHERESSE
– Manque d’eau potable et d’abreuvage
– Dégradation du sol
– Manque d’eau d’irrigation
– Faibles ressources fourragères
– Diminution des rendements
agro-pastoraux
– Mortalité du bétail
– Envasement des barrages
– Absence d’entretien des sources
– Pentes fortes
– Absence de puits
– Manque d’arbres
– Absence de stockage d’eau
– Absence de terrasses antiérosives
– Recherche d’autres sources non
asséchées
Présence de haies vertes de lentisque
– Utilisation d’animaux de traits pour la
recherche d’eau
Relative contre la soif
Relative à cause de la négligence
– Alimentation des foyers à partir du
barrage
– Extension des terrasses en haies et en
pierres et emploi de banquettes
antiérosives
– Aménagement des sources et puits
– Utilisation de techniques de captage et
stockage de l’eau
– Plantation d’arbres fruitiers
– Répartition équitable des ressources
financières publiques
– Instauration d’une solidarité entre
l’amont et l’aval du bassin
– Expertise technique
– Expertise technique
– Décision des autorités compétentes
– Appui des autorités
– Plaidoyer
fonction du genre et de l’âge des groupes
consultés ; les femmes âgées sont les plus
vulnérables suivies par les filles qui
montrent plus de dynamisme lorsqu’elles
arrivent à s’organiser en association ou
coopérative. Les hommes, en particulier
les plus âgés, s’occupent de la gestion de
la propriété et du bétail. Les jeunes
hommes, quant à eux, sont souvent à la
recherche de ressources financières en
pratiquant des cultures illicites de
Cannabis ou en travaillant ailleurs.
Les impacts liés aux risques climatiques
évoquées par les populations et les
partenaires sont variés, les plus
importants sont relatifs au manque
d’eau, à l’érosion et aux glissements de
terrain. Les actions adaptatives utilisées
(terrasses, haies vertes…) traduisent un
Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN
21
APPROCHE ET ACTIONS POUR LA RÉSILIENCE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
savoir faire écologique traditionnel qui
risque, malheureusement, de disparaître
à cause d’une certaine acculturation
négative.
Scenarios, stratégies et
planification adaptative
L’élaboration de scénarios a été réalisée,
après évaluation de la vulnérabilité, dans
deux ateliers : le premier avec la
participation des parties prenantes du
bassin versant et des responsables
régionaux, le second en présence de
membres représentant trois communautés
locales (Tazia, Lahyout et Hmamiouech). Le
but de ces ateliers participatifs était
d'identifier les facteurs pouvant influencer la
réalisation de la vision, de les classer en
fonction de leur importance et incertitude, et
d'élaborer des stratégies.
Pour atteindre "la gestion durable des
ressources naturelles" au niveau du bassin
versant, les facteurs à prendre en
considération sont:
@ Equipe SEARCH
22
• la capacité d'adaptation
• la sensibilisation et la participation des
communautés locales
• l’infrastructure
• l'application des lois environnementales
et des politiques
• la pauvreté et la vulnérabilité sociale
• la disponibilité des moyens financiers
• la transparence dans les processus de
prise de décision et de gestion
• la gouvernance
• la coordination multipartite
• le changement climatique
• l’accès à l'information
• la responsabilisation
Parmi ces facteurs, les plus importants et
moins certains sont « l’application des lois
et des politiques » et « la disponibilité des
moyens financiers ». Quatre scénarios sont
ensuite déduits en combinant les
situations extrêmes de présence ou
absence de ces facteurs dans l'avenir.
Après examen des résultats des quatre
@ Equipe SEARCH
combinaisons, le scénario correspondant
à « l'application des politiques et des lois
et la disponibilité des ressources
financières sont assurées » a été choisi
comme le scénario le plus probable. Ce
scénario a conduit au choix des stratégies
suivantes pour le bassin :
disponibilité de financement dans l'avenir
sont :
− renforcement des capacités
d'adaptation
− amélioration des services publics
− développement des infrastructures
− conservation des forêts et protection
des sols
− diversification des sources de revenus
− promotion de l’économie verte
Au niveau communautaire, la vision
partagée était d’assurer « l'accès à l'eau
potable ». Comme pour le bassin, les
facteurs les plus importants mais très
incertains sont « la responsabilisation des
services publics » et « la disponibilité de
ressources financières ». Les stratégies
issues du scénario le plus probable
correspondant à la combinaison positive
de la responsabilisation et de la
− développement de l'infrastructure
routière
− adduction de l'eau potable
− diversification de la production agricole
− développement des sources de revenus
La combinaison des différentes
propositions élaborées par les deux ateliers
permet de définir quatre axes stratégiques.
