La lutte antivectorielle - Documents pour le développement durable

La lutte antivectorielle - Documents pour le développement durable
La lutte antivectorielle - Méthodes à usage individuel et communautaire Sous la direction de Jan A. Rozendaal (OMS, 1999)
Organisation mondiale de la Santé
Genève
1999
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS), créée en 1948, est une institution
spécialisée du système des Nations Unies qui agit en tant qu’autorité directrice et
coordinatrice pour toutes les questions internationales de santé et de santé publique.
Elle est tenue par sa Constitution de fournir des informations et des avis objectifs et
fiables dans le domaine de la santé humaine, fonction dont elle s’acquitte en partie
grâce à son vaste programme de publications.
Dans ses publications, l’Organisation s’emploie à soutenir les stratégies sanitaires
nationales et aborde les problèmes de santé publique les plus urgents dans le monde.
Afin de répondre aux besoins de ses Etats Membres, quel que soit leur niveau de
développement, l’OMS publie des manuels pratiques, des guides et du matériel de
formation pour différentes catégories d’agents de santé, des lignes directrices et des
normes applicables au niveau international, des bilans et analyses des politiques et
programmes sanitaires et de la recherche en santé, ainsi que des rapports de
consensus sur des thèmes d’actualité dans lesquels sont formulés des avis techniques
et des recommandations à l’intention des décideurs. Ces ouvrages sont étroitement
liés aux activités prioritaires de l’Organisation, à savoir la prévention et l’endiguement
des maladies, la mise en place de systèmes de santé équitables fondés sur les soins de
santé primaires et la promotion de la santé individuelle et collective. L’accession de
tous à un meilleur état de santé implique l’échange et la diffusion d’informations tirées
du fonds d’expérience et de connaissance de tous les Etats Membres ainsi que la
collaboration des responsables mondiaux de la santé publique et des sciences
biomédicales.
Pour qu’informations et avis autorisés en matière de santé soient connus le plus
largement possible, l’OMS veille à ce que ses publications aient une diffusion
internationale et elle encourage leur traduction et leur adaptation. En aidant à
promouvoir et protéger la santé ainsi qu’à prévenir et à combattre les maladies dans le
monde, les publications de l’OMS contribuent à la réalisation du but premier de
l’Organisation - amener tous les peuples au niveau de santé le plus élevé possible.
Catalogage à la source: Bibliothèque de l’OMS
La Lutte antivectorielle: méthodes à usage individuel et communautaire/sous la
direction de J. A. Rozendaal.
1.
2.
3.
4.
Lutte contre insecte - méthodes
Lutte contre animaux nuisibles - méthodes
Vecteur maladie
Manuel I. Rozendaal, Jan Arle
ISBN 92 4 254494 9
(Classification NLM: QX 600)
L’Organisation mondiale de la Santé est toujours heureuse de recevoir des demandes
d’autorisation de reproduire ou de traduire ses publications, en partie ou
intégralement. Les demandes à cet effet et les demandes de renseignements doivent
être adressées au Bureau des Publications, Organisation mondiale de la Santé,
Genève, Suisse, qui se fera un plaisir de fournir les renseignements les plus récents
sur les changements apportés au texte, les nouvelles éditions prévues et les
réimpressions et traductions déjà disponibles.
Organisation mondiale de la Santé, 1999
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prévue par les dispositions du Protocole No 2 de la Convention universelle pour la
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figurent n’impliquent de la part du Secrétariat de l’Organisation mondiale de la Santé
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Lutte antivectorielle (La)
Méthodes à usage individuel et communautaire
1999, 449 pages
ISBN: 92 4 254494 9
Sw.fr: 132.00; dans les pays en développement: Sw.fr. 40,00
No. de commande: 2150448
Avant-propos
L’élaboration et la production du présent manuel ont représenté une tâche
considérable. Il a fallu rassembler toutes les données nécessaires concernant la lutte
contre les vecteurs de maladies, les animaux réservoirs et la vermine domestique en
ayant pour ligne de conduite la rédaction d’un guide pratique utilisable par tout un
chacun. Les espèces décrites, de même que les méthodes de lutte proposées, ont été
sélectionnées à l’intention de personnes ou de collectivités qui pourraient apporter
beaucoup à la lutte antivectorielle mais qui en sont plus ou moins empêchées par le
manque de moyens financiers ou une formation insuffisante. Le choix d’une méthode
de lutte dépend aussi, pour une grande part, de la structure de décision des
collectivités et des activités de lutte antivectorielle déjà entreprises par les services de
santé locaux.
C’est principalement Jan A. Rozendaal qui, entre 1988 et 1991, s’est chargé des
recherches, du recueil des données et des visites sur le terrain nécessaires à la
préparation de l’ouvrage. Le manuscrit a ensuite été examiné par plusieurs spécialistes
de la lutte antivectorielle, qui ont proposé un certain nombre de changements. Lors de
la rédaction du manuscrit définitif, Jan Rozendaal a ajouté des données relatives aux
dernières acquisitions en matière de lutte antivectorielle, afin que le texte soit le plus à
jour possible.
Cet ouvrage arrive vraiment à point nommé, car il semble désormais que la lutte
antivectorielle va consister beaucoup moins en vastes programmes organisés par les
pouvoirs publics qu’en initiatives locales impliquant une participation accrue de la
communauté. Par ailleurs, il est désormais bien clair que nombre de méthodes
traditionnelles uilisées pour prévenir ou combattre les maladies transmises par des
vecteurs et autres maladies infectieuses sont mal appliquées ou ont perdu leur
efficacité. Par suite du développement économique, de l’évolution démographique et
de la modification de l’environnement ou encore de l’augmentation des migrations
humaines, des maladies réapparaissent dans de nouveaux contextes ou sous des
formes plus virulentes. Nombreux sont maintenant les agents pathogènes qui résistent
aux médicaments courants et leurs vecteurs ont également acquis une résistance aux
insecticides. Les méthodes décrites dans cet ouvrage, et tout spécialement celles qui
consistent à modifier de façon permanente les habitations et d’autres éléments du
cadre de vie, peuvent contribuer à la lutte contre ces maladies qui font obstacle au
progrès économique et au bien-être de la population dans de nombreuses régions du
monde.
Dr K. Behbehani
Directeur de la Division de la Lutte contre les Maladies tropicales
Préface
Les maladies transmises par les arthropodes et les gastéropodes d’eau douce sont
parmi les principales causes de morbidité et de mortalité dans de nombreux pays
tropicaux et subtropicaux et même, quoique dans une moindre mesure, dans les zones
tempérées. En plus du tribut qu’elles prélèvent sous la forme de décès prématurés et
d’invalidités, ces maladies - paludisme, filariose, leishmaniose, schistosomiase,
dengue, trypanosomiase etc. - constituent un obstacle important au développement
économique par suite de la perte d’innombrables heures de travail, du coût élevé du
traitement et des dépenses occasionnées par la lutte contre les vecteurs.
Outre qu’elles peuvent être préjudiciables à l’environnement, les campagnes de lutte
antivectorielle à grande échelle sont souvent irréalisables pour des raisons financières
ou simplement pratiques. C’est pour cette raison qu’on en est venu à envisager des
méthodes que les particuliers et les communautés puissent eux- mêmes mettre en
œuvre pour se prémunir contre les maladies transmises par des vecteurs. Il n’existe
malheureusement que très peu de documentation susceptible d’être utilisée avec profit
par les non spécialistes. Le présent ouvrage s’efforce de combler cette lacune en
proposant des méthodes de protection individuelle utilisables par les particuliers et les
collectivités, méthodes qui ne demandent qu’un minimum d’organisation et de
formation de la part des services de santé locaux. En général, il s’agit de techniques
simples et peu coûteuses, ne nécessitant qu’un niveau minimum et qui sont sans
danger pour l’usager et l’environnement.
Ce manuel donne des renseignements pratiques sur la totalité des principaux vecteurs
de maladies et autres genres de vermine, même si pour une communauté donnée,
seuls certains d’entre eux pourront entrer en ligne de compte. Il convient donc
d’adapter les indications du manuel à la situation locale et aux groupes de population
en cause, voyageurs par exemple. L’Organisation mondiale de la Santé accueillera
avec plaisir les remarques des lecteurs, surtout en ce qui concerne l’utilisation du
manuel sur le terrain. Toutes les observations ou propositions d’amélioration doivent
être adressées à la Division de la Lutte contre les Maladies tropicales, Organisation
mondiale de la Santé, 1211 Genève 27, Suisse.
Remerciements
La rédaction du présent manuel n’a été possible que grâce à la contribution et aux
efforts d’un certain nomb re de personnes.
Dr J.A. Rozendaal, Cadre associé auprès de l’ancienne Division de la Biologie des
Vecteurs et de la Lutte antivectorielle (OMS), a effectué l’essentiel du travail:
recherche, collecte des données et visites sur le terrain.
Dr R. Slooff, Directeur de l’ancienne Division de la Biologie des Vecteurs et de la Lutte
antivectorielle (OMS), et le Dr C.F. Curtis, du Department of Entomology, London
School of Hygiene and Tropical Medicine, ont revu le manuel et fait un certain nombre
d’observations sur son contenu et sa structure.
L’OMS exprime sa reconnaissance aux spécialistes dont les noms suivent pour leur
précieuse contribution aux différents chapitres.
Chapitre 1
Dr C.F. Curtis, London School of Hygiene and Tropical Medicine, Londres, Angleterre
Dr C.E. Schreck, United States Department of Agriculture, Gainesville, FL, Etats-Unis
d’Amérique
Dr V.P. Sharma, Malaria Research Centre, Delhi, Inde
Professeur Yap Han Heng, Malaysia Sains University, Penang, Malaisie
Chapitre 2
M. J. Lancien, Institut français pour la recherche et le développement en coopération
(ORSTOM), Entebbe, Ouganda
Dr C. Laveissière, Institut Pierre Richet, Organisation pour la coopération contre les
grandes endémies (OCCGE), Bouaké, Côte d’Ivoire
Chapitre 3
Dr R. Bric èno-León, Université centrale du Venezuela, Caracas, Venezuela
Dr A.M. Oliveira Filho, Université fédérale de Rio de Janeiro, Rio de Janeiro, Brésil
Dr I. Paulone, Institut national pour le diagnostic et l’étude de la maladie de Chagas,
Institut Dr Mario Fatala Chaben (INDIECH), Buenos Aires, Argentine
Dr E. Segura, INDIECH, Buenos Aires, Argentine
Chapitre 5
Dr D.G. Cochran, Department of Entomology, Virginia Polytechnic Institute and State
University, Blacksburg, VA, Etats-Unis d’Amérique
Chapitre 6
M. J. Keiding, Laboratoire danois d’étude de la vermine, Lyngby, Danemark
Chapitre 8
Dr R.K. Clumpp, ancien membre de la Division of Vector-borne Diseases, Ministère de
la Santé, Nairobi, Kenya
Dr R. Slootweg, Centre d’études écologiques, Université d’Etat de Leyde, Leyde, PaysBas
Les membres suivants du personnel de l’OMS ont également contribué à la rédaction
des divers chapitres: M. R. Bos, Division du Soutien opérationnel à l’Hygiène du Milieu;
Dr A.W.A. Brown, ancienne Division de la Biologie des Vecteurs et de la Lutte
antivectorielle; M. P.D. Cattand, ancienne Division de la Lutte contre les Maladies
tropicales; Dr N.G. Gratz, ancienne Division de la Biologie des Vecteurs et de la Lutte
antivectorielle; Dr A.B. Knudsen, ancien membre de la Division de la Lutte contre les
Maladies tropicales; Dr K.E. Mott, Division de la Lutte contre les Maladies tropicales; Dr
P.J.A. Ranque, Division de la Lutte contre les Maladies tropicales; Dr C. Schofield,
ancien fonctionnaire au Programme spécial de recherche et de formation concernant
les maladies tropicales; Dr A.R. Seim, Division de la Lutte contre les Maladies
tropicales; M. G. Shidrawi, ancien membre de la Division de la Lutte contre les
Maladies tropicales.
L’OMS remercie également les personnes suivantes de leur appui et précieux conseils:
Dr P. Carnevale, Institut Pierre Richet, OCCGE, Bouaké, Côte d’Ivoire; M. R. Carroll,
Building Research Establishment, Watford, Angleterre; Dr M. Coosemans, Institut de
médecine tropicale, Anvers, Belgique; M. M. Dubbelman, Siamdutch Mosquito Netting
Co., Bangkok, Thaïlande; Dr A. Fenwick, Schistosomiasis Research Project, Ministère
de la Santé, United States Agency for International Development, le Caire, Egypte; Dr
J. Goose, Cambridge Animal and Public Health Ltd, Hauxton, Cambridge, Angleterre;
Dr G. Hesse, Bayer AG, Leverkusen, Allemagne; Dr T.W. Hofman, Cyanamid
International, Louvain-la-Neuve, Belgique; M. J.F. Invest, Roussel Uclaf, Berkhamsted,
Angleterre; Professeur J.J. Laarman, Université d’Amsterdam, Amsterdam, Pays-Bas;
M. S. Matsuo, Sumitomo Chemical Co., Osaka, Japon; M. G.A. Matthews, International
Pesticide Application Research Centre, Sunninghill, Berkshire, Angleterre; Professeur
D.H. Molyneux, Liverpool School of Tropical Medicine, Université de Liverpool,
Liverpool, Angleterre; Professeur M.S. Mulla, Université de Californie, Berkeley, CA,
Etats-Unis d’Amérique; Dr R. Sonneck, Bayer AG, Leverkusen, Allemagne; Dr R.
Sturrock, Department of Medical Helminthology, London School of Hygiene and
Tropical Medicine, Londres, Angleterre; M. Teoh Kim Teik, Fumakila, Malaisie;
Professeur H.J. Van Der Kaay, ancien professeur à l’Université d’Etat de Leyde, Leyde,
Pays-Bas; Professeur G. Webbe, ancien professeur au Department of Medical
Helminthology, London School of Hygiene and Tropical Medicine, Londres, Angleterre;
Dr G.B. White, Zeneca Public Health, Fernhurst, Haslemere, Angleterre.
Les membres suivants (en poste ou retraités) du personnel de l’OMS ont également
fourni conseils et suggestions: Dr J. Akiyama, Dr D. Barakamfitiye, Dr P.F. Beales, Dr
P. de Raadt, Dr C.W. Hays, Dr P.R.J. Herath, Dr R.L. Kouznetsov, M. F.A.S. Kuzoe, Dr
R. Le Berre, Dr S. Litsios, Dr A. Moncayo, Dr J. Najera Morrondo, Dr M. Nathan, Dr R.
Plestina, M. G. Quélennec, Dr H.R. Rathor, Dr C. Ravaonjanahary, Dr A.E.C. Rietveld,
Dr L. Self, Dr J. Storey, Dr J. Verhoeff and Dr M.H. Wahdan.
Sauf indication contraire, les illustrations du texte et de la couverture sont dues à Lois
Robertson, Amsterdam, Pays-Bas.
Une grande reconnaissance est due au Ministère des Affaires étrangères des Pays-Bas
pour son appui financier à cet ouvrage.
Introduction
Historique et cadre général de la lutte antivectorielle
Au tournant du dix-neuvième siècle, on s’est rendu compte que certaines espèces
d’insectes et autres arthropodes ainsi d’ailleurs que plusieurs gastéropodes d’eau
douce étaient responsables de la transmission de maladies importantes. Comme on ne
disposait pas toujours de vaccins ou de médicaments efficaces contre ces maladies, il
n’y avait souvent guère d’autre solution que la destruction du vecteur pour les
empêcher de se propager. Les premiers programmes de lutte antivectorielle
consistaient à munir de grillages les ouvertures des habitations, à utiliser des
moustiquaires, à assécher ou à combler les marécages et autres étendues d’eau
servant de gîtes larvaires aux insectes et à les traiter au pétrole ou au vert de
Schweinfurt. La découverte en 1940 des propriétés insecticides du DDT ou
dichlorodiphényldichloréthane, a constitué une avancée majeure dans la lutte contre
les maladies à transmission vectorielle. Ce produit était en effet extrêmement efficace
contre les moustiques intradomiciliaires lorsqu’on le pulvérisait sur les murs des
habitations. Par ailleurs, il n’était pas cher à produire et restait actif pendant plusieurs
mois. Il était également efficace contre d’autres insectes piqueurs ainsi que contre les
puces, les poux, les punaises de lit et les triatomes.
Pendant les années 50 et au début des années 60, on organisa, dans nombre de pays,
des programmes de lutte visant à maîtriser, voire à éradiquer les plus importantes des
maladies à transmission vectorielle (paludisme, maladie de Chagas et leishmanioses)
par des épandages de DDT à grande échelle. Très coûteux, ces programmes étaient en
principe d’une durée limitée. L’objectif était d’éradiquer les maladies ou de réduire la
transmission à un niveau tel que les établissements de soins soient en mesure de les
contenir sans faire appel à des mesures de lutte supplémentaires.
Au début, ces programmes connurent un large succès et dans un certain nombre de
pays, on parvint même à interrompre ou du moins à réduire les activités de lutte
antivectorielle.
Cependant, dans la plupart des pays, ces succès furent de courte durée et les vecteurs
acquéraient souvent une résistance aux insecticides qui contraignait à se tourner vers
des produits nouveaux, d’un prix de revient plus élevé. La suspension des programmes
de lutte finit par laisser la transmission se rétablir à un niveau non négligeable. Le
succès ne fut durable que là où l’environnement avait été modifié de manière à
empêcher les vecteurs de retrouver des lieux de ponte ou de repos.
Substituts à l’emploi d’insecticides
Si un regain d’intérêt se manifeste pour la recherche d’autres moyens de lutte
antivectorielle que l’épandage d’insecticides, comme la lutte biologique et
l’aménagement du milieu, c’est que les vecteurs importants sont de plus en plus
résistants aux produits d’usage courant et que l’on s’inquiète des effets que le DDT et
certains autres insecticides exercent sur l’environnement.
La lutte par aménagement de l’environnement consiste à modifier les lieux susceptibles
de servir de gîtes larvaires, par exemple en comblant ou en asséchant définitivement
les mares et les marécages ou encore en désherbant et en curant périodiquement
étangs et canaux.
La lutte biologique repose sur l’utilisation d’organismes vivants ou de produits qui en
dérivent pour détruire les vecteurs et les ravageurs. Il s’agit en particulier de virus, de
bactéries, de protozoaires, de champignons, de plantes, de vers parasites et de
moustiques ou de poissons prédateurs. On s’efforce en général de détruire les larves
sans polluer l’environnement. La lutte biologique donne souvent ses meilleurs résultats
lorsqu’on la pratique parallèlement à l’aménagement de l’environnement.
Réorganisation de la lutte antivectorielle
Parallèlement à la recherche d’autres méthodes de lutte, on a tenté, dans de
nombreux pays, de réorganiser les activités et les services. Dans la mesure du
possible, les programmes de lutte antivectorielle ont été décentralisés et intégrés aux
services de santé de base au niveau du district. Il s’agissait par là d’assurer la
pérennité des programmes tout en réalisant des économies substantielles sur le plan
financier, notamment par une réduction du coût de la main d’œuvre. Finalement, des
responsabilités accrues ont été confiées aux agents de santé de village ou de district.
Au cours de la dernière décennie, on a accordé une grande importance à l’adaptation
des techniques existantes et à la mise au point de nouvelles méthodes permettant aux
agents de santé en général comme aux particuliers de se protéger eux- mêmes. C’est
ainsi que l’on a donné la priorité à la mise au point de mesures de lutte antivectorielle
simples, sans danger, bien adaptées et peu coûteuses. On dispose désormais de filets
et d’écrans imprégnés d’insecticide pour se prémunir contre les moustiques et les
phlébotomes. En Afrique, des pièges anti-glossines ont été mis au point. En Amérique
du Sud, on a modifié le plan et le mode de construction des habitations pour les rendre
inhospitalières aux triatomes. Des filtres d’un modèle spécial permettent de
débarrasser l’eau de boisson des Cyclops vecteurs du ver de Guinée. Grâce à de
nouvelles techniques d’irrigation, il est désormais possible d’empêcher la prolifération
des moustiques et des gastéropodes sans aucun dommage pour les cultures.
La lutte antivectorielle au niveau communautaire
Ce sont les circonstances locales et les préférences de la population qui vont
déterminer la nature de la méthode de lutte antivectorielle à appliquer dans une
communauté donnée. Il est essentiel que les différentes communautés soient
informées des diverses possibilités qui s’offrent à elles et qu’elles participent
activement au choix et à l’exécution des activités de lutte adaptées à leur situation
particulière.
Les méthodes de lutte antivectorielle justiciables d’une participation communautaire
doivent présenter les caractéristiques suivantes:
- être efficac es;
- être abordables;
- utiliser des produits et du matériel disponibles localement;
- être faciles à comprendre et à mettre en œuvre;
- être acceptables et compatibles avec les coutumes, les attitudes et les croyances
locales;
- être sans danger pour les usagers et l’environnement.
Des méthodes valables en un lieu donné ne le sont pas forcément ailleurs, même si les
caractéristiques de la maladie et de son vecteur sont identiques. Par exemple, la
pulvérisation d’insecticide sur les murs peut être la meilleure méthode pour combattre
le paludisme dans un secteur, alors que dans un autre secteur il sera préférable d’avoir
recours à des moustiquaires imprégnées d’insecticide ou d’aménager l’environnement.
Les différences - qui peuvent être importantes - entre les diverses méthodes vont
conditionner la nature et le degré de participation de la communauté, des agents de
santé de village ou de district ainsi que des spécialistes de la lutte antivectorielle. Le
choix de la méthode dépendra souvent des fonds disponibles, de l’existence de
personnels dûment formés, du niveau de développement socio-économique de la
communauté ou de la région et de celui des services de santé locaux.
Choix des mesures de lutte appropriées
Lorsqu’il s’agit de choisir les mesures de lutte appropriées à une situation donnée, on
peut en général distinguer deux types de situation appelant chacune une solution
différente:
- nuisances causées par la présence de ravageurs, parasites etc...
- maladies véhiculées par des insectes hématophages ou autres vecteurs.
Dans les deux cas, il est possible de trouver des solutions pour protéger collectivités et
individus.
Il importe de faire une distinction entre les mesures qui offrent une protection
convenable contre les maladies et celles qui ne sont pas suffisantes à elles seules mais
peuvent être intéressantes combinées à d’autres.
Avant de se lancer dans une activité quelconque de lutte antivectorielle, il importe de
se poser deux questions, à savoir:
• Quel est le résultat attendu: simplement se protéger, soi- même et sa famille, contre
les piqûres d’insectes et les maladies qu’elles peuvent transmettre ou faire reculer la
maladie dans la communauté?
• Les autorités sanitaires sont-elles déjà en train de prendre des mesures de lutte et
seriez-vous désireux d’apporter un surcroît de protection à la communauté - ou à votre
famille?
Il est indispensable de répondre à ces questions pour choisir les méthodes de lutte les
plus appropriées. Pour diagnostiquer correctement une maladie ou identifier un vecteur
il peut être nécessaire de consulter un agent de santé local - de préférence déjà
impliqué dans les discussions au sujet de la nécessité et des possibilités de la lutte
antivectorielle. L’avis de personnes ayant l’expérience de la lutte contre les ravageurs
peut être utile.
On trouvera dans le présent manuel des données de base permettant d’identifier plus
facilement les vecteurs et les maladies qui jouent un rôle important dans telle ou telle
communauté. Grâce aux indications que contient le premier chapitre, consacré à la
biologie, on devrait être capable de déterminer à quel groupe appartiennent les
ravageurs ou les vecteurs en question. On y trouvera également des renseignements
sur ce que l’on peut attendre des différentes méthodes de lutte. Le deuxième chapitre,
qui porte sur les questions de santé publique, passe brièvement en revue les
différentes maladies transmises par des vecteurs. Il indique dans chaque cas la place
des mesures de lutte antivectorielle dans les stratégies mises en œuvre pour
combattre ces maladies. Il s’achève par des considérations pratiques sur diverses
méthodes. Ce sont les moyens de protection individuelle et ceux qui se prêtent à une
action communautaire qui sont abordés le plus en détail. En revanche, les méthodes
de lutte dont la mise en œuvre exige un personnel spécialisé ne sont exposées que
dans leurs grandes lignes.
Protection individuelle
Il s’agit de méthodes permettant de se protéger personnellement, de protéger sa
famille ou un petit groupe de proches contre les nuisances ou les maladies causées par
les insectes. Elles consistent en particulier à éviter de mettre son corps en contact avec
les vecteurs et à aménager son environnement pour les empêcher de trouver des lieux
de repos ou de ponte à l’intérieur ou aux alentours de la maison. Il s’agit en général de
mesures simples et peu coûteuses que l’on peut prendre sans l’aide de spécialistes.
Lutte au sein de la communauté
Il est plus difficile de protéger toute une communauté contre les nuisances ou les
maladies dont les insectes sont cause. On peut envisager des mesures analogues à
celles que l’on prend au niveau individuel ou familial, mais bien entendu à plus grande
échelle. De grands efforts sont nécessaires pour obtenir la participation de tous les
membres de la communauté.
Avant tout investissement dans un effort de lutte à l’échelon communautaire, il faut
demander aux agents de santé quelles sont les mesures qu’ils estiment devoir être
efficaces dans les conditions locales. De nombreux facteurs sont à prendre en
considération: l’espèce du vecteur et son comportement, la compatibilité des mesures
envisagées avec la culture locale, les possibités de financement à long terme, la
nécessité d’obtenir les conseils de spécialistes etc... Dans certains cas, il est plus
économique d’améliorer le dépistage et le traitement des malades que de prendre des
mesures de lutte antivectorielle. En revanche, si le diagnostic d’une maladie pose des
problèmes ou que l’on ne dispose pas de moyens de traitement appropriés, le seul
espoir de juguler la maladie réside dans la lutte antivectorielle.
Après avoir étudié sa propre situation, la communauté pourra utiliser le présent
manuel pour décider du choix des mesures de lutte qui lui conviennent le mieux. Ce
choix ne doit pas reposer uniquement sur des considérations d’efficacité mais aussi
prendre en compte le fait que les mesures retenues doivent être durables et
abordables. Il importe également de voir si les services de santé locaux sont en
mesure d’apporter un soutien durable, et dans quelle proportion.
Apports des services de santé et de la communauté nécessaires aux
différentes mesures de lutte
Apports
communautaires
importants
Apports des
services
sanitaires
Méthodes simples et peu coûteuses de protection
individuelle nécessitant la participation active de la
communauté tout entière.
modestes
Exemples: moustiquaires imprégnées, amélioration de
l’habitat, élimination des gîtes larvaires existants ou
potentiels à l’intérieur et aux alentours des
habitations.
Des techniques simples pour empêcher la prolifération
des vecteurs, qui demandent une participation active
de la population et une supervision directe par des
gens du métier.
Exemples: élimination des gîtes larvaires, utilisation
de poissons larvivores, épandage de larvicides.
Méthodes qui exigent du matériel, un personnel
dûment formé ainsi que la participation technique et
financière de la communauté.
Exemple: pulvérisation d’insecticides sur les murs des
habitations.
↓
Méthodes pour l’éradication des maladies ou de leurs
vecteurs, qui nécessitent, de la part des services
sanitaires, des investissements importants pendant
une période limitée et dont la mise en œuvre doit être
directement supervisée par des spécialistes de la lutte
antivectorielle.
Exemp les: le programme de lutte contre
l’onchocercose en Afrique de l’Ouest et les divers
programmes de lutte antipaludique des années 60 et
70.
Mesures d’urgence, qui réclament une action
énergique de la part des services sanitaires, avec
l’aide de spécialistes de la lutte antivectorielle.
Exemples: pulvérisation en volume ultra-faible
(nébulisation) d’insecticides pour endiguer des
épidémies de dengue.
Modestes
importants
Chapitre 1. Moustiques et autres diptères piqueurs
Vecteurs du paludisme, de la leishmaniose, de l’onchocercose, de la dengue, de la
fièvre jaune et autres maladies
Biologie
Les diptères piqueurs sont des insectes volants dotés d’une paire d’ailes qui se
nourrissent en suçant le sang de l’homme et des animaux. Dans de nombreuses
régions du monde, ils créent, par leurs piqûres, une nuisance considérable. De plus et
c’est plus grave, ils véhiculent nombre de maladies, surtout sous les tropiques où ils
sont la cause d’une morbidité et d’une mortalité importantes.
Le groupe le plus important de diptères piqueurs est constitué par les moustiques. Ce
sont des insectes au corps long et grêle, dotés de longues pattes et de longues pièces
buccales en forme d’aiguilles. Parmi les autres diptères, on peut citer les simulies, les
phlébotomes, les mouches tsé-tsé ou glossines, les cératopogonides, les tabanidés ou
taons, et les stomoxes, dont les pièces buccales sont généralement plus courtes et le
corps plus robuste. Les trois derniers groupes ne sont pas très importants en tant que
vecteurs de ma ladies humaines.
Le tableau 1.1 indique les maladies qui sont transmises par chacun de ces groupes.
Caractères distinctifs des diptères piqueurs
Moustiques
Les moustiques se distinguent des autres insectes piqueurs par leur long corps grêle,
leurs longues pattes et leurs pièces buccales en forme d’aiguilles (Fig. 1.1a). On peut
quelquefois discerner une apparence d’écaillés au niveau des ailes. Les imagos
(insectes adultes) ont entre 2 et 12,5 mm de longueur.
Tableau 1.1
Maladies transmises par des moustiques et autres et autres diptères piqueurs
Vecteurs
Maladies
Moustiques (Culicidés)
Anopheles
Paludisme, filariose lymphatique
Culex
Filariose lymphatique, encéphalite japonaise, autres
viroses
Aedes
Fièvre jaune, dengue, dengue hémorragique, autres
viroses, filariose lymphatique
Mansonia
Filariose lymphatique
Autres diptères piqueurs
Mouches tsé-tsé (glossines)
Trypanosomiase africaine (maladie du sommeil)
Simulies
Cécité des rivières (onchocercose), mansonellose
(généralement asymptomatique)
Phlébotomes (Phlebotomus,
Lutzomyia)
leishmaniose, fièvres à phlébotomes
Taons (tabanidés)
Loase, tularémie
Cératopogonides
Mansonellose (généralement asymptomatique)
Fig. 1.1 Les diptères piqueurs: a) moustiques (dessin aimablement communiqué par le
professeur M. Wéry, Institut de Médecine tropicale, Anvers, Belgique; moustique au
repos, © L. Robertson); b) simulies; c) cératopogonides; d) phlébotomes; e) taons; f)
glossines; g) stomoxes (tous les dessins aimablement communiqués par le Muséum
d’Histoire naturelle de Londres, sauf indication contraire).
Alors que certaines espèces piquent dans la matinée, la soirée ou la nuit, d’autres se
nourrissent de préférence pendant la journée. Certaines espèces sont agressives à
l’extérieur et d’autres à l’intérieur des habitations.
Simulies
Les simulies sont des insectes au corps trapu qui mesurent environ 1 à 5 mm de long.
Elles sont en général de couleur noire, mais il en existe aussi de jaunes et d’orange.
Les yeux sont volumineux et les pattes courtes. Les ailes, incolores, sont larges et
courtes (Fig. 1.1b). Les simulies piquent pendant la journée, à l’extérieur. Certaines
espèces manifestent une préférence exclusive pour certaines parties du corps, par
exemple les jambes ou le haut du corps.
Cératopogonides
Les cératopogonides mesurent environ 1,5 mm de long. Leur agressivité se manifeste
tout au long de la journée et de la nuit, ma is ils ont tendance à piquer plus souvent en
fin d’après- midi et en début de nuit. Leurs pièces buccales sont trop courtes (Fig. 1.1c)
pour qu’ils puissent piquer efficacement à travers les vêtements; ils se groupent
souvent en essaim autour de la tête de leur proie qu’ils essaient de piquer à la face. Ils
peuvent également piquer les autres parties découvertes. La plupart des espèces ont
une activité trophique exclusivement extradomiciliaire. Ils peuvent constituer une forte
nuisance, d’autant plus que leur petite taille leur permet de passer à travers les mailles
des moustiquaires ordinaires.
Phlébotomes
Les phlébotomes mesurent environ 1,5 à 4 mm de long. Ce sont des insectes velus
avec de gros yeux et des pattes longues et grêles (Fig. 1.1d). Ils se déplacent par vols
courts en se posant très souvent. Contrairement à tous les autres diptères piqueurs, ils
maintiennent leurs ailes relevées lorsqu’ils sont au repos. Les phlébotomes piquent
habituellement après la tombée de la nuit, mais en forêt et par temps couvert, ils
peuvent également être agressifs dans la journée. La plupart des espèces se
nourrissent à l’extérieur, mais quelques-unes le font également à l’intérieur. Leurs
pièces buccales sont trop courtes pour qu’ils puissent piquer à travers les vêtements.
Taons
Les tabanidés sont des mouches de taille moyenne à grande (6 à 25 mm de longueur),
au vol puissant et au comportement très hématophage. Certaines espèces
représentent les plus grands diptères piqueurs, avec une envergure de 6,5 cm. Leur
couleur est variable, claire ou foncée, avec parfois des irisations. La tête est large et
les yeux volumineux. Les pièces buccales ne pointent pas vers l’avant comme chez les
glossines; elles sont dirigées vers le bas (Fig. 1.1e). Les taons sont particulière ment
actifs pendant la journée, lorsque la lumière solaire est vive. Ils sont en général
exophiles et se nourrissent principalement dans les bois et les forêts. Leur piqûre est
profonde et douloureuse; elle continue souvent à saigner après l’envol de l’insecte. Les
taons peuvent facilement piquer à travers les vêtements.
Glossines
Les glossines ou mouches tsé-tsé ne se rencontrent qu’en Afrique. Ce sont des insectes
de couleur jaunâtre ou brun foncé, de taille moyenne (6 à 15 mm). On peut les
distinguer des autres grands diptères piqueurs par la position de leurs pièces buccales,
qui pointent vers l’avant (Fig. 1.1f; voir aussi les stomoxes). Elles ne piquent que
pendant la journée.
Stomoxes
Les stomoxes ou mouches des étables sont des insectes de taille moyenne (5 à 6 mm)
et de couleur sombre dont la forme et la taille rappellent celles de la mouche
domestique. En Afrique, on peut les distinguer de cette dernière et des autres mouches
d’aspect voisin par la position des pièces buccales (Fig. 1.1g), qui, chez les stomoxes,
pointent vers l’avant, ainsi que par leur taille plus réduite et la position des ailes qui ne
se recouvrent pas au repos. Les stomoxes piquent pendant la journée et surtout à
l’extérieur. C’est au voisinage des fermes et autres lieux où sont parqués de gros
bestiaux qu’elles piquent le plus souvent. Elles se gorgent la plupart du temps au
niveau des membres.
Moustiques
Les moustiques jouent un rôle important dans la transmission d’un certain nombre de
maladies tropicales comme le paludis me, les filarioses et plusieurs viroses: dengue,
encéphalite japonaise et fièvre jaune notamment. Dans les pays tempérés, ils
constituent davantage une nuisance que des vecteurs de maladies.
Il existe environ 3000 espèces de moustiques, dont une centaines sont vectrices de
maladies. Les mesures de lutte ne sont en général dirigées que contre une ou
quelques-unes des espèces vectrices les plus importantes et peuvent viser soit les
imagos, soit les larves.
Cycle de développement
On distingue quatre stades dans ce cycle de développement: l’oeuf, la larve, la
nymphe et l’adulte ou imago (Fig. 1.2). En général, les femelles ne s’accouplent qu’une
seule fois mais pondent périodiquement pendant toute leur existence. Pour y parvenir,
la plupart d’entre elles doivent prendre un repas de sang (Fig. 1.3). Les mâles ne sont
pas hématophages; ils se nourrissent de sucs d’origine végétale. La digestion d’un
repas de sang et le développement ultérieur des œufs durent 2 à 3 jours sous les
tropiques mais peuvent prendre davantage de temps dans les zones tempérées.
Fig. 1.2 Le cycle de développement du moustique (© OMS).
Les femelles gravides se mettent en quête d’un lieu favorable à la ponte. Une fois
qu’elles y ont déposé leurs œufs, elles retournent prendre un autre repas de sang,
vont pondre à nouveau et ainsi de suite jusqu’à la mort.
Une femelle pond de 30 à 300 œufs à la fois, selon l’espèce. De nombreuses espèces
déposent leurs œufs directement à la surface de l’eau, soit isolément (Anopheles), soit
en amas sous forme de radeaux flottants (par ex. Culex). Sous les tropiques, les œufs
éclosent habituellement en 2 à 3 jours. Certaines espèces (par ex. Aedes) déposent
leurs œufs juste en-dessous de la surface ou sur la boue humide; ces œufs n’éclosent
que lorsque l’eau les recouvre. Desséchés, ils peuvent rester viables pendant des
semaines.
Après l’éclosion, les larves ne se développent pas en continu; elles passent par quatre
stades différents (instars). Au premier stade, la larve mesure environ 1,5 mm de long
et au quatrième environ 8-10 mm. Les larves sont dépourvues de pattes mais elles
possèdent une tête et un corps bien développés qui sont recouverts de soies. Elles sont
capables de nager dans l’eau grâce à des mouvements ondulants de leur corps. Elles
se nourrissent de levures, de bactéries et de petits organismes aquatiques. La plupart
sont dotées d’un siphon respiratoire situé à l’extrémité de l’abdomen, qui leur permet
de respirer en venant déboucher à la surface. Elles plongent pendant de courtes
périodes pour échapper à un danger ou rechercher de la nourriture. Les larves
d’anophèles, qui respirent et se nourrissent en adoptant une position parallèle à la
surface, sont pourvues d’un siphon rudimentaire. Les larves de Mansonia n’ont pas
besoin de venir respirer à la surface, car elles peuvent prélever de l’air en insérant leur
siphon dans une plante aquatique à laquelle elles restent d’ailleurs fixées la majeure
partie du temps.
Sous les climats chauds, le stade larvaire dure 4 à 7 jours ou davantage en cas de
pénurie de nourriture. Parvenue au terme de son développement, la larve se
transforme en une nymphe, dont la forme générale est celle d’une virgule. Les
nymphes ne se nourrissent pas et passent la majeure partie de leur temps à la surface
de l’eau. Elles plongent rapidement vers le fond si elles sont dérangées. Lorsque la
nymphe arrive à maturité, son tégument se fend à une extrémité, livrant passage à un
moustique adulte complètement développé. Sous les tropiques, le stade nymphal dure
de 1 à 3 jours. Lorsque les conditions sont favorables, le passage de l’œuf à l’imago
prend de 7 à 13 jours.
Fig. 1.3 Abdomen dilaté d’un moustique récemment gorgé.
Agressivité des moustiques
Les femelles se nourrissent sur l’homme et les animaux. La plupart des espèces
manifestent des préférences quant au choix de leurs hôtes. Elles sont attirées par les
odeurs corporelles, par le dioxyde de carbone et par la chaleur qu’émettent leurs
hôtes. Certaines espèces ont un rythme d’agressivité particulier et piquent de
préférence à certaines heures, par exemple au crépuscule, à l’aube ou au milieu de la
nuit. En général, c’est pendant la nuit que les femelles se gorgent mais elles peuvent
aussi piquer pendant la journée. Certaines espèces se nourrissent de préférence en
forêt et d’autres à l’extérieur ou au contraire à l’intérieur des habitations.
Comme la digestion du repas de sang et le développement des œufs durent plusieurs
jours, le moustique, une fois gorgé, cherche un endroit ombragé où il puisse se
reposer en toute sécurité, sans crainte de dessication. Certaines espèces préfèrent se
reposer à l’intérieur des habitations ou dans les abris destinés au bétail, alors que
d’autres choisissent plutôt de le faire à l’extérieur, sur la végétation ou sur tout autre
site naturel. En général, les moustiques ne piquent pas pendant le développement des
œufs.
Selon leur comportement, les moustiques peuvent constituer simplement une nuisance
ou devenir des vecteurs de maladies et cela conditionne le choix des méthodes de
démoustication. Les espèces qui se nourrissent de préférence sur les animaux ne sont
généralement pas capables d’assurer efficacement la transmission interhumaine des
maladies. Il est probablement plus difficile d’éviter les piqûres en début de soirée que
durant la nuit. Les moustiques qui se reposent à l’intérieur sont les plus faciles à
combattre.
Caractères distinctifs des moustiques vecteurs
Il existe, parmi les moustiques, deux groupes hématophages qui s’attaquent à
l’homme et sont susceptibles de transmettre des maladies.
• Les anophèles; le genre Anopheles est surtout connu pour son rôle dans la
transmission du paludisme, mais il peut aussi transmettre la filariose dans certaines
régions.
• Les culicines, qui comprennent les genres suivants:
- Culex: vecteurs de la filariose et de certaines maladies virales;
- Aedes: vecteurs de la dengue, de la fièvre jaune et d’autres viroses ainsi parfois que
de la filariose;
- Mansonia: vecteurs de la brugiose;
- Haemagogus et Sabethes: vecteurs de la fièvre jaune dans les forêts d’Amérique du
Sud et d’Amérique centrale.
La figure 1.4 montre en quoi les moustiques des genres Anopheles, Aedes et Culex se
distinguent les uns des autres. Les caractères les plus utiles pour distinguer les
anophèles des autres moustiques sont les suivants:
- la longueur des palpes est égale à celle de la trompe;
- lorsque le moustique est au repos, ses pièces buccales et son abdomen sont
généralement alignés et inclinés par rapport à la surface sur laquelle il se tient; cette
inclinaison varie selon les espèces et peut parfois approcher 90°. Anopheles
culicifacies, vecteur du paludisme en Asie du sud-est, constitue une exception; il se
tient presque parallèle à sa surface de repos. Comme son nom l’indique, il ressemble
superficiellement à un moustique du genre Culex.
Fig. 1.4 Quelques-uns des principaux caractères distinctifs des moustiques des genres
Anopheles, Aedes et Culex (© OMS).
WHO 99279/F
Les moustiques du genre Anopheles
Il existe dans le monde environ 380 espèces appartenant au genre Anopheles (Fig.
1.5). Quelque 60 d’entre elles sont suffisamment attirées par l’Homme pour constituer
des vecteurs du paludisme. Un certain nombre d’anophèles sont également des
vecteurs de la filariose et de diverses viroses.
Cycle de développement
Les gîtes larvaires varient d’une espèce à l’autre, mais sont souvent exposés au soleil
et généralement associés à la végétation: plantes dressées ou à feuilles flottantes,
algues. Les sites les plus fréquemment choisis pour la ponte sont les mares, les zones
de suintement, les anses calmes des rivières au cours lent, les rizières, l’aisselle des
feuilles de certaines plantes épiphytes ainsi que les flaques d’eau de pluie. Les
récipients artificiels, tels que pots, baquets, citernes et réservoirs surélevés ne leur
conviennent généralement pas, sauf dans le cas d’Anopheles stephensi en Asie du sudouest.
Fig. 1. 5 Un anophèle: a) en vol (schéma aimablement communiqué par le professeur
M. Wéry, Institut de Médecine tropicale d’Anvers, Belgique); b) au repos (© L.
Robertson).
Les œufs sont pondus un à un à la surface de l’eau et flottent jusqu’à l’éclosion. De
forme oblongue, ces œufs sont munis d’une paire de flotteurs latéraux et mesurent
environ 1 mm de longueur. L’éclosion se produit dans les 2 à 3 jours. Les larves
flottent horizontalement à la surface et s’y nourrissent de particules organiques. Sous
les tropiques, il faut 11 à 13 jours pour passer de l’œuf à l’imago.
Comportement
Les anophèles sont actifs du coucher au lever du soleil. Chaque espèce a des heures
d’agressivité maximale qui lui sont propres et il y a également des variations dans les
préférences pour une activité intra- ou extradomiciliaire.
Les anophèles qui pénètrent dans les habitations pour se nourrir y prennent souvent
quelques heures de repos une fois gorgés. Ils peuvent ensuite sortir pour se rendre
vers leurs gîtes de repos abrités, constitués par la végétation, les terriers de rongeurs,
les fentes et les fissures des arbres ou du sol, les grottes et la partie inférieure du
tablier des ponts. Il peuvent également demeurer à l’intérieur pendant tout le temps
nécessaire à la digestion du repas de sang et à la production des œufs. Les anophèles
se reposent plus souvent à l’intérieur dans les zones sèches ou ventées, où ils ne
trouvent guère de gîtes de repos extérieurs suffisamment sûrs. Une fois les œufs
parvenus à leur stade final de développement, les moustiques abandonnent leur lieu
de repos à la recherche d’un biotope convenable pour la ponte.
Nombre d’espèces d’anophèles se nourrissent à la fois sur l’Homme et sur l’animal.
Elles ne manifestent toutefois pas toutes la même préférence pour l’un ou pour l’autre.
Certaines espèces s’alimentent principalement sur les animaux alors que d’autres ne se
gorgent pratiquement que sur l’Homme. Ces dernières sont les plus dangereuses
comme vecteurs du paludisme.
Les moustiques du genre Culex
On a décrit environ 550 espèces appartenant au genre Culex (Fig. 1.6), qui sont pour
la plupart des espèces tropicales ou subtropicales. Certaines d’entre elles jouent un
rôle important comme vecteurs de la filariose de Bancroft et d’arboviroses telles que
l’encéphalite japonaise. Dans certaines régions, elles constituent une nuisance
importante.
Fig. 1.6 Moustique du genre Culex.
Cycle de développement
Les femelles déposent à la surface de l’eau des «barquettes» ou «radeaux» qui
peuvent comporter jusqu’à une centaine d’œufs ou davantage. Ces barquettes flottent
jusqu’à l’éclosion des œufs qui se produit dans les 2 à 3 jours. Les moustiques du
genre Culex se reproduisent dans les lieux les plus variés, depuis les récipients
artificiels et les bassins qui recueillent les eaux de drainage jusqu’aux vastes étendues
d’eau à caractère permanent. L’espèce la plus courante, Culex quinquefasciatus, qui
représente une importante nuisance et transmet la filariose de Bancroft, pond surtout
dans les eaux polluées par des matières organiques telles qu’ordures ménagères,
excréments ou végétaux en décomposition. On peut citer comme exemples de gîtes
larvaires, les puits perdus, les fosses septiques, les latrines à fosse, les drains bouchés,
les canaux et les puits abandonnés. Dans de nombreux pays en développement, Culex
quinquefasciatus se rencontre communément dans les zones urbaines en
développement rapide qui souffrent d’un drainage et d’un assainissement insuffisants.
Culex tritaeniorhynchus, le vecteur de l’encéphalite japonaise en Asie, préfère des eaux
plus propres. Il se rencontre le plus souvent dans les rizières irriguées et dans les
fossés.
Comportement
Culex quinquefasciatus est une espèce nettement domestique. La femelle adulte pique
indifféremment hommes et animaux tout au long de la nuit, à l’intérieur comme à
l’extérieur. Pendant la journée, les moustiques sont inactifs et se reposent souvent
dans les recoins sombres des pièces, des abris et des ponts dormants. Ils se reposent
également à l’extérieur, sur la végétation ainsi que dans les trous des arbres en milieu
forestier.
Les moustiques du genre Aedes
Ces moustiques se rencontrent partout dans le monde et comptent plus de 950
espèces. Ils peuvent représenter, par leurs piqûres, une sérieuse nuisance pour
l’Homme et les animaux, tant sous les tropiques que sous les climats tempérés. Dans
les pays tropicaux, Aedes aegypti (Fig. 1.7) est un important vecteur de la dengue, de
la dengue hémorragique, de la fièvre jaune et d’autres viroses. Une autre espèce très
proche, Aedes albopictus, peut également transmettre la dengue. Dans certaines
régions, les moustiques du genre Aedes transmettent la filariose.
Cycle de développement
Les œufs sont pondus isolément juste au-dessus ou à proximité de la surface de l’eau,
dans des mares temporaires ou d’autres biotopes aquatiques dont le niveau monte et
descend. Ils peuvent résister pendant des mois à la dessication et n’éclosent que
lorsqu’ils sont recouverts par l’eau. Dans les régions où les hivers sont froids, toutes
les espèces d’Aedes survivent à ces périodes à l’état d’œufs. Certaines espèces se
reproduisent dans les marécages saumâtres du littoral qu’inondent de temps à autres
de grandes marées ou des précipitations exceptionnellement fortes, alors que d’autres
se sont adaptées aux pratiques agricoles en matière d’irrigation.
Fig. 1.7 Aedes aegypti: a) en vol (document aimablement communiqué par le Natural
History Museum de Londres) et b) au repos (© L. Robertson). Aedes aegypti se
reconnaît facilement aux anneaux contrastés noirs et blancs de ses pattes ainsi qu’aux
marques argentées en forme de lyre que l’on peut voir sur la face supérieure du
thorax.
Aedes aegypti se reproduit principalement dans l’environnement domestique: il élit
domicile de préférence dans des citernes, des bacs ou des pots remplis d’eau situés à
l’intérieur ou à l’extérieur des habitations, dans les chéneaux, l’aisselle des feuilles, les
tiges de bambous et des récipients temporaires tels que pots, bacs, fûts, vieux pneus,
boîtes de conserve, bouteilles ou pots de fleurs. Tous ces récipients se caractérisent
par le fait qu’ils contiennent une eau relativement propre.
Aedes albopictus ne se rencontrait à l’origine qu’en Asie et à Madagascar, mais
récemment, il a envahi l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud ainsi que l’Afrique de
l’Ouest où il pourrait devenir un important vecteur de la dengue et d’autres viroses. A
l’instar d’Aedes aegypti, il choisit pour gîtes larvaires des récipients temporaires mais
préfère les biotopes naturels des forêts: trous d’arbres, aisselle des feuilles, mares,
coques de noix de coco etc. et il pond plus souvent à l’extérieur dans les jardins qu’à
l’intérieur, dans des récipients artificiels.
Comportement
Les moustiques du genre Aedes piquent principalement le matin ou le soir. La plupart
des espèces piquent et se reposent à l’extérieur mais dans les villes des tropiques,
Aedes aegypti se reproduit, se nourrit et se repose à l’intérieur et aux abords des
habitations.
Les moustiques du genre Mansonia
Les moustiques du genre Mansonia se rencontrent principalement dans les zones
marécageuses des pays tropicaux. Certaines espèces sont d’importants vecteurs de la
brugiose en Inde du Sud, en Indonésie et en Malaisie.
Leur corps, de même que les pattes et les ailes, est recouvert d’écaillés brun foncé ou
plus claires qui leur donnent un aspect poussiéreux, comme s’ils étaient saupoudrés de
sel et de poivre.
Cycle de développement
Les espèces qui transmettent la filariose pondent normalement leurs œufs en masses
fixées à la face inférieure des plantes qui flottent ou pendent près de la surface de
l’eau. Comme les larves et les nymphes s’accolent aux plantes aquatiques pour pouvoir
respirer, on ne les trouve que dans des étendues d’eau dotées d’une végétation
permanente: marais, étangs, fossés et canaux d’irrigation herbeux - et elles peuvent
être difficiles à repérer. Elles se rencontrent également dans des eaux plus profondes
avec une végétation flottante, très souvent fixées à la partie immergée de ces plantes
aquatiques (Eichhornia, Pistia, Salvinia) (Fig. 1.8).
Comportement
Les espèces du genre Mansonia piquent généralement la nuit, la plupart du temps à
l’extérieur, mais certaines pénètrent dans les habitations. Une fois gorgées, les
femelles se reposent en général à l’extérieur.
Simulies
Les simulies (Fig. 1.9), dont on connaît environ 1300 espèces, se rencontrent un peu
partout dans le monde. Généralement de couleur noire, elles ont de 1,5 à 4 mm de
longueur. Les simulies sont les vecteurs de l’onchocercose ou cécité des rivières en
Afrique, en Amérique centrale et en Amérique du Sud. En Afrique, les espèces les plus
importantes sont Simulium neavei ainsi que les membres du complexe Simulium
damnosum. Elles constituent en outre une sérieuse nuisance dans de nombreuses
régions du monde du fait de leurs douloureuses piqûres et de leurs attaques en masses
quelquefois énormes. Les piqûres de simulies peuvent provoquer une enflure et une
inflammation locales accompagnées d’une intense irritation cutanée se prolongeant
pendant quelques jours à plusieurs semaines. En principe, les simulies ne pénètrent
pas dans les habitations.
Cycle de développement
Les simulies pondent leurs œufs dans des eaux très courantes fortement oxygénées:
ruisseaux, rivières ou déversoirs de barrages (Fig. 1.10). Sous les tropiques, il leur
faut 1 à 4 jours pour éclore. Les larves ne nagent pas et restent fixées à la végétation
subaquatique, aux pierres et autres substrats. Elles se nourrissent de particules en
suspension. Selon le climat, le stade larvaire peut se prolonger d’une semaine à
plusieurs mois. Les nymphes restent également fixées aux objets immergés et
l’éclosion imaginale se produit dans les 2 à 6 jours.
Fig. 1.8 Canal dans lequel la surface de l’eau est recouverte de touffes de jacinthe
d’eau (Eichhornia) a) (© L. Robertson). A droite b), vue rapprochée de la jacinthe
d’eau (© L. Robertson). Des larves et des nymphes de Mansonia sont fixées aux
racines d’où elles prélèvent l’oxygène nécessaire à leur respiration c) (2). Copyright
Blackwell Science Ltd.
Comportement
Les simulies piquent à l’extérieur et pendant la journée, en particulier le long des
berges des cours d’eau. Certaines espèces ont une préférence marquée pour des
parties du corps bien déterminées. En Afrique de l’Ouest par exemple, Simulium
damnosum pique principalement aux jambes. La plupart des espèces se nourrissent
principalement sur des mammifères et des oiseaux; un certain nombre sont
anthropophiles. Sous les tropiques, les simulies mettent 2 à 3 jours pour digérer leur
repas de sang dans les trous d’arbres et autres sites naturels qui leur servent de lieux
de repos.
Fig. 1.9 Simulie: a) en vol (© OMS); b) au repos (dessins aimablement communiqués
par le Natural history Museum de Londres).
Fig. 1.10 a) Gîte larvaire typique de simulie (© L. Robertson). Les simulies adultes
pullulent souvent dans ces lieux. b) Larves fixées à la feuille d’une plante immergée
(Dessin aimablement communiqué par le Natural History Museum de Londres).
Phlébotomes
Les phlébotomes (Fig. 1.11), sortes de petits moustiques hématophages, sont
d’importants vecteurs de la leismaniose et peuvent constituer, par leurs piqûres, une
nuisance sérieuse, encore que localisée. Les espèces de la région méditerranéenne
peuvent transmettre une virose connue sous les noms de fièvre à phlébotomes, fièvre
à pappataci ou encore fièvre de trois jours.
Cycle de développement
Les phlébotomes vivent dans des habitats variés qui vont de zones semi-désertiques à
la forêt ombrophile. Ils pondent leurs œufs dans des lieux humides, sur des sols
détrempés riches en humus. Les larves se nourrissent de matières organiques en
décomposition. Les petits trous ou fissures du sol, les puits de ventilation des
termitières, les terriers, les fentes des murs, les interstices des ouvrages de
maçonnerie ou les racines des arbres, peuvent leur convenir comme gîtes larvaires.
D’importantes populations de phlébotomes peuvent se constituer dans les quartiers
d’habitation, là où le bétail est regroupé pour la nuit. Les insectes trouvent dans ces
bovins une abondante source de sang, tandis qu’étables et maisons leur fournissent
des lieux de repos convenables (Fig. 1.12). Le cycle de développement peut durer de 1
à 4 mois, selon l’espèce et la température, mais il est en général de moins de 45 jours.
Fig. 1.11 Phlébotome. Longueur: environ 1,5 à 3,5 mm; fortement velu; gros yeux
sombres; pattes longues et grêles (Dessin aimablement communiqué par le Natural
History Museum de Londres).
Fig. 1.12 Un lieu de transmission caractéristique de la leishmaniose viscérale.
Comportement
Peu doués pour le vol, les phlébotomes adultes restent en général à quelques
centaines de mètres de leurs gîtes larvaires. Ils s’envolent et se posent sans cesse, ce
qui donne à leur vol une allure sautillante et saccadée caractéristique. Dans ces
conditions, ils ne piquent que là où ils trouvent des lieux de ponte appropriés. Ils
piquent la plupart du temps à l’extérieur mais certaines espèces se nourrissent
également à l’intérieur. Les espèces sont en majorité actives à l’aube, au crépuscule ou
pendant la nuit, mais en forêt ou dans une pièce sombre, elles peuvent également se
montrer agressives durant le jour, surtout si elles sont dérangées par les activités
humaines. Au cours de la journée, les phlébotomes se reposent en général dans des
lieux abrités, humides et sombres, comme ceux où ils se nourrissent, mais peuvent
aussi élire domicile dans des creux d’arbres, des grottes, des maisons ou des étables.
A proximité des habitations, ils peuvent également trouver refuge dans les fissures des
murs, les piles de bois ou de briques et les tas d’immondices.
Les phlébotomes se nourrissent de sucs végétaux, mais la plupart du temps, les
femelles ont besoin d’un repas de sang pour assurer le développement de leur œufs.
Le phénomène d’autogénèse a été observé chez quelques espèces. Le repas de sang
est pris sur l’Homme ou sur des animaux comme le chien, le bétail domestique, les
rongeurs sauvages, les serpents, les lézards et les oiseaux. Chaque espèce a des
préférences trophiques particulières, mais la disponibilité des différents hôtes joue un
rôle important. La salive des phlébotomes peut accroître la virulence des leishmanies
qu’ils inoculent. Les phlébotomes ne sont d’importants vecteurs des leismanioses que
dans la mesure où ils se nourrissent régulièrement sur l’Homme.
Fig. 1.13 Cératopogonide (Dessin aimablement communiqué par le Natural History
Museum de Londres).
Cératopogonides
Les cératopogonidés (Fig. 1.13) forment une famille de petits diptères hématophages
dont la longueur avoisine 1,5 mm. Le genre le plus important, Culicoides, est un genre
cosmopolite qui peut par ses piqûres, constituer une sérieuse nuisance, de même que
le genre Leptoconops dans les Amériques. Dans certaines régions d’Amérique du Sud
et d’Afrique, ces insectes transmettent les filaires Manzonella ozzardi et M. perstans,
généralement considérées comme non pathogènes pour l’Homme.
Dans certaines régions, on a tendance à confondre ces insectes avec les phlébotomes
mais en réalité, ils s’en distinguent par le fait qu’en position de repos, leurs ailes sont
repliées à plat sur le corps; en outre, ils volent souvent en essaims autour de la tête et
des parties exposées du corps de leurs proies et leur vol n’a pas l’allure sautillante de
celui des phlébotomes.
Cycle de développement
De nombreuses espèces se reproduisent dans des zones marécageuses aux eaux
douces ou saumâtres, ainsi que dans la vase des mangroves; elles pondent leurs œufs
sur les parties surélevées de la boue ou du sol humide. Certaines espèces, importantes
par la nuisance qu’elles représentent, pondent sur les plages sablonneuses du littoral.
D’autres choisissent plutôt les amas de feuilles mortes, l’humus, le fumier, des plantes
à demi décomposées, des creux d’arbres, les troncs de bananiers sectionnés, ou
encore des végétaux ou des objets proches de l’eau ou partiellement immergés. Les
larves se nourrissent de matières organiques en décomposition. Le développement de
l’insecte depuis l’œuf jusqu’à l’imago prend de 2 à 4 semaines sous les climats chaud
mais peut durer plusieurs mois dans les régions tempérées.
Comportement
Les cératopogonidés prennent leurs repas de sang sur des mammifères, des oiseaux,
des reptiles ainsi que sur l’Homme. Ils piquent pendant la journée et la nuit, mais,
chez la plupart des espèces, l’agressivité est maximale en début de soirée. Toutes les
parties du corps sont attaquées si elles sont exposées. La piqûre d’un seul insecte peut
être douloureuse, mais si les cératopogonides sont considérés comme une sérieuse
nuisance, c’est aussi parce qu’ils ont l’habitude d’attaquer en essaims composés de
centaines ou de milliers d’individus. La plupart des espèces n’attaquent qu’à l’extérieur,
mais on peut tout de mê me être piqué à l’intérieur.
Quelques-unes des espèces les plus importantes prolifèrent dans les marécages et
étangs côtiers. Dans ces régions, elles peuvent faire obstacle au développement du
tourisme.
Dans les zones de marécages, les cératopogonides pénètrent fréquemment sous la
tente des campeurs. Les personnes qui séjournent sous une véranda ou qui vivent
dans des maisons dont les murs ne sont pas clos, sont également exposées à de
fréquentes piqûres.
Taons (tabanidés)
Les tabanidés (Fig. 1.14) sont des mouches de taille moyenne ou de grande taille à
caractère cosmopolite. Leur piqûre peut être très douloureuse, rendant quelquefois
pénibles les activités extérieures en zone de forêt ou de marécages.
Leur importance en tant que vecteurs de certaines maladies (par ex. tularémie et
certaines arboviroses) est secondaire. En Afrique occidentale et centrale, certaines
espèces du genre Chrysops tramsmettent une filariose humaine due à la filaire Loa loa.
Les groupes les plus importants sont les taons (genre Tabanus), les chrysops (genre
Chrysops) et les hématopotes (genre Haematopora). Les tabanidés ont 5 à 25 mm de
long. Ce sont des insectes robustes, au vol puissant. Ils sont dotés d’une grosse tête
avec des yeux volumineux aux reflets irisés. Les pièces buccales, puissantes, sont
dirigées vers le bas. Les ailes sont complètement transparentes, brunâtres ou
tachetées. Au repos, elles sont repliées à plat le long du corps.
Fig. 1.14 Chrysops spp.: a) C. fixissimus (Dessin aimablement communiqué par le
Natural History Museum de Londres); b) C. discalis Williston (1).
Cycle de développement
Les femelles de tabanidés se nourrissent sur de gros animaux sauvages ou
domestiques, comme les chevaux, les bovins et les cervidés, ainsi que sur de petits
mammifères, des reptiles et des oiseaux. Elles peuvent également se nourrir sur
l’Homme. Les œufs sont pondus à la face inférieure de divers supports tels que feuilles,
tiges de végétaux et brindilles surplombant la surface de l’eau. Après l’éclosion, les
larves tombent dans la boue ou l’eau qui constituent le substrat. Les larves de la
plupart des espèces vivent dans la boue, les végétaux en décomposition, l’humus, les
sols détrempés ainsi que dans les eaux boueuses et peu profondes du bord des étangs,
des marais ou des cours d’eau. Elles se nourrissent généralement de substances en
décomposition d’origine animale ou végétale. Selon les espèces, les larves ont entre 1
et 6 mm de long. Le développement de l’insecte depuis l’œuf jusqu’à l’imago peut
durer de 1 à 3 ans.
Comportement
La plupart des espèces se nourrissent pendant la journée, notamment pendant les
heures d’ensoleillement. Elles chassent à vue et peuvent voler sur de longues
distances. On les rencontre de préférence en forêt ou dans les zones boisées et
marécageuses. En général, les tabanidés ne viennent pas piquer à l’intérieur des
habitations. Leur piqûre est profonde et douloureuse et les plaies continuent souvent à
saigner une fois que la mouche s’est éloignée. Ils ont besoin d’une grande quantité de
sang; ce sont des piqueurs inquiets, qu’un rien dérange et c’est pourquoi ils prennent
un peu de sang à plusieurs reprises sur le même hôte ou des hôtes différents.
Stomoxes
Les stomoxes (Stomoxys) ou mouches charbonneuses, sont des insectes cosmopolites
qui ressemblent à la mouche domestique et que l’on appelle aussi mouches piqueuses.
On peut les distinguer des autres mouches non piqueuses d’aspect semblable par le
fait que leurs pièces buccales pointent vers l’avant (Fig. 1.15). Leur piqûre est
douloureuse et elles représentent une sérieuse nuisance pour l’Homme et les animaux.
Ce ne sont pas d’importants vecteurs de maladies. Toutefois, en Amérique du Sud,
elles peuvent jouer un rôle dans la transmission de la myase en transportant les œufs
d’un vecteur de la myase, Dermatobia hominis. En Afrique, on peut les confondre avec
les glossines, dont les pièces buccales pointent également vers l’avant. Elles sont
cependant plus petites que les tsé-tsé et leurs ailes ne se recouvrent pas au repos.
Fig. 1.15 Stomoxe (Dessin aimablement communiqué par le Natural History Museum
de Londres)
Cycle de développement
Mâles et femelles se nourrissent sur l’Homme et les animaux, notamment les équidés,
les bovidés et les canidés. Les femelles pondent leurs œufs sur des matières
organiques humides en décomposition, comme le crottin de cheval, le compost ou les
débris de végétaux pourris. Les larves, de couleur blanc-crème, ressemblent à celles
de la mouche domestique. Les pupes se développent dans les zones sèches du sol. Le
développement de l’insecte depuis l’œuf jusqu’à l’imago dure de 12 jours à 2 mois, en
fonction de la température.
Comportement
Les stomoxes piquent dans la journée et surtout à l’extérieur, mais il n’est pas exclu
qu’ils attaquent également à l’intérieur. Ils abondent à proximité des bâtiments de
ferme et des écuries. En l’absence d’animaux, ils peuvent devenir plus agressifs pour
l’Homme. Ils piquent la plupart du temps au niveau des membres inférieurs.
Importance pour la santé publique
Nuisance
Certaines espèces de diptères piqueurs attaquent en essaims et peuvent constituer
une nuisance considérable. Dans certaines zones, en particulier dans le nord des
régions tempérées, il peut être impossible de travailler à l’extérieur à cause de la
présence d’essaims de moustiques agressifs. Certaines espèces, notamme nt les grands
diptères piqueurs, comme les tabanidés et les stomoxes, de même que les simulies et
certaines espèces d’Aedes, peuvent infliger de douloureuses piqûres, parfois suivies
d’une tuméfaction et d’une inflammation. L’irritation peut durer plusieurs semaines.
Une forte densité de diptères piqueurs peut inciter les gens à utiliser des moyens de
protection individuels ou autres. Lorsque ces diptères sont également des vecteurs de
maladies, une meilleure protection individuelle contre les piqûres peut du même coup
réduire le risque de contracter une maladie. Il est vrai toutefois que la transmission de
certaines maladies n’implique pas nécessairement une forte densité de piqûres et les
gens peuvent ne même pas se rendre compte qu’ils ont été piqués. C’est
particulièrement vrai dans le cas du paludisme dans certaines forêts ombrophiles. En
l’absence de nuisance, il peut être difficile d’inciter les gens à se protéger contre le
risque d’infection.
Paludisme
Le paludisme est causé par un parasite unicellulaire, la plasmodie, un protozoaire
appartenant au genre Plasmodium. Ces parasites sont transmis d’un individu à l’autre
par des moustiques du genre anophèle. Il existe quatre espèces de plasmodies
capables d’infecter l’Homme:
- Plasmodium falciparum, dont l’aire d’extension recouvre l’Afrique tropicale et une
partie de l’Asie, du Pacifique occidental, de l’Amérique centrale et de l’Amérique du
sud, ainsi qu’Haïti et la République dominicaine;
- Plasmodium vivax, qui est pratiquement inexistant en Afrique mais qui prédomine en
Asie, en Amérique centrale et en Amérique du sud;
- Plasmodium malariae, un parasite cosmopolite dont les foyers sont très disséminés;
- Plasmodium ovale, qui se rencontre principalement dans les zones tropicales de
l’Afrique occidentale et, à de rares occasions, dans le Pacifique occidental.
Le paludisme sévit dans l’ensemble de la zone tropicale et touche également certaines
régions des zones subtropicales et tempérées (Fig. 1.16). Environ 2,2 milliards de
personnes vivant dans 90 pays sont exposées au risque d’infection palustre et on
estime que chaque année, 300 à 500 millions d’entre elles contractent le paludisme,
avec une issue fatale chez 1,5 à 2,7 millions de malades. Le paludisme est l’une des
principales causes de morbidité et de mortalité en Afrique, notamment chez les enfants
et les femmes enceintes. Les voyageurs, les touristes et les immigrants peuvent
également être très exposés au risque.
Le paludisme est difficile à traiter du fait que les souches de P. falciparum résistantes
aux antipaludéens classiques se sont répandues et que les produits de substitution
sont à la fois coûteux et toxiques. En outre, on a de plus en plus de peine à
démoustiquer les habitations par des pulvérisations intradomiciliaires car de
nombreuses espèces d’anophèles sont devenues résistantes aux insecticides. Enfin,
nombre de programmes de lutte antipaludiques connaissent des problèmes d’ordre
financier et opérationnel.
Fig. 1.16. Répartition approximative des régions impaludées 1996 (© OMS).
WHO 97043/F
Transmission
Les plasmodies pénètrent dans l’organisme lors de la piqûre par un anophèle infecté.
Les parasites envahissent le foie en empruntant le courant sanguin et s’y multiplient.
Pendant cette période, la personne contaminée ne se sent pas malade. Au bout de 9
jours ou un peu plus, selon l’espèce de plasmodie en cause, les parasites, qui se
trouvent alors sous une forme appelée mérozoïte, pénètrent dans le courant sanguin,
envahissent les globules rouges et s’y multiplient à nouveau. Quelques jours après
l’apparition des premiers symptômes, certains mérozoïtes se transforment en
gamétocytes, qui constituent le stade sexué du cycle de développement.
Lorsqu’un anophèle pique une personne dont le sang contient des gamétocytes, il
s’infecte à son tour et les parasites passent à une autre phase de leur développement
dans l’organisme de l’insecte. A la fin de ce processus, une nouvelle génération de
parasites, les sporozoïtes, migre vers les glandes salivaires du moustique où elle
demeure jusqu’à ce que l’insecte pique de nouveau quelqu’un et inocule avec sa salive
les sporozoïtes à un nouvel hôte humain. Les sporozoïtes envahissent le foie et le cycle
reprend (Fig. 1.17). Dans l’organisme du moustique, le cycle dure de 9 à 12 jours.
Le paludisme peut également se transmettre accidentellement lors de la transfusion de
sang parasité ou encore par l’utilisation d’aiguilles ou de seringues contaminées.
Pendant la grossesse, il peut y avoir contamination du fœtus par le sang de sa mère
(contamination transplacentaire).
Symptômes cliniques
Le paludisme débute comme une grippe, avec des accès de fièvre huit jours ou un peu
plus après la piqûre par un moustique infecté. Fièvre, frissons, sueurs profuses et
céphalées peuvent alors se manifester de manière cyclique. La fréquence et l’intensité
des accès de fièvre dépendent de l’espèce de plasmodie en cause, mais la durée en est
généralement de 2 à 3 jours. Les accès de fièvre coïncident avec les vagues de
multiplication des parasites et la destruction des globules rouges. Les infections
chroniques entraînent souvent une hypertrophie du foie et de la rate.
Le paludisme à falciparum ne donne pas toujours lieu à ce genre de manifestations
cycliques. Il s’agit de la forme la plus grave de la maladie qui, si elle n’est pas traitée,
peut conduire à un état de choc, avec insuffisance rénale et cardiaque aboutissant au
coma ou à la mort. La mort est souvent due à l’obstruction des petits vaisseaux
sanguins d’un organe vital par les hématies parasitées qui s’y accumulent. Lorsqu’il
s’agit des capillaires cérébraux, on a affaire à une forme de paludisme appelée accès
pernicieux ou neuropaludisme. Le traitement doit intervenir sans délai pour éviter les
lésions cérébrales ou autres. En général, les infections à P. vivax, P. malariae ou P.
ovale ne sont pas mortelles, mais elles peuvent l’être chez les très jeunes enfants ou
les personnes âgées et malades.
