2009

2009
Constructions pronominales dans Dicovalence et le
lexique-grammaire — Intégration dans le Lefff
Laurence Danlos, Benoît Sagot
INRIA & Université Paris 7
Introduction
Dans le but de construire un lexique morpho-syntaxique du français à large
couverture et utilisable dans les applications de Traitement Automatique des
Langues (TAL), et dans le prolongement de travaux déjà effectués dans cette
direction, en particulier sur les constructions impersonnelles (Danlos & Sagot,
2007; Sagot & Danlos, 2007), nous nous intéressons ici aux constructions
pronominales. Notre objectif est triple :
1. réaliser une étude comparative du traitement des constructions pronominales
dans le lexique-grammaire (Gross, 1975; Leclère, 2002) et dans D ICOVA LENCE (Van den Eynde & Mertens, 2006)1 ,
2. proposer une formalisation des résultats de ces travaux qui soit adaptée au
TAL, dans le cadre du formalisme utilisé par le Lefff 3, dernière version du
Lefff décrite brièvement ci-dessous,
3. fusionner dans le Lefff les informations lexicales présentes du lexiquegrammaire et de D ICOVALENCE concernant les constructions pronominales.
Le Lefff (Lexique des Formes Fléchies du Français) est conçu pour pouvoir
être directement utilisé dans plusieurs systèmes de TAL (Sagot et al., 2006). Divers
travaux, dont celui présenté ici, ont pour but d’améliorer sa qualité et sa couverture.
La dernière version du Lefff, la version 3, fait usage de la notion de redistribution : le
lexique intensionnel, édité par les développeurs du lexique, associe à chaque entrée
un cadre de sous-catégorisation canonique, et liste les redistributions possibles
à partir de ce cadre. Le processus de compilation du Lefff intensionnel en Lefff
extensionnel construit différentes entrées pour ces différentes redistributions.
Soit par exemple l’entrée intensionnelle simplifiée suivante :
1
0
1
1. D ICOVALENCE a été développé dans le cadre de l’approche pronominale, qui a été initiée par Claire BlancheBenvéniste et Karel van den Eynde (van den Eynde et Blanche-Benvéniste 1978).
Linguisticæ Investigationes. Volume nn – n˚ x/2009, pages 01 à 10
2
Laurence Danlos, Benoît Sagot
Elle décrit une entrée du lemme verbal clarifier, qui est transitif direct (deux
arguments réalisés canoniquement par les fonctions syntaxiques Suj et Obj décrites
entre les chevrons), et qui admet les redistributions fonctionnelles (préfixées par
le symbole ) actif (la distribution par défaut), se moyen impersonnel (il s’est
clarifié de nombreuses choses à cette réunion), passif impersonnel (il a été clarifié
par Pierre que Luc était le coupable), et passif. À titre d’exemple, l’entrée
extensionnelle pour la forme fléchie clarifiés et la redistribution passif a la forme
(simplifiée) suivante :
1
1
0
Cette entrée résulte des travaux sur les constructions impersonnelles décrits
dans (Sagot & Danlos, 2007). Nous excluons donc de ce travail les constructions
impersonnelles pronominales. Le lecteur attentif aura remarqué qu’il manque la
construction se-moyenne (Un problème comme celui-ci ne se clarifie pas aisément).
C’est tout l’objectif de ce travail que de combler ce types de lacunes dans le Lefff.
La section suivante passe en revue les différents types de constructions
pronominales personnelles (objectifs 1 et 2 décrits plus haut), la section 2 décrit
l’opération de fusion des informations lexicales (objectif 3), et la section 3 en décrit
les résultats.