Classés selon une priorisation basée sur
des critères socio-économiques,
environnementaux et techniques14, ces
axes sont ordonnés ainsi :
1. Conservation des forêts et protection
des sols
Le défi majeur de la résilience des socioécosystèmes des montagnes du Nord du
Maroc réside dans la durabilité du système
forestier. Cela signifie d’une part, la
14 IUCN-ROWA, 2014. A guiding toolkit for increasing climate change resilience. 66p.
https://cmsdata.iucn.org/downloads/iucn_report__3_.pdf
Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN
23
APPROCHE ET ACTIONS POUR LA RÉSILIENCE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
Quant à la conservation des sols agricoles,
le savoir traditionnel est riche en pratiques
de lutte contre l’érosion hydrique. Ce
savoir est malheureusement menacé,
raison pour laquelle il faut le valoriser et
l’accompagner par d’autres actions telles
que l’extension des aménagements
hydrauliques et la promotion de pratiques
culturelles adéquates.
Néanmoins, l’enjeu capital pour la
résilience au changement climatique réside
dans le renforcement des capacités des
communautés locales et des collectivités
territoriales pour la gouvernance des
écosystèmes et de la biodiversité.
24
@ Equipe SEARCH
conservation et gestion durable des forêts
et, d’autre part, la restauration ou
réhabilitation des terrains dégradés. Dans ce
sens, les stratégies adaptatives englobent
diverses actions, en particulier l’épuration du
foncier, la diminution de la pression sur la
forêt et la gestion participative (ressources,
risques, aires protégées).
3. Diversification des sources de revenus
et promotion de l’économie verte
Cette stratégie est déterminante pour
renforcer la composante « autoorganisation » de la résilience. Elle
comprend la gouvernance et l’ensemble
des processus de planification et de prise
de décision. Dans ces processus, la
facilitation joue un rôle important pour
favoriser la concertation et le dialogue
entre les parties prenantes. Pour aboutir à
une planification territoriale participative, la
stratégie de renforcement des capacités
adaptatives doit privilégier l’organisation
des communautés locales et l’implication
des femmes et les catégories sociales les
plus vulnérables.
L’amélioration des sources de revenus
dans le milieu rural ne peut être assurée
que par l’augmentation de la productivité
des agro-systèmes. Dans le cas des zones
montagneuses, la promotion des produits
à forte valeur ajoutée constitue un levier
important de l’économie verte. La
durabilité de telle économie dépend de la
valorisation des produits de terroir, de la
conservation des ressources génétiques
locales et de la réintroduction des
pratiques traditionnelles abandonnées. Le
succès de cette stratégie est tributaire de
la mise en place de procédés de
transformation et de valorisation des
produits agro-forestiers et artisanaux. La
stratégie doit intégrer aussi la structuration
des filières des différents domaines
d’activités afin d’organiser les marchés et
assurer la transparence et l’équité. La
labellisation des produits des filières et leur
éventuelle certification sont également
importantes pour faciliter l’accès au
marché et la fidélisation de la clientèle.
La mobilisation des populations locales ne
peut être durable que par la diversité des
activités économiques et l’amélioration des
revenus.
L’ensemble des composantes de cette
stratégie dépend étroitement de la mise en
place d’une infrastructure durable et
adéquate.
2. Renforcement des capacités
d'adaptation
services sociaux, en particulier éducatifs et
de santé, sont aussi primordiales pour le
développement humain. La généralisation
du réseau de l’eau potable est aussi vitale
à la fois pour le développement
économiques et l’amélioration des
conditions de vie. D’autres infrastructures
hydrauliques sont également à développer
pour diversifier les moyens de mobilisation
des ressources hydriques disponibles.
@ Equipe SEARCH
La durabilité de ces infrastructures ne peut
être garantie que par un aménagement
territorial intégré qui prend en
considération la préservation des
ressources naturelles et la pérennité des
services écosystémiques.
4. Développement des infrastructures
et services publics
Cette stratégie nécessite d’abord le
désenclavement et la mise en place d’un
réseau routier et des moyens de transport
pour assurer la mobilité et les échanges.