Dans les infections à P. vivax et P. ovale, l’intervalle entre les accès fébriles a une
durée caractéristique de deux jours; elle est de trois jours dans le cas de P. malariae.
Dans le paludisme à falciparum, cet intervalle est irrégulier. Il dure en général de 36 à
40 heures, mais il n’est pas rare qu’il soit plus court. Un accès fébrile non traité peut
durer d’une semaine à un mois ou davantage.
Lorsque la maladie reprend au bout de quelques semaines ou davantage, on parle de
rechute. Ces rechutes ne se produisent pas dans le cas des infections à falciparum,
mais elles sont courantes pour les infections à P. vivax et à P. ovale. Dans le cas de P.
vivax, les rechutes peuvent se produire à intervalles irréguliers pendant des périodes
allant jusqu’à deux ans ou même cinq ans pour P. ovale. Une infection à P. malariae
peut durer jusqu’à 50 ans avec des épisodes fébriles survenant de temps à autre.
Fig. 1.17 Cycle de développement du parasite du paludisme (Par Taina Litwak pour la
United States Agency for international Development’s VBC project).
Immunité
Là où le paludisme existe depuis longtemps à l’état endémique, comme c’est le cas
dans de nombreuses régions d’Afrique, les habitants sont si fréquemment infectés
qu’ils finissent par acquérir une certaine immunité. Très souvent, ils peuvent être
porteurs de plasmodies sans présenter le moindre symptôme. Les épidémies de
paludisme qui provoquent des maladies graves sont souvent associées à l’arrivée de
groupes de personnes non immunes dans des régions de forte endémicité (par
exemple des personnes en quête d’un emploi, des réfugiés ou des militaires).
Prévention et traitement
On peut prévenir le paludisme en prenant suffisamment de précautions pour ne pas se
faire piquer par des anophèles. Parmi les mesures qui permettent de se prémunir
contre les piqûres, on peut citer le port de vêtements protecteurs, l’utilisation de
répulsifs dont on enduit les parties exposées de l’épiderme, les serpentins antimoustiques et autres vaporisateurs d’insecticides, l’utilisation de moustiquaires
pendant les heures de sommeil et
l’amélioration des locaux.
Comme il n’est pas toujours possible d’être certain de l’efficacité de ces mesures, les
personnes qui se rendent dans une zone impaludée doivent prendre des antipaludéens
à titre prophylactique afin de ne pas contracter la maladie dans l’éventualité d’une
piqûre infectieuse. On pourra s’informer auprès des autorités sanitaires, qui ont
connaissance de la situation locale et des médicaments les plus appropriés pour une
prophylaxie antipalustre.
Les personnes qui présentent des signes de paludisme doivent être traitées sans délai.
Dans la mesure du possible, il faut tout d’abord examiner un échantillon de sang au
microscope (Fig. 1.18). Il importe que les malades non immuns et les enfants en bas
âge soient traités sans délai car la vie du malade peut être en jeu en l’espace de
quelques heures.
Les médicaments utilisés pour le traitement des infections doivent être efficaces contre
les souches locales de plasmodies.
Lutte contre le paludisme
Dans les zones où la transmission du paludisme est intense, les activités de lutte visent
à mettre un frein à la mortalité évitable et à soulager les souffrances des malades.
Cette stratégie repose essentiellement sur des services médicaux de base capables de
faire un diagnostic rapide et d’instituer un traitement approprié. Il faut disposer d’un
système efficace d’orientation-recours qui permette de transférer les cas graves ou
ceux dont la maladie ne cède pas aux thérapeutiques classiques. Dans certains
secteurs, un programme antipaludique bien conçu peut comporter des mesures de
lutte antivectorielle.
Fig. 1.18 Le paludisme peut être confirmé par le prélèvement d’un échantillon de sang
et son examen au microscope.
Lorsque l’infrastructure sanitaire a atteint un niveau de développement suffisant, les
services de santé doivent s’attacher à prévenir la morbidité et la mortalité au sein des
groupes vulnérables insuffisamment immuns tels que les nourrissons, les femmes
enceintes et les travailleurs. On peut d’ailleurs améliorer la protection de ces groupes
par la mise en place de mesures de lutte contre les moustiques. Une chimioprophylaxie
est recommandée aux voyageurs, enfants de moins de cinq ans et femmes enceintes
dans les zones de forte endémicité.
Dans les régions où la transmission est modérée, dans celles où les services de santé
disposent d’un personnel bien formé et expérimenté, de même que dans les zones
prioritaires comme celles où sont mis en œuvre des projets de développement, on peut
tenter de réduire la prévalence du paludisme par des me sures de démoustication à
l’échelle de la communauté.
Dans les zones où il existe un risque d’épidémie, des mesures de lutte antivectorielle à
effet rapide, prises en temps voulu, par exemple l’épandage d’insecticides, jouent un
rôle important dans la maîtrise ou la prévention des flambées.
Indépendamment de l’intervention des services de santé dans la planification et la
gestion des diverses activités, la participation de la collectivité à l’effort de lutte a
également son importance. Il faut dégager des ressources suffisantes pour que les
améliorations obtenues soient durables. Dans les pays développés où le personnel a un
haut niveau de professionnalisme et qui disposent de moyens suffisants, il est possible
d’envisager l’éradication du paludisme à l’échelle du territoire national. Cette
éradication a été réalisée en Europe du Sud, dans la majorité des Antilles, aux
Maldives et dans de vastes régions de l’ex-URSS et des Etats-Unis.
Comme la plupart des anophèles pénètrent dans les habitations pour se nourrir et se
reposer, les programmes de lutte antipaludiques consistent essentiellement à
pulvériser des insecticides à effet rémanent sur les murs et les plafonds. Ce traitement
des habitations joue encore un rôle important dans quelques pays tropicaux, ma is dans
d’autres il perd peu à peu de son intérêt en raison de problèmes (voir Chapitre 9) qui,
dans certaines régions, ont conduit à l’interruption, voire à la cessation des
programmes de lutte. On manifeste désormais davantage d’intérêt pour d’autres
méthodes de lutte qui permettent d’éviter une partie des problèmes posés par les
traitements insecticides. On a ainsi de plus en plus tendance à recourir à des méthodes
moins coûteuses et plus faciles à mettre en œuvre, comme l’usage généralisé des
moustiquaires imprégnées ou l’élimination durable ou permanente des gîtes larvaires.
Filariose lymphatique
La filariose lymphatique est causée par trois espèces de vers parasites qui se logent
dans les vaisseaux lymphatiques et provoquent une énorme enflure des membres et
d’autres parties du corps. Cette maladie entraîne de grandes souffrances et elle est tès
incapacitante, mais elle est rarement mortelle.
• La filariose de Bancroft, dont l’agent causal est Wuchereria bancrofti, est
principalement transmise par Culex quinquefasciatus et par certaines espèces des
genres Anopheles et Aedes. En 1996, on dénombrait environ 107 millions de personnes
porteuses de filaires dans diverses régions de la Chine, de l’Inde ou ailleurs en Asie du
sud-est, dans les îles du Pacifique, en Afrique tropicale ainsi qu’en Amérique centrale
et en Amérique du Sud (Fig. 1.19).
• La brugiose, causée par Brugia malayi et par B. timori, touchait quelque 13 millions
de personnes en 1996, principalement en Asie du sud-est. Ses principaux vecteurs
appartiennent à l’espèce Mansonia. B. timori se rencontre dans les îles de Flores, de
Timor et d’Alor, à l’est de Java. Elle est transmise par Anopheles barbirostris (Fig.
1.19).
Fig. 1.19 Distribution géographique de la filariose lymphatique 1992 (© OMS).
WHO 92353/F
WHO 92354/F
Transmission
Les vers adultes colonisent les vaisseaux lymphatiques et produisent des embryons
appelés microfilaires. Celles-ci circulent dans le courant sanguin et passent dans
l’organisme du moustique à la faveur d’une piqûre. Les microfilaires poursuivent
pendant quelques jours leur développement chez le moustique, qui transmet les larves
infectieuses lors d’un repas de sang à un nouvel hôte humain. Les larves migrent
ensuite vers les ganglions lymphatiques pour atteindre leur stade adulte final dans les
vaisseaux (Fig. 1.20). Il y a très peu de chances pour qu’une seule piqûre par un
moustique infecté soit réellement infectieuse. Les vers adultes peuvent vivre très
longtemps et libérer dans le sang un grand nombre de microfilaires.
Fig. 1.20 Cycle de développement des filaires (Taina Litwak, pour la United States
Agency for international Development’s VBC Project).
Il existe deux formes de filariose de Bancroft. Dans la forme la plus commune, les
microfilaires circulent dans le sang pendant la nuit, alors que dans la deuxième forme,
elles y sont présentes en permanence, mais en nombre plus important au cours de la
journée. Les vecteurs de la première forme sont Culex quinquefasciatus et certaines
espèces d’anophèles (qui piquent la nuit). La deuxième forme sévit dans le Pacifique
sud et dans certaines zones rurales de l’Asie du sud-est, où les principaux vecteurs
sont des moustiques piquant de jour, comme certaines espèces d’Aedes.
Dans les zones rurales, la filariose de Bancroft est principalement transmise par
certaines espèces d’anophèles qui sont également des vecteurs du paludisme, ainsi
que par Aedes. La forme urbaine de cette affection se caractérise par le fait qu’elle
sévit surtout dans les bidonvilles des pays en développement. Elle est transmise par
Culex quinquefasciatus, qui prolifère dans les eaux polluées des canaux de drainage,
dans les puits perdus et les fossés.
La brugiose, due à B. malayi, se présente également sous deux formes, dont la plus
commune est transmise pendant la nuit et l’autre au cours de la journée et de la nuit.
La première se rencontre chez les populations rurales des zones rizicoles d’Asie. Elle
est transmise par des anophèles qui piquent la nuit, ainsi que par des espèces du
genre Mansonia qui pondent dans les marécages et les mares envahies par la
végétation aquatique. La deuxième forme affecte principalement les singes qui
peuplent les marécages. Les espèces de Mansonia qui se reproduisent dans les forêts
marécageuses d’Indonésie et de Malaisie peuvent contaminer les populations du
voisinage.
La brugiose est causée par Brugia timori et n’est transmise que par Anopheles
barbirostris.
Symptômes cliniques
Les symptômes dépendent essentiellement de la durée de l’infection. Les vers adultes,
qui vivent dans les vaisseaux lymphatiques, peuvent provoquer une grave
inflammation du système lymphatique et des accès de fièvre à répétition. Les
infections bactériennes secondaires jouent un rôle important dans l’évolution vers le
lymphœdème et l’éléphantiasis, c’est-à-dire l’enflure caractéristique des membres, des
parties génitales et des seins (Fig. 1.21).
Prévention et traitement
La filariose se transmet beaucoup moins facilement que le paludisme et la prophylaxie
n’en n’est donc pas recommandée aux voyageurs. On peut réduire le risque de
contamination en se protégeant des piqûres de moustiques ou en prenant des mesures
pour en réduire le nombre.
On peut souvent confirmer la maladie en cas de suspicion par la recherche des
microfilaires dans le sang-à-l’aide d’un microscope. Il existe une nouvelle méthode de
type immunologique qui permet de déceler la présence de l’antigène filarien dans le
courant sanguin. Cette épreuve est aussi sensible et spécifique que l’examen au
microscope et elle présente l’avantage de permettre le recueil des échantillons pendant
la journée, même lorsque les microfilaires ont une périodicité nocturne. Les sujets
infectés peuvent être traités par la diéthylcarbamazine (DEC). On utilise ce produit
dans certaines régions pour le traitement de masse des sujets infectés, afin de réduire
la morbidité et la transmission. La DEC est plus toxique pour les microfilaires que pour
les vers adultes, qui ne peuvent être éliminés qu’au prix d’un traitement au long cours.
La mort des microfilaires sous l’action de la DEC peut provoquer des nausées et
d’autres effets secondaires désagréables qui, bien que sans danger, risquent de
dissuader le malade de mener le traitement à son terme.
Fig. 1.21 Eléphantiasis (enflure permanente) d’un membre inférieur dû à la filariose
lymphatique.
Lutte
La filariose devrait être plus facile à maîtriser que le paludisme du fait que la
transmission du moustique à l’homme n’est guère efficace et que la longue période qui
s’écoule avant que les symptômes ne deviennent graves, permet une chimiothérapie
active. Pourtant, la lutte contre la maladie reste difficile dans la pratique car il faut du
temps pour éliminer les vers de leur hôte humain et du fait que, collectivement
parlant, l’observance est insuffisante.
La nouvelle méthodologie de lutte contre la filariose consiste à administrer chaque
année aux populations des zones d’endémie une dose unique de DEC et d’ivermectine,
données soit seules, soit (de préférence) en association (3). L’association de ces deux
produits permet également de réduire ou d’éliminer d’autres helminthiases ainsi que la
gale. Toutefois dans les régions où l’onchocercose et la loase sont endémiques, on
donne la préférence à l’ivermectine seule. Le traitement doit en principe être poursuivi
pendant au moins cinq ans.
Lorsque c’est possible, le traitement médicamenteux s’accompagne de mesures de
lutte antivectorielle. La lutte contre Culex consiste en principe à empêcher la
reproduction du moustique. On peut éliminer ou du moins circonscrire les gîtes
larvaires en eau polluée par l’amélioration de l’assainissement et de l’hygiène en
général. Lorsque cette amélioration est impossible ou économiquement irréalisable, on
peut épandre des larvicides ou des billes de polystyrène sur les gîtes larvaires. En
raison de la pollution de ces sites, les larvicides ne sont pas tous efficaces et il faut
employer des doses relativement élevées.
Les pulvérisations intradomiciliaires d’insecticides à effet rémanent ne sont
généralement pas très efficaces contre Culex quinquefasciatus, au moins en partie du
fait que cette espèce a l’habitude de se reposer sur les surfaces que l’on ne traite
généralement pas, comme les vêtements, les rideaux et autres pièces de tissu
suspendues, plutôt que sur les murs et les plafonds. En outre, il se pose dans les villes
un problème pratique: celui du nombre de pièces à traiter.
La méthode la plus communément utilisée pour lutter contre les vecteurs du genre
Mansonia, qui transmettent la brugiose, consiste à arracher ou à détruire la végétation
sur laquelle les larves et les nymphes sont fixées. Parfois, comme c’est le cas par
exemple dans les forêts marécageuses de certaines régions d’Indonésie ou de Malaisie,
la lutte antilarvaire est impraticable en raison de l’étendue des lieux de ponte. Dans ce
genre de situation, il faut insister sur la prévention des piqûres par des mesures de
protection individuelles.
Maladies virales transmises par des moustiques
Les virus qui sont transmis par des moustiques ou d’autres arthropodes sont appelés
arbovirus (d’après l’anglais arthropod-borne viruses). On connaît environ 400 arbovirus
différents; ils sont en général hébergés par des animaux et occasionnellement transmis
à l’Homme par des moustiques. Les arboviroses les plus importantes transmises par
des moustiques sont la fièvre jaune, la dengue et plusieurs formes d’encéphalite. Les
vecteurs en sont Aedes, Culex ou quelquefois, des anophèles.
Fièvre jaune
La fièvre jaune est une affection aiguë de courte durée dont l’issue est souvent fatale.
Elle débute par une forte fièvre, des maux de tête et des douleurs généralisées, des
vomissements et, quelquefois, un ictère (ou jaunisse) qui donne au malade un teint
jaune. Ces symptômes sont suivis d’hémorragies internes et de vomissements. La
mort peut survenir dans les trois jours qui suivent le début de la maladie.
Transmission et distribution
Le virus de la fièvre jaune est principalement présent dans des populations de singes
vivant dans les forêts denses et des forêts-galeries de l’Afrique, de l’Amérique centrale
et de l’Amérique du Sud (Fig. 1.22). Elle est transmise d’un singe à l’autre par des
moustiques sylvestres (des espèces du genre Aedes en Afrique et des genres
Haemagogus et Sabethes en Amérique du Sud et en Amérique centrale; (Figs. 1.23 et
1.24). Ces moustiques peuvent piquer l’homme lorsque celui-ci pénètre dans la forêt et
le virus peut ainsi passer du réservoir simien à la population humaine. Il y a lieu de
penser que, dans certaines zones d’endémicité, le virus se maintient dans les
populations de moustiques par transmission trans-ovarienne en l’absence d’un
réservoir animal vertébré.
Fig. 1.22. Régions d’Afrique (a), d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud (b) où la
fièvre jaune est endémique 1995 (© OMS).
WHO 96166/F
WHO 96167/F
Fig. 1.23 Cycle de transmission sylvatique, rural et urbain de la fièvre jaune en
Afrique (2). Copyright Blackwell Science Ltd.
En Afrique, des singes s’aventurent quelquefois hors de la forêt pour venir chercher
des bananes dans des bananeraies et peuvent alors infecter les diverses espèces de
moustiques locales qui, à leur tour, vont contaminer les personnes qui vivent ou
travaillent dans les plantations. Une personne qui contracte l’infection dans une forêt
ou à proximité de celle-ci peut transporter le virus dans des zones rurales ou urbaines
et le faire passer chez des moustiques de l’espèce Aedes aegypti ou d’espèces voisines,
qui le transmettront ensuite dans la population humaine. Ce genre de situation peut
entraîner de graves épidémies et de nombreux décès.
Fig. 1.24 Cycle de transmission selvatique, rural et urbain de la fièvre jaune en
Amérique centrale et en Amérique du Sud (2). Copyright Blackwell Science Ltd.
Dans les Amériques, on a observé jusqu’en 1954 de très graves flambées urbaines
provoquées par ce genre de situation. Il n’y en a pas eu depuis, mais le risque
demeure et des cas sont signalés chaque année parmi les personnes qui travaillent en
forêt. En Afrique, on signale occasionnellement des flambées en milieu urbain ou rural
dans les régions voisines des zones de forêts, flambées qui peuvent entraîner la mort
de milliers de personnes. La contamination peut être systématique pour les personnes
qui travaillent en forêt. La fièvre jaune n’a jamais été signalée en Asie.
Lutte
Le meilleur moyen de prévenir la fièvre jaune est la vaccination. Elle est recommandée
à toutes les personnes qui travaillent ou se rendent dans des forêts où existe un risque
de transmission. La vaccination est également indiquée pour les personnes qui vivent
dans des zones urbaines ou rurales exposées au risque.
Cette vaccination assure en principe une protection d’au moins dix ans et les autorités
sanitaires portuaires ou frontalières d’un certain nombre de pays tropicaux exigent une
revaccination contre la fièvre jaune tous les dix ans (4).
Il est possible de lutter contre les épidémies en vaccinant toutes les personnes qui
vivent dans les secteurs affectés; on peut également procéder à des pulvérisations
spatiales d’insecticides pour détruire les moustiques adultes ou encore détruire leurs
larves par des moyens appropriés. Pour réduire le risque d’infection, une personne non
vaccinée peut se protéger des piqûres de moustiques en portant des vêtements
protecteurs, en s’enduisant de répulsif ou en utilisant des grillages pour éviter les
piqûres en cours de journée.
Dengue et dengue hémorragique
La dengue est provoquée par plusieurs virus étroitement apparentés, appelés virus de
la dengue types 1, 2, 3 et 4. C’est principalement Aedes aegypti qui transmet la
maladie d’une personne à l’autre, mais Aedes albopictus peut également en être le
vecteur.
La maladie existe sous deux formes: la forme classique et la forme hémorragique.
La dengue classique donne lieu à des épidémies explosives qui touchent
principalement les adultes, avec parfois plusieurs dizaines de milliers de cas,
notamment en milieu urbain. C’est une affection fébrile aiguë d’installation brutale et
qui peut durer une semaine ou davantage. Elle provoque de très fortes migraines,
accompagnées de douleurs musculaires et articulaires et d’un exanthème. L’issue en
est rarement fatale. Elle sévit dans la plupart des pays tropicaux et dans certaines
régions subtropicales (Fig. 1.25). Elle peut également exister dans les zones rurales en
présence de moustiques vecteurs appropriés.
La dengue hémorragique est une maladie grave qui sévit en Asie du sud-est et dont
l’apparition dans les Amériques et le Pacifique Sud est assez récente (Fig. 1.25),
touchant principalement les enfants. La maladie débute par une forte fièvre, des
vomissements, une migraine et des douleurs abdominales accompagnées de difficultés
respiratoires. Des signes d’hémorragie interne sont fréquemment observés (Fig. 1.26).
Un syndrome de choc peut apparaître par suite de la spoliation sanguine et de la chute
de la tension artérielle. En l’absence de traitement, la mortalité peut atteindre 50%
chez les malades en état de choc, mais la mortalité globale se situe généralement
entre 5 et 10%.
Fig. 1.25 Distribution des flambées de dengue: forme classique et forme
hémorragique, 1975-1996 (© OMS).
WHO 94386/F
Prévention, traitement et lutte contre la maladie
Il n’existe pas de vaccin contre la dengue, mais des travaux sont en cours afin d’en
mettre un au point. Il n’existe pas de traitement spécifique, mais en cas de choc, on
peut traiter le malade par administration d’électrolytes et de plasma, avec surveillance
des signes vitaux.
Les mesures préventives les plus efficaces consistent à réduire la densité des vecteurs,
en l’occurrence, Aedes aegypti. Pour maîtriser durablement l’infection, le plus
économique est de faire obstacle sur une grande échelle à la reproduction du vecteur,
c’est-à-dire en éliminant ces gîtes larvaires que constituent les réceptacles naturels ou
artificiels, en brûlant les déchets organiques, en grillageant ou en bouchant les
récipients d’eau potable, en installant des systèmes d’adduction d’eau, ou, s’il n’y pas
d’autre méthode qui donne satisfaction, en épandant sur les gîtes larvaires des
larvicides efficaces et sans danger. Ces stratégies de réduction des sources de
prolifération des moustiques par la communauté supposent un effort important
d’éducation sanitaire qui s’inscrive dans la durée.
Fig. 1.26 Les hémorragies internes provoquées par la dengue hémorragique peuvent
entraîner un assombrissement de l’épiderme au niveau de la face et des mains. Ce
sont les enfants qui sont le plus souvent touchés.
Il est également recommandé de veiller à sa protection personnelle contre les
moustiques qui piquent en cours de journée, par exemple en portant des vêtements
adéquats, en s’enduisant d’un produit répulsif et en munissant de grillages les
ouvertures de la maison. Outre les méthodes chimiques communément utilisées contre
les moustiques piqueurs, comme par exemple les pulvérisations spatiales
intradomiciliaires, on peut se protéger dans la journée à l’aide de serpentins et autres
dispositifs anti- moustiques, de moustiquaires et de climatiseurs.
En cas d’épidémie, on prendra le même genre de mesures mais il faudra aussi tenter
de réduire rapidement les populations de moustiques en procédant sans délai à des
pulvérisations d’insecticides à l’extérieur. En ville, on traite généralement par des
insecticides les zones où existent de nombreux gîtes larvaires, abritant des populations
denses d’Aedes. Ces traitements peuvent être effectués au moyen de brumisateurs
portés sur le dos ou à la main ou encore d’appareils montés sur tracteur ou aéronef. La
pulvérisation sur les murs d’insecticides à effet rémanent est en général inefficace
contre Aedes aegypti, car cette espèce se repose normalement à l’intérieur des
habitations, sur des surfaces qui ne se prêtent pas à ce genre de traitement comme les
rideaux ou autres pièces de tissu. Il faut constituer des réserves d’insecticides en
prévision des situations d’urgence.
Encéphalite virale
L’encéphalite virale est une maladie caractérisée par une inflammation aiguë de
l’encéphale et de la moelle épinière. Il existe un certain nombre de virus qui sont
capables de donner lieu aux mêmes symptômes, mais avec plus ou moins de gravité et
une évolution plus ou moins rapide. Souvent, il n’y a même pas de symptômes du
tout. Dans les cas bénins, on observe un état fébrile avec migraine; dans les cas
graves, la fièvre est forte et s’accompagne de symptômes tels que migraines,
tremblements, paralysie spastique qui aboutissent au coma. La mort est extrêmement
fréquente en cas d’encéphalite japonaise et elle n’est pas rare non plus dans les cas de
fièvre de la vallée de la Murray ou d’encéphalite équine de l’Est. L’arriération mentale
et les troubles neurologiques sont des séquelles souvent observées chez les survivants.
Fig. 1.27 Distribution des cas d’encéphalite japonaise en Asie du sud et de l’est 1995
(© OMS).
WHO 95476/F
Distribution et transmission
Pour certains de ces virus, ce sont des oiseaux (notamment des hérons, des aigrettes,
des ibis et autres volatiles qui fréquentent les marécages ou leurs abords) qui jouent le
rôle de réservoir. Les moustiques transmettent les virus du réservoir aviaire à d’autres
animaux tels que porcs ou chevaux, ainsi qu’à l’homme. Chez le cheval, la maladie est
très grave et son issue fatale. C’est notamment le cas pour l’encéphalite équine
vénézuélienne.
L’encéphalite japonaise sévit en Chine et dans les pays du sud-est asiatique (voir Fig.
1.27) et avait également auparavant une localisation japonaise. Elle est extrêmement
fréquente dans les zones de rizières où elle est transmise des oiseaux à l’Homme et au
porc par des moustiques de diverses espèces et en particulier par Culex
tritaeniorhynchus. Ces moustiques peuvent également la transmettre du porc à
l’Homme. L’encéphalite équine vénézuélienne est présente en Amérique du Sud et en
Amérique centrale, de même que dans le sud des Etats-Unis. L’encéphalite équine de
l’Ouest et l’encéphalite de St Louis se rencontrent aux Etats-Unis et dans le nord de
l’Amérique du Sud. L’encéphalite équine de l’Est sévit dans l’est des Etats-Unis, en
Amérique du Sud ainsi que dans certaines régions d’Asie, d’Australasie et d’Europe.
Prévention, traitement et lutte contre la maladie
Dans certains pays d’Asie, on utilise un vaccin contre l’encéphalite japonaise qui
permet d’immuniser les enfants des zones d’endémie. Il existe également des vaccins
contre les encéphalites équines de l’Est et de l’Ouest. En revanche, il n’existe aucun
traitement spécifique contre l’infection.
Pour éviter la contamination, on peut porter des vêtements protecteurs, s’enduire d’un
produit répulsif, munir de grillages les ouvertures des habitations, placer des
moustiquaires ou encore utiliser des dispositifs antimoustiques tels que serpentins
etc... en évitant également d’avoir des activités à l’extérieur à la tombée de la nuit. En
milieu rural, la pulvérisation d’insecticides dans les abris pour animaux et les
habitations, en vue de détruire les Culex vecteurs de l’encéphalite japonaise, est
généralement inefficace car le moustique pique et se repose à l’extérieur (5). Dans
certaines régions, la démoustication est en revanche possible en prenant des mesures
pour empêcher le moustique de se reproduire dans les rizières et les réseaux
d’irrigation. En situation d’épidémie, on peut procéder à des pulvérisations spatiales
d’insecticides à l’extérieur. Dans les zones d’endémie, il est recommandé de tenir les
animaux domestiques à distance des habitations. Cette mesure s’applique tout
particulièrement aux porcs, là où l’encéphalite japonaise est endémique.
Autres maladies virales
De nombreuses autres viroses sont transmises à l’Homme par les moustiques, par
exemple la fièvre à virus Chikungunya et la fièvre de la vallée du Rift, dans les zones
irriguées de l’Afrique de l’Est et de l’Inde, où se produisent des épidémies de grande
envergure. La maladie de la rivière de Ross sévit dans certaines régions d’Australie et
dans quelques îles du Pacifique. Elle est souvent à l’origine d’arthrites des mains et des
pieds qui disparaissent au bout de quelque temps.
Il n’existe pas de traitement spécifique contre ces ma ladies. On peut en revanche les
prévenir et les combattre par des mesures appropriées de lutte antivectorielle.
Onchocercose (cécité des rivières)
L’onchocercose est due à une filaire parasite, Onchocerca volvulus. Ce sont les simulies
qui transmettent l’infection d’une personne à l’autre. Cette infection peut provoquer
des démangeaisons intenses et des lésions oculaires susceptibles d’entraîner la cécité.
La maladie, dont la distribution est focale, sévit dans toute l’Afrique centrale et
l’Afrique de l’ouest ainsi que dans certaines zones d’Afrique orientale. Les régions les
plus touchées sont les zones de savane de l’Afrique de l’ouest. L’infection se transmet
également de façon localisée au Yémen ainsi qu’en Amérique centrale et en Amérique
du sud. Selon les estimations actuelles, il y aurait près de 18 millions de personnes
infectées, dont 268 000 aveugles; par ailleurs 500 000 autres malades souffrent de
graves troubles visuels (Fig. 1.28).
Fig. 1.28. Distribution géographique de l’onchocercose 1995 (© OMS).
WHO 96168/F
Fig. 1.29 Cycle de développement d’Onchocerca volvulus (par Taina Litwak pour le
compte de la United States Agency for International Development’s VBC Project).
Transmission
Les simulies sont les seuls vecteurs de l’onchocercose. Lorsque la simulie se nourrit,
elle ingère des embryons d’onchocerques (microfilaires). Dans l’organisme de la
simulie, les microfilaires se transforment au bout de 6 à 10 jours en larves infectantes.
Ces larves sont transmises à l’Homme lors du repas de sang de l’insecte et achèvent
alors leur développement en devenant des vers adultes (Fig. 1.29). Les vers femelles
peuvent vivre jusqu’à 12 ans dans l’organisme humain et elles y produisent des
millions de microfilaires qui migrent vers la peau, d’où elles peuvent à nouveau passer
chez la simulie à la faveur d’une piqûre. C’est à proximité des rivères et ruisseaux au
cours rapide que la transmission est la plus fréquente, car c’est là que les simulies se
reproduisent et peuvent donc attaquer l’Homme en nombre. Il n’y a pas de
transmission lorsque la température est inférieure à 18 °C et la maladie n’existe que
sous les tropiques.
Symptômes cliniques
Les filaires adultes s’enkystent en nodules sous-cutanés dont le diamètre varie de
quelques millimètres à plusieurs centimètres. Ils s’accumulent là où les plans osseux
sont superficiels. La plupart des symptômes sont dus aux filaires qui se séparent des
nodules pour se diriger vers la peau et les yeux. Le symptôme le plus fréquemment
évoqué est un prurit intense.
Dans les infections anciennes, l’épiderme s’atrophie et s’amincit. Les lésions oculaires
permanentes, se traduisant notamment par la cécité - la conséquence la plus grave de
la maladie tant au plan individuel que du point de vue de l’économie rurale apparaissent après plusieurs années d’une infection intense. Les voyageurs qui se
rendent dans des zones où sévit l’onchocercose ont peu de chances de voir se
développer des symptômes graves en cas d’infection.
Traitement, prévention et lutte contre la maladie
La prévention de la maladie passe obligatoirement par la lutte contre les simulies.
L’ivermectine, un médicament anti-onchocerquien récemment mis au point, détruit les
microfilaires, mais il est inactif contre les vers adultes. On peut cependant prévenir la
cécité par la prise d’un comprimé chaque année après le traitement initial. Cette
thérapeutique est désormais utilisée à grande échelle pour le traitement des personnes
infectées et pour éviter l’évolution de la maladie.
Dans les onze pays d’Afrique de l’ouest couverts par le Programme de lutte contre
l’onchocercose (voir encadré), la lutte contre la maladie repose sur l’association de la
lutte antivectorielle et de la distribution d’ivermectine. Dans les autre pays d’endémie,
qu’ils soient en Afrique ou en Amérique du sud, de même qu’au Yémen, on se borne à
distribuer de l’ivermectine.
Le Programme de lutte contre l’onchocercose
En Afrique de l’ouest, a débuté en 1974 le Programme mondial de lutte contre
l’onchocercose, programme mené conjointement par la Banque mondiale, l’OMS, le
PNUD, les pays donateurs et les pays d’Afrique de l’ouest. Ce programme vise à
ramener les populations de simulies à un faible niveau pendant une période
suffisamment longue pour qu’il y ait interruption de la transmission du parasite et que
les filaires adultes, qui sont susceptibles de survivre jusqu’à 12 ans chez l’Homme,
disparaissent complètement. Le programme repose sur l’épandage à grande échelle
d’insecticides par voie aérienne, et, depuis quelques années, sur la distribution
d’ivermectine (6, 7). La destruction des larves par épandage d’insecticides sur les
cours d’eau est la seule méthode pratique qui permette de venir à bout des simulies
(Fig. 1.30). L’épandage d’insecticide sur un gîte larvaire donné entraîne généralement
la destruction des larves jusqu’à 10 km en aval. Pour éviter de polluer l’environnement
et de gaspiller les produits, on utilise des insecticides qui présentent une grande
spécificité vis-à-vis des simulies; en outre leur épandage et leur devenir dans le milieu
sont très soigneusement surveillés. Le téméphos, la phoxime ainsi que Bacillus
thuringiensis H-14 figurent parmi les produits utilisés. On procède à une rotation des
différents insecticides afin d’éviter qu’une résistance ne se développe parmi les
populations de simulies (8, 9).
L’une des ra isons de ces épandages à grande échelle sur de vastes bassins fluviaux
tient au fait que les simulies sont capables de se laisser porter par le vent sur de
grandes distances, de l’ordre de plusieurs centaines de kilomètres. La destruction des
gîtes larvaires locaux ne serait donc pas suffisante pour éviter tout risque de
réinvasion à partir des secteurs voisins.
Fig. 1.30 Epandage d’insecticide par voie aérienne sur des gîtes larvaires de simulies
situés dans une rivière.
Leishmaniose
La leismaniose est causée par des leishmanies, protozoaires parasites appartenant au
genre Leishmania. Elle touche l’Homme et les animaux. On estime qu’en 1996, quelque
12 millions de personnes étaient infectées et que 350 millions d’autres étaient
exposées au risque.
La leishmaniose viscérale, également connue sur le sous-continent indien sous son
nom hindi de kala-azar, est provoquée par Leishmania donovani, L. infantum ou L.
chagasi; c’est une affection qui intéresse les organes internes et dont l’issue est
souvent fatale si on ne la traite pas. Elle est endémique en Afrique de l’est, sur le souscontinent indien et en Amérique du sud. Elle sévit sporadiquement en Chine, dans la
région méditerranéenne, en Asie du sud-est et dans les pays qui forment le sud de
l’ex-URSS (Fig. 1.31a).
La leishmaniose cutanéo-muqueuse, également connue en Amérique du sud sous
le nom d’espundia, est principalement due à Leishmania braziliensis; c’est une
affection de la peau et des muqueuses nasale et buccale qui peut provoquer des
lésions très déformantes. Elle sévit en Amérique centrale et en Amérique du sud; la
leishmaniose oronasale, due à d’autres espèces de leishmanies, a été observée en
Ethiopie et au Soudan (Fig. 1.31b).
La leishmaniose cutanée est connue sous des noms divers tels que bouton d’Orient,
clou de Biskra, bouton d’Alep, ulcère de Bahia, ulcère du chiclero. Elle est causée,
entre autres espèces, par Leishmania major, L. tropica, L. aethiopica, ainsi que par des
espèces appartenant aux complexes braziliensis et mexicana. Elle se traduit par des
ulcérations de la peau.
Il s’agit de la forme de leishmaniose la plus courante, qui se rencontre en Afrique, en
Amérique du sud, sur le sous-continent indien, en Asie du sud-ouest, autour de la
Méditerranée et dans les pays qui forment le sud de l’ex-URSS (Fig. 1.31c).
Transmission
La plupart des formes de leishmaniose sont avant tout des maladies de petits
mammifères. L’Homme est souvent contaminé par des phlébotomes qui se sont
préalablement infectés lors d’un repas de sang pris sur un animal malade (Fig. 1.32).
L’importance de tel ou tel animal comme réservoir de parasites varie d’un lieu à l’autre
et il peut également y avoir une transmission interhumaine. Ce n’est pas non plus
toujours la même espèce de phlébotome qui transmet partout l’infection et les diverses
espèces en cause peuvent souvent avoir une écologie et un comportement différents.
En Amérique du sud, les personnes les plus exposées au risque de leishmaniose
cutanée ou cutanéo-muqueuse sont celles dont les activités les amènent à se rendre
en forêt: bûcherons, récolteurs de caoutchouc et d’autres produits de la forêt,
chasseurs, ouvriers du bâtiment et agriculteurs. Le risque est élevé dans les
établissements humains situés à proximité d’épaisses forêts (10).
Sur le sous-continent indien, la transmission intradomiciliaire et péridomestique est
plus courante du fait que la leishmaniose viscérale a un caractère anthroponosique et
que le vecteur est strictement péridomestique. En Afrique, la situation épidémiologique
est très diversifiée. Par exemple, le risque de leishmaniose viscérale est plus élevé
chez les hommes, qui ont l’habitude de tenir des réunions communales autour des
termitières, alors que chez les garçons qui mènent le bétail dans des cavernes où il
trouve refuge et plaques de sel à lécher, c’est le risque de leishmaniose cutanée qui
est augmenté (R. Killick-Kendrick, communication personnelle).
Fig. 1.31. Distribution de la leishmaniose: a) leishmaniose viscérale de l’Ancien et du
Nouveau-Monde; b) leishmaniose cutanée et cutanéo-muqueuse du Nouveau-Monde;
c) leishmaniose cutanée de l’Ancien-Monde 1996 (© OMS).
WHO 89983
WHO 96008/F
WHO 96009/F
Fig. 1.32 Cycle de développement de Leishmania (par Taina Litwak pour la United
States Agency for international Development’s VBC project).
Le risque de contamination est plus élevé chez les personnes qui dorment à la belle
étoile ou qui travaillent dehors la nuit. Il y a également davantage de risque là où se
trouvent des rongeurs infectés ou autres animaux hôtes.
Symptômes cliniques
Dans les zones où la leishmaniose viscérale (kala-azar) est endémique, ce sont les
enfants qui sont les plus touchés, sauf en Europe du sud et en Chine et il y a deux fois
plus de malades du sexe masculin que du sexe féminin. La maladie débute
insidieusement avec apparition progressive de fièvre, d’un malaise général, d’une perte
de poids et, bien souvent, de toux et de diarrhée. L’un des principaux signes cliniques
est l’hépatosplénomégalie (hypertrophie de la rate et du foie) (Fig. 1.33) avec
présence éventuelle d’une adénopathie. En Inde, le kala-azar peut provoquer un
assombrissement de l’épidémie au niveau de la face, des mains, des pieds et de
l’abdomen. Il existe d’autres signes qui sont semblables à ceux d’une malnutrition,
comme l’œdème et certaines anomalies tégumentaires et pileuses. Chez des sujets
venant de zones exemptes de kala-azar et donc non immunisés, la maladie peut
prendre un cours plus aigu et plus grave.
Fig. 1.33 L’hypertrophie de la rate et du foie est un signe caractéristique de la
leishmaniose viscérale.
Les symptômes de la leishmaniose cutanée varient d’une région à l’autre et même à
l’intérieur d’une même région, en fonction de l’espèce de parasite en cause et de la
réponse immunitaire du malade. La lésion leishmanienne typique commence par un
nodule qui se développe au point de piqûre, puis une ulcération croûteuse centrale
apparaît, la croûte pouvant ensuite tomber, découvrant l’ulcère (Fig. 1.34). La lésion
évolue progressivement vers la guérison, laissant une cicatrice profonde et
permanente dont la coloration tranche sur celle de l’épiderme environnant. Selon
l’espèce parasitaire en cause, la lésion évolue spontanément vers la guérison en deux
mois à plusieurs années. Dans certains cas, il ne peut y avoir de guérison sans
traitement et la maladie est susceptible d’évoluer vers la forme cutanéo-muqueuse.
Il arrive aussi que la maladie gagne le système lymphatique et provoque des
ulcérations sur tout le corps.
Les premiers symptômes de la forme cutanéo-muqueuse sont analogues à ceux de la
forme cutanée, mais les parasites peuvent passer dans la muqueuse de la cavité oronasale et du pharynx. Les tissus mous et les cartilages de ces zones sont peu à peu
détruits par les ulcérations et par l’érosion (Fig. 1.35). Le gonflement des lèvres et du
nez peut conduire à ce que l’on appelle parfois le «nez de tapir». Les mutilations sont
graves et peuvent quelquefois avoir une issue fatale par suite de malnutrition ou de
bronchopneumonie.
Fig. 1.34 La présence d’ulcérations qui laissent de profondes cicatrices après guérison
est caractéristique de la leishmaniose cutanée.
Fig. 1.35 La leishmaniose cutanéo-muqueuse peut provoquer de graves mutilations de
la face par destruction progressive des tissus de la cavité nasale et buccale.
Traitement
Une simple leishmaniose cutanée guérit en général sans traitement et confère au
malade une immunité contre d’autres infections par le même parasite. C’est pour cette
raison que l’on communique quelquefois volontairement l’infection aux nourrissons au
niveau du dos ou des fesses, pour les protéger contre des infections susceptibles de
leur causer de vilaines cicatrices sur le visage.
Les autres formes de leishmaniose sont difficiles à traiter et il faut en général
envisager une thérapeutique au long cours par un dérivé de l’antimoine pentavalent antimoniate de méglumine ou stibogluconate de sodium. Le traitement consiste en de
fréquentes et douloureuses injections et même si la tolérance est bonne en règle
générale, il peut se produire des effets secondaires modérés tels qu’anorexie,
vomissements, nausées, malaise général, myalgies et céphalées. Plus rarement, il
arrive que l’hépatotoxicité et la cardiotoxicité des médicaments entraînent des effets
secondaires plus graves.
Prévention et lutte contre la maladie
On peut se prémunir contre l’infection en évitant les piqûres de phlébotomes. Il est
recommandé d’avoir recours à des mesures individuelles de protection, de disposer sur
les couchages des moustiquaires imprégnées d’insecticide ou dont les mailles soient
suffisamment serrées et d’apporter un certain nombre d’améliorations au logement. Il
suffit quelquefois, pour se protéger, d’éviter les endroits où l’on sait que les
phlébotomes se reposent ou se reproduisent. Dans une forêt épaisse, il est
recommandé de ne pas se tenir entre les racines en contrefort des grands arbres (Fig.
1.36). Les nouvelles zones d’habitat en forêt doivent être de préférence entourées d’un
terrain défriché sur environ 300 à 400 mètres de profondeur (11, 12).
Fig. 1.36. Dans les épaisses forêts de l’Amérique du sud, les phlébotomes se reposent
et se reproduisent souvent sur le sol humide situé entre les racines en contrefort des
grands arbres.
Pour réduire la transmission de la leishmaniose, on a mis en œuvre des méthodes
adaptées à la situation épidémiologique, telles que le dépistage et le traitement des
malades ou la destruction des vecteurs ou des hôtes réservoirs. Les mesures de lutte
dépendent également des habitudes des espèces vectrices locales et, le cas échéant,
de celles des animaux réservoirs. Lorsque le réservoir parasitaire est exclusivement
humain, il est possible de circonscrire les flambées par un dépistage et un traitement
rapides des cas.
Les phlébotomes qui se reposent à l’intérieur peuvent être efficacement éliminés par
un traitement de la surface intérieure des murs et de l’extérieur et de l’intérieur des
encadrements de porte, des fenêtres et autres ouvertures, au moyen d’un insecticide à
effet rémanent. Il est rare que l’on attaque directement à l’insecticide les vecteurs de
la leishmaniose.
Dans la plupart des cas, c’est la lutte contre les moustiques vecteurs du paludisme qui
se voit accorder la première priorité, la destruction des phlébotomes étant un à-côté
de cette opération. Dans le cas des flambées à caractère épidémique, il y a avantage à
envisager l’épandage d’insecticide sous volume ultra-faible aux alentours et à
l’intérieur des habitations.
En ce qui concerne l’élimination des animaux réservoirs, il est à noter que certaines
activités de développement peuvent avoir pour conséquence la raréfaction des
leishmanies lorsque la modification de l’environnement le rend inhabitable pour les
animaux hôtes qui vivent en forêt. En Ethiopie, des mesures ont été prises pour lutter
contre le daman des rochers, un animal sauvage qui sert de réservoir aux leishmanies.
Le réservoir domestique le plus important est le chien, mais le cheval, l’âne et le mulet
seraient également des réservoirs de leishmaniose cutanéo-muqueuse dans les
Amériques. Dans certaines régions, par exemple au Brésil, en Chine, sur le pourtour de
la Méditerranée et dans l’ex-URSS, on a pris des mesures pour détruire les chiens
contaminés, ainsi d’ailleurs que d’autres animaux réservoirs. Sur ce dernier territoire,
le programme d’élimination a essentiellement porté sur la grande gerbille, Rhombomys
opimus (13).
Mansonellose
La mansonellose est une filariose due à des filaires parasites de l’Homme appartenant
au genre Mansonella. Mansonella ozzardi se rencontre au Mexique, au Panama, aux
Antilles et en Amérique du sud. Elle est très répandue chez les indiens d’Amérique et
elle est transmise par des cératopogonides du genre Culicoides ainsi que par des
simulies. Elle est généralement considérée comme bénigne, mais on a fait état de
certains symptômes tels que des douleurs artic ulaires. Mansonella perstans est
répandue dans certaines régions d’Amérique du sud et d’Afrique, M. streptocerca dans
quelques pays d’Afrique occidentale et centrale. Ces deux parasites sont transmis par
des cératopogonides du genre Culicoides.
La filaire adulte vit dans les cavités du corps ainsi que dans le mésentère où il ne
semble pas qu’elle cause de pathologie chez son hôte humain. Les larves sont
présentes dans la peau et le sang.
Ces parasitoses peuvent se traiter par la diéthylcarbamazine. En fait, la plupart du
temps les malades ne sont pas traités car il est rare qu’ils aient à se plaindre du
moindre symptôme.
Loase
Cette maladie est causée par une filaire appelée Loa loa. Elle est transmise par des
taons du genre Chrysops et elle se limite aux bois et aux forêts de l’Afrique occidentale
et centrale, du Bénin à l’Ouganda et au sud du Soudan.
Le cycle de développement de la filaire ressemble à celui d’Onchocerca volvulus (voir
Fig. 1.29). Le ver adulte vit dans les tissus sous-cutanés. Lorsqu’il se déplace sous la
peau, il provoque des picotements et des démangeaisons. L’infection entraîne souvent
des tuméfactions dans diverses parties du corps. Les larves présentes dans le courant
sanguin sont captées par le taon au moment de son repas de sang.
On peut traiter la loase par la diéthylcarbamazine ou l’ivermectine.
Tularémie
La tularémie est une affection bactérienne transmise par la piqûre des taons du genre
Chrysops et par des tiques à tégument dur. Pour plus de renseignements, voir le
Chapitre 4.
Mesures de lutte
Choix des mesures de lutte appropriées
Le Tableau 1.2 indique le moment et l’endroit où les différents groupes de diptères
sont actifs. Les mesures de protection individuelles, utilisation de répulsifs ou port de
vêtements protecteurs, sont efficaces contre tous ces insectes. Par exemple, les
moustiquaires sont efficaces contre les diptères qui piquent la nuit. L’aménagement
des bâtiments pour les rendre impénétrables aux insectes permet de se prémunir
contre les espèces qui pénètrent à l’intérieur pour se reposer et se nourrir. On peut en
général empêcher les moustiques de venir se reproduire à l’entour et à l’intérieur des
habitations moyennant un certain nombre de mesures simples et permanentes. Ce qui
d’ailleurs n’empêche pas que l’on soit encore exposé aux piqûres de moustiques venus
de terrains voisins où ils continuent à se reproduire. Pour venir à bout de ces
nuisances, il faut donc qu’il y ait une bonne entente entre voisins.
On peut opter pour telle ou telle mesure de protection individuelle sans savoir
exactement contre quelle espèce on souhaite se prémunir. Ces méthodes sont
essentiellement destinées à protéger des individus, des familles ou de petites
collectivités. Toutefois des méthodes telles que les moustiquaires imprégnées
d’insecticide, l’amélioration des logements ou l’élimination des gîtes larvaires peuvent
également être utilisées pour réduire la morbidité au sein d’une communauté si la
majorité de ses membres les appliquent.
A l’échelon communautaire, la lutte contre les maladies à transmission vectorielle se
fait généralement à grande échelle et elle a besoin d’un minimum d’appui et de
participation de la part d’un organisme sanitaire local. Il faut consulter les agents de
santé qui ont l’expérience de la lutte antivectorielle au sujet du choix et de la mise en
œuvre de la stratégie la mieux appropriée à la situation locale.
Tableau 1.2
Choix de méthodes de lutte contre les diptères piqueurs a
Nuisance/vecteur
Piqûres à Piqûres
l’intérieur/à
de
l’extérieur jour/de
(I/E)
nuit
(J/N)
Autoprotection
Protection personnelle
Protéger Empêcher la
les
reproduction
habitations à l’intérieur
contre les et alentour
insectes
des
habitations
Répulsifs, Moustiquaires
vêtements
Anopheles
I/E
N
++
++
++
+/- c
Culex
I/E
N
++
++
++
++e
Aedes
I/E
J
++
+/-
++
++
Mansonia
I/E
N
++
++
++
-
Simulies
E
J
++
-
-
-
Phlébotomes
I/E
J/N
++
++
++
-
Cératopogonides
I/E
J/N
++
++
++
-
Taons
n
E
J
+
-
-
-
Stomoxes
E
J
++
-
-
+/-
p
E
J
+
-
-
-
Glossines
a
++ = efficace; + = généralement efficace; +/ - = quelquefois efficace; - = inefficace.
b
Dans le cas de flambées à caractère épidémique, on peut envisager des
pulvérisations spatiales d’insecticides sous volume ultra-faible.
c
Les anophèles ne se reproduisent généralement pas à proximité des maisons en
secteur urbain, à l’exception de A. stephensi en Asie méridionale. En Afrique, il y a
transmission du paludisme aux abords semi-urbanisés des villes où les conditions sont
celles du milieu rural.
d
On pourrait améliorer tant soit peu la protection en détournant les moustiques vers
les animaux domestiques.
e
Contre Culex quinquefasciatus.
f
L’implantation des abris pour animaux à distance des rizières s’est révélée efficace au
Japon (14).
g
La lutte contre les larves de Culex tritaeniorhynchus s’est révélée difficile dans les
rizières d’Asie, mais on peut y parvenir quelquefois en pratiquant une irrigation
intermittente, en utilisant des poissons larvivores et en épandant des larvicides
bactériens.
h
Pour empêcher la reproduction des moustiques incommodants dans les zones rurales,
notamment dans les marais d’eaux saumâtres soumis à marée, on utilise quelquefois
des granulés insecticides qui ne libèrent leurs matières actives qu’une fois recouverts
par l’eau, c’est-à-dire au moment même de l’éclosion des œufs. Parmi les autres
méthodes, on peut citer la régulation du niveau des eaux et l’amélioration des réseaux
d’irrigation et de drainage.
i
Quelquefois, par arrachage ou destruction de la végétation aquatique à laquelle les
larves et les nymphes sont fixées.
j
Par épandage de larvicides sur les cours d’eau.
k
En évitant de se tenir dans des endroits où l’on sait que des phlébotomes ont
l’habitude de se reposer et de se reproduire.
l
arrive que des cératopogonides piqueurs pénètrent dans les habitations ou sous les
tentes.
m
Lorsque c’est possible, le drainage ou le comblement des zones marécageuses se
révèlent extrêmement efficaces mais ces opérations sont souvent trop coûteuses.
Quelquefois, des pulvérisations aériennes d’insecticides sur ces zones permettent de
contenir efficacement, mais temporairement, les populations de diptères par
destruction des larves.
n
On peut se protéger des piqûres en portant des vêtements épais. Les répulsifs
habituels sont moyennement efficaces contre les taons.
o
Les méthodes qui permettent de réduire ou d’empêcher les diptères de se nourrir sur
les animaux domestiques sont utiles non seulement pour ces animaux mais également
pour les personnes qui vivent à proximité des étables. On trouve dans le commerce
des plaques imprégnées d’insecticide qui, fixées à l’oreille des animaux, se révèlent
très efficaces contre Stomoxys calcitrans pendant un à deux mois.
p
Voir chapitre 2.
q
Y compris l’utilisation de pièges et de grillages ainsi que le traitement des zones de
repos de ces diptères au moyen d’insecticides à effet rémanent.
Protection individuelle
Les méthodes de protection personnelle utilisées individuellement ou par de petits
groupes de personnes pour se prémunir contre les piqûres d’insectes et les maladies
qu’elles sont susceptibles de transmettre, consistent à empêcher les insectes de venir
au contact du corps. L’équipement utilisé est de volume réduit, portable et d’une
utilisation simple. Ces méthodes peuvent offrir une protection non négligeable contre
la contamination et permettent parfois de limiter la transmission des maladies dans
une communauté, du moins lorsqu’elles sont utilisées par une fraction importante de la
population.
Les répulsifs
Ils constituent la méthode la plus communément utilisée pour se prémunir contre les
piqûres de moustiques et d’autres insectes hématophages. On les applique directement
sur la peau, les vêtements ou autres pièces de tissu comme les moustiquaires ou les
écrans anti-moustiques. Ils s’évaporent beaucoup plus vite que la plupart des
insecticides. L’action des insecticides est plus durable et le contact avec le produit a
pour effet soit de les tuer, soit de les étourdir, alors que les répulsifs empêchent
simplement le contact entre l’Homme et l’insecte. Une fois appliqué sur la peau, le
répulsif peut tenir les moustiques éloignés pendant 15 minutes à 10 heures; si on les
applique sur les vêtements ou d’autres pièces de tissu, leur action est beaucoup plus
durable. L’efficacité et la durée d’action varient selon le type de répulsif (nature du
principe actif et type de formulation; (voir Fig. 1.37), le mode d’application, les
conditions locales (température, humidité, vent), l’attirance plus ou moins grande du
moustique pour telle ou telle personne, les pertes dues à la transpiration et aux
frottements (15-17) et la sensibilité des insectes au produit, chaque espèce ayant sa
sensibilité propre (18-20). La densité des piqûres joue également un rôle important:
plus il y a de moustiques, plus on a de chances d’être piqué.
Dans certaines conditions, l’usager pourra bénéficier d’une protection totale, mais dans
d’autres circonstances, cette protection sera plus limitée. Les personnes qui travaillent
ou voyagent dans la forêt tropicale humide devront sans doute répéter les applications
de répulsif car celui-ci est rapidement éliminé par la transpiration (21). Comme ce sont
des produits qui ne sont pas actifs très longtemps, ont les applique essentiellement au
moment où les insectes commencent à piquer. Dans le cas des moustiques, c’est très
souvent vers le crépuscule.
Fig. 1.37. Les répulsifs existent en bombes aérosol, lotions, crèmes, bâtons, cotons
imprégnés, applicateurs etc...
Où et quand les utiliser
Les répulsifs sont précieux lorsque les autres mesures de protection sont inopérantes,
peu pratiques ou interdites: personnes qui doivent sortir la nuit; personnel des
plantations exposé au risque pendant la journée; personnes qui traversent des
toundras, des marécages, des prairies, des forêts, etc... infestés de moustiques ou s’en
approchent etc... On peut également préférer les répulsifs pour se protéger à l’intérieur
d’une habitation impossible à calfeutrer ou dont cette opération gênerait trop la
ventilation. Les voyageurs apprécient le faible encombrement des répulsifs qui les rend
aisément transportables, ainsi que leur facilité d’utilisation en tout lieu et en tout
temps.
Associés à d’autres métodes, les répulsifs peuvent jouer un rôle important dans la lutte
contre les moustiques et autres diptères piqueurs. Par exemple, on peut les utiliser
pour se protéger en début de soirée et disposer ensuite des moustiquaires pour se
garantir contre les piqûres nocturnes.
On trouve des répulsifs un peu partout, mais pour beaucoup de gens, leur prix de
vente risque d’être trop élevé en vue d’un usage quotidien. Leur efficacité est variable
et dépend de leur composition.
Mode d’emploi
Quel que soit le type de répulsif utilisé, il faut l’appliquer avec parcimonie sur toutes
les parties exposées de l’épiderme, en particulier le cou, les poignets et les chevilles.
On évitera de l’appliquer autour des yeux et des muqueuses (narines, bouche). On
peut utiliser un répulsif en bombe aérosol pour traiter les parties exposées du corps. Le
répulsif ne doit pas être pulvérisé sur le visage: il faut d’abord le pulvériser sur les
mains (Fig. 1.38), puis se frotter les parties les moins sensibles du visage. En cas de
réaction allergique cutanée, on lavera à l’eau la partie traitée et on consultera un
médecin en lui montrant le récipient ou l’emballage du produit (Fig. 1.39). Pour voir si
un répulsif produit une réaction cutanée indésirable, commencer par en appliquer une
petite quantité sur le dos de la main.
Les différents types de répulsifs
Répulsifs traditionnels ou naturels
On utilise depuis fort longtemps toutes sortes de substances pour éloigner les insectes
hématophages (22). La fumée d’un foyer ouvert repousse les insectes, surtout lorsque
l’air est calme ou que la pièce est mal ventilée. Cet effet répulsif de la fumée peut être
accentué par la combustion de certaines substances comme par exemple du bois
aromatique résineux ou diverses plantes. Dans l’Inde du sud, on brûle des feuilles de
Vitex negundo (le «nochi») pour éloigner les moustiques des habitations.
Fig. 1.38. On peut utiliser un répulsif en bombe aérosol pour traiter les parties
exposées du corps.
Fig. 1.39. Lavette imprégnée de répulsif qui a été sortie de son emballage. Elle est
saturée d’un mélange de deet et d’alcool. On l’utilise en s’en frottant les parties
exposées du corps.
Les huiles essentielles tirées de certaines plantes, comme la citronelle, ont un effet
répulsif quand elles sont appliquées directement sur la peau ou les vêtements, mais
leur effet protecteur est très bref. On parvient quelquefois à le prolonger en ajoutant
au répulsif volatil de la graisse ou de l’huile animales qui permettent de ralentir la
vitesse d’évaporation. Nombre de répulsifs traditionnels présentent des inconvénients,
à savoir:
- ils ont une durée d’action très brève;
- ils ne sont pas très agréables à utiliser (forte odeur, irritation);
- ils peuvent avoir des effets secondaires indésirables (par exemple, dans le cas de la
fumée).
D’un autre côté, ils ont aussi des avantages
- on peut se les procurer facilement;
- ils sont connus et acceptés partout;
- ils sont bon marché.
Il n’est pas possible d’énumérer dans ce manuel tous les répulsifs traditionnels et leur
mode d’emploi. Nombre d’entre eux n’ont jamais été soumis à une étude scientifique
et leur efficacité reste à confirmer.
Quelques produits végétaux inoffensifs utilisés comme répulsifs
Citronnelle
Huile essentielle tirée de la plante du même nom et très utilisée comme répulsif. La
citronnelle industrielle est le principe actif d’un certain nombre de répulsifs du
commerce. Fraîchement appliquée sur la peau, la citronnelle est presque aussi efficace
contre les piqûres d’insectes que les répulsifs chimiques, mais son action ne se
prolonge pas au-delà d’une heure.
Neem
En Afrique, en Asie et en Amérique latine, on utilise parfois des feuilles de neem (un
arbre dont le nom scientifique est Azidarachta indica) qui dégagent en brûlant une
odeur désagréable. On peut aussi les faire sécher et les suspendre dans la maison pour
chasser les moustiques. Certains estiment que des neems plantés à proximité d’une
maison tiennent les moustiques à distance, mais ce n’est pas prouvé scientifiquement.
On utilise des extraits de graines de neem comme insecticide en agriculture.
Arbres aromatiques
On fait parfois brûler le bois ou la résine de certains arbres aromatiques pour éloigner
les moustiques. Dans quelques pays d’Afrique on vend ce bois sur les marchés locaux
(23).
Répulsifs modernes pour application cutanée
Au cours de la deuxiè me moitié du vingtième siècle, on a produit un certain nombre de
répulsifs de synthèse à action prolongée, non toxiques, cosmétiquement acceptables
en applications cutanées et efficaces contre de très nombreux insectes. Parmi les
produits élaborés au cours de la première moitié du siècle, le phtalate de diméthyle,
l’indanone et l’éthylhexanediol se sont révélés les plus efficaces en application cutanée.
Ces substances entrent encore dans la composition de certains répulsifs du commerce.
En 1954, la mise au point du diéthyltoluamide ou deet a marqué un tournant dans la
recherche. Ce produit, qui se présente sous la forme d’un liquide huileux incolore doté
d’une légère odeur, reste le meilleur qui soit. Il repousse de nombreux insectes et
acariens - tiques en particulier. Son action est plus durable que celle des autres
répulsifs (18-20, 24-27). Le deet agit également contre les sangsues terrestres
hématophages (28, 29).
Il est disponible soit pur, soit en solution à 5-90%. Pour en faciliter l’utilisation et les
rendre cosmétiquement plus intéressants, ces produits sont souvent proposés sous
forme de lotions, de crèmes, de mousses, de cires (sticks) ou d’aérosols en bombe. On
leur adjoint fréquemment une base huileuse ou alcoolique et un parfum d’odeur
agréable. On applique le produit sur les parties exposées de l’épiderme par
pulvérisation, massage ou friction, selon le mode de présentation.
Dans certain cas, la base que contient le produit (huile, silicone, polymère) réduit la
vitesse d’évaporation du principe actif et permet donc d’en prolonger l’action (15-17).
Certaines formulations de deet peuvent conserver leur effet répulsif jusqu’à 12 heures,
mais la durée de cet effet est en général de 4 à 6 heures. Certains produits à longue
durée d’action ont l’inconvénient de devenir collants lorsqu’on les applique sur la peau,
mais ce n’est pas le cas des solutions éthanoliques de deet.
On n’a que rarement signalé des allergies ou autres réactions sévères - éruptions, par
exemple au deet (30-32).
On estime que ce composé est sans danger pour les adultes, sauf en cas d’exposition
prolongée à de fortes concentrations. Comme les enfants se révèlent plus sensibles, il
faut veiller à ce que leur épiderme soit le moins exposé possible et il est recommandé
d’appliquer le produit de préférence sur leurs vêtements (33). Le deet peut attaquer
certains plastiques (par ex. stylos, verres de montres, montures de lunettes, sièges de
voitures).
Des données d’origine indienne incitent à penser que le N, N-diéthylphénylacétamide
(DEPA) est aussi efficace que le deet, tout en étant moins coûteux (34). La citronnelle
est souvent utilisée car elle est bon marché et d’odeur plus agréable selon certains. Le
phtalate de diméthyle et certains dérivés carboxyliques sont plus difficiles à trouver.
On les ajoute au deet dans un certain nombre de préparations du commerce. Les
produits contenant un mélange de plusieurs répulsifs sont sans doute efficaces contre
un plus grand nombre d’espèces que ceux qui n’en contiennent qu’un seul.
La savonnette répulsive
Il s’agit d’un produit d’hygiène individuelle récemment mis au point qui offre une
protection de longue durée pour un prix modique. Il est préparé à l’aide de produits
utilisés en savonnerie, comme l’huile de coprah et contient 20% de deet et 0,5% de
perméthrine. Pour l’appliquer, il faut humidifier la savonnette ou la peau et frotter
jusqu’à obtention d’une mousse avec laquelle on masse les parties exposées du corps
(Fig. 1.40). Pour la protection du visage, on applique la mousse sur le front, le cou et
les oreilles. Après l’application, il subsiste sur la peau une pellicule blanche qui
disparaît assez vite. Cette pellicule a une consistance visqueuse que l’on peut trouver
désagréable. Elle ne s’en va pas facilement par contact avec les vêtements mais on
peut l’éliminer en frottant sous un courant d’eau. Le produit est sans danger mais il
faut éviter les parties sensibles lorsqu’on l’applique sur l’épiderme d’enfants en bas
âge. Dans l’attente de tests d’innocuité en bonne et due forme, l’OMS n’en
recommande pas l’usage quotidien pendant de longues périodes.
L’application doit se faire au coucher du soleil pour assurer une protection pendant la
soirée. En fonction d’un certain nombre de facteurs et notamment des espèces de
moustiques locales, la savonnette répulsive peut protéger pendant 4 à 8 heures. Dans
des conditions optimales, l’effet protecteur peut même durer jusqu’à 12 heures. Cet
effet est plus ou moins marqué et dure plus ou moins longtemps selon les conditions
d’utilisation et les espèces en cause (35-39).
Fig. 1.40. La savonnette répulsive.
Une savonnette de 40 grammes, utilisée avec parcimonie sur les bras, les jambes et
autres parties du corps exposées, dure environ 20 jours. Le produit est breveté mais le
détenteur du brevet en autorise la production locale à des fins non commerciales. Le
mode de fabrication et les ingrédients sont analogues à ceux que l’on utilise en
savonnerie.
Composition
Huile de coprah non raffinée
Antioxydant (par ex. butylhydroxyanisole)
Deet
% en poids
49,86
0,14
20,00
Perméthrine officinale (perméthrine cis/trans 25/75)
0,50
Base parfumée (par ex. essence de rose ou de lavande)
1,00
Solution de soude caustique
Argile naturelle
27,50
1,00
On peut se procurer ces ingrédients dans la plupart des pharmacies. Le deet peut être
obtenu auprès de distributeurs de produits chimiques. Faute de perméthrine officinale,
on peut utiliser de la perméthrine de qualité technique.
Mélanger le deet et la perméthrine à la température ambiante et ajouter le mélange à
l’huile de coprah dans laquelle on aura préalablement dissous l’antioxydant. Chauffer le
tout à 40°C et ajouter la base parfumée. Verser la soude caustique dans ce mélange à
la température ambiante en agitant vivement. Lorsque toute la soude a été ajoutée,
verser l’argile en pluie et verser l’émulsion dans des moules en laissant la réaction se
poursuivre pendant 12 heures. Le lendemain, découper les blocs en savonnettes de 40
g. Enveloppées dans des feuilles de polypropylène et placées dans des boîtes à l’abri
de l’air, les savonnettes conservent leur efficacité pendant plus de deux ans. Si on
utilise un sac plastique ou qu’on les range sans les emballer dans une boîte
hermétique, leur durée de conservation se limite à un an. Si le produit est destiné à
être utilisé dans un délai de quelques semaines, on peut se contenter d’un emballage
bon marché.
Vêtements protecteurs
Les vêtements peuvent assurer une protection contre les piqûres d’insectes s’ils sont
suffisamment épais et d’une texture qui s’oppose à la pénétration de l’aiguillon ou des
pièces buccales. Les insectes sont généralement moins attirés par les couleurs claires
que par les teintes foncées. Le port de bottes ou de chaussures montantes permet de
se protéger les chevilles. On peut également se protéger à ce niveau en portant des
chaussettes épaisses et des pantalons longs et en veillant à bien engager le bas du
pantalon dans la chaussette. Les chemises à manches longues, les résilles, voilettes,
foulards et chapeaux fournissent aussi une certaine protection. Certains insectes
parviennent toutefois à piquer à travers l’étoffe d’un vêtement et des chaussettes en
particulier; pour se prémunir contre ce risque, on peut traiter les vêtements avec un
insecticide ou un répulsif.
Les cératopogonides, les phlébotomes et les simulies, qui sont de petite taille, sont
incapables de piquer à travers les vêtements, même si le tissu est fin (40). Pour les
personnes qui ont à faire durant la journée, la meilleure solution consiste à porter des
vêtements légers couvrant le plus possible le corps et à s’appliquer un répulsif sur les
parties découvertes (26, 41). Contre les essaims de cératopogonides, les répulsifs
n’offrent qu’une protection partielle. On peut obtenir une bonne protection avec des
résilles ou des vestes à capuchon munies de voilettes à larges mailles et imprégnées
de répulsifs (22, 42-44).
Vêtement anti-moustique
Dans l’ex-URSS, on a mis au point un gilet suffisamment épais pour empêcher les
moustiques de piquer au travers, mais qui assure quand même une aération suffisante
du corps. Il se présente sous la forme d’un sous-vêtement à manches longues fait d’un
tissu à larges mailles et dont les fibres ont environ 0,5 cm d’épaisseur. Il se porte sous
une chemise classique à manches longues (45).
Vêtements traités
On peut traiter les vêtements au moyen de répulsifs pour empêcher les moustiques de
se poser et de piquer ou encore avec des insecticides à action rapide du groupe des
pyréthrinoïdes, comme la perméthrine. Ces insecticides ne repoussent pas les insectes
mais les laissent au contraire entrer en contact avec le tissu où ils sont alors tués ou
suffisamment irrités avant d’avoir eu le temps de piquer. Il est préférable d’appliquer
les répulsifs sur les vêtements ou d’autres pièces de tissu que sur la peau car on réduit
ainsi le risque de réactions allergiques. La peau n’a ainsi qu’un contact limité avec les
répulsifs ou les insecticides du fait que ces produits adhèrent fortement aux fibres; on
peut alors utiliser des doses plus élevées.
Les pyréthrinoïdes de synthèse sont généralement préférés aux répulsifs volatils pour
le traitement des vêtements. Les raisons en sont les suivantes:
- ils agissent rapidement en repoussant ou tuant les insectes piqueurs;
- leur action est prolongée et dans une certaine mesure, ils résistent aux intempéries,
au soleil et au lavage à l’eau froide;
- ils sont d’une utilisation plus agréable (à peu près incolores et inodores et ils ne
graissent pas);
- ils ne sont pas toxiques et n’irritent pas la peau si on les applique à la bonne dose
(46);
- ils sont sans action sur le plastique;
- ils reviennent moins cher que les répulsifs car il suffit de quelques petites doses de
temps en temps.
Il ne faut cependant pas perdre de vue que si un vêtement a été traité à l’aide d’un
pyréthrinoïde non répulsif, les insectes ailés peuvent quand même venir piquer les
surfaces de peau qui sont à découvert, aussi faut-il appliquer un répulsif à ces
endroits. Par suite de la vaporisation, un vêtement fraîchement traité par un répulsif
protège mieux la peau nue qu’un vêtement traité à l’aide d’un pyréthrinoïde.
Les chaussettes imprégnées peuvent protéger efficacement contre les simulies, car
celles-ci piquent fréquemment au niveau des chevilles. Les pantalons et les bas
imprégnés protègent également bien contre les tiques et les acariens (47).
L’imprégnation des vêtements est également efficace contre les piqûres de
moustiques, de phlébotomes, de cératopogonides, de puces et de poux du corps (4752). Les répulsifs peuvent conserver leur efficacité jusqu’à une semaine après
l’imprégnation. On peut prolonger cette efficacité en rangeant le vêtement imprégné
dans un coffre ou un sac hermétiques de manière à éviter l’évaporation du produit.
Appliqué sur un vêtement, un répulsif restera plus longtemps efficace que sur la peau
car:
• il n’y a pas de pertes par abrasion;
• le produit n’est pas absorbé par la peau;
• il n’y a aucune élimination du principe actif par la sueur;
• la température plus basse ralentit l’évaporation, sauf si le vêtement est exposé au
soleil;
• le produit adhère mieux au fibres de coton et aux fibres synthétiques.
Un vêtement traité par la perméthrine peut conserver pendant des semaines ou des
mois sa toxicité pour les insectes, selon qu’il est plus ou moins souvent porté et lavé
ou exposé à la pluie. Un vêtement imprégné peut conserver son efficacité protectrice
même après une dizaine de lavages à l’eau froide et au savon. Toutefois, l’élimination
de la perméthrine est plus importante si on utilise de l’eau chaude (50, 52).
Répulsif ou pyréthrinoïde?