1. Classification des constructions pronominales
En s’inspirant de (Boons et al., 1976b), nous classons les constructions
pronominales en quatre classes :
– les constructions intrinsèques et autonomes, où le pronom se fait partie de
l’unité lexicale verbale, et ne peut être mis en relation ni avec un des actants
du verbe, ni avec un actant d’un autre emploi du même verbe,
– les constructions réfléchies et réciproques, où le pronom se réalise un actant
du verbe coréférent à l’actant réalisé comme sujet,
– les constructions neutres et moyennes, où le pronom se, quoique n’étant pas
un actant du verbe, peut être mis en relation avec un actant d’un emploi
différent du même verbe,
– certains constructions, non traitées ici, où le pronom se est un argument non
pas du verbe mais d’un des actants verbaux (par exemple, les constructions
en se. . . Npc (Nom partie du corps) de type Pierre se lave les mains qui
correspond à Pierre lave les mains de Pierre).
Étudions successivement les trois premières classes de constructions pronominales.
Constructions pronominales
3
1.1. Constructions intrinsèques et autonomes
Contrairement aux autres classes de constructions pronominales, les constructions
intrinsèques et autonomes ne peuvent pas être mises en correspondance avec une
construction non pronominale du même verbe. Le se fait partie intégrante du lexème
verbal2 .
On parle de verbe intrinsèquement pronominal lorsqu’il ne peut être employé
dans aucune construction non pronominale (s’exclamer, s’évanouir). On parle
d’emploi pronominal autonome lorsque le même verbe peut prendre part à des
constructions non pronominales, mais qui ne sont reliés aux emplois pronominaux
par aucune relation productive claire, voir se barrer (Luc s’est barré) vs. barrer (La
police a barré la route).
Dans le lexique-grammaire, les verbes intrinsèquement pronominaux et les
emplois pronominaux autonomes « non productifs » font l’objet d’entrées propres
réparties dans les tables appropriées, entrées dont la vedette inclut le pronom se
(ou sa forme élidée s’). Toutefois, certaines construcions pronominales autonomes
« productives » sont codées dans des colonnes. Par exemple, dans la Table 4
(N0 V N1hum , N0 = Qu P + N, Ceci attriste Marie), la colonne intitulée
N1 se V de ce que P (Marie s’attriste de ceci) code une construction
pronominale autonome qui n’est pas en relation « transformationnelle » avec
la construction transitive (Gross, 1975, 103) ; de même, la colonne intitulée
N1 se V auprès de Nhum de ce que P (Marie s’attriste auprès de Jean de ce que
Luc ne le regarde pas) code une construction autonome, qui compte un actant de
plus par rapport à la construction transitive et qui prend un sens de communication
verbale. On trouve des colonnes similaires dans les tables 11, 13 et 19 de (Gross,
1975).
Dans D ICOVALENCE, toutes les entrées pronominales intrinsèques et
autonomes (productives ou non) font l’objet d’entrées propres, typées par
l’indication
qui rappelle le caractère non valenciel de se. Toutefois,
toutes les entrées de D ICOVALENCE comportant l’indication
ne sont
pas à classer dans les pronominales intrinsèques et autonomes. Comme nous le
verrons à la section 1.3, les constructions pronominales dites neutres font l’objet
d’entrées autonomes, qui sont repérables par un lien explicite avec l’entrée transitive
correspondante.
Dans le Lefff, le codage retenu répercute les caractéristiques énumérées cidessus. Le se est intégré à l’entrée (mais doit être exclu de la flexion), et surtout
au prédicat qu’il dénote (et qui devient donc
ou
et non
2. Pour les formes pronominales, l’auxiliaire de conjugaison est le verbe être. Mais pour certains
locuteurs/auteurs, le se est tellement intégré au verbe que l’auxiliaire de conjugaison est avoir. Des requêtes
effectuées sur tout Internet au moyen du moteur de recherche de Google (le 2 juin 2009) donnent ainsi « environ
410 » occurrences de il a s’agi de, à comparer aux « environ 127 000 » occurrences de il s’est agi de.