L’implantation et la mise à niveau des
La partie suivante a pour objectif de faire
connaître des actions pouvant servir à la
réalisation des axes stratégiques décrits
ci-dessus. Elle comporte des actions
pilotes réalisées dans le cadre du projet
SEARCH et d’autres bonnes pratiques
déployées dans le Rif marocain et dans
d’autres zones méditerranéennes.
@ Equipe SEARCH
25
Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN
APPROCHE ET ACTIONS POUR LA RÉSILIENCE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
ACTIONS PILOTES
Facilitation
L’identification d’une vision commune de
la résilience, l’évaluation de la
vulnérabilité, le développement de
stratégies adaptatives, la planification et
l’exécution des actions sont le résultat
d’un travail participatif coordonné par
une équipe de facilitation. Dans le cas du
Projet SEARCH, cette équipe comprenait
des représentants de l’Université
Abdelmalek Essaâdi de Tétouan (UAE),
de l’Association Talassemtane pour
l’Environnement et le Développement
(ATED), de l’Agence du Bassin
Hydraulique du Loukkos (ABHL), de la
Direction Régionale de l’Agriculture
(DRA), de la Direction Régionale des
Eaux et Forêts et Lutte Contre la
Désertification du Rif (DREFLCD Rif) et
de l’Institut des Techniciens Spécialisés
de l’Agriculture de Ben Karrich (Tétouan).
Cette équipe poly-disciplinaire s’est dotée
d’une charte de travail qui a été
26
Figure 12. Niveaux d’intervention de l’équipe SEARCH.
rigoureusement respectée du début à la fin
du projet. Elle a bénéficié des ateliers de
formation organisés pour les partenaires
des cinq pays arabes impliqués dans le
projet SEARCH. Les méthodologies et les
outils adoptés dans ces ateliers ont été
déployés dans les ateliers participatifs
organisés et animés par cette équipe à
différents niveaux :
– les populations locales des douarscibles,
– les élus des communes rurales et
représentants administratifs qui
constituent le comité du bassin,
– les responsables des services publics à
l’échelle de la Région Tanger Tétouan qui
constituent le comité de pilotage du projet
: le Président de l’UAE, le Président
d’ATED, le Directeur régional de la Santé
Publique, le Directeur régional de la DRA,
le Directeur Régional de la DREFLCD Rif,
le Directeur de l’ABHL et le Directeur
régional de l’Observatoire Régional de
l’Environnement et du Développement
Durable.
Le long du processus de projet, l’équipe a
assuré le rôle d’échange d’idées, de
données et de connaissances entre ses
propres membres et entre les différentes
parties prenantes ciblées. La diversité de
l’équipe et les compétences individuelles
de ses membres sont les principaux
atouts qui ont permis de mener à bien le
processus d’apprentissage collectif.
Planification participative
La planification territoriale permet de
développer une vision stratégique du
développement territorial aux niveaux
économique, social, environnemental et
culturel. Cette vision doit intégrer
l’harmonisation des différents usages du
territoire, en prenant en considération les
contraintes naturelles et humaines. Au
Maroc, les PCD lancés en 2009
représentent une première étape vers la
planification participative au niveau des
collectivités territoriales. La planification
du développement territorial initiée a
certainement besoin de temps et d’efforts
pour aboutir à l’ancrage et l’appropriation
par les acteurs locaux. Elle a besoin aussi
ETAPE 1
ETAPE 2
Elaboration de la vision initiale et
caratérisation du territoire
Evaluation de la vulnérabilité
1. Analyse de la situation - RIDA
2. RAAKS et PRA
3. Arbre des problèmes
•
•
•
•
CRiSTAL
CVCA
Vulnérabilité écologique
Approche durable des moyens
d'existence
27
ETAPE 3
ETAPE 4
Développement des stratégies
adaptatives
Planification
1. Atelier d'analyse et raffinement de la
vision et d'élaboration des scénarios
2. Atelier d'analyse des scénarios
3. Atelier d'élaboration des stratégies
détaillées
2. Priorisation
ETAPE 5
ETAPE 6
Implantation
Réflexion
1. Projets pilotes
1.Création de plateforme des parties
prenantes à différents niveaux
2.Processus de documentation
3. Gestion et communication de
l'information, des connaissances
4. Suivi, évaluation et feedback
2. Analyse des droits et
responsabilisation
1. Atelier de Planification
3. Développement de Plans d'Action
Figure 13. Cycle de planification participative et outils utilisés par SEARCH.
Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN
APPROCHE ET ACTIONS POUR LA RÉSILIENCE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
@ Equipe SEARCH
A)
B)
@ Equipe SEARCH
28
A) Formation des femmes en classe. B) Femmes en atelier participatif.
de renforcement de capacités et
d’intégration de la dimension
environnementale dans les préoccupations
socio-économiques. Dans ce sens, les
recommandations du Département de
l’Environnement (Projets oasis résilients et
CB2) avec le soutien du PNUD constituent
des contributions importantes pour
redresser la situation et anticiper les
réponses adaptatives.
La boîte à outils (Toolkit) élaborée par
SEARCH constitue également une
référence importante et appropriée de
méthodologies et instruments de
planification participative. Aujourd’hui, le
développement socio-économique et la
préservation des biens et services
écosystémiques passent désormais par la
bonne gouvernance et l’intégration du
changement climatique dans la
planification et le développement des
territoires.
Organisation des communautés
locales
Le renforcement des capacités est un
processus de changement des
comportements des individus,
d’amélioration des performances
d’organisation et de coordination des
institutions et de création
d’environnements propices à la bonne
gouvernance du développement. Les
populations rurales souffrent d’un déficit
énorme en aptitudes à la participation au
développement et interpellent les acteurs
de développement pour améliorer leurs
connaissances et performances. La
vulnérabilité des populations rurales est
accentuée chez la femme par son faible
accès à l’information, son rôle limité dans
la prise de décision et sa mobilité
restreinte. Cependant, le renforcement des
capacités nécessite l’appui à
l’organisation des populations et à
l’acquisition des performances de
concertation et de coopération avec
d’autres institutions ; il ne se limite pas à
un processus de changement des
mentalités et des comportements
individuels.
Dans le cadre du Projet SEARCH, le
renforcement des capacités a été assuré
à différents niveaux tout au long du
projet. Un programme de renforcement
de capacités autour des PAM a été
développé, en particulier, pour une
coopérative rurale de femmes (Encadré
2). Pour les paysans, l’équipe de
facilitation a initié la constitution d’une
association agricole qu’elle a
accompagnée pour bénéficier des
actions d’arboriculture programmées au
cadre du Plan Maroc Vert.
Captage des eaux pluviales
La disponibilité des ressources hydriques
est liée, en plus des précipitations, à la
lithologie du terrain. Le climat
méditerranéen est caractérisé par une
sécheresse estivale qui peut être aggravée
par l’absence de réserves souterraines.
Dans cette situation, le recours au captage
des eaux pluviales est une pratique
traditionnelle répandue dans les milieux
semi-arides et arides. Dans les zones à
pluviométrie importante, cette pratique est
peu connue. Aujourd’hui, dans une
situation de croissance accrue de la
demande en eau, le captage des eaux de
pluie s’avère une alternative adéquate
dans un contexte de pénurie liée au
changement climatique.
La collecte des eaux pluviales est
d’ailleurs, l’une des actions décidées par
les ateliers participatifs du Projet SEARCH.
Elle répond partiellement à la « stratégie
de développement des infrastructures et
services publics ». Le procédé technique
réalisé par SEARCH est présenté dans
l’encadré suivant.
Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN
29
APPROCHE ET ACTIONS POUR LA RÉSILIENCE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
B)
@ Equipe SEARCH
A)
A) Dispositif de captage des eaux pluviales : canalisation, citerne et pompe. B) Captage des eaux pluviales : toiture,
gouttière et réservoir.
30
ENCADRÉ 2 : Action pilote de captage des eaux pluviales réalisée par SEARCH
Dans le versant Est du bassin Oued El Kebir, constitué de flyschs à
stratification inclinée vers l’Est, les pentes sont fortes à très fortes (20 à 70%),
les sols sont très pauvres, le matorral est épuisé par le pâturage et les sources
d’eau s’assèchent en été. Même si les précipitations dépassent 1000 mm par
an, les populations des douars Lahyout manquent cruellement d’eau en été
(Juin – Septembre). Répondre à ce besoin est la préoccupation vitale de ces
douars et représente pour SEARCH une action pilote majeure de
démonstration du processus de renforcement de la résilience face au
changement climatique.