Tout répulsif jugé sans danger pour une application cutanée peut servir à imprégner
des vêtements. La perméthrine a fait l’objet de très nombreux essais et on estime
qu’elle est toujours le produit de choix pour le traitement des vêtements (46). D’autres
pyréthrinoïdes peuvent également convenir, comme par exemple la cyfluthrine, mais la
plupart des pyréthrinoïdes non toxiques sont rapidement décomposés par la lumière
solaire.
Comment traiter des vêtements
Pour imprégner un vêtement de perméthrine, on peut pulvériser le produit à l’aide
d’une bombe aérosol ou tremper le vêtement dans une émulsion aqueuse. La dose
recommandée est de 1,25 g/m2 (0,125 mg/cm2 ) pour les manteaux, les vestons, les
chemises à manches longues et les pantalons et de 0,8 g/m2 (0,08 mg/c m2 ) pour les
chemises à manches courtes. Il est peut-être plus facile de se procurer du deet en
bombe aérosol. Pour ce produit, la dose recommandée est de 20 g/m2 (2 mg/cm2 ), soit
environ 70 g de matière active par vêtement.
On trouve des solutions alcooliques à 30 et 95% de deet technique qui conviennent
pour l’imprégnation par trempage. La marche à suivre est indiquée à la page 94.
Draps imprégnés
Lorsqu’on dort à la belle étoile dans des régions où les nuits sont fraîches ou lorsqu’on
n’a ni la possibilité ni les moyens de disposer d’une moustiquaire, on peut envisager de
se couvrir avec un drap ou toute autre pièce de tissu préalablement imprégnée
d’insecticide ou de répulsif. Il s’agit d’une méthode qui n’a pas encore été essayée
mais que l’on peut considérer comme aussi sûre et efficace que le port de vêtements
imprégnés. Sous les climats chauds, on pourrait, pour se couvrir entièrement le corps,
envisager d’utiliser des tissus fins à tissage pas trop serré qui laisse passer l’air.
Vestes imprégnées en gaze à larges mailles
Des vestes spéciales faites d’une gaze ou d’un tulle à larges mailles et munies d’un
capuchon protecteurs peuvent assurer une protection suffisante contre les insectes
piqueurs lorsqu’elles sont imprégnées de deet ou d’un autre répulsif (Fig. 1.41; 43, 5356). Ces vestes sont très commodes pour les personnes qui se rendent pour un court
laps de temps dans des zones infestées par de grandes quantités de moustiques ou
autres insectes piqueurs, par exemple le nord de la Sibérie, de la Scandinavie ou de
l’Alaska. L’avantage de cette gaze est de pouvoir être utilisée avec ou sans autres
vêtements et de ne pas tenir trop chaud.
Elle a en revanche l’inconvénient de s’emmêler facilement dans la végétation dense,
aussi convient-elle mieux aux zones où la végétation est clairsemée. Le matériau
utilisé est un coton résistant à larges mailles, un mélange de polyester et de coton ou
du nylon. On en trouve au Canada et aux Etats-Unis qui consistent en un treillis de
polyester à larges mailles avec des brins de coton. L’adjonction de coton est nécessaire
pour permettre une imprégnation à la dose recommandée de 0,25 g de deet par
gramme d’étoffe (10-15 g par m2 ). Ces vestes doivent être rangées dans des sacs
hermétiques en plastique.
Voiles imprégnés anti-insectes
Le port de voiles de gaze ou de tulle à larges mailles analogue à celle qui sert à
confectionner les vestes ci-dessus permet de se protéger la tête et le cou (Fig. 1.42;
57, 58). On les porte de préférence avec un chapeau ou tout autre type de couvrechef. La gaze ne nuit ni à la visibilité ni à la ventilation.
Bandes et chevillières imprégnées de répulsif
Beaucoup d’espèces d’insectes hématophages piquent surtout au niveau des chevilles
et des poignets. On peut se protéger convenablement contre ces piqûres en portant
aux extrémités des bandes de coton imprégnées de répulsif (Fig. 1.43; 18, 59). Ces
bandes ont environ 10 cm de largeur et 35 cm de longueur et elles peuvent être
munies de boutons et de boutonnières ou être confectionnées avec un tissu élastique
(comme les bandeaux anti-sueur) de manière à rester bien en place.
Fig. 1.41. Les vestes en gaze ou en tulle à large mailles impré gné de répulsif
protègent des moustiques et autres insectes piqueurs.
Fig. 1.42. Un voile imprégné de répulsif permet de se protéger la tête et le cou c ontre
les moustiques et autres insectes piqueurs.
Fig. 1.43. Des chevillières imprégnées de répulsif empêchent les insectes de piquer le
bas des jambes, les chevilles et les pieds.
On les imprègne de répulsif plutôt que d’insecticide car la vaporisation du répulsif
permet de protéger les parties découvertes du corps situées à proximité. Ces
accessoires doivent être rangés dans une boîte métallique ou un sac en plastique
hemétiques pour réduire l’évaporation du répulsif. La dose de concentré de deet (95%)
est de 4 ml par bande, mais on peut aussi saturer le tissu d’un mélange à 30% d’alcool
et de deet. Portées 2 h chaque soir, ces bandes conservent leur efficacité pendant au
moins 50 jours.
Pièces d’étoffe détachables imprégnées de répulsif
On peut éviter de traiter intégralement un vêtement en utilisant des pièces de tissu
détachables imprégnées de répulsif. Ces pièces peuvent être fixées, par exemple, à
l’aide de boutons-pression ou de bandes de velcro. Une étude (59) a montré que
quatre carrés de 15 cm × 15 cm apposés sur le devant d’une chemise plus un carré
sur le dos permettaient de réduire sensiblement les piqûres de moustiques pendant
plus de deux mois en utilisation bi-hebdomadaire. Pour les imprégner, on peut les
tremper dans une solution à 10% de deet ou de DEPA, après quoi on les place dans un
sac hermétique en plastique en attendant de les utiliser. Ce système a l’avantage
d’être simple et bon marché, de ne pas entraîner de contact direct avec la peau et de
permettre d’enlever la pièce d’étoffe avant le lavage du vêtement.
Vaporisateurs d’insecticides
Contrairement aux répulsifs, seuls quelques insecticides, comme le dichlorvos, ont un
effet spatial à la température ambiante. Certains d’entre eux peuvent néanmoins agir à
distance en repoussant, voire en tuant les insectes dans la mesure ou on les vaporise à
l’aide d’un dispositif chauffant. On peut également les diffuser dans l’air au moyen
d’une bombe aérosol.
Les dispositifs qui permettent de libérer un insecticide dans l’atmosphère contribuent à
protéger les personnes situées dans leur voisinage. Un moyen traditionnel consiste à
faire brûler des plantes ou du bois contenant des substances répulsives ou insecticides
(23, 60). Parmi les dispositifs modernes, on peut citer les serpentins insecticides, les
plaquettes à vaporiser, les diffuseurs de dichlorvos et les bombes aérosol. Ce sont des
produits relativement peu coûteux qui peuvent protéger plusieurs personnes à la fois.
Il est toutefois à noter que leur utilisation se limite aux maisons et autres lieux peu
ventilés. Ils peuvent en revanche être efficaces au milieu d’une végétation dense où le
répulsif n’est pas dilué par les courants d’air. Les substances utilisées sont
principalement des insecticides rapides à effet de choc qui agissent à la fois en
repoussant et en tuant les insectes, comme par exemple les alléthrines, qui
appartiennent au groupe des pyréthrinoïdes. On estime que ces composés sont sans
danger pour l’homme si on les utilise convenablement.
Les vaporisateurs d’insecticides exercent leurs effets protecteurs contre les moustiques
et autres diptères piqueurs de la manière suivante:
- en les empêchant de pénétrer dans une pièce d’habitation (effet dissuasif);
- en les irritant et en les perturbant une fois entrés en contact avec le produit (effet
excito-répulsif) et en les empêchant de piquer;
- en les paralysant ou en les tuant (effet insecticide).
Serpentins anti-moustiques
Ces serpentins (Fig. 1.44) sont parmi les vaporisateurs d’insecticides les plus connus et
les plus largement utilisés du fait de leur commodité d’emploi, de leur efficacité (6166) et de leur bas prix. Une fois allumés, ils se consument à vitesse régulière pendant
6 à 8 heures, libérant continuellement l’insecticide dans l’atmosphère.
A l’origine, ils étaient faits d’un mélange de poudre de pyrèthre (voir encadré), d’un
matériau de remplissage combustible, par exemple de la sciure de bois, et d’un liant
comme l’amidon. Actuellement, on utilise communément certains pyréthrinoïdes de
synthèse, notamment des produits à effet de choc, comme les alléthrines, pour
confectionner des serpentins. Ils sont plus efficaces et plus faciles à obtenir que le
pyrèthre (61). Dans certains serpentins utilisés en Chine, on incorpore du DDT, mais
cet insecticide n’est pas efficace lorsqu’il est utilisé de cette manière (61). Pour rendre
l’odeur de la fumée plus agréable, les serpentins sont quelquefois parfumés. Ils se
conservent au moins trois mois s’ils sont empaquetés dans du papier ou du plastique
et rangés dans une boîte, à l’abri de la lumière et de l’humidité.
Fig. 1.44. Les serpentins anti- moustiques sont parmi les vaporisateurs les moins chers
et les plus utilisés.
Le pyrèthre
Le pyrèthre est une plante (Chrysanthemum cinariaefolium) qui contient plusieurs
principes actifs (pyréthrines) toxiques pour les insectes. Ces substances, qui peuvent
être extraites des fleurs et des tiges séchées au moyen d’un solvant (Fig. 1.45), sont
couramment utilisées en aérosols pour abattre rapidement les insectes volants. Pour la
confection de bâtonnets et de serpentins anti- moustiques, on utilise soit la fleur ellemême réduite en poudre, soit un extrait. Cependant l’approvisionnement incertain et
l’introduction de pyréthrinoïdes de synthèse, plus efficaces, tendent à en faire reculer
l’usage.
Fig. 1.45. Fleur de pyrèthre (© OMS).
Comment utiliser le serpentin
Placer le serpentin sur un support approprié et allumer l’extrémité libre. En principe
chaque boîte de serpentins contient un support en métal. Ce support permet d’éviter
que le serpentin ne soit en contact avec la surface d’un objet. Dans le cas contraire, il
pourrait en effet tomber et mettre le feu aux objets environnants. Lorsqu’on désire
faire brûler un serpentin à l’intérieur, il faut le placer sur son support et disposer celuici sur un socle ininflammable, par exemple sur une soucoupe ou sur une plaque, en
veillant à ce que l’ensemble soit le plus bas possible et à proximité immédiate des
personnes à protéger.
Allumer le serpentin juste avant que les moustiques commencent à s’activer. Il suffit
d’un seul serpentin pour une chambre de volume normal (35 m3 ). Dans un endroit
confiné comme une tente ou une petite pièce fermées, il y a risque d’irritation oculaire
et pulmonaire par la fumée. Dans un endroit plus spacieux, on placera plusieurs
serpentins en différents points. Si les pièces sont ventilées ou que les serpentins sont
utilisés à l’extérieur, il faut veiller à ce qu’ils soient placés au vent des personnes à
protéger.
Allumé dans la soirée, un serpentin peut rester efficace jusqu’en début de matinée.
Toutefois, si la pièce est balayée par un fort courant d’air avec une porte ou des
fenêtres ouvertes, ou encore que l’on se trouve à l’extérieur avec du vent, la vitesse de
combustion du serpentin risque d’être augmentée et l’insecticide d’être dispersé et
dilué dans l’atmosphère. Pour une meilleure protection à l’intérieur de l’habitation, il
est préférable d’utiliser les serpentins en début de soirée (ou de vaporiser un répulsif
sur sa peau ou ses vêtements si on est à l’extérieur) puis d’installer une moustiquaire
sur son lit pour le reste de la nuit.
Porte-serpentins
Pour plus de commodité, d’efficacité et de sécurité, on peut utiliser des porteserpentins qui sont des récipients spécialement destinés à cet usage. L’utilisation de
ces dispositifs permet de prolonger la durée de combustion dans une proportion
pouvant atteindre 20%. Ils protègent également le serpentin de la pluie et du vent
tout en empêchant tout cont act avec des objets inflammables. On en trouve plusieurs
modèle en Asie (Fig. 1.46). Il est également possible d’en confectionner à l’aide d’une
vieille boîte de conserve au bas de laquelle on soude un support. On perce ensuite des
trous au sommet et sur les côtés de la boîte.
Fig. 1.46. Porte-serpentin du commerce. Ces dispositifs sont couramment utilisés en
Asie, surtout dans les lieux surpeuplés. Ils améliorent la commodité, l’efficacité et la
sécurité des serpentins.
Porte-serpentin portatif
Les personnes qui travaillent dans des zones de forêt où il y a peu de vent (bûcherons,
saigneurs d’arbres à caoutchouc, ouvriers des plantations et mineurs d’or) peuvent se
protéger dans une certaine mesure contre les moustiques et les phlébotomes en fixant
à leur ceinture un ou deux serpentins placés dans une boîte spécialement conçue à cet
effet (Fig. 1.47). Les serpentins sont maintenus en place par deux pièces de métal ou
de la gaze de fibre de verre ininflammable. Par rapport aux répulsifs, les porteserpentins ont l’avantage d’être meilleur marché, de ne pas irriter la peau, même
lorsqu’on les porte souvent, et de ne pas être entraînés par la transpiration.
Comment confectionner des serpentins
On peut fabriquer des serpentins à bon compte avec un insecticide et un produit de
base inflammable (67).
Composition
Poudre de pyrèthre à 1,3%
20-40% (en poids)
Colle soluble dans l’eau (gel d’amidon)
25-30% (en poids)
Charge (farine de noix de coco, sciure, jute)
30-40% (en poids)
Fongicide (acide benzoïque, déshydroacétate de sodium) 0,2-0,5% (en poids)
On peut utiliser des insecticides plus efficaces comme la (+)-alléthrine (0,2-0,3%) ou
la (+) -trans-alléthrine (0,10-0,15%). Si on utilise l’un de ces deux produits, il faut que
la charge soit de 60 à 80%. Pour que leur combustion soit régulière, les serpentins du
commerce contiennent souvent du nitrate de potassium. En outre, il faut que les
particules de sciure aient la bonne dimension, sinon la combustion se fera mal. Il faut
faire quelques essais pour savoir quelle est la bonne sciure. Après avoir bien mélangé
les divers ingrédients, ajouter le même poids d’eau jusqu’à obtention d’une pâte
uniforme et homogène.
Fig. 1.47. Saigneur d’arbre à caoutchouc muni d’un porte-serpentin spécial fixé à sa
ceinture.
Disposer la pâte dans un moule ayant la forme souhaitée et mettre à sécher sur un
égouttoir. On peut fabriquer un moule en creusant une pièce de bois pour lui donner la
forme désirée. Si l’on désire que la combustion se poursuive pendant de longues
heures, la forme en serpentin est préférable. Pour une durée plus courte (3 à 4 h), on
peut donner à la pâte la forme d’un bâtonnet fin et allongé.
Mèches répulsives
On a mis au point en Inde un moyen plus économique que les serpentins (68); il s’agit
de mèches que l’on trempe dans une solution insecticide appropriée. Lorsqu’on les fait
brûler, ces cordons dégagent une fumée qui repousse ou tue les moustiques et autres
diptères piqueurs. On recommande d’utiliser des fibres de jute, faciles à se procurer en
Inde, pour confectionner ces mèches, d’un diamètre de 0,9 cm et d’un poids d’environ
28 g/m. En Inde on a choisit l’esbiothrine comme insecticide, mais d’autres
insecticides, comme ceux qui entrent dans la composition des serpentins, peuvent
également convenir. Une mèche imprégnée mesurant 1,2 m de longueur brûle pendant
10 à 12 h lorsqu’elle est suspendue au plafond d’une pièce d’habitation. Pour éviter un
contact avec des matériaux inflammables, il est préférable que la mèche brûle à
l’intérieur d’une grille métallique cylindrique.
Imprégnation
Si on utilise de l’esbiothrine, la dose recommandée est de 1 ml/kg: verser 1 ml
d’esbiothrine de qualité technique dans 1,15 litres de kérosène et plonger une mèche
de jute de 1 kg dans le mélange jusqu’à saturation. Laisser sécher la mèche à l’ombre
et la ranger dans une boîte ou un sac jusqu’à utilisation.
Plaquettes insecticides à vaporiser
Lorqu’on dispose de l’électricité, on peut utiliser de petits réchauds électriques pour
vaporiser ces plaquettes insecticides (Fig. 1.48). Cette méthode, très utilisée, a,
contrairement aux serpentins, l’avantage de ne pas produire de fumée visible. Les
paquettes sont souvent constituées d’un tampon de papier de 35 × 22 × 2 mm
imprégné d’insecticide. Elles sont emballées dans des feuilles d’aluminium pour éviter
l’évaporation de l’insecticide. Les insecticides utilisés sont généralement des
pyréthrinoïdes du groupe de l’alléthrine, par ex. la bioalléthrine, l’esbiothrine ou
l’esbiol, qui sont considérés comme inoffensifs pour l’homme et qui réduisent ou
repoussent rapidement les moustiques et autres insectes piqueurs (62, 69).
Fig. 1.48. Réchaud électrique pour la vaporisation de plaquettes insecticides.
Les plaquettes contiennent un indicateur coloré qui passe du bleu au blanc à mesure
que l’insecticide s’évapore. Dans une pièce d’environ 35 m3 une plaquette contenant
par exemple 40 mg de (+)-alléthrine ou 20 mg de (+)-trans-alléthrine, durera au
moins 8 à 10 h. Toutefois, vers la fin de cette période, la quantité d’insecticide libérée
sera moindre. Si la pièce est plus vaste, il faut utiliser plusieurs plaquettes ou des
plaquettes contenant davantage d’insecticide.
Les vaporisateurs électriques vendus avec les plaquettes sont de plusieurs types. Ce
sont des sortes de réchauds munis d’une résistance chauffante de forme plate (5 à 6
watts) montée dans un boîtier ventilé en matière plastique. Certains modèles se
branchent directement sur le secteur au moyen d’une prise. La température atteint
160°C entre la résistance chauffante et la plaquette et 125°C sur la face supérieure de
cette dernière. Il faut que la température de la plaquette soit d’environ 145 °C pour
que l’insecticide se vaporise. Certains modèles ne permettent pas d’atteindre cette
température et ne vaporisent donc pas suffisamment l’insecticide. Un vaporisateur
atteint sa température de fonctionnement au bout d’une demi-heure environ.
Vaporisateurs électriques à liquide
Il s’agit d’une amélioration technique du système précédent. L’insecticide liquide, placé
dans un réservoir qui est porté à la température voulue par une résistance chauffante,
s’évapore à travers une mèche poreuse (Fig. 1.49). L’insecticide liquide peut durer
jusqu’à 45 séances de 8 à 10 h chacune. De nombreux modèles sont munis d’un
interrupteur et d’une lampe-témoin.
Ce dispositif est plus commode et plus efficace que le vaporisateur de plaquettes car il
assure un débit régulier d’insecticide. Il reste cependant d’un prix plus élevé.
Diffuseur de dichlorvos
Le dichlorvos est un liquide volatil dont la vapeur est très toxique pour les insectes
volants. Il suffit d’imprégner de dichlorvos un matériau absorbant spécial comme le
polyuréthane pour que l’insecticide s’évapore lentement sans nécessiter de disposif
chauffant. Le diffuseur se pésente habituellement sous la forme d’un morceau de
chlorure de polyvinyle ou de toute autre résine appropriée, saturée de dichlorvos
liquide, qui est monté à l’intérieur d’un support ajouré en plastique (Fig. 1.50).
Certains diffuseurs sont constitués de bandes de 5 × 25 cm ou encore d’une sorte de
boîte. Ils sont vendus sous emballage hermétique pour éviter toute évaporation
prématurée de l’insecticide.
Fig. 1.49. Deux modèles de vaporisateurs électriques à liquide.
Le diffuseur et son support en plastique sont placés à une hauteur de 1 à 2 m audessus du sol ou accrochés au plafond. La plupart des modèles contiennent
suffisamment de dichlorvos pour traiter une pièce de 15 à 30 m3 pendant 1 à 2 mois.
Cette durée est réduite en présence d’un fort courant d’air.
La méthode a l’avantage d’être d’une efficacité prolongée et de ne pas nécessiter
d’électricité, ce qui la rend particulièrement adaptée aux habitations rurales, aux
tentes et aux caravanes.
Il faut éviter d’exposer en permanence des enfants en bas âge ou des personnes âgées
ou malades à des émanations de dichlorvos dans des pièces mal aérées. On a fait état,
chez quelques personnes, de problèmes de santé dus à une exposition permanente à
du dichlorvos.
Bombes aérosols
Les récipients sous pression ou bombes aérosols constituent un moyen commode de
diffuser des insecticides dans une pièce, sur une moustiquaire, dans un véhicule etc.
afin d’abattre rapidement les moustiques et autres insectes volants. Ces récipients
contiennent un concentré insecticide en solution dans un solvant organique ou dans
l’eau ainsi qu’un gaz propulseur liquéfié ou comprimé. On a beaucoup utilisé le
pyrèthre dans de nombreuses bombes aérosols de diverses marques, mais aujourd’hui,
les principes actifs utilisés sont principalement des pyréthrinoïdes de synthèse et, dans
une moindre mesure des carbamates, (propoxur et bendiocarbe) ou encore un
organophosphoré, le dichlorvos. Le mélange peut contenir un insecticide à effet de
choc qui agit rapidement, un agent à action plus lente qui tue véritablement l’insecte
et un synergisant - en général, du butoxyde de pipéronyle - qui accroît l’activité des
produits précédents. En raison des réserves exprimées un peu partout dans le monde à
propos de l’usage des chlorofluorocarbures, produits qui attaquent la couche d’ozone,
la plupart des marques utilisent désormais d’autres gaz propulseurs.
Fig. 1.50. Un diffuseur de dichlorvos libère continuellement l’insecticide pendant 1 à 3
mois sans nécessiter d’électricité.
Pour faire fonctionner ce dispositif, il suffit d’exercer une brève pression sur la valvepoussoir qui se trouve à l’extrémité supérieure du récipient. L’aérosol peut être dirigé
contre des insectes volants ou rampants ou encore dispersé dans le volume d’une
pièce (Fig. 1.51). Une fois traitée, la pièce doit rester fermée pendant environ 15
minutes pour détruire le maximum d’insectes. Pour traiter les endroits où des cafards,
des puces, des poux ou des punaises peuvent se dissimuler ou se reproduire, on
pourra s’approcher à une distance d’environ 20 cm.
Les pulvérisations spatiales n’ont qu’un très court effet rémanent: une fois que
l’aérosol s’est déposé, les insectes peuvent revenir impunément sur les lieux. En outre,
les principes actifs (en général, de la (+)-alléthrine ou de la (+)-trans-alléthrine) sont
rapidement décomposés par la lumière. Toutefois, ces insecticides à brève durée de vie
ont l’avantage de ne laisser aucun résidu toxique sur les lits, le mobilier ou autres
surfaces.
Pour un maximum d’efficacité de l’aérosol, il est préférable que les ouvertures de la
pièce traitée soient grillagées. On peut répéter le traitement tous les jours ou même
plusieurs fois par jour.
Une bombe aérosol est un récipient sous pression et ne doit donc pas être exposée
directement au soleil ni à une température supérieure à 50 °C. La plupart des aérosols
contiennent du propane ou du butane très inflammables et ne doivent donc pas être
dirigés sur une flamme ou des matériaux incandescents, par exemple une cigarette
allumée.
Fig. 1.51. On utilise des aérosols contenant des insecticides à action rapide pour
détruire immédiatement les insectes volants ou rampants.
Aérosols à base aqueuse
On a récemment mis au point des aérosols à base aqueuse qui, semble-t-il, ont sur les
aérosols à base huileuse, les avantages suivants: ils ne laissent ni tache ni résidu
huileux sur les surfaces traitées, ne produisent pas d’odeur désagréable ni d’effet
irritant et sont ininflammables. Toutefois, les gouttelettes des aérosols à base huileuse
sont généralement plus fines et plus efficaces. En outre, il faut agiter vigoureusement
le récipient avant usage.
Pulvérisateurs à main
Avant l’invention des bombes aérosols jetables, on utilisait couramment des
pulvérisateurs à main. Ces pulvérisateurs sont munis d’un réservoir qu’on peut remplir
d’une solution de pyrèthre ou d’un autre insecticide (Fig. 1.52). Ils reviennent moins
cher à utiliser que les bombes aérosols. Toutefois ces dernières produisent des
aérosols dont les gouttelettes sont plus fines, qui restent plus longtemps dans l’air et
qui sont en général plus efficaces. Actuellement les pulvérisateurs à main sont surtout
utilisés contre les insectes rampants.
Des pulvérisateurs à main et leur liquide de remplissage sont encore en vente dans
certains pays. Ce liquide peut avoir par exemple la composition suivante: un mélange
à parts égales de kérosène et d’alcool auquel on ajoute une petite quantité d’un ou de
deux insecticides à action rapide et un parfum.
Exemple de mélange insecticide courant:
Bioalléthrine
0,1%
Perméthrine
0,5%
White spirit (ou alcool pur) 49,7%
Kérosène
49,7%
On peut utiliser de nombreux autres mélanges insecticides, notamment du dichlorvos
et du propoxur.
Fig. 1.52. Dans un pulvérisateur à main, l’aérosol est dispersé au moyen d’une
pompe.
Vibreurs électroniques
Il existe des dispositifs électroniques à piles produisant des vibrations de fréquence
élevée, que l’on vend un peu partout pour éloigner les moustiques. Certain fabriquants
prétendent que ces appareils simulent le son émis par les moustiques mâles et que
celui-ci exerc e un effet répulsif sur les femelles accouplées. D’autres affirment que les
vibrations imitent celles qui sont émises par les libellules et provoquent donc la fuite
des moustiques. En fait, un certain nombre d’études scientifiques indépendantes
menées dans divers pays ont montré de façon convaincante que ces appareils ne
protègent nullement contre les moustiques piqueurs (70, 71). Un essai effectué par
des fabricants et qui avait apparemment donné un résultat positif, s’est révélé être de
conception erronée. Au Royaume-Uni, un certain nombre de fabricants ont été
condamnés à des amendes pour publicité mensongère.
Mesures de protection pour les hamacs
Le hamac est un moyen de couchage utilisé dans de nombreuses régions du monde.
On l’utilise souvent dans les zones de jungle, car il offre, par rapport aux couchages
traditionnels, les avantages suivants:
- il est difficilement accessible aux insectes rampants, scorpions, serpents et autres
petits animaux;
- il assure une bonne aération et convient aux climats chauds;
- sans contact avec le sol humide, il permet au dormeur de rester au sec;
- léger et facile à plier, il est d’un transport commode.
Il ne protège toutefois pas son occupant contre les insectes volants. Les moustiques se
posent et piquent souvent sous le hamac, à l’endroit où le corps s’appuie (Fig. 1.53).
La nuit, on peut se protéger à l’aide d’une moustiquaire, mais pendant la journée elle
est d’un usage malcommode, ne serait-ce que parce qu’elle réduit la visibilité et
l’aération.
Suggestions pour se protéger en l’absence de moustiquaire
• Traiter le dessous du hamac avec un répulsif volatil comme le deet à la dose
d’environ 20 g/m2 . Le répulsif ne reste actif que pendant quelques jours et les
moustiques peuvent aussi attaquer par le haut.
Fig. 1.53. Les moustiques attaquent souvent l’occupant d’un hamac par dessous, à
l’endroit où le corps prend appui.
Fig. 1.54. Un morceau de toile, de tulle ou de gaze imprégné d’insecticide ou de
répulsif, que l’on fixe sommairement sous le hamac, peut apporter une certaine
protection contre les moustiques piqueurs.
• Allumer un serpentin anti- moustique à proximité du hamac. On peut le placer sans
risque sous ce dernier si le serpentin est à l’intérieur d’un porte-serpentin.
• On peut se protéger pendant une durée assez longue en traitant le dessous ou la
totalité du hamac avec une éponge imprégnée d’un pyréthrinoïde à action rapide. Les
moustiques seront tués ou mis hors d’état de nuire dès qu’ils entreront en contact avec
la partie traitée du hamac. En raison de l’épaisseur du hamac, il faut une dose
relativement forte d’insecticide (1,5 g de perméthrine par m2 ).
• Il existe une méthode plus économique, qui demande beaucoup moins d’insecticide
et qui est tout aussi efficace. Elle consiste à fixer sur le dessous du hamac, une pièce
de toile, de tulle ou de gaze imprégnée (Fig. 1.54). Ce morceau de tissu peut être
sommairement fixé à l’aide d’épingles ou par quelques points. Il faut toutefois qu’il soit
tout contre le hamac de manière que les moustiques aient plus de chances de s’y poser
et d’être tués. On veillera tout de même à ce que le tissu ne soit pas directement en
contact avec le hamac, sauf au niveau des épingles ou des points, car sans cela, les
moustiques auraient le temps de piquer avant d’être tués. L’intérêt d’utiliser un
morceau de tissu détachable, c’est que cela facilite l’imprégnation. En outre, on peut
l’enlever lorsqu’on veut laver le hamac et le ranger à l’abri de l’air si on ne l’utilise pas.
Moustiquaires
On utilise des moustiquaires (Fig. 1.55) depuis fort longtemps pour se protéger contre
les insectes hématophages pendant la nuit. Elles assurent également une protection
contre d’autres animaux comme les araignées, les blattes, les coléoptères, les lézards,
les serpents et les rats. Lorsqu’elles sont coupées dans un tissu opaque suffisamment
épais, elles protègent également du froid et de la poussière, tout en assurant l’intimité
de l’occupant.
Les moustiquaires sont généralement confectionnées avec une gaze ou un tulle dont
les mailles ont 1,2 à 1,5 mm de côté, ce qui est suffisant pour empêcher la pénétration
des moustiques. Les très petits insectes, comme par exemple les phlébotomes ou les
cératopogonides, peuvent cependant passer à travers les mailles. Seul un tissu
opaque, par ex. un jersey à très fines mailles (moins de 0,2 mm), une gaze ou un tulle
imprégnés peuvent assurer une protection suffisante dans ce cas. Sous les climats
chauds, ces tissus à fines mailles ont le sérieux inconvénient de ne pas procurer une
bonne aération. Plus les mailles sont larges, plus l’aération est efficace, mais si elles
dépassent 2 mm, elles ne pourront pas emp êcher la pénétration des moustiques.
Fig. 1.55. Moustiquaire rectangulaire.
Fig. 1.56. a) Le maillage d’une moustiquaire est habituellement indiqué en nombre de
trous par pouce carré. La moustiquaire représentée sur la figure a un maillage de 156
(12 × 13) (taille réelle). b) Vue grossie d’un fragment de moustiquaire tissée et de
moustiquaire tricotée.
Tissus pour moustiquaires
Traditionnellement on a toujours utilisé le lin, le raphia (fibre tirée de la feuille de
palmier) et le chanvre, mais ces matériaux sont désormais supplantés par le coton et
les fibres synthétiques (nylon, polyester et polyéthylène). La qualité d’une
moustiquaire dépend de l’épaisseur et de la résistance des fils, mais aussi du procédé
de fabrication. Les fils peuvent en effet être tissés ou tricotés (Fig. 1.56). Les
moustiquaires tissées ont un inconvénient, à savoir que les fils peuvent glisser les uns
sur les autres, ce qui entraîne la formation de trous assez larges pour laisser passer les
moustiques. Il semble toutefois que les moustiquaires tissées avec des fils de
polyéthylène, plus rigides, ne présentent pas ce problème.
Les moustiquaires en tissu synthétique sont généralement meilleur marché et ont
moins de chances de pourrir que les moustiquaires de coton. Les moustiquaires bon
marché en coton, nylon ou polyester contiennent souvent de l’amidon qui leur donne
une meilleure tenue et les rend plus agréables à l’œil. Il faut cependant se souvenir
que l’amidon se dissout au lavage.
Quelques définitions pour caractériser une gaze ou un tulle à moustiquaire
Maille: c’est le nombre de trous par pouce carré. Par exemple une maille de 156 a 12
× 13 trous par pouce carré.
Dimension de la maille: taille des trous d’une gaze à moustiquaire. Elle dépend du
nombre de trous par pouce carré (maille) et de l’épaisseur des fils avec lesquels la
moustiquaire est confectionnée. La dimension recommandée pour la plupart des pays
tropicaux va de 1,2 à 1,5 mm.
Denier: caractérise le poids (et par conséquent la résistance du fil). Par définition, 1
denier représente le poids en grammes de 9000 m de fil. Les moustiquaires sont
généralement confectionnées avec du fil de 40 à 100 deniers, mais un fil de 40 deniers
se rompt facilement, aussi recommande-t-on plutôt des fils de 70 deniers.
Résistance: il s’agit de la résistance des fils à la rupture, exprimée en gramme par
denier. Par exemple, si un mètre de fil de 40 deniers se rompt sous une charge de 160
g, sa résistance est de 4 g par denier.
Fibre mono/multifilament: les fils d’une moustiquaire sont formés d’une ou de
plusieurs fibres. Les fibres de nylon ou de polyester sont des fibres multifilament
(composées de nombreux filaments), alors que les fibres de polyéthylène sont des
fibres monofilament.
Ourlet de renfort: les moustiquaires comportent souvent un ourlet en forte toile de
coton ou de jersey synthétique. Cet ourlet protège la moustiquaire contre l’usure qui
se produit lorsqu’on la borde chaque jour sous le matelas. Si cet ourlet est
suffisamment large (30 cm), il protégera également le dormeur contre les piqûres des
insectes qui pourraient se trouver à la partie inférieure de la moustiquaire.
Plafond: fin tissu de jersey ou autre matériau opaque que l’on dispose en général par
dessus la moutiquaire pour empêcher la poussière de tomber sur l’occupant du
couchage.
Couleur: les moustiquaires sont en général de couleur blanche, mais il en existe aussi
dans d’autres couleurs. La couleur blanche permet de repérer plus facilement les
moustiques qui ont réussi à passer à travers les mailles. Toutefois on peut préférer un
tissu plus sombre et par conséquent moins salissant.
Les différents modèles de moustiquaires
Les moustiquaires sont fabriquées en différentes tailles et modèles. La moustiquaire
doit recouvrir entièrement le dormeur et donner suffisamment d’aisance pour lui
permettre d’éviter les contacts avec le tissu. Il faut également qu’elle soit assez longue
pour que l’on puisse border le lit en l’engageant sous le matelas ou ce qui en tient lieu.
Il existe divers modèles adaptés à différentes situations. Ils sont plus ou moins
commodes pour un usage quotidien et leur prix varie dans d’importantes proportions.
Le mode de suspension est également un élément important à prendre en
considération.
Moustiquaire rectangulaire
C’est le modèle le plus pratique et qui a le plus de succès. On l’utilise en général audessus d’un lit ou d’un sac de couchage. Elle se suspend à quatre brides ou plus
disposées aux coins supérieurs du lit. Elle peut comporter une entrée formée de deux
rideaux qui se recouvrent sur environ 60 cm, ce qui permet d’entrer et de sortir sans
avoir à tirer sur la partie de la moustiquaire engagée sous le matelas (Fig. 1.57). Il
faut veiller à ce que les deux rideaux se recouvrent bien pour éviter la pénétration des
moustiques.
Les dimensions sont variables: la plupart des moustiquaires ont une hauteur d’environ
150 cm et une longueur de 180 à 190 cm. Les moustiquaires pour lit à une place ont
70 à 80 cm de large et utilisent environ 9 m2 de gaze. Pour un couchage plus large, on
peut utiliser une moustiquaire pour lit à deux places de 10 à 11 m2 (100-110 cm de
largeur) ou même de 12 à 13 m2 (130 à 140 cm de large). Il existe des moustiquaires
de très grande taille pour les lits de grandes dimensions ou les couchages posés à
même le sol pour toute une famille. Ces moustiquaires couvrent une surface de 14 à
15 m2 et ont 180 à 190 cm de large. La dimension optimale dépend des habitudes du
ou des dormeurs et de l’espace disponible.
De très grandes moustiquaires peuvent être utilisées par des groupes de personnes
(comme en Mauritanie) qui ont l’habitude de passer la soirée ensemble. Elles sont
disposées sous des abris sans parois qui donnent de l’ombre pendant la journée.
Supports spéciaux pour moustiquaires rectangulaires
Supports intérieurs. Lorsqu’on a l’habitude de refaire le lit pour s’y asseoir pendant
la journée, il faut pouvoir accrocher la moustiquaire à des barres amovibles ou à des
supports spéciaux fixés au plafond ou au mur (Fig. 1.58 et 1.59).
Fig. 1.57. Moustiquaire rectangulaire avec entrée à rideaux chevauchants.
Fig. 1.58. Support pour moustiquaire rectangulaire permettant de remonter
rapidement et facilement la moustiquaire au plafond pendant la journée. Les éléments
sont en bambou, bois ou plastique.
Fig. 1.59. Support pour moustiquaire rectangulaire utilisable à l’intérieur ou à
l’extérieur (adapté de 72).
Fig. 1.60. On peut fixer aux pieds du lit des perches de bois flexibles disposées en
croix qu’il est facile ensuite d’enlever en même temps que la moustiquaire pendant la
journée.
Fig. 1.61. Moustiquaire circulaire à un seul support.
Supports extérieurs. Dans les régions où on a l’habitude de dormir dehors pendant
la saison chaude, le meilleur système consiste à placer la moustiquaire sur une sorte
de cadre que l’on peut ensuite enlever facilement du lit (Fig. 1.60) (72).
Moustiquaire circulaire
On donne parfois la préférence aux moustiquaires de forme circulaire ou conique car
on peut les suspendre en un seul point (Fig. 1.61). Elles s’accrochent par le sommet à
une bride elle- même fixée à un cerceau gainé en rotin ou en plastique. En général,
elles sont prévues pour un couchage à deux places. Comparativement à une
moustiquaire rectangulaire, ce type de moustiquaire exige des occupants qu’ils fassent
davantage attention à ne pas venir au contact du tissu pour éviter de se faire piquer
par les moustiques.
Moustiquaire en forme de coin
Fig. 1.62. Moustiquaire en forme de coin
Ces moustiquaires n’existent qu’en une seule dimension. Elles sont beaucoup moins
chères que les modèles rectangulaires car elle nécessitent environ la moitié moins de
tissu. Le sommet de la moustiquaire est suspendu par une bride accrochée à un
barreau de bois gainé. On peut ainsi la fixer par le haut à n’importe quel endroit
convenable situé au dessus de la tête de lit ou du couchage. Le fond, constitué d’un
matériau épais qui empêche les moustiques de venir piquer les pieds du dormeur, doit
être fermement engagé sous le matelas ou fixé de toute autre manière (Fig. 1.62). Peu
encombrante une fois pliée et ne nécessitant qu’un seul et unique point de fixation,
cette moustiquaire convient parfaitement aux voyageurs et aux campeurs.
Moustiquaires autoportantes
Ces moustiquaires n’existent qu’en petite dimension. On les vend en général pour
protéger les denrées alimentaires contre les mouches ainsi que pour abriter les
nourrissons et les enfants en bas âge (Fig. 1.63).
Comme elles sont autoportantes, elles sont faciles à installer à l’ext érieur ou à
l’intérieur.
Lit de camp avec capote de protection
On a conçu, à l’usage des personnes qui travaillent dans les forêts ombrophiles (par
ex. les chercheurs d’or de la forêt amazonienne), un lit de camp pliant doté d’une
capote autoportante. La capote, qui peut être désolidarisée du lit, est faite d’une feuille
de polyéthylène imperméable munie d’orifices d’aération protégés par de la gaze. Elle
comporte également un panneau d’entrée protégé par un tulle et qui se ferme à l’aide
d’une fermeture à glissière (Fig. 1.64). Ce couchage est plus confortable qu’un hamac
doté d’une moustiquaire mais il est aussi plus coûteux et plus encombrant.
Fig. 1. 63. Deux modèles de moustiquaires autoportantes utilisées pour la protection
des nourrissons et des enfants en bas âge. Le modèle de gauche en «ombrelle»
repliable, existe dans le commerce. Celui de droite, également repliable, est fait de
morceaux de fil de fer en U; il est facile à fabriquer.
Fig. 1.64. Lit de camp à capote autoportante qui protège contre la pluie et les
insectes.
Moustiquaires pour hamacs
Il existe des moutiquaires spécialement adaptées aux hamacs; elles sont analogues
aux modèles rectangulaires mais elles comportent des manchons à chaque extrémité
pour les cordes du hamac. Dans certaines régions, on les confectionne avec de la toile
de coton opaque, ce qui assure une certaine intimité, protège du froid et donne de la
robustesse à l’ensemble. Pour empêcher les moustiques de passer, on peut laisser
pendre la moustiquaire jusqu’au sol.
Si le sol est sale et qu’il faille empêcher les petits animaux de grimper le long de la
moustiquaire, on peut la fermer en tirant un des côtés sous le hamac avec des ficelles
et en engageant l’autre côté dedans. Il faut serrer les manchons autour des cordes à
l’aide de ficelles. La moustiquaire est suspendue en quatre points, comme l’indique la
figure 1.65 ou bien en deux points seulement si le toit comporte deux barreaux de bois
horizontaux destinés à maintenir l’écartement des côtés de plus grande longueur. Dans
ce dernier cas, la moustiquaire est suspendue par une seule corde nouée aux deux
extrémités des cordes du hamac.
Fig. 1.65. Moutiquaire pour hamac.
Malheureusement, la moustiquaire est souvent serrée contre le hamac, d’où le risque
de contact direct entre le tissu et le corps du dormeur ou le dessous du hamac, et par
conséquent la possibilité, pour les moustiques de piquer l’occupant. Pour éviter cet
inconvénient, il faut utiliser une moustiquaire de plus grande dimension.
Il existe un modèle spécial pour les militaires et les explorateurs qui s’aventurent dans
la jungle. Dans ce modèle, le tulle est fixé sur les côtés du hamac. Aux deux
extrémités, le hamac est prolongé par des pièces de bois. Il est protégé par un toit
imperméable. L’entrée consiste en un panneau pourvu d’une fermeture à glissière.
Pour empêcher les moustiques de venir piquer par dessous, le hamac est fait d’un
matériau impénétrable qui isole également du froid. Toutefois, sous des climats
chauds, ce système retient la sueur, ce qui le rend inconfortable.
Instructions pour l’utilisation des moustiquaires
Si des trous viennent à se former dans une moustiquaire, il faut la repriser le plus
rapidement possible. Il est important d’utiliser une moustiquaire suffisamment grande
pour couvrir la totalité du lit ou du couchage, et de manière qu’il n’y ait pas de contact
entre le corps de l’occupant et le tulle, sans quoi les moustiques pourraient venir
piquer à travers les mailles.
Les habitants de certaines régions, en particulier les enfants, ont l’habitude de
partager la même moustiquaire. Ce surpeuplement peut amener certains occupants à
laisser sortir des parties de leur corps au cours de la nuit (Fig. 1.66). Pour éviter cela,
on peut utiliser une moustiquaire plus grande ou une moustiquaire supplémentaire. On
peut aussi imprégner le tulle d’un insecticide ou d’un répulsif afin d’éloigner ou de tuer
les moustiques avant qu’ils n’aient le temps de venir se gorger sur les parties du corps
non protégées.
Fig. 1.66. Une moustiquaire ne permet pas une bonne protection si les occupants sont
trop nombreux.
Pour fermer une moustiquaire, on peut:
- border en l’engageant sous le matelas ou ce qui en tient lieu;
- en faire retomber les pans tout autour du couchage jusqu’au contact du sol; une
bordure de tissu lourd permet un bon contact, mais on peut également lester les pans
de la moustiquaire au niveau de la bordure ou encore introduire des poids dans la
gaine de l’ourlet pour le maintenir.
Il faut abaisser la moustiquaire avant la tombée de la nuit. Avant de se coucher, on
pourra tuer à coups de tapette les moustiques qui auraient pu pénétre r sous la
moustiquaire ou encore pulvériser un insecticide.
Sol fissuré non couvert
Il arrive que des moustiques pénètrent par dessous la moustiquaire. Cela se produit
souvent dans les habitations de torchis à plancher de bambou ou dans lesquelles les
lits ont un matelas en corde. On peut protéger les matelas contre les insectes en les
bordant soigneusement avec les pans de la moustiquaire. Toutefois si le matelas est
trop mince, les moustiques seront capables de piquer à travers. On peut y remédier en
pulvérisant sur le couchage un insecticide à action rapide, qui aura en outre l’avantage
d’éliminer les punaises. Pour une protection permanente, on peut envisager de placer
une surface impénétrable sous le matelas ou le couchage. Une pièce de forte toile ou
une feuille de plastique peuvent parfaitement convenir pour cela.
Comment se procurer une moustiquaire
Il existe une grande variété de modèles, de dimensions et de qualités. On peut aussi
en confectionner soi- même avec une pièce de tulle ou de gaze, ce qui permet de
l’adapter à ses préférences personnelles. On peut confectionner des moustiquaires en
tissu opaque à partir de pièces de tissu destinées aux fabriques de vêtements. Il est
facile, également, de confectionner des moustiquaires avec du tulle à rideaux.
N’importe quelle forte toile peut-être utilisée pour la bordure, le plafond et les brides
de suspension. Les coutures de fixation des brides doivent être renforcées. En ajoutant
une bordure au bas d’une moustiquaire bon marché de production industrielle, on peut
en améliorer l’efficacité et en prolonger l’usage.
Quelques problèmes rencontrés avec les moustiquaires
Une moustiquaire n’assurera pas une protection suffisante si elle n’est pas utilisée
correctement ou si elle présente des trous qu’on a négligé de raccommoder. En outre,
si le dormeur entre en contact avec la moustiquaire pendant son sommeil, il peut être
piqué par des moustiques à travers le tissu. En outre des moustiques affamés peuvent
demeurer dans la pièce et venir piquer l’occupant du lit lorsqu’il sort de la
moustiquaire. Ils peuvent également aller piquer d’autres personnes qui dorment dans
la même pièce sans protection (Fig. 1.67).
Fig. 1.67. Les inconvénients d’un modèle standard de moustiquaire (non traitée).
Protection individuelle ou communautaire à l’aide de moustiquaires non
traitées
Si un petit groupe de personnes d’une communauté utilise des moustiquaires, il en
tirera probablement un avantage en ce sens que les moustiques pourront facilement
trouver sur place d’autres hôtes pour se nourrir, qu’il s’agisse de personnes non
protégées ou d’animaux domestiques. En revanche, si tous les habitants utilisent des
moustiquaires et qu’il n’y a pas d’animaux domestiques suffisamment attractifs, les
moustiques affamés vont probablement rester sur place jusqu’à 1) ce qu’ils trouvent
un trou dans une moustiquaire 2) qu’ils parviennent à piquer à travers le tulle 3) ce
que les occupants des lits sortent de leur moustiquaire. En pareil cas, l’utilisation de
moustiquaire risque de ne pas entraîner un recul du paludisme dans la communauté
(73, 74). Par contre, ces moustiques peuvent facilement trouver à se nourrir s’il y a
des animaux domestiques à proximité (75). Là où la transmission est peu ou
modérément intense, ce sera peut-être suffisant pour faire reculer le paludisme parmi
les membres de la communauté.
Moustiquaires traitées par un insecticide
Les problèmes évoqués plus haut au sujet des moustiquaires classiques peuvent être
résolus en les imprégnant d’un pyréthrinoïde à action rapide (74, 76-78) qui irrite ou
tue les moustiques qui entrent en contact avec lui, ce qui les empêche donc de se
frayer un passage par les trous du tulle (Fig. 1.68). Même trouée, une moustiquaire
imprégnée sera aussi efficace qu’une moustiquaire non imprégnée en bon état, dans la
mesure toutefois où les trous ne sont pas trop grands (79-81). L’imprégnation
prolonge donc la durée d’utilisation de la moustiquaire. Un moustique qui se pose sur
une moustiquaire imprégnée et qui essaie de piquer une partie du corps en contact
avec le tulle, a de grandes chances d’être tué (44). Si toutefois il survit, son contact
avec l’insecticide provoque une perturbation comportementale telle que le moustique
n’y reviendra sans doute pas (79, 80, 82, 83). Une personne qui sommeille sans
moustiquaire à côté d’une autre personne qui est installée sous une moustiquaire
traitée, sera quelque peu protégée contre les piqûres (79). Lorsqu’on sort d’une
moustiquaire traitée au cours de la nuit ou le matin, on a également moins de chances
d’être piqué.
Fig. 1.68. Les avantages d’une moustiquaire traitée par un insecticide.
On peut utiliser les moustiquaires imprégnées comme pièges avec appât humain en
installant une personne à l’intérieur pour attirer les moustiques et autres insectes
piqueurs.
Tous ces facteurs soulignent l’importance particulière d’une utilisation généralisée des
moustiquaires traitées pour lutter contre le paludisme. Pour peu que cette pratique se
généralise effectivement dans une communauté, de nombreux anophèles seront
détruits et il est probable que bien peu survivront assez longtemps pour transmettre
l’infection.
Les personnes qui sortent de leur moustiquaire en début de nuit ou avant l’aube, de
même que ceux qui n’utilisent pas du tout de moustiquaire, bénéficient ainsi d’une
certaine protection contre le risque de contracter l’infection (84-88).
On peut également utiliser des moustiquaires imprégnées pour protéger contre le
paludisme et d’autres maladies transmises par des insectes, les groupes vulnérables
d’une collectivité: femmes enceintes, enfants, personnes âgées, malades. Les enfants
en bas âge, que l’on couche de bonne heure, seront ceux qui bénéficieront le plus de
ce genre de protection (89).
L’emploi de moustiquaires imprégnées peut entraîner la disparition ou du moins la
raréfaction d’autres arthro podes nuisibles tels que les punaises de lit, les poux, les
tiques de la volaille et les mouches domestiques (90, 91). Il est probable que ces
moustiquaires sont également efficaces contre les puces et les triatomes.
Quelles moustiquaires peut-on traiter?
On peut traiter tous les types de moustiquaires, y compris les vieilles moustiquaires
trouées et les moustiquaires en fibres naturelles ou synthétiques. Toutefois, les fibres
multifilament retiennent mieux l’insecticide que les fibres monofilament. En effet, les
particules d’insecticide s’éliminent facilement des fibres monofilament par abrasion ou
lavage. Pour plus de détails sur les insecticides à utiliser et la marche à suivre pour
imprégner une moustiquaire, voir à la p. 94.
Lutte antipaludique communautaire au moyen de moustiquaires traitées
L’utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticide permet de faire reculer le
nombre des infections palustres dans des villages où la transmission est faible à
modérée, par exemple en Chine et en Gambie (88, 92). Dans ceux où la transmission
est intense (paludisme holoendémique), on a constaté que les moustiquaires
imprégnées n’avaient guère d’influence sur le nombre des infections. Il n’en demeure
pas moins que le nombre de piqûres infectantes par des moustiques porteurs de
plasmodies a diminué de 90 à 95% et que les villageois ont mieux résisté à la maladie
en acquérant une meilleure immunité (76, 85, 93-96).
Autres matériaux susceptibles d’être traités
D’autres matériaux, comme le tulle à large maille et les rideaux de lit en fibres
monobrin peu serrées, sont susceptibles, une fois traités, d’empêcher la pénétration
des insectes.
Moustiquaires à larges mailles
Les moustiquaires traitées dont les mailles sont de dimension inférieure à l’envergure
d’un insecte volant vont contraindre celui-ci à se poser avant d’essayer de passer au
travers, s’exposant ainsi, au contact avec le tulle, à être repoussé ou tué (97-102). Les
moustiquaires traitées dont les mailles ont une dimension d’environ 4 mm protègent
contre la plupart des espèces de moustiques (81), des mailles de 2 mm étant
probablement à même de protéger contre les cératopogonides et les phlébotomes
(103). Ce genre de moustiquaire permet une bonne aération sous les climats chauds.
Parmi les avantages des moustiquaires à larges mailles (74), on peut citer:
• Une meilleure ventilation sous les climats chauds et humides;
• Un moindre coût, malgré la nécessité d’utiliser des fibres plus résistantes;
• Un poids et un volume réduit une fois pliées, ce qui en facilite la distribution et
l’utilisation par les voyageurs et les nomades.
Elles ont en revanche les inconvénients suivants:
• Aucune efficacité contre les insectes une fois que l’insecticide s’est éventé, d’où la
nécessité de réimprégner la moustiquaire le plus rapidement possible;
• Se déchirent plus facilement que les moustiquaires classiques;
• N’existent pas dans le commerce et doivent par conséquent être confectionnées avec
du tissu à rideaux ou du tulle à larges mailles.
Rideaux de lit
Dans les régions où les moustiquaires sont trop coûteuses, on peut les remplacer par
des rideaux en fibres d’origine locale (Fig. 1.69) ou par des cordes suspendues tout
autour du lit. Pour qu’ils puissent assurer une protection contre les insectes volants,
ces rideaux ouverts doivent être imprégnés d’insecticide. Il n’est pas nécessaire
d’installer un dais, étant donné que les moustiques ne volent généralement pas très
haut. Ces rideaux assurent une bonne protection, sans être toutefois aussi efficaces
que les moustiquaires traitées.
Fig. 1.69. On peut remplacer à peu de frais une moustiquaire par des rideaux de lit
confectionnés à l’aide de fibres d’origine locale traitées par un insecticide.
On peut les confectionner avec des fibres provenant de sacs en polypropylène ou en
jute. Si l’on utilise ce genre de sacs, il faut les éventrer et les effilocher pour distendre
les fibres. Il ne faut pas utiliser de matériaux inflammables, comme le sisal, par
exemple.
Imprégnation d’un tissu à l’aide d’un insecticide
Il est facile d’imprégner un tissu à l’aide d’un insecticide. Il suffit de préparer une
émulsion de cet insecticide dans l’eau, puis d’y tremper le tissu et de le laisser ensuite
sécher. Lorsque le tissu est sec, l’insecticide reste fixé aux fibres.
Les insecticides
Nombre d’insecticides bien connus, comme le DDT par exemple, ne conviennent pas à
l’imprégnation des tissus car ils agissent trop lentement et de ce fait, les insectes ont
le temps de s’échapper avant d’avoir absorbé une dose mortelle. En outre, de
nombreux insectes sont désormais résistants à divers insecticides. Les pyréthrinoïdes
de synthèse ne présentent pas ces inconvénients. Ils agissent très rapidement et sont
très toxiques pour les insectes. Par ailleurs, on estime qu’en général, ils sont sans
danger pour l’Homme aux doses recommandées. De plus, ils sont relativement sans
danger pour l’environnement car ils se décomposent rapidement dans le sol.
Les pyréthrinoïdes existent sous la forme de solutions généralement désignées sous le
nom de concentrés pour émulsion. Mélangés à l’eau, ces concentrés donnent naissance
à un liquide laiteux. Les formulations du type huile-dans-l’eau sont spécialement
destinées au traitement des tissus; elles permettent une bonne adhérence de
l’insecticide aux fibres et ne dégagent pas d’odeur désagréable pendant le traitement.
Les pyréthrinoïdes existent aussi sous la forme de poudres mouillables ou de
concentrés pour suspension, mais ces formulations conviennent moins bien au
traitement des textiles car elles adhèrent mal aux fibres. Leur efficacité en est écourtée
et les particules d’insecticide qui se détachent peuvent irriter la peau. Il existe un
certain nombre de pyréthrinoïdes photostables, mais seules la perméthrine, la
cyfluthrine, la deltaméthrine et la lambdacyhalothrine ont fait l’objet de tests
d’efficacité et d’innocuité pour le traitement des moustiquaires. On a également vérifié
l’efficacité et l’innocuité de la perméthrine et de la fluméthrine pour le traiteme nt des
vêtements.
Pyréthrinoïdes pour le traitement des tissus
Tous les pyréthrinoïdes ne conviennent pas au traitement des tissus. Il faut en effet
que le produit reste efficace à l’intérieur du tissu pendant au moins plusieurs semaines,
qu’il résiste à la lumière solaire et qu’il soit sans danger. Les pyréthrinoïdes de
première génération, comme les pyréthrines naturelles (pyrèthre), les alléthrines et la
phénothrine, ne conviennent pas car ils se décomposent rapidement lorsqu’ils sont
exposés à la lumière du jour. Les pyréthinoïdes de deuxième et de troisième
génération sont beaucoup plus stables et conviennent donc bien (104).
Perméthrine
La perméthrine est couramment utilisée en agriculture et en santé publique et on peut
s’en procurer un peu partout. C’est le produit de choix pour l’imprégnation des
moustiquaires et des vêtements. Elle se révèle très efficace pour la lutte contre les
insectes nuisibles et rien d’indiqué qu’elle ait des effets secondaires indésirables.
Deltaméthrine
Très largement disponible, la deltaméthrine est couramment utilisée en agriculture et
en santé publique. On en fait un très large usage en Chine pour l’imprégnation des
moustiquaires. Son activité est plus de 30 fois supérieure à celle de la perméthrine.
Les doses recommandées sont beaucoup plus faibles que celles de la perméthrine mais
cet avantage est contrebalancé par un prix unitaire plus élevé. Elle est plus toxique
que la perméthrine pour l’Homme et les animaux, mais les formulations contiennent
moins de matière active. On s’est plaint des irritations qu’elle peut provoquer au cours
de l’imprégnation. Les personnes qui dorment sous une moustiquaire sèche ne se
plaignent généralement pas d’effets indésirables, mais cela peut dépendre des fibres
dont est faite la moustiquaire et de la formulation utilisée. Des personnes qui
dormaient sous des moustiquaires de polyéthylène traitées au moyen d’un concentré
pour suspension ont déclaré avoir ressenti une brûlure de la face (C.F. Curtis,
observations non publiées, 1990) et cette sensation a également été épouvée par des
personnes dormant sous des moustiquaires de coton traitées par une poudre
mouillable à base de deltaméthrine (105).
Lambdacyhalothrine
De mise au point récente, cet insecticide est de plus en plus utilisé en santé publique
et on le trouve désormais un peu partout pour les usages agricoles. Globalement, ses
propriétés sont analogues à celles de la deltaméthrine. On a fait état d’effets
indésirables du genre irritation nasale chez des personnes qui dormaient sous des
moustiquaires fraîchement imprégnées de cet insecticide et cela, même lorsque le tulle
était sec. Des études mettant en évidence l’action prolongée de ce produit ont été
récemment publiées (93, 106) et d’autres essais sont en cours.
Cyfluthrine
Ce produit, très répandu, est utilisé en agriculture et en santé publique. Il est plus
toxique pour les insectes que la perméthrine mais moins que la lambdacyhalothrine ou
la deltaméthrine. On n’a pas signalé d’effets indésirables, mais les essais effectués
jusqu’ici sont très limités (G. Hesse, communication personnelle). Il existe en émulsion
spéciale huile-dans-l’eau qui lui confère une meilleure adhérence aux fibres que le
concentré émulsionnable et qui ne produit ni odeur ni irritation pendant l’imprégnation.
Autres pyréthrinoïdes
La cyperméthrine, la fluméthrine et l’alphacyperméthrine ont une toxicité qui les situe
entre la perméthrine et la deltaméthrine. Cependant, ces insecticides n’ont pas fait
l’objet d’essais complets d’efficacité et d’innocuité en vue d’une utilisation pour le
traitement des moustiquaires.
Les meilleurs tissus et insecticides pour les moustiquaires traitées
Pour un même effet insecticide, une moustiquaire en coton doit être imprégnée avec 3
à 5 fois plus de perméthrine ou de lambdacyhalothrine qu’une moustiquaire en fibres
de nylon (107, 108). Cela provient du fait que dans une moustiquaire de coton, une
grande partie du produit se trouve retenue dans les espaces vides intérieurs aux fibres
et ne peut donc agir sur les moustiques. Les fibres de nylon n’étant pas évidées, la
majeure partie de l’insecticide reste à l’extérieur et peut donc être captée par les
pattes des moustiques qui se posent. Toutefois, dans le cas de la deltaméthrine, il
semble qu’il n’y ait aucune différence d’efficacité entre le coton et le nylon (77, 108).
Avant de fixer son choix sur un produit, il faut vérifier qu’on peut se le procurer
localement. Cela établi, le choix ne dépend plus alors que du prix et de considérations
d’ordre technique.
Doses recommandées
Les doses unitaires d’insecticide recommandées pour l’imprégnation des tissus sont
généralement exprimées en grammes de matière active par m2 de tissu (g/m2 ) ou
encore en milligrammes par cm2 (mg/cm2 ) (1 g/m2 = 0,1 mg/cm2 ) Un mètre carré
d’un tissu épais absorbe une quantité plus importante d’un même insecticide qu’un
mètre carré d’un tissu à mailles lâches. Cependant, tout l’insecticide ne se trouve pas à
la surface, une partie du produit ayant pénétré en profondeur. Pour obtenir à la surface
d’un tissu épais une toxicité équivalente à celle que produit l’imprégnation d’un tissu
fin, il faut augmenter les doses unitaires d’insecticide (Tableau 1.3).
En principe, un insecticide devrait avoir une durée d’efficacité d’autant plus longue que
la dose est plus élevée. Toutefois, si l’on procède à des lavages fréquents, il est
recommandé de retraiter le tissu avec une dose plus faible après chaque lavage.
Les pyréthrinoïdes les plus actifs devraient être les plus économiques car les doses
nécessaires sont plus faibles.
Cependant, ils coûtent plus cher au kilogramme que la perméthrine et le choix sera
finalement fonction du prix et des possibilités d’obtention locale.
Précautions
Les pyréthrinoïdes de synthèse dont on recommande l’usage pour le traitement des
moustiquaires sont relativement peu toxiques pour l’Homme, les mammifères et les
oiseaux. Il faut distinguer les précautions que doivent prendre les usagers des
moustiquaires imprégnées et les mesures de sécurité destinées à protéger les
personnes qui effectuent l’imprégnation. Un tissu imprégné à la dose recommandée ne
présente aucun danger lorsqu’il est sec.
Tableau 1.3
Doses d’insecticide nécessaires pour l’imprégnation de différents tissus
Dose (g/m 2)
Tissu
Perméthrine Cyfluthrine Deltaméthrine Lambdacyhalothrine
Tulle à larges
mailles
(plus de 2 mm)
0,10-0,25
0,05
0,008-0,012
0,005-0,008
Tulle à
0,20-0,50
0,03
0,01-0,025
0,010-0,015
moustiquaire
ordinaire
(mailles de 1,5
mm)
Toile de coton
(draps, chemises)
0,70-1,20
0,05
-
-
Tissu épais
(vestes,
pantalons)
0,65-1,25
0,05
-
-
Lorsqu’on procède à l’imprégnation, il faut éviter tout contact entre la solution
insecticide et la peau et plus particulièrement les lèvres, la bouche, les yeux et toute
plaie ouverte, il convient de porter des gants de caoutchouc pendant toute l’opération
et de prendre garde aux éclaboussures dans les yeux en veillant également à ne pas
inhaler les vapeurs. Si l’on a beaucoup de moustiquaires à imprégner, il vaut mieux
s’installer dehors ou dans un local convenablement aéré et n’utiliser que des récipients
ouverts et peu profonds.
Si l’on respire des vapeurs d’insecticide, on s’expose à des maux de tête et à une
irritation du nez ou des yeux.
Cela se produit plus souvent avec la deltaméthrine ou la lambdacyhalothrine qu’avec la
perméthrine ou la cyfluthrine. Si l’on travaille sans gants, on peut sentir des
picotements dans la peau des mains. Ces effets indésirables disparaissent en quelques
heures. En cas de contamination des yeux ou d’irritation cutanée, il faut laver la partie
touchée à grande eau. En cas d’ingestion de pyréthrinoïdes, il est impératif de
consulter un médecin.
Précautions à prendre avec les moustiquaires traitées
Après séchage, il faut éviter que les enfants en bas âge qui dorment sous la
moustiquaire ne portent le tulle à la bouche. Les moustiquaires en tissu synthétique
(nylon, polyester) qui viennent d’être traitées avec une dose relativement forte de
lamdacyhalothrine (0,030 g/m2 ), sont susceptibles de provoquer des symptômes
évoquant un rhume (éternuements et nez qui coule) pendant la première ou les deux
premières semaines d’utilisation. Si on utilise une dose plus faible, par exemple 0,010
g/m2 , qui a encore un effet insecticide durable, ces effets indésirables dispara issent en
une journée (93). On n’a jamais constaté d’effets indésirables avec les moustiquaires
de coton ou les moustiquaires synthétiques traitées à la perméthrine ou à la cyfluthrine
en émulsion huile-dans-l’eau.
Comment préparer une solution convenable et traiter puis faire sécher le
tissu
Commencer par laver soigneusement le tissu si celui-ci n’est pas parfaitement propre.
Il devra être tout à fait sec le jour de l’opération. C’est très important si l’on imprègne
des moustiquaires appartenant à différentes personnes avec la même solution
insecticide. Lorsque plusieurs moustiquaires sont imprégnées simultanément, il faut
faire une marque indélébile sur chacune d’elles pour qu’elle puisse être restituée à son
propriétaire.
1. Calculer la superficie de tissu à traiter (Fig. 1.70).
2. Déterminer la quantité d’eau nécessaire pour le trempage total de la pièce de tissu
(Tableau 1.4):
• Remplir partiellement une jarre ou un seau avec une quantité connue d’eau (Fig.
1.71).
• Tremper la pièce de tissu dans l’eau.
• Tordre légèrement pour essorer et laisser s’égoutter l’eau qui reste en la recueillant
dans le récipient.
• Mesurer la différence entre le volume d’eau initial et le volume restant. On peut pour
cela utiliser une grande éprouvette graduée ou peser la pièce de tissu avant et après le
trempage et l’essorage. La différence entre le poids initial et le poids final en grammes
est égale au volume d’eau en millilitres (ml) absorbé par le tissu. On obtient ainsi la
quantité d’eau nécessaire pour préparer la solution.
Fig. 1.70. Pour calculer la superficie d’une moustiquaire rectangulaire, on applique la
formule: S = 2 (a × c) + 2 (b × c) + (a × b), dans laquelle a représente la longueur
du lit, b la largeur et c la hauteur.
Tableau 1.4
Quantité d’eau absorbée par différents types de tissus pour moustiquaire et quantité
de perméthrine nécessaire pour imprégner la moustiquaire à la dose de 0,5 g/m2 a
a
Ce tableau est basé sur des données pratiques fournies par R. Montanari, OMS,
Papouasie-Nouvelle Guinée et par C. Curtis, London School of Hygiène and Tropical
Medicine, Londres, Angleterre.
Métrage
de tissu
Quantité d’eau (ml)
Polyéthylène
1 m2
Quantité de
perméthrine (ml)
Nylon/Polyester (100
deniers, Maille de 156)
14
30
Coton
10%
25%
55%
130
5
2
0,9
375 16 25
62,5
25
11,5
1 pièce
(12,5 m2 )
175
4 pièces
700
1 500
6 500
250
100
45,5
12 pièces
2 100
4 500
19
500
750
300
136,5
20 pièces
3 500
7 500
32
500
1 250
500
227,5
Fig. 1.71. Ustensiles et équipement nécessaires pour imprégner des moustiquaires
3. Préparer la solution d’imprégnation:
• Calculer le poids total d’insecticide nécessaire (T) au moyen de la formule:
T=D × S
dans laquelle D = la dose choisie pour l’imprégnation (en g/m2 )
S = la superficie totale de la pièce de tissu (en m2 ).
Pour obtenir la quantité de concentré insecticide nécessaire pour préparer la solution I,
on applique la formule suivante:
I = T/C
dans laquelle C représente la quantité de matière active dans le concentré insecticide
(g/ml).
Par exemple, un concentré émulsionnable à 25% contient 25 g de matière active pour
100 ml; 1 ml de concentré contient donc 0,25 g de matière active. En prélever le
volume nécessaire dans une éprouvette graduée ou à l’aide d’une pipette (Fig. 1.72).
• A l’aide d’une grande éprouvette graduée (ou tout autre récipient gradué), mesurer
le volume d’eau nécessaire pour diluer le concentré, selon le calcul effectué au point 2
c i-dessus.
• Dans un récipient approprié, mélanger l’eau et le concentré émulsionnable.
Pour être sûr de pouvoir imprégner la pièce de tissu dans sa totalité, il serait bon de
disposer d’un peu plus de solution. L’excès ne sera pas perdu car il pourra servir à
imprégner d’autres moustiquaires, de même d’ailleurs que le liquide recueilli lors de
l’essorage.
4. Prendre une pièce de tissu propre et sèche et la plonger dans la solution en la
comprimant bien pour en faire sortir l’air et veiller à ce qu’elle trempe complètement
(Fig. 1.73). S’il s’agit d’une grande pièce de tissu, par exemp le, une moustiquaire
complète, la plier soigneusement pour faciliter l’élimination de l’air et la pénétration de
la solution. Cette précaution est particulièrement importante dans le cas des
moustiquaires de polyéthylène qui sont assez rigides et dépourvues d’élasticité.
Fig. 1.72. Mesure de la quantité de concentré nécessaire à l’aide d’une éprouvette
graduée
Fig. 1.73. Imprégnation d’une pièce de tissu par pressage et trempage. Il faut porter
des gants de protection en caoutchouc.
Il faut que le récipient utilisé soit suffisamment grand pour que l’on puisse y manipuler
le tissu sans faire d’éclaboussures. On peut utiliser un seau, une poubelle, une cuvette
ou même un sac en plastique, selon les dimensions et le nombre des pièces de tissu à
imprégner. Si on utilise un sac en plastique, il faut le remplir d’un volume de solution
permettant de saturer le tissu sans laisser de résidu. Une fois que l’on a mis la pièce
de tissu dans le sac, en fermer l’extrémité en le nouant. Agiter et pétrir
vigoureusement le sac pendant une dizaine de minutes (Fig. 1.74), puis sortir la pièce
de tissu du sac et la laisser sécher sans l’essorer.
5. Retirer la pièce de tissu du récipient, l’essorer pour éliminer le liquide en excès ou la
laisser s’égoutter au dessus du récipient. L’étendre ensuite sur une feuille de plastique
ou sur toute autre surface propre et non absorbante (par exemple, des feuilles de
bananier) (Fig. 1.75) et la laisser sécher dans cette position. Si on a effectué
l’imprégnation dans un sac en plastique, on peut trancher le sac pour l’étaler et y
étendre le tissu traité. Pendant le séchage, il faut retourner la pièce de tissu de temps
à autre. La durée de séchage dépend, entre autres, de l’épaisseur du tissu, de la
quantité d’eau absorbée et de la superficie exposée au soleil et au vent. Il faut
plusieurs heures pour faire sécher une moustiquaire de coton. Si la moustiquaire reste
en plein soleil, il peut y avoir destruction partielle des pyréthrinoïdes qui imprègnent le
tissu, aussi est-il préférable de ne pas la laisser au soleil.
Fig. 1.74. Imprégnation d’une pièce de tissu dans un sac en plastique.
Fig. 1.75. Faire sécher le tissu imprégné sur une feuille de plastique ou toute autre
surface propre et non absorbante, en évitant de l’exposer en plein soleil.
En règle générale, il ne faut pas faire immédiatement sécher la moustiquaire sur un
étendage car en s’égouttant elle va perdre une partie de sa dose d’insecticide, qui ne
sera plus uniformément répartie dans le tissu. Lorsque la moustiquaire sera restée à
sécher pendant quelque temps au sol, on pourra la placer sur l’étendage pour accélérer
le processus (Fig. 1.76). Une fois essorée, une pièce de coton placée sur un étendage
ne goutte pas autant qu’une pièce de tissu synthétique.