4
Laurence Danlos, Benoît Sagot
comme dans le cas d’une entrée non pronominale). Ainsi, le lemme verbal évanouir
correspond à deux entrées dans le Lefff 3 :
1
0
2
0
1
La première correspond à Luc s’évanouit / Luc est évanoui, la seconde à La voiture
s’est évanouie (dans la brume).
1.2. Constructions réfléchies et réciproques
Les constructions pronominales réfléchies et réciproques se distinguent des autres
par le fait que le pronom se mérite pleinement son appellation de pronom : il est
la réalisation de surface d’une fonction syntaxique qui fait partie de la valence du
verbe. Sa particularité est qu’il coréfère à l’actant réalisé comme sujet. Dans le cas
d’une construction réfléchie (Marie se ment (à elle-même)), il y a identité entre
l’« agent » et le « patient » (ou le « destinataire ») du procès. Dans le cas d’une
construction réciproque, (Pierre et Marie s’engueulent (l’un l’autre)), le sujet est
obligatoirement syntaxiquement pluriel et chacun des actants sujets pris comme
agent peut être le patient du procès vis-à-vis des autres (Pierre engueule Marie et
Marie engueule Pierre). Pour un verbe permettant la construction réfléchie et la
construction réciproque, les formes pronominales à sujet pluriel sont ambiguës en
l’absence d’une locution pronominale de type (Prép) PRO-même ou l’un (Prép)
l’autre. Par exemple, Pierre et Marie se caressent reçoit l’interprétation réfléchie
(Pierre se caresse et Marie se caresse) et l’interprétation réciproque (Pierre caresse
Marie et Marie caresse Pierre).
Le lexique-grammaire ne renseigne pas explicitement la possibilité de réalisations réfléchies ou réciproques. Par contre, celles-ci sont codées systématiquement dans D ICOVALENCE (ce qui est cohérent avec l’approche pronominale sur
laquelle repose ce lexique) :
et
sont deux éléments possibles
(et distincts) des paradigmes
(qui correspond approximativement à la fonction
syntaxique
) du Lefff et
(qui correspond approximativement à
)3 .
Dans le Lefff, nous avons adopté une position similaire à celle de
D ICOVALENCE4 : serefl et serec sont des réalisations possibles des fonctions
3. Dans D ICOVALENCE, la locution pronominale l’un (Prép) l’autre est codée comme une réalisation
syntaxique possible d’un paradigme (≈ fonction syntaxique). Elle apparaît le plus souvent dans des entrées
permettant la forme pronominale réciproque. Toutefois, elle apparaît aussi dans des entrées intrinsèquement
pronominales (Luc s’acharne sur Marie), pour coder une interprétation réciproque, Ils s’acharnent l’un sur
l’autre, qui ne peut être marquée par le pronom se (*Ils se s’acharnent l’un sur l’autre).
4. Par contre, nous n’avons pas encore codé la possibilité de réaliser une fonction syntaxique par une locution
pronominale du type l’un (Prép) l’autre, voir note précédente.
Constructions pronominales
syntaxiques
et
parler est la suivante :
1
5
. Ainsi, l’entrée décrivant l’emploi le plus fréquent de
0
1
2
refl
rec
1.3. Constructions neutres et moyennes
Les constructions neutres et moyennes sont des constructions intransitives où le
pronom se n’est pas la réalisation d’un actant du verbe. Toutefois, ces constructions
peuvent être mises en rapport avec un autre emploi transitif du même verbe, selon
le mécanisme suivant : l’objet de la construction transitive devient sujet de la
construction pronominale, alors que le sujet de la construction transitive n’est plus
réalisé. Deux cas se présentent (Ruwet, 1972) :
– les constructions dites se-moyennes ou à agent fantôme. Le sujet (agent)
de la construction transitive est omis en syntaxe5 mais sous-entendu en
sémantique, comme en témoigne la possibilité d’ajouter un adverbial
orienté-agent, Les grenouilles se mangent (avec les doigts + avec
enthousiasme + énergiquement) (Boons et al., 1976b, 131), ou une infinitive
causale, Ce genre de maison, ça se brûle pour toucher la prime d’assurance
(Abeillé, 2002, 193).