Les techniques de collecte sont nombreuses et varient selon les conditions
climatiques et géomorphologiques locales. Généralement, le système de captage
des eaux pluviales comprend essentiellement :
– un moyen de collecte tel que le toit, impluvium naturel ou aménagé, bassin
construit… ;
– un moyen de transport de l’eau, à savoir canal, tuyaux de descente,
gouttières… ;
– un dispositif de filtrage de l’eau avec un sous dispositif de décantation ;
– un réservoir de stockage ou une cuve ;
– un système d’épuration (ou distillation) de l’eau collectée.
La surface de captage domestique habituelle est le toit quelle que soit sa
configuration. Néanmoins, il y a des risques sanitaires liés aux types de
matériaux utilisés pour la toiture (métaux lourds) si l’eau est utilisée à des fins
alimentaires. Certains types de surfaces favorisent le développement
bactérien, tandis que d’autres, en particulier, les poreux ou rugueux retiennent
les excréments d’oiseaux et d’autres polluants. Les impuretés et les
contaminants agglomérés sur la surface de captage doivent être éliminés entre
deux précipitations. Il faut laisser fuir les premiers ruissellements pour nettoyer
la surface de collecte. Il suffit alors de récolter les premiers 40 à 80 litres dans
une cuve distincte qui, une fois remplie, permet au surplus d’aller vers le
réservoir de stockage.
De la gouttière à la citerne ou réservoir, l’acheminement de l’eau peut se faire à
l’aide de la canalisation en aluminium, en acier galvanisé, en pvc ou autre. Cette
canalisation doit être proportionnelle au débit de l’eau à acheminer.
Dans le site de démonstration, c’est le captage domestique (à l’échelle du
foyer) qui a été privilégié. La collecte des eaux par la construction
d’impluviums de grande capacité de stockage s’est avérée contraignante du
fait de l’absence d’un terrain collectif approprié et des difficultés de l’entretien
et de la maintenance.
Les toitures de l’habitat des douars du bassin sont pyramidales en zinc ondulé.
Les besoins en eau d’un foyer de 6 personnes, à raison de 25 litres/jour/habitant
(consommation marocaine : 5-40 l/j/habitant), sont estimés à 18m3 pour les 4
mois secs de l’année.
Les réservoirs sont des citernes semi-enfouies construites en béton armé pour
des foyers, des écoles et mosquées. Il s’agit de cylindres de 2,80m de
diamètre et de 2m de hauteur dotés d’une pompe mécanique de prélèvement
d’eau et reliés à la toiture par une gouttière en zinc qui déverse dans un petit
système de décantation en béton. Pour l’entretien du réservoir, les citernes
sont accessibles par le sommet par un regard de visite de 60/60 cm de
surface.
Le choix d’une pompe mécanique est dicté par la préservation de toute forme
d’énergie conventionnelle (électricité, carburants, etc.). Les systèmes ainsi
construits peuvent être équipés de moyens d’épuration des eaux s’ils sont
utilisés à des fins alimentaires.
Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN
31
APPROCHE ET ACTIONS POUR LA RÉSILIENCE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
Domestication des plantes
aromatiques et médicinales
Le Maroc est riche en plantes aromatiques
et médicinales. Toutefois, seules 80 espèces
sont exploitées anarchiquement, souvent
par les femmes, au profit d’opérateurs
informels. La Stratégie Nationale de
Développement des Plantes Aromatiques et
Médicinales au Maroc (2009) énumère toute
une série de contraintes, faiblesses et
menaces, en particulier la pression de
collecte exercée sur les PAM spontanées.
L’augmentation de la demande mondiale
des PAM (15-25% par an), le caractère
informel qui domine la filière, la pauvreté et
@ Equipe SEARCH
A)
32
C)
@ Equipe SEARCH
@ Equipe SEARCH
B)
A) Pépinière et ombrière pour la multiplication des PAM. B) Pépinière avec système de brumisation. C) Parcelle de
culture de l’Origan.
l’ignorance des exploitants, en plus de la
dégradation du milieu naturel et des
impacts climatiques, mettent cette flore en
péril. Il est donc nécessaire d’anticiper des
réponses adéquates qui intègrent le
renforcement des capacités, l’organisation
de la filière, la conservation des milieux
naturels et la valorisation économique.
Dans ce sens, la domestication des PAM a
été développée par SEARCH
conformément aux trois premières
stratégies adaptatives (conservation des
ressources naturelles, renforcement des
capacités et diversification des revenus).
L’action pilote réalisée dans ce domaine est
étayée dans l’Encadré 3.