Quelquefois il est utile qu’il y ait un gradient de dose dans le tissu, par exemple s’il
s’agit d’une moustiquaire pour hamac, car c’est vers le bas que le corps du dormeur
est en contact avec la moustiquaire. Pour obtenir un gradient de dose, on peut placer
le tissu un peu plus tôt sur l’étendage (Fig. 1.77).
Comment traiter une seule moustiquaire (rectangulaire)
Pour tra iter une seule moustiquaire de type familial (12,5 m2 ), en tulle de nylon ou de
polyester, à raison de 0,5 g/m2 , diluer 25 ml de concentré émulsionnable de
perméthrine à 25% dans 375 ml d’eau. Agiter et verser le mélange dans un sac en
plastique. Placer la moustiquaire dans le sac et bien fermer en attachant ou en nouant
l’extrémité du sac. Secouer et pétrir le sac vigoureusement pendant 10 minutes (voir
Fig. 1.74). Retirer la moustiquaire et retendre pour la faire sécher sur le sac qu’on aura
préalablement fendu et étalé bien à plat.
Fig. 1.76. Lorsque le tissu fraîchement imprégné est resté à sécher pendant quelque
temps sur une surface horizontale, on peut accélérer le processus en le plaçant sur un
étandage.
Fig. 1.77. Installations utilisant des perches et des feuilles de plastique pour le
traitement à grande échelle des moustiquaires. Des récipients recueillent la solution
insecticide en excès qui ruisselle le long d’une feuille de plastique (d’après S. Meek).
Comment traiter 20 moustiquaires
Pour traiter 20 moustiquaires standard de type familial (12,5 m2 ), en tulle de nylon ou
de polyester, à raison de 0,5 g/m2 , verser 7,5 litres d’eau dans une poubelle et ajouter
500 ml de concentré émulsionnable de perméthrine à 25%. Agiter et plonger les
moustiquaires une à une dans le récipient en les pétrissant jusqu’à ce qu’elles soient
complètement saturées par la solution insecticide. Ne pas oublier de porter des gants
de protection. Sortir les moustiquaires du bain insecticide, les laisser s’égoutter et les
étendre bien à plat sur une feuille de plastique pour qu’elles puissent sécher, de
préférence à l’ombre.
Traitement par pulvérisations
Lorsqu’on a à traiter un grand nombre de moustiquaires, il peut être préférable
d’appliquer l’insecticide au moyen d’un pulvérisateur (74) (Fig. 1.78). Les avantages
de ce mode de traitement sont les suivants:
- rapidité d’application et de séchage;
- dans le cas des tissus épais, le traitement en surface peut réduire les pertes
d’insecticide par absorption;
- on utilise moins d’insecticide en se bornant à ne traiter que les parties du tissu qui
sont susceptibles d’entrer en contact avec les insectes;
- convient pour le traitement rapide d’un grand nombre de moustiquaires à l’échelon
d’un village, notamment si certaines personnes ne souhaitent pas que leur
moustiquaire soit lavée ou imprégnée dans le même récipient que celles des autres
habitants.
La méthode a aussi quelques inconvénients:
- nécessité de disposer d’un équipement pour les pulvérisations;
- il faut une certaine formation pour être capable de traiter le tissu à la bonne dose;
- une quantité non négligeable d’insecticide peut se perdre dans l’atmosphère.
Fig. 1.78. Traitement d’une moustiquaire par un insecticide appliqué au moyen d’un
pulvérisateur à pression préalable.
Matériel de pulvérisation
Bombes aérosols
Il existe des bombes aérosols qui contiennent de la perméthrine à 0,5% ou de la
fluméthrine; elles sont commodes mais chères. Une bombe contenant 85 g de
perméthrine suffit pour traiter 3,5 à 4,5 m2 de tissu, mais pas davantage, car une
grande partie de l’insecticide se dissipe dans l’atmosphère pendant la pulvérisation.
Pulvérisateurs à pression préalable actionnés manuellement
Il en existe plusieurs modèles qui sont très largement utilisés dans les programmes de
lutte antipaludique. Ces pulvérisateurs conviennent bien pour l’application de mélanges
eau-insecticide.
Pulvérisateurs électrodynes
Ces pulvérisateurs ont été mis au point pour l’application sans pression de solutions
spéciales de pyréthrinoïdes. Il n’y a aucune adjonction d’eau et le tissu sèche
rapidement. Le principe de la méthode est de produire des goutelettes chargées
électriquement qui sont attirées par le tissu préalableme nt mis à la terre. Dans ces
conditions, il est possible de traiter des tulles à larges mailles.
Comment pulvériser un insecticide sur une moustiquaire
Méthode 1. La dilution de l’insecticide s’effectue comme suit. Pulvériser de l’eau sur
des échantillons de tissu de superficie connue en déplaçant la buse du pulvérisateur à
vitesse et à distance constantes (voir chapitre 9).
En réglant la vitesse de déplacement de la buse, on peut éviter que le tissu ne goutte
et assurer ainsi un séchage rapide. La consommation d’eau est mesurée au niveau du
réservoir de la pompe. On prépare ensuite la solution conformément aux indications de
la page 97. Il faut veiller à bien pulvériser la solution sur la face du tissu exposée aux
insectes, l’autre face pouvant recevoir une dose plus faible d’insecticide. Une fois que
la solution est prête, on peut procéder à la pulvérisation sur l’étendage même où on
laissera ensuite sécher la moustiquaire.
Méthode 2. Dans le cas d’une toile ou d’un tulle légers, pulvériser la solution
insecticide (préparée selon les indications de la page 97) jusqu’à ce que le liquide
commence à ruisseler (saturation). Suspendre une feuille de plastique derrière la pièce
de tissu à traiter pour recueillir la solution en excès. On peut également traiter les
moustiquaires après les avoir disposées une à une sur un égouttoir spécial (voir Fig.
1.77).
Quand faut-il renouveler le traitement?
Il faut renouveler le traitement lorsque l’insecticide a perdu son activité. Cette perte
d’activité peut avoir différentes causes.
• L’insecticide se décompose ou s’évapore peu à peu, ces processus s’accélérant sous
l’action de la chaleur et du rayonnement solaire.
• L’insecticide est lessivé par la pluie.
• Une fraction de l’insecticide est éliminée par le lavage.
• Des manipulations fréquentes et le pliage de la moustiquaire pendant la journée
peuvent également provoquer une perte d’insecticide.
Pour avoir à renouveler moins souvent le traitement, il importe:
- d’éviter toute manipulation inutile de la moustiquaire;
- de procéder au traitement peu après le lavage, de manière à ne pas avoir à relaver la
moustiquaire avant quelque temps;
- de ranger la moustiquaire dans un sac de plastique ou dans une boîte, ce qui évite à
la fois la dégradation de l’insecticide et l’accumulation de poussière;
- de changer de méthode de nettoyage, par exemple de secouer la moustiquaire et de
la brosser avec une brosse souple; si le lavage ne peut pas attendre, il faut le faire
dans l’eau froide, sans utiliser de savon.
- d’utiliser des moustiquaires de couleur, qui sont moins salissantes;
- de faire coïncider les traitements avec les maxima saisonniers d’agressivité
culicidienne et de transmission.
Durée approximative de l’effet rémanent de la perméthrine (74)
Moustiquaire non utilisée: >6 mois (1 à 2 ans dans un sac hermétique)
Moustiquaire utilisée tous les jours: 4 à 6 mois
Moustiquaire utilisée tous les jours et lavée une fois par mois dans l’eau froide: 2 à 3
mois
Moustiquaire utilisée tous les jours et lavée une fois par semaine dans l’eau froide: 1
mois
Vêtements portés tous les jours et lavés chaque semaine: 1 à 2 mois.
Mesure de l’efficacité rémanente
On s’aperçoit parfois que l’insecticide a perdu de son efficacité au fait que le nombre
d’insectes agressifs augmente et que ceux qui entrent en contact avec les
moustiquaires ou tous autres tissus traités sont plus nombreux à en réchapper. Si
l’imprégnation vise essentiellement à détruire certaine espèces de moustiques, c’est la
survie de ces espèces qu’il faut surveiller.
Le traitement est à renouveler dans les cas suivants:
- les moustiques parviennent à pénétrer à travers la moustiquaire en restant en vie;
- les insectes hématophages parviennent à se nourrir à travers le tissu traité et restent
vivants après avoir ma rché, rampé ou s’être posés sur ce tissu.
Souvent, il est difficile de se rendre compte que l’insecticide a perdu de son efficacité.
Cependant, si la transmission est saisonnière, il suffit en général de traiter la
moustiquaire une fois par an, au début de la saison de transmission. Là où sévissent
des maladies transmises par des insectes, il est capital de ne pas attendre que le tissu
ait perdu son efficacité protectrice pour refaire un traitement. Il existe plusieurs
méthodes pour mesurer l’efficacité rémanente d’une moustiquaire traitée (Fig. 1.79).
Ces contrôles doivent être effectués sur des tissus fraîchement imprégnés afin de
déterminer une valeur de référence pour l’efficacité, valeur à laquelle on comparera les
résultats des contrôles ultérieurs. Chaque contrôle doit être répété plusieurs fois.
Fig. 1.79. Détermination de l’efficacité rémanente d’une moustiquaire traitée:
a) méthode de la boîte de Pétri;
b) méthode du piège conique;
c) on enlève par aspiration les moustiques pris dans le piège conique.
• Lâcher de moustiques sous la moustiquaire. Il s’agit d’une méthode simple mais
approximative et qui ne nécessite pas de matériel autre que celui dont on a besoin
pour capturer les moustiques. Suspendre la moustiquaire de manière qu’elle touche le
sol et disposer un drap blanc au-dessous. Attraper 50 moustiques et les lâcher sous la
moustiquaire. Au bout de 15 minutes, se glisser sous la moustiquaire et récupérer les
moustiques; noter le nombre de moustiques vivants ou morts. Il faut refaire le
traitement si moins de 16 moustiques sont morts et qu’aucun moustique n’est posé sur
le drap. Si des moustiques sont posés sur le drap, la mesure n’est pas valable et il faut
la refaire. Pour éviter que des moustiques ne se posent sur le drap, il faut fermer la
moustiquaire par en bas pendant toute la durée de l’essai.
• Méthode de la boîte de Pétri. Cette méthode est valable pour tous les tissus et
pour de nombreux insectes piqueurs. Sur la pièce de tissu traitée, poser à l’envers un
récipient transparent sans couvercle, par exemple une boîte de Pétri (Fig. 1.79a).
Capturer vivants des insectes appartenant à l’espèce contre laquelle on désire se
protéger et les lâcher sous le récipient. Déterminer le temps nécessaire pour que 80%
des insectes soient abattus ou tués. Supposons que l’on ait placé sous le récipient cinq
lots successifs de 10 insectes et qu’il faille en moyenne six minutes pour que le
huitième moustique tombe sur le tissu, on considérera que le temps nécessaire pour
abattre 80% des moustiques est de six minutes. Si l’on répète l’expérience au bout de
quelques mois et que le temps nécessaire pour abattre 80% des insectes est beaucoup
plus long, par exemple 60 minutes ou davantage, on en concluera à la nécessité de
traiter à nouveau la moustiquaire.
• Méthode du piège conique. Cette méthode, recommandée par l’OMS (78), exige
un matériel spécial ainsi qu’une formation particulière. Le piège conique se fixe à la
moustiquaire au moyen d’un ruban de caoutchouc, comme le montre la figure 1.79b.
On peut également le fixer avec des aiguilles sur une pièce de bois ou de carton que
l’on place sous le tissu. Si l’on utilise un matériau non tissé ou un tissu à larges
mailles, on peut appliquer le piège sur une certaine épaisseur de matériau obtenue en
repliant celui-ci un certain nombre de fois. Exposer 10 moustiques à la fois pendant
environ trois minutes. Enlever ensuite les moustiques et les introduire par aspiration
dans un récipient propre en carton ou en plastique (Fig. 1.79c) qui sera muni d’une
grille et dans lequel on aura placé un tampon d’ouate trempé dans de l’eau contenant
10% de sucre. Noter le nombre d’insectes abattus au bout de 1 h et de 24 h.
Répéter l’expérience cinq fois, c’est-à-dire sur 50 moustiques. On considère que
l’insecticide est encore efficace si au moins 40 moustiques (80%) ont été abattus.
Comme on risque de tuer un certain nombre de moustiques en les manipulant sans
précaution ou tout autre raison, on fera une essai témoin sur une moustiquaire non
traitée. Si la mortalité dépasse 20% dans le groupe témoin, il faut refaire l’expérience.
Elimination de l’insecticide1
1
Voir également le chapitre 10.
Une solution d’insecticide peut être utilisée plusieurs jours après avoir été préparée.
Passé cette période, on ne peut plus l’utiliser pour une réimprégnation et il faut
l’éliminer avec les précautions d’usage. Il faut notamment éviter de s’en débarasser
dans un endroit où elle risque, en s’écoulant, de contaminer l’eau utilisée pour la
consommation ou le lavage ou encore de s’infiltrer dans des étangs à poissons ou des
cours d’eau; en effet, les pyréthrinoïdes sont très toxiques pour les poissons. Il faut la
déverser dans un trou creusé spécialement à cet effet dans un sol sec où elle sera
rapidement absorbée et se décomposera sans causer de dommage à l’environnement
(Fig. 1.80). On peut également s’en servir pour traiter les nattes de couchage ou les
matelas à ressorts pour éviter que les moustiques ne viennent piquer par dessous. Le
traitement des matelas est utile en présence de punaises. Ce qui reste de solution peut
aussi être utilisé pour se débarrasser d’autres nuisances comme les fourmis et les
blattes. Dans ce cas, on arrosera directement ou on tamponnera à l’éponge la zone
infestée (sous l’évier de la cuisine, dans les recoins...). On peut limiter temporairement
la prolifération des insectes en en versant à l’intérieur et alentour des latrines ou lieux
de ce genre.
Protection des abris et des habitations contre les insectes
Nombreux sont les moustiques qui attaquent l’Homme pendant la nuit, à l’intérieur des
habitations. C’est aussi le cas, dans une moindre mesure, des cératopogonides et, sous
les climats secs, des phlébotomes. Les méthodes qui empêchent ou restreignent la
pénétration des moustiques dans les maisons d’habitation assurent aux résidants une
protection non négligeable.
On a vu que pour éviter la pénétration des insectes ou les tuer, on peut utiliser des
aérosols, des serpentins, des vaporisateurs ou des vapeurs répulsives. Toutes ces
méthodes ont l’inconvénient de ne pas avoir d’effet durable. En plus des
moustiquaires, on a besoin de méthodes à caractère permanent qui soient à la fois
plus efficaces, plus pratiques et plus durables.
Architecture de la maison
Les moustiques sont généralement peu nombreux à pénétrer dans les maisons bâties
sur pilotis ou dans les appartements situés à l’étage, car beaucoup d’espèces préfèrent
voler à proximité du sol (109). On en trouve cependant parfois dans des appartements
situés à des étages élevés, comme cela s’est produit à Calcutta (110).
Fig. 1.80. Pour se débarrasser en toute sécurité de l’insecticide en excès, on peut le
jeter dans une latrine à fosse ou dans un trou spécialement creusé à cet effet dans le
sol.
Plus les ouvertures d’un logement sont petites et moins elles sont nombreuses, moins
les moustiques ont de chances d’y pénétrer. Dans les régions tropicales, les ouvertures
d’aération, comme les fenêtres et les avant-toits, sont des voies d’accès faciles pour
les insectes volants, encore que certaines espèces de moustiques soient moins à même
que d’autres de se frayer un chemin vers l’intérieur du logement en empruntant ces
ouvertures (111). Les ouvertures qui ne sont pas nécessaires à l’aération doivent, dans
la mesure du possible, être condamnées (112). La condamnation des ouvertures sous
les avant-toits n’est guère possible car cela restreindrait l’aération. Toutefois, munir
ces ouvertures d’un grillage est une bonne idée (voir plus loin). Les portes et les
fenêtres doivent être bien ajustées et fermer correctement. Dans les régions chaudes,
seuls les logements modernes équipés d’un système de climatisation peuvent rester
entièrement fermés la nuit.
S’il n’est pas possible de fermer ou de grillager les ouvertures des avant-toits, on peut
construire un faux plafond qui empêchera la pénétration des moustiques dans le
logement. Si un plafond en dur se révèle trop lourd pour la construction, on peut utiliser
des matériaux légers comme la toile d’emballage, un cannage ou un tressage de paille
ou un tulle anti- moustiques (Fig. 1.81). Dans les maisons dont le toit est en tôle
ondulée, ce faux plafond a l’avantage supplémentaire d’assurer une isolation partielle et
donc de protéger les occupants de la chaleur irradiée par le toit. D’un autre côté, le faux
plafond, s’il est en dur, risque de servir de refuge aux petits mammifères, aux oiseaux,
aux serpents ou encore, notamment en Amérique du Sud, aux triatomes qui sont les
vecteurs de la maladie de Chagas (113, 114).
Fig. 1.81. Sous les tropiques, les moustiques peuvent pénétrer dans les habitations par
les ouvertures des avant-toits. Un faux plafond en matériau léger permet non seulement
de faire obstacle à cette pénétration, mais encore, en agissant comme isolant, d’assurer
une certaine protection contre la chaleur irradiée par le toit (© OMS).
Grillage anti-moustiques
La pose de grillages au niveau des portes, fenêtres et autres ouvertures empêche la
pénétration des insectes, tout en maintenant une certaine aération. Pour faire obstacle
à la plupart des espèces de moustiques, les mailles ne doivent pas dépasser 1,5 mm.
Elles doivent être encore plus petites pour s’opposer au passage des phlébotomes ou
des cératopogonides. Souvent, ces grillages ne conviennent pas du fait qu’ils réduisent
l’aération. Il n’empêche qu’on les utilise couramment dans les régions où sévissent
tout au long de l’année des maladies transmises par des moustiques et où l’on peut
assurer une ventilation artificielle.
On peut utiliser soit des grillages permanents, soit des protections amovibles
constituées de grillages fixés sur un cadre (Fig. 1.82). Ce dernier type est plus coûteux
et nécessite un ajustage minutieux.
Il faut vérifier périodiquement qu’il n’y a ni trous ni déchirures dans le grillage.
Matériaux pour les grillages
Tulle de coton: efficace mais se détériore facilement. L’aération est réduite dans une
proportion pouvant atteindre 70%.
Grillage métallique: l’aération est réduite de 30 à 50%; les rongeurs ne peuvent pas
pénétrer. De nombreux métaux se corrodent dans les zones humides; l’utilisation de
grillages en cuivre ou en acier inoxydable permet d’éviter ce problème, mais c’est une
solution coûteuse.
Grillage en plastique: bon marché et facile à poser. L’aération est réduite dans une
proportion pouvant atteindre 35%. Le nylon ne tient pas très longtemps s’il est exposé
en plein soleil. La fibre de verre recouverte de PVC est plus durable.
Fig. 1.82. Porte grillagée correctement construite (à gauche) et charnières
improvisées pour équiper une porte ou une fenêtre grillagées (à droite) (© OMS).
Inconvénients des grillages (Fig. 1.83)
Trous: les moustiques sont tenaces et ils ont tôt fait de découvrir les trous.
Aération: le grillage à petites mailles fait obstacle au renouvellement de l’air.
Portes et fenêtres: il est nécessaires que les grillages soient amovibles.
Avant-toits: il est souvent difficile de poser des grillages sans laisser subsister d’ouvertures.
Fig. 1.83. a) Dans ces maisons, il est possible de poser des grillages sous les avant-toits; les ouvertu
portes et des fenêtres peuvent être fermées ou également protégées par un grillage. b) La pose de gril
pas envisageable dans cette maison. Il est préférable dans ce cas d’utiliser des vaporisateurs d’insectici
moustiquaires.
Grillages et rideaux imprégnés d’insecticide
Le traitement des grillages par un insecticide peut constituer un moyen pratique et bon
marché pour résoudre certains des problèmes évoqués plus haut. Un grillage ou un
rideau traité représente une barrière toxique pour les moustiques et autres insectes
volants qui cherchent à pénétrer à l’intérieur des habitations (115-119). Comme le
contact avec la surface traitée provoque l’irritation ou la mort des moustiques, ceux-ci
ne sont plus capables de trouver les trous que le grillage pourrait comporter. Les
moustiques survivants sont tellement perturbés par ce contact qu’ils cessent toute
attaque. Par ailleurs, ceux qui ont pu pénétrer par une ouverture non grillagée finiront
par être tués lorsqu’ils tenteront de sortir par une ouverture protégée par un grillage
traité.
Dans certains logements, un grillage traité peut se révéler aussi efficace qu’une
moustiquaire. En outre, cette méthode exige beaucoup moins de matériau et
d’insecticide, d’où un prix de revient plus favorable. Autre avantage par rapport aux
moustiquaires, une fois les grillages posés, il n’y a en principe plus à s’en occuper.
Méthode de traitement
Les instructions relatives au traitement des pièces de tissu données à la page 92,
restent valables dans le cas d’un grillage. Les doses recommandées au mètre carré
sont de 0,75-1,00 g pour la perméthrine, de 0,05 g pour la cyfluthrine, et de 0,025 à
0,035 g pour la deltaméthrine ou la lambdacyhalothrine. Avantages pratiques par
rapport à un grillage non traité:
• Un grillage traité est facile à poser. En raison de l’effet toxique, les moustiques sont
perturbés et deviennent incapables de rechercher les trous ou autres petites
ouvertures, de sorte qu’il n’est pas nécessaire que le grillage soit parfaitement ajusté
(Fig. 1.84).
• On peut utiliser un grillage à mailles plus larges (102, 103) (voir page 93), ce qui
permet une meilleure aération, un grand avantage sous les climats chauds.
Fig. 1.84. Lorsqu’on pose des grillages traités sous les avant-toits, il n’est pas
nécessaire de faire un ajustage précis car les moustiques ne sont plus capables de
trouver des passages (© OMS).
Autres matériaux utilisables pour la protection
Au lieu d’utiliser un treillis métallique ou plastique, on peut disposer des fibres, des
lanières ou des rideaux qu’on laisse pendre librement après les avoir traités (Fig.
1.85).
Exemples de matériaux:
-
fibres obtenues en effilochant des sacs de polyéthylène ou de jute;
cordes
rideaux de lit
lanières de plastique
Fig. 1.85. On peut protéger une entrée à l’aide de fibres ou de lanières traitées par un
insecticide.
Protection des tentes
Les campeurs qui donnent sous la tente sont fréquemment attaqués par des insectes
volants. Les tentes sont souvent munies d’un treillis protecteur en tulle ou en gaze,
mais les moustiques peuvent pénétrer par de petits interstices lorsqu’on ouvre ou
qu’on ferme cette moustiquaire. En outre, les mailles en sont généralement trop larges
pour faire obstacle aux cératopogonides qui infestent les abords des terrains
marécageux. Pour empêcher la pénétration de ces insectes, il faut que les mailles
soient de dimension inférieure à la dimension courante de 1,2-1,5 mm. D’un autre
côté, l’aération sera moins bonne avec ces mailles de petite dimension.
Exemples de solutions:
• On peut utiliser des bombes aérosols ou des vaporisateurs à l’intérieur de la tente,
une fois celle-ci fermée. Cela peut toutefois être désagréable pour les occupants en
raison du confinement. Sous une tente de plus grande dimension, on peut faire usage
de serpentins insecticides qui protègent pendant toute la durée de la nuit, mais la
prudence doit être de règle du fait que l’espace est limité et que le matériau de la
tente et des sacs de couchage est inflammable. En tous cas, ces serpentins doivent
être placés sur des supports adéquats (p 72). On peut aussi placer le serpentin juste
devant la tente, dans un conteneur qui le protège de l’humidité et du vent (Fig. 1.86).
• Le tulle ou la gaze de protection peuvent être traités par un répulsif ou un
pyréthrinoïde pour faire obstacle aux insectes volants comme les cératopogonides, par
exemple, qui pourraient se frayer un chemin à travers les mailles.
Fig. 1.86. Mesures de protection supplémentaires pour les campeurs: des serpentins
anti-moustiques sont disposés juste devant la tente.
• Un répulsif en applications cutanées (deet, par exemple) peut être pulvérisé sur le
treillis de protection pour empêcher les insectes de passer pendant plusieurs jours. De
toute manière il est préférable que le treillis soit traité par un pyréthrinoïde à action
prolongée, soit en pulvérisations, soit en bain dans une solution adéquate; on peut de
la sorte faire une économie et obtenir une prolongation de l’effet sur plusieurs mois.
De tous ces pyréthrinoïdes, seules la perméthrine et la fluméthrine existent en bombes
aérosols (voir p. 104). Une autre solution consiste à tremper le treillis de protection
dans une émulsion de pyréthrinoïde. Les doses sont les mêmes que pour les
moustiquaires (voir tableaux 1.3 et 1.4). On peut également humecter le treillis avec
une éponge. Les bombes aérosols courantes, qui contiennent des insecticides à effet
de choc, ne conviennent pas pour le traitement des treillis protecteurs car leur action
insecticide n’est pas durable. Par ailleurs, il est déconseillé de tremper la tente ellemême dans un concentré émulsionnable (voir encadré).
Traitement de la surface intérieure d’une tente.
Les nomades, les militaires, les réfugiés et autres personnes qui vivent sous la tente
dans des zones où sévissent des maladies à transmission vectorielle ou, tout du moins,
où les insectes constituent une nuisance, peuvent dans certaines conditions se
protéger en traitant la surface intérieure de leur tente. On peut ainsi, tout comme dans
une habitation en dur, tuer les moustiques et les phlébotomes qui se reposent à
l’intérieur et se débarasser d’une partie de la vermine.
Du fait que les occupants sont en contact assez étroit avec le matériau de la tente, il
ne faut pulvériser que des insecticides à effet rémanent de faible toxicité pour
l’Homme, comme c’est le cas des pyréthrinoïdes. Pour la perméthrine, on recommande
une dose de 0,5 à 1,0 g par m2 de surface intérieure. Lorsque le matériau de la tente
est un tissu épais, il faut procéder comme pour les murs d’une habitation en dur. Les
poudres mouillables ne conviennent pas à cet usage et il faut les remplacer par des
concentrés émulsionnables (120). Toutefois, on évitera d’utiliser ces concentrés pour
traiter des matériaux imperméabilisés car cela pourrait nuire à l’imperméabilisation.
Dans ce dernier cas, on peut utiliser une émuls ion de type huile-dans-l’eau.
Feuilles traitées pour la protection d’abris temporaires
Un certains nombre de personnes qui sont amenées à se déplacer, utilisent des abris
temporaires: chercheurs d’or, chasseurs, bûcherons, saigneurs d’arbres à caoutchouc
et peuplades forestières semi-nomades. En outre, les occupants de nouveaux
établissements humains peuvent avoir à habiter pendant un certain temps des
logements qui ne sont pas terminés. Ces divers abris n’offrent guère de protection
contre les insectes piqueurs et leurs occupants sont souvent amenés à utiliser des
moustiquaires et des serpentins pour être moins piqués.
Outre les moustiquaires traitées, on peut utiliser des feuilles de tissu ou de plastique,
également traitées, qui constituent une protection plus durable (121). Ces feuilles se
fixent aux piquets sur lesquels repose le toit de l’abri et peuvent également être
utilisées pour couvrir portes et fenêtres (Fig. 1.87). Pendant la journée, il suffit de les
rouler. Quelques uns des moustiques posés à l’intérieur ou à l’extérieur de la feuille
sont tués par l’insecticide, les autres sont repoussés après un bref contact. Ce système
a l’avantage supplémentaire de préserver l’intimité et de protéger du vent. Lorsque les
occupants quittent l’abri, on peut enlever la feuille pour la réutiliser ailleurs.
Ces feuilles doivent être faites d’une matière résistante, bon marché et qui se prête à
un traitement insecticide. Le polypropylène tissé répond à ces exigences et on en
trouve à peu près partout. Les pyréthrinoïdes adhèrent bien à cette matière et offrent
une bonne résistance au lessivage par la pluie (G.B. White, communication
personnelle).
Fig. 1.87. Feuille de polypropylène tissé, traitée par un insecticide, et pouvant être
fixée aux piquets d’une habitation temporaire.
Méthode de traitement
On peut procéder par pulvérisation ou par trempage selon la marche à suivre qui figure
à la p. 94 Pour gagner du temps et faciliter les choses, on pourra opter pour la
pulvérisation si on dispose d’un pulvérisateur (voir p. 103). Les doses recommandées
au mètre carré sont les suivantes: perméthrine, 0,75 g; cyfluthrine, 0,05 g;
deltaméthrine ou lambdacyhalothrine, 0,025 g.
Evitement et détournement des dipères piqueurs
Evitement
On peut parfois se protéger individuellement en évitant les lieux où l’on sait que des
moustiques ou autres diptères piqueurs ont l’habitude de se reposer ou de pondre et
en s’abstenant de se rendre dans des endroits à risque aux heures où l’agressivité des
insectes est maximale. Pour beaucoup d’espèces, il s’agit des heures qui suivent
immédiatement le lever et le coucher du soleil.
Implantation des habitations
De nombreux moustiques et diptères piqueurs volent de préférence face à un léger
vent car ce courant leur apporte les odeurs. Par conséquent, au moment d’implanter
un nouveau village, de construire une maison ou de monter une tente ou une structure
temporaire, on peut, dans une certaine mesure, éviter les moustiques en choisissant
un site qui soit sous le vent des gîtes larvaires les plus proches (à condition, bien
entendu qu’il y ait des vents dominants). Dans le cas de nouveaux établissements
humains en zone de forêt, on pourrait envisager de défricher une bande de terrain de
1 à 2 km de largeur tout autour qui servirait de protection contre les moustiques de la
forêt. S’il s’agit de se prémunir contre des phlébotomes, une bande circulaire d’environ
300 m de largeur peut convenir. Il est parfois possible d’éliminer des gîtes et des
biotopes potentiels de moustiques par un aménagement de l’environnement: drainage,
nivellement, débroussaillage, par exemple (voir p. 125).
On préfère souvent construire sa maison à proximité d’une rivière, d’un ruisseau ou
d’un étang pour pouvoir disposer d’une source d’eau. Compte tenu de la situation des
biotopes et des gîtes larvaires fréquentés par les vecteurs du lieu, cela peut créer un
risque supplémentaire de piqûres. Une solution à ce problème serait d’installer un
système de distribution d’eau sous canalisations ou de recueillir l’eau de pluie dans des
citernes à l’épreuve des moustiques.
Détournement vers les animaux
Dans certains secteurs, la zooprophylaxie peut constituer un moyen efficace, pour les
collectivités ou les personnes, de réduire leur exposition aux insectes piqueurs et par
voie de conséquence, la transmission des maladies. Nombreuses sont les espèces de
moustiques et de diptères en général qui préfèrent se nourrir sur des animaux plutôt
que sur l’Homme. Le redéploiement des troupeaux de bovins ou l’introduction
d’animaux domestiques en général peut détourner les moustiques de leurs hôtes
humains aux dépens de ces animaux. Les différences d’agressivité ou de morbidité
palustre relevées dans un même secteur peuvent parfois s’expliquer par la présence ou
l’absence d’animaux domestiques (122-124). Si l’on place du bétail entre un
établissement humain et les gîtes larvaires ou les lieux de repos diurnes des
moustiques, par exemple aux abords d’un village, les animaux vont attirer sur eux les
insectes, d’où une certaine protection pour les villageois. Au Japon, l’implantation des
abris pour animaux à bonne distance des rizières s’est révélée efficace contre les Culex
qui véhiculent l’encéphalite japonaise (14).
Toutefois, avant de mettre en œuvre cette méthode, il faut que des spécialistes
étudient la situation locale. On sait par exemple que dans les zones rizicoles de l’Asie
du sud-est, les porcs peuvent servir de réservoir au virus de l’encéphalite japonaise. Si
on les garde à proximité des maisons pour détourner à leurs dépens les moustiques
qui pourraient piquer les habitants, on court le risque que quelques moustiques ne
transmettent la maladie de l’animal à l’Homme et ne créent une situation encore pire
que la précédente.
En fait, on ne connaît guère de cas dans lesquels cette méthode a pu être appliquée
avec succès pour réduire la nuisance causée par des insectes piqueurs ou faire reculer
la transmission d’une maladie. En revanche, on a des exemples de situations où les
piqûres de moustiques et la transmission des maladies ont augmenté parce que l’on
avait retiré le bétail et les animaux domestiques, ne laissant plus aux insectes piqueurs
que les habitants du lieu pour se nourrir. Cela s’est produit notamment lorsque les
animaux de trait on été remplacés par des tracteurs, que l’élevage des bovins a été
abandonné (125) et que de nouveaux établissements humains se sont constitués dans
une forêt dont le gibier avait été exterminé par les chasseurs. On a expliqué des
épidémies de paludisme survenues en Inde par une diminution de l’effectif du bétail
consécutive à une forte sécheresse à laquelle avaient succédé, l’année suivante, de
fortes pluies génératrices de nombreux gîtes larvaires pour les moustiques (126).
Il est possible que l’efficacité des mesures de lutte antivectorielle prises dans un village
donné, dépende de la présence ou de l’absence d’animaux dans ce village. Par
exemple, les animaux domestiques sont susceptibles d’augmenter l’efficacité des
moustiquaires du fait qu’ils constituent, pour les moustiques qui n’ont pu se nourrir sur
les dormeurs abrités, une autre source de repas de sang facilement accessible. Sans la
présence, dans un village, d’animaux suffisamment attractifs sur lesquels ils puissent
se nourrir, les moustiques affamés vont probablement continuer à rechercher leur
nourriture jusqu’à ce qu’ils finissent par trouver un hôte humain non protégé par une
moustiquaire (voir l’encadré p. 91).
Epandage d’insecticides
Pulvérisations d’insecticides sur les murs
Les moustiques et les diptères piqueurs en général, passent une partie de leur
existence à rechercher des endroits tranquilles et sombres où ils puissent se reposer.
Sans les régions sèches, les habitations jouent un rôle important comme lieux de repos
pour les phlébotomes. Dans la forêt ombrophile, les insectes sont moins tributaires des
habitations et se reposent souvent à l’extérieur, sur la végétation. Il arrive toutefois
que des moustiques habituellement exophiles pénètrent dans les habitations à la
recherche de nourriture et s’y reposent quelque temps avant et après s’être gorgés.
Lorsque des moustiques et autres insectes se reposent à l’intérieur des habitations, on
peut les détruire en pulvérisant sur les murs un insecticide à effet rémanent durable.
L’insecte est tué lorsque ses pattes entrent en contact avec l’insecticide. Certains
produits ont un effet irritant sur les moustiques et leur font fuir les habitations traitées.
Dans des zones sèches et ventées, cela peut entraîner la mort des insectes, faute de
lieux de repos extérieurs convenables. Le traitement des murs par un insecticide
n’évite pas forcément les piqûres. En effet, un moustique affamé qui pénètre dans une
habitation peut très bien commencer par piquer les occupants avant même de se poser
sur un mur traité et d’y trouver la mort.
Comme la plupart des anophèles ont un comportement endophile, les programmes de
lutte antipaludiques font porter leurs principaux efforts sur le traitement de l’intérieur
des habitations (murs et plafond) par des insecticides à effet rémanent. Le traitement
des habitations est encore une mesure de lutte importante dans un certain nombre de
pays tropicaux, mais dans d’autres, il a perdu de son importance en raison de divers
problèmes. Actuellement, on a de plus en plus tendance à opter pour des méthodes
moins coûteuses et plus faciles à mettre en œuvre comme l’usage de moustiquaires
imprégnées à l’échelle communautaire, ou dont les résultats sont durables, comme
l’élimination des gîtes larvaires.
Si les pulvérisations d’insecticides à effet rémanent à l’intérieur des habitations ne sont
généralement pas très efficaces contre Aedes egypti, le vecteur de la dengue, ni contre
Culex quinquefasciatus, le vecteur de la filariose lymphatique, c’est, pour une part tout
du moins, en raison de l’habitude qu’ont ces moustiques de se reposer sur les objets
que l’on ne traite pas, comme les vêtements, les rideaux et tentures ou autres pièces
de tissu pendantes, plutôt que sur les murs et les plafonds (127). En outre, Culex
quinquefasciatus est résistant au DDT et aux autres insecticides organochlorés. Les
autres insecticides - à l’exception des pyréthrinoïdes à effet rémanent - seraient trop
coûteux pour des activités de lutte qui devraient être poursuivies pendant de
nombreuses années. Par ailleurs, un autre problème se poserait en ville, à savoir le
nombre important de pièces d’habitation qu’il faudrait traiter.
En milieu rural, le traitement des habitations humaines et des abris pour animaux pour
lutter contre les vecteurs de l’encéphalite japonaise appartenant au genre Culex, se
révèle également inefficace, en règle générale, du fait que ces espèces ont un
comportement exophile (5).
On peut lutter efficacement contre les phlébotomes, qui ont un comportement
endophile, en traitant la surface intérieure des murs, de même que l’intérieur et
l’extérieur des portes et des fenêtres et autres ouvertures à l’aide d’insecticides à effet
rémanent. Les insecticides, les doses et les techniques de traitement sont les mêmes
que pour la destruction des anophèles dans le cadre de la lutte antipaludique. Il est
arrivé que l’on traite des habitations uniquement pour lutter contre la leishmaniose,
mais dans un petit nombre de régions seulement. Dans la plupart des cas, on donne la
priorité à la destruction des vecteurs du paludisme, qui entraîne de surcroît celle des
phlébotomes.
Conditions des traitements insecticides
Avant de procéder au traitement insecticide, il faut effectuer des études détaillées pour
recueillir des données sur les localités où il y a transmission de maladies, et dans
l’affirmative, déterminer quelle est la saison de transmission, identifier le vecteur, voir
comment il pique et se repose et quelle est sa sensibilité aux insecticides.
Pour traiter convenablement les habitations avec un insecticide, il faut également
disposer d’un personnel dûment formé. Il peut s’agir de spécialistes appartenant à un
service public ou de membres de la communauté recrutés par un organisme sanitaire
local pour effectuer le travail pendant la saison de transmission. Il faut également
pourvoir à l’entretien du matériel et disposer de pièces de rechange.
Comment procéder au traitement
En principe, on pulvérise l’insecticide à l’aide d’un pulvérisateur à pression préalable
actionné manuellement. On trouvera au chapitre 9 un exposé sur les formulations
d’insecticides à utiliser, les pulvérisateurs, les techniques de traitement et l’entretien
du matériel. Le choix de l’insecticide doit se baser sur l’efficacité du produit contre
l’espèce visée, son coût et sa disponibilité. Aucune décision ne devra être prise sans
consultation préalable des autorités sanitaires.
Que faut-il traiter?
En général, on traite la totalité de la surface intérieure du toit et des murs ainsi que le
bas des meubles de grande dimension (Fig. 1.88). Dans certaines régions, les vecteurs
ne se reposent que sur la partie basse des murs, par exemple à une hauteur maximale
de 1,5 m, de sorte que l’on peut faire une économie non négligeable en ne traitant que
cette partie des murs. Inversement, certaines espèces de moustiques préfèrent
séjourner dans les hauteurs des habitations, à proximité du toit.
Quand faut-il traiter?
Dans les zones où il y a transmission vectorielle du paludisme ou d’autres maladies
selon un rythme saisonnier, il faut traiter juste avant le début de la période de
transmission. Cette considération est particulièrement importante lorsqu’on utilise des
insecticides à action brève, qui n’assurent de protection que pendant quelques mois.
Cela peut poser des problèmes de calendrier aux programmes de grande envergure du
fait de la nécessité d’étaler les traitements sur toute la durée de l’année; il faudra
veiller à ce que les localités où la morbidité palustre est la plus importante soient
traitées en priorité dans les conditions optimales.
Fig. 1.88. On peut traiter murs et plafonds avec un insecticide à effet rémanent pour
éliminer les moustiques endophiles.
Précautions particulières à prendre avant de traiter une habitation
Il faut enlever les meubles et la nourriture ou les placer au centre de la pièce en ayant
soin de les recouvrir d’une feuille de plastique pour éviter le dépôt de particules
d’insecticide (Fig. 1.89). La personne qui effectue le traitement doit se couvrir la tête
et le corps le plus complètement possible, sans oublier les bras et les jambes. Lorsque
le traitement s’effectue à l’intérieur, il est recommandé de se protéger la bouche et le
nez à l’aide d’un simple masque jetable ou lavable (voir Chapitre 10).
Fig. 1.89. Avant le traitement insecticide, il faut enlever les meubles et la nourriture
ou bien les recouvrir d’une feuille de plastique.
Quelques-uns des problèmes que peuvent poser les pulvérisations dans les
habitations
• Dans certaines régions, les vecteurs peuvent être résistants aux insecticides.
• Les pulvérisations d’insecticides sur les murs peuvent laisser un dépôt visible,
notamment si on utilise une poudre mouillable en suspension. On peut améliorer les
choses en utilisant un concentré émulsionnable du même insecticide ou encore un
insecticide plus actif qui permettra de réduire la dose par unité de surface (par
exemple, un pyréthrinoïde). Cependant, certaines des autres formulations et
insecticides qui pourraient convenir à cet égard risquent de se révéler trop coûteux
pour une utilisation à grande échelle.
• Il peut y avoir des objections d’ordre religieux à ce type de traitement.
• Le lavage ou le replâtrage des murs - pour des raisons culturelles ou religieuses,
notamment - rendent les insecticides partiellement ou totalement inefficaces.
• La collectivité peut voir d’un mauvais œil l’arrivée d’étrangers dans les maisons, par
crainte qu’ils ne commettent des vols ou se conduisent mal vis-à-vis des femmes.
• Un certain nombre d’insectes nuisibles, comme les punaises de lit, ont acquis une
résistance au DDT et à d’autres insecticides. Dans ces conditions, le traitement des
habitations n’offre plus l’avantage supplémentaire de les éliminer. En outre, on estime
généralement que les pulvérisations d’insecticides les rendent encore plus agressifs.
Autres méthodes de traitement insecticide des murs
Sur les surfaces qui s’y prêtent (bois, plâtre, par exemple), on peut appliquer des
peintures insecticides (Fig. 1.90). Cette méthode est plus longue, mais elle ne
nécessite pas de pulvérisateurs. Si le mur doit être peint ou repeint de toute manière,
la seule dépense supplémentaire sera d’acheter l’insecticide.
Ces peintures insecticides existent dans le commerce, mais on peut aussi les préparer
soi- même en ajoutant un insecticide à de la peinture ordinaire. Un certain nombre de
facteurs sont toutefois à prendre en considération:
- la peinture doit avoir un pH neutre car la plupart des insecticides se décomposent
rapidement lorsqu’on les mélange avec une émulsion alcaline;
- l’insecticide doit avoir une forte tension de vapeur pour pouvoir migrer vers la surface
de la peinture (comme par exemple le propoxur, le pirimiphos- méthyl ou le
fénitrothion).
Dans les régions où l’on a l’habitude de replâtrer les surfaces murales en pisé ou en
ciment, on a essayé d’incorporer l’insecticide au plâtre avant de l’appliquer. Cette
méthode n’est pas recommandée car on perd ainsi presque tout l’insecticide qui ne
peut plus entrer en contact avec les insectes.
Fig. 1.90. Application d’une peinture insecticide au pinceau.
Pulvérisations spatiales d’insecticides
On utilise parfois des insecticides en aérosols pour détruire les insectes en vol ou au
repos lorsqu’on cherche un résultat immédiat, ce qui est le cas par exemple en
situation d’épidémie ou en présence de fortes densités d’insectes incommodants qui
menacent la santé publique (Fig. 1.91). Comme l’action insecticide n’est pas très
durable, il faut en général recommencer les pulvérisations un certain nombre de fois.
On peut appliquer cette méthode à l’intérieur et aux alentours des habitations en
milieu urbain ou rural et même aussi traiter les lieux de repos extérieurs des insectes,
situés par exemple dans des zones de végétation dense ou des marécages d’eaux
saumâtres. Il faut disposer d’un équipement spécial, par exemple, de brumisateurs
motorisés portés sur le dos ou de nébulisateurs thermiques avec bretelle d’épaule. Il
existe également des générateurs d’aérosols montés sur véhicule ou aéronef. Les
pulvérisations spatiales se font également au moyen de générateurs de brouillard
thermique ou froid ou encore sous volume ultrafaible (128, 129).
Acceptation des pulvérisations spatiales par les communautés
De nombreuses communautés s’inquiètent de l’utilisation d’insecticides qui sont
susceptibles d’avoir des effets nocifs sur la santé et l’environnement. Il s’ensuit que la
population peut se montrer plus ou moins coopérative, mais dans des proportions qui
varient selon le pays et la localité. Toutefois, si l’on parvient à bien faire passer
l’information, notamment pendant les épidémies ou en cas de nuisance grave, on
pourra obtenir que les habitants répondent plus volontiers à la demande officielle de
laisser portes et fenêtres ouvertes pour que les aérosols ou les brouillards insecticides
pénètrent mieux à l’intérieur. L’épandage d’insecticides au moyen de pulvérisateurs
montés sur véhicules a un caractère ostensible souvent exploité par les dirigeants
politiques désireux de montrer qu’ils font le nécessaire pour réduire les nuisances et la
transmission des maladies.
Fig. 1.91. On peut procéder à des pulvérisations spatiales en situation d’épidémie ou
lorsque la densité des moustiques incommodants devient intolérable.
Les pulvérisations spatiales ont un certain nombre d’avantages et d’inconvénients
comparativement au traitement des murs par des insecticides à effet rémanent.
Avantages:
- effet immédiat sur les populations d’insectes adultes, d’où leur intérêt pour lutter
contre les flambées épidémiques;
- nécessitent moins de main d’œuvre pour un même traitement et permettent de
traiter rapidement des superficies importantes;
- pour un même traitement en zone urbaine la quantité d’insecticide est moindre;
- les moustiques qui ne sont pas au repos dans les habitations sont également tués.
Inconvénients:
- importantes dépenses renouvelables. L’effet des pulvérisations n’a qu’une durée
limitée et on peut être amené à faire de nouvelles pulvérisations;
- le coût de l’équipement est élevé, de même que les frais d’exploitation et d’entretien;
- il est nécessaire de disposer d’un personnel spécialisé pour entretenir et réparer le
matériel;
- en raison des frais élevés, on ne peut guère multiplier les épandages en milieu rural;
- il y a un risque de pollution et de contamination des zones et des organismes qui ne
sont pas visés par le traitement;
- dans certaines régions, les habitants sont réticents à accepter cette technique en
raison des odeurs et parce qu’ils pensent qu’elle peut nuire à leur santé.
Elimination des gîtes larvaires
On trouvera dans ce qui suit des renseignements pratiques sur les moyens d’empêcher
la prolifération des moustiques. Le problème des autres diptères piqueurs n’a pas été
abordé car les méthodes utilisables dans ce cas ne sont généralement pas à la portée
des non spécialistes.
Les moustiques n’ont pas tous les mêmes préférences pour ce qui est de leurs lieux de
ponte. Par exemple, certaines espèces se reproduisent dans des récipients d’eau claire
à proximité ou à l’intérieur des habitations, alors que d’autres préféreront les eaux
polluées d’un réseau d’égouts ou encore des gîtes artificiels ou nature ls en milieu rural.
Pour connaître la nature et le lieu exacts des gîtes larvaires de l’espèce qu’on cherche
à éliminer, il faut généralement s’adresser à un spécialiste qui procédera à une étude
minutieuse. Une fois que l’on a situé les lieux de ponte, les moyens à mettre en œuvre
pour les éliminer peuvent être simples et peu coûteux.
Dans l’environnement domestique, ce genre d’étude a moins d’importance: en effet, la
plupart des gîtes larvaires situés à proximité et à l’intérieur des habitations sont fac iles
à repérer et il n’est pas très compliqué de les éliminer. Les membres de la
communauté peuvent et doivent éliminer tous les gîtes larvaires qu’ils ont pu observer
chez eux, quelle que soit par ailleurs l’importance de l’espèce en cause en tant que
simple nuisance ou vecteur de maladie.
La destruction des larves peut être la seule méthode efficace lorsque les moustiques
ont un comportement exophile et que, par conséquent, ils ne pénètrent pas à
l’intérieur pour se reposer ou se nourrir, ou encore, lorsqu’ils résistent aux insecticides
existants. La destruction des larves a un avantage important: certaines des mesures
mises en œuvre à cet effet assurent une protection permanente. Les moustiques
peuvent être éliminés de manière durable par la modification ou la suppression de
leurs lieux de ponte; c’est ce que l’on entend par suppression des sources de
prolifération. Ces mesures peuvent consister par exemple à couvrir ou à grillager les
récipients ou réservoirs contenant de l’eau, à assécher les marais et les mares,
combler les fossés, les étangs etc... Parmi les mesures à caractère semi-permanent
qu’il faut reprendre de temps à autre, on peut citer l’élimination des déchets et des
récipients susceptibles de servir de gîtes larvaires, le débroussaillage des berges des
étangs et des ruisseaux, la modification du niveau des lacs et des retenues d’eau, le
curage des cours d’eau et la réparation des drains.
Dans les villes comme à la campagne, de nombreux gîtes larvaires résultent de
l’activité humaine et il faut éviter d’en créer dans toute la mesure du possible. On peut
citer par exemple les vieilles bouteilles ou boîtes de conserve, les robinets et les
tuyaux qui fuient, les systèmes de drainage et les réseaux d’égouts mal conçus, les
réseaux d’irrigation défectueux, les trous d’emprunt et les retenues d’eau.
Il est également possible de détruire les larves sans modifier un site. Par exemple, on
peut peupler les retenues d’eau de poissons larvivores ou épandre des produits
toxiques pour les larves: substances chimiques, larvicides bactériens, pétrole ou huiles
larvicides diverses ou encore billes de polystyrènes déposées à la surface de l’eau.
La destruction des larves n’a pas d’effet immédiat sur le nombre des moustiques
piqueurs et il peut s’écouler plusieurs jours, voire plusieurs semaines avant que l’on
constate une réduction appréciable. La destruction des larves protège la communauté
ou les foyers situés dans le périmètre visé plutôt que les individus en tant que tels:
tous ceux qui vivent à proximité de l’endroit où se trouvaient les gîtes larvaires en
bénéficieront. D’un autre côté, les moustiques continueront à sévir si, non loin de là,
subsistent d’autres gîtes larvaires.
La lutte contre les larves consiste à:
- éliminer les lieux de ponte ou les mo difier pour que les larves ne puissent plus s’y
développer;
- rendre les lieux de ponte inaccessibles aux moustiques adultes;
- introduire dans les lieux de ponte des poissons larvivores ou autres prédateurs de ce
genre;
- épandre des larvicides.
Quel est le bien-fondé de la lutte antilarvaire?
La destruction des gîtes larvaires doit s’effectuer aux alentours des établissements
humains, sur un périmètre dont le rayon soit supérieur à la distance de vol des
moustiques visés. Pour de nombreuses espèces, cette distance est de 1,5 à 2 km. Les
mesures de lutte qui n’ont pas un caractère permanent ne doivent pas être
interrompues tant que le moustique se comporte comme un vecteur de maladie. La
somme d’efforts et de dépenses qu’il faut consentir pour obtenir un résultat effectif sur
une zone aussi vaste, varie peu avec la dimension de l’établissement humain à
protéger. Le coût par tête de la lutte antilarvaire est donc plus élevé dans les zones où
la population est clairsemée que dans les zones densément peuplées. En revanche, le
coût par tête des mesures de démoustication dirigées contre les imagos, comme
l’utilisation de moustiquaires traitées ou les pulvérisations d’insecticides à l’intérieur
des logements, est sensiblement le même en milieu rural qu’en milieu urbain. En
milieu urbain, la lutte antilarvaire est souvent plus économique que la destruction des
imagos.
Là où la transmission du paludisme est intense, il faut éliminer la presque totalité des
gîtes larvaires d’anophèles pour que la prévalence de la maladie diminue. En effet,
même si sa densité est fortement réduite, une population d’anophèles peut être en
mesure de maintenir la prévalence du paludisme à un niveau élevé.
Les meilleures conditions de réussite de la lutte antilarvaire sont les suivantes: gîtes
larvaires
- en nombre limité;
- facilement repérables;
- faciles d’accès.
C’est la meilleure option lorsque:
- les moustiques ne pondent que pendant une courte période;
- les mesures dirigées contre les imagos sont inefficaces ou difficilement acceptables
pour des raisons culturelles;
- les mesures visant à une réduction permanente des sources de prolifération sont plus
économiques que celles qui doivent être répétées périodiquement.
Réduction des sources de prolifération
On entend par réduction des sources de prolifération toute mesure qui fait obstacle à la
reproduction des moustiques ou conduit à l’élimination de leurs gîtes larvaires. S’il
s’agit de mesures dont les effets sont durables ou qui conduisent à une modification
permanente du site, on parle de transformation de l’environnement. Lorsqu’il s’agit de
mesures à caractère temporaire qu’il faut reprendre à plus ou moins longue échéance,
on parle d’aménagement de l’environnement. L’assèchement des zones marécageuses,
la bonification des terres et autres mesures à caractère permanent, ont été mises en
œuvre dès le début du siècle. Dans bien des régions, elles ont joué un rôle important
dans l’élimination ou le recul des maladies à transmission vectorielle.
Transformation de l’environnement
Enlèvement ou destruction des gîtes larvaires
On peut procéder à l’enlèvement ou à la destruction des petits récipients tels que
boîtes de conserve, bouteilles, pneus ou coques de noix de coco qui peuvent servir de
gîtes larvaires. C’est d’ailleurs ainsi que l’on procède pour empêcher la prolifération de
Aedes aegypti et de A. albopictus.
Comblement
Le comblement des gîtes larvaires de moustiques au moyen de pierres, de terre, de
plâtras, de cendres ou de déchets représente la mesure la plus durable possible. Elle
convient parfaitement pour la réduction des gîtes larvaires constitués de faibles
dépressions, de trous d’eau, de trous d’emprunt, de fossés ou d’étangs non
entretenus, pour lesquels on n’a pas besoin d’un remblai important. Tant qu’on opère à
petite échelle, il n’est pas nécessaire de disposer de compétences particulières et les
membres de la communauté peuvent faire le travail avec le matériel le plus simple:
pelles, pioches, brouettes, charrettes etc... Pour des travaux de plus grande
envergure, il peut être préférable d’utiliser du matériel lourd: tracteurs et autres
engins motorisés, par exemple. On évitera de remblayer en créant ailleurs d’autres
gîtes larvaires.
Si on utilise des déchets comme remblai, on devra les tasser et les couvrir de terre
pour éviter d’attirer les mouches. Après comblement, on ajoutera de la bonne terre et
on nivellera le tout pour rendre le site agréable et utilisable éventuellement comme
terrain à bâtir, aire de jeux etc... On peut envisager une collaboration avec des firmes
industrielles, des entreprises agricoles ou des services publics pour leur demander de
faire déposer gratuitement leurs rebuts sur le site par leurs propres camions.
Lorsque l’on envisage de remblayer des superficies très importantes, on peut utiliser
pour un prix modique les déblais d’une mine, les matériaux de draguage d’un port, les
débris d’immeubles en démolition etc...
Drainage
Pour drainer l’eau d’un terrain, on peut mettre en place un réseau de drains et de
chenaux à ciel ouvert avec vannes, canalisations souterraines et système de pompage.
Un drainage correct réduit la prolifération des moustiques, mais il est vrai que les
réseaux de drainage utilisés en agriculture ou pour l’évacuation des eaux d’égout et
des eaux de pluie constituent souvent eux-mêmes d’importants gîtes larvaires par
suite de fautes de conception et d’un entretien insuffisant. Les fuites, les obstructions,
les poches d’eau et les petites flaques résiduelles créent souvent de bons lieux de
ponte pour les moustiques. La conception et la construction d’un réseau de drainage
sont des tâches complexes qui nécessitent l’intervention d’ingénieurs. Toutefois,
certaines installations de taille modeste destinées à éviter la prolifération des
moustiques sont à la portée de personnes moins qualifiées disposant d’un équipement
de base (130).
Fossés à ciel ouvert
Le creusement de fossés à ciel ouvert ne pose pas de problèmes. Ces fossés ont pour
but d’éviter l’accumulation des eaux de pluie en excès dans les dépressions du sol et
de permettre l’assèchement des zones marécageuses, des trous d’emprunt, des mares
et autres collections d’eau superficielles.
Schéma général du réseau. L’eau s’écoule par les fossés jusqu’à un exutoire situé en
contrebas et qui débouche dans un émissaire: rivière, ruisseau, étang, puits perdu ou
fossé collecteur principal. Les fossés doivent suivre le cheminement naturel de l’eau à
la surface du sol. Pour éviter l’érosion de leur surface intérieure, il faut s’arranger pour
qu’ils soient aussi rectilignes et courts que possible. Dans la mesure du possible, il faut
également éviter les coudes brusques (Fig. 1.92).
A côté du fossé collecteur principal, il peut y avoir plusieurs fossés latéraux ou
secondaires destinés à recueillir l’eau, mais qui ne débouchent pas immédiatement
dans le collecteur. Toutefois, il vaut mieux qu’il y en ait le moins possible pour réduire
l’entretien.
Au point de jonction avec le collecteur, le fossé latéral doit faire un angle d’environ 30
degrés avec la direction du courant. Si l’angle est plus ouvert, le courant provenant du
fossé latéral risque de provoquer une érosion de la paroi opposée du collecteur. Il est
préférable que le fossé latéral débouche légèrement au-dessus du niveau normal de
l’eau du collecteur.
Pente. Pour que l’eau s’écoule avec une vitesse suffisante, il faut que la pente soit
comprise entre 1 et 5 cm pour 10 m. Si la pente est trop forte et la vitesse trop élevée,
il y aura érosion du fond et des parois des fossés.
Forme (section). La section optimale à donner au fossé dépend, entre autres, de la
texture du sol. Dans un sol stable - argileux, par exemple - on peut avoir des parois
verticales, mais dans un sol sablonneux on peut être amené à leur donner une
inclinaison de 4:1, c’est à dire 40 cm horizontale ment pour 10 cm verticalement. Dans
la plupart des sols, l’inclinaison des parois est de 1:1 à 2:1.
Profondeur. Elle dépend de la hauteur de la zone à drainer et du dégorgement. Le fond
de fouille doit être 15 cm plus bas que le fond de la mare, du marécage ou autre à
drainer.
Déblai La fouille doit commencer au niveau du dégorgement et progresser de l’aval
vers l’amont. Les dépressions du sol seront comblées au moyen des déblais.
Si on décide de laisser les déblais le long de la tranchée, il faut les étaler ou les
entasser de manière à constituer de chaque côté un talus de remblai régulier que l’on
situera à une certaine distance du bord pour éviter que la terre ne soit entraînée à
l’intérieur du fossé. Le talus de remblai qui longe la tranchée doit être percé de rigoles
rapprochées pour permettre l’évacuation des eaux dans le fossé (Fig. 1.93).
Fig. 1.92. Assèchement des mares. a) bonne disposition; b) mauvaise disposition
(131).
Fig. 1.93. Talus de remblai constitué d’une levée de terre située à une certaine
distance du bord d’un fossé. Des rigoles, disposées de loin en loin perpendiculairement
au talus, permettent l’évacuation des eaux dans le fossé (132).
Fig. 1.94. Plaque en béton moulé utilisée pour le revêtement des fossés (131).
Revêtement des fossés. Si nécessaire, on peut maçonner les bords du fossé pour les
stabiliser, ce qui est également possible, plus simplement, au moyen de briques, de
perches ou de gazon. En général, cette stabilisation est nécessaire lorsque
l’écoulement des eaux est turbulent, par exemple à proximité d’un coude, ou à la
jonction d’un fossé latéral avec un collecteur. Le revêtement améliore le
fonctionnement des fossés de drainage et réduit les dépenses d’entretien. Les fossés
durent plus longtemps, ils sont plus faciles à nettoyer, demandent moins de
surveillance et finalement reviennent moins cher que les tranchées à ciel ouvert. De
toute façon, les tranchées à ciel ouvert ne sont d’aucune utilité dans les régions qui
connaissent de fortes précipitations.
On peut constituer un revêtement rudimentaire de pierres plates dont on bouche les
interstices avec des petits cailloux maintenus par du ciment. Une autre solution
consiste à construire une dalle de béton de 4 à 5 cm d’épaisseur, renforcée par un un
trellis de fil de fer. On a également l’habitude d’utiliser des plaques préfabriquées
jointives. Elles sont généralement en béton et mesurent de 60 à 70 cm. Leur section
représente une portion de cylindre et elles comportent un joint qui en facilite la pose
dans un fossé spécialement préparé (Fig. 1.94). Dans les fossés de grande dimension,
on peut les surmonter de plaques de gazon ou de béton (Fig. 1.95). Il n’est pas
toujours nécessaire de poser un revêtement dans un fossé de petite dimension; en
général, il suffit de revêtir le fond et les parois jusqu’à une hauteur de 8 cm au-dessus
du niveau normal de l’eau. Les bords doivent être débarrassés de la végétation.
Caniveaux d’assainissement. Lorsqu’il faut faire passer un drain sous une route ou une
banquette, on a recours à un caniveau d’assainissement auquel on donne une pente
plus importante pour éviter tout colmatage par accumulation de débris et de vase (Fig.
1.96). Ces caniveaux peuvent être en bois, en béton, en tôle ondulée ou en plastique.
Ces deux derniers matériaux sont préférables car ils ont une meilleure résistance à
l’effort que les autres. On peut confectionner des canalisations bon marché avec de
vieux fûts de pétrole dont on a enlevé le fond.
Fig. 1.95. Fossé revêtu de béton et de gazon (131).
Fig. 1.96. Disposition correcte et incorrecte d’un caniveau d’assainissement (adapté
de 131).
Drainage par réseaux enterrés
Ce type de drainage est plus coûteux que le drainage à ciel ouvert et son intérêt est
donc limité en ce qui concerne la démoustication. On fait appel à cette méthode
lorsque la surface ne peut pas être interrompue par des fossés qui gêneraient la libre
circulation et l’utilisation des sols ou encore lorsque l’instabilité du sol est telle qu’il est
impossible d’assurer la permanence des fossés. Ce système a l’avantage d’éviter tout
colmatage par des végétaux ou des ordures. En général, il n’exige qu’une surveillance
minimale et il rend inutile le recours à des mesures antilarvaires supplémentaires,
comme l’épandage d’insecticides ou d’huiles minérales.
Le drainage souterrain est souvent utilisé dans les zones irriguées pour assainir les
terrains et améliorer la production agricole. En Malaisie, on a mis en place des réseaux
enterrés spécialement conçus pour éviter la prolifération des moustiques, le but étant,
dans un premier temps, de faire baisser le niveau des nappes phréatiques, de manière
à ce que les eaux de surface s’infiltrent plus facilement. On utilise également ce genre
de réseau enterré pour recueillir les eaux qui ruissellent le long des pentes et drainer
les torrents qui dévalent les hauteurs.
Pour réaliser le plus simplement un drain de ce type, il suffit de combler un fossé
profond avec de grosses pierres qui offrent peu de résistance au passage de l’eau. On
recouvre ensuite les pierres avec des feuilles - de palmier par exemple - , des aiguilles
de pin ou du sable grossier pour jouer le rôle de filtre (Fig. 1.97). On évite ainsi que de
la vase ou de l’argile ne vienne colmater la partie basse du drain. On peut aussi garnir
le fond du drain de grosses perches de bois (bambou, par exemple) ou de demi-coques
de noix de coco renversées, après quoi on recouvre de grosses herbes ou de détritus
et d’une couche finale de terre.
Les tuyaux en grès vernissé peuvent servir à constituer des drains efficaces. On les
dispose bout à bout sur le fond d’une tranchée de faible profondeur, à environ 0,5-2 m
en dessous du niveau du sol. On évite d’étanchéifier les joints de manière à ce que
l’eau puisse pénétrer. A leur partie supérieure, les joints sont recouverts de détritus,
de feuilles, de bandes de papier kraft, de plastique ou autre matériau résistant de
façon à réduire l’envasement (Fig. 1.98). Il faut disposer les tuyaux de manière
rigoureusement rectiligne en leur donnant une pente comprise entre 1:200 et 1:400,
selon la quantité d’eau à évacuer. Les eaux grasses et les ordures ménagères ne
doivent absolument pas pénétrer dans le réseau. Là où les tuyaux sont proches de la
surface, il faut construire des pontets pour éviter que des véhicules ne les écrasent.
Fig. 1.97. Section d’un simple drain enterré: il s’agit d’un fossé empierré recouvert de
sable grossier (130).
Fig. 1.98. Drain enterré constitué de tuyaux en grès dont les joints ne sont pas
étanchéifiés. Les joints sont recouverts d’un collier d’argile, de papier kraft ou de tout
autre matériau résistant (133).
Eucalyptus
On peut planter des eucalyptus pour assainir des terrains marécageux ou des parcelles
très proches de la nappe phréatique (Fig. 1.99). Les espèces à pousse rapide et très
avides d’eau conviennent particulièrement bien. L’arbre capte l’eau du terrain qui
s’évapore ensuite au niveau des feuilles. Pour assurer une évaporation optimale, il faut
planter les arbres à bonne distance. La valeur commerciale des arbres est un avantage
supplémentaire de la méthode.
Pose de grillages et de couvertures sur les gîtes larvaires
Les gîtes larvaires potentiels constitués d’habitats clos de dimensions modestes
(citernes d’eau potable ou puits, par exemple) doivent être rendus inaccessibles aux
moustiques adultes. Dans certains cas, on peut les munir de couvercles ou de
couvertures amovibles, par exemple en grillage (voir p. 158). On peut empêcher les
moustiques de pénétrer dans les puits en les dotant d’une couverture en ciment et en
les équipant d’une pompe à bras. On peut également protéger les latrines contre les
insectes au prix d’une meilleure conception (voir p. 163). Une méthode un peu moins
orthodoxe consiste à recouvrir entièrement la surface de l’eau avec un matériau
impénétrable aux moustiques. Les billes en polystyrène expansé et les plantes à
pousse rapide qui flottent à la surface de l’eau, comme les Azolla (p. 179), en
constituent un exemple.
Billes en polystyrène expansé
On peut étaler des billes de polystyrène expansé à la surface de l’eau pour constituer
une couche flottante (Fig. 1.100). Une couche d’une épaisseur de 1 à 2 cm suffit pour
empêcher la prolifération des moustiques si elle recouvre la totalité de la surface. Ne
pouvant plus parvenir à la surface pour respirer, les larves meurent. Les billes ne sont
pas dégradables et restent en place pendant des années. Toutefois, comme elles sont
facilement dispersées par le vent ou les courants, on ne peut les utiliser que là où l’eau
reste confinée à l’intérieur d’une enceinte. Les billes de polystyrène ne sont toxiques ni
pour l’Homme, ni pour l’animal - les poissons en particulier - et on peut donc les
utiliser sans risque pour protéger les réserves d’eau potable (134-140).
Fig. 1.99. Des eucalyptus à pousse rapide assainissent des basses-terres
marécageuses et évitent la prolifération des moustiques.
Fig. 1.100. Une couche de billes en polystyrène expansé empêche les larves de venir
respirer à la surface de l’eau.
Fabrication et mise en place. On utilise souvent, pour rembourrer les emballages, des
billes de polystyrène expansé comprimées sous forme de blocs. En désagrégeant ces
blocs, il est possible d’obtenir une petite quantité de billes. L’industrie pétrochimique
produit de grandes quantités de billes de polystyrène non expansé contenant du
pentane en solution solide. Il suffit de chauffer les billes à 100 °C à la vapeur ou au
bain- marie pour provoquer leur expansion. Sous l’action de la chaleur, le plastique se
ramollit et le pentane, en passant à l’état gazeux, provoque une expansion de la bille
qui peut atteindre 30 fois son volume initial. Ces billes expansées peuvent être
produites par des ateliers spécialement équipés et transportées sur les lieux
d’épandage dans des sacs ou des fûts.
Les billes de polystyrène sont plus faciles à transporter sous forme non expansée,
notamment sur de longues distances. Une fois sur place, il suffit, comme on l’a vu, de
plonger les billes dans un récipient d’eau bouillante pour provoquer leur expansion
(Fig. 1.101). Pour cela on verse les billes dans l’eau à raison de la valeur d’une tasse à
la fois, on agite et on les retire à l’aide d’une passoire. Avec cette méthode, l’expansion
des billes n’est que de 15 à 20 fois leur volume initial. Il faut que les billes restent bien
scellées jusqu’à ce qu’on les plonge dans l’eau, sans quoi des fuites de pentane se
produiront et le diamètre final des billes s’en trouvera réduit. Pour détruire les larves
de moustiques, ce sont les billes d’un diamètre initial de 2 mm qui conviennent le
mieux. Une trentaine de litres de billes (environ trois seaux) pèse environ 1,25 kg et
suffit pour couvrir 3 m2 d’eau sur une épaisseur de 1 cm.
Fig. 1.101. On peut fabriquer sur place des billes en polystyrène expansé à partir de
billes normales en les plongeant dans de l’eau bouillante.
Aménagement de l’environnement
L’aménagement de l’environnement n’a pas le caractère définitif d’une transformation
du site et il faut intervenir à nouveau de temps à autre pour obtenir un résultat. Cette
méthode, qui vise à éliminer une espèce bien déterminée de moustique, dépend en
grande partie du comportement de l’insecte. Les mesures à prendre peuvent être très
simples et peu coûteuses, mais elles supposent au préalable une étude minutieuse du
vecteur. On peut ainsi avoir à consulter des spécialistes de la démoustication qui
indiqueront à la communauté et aux organismes sanitaires quelles sont les méthodes
les mieux adaptées aux conditions locales.
Fluctuation du niveau des eaux
Dans les grandes retenues d’eau destinées à la consommation humaine ou à
l’irrigation, les fluctuations de niveau réduisent la prolifération des moustiques par les
mécanismes suivants:
- les larves sont refoulées sur les bords;
- les larves sont délogées de leurs habitats végétaux le long des berges et sont donc
plus exposées à l’action des vagues et à la prédation par les poissons;
- la végét ation des berges où les larves peuvent trouver refuge devient plus
clairsemée.
Il faut que ces fluctuations se produisent à intervalles de durée inférieure à la vie des
larves, c’est-à-dire environ 7 à 10 jours. Le niveau de l’eau doit varier en général de
30 à 40 cm (voir p. 173).
Dans les régions rizicoles, on lutte contre les moustiques par une irrigation
intermittente (voir p. 179).
Chasse par délestage
Le principe est le même que pour les fluctuations du niveau des eaux. On l’utilise dans
les petits cours d’eau où l’abondance et la continuité du courant en même temps que
sa lenteur permettent aux moustiques de se reproduire dans des gîtes tranquilles à
proximité des berges. En libérant périodiquement un important volume d’eau dans le
lit du cours d’eau, on balaye les œufs, les larves et les nymphes situés sur les bords ou
on les refoule sur les berges.
Afin de recueillir un volume d’eau suffisant pour effectuer cette chasse, on érige un
petit barrage dans le secteur où se reproduisent les moustiques. Le barrage doit être
situé là où le cours ou la voie d’eau se rétrécit et où les berges sont hautes. Il doit être
doté d’une vanne à commande manuelle ou mécanique ou encore d’un siphon
automatique, qui permettent de libérer l’eau une fois par semaine. Ce dispositif
suppose un important investissement initial, mais il est durable et n’exige guère
d’entretien. On l’utilise dans les plantations de thé et d’arbres à caoutchouc de l’Asie
du sud-est pour lutter contre Anopheles minimus et A. maculatus.