– les constructions dites se-neutres. Le sujet de la construction transitive ne
laisse aucune trace dans le procès, qui acquiert une sémantique d’« activité
indépendante », généralement situable dans le temps. Aucun adverbial
orienté-agent ne peut être ajouté à une construction se-neutre, Le pont-levis
s’est abaissé (de lui même + tout seul + *énergiquement)6 .
Dans le lexique-grammaire, seule la table 32C de (Boons et al., 1976a) (N0 V
N1, N1 concret, passif résultatif possible) comporte une colonne N1 se V décrivant
la possibilité d’une construction se-neutre : La misère avait émacié son visage / Son
visage s’est émacié. Il est dit dans (Gross, 1975, 102) que « (la transformation) semoyen s’applique en général aux complétives directes des tables 6, 9, 10, 12 et 16 »,
voir On dit partout qu’il a fait cela, Qu’il a fait cela se dit partout. Cependant, cette
propriété n’est pas codée dans les tables citées.
D ICOVALENCE représente les constructions pronominales neutres et
moyennes de façon différente. Une construction se-moyenne est considérée comme
une reformulation de la construction transitive (cette reformulation est appelée
5. Contrairement au passif, un complément d’agent en par est difficilement acceptable avec une construction
se-moyenne : ? Ce théorème se comprend par quiconque veut s’en donner la peine (Boons et al., 1976b, 131).
6. Il existe également des constructions neutres non pronominales. Dans certains cas, les deux constructions
neutres sont possibles, et elles sont alors quasiment interchangeables, voir Le plomb (E + se) liquéfie à 327,4
degrés Celsius (Boons et al., 1976b, 130).
6
Laurence Danlos, Benoît Sagot
). En revanche, une construction se-neutre est répertoriée comme une entrée distincte, qui partage les caractéristiques des entrées pronominales autonomes
(indication
), tout en s’en distinguant par un lien vers l’entrée représentant l’emploi transitif correspondant. Cette différence de traitement est à rapprocher
de celle avancée par (Ruwet, 1972) — les constructions se-moyennes sont analysées par transformation, les se-neutres sont « engendrées dans la base » — ou de
celle avancée par (Abeillé, 2002) — un noeud sujet N0 vide pour les se-moyennes,
pas de noeud N0 pour les se-neutres. Chez (Dubois & Dubois-Charlier, 1997), les
se-moyennes et les se-neutres sont codées comme des reformulations des formes
transitives, avec la différence suivante : les se-moyennes (appelées pronominales
passives) sont dérivées de la forme transitive, tandis que les se-neutres sont des
formes premières dont sont dérivées les formes transitives (à sens factitif).
Dans le Lefff, nous avons appliqué des principes similaires à ceux de
D ICOVALENCE. Ainsi, une construction se-moyenne y est représentée comme
une redistribution de l’entrée transitive, la redistribution
. Cette
redistribution a trois effets :
– l’arg0 (réalisé comme sujet dans la construction transitive) est conservé,
mais il n’est plus associé à la moindre fonction syntaxique (le cadre est
donc de la forme
) : il est présent en sémantique mais absent
0
en syntaxe,
– l’objet de la construction transitive (arg1 ) devient le sujet de la construction
moyenne, moyennant les transformations nécessaires sur les différentes
réalisations possibles,
– la macro
est rajoutée, qui implique l’emploi de la particule préverbale se.
En revanche, les constructions se-neutres font l’objet d’entrées séparées, qui
se présentent donc comme des entrées pronominales autonomes. Lorsque le Lefff
comportera des identifiants sémantiques, il est prévu qu’une entrée se-neutre et
l’entrée transitive associée partagent le même identifiant sémantique, à l’image des
liens présents dans D ICOVALENCE.