ENCADRÉ 3 : Domestication des PAM
@ Equipe SEARCH
A l’instar des autres zones
du Rif occidental qui font
partie de la RIBM, le
bassin hydrique de Oued
El Kebir, inclus en grande
partie dans le territoire du
projet de parc naturel de
Bouhachem, recèle
d’innombrables plantes
aromatiques et
médicinales. Cette flore
s’écroule sous l’effet de
l’intensification des
prélèvements et la
surexploitation, en plus de
l’extension des défrichements, du surpâturage et de l’érosion des sols. Dans le but
d’assurer la pérennité de cette ressource naturelle, SEARCH a élaboré et planifié
avec les différentes parties prenantes la multiplication et la mise en culture de
certaines plantes aromatiques et médicinales.
Suite à une étude détaillée de la filière, trois espèces ont été sélectionnées, en se
basant sur les potentialités, l’exploitation, les menaces et la valeur commerciale, pour
servir de démonstration : l’Origan compact, le Laurier sauce et le Thym. L’action de
démonstration a été réalisée sur l’Origan. Elle a été menée avec la coopérative Al
Wafae du Douar Hmamiouech (CR Zinat). Composée exclusivement de femmes,
cette coopérative dispose d’une serre et d’une ombrière détériorées, d’un puits sans
pompe, d’une unité de séchage et de distillation et d’un terrain agricole où une mise
en culture de certaines espèces a été tentée sans succès notable. Ce
dysfonctionnement traduit des besoins énormes en formations spécifiques à la filière
des PAM et en renforcement de capacités de gestion et de commercialisation.
C’est ainsi que l’équipe de facilitation du Projet SEARCH, en collaboration avec
ses partenaires, a conçu et assuré un programme d’enseignement théorique et
pratique au profit des membres de la coopérative. Dix neuf femmes membres -
Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN
33
APPROCHE ET ACTIONS POUR LA RÉSILIENCE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
adhérentes ont suivi une formation sur la maîtrise des techniques de production,
depuis la multiplication et la mise en culture jusqu’à la transformation et la
valorisation. Certains membres, d’un niveau scolaire avancé, ont bénéficié aussi
de cours de gestion et de commercialisation.
Au niveau équipement, SEARCH a pris en charge :
– la restauration de la serre de 110 m2 et de l’ombrière de même superficie ;
– l’installation des systèmes d’irrigation goutte à goutte et de brumisation pour
les deux structures ;
– l’équipement du puits d’une pompe électrique submergée ;
– la mise en place d’un système goutte à goutte pour une parcelle de terrain
(3000 m2) qui va servir de champ d’expérience démonstrative de la mise en
culture.
La multiplication de l’Origan compact, d’origine locale, par bouturage a eu lieu au
mois de janvier et sa plantation dans le champ s’est effectuée au mois d’avril. Pour
le Laurier, la multiplication par semis a eu lieu en janvier et sa transplantation au
champ a été réalisée au mois d’avril. Lors de l’opération de multiplication et de
plantation des deux espèces aromatiques, les femmes de la coopérative, sous
encadrement rapproché des membres de l’équipe technique de SEARCH, ont mené
avec succès l’expérience de germination d’une variété locale d’Amandiers. Les
pieds d’amandiers ainsi obtenus seront distribués, dans la limite du stock
disponible, à tout agriculteur qui en fait la demande. L’équipe SEARCH aura ainsi
contribué à la préservation et la propagation d’un produit du terroir.
34
Pour diffuser cette pratique culturale en dehors du bassin versant de l’Oued El
Kébir, une autre expérience est en cours de réalisation ailleurs. SEARCH s’est ainsi
investi dans la plantation de l’Origan dans le terrain d’un agriculteur que l’équipe
technique a convaincu de l’importance de l’apport financier des PAM par rapport à
la céréaliculture. Il s’agit d’une parcelle de 3000 m2 à proximité de la route reliant El
Hamra à Moulay Abdeslam afin de faire connaître la domestication des PAM. Après
aménagement d’une source, installation d’un réservoir d’eau alimenté par une
pompe et mise en place d’un système d’irrigation goutte à goutte, la parcelle est
plantée de 6000 pieds d’Origan compact. Les plants produits par la coopérative Al
Wafae ont trouvé ainsi leur premier débouché. Par la plantation de cette parcelle en
Origan, SEARCH vise alors son intensification et son expansion dans la région.