Modification de la salinité de l’eau
On peut démoustiquer les lagons et les marécages du littoral en y faisant pénétrer de
l’eau de mer. La plupart des espèces ne sont pas capables de supporter
l’accroissement de la teneur en sel que cela entraîne. Les lagons peuvent être reliés à
la mer par un chenal muni de vannes (voir encadré p. 172) par de simples drains ou
caniveaux d’assainissement.
Ombragement des berges
Là où les moustiques ont une préférence pour des gîtes larvaires partiellement ou
totalement exposés au soleil, on peut les empêcher de se reproduire en plantant des
buissons et des arbres le long des berges pour les ombrager fortement. Cette méthode
est utilisée avec succès dans les plantations de thé de l’Assam, en Inde, pour lutter
contre Anopheles maculatus et A. minimus.
Eclaircissage de la végétation
En éclaircissant la végétation, on risque d’accroître la prolifération des espèces de
moustiques qui ont une prédilection pour les eaux ensoleillées. Cependant, certaines
espèces ont besoin de gîtes larvaires aquatiques situés à l’ombre et on peut donc les
combattre efficacement par un éclaircissage de la végétation, comme c’est le cas pour
Anopheles bolabacensis au Sabah (Malaisie). Cette méthode a aussi l’avantage de
supprimer les lieux de repos des moustiques adultes. En outre, elle favorise
l’évaporation et l’assèchement des petites collections d’eau et rend les gîtes larvaires
plus facilement repérables par les équipes de démoustication.
Elimination des plantes aquatiques
Pour pouvoir respirer, les larves et les nymphes de Mansonia se fixent aux parties
immergées des plantes aquatiques. Dans les mares et les marécages où cette espèce
pullule, on peut l’empêcher de proliférer en arrachant et en détruisant périodiquement
la végétation (voir p. 175). Il est possible de lutter contre d’autres espèces de
moustiques en éliminant la végétation qui dissimule les larves aux poissons larvivores
et les protège des vagues et des courants. Dans les gîtes larvaires de petite dimension,
comme les trous d’emprunt et les mares, par exemple, on peut désherber à la main et
c’est une tâche dont les membres de la communauté voisine peuvent parfaitement
s’acquitter en s’aidant de râteaux ou autres outils de ce genre. Si les gîtes sont plus
étendus, on pourra épandre des herbicides ou introduire des poissons herbivores, des
carpes par exemple (voir p. 175).
Quelquefois, comme c’est le cas dans les forêts marécageuses de certaines régions
d’Indonésie et de Malaisie, il est impossible d’éliminer ou de détruire la végétation,
étant donné l’étendue de la zone où sont situés les gîtes larvaires.
Rectification des berges
On peut rectifier les berges des cours d’eau, des fossés et des étangs en leur donnant
un tracé rectiligne et en augmentant leur pente. De la sorte, il y a mo ins d’endroits de
faible profondeur propices à la reproduction des moustiques et le courant devient plus
rapide.
Lutte biologique
La lutte biologique contre les moustiques et autres espèces nuisibles consiste à
introduire dans leurs biotopes des espèces qui sont leurs ennemis naturels, par
exemple, des parasites, des micro-organismes pathogènes ou des prédateurs. Il peut
s’agir d’insectes, de virus, de bactéries, de protozoaires, de champignons, de végétaux
divers, de nématodes ou de poissons. Pour pouvoir utiliser ces agents biologiques de
manière efficace, il faut une bonne connaissance de la biologie et du comportement
des insectes à combattre ainsi que des conditions locales. C’est probablement
lorsqu’elles sont utilisées conjointement à d’autres que ces méthodes donnent les
meilleurs résultats, par exemple, parallèlement à un aménagement de l’environnement
ou à l’épandage de larvicides dépourvus de toxicité pour les agents de lutte biologique.
Un certain nombre d’organismes se sont révélés efficaces contre les larves de
moustiques.
Les plus importants sont les suivants:
- poissons qui se nourrissent de larves de moustiques (poissons larvivores);
- moustiques prédateurs du genre Toxorhynchites, dont les larves se nourrissent des
larves d’autres moustiques;
- libellules dont les larves se nourrissent de larves de moustiques;
- copépodes cyclopoïdes: petits crustacés qui s’attaquent aux larves de moustiques du
premier et du deuxième stade;
- nématodes qui parasitent les larves de moustiques;
- champignons qui se développent dans l’organisme des larves de moustiques;
- larvicides bactériens, qui sont des toxines produites par Bacillus thurigiensis H-14 et
par B. sphaericus;
- l’huile de neem, extraite du neem, un arbre dont le nom scientifique est Azadirachta
indica. Elle est dotée de propriétés larvicides;
- Azolla, une fougère flottante, qui peut recouvrir des plans d’eau entiers, les rendant
impropres à la reproduction des moustiques.
De tous ces agents, seuls deux sont largement utilisés: les poissons larvivores et les
larvicides bactériens. Ces derniers seront étudiés dans la partie consacrée aux
larvicides.
Poissons larvivores
Les poissons larvivores se nourrissent de larves de moustiques. On les utilise un peu
partout dans le monde pour tenter de se débarrasser des moustiques incommodants et
de contenir le paludisme ou d’autres maladies transmises par des moustiques.
On recherche en général des espèces ayant les caractéristiques suivantes:
- préférence pour les larves de moustiques par rapport à d’autres types de proies
présentes à la surface de l’eau;
- petite taille permettant d’accéder facilement aux eaux peu profondes et de pénétrer
dans la végétation;
- reproduction rapide dans les petites collections d’eau;
- tolérance vis-à-vis des eaux polluées, des fluctuations de la salinité et de la
température; capables de bien supporter le transport;
- de préférence originaires de la région que l’on se propose de démoustiquer.
On a évalué l’efficacité d’un certain nombre d’espèces locales et plusieurs d’entre elles
se sont révélées intéressantes. Il s’agit, pour la plupart, de carpes (Poeciliidés et
Cyprinodontidés) de petite taille popularisées comme poissons d’aquarium. Les stades
juvéniles - mais pas les adultes - d’espèces de plus grande taille peuvent aussi se
nourrir de larves de moustiques. Parmi les espèces que l’on utilise avec le plus de
succès dans différents pays, on peut citer la gambusie (Gambusia affinis) et le guppy
(Poecilia reticulata). La gambusie est très efficace en eau claire, tandis que le guppy
peut être utilisé avec profit dans des eaux polluées (141, 142). Le guppy supporte
mieux les températures élevées que la gambusie et il est donc sans doute plus efficace
dans les rizières des régions chaudes. Toutefois, contrairement à la gambusie, le
guppy ne peut pas survivre aux températures inférieures à 10 °C. D’autres espèces,
telles que Cynolebias, Nothobranchius et Aphyosemion, pondent des œufs capables
résister à la sécheresse et on peut les utiliser dans les gîtes larvaires qui s’assèchent
temporairement, comme les trous d’emprunt et les rizières irriguées (143).
Aire d’extension initiale de quelques poissons larvivores appartenant aux
cyprinodontidés
Afrique tropicale et sub-tropicale
Aphanius
Aphyosemion
Epiplatys
Nothobranchius
Inde et Asie du sud-est
Aplocheilus
Macropodus
Amérique centrale et Amérique du sud
Fundulus
Jordanella
Rivulus
Gambusia
Girardinus
Heterandria
Poecilia (Lebistes)
Limia
Cynolebias
Il faut éviter d’importer des poissons exotiques et s’assure r que les espèces locales
peuvent convenir. Une fois lâchés dans la nature, les poissons qui appartiennent à des
espèces importées risquent de poser des problèmes écologiques en se substituant aux
espèces locales ou en s’attaquant à d’autres organismes aquatiques. Toutefois, dans
les gîtes larvaires artificiels isolés de l’environnement naturel, on peut utiliser sans
problèmes ces espèces importées. Il s’agit notamment des réservoirs et des citernes
d’eau potable, des piscines, des bassins de jardin et des points d’eau en milieu
désertique. On peut y lâcher des gambusies sans risque qu’elles s’échappent dans la
nature.
Avantages et inconvénients des poissons larvivores
Avantages
• Si le milieu leur convient, les poissons peuvent s’y établir et constituer un moyen
auto-entretenu de lutte contre les moustiques.
• Introduire et maintenir des poissons dans un gîte larvaire ne revient pas très cher en
général et cela ne nécessite pas d’équipements complexes et coûteux.
• Les poissons sont écologiquement sans danger et ne rendent pas l’eau impropre à la
consommation.
Inconvénients
• Les poissons ne sont efficaces que s’ils s’établissent en grand nombre dans le gîte
larvaire et même dans ce cas, ils ne parviennent pas à faire complètement obstacle à
la prolifération des moustiques. Ceux-ci peuvent continuer à se reproduire à densité
plus faible. Pour les tenir totalement en échec, il faut prendre encore d’autres mesures,
par exemple, épandre des larvicides non toxiques pour les poissons.
• La destruction des larves au moyen de poissons prédateurs peut prendre 1 à 2 mois;
cette méthode ne convient donc pas lorsqu’on escompte un résultat rapide.
• Les poissons sont moins efficaces lorsque la végétation aquatique est dense ou que
des ordures flottent à la surface; ces obstacles doivent être éliminés.
• Il faut des bassins spéciaux pour l’élevage des poissons; leur transport et leur conservation
exigent beaucoup de soins.
Dans les étangs et les marécages où la végétation est luxuriante, le poissons larvivores
ne sont pas très efficaces car ils ont de la peine à trouver les larves de moustiques.
Des poissons de plus grande taille comme la carpe (Cyprinus carpio) (144), le gourami
géant (Osphronemus goramy) (145) et le tilapia (Tilapia ou Oreochromis
mossambicus) (146) peuvent permettre aux poissons larvivores d’atteindre les larves
en déracinant et en dévorant la végétation. Ces gros poissons peuvent en outre
constituer une source de nourriture pour les populations du lieu (147). Dans certains
pays, on élève des poissons à la fois pour la consommation et pour la destruction des
larves de moustiques dans des biotopes divers. Des cichlidés, tels que Oreochromis
mossambicus, O. niloticus et O. spiluris se sont révélés intéressants à cette fin en
Indonésie, en Malaisie, en Somalie et au Soudan (148, 149). La carpe commune,
Cyprinus carpio et une carpe d’un autre genre, Ctenopharyngodon idella, s’utilisent
avec succès dans le sud de l’Inde (144) et en Chine. Les poissons larvivores peuvent
également servir de nourriture aux gros poissons destinés à la consommation
humaine.
Elevage des poissons larvivores
Dans les régions où certains biotopes contiennent souvent des poissons larvivores, on
peut les utiliser pour y prélever des spécimens qui serviront ensuite à empoissonner
les gîtes larvaires de moustiques. Cela se pratique souvent dans les régions
relativement sèches où la présence de l’eau se limite aux canaux, fossés, puits etc...
Les poissons ne s’y trouvent pas toujours en très grand nombre, mais on peut de la
sorte finir par empoissonner très largement les étendues d’eau (150, 151).
Pour pouvoir disposer d’une source ininterrompue de poissons, il est nécessaire de les
élever dans des bassins spéciaux. Des bassins ou étangs de ce genre sont déjà
largement utilisés pour l’élevage de poissons destinés à la consommation humaine et
on peut y élever simultanément des poissons larvivores. On peut constituer des levées
de terre avec les déblais provenant de l’excavation des bassins. Ces levées sont
formé es de couches de terre d’environ 20 cm qu’il faut humidifier et tasser l’une après
l’autre. L’herbe et les autres végétaux qui poussent sur les levées peuvent les protéger
de l’érosion. Le sommet de la levée doit se trouver à au moins 30-50 cm au-dessus de
la surface de l’eau. On utilise aussi avec succès de grandes citernes en ciment pour
élever les poissons. Pour protéger les jeunes poissons contre les poissons plus âgés, il
faut qu’il y ait suffisamment d’espace et de végétation. Une collectivité peut élever des
poissons larvivores pour son usage personnel et pour en distribuer ensuite aux
ménages et aux agriculteurs. On peut augmenter la production par une utilisation
judicieuse d’aliments artificiels tels que déchets organiques, déjections animales etc...
Il faut empêcher la prolifération des algues, qui consomment de l’oxygène,
éventuellement en épandant des herbicides.
Transport et distribution
Le meilleur moyen de transport consiste à utiliser de petits récipients d’une capacité
pouvant aller jusqu’à 40 litres, par exemple des seaux en plastiques ou des jerrycans,
ou encore des sacs en plastique résistant que l’on remplit à moitié avec l’eau du bassin
d’élevage (Fig. 1.102). Avant de libérer les poissons dans leur nouvel habitat, il faut
ajouter dans les récipients ou les sacs, de l’eau qu’on aura prélevée dans cet habitat,
afin d’éviter aux poissons le choc que constituerait pour eux un changement soudain
d’eau et de température. Si le transport doit durer plusieurs heures ou davantage, il
faut prévoir une alimentation en oxygène et éviter de trop grandes variations de
température. En refermant les récipients, on veillera à laisser un vide d’air
correspondant à environ un tiers du volume. Il ne faut pas que les poissons soient trop
nombreux dans les sacs ou les récipients et ceux-ci devront être enveloppés dans des
linges humides ou placés dans des boîtes en carton ou en polystyrène avec un
dispositif quelconque de régulation de la température. Pour empoissonner de petits
gîtes larvaires, on peut utiliser des seaux contenant, par exemple, 50 gambusies dans
8 litres d’eau. Six gambusies suffisent pour une mare ou un bassin de 5 à 10 m2 avec
peu de végétation aquatique (151).
Fig. 1.102. On peut transporter les poissons depuis leur bassin d’élevage jusqu’à
l’endroit où l’on veut les introduire en utilisant un sac de plastique à demi rempli d’eau.
Des espèces efficaces de poissons larvivores
La gambusie, Gambusia affinis
C’est l’espèce qui est la plus largement utilisée pour combattre les larves de
moustiques. Avec le guppy, elle appartient à une famille de carpes vivipares, les
poeciliidés. Leur bouche est spécialement adaptée pour qu’elles puissent happer leurs
proies en surface. Elles sont originaires d’Amérique centrale mais, vu les succès
qu’elles remportent dans la lutte contre les moustiques, on les a introduites dans de
nombreuses régions du monde. Ces poissons peuvent résister à d’importantes
fluctuations de température ainsi qu’à la pollution de l’eau, mais c’est dans les eaux
relativement claires et modérément chaudes qu’ils ont le meilleur rendement (152).
Taille réelle (reproduit de 152)
Le guppy, Poecilia reticulata
Comme la gambusie, il s’agit d’une sorte de carpe vivipare capable de happer sa
nourriture en surface. Elle est originaire d’Amérique du sud et s’est popularisée comme
poisson d’aquarium. On l’a introduite dans de nombreux pays pour lutter contre les
moustiques, notamment en Amérique du sud et en Asie. Ce poisson est mieux adapté
aux températures élevées que la gambusie et il supporte des eaux fortement polluées.
C’est pour cette raison qu’il est particulièrement efficace contre les moustiques du
genre Culex, qui se reproduisent dans des eaux chargées de polluants organiques
(153).
Taille réelle (reproduit de 153)
Le panchax, Aplocheilus panchax
Cette carpe ovipare se rencontre sur le sous-continent indien, en Indonésie, en
Malaisie et au Sri Lanka, où elle est répandue dans les rizières et les fossés. Elle joue
un rôle important dans la démoustication (154). Ce poisson peut supporter la pollution
et des températures de 20 à 45 °C.
Figure
Taille réelle (reproduit de 154)
Le poisson perle d’Argentine, Cynolebias bellotii
C’est un des poissons annuels que l’on rencontre en Amérique du sud et en Afrique. Il
est incapable de se reproduire dans des étendues d’eau permanentes et ne peuple que
des biotopes dont l’eau disparaît tous les 2 à 3 mois ou au moins une fois par an. Les
œufs, qui survivent à la sécheresse enfouis dans le sol, peuvent être concentrés,
transportés et dispersés dans un matériau légèrement humide. Ils éclosent quelques
heures après recouvrement de la terre par les eaux. Bien qu’on n’ait guère évalué les
possibilités de ces poissons, il semble qu’ils puissent rendre service dans les trous
d’emprunt, les étangs qui sont à sec une partie de l’année ainsi que dans les rizières et
les pâturages irrigués où les autres poissons ne peuvent pas survivre (153).
Taille réelle (reproduit de 153)
Le tilapia, Oreochromis (Tilapia ) mossambicus
Ce cichlidé se rencontre en Afrique orientale. On l’élève avec succès dans les rizières
irriguées où il sert à la fois d’arme contre les moustiques et de nourriture pour
l’Homme. A la température optimale de 22°C, il se reproduit très rapidement. Cette
espèce est capable de vivre et de se reproduire dans des eaux douces ou saumâtres
(146).
(taille réelle 20 cm; © OMS)
La carpe, Cyprinus carpio
On élève ce poisson comestible dans les rizières irriguées, les fossés et les étangs.
C’est un poisson robuste qui préfère les eaux riches et peu profondes, avec des fonds
vaseux et une végétation importante. Il se multiplie lorsque la température de l’eau
dépasse 18°C. Les alevins se nourrissent de larves de moustiques et les adultes de
diverses plantes aquatiques ou d’algues, mais ne s’attaquent pas aux plants de riz. On
peut utiliser la carpe pour combattre à la fois les moustiques et les mauvaises herbes
aquatiques (753).
(taille réelle 32 cm; reproduit de 153).
Les larvicides
On épand des larvicides sur les gîtes larvaires pour tuer les larves de moustiques. Vers
la fin du 19ème siècle on utilisait déjà des huiles de pétrole pour la démoustication,
avant même d’avoir élucidé le rôle de ces insectes dans la transmission des maladies.
On utilisait aussi un dérivé de l’arsenic, le vert de Schweinfurt (appelé aussi vert de
Paris), que l’on dispersait à la surface de l’eau sous forme de poudre pour détruire les
larves d’anophèles qui venaient y chercher leur nourriture. Ces larvicides sont
maintenant remplacés par des produits plus modernes, mais les huiles de pétrole sont
encore utilisées à petite échelle. Leurs avantages et leurs inconvénients sont énumérés
à la page 143. Les larvicides peuvent agir comme poisons gastriques, que les larves
doivent ingérer en prenant leur nourriture, ou encore comme poisons de contact, qui
pénètrent dans l’organisme de la larve en traversant la paroi chitinisée ou en
empruntant les voies respiratoires. On utilise des larvicides pour traiter les gîtes
larvaires que l’on ne peut ni assécher, ni combler et sur lesquels toute autre mesure,
qu’il s’agisse de l’emploi de poissons prédateurs ou d’un aménagement du site, serait
inopérante ou trop onéreuse.
Vert de Schweinfurt (appelé aussi vert de Paris)
Le vert de Schweinfurt ou acétoarsénite de cuivre, est un dérivé de l’arsenic qui a été
très largement utilisé de 1921 jusque dans les années 40 pour détruire les larves
d’anophèles. Il se présente sous la forme d’une poudre verte pratiquement insoluble
dans l’eau. Les particules de vert de Schweinfurt flottent en surface et provoquent
l’intoxication des larves d’anophèles qui viennent y chercher leur nourriture. Les autres
espèces de moustiques ne sont généralement pas affectées. Ce produit a l’avantage
d’être très bon marché, très efficace contre les larves d’anophèles, facile à transporter
et à distribuer. On n’a pas connaissance d’effets indésirables sur les mammifères, les
poissons et les insectes et une fois traitée, l’eau reste utilisable à des fins domestiques.
Ce produit a occupé une place importante dans l’arsenal des programmes de lutte
antipaludique, mais l’introduction de composés organophosphorés relativement peu
dangereux et extrêmement efficaces en a réduit l’usage.
Huiles de pétrole
L’épandage d’huiles de pétrole à la surface de l’eau pour détruire les larves de
moustiques a été l’une des premières mesures de lutte contre les moustiques (155,
156). Lorsque les larves atteignent la surface pour respirer, elles sont tuées de deux
manières: par asphyxie et par empoisonnement sous l’effet des vapeurs toxiques. Les
huiles larvicides ne sont pas efficaces contre les moustiques du genre Mansonia, car
leurs larves et leurs nymphes ne remontent pas à la surface. L’huile doit être épandue
sous la forme d’une fine pellicule couvrant complètement la surface. Il existe de
nombreuses huiles de qualités diverses que l’on peut utiliser pour la démoustication, et
cela, en fonction des conditions locales. A température élevée, il faut utiliser une huile
épaisse, par exemple du pétrole brut ou du mazout, alors qu’en présence de
végétation, il faut une huile plus légère qui s’étale mieux, comme le kérosène ou le
combustible diesel. Ces huiles tuent très rapidement les larves mais leur effet ne dure
que quelques heures à quelques jours. Comme elles sont relativement onéreuses par
rapport à d’autres larvicides et qu’elles n’ont pas d’effet durable, on les utilise
désormais moins pour lutter contre les moustiques. Elles conservent toutefois un
intérêt particulier là où les moustiques sont devenus résistants aux insecticides.
Comme elles sont très largement disponibles, elles sont intéressantes pour une
utilisation à petite échelle par les ménages ou les collectivités.
Huiles disponibles localement
Pour traiter de petites surfaces, par exemple des latrines à fosse, on peut se contenter
d’une petite quantité de mazout ou d’huile moteur usée provenant d’un garage. Il
existe des spécifications détaillées applicables à de nombreux types d’huiles larvicides
adaptées au traitement de vastes étendues d’eau (151), mais dans la pratique,
l’usager doit souvent se contenter des produits qu’il peut trouver sur place en quantité
importante et à un prix modique. Le combustible diesel et le kérosène (lampant, huile
de paraffine) sont disponibles partout et d’une efficacité équivalente. Le diesel doit être
épandu à raison de 140-190 litres à l’hectare, ce qui rend son utilisation plutôt
coûteuse. En ajoutant un détergent qui permet un meilleur étalement de l’huile, on
peut réduire le coût d’utilisation du diesel, du mazout ou du kérosène de 20 à 75%, car
ainsi on a une meilleure pénétration dans la végétation et dans les eaux polluées.
L’octoxinol convient bien à cet effet, à la dose de 0,5%. On peut également ajouter 1 à
2,5% d’huile végétale, comme l’huile de ricin ou l’huile de noix de coco, qui permettent
aussi un meilleur étalement du larvicide. Un volume de 18 à 50 litres d’huile par
hectare devrait suffire. La quantité exacte dépend avant tout de l’abondance de la
végétation et des débris divers présents à la surface de l’eau ainsi que de l’importance
de la pollution.
Huiles du commerce
On trouve dans le commerce des huiles spéciales contenant des agents tensio-actifs
qui permettent un meilleur étalement et accroissent l’effet toxique des huiles
larvicides. Ces huiles sont sans doute efficaces à la dose de 9 à 27 litres par hectare.
On peut encore améliorer l’efficacité en ajoutant du téméphos. Si on les utilise
convenablement, les huiles légères ne sont pas toxiques pour les poissons, les oiseaux
et les mammifères.
Epandage
On peut épandre les huiles larvicides au goutte à goutte avec un bidon ou un seau ou
les verser carrément avec un bidon à eau. Pour un épandage à grande échelle, il est
préférable d’utiliser un pulvérisateur à pression préalable. Si les étendues à traiter sont
très vastes, il faut procéder par la voie aérienne.
Avantages et inconvénients des huiles larvicides
Avantages
• L’huile est visible à la surface de l’eau et il est donc possible de voir si elle a été
épandue convenablement.
• Pour les petites superficies, comme les trous d’emprunt, les mares, les latrines, les
fossés et les puits perdus, c’est une méthode relativement bon marché et facile à
mettre en œuvre.
• Cette méthode permet de déjouer la résistance des moustiques.
• Aux doses recommandées, les produits utilisés ne sont pas toxiques pour les
mammifères, les poissons et la plupart des espèces non visées.
Inconvénients
• Pour de vastes superficies, la méthode est coûteuse.
• Elle n’est guère efficace en présence de végétation et de débris flottants, qu’il faut
donc éliminer avant de procéder à l’épandage.
• L’effet ne dure normalement que quelques jours
• L’huile recouvre la végétation, les troncs d’arbres etc.
• S’il y a du vent, il va disperser l’huile larvicide.
Larvicides organiques de synthèse
La découverte des insecticides organochlorés en 1940 a conduit la plupart du temps à
abandonner les méthodes traditionnelles de démoustication et à se tourner vers
l’épandage de ces nouveaux composés sur les gîtes larvaires. Au cours des années
cinquante, les insecticides organochlorés ont perdu une grande partie de leur efficacité
par suite de l’apparition d’une résistance chez certaines espèces de moustiques. Il est
également apparu que ces insecticides s’accumulaient durablement dans les tissus
animaux et végétaux. Ces produits ne sont plus recommandés par l’OMS pour la
destruction des larves de moustiques, mais, à l’exception de la dieldrine, on peut
toujours les utiliser sans risque pour traiter les murs des habitations. Les
organophosphorés, les carbamates et les pyréthrinoïdes sont moins persistants car ils
se décomposent rapidement dans l’environnement, aussi en recommande-t-on l’usage
comme larvicides. Il reste que les pyréthrinoïdes sont très toxiques pour les crustacés
et les poissons et ne doivent donc pas être employés en leur présence. Ces produits ne
produisent qu’une contamination temporaire de l’eau et la plupart d’entre eux
disparaissent en une journée, à l’exception des organophosphorés qui peuvent
persister beaucoup plus longtemps.
En présence de moustiques résistants à tous les larvicides classiques, on pourra
envisager de recourir à des huiles larvicides ou à des produits plus coûteux tels que les
régulateurs de la croissance des insectes ou les larvicides bactériens. Ces deux
derniers groupes de composés sont dépourvus de toxicité vis-à-vis des poissons, des
mammifères et de la plupart des autres organismes non visés. Ils se pésentent sous la
forme de briquettes à libération lente et leur activité rémanente dans les eaux
stagnantes de volume relativement faible est meilleure que celle de tous les autres
larvicides.
Des organophosphorés comme le téméphos, le fenthion et le chlopyrifos (Tableau 1.5)
comptent parmi les larvicides les plus couramment utilisés.
Tableau 1.5
Composés utilisables comme larvicides pour la démoustication
Larvicide
Formulationa
Dose de
matière
active
(g/ha) b
S
140-190d
Durée d’action Toxicité/Danger de
effective
la matière activec
(semaines)
Huiles de pétrole
Diesel
Huile larvicide
Vert de
Schweinfurt
S
GR
1-2
I
19-47
1-2
I
840-1000
2
élevée
11-25
3-17
modérée
d
Composés organophosphorés
Chlorpyrifos
CE, GR, S, PM
Fénitrothion
CE, GR
100-1000
1-3
modérée
Fenthion
CE, GR
22-112
2-11
élevée
lodfenphos
CE, GR, S
50-100
7-16
I
Malathion
CE, GR, S
224-1000
1-2
légère
Pirimifos- méthyl CE, GR, S
50-100
1-11
légère
Téméphos
56-112
2-4
I
25-100
1-4
I
100-1000
4-8
I
10-100
4-8
I
CE, GR, S
Régulateurs de croissance des insectes
Diflubenzuron
GR, PM
Méthoprène
BR, S, SLL
Pyriproxyphène
GR
Larvicides bactériens
Bacillus
thurigiensis H14
BR, CE, GR,
PM
100-6000
1-2
I
B. sphaericus
BR, CE, GR
500-5000
2-8
I
a
BR = briquettes; CE = concentré émulsionnable; GR = granulés; S = suspension; SLL
= suspension à libération lente; PM = poudre mouillable.
b
Les doses les plus fortes sont à utiliser en eau polluée ou pour un effet rémanent.
c
I = danger improbable en utilisation normale.
d
Litres par hectare.
Source: référence 157.
Avantages et inconvénients des épandages d’insecticides
Avantages
• Les moustiques sont détruits avant de se disperser en direction des habitations.
• Les opérations peuvent être menées en un laps de temps très court.
• Il existe de nombreux larvicides efficaces.
• Pour les épandages à petite échelle, on peut procéder manuellement; pour travailler
à plus grande échelle, on peut faire usage de pulvérisateurs agricoles ou des
pulvérisateurs à main qui sont largement utilisés dans les programmes de lutte
antipaludique.
Inconvénients
• La démoustication est temporaire et une reprise fréquente des opérations peut
revenir cher dans les zones où les gîtes larvaires sont nombreux ou étendus.
• Certains larvicides peuvent être nocifs pour les autres êtres vivants du biotope,
notamment pour les ennemis naturels des moustiques.
• Les larvicides pouvant être toxiques pour l’Homme, il est nécessaire que ceux qui les épandent
soient dûment formés aux techniques d’épandage et informés des précautions à prendre.
Formulations larvicides
La plupart des larvicides existent dans les formulations suivantes:
• Poudre mouillable. Poudre sèche traitée par un agent mouillant (dispersant) pour
permettre un rapide mélange avec l’eau et donner une bouillie que l’on peut ensuite
pulvériser; facilité de stockage et de transport.
• Concentré pour suspension. Liquide contenant l’insecticide à l’état finement divisé, un
agent mouillant et de l’eau; on le mélange avec de l’eau pour obtenir une suspension
que l’on va ensuite pulvériser.
• Concentré émulsionnable. Solution d’insecticide dans un solvant spécial; l’addition
d’agents émulsifiants permet de diluer plus facilement cette solution dans l’eau. On
peut verser le produit directement à la surface de l’eau ou procéder par pulvérisation.
• Granulés et pastilles. Matériau inerte (grains de sable ou matériau absorbant) enrobé
ou imprégné d’insecticide. Il s’agit de produits lourds qui pénètrent mieux que les
formulations liquides dans une végétation aquatique dense. Certains produits tombent
au fond du gîte larvaire alors que d’autres flottent et sont donc plus efficaces contre les
larves d’anophèles qui viennent chercher leur nourriture à la surface. Selon le type de
produit, la libération de la matière active est rapide ou lente. On les épand à la main
ou à l’aide de souffleuses portables. Les granulés pèsent lourd et posent donc des
problèmes de transport pour les opérations d’épandage à grande échelle. On les
fabrique souvent sur place en mélangeant du sable ou autre matériau avec la solution
insecticide.
• Briquettes. Elles se présentent sous la forme d’un bloc constitué d’une matrice inerte
imprégnée d’insecticide. Elles flottent et libèrent lentement leur matière active à la
surface. L’épandage se fait à la main.
Les formulations larvicides les plus couramment utilisées sont les concentrés
ému lsionnables, que l’on épand en général à l’aide de pulvérisateurs à main. Les
poudres mouillables et les concentrés pour suspension s’épandent de la même
manière. Dans les programmes de grande envergure, les pulvérisations s’effectuent
souvent au moyen de machines montées sur des véhicules. On a parfois recours à des
aéronefs pour traiter de vastes superficies ou des zones inaccessibles par la voie
terrestre. Lorsqu’il s’agit d’opérations à petite échelle, on peut épandre le produit à la
main. Les formulations liquides se versent à la surface du gîte larvaire avec un seau,
une boîte ou une bouteille. Les granulés sont dispersés à la main. Il faut éviter les
contacts directs entre la peau et l’insecticide en portant des gants. Comme la plupart
des produits ont une rémanence limitée lorsqu’on les utilise comme larvicides, il faut
répéter les épandages toutes les 1 à 2 semaines dans la plupart des régions tropicales.
Téméphos
Le téméphos est un organophosphoré extrêmement actif contre les larves de
moustiques et autres insectes aquatiques, mais très peu toxique pour les poissons, les
oiseaux, les mammifères et l’Homme. Du fait de sa faible toxicité pour les organismes
non visés et de son efficacité à faible dose, le téméphos est, dans bien des cas,
l’insecticide de choix. On le recommande pour détruire les larves de moustiques dans
l’eau destinée à la boisson et là où des vertébrés peuvent se trouver en contact avec
elle (155, 156, 159). On l’utilise très largement pour traiter les cours d’eau d’Afrique
occidentale dans le cadre de la lutte contre les simulies. Il est également efficace dans
les eaux polluées. Ses formulations courantes sont le concentré émulsionnable (à 46%
ou 20% p/v de matière active) et les granulés (à 1% de matière active).
Epandage
Grandes étendues: dispersion de granulés et pulvérisation de concentré émulsionnable
en suspension aqueuse. La dose d’emploi doit être de 55 g par hectare sur les plans
d’eau relativement dégagés et de 110 g par hectare en présence d’une végétation
aquatique dense. Dans ce dernier cas, les granulés sont plus efficaces et doivent être
épandus à intervalles de 1 à 3 mois.
Petites superficies: on peut ajouter une petite quantité de granulés dans les réservoirs
d’eau potable où ils conservent leur efficacité pendant environ cinq semaines. Pour
l’eau potable, la dose recommandée est de 0,5 à 1 mg par litre, ce qui représente 20 g
(2 petites cuillerées) de sable enrobé à 1% dans un fût de 200 litres. L’épandage des
formulations liquides peut se faire en versant simplement la quantité nécessaire à la
surface de l’eau à l’aide d’une boîte ou d’un seau.
On procède actuellement à l’essai de pastilles flottantes en plastique imprégnées de
téméphos. Cette formulation reste efficace jusqu’à 6 semaines et elle est
particulière ment intéressante pour la lutte contre les larves d’anophèles qui se
nourrissent en surface.
Fenthion
Le fenthion est un organophosphoré qui a un effet létal rapide sur les larves et qui
possède en outre une longue rémanence. Comme il présente une toxicité relativement
élevée pour l’Homme, les mammifères et les oiseaux, son utilisation exige certaines
précautions (voir Chapitre 10). Aux doses normalement employées pour détruire les
larves, les poissons ne sont pas menacés. Il convient principalement au traitement des
fossés aux eaux polluées, des étangs, des marécages, des fosses septiques et autres
gîtes larvaires qui ne sont pas utilisés comme réserves d’eau potable par l’Homme et
les animaux domestiques. En eau polluée, le fenthion est plus efficace que les
larvicides d’eau douce comme le téméphos et le méthoprène. A force d’en épandre sur
certains sites, on a provoqué l’apparition de souches résistantes chez plusieurs espèces
d’insectes visés, notamment Culex quinquefasciatus. Les formulations courantes sont
le concentré émulsionnable (à 46 et 84,5% de matière active p/v) et les granulés de
sable enrobés (à 2% de matière active).
Epandage
Grandes étendues: Les pulvérisations se font à raison de 112 g par hectare au
maximum. La concentration finale dans l’eau traitée ne doit pas dépasser 0,1 mg/litre.
Le concentré émulsionnable peut être épandu tel quel ou après dilution dans l’eau. Les
granulés de sable à 2% sont dipersés à l’aide d’une souffleuse portable à raison de 5,5
kg/ha et constituent la formulation de choix pour traiter les gîtes larvaires dont la
végétation est dense ou qui sont recouverts de débris flottants. On utilise également
les granulés pour traiter des étendues d’eau peu profondes ou des cours d’eau lents
dont la profondeur n’excède pas 30 cm.
Petites superficies: Le concentré émulsionnable peut être déversé directement à la
surface de l’eau des étangs, des fossés de petite dimension, des fosses septiques etc...
Si on utilise le concentré à 46%, la dose est de 0,2 ml par mètre cube, ce qui
correspond à 0,1 mg de fenthion par litre. Pour un épandage à l’aide d’un pulvérisateur
manuel à pression préalable, il faut mélanger 10 ml de concentré à 46% avec 10 litres
d’eau. Deux litres de ce mélange permettent de traiter un plan d’eau de 100 m2 de
superficie et d’environ 10 cm de profondeur. Les granulés doivent être répandus à la
main (gantée) à raison de 1,25 g/m2 sur une profondeur ne dépassant pas 50 cm.
Malathion
Le malathion est un organophosphoré efficace contre un grand nombre d’insectes. On
l’utilise principalement en pulvérisations à effet rémanent contre les moustiques
adultes, mais il permet également de détruire les larves qui sont dissimulées dans les
étendues d’eau des zones traitées. Il est particulièrement efficace contre Aedes aegypti
en milieu urbain. Aux doses usuelles (224-1000 g/ha), on estime qu’il est sans danger
pour l’Homme et les animaux domestiques vivant dans les zones traitées; en revanche,
il peut être nocif pour les poissons.
Il en existe diverses formulations, mais on ne les utilise pas couramment pour les
opérations de lutte antilarvaire, leur emploi étant plutôt réservé aux organismes
spécialisés dans la démoustication.
Chlorpyrifos
Cet organophosphoré est couramment utilisé comme larvicide pour traiter des gîtes
dont les eaux sont modérément à fortement polluées et où son effet rémanent peut se
prolonger pendant plusieurs semaines (157). On l’empoie avec succès dans les bassins
de captage, les fossés servant à l’évacuation des eaux d’égout, les latrines à fosse, les
puits perdus, ainsi que dans les bassins de collecte des effluents situés sur les sites de
traitement des eaux usées. Il est fortement toxique pour les poissons et modérément
toxique pour les mammifères et les oiseaux. Il ne faut donc jamais l’utiliser pour traiter
des eaux poissonneuses ou destinées à la consommation humaine et sa manipulation
ne doit être confiée qu’à des personnes connaissant les précautions à observer dans
l’emploi des insecticides (voir le Chapitre 10).
Le chlorpyrifos est couramment commercialisé sous la forme de concentré
émulsionnable à 48% p/v de matière active, de granulés ou de poudre mouillable.
Epandage
On épand le chlorpyrifos au moyen de pulvérisateurs manuels à pression préalable à la
dose de 11-25 g de matière active par hectare (157).
Pyrimiphos méthyl
Le pyrimiphos méthyl est un organophosphoré efficace contre des insectes très divers,
et notamment les larves et les imagos de moustiques. Il est à peu près aussi actif que
le fenthion mais un peu moins toxique pour l’Homme. On ne peut cependant pas
l’utiliser pour traiter les réserves d’eau potable. Il est relativement instable dans les
eaux polluées. On le commercialise couramment sous forme de concentré
émulsionnable à 50%.
Epandage
L’épandage s’effectue au mo yen de pulvérisateurs manuels à pression préalable, à
raison de 100 g de matière active par hectare. L’efficacité se maintien pendant 1 à 11
semaines, selon la qualité de l’eau.
Pyréthrinoïdes
On peut utiliser des pyréthrinoïdes comme la deltaméthrine ou la perméthrine pour
détruire les larves de moustiques. Toutefois, en raison des graves effets qu’ils peuvent
avoir sur tous les insectes, poissons, crustacés et animaux aquatiques en général, on
préfère en limiter l’emploi à des situations spéciales, sous la surveillance étroite
d’organismes spécialisés dans la démoustication.
Régulateurs de la croissance des insectes
Il s’agit de composés chimiques extrêmement toxiques pour les larves et les nymphes,
qui agissent en perturbant leur développement. Ils sont très peu toxiques pour les
mammifères, les oiseaux, les poissons et les insectes au stade adulte. Toutefois, ils
sont fortement toxiques pour les crustacés et les stades immatures des autres
arthropodes aquatiques. L’usage en est limité par leur coût élevé et leur rareté, mais
ils peuvent être particulièrement intéressants lorsque les insectes à détruire sont
devenus résistants aux larvicides organophosphorés ou que l’action néfaste de ces
composés sur l’environnement en interdit l’usage. Il n’est sans doute pas souhaitable
de s’en servir lorsqu’il est nécessaire de détruire immédiatement les larves, par
exemple si la loi fait obligation aux résidents de débarrasser leur lieu d’habitation des
larves qui s’y trouvent. Ces composés subissent une dégradation rapide dans
l’environnement mais peuvent subsister des semaines ou des mois lorsqu’ils sont
épandus sous forme de granulés, de microcapsules ou de briquettes. On les divise en
deux groupes:
• Les analogues d’hormones juvéniles, comme le méthoprène, empêchent les larves ou
les nymphes de parvenir au stade adulte; ils ne tuent pas les larves.
• Les inhibiteurs de la synthèse de la chitine perturbent le processus de mue et tuent la
larve lorsqu’elle mue. Leur action est donc plus rapide que celle des analogues
d’hormones juvéniles. Le diflubenzuron et le triflumuron en sont des exemples.
Sécurité
Il est peu probable que les régulateurs de croissance des insectes constituent une
menace pour l’Homme ou les animaux domestiques, mais ils peuvent néanmoins
pertuber le développement de nombreuses espèces d’arthropodes ayant pour biotopes
les gîtes larvaires qu’on se propose de traiter. C’est pourquoi la plupart des fabricants
n’en recommandent l’usage que sur les sites aquatiques où il n’y a guère de risque
pour les populations de crabes, de crevettes et autres arthropodes d’être contaminées,
soit directement, soit indirectement par ruissellement ou dispersion du produit.
Méthoprène
L’OMS estime que le méthoprène peut être utilisé sans danger pour traiter l’eau
potable (160). La matière active se décompose assez rapidement dans l’eau. On
prépare des briquettes à 1,8-8% de méthoprène et des granulés de concentrations
diverses afin d’obtenir une meilleure rémanence. Les briquettes libèrent lentement la
matière active, sur des périodes qui peuvent atteindre quatre mois dans l’eau
stagnante des citernes mais qui sont beaucoup plus brèves en eau courante. Si le gîte
larvaire s’assèche, les briquettes conserveront probablement leur efficacité jusqu’au
retour des eaux (161). On peut donc procéder à des épandages sur des sites asséchés
considérés comme des gîtes larvaires potentiels, en prévision du retour des eaux ou
des précipitations. C’est ainsi qu’au Kenya, on a pu s’opposer avec succès à la
prolifération des moustiques dans le mois qui a suivi la saison des pluies, en traitant
des mares asséchées cinq semaines avant qu’elles ne soient recouvertes par les
précipitations (162, 163). Le principal avantage de ces épandages préalables est de
pouvoir être pratiqués avant que la saison des pluies n’ait rendu les sites inaccessibles.
Les sites que l’on traite sont des fossés de drainage, des bassins de captage, des
étangs, des marécages envahis par les marées, des marais d’eau douce et des trous
d’emprunt. Il est peu probable que les briquettes soient efficaces dans des endroits où
la montée des eaux risque de les entraîner au loin. Dans les zones bourbeuses, les
briquettes, enrobées de boue, peuvent également perdre de leur efficacité.
Epandage
L’épandage des briquettes se fait à la main, sans nécessiter d’équipement particulier.
C’est pourquoi elles se prêtent particulièrement bien au traitement de sites éloignés où
il une rémanence prolongée de l’action larvicide s’impose. Il faut les introduire là où le
gîte est le plus profond de manière que l’action larvicide se maintienne durant la saison
sèche. Pour la lutte contre Aedes, il faut une dose de 4 à 6 kg de matière active par
hectare. Dans les mares d’eau stagnante de faible profondeur (moins de 60 cm) on
déposera une briquette pour 20 m2 de superficie. Pour les autres moustiques, comme
Anopheles, Culex et Mansonia, il faut doubler la dose.
Diflubenzuron
Le diflubenzuron s’emploie en pulvérisations sur les gîtes larvaires de moustiques en
eau libre, que le milieu soit pollué ou non. Il convient au traitement des champs
irrigués utilisés pour les cultures vivrières. Son efficacité peut se prolonger pendant 1 à
2 semaines, mais dans des endroits clos comme les puits perdus ou les latrines, l’effet
larvicide peut durer jusqu’à un mois. On l’utilise aussi pour empêcher la prolifération
des cératopogonides dans les zones de marécages. Le diflubenzuron est couramment
commercialisé sous forme de poudre mouillable à 25% de matière active ou de
granulés dosés à 0,5%.
Epandage
Une fois mêlée à l’eau, la poudre mouillable est épandue au pulvérisateur à raison de
25-50 g/ha sur les eaux claires et de 50-100 g/ha sur les eaux polluées. Les granulés
sont utilisés pour traiter les gîtes larvaires encombrés par une végétation luxuriante ou
les eaux courantes. On les épand à la main ou à l’aide de souffleuses portables.
Larvicides bactériens
Bacillus thurigiensis H-14
Le bacille Bacillus thurigiensis sérotype H-14 (B.t. H-14), produit des toxines qui
permettent de détruire très efficacement les larves de moustiques et de simulies qui
les ingèrent. Aux doses normales, ces toxines sont inoffensives pour les autres
insectes, les poissons, les animaux supérieurs et l’Homme. Le bacille peut être utilisé
pour traiter les eaux destinées à la boisson ou à l’irrigation des cultures vivrières. Il est
efficace contre les insectes devenus résistants aux larvicides chimiques (148, 164). Les
toxines se décomposent rapidement dans l’environnement et les épandages doivent
donc être renouvelés périodiquement. Ce produit est plus coûteux que les larvicides
classiques mais meilleur marché que les régulateurs de croissance.
Le B.t. H-14 est couramment commercialisé sous la forme de poudre mouillable et de
granulés. Il existe également des briquettes de mise au point récente qui flottent à la
surface de l’eau et libèrent le bacille en une trentaine de jours. Comme l’efficacité de
ces briquettes ne dépend pas des épisodes successifs de temps sec ou pluvieux, elles
conviennent donc bien au traitement des biotopes permanents ou temporaires. Ces
briquettes, de forme annulaire et d’environ 5 cm de diamètre, sont destinées au
traitement des petits gîtes larvaires que l’on trouve dans l’environnement domestique
(165), tels que les étangs, les bassins et les réservoirs ou citernes. On peut également
les utiliser dans les endroits difficiles d’accès. Sur des plans d’eau très dégagés, ces
briquettes ne sont pas d’une grande efficacité car le vent peut les pousser vers l’un des
bords (166). Celles qui sont constituées d’une matrice insoluble perdent leur efficacité
dans les eaux légèrement polluées car la matrice s’enrobe de débris et ne peut plus
libérer le principe actif; ces briquettes sont donc à utiliser en eau claire.
Le B.t. H-14 est généralement considéré comme un agent de lutte biologique. Il est
toutefois à remarquer que ce produit contient surtout des bactéries mortes, des spores
vivantes et des cristaux de toxines à l’intérieur de spores qui ne se multiplient plus.
Dans ces conditions, il peut également être considéré comme un insecticide obtenu par
des moyens biologiques.
Epandage
Après mélange à l’eau de la poudre mouillable, on la disperse au moyen de
pulvérisateurs manuels à pression préalable ou de tout autre dispositif de ce genre. Les
granulés sont épandus à la main ou à l’aide de souffleuses portables sur les gîtes
recouverts de végétation. L’épandage des briquettes se fait également à la main, à
raison de 4 briquettes pour 10 m2 de superficie. S’il y a risque de dispersion par le
vent, il faut les attacher avec des ficelles aux plantes, à des piquets ou à d’autres
objets fixes (167). Il faut les conserver au frais dans un emballage fermé afin de les
protéger de l’humidité.
Bacillus sphaericus
Il existe un autre bacille, Bacillus sphaericus, qui produit également une toxine. Ses
propriétés sont analogues à celles de B.t. H-14, mais il est plus efficace dans les eaux
polluées, B.t. H-14 étant, lui, plus actif en eau claire. Il n’est pas efficace contre les
simulies ni contre Aedes aegypti (148, 164). Contrairement à B.t. H-14, les
formulations de B. sphaericus contiennent des bactéries vivantes qui peuvent se
multiplier même lorsque l’eau est polluée. Habituellement, il a également une action
plus durable que B.t H-14. On estime qu’il convient très bien au traitement des gîtes
larvaires de Culex dont les eaux sont polluées (165). Dans ces biotopes, B. sphaericus
a un meilleur effet rémanent que la plupart des autres larvicides et il a en plus
l’avantage d’être inoffensif pour les organismes non visés et de ne pas susciter de
résistance (168). Le développement du produit se poursuit, mais d’autres arrivent déjà
sur le marché. Des essais en situation réelle ont montré que les pastilles et les
briquettes à base de B. sphaericus sont efficaces contre les larves de moustiques
pendant plus de huit semaines (165).
Epandage
Après avoir bien mélangé à l’eau le concentré soluble, on procède à son épandage au
moyen de pulvérisateurs manuels à pression préalable. Pendant l’opération, il faut
agiter le réservoir de temps à autre. La dose dépend de l’espèce visée et de la nature
de l’eau. Pour détruire les larves de Culex dans les petites collections d’eau stagnante,
on épand la suspension à raison de 0,1-10 ml/m2 . L’effet rémanent peut subsister 1 à
2 semaines à la dose la plus faible et 2 à 3 mois à la dose la plus forte. Les grandes
superficies d’eau polluée sont traitées à raison de 1-4 litres/ha.
Biotopes situés à l’intérieur et à l’entour des habitations
Ces biotopes peuvent se subdiviser en deux grands types:
• Les gîtes larvaires en eau claire: il s’agit principalement de récipients remplis d’eau
de pluie et qui, dans zones tropicales, conviennent bien à la reproduction de certaines
espèces du genre Aedes.
• Les gîtes larvaires en eau polluée: il s’agit principalement de systèmes individuels
d’assainissement et de collections d’eau stagnante et polluée qui constituent des lieux
favorables à la reproduction des espèces de Culex.
Pour éviter la reproduction des moustiques à l’intérieur et à l’entour des habitations, il
suffit de prendre des mesures simples de réduction des sources de prolifération. Ces
mesures sont à la portée de toutes les familles et ne nécessitent pas l’intervention de
spécialistes.
Gîtes larvaires en eau claire
La plupart des collections d’eau claire ont un caractère temporaire. Les récipients de
jardin qui se remplissent d’eau lors d’une ondée, peuvent de nouveau être à sec en
l’espace de quelques jours ou de quelques semaines. Ce sont des biotopes
qu’affectionné Aedes aegypti, vecteur de la dengue et de la fièvre jaune ainsi d’ailleurs
qu’Aedes albopictus, un autre vecteur de la dengue, connu dans les Amériques sous le
nom de moustique-tigre. Ces espèces se reproduisent également dans les récipient,
citernes etc... où l’on conserve l’eau destinée à la boisson et aux ablutions. Aedes
aegypti se reproduit et se nourrit généralement à l’intérieur, tandis qu’Aedes albopictus
est plutôt exophile et affectionne les endroits ombragés et les lieux de ponte tels que
vieux pneus et décharges de détritus. Anopheles stephensi, qui est un vecteur du
paludisme dans certaines agglomérations urbaines de l’Asie méridionale, choisit
souvent comme gîtes larvaires, des mares, des citernes et divers récipients où l’on
conserve l’eau destinée à la boisson.
Les gîtes larvaires en eau claire peuvent se subdiviser en deux groupes qui appellent
des mesures de lutte de nature différente:
- Les gîtes temporaires à l’intérieur et à l’extérieur;
- Les gîtes permanents constitués par les récipients ou réservoirs d’eau, les puits et les
mares ou étangs.
Gîtes temporaires à l’intérieur
Les gîtes larvaires des moustiques du genre Aedes se trouvent à l’intérieur et aux
alentours des habitations: vases de fleurs, soucoupes placées sous des pots de plantes
ornementales, pièges à fourmis non surveillés (récipients remplis d’eau qu’on place
sous les pieds des garde- manger), etc... (Fig. 1.103). Dans une maison vide, les
moustiques peuvent se reproduire dans les cuvettes de W.C., les réservoirs des
chasses d’eau et les tuyaux d’évacuation des salles de bain et des cuisines.
Fig. 1.103. Les moustiques du genre Aedes peuvent trouver dans les habitations des
gîtes larvaires tels que vases (1), soucoupes de pots de fleurs (2) et pièges à fourmis
(3).
Mesures de lutte
• Eviter de mettre trop d’eau dans les pots de fleurs.
• Changer fréquemment l’eau des vases et bien les gratter au préalable pour détacher
des parois les œufs de moustiques qui pourraient y être fixés. On peut ajouter des
granulés de sable enrobés de téméphos ou de fenthion à l’eau des vases ou des autres
gîtes larvaires temporaires (Fig. 1.104).
• Dans l’eau des pièges à fourmis, on peut ajouter du sel ou des granulés au téméphos
(p. 146) (Fig. 1.105); on peut aussi la surmonter d’une couche d’huile ou la remplacer
par de la graisse.
• Dans une maison vide, il faut couvrir les cuvettes de W.C. ainsi que les crépines
d’évacuations situées au niveau du sol et le trop-plein des réservoirs des chasses d’eau
au moyen d’un grillage ou d’une pièce de tissu (Fig. 1.106). Pour une courte période,
on peut avoir avantage à utiliser un désinfectant ou un larvicide (p. 165).
Gîtes temporaires à l’extérieur
A l’extérieur, les gîtes larvaires peuvent être constitués de tas de détritus, de vieux
pneus, d’ustensiles de jardin et de cuisines abandonnés, de matériaux de construction,
de gouttières, de citernes d’eau potable, de récipients divers, de plantes et autres
objets en tous genres (Fig. 1.107). Dans les villages situés à proximité d’une plage ou
au bord d’une rivière, le fond des bateaux peut également servir de lieu de ponte.
Fig. 1.104. On peut ajouter à l’eau des vases des granulés de sable enrobés de
téméphos ou de fenthion.
Fig. 1.105. Ajouter du sel ou des granulés de sable enrobés de téméphos à l’eau des
pièges à fourmis.
Fig. 1.106. Les cuvettes de W.C., les crépines d’évacuations des sols et les trop-pleins
doivent être protégés contre les moustiques.
Mesures de lutte
• Il faut combler les petites mares avec de la terre, des pierres ou du sable et procéder
ensuite au nivellement du terrain. Les mares plus profondes alimentées par l’eau de
pluie peuvent être comblées avec de la caillasse que l’on recouvre ensuite de terre. Si
les mares sont nombreuses pendant la saison des pluies, il est probablement plus
facile de procéder à un traitement larvicide rapide (p. 141) par pulvérisations ou
épandage manuel.
• Il faut se débarrasser des détritus, le cas échéant en utilisant le système local
d’enlèvement des ordures (Fig. 1.108). Les collectivités peuvent également utiliser ces
détritus pour combler des trous d’emprunt, des mares et autres dépressions du sol. Il
faudra régulièrement les recouvrir d’une couche de terre pour éviter la prolifération des
mouches, des moustiques et des rongeurs. La couche supérieure, constituée de terre
tassée, devra avoir au moins 50 cm d’épaisseur et une pente de 1 à 5 cm par mètre
pour assurer un drainage suffisant. Ce genre de décharge contrôlée (p. 126) évite la
prolifération des moustiques, permet de se débarrasser des ordures et bonifie la terre.
On utilise même les terrains où sont situées de telles décharges comme terrains à
bâtir, espaces de jeu, etc...
• Il faut ranger les vieux pneus sous un toit ou une couverture quelconque pour éviter
l’accumulation d’eau de pluie (Fig. 1.109). On peut également les percer pour que l’eau
s’évacue ou les remplir de terre et s’en servir comme bacs à fleurs. Les accumulations
d’eau de pluie dans de vieux pneus peuvent aussi être traitées par des larvicides ou de
l’huile pour éliminer les larves (p. 141).
• Les objets volumineux tels que carcasses de voitures, de réfrigérateurs ou de
machines à laver constituent d’importants gîtes larvaires et ne doivent pas être
abandonnés à l’air libre car ils sont susceptible de créer des accumulations d’eau.
• Il faut ranger dans un endroit sec les seaux, jarres, arrosoirs et autres récipients en
les couvrant ou en les retournant.
• Les matériaux de construction doivent être recouverts d’une feuille de plastique ou
rangés dans un local couvert. Les moellons ou briques comportant des trous et
destinés à l’érection de murs doivent être colmatés avec du sable ou du ciment (Fig.
1.110).
• Il faut inspecter périodiquement les gouttières et les chéneaux. Le cas échéant, on
les nettoiera (Fig. 1.111) ou on les réparera en veillant à leur donner une pente de 1
cm pour 10 m environ, afin que l’eau ne s’y accumule pas.
• Les trous d’arbres peuvent être bouchés avec du mortier ou du sable (Fig. 1.112).
L’aisselle des feuilles de bananier ou de broméliacées contient souvent de l’eau que
l’on peut traiter avec du téméphos (p. 146).
• Les extrémités creuses des piquets de clôtures en bambou doivent être coupées
jusqu’au niveau du premier nœud (Fig. 1.113) ou remplies de sable pour éviter que de
l’eau ne s’y accumule.
Fig. 1.107. Quelques exemples de gîtes larvaire d’Aedes situés à l’extérieur. La ponte
peut s’effectuer dans 1) les vieilles boîtes de conserve ou récipients de plastique
abandonnés, 2) les bouteilles, 3) les coques de noix de coco, 4) les vieux pneus, 5) les
fûts et les tonneaux, 6) les citernes d’eau, 7) les broméliacées et l’aisselle des feuilles
de bananier, 8) les gouttières bouchées, 9) les dessous de pots de fleurs, 10) les
bouteilles cassées disposées sur les murs pour dissuader les cambrioleurs, 11) les
matériaux de construction présentant des trous, 12) l’extrémité supérieure des murs
de moellons.
Fig. 1.108. Il faut se débarrasser des ordures dans de bonnes conditions d’hygiène en
utilisant le système local d’enlèvement ou en les enterrant.
Fig. 1.109. Il faut recouvrir les pneus usagés.
Fig. 1.110. Colmatage des trous des briques ou moellons avec du ciment ou du sable.
Fig. 1.111. Nettoyage régulier des gouttières et chéneaux.
Fig. 1.112. Colmatage des trous d’arbres avec du sable ou du mo rtier.
Fig. 1.113. Il faut couper les extrémités creuses des piquets de bambou jusqu’au
premier nœud.
Gîtes larvaires permanents
Réservoirs et récipie nts d’eau
Les jarres, citernes et autres récipients ou réservoirs constituent de bons gîtes
larvaires pour les moustiques du genre Aedes ainsi que pour Anopheles stephensi. La
mise en place d’un réseau d’adduction d’eau fiable et bien conçu permet de
s’affranchir, dans une certaine mesure, des citernes et des réservoirs et devrait
conduire à une raréfaction des gîtes larvaires. Les mesures destinées à éviter la
prolifération des moustiques dans les récipients ou réservoirs ne doivent pas nuire à la
qualité de l’eau ni en gêner l’addition ou le prélèvement.
Mesures de lutte
• Les petites jarres doivent être entièrement vidées environ une fois par semaine et
il faut en gratter la surface intérieure pour éliminer les œufs de moustiques.
• Les jarres ouvertes doivent être dotées d’un couvercle rigide (Fig. 1.114). Les
moustiques ne sont arrêtés que si les jarres ont des bords lisses et que le couvercle est
bien ajusté.
• Les jarres, fûts, tonneaux et autres récipients doivent être recouverts avec une
pièce de tissu ou du grillage (Fig. 1.115). On peut confectionner un couvercle souple
suffisamment durable avec du grillage ou du tulle tendu sur un cadre. De cette façon,
l’eau de pluie peut pénétrer.
• Les réservoirs d’eau peuvent être protégés contre les moustiques au moyen d’un
couvercle fixe doté d’une ouverture grillagée permettant l’écoulement de l’eau tout en
faisant office de filtre (Fig. 1.116). Il suffit de poser un robinet au bas du réservoir
pour que celui-ci puisse rester en place en permanence. Le filtre doit être nettoyé ou
changé régulièrement.
Les grands réservoirs d’eau peuvent être équipés d’une couverture grillagée
autonettoyante. Il en existe un modèle en acier inoxydable encastré dans une équerre
creuse en ciment (Fig. 1.117). L’eau de pluie s’écoule dans le réservoir à travers le
grillage, qui retient les saletés. Celles-ci sont ensuite presque toutes chassées par l’eau
qui s’écoule rapidement sur la pente.
Ce filtre a été mis au point à Tonga. On ne le trouve pas dans le commerce, mais on
peut le fabriquer en grandes quantités à l’aide d’un moule en métal. Si une petite
quantité suffit, il est plus commode de fixer le grillage sur une équerre de métal, de
bois ou de tout autre matériau résistant à l’eau.
Les réservoirs surélevés et les citernes de toit qu’on remplit en pompant l’eau
depuis le bas, ne possèdent pas d’orifice pour la collecte de l’eau de pluie. Ils sont en
revanche souvent munis d’un trou de visite qui en permet également le nettoyage. Ce
regard doit comporter un couvercle bien ajusté (Fig. 1.118).
• Une couche de billes en polystyrène (p. 131) couvrant complètement la surface
de l’eau, empêche la prolifération des moustiques et réduit l’évaporation. On peut
introduire les billes par l’ouverture inférieure dont sont dotés certains réservoirs. Si le
niveau de l’eau dans le réservoir descend au-dessous de l’ouverture, il y a risque
d’obstruction du tuyau. Pour éviter tout risque de ce genre, il faut munir l’orifice d’un
solide grillage ou lui fixer un tuyau coudé descendant (Fig. 1.119). Ce dernier dispositif
est couramment utilisé pour éviter que les saletés qui flottent en surface ne soient
entraînées avec l’eau du réservoir.
Les réservoirs doivent être munis d’une couverture pour éviter que des oiseaux, des
écureuils ou des lézards ne cherchent à s’aventurer sur la couche de billes.
• Le téméphos (p. 146), est un insecticide relativement efficace et sans danger que
l’on peut utiliser pour traiter l’eau de boisson à une dose ne dépassant pas 1 mg/litre.
A cette dose, il ne communique pas de goût décelable à l’eau et il n’est pas toxique
pour l’homme, les mammifères et les poissons. On peut se le procurer sous la forme
de granulés de sable imprégnés de 1% d’insecticide. Une fois versés dans la citerne,
les granulés libèrent lentement l’insecticide pendant environ 4 à 6 semaines. Les
granulés de téméphos sont meilleur marché et plus largement disponibles que le
méthoprène ou le B.t. H-14.
Il est plus facile d’enlever les granulés lorsqu’on vide une jarre ou un pot d’eau pour le
nettoyer, si l’on a pris la précaution de les envelopper dans un linge perméable. On
peut aussi plus facilement les remettre après remplissage du pot (Fig. 1.120).
• Le méthoprène (p. 149) peut s’utiliser sans risque pour traiter l’eau de boisson,
mais il coûte plus cher que le téméphos. Il existe sous forme de briquettes à libération
lente qui peuvent durer jusqu’à cinq mois.
• Bacillus thurigiensis H-14 (B.t. H-14) (p. 150) est un agent biologique sans saveur
qui peut s’utiliser sans danger pour traiter l’eau de boisson. Il existe sous forme de
granulés ou de comprimés (briquettes) qui flottent à la surface de l’eau et libèrent
lentement le larvicide. Dans une citerne d’eau potable, les briquettes peuvent durer
environ 4 semaines.
Poissons larvivores: certaines espèces de poissons qui se nourrissent de larves de
moustiques peuvent être introduites dans les grands réservoirs situés à l’ombre et par
conséquent protégés des grandes variations de température. Il faut un certain
éclairement et un minimum de nourriture.
Pour qu’une espèce de poisson soit utilisable à cette fin, il faut qu’elle puisse
longtemps survivre avec peu de nourriture et être capable de supporter certaines
fluctuations de température. Il faut aussi disposer de poissons qui permettront de
réempoissonner les réservoirs. La gambusie (Gambusia affinis) et le guppy (Poecilia
reticulata) conviennent bien car ils sont faciles à élever en grandes quantités.
En Chine, on a obtenu de bons résultats avec un poisson-chat (Clarias fuscus), dont il
suffit de placer un spécime n dans chaque pot ou réservoir d’eau (20-100 litres). Cette
espèce est capable de survivre longtemps. Il faut cependant veiller à ce que le poisson
ne saute pas hors du pot. En Somalie, on utilise avec succès des tilapias (Oreochromis
spiluris spiluris) qu’on libère dans les réservoirs enterrés. Un seul poisson suffit pour 3
m3 (133, 148).
Fig. 1.114. Fermeture des jarres avec un couvercle hermétique.
Fig. 1.115. Couverture des tonneaux et des fûts avec une pièce de tissu ou du
grillage.
Fig. 1.116. Couvercle fixe avec ouverture grillagée.
Fig. 1.117. Réservoir d’eau équipé d’une couverture grillagée autonettoyante.
Fig. 1.118. Réservoir surélevé muni d’un couvercle bien ajusté.
Fig. 1.119. Si on utilise une couche de billes en polystyrère, l’évacuation doit être
protégée pour éviter l’obturation.
Fig. 1.120. On peut envelopper les granulés de téméphos dans un linge perméable
avant de les introduire dans un récipient d’eau.
Puits et mares
Dans de nombreux pays tropicaux, les puits et les mares des zones rurales et
suburbaines dont l’eau est relativement claire, sont utilisés comme gîtes larvaires par
les anophèles. Les puits servant de sources d’eau potable peuvent être traités avec des
larvicides (p. 141) comme le téméphos, le méthoprène ou Bacillus thurigiensis H-14
(p. 150) ou encore être empoissonnés avec des poissons larvivores (p. 136).
Par suite de l’installation de réseaux d’adduction, de nombreux puits ont été
abandonnés. Ce serait une bonne solution que de les combler. Toutefois, si on veut les
conserver en vue d’une réutilisation ultérieure, on pourra envisager l’introduction de
poissons larvivores. Là où il n’y a pas de risque d’inondation, une solution efficace et
durable consiste à couvrir l’eau des puits d’une couche de billes en polystyrène (p.
159).
De petites mares d’eau claire sont souvent présentes sur les chantiers de construction
et au sous-sol des bâtiments. Il faut les combler ou les drainer. Parfois, la bonne
solution consiste à introduire des poissons larvivores (p. 136) ou à épandre des
larvicides (p. 141), de l’huile minérale, par exemple. Des mares d’eau relativement
propre se forment souvent aussi à proximité des bornes-fontaines qui ne sont pas
dotées d’un bon système de drainage, par exemple une goulotte ou un puits perdu.
Gîtes larvaires en eau polluée
Culex quinquefasciatus, vecteur de la filariose urbaine dans certaines régions, se
reproduit dans les systèmes d’assainissement individuels tels que les latrines à fosse,
les fosses septiques, les puits perdus, les puisards, les fosses d’aisances, les drains et
les canaux contenant des eaux stagnantes polluées par des déchets organiques. Il peut
également choisir comme gîtes larvaires des collections d’eau polluées situées à
proximité de petites industries familiales, par exemple des fosses où sont jetées les
coques de noix de coco. Les mares, étangs et puits hors d’usage servant de décharge
constituent également autant de gîtes larvaires. Culex gelidus, un important vecteur de
l’encéphalite japonaise en Asie du sud-est, se reproduit également en eau polluée. Les
latrines à fosse sont les principaux gîtes larvaires de certaines mouches (Chrysomyia)
parfois présentes en grand nombre et susceptibles de transmettre aux aliments des
agents pathogènes issus des matières fécales.
Latrines à fosse
Les latrines à fosse que l’on utilise pour l’évacuation des excréments humains, sont
essentiellement constituées d’une simple excavation recouverte d’une dalle percée et
entourée d’une paroi qui assure l’intimité de l’usager. Dans les zones où le sol est sec
et poreux, ces fosses sont également sèches et seules les mouches s’y reproduisent.
En revanche, là où la nappe phréatique est haute, ces fosses sont inondées et des
milliers de Culex quinquefasciatus peuvent parfois en sortir. L’amélioration de
l’assainissement consiste souvent à effectuer des travaux dont l’aboutissement est la
mise en place d’un système de chasse d’eau permettant d’entraîner les excréments
dans une courte canalisation raccordée à une fosse septique ou au réseau d’égouts.
Mesures de lutte
Meilleure conception des installations
En munissant les fosses d’une couverture adéquate, on empêche les insectes d’y
pénétrer ou d’en sortir (135). Les couvercles de bois ou de métal ne permettent pas
une fermeture suffisamment hermétique pour empêcher la pénétration des
moustiques. En revanche, on peut fabriquer un couvercle de béton parfaitement ajusté
en le coulant dans le trou qu’il est destiné à recouvrir (Figs. 1.121 et 1.122).
Inconvénients possibles
• Le couvercle est relativement lourd, de sorte que les enfants ont de la peine à le
soulever.
• Les bords du couvercle s’abîment facilement et finissent par laisser passer insectes et
odeurs.
• Possibilité d’allées et venues d’insectes et de dégagement d’odeurs lorsque le
couvercle est soulevé.
• Coût élevé.
Fig. 1.121. Couvercle de latrine à l’épreuve des moustiques.
Fig. 1.122. Couvercle de latrine à l’épreuve des moustiques: a) vue en plan et b) vue
en coupe avec cotes en millimètres (169). Copyright John Wiley & Sons Limited.
Latrine à chasse d’eau avec siphon (135). Les latrines à fosse peuvent être également
dotées d’un joint hydraulique en S faisant siphon, qui empêche l’entrée et la sortie des
insectes et fait obstacle aux odeurs (Fig. 1.123). Des dalles de latrines avec siphon
incorporé sont couramment commercialisées dans les pays d’Asie. La chasse se fait en
versant au moins un litre d’eau et le système fonctionne au mieux là les usagers ont
l’habitude de se munir d’un récipient d’eau pour leurs ablutions. Pour ne pas boucher
ou endommager le siphon, il faut éviter de jeter des objets solides dans la latrine.
Latrine améliorée autoventilée (135, 170, 175). Il s’agit d’une latrine munie d’un tuyau
de ventilation qui permet d’évacuer les odeurs lorsque un courant d’air passe au
sommet du tuyau. L’air frais est aspiré dans la fosse par le trou de défécation ménagé
dans la dalle.
L’intérieur de la cabane qui surmonte la fosse est relativement sombre. Les mouches
du genre Chrysomyia qui sortent de la fosse sont attirées vers le tuyau d’aération car
le conduit est mieux éclairé que le trou de défécation. Ce genre de latrine est
relativement efficace contre Culex. L’extrémité supérieure du tuyau d’aération étant
recouverte d’un grillage, les insectes ne peuvent pas s’échapper à l’extérieur et
finissent par mourir.
Pour que l’installation fonctionne bien, il est essentiel que l’intérieur de la cabane soit
sombre. Si elle est de forme rectangulaire avec une porte dans une des parois, il faut
veiller à ce qu’elle soit toujours bien fermée, mais un espace libre doit être ménagé, en
général au-dessus de la porte, pour que l’air puisse entrer.
Lorsque la porte est ouverte, elle laisse entrer la lumière, ce qui réduit l’efficacité de
l’installation. Une structure en spirale sans porte permet de maintenir l’intérieur de la
latrine dans l’ombre (Figs. 1.124 et 1.125).
Fig. 1.123. Latrine avec système de chasse et siphon qui protègent contre les insectes
et les odeurs.
Epandage de billes en polystyrène expansé
En déversant des billes en polystyrène expansé dans l’eau de la fosse, on peut former
une couche uniforme à la surface. Il suffit d’une couche complète de 1 à 2 cm
d’épaisseur pour éviter la prolifération des moustiques (p. 131). Ce système a en outre
l’avantage d’arrêter les odeurs qui émanent de la fosse. Une fois que les matières l’on
traversée, la couche se reforme immédiatement. Si la fosse s’assèche, les billes sont
enterrées sous les excréments, mais dès que l’eau revient, la flottabilité des billes leur
permet de regagner la surface. Si elles ne sont pas entraînées au loin par les
inondations, les billes peuvent durer plusieurs années.
Epandage de larvicides
Pour détruire les moustiques qui infestent les latrines à fosse on peut utiliser de l’huile
minérale (156), des larvicides chimiques comme le fenthion ou le chlorpyrifos, ou
encore des larvicides bactériens comme B. sphaericus (p. 141). Sous forme liquide, il
suffit de les verser dans la fosse, mais il est préférable de les pulvériser pour obtenir
une meilleure répartition à la surface de l’eau. L’épandage peut se faire rapidement et
ses effets sont immédiats. Ils ont pour principal inconvénient de nécessiter plusieurs
retraitements, ce qui, à la longue peut se révéler onéreux. L’huile minérale et la
plupart des larvicides chimiques ne restent actifs que quelques semaines, tout au plus.