2. Fusion des ressources lexicales sur les constructions pronominales
Pour prendre en compte toutes ces données linguistiques dans le Lefff, nous avons
exploité les informations présentes dans D ICOVALENCE et le lexique-grammaire. Il
s’agit d’un processus en trois étapes, qui est une simplification de la méthodologie
décrite dans (Sagot & Danlos, 2008) :
– conversion des ressources de départ au format Lefff,
– regroupement des entrées des différentes ressources ainsi obtenues et de
celles du Lefff,
– fusion des regroupements d’entrées.
Constructions pronominales
7
2.1. Conversion au format Lefff
La structure des informations présentes dans le Lefff n’est pas très éloignée de celle
de D ICOVALENCE, en partie parce que le Lefff a repris à son compte des choix faits
par D ICOVALENCE. De façon générale, la conversion au format Lefff d’une entrée
de D ICOVALENCE se fait selon les principes suivants, qui sont des approximations :
– chaque paradigme de D ICOVALENCE est converti en une fonction
syntaxique du Lefff7 ;
– chaque pronom présent dans un paradigme est converti en une réalisation
au sens du Lefff (ainsi, la présence du pronom te dans un paradigme P1
conduit à l’ajout d’une réalisation cla — clitique accusatif — à la fonction
Obj, perdant ainsi l’information sur la possibilité d’un objet humain) ;
– chaque reformulation de D ICOVALENCE est convertie en redistribution
équivalente du Lefff 3.
Le codage des constructions pronominales dans le Lefff suit les mêmes principes
que D ICOVALENCE, comme vu à la section précédente. Les principes généraux
de conversion s’appliquent donc à toutes les entrées de D ICOVALENCE qui sont
pronominales ou qui admettent des réalisations pronominales.
L’extraction automatique d’entrées pronominales à partir du lexiquegrammaire est plus difficile. D’une part, certaines tables ne sont pas disponibles
librement. D’autre part, les constructions pronominales sont peu prises en comptes
dans les tables, comme nous l’avons vu précédemment.
Nous nous sommes donc contentés d’extraire les informations suivantes :
– des lemmes verbaux intrinsèquement pronominaux ou admettant une
construction pronominale autonome, en regardant les entrées des tables
disponibles comportant une particule pré-verbale se, ainsi que leur cadre
fonctionnel (les fonctions syntaxiques, mais pas leurs réalisations8 ),
– des lemmes verbaux admettant une redistribution se-moyenne (ainsi que leur
cadre fonctionnel de base) à partir des tables 10 et 16, les tables 6, 9 et 12
n’étant pas distribuées,
– des lemmes verbaux de la table 32C constituant des entrées de type seneutre.
Dans la suite de l’article, nous noterons E i une entrée de la ressource i convertie
au format Lefff (i étant donc D ICOVALENCE, LG pour le lexique-grammaire ou
Lefff).
7. Rappelons que ceci n’est qu’une approximation, et que D ICOVALENCE n’utilise pas la notion de fonction
syntaxique, mais celle de paradigme pronominal.
8. Extraire automatiquement les réalisations possibles pour chaque fonction est délicat en l’absence d’une
« table des tables » complète et formalisée (cf. les travaux de (Gardent et al., 2005)).
8
Laurence Danlos, Benoît Sagot
2.2. Regroupement des entrées provenant de différentes ressources
Pour un lemme donné, chaque ressource est susceptible de comporter plusieurs
entrées. Il faut donc déterminer le nombre d’entrées que l’on souhaite obtenir au
final. Chacune d’entre elles sera construite par fusion d’une ou de plusieurs entrées
issues des ressources de départ, selon une méthode décrite plus bas. En effet, il faut
au préalable construire ces ensembles d’entrées E Lefff , E Dicovalence et/ou E LG , que
nous appelons regroupements.