Puisque le succès de cette action réside dans la commercialisation, l’équipe de
facilitation a fait des démarches auprès des exploitants pour assurer l’écoulement
de la production. Par ailleurs, parallèlement au projet SEARCH, le projet de mise en
œuvre de la stratégie nationale sur les PAM a entamé le processus de structuration
de la filière de l’Origan dans la région. Les efforts déployés par SEARCH dans ce
domaine ont des chances de fructifier à condition que les bénéficiaires réussissent
leur ancrage à la stratégie nationale sur les PAM, laquelle est appelée à appuyer la
domestication des PAM pour mener à bien sa mission.
B)
@ Equipe SEARCH
@ Equipe SEARCH
A)
A) Four collectif amélioré. B) Détail d’un four collectif.
Fours à pain améliorés
Biométhanisation
Les fours à pain améliorés permettent de
réduire la consommation de bois de feu,
estimée de 10 tonnes par foyer par an,
de 50 % (GEF RIF). Ils ont été promus
par différentes ONG (ATED, GERES…) et
largement adoptés soit comme four
familial ou four collectif.
La biométhanisation est un processus de
dégradation des déchets organiques par
des micro-organismes. Contrairement au
compostage (en plein air), la
biométhanisation ou digestion anaerobie
se fait en absence d’oxygène et sous
contrôle. Elle produit du biogaz qui
constitue une source d’énergie
renouvelable utilisable pour la combustion
ou pour la production de l’électricité et de
la chaleur comme il peut servir de
carburant.
Dans le four traditionnel la combustion et
la cuisson, se font en une seule pièce.
Dans le four amélioré les deux pièces
séparées permettent d’assurer le niveau
de propreté du pain cuit et de prolonger la
durée de vie des braises par aération
continue à travers le cendrier du four. Il
s’agit d’un four fabriqué de métal sous
forme d’une « armoire » à deux pièces :
une pour la combustion du bois et l’autre
pour la cuisson.
Ces fours améliorés permettent de
réduire la corvée de la recherche du bois
pour les femmes et diminuer l’impact
négatif du prélèvement sur la forêt. De
tels fours méritent d’être généralisés
dans tout le rif occidental et dans toutes
les régions où le prélèvement du bois fait
des ravages.
Le modèle développé par ATED et CDER
dans la région de Chefchaouen est
constitué de trois cuves reliées par des
buses souterraines : cuve de chargement
des déchets organiques, cuve de
fermentation et cuve d’évacuation vers
une fosse de stockage du digestat. La
purge des eaux est assurée au niveau de
2-3 regards. Ces cuves peuvent être
construites ou en pvc. Le transport du
biogaz produit est assuré par un réseau.
La capacité des digesteurs installés dans
des exploitations agricoles est de 20m3.
Le biogaz produit est utilisé dans la
Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN
35
APPROCHE ET ACTIONS POUR LA RÉSILIENCE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
Sortie de biogaz
Cuve de
chargemen
Digesteur
(fermentation)
Stockage
digestat
Figure 14. Schéma simplifié du dispositif de biométhanisation.
36
cuisson évitant ainsi la corvée de
recherche de bois pour les femmes. Le
digestat (résidus solides et liquides
générés par la méthanisation) peut être
utilisé comme fertilisant.
La biométhanisation représente une
méthode de gestion durable et de
valorisation des déchets organiques. Elle
permet de produire de l’énergie propre, de
réduire les prélèvements de bois et de
diminuer les émissions de gaz. Cette
technique devrait être appliquée au
traitement de tous les déchets organiques
qu’ils soient ménagers, agricoles ou agroindustriels.
Cuvettes en demi-lunes
C’est une technique qui permet de piéger
les eaux de ruissellement dans une
cuvette creusée autour du pied de
l’arbre15. La cuvette doit être entourée
d’un bourrelet en demi-lune de terre
tassée ouverte face au sommet de la
pente. La terre tassée peut être renforcée
par des pierres.
Cette technique est efficace dans des
zones à pente moyenne. Elle est aussi
utilisée sur des terrains rocheux où le sol
est réduit à des poches.
Les cuvettes en demi-lunes permettent
d’atténuer l’érosion hydrique en réduisant
la vitesse de l’écoulement et le captage
des eaux assurant ainsi un appoint d’eau
pendant la saison sèche. Elle favorise
aussi l’accumulation des sédiments fins
et des éléments nutritifs dans la cuvette.
C’est une pratique adéquate à la
protection des sols dans les milieux
montagneux méditerranéens et au
développement de l’arboriculture.