B. sphaericus peut rester actif jusqu’à huit semaines après l’épandage, notamment à
forte dose.
L’avantage de l’huile minérale, c’est qu’on en trouve à peu près partout. On peut
même se procurer gratuitement de petites quantités d’huiles de vidange qui suffisent
pour le traitement d’une latrine. Il faut quand même se souvenir que l’huile n’a
d’action larvicide qu’à la condition de recouvrir entièrement la surface à traiter.
Malheureusement, l’huile ne s’étale pas toujours bien sur les surfaces très polluées et
risque aussi d’être rapidement décomposée.
Fig. 1.124. Mouvement de l’a ir dans une latrine améliorée autoventilée (© OMS).
Fig. 1.125. Eléments constitutifs d’une latrine améliorée autoventilée avec
superstructure en spirale faite d’un clayonnage revêtu d’argile et surmontée d’un toit
de chaume (176).
En ce qui concerne les larvicides chimiques, les doses doivent être plus fortes que pour
le traitement d’une eau claire. D’autres produits que le fenthion ou le chlorpyrifos sont
utilisables. En tout état de cause, les larvicides doivent rester actifs au moins pendant
quelques semaines.
Fosses septiques
Là où il n’existe pas de réseau d’égout sous canalisations, il est courant de rejeter les
eaux-vannes dans des fosses septiques. Ces fosses consistent en réservoirs de
décantation étanches où sont déversés les déchets entraînés par une chasse d’eau le
long d’une courte canalisation. La décantation qui s’opère dans la fosse permet de
séparer les liquides des matières solides, qu’il faut d’ailleurs vidanger de temps à
autre. Un orifice permet la sortie des liquides qui s’écoulent en général dans un puits
perdu ou dans un drain. Le trop-plein forme parfois une flaque qui peut faire office de
gîte larvaire pour les moustiques. Les fosses sont des gîtes peu visibles mais très
importants pour les moustiques du genre Culex. On peut aussi y trouver des Aedes.
Les moustiques pénètrent dans la fosse en passant par la tubulure d’aération et par les
orifices d’entrée et de sortie de l’eau (Fig. 1.126).
Fig. 1.126. Les fosses septiques constituent souvent d’importants gîtes larvaires de
Culex. Les moustiques vont et viennent par la tubulure d’aération, l’orifice du tropplein et toute ouverture mal fermée.
Lorsque l’on ouvre la fosse pour la vidanger ou l’inspecter, il se forme fréquemment
des craquelures, fissures etc... dans le couvercle; il faut les boucher sans délai.
Mesures de lutte
• Poser un grillage métallique (aluminium ou acier inoxydable) sur l’ouverture de la
tubulure d’aération.
• S’assurer de la bonne fermeture du couvercle; il est commode, pour une bonne
étanchéité, de le recouvrir de sable. Les gros interstices peuvent être bouchés avec du
caoutchouc-mousse.
• S’il y a un excès d’eau à évacuer périodiquement, on pourra creuser un puits perdu
(voir plus loin).
• Fermer l’orifice de sortie avec un matériau facile à enlever.
• Epandre de l’huile, des larvicides chimiques ou des billes de polystyrène si les
mesures précitées ne sont pas applicables (se reporter à la partie qui concerne les
latrines à fosse humide). Si on utilise des billes de polystyrène, il faut munir l’orifice de
sortie d’une crépine pour éviter que les billes ne soient chassées à l’extérieur.
Puits perdus
Dans les zones urbaines en expansion rapide, il n’existe guère d’installations pour
l’évacuation des eaux usées. Dans ces conditions, les résidents peuvent être amenés à
creuser des puits sur les lieux ou à proximité de leur habitation afin d’y rejeter leurs
eaux-vannes. Les eaux résiduaires qui sont rejetées dans des puits perdus ont
tendance à stagner et constituent donc des gîtes larvaires favorables pour les
moustiques du genre Culex, ou, plus rarement, Aedes.
Mesures de lutte
• Combler les puits avec de petits cailloux (Fig. 1.127).
• Si le puits ne déborde pas régulièrement, y épandre des billes de polystyrène (p.
131).
• Epandre des larvicides chimiques (p. 141) pour obtenir immédiatement une
protection de courte durée.
Réseaux de drainage
Les agglomérations urbaines disposent en général d’un double réseau de drainage, l’un
pour la collecte des eaux résiduaires (eaux de lavage) et des effluents et l’autre pour
l’évacuation des eaux de pluie (réseau pluvial). Les eaux de pluie sont souvent
évacuées par un réseau de surface tandis que les effluents le sont, soit par un réseau
de canalisations enterrées, soit par un réseau de surface fréquemment raccordé au
réseau de collecte des eaux de pluie. On pourrait penser que les réseaux souterrains
constituent la meilleure solution puisqu’ils sont difficilement accessibles aux
moustiques. En fait, les couvercles posés sur les trous de visite ne ferment pas
toujours hermétiquement et lorsque des problèmes surviennent, ils sont difficiles à
résoudre. En cas de colmatage des canalisations enterrées, il peut y avoir
débordement et formation de flaques qui sont autant de gîtes larvaires pour les
moustiques. Le réseau de surface se substitue souvent au réseau souterrain lorsque
celui-ci est obstrué.
Fig. 1.127. Un puits perdu qui recueille les eaux résiduaires de la lessive et des
ablutions peut être comblé avec des cailloux pour empêcher les moustiques d’y établir
un gîte larvaire.
En donnant une certaine pente aux drains de surface, on assure une vitesse
d’écoulement suffisante pour permettre l’autocurage des drains et empêcher la
reproduction des moustiques. A partir du moment où un drain commence à se
colmater, le débit diminue et le risque d’obstruction totale augmente. Si, en plus, on
rejette des ordures dans les drains, il se crée des conditions favorables à la
prolifération des Culex et autres moustiques. La couverture partielle des dra ins de
surface en rend l’inspection, le curage et l’entretien plus difficile.
Mesures de lutte
• S’assurer que les trous de visite des drains enterrés sont bien fermés.
• Veiller à ce que le réseau soit correctement entretenu et que les réparations soient
effectuées sans délai.
• Enlever la saleté, les débris et détritus et tout ce qui peut faire obstacle à
l’écoulement de l’eau (Fig. 1.128).
• Nettoyer périodiquement les drains à l’eau claire afin d’éliminer les saletés et les
débris divers qui les encombrent et détruire les gîtes larvaires de moustiques. Cette
opération est réalisable là où l’eau est abondante (par exemple, au bord de la mer).
• Pour un effet immédiat mais de courte durée, on épandra de l’huile ou un larvicide
chimique aux endroits où l’on observe des larves.
Habitats naturels des moustiques
Un certain nombre d’espèces de moustiques vecteurs de maladies se reproduisent à
distance de l’environnement domestique, dans des biotopes naturels tels que
marécages, cours d’eau, lacs ou étangs ou dans des biotopes résultant de l’activité
humaine tels que réservoirs, citernes, réseaux d’irrigation, champs irrigués ou trous
d’emprunt. On peut souvent éviter que les moustiques ne se reproduisent dans ces
biotopes en les rendant inutilisables grâce à un aménagement approprié des lieux qui
facilite en outre la mise en œuvre de mesures de démoustication.
En milieu rural, il faut bien connaître le comportement et les gîtes larvaires des
espèces visées pour pouvoir lutter efficacement contre les larves. Les opérations de
lutte doivent être planifiées, mises au point et supervisées par des spécialistes de la
lutte antivectorielle afin d’éviter les erreurs et de ne pas gaspiller de précieuses
ressources. Sur certains sites tels que les marécages, les cours d’eau et les lacs ces
opérations doivent être également confiées à des spécialistes. Toutefois, le traitement
de gîtes larvaires de dimensions plus modestes nécessite souvent la participation des
services de santé locaux, des collectivités locales, des agriculteurs et autres personnes
si l’on veut qu’elles soient couronnées de succès.
Les opérations de lutte sont essentiellement dirigées contre les anophèles vecteurs du
paludisme, dont les gîtes larvaires sont très divers. Sont également visés les Mansonia
vecteurs de la brugiose (filariose à Brugia), qui se reproduisent dans des marécages et
des mares, ainsi que les Culex vecteurs de l’encéphalite japonaise, dont les gîtes se
situent principalement dans les rizières et les fossés adjacents.
Les opérations de lutte antilarvaire doivent généralement être menées dans un
périmètre dépourvu d’habitations de 1, 5 à 2 km de rayon, qui représente la distance
de vol de la plupart des espèces de moustiques. Dans certains secteurs, la
transmission de la maladie et la reproduction des moustiques se limite en grande
partie à des périodes bien déterminées de l’année, au cours desquelles les opérations
de démoustication revêtent une importance particulière.
Fig. 1.128. Il faut éliminer les saletés et les débris divers qui font obstacle à
l’écoulement de l’eau dans les réseaux de drainage.
Marécages
Dans de nombreux pays, la bonification des terres liée au développement urbain et
rural réduit l’importance des gîtes larvaires en terrain marécageux.
Mesures de lutte
Réduction des sources de prolifération
Au cas où des marécages se révéleraient abriter des gîtes, on peut envisager de les
assécher et de les combler s’ils sont de petite dimension et à peu de distance d’une
ville. C’est une mesure qui est en revanche peu économique si les marécages sont
étendus et qu’il n’y a pas d’établissements humains à distance de vol. Les gîtes
larvaires peuvent être drainés (p. 123) et asséchés en réduisant l’alimentation en eau
du marécage ou en augmentant le débit de drainage. On peut quelquefois réduire
l’alimentation en eau d’un marécage en creusant tout autour des fossés collecteurs, en
général au pied d’une élévation de terrain (Fig. 1.129). On peut aussi creuser des
fossés au milieu du marécage. Une autre solution envisageable consiste à édifier un
barrage dans le contrebas du marécage, ce qui permet de le transformer en un lac
profond où les larves ne peuvent pas subsister. Les marécages peu profonds et les
terrains où la nappe phréatique est haute peuvent être assainis par la plantation
d’eucalyptus (p. 131).
Larvicides
On utilise parfois des larvicides dans les situations d’urgence. Ce sont les granulés qui
conviennent le mieux car ils sont faciles à épandre et tombent dans l’eau sans être
arrêtés par la végétation. On peut aussi procéder à des pulvérisations sous volume
ultra-faible au moyen de brumisateurs actionnés manuellement, montés sur véhicules
ou embarqués à bord d’aéronefs, ces derniers étant utilisés en vue d’une action rapide
sur des zones étendues difficiles d’accès par d’autres moyens (p. 146). Si la
nébulisation s’effectue au vent d’un marécage, les gouttelettes d’insecticide vont être
entraînées loin à l’intérieur de celui-ci. Les marais temporaires qui sont submersibles
pendant et après la saison des pluies, peuvent être traités au moyen de formulations
libérant lentement un régulateur de croissance (briquettes) (p. 148).
Fig. 1.129. Assainissement d’un terrain marécageux à l’aide de drains collecteurs
(131).
Marécages littoraux et lagons
Il existe souvent, en arrière du littoral, des marécages et des étangs qui se remplissent
d’eau salée lors des marées de printemps mais ne sont pas soumis à l’action
quotidienne de la marée. Comme dans le cas des marais et étangs d’eau douce, on
peut les drainer ou les combler, si cette solution est réalisable d’un point de vue
économique. On peut aussi installer des vannes automatiques qui laissent l’eau
s’échapper à marée basse lors du jusant mais l’empêchent d’entrer à marée haute lors
du flux. Plus simplement, il est possible de mettre les marécages ou les étangs en
communication avec la mer au moyen de fossés ou de caniveaux d’assainissement.
L’action de la marée peut alors s’exercer et la présence alternée d’eau salée et d’eau
douce empêche la plupart des espèces de moustiques (à l’exception d’Anopheles melas
en Afrique occidentale) d’y établir leurs gîtes larvaires (Fig. 1.130).
Pour combattre les moustiques nuisibles (notamment ceux du genre Aedes) qui se
reproduisent dans les marécages d’eau saumâtre soumis à l’action de la marée, on
utilise parfois des granulés qui ne libèrent leur principe actif qu’une fois le terrain
submergé, c’est-à-dire au moment de l’éclosion des œufs.
Fig. 1.130. Des vannes peuvent permettre à l’eau d’un marécage de se déverser dans
la mer, tout en empêchant l’entrée de l’eau de mer à marée haute (133).
Lacs et réservoirs
Lorsque des moustiques choisissent des lacs ou des réservoirs pour se reproduire, ils
établissent généralement leurs gîtes larvaires le long des berges, là où l’eau est peu
profonde et où la végétation les protège des poissons, des vagues et d’un
ensoleillement excessif.
Mesures de lutte
Fluctuations du niveau de l’eau
Il est parfois possible d’édifier un barrage muni d’une vanne au débouché d’un lac,
comme on le fait habituellement pour les retenues d’eau artificielles. Ce dispositif
permet de faire monter ou descendre périodiquement le niveau des eaux (p. 133). En
maintenant la surface des eaux à un niveau élevé, on détruit les plantes terrestres qui
peuplent les berges. Pendant la saison de reproduction des moustiques, on maintient le
niveau des eaux aussi bas que possible de manière que les larves et les objets flottants
viennent s’échouer sur les berges et que la végétation aquatique ne puisse plus se
développer. Il se crée ainsi autour du lac une zone dégagée qui n’offre plus aucune
possibilité de gîtes larvaires aux moustiques. On fait monter et descendre le niveau des
eaux tous les 7 à 10 jours, c’est-à-dire à intervalles plus courts que la durée de
développement des stades aquatiques du moustique. Si nécessaire, on peut compléter
cette opération en éliminant les débris et les végétaux flottants.
Larvicides
Il est possible d’épandre des larvicides à partir d’un bateau à l’aide d’un pulvérisateur
motorisé.
Cours d’eau
Les moustiques établissent leurs gîtes larvaires dans les zones de calme des cours
d’eau situées à proximité des berges, là où ils sont protégés du courant par divers
obstacles tels que des racines ou des plantes en saillie etc... Il est généralement
difficile de détruire les larves car les surfaces à traiter sont très étendues. Il faut donc
procéder à une étude minutieuse des sites pour déterminer la position exacte des gîtes
larvaires.
Mesures de lutte
Réduction des sources de prolifération
On peut parfois réduire le nombre des gîtes larvaires en éliminant les obstacles et la
végétation des berges ou encore en égalisant les berges et en accentuant la pente
pour accroître la vitesse du courant. Pendant la saison sèche, des mares peuvent se
former dans le lit des cours d’eau (Fig. 1.131). Pour éviter qu’elles ne servent de gîtes
larvaires, on peut les drainer vers le courant principal. Les plus petites peuvent être
comblées.
Larvicides
S’il se forme des mares dans le lit des cours d’eau, on peut y épandre des larvicides (p.
133) qui ne soient toxiques ni pour les poissons, ni pour les animaux qui viennent s’y
désaltérer. Si ces mares s’assèchent rapidement, il suffira d’un seul épandage. En
revanche, si elles subsistent un mois ou davantage, il est recommandé d’épandre une
formulation qui libère le ntement sa matière active, par exemple des granulés de sable
imprégnés de téméphos, pour éviter d’avoir à retraiter le site trop souvent.
Fig. 1.131. Pendant la saison sèche, les moustiques peuvent se reproduire dans les
mares stagnantes qui se forment dans le lit des cours d’eau.
Petits ruisseaux
On a pu combattre avec un certain succès les moustiques de l’espèce Anopheles
maculatus, un vecteur du paludisme en Asie du sud-est, qui se reproduit dans les
ruisseaux qui dévalent les hauteurs boisées de ces régions. C’est ainsi que l’on
parvient parfois à l’empêcher de se reproduire en traitant les zones d’eau calme ou
stagnante des ruisseaux au moyen d’un la rvicide chimique ou d’une huile inoffensifs
pour les poissons (p. 141). On a également érigé quelques barrages de petite
dimension en amont des gîtes larvaires. On peut alors procéder à des lâchers d’eau
périodiques qui permettent d’entraîner les larves au loin (p. 133) et de détruire leurs
habitats. Les vannes de ces barrages sont actionnées manuellement ou
automatiquement et on dispose ainsi d’un système permanent dont les frais
d’exploitation sont modestes.
Etangs
Les moustiques du genre Anopheles ou Mansonia se reproduisent souvent dans des
étangs dont les eaux ne sont pas polluées. Les Mansonia ne sont présents que là où il
existe une végétation aquatique où les larves et les nymphes puissent se fixer.
Mesures de lutte
Comblement
La terre nécessaire au comblement peut quelquefois provenir d’un étang profond utilisé
pour l’élevage de poissons (p. 126). La plupart du temps toutefois, le comblement d’un
étang permanent coûte trop cher et peut même être totalement exclu si l’étang sert de
réserve d’eau.
Fig. 1.132. On peut rendre les étangs inhospitaliers pour les larves de moustiques en
éliminant la végétation aquatique.
Poissons larvivores
Les poissons larvivores sont utiles pour assurer la démoustication permanente des
étangs (Fig. 1.132). Il faut aménager les berges pour leur donner une forte pente et
éliminer la végétation aquatique qui les borde de manière que les poissons puissent
atteindre les larves (p. 136). Pour compléter le désherbage, on peut introduire des
carpes ou des gouramis qui se nourrissent de ces plantes. Par ailleurs, on peut essayer
de ménager une partie plus profonde dans l’étang pour que les poissons puissent
survivre si le niveau baisse pendant la saison sèche.
Elimination de la végétation aquatique
L’élimination de la végétation aquatique permet de rendre les étangs impropres pour
un temps à la reproduction des moustiques du genre Mansonia (fig. 1.132; p. 134)
(177, 178).
Désherbage et rectification des berges
Ces mesures permettent de réduire temporairement la prolifération de la plupart des
espèces de moustiques en éliminant le couvert végétal protecteur ainsi que les zones
de faible profondeur (Fig. 1.132; p. 134).
Huiles et produits chimiques larvicides
Pour obtenir un effet rapide mais de brève durée, on peut épandre ces produits à la
surface de l’eau (p. 142). Les formulations à libération lente, comme les briquettes de
méthoprène (p. 149) ou de B.t. H-14 (p. 150) par exemple, durent un mois ou
davantage. Il faut veiller à ne pas utiliser un produit susceptible de tuer les prédateurs
naturels des moustiques, qu’il s’agisse d’insectes ou de poissons. Les herbicides
peuvent être utiles pour détruire les plantes auxquelles se fixent les larves de
Mansonia.
Trous d’emprunt
Dans les zones rurales de nombreux pays, on utilise de la terre pour construire routes
et maisons. Cette terre est prélevée dans des trous creusés en dehors des villages.
L’eau de pluie ou d’infiltration qui s’amasse dans ces excavations peut constituer un
gîte larvaire pour un certain nombre d’espèces de moustiques. Les excavations
anciennes qui contiennent de la végétation sont généralement de meilleurs gîtes
larvaires que celles qui viennent d’être creusées.
Mesures de lutte
Comblement
La terre nécessaire au comblement des trous d’emprunt peut parfois être tirée des
étangs à poissons dont on est en train d’augmenter la superficie ou la profondeur (p.
126) (177, 179-181). On peut aussi remblayer avec des ordures ménagères ou des
déchets industriels, par exemple de la sciure ou des cendres (179). Dans ce cas, il faut
recouvrir les déchets d’une couche de terre pour éviter que les corps creux (boîtes de
conserve, bouteilles etc.) ne se remplissent d’eau et empêcher les mouches et les rats
de pénétrer.
Drainage
On peut drainer une série de trous d’emprunt au moyen de fossés de drainage
débouchant dans une des excavations, de sorte qu’il n’y a plus alors qu’un seul trou
inondé.
Epandage d’huile et de larvicides
Cette opération donne un résultat rapide mais de courte durée. Toutefois, les
briquettes de méthoprène (p. 149) ou de B.t. H-14 (p. 150) durent de 1 à 4 mois et
peuvent suffire pour la plus grande partie de la saison de reproduction. Une fois les
trous asséchés, les briquettes cessent de libérer leur matière active, mais si la
situation se détériore, on peut les réactiver en remplissant les trous avec de l’eau. Si
cette eau est utilisée pour la consommation humaine ou pour abreuver les animaux, il
ne faut utiliser que des larvicides adaptés au traitement de l’eau potable. Dans ce cas
on envisagera le téméphos, le méthoprène ou le B.t. H-14.
Poissons larvivores
Il est vraisemblable que ces trous finiront par s’assécher un jour ou l’autre, aussi ne
peut-on en principe, envisager d’utiliser des poissons larvivores. Toutefois les poissons
appartenant à l’espèce Cynolebias bellotii (p. 140), dont les œufs peuvent survivre à la
saison sèche et éclore en une seule saison humide, seraient envisageables sous
certaines conditions (181).
Accumulations d’eau à proximité des routes
La construction de routes sur des digues ou des levées crée souvent un obstacle au
passage des ruisseaux. Le drainage naturel du terrain ne se fait plus et de grandes
mares se forment le long des routes (Fig. 1.133). Par ailleurs, les excavations creusées
le long du chantier pour prélever la terre nécessaire à la construction de la levée ont
tendance à se remplir d’eau. C’est ainsi que la construction de grandes routes à travers
la forêt amazonienne a abouti à la création de nombreux gîtes larvaires favorables à la
reproduction d’Anopheles darlingi, un vecteur du paludisme.
Fig. 1.133. La construction d’une route crée souvent un obstacle au passage des
ruisseaux et peut provoquer la formation de mares d’eau stagnante le long de la
chaussée.
Mesures de lutte
• Il faut creuser des caniveaux d’assainissement sous la route, au droit de la levée, afin
de laisser les ruisseaux suivre leur cours naturel.
• Utilisation de poissons larvivores et épandage de larvicides.
Réseaux d’irrigation et champs irrigués
Diverses activités agricoles et notamment la culture du riz aquatique (riz paddy)
impliquent le recours à l’irrigation et sont donc susceptibles de créer des gîtes larvaires
qui conviennent aux anophèles vecteurs du paludisme ainsi qu’à certaines espèces de
Culex, comme C. tritaeniorhynchus, vecteur de l’encéphalite japonaise en Asie.
Les moustiques trouvent souvent leurs gîtes larvaires à proximité ou à l’intérieur des
réseaux d’irrigation, notamment s’ils sont mal construits ou que leur gestion et leur
entretien laissent à désirer (Fig. 1.134). Ils peuvent en particulier se reproduire dans
les canaux et les fossés d’irrigation, au milieu de la végétation des bords. Lorsque les
canaux sont à sec, il peut subsister des trous qui retiennent assez d’eau pour que les
moustiques puissent s’y reproduire. S’il y a des fuites, elles peuvent donner naissance,
à distance des canaux, à des flaques qui seront autant de gîtes larvaires. Il est difficile
d’empêcher la prolifération des moustiques dans les champs irrigués car ceux-ci y
trouvent de vastes surfaces d’eaux stagnantes.
Fig. 1.134. Qualités et défauts des réseaux d’irrigation (adapté de la référence 182).
Mesures de lutte
Construction et entretien
Le fond des canaux et des fossés doit être bien égalisé et présenter une légère pente
pour qu’il ne subsiste pas d’eau stagnante en cas d’assèchement. Ils devront être
convenablement entretenus de manière qu’il n’y ait pas de fuites au niveau des
vannes, des digues et du revêtement des bords. Des berges en pente raide et
débarrassées de leur végétation permettent de réduire la prolifération des moustiques
dans les canaux et les fossés. De la sorte, le courant est plus rapide et les larves
davantage exposées aux poissons larvivores et autres prédateurs.
Irrigation intermittente
A certains moments du cycle cultural, les plants de riz ne nécessitent plus une
submersion permanente. On peut donc assécher la rizière une fois par semaine
pendant 2 à 3 jours pour détruire les larves (152, 178). Encore faut-il que l’exploitant
dispose d’eau en quantité suffisante pour irriguer de nouveau la rizière après le
drainage. Les champs doivent être parfaitement plans et très bien drainés de manière
à s’assécher complètement après interruption de l’arrivée d’eau. La périodicité
optimale des alternances d’assèchement et de submersion doit être déterminée par un
spécialiste, car elle dépend du mode d’irrigation, de la texture du sol, de la variété de
riz cultivée et de divers autres facteurs. Le spécialiste devra aussi envisager la
possibilité d’autres retombées négatives, comme par exemple la prolifération de
moustiques attirés par l’inondation.
La mise en œuvre de l’irrigation intermittente pose un problème, à savoir la nécessité
de submerger les champs pendant 2 à 3 semaines après le repiquage du riz pour que
les plants puissent repartir. Pendant cette période, on peut combattre les moustiques
par l’une ou l’autre des méthodes précitées. Si l’on a recours aux poissons larvivores, il
faut ménager, dans les rizières ou les fossés, des zones d’eau assez profondes pour
que les poissons puissent survivre au cours des périodes d’assèchement. L’irrigation
intermittente doit se pratiquer simultanément à grande échelle dans toutes les rizières,
tout au long de la saison de culture (152). Dans certains pays, l’assèchement
périodique des rizières est prescrit par la loi (154).
Fougères flottantes
Les fougères aquatiques flottantes (Azolla) peuvent former une couche végétale
épaisse capable de recouvrir de vastes étendues d’eau. On les cultive en Chine et en
Inde pour les utiliser comme engrais ou nourrir les animaux. Dans une rizière,
l’obtention d’une bonne couverture empêche en outre la prolifération des moustiques
(183-185). Il importe d’obtenir une bonne couverture avant le pic habituel de
prolifération. Il est cependant fréquent qu’on n’y parvienne pas, en raison des
fluctuations du niveau des eaux.
Poissons larvivores
Il est possible d’élever des poissons dans les rizières, à la fois comme source de
nourriture et pour combattre les moustiques, à condition de renforcer et de surélever
les digues, ce qui permet d’obtenir la profondeur désirée. Les arrivées et les sorties
doivent être grillagées pour éviter que les poissons ne s’échappent. Il faut ménager
une sorte d’étang ou de tranchée plus profonde près du débouché de la rizière, où les
poissons puissent trouver refuge lorsque la rizière est asséchée ou qu’ils ne fouillent
pas les plants de riz en eau peu profonde, à la recherche de nourriture. Les oiseaux
prédateurs, comme les hérons, peuvent poser problème. En outre, si l’on épand dans
les rizières des insecticides organochlorés, comme le DDT, la dieldrine ou le lindane,
ces composés risquent de s’accumuler dans l’organisme des poissons et de les rendre
impropres à la consommation. Certains insecticides, notamment les pyréthrinoïdes,
sont très toxiques pour les poissons.
La présence de poissons dans les rizières peut avoir un effet positif sur la production,
car certaines espèces dévorent les plantes concurrentes des plants de riz et leurs
excréments fertilisent le sol. En outre, en fouissant le fond de la rizière, les poissons
permettent une meilleure oxygénation des racines (148, 152, 186, 188). Parmi les
espèces intéressantes, on peut citer:
- le tilapia (Oreochromis mossambicus), dont les stades juvéniles, doués d’une
croissance rapide, se nourrissent de larves de moustiques;
- la carpe (Ctenopharyngodon idella, Cyprinus carpio); elle se nourrit de plantes
aquatiques et lorsqu’elle est jeune, de larves de moustiques;
- le guppy (Poecilia reticulata);
- la gambusie (Gambusia affinis);
- le panchax (Aplocheilus panchax); poisson qui est fréquemment présent dans les
rizières et les fossés d’irrigation en Asie du sud-est.
Larvicides
Leur utilisation est coûteuse et, en raison des vastes superficies à traiter, elle nécessite
un équipement spécial qu’il faut confier à des personnels dûment formés. L’épandage
doit se faire soit par voie aérienne, au moyen d’aéronefs à voilure fixe ou
d’hélicoptères, soit au sol, au moyen de pulvérisateurs à dos actionnés manuellement
(p. 141). Dans certaines régions, la résistance des moustiques aux insecticides pose un
problème. Les larvicides ont également l’inconvénient d’être potentiellement nocifs
pour d’autres organismes, comme les poissons larvivores et certains insectes
prédateurs (larves de libellules). L’utilisation de Bacillus thurigiensis H-14 (p. 150) ou
de régulateurs de la croissance des insectes (p. 148) permettrait d’obvier au problème
posé par la résistance et les effets secondaires indésirables. Ces produits doivent être
épandus sous une forme spéciale qui évite que les particules ne tombent sur le fond.
En effet, les larves d’anophèles, qui se nourrissent en surface ne peuvent être tuées
que si les particules se maintiennent à ce niveau. L’adjonction d’un agent de surface
permet une meilleure dispersion. Les granulés qui flottent à la surface y libèrent leur
matière active sur une période de plusieurs semaines, mais leur efficacité peut être
réduite si le vent souffle et les entraîne d’un côté de la rizière. Les huiles larvicides
permettent également d’éviter le problème de la résistance aux insecticides et elles ne
sont pas, en général, dangereuses pour les poissons même s’il arrive qu’elles soient
nocives pour certains insectes prédateurs.
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Chapitre 2. Glossines
Des vecteurs de la trypanosomiase
Les glossines ou mouches tsé-tsé sont des mouches hématophages du genre Glossina.
On les rencontre uniquement en Afrique tropicale, et elles ont un rôle important
comme vecteurs de la trypanosomiase africaine, tant chez l’homme que chez les
animaux. La maladie du sommeil, c’est son nom courant, est généralement fatale pour
l’Homme en l’absence de traitement. Elle sévit dans des foyers qui sont dispersés dans
toute l’Afrique subsaharienne. A l’heure actuelle, les statistiques font état de 20 000 à
25 000 victimes par an, mais le risque d’épidémies graves persiste.
Biologie
Les glossines sont des diptères robustes de 6 à 15 mm de long qui se distinguent des
autres mouches piqueuses par leurs pièces buccales (trompe) situées dans le
prolongement du corps vers l’avant et par la nervation caractéristique de leurs ailes
(Fig. 2.1).
On connaît une trentaine d’espèces et sous-espèces de glossines appartenant toutes
au genre Glossina, où l’on peut distinguer trois groupes ou sous-genres: Austenia
(groupe G. fusca), Nemorhina (groupe G. palpalis) et Glossina (groupe G. morsitans).
Seules neuf espèces ou sous-espèces, appartenant au groupe G. palpalis ou au groupe
G. morsitans, sont connues pour transmettre la trypanosomiase (Tableau 2.1).
Cycle de développement
La femelle de la mouche tsé-tsé étant larvipare, elle ne pond pas d’œufs mais
directement une la rve, une seule à la fois. La larve se développe dans l’utérus en 10
jours et, lorsque sa croissance est entièrement terminée, elle est déposée sur de la
terre ou du sable humide dans un endroit ombragé, généralement à l’abri d’un
buisson, d’un tronc d’arbre abattu, d’une grosse pierre ou d’une racine en contrefort.
Elle s’enterre immédiatement et se transforme en pupe. L’émergence de l’imago se
produit 22 à 60 jours plus tard, selon la température. La femelle ne s’accouple qu’une
fois dans sa vie, mais elle peut produire une larve tous les 10 jours si les conditions
sont optimales sur le plan de l’alimentation et des gîtes larvaires.
Lieux de repos
Les glossines passent le plus clair de leur temps à se reposer à l’ombre dans des zones
boisées. Leur préférence va aux parties ligneuses basses de la végétation; de
nombreuses tsé-tsé se cachent dans des trous d’arbre ainsi qu’entre les racines(Fig.
2.2). Elles ne recherchent leur nourriture que pendant de très brèves périodes au cours
de la journée et se reposent d’ailleurs souvent à proximité de leur source de
nourriture. Les zones où le risque d’être piqué par une glossine est important sont
généralement les suivantes:
- les pistes forestières;
- les alentours des collections d’eau en forêts;
- la végétation à proximité des lieux de baignade et de puisage de l’eau sur les rives
des rivières et des fleuves;
- la végétation entourant les villages;
- les forêts sacrées ou les cimetières plantés d’arbres;
- les lisières de la forêt en bordure des plantations (par exemple de café ou de cacao);
- les habitats de savane (pour le groupe morsitans).
Fig. 2.1 Glossine; la mouche représentée est en train de s’alimenter, d’où son
abdomen distendu (avec l’aimable autorisation du Natural History Museum, Londres).
Tableau 2.1
Espèces et sous-espèces de Glossina connues pour transmettre la trypanosomiase
Groupe G. palpalis
Groupe G. morsitans
(sous-genre Nemorhina ) (sous-genre Glossina)
palpalis gambiense
palpalis palpalis
tachinoides
fuscipes fuscipes
fuscipes quanzensis
fuscipes martinii
morsitans centralis
morsitans morsitans
pallidipes
Ces zones se situent souvent à la frontière de deux biotopes ou types de végétation
dont l’un au moins est boisé. Pareille combinaison offre aux glossines à la fois des lieux
sûrs pour se reposer et une bonne visibilité des zones où elles s’alimentent.
Fig. 2.2 Dans les zones boisées, les glossines se reposent le plus souvent sur les
rameaux et les parties ligneuses de la végétation, à proximité du sol.
Alimentation
Toutes les mouches tsé-tsé, et aussi bien les mâles que les femelles, se nourrissent de
sang; mais leurs sources préférées diffèrent selon les espèces. Pour la plupart, elles
préfèrent piquer les animaux et ne s’attaquent à l’homme qu’accidentellement. Les
espèces les plus dangereuses sont celles qui n’ont pas de préférence marquée et
prennent leurs repas de sang sur tout hôte à leur portée immédiate, sans exclure
l’Homme. Lors de la recherche d’un repas, les glossines sont attirées par les objets
mobiles de grandes dimensions ou de couleur bleu vif (1) et par le dioxyde de carbone.
Importance pour la santé publique
La piqûre des glossines est douloureuse, de sorte que cet insecte peut constituer une
véritable nuisance pendant la journée lorsque sa densité est élevée.
Trypanosomiase
Il existe chez l’Homme deux formes de maladie du sommeil selon la sous-espèce de
trypanosome en cause (Fig. 2.3):
- la trypanosomiase à T. gambiense (provoquée par Trypanosoma brucei gambiense)
qui est généralement considérée comme chronique et s’observe le plus souvent en
Afrique occidentale et en Afrique centrale;
- la trypanosomiase à T. rhodesiense (provoquée par Trypanosoma brucei rhodesiense)
qui est une affection aiguë cantonnée pour l’essentiel à l’Afrique orientale.
On estime à une cinquantaine de millions le nombre de personnes, réparties dans 36
pays, qui sont exposées au risque de contracter la trypanosomiase.
Fig. 2.3 Distribution géographique des foyers de trypanosomiase à T. gambiense et à
rhodesiense, 1996 (© OMS).
Pourtant, on ne signale qu’environ 20000 nouveaux cas chaque année. Parmi ceux-ci,
2 à 3% succombent à la maladie du fait de l’inefficacité chez eux des médicaments ou
des effets secondaires du traitement. On pense que de nombreux cas ne sont pas
déclarés.
D’autres espèces de trypanosomes peuvent être pathogènes pour la faune sauvage ou
les animaux domestiques, notamment les bovins, les porcins et les chevaux.
Transmission
La glossine se contamine en ingérant des trypanosomes avec le sang lorsqu’elle pique
une personne ou un gros animal, domestique ou sauvage, eux- mêmes infectés. Une
fois contaminée, la glossine transmet l’infection en injectant à son tour des parasites
dans le sang d’une nouvelle victime. Ces parasites se multiplient et envahissent les
liquides et les tissus de l’organisme.
L’infection se produit généralement à l’endroit où l’Homme pénètre dans l’habitat
naturel des glossines.
La maladie du sommeil à T. gambiense est principalement transmise par des mouches
du groupe G. palpalis. Elles s’attaquent à l’Homme le long des fleuves, par exemple au
niveau des ponts et des gués, dans les villages en bord de lac et aux endroits utilisés
pour la lessive ou la baignade, ainsi qu’auprès des collections d’eau, des plantations et
des routes bordées par la végétation (Fig. 2.4 et 2.5).
Fig. 2.4 La transmission de la trypanosomiase à T. gambiense se produit le plus
fréquemment le long des cours d’eau et au bord des lacs.
Fig. 2.5 Cycle de transmission de la trypanosomiase à T. gambiense.
La maladie du sommeil à T. rhodesiense est transmise par des espèces de savane
appartenant au groupe G. morsitans. En principe, ces espèces se nourrissent sur les
animaux sauvages qui vivent dans la savane et les zones boisées comme le guib, ou
sur des animaux domestiques comme les bovins et les chèvres. Elles s’attaquent
également aux Hommes qui vivent dans ces régions ou y pénètrent - agriculteurs,
gardiens de troupeau, pêcheurs, chasseurs, voyageurs et ramasseurs de miel. Dans
certaines zones d’épidémie (par exemple à proximité du lac Victoria), la
trypanosomiase à T. rhodesiense est transmise dans l’environnement péridomiciliaire,
d’une personne à une autre ou d’un animal domestique à l’homme, par une sousespèce du groupe G. palpalis, à savoir G. f. fuscipes (Fig. 2.6).
Clinique
Les premiers symptômes de la maladie du sommeil consistent en céphalées, fièvre
irrégulière, œdèmes et arthralgies (Fig. 2.7). A un stade plus avancé, le parasite
envahit le cerveau, déterminant en général des troubles mentaux, le coma puis la
mort. Dans la trypanosomiase à T. gambiense, il existe souvent une période de
latence, cliniquement muette, qui peut durer plusieurs mois ou plusieurs années. Cette
période de latence est absente ou de courte durée dans la trypanosomiase à T.
rhodesiense. Les infections à T. gambiense ont généralement une évolution lente,
tandis que celles à T. rhodesiense ont un caractère aigu. Sans traitement, les deux
formes de maladie du sommeil sont fatales.
Fig. 2.6 Cycle de transmission de la trypanosomiase à T. rhodesiense.
Fig. 2.7 La trypanosomiase africaine débute généralement par des céphalées, une
fièvre irrégulière, des oedèmes et des arthralgies. A un stade plus avancé, l’atteinte du
cerveau entraîne l’affaiblissement des fonctions mentales, un coma (état d’hébétude
du «sommeilleux») et la mort.
Traitement
Il n’existe pas de traitement chimioprophylactique. Par le passé, on a utilisé la
pentamidine à cette fin, mais on ne croit plus à son efficacité.
Aux stades précoces de la maladie du sommeil, alors que le système nerveux n’est pas
encore atteint, un traitement est possible. Contre les infections à T. rhodesiense, on
utilise la suramine sodique par voie intraveineuse, tandis que, contre celles à T.
gambiense, on se sert de la pentamidine, généralement en intramusculaire encore
qu’une perfusion intraveineuse lente se révèle tout aussi efficace. Ces deux
médicaments ont des effets secondaires.
A la phase tardive, caractérisée par une atteinte neurologique, les chances de guérison
sont restreintes. Jusqu’à une époque récente, la seule molécule disponible à ce stade
était le mélarsoprol, tant pour la trypanosomiase à T. gambiense que pour celle à T.
rhodesiense. Comme ce médicament peut avoir des effets secondaires graves,
engageant le pronostic vital, il doit être administré sous surveillance médicale
rigoureuse. Son utilisation est à déconseiller aux stades précoces.
En 1994, on a utilisé avec succès un nouveau produit, l’éflornithine, pour le traitement
de la trypanosomiase à T. gambiense à tous les stades. Toutefois la production de
cette substance a cessé fin 1995.
Le traitement des deux formes de maladie du sommeil est onéreux.
Prévention et lutte
La stratégie actuellement mise en œuvre contre la maladie du sommeil repose sur le
dépistage actif et le dépistage passif (surveillance), le traitement des sujets parasités
et, quand il y a lieu, la lutte contre les glossines. Depuis quelques années, on cherche
à s’assurer la participation des communautés aux programmes nationaux de façon
qu’elles puissent durablement prendre le relais des activités entreprises par l’échelon
central.
L’objectif de la surveillance est de réduire le réservoir humain de l’infection et de
rendre le traitement moins dangereux grâce à un dépistage précoce. La surveillance
permet aussi de déceler sans retard toute augmentation de la prévalence. Vu que la
symptomatologie de la trypanosomiase à T. gambiense est généralement fruste, la
surveillance comporte dans ce cas des programmes de dépistage confiés à des équipes
mobiles. Dans les zones où c’est la forme à T. rhodesiense qui sévit, la surveillance est
principalement fondée sur l’observation des patients qui viennent spontanément
consulter dans les centres de santé ruraux.
Le diagnostic repose sur la sérologie: le test d’agglutination direct sur carte pour la
trypanosomiase (CATT) permet d’identifier les cas de trypanosomiase à T. gambiense,
tandis que l’immunofluorescence indirecte (IFT) permet de déceler une infection à T.
rhodesiense. Les cas séropositifs sont confirmés par un examen microscopique qui
révèle la présence du trypanosome dans le sang, le suc ganglionnaire ou le liquide
céphalorachidien.
Les épidémies récentes sont le plus souvent à mettre au compte d’un relâchement de
la surveillance et de l’importance accrue des mouvements de population. De plus, les
activités de lutte ont souffert du manque de personnel qualifié et de moyens financiers.
Le principal objectif de la lutte antivectorielle est de limiter les contacts entre la
population et les glossines. De toutes les méthodes actuellement disponibles, les plus
prometteuses et les plus acceptables du point de vue écologique consistent dans
l’utilisation de pièges à glossines ou celle d’écrans imprégnés d’un insecticide. Lors
d’une épidémie, qui appelle des mesures d’urgence, on peut procéder à la pulvérisation
d’insecticides sur la végétation, dans les lieux de repos des glossines.
Mesures de lutte
Toute une série de méthodes sont utilisables dans la lutte contre les glossines. Avant la
découverte d’insecticides appropriés, on s’appuyait principalement sur le
débroussaillement des zones servant d’habitat aux glossines. Dans les régions
touchées par la trypanosomiase à T. rhodesiense, on tuait ou éliminait la principale
source de nourriture des mouches, à savoir la faune sauvage. Du fait de cette pénurie
alimentaire, les glossines finissaient par s’éteindre. Ces méthodes ont été largement
abandonnées, et l’on a désormais recours à la pulvérisation d’insecticides et à
l’utilisation de pièges et écrans imprégnés d’insecticides.
Pièges et écrans imprégnés d’insecticides
Les pièges et écrans constituent une arme efficace dans la lutte contre les glossines.
Ils sont bon marché, faciles à transporter et totalement dénués de risque pour
l’utilisateur et pour l’environnement. Une fois qu’un écran ou un piège adapté a été mis
au point pour une région donnée, son utilisation ne nécessite aucune compétence
particulière. La méthode convient donc parfaitement chaque fois que l’on recherche un
moyen efficace et bon marché pour protéger la communauté.
Mode d’action et conception
Depuis de longues années, les chercheurs se servent pour leurs études de pièges d’un
modèle spécial adapté à la capture des glossines. On sait que ces dernières s’appuient
au moins en partie sur leur vue pour trouver les endroits qui leur conviennent pour
leurs repas de sang ou comme lieux de repos et sont attirées par les objets de grandes
dimensions qui se déplacent ou se détachent sur le paysage environnant. Certaines
couleurs, spécialement le bleu, attirent de nombreuses glossines (2). Pour inciter les
mouches à venir s’y poser, on utilise pour confectionner les pièges des écrans de deux
couleurs contrastées, le bleu et le noir. Une fois posées, les glossines se déplacent vers
la partie supérieure du dispositif, en direction de la lumière. Quand elles y sont
parvenues, elles sont prises au piège dans un sac spécialement conçu.
Un piège efficace attire toutes les glossines qui se trouvent dans un rayon d’une
cinquantaine de mètres, distance correspondant à leur portée visuelle. Les mouches
migrantes qui passent à proximité sont également attirées. De ce fait, un piège peut
éliminer des glossines qui proviennent d’un territoire beaucoup plus étendu que sa
zone d’attraction immédiate. Les tsé-tsé qui pénètrent à l’intérieur du piège
succombent soit à l’exposition à un insectic ide dont le matériau constitutif du piège est
imprégné, soit à l’exposition au soleil. Les pièges imprégnés ont l’avantage
supplémentaire d’assurer la destruction des glossines qui se posent simplement sur le
piège, sans pénétrer à l’intérieur.
Le modèle de base des pièges et des écrans peut être utilisé partout en Afrique où l’on
rencontre des glossines, moyennant parfois quelques modifications destinées à en
accroître l’efficacité dans les conditions locales. Pour lutter contre certaines espèces
responsables de la transmission de la trypanosomiase animale (groupe Glossina
morsitans), on dispose de substances odorantes qui les attirent.
L’écran imprégné d’insecticide, qui est une variante simplifiée du piège imprégné, est
constitué d’un grand morceau d’étoffé d’une couleur attractive pour les glossines,
lesquelles sont tuées par l’insecticide lorsqu’elles se posent sur l’écran imprégné. Ce
type de dispositif n’est efficace qu’aussi longtemps que l’insecticide subsiste.
Utilisation de pièges par les partic uliers ou les communautés
Etant donné que les glossines peuvent parcourir en vol des distances considérables,
l’utilisation de pièges doit se faire à très grande échelle. Cela suppose la participation
de plusieurs personnes dans une même communauté, et mê me de préférence celle de
plusieurs communautés, voire de plusieurs districts. Cependant, des communautés
isolées habitant en forêt, par exemple au Congo, ont mis en œuvre avec succès leurs
propres mesures de protection. Quant aux exploitants agricoles, ils peuvent assurer
leur protection individuelle en région forestière en installant des pièges ou des écrans
sur leurs plantations ou dans leurs camps.
Modèles de pièges et écrans
Le piège biconique
Le piège biconique est l’un des premiers modèles à avoir été mis au point (Fig. 2.8)
(3). A la différence de deux modèles plus récents, il n’est pas utilisé dans les
opérations de lutte à grande échelle à cause de son prix relativement élevé et de sa
structure complexe. Cependant, on s’en sert encore pour contrôler l’efficacité de la
lutte anti-glossines.
Le cône inférieur est fabriqué en coton ou en tissu synthétique de couleur bleu
électrique. L’intérieur est subdivisé en quatre compartiments au moyen de quatre
morceaux de tissu noir. Quatre ouvertures permettent aux glossines de pénétrer à
l’intérieur de ce cône. Le cône supérieur est fabriqué avec de la mousseline pour
moustiquaire et équipé d’un dispositif simple qui assure la capture des glossines.
Fig. 2.8 Le piège biconique. Les cônes sont subdivisés en quatre compartiments au
moyen de quatre morceaux de tissu noir (© OMS).
WHO 851682
Le piège Vavoua
La bourgade éponyme de ce piège, lieu de sa mise au point, se situe en Côte d’Ivoire
(Fig. 2.9) (4). Un cône en mousseline pour moustiquaire fixé sur un cerceau en métal
galvanisé est placé au-dessus de trois écrans disposés radialement à 120°. Chaque
écran est de couleur bleue sur les deux tiers verticaux extérieurs et de couleur noire
sur le tiers intérieur. Les glossines viennent se poser sur les parties noires et, comme
elles sont attirées par la lumière vers le haut, elles se trouvent enfermées dans le cône
supérieur lorsqu’elles s’envolent. Ce modèle peut être soit équipé d’un piège simple,
soit imprégné d’un insecticide.
Le piège pyramidal
Le piège pyramidal est constitué d’une pyramide de mousseline pour moustiquaire,
blanche et transparente, qui coiffe deux écrans noirs et deux écrans bleus disposés en
croix (Fig. 2.10). Mis au point au Congo (5), ce modèle est actuellement utilisé à
grande échelle en Ouganda. Comme il est équipé d’un dispositif de capture à son
sommet, il n’a pas besoin d’être imprégné d’insecticide de sorte qu’il est adapté aux
régions où les pluies sont abondantes.
Dans les programmes de grande ampleur, il a l’avantage d’une très grande compacité
qui en facilite l’entreposage. On peut lui donner sa forme définitive sur place, en
déployant les écrans au moyen de deux bâtons.
Fig. 2.9 Le piège Vavoua.
Fig. 2.10 Le piège pyramidal.
Fig. 2.11 Piège imprégné fixé à un support métallique. On peut lacérer le tissu pour
dissuader les voleurs et réduire l’effet du vent.
Ecrans imprégnés
A la différence des pièges, les écrans n’assurent la destruction des mouches que s’ils
sont imprégnés d’insecticide.
Le modèle le plus courant est constitué d’une bande de matériau bleu électrique où
sont mélangés coton et polyester ou plastique, comp létée sur les bords par deux
morceaux de nylon, ce qui porte la superficie totale à environ 1 m2 . L’écran est déplié
entre deux lattes en bois horizontales, puis soit accroché à une branche par une corde,
soit fixé à un support métallique vertical enfoncé dans le sol (Fig. 2.11) (6).
Les glossines sont attirées par la couleur bleue et essaient de se poser sur les bandes
noires. Il suffit donc d’imprégner uniquement celles-ci, qui doivent être confectionnées
à l’aide d’un matériau constituant un bon substrat pour l’insecticide; c’est le nylon qui
semble le mieux convenir à cette fin.
Avantages et inconvénients des pièges et des écrans
Ecrans
Les écrans sont moins compliqués que les pièges et reviennent environ 70% moins
cher (7). C’est dire qu’une même enveloppe budgétaire permet de couvrir une zone
plus étendue ou de l’équiper de façon plus dense. En revanche, la nécessité d’une
imprégnation plus fréquente représente un inconvénient notoire.
Pièges
Les pièges attirent davantage de glossines que les écrans du fait qu’ils sont visibles
sous tous les angles. Ils exigent moins de manipulations puisqu’ils restent efficaces
même quand l’insecticide a cessé d’être actif.
Pièges imprégnés ou non d’insecticide
Les pièges imprégnés ont une efficacité supérieure de 10-20% à celle des pièges non
imprégnés. Avec ces derniers, il faut donc plus longtemps pour obtenir le même taux
de destruction des glossines. Les pièges non imprégnés doivent être équipés d’un
dispositif de capture permanent, par exemple un sac. On peut également les
imprégner si l’on cherche une efficacité rapide. Les pièges continuent d’assurer la
capture de glossines quand l’insecticide est devenu inactif, au bout de 3 à 6 mois.
Installation
Le mode d’installation dépend des conditions locales et est affaire de préférence
personnelle. On peut se contenter de fixer les pièges à un piquet ou à un poteau
métallique ou en bois. Dans les régions découvertes et ventées, la résistance au vent
est probablement supérieure lorsqu’on accroche le piège à une branche (Fig. 2.12) ou
tout autre support au lieu de le fixer à un poteau. Les pièges accrochés dans la
végétation comportent le risque de voir leurs éléments constitutifs s’enchevêtrer.
L’utilisation d’un support spécialement conçu a le gros avantage de permettre le choix
d’emplacements ensoleillés, les mieux adaptés (Fig. 2.13).
Fig. 2.12 Les pièges peuvent être accrochés à une branche choisie de façon que le bas
du piège se trouve à 30-50 cm du sol.
Fig. 2.13 Les pièges peuvent être accrochés à un support spécial, dans un endroit
ensoleillé.
Les écrans peuvent être dépliés entre deux lattes de bois horizontales ou accrochés
aux branches d’un arbre avec une corde. Toutefois, comme ils risquent davantage que
les pièges de s’enchevêtrer s’ils sont installés dans la végétation, il est recommandé de
les suspendre à un support métallique ou en bois (voir Fig. 2.11).
Les endroits qui conviennent le mieux pour l’installation d’un piège ou d’un écran
dépendent du type de biotope. En général, les meilleurs emplacements sont dégagés
et ensoleillés et situés dans un endroit où la population de mouches est dense. Leur
bonne visibilité fait que les glossines sont attirées et viennent se poser sur les écrans
noirs, d’où une chance accrue, lorsqu’elles s’envolent vers le haut, qu’elles pénètrent
dans le cône supérieur vivement éclairé dont elles ne peuvent plus sortir.
Une fois la zone choisie pour l’installation d’un piège, on peut déplacer celui-ci de façon
à obtenir une efficacité maximale. Pour savoir si un piège imprégné est bien situé, il
suffit de compter le nombre de captures chaque jour de la première semaine. En
comparant les chiffres avec ceux qui sont obtenus avec d’autres pièges, on repère les
pièges peu productifs qu’il convient de déplacer.
Forêts-galeries
Les glossines recherchent souvent leurs repas de sang en suivant la rive d’un cours
d’eau. Ce biotope est très bien adapté à l’utilisation de pièges et d’écrans qu’on peut
facilement disposer sur le trajet suivi en vol par les glossines. Les endroits utilisés pour
la baignade et la lessive doivent être protégés par un piège ou un écran installé au
début de la piste partant du cours d’eau (Fig. 2.14). Si possible, on en installera
d’autres tout autour. Les études montrent qu’on obtient une efficacité maximale en
installant des pièges ou écrans tous les 300 m sur une distance d’environ 5 km, tant
en amont qu’en aval de la zone à protéger.
Les pièges ou écrans doivent être installés:
- le plus près possible des bords du cours d’eau afin d’avoir une visibilité maximale;
- dans les endroits les plus découverts et ensoleillés;
- en plus grand nombre dans les endroits les plus fréquentés par la population le long
du cours d’eau.
La meilleure époque pour installer des pièges ou écrans se situe à la fin de la saison
des pluies, après la décrue, et cela pour plusieurs raisons:
- pendant la saison des pluies, l’insecticide imprégnant le dispositif risque fort d’être
lessivé;
- la population de glossines se concentre dans la forêt-galerie pendant la saison sèche;
- la population de glossines est alors plus âgée (du fait du taux de mortalité des pupes
plus élevé à la saison des pluies) et compte, par conséquent, davantage d’insectes qui
sont plus attirés par les pièges.
Villages entourés par la forêt
Les glossines se reposent dans la végétation entourant les villages et s’attaquent à
l’homme et aux animaux domestiques, à proximité de la lisière, dans les zones au sol
détrempé, aux endroits où l’on s’approvisionne en eau, bornes-fontaines ou autres,
dans les toilettes, dans les lieux de baignade, etc. Autour des villages, il faut préférer
les pièges aux écrans et les installer aux endroits où l’on risque normalement d’être
piqué (Figs 2.15 et 2.16). L’utilisation de pièges munis d’un sac où sont emprisonnées
les glossines permet aux villageois d’apprécier l’efficacité des activités de lutte.
Fig. 2.14 Des pièges doivent être installés à proximité des lieux de lessive ou de
baignade.
Chemins et sentiers situés en lisière de forêt
Les mouches tsé-tsé s’attaquent souvent à l’Homme sur les sentiers situés à la lisière
de la forêt. En pareil cas, on peut se servir d’écrans, car leur localisation rend facile
une nouvelle imprégnation si besoin est. Il faut disposer les écrans
perpendiculairement au sentier afin qu’ils soient bien visibles pour les glossines qui
volent le long du sentier (Fig. 2.17).
Plantations
Les glossines s’attaquent également aux personnes qui travaillent dans leur jardin et
sur les plantations de café ou de cacao. On peut assurer leur protection au moyen de
pièges ou d’écrans installés à la limite des plantations et à la lisière de la forêt (Fig.
2.18). Sur les plantations, la préférence doit être accordée aux écrans qui reviennent
moins cher que les pièges (argument important vu le nombre de dispositifs nécessaire)
et peuvent être facilement réimprégnés sans soulever de problèmes d’accès.
Fig. 2.15 Pour protéger un village, il faut installer des pièges à la lisière de la forêt, là
où les glossines s’attaquent couramment à l’Homme.
Points d’eau dans les régions boisées
L’approvisionnement en eau ne se fait pas uniquement dans les rivières, mais
égale ment dans des puits, des mares, des trous d’emprunt et des bassins isolés.
Quand ce genre d’emplacement se trouve dans la forêt, il constitue un habitat
favorable pour les mouches tsé-tsé. Il faut donc installer un ou deux pièges ou écrans
à proximité (Fig. 2.19).
Fig. 2.16 Les tsé-tsé sont attirées par les animaux domestiques et peuvent être
capturées à l’aide d’un dispositif installé dans l’enclos des animaux.
Fig. 2.17 Des écrans doivent être installés tous les 200 m le long des pistes
forestières.
Fig. 2.18 Les personnes travaillant dans les jardins et sur les plantations peuvent être
protégées par l’installation de pièges ou d’écrans à la lisière de la forêt et le long des
sentiers à l’intérieur des plantations.
Fig. 2.19 Les glossines s’attaquent souvent à l’Homme à proximité des points d’eau
qui sont entourés d’une végétation dense.
Entretien
Il importe de débroussailler la zone entourant les pièges ou les écrans de façon à
dégager ces derniers de la végétation et à les rendre bien visibles pour les glossines
(Fig. 2.20). Si la végétation a une croissance rapide, le débroussaillage doit être
recommencé fréquemment. Il faut remplacer les pièges ou les écrans qui ont disparu
et réparer ceux qui sont endommagés ou déchirés.
Réimprégnation
Après l’imprégnation initiale, il faut réimprégner les écrans tous les 3 à 4 mois environ.
Comme les pièges gardent leur efficacité même quand l’insecticide a épuisé son effet,
la réimprégnation n’est pas toujours nécessaire. Les pièges durent fréquemment 6 à
10 mois. Les écrans peuvent durer jusqu’à deux ans et sont réimprégnés plusieurs fois
avant de devoir être remplacés. Il faut remplacer les pièges anciens par des pièges
neufs récemment imprégnés au bout d’une durée de l’ordre de huit mois. Dans les
régions où le problème des glossines a un caractère saisonnier, l’installation ou la
réimprégnation des pièges ou écrans doit se faire en début de saison.
Montage
Eléments nécessaires (8)
Tissu bleu
Il est recommandé d’utiliser du tissu bleu contenant 33% de coton et 67% de
polyester et pesant environ 200 g/m2 . Ce tissu est très résistant à l’usure. N’importe
quelle nuance de bleu peut faire l’affaire, mais on obtient les meilleurs résultats avec le
bleu électrique et le bleu roi. Une autre solution, meilleur marché mais sans doute
moins efficace, consiste dans l’utilisation de feuilles de plastique de la même couleur.
Fig. 2.20 La végétation doit être éliminée tout autour du piège de façon à le rendre
bien visible pour les glossines.
Tissu noir
Pour l’application d’un insecticide, le meilleur type de tissu noir est du nylon pur pesant
environ 44 g/m2 .
Tulle pour moustiquaire
Le tulle utilisé dans les pièges doit être de bonne qualité, car il soutient l’ensemble de
la structure. Les produits synthétiques sont généralement plus solides et coûtent moins
cher que le coton, outre qu’ils sont plus faciles à imprégner. Le meilleur produit est le
nylon non mélangé d’une densité d’environ 30 g/m2 qui résiste mieux au soleil que le
polyester pur. Un autre tissu résistant et facile à se procurer sur les marchés locaux
est celui dont on se sert pour faire les poches de pantalon.
Sac de capture
Les sacs de capture sont fabriqués en tulle pour moustiquaire.
Le piège pyramidal (Fig. 2.21)1
• Découper deux morceaux de matériau bleu et deux morceaux de matériau noir aux
dimensions indiquées sur la Figure 2.21 (a).
• Découper quatre bandes de tissu de 60 cm × 5 cm (b).
• Coudre les quatre bandes sur les quatre morceaux de matériau bleu ou noir
conformément aux indications de la figure. Replier la partie qui dépasse sur 6 cm et la
coudre de façon à obtenir une poche dont l’ouverture soit dirigée vers le milieu du
morceau de matériau (c).
• Placer les morceaux l’un sur l’autre en faisant alterner le noir et le bleu. Coudre les
morceaux ensemble à 3 cm du bord opposé aux poches (d).
• Découper le tulle en un seul morceau aux dimensions indiquées sur la Figure 2.21
(e), et y marquer les points A, B, C et D (repérés par un astérisque * sur le dessin).
• Faire une couture de 2 cm au bord inférieur de la pyramide en cousant le côté TV sur
le côté TU (f). Attacher au sommet de la pyramide une bande de tissu ou une ficelle de
1-2 m de long (qui permette de fixer le piège à un support sur le terrain).
• Découper quatre morceaux de tulle aux dimensions indiquées sur la Figure 2.21 (g).
• Coudre ensemble les quatre morceaux le long des lignes BE et DF. Fixer une bande
étroite de tissu ou une ficelle près de l’ouverture EF (h). Cette bande servira plus tard
à fermer le sac.
• Attacher le sac de capture à la pyramide de tulle. Coudre le sac après avoir placé les
côtés AB et CD sur les lignes correspondantes (Fig. 2.21 (e)) de la pyramide. S’assurer
qu’une ouverture est ménagée entre A et C (Fig. 2.21 (i)). (Elle permettra aux
glossines d’entrer à l’intérieur du piège.)
• Attacher la pyramide aux morceaux de matériau bleu ou noir (j). Plier la pyramide
avant de la poser sur les quatre morceaux de tissu, comme il est indiqué sur la figure
(k). Coudre le tulle avec les morceaux de tissu le long des lignes OP.
• On donnera au piège sa forme définitive sur le terrain, après l’avoir accroché à un
support convenable. Les quatre côtés sont tendus entre deux lattes ou baguettes
souples, d’environ 120 cm de long, qui sont introduites dans les quatre poches des
morceaux de matériau bleu ou noir (1). Les deux baguettes se coupent à angle droit et
assurent chacune le déploiement de deux morceaux de la même couleur. Pour pouvoir
introduire une baguette dans la seconde poche, il faut percer un trou dans l’un des
morceaux, perpendiculairement.
1
D’après un modèle utilisé en 1989 en Ouganda par J. Lancien.
Fig. 2.21 (a, b, c, d) Montage d’un piège pyramidal.
Fig. 2.21 (e, f, g, h) Montage d’un piège pyramidal.
Fig. 2.21 (i, j, k, l) Montage d’un piège pyramidal.
Le piège Vavoua (Fig. 2.22)1
• Découper trois morceaux de matériau noir et trois morceaux de matériau bleu aux
dimensions indiquées sur la Figure 2.22 (a), et marquer les points A, B, C et D sur les
morceaux noirs.
• Disposer deux morceaux noirs l’un sur l’autre et coudre le long de la ligne AB.
• Replier le morceau supérieur le long de AB et poser le troisième morceau par-dessus.
Coudre le long de CD.
• Coudre ensemble les morceaux 2 et 3 le long de CD sur le morceau 2 et le long de
AB sur le morceau 3 (b).
• Coudre les trois morceaux bleus avec les trois morceaux noirs, conformément aux
indications de la Figure 2.22 (c). Prévoir une couture de 1 cm. Faire une couture au
bord inférieur de chacun des trois éléments bleu-noir.
• Découper trois morceaux de tulle pour moustiquaire aux dimensions indiquées sur la
Figure 2.22 (d). Les assembler en forme de cône, et coudre celui-ci aux éléments bleunoir en suivant les lignes EF sur le cône et les lignes GH sur le matériau bleu (e).
• Prendre un morceau de fil métallique de 250 cm de long, le cintrer de façon à obtenir
un cerceau de 80 cm de diamètre et fixer ensemble les deux extrémités par épissage
ou soudage. Replier le bord inférieur du cône de tulle autour du cerceau métallique,
maintenir en place au moyen d’aiguilles et faire un ourlet tout le long du cerceau (e).
• Pour installer le piège sur le terrain, introduire une baguette métallique de 1 cm de
diamètre et 150 cm de long dans la partie tubulaire ménagée au milieu des écrans
noirs. Placer un tampon de coton au sommet du cône pour éviter qu’il ne soit percé par
la baguette métallique (e).
1
D’après un modèle utilisé en Côte d’Ivoire par le Dr C. Laveissière.
L’écran (Fig. 2.23)1
• Eléments nécessaires (voir Fig. 2.23 (a)):
- une barre de fer de 150 cm de long et 1 cm de diamètre;
- une barre de fer de 85 cm de long et, de préférence, 0,8 cm de diamètre;
- un morceau de tissu bleu de 110 cm × 50 cm;
- deux morceaux de tissu noir de 110 cm × 17,5 cm;
- deux morceaux de tissu de 25 cm × 2 cm.
• Souder ensemble les deux barres à une extrémité, sur une longueur de 2 cm,
conformément aux indications de la Figure 2.23 (b). Recourber la barre courte de
façon à l’amener perpendiculairement à la barre longue. Affûter l’autre extrémité de la
barre longue pour qu’elle soit plus facile à planter dans le sol.
• Coudre les deux morceaux de tissu noir avec le tissu bleu, des deux côtés (b).
Compte tenu des coutures, la largeur de l’ensemble est de 83 cm.
• Ourler sur 3 cm le bord supérieur du tissu (b).
• Plier des rubans en deux et les coudre vers le sommet et vers le bas du côté le plus
long de l’écran (b).
• Procéder à l’installation sur le terrain en enfonçant solidement la barre la plus longue
dans le sol (c) avant d’enfiler l’écran sur la barre courte (d) et de le fixer solidement à
la barre verticale au moyen des rubans (e).
1
D’après un modèle utilisé en Côte d’Ivoire par le Dr C. Laveissière.
Fig. 2.22 (a, b, c) Montage d’un piège Vavoua.
Fig. 2.22 (d, e) Montage d’un piège Vavoua.
Fig. 2.23 (a, b) Montage d’un écran.
Fig. 2.23 (c, d, e) Montage d’un écran.
Imprégnation
Insecticides
Les insecticides qui conviennent le mieux pour l’imprégnation d’un piège ou d’un écran
sont les pyréthrinoïdes, spécialement la deltaméthrine, l’alphacyperméthrine, la
lambdacyhalothrine, la cyfluthrine et la bétacyfluthrine. Ces produits ont le double
avantage d’avoir un effet rémanent prolongé et de tuer rapidement les glossines même
après un contact bref. D’autres insecticides comme le DDT mettent trop longtemps à
tuer les glossines, de sorte qu’ils exigeraient des doses nettement plus élevées.
Les insecticides se décomposent sous l’action du soleil, de la pluie et du vent. En
général, l’effet rémanent augmente avec la dose initiale. La rémanence dépend par
ailleurs de la nature du tissu utilisé. Avec la deltaméthrine à raison de 200 mg/m2 ou
l’alphacyperméthrine à raison de 380 mg/m2 , l’imprégnation reste efficace pendant
trois mois sur un mélange de coton et de polyester et jusqu’à six mois sur un tissu en
nylon. Il existe diverses formulations de pyréthrinoïdes, mais c’est avec les concentrés
solubles et les concentrés émulsionnables qu’on obtient les meilleurs résultats.
Mode opératoire
Pour imprégner d’insecticide un écran ou un piège conformément à une dose précise, il
faut disposer des renseignements suivants:
- superficie approximative du piège ou de l’écran en m2 (a);
- quantité d’eau nécessaire pour saturer le piège ou l’écran (b);
- concentration à obtenir pour l’insecticide (en grammes par m2 ) dans le matériau
constitutif du piège ou de l’écran (c);
- quantité de matière active par litre d’insecticide concentré (g/litre) (d).
Le volume, en litres, de concentré émulsionnable nécessaire pour imprégner l’écran ou
le piège est donné par la formule:
(a × c)/d
Mélanger le concentré avec la quantité d’eau b (Fig. 2.24). Verser le mélange dans un
seau ou tout autre récipient suffisamment grand pour qu’on puisse y plonger le piège
ou l’écran. Plonger le piège ou l’écran dans la solution et presser jusqu’à ce qu’il soit
complètement imbibé et absorbe toute la solution (Fig. 2.25). Le piège ou l’écran ainsi
imbibé est ensuite mis à sécher sur l’herbe ou sur une feuille de plastique (Fig. 2.26).
Pendant toute l’opération, il faut porter des gants pour se protéger de l’insecticide.
Fig. 2.24 Le volume d’insecticide émulsionnable est mesuré avec une éprouvette
graduée.
Fig. 2.25 La partie noire de l’écran est immergée dans l’insecticide dilué.
Fig. 2.26 Une fois imprégné, l’écran ou le piège est mis à sécher sur l’herbe ou sur
une feuille de plastique.
Distribution d’insecticides à la collectivité
Dans les programmes de lutte anti-glossines de grande ampleur qui font appel à la
participation communautaire, on peut procéder comme suit pour distribuer l’insecticide
aux particuliers:
• Noter, pour chacun d’eux, le nombre de pièges et (ou) d’écrans qu’il devra
imprégner. Calculer la quantité d’insecticide concentré nécessaire et la verser dans une
bouteille ordinaire, qu’on peut se procurer à bas prix.
• Utiliser une jauge (Fig. 2.27) pour indiquer sur la bouteille le niveau jusqu’auquel il
faudra la remplir d’eau pour obtenir la dilution d’insecticide voulue.
Ce système a l’avantage de permettre aux personnes concernées d’emporter
l’insecticide chez elles sans être obligées de l’épandre immédiatement. En revanche,
une fois le concentré dilué dans l’eau, il doit être utilisé dans les heures qui suivent.
Fig. 2.27 On peut fabriquer des jauges en carton ou en plastique adaptées à quelques
types de bouteille courants.
Fig. 2.28 La réimprégnation des pièges peut se faire sur place, par pulvérisation
directe d’insecticide.
Quand le matériau bleu et noir constitutif d’un piège est en matière plastique, il faut
immerger uniquement la partie supérieure en tulle. On peut plier un écran de façon
que seule la partie noire soit immergée.
Pulvérisation
Dans les programmes anti-glossines de grande ampleur, mieux vaut sans doute
procéder à la réimprégnation des pièges sur place, par pulvérisation (Fig. 2.28). Des
pulvérisateurs manuels à pression préalable font l’affaire.
Pulvérisations d’insecticide
Au cours d’une poussée épidémique de trypanosomiase, la meilleure solution pour
détruire les glossines consiste peut-être à épandre un insecticide par pulvérisation, au
niveau du sol ou par voie aérienne. La pulvérisation n’est généralement pas
recommandée en routine, car elle revient cher et exige un équipement spécial et du
personnel bien formé, sans compter qu’elle entraîne la pollution de l’environnement.
Néanmoins, lorsque l’urgence de la situation l’exige, des agents de santé spécialisés
peuvent organiser des pulvérisations au sol avec la participation de la communauté.
Dans certains pays, les exploitants agricoles se servent de pulvérisateurs à dos à
pression préalable pour détruire les nuisibles: ces appareils peuvent facilement être
adaptés en vue de leur utilisation dans la lutte contre les glossines.
L’objectif des pulvérisations est d’épandre un insecticide à effet rémanent dans les
endroits où les glossines se reposent pendant la journée, par exemple les troncs, les
petites branches et les racines des arbres. Il faut que l’insecticide conserve son activité
pendant au moins les deux mois que dure la nymphose afin que tous les adultes soient
tués au stade de l’éclosion imaginale. La pulvérisation de petites doses d’insecticide à
effet non rémanent au moyen de bombes aérosols permet de détruire directement les
tsé-tsé au repos ou en vol.
Pulvérisations au sol
En principe, les pulvérisations sont limitées aux lieux de repos connus afin de réduire
la quantité d’insecticide et l’importance du travail nécessaires. On pulvérise le produit
sur le couvert végétal, sur une bande de 10 m de large et depuis le niveau du sol
jusqu’à 0,75 m à 4 m de haut, selon l’espèce de glossine en cause et l’emplacement de
la zone traitée. Les épandages se font à la saison sèche afin que l’insecticide ne soit
pas lessivé par la pluie. Les produits et formulations les plus utilisés sont les poudres
mouillables de DDT, de dieldrine et d’endosulfan et, plus récemment, les
pyréthrinoïdes de synthèse. Ces derniers ont l’avantage de se dégrader rapidement
dans l’environnement et d’être très peu toxiques pour l’homme et les mammifères;
appartiennent à cette catégorie la deltaméthrine, l’alphaméthrine, la cyfluthrine, la
cyperméthrine et la perméthrine. Le DDT et l’endosulfan, dilués respectivement à 50
g/litre et 30 g/litre, sont pulvérisés sur la végétation jusqu’au point de ruissellement.