Ces regroupements sont définis à partir d’une relation d’inclusion, définie
comme suit. Pour un lemme verbal donné, une entrée E 1 est incluse dans ou plus
spécique qu’une entrée E 2 ssi l’ensemble des énoncés décrits par E 1 est inclus dans
l’ensemble des énoncés décrits par E 2 .
La mise en œuvre dans ce travail de cette définition générale repose sur deux
approximations.
1. Nous avons considéré que les entrées les plus spécifiques sont les entrées
E Dicovalence . Les entrées E Lefff le sont un peu moins, et les entrées E LG le
sont encore moins9 . Nous avons donc cherché, pour chaque lemme verbal,
les relations d’inclusion entre entrées de la forme E Dicovalence ⊂ E Lefff et
E Lefff ⊂ E LG .
2. Nous avons choisi l’heuristique suivante : une entrée E 1 est incluse dans
une autre entrée E 2 si elle a exactement le même inventaire de fonctions
syntaxiques de base (Suj, Obj, Objde, Objà) et si l’inventaire des autres
fonctions syntaxiques dans E 2 est inclus dans celui de E 1 .
Dicovalence (issue de l’entrée
C’est ainsi que pour le lemme verbal voler, l’entrée E86440
86440 de D ICOVALENCE), à savoir
Dicovalence
86450
0
1
2
est considérée comme incluse dans l’entrée du Lefff
Lefff
2
0
1
2
On notera que la fonction Suj a dans l’entrée du Lefff des réalisations erronnées
et
(complétive et infinitive).
Les regroupements d’entrées sont alors obtenus comme suit : nous partons
de chaque entrée qui n’inclut aucune autre entrée (souvent, une entrée issue
de D ICOVALENCE) puis nous suivons les relations d’inclusion jusqu’à trouver
une entrée qui n’est incluse dans aucune autre. Chaque chaîne d’inclusion ainsi
construite forme un regroupement.
9. C’est parce que nous n’extrayons des tables que des informations très partielles que la granularité est si
réduite. Les tables du lexique-grammaire fournissent en réalité des informations syntaxiques très riches — sauf
précisément pour les constructions pronominales.
Constructions pronominales
9
2.3. Fusion des entrées
Les entrées qui forment un regroupement sont fusionnées de la façon suivante :
– l’ensemble des fonctions syntaxiques est construit comme l’union des
ensembles des fonctions syntaxiques présentes dans les entrées sources,
– pour chaque fonction, l’ensemble des réalisations est également obtenu
par union, en indiquant quelle source propose quelle réalisation (aucune
indication sur une réalisation particulière indique qu’elle était répertoriée
dans toutes les entrées sources),
– une fonction syntaxique n’est à réalisation obligatoire que si c’est le cas dans
toutes les ressources sources,
– l’ensemble des redistributions possibles est construit comme l’union des
ensembles de redistributions possibles présentes dans les entrées sources.
La fusion des deux entrées ci-dessus pour le lemme verbal voler donne ainsi le
résultat suivant :
2
Lefff
0
1
Lefff
2
La redistribution se-moyenne a donc été ajoutée à l’entrée initiale du Lefff. De
plus, les indications de provenance permetteront d’améliorer la qualité et l’efficacité
de la validation manuelle, qui reste indispensable pour obtenir une ressource de
bonne qualité. C’est ainsi que les réalisations scompl et sinf pour la fonction Suj,
que seul le Lefff propose, seront plus facilement identifiées comme erronées.
3. Résultats, conclusion et perspectives
Les résultats préliminaires de ce travail sont les suivants. Nous avons extrait de
D ICOVALENCE 5 273 entrées pronominales ou ayant des réalisations pronominales,
parmi les 8 214 entrées que comporte la ressource. Le lexique-grammaire a
permis la construction de 550 telles entrées, mais celles-ci ne comportent aucune
information sur les réalisations des fonctions syntaxiques. La ressource construite à
partir de ces entrées et du Lefff comporte 5 464 entrées pronominales ou ayant des
réalisations pronominales, qu’il nous faudra valider manuellement.