15 E. ROOSE, M. SABIR et A. LAOUINA, 2010. Gestion durable des eaux et des sols au Maroc. Valorisation des techniques
traditionnelles méditerranéennes. IRD Éditions, Marseille. http://horizon.documentation.ird.fr/
B)
@ E. ROOSE
@ R. PELTIER
A)
A) Plantation d’oliviers sur demi-lunes renforcées (http://vertigo.revues.org/9354). B) Olivier dans une cuvette en
demi-lune. http://horizon.documentation.ird.fr/
Cordons de pierres
Les pierres extraites au cours du labour
peuvent être empilées en cordons
continus ou discontinus le long des
courbes de niveau. Les cordons pierreux
peuvent être enherbés ou associés à des
arbres fruitiers.
C’est une pratique utilisée dans les sols
pierreux sur des pentes moyennes à fortes.
Elle permet le dépierrage tout en atténuant
l’érosion hydrique. Elle assure la
protection du sol et favorise son
enrichissement en sédiments et éléments
nutritifs.
B)
@ Equipe SEARCH
A)
L’empilement progressif favorise ainsi la
formation de terrasses plus au moins
horizontales.
A) Cordons en pierres le long des courbes de niveau. B) Cordons en pierres évoluant vers des terrasses en gradins.
Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN
37
APPROCHE ET ACTIONS POUR LA RÉSILIENCE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
Terrasses avec murets
Sur pentes fortes, les terrasses
méditerranéennes en gradins sont
formées de talus protégés par des
murets en pierres qui peuvent être
soutenus par la végétation. La hauteur du
talus et la largeur de la terrasse varient
en fonction de la pente. Elles doivent être
soigneusement conçues et entretenues
en fonction du substrat pour éviter leur
ravinement.
Cette pratique est utilisée depuis
longtemps dans la région
méditerranéenne sur pentes fortes à
moyennes. Elle est déconseillée dans le
cas des sols imperméables à risque
sismique.
Ces terrasses permettent de limiter l’effet
du ruissellement, augmenter la capacité de
stockage de l’eau et des nutriments. Elles
permettent aussi de faciliter le travail du
sol et augmenter la surface cultivable.
@ Equipe SEARCH
A)
38
C)
@ Equipe SEARCH
@ Equipe SEARCH
B)
A) Terrasses avec haies. B) Terrasses avec haies et murets en pierres. C) Touffes de palmier nain dans un champ
(humidité-consolidation du sol, exploitation de la plante).
Haies vives
Il s’agit de structures de végétation linéaire
développée autour des parcelles de
culture. Ces structures peuvent être
spontanées ou plantées, arborées ou
arbustives.
Les haies vives sont déployées pour
limiter le parcours des animaux et
améliorer le revenu lorsqu’elles sont en
plantes de valeur (arbres fruitiers, PAM,
plantes fourragères, bois de feu). Elles
Leur intérêt écologique est de ralentir le
ruissellement et de protéger les
banquettes, les talus et les terrasses en
formation. Elles favorisent aussi l’humidité
du sol et l’accumulation des sédiments et
matière organique et assurent le rôle de
brise-vent et d’habitat pour certaines
espèces spontanées.
B)
@ Equipe SEARCH
@ Equipe SEARCH
A)
sont utilisées sur les terrains en pente et
sont généralement associées aux cultures
irriguées et à l’arboriculture.
@ Equipe SEARCH
C)
A) Evolution des bandes de végétation spontanée vers un système bocager. B) Haie le long d’un petit cours d’eau.
C) Système bocager du Rif occidental.
Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN
39
PORTADA C-LOMO-2_Maquetación 1 22/12/14 22:55 Página 1
Approche et Actions pour la Résilience au Changement Climatique
UNION INTERNATIONALE POUR
LA CONSERVATION DE LA NATURE
Centre de Coopération pour la Méditerranée de l'UICN
C / Marie Curie 22
29590 Campanillas, Málaga, España.
Tel. : +34 952 028430 - Fax : +34 952 028145
www.iucn.org/publications
www.iucn.org/mediterranean
Le Centre de Coopération pour la Méditerranée de l’UICN est soutenu par :
Approche et Actions pour la
Résilience au Changement Climatique
Was this manual useful for you? yes no
Thank you for your participation!

* Your assessment is very important for improving the work of artificial intelligence, which forms the content of this project

Download PDF

advertising