Equipement
On peut utiliser des pulvérisateurs à dos à pression préalable (Fig. 2.29), des
pulvérisateurs mécaniques portatifs et des pulvérisateurs mécaniques montés sur un
tracteur. Les deux premiers types d’appareil sont utilisés à d’autres fins par les
agriculteurs de certains pays et peuvent être adaptés à la lutte anti-glossines.
Pour éviter les pertes d’insecticide et de temps, il est recommandé de se renseigner au
sujet des doses à utiliser et de l’époque à choisir pour les pulvérisations.
Pulvérisations aériennes
L’utilisation d’hélicoptères ou d’aéronefs à voilure fixe est surtout pratiquée dans le
cadre de la lutte contre la trypanosomiase animale. Dans de très rares cas, lors de
poussées épidémiques, on s’en est cependant également servi pour combattre la
trypanosomiase humaine. Les hélicoptères permettent d’épandre des insecticides à
effet rémanent ou des aérosols à effet non rémanent dans des endroits bien
déterminés. De petits aéronefs sont également utilisés pour la pulvérisation périodique
d’aérosols.
Comme il faut que les particules d’insecticide soient entraînées vers le bas, on
s’abstiendra en règle générale d’effectuer les pulvérisations de 9 heures à 17 heures,
période de la journée marquée par des ascendances. C’est uniquement en début de
matinée ou en fin d’après- midi que les conditions atmosphériques conviennent pour
une pulvérisation aérienne. Ce mode d’épandage est également à exclure sur une forêt
dense qui empêche l’insecticide de parvenir jusqu’aux niveaux inférieurs.
Les pulvérisations aériennes sont plus rapides à effectuer que les pulvérisations au sol,
mais elles ont le grave inconvénient d’être onéreuses et de nécessiter un équipement
spécialisé; en outre, les épandages d’aérosols à effet non rémanent doivent être
renouvelés cinq fois, à intervalle d’une dizaine de jours. Cette méthode de lutte doit
donc être réservée aux situations d’urgence.
Fig. 2.29 Pulvérisation d’un insecticide à effet rémanent sur la végétation, au niveau
des lieux de repos et des gîtes larvaires de glossines, au moyen d’un pulvérisateur
manuel à pression préalable.
Bibliographie
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palpalis palpalis (Robineau-Desvoidy) (Diptera: Glossinidae). Bulletin of entomological
research, 1988, 78: 591-604.
2. Green CH. The use of two-coloured screens for catching Glossina palpalis RobineauDesvoidy (Diptera: Glossinidae). Bulletin of entomological research, 1989, 79: 81-93.
3. Challier A, Laveissière C. Un nouveau piège pour la capture des glossines (Glossina:
Diptera, Muscidae): description et essais sur le terrain. Cahiers d’ORSTOM,
Entomologie médicale et parasitologie, 1973, 11: 251-262.
4. Laveissière C, Grebaut P. Recherches sur les pièges à glossine (Diptera:
Glossinidae). Mise au point d’un modèle économique: le piège ‘Vavoua’. Tropical
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5. Lancien J, Gouteux JP. Le piège pyramidal à mouche tsé-tsé (Diptera: Glossinidae).
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6. Laveissière C, Couret D, Grebaut P. Recherche sur les écrans pour la lutte contre les
glossines en région forestière de Côte d’Ivoire. Mise au point d’un nouvel écran.
Cahiers d’ORSTOM, Entomologie médicale et parasitologie, 1987, 25: 145-164.
7. La trypanosomiase africaine: épidémiologie et lutte. Rapport d’un comité d’experts
de l’OMS. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 1986 (OMS, Série de Rapports
techniques, N° 739).
8. Laveissière C, Couret D, Manno A. Importance de la nature des tissus dans la lutte
par piégeage contre les glossines. Cahiers d’ORSTOM, Entomologie médicale et
parasitologie, 1987, 25:133-144.
Chapitre 3. Réduves ou triatomes
Les vecteurs de la maladie de Chagas
Les réduves ou triatomes sont de gros insectes hématophages (sorte de punaises
volantes) qu’on trouve principalement en Amérique latine et dans le sud des Etats-Unis
d’Amérique. Un certain nombre d’espèces sont adaptées à une vie péri- et
intradomiciliaire et jouent un rôle important dans la transmission à l’Homme de
Trypanosoma cruzi, le parasite responsable de la maladie de Chagas (également
appelée trypanosomiase américaine). Cette parasitose qui sévit dans la plupart des
pays d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud est incurable et détermine, à la phase
chronique, une viscéropathie chagasique et une atteinte myocardique. Certains
patients succombent finalement à une défaillance cardiaque. On peut cependant
interrompre réellement la transmission en détruisant les réduves à l’intérieur et autour
des habitations, là où ils ont leurs lieux de repos.
Biologie
Malgré la diversité des espèces rencontrées d’un pays à l’autre, tous les réduves ont
un aspect similaire et le même cycle biologique et sont faciles à distinguer des autres
insectes (Fig. 3.1). En Amérique latine, les réduves sont connus localement sous toute
une série de noms, dont barbeiros, vinchucas, pitos et chinches.
Cycle de développement
La durée totale du cycle de développement des réduves, de l’œuf à l’imago, varie de 4
à 24 mois selon les espèces et les conditions environnementales (Fig. 3.2). Les
espèces vectrices les plus importantes ont généralement un ou deux cycles annuels.
L’adulte diffère des stades immatures (nymphes) par la présence d’ailes et de genitalia
pleinement développés. Les formes adultes et immatures occupent les mêmes biotopes
et ont des habitudes trophiques similaires.
Comportement
Dans les Amériques, on trouve des réduves aussi bien en région forestière qu’en région
sèche. Les formes adultes et immatures vivent dans les terriers et les nids d’animaux
sauvages - oiseaux, chauves-souris, écureuils, opossums et tatous - qu’ils piquent pour
se nourrir de sang pendant la nuit, lorsque les animaux sont endormis. Un certain
nombre d’espèces sont adaptées à une vie intradomiciliaire et péridomiciliaire et
prennent leurs repas de sang sur l’Homme et les animaux domestiques poulets,
bovins, chèvres, chats et chiens. La durée d’un repas varie entre 10 et 25 minutes.
Fig. 3.1 Gros plan de la tête d’un réduve, montrant la trompe (avec l’aimable
autorisation du Natural History Museum, Londres).
Fig. 3.2 Cycle de développement du réduve (avec l’aimable autorisation du Natural
History Museum, Londres).
Lieux de repos habituels
Les réduves responsables de la transmission de la maladie de Chagas se reposent le
jour dans des anfractuosités abritées de la lumière, à proximité de leur source de sang.
Lieux de repos intradomiciliaires
Pendant la journée, les réduves préfèrent se cacher dans des anfractuosités mal
éclairées qui abondent dans les murs en pisé ou en adobe non crépis. Ils trouvent
d’autres cachettes derrière les tableaux, dans les meubles, les coffres et les vêtements
accrochés à une patère murale ou encore dans les lits (Fig. 3.3 et 3.4). Rhodnius
prolixus, vecteur important que l’on trouve en Colombie, au Venezuela et en Amérique
centrale, se cache fréquemment dans les toits de chaume. Triatoma infestons, qui est
l’espèce vectrice la plus importante en Amérique du Sud, affectionne pour se cacher la
charpente des toits et le sol (Fig. 3.5). Enfin, une espèce vectrice en Amérique
centrale, Triatoma dimidiata, se cache aussi dans les fissures du sol à l’intérieur du
logement.
Lieux de repos péridomiciliaires
Certains réduves trouvent des lieux de repos qui leur conviennent dans le voisinage
immédiate ce qui leur permet d’entrer commodément à l’intérieur des habitations pour
prendre leurs repas de sang. Ils se cachent dans des empilements d’objets les plus
divers, par exemple des tas de bois de feu, de bois d’oeuvre, de tuiles, de pierres et
des piles de sacs de produits alimentaires. On trouve également des réduves au repos
dans les abris pour animaux, par exemple les poulaillers et les enclos à chèvres.
Fig. 3.3 Les réduves trouvent des cachettes à leur convenance dans les fissures des
murs en adobe et dans les endroits sombres, par exemple entre plusieurs coffres, ou
entre les bûches d’un tas de bois, etc., ainsi que derrière les tableaux, dans les lits et
dans les toits de chaume.
Fig. 3.4 Les lieux de repos les plus importants sont constitués par a) les anfractuosités
profondes des murs en clayonnage garni de terre et b) des murs en adobe.
Fig. 3.5 Les toits constitués d’une charpente recouverte de terre sont des lieux de
repos importants pour Triatoma infestans en Argentine et en Bolivie.
Importance pour la santé publique
Nuisance
Les piqûres de réduve sont en général relativement indolores si bien que, le plus
souvent, elles n’éveillent pas la victime. Dans certains cas, la piqûre se manifeste
ultérieurement par un prurit intense et d’autres troubles cutanés. En présence de
populations de réduves importantes, on peut observer des anémies chroniques
imputables à la spoliation sanguine résultant de piqûres fréquentes (1, 2).
Maladie de Chagas
La trypanosomiase américaine ou maladie de Chagas est provoquée par un protozoaire
parasite, Trypanosoma cruzi, qui est transmis à l’Homme par les réduves. Elle est
associée à la pauvreté dans les zones rurales d’Amérique centrale et d’Amérique du
Sud où l’on estime à 16 à 18 millions le nombre de personnes parasitées, dont plus de
6 millions sont appelées à développer la maladie clinique (Fig. 3.6) (3).
Transmission
Les réduves ingèrent les parasites pendant qu’ils prennent leur repas de sang sur un
animal ou personne contaminés. Une fois infestés, les réduves redéposent des
parasites avec leurs déjections sur la peau d’une autre personne pendant un nouveau
repas ou peu de temps après. En se grattant ou se frottante la victime facilite la
pénétration des parasites au niveau de la piqûre ou de l’excoriation. Transportés par
les doigts, les parasites peuvent aussi utiliser comme portes d’entrée la conjonctive et
les muqueuses nasale ou buccale et pénétrer finalement dans le courant sanguin. La
peau intacte oppose un obstacle infranchissable au parasite (Fig. 3.7).
Fig. 3.6 Distribution géographique de la maladie de Chagas dans les Amériques (©
OMS).
WHO 96190
La transmission du parasite peut se faire entre des réservoirs d’animaux sauvages et
les réduves, sans implication de l’Homme. Ce dernier peut s’infecter lorsqu’il pénètre
dans un milieu naturel où se trouvent des animaux sauvages et des vecteurs
contaminés. Si l’Homme s’installe dans ce type de milieu - après l’abattage ou
l’expulsion des animaux réservoirs -, les réduves peuvent transmettre le parasite aux
animaux domestiques et aux humains avec une fréquence accrue. La construction
d’habitations et d’abris pour animaux offre aux insectes de nouveaux lieux de repos et
de nouvelles cachettes.
Fig. 3.7 Cycle biologique de Trypanosoma cruzi (selon Taina Litwak, United States
Agency for International Development’s VBC Project).
La transmission peut également se faire entre la future mère et l’enfant qu’elle porte et
lors d’une transfusion de sang contaminé. C’est un problème qui prend de l’importance
dans certaines agglomérations urbaines.
Clinique
On observe souvent une réaction locale limitée au point d’entrée du parasite dans
l’organisme. Si ce point est proche de l’œil, on peut observer un œdème palpébral
marquée connu sous le nom de signe de Romaña (Fig. 3.8); il intéresserait environ
50% des sujets infectés. Dans un délai de quelques jours, on observe parfois un
épisode fébrile, accompagné d’adénopathies, qui peut être mortel chez l’enfant mais, le
plus souvent, n’engage pas le pronostic vital.
La phase suivante est asymptomatique et peut durer plusieurs mois, voire plusieurs
années. Cependant, l’atteinte progressive des organes, dont la plupart sont envahis
par le parasite, finit par déterminer des symptômes chroniques, notamment des
cardiopathies et viscéropathies irréversibles. On estime à 27% le nombre de sujets
infectés qui font un problème cardiaque susceptible de provoquer une mort subite, à
6% le nombre d’anomalies de l’appareil digestif et à 3% les lésions nerveuses
centrales et périphériques.
Fig. 3.8 L’œdème palpébral, connu sous le nom de signe de Romaña, constitue un
symptôme précoce caractéristique de la maladie de Chagas.
Prévention et lutte
Il n’existe pas de médicaments satisfaisants pour le traitement de la maladie de
Chagas en phase chronique. Au stade de l’infection débutante, difficile à diagnostiquer,
le nifurtimox et le benznidazole peuvent être utilisés en dépit de leurs effets
secondaires. Pour accélérer le diagnostic, on a mis en place dans les pays d’endémie
un réseau de laboratoires qui facilite l’exécution des prélèvements sur le terrain et
garantit l’application de critères de diagnostic normalisés.
Il est particulièrement important de se prémunir contre la contamination en détruisant
les réduves. Les principales méthodes utilisées à cette fin sont les suivantes:
- pulvérisation d’insecticides sur les murs et les toits des maisons, c’est la méthode qui
a la préférence dans la plupart des régions où la maladie de Chagas est endémique;
- amélioration des logements afin d’éliminer, au moins en partie, les endroits pouvant
servir de cachettes aux réduves; c’est la méthode qui convient le mieux pour se
protéger individuellement et elle est particulièrement importante pour prévenir une
réinfestation après la destruction des réduves grâce à la pulvérisation d’insecticides.
Pour exclure le risque de transmission de la maladie de Chagas à l’occasion d’une
transfusion, on pratique dans les banques de sang des contrôles spéciaux qui
permettent de s’assurer que les donneurs sont indemnes.
Mesures de lutte
Les modalités de la lutte diffèrent selon le taux d’infestation des logements par les
réduves et selon l’intensité de la transmission de la maladie de Chagas. Sept pays où
cette maladie est endémique; à savoir l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Chili, le
Paraguay, l’Uruguay et le Venezuela ont lancé des programmes de lutte antivectorielle
à l’échelle nationale. Ces programmes reposent essentiellement sur la pulvérisation
d’insecticides à très bonne persistance d’action sur les murs des habitations et dans les
lieux de repos péridomiciliaires des réduves. Des équipes spécialement formées
appartenant au service public sont normalement chargées des activités d’épandage,
lesquelles se divisent en trois phases: préparatoire, d’attaque et de vigilance. Pendant
la phase d’attaque, on procède à la pulvérisation dans toutes les habitations des
collectivités où l’on a découvert des logements infestés.
Au Brésil, par exemple, lorsque le nombre de maisons qui se révèlent encore infestées
après la pulvérisation ne dépasse pas 5%, la localité est placée en phase de vigilance.
Les pulvérisations sont interrompues, mais les occupants sont tenus de signaler euxmêmes la présence de réduves (voir p. 253). En cas de réinfestation d’une habitation,
on y recommence le traitement insecticide, ainsi que dans toutes les maisons voisines.
Cette méthode donne de bons résultats, mais elle revient cher. On s’appuie aujourd’hui
davantage sur des méthodes moins coûteuses, sur la décentralisation de la lutte et sur
le renforcement de la participation communautaire. Les activités menées en Bolivie, au
Brésil et au Venezuela ont apporté la preuve que l’amélioration du logement est
également un moyen de lutte efficace (3).
Dans le nord de l’Argentine, un programme communautaire fondé sur la distribution
massive de pots ou de cartouches fumigènes associée au contrôle du contenu de
cartons de surveillance (voir p. 251) a permis d’interrompre la transmission de la
maladie de Chagas. Toutefois, il n’est pas certain que la méthode soit transposable
ailleurs (4).
Lors de la phase de vigilance, les pouvoirs publics cessent pratiquement toute
intervention et doivent être relayés par la communauté à laquelle il revient d’améliorer
le logement et l’environnement péridomiciliaire, d’assurer la surveillance, de traiter les
logements réinfestés et de mettre en œuvre des méthodes simples de protection
individuelle, par exemple l’application d’une peinture insecticide et l’utilisation de
feuilles imprégnées, de moustiquaires imprégnées et de cartouches ou pots fumigènes.
Un événement récent pourrait modifier sensiblement les modalités de la lutte contre la
maladie de Chagas: l’adoption, en 1991, par les Ministres de la Santé de l’Argentine,
de la Bolivie, du Brésil, du Chili, du Paraguay et de l’Uruguay, d’une résolution qui
préconise, pour éliminer cette maladie, l’association de la lutte antivectorielle et du
dépistage des sujets parasités par examen hématologique. On se propose de pulvériser
des insecticides dans toutes les habitations des régions connues pour être infestées par
Triatoma infestans. Une commission intergouvernementale a été nommée avec mission
d’une part, de réunir et de gérer des fonds et, d’autre part, de coordonner l’exécution
du plan (5).
L’application d’insecticides sur les murs des habitations
En générale les réduves restent longuement en contact avec les murs et les toits des
maisons à la surface ou à l’intérieur desquels ils se cachent le jour et sur lesquels ils se
déplacent la nuit. C’est dire que le traitement de ces endroits par un insecticide à
rémanence prolongée peut détruire la plupart des réduves (Fig. 3.9). En plus des
pulvérisations intradomiciliaires, spécialement dans les chambres à coucher, il est
souhaitable d’effectuer des pulvérisations péridomiciliaires au niveau des biotopes des
réduves. Bien utilisés, les insecticides recommandés sont peu toxiques pour l’homme.
La pulvérisation d’un insecticide exige des compétences particulières et donc une
formation spéciale des opérateurs. Les collectivités peuvent envisager d’assurer cette
formation à certains de leurs membres. Les agents de santé employés par les
organismes médicaux peuvent également y voir l’une de leurs fonctions. Les personnes
sans formation doivent s’abstenir d’épandre des insecticides dans leur logement, car
elles risqueraient d’obtenir une couverture inégale, de gaspiller des produits et de
soumettre les occupants à une exposition excessive. Les insecticides même les moins
dangereux ne doivent pas être appliqués à la main ou sans précautions convenables.
On trouvera aux Chapitres 9 et 10 des renseignements sur l’équipement et les
techniques de pulvérisation et sur la façon de se servir d’insecticides en toute sécurité.
Malheureusement, les matériaux utilisés pour la construction des murs ne conviennent
pas tous également à l’application d’insecticides. Les murs les mieux adaptés à cette
fin sont ou bien crépis ou bien fabriqués à l’aide d’un matériau non poreux comme le
bois de feuillu tropicale le bois peinte les briques crues comprimées ou les briques
cuites. En pareil cas, l’insecticide reste en effet à la surface, alors que les matériaux
poreux comme le pisé absorbent l’insecticide appliqué en grande partie. En outre, les
minéraux qui sont contenus dans le pisé ou dans l’enduit peuvent décomposer
rapidement les formulations insecticides classiques. Un insecticide peut rester actif un
an ou plus sur un mur en bois d’oeuvre, mais moins de 2 à 3 mois sur un mur d’adobe.
Fig. 3.9 L’application d’insecticides sur les murs et les toits se fait en général par
pulvérisation.
Insecticides
Le DDT n’est pas suffisamment efficace contre les réduves. On a utilisé des produits
plus coûteux comme la dieldrine, l’hexachlorocyclohexane (HCH) et le propoxur. Leur
rémanence sur les murs en pisé ne dépasse généralement pas les trois mois. De nos
jours, les insecticides de choix sont principalement des pyréthrinoïdes de synthèse tels
que la cyperméthrine, la cyfluthrine, la deltaméthrine, la perméthrine, la
lambdacyhalothrine et la fenpropathrine. Bien que ces produits reviennent souvent
plus cher que ceux qu’on utilisait autrefois, ils ont l’avantage d’une rémanence
généralement très supérieure et s’utilisent à plus faibles doses, d’où finalement une
meilleure rentabilité (6).
Les poudres mouillables et les suspensions concentrées sont des formulations qui
conviennent pour le traitement de surfaces murales poreuses. Leur action persiste plus
longtemps que celle des concentrés émulsionnables car, du fait de leur grosseur
supérieure, les particules d’insecticide ne pénètrent pas à l’intérieur des murs, mais
restent à la surface, au contact des insectes.
Formulations à libération lente (peintures insecticides)
Ces formulations semblent apporter une solution au problème de la dégradation rapide
de l’insecticide à la surface des murs en pisé, ainsi qu’à celui de son absorption. Elles
comportent une base de latex ou d’acétate de polyvinyle et peuvent être appliquées
sur les murs par pulvérisation ou au pinceau (Fig. 3.10 et 3.11).
L’application au pinceau a l’avantage de la simplicité et d’un faible coût par rapport à
un traitement insecticide classique, compte tenu de la persistance d’action des
produits. Cependant, les murs en pisé sont mal adaptés à l’utilisation d’un pinceau qui
érode leur surface, les organismes chargés de la lutte antivectorielle préfèrent
appliquer une fine pellicule superficielle de produit par pulvérisation, car cette
technique prend moins longtemps et elle est plus efficace.
Récemment, on a spécialement mis au pointa en vue du traitement des surfaces en
pisé par pulvérisation, une peinture insecticide qui est efficace contre les réduves (7,
8). Cette peinture peut également être étalée au pinceau. Une fois sèche, elle devient
transparente et prend la consistance d’une fine pellicule de matière plastique.
Ce produit doit être mélangé à l’eau avant son application.
Composition d’une peinture insecticide
Seuls sont utilisables des insecticides à forte tension de vapeur puisqu’il faut que les
particules migrent jusqu’à la surface de la couche de peinture. Le malathion, le
propoxur, le pirimiphosméthyl et le fénitrothion conviennent à cet effet. Par exemple,
un concentré émulsionnable de malathion à 8,3% ou une poudre mouillable ajoutée à
une suspension émulsionnable principalement formée d’acétate de polyvinyle laisse
subsister, une fois le produit sec, une mince pellicule contenant environ 13% de la
matière active, laquelle migre en permanence vers la surface.
Fig. 3.10 On peut appliquer une peinture insecticide sur les surfaces à traiter par
pulvérisation. Il faut retirer le filtre dont est munie la poignée du pulvérisateur pour
empêcher la polymérisation du latex. Entre deux applications, le gicleur doit être
maintenu immergé dans l’eau, et l’équipement doit être soigneusement nettoyé à l’eau
à la fin de chaque séance de pulvérisation.
Fig. 3.11 Les peintures insecticides à libération lente peuvent être appliquées au
pinceau.
Avantages et inconvénients des peintures insecticides
Avantages
• Les peintures insecticides ont une persistance d’action supérieure à celle des
insecticides classiques, et donc une meilleure rentabilité. Une seule application peut
durer jusqu’à deux ans alors que les formulations classiques d’insecticides comme les
pyréthrinoïdes de synthèse ou l’HCH ne durent pas plus d’un an. Dans une étude
réalisée au Brésil, on a estimé à US $29 la dépense nécessaire pour débarrasser une
maison des réduves pendant un an, contre $73 avec l’HCH et $31 - 66 avec la plupart
des pyréthrinoïdes courants.
• Les peintures sont appréciées des occupants, car elles augmentent la résistance à
l’abrasion des murs en pisé.
Inconvénients
• La quantité de formulation à transporter par logement est plus importante et des
précautions sont nécessaires pour que le gicleur du pulvérisateur ne se bouche pas à
cause de la polymérisation du latex.
Application d’une peinture imprégnée d’insecticide sur la structure en bois
d’une maison à clayonnagea
Lors de la construction d’une maison à clayonnage, avant de remplir d’a rgile les
interstices de la structure en bois, on peut peindre cette dernière avec une peinture
imprégnée d’un insecticide à libération lente (Fig. 3.12). Les fissures venant à se
former par la suite constitueront alors pour les réduves des lieux de repos toxiques.
Fig. 3.12 On peut utiliser une peinture insecticide pour traiter la structure en bois
d’une maison à clayonnage garni d’argile.
La qualité la plus importante d’une peinture destinée au traitement du bois consiste
dans sa rémanence vu qu’une nouvelle application est impossible. D’après des
travaux de laboratoire et des études menées sur le terrain (7, 8), il semble que le
meilleur produit consiste dans un mélange de bitume oxydé et d’un organophosphoré
comme le malathion ou le chlorpyriphos puisqu’il a gardé sa toxicité pendant au
moins cinq ans. Quand cette peinture est destinée à cette utilisation, son aspect noir
peu attrayant perd toute importance.
a
Pour plus de renseignements, prendre contact avec le Nucleo de Pesquisas de
Produtos Naturals, Université fédérale de Rio de Janeiro, CEP 21941, Rio de Janeiro,
Brésil.
Détermination de la rémanence
Une épreuve simple permet de mesurer la perte de rémanence d’un insecticide avec le
temps. On recueille une dizaine de réduves adultes ou de nymphes (de préférence des
nymphes du cinquième stade qui viennent de s’alimenter) et on les expose pendant
une durée déterminée sur le type de surface étudié. Il faut les enfermer sous un cône
OMS normalisé pour épreuve biologique ou sous une boîte de Pétri en verre renversée
(ou n’importe quel autre récipient plat transparent) que l’on fixe à la surface traitée
avec un élastique, un ruban, des clous ou tout autre moyen (Fig. 3.13). De préférence,
ce récipient sera placé sur une surface plane non fissurée afin que les réduves ne
puissent pas s’échapper. A défaut, il faut combler les fissures et assurer l’étanchéité
entre le récipient et la surface du mur. La préférence accordée aux adultes ou aux
nymphes du cinquième stade tient au fait que les réduves arrivés à ces stades sont les
moins sensibles aux insecticides et peuvent moins facilement s’échapper par de petites
ouvertures. Pour permettre des comparaisons, on utilisera le même type de surface
pour chaque épreuve. Les réduves nécessaires pour ces épreuves peuvent être
demandés aux organismes chargés de la lutte antivectorielle et aux centres de
recherche ou être capturés sur le terrain. Il faut prendre un maximum de précaution
pour ne pas toucher directement les déjections de réduves sauvages qui risquent
d’être contaminées par les parasites responsables de la maladie de Chagas.
Fig. 3.13 Pour déterminer la perte de rémanence d’un insecticide après son
application sur un mur, on peut exposer des réduves à la surface traitée en utilisant a)
soit le cône OMS normalisé pour épreuve biologique, b) soit, par exemple, une boîte de
Pétri renversée.
Fig. 3.14 Après avoir exposé les réduves à l’insecticide étudié, on les met pendant 1-3
jours dans un pot ou un bocal afin de déterminer leur taux de mortalité.
La durée d’exposition peut aller de plusieurs heures à plusieurs jours. Si l’épreuve est
pratiquée peu après l’épandage de l’insecticide, on choisira une durée telle que le taux
de mortalité des réduves exposés soit compris entre 90% et 100%. A la fin de
l’exposition, il faut conserver les réduves 1 à 3 jours dans un pot ou un bocal (Fig.
3.14). Ce dernier doit être gardé au frais et muni d’un morceau de papier sur lequel on
pourra examiner les déjections des insectes. A la fin de cette période, on note le taux
de mortalité définitif. Si l’épreuve fait apparaître un taux sensiblement plus faible que
celui qu’on avait obtenu précédemment avec le même mode opératoire - par exemple
60% au lieu de 100% - c’est que l’insecticide n’est plus assez efficace.
Amélioration du logement
Pour se protéger durablement des réduves, on peut modifier les habitations et leurs
abords immédiats de façon à supprimer tous les lieux de repos habituels des réduves
(9-11). Il existe des méthodes bon marché pour améliorer l’état des murs, de la toiture
et du sol (12). Cependant, des réduves venus de maisons contaminées voisines ou de
l’environnement péridomiciliaire peuvent continuer de trouver des lieux de repos à leur
convenance dans des coffres, derrière des tableaux, etc. C’est dire que l’amélioration
des logements est plus efficace si elle est effectuée simultanément par la majorité des
habitants d’une zone donnée (Fig. 3.15).
Fig. 3.15 L’amélioration du logement réduit le nombre d’endroits utilisables par les
réduves pour se reposer.
Maisons existantes
Murs
Pour améliorer l’état des murs, on peut en combler les fissures au moyen d’un crépi
préparé avec des matériaux disponibles localement (Fig. 3.16). On veillera tout
spécialement à combler les anfractuosités au sommet des murs, juste au-dessous du
toit.
Comment faire un crépi
1. Mélanger du sable (6 parties), de la terre passée au crible (1 partie), de la bouse de
vache (1 partie) et de la chaux ou du ciment (0,5-1 partie). Pour obtenir de la chaux,
on peut calciner pendant 24 heures des roches calcaires d’origine locale dans un four à
foyer ouvert chauffé au bois, avant de pulvériser le résidu blanc ainsi obtenu avec un
marteau et de le mélanger dans de l’eau. Une fois le crépi terminée, on peut
badigeonner les murs pour en améliorer l’aspect, par exemple avec un lait de chaux.
2. Préparer du torchis en incorporant à une terre argileuse des bouts de paille très
courts pour augmenter la résistance du mélange. Enduire le mur et s’assurer que la
totalité de sa surface est parfaitement lisse. Lorsqu’on a besoin d’un enduit épais, il est
conseillé d’appliquer le torchis en deux ou même trois couches minces pour éviter la
formation de fissures. Il faut laisser sécher chaque couche avant d’appliquer la
suivante. Toutefois, pour améliorer l’adhérence, on humectera le mur sur toute sa
surface avant d’appliquer une nouvelle couche (Fig. 3.17).
Fig. 3.16 Les lieux de repos constitués par les anfractuosités des murs peuvent être
éliminés grâce au crépissage des murs au moyen d’un enduit qu’on peut mettre en
place à la main puis lisser soit à la main, soit avec une truelle.
Fig. 3.17 Il faut humecter la surface avant d’appliquer la couche d’enduit suivante
pour en augmenter l’adhérence et éviter la formation de fissures provoquée par un
séchage trop rapide.
Mortier de ciment
Pour améliorer la tenue du revêtement, il faut appliquer une couche finale de mortier,
composé de cimenta de sable et d’eau. Comme précédemment, cette couche doit être
appliquée sur une surface humectée, de manière à en augmenter l’adhérence, et être
mouillée périodiquement pour ne pas risquer de se fissurer. Le mortier risque de se
détacher dans les cas suivants:
- le mur n’a pas été humecté avant d’être enduit de mortier;
- le mortier n’a pas été humecté pour lui permettre de sécher plus lentement;
- le mortier est de qualité médiocre, c’est-à-dire à trop faible teneur en ciment.
Mortier armé
On peut augmenter la résistance de l’enduit en y incorporant une armature métallique
(grillage ou fil de fer) (Fig. 3.18). L’idéal serait d’armer le crépi de tous les murs, mais
la priorité doit être donnée à ceux qui sont le plus exposés à la pluie.
Il faut mettre en place l’armature avant d’appliquer l’enduit. Pour obtenir la plus
grande résistance possible, il faut placer l’armature au milieu de la couche. Si
l’armature est directement en contact avec le torchis, elle risque de se corroder
rapidement.
Sols (revêtus ou non)
Spécialement en Amérique centrale où Triatoma dimidiata est une espèce vectrice, il
ne faut pas négliger le sol des pièces lors de l’amélioration du logement. On peut pour
cela égaliser le sol, le compacter et le recouvrir d’une chape de ciment (Fig. 3.19). Il
faut boucher les fissures qui se formeraient par la suite.
Toiture
Dans les régions où les matériaux traditionnels utilisés pour la toiture permettent aux
réduves de s’y cacher (chaume au Venezuela, bois recouvert de terre en Argentine et
en Bolivie), le mieux est de les remplacer par des tuiles ou de la tôle ondulée.
Fig. 3.18 Le mortier peut être renforcé par une armature métallique.
Fig. 3.19 Les lieux de repos offerts aux réduves par le sol peuvent être bouchés puis
recouverts d’une chape de ciment.
Fig. 3.20 Les tuiles constituent un matériau de couverture traditionnel dont on peut se
servir pour améliorer les habitations.
Les tuiles partagent avec les matériaux traditionnels l’avantage d’isoler la maison du
chaud et du froid et elles ont un aspect plus attrayant que la tôle; qui plus est, on peut
les fabriquer localement. En revanche, leur poids nécessite la construction spéciale
d’une charpente pour en supporter la charge (Fig. 3.20).
Les tôles ont l’avantage d’être relativement bon marché et généralement faciles à se
procurer (Fig. 3.21). Leur utilisation pour confectionner le toit ne soulève pas de
difficultés. En revanche, elles n’isolent pas du froid ou du chaud et elles sont bruyantes
lorsqu’elles sont battues par la pluie.
Un autre matériau de couverture est constitué par les acerolitos, matériau composite
formé d’asphalte emprisonné entre deux feuilles d’aluminium. Les panneaux fabriqués
avec ce matériau assurent une bonne isolation contre les températures extrêmes, mais
ils sont plus facilement endommageables et plus coûteux que la tôle ondulée. Le
fibrociment (asphalte-ciment) en feuilles présente des avantages comparables, mais il
est plus lourd et plus fragile.
Fig. 3.21 La tôle ondulée n’offre pas d’habitat convenable aux réduves.
Maisons neuves
Lorsqu’on prévoit de construire une maison neuve ou que la maison ancienne ne vaut
pas la peine d’être remise en état par les méthodes ci-dessus et doit être remplacée, il
est recommandé d’utiliser des matériaux durables tels que cimenta briques cuites ou
bois de construction. Si l’on ne dispose pas de ces matériaux ou qu’ils sont trop
coûteux, on peut éviter que les murs en pisé ne se fissurent en protégeant la terre de
l’érosion et du retrait grâce à l’addition de bitume (asphalte), de ciment, de chaux ou
de paille ou d’un mélange de plusieurs de ces matériaux.
Dans certaines régions, les blocs d’adobe traditionnels (qui ne sont pas cuits au four,
mais séchés au soleil) sont déjà de bonne qualité du fait de la paille qui y est ajoutée
et de leur teneur en éléments naturels contenus localement dans le sol.
Blocs de pisé stabilisés et comprimés
On peut fabriquer des blocs de pisé de bonne qualité, plus résistants que les blocs
ordinaires et pouvant supporter une charge supérieure, en les compactant dans une
presse mécanique (Fig. 3.22). Leur fabrication directement sur le chantier réduit
beaucoup la quantité de matériaux à transporter. On obtient des blocs stabilisés très
solides et résistants à l’eau en comprimant un mélange de ciment (environ 5-8%) et
de terre. On peut aussi obtenir des blocs de résistance comparable avec de la chaux, à
raison de 7-10%. La terre doit être suffisamment sèche pour pouvoir, une fois
émiettée, passer à travers un tamis à mailles de 6 mm. Cette granulométrie est
indispensable pour que la terre se mélange bien avec le ciment qui, en principe,
devrait en enrober toutes les particules. La terre utilisée doit contenir de préférence 530% d’argile. Il faut laisser les blocs sécher au soleil pendant 2-3 semaines avant de
s’en servir (Fig. 3.23). Il faut les empiler 3-5 jours après leur confection et les
recouvrir pour les protéger de la pluie.1
1
Pour plus de précisions, s’adresser au Building Research Establishment, Garston,
Watford, Angleterre.
Les murs en blocs comprimés et stabilisés n’ont pas besoin d’être crépis car, en
principe, ces blocs ne se fissurent pas. Il faut soigneusement boucher les joints avec
du mortier et les affleurer afin de ne pas laisser subsister de vides pouvant servir
d’habitat aux réduves.
Fig. 3.22 On peut fabriquer des blocs de pisé de bonne qualité en comprimant de la
terre dans une presse mécanique.
Fig. 3.23 Les blocs de pisé fabriqués à la presse mécanique doivent être mis à sécher
pendant 2-3 semaines avant d’être utilisés.
Pour une construction bon marché, on peut se servir de la presse pour fabriquer des
blocs de terre, non additionnés de ciment, qu’on fera sécher au soleil. En pareil cas, on
peut améliorer les choses en revêtant les murs d’un enduit de ciment; les murs en
blocs doivent être humectés avant la réalisation de l’enduit.
Une personne suffit pour actionner la presse; si l’on dispose d’une équipe d’au moins
trois personnes, on peut la faire marcher en permanence pendant que les opérations
d’excavation et de mélange de la terre et l’empilage des nouveaux blocs se
poursuivent. Avec une bonne machine, une équipe de trois ouvriers peut fabriquer au
moins 20 blocs à l’heure. On a mis au point plusieurs types de presse à main.
Avantages et inconvénients des blocs de terre stabilisés et comprimés par
rapport aux blocs ordinaires séchés au soleil (adobes) ou au clayonnage garni
de terre
Avantages
• Résistance supérieure, garantissant un usage plus long de l’habitation.
• Meilleur aspect.
• Réduction du nombre des anfractuosités des murs, susceptibles de servir de
cachettes aux insectes.
• Meilleur fini superficiel des murs, facilitant la peinture ou l’enduit.
• Porosité inférieure à celle de l’adobe donnant une surface mieux adaptée à la
pulvérisation d’un insecticide à effet rémanent, destiné à tuer les réduves ou les
moustiques vecteurs du paludisme.
Inconvénients
• Bien qu’elle puisse être utilisée par une seule personne, la presse doit être achetée et
utilisée par une coopérative communautaire ou une petite entreprise pour être
économiquement viable.
• Caractère fastidieux de la préparation de la terre.
Amélioration de l’environnement péridomiciliaire
Les clôtures, les toitures et les constructions en dur servant d’abris pour animaux ou
d’entrepôts de produits agricoles et de bois de feu peuvent être modifiées de façon à
offrir aux réduves un minimum de cachettes (Fig. 3.24) (13).
Fig. 3.24 Clôtures pour enclos à chèvres. Celle de droite offre moins de cachettes aux
réduves que celle de gauche.
Moustiquaires imprégnées
Les moustiquaires peuvent constituer un obstacle physique entre les insectes
hématophages et les dormeurs. Cependant, elles perdent toute efficacité si elles sont
mal bordées sous le matelas ou sont percées de trous permettant le passage des
insectes piqueurs. Même quand une moustiquaire est bien utilisée, il arrive que le
corps du dormeur vienne à son contact et que l’insecte puisse alors prendre son repas
de sang. En outre, les moustiquaires sont inefficaces contre les insectes hématophages
qui s’abritent dans les matelas, tels les punaises (Cimex) et les réduves. Les insectes
peuvent survivre longtemps sans nourriture et ils ont toutes les chances de subsister
jusqu’à ce qu’ils réussissent à prendre un repas.
Tous ces problèmes sont en principe éliminés si l’on imprègne la moustiquaire avec un
pyréthrinoïde à action rapide. L’utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticide
assure la destruction des punaises de lit, des poux et des puces, ainsi que celle des
moustiques (Fig. 3.25). Bien que l’efficacité de la méthode contre les réduves soit
encore à l’étude, il semble probable que ces insectes sont tués ou repoussés,
spécialement s’agissant des stades larvaires, les plus vulnérables.
Les moustiquaires imprégnées pourraient être utiles comme moyen de protection
individuelle dans les régions où les pouvoirs publics n’ont pas entrepris d’opérations de
lutte. En outre, leur utilisation pourrait prendre place dans un programme plus vaste
fondé sur la participation communautaire et destiné à maintenir l’acquis résultant
d’une campagne publique. Mais elle ne saurait en aucun cas remplacer les opérations
de pulvérisation d’insecticide sur les murs ni les travaux d’amélioration de l’habitat.
Fig. 3.25 Avantages des moustiquaires imprégnées d’insecticide.
Des précisions ont été fournies au Chapitre 1 au sujet des moustiquaires et de la façon
de les imprégner avec un insecticide.
Cartouches ou pots fumigènes
Une cartouche fumigène jetable est constituée d’un petit récipient d’insecticide muni
d’une mèche sortant à son sommet (Fig. 3.26). Lorsqu’on allume la mèche, une fumée
insecticide se dégage pendant un bref laps de temps (Fig. 3.27). Une cartouche suffit
pour la fumigation d’environ 15 m3 d’air. Il en faut par conséquent deux pour une pièce
de 3 × 5 × 2 m = 30 m3 . En générale on en prévoira deux pour chaque pièce où
dorment des personnes ou des animaux. Pour faciliter au maximum la dispersion de la
fumée, il faut laisser les portes ouvertes entre pièces voisines. Pendant la fumigation,
les gaz doivent pénétrer à l’intérieur des lieux servant de cachettes aux réduves. Les
insectes irrités sont alors délogés puis tués. Pour obtenir une efficacité maximale, il
faut fermer toutes les ouvertures. Une heure après l’allumage d’une cartouche
fumigène, on peut aérer la maison et y rentrer.
Fig. 3.26 Une fois la mèche allumée, les cartouches fumigènes dégagent une fumée
insecticide.
Fig. 3.27 La combustion se poursuit pendant une durée pouvant atteindre 15 minutes.
Les cartouches fumigènes peuvent constituer une bonne solution dans les régions où
l’on a réussi à éliminer les réduves, mais où les opérations de pulvérisation dans les
habitations ne sont plus effectuées de façon régulière. En cas de réinfestation, la
méthode permet de traiter rapidement et pour un coût modique les maisons
réinfestées et les maisons immédiatement voisines (14).1
1
Pour des précisions sur l’approvisionnement en cartouches fumigènes, s’adresser au
Pest and Insecticide Research Centre (CIPEIN), Zufriategui 4380, Buenos Aires,
Argentine.
Avantages et inconvénients des cartouches fumigènes
Avantages
• L’utilisation de cartouches n’exige aucune formation particulière.
• Cette technique donne ses meilleurs résultats lorsqu’elle est associée à d’autres
méthodes de lutte. En Argentine, elle a permis de réduire la fréquence des opérations
de pulvérisation dans les habitations de deux fois par an à une seulement pendant la
période de surveillance.
Inconvénients
• La rémanence du produit est faible. Les réduves peuvent réapparaître dans une
maison traitée dans un délai de quelques mois.
• Utilisée fréquemment, cette méthode est coûteuse.
Mode opératoire
• Avant d’allumer la mèche, il faut poser la cartouche fumigène par terre, loin de tout
objet inflammable et sur une surface résistante au feu.
• Il faut fermer les fenêtres et les portes donnant sur l’extérieur, emporter les aliments
et les boissons, et faire sortir les animaux.
• Il faut ouvrir les penderies contenant des vêtements ou offrant d’autres cachettes
aux réduves.
• Il faut ouvrir les portes de communication entre pièces voisines.
• Une fois les cartouches allumées, on attendra au moins une heure avant de rouvrir
les portes et les fenêtres pour que la maison puisse s’aérer.
• Laisser la maison s’aérer une demi-heure avant d’y rentrer.
Sécurité d’emploi
La vapeur qui se dégage de la cartouche contient des insecticides (par exemple du
dichlorvos, du lindane ou un pyréthrinoïde) très peu toxiques pour les mammifères, les
oiseaux et l’homme. La méthode est considérée comme sans danger pour l’utilisateur.
Toutefois, pendant la fumigation, il faut faire évacuer tout le monde et ne laisser
rentrer personne avant que la maison ait été aérée pendant une trentaine de minutes
(portes et fenêtres ouvertes).
Le risque d’incendie est absolument minime puisque la combustion se fait sans
flamme.
Surveillance
Lorsqu’une campagne de masse, fondée sur les pulvérisations domiciliaires
d’insecticides à effet rémanent sur les murs, a permis de décimer ou d’éradiquer les
réduves, il importe de rester vigilant: une réinfestation serait un signal d’alarme
appelant une action immédiate de la part des propriétaires de logement ou des
autorités compétentes.
La surveillance peut être organisée selon trois grandes méthodes:
• Le programme de lutte relevant du secteur public affecte des inspecteurs de terrain à
la surveillance dans des zones déterminées (15).
• Certains membres de la communauté reçoivent la formation et les équipements et
fournitures nécessaires pour assurer eux- mêmes la surveillance, sous réserve de tenir
informés les responsables du programme officiel. C’est ainsi qu’on peut charger des
écoliers de capturer des réduves qu’ils remettent à leur instituteur en vue de leur
expédition aux autorités sanitaires.
• Conformément à l’approche des soins de santé primaires, certains membres de la
communauté reçoivent une formation d’agent de santé et sont ensuite chargés, entre
autres fonctions, de la surveillance et des traitements domiciliaires redevenus
nécessaires (16).
La première méthode est la plus onéreuse. La troisième suppose l’existence d’un
système de soins de santé primaires bien organisé. Il est essentiel que les
communautés et les propriétaires de logement participent à la surveillance. De leur
coté, les autorités sanitaires doivent se charger de l’information et assurer la fourniture
de supports éducatifs, notamment d’affiches et de brochures, afin de motiver les
communautés et de mobiliser leur concours. Bien organisée, la surveillance évite
beaucoup de travail aux autorités et leur fait faire des économies importantes. Elle a
toutes les chances d’améliorer la qualité des activités de lutte.
Méthodes de surveillance
Collecte à la main
La méthode la plus directe pour déceler l’infestation par des réduves consiste à
inspecter leurs cachettes possibles avec une lampe-torche (Fig. 3.28). Pour déloger les
insectes des fissures profondes et autres cachettes, on peut asperger ces dernières
avec une substance irritante ou un agent de rinçage, par exemple une solution à 035%
de pyréthrinoïde de synthèse ou de pyrèthre dans du kérosène (17, 18), en se servant
d’un pulvérisateur manuel en plastique du type utilisé pour humidifier les plantes
d’intérieur (Fig. 3.29). Les réduves et les œufs ainsi découverts doivent être recueillis
avec une pince et apportés à un enseignant ou à un agent de santé qui pourra
identifier l’espèce en cause et prendre contact avec un fonctionnaire des services de
lutte antivectorielle.
Fig. 3.28 On peut inspecter les fissures des murs et les autres cachettes possibles à la
recherche des réduves.
Fig. 3.29 Les fissures profondes et les anfractuosités des murs peuvent être aspergées
avec une substance irritante ou un agent de rinçage de façon à en déloger les réduves.
Cartons de surveillance
Une méthode moins laborieuse mais moins précise consiste à utiliser une boîte en
carton susceptible de servir de cachette aux réduves. Ces cartons peuvent facilement
être démontés et examinés régulièrement (par exemple tous les mois) à la recherche
de réduves, d’œufs ou de traces de déjections à l’intérieur. On a mis au point et
expérimenté différents modèles de boîte (16, 19). Elles sont toutes plates et percées
de trous sur les côtés ou sur le fond et sont remplies de papier ou de carton à pliage
accordéon (Fig. 3.30). Les boîtes sont clouées aux murs à 1,5 m de hauteur ainsi qu’à
proximité des lits, mais de façon à ne pas être à la portée des enfants (Fig. 3.31).
Fig. 3.30 Carton de surveillance. Le fond est percé de trous qui permettent aux
réduves de pénétrer à l’intérieur. Du papier à pliage accordéon offre des cachettes
attirantes pour ces insectes.
Fig. 3.31 Les cartons de surveillance sont accrochés aux murs à proximité des lits et
hors de portée des enfants.
Lors de l’inspection des cartons, il importe d’entourer d’un cercle les traces de
déjections éventuellement observées afin d’éviter des confusions d’une observation à
la suivante (Fig. 3.32). Les réduves découverts doivent être mis dans un sac en
plastique, une boîte d’allumettes ou tout autre récipient et envoyés pour examen a des
enseignants ou aux autorités sanitaires.
Etant donné que d’autres insectes, par exemple des blattes et des punaises de lit,
peuvent utiliser les cartons pour s’y cacher, il importe de savoir reconnaître les
réduves ainsi que leurs œufs et déjections. On a publié par ailleurs des clés
d’identification qui permettent de déterminer l’origine des déjections (20, 21).
Feuilles de surveillance
Une méthode plus simple consiste à punaiser des feuilles de papier de couleur sur les
murs afin d’y recueillir des déjections de réduves récentes. Si l’on inscrit sur les feuilles
la date à laquelle on les met en place, on saura pendant quelle période des réduves se
sont trouvés à l’intérieur de la maison. La présence de traces de déjections sur un
papier récemment fixé est la preuve indiscutable d’une infestation à l’époque
considérée. Le meilleur endroit pour installer les feuilles de papier se trouve sur les
murs, à proximité des lits. Les feuilles sont considérées comme aussi sensibles que les
cartons de surveillance (20, 22).
Fig. 3.32 Entourer d’un cercle toute trace de déjections et inscrire la date. Comme on
le voit à droite, les traces laissées sur une surface verticale ont un aspect
caractéristique.
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Chapitre 4. Punaises de lit, puces, poux, tiques et acariens
Des ectoparasites vivant sur le corps de l’homme et dans ses vêtements et sa literie
Il existe de nombreuses espèces de puces, poux, tiques et acariens hématophages. Les
poux sont des parasites de l’Homme qui vivent sur son corps ou dans ses vêtements,
tandis que l’on découvre souvent des punaises en train de se gorger de sang sur
l’Homme ou les animaux domestiques. Les punaises de lit, que l’on trouve également
dans les autres meubles, se procurent leur repas de sang en piquant l’homme.
Certains acariens, par exemple les agents de la gale, sont des parasites de la peau.
D’autres espèces d’acariens ainsi que des tiques peuvent également piquer l’Homme
pour se nourrir. Les puces, les punaises de lit et les poux sont des insectes alors que
les tiques et les acariens appartiennent à une autre classe d’arthropodes, celle des
arachnides. A la différence des insectes adultes, ils ont un corps qui n’est divisé qu’en
deux segments et qui est muni au stade adulte de quatre paires de pattes (contre trois
chez les insectes).
Les punaises de lit, les poux de tête et les poux du pubis ne provoquent pas de
maladie, mais ils peuvent être extrêmement gênants. En revanche, d’importantes
maladies humaines et animales sont transmises par certains autres des arthropodes
examinés ici, a savoir:
-
le
la
la
le
typhus épidémique et la récurrente à poux (poux de corps);
peste et le typhus murin (certaines puces);
maladie de Lyme, la récurrente à tiques et de nombreuses viroses (tique s);
typhus des broussailles (rickettsies hématophages).
Punaises de lit
Deux espèces de punaises de lit se nourrissent sur l’Homme: la punaise de lit
commune (Cimex lectularius), que l’on trouve dans la plupart des régions du monde,
et la punaise de lit tropicale (Cimex hemipterus) que l’on rencontre principalement
sous les tropiques. Elles constituent une grave nuisance lorsqu’elles sont présentes en
abondance, ce qui est le plus souvent le cas quand les logements laissent à désirer.
Elles jouent un rôle mineur dans la transmission de maladies, encore qu’elles soient
peut-être des vecteurs du virus de l’hépatite B.
Biologie
Les punaises de lit ont un corps oval aplati dépourvu d’ailes et mesurent 4 à 7 mm de
long. De couleur brunâtre brillante, elles se gonflent après un repas de sang et
prennent alors une coloration brun foncé. On distingue trois stades dans le cycle de
développement de la punaise: l’œuf, la nymphe et l’adulte (Fig. 4.1). De couleur
blanche, les œufs mesurent environ 1 mm de long. La nymphe a le même aspect que
l’adulte, mais elle est plus petite. Le développement complet, du stade de l’œuf à celui
de l’adulte, prend de six semaines à plusieurs mois, selon la température et
l’abondance de la nourriture. Le mâle comme la femelle se nourrit de sang en piquant
des personnes endormies, pendant la nuit. A défaut d’humains, la punaise de lit
s’attaque à divers animaux, dont la souris, le rat et le poulet. Un repas de sang dure
10 à 15 minutes chez l’adulte, moins longtemps chez la nymphe et il en faut un tous
les trois jours environ. Pendant la journée, la punaise se cache dans des endroits
sombres et secs, dans les lits, les matelas, les fissures des murs et du sol et le
mobilier; on la trouve également cachée derrière les tableaux et sous le papier peinte;
les cachettes servent également de gîtes larvaires. Dans les pays au climat chaud, les
punaises pullulent souvent dans les chambres à coucher. Dans les climats plus frais,
les chambres chauffées offrent également un habitat favorable aux punaises
puisqu’elles ne peuvent se développer qu’au-dessus de 13 °C (Fig. 4.2). Les adultes
peuvent survivre plusieurs années sans nourriture.
Fig. 4.1 Cycle de développement de la punaise de lit (avec l’aimable autorisation du
Natural History Museum Londres).
Dispersion
Leur absence d’ailes explique que les punaises de lit ne se déplacent que sur de
courtes distances. Dans les maisons mal construites où elles trouvent de nombreuses
cachettes, elles passent d’une chambre à l’autre en marchant par terre; leur passage
d’une maison à l’autre se fait principalement à l’occasion du déménagement d’articles
usagés - meubles, literie et, parfois, vêtements.
Importance pour la santé publique
Les punaises de lit ne sont pas considérées comme des vecteurs de maladie. On les
avait incriminées dans la transmission du virus de l’hépatite B (1, 2), mais cette
hypothèse a été contredite par une étude récente en Gambie (3). Les punaises tirent
principalement leur importance de la gêne qu’occasionnent leurs piqûres. Certaines
personnes, spécialement en cas d’exposition prolongée, sont insensibles ou presque à
ces piqûres qui prennent chez elles la forme d’une petite tache rouge parfois non
prurigineuse. Les personnes qui n’ont jamais été piquées auparavant peuvent en
revanche présenter une inflammation locale et souffrir d’un prurit intense et
d’insomnie. La piqûre provoque un œdème blanchâtre et dur qui continue souvent à
saigner. Les lésions de grattage peuvent déterminer une surinfection.
Fig. 4.2 Les punaises de lit se trouvent presque toujours dans les chambres à coucher.
Dans les logements fortement infestés dont les occupants peuvent être piqués une
centaine de fois par nuit sinon plus, la spoliation sanguine provoquée par les piqûres
peut déterminer une anémie modérée chez le nourrisson.
Mesures de lutte
Les punaises de lit sont capables de changer rapidement de place lorsqu’elles sont
dérangées et elles passent relativement inaperçues au moment où elles piquent.
Certaines personnes ne sont pas même conscientes d’être piquées chaque nuit par un
grand nombre de punaises. C’est dire que des mesures de lutte ne doivent être
adoptées que si la présence de ces insectes est certaine.
Dépistage
L’infestation peut être attestée par la découverte, dans les cachettes potentielles des
punaises, d’insectes vivants, de mues, d’œufs ou de déjections. Ces dernières peuvent
également être visibles sous la forme de petites taches noires ou brun foncé sur les
draps de lit, les murs et le papier peint (4). Une maison où pullulent les punaises de lit
peut prendre une odeur déplaisante caractéristique. Pour repérer des punaises
vivantes, on peut pulvériser dans les fissures et anfractuosités, un aérosol à base de
pyrèthre dont l’effet irritant déloge les insectes.
Répulsifs
Le diéthyltoluamide (DEET) et d’autres répulsifs actifs sur les insectes le sont aussi sur
les punaises de lit. Ces produits sont utilisables par les voyageurs qui doivent dormir
dans une maison infestée. Cependant, il est peu probable que l’application du répulsif
sur la peau protège toute la nuit. Les serpentins dont on se sert contre les moustiques
assurent sans doute une certaine protection (voir Chapitre 1).
Mesures simples utilisables par les ménages
Des punaises de lit en petit nombre peuvent se rencontrer dans n’importe quel
ménage, spécialement si le mobilier ou la literie sont de seconde main. Pour venir à
bout d’une infestation légère, il faut nettoyer à fond les articles infestés, en les
arrosant d’eau bouillante puis en les exposant au soleil. Une bombe aérosol permet de
pulvériser un insecticide à usage domestique sur les matelas, dans les fissures des
murs et les autres cachettes possibles. Parmi les insecticides efficaces, il faut citer les
pyréthrinoïdes, le propoxur, le bendiocarbe et le dichlorvos. L’opération doit être
renouvelée si l’on découvre encore des punaises au bout de quelques semaines.
Nébuliseur à éjection totale
Il s’agit d’un appareil analogue à une bombe aérosol, mais qui est conçu de manière à
émettre d’un coup la totalité de son contenu grâce à une valve spéciale. L’aérosol
libéré contient des gouttelettes relativement grosses qui pénètrent mal à l’intérieur des
fissures. Il ne faut pas utiliser à cette fin les bombes contenant un mélange
d’insecticide et de kérosène à cause du risque d’explosion.
Moustiquaires imprégnées
Les moustiquaires imprégnées d’un pyréthrinoïde suffisamment persistant sont
efficaces contre les punaises de lit qui sont tuées ou repoussées (Fig. 4.3) (5, 6). Elles
sont de plus en plus appréciées comme moyen de protection contre les moustiques
vecteurs du paludisme. Un avantage annexe de ces moustiquaires, fréquemment
signalé, consiste dans la disparition totale des punaises de lit et des poux de tète, ce
qui explique la faveur dont elles jouissent dans les régions infestées par les punaises
de lit.
Générateurs de fumée
Les générateurs de fumée qu’on trouve dans le commerce et qui contiennent en
général des pyréthrinoïdes comme insecticide peuvent être employés pour pratiquer
une fumigation à l’intérieur des maisons. La combustion dure 3 à 15 minutes, et
l’appareil n’est utilisable qu’une seule fois. Il dégage une fumée contenant de très
petites gouttelettes d’insecticide qui peuvent pénétrer dans les fissures et les
anfractuosités et y tuer les punaises de lit, les puces, les mouches, les moustiques et
les acariens transportés par les rats tropicaux. Les générateurs de fumée ne
fonctionnent pas toujours bien, car il arrive que l’insecticide se dépose sur les surfaces
horizontales sans pénétrer à l’intérieur des fissures profondes. Ces appareils ont un
effet de courte durée et n’empêchent pas une réinvasion à partir des habitations
voisines non traitées. On s’en sert principalement lorsqu’il faut agir dans l’urgence. On
trouvera au Chapitre 3 la description d’une cartouche fumigène mise au point en
Amérique du Sud contre les réduves, ainsi que des instructions générales sur la façon
de procéder à la fumigation d’une maison (Fig. 4.4). Cette cartouche contient un
insecticide irritant qui déloge les réduves de leurs cachettes.
Fig. 4.3 L’utilisation de moustiquaires imprégnées d’un pyréthrinoïde peut réduire,
voire supprimer, l’infestation par les punaises de lit et les poux de tête.
Insecticides à effet rémanent
En cas d’infestation massive d’une maison, il faut utiliser un insecticide très persistant.
En principe, un traitement suffit pour éliminer les punaises de lit, mais, si l’infestation
persiste, il faut renouveler le traitement à intervalles d’au moins deux semaines. Dans
de nombreux pays, les punaises de lit sont souvent résistantes au DDT, au lindane et à
la dieldrine. Il faut donc choisir un insecticide d’efficacité démontrée contre la
population visée (voir Tableau 4.1). L’addition d’un irritante par exemple de la
pyréthrine à 0,1-0,2%, aide à faire sortir les punaises de lit de leurs cachettes, ce qui
accroît leur exposition à l’insecticide à effet rémanent. La plupart des pyréthrinoïde s
sont efficaces à la fois pour déloger les nuisibles de leurs cachettes et pour les tuer.
L’épandage d’un insecticide à effet rémanent se fait avec un pulvérisateur manuel à
pression préalable (voir Chapitre 9). Il faut apporter un soin particulier aux matelas,
aux meubles et aux fissures et anfractuosités des murs et du sol (Fig. 4.5). En cas
d’infestation massive, il faut pulvériser le produit sur les murs et le sol jusqu’à ce qu’ils
soient visiblement mouillés (point de ruisselle ment). En général, cela correspond à 1
litre de produit pour 50 m2 sur une surface non absorbante et à au moins 5 litres pour
la même superficie sur une surface absorbante, par exemple un mur en adobes. Dans
les pays tropicaux humides, l’opération doit se faire le matin afin que les pièces aient
le temps de sécher et qu’on puisse y entrer de nouveau le soir. Des précautions sont
nécessaires avec les matelas et la literie de façon qu’ils ne soient pas tachés ni
détrempés; de plus, il faut bien les aérer et les faire sécher avant de s’en resservir.
Pour les matelas et la literie, on peut utiliser une formulation insecticide en poudre
répandue avec un appareil à main pour éviter de mouiller les surfaces traitées. Il ne
faut pas utiliser d’insecticide à effet ré manent pour la literie des nourrissons, mais un
insecticide peu persistant, comme on en trouve dans la plupart des bombes aérosols.
Fig. 4.4 La cartouche fumigène dégage un insecticide sous forme de vapeur pendant
une durée pouvant atteindre 15 minutes.
Fig. 4.5 Pulvérisation d’un insecticide à effet rémanent sur les matelas, les fissures
des murs et du sol et les autres cachettes possibles, au moyen d’un pulvérisateur
manuel à pression préalable.
Tableau 4.1
Insecticides à effet rémanent utilisables contre les punaises de lit
Insecticide
Concentration dans le produit pulvérisé (%)
malathion
2,0
fénitrothion
0,5-1,0
propoxur
2,0
carbarile
1,0
diazinon
0,5
bendiocarbe
0,2-0,3
fenchlorvos
1,0
pirimiphos- méthile 1,0
propétamphos
0,5-1,0
perméthrine
0,5
cyfluthrine
0,01
deltaméthrine
0,005
lambdacyhalothrine 0,005
Punaises de lit et lutte contre les vecteurs du paludisme
Les campagnes de pulvérisations intradomiciliaires, effectuées dans le cadre de la lutte
antipaludique, ont reçu un très bon accueil dans de nombreux pays tropicaux en partie
parce que les punaises de lit étaient tuées du même coup. Malheureusement, ces
insectes sont rapidement devenus résistants aux insecticides, d’où de nombreuses
plaintes au sujet de l’«inefficacité» des produits qui continuaient pourtant à tuer les
moustiques.
Une autre explication à l’augmentation du nombre des punaises de lit observées serait
que l’insecticide les chasse de leurs cachettes à cause de son effet irritant. En voyant
davantage de punaises de lit qu’auparavant, les habitants croient que les
pulvérisations sont responsables de l’augmentation de la population d’insectes (7, 8).
Pour cette raison, de nombreux occupants ont refusé l’accès de leur logement aux
équipes de pulvérisation employées dans la lutte antipaludique. Dans certaines
régions, il se peut que la présence de punaises de lit ait ainsi contribué indirectement à
l’inefficacité du programme de lutte antipaludique.
Puces
Les puces sont de petits insectes hématophages dépourvus d’ailes (ordre des
Siphonaptères aussi appelé Aphaniptères) qui se déplacent en sautant de façon
caractéristique. Elles se nourrissent principalement en piquant les mammifères, mais
également les oiseaux. Sur les 3000 espèces connues, une bonne dizaine seulement
s’attaquent couramment à l’Homme. Les espèces les plus importantes sont la puce du
rat, la puce de l’Homme et la puce du chat (Fig. 4.6). La piqûre de puce peut être
irritante et très désagréable et peut provoquer une spoliation sanguine. La puce du rat
tire son importance du fait qu’elle est un vecteur des agents de la peste bubonique et
du typhus murin. Occasionnellement, la puce du chat transmet le tænia à l’homme. La
puce chique pénètre dans l’épiderme humain et peut provoquer des infections. On
observe des puces hématophages qui piquent l’homme dans la plupart des régions du
monde.
Biologie
Le cycle de développement de la puce comporte quatre stades: œuf, larve, nymphe et
adulte (Fig. 4.7). La puce adulte mesure 1 à 4 mm de long; elle a un corps étroit et
aplati. Elle est dépourvue d’ailes, mais possède des pattes sauteuses puissantes. Sa
couleur est variable, du brun clair au brun foncé. Les larves mesurent de 4 à 10 mm de
long et sont de couleur blanche; malgré leur absence de pattes, elles sont très
mobiles. Le cocon (qui entoure la nymphe) est bien camouflé car il est collant, de sorte
qu’il se recouvre rapidement de poussière, de sable ou d’autres particules fines.
Fig. 4.6 Puce du chat (Ctenocephalides felis felis) (avec l’aimable autorisation du
Natural History Museum, Londres).
Fig. 4.7 Cycle de développement de la puce (avec l’aimable autorisation du Natural
History Museum, Londres).
La puce est hématophage dans les deux sexes. Elle se reproduit à proximité des
endroits où son hôte se repose et dort, dans la poussière, sur la terre battue et les
détritus, dans les fissures des murs et du sol, les tapis, les terriers et les nids. Son
développement exige une forte humidité. La larve se nourrit de matières organiques:
déjections de l’hôte, petits insectes morts et sang non digéré rejeté par des puces
adultes. A la fin du stade larvaire, la puce file un cocon blanchâtre peu serré à
l’intérieur duquel elle poursuit son développement, se transformant en nymphe.
La puce atteint son plein développement au bout de 1 à 2 semaines, mais le nouvel
adulte ne sort du cocon que sous l’effet d’un stimulus, par exemple les vibrations
provoquées par les mouvements de son hôte. Dans les maisons vides, elle peut
survivre jusqu’à un an dans son cocon. L’installation de nouveaux occupants dans une
maison restée vide peut provoquer l’émergence simultanée de nombreux imagos qui
sortent de leur cocon et s’attaquent massivement à l’Homme ou aux animaux. Dans
des conditions optimales, le développement du stade de l’œuf au stade adulte prend 2
à 3 semaines.
Comportement
Les puces fuient la lumière et se trouvent principalement dans le pelage (Fig. 4.8) ou
le plumage des animaux ou encore dans les lits ou les vêtements de l’Homme. Quand
elle le peut, une puce fait plusieurs repas de sang au cours de la journée ou de la nuit.
On reconnaît une infestation massive à la présence, sur les vêtements et la literie, de
taches de sang non digéré régurgité ou rejeté par les puces. La plupart des espèces de
puce ont comme hôtes habituels une ou deux espèces seulement, mais, en l’absence
de leur hôte normal, elles prennent leurs repas de sang sur d’autres animaux ou sur
l’homme. Les puces adultes peuvent survivre plusieurs mois sans se nourrir. Elles se
déplacent en sautante certaines espèces pouvant faire des bonds de 30 cm de haut.
Fig. 4.8 Lorsqu’un chat se gratte, c’est le signe qu’il a des puces.
Importance pour la santé publique
Nuisance
L’Homme est très couramment piqué par la puce du chat, Ctenocephalides felis, et,
moins souvent, par celle du chien, C. canis. Malgré son nom, la puce dite de l’Homme
(Pulex irritans) est moins importante. Les puces sautent à partir du sol et piquent
fréquemment l’Homme au niveau des chevilles et des jambes, les parties les plus
accessibles, encore qu’elles puissent s’en prendre à un dormeur dans n’importe quelle
partie du corps. La piqûre de puce est irritante et parfois extrêmement désagréable. En
cas d’infestation massive, on peut observer des réactions allergiques et une dermatite.
Peste
La peste est une maladie provoquée par un bacille, Yersinia pestis. Elle frappe
principalement des animaux sauvages, par exemple le rat et d’autres rongeurs. Le
bacille de Yersin est transmis par les puces, et l’Homme peut être contaminé par des
puces qui se sont elles- mêmes nourries sur un animal infecté. Sous le nom de peste
noire, la peste a autrefois provoqué des épidémies catastrophiques.
Elle reste dangereuse du fait de sa présence fréquente dans les populations de
rongeurs. La peste rurale ou selvatique peut être contractée dans l’ouest des EtatsUnis d’Amérique, en Amérique du Sud, en Afrique, en ex-URSS, dans certaines régions
de la Méditerranée orientale, ainsi qu’en Asie centrale et en Asie du Sud-Est. La peste
est fréquente chez l’homme dans plusieurs pays d’Afrique, en Bolivie/Brésil du NordEst, en Equateur, au Myanmar, au Pérou et au Viet Nam (9).
L’Homme contracte la peste rurale lorsqu’il vient s’installer dans une région rurale et
manipule des animaux sauvages. Les personnes les plus exposées sont les chasseurs
qui risquent d’être piqués par une puce infectée lorsqu’ils manipulent un animal qu’ils
viennent de tuer.
La peste urbaine peut sévir lorsque des rats qui vivent à l’intérieur et autour des
habitations sont infectés. Les puces du rat (appartenant à l’espèce Xenopsylla) qui
prennent normalement leurs repas de sang sur des rats peuvent à l’occasion piquer
l’Homme et lui transmettre la maladie. Quand des rongeurs infectés par le bacille
pesteux meurent, les puces s’en éloignent et risquent alors de s’attaquer à l’homme et
de le contaminer. D’autres puces, par exemple celle de l’Homme, peuvent ensuite
assurer la transmission interhumaine.
Du point de vue clinique, on distingue trois formes de peste:
• Peste bubonique. Des tuméfactions (bubons) remplies de bacilles se développent
dans les ganglions lymphatiques, spécialement au niveau de l’aisselle et de l’aine.
Cette forme est normalement transmise à l’homme par des puces infectées. En
l’absence de traitement, elle est mortelle dans environ 50% des cas.
• Peste pulmonaire. Il s’agit d’une forme secondaire comportant une atteinte
pulmonaire. Elle est extrêmement contagieuse du fait de la transmission de bacilles
d’un individu à l’autre par l’intermédia ire des crachats et des gouttelettes de Pflügge
émises par un malade lorsqu’il tousse ou éternue. La peste pulmonaire a provoqué des
épidémies au cours des siècles passés, faisant des millions de victimes. En l’absence de
traitement, elle est très souvent mortelle.
• Peste septicémique. L’invasion du flux sanguin par le bacille de Yersin entraîne la
mort du sujet avant que l’une des deux formes précédentes de peste ait le temps de se
développer.
Prévention et lutte
Une immunité partielle s’installe à la suite d’une infection. Il existe un vaccin qui
assure une protection, mais pendant quelques mois seulement. La streptomycine, la
trétracycline ou ses dérivés et le chloramphénicol sont extrêmement efficaces lorsqu’ils
sont administrés dans la journée qui suit l’apparition des symptômes.
On maîtrise rapidement la peste urbaine en épandant une poudre insecticide dans les
terriers et sur les pistes des rongeurs: la poudre se fixe rapidement sur la fourrure des
animaux et tue les puces vectrices qui y sont abritées. Ce poudrage doit être suivi de
mesures de lutte contre les rongeurs.
Les personnes qui travaillent sur le terrain peuvent se protéger en saupoudrant leurs
vêtements d’insecticide, en portant des vêtements imprégnés ou en utilisant des
répulsifs, et cela de faç on quotidienne.
Typhus murin
Le typhus murin est provoqué par Rickettsia typhi et sévit de façon sporadique dans
les populations de rats et de souris. Sa transmission est assurée principalement par la
puce du rat et la puce du chat, de sorte que l’homme peut se contaminer lorsqu’il entre
en contact avec les déjections de puce desséchées ou des puces écrasées. Le typhus
murin est cosmopolite et s’observe là où l’homme et le rat vivent dans les mêmes
bâtiments. Ses symptômes sont analogues à ceux du typhus exanthématique (à poux)
(voir p. 281) mais de moindre gravité.
Prévention et lutte
L’immunité est acquise après la première infection. Le traitement des malades est le
même que pour le typhus exanthématique (voir p. 281). La lutte consiste à épandre un
insecticide à effet rémanent sur les pistes des rats ainsi que dans leurs nids et les
endroits leur servant de cachettes. Quand on arrive ainsi à tuer effectivement les
puces, on peut ensuite prendre des mesures de lutte contre les rongeurs (voir p. 274,
encadré).