Les constructions pronominales sont un exemple de données linguistiques
moins bien couvertes que d’autres par les tables du lexique-grammaire. À l’inverse,
une ressource comme D ICOVALENCE, de par ses fondements linguistiques, s’est
fortement intéressée à ces constructions. Naturellement, ce n’est pas toujours
le cas : les constructions symétriques, par exemple, sont bien étudiées dans le
lexique-grammaire, mais difficilement modélisables dans le cadre de l’approche
pronominale et donc dans D ICOVALENCE. C’est donc bien par la mise en commun
des données linguistiques présentes dans différentes ressources qu’il sera possible
de parvenir à une description syntaxique lexicale satisfaisante du français.
10
Laurence Danlos, Benoît Sagot
Œuvres citées
Abeillé A. 2002. Une grammaire électronique du français. Paris, France : CNRS Editions.
Boons J.-P., Guillet A. & Leclère C. 1976a. La structure des phrases simples en français, Classes de
constructions transitives. Rapport interne, LADL, CNRS, Paris 7.
Boons J.-P., Guillet A. & Leclère C. 1976b. La structure des phrases simples en français, Constructions
intransitives. Genève : Droz.
Danlos L. & Sagot B. 2007. Comparaison du lexique-grammaire des verbes pleins et de dicovalence : vers une
intégration dans le lefff. In Actes de TALN’2007, Toulouse, France.
Dubois J. & Dubois-Charlier F. 1997. Les verbes français. Paris, France : Larousse-Bordas.
Gardent C., Guillaume B., Perrier G. & Falk I. 2005. Maurice Gross’ grammar lexicon and natural language
processing. In Proc. of the 2nd LTC, Poznań, Poland.
Gross M. 1975. Méthodes en syntaxe. Paris, France : Hermann.
Leclère C. 2002. Organisation of the lexicon-grammar of french verbs. Linguisticæ Investigationes, 25(1),
29–48.
Ruwet N. 1972. Théorie syntaxique et syntaxe du français. Paris, France : Le Seuil.
Sagot B., Clément L., Villemonte de La Clergerie E. & Boullier P. 2006. The Lefff 2 syntactic lexicon for
French : architecture, acquisition, use. In Proc. of LREC’06.
Sagot B. & Danlos L. 2007. Améliorer un lexique syntaxique à l’aide des tables du lexique-grammaire –
Constructions impersonnelles. Cahiers du Cental. (à paraître).
Sagot B. & Danlos L. 2008. Méthodologie lexicographique de constitution d’un lexique syntaxique de référence
pour le français. In Actes du colloque Lexicographie et informatique : bilan et perspectives, Nancy, France.
Van den Eynde K. & Mertens P. 2006. Le dictionnaire de valence D ICOVALENCE : manuel d’utilisation.
http ://bach.arts.kuleuven.be/dicovalence/manuel_061117.pdf.
Résumé
Dans cet article, nous décrivons la façon dont les constructions pronominales sont
représentées dans D ICOVALENCE et dans le lexique-grammaire. Nous présentons
une méthode pour l’extraction et la fusion d’informations lexicales syntaxiques sur
ces constructions, et pour leur intégration dans le lexique TAL Lefff.
Summary
Pronominal constructions in Dicovalence and in the Lexicon-Grammar —
Integration in the Lefff
In this paper, we describe how pronominal constructions are represented in
D ICOVALENCE and in the lexicon-grammar. We introduce a method for extracting
and merging lexical syntactic information about these constructions, and integrating
it in the Lefff NLP lexicon.
Adresse de l’auteur:
Laurence Danlos, Benoît Sagot
Alpage, INRIA & Université Paris 7
30 rue du Ch. des rentiers
75013 Paris, France
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