Autres maladies
Les puces transmettent occasionnellement d’autres maladies bactériennes ou
parasitaires des animaux à l’homme, par exemple la tularémie provoquée par le bacille
Francisella tularensis et les téniases du chien et du chat. Les enfants qui jouent avec
des animaux de compagnie peuvent se contaminer en avalant des puces qui hébergent
des vers au stade infectieux.
Mesures de lutte
Les mesures de lutte préconisées diffèrent selon qu’on voit dans la puce une nuisance
ou un vecteur de maladies.
La puce en tant que nuisance
Protection individuelle
L’application sur la peau et les vêtements d’un répulsif efficace comme le DEET
détourne les puces de s’attaquer à l’homme. En application cutanée, ces répulsifs ont
l’inconvénient de n’être efficaces que quelques heures (voir Chapitre 1). On obtient
une protection plus durable en saupoudrant les vêtements d’insecticide (voir p. 287)
ou en portant des vêtements imprégnés d’insecticide (voir Chapitre 1).
Mesures d’hygiène élémentaire
Il est possible d’éliminer réellement les puces, ainsi que leurs œufs, larves et cocons,
en balayant soigneusement les habitations et en lavant le sol. On obtient aussi de bons
résultats en passant l’aspirateur. Lorsque de nouveaux occupants s’installent dans une
maison contaminée restée vide un certain temps, cela peut provoquer une éclosion
imaginale abondante et de nombreuses puces s’attaquent à l’homme. Il est
recommandé de traiter le sol au moyen d’un détergente d’un insecticide ou d’une
solution benzénique de naphtalène; on veillera à ne pas inhaler des vapeurs de
benzène.
Application d’insecticides
On peut venir à bout d’une infestation massive en appliquant un insecticide, par
pulvérisations ou poudrage, dans les fissures et anfractuosités, dans les angles des
pièces et dans tous les endroits où des puces et leurs larves sont susceptibles d’être
présentes. On peut aussi appliquer des insecticides sur les vêtements et sur le pelage
des animaux. Les cartouches fumigènes qui libèrent un aérosol d’insecticide à action
rapide (comme les pyréthrinoïdes, le propoxur et le bendiocarbe) assurent la
destruction directe des puces et sont commodes à utiliser (voir p. 262 et Chapitre 3).
Mais l’effet du produit est de courte durée et la réinfestation peut être rapide.
Puces du chat et du chien
Des puces peuvent être découvertes dans le pelage des chats et des chiens, autour du
cou et sur le ventre. Le traitement consiste dans l’application d’un insecticide, sous
forme de poudre, de pulvérisation ou de shampooing; on peut également immerger
l’animal entièrement. Le poudrage est moins dangereux que les pulvérisations, car le
risque d’absorption cutanée est moindre avec un insecticide sous forme sèche. De plus,
les poudres ont moins d’odeur et elles sont moins nocives pour la peau. Il ne faut pas
utiliser le carbaryl ni le malathion chez les chatons ou les chiots de moins de quatre
semaines. Les animaux d’agrément peuvent être équipés d’un collier anti-puces en
plastique, imprégné d’insecticide. Ces colliers sont efficaces 3 à 5 mois alors que les
autres traitements n’ont qu’une efficacité de courte durée.
Depuis peu, on utilise contre les puces du chat et du chien le lufénuron en comprimés.
Ces derniers sont administrés une fois par mois à raison de 30 mg/kg de poids corporel
chez le chat et de 10 mg/kg de poids corporel chez le chien et peuvent être donnés
sans danger aux femelles gestantes ou allaitantes. Le lufénuron est absorbé par la
puce femelle lors d’un repas de sang et il agit en inhibant le développement de l’œuf
(10).
Lorsqu’on emploie une poudre, on peut se servir d’une boîte poudreuse, mais il faut
ensuite frotter pour faire pénétrer le produit profondément à l’intérieur des poils (Fig.
4.9). La poudre ne doit pas pénétrer dans les yeux, les narines et la gueule des
animaux. La quantité appliquée sur l’abdomen doit être limitée, car l’animal va
absorber du produit en se léchant. Il faut commencer l’application au-dessus des yeux
puis progresser vers l’arrière, en direction de la queue et des hanches, en insistant
autour des oreilles et sous les pattes extérieures. Dans le cas d’un petit animale il suffit
d’une cuillère à soupe de poudre, tandis que 30g peuvent être nécessaires pour un
gros chien. Lorsqu’on procède par pulvérisation, il faut mouiller le pelage à fond. On
peut se servir d’un pulvérisateur manuel à pression préalable ou d’une bombe aérosol.
Fig. 4.9 L’application d’une poudre insecticide sur le pelage d’un chien le débarrasse
de ses puces.
Le traitement doit parfois être renouvelé, en cas de réinfestation. Des sources de
réinfestation importantes sont constituées par les endroits où séjournent longuement
les animaux ou les personnes, notamment pour dormir; sont donc en cause les lits et
la literie, ainsi que les niches ou chenils. Si possible, il faut incinérer les paillasses des
animaux ou les laver à l’eau très chaude et au savon. On peut passer l’aspirateur pour
éliminer les tas de poussière contenant des larves et des nymphes de puces et se
servir d’un insecticide à effet rémanent pour traiter les locaux infestés. L’utilisation
d’un insecticide en poudre ou en solution est possible (11). Comme les cocons sont
beaucoup moins sensibles aux insecticides que les puces adultes, il faut recommencer
le traitement toutes les deux semaines pendant six semaines au total pour être certain
de tuer toutes les puces au moment de l’éclosion imaginale (12).
Puces de l’Homme
En général, cette espèce de puce ne reste pas sur la personne qu’elle vient de piquer;
de jour, elle se repose dans les fissures et anfractuosités des murs, dans les tapis et
dans la literie. Le nettoyage régulier des habitations, en particulier des chambres,
devrait empêcher une infestation massive.
Une mesure plus efficace consiste à appliquer un insecticide, par poudrage ou
pulvérisation, sur les matelas ainsi que dans les fissures du sol et des lits. Si la literie
n’est pas traitée, il faut la laver et la nettoyer pendant qu’on applique l’insecticide.
Dans de nombreuses régions du monde, les puces sont désormais résistantes au DDT,
au lindane et à la dieldrine (13-15). On trouvera au Tableau 4.2 une liste d’insecticides
susceptibles d’être appliqués par pulvérisation ou poudrage. Il n’est sans doute pas
nécessaire de renouveler le traitement si l’on traite ou nettoie tous les endroits
infestés. Il ne faut pas utiliser d’insecticide pour la literie des nouveau-nés mais la
laver à fond.
La puce en tant que vecteur de maladies
Lors des épidémies de peste ou de typhus, des mesures de lutte sont nécessaires en
deux phases:
1) poudrage des nids de rat pour tuer les puces de ces rongeurs;
2) dératisation.
Une campagne de lutte où l’on se proposerait uniquement de tuer les rongeurs
risquerait d’intensifie r la transmission de la maladie à l’Homme: la mort de nombreux
rongeurs entraînerait en effet la dispersion d’une multitude de puces quittant leur hôte
mort à la recherche d’une nouvelle source de sang.
Poudre insecticide
La méthode la plus efficace et la plus courante pour détruire les puces des rongeurs
consiste dans le poudrage de DDT à 10%. On utilise de plus en plus d’autres
insecticides sous cette même forme (voir Tableau 4.2), car le DDT est désormais
inefficace dans les nombreuses régions où les puces sont devenues résistantes, sans
compter qu’il pose des problèmes environnementaux.
Tableau 4.2
Insecticides et méthodes d’application efficaces contre les puces
Mode
d’application ou
d’action
Pesticide et formulation
Pulvérisation d’un
produit à effet
rémanent
malathion (2%), diazinon (0,5%), propoxur (1,0%), dichlorvos
(0,5-1,0%), fenchlorvos (2%), bendiocarbe (0,24%), pyréthrines
naturelles (0,2%), perméthrine (0,125%), deltaméthrine
(0,025%), cyfluthrine (0,04%), pirimiphos- méthyl (1%)
Poudrage
malathion (2-5%), carbarile (2-5%), propoxur (1%), bendiocarbe
(1%), perméthrine (0,5-1,0%), cyfluthrine (0,1%), deltaméthrine
(0,05%), téméphos (2%), pirimiphosméthyl (2%), diazinon (2%),
fenthion (2%), fénitrothion (2%), iodofenphos (5%), (+) phénothrine (0,3-0,4%)
Shampooing
propoxur (0,1%), (+) -phénothrine (0,4%)
Pot fumigène
propoxur, dichlorvos, cyfluthrine, perméthrine, deltaméthrine,
(+)-phénothrine
Collier anti-puces
dichlorvos (20%), propoxur (10%), propétamphos, diazinon
pour chien ou chat
Répulsif
diéthyltoluamide (DEET), diméthylphtalate, benzoate de benzyle
Le poudrage se fait dans les nids et sur les pistes des rongeurs; ainsi que dans les
autres endroits où le produit a des chances de s’accrocher à leur pelage quand ils
passent. Lors des activités de toilettage, la poudre se répand sur le pelage et tue ainsi
les puces.
Avant d’entreprendre la lutte, il importe de savoir où se trouvent les nids et les pistes
des rongeurs. Pour économiser l’insecticide, il faut commencer par boucher l’entrée des
nids; seuls ceux qui seront rouverts par la suite seront soumis à un traitement
insecticide. Le poudrage doit se faire à l’intérieur de chaque nid au moyen d’une
poudreuse. Il faut déposer autour de l’ouverture une couche de poudre de 1 cm
d’épaisseur. Des couches de 15-30 cm de large doivent être disposées le long des
pistes des rongeurs. La poudre ne doit être appliquée qu’aux endroits où elle ne risque
pas d’être déplacée par l’Homme ou par le vent. On veillera à ne pas saupoudrer de
produit là où il existe un risque de contamination des aliments. De nombreuses
poudres insecticides restent efficaces 2 à 4 mois quand on les utilise à l’intérieur, dans
des endroits tranquilles.
Une poudreuse à plongeur convient bien pour le poudrage ra pide des nids et pistes de
rongeurs et celui des greniers et des vides ménagés au-dessous des constructions. Ce
modèle est constitué d’une pompe du genre pompe à vélo à laquelle est fixé un
récipient contenant la poudre. L’air chassé de la pompe pénètre dans ce récipient, en
agite le contenu et l’expulse à travers une buse (Fig. 4.10).
Fig. 4.10 Appareils utilisables pour l’épandage d’une poudre anti-puces (© OMS).
A défaut, on peut se servir d’une poudreuse à main, facile à fabriquer avec un bidon
muni à une extrémité d’un tamis de numéro à mailles de 16. On peut également
utiliser un bidon dans lequel on perce des trous avec un clou sur l’un des deux fonds.
Avec ce type d’appareils, on peut appliquer une poudre insecticide peu toxique sur les
vêtements ou sur le pelage des animaux.
Lutte intégrée contre les rats et les puces
Pour endiguer les poussées épidémiques de peste ou de typhus en milieu urbain, on
installe des appâts empoisonnés pour les rats et, au même moment ou quelques jours
plus tôt, on applique des insecticides destinés à tuer les puces de ces rongeurs.
Conviennent comme raticides la warfarine, la coumafuryle, le difénacoum, le
brodifacoum, le coumatétralyl, la bromadiolone, la chlorophacinone et le phosphure de
zinc (16, 17).
Dans les endroits où l’on conserve des aliments destinés à la consommation humaine
ainsi que dans les lieux très fréquentés comme les marchés, il est moins dangereux
d’utiliser des boîtes contenant un appât (Fig. 4.11); les rongeurs se couvrent de poudre
anti-puces pendant qu’ils mangent l’appât empoisonné, de sorte que la poudre a le
temps d’agir avant que l’animal soit mort. Ces boîtes peuvent être disposées le long des
pistes de rongeurs, tous les 60 mètres. Un appât qui convient consiste dans un mélange
de 100 g de flocons d’avoine avec un raticide.
Fig. 4.11 Modèles de boîtes à appât. a) Boîte en bambou. b) Boîte constituée d’une
planchette en bois (30 x 20 cm) recouverte d’un toit métallique (© OMS).
Chiques
Apparemment, la puce chique (Tunga penetrans) ne transmet pas de maladies à
l’Homme mais, à la différence de toutes les autres espèces de puces, elle constitue une
nuisance, car la femelle s’enfonce profondément dans la peau. On rencontre les
chiques dans les régions tropicales et subtropicales d’Amérique du Sud, d’Amérique
centrale, des Antilles et de l’Afrique.
Biologie
La larve de chique vit à l’état libre et se développe dans un sol poussiéreux ou
sablonneux. Au débuta l’adulte vit également à l’état libre mais, après la copulation, la
femelle fécondée se fixe sous la peau de l’Homme et d’animaux comme le porc , le
chien et la volaille en utilisant comme porte d’entrée un territoire cutané mou, par
exemple des crevasses plantaires, les espaces entre les orteils et le dessous des ongles
des pieds. D’autres régions du corps peuvent également être concernées.
Importance pour la santé publique
En général, une même personne n’est infestée que par une ou deux chiques en même
temps, encore qu’une infestation massive, par plusieurs centaines de chiques, ne soit
pas impossible. Les personnes qui ne mettent pas de chaussures, par exemple les
enfants, sont les plus souvent atteintes. La chique s’enfonce entièrement dans la peau
à l’exception de l’extrémité de son abdomen. Elle se nourrit de liquides organiques et
se gonfle jusqu’à atteindre la taille, la forme et la couleur d’une baie de gui en 8 à 12
jours (Fig. 4.12). Le corps de la femelle est entièrement rempli de milliers d’œufs qui
sont expulsés au cours des semaines suivantes (Fig. 4.13). La plupart des œufs
tombent sur le sol où ils éclosent en quelques jours.
Symptômes
L’infestation se manifeste pour commencer par une irritation et un prurit, au moment
où la femelle a pratiquement terminé son développement. Parfois, elle entraîne une
inflammation et une ulcération sévères. Si la chique femelle meurt dans le tissu
cutanée il peut en résulter une surinfection qui risque, si elle n’est pas diagnostiquée,
d’aboutir à un tétanos, une gangrène et même à la perte d’un orteil.
L’extrusion naturelle du sac ovaire ou l’extraction de la chique avec une épingle ou une
aiguille souillée laisse dans la peau une marque minuscule qui peut s’enflammer. Cette
inflammation peut s’étendre et évoluer vers un ulcère septique. Sous un orteil,
l’infection peut provoquer la formation de pus.
Fig. 4.12 La puce chique femelle s’attaque aux personnes qui marchent nu-pieds et
s’enfonce profondément dans la peau, au niveau des parties molles du pied (18).
Fig. 4.13 Agrandissement de la zone plantaire où s’est enfoncée une chique. Les œufs
sont expulsés à travers l’ouverture centrale de couleur foncée (avec l’aimable
autorisation du Natura l History Museum, Londres).
Prévention, lutte et traitement
Les populations de chiques arrivent souvent à subsister dans l’environnement
péridomiciliaire en se nourrissant sur le bétail et les animaux domestiques. Il faut
s’efforcer de débarrasser ces animaux des chiques. Dans le cas des chiens, on peut
leur administrer de l’ivermectine (0,2 mg/kg de poids corporel) ou leur plonger les
pattes dans du dichlorvos (0,2%) (19). La première méthode peut tuer d’autres
parasites, par exemple les larves de Dermatobia qui sont responsables d’infections
cutanées. Dans les zones contaminées, les habitants doivent examiner leurs pieds tous
les jours à la recherche de chiques qui viendraient de s’y enfoncer et qui apparaissent
sous la forme de minuscules points noirs prurigineux.
On se prémunit contre les chiques en portant des souliers. Les chiques peuvent
également être tenues à l’écart par un répulsif appliqué sur la peau, encore que le
produit soit rapidement éliminé si l’on marche nu-pieds directement sur le sol. Quand
on peut repérer l’endroit d’où proviennent les chiques, on peut essayer de les détruire
en effectuant un brûlis ou en épandant un insecticide convenable sur le sol.
Traitement
Moyennant une certaine habileté, on peut extraire une chique avec une pince ou un
objet pointu, par exemple une aiguille, une épine ou la pointe d’un couteau (Fig. 4.14).
Pour réduire le risque d’infection, il faut nettoyer l’objet utilisé et l’endroit, si possible à
l’alcool. L’extraction peut être indolore, mais on veillera à ne pas faire éclater le sac
ovaire. Il existe un risque d’infection si des oeufs ou certaines parties du corps de la
chique restent dans la plaie. Après l’extraction, il faut mettre un pansement (imbibé
d’alcool ou d’iode) sur la plaie, en opérant en antisepsie, et maintenir cette protection
jusqu’à la guérison.
Fig. 4.14 Le sac ovaire de la chique peut être extrait avec un objet pointu.
Fig. 4.15 Les poux hématophages qui s’attaquent à l’Homme sont des insectes aplatis
sans ailes, avec des pattes structurées de façon à pouvoir s’accrocher aux poils (sujet
parasité, © L. Robertson; poux © OMS).
Poux
Les poux sont de petits insectes hématophages qui vivent sur la peau des mammifères
et des oiseaux. Trois espèces de poux se sont adaptées à l’Homme: le pou de tête
(Pediculus humanus capitis), le pou de corps (Pediculus humanus) et le pou de pubis
(Pthirus pubis) (Fig. 4.15). Ces trois espèces sont cosmopolites. Une pédiculose peut
déterminer une irritation et un prurit intenses. En outre, le pou de corps peut
transmettre le typhus exanthématique, la récurrente à poux et la fièvre des tranchées.
Des poussées de typhus exanthématique, qui feraient des milliers de victimes,
s’observent parfois dans des régions froides dans des conditions de pauvreté et de
suroccupation des logements, spécialement sur certains hauts-plateaux d’Afrique,
d’Amérique latine et d’Asie.
Biologie
Les trois espèces de poux citées plus haut vivent en principe exclusivement sur
l’Homme en se nourrissant de son sang; leur cycle de développement comporte trois
stades: l’œuf, la nymphe et l’adulte (Fig. 4.16). Le développement de l’œuf à l’imago
prend une quinzaine de jours. Les œufs nacrés, appelés lentes, se collent à un cheveu
ou à un poil ou, dans le cas du pou de corps, aux fibres textiles fines. La nymphe est
analogue à l’adulte, mais beaucoup plus petite. Une fois parvenu à son plein
développement, le pou mesure jusqu’à 4,5 mm de long et se nourrit du sang qu’il
suce, plusieurs fois par jour. Le pou ne peut se développer que dans un milieu chaud,
au contact de la peau de son hôte; si ce contact cesse, il meurt en quelques jours. Les
poux se propagent normalement par contact direct, par exemple dans des pièces où
dorment un trop grand nombre de personnes ou dans d’autres situations de
surpeuplement ou de suroccupation.
Fig. 4.16 Cycle de développement du pou (© OMS).
Les trois espèces de poux qui parasitent l’Homme se rencontrent sur des parties du
corps différentes:
• le pou de tête est un parasite du cuir chevelu, particulièrement fréquent chez l’enfant
sur l’arrière du crâne et derrière les oreilles;
• le pou de pubis se trouve principalement dans la pilosité pubienne, mais il peut se
propager dans d’autres parties du corps recouvertes de poils, mais rarement dans le
cuir chevelu;
• le pou de corps se trouve dans les vêtements aux endroits où il est en contact direct
avec le corps; il ressemble au pou de tête, mais avec une taille légèrement supérieure.
Poux de corps
Les poux de corps s’observent le plus souvent dans les vêtements, spécialement aux
endroits où ils sont en contact direct avec le corps, par exemple les sous-vêtements,
l’entrejambe du pantalon, les aisselles, la taille, le cou et les épaules. Ils se fixent aux
poils uniquement au moment du repas de sang. Les œufs s’accrochent aux fibres des
vêtements. Les poux de corps sont particulièrement répandus dans les régions froides
où les personnes se lavent et changent de vêtements rarement.
Les poux de corps se propagent par contact direct, d’un sujet à l’autre. C’est dire qu’on
les trouve habituellement dans des conditions de manque d’hygiène et de sur
occupation, par exemple dans les prisons et les camps de réfugiés mal tenus et dans
les tranchées, pendant la guerre. La transmission interhumaine est également possible
dans les véhicules bondés et sur les marchés. Une infestation par les poux de corps
peut aussi se produire lorsqu’on utilise la même literie, les mêmes serviettes de toilette
ou vêtements ou qu’on s’assied sur des sièges, des tapis de chaise ou des coussins
contaminés.
Fig. 4.17 Examen du cuir chevelu à la recherche de poux de tête. L’infestation est
généralement plus massive chez les filles que chez les garçons.
Poux de tête
Le pou de tête est la plus fréquente des espèces de pou qui parasitent l’Homme. Il vit
uniquement sur le cuir chevelu et s’observe le plus souvent chez les enfants. Les œufs
(ou lentes) sont solidement collés à la base des cheveux, spécialement sur l’arrière du
crâne et derrière les oreilles (Fig. 4.17 et 4.18). Comme les cheveux poussent
d’environ un centimètre par mois, on peut dater l’infestation en mesurant la distance
du cuir chevelu à l’œuf le plus proche collé sur un cheveu. Les sujets parasités
hébergent en général 10 à 20 poux de tête adultes. Les femelles pondent 6 à 8 œufs
par jour. La propagation des poux de tête se fait par contact direct, par exemple entre
des enfants pendant qu’ils jouent ou qu’ils dorment dans le même lit. La transmission
peut aussi être la conséquence de l’utilisation par plusieurs personnes d’un même
peigne auquel sont fixés des cheveux porteurs de lentes ou de poux.
Poux de pubis
Le pou de pubis est de couleur blanc grisâtre et évoque un crabe avec ses
pseudopinces énormes. Il s’observe principalement dans la pilosité pubienne où il pond
ses œufs à la base des poils. Une infestation massive peut se propager à d’autres
parties du corps recouvertes de poils, telles que le thorax, les cuisses, les aisselles, les
cils, les sourcils et la barbe. La propagation se fait principalement par contact sexuel
ou autre contact personnel étroit, et concerne surtout les adultes jeunes ayant une vie
sexuelle active.
Fig. 4.18 Agrandissement d’un cheveu montrant des poux adultes et des œufs (avec
l’aimable autorisation du Natural History Museum, Londres).
Importance pour la santé publique
Seul le pou de corps est un vecteur de maladies humaines. Il transmet le typhus
exanthématique, la récurrente à poux et la fièvre des tranchées.
Nuisance
Les poux se gorgent de sang plusieurs fois par jour, de sorte qu’une infestation
massive peut déterminer une irritation et un prurit intenses. Des réactions toxiques à
la salive injectée dans la peau peuvent se manifester par un état de lassitude et une
sensation de malaise général.
Typhus exanthématique
Cette maladie provoquée par une rickettsie, Rickettsia prowazekii, constitue une
affection aiguë hautement infectieuse réalisant un tableau de céphalées, frissons,
fièvre et algies généralisées. En l’absence de traitement, elle peut être mortelle dans
10 à 40% des cas.
Ce typhus se rencontre sur tous les continents sauf en Australie. Il est très répandu
dans les régions relativement froides où l’on porte des vêtements épais et où la
présence du vecteur est la plus fréquente. Autrefois, cette maladie sévissait
particulièreme nt en temps de guerre et de famine. De nos jours, les foyers de
transmission sont situés dans les régions montagneuses d’Amérique du Sud et
d’Afrique centrale et orientale, ainsi que dans l’Himalaya.
Transmission
Le pou de corps ingère les rickettsies pathogènes pendant qu’il se gorge du sang d’un
sujet contaminée sang qu’il rejette ensuite avec ses déjections. Comme celles-ci
forment une poudre noire fine en séchante elles sont facilement disséminées par l’air
en mouvement. La poudre peut infecter de petites plaies, par exemple des lésions de
grattage, ou les muqueuses nasale et buccale. Comme le germe pathogène peut
survivre au moins deux mois dans les déjections de pou desséchées, il est dangereux
de manipuler les vêtements ou la literie des typhiques.
Traitement
L’antibiothérapie est efficace, par exemple avec la tétracycline, la doxycycline ou le
chloramphénicol.
Prévention et lutte
On a préparé un vaccin, mais il n’est pas encore disponible dans le commerce. Pour
prévenir l’infection, il faut s’attaquer aux poux de corps. Les poussées épidémiques
peuvent être maîtrisées grâce à l’application d’un insecticide à effet rémanent sur les
vêtements de tous les habitants des régions touchées.
Récurrente à poux
Cette récurrente est provoquée par un spirochète, Borrelia recurrentis. Les sujets
infectés font des épisodes fébriles de 2 à 9 jours, alternant avec des périodes de
rémission de 2 à 4 jours. En général, 2 à 10% des sujets atteints succombent en
l’absence de traitement, ce taux de létalité pouvant monter jusqu’à 50% lors d’une
épidémie. La maladie est cantonnée à des régions limitées d’Afrique, d’Amérique du
Sud et d’Asie.
Transmission
La récurrente à poux se produit sensiblement dans les mêmes conditions que le typhus
exanthématique, ces deux maladies véhiculées par le pou pouvant d’ailleurs coexister.
L’Homme se contamine lorsqu’il écrase des poux infectés entre ses ongles ou ses
dents. Les germes pathogènes sont alors libérés et peuvent pénétrer dans l’organisme
au niveau d’une excoriation ou d’une lésion ou à travers la muqueuse buccale.
Traitement
Il existe un traitement à base de tétracycline.
Prévention et lutte
La prévention et la lutte relèvent des mêmes méthodes que dans le cas du typhus
exanthématique; il n’existe pas de vaccin.
Fièvre des tranchées
Cette rickettsiose est provoquée par Rochalimaea quintana et se manifeste par une
fièvre intermittente et des douleurs dans tout le corps et donne lieu à des rechutes
fréquentes. L’infection est rarement mortelle.
On peut sans doute observer des cas de «fièvre quintane» partout où l’on traite des
poux de corps. On en a effectivement observé en Bolivie, au Burundi, en Ethiopie, au
Mexique, en Pologne, en ex-URSS et en Afrique du Nord. Les épidémies qui ont sévi au
cours de la Première et de la Seconde Guerre mondiale chez les soldats et les
prisonniers vivant dans des conditions d’entassement et de manque d’hygiène
expliquent le nom de fièvre des tranchées.
Transmission
La transmission se fait par contact avec des déjections de poux contami nées, comme
dans le cas du typhus exanthématique.
Traitement
La tétracycline, le chloramphénicol et la doxycycline sont probablement efficaces mais,
comme il s’agit d’une maladie relativement bénigne, ces antibiotiques n’ont pas fait
l’objet d’une expérimentation suffisante.
Prévention et lutte
La prévention et la lutte relèvent des mêmes méthodes que dans le cas du typhus
exanthématique; il n’existe pas de vaccin.
Mesures de lutte
Les mesures de lutte utilisées dépendent de l’importance du problème de santé. Un
traitement individuel ou collectif peut être instauré quand les poux constituent une
simple nuisance. Les campagnes à grande échelle sont recommandées s’il s’agit de
venir à bout d’une poussée épidémique.
Poux de tête
Mesures d’hygiène
En se lavant régulièrement les cheveux au savon et à l’eau chaude et en se peignant
tous les jours, on peut réduire le nombre de nymphes et d’adultes. Toutefois, un
simple shampooing n’élimine pas les lentes, qui sont solidement accrochées aux
cheveux. Avec un peigne spécial, aux dents fines très serrées, on peut éliminer à la
fois les adultes et les œufs (Fig. 4.19). Une méthode efficace, parfois adoptée chez les
jeunes garçons, consiste à raser le cuir chevelu; toutefois, si les intéressés se rebellent
à cette perspective, comme c’est fréquente il ne faut pas insister.
Fig. 4.19 Un peigne à poux muni de dents fines très serrées permet d’éliminer les
poux de tête et leurs œufs (lentes).
Insecticides
L’application d’un insecticide sur les cheveux est la méthode la plus efficace (20-26).
On peut utiliser diverses formulations: shampooing; lotion, émulsion ou poudre (Fig.
4.20; voir aussi Tableau 4.3). Certains pyréthrinoïdes sont les produits les plus
recommandés, car ils ne provoquent pas de sensation de brûlure au niveau du cuir
chevelu ni d’autres effets secondaires comme on en observe parfois avec d’autres
insecticides comme le lindane (27,28). Les poudres, quelle qu’en soit la granulométrie,
sont en général moins efficaces et moins bien acceptées que les lotions ou les
émulsions. On peut faire des shampooings avec un savon contenant 1% de
perméthrine (voir encadré ci-dessous).
Comment préparer une poudre, un shampooing ou une lotion insecticide
Pour préparer une poudre insecticide, on peut incorporer un insecticide en poudre
(mouillable) dans du talc en poudre jusqu’à l’obtention de la concentration de matière
active recommandée. De même, on prépare un shampooing en mélangeant un
insecticide sous forme de poudre ou de concentré émulsionnable avec un shampooing
de pH neutre. Enfin, pour préparer une lotion insecticide, on mélange un concentré
émulsionnable avec de l’eau ou de l’alcool.
Moustiquaires imprégnées
Les infestations par le pou de tête prennent fin quand on dort sous une moustiquaire
imprégnée d’un pyréthrinoïde suffisamment persistant (5) (voir Chapitre 1 et p. 262).
Poux de pubis
Au lieu de raser la région pubienne infestée, on y applique aujourd’hui une formulation
insecticide, en procédant comme pour le pou de tête. En cas d’infestation massive, le
traitement doit être étendu à toutes les régions couvertes de poils situées au-dessous
du cou.
Fig. 4.20 Pour éliminer les poux, on peut laver les cheveux avec un shampooing ou
une lotion anti-poux.
Tableau 4.3
Insecticides et formulations d’usage courant contre les poux
Insecticide
Formulation et concentration (%)
bioalléthrine
lotion
0,3-0,4
shampooing
0,3-0,4
aérosol
0,6
carbarile
poudre
5,0
DDT
poudre
10,0
lotion
2,0
lotion
0,03
shampooing
0,03
iodofenphos
poudre
5,0
lindane
poudre
1,0
lotion
1,0
poudre
1,0
lotion
0,5
poudre
0,5
lotion
1,0
shampooing
1,0
deltaméthrine
malathion
perméthrine
(+)-phénothrine shampooing
0,2-0,4
poudre
0,3-0,4
propoxur
poudre
1,0
téméphos
poudre
2,0
Savon insecticide
Le pain de savon insecticide est une formulation bon marché récemment mise au point
qui contient de la perméthrine à 1% et constitue un anti-poux efficace. On peut
également s’en servir contre le sarcopte de la gale (voir p. 308).
Mode d’emploi
Le savon peut être utilisé en shampooing. Savonner les cheveux mouillés au préalable,
laisser se former une mousse et masser soigneusement le cuir chevelu. Laisser le
produit en contact pendant 10 minutes, rincer et sécher les cheveux. On peut éliminer
les poux tués avec un peigne en les recueillant sur une serviette de toilette.
Recommencer l’opération trois jours plus tard. Les cheveux sont débarrassés des poux
pendant au moins plusieurs semaines.
Mode de fabrication
Ce savon, qu’on trouve dans le commerce, peut être fabriqué localement à des fins
non commerciales.
Constituants
%
Huile de coco crue brute
57,0
Anti-oxydant
0,14
Perméthrine
1,00
Huile minérale
8,86
Solution de soude caustique
32,0
Argile naturelle
1,00
Commencer par mélanger la perméthrine avec l’huile minérale, à la température
ambiante, puis verser le mélange dans l’huile de coco dans laquelle on a fait dissoudre
l’anti-oxydant. Compléter avec la solution de soude caustique, à la température
ambiante, en mélangeant rapidement. Terminer en saupoudrant avec l’argile et verser
l’émulsion obtenue dans des moules où la réaction va continuer pendant 12 heures.
Le jour suivant, découper les blocs obtenus en savonnettes de 40g. Si les savonnettes
sont enveloppées dans un film de polypropylène et enfermées dans une boîte étanche
à l’air, elles conservent leur activité au moins deux ans. Si l’on se sert comme
emballage d’un petit sac en plastique pour sandwichs, ou qu’on place le produit dans
une boîte étanche à l’air mais sans l’envelopper, la durée de conservation est de un an.
Quand le produit est destiné à être utilisé dans un délai de quelques semaines, le
conditionnement le moins coûteux suffit.
Poux de corps
Traitement individuel
Le simple fait de se laver et de changer de vêtements régulièrement suffit en général à
prévenir l’infestation par des poux de corps. Mais cette solution peut être impraticable
quand l’eau est rare, qu’on manque d’installations pour se laver et que les personnes
concernées ne possèdent qu’un seul vêtement. Une autre solution consiste à laver les
vêtements et la literie avec un savon contenant du DDT à 7%.
Le lavage au savon et à l’eau froide ne suffit pas à éliminer les poux des vêtements. Il
faut utiliser de l’eau à plus de 60 °C et, si possible, repasser ensuite les vêtements.
Traitement collectif ou traitement de masse
La méthode de choix pour un traitement de masse consiste dans le saupoudrage d’un
insecticide entre le corps et les sous-vêtements. Il existe de bonnes poudres
constituées d’un mélange de talc et d’un insecticide (perméthrine (0,5%), DDT (10%)
ou lindane (1%)). Les autres poudres insecticides indiquées au Tableau 4.3 peuvent
être utilisées en cas de résistance. Comme la poudre entre en contact étroit avec le
corps, il importe que l’insecticide choisi soit peu toxique pour l’Homme et non irritant.
Un avantage des poudres insecticides est qu’elles sont faciles à transporter et à
entreposer. L’application peut se faire avec n’importe quel type de poudreuse, par
exemple à air comprimé, à plongeur ou à soufflet (Fig. 4.21) (voir p. 274), ou à la
main. Il importe d’expliquer le but de l’opération aux personnes concernées, car la
poudre laisse des traces bien visibles sur les vêtements.
Pour un traitement individuel, il faut appliquer environ 30g de poudre de façon
régulière, sur les vêtements en contact étroit avec le corps, en se servant d’un
récipient percé de trous à sa partie supérieure. On veillera spécialement à bien
saupoudrer les coutures des sous-vêtements et des autres habits. Dans le cas d’un
groupe important, il faut compter environ 50g de poudre par personne. La projection
de la poudre se fait par les ouvertures des vêtements, au niveau du cou, du bas des
manches et de la taille, de tous les cotés, après avoir desserré les vêtements (Fig.
4.22). Il faut également saupoudrer les chaussettes, les couvre-chefs et la literie. Un
seul traitement devrait suffire, mais il faut parfois recommencer tous les 8-10 jours si
l’infestation persiste.
L’imprégnation des vêtements avec un pyréthrinoïde sous forme d’émulsion assure
parfois une protection durable (29), car l’insecticide peut conserver son efficacité après
6-8 lessives.
Fig. 4.21 On peut saupoudrer les vêtements d’insecticide avec une boîte poudreuse
(poudreuse manuelle à soufflet) (© OMS).
Fig. 4.22 Traitement individuel avec une poudre insecticide appliquée au moyen d’une
poudreuse à plongeur. (Reproduit de Insect and rodent control. Washington, DC,
Department of the Air Force, the Army and the Navy, 1956).
Tiques
Les tiques sont des acariens hématophages qui s’attaquent à l’Homme comme aux
animaux. On les trouve partout dans le monde et elles constituent des vecteurs
importants d’un grand nombre de maladies. Parmi celles qu’elles transmettent à
l’Homme, les plus connues sont la récurrente à tiques, la fièvre pourprée des
montagnes Rocheuses, la fièvre Q et la maladie de Lyme. Les tiques sont également
importantes en tant que vecteur de maladies des animaux domestiques et peuvent
occasionner de lourdes pertes économiques. On distingue deux grandes familles de
tiques: les tiques dures (Ixodidés) qui comptent environ 650 espèces et les tiques
molles (Argasidés) qui en comptent environ 150. Les tiques ne sont pas des insectes,
mais des arthropodes (plus précisément des acariens) qui se distinguent facilement par
la présence de quatre paires de pattes chez l’adulte et l’absence d’une segmentation
claire du corps (Fig. 4.23).
Biologie
Les tiques ont un cycle de développement qui comporte un stade larvaire, marqué par
l’existence de six paires de pattes, et un ou plusieurs stades nympho-octopodes (Fig.
4.24). Les formes immatures ressemblent à l’adulte, et le passage d’un stade au
suivant ne peut se faire qu’après un repas de sang. Les tiques adultes vivent plusieurs
années et peuvent survivre des années entières sans se nourrir. Les deux sexes sont
hématophages, le mâle piquant toutefois moins souvent que la femelle, et peuvent
être les vecteurs de certaines maladies. La transmission des germes pathogènes ne se
fait pas seulement d’un hôte à l’autre, à l’occasion d’un repas de sang; mais peut aussi
s’opérer, pour certains d’entre eux, entre la tique femelle et sa descendance.
Fig. 4.23 Tique molle, Ornithodoros moubata, vecteur de la récurrente à tiques en
Afrique (avec l’aimable autorisation du Natural History Museum, Londres).
Fig. 4.24 Cycle de développement de la tique molle, Ornithodoros moubata (30).
Copyright Blackwell Science Ltd.
Tiques molles
Les adultes sont de forme ovale aplatie et ont un corps coriace et ridé. Les pièces
buccales sont situées sous le corps et invisibles du dessus. La ponte se fait dans les
lieux de repos des adultes, par exemp le les fissures et anfractuosités des murs et du
sol des maisons et le mobilier. Les larves, les cinq stases de la nymphose et les adultes
recherchent tous activement un hôte sur lequel prendre leurs repas de sang. Après
s’être gorgés, ce qui prend une trentaine de minutes, ils se laissent tomber sur le sol.
La plupart des espèces peuvent survivre plus d’un an entre deux repas de sang; et
certaines plus de 10 ans.
Les tiques molles ne vivent pas sur leurs hôtes, mais sont particulièrement
nombreuses dans les nids et les lieux de repos de ceux-ci. Certaines espèces comme la
tique du poulet et la tique du pigeon (appartenant au genre Argas) peuvent se nourrir
sur l’Homme à défaut de leurs hôtes de prédilection.
Les espèces qui se nourrissent couramment sur l’Homme se rencontrent autour des
villages et à l’intérieur des habitations (Fig. 4.25). Elles ont des habitudes comparables
à celles des punaises de lit, sortant souvent de leur cachette pendant la nuit pour venir
piquer l’Homme et les animaux. Certaines espèces sont fréquentes sur les grands axes
de communication, dans les maisons d’hôte et les campements, ainsi que dans les
grottes et crevasses.
Tiques dures
Les tiques dures adultes sont de forme ovale aplatie et mesurent de 3 à 23 mm de
long; selon les espèces (Fig. 4.26). Les pièces buccales sont visibles à l’avant du corps,
en forme de rostre, ce qui les distingue des tiques molles, de même que la présence
d’un écusson dorsal derrière la tête, et d’une nymphose à une seule stase (Fig. 4.27).
Les œufs sont pondus directement sur le sol, en grand nombre. Les larves sont très
petites, mesurant 0,5 à 1,5 mm de long; elles grimpent dans la végétation où elles
attendent le passage d’un hôte convenable sur lequel elles se fixent à l’un de leurs
endroits de prédilection pour piquer, par exemple l’intérieur de l’oreille ou le dessus de
la paupière.
Au bout de plusieurs jours, quand la tique est gorgée de sang; elle se laisse tomber
sur le sol, cherche un abri et mue à l’état de nymphe, laquelle cherche à son tour un
repas de sang (Fig. 4.28), puis se détache après s’être gorgée pour se transformer en
adulte. Les femelles adultes grimpent dans la végétation dans l’attente d’un hôte qui
leur convienne sur lequel elles vont rester une à quatre semaines avant de se laisser
tomber sur le sol et de chercher un abri dans un endroit frais, sous une pierre ou un lit
de feuilles mortes, pour y pondre.
Fig. 4.25 Les tiques molles ou ornithodores sont fréquentes dans les maisons aux
murs en torchis ou en adobe et au sol en terre battue qui constituent la norme dans
certaines régions d’Afrique.
Fig. 4.26 Tiques dures,
a) Tique d’Afrique du Sud (ou tique du damalisque, Amblyomma hebraeum, vecteur de
la fièvre boutonneuse provoquée par Rickettsia conori.
b) Tique du mouton, Ixodes ricinus, vecteur de l’encéphalite à tiques (en Europe
centrale),
c) Tique des bois des montagnes Rocheuses, Dermacentor andersoni, vecteur de la
fièvre pourprée du Nouveau Monde provoquée par Rickettsia rickettsii en Amérique du
Nord, en Amérique centrale et en Amérique du Sud (avec l’aimable autorisation du
Natural History Museum, Londres).
Fig. 4.27 Cycle de développement d’une tique dure (Ixodes): représentation de la
femelle adulte sur laquelle est fixée une importante masse d’œufs et de la nymphe
(nymphose à une seule stase) (30). Copyright Blackwell Science Ltd.
Fig. 4.28 Habitat typique de tiques dures se nourrissant normalement sur des
animaux sauvages.
La plupart des espèces de tique dure ont trois hôtes différents: un pour la larve, un
pour la nymphe et un pour l’adulte. Cependant, certaines espèces ont seulement un ou
deux hôtes pour les trois formes. Comme elles restent fixées plusieurs jours sur leur
hôte, les tiques dures peuvent être transportées très loin. C’est cette capacité à se
gorger sur des hôtes différents et à se déplacer sur des distances considérables qui
explique en partie l’importance des tiques comme vecteurs de maladies.
Importance pour la santé publique
Nuisance
La piqûre de tique est extrêmement douloureuse; en cas d’infestation massive, ce qui
n’est pas rare chez les animaux, la perte de sang peut être importante.
Récurrente à tiques
Cette maladie est provoquée par un spirochète du genre Borrelia. Elle est transmise
par la piqûre d’ornithodores (tiques molles) dans de nombreux pays tropicaux et
subtropicaux, ainsi qu’en Europe et en Amérique du Nord. Ces tiques prennent
généralement un repas de sang rapide, pendant la nuit, à l’intérieur des maisons ou à
proximité, puis quittent leur hôte (31).
La maladie se caractérise par une courbe thermique très irrégulière, faisant alterner
nombreuses poussées fébriles et rémissions. En l’absence de traitement, elle est
mortelle dans 2 à 10% des cas.
Traitement
Il existe un traitement par la tétracycline et ses dérivés.
Prévention
La prévention exige l’adoption de mesures pour éliminer les tiques molles et se
protéger de leurs piqûres.
Paralysie ascendante à tiques
En même temps que leur salive, les tiques dures injectent dans le corps de leurs
victimes des toxines qui peuvent déterminer chez l’Homme et les animaux une
«paralysie ascendante à tiques». Cette paralysie se manifeste 5 à 7 jours après le
début du repas de sang en commençant aux membres inférieurs pour s’étendre au
haut du corps, affectant l’élocution, la déglutition et la respiration. On l’observe partout
dans le monde où elle est particulièrement fréquente et grave chez l’enfant de moins
de deux ans. Le traitement consiste dans l’ablation du parasite.
Rickettsioses à tiques
Ce groupe de maladies est provoqué par des espèces étroitement voisines du genre
Rickettsia qui sont transmises lors des piqûres de tique ou de la contamination de la
peau par des tissus ou déjections de tiques écrasées.
• Les fièvres pourprées du Nouveau Monde provoquées par Rickettsia rickettsii
s’observent au Brésil au Canada, en Colombie, aux Etats-Unis d’Amérique, au Mexique
et au Panama.
• La fièvre pourprée provoquée par R. sibirica s’observe en Fédération de Russie, au
Japon et dans le Pacifique.
• La fièvre pourprée provoquée par R. conori sévit dans la région méditerranéenne, en
Afrique et dans le sud de l’Asie.
• La fièvre pourprée provoquée par R. australis sévit en Australie, au Queensland.
• La fièvre Q, dont l’agent est Coxiella burnetii, est cosmopolite et fréquente dans les
abattoirs, les établissements d’équarrissage et de conditionnement de la viande, les
laboratoires d’analyses médicales, les parcs à bestiaux et les élevages de volaille. Sa
transmission à l’Homme se fait principalement lors de la consommation de lait ou de
viande provenant de bovins contaminés ou lors de l’inhalation de déjections
desséchées de tiques infectées par le personnel qui s’occupe des bestiaux.
Chez l’Homme, le début est brutal avec une fièvre qui dure plusieurs semaines, une
sensation de malaise général, des myalgies et arthralgies, des céphalées intenses et
des frissons. Un exanthème s’étend parfois à la totalité du corps. Le taux de létalité
peut dépasser 15-20% en cas d’erreur de diagnostic ou d’abstention thérapeutique.
Traitement
On peut utiliser des antibiotiques comme la tétracycline ou le chloramphénicol.
Prévention
Il faut éviter de se faire piquer et, quand des tiques sont fixées sur le corps, procéder
rapidement à leur ablation en prenant des précautions. Il faut que les tiques soient
fixées depuis plusieurs heures pour que les rickettsies puissent infecter l’Homme.
Maladie de Lyme
La maladie de Lyme (erythema chronicum migrans) est une affection grave, souvent
débilitante, provoquée par un spirochète, Borrelia burgdorferi. D’allure grippale, elle se
caractérise par un érythème à extension progressive chez environ la moitié des
patients, accompagné de fièvre, fatigue, myalgies et arthralgies. Plusieurs semaines,
voire plusieurs mois, après la piqûre par la tique infectieuse, on peut observer un
œdème douloureux au niveau des grosses articulations (genou, coude), une
encéphalite, une paralysie faciale, des lésions oculaires et une cardite, que la phase
aiguë ait été ou non marquée par un érythème. Par la suite, éventuellement plusieurs
années après la piqûre, on constate parfois une érosion cartilagineuse (arthrite) et un
dysfonctionnement neuromusculaire (Fig. 4.29). La maladie de Ly me s’observe surtout
dans les régions tempérées septentrionales, en Chine, aux Etats-Unis d’Amérique, en
Europe et en ex-URSS.
Fig. 4.29 Les signes caractéristiques de la maladie de Lyme consistent dans un
œdème douloureux des grosses articulations, comme le genou, et une arthrite
chronique.
Transmission
La transmission est principalement assurée par les ixodes, habituellement en été où
leurs nymphes sont abondantes. Les petits rongeurs; spécialement les souris, servent
de réservoirs tandis que les gros mammifères sont avant tout des hôtes qui
entretiennent les populations de tiques. Les larves se contaminent au moment où elles
prennent un repas de sang sur une souris, et les nymphes ou les adultes peuvent
ensuite transmettre les spirochètes au cours de repas suivants. Dans la zone tempérée
septentrionale où la maladie de Lyme sévit le plus, sa propagation s’explique par le
développement des troupeaux de rennes, car cet hôte principal s’est adapté à un mode
de vie qui l’a rapproché des populations humaines. Dans de nombreuses régions, la
maladie de Lyme se contracte dans les banlieues résidentielles (32).
Traitement
L’antibiothérapie permet de prévenir la maladie de Lyme ou d’en ralentir l’évolution, au
moyen de la tétracycline ou de ses dérivés pendant 2-4 semaines chez l’adulte et de la
pénicilline chez l’enfant.
Prévention
La prévention repose sur l’éloignement par rapport aux biotopes occupés par les
tiques, la protection contre leurs piqûres et la lutte antivectorielle. La protection
individuelle est assurée par l’utilisation de répulsifs dont il faut badigeonner la peau et
pulvériser les vêtements dans les zones infestées. Si les tiques déjà fixées sont
extraites dans les 24 heures, la transmission des spirochètes peut être évitée. Une
antibioprophylaxie peut être souhaitable lorsqu’on a été piqué par une tique
contaminée. On trouve dans le commerce des nécessaires d’épreuve faisant appel à de
nouvelles molécules qui permettent de déceler les spirochètes dans les échantillons de
tiques.
Tularémie
La tularémie, également connue sous le nom de maladie de Ohara, est provoquée par
un coccobacille, Francisella tularensis. Les symptômes, variables selon la porte
d’entrée, consistent en céphalées, frissons, épisodes fébriles et tuméfaction des
ganglions lymphatiques. La maladie sévit en Amérique du Nord, en Europe, au Japon
et en ex-URSS.
Transmission
La transmission s’opère à l’occasion de piqûres par des tiques ou des taons du genre
Chrysops (voir Chapitre 1) ou lors de la manipulation du gibier infectée par exemple de
lièvres. Les chasseurs et les forestiers sont les plus exposés au risque de
contamination.
Traitement
Une antibiothérapie par la streptomycine est possible.
Prévention
Il faut se tenir à l’écart des biotopes occupés par les tiques et éviter d’être piqué,
porter des gants imperméables pour dépouiller et préparer du gibier, faire cuire le
gibier à cœur et éviter de boire l’eau non traitée dans les régions où sévit la maladie.
Viroses neurotropes à tiques
Il s’agit d’un groupe de viroses déterminant une méningo-encéphalite aiguë. Les
symptômes sont de gravité variable selon la nature de la maladie. Dans de nombreux
cas, l’infection ne détermine aucune pathologie. Les infections sévères peuvent
provoquer de violentes céphalées, une forte fièvre, des nausées, le coma et la mort.
• L’encéphalite de la taïga s’observe dans la partie extrême -orientale de l’ex-URSS.
• L’encéphalite à tiques d’Europe centrale sévit en Europe, depuis l’Oural jusqu’à la
France.
• Le louping-ill est une encéphalite des moutons d’Ecosse et d’Irlande qui détermine
parfois une encéphalite chez l’Homme.
Transmission et prévention
Ces maladies sont transmises par les piqûres de tique et par la consommation de lait
provenant d’animaux infectés. Il n’existe pas de traitement spécifique, mais on a mis
au point un vaccin contre certaines de ces viroses neurotropes. La prévention consiste
à se tenir à l’écart des tiques et, le cas échéante à procéder à leur ablation rapide.
Principales tiques dures vectrices de maladies
En général, diverses espèces de tiques peuvent être des vecteurs pour chacune des
maladies indiquées ci-dessous, avec une importance variable selon les régio ns.
Maladie
Vecteur
Maladie de Lyme
Tique du renne, Ixodes dammini
Fièvre pourprée
provoquée par:
Rickettsia rickettsii
Tique du chien américaine, Dermacentor variabilis
R. sibirica
Tique des bois asiatique, Dermacentor silvarum
R. conori
Tique du chien brune, Rhipicephalus sanguineus
R. australis
Tique des acacias, Ixodes holocyclus
Fièvre Q
Amblyomma americanum
Tularémie
Tique du lièvre américaine, Haemaphysalis leporis-palustris
Encéphalite à tiques de la
taïga
Tique de la taïga, Ixodes persulcatus
Encéphalite à tiques
d’Europe centrale
Tique des graines de ricin, Ixodes ricinus
Maladie de la forêt de
Kyasanur
Tique des oiseaux et des singes, Haemaphysalis spinigera
Fièvre pourprée des
montagnes Rocheuses
Tique des bois américaine, Dermacentor andersoni
Fièvre hémorragique de
Crimée-Virus Congo
Tique des oiseaux et des mammifères, Hyalomma
marginatum
Autres arboviroses
La maladie de la Forêt de Kyasanur sévit dans certaines régions de l’Inde.
La fièvre hémorragique d’Omsk s’observe dans le sud-ouest de la Sibérie; elle
détermine une grave affection, souvent mortelle chez les personnes qui manipulent
des rats musqués; le virus est principalement transmis par l’eau, encore qu’on le
trouve aussi chez les tiques dures.
La fièvre pourprée des montagnes Rocheuses est de gravité modérée et sévit dans la
partie occidentale de l’Amérique du Nord.
La fièvre hémorragique de Crimée-Virus Congo est une maladie aiguë, souvent grave
et mortelle, qu’on rencontre dans certaines régions d’Afrique, d’Asie et d’Europe.
Mesures de lutte
Protection individuelle
Eloignement par rapport aux zones contaminées
Dans toute la mesure possible, il faut se tenir éloigné des champs et des forêts infestés
par des tiques. En Afrique, les piqûres de la tique molle Ornithodoros moubata, vecteur
d’une récurrente, peuvent être évitées en s’abstenant de fréquenter les anciens
campements et de dormir à même le sol des maisons en pisé. Les lits, spécialement
les lits métalliques, peuvent assurer une certaine protection contre les tiques qui ont
du mal à grimper le long des pieds. Toutefois, elles peuvent encore atteindre leur hôte
en grimpant sur les murs.
Répulsifs
Parmi les répulsifs qui empêchent les tiques de s’agripper au corps, on peut citer le
DEET, le phtalate de diméthyle, le benzoate de benzyle, le carbamate de diméthyle et
l’indalone (33). Ces divers produits peuvent être appliqués sur la peau ou sur les
vêtements. Dans le premier cas, leur action ne dure souvent que quelques heures, car
le produit est à la fois absorbé et éliminé par les frottements. Sur les vêtements,
l’efficacité est beaucoup plus longue, parfois de plusieurs jours (34). Pour plus de
renseignements concernant les répulsifs, se reporter au Chapitre 1.
Vêtements
Les vêtements peuvent assurer une certaine protection, par exemple les pantalons
lorsqu’ils sont enfoncés dans les chaussettes ou des chaussures montantes, et les
chemises si elles sont enfilées dans le pantalon. Lorsqu’on s’est rendu dans une région
infestée, il faut se déshabiller et inspecter ses vêtements à la recherche de tiques.
Vêtements imprégnés
Les personnes qui se rendent souvent dans une région infestée par des tiques doivent
penser à imprégner leurs vêtements par pulvérisation (35, 36) ou immersion, avec un
pyréthrinoïde comme la perméthrine ou la cyfluthrine. L’effet de choc est rapide sur les
tiques qui grimpent le long des pantalons ou des chemises. Ainsi, les tiques sont non
seulement empêchées de piquer mais également tuées. En outre, le traitement des
vêtements par un pyréthrinoïde est efficace contre les moustiques pendant au moins
un mois (34). On trouvera des renseignements sur la façon d’imprégner les vêtements
avec des pyréthrinoïdes au Chapitre 1.
Extraction des tiques fixées
Pendant et après un séjour dans une zone infestée, il importe d’examiner son corps
fréquemment à la recherche de tiques. Il faut les éliminer au plus vite, car le risque de
transmission d’une maladie augmente avec la durée pendant laquelle la tique reste
enfoncée dans la peau.
L’extraction doit se faire par traction lente mais régulière, de préférence avec une
pince pour éviter que les doigts n’entrent en contact avec les liquides organiques
infectieux de l’acarien. La tique doit être saisie le plus près possible de l’endroit où sa
tête pénètre dans la peau, de façon à ne pas l’écraser, et en veillant à ne pas briser les
pièces buccales enfoncées dans le derme, car il pourrait en résulter une irritation et
une surinfection. Certains vétérinaires disposent d’un instrument spécial pour l’ablation
rapide des tiques du chien.
Pour amener les tiques molles à retirer leur rostre, on peut soit les toucher avec un
objet très chaud comme la pointe d’une aiguille chauffée, soit les tamponner avec un
anesthésique, par exemple du chloroforme ou de l’éther. Dans le cas des tiques dures,
ces méthodes ne donnent un résultat qu’aussitôt après la piqûre, car le ciment
salivaire au moyen duquel ces acariens sont fixés sur leur hôte les empêche de
dégager rapidement leur rostre. Dans les régions où les tiques constituent une simple
nuisance, on peut les enduire d’huile, de paraffine, de vaseline ou de vernis à ongles
pour les priver d’oxygène. Les tiques dures dissolvent alors le ciment qui les empêche
de retirer leur rostre, mais cela peut prendre plusieurs heures. Toutefois, ces méthodes
sont déconseillées dans les régions où les tiques sont des vecteurs de maladies, car
elles agissent trop lentement et risquent de pousser l’acarien à régurgiter dans la plaie
de piqûre, provoquant l’injection de germes pathogènes. En pareil cas, il est
recommandé d’extraire les tiques immédiatement, même s’il faut pour cela laisser la
tête en place dans la plaie.
Application d’insecticides sur les animaux
Les animaux domestiques servent souvent d’hôtes à des tiques qui peuvent piquer
l’Homme pour se nourrir et transmettre ensuite des maladies aux personnes comme
aux animaux. L’application directe d’insecticides sur le corps de ces animaux, par
poudrage, pulvérisation, immersion ou lavage, peut être très efficace. Il existe des
formulations destinées à être versées sur le dos, la distribution de l’insecticide (un
pyréthrinoïde) sur le reste du corps étant assurée par les mouvements de l’animal,
notamment ceux de sa queue.
L’application d’une poudre insecticide peut se faire avec une boîte poudreuse ou avec
une poudreuse à soufflet ou à plongeur. Les pulvérisations se font avec un
pulvérisateur manuel à pression préalable. On peut utiliser les mêmes produits et les
mêmes doses que dans le cas des puces (voir Tableau 4.2). Il est particulièrement
important de traiter le dos, le cou, le ventre et l’arrière de la tête.
Les colliers en plastique imprégnés d’un insecticide dont on se sert pour débarrasser
les chiens et les chats de leurs puces (voir Tableau 4.2) n’ont qu’une efficacité partielle
contre la plupart des espèces de tique.
Pulvérisation d’insecticides dans les maisons et dans les lieux de repos des
animaux
On peut tuer les tiques en pulvérisant un insecticide sur le sol dans les maisons, sous
les porches, dans les vérandas, dans les chenils et les autres endroits utilisés pour
dormir par des animaux domestiques. Des produits à effet rémanent qui conviennent
sont indiqués au Tableau 4.4 (voir également p. 269).
Dans les maisons infestées par les tiques molles (Ornithodoros), on peut pulvériser du
lindane (0,2 g/m2 ) entre autres insecticides. Il faut spécialement veiller à traiter les
cachettes et les lieux de repos des tiques dans les fissures et anfractuosités des murs,
du sol et des meubles. Les pulvérisations intradomiciliaires d’insecticide à effet
rémanente pratiquées pour tuer les moustiques vecteurs du paludisme, se traduisent
souvent par la réduction du nombre de tiques (voir aussi p. 263).
Tableau 4.4
Formulations insecticides utilisées contre les tiques
Méthode d’application
Formulation
Immersion partielle,
lavage ou pulvérisation
directe sur l’animal
malathion (5%), dichlorvos (0,1%), carbarile (1%),
dioxathion (0,1%), naled (0,2%), coumaphos (1%)
Poudrage
carbarile (5%), coumaphos (0,5%), malathion (3-5%),
trichlorphon (1%)
Pulvérisation d’un produit solution ou émulsion huileuse de DDT (5%), lindane
à effet rémanent sur le
(0,5%), propoxur (1%), bendiocarbe (0,25-0,48%),
sol, etc.
pirimiphos- méthyl (1%), diazinon (0,5%), malathion (2%),
carbarile (5%), chlorpyrifos (0,5%)
Nébulisation à très bas
volume (pulvérisation
spatiale)
organophosphorés, carbamates et pyréthrinoïdes
Port par les chiens et les
chats d’un collier antipuces et anti-tiques
dichlorvos (20%), propoxur (10%), propétamphos (10%),
perméthrine (11%)
Moustiquaires imprégnées
Pour lutter contre les tiques molles qui prennent habituellement leurs repas de sang à
l’intérieur, sur des personnes en train de dormir, on peut utiliser des moustiquaires
imprégnées (5) (voir également p. 262 et Chapitre 1).
Protection communautaire
La lutte est parfois menée à grande échelle dans des zones d’activités récréatives ou
dans des zones dans lesquelles les tiques transmettent certaines maladies. La
recherche de l’économie et de l’efficacité conduisent souvent à intégrer plusieurs
méthodes dans une stratégie de lutte globale (37). Cette stratégie intégrée peut
comporter les éléments ci- dessous:
• Surveillance: échantillonnage destiné à repérer les habitats de tiques où des mesures
de lutte sont nécessaires.
• Aménagement de la végétation: mesures physiques ou chimiques visant à réduire et
à isoler les habitats de tiques.
• Action au niveau des hôtes: élimination ou exclusion des animaux servant d’hôte.
• Lutte chimique ciblée: épandage de pesticides contre les tiques, en visant
spécialement leurs hôtes ou leurs biotopes.
• Pratiques culturelles: modifications du mode de vie destinées à limiter exposition aux
tiques.
• Protection individuelle: vêtements protecteurs; répuls ifs; recherche et ablation des
tiques.
Pulvérisations spatiales d’insecticides
La pulvérisation directe d’un produit dans les biotopes naturels occupés par les tiques
dans les forêts et les champs peut enrayer les épidémies de certaines maladies à
tiques (par exemple la maladie de Lyme (38), et les viroses neurotropes à tiques). A
partir d’un hélicoptère ou d’un aéronef à voilure fixe, on peut pulvériser un acaricide
liquide concentré sur de vastes superficies en utilisant un produit pour application à
très bas volume. Dans le cas d’une petite étendue, la pulvérisation peut se faire avec
un pulvérisateur à dos ou avec un brumisateur motorisés, en employant soit une
formulation à très bas volume, soit une émulsion dans l’eau ou une poudre mouillable.
L’effic acité est assurée pendant un mois ou plus, selon les conditions et les dimensions
de la zone traitée. Des insecticides biodégradables qui conviennent sont indiqués au
Tableau 4.4 (39-44).
Aménagement de la végétation
Dans les parcs et les campements, par exemple, on peut se débarrasser des tiques en
éliminant la végétation qui leur sert d’habitat (37, 45). On peut procéder par abattage,
fauchage ou application d’un herbicide.
Action au niveau des hôtes
On peut réduire l’importance des populations de tiques en éliminant les animaux sur
lesquels elles prennent normalement leurs repas de sang. L’installation de clôtures
permet de tenir à l’écart les gros animaux comme les cervidés (37).
Imprégnation au moyen d’un insecticide d’éléments entrant dans la
construction des nids
Les rongeurs qui construisent un nid servent de réservoirs ou d’hôtes principaux
naturels aux germes de nombreuses infections à transmission vectorielle, dont la
maladie de Lyme et plusieurs des viroses neurotropes à tiques. Une stratégie de lutte
antivectorielle ciblée sur un hôte déterminé consiste à imprégner d’insecticide un
élément utilisé pour la construction de leurs nids par les rongeurs constituant des
réservoirs de spirochètes responsables de la maladie de Lyme. Aux Etats-Unis
d’Amérique, le principal réservoir est formé par une souris, le péromysque. Lorsqu’elles
piquent ces souris, les larves de tique du cerf peuvent s’infecter de sorte que les
nymphes dans lesquelles elles se transforment constituent des vecteurs contaminés.
Comme les souris recueillent des matériaux mous pour construire leurs nids, leur
infestation par les tiques cesse pratiquement lorsqu’on met à leur disposition du coton
imprégné de perméthrine à 7-8%.
Cette méthode a été employée dans les quartiers résidentiels limitrophes de bois et de
parcs, dans le nord des Etats-Unis d’Amérique, afin de réduire l’abondance des
nymphes de tique contaminées (46, 47). Le matériau traité destiné à la construction
des nids est disposé tous les 10 mètres dans les lieux fréquentés par les souris, à
l’intérieur de tubes distributeurs (de 4 cm de diamètre sur 20 cm de long) qui en
assurent la protection. La technique d’imprégnation est brevetée et consiste à plonger
du coton dans une émulsion de perméthrine avant de le faire sécher.
A l’évidence, il faut que les souris trouvent et utilisent le matériau qu’on leur propose
pour que la méthode soit efficace, et l’on a signalé des échecs (48).
Toutefois, bien utilisé, un traitement de ce type, ciblé sur un hôte déterminé, permet
de réduire notablement l’abondance des tiques infectées en utilisant 20 fois moins de
matière active qu’avec un traitement insecticide par pulvérisation, d’où un coût
nettement inférieur. Les programmes communautaires dans lesquels ce traitement est
étendu à toutes les propriétés d’un quartier se sont révélés les plus efficaces.
Acariens
Les acariens sont de très petite taille, mesurant 0,5 à 2,0 mm de long; il en existe
plusieurs milliers d’espèces dont beaucoup vivent sur les animaux. Comme les tiques,
les acariens ont huit pattes et un corps non ou peu segmenté. Chez la plupart des
espèces, le cycle comporte tous les stades: œuf, larve, nymphe et adulte. Les stades
immatures sont analogues à l’adulte, mais de plus petite taille.
Certains acariens sont des vecteurs importants de rickettsioses, tel Rickettsia
tsutsugamushi l’agent du typhus des broussailles, et de plusieurs viroses. Par leurs
piqûres, les acariens peuvent constituer une nuisance importante pour l’homme et les
animaux. De nombreuses personnes sont allergiques au contact ou aux piqûres
d’acariens. L’un d’eux, le sarcopte de l’Homme, est responsable de la gale humaine.
Les principaux acariens examinés ci-après sont les suivants:
- les acariens piqueurs (vecteurs du typhus des broussailles);
- le sarcopte;
- les acariens contenus dans la poussière des maisons.
Acariens piqueurs
De nombreuses espèces d’acariens sont des parasites des mammifères et des oiseaux
et s’attaquent occasionnellement à l’Homme. Leur piqûre peut provoquer une irritation
et une inflammation cutanées. Un groupe, celui des thrombiculidés, est responsable de
la transmission du typhus des broussailles, provoqué en Asie et dans le Pacifique par
R. tsutsugamushi. Seuls sont décrits ici les thrombididés; les autres acariens piqueurs
ont sensiblement la même biologie et le même cycle biologique.
Biologie
Les thrombididés adultes mesurent environ 1-2 mm de long, sont de couleur rouge vif
ou brun rouge et ont l’aspect du velours. La nymphe est analogue, mais plus petite.
Les larves sont minuscules avec 0,15-0,3 mm seulement de longueur (Fig. 4.30).
L’adulte et la nymphe ne piquent ni les animaux ni l’Homme, mais vivent dans le sol et
se nourrissent d’autres acariens et de petits insectes, notamment de leurs œufs. En
revanche, la larve se nourrit de tissu cutané.
Une fois sortie de l’œuf, la larve se traîne dans les herbes ou la végétation au
voisinage du sol et dans les lits de feuilles mortes où elle attend le passage d’un animal
ou d’un hôte humain. Elle se fixe sur la peau des reptiles, des oiseaux, des
mammifères et des Hommes qui se déplacent ou se reposent dans ce biotope. Chez
l’Homme, elle recherche les endroits où les vêtements sont serrés, avec une
prédilection pour la taille et les chevilles.
Fig. 4.30 Acarien piqueur (du genre Thrombicula). Reproduit de la référence 49, avec
l’aimable autorisation de l’éditeur. Copyright MacMillan Publishing Company.
La larve reste fixée sur la peau de son hôte de deux jours à un mois, selon les
espèces, après quoi elle se laisse tomber sur le sol où elle s’enterre pour se
transformer en nymphe puis en adulte, formes inoffensives.
Distribution
Les acariens ont une distribution très hétérogène, sur de petites étendues, du fait de
leurs besoins spéciaux. Les nymphes et les adultes ont besoin de conditions
pédologiques déterminées pour survivre et se développer, tandis que les larves ont
besoin d’hôtes animaux tels que les rats sauvages, d’autres petits rongeurs et les
oiseaux. Des biotopes convenables sont fournis aux acariens par les prairies, les
broussailles, les forêts, les rizières abandonnées et les forêts éclaircies. On en trouve
également dans les parcs, les jardins, les pelouses et les zones humides au bord des
lacs et des cours d’eau.
Les larves attendent le passage d’un animal ou d’un Homme en se tenant sur les
feuilles ou sur les tiges d’herbes sèches. En général, l’Homme se contamine lorsqu’il se
déplace à pied ou stationne dans une zone infestée. Dans les régions tropicales et
subtropicales, les bambuseraies sont un lieu de prédilection des acariens.
Importance pour la santé publique
Nuisance
Les piqûres d’acariens peuvent déterminer un prurit intense ainsi qu’une vive irritation
et inflammation cutanée (érythème prurigineux). Elles sont généralement localisées
aux membres inférieurs. A l’endroit de la piqûre, la peau gonfle légèrement et rougit.
Un point rouge central indique la localisation de la larve. Comme ces larves sont
invisibles à l’œil nu, elles restent le plus souvent inaperçues tant que la lésion de
piqûre ne révèle pas leur présence.
Typhus des broussailles
Les acariens piqueurs peuvent transmettre un certain nombre de rickettsioses et de
viroses à l’Homme, mais seule la plus importante est examinée ici, à savoir le typhus
des broussailles, encore appelé fièvre fluviale du Japon. Il est provoqué par Rickettsia
tsutsugamushi et débute brutalement, marqué par de la fièvre, des céphalées intenses
et une adénopathie importante.
Le point de fixation de l’acarien infecté est le siège d’une lésion cutanée primitive, une
ulcération à bords droits recouverte d’une escarre dont l’apparition précède
habituellement l’épisode fébrile. Le taux de mortalité dépend des circonstances et peut
aller de 1 à 60%.
Distribution et transmission
Le typhus des broussailles sévit surtout dans les zones rurales basses d’Asie et
d’Australie (Fig. 4.31). Il a fait de nombreuses victimes chez les militaires pendant la
Seconde Guerre mondiale et frappe principalement les personnes qui se rendent ou
travaillent dans une zone infestée par les acariens: broussailles, terrain envahi par les
mauvaises herbes, les ronces, etc., clairières, zones reboisées, nouveaux campements
et nouveaux périmètres irrigués en région désertique.
Traitement, prévention et lutte
Les sujets contaminés peuvent être traités par la tétracycline ou ses dérivés. La
prévention consiste à éviter tout contact avec les acariens. On peut se débarrasser des
larves d’acariens en pulvérisant des insecticides à effet rémanent dans les zones
boisées ou les broussailles, mais cette méthode est coûteuse.
Mesures de lutte
Prévention des piqûres
On peut éviter de se faire piquer en se tenant à l’écart des zones infestées et en
s’appliquant un répulsif sur la peau et sur les vêtements. Les ouvertures des
vêtements peuvent être traitées par application manuelle ou par pulvérisation. Il suffit
normalement d’une bande de 1-3 cm de large. Le benzoate de benzyle, le phtalate de
diméthyle, le DEET, le carbamate de diméthyle et l’éthylhexanediol constituent des
répulsifs efficaces. En cas d’exposition fréquente, la meilleure façon de se protéger
consiste à porter des vêtements imprégnés d’insecticide et à insérer le bas du pantalon
dans les chaussettes. Quand la végétation est basse, le traitement peut être limité aux
chaussettes et au bas des jambes de pantalon. Pour les vêtements, on peut utiliser un
ou plusieurs des répulsifs ci-dessus ou un pyréthrinoïde (voir Chapitre 2) assurant une
protection plus durable, même après un ou deux lavages. L’expérience montre que le
DEET et le phtalate de diméthyle sont les répulsifs les plus efficaces contre certaines
espèces d’acariens (50, 51).
Fig. 4.31 Régions d’Asie du Sud-Est et du Pacifique occidental où l’on observe le
typhus des broussailles (© OMS).
Elimination de la végétation
Il est très difficile de venir à bout des acariens en les détruisant dans leurs biotopes du
fait de leur distribution disséminée. Quand on arrive à repérer les îlots végétaux qui
abritent un grand nombre de larves d’acariens, on peut avoir intérêt à les éliminer par
brûlis ou abattage avant de labourer ou de décaper le sol. Une autre bonne méthode
consiste à faucher les herbes ou mauvaises herbes de ces îlots. Ce genre de mesures
est recommandé au voisinage des campements et des bâtiments.
Pulvérisation d’insecticides à effet rémanent sur la végétation
Quand il est impossible d’éliminer la végétation, on peut pulvériser un insecticide à
effet rémanent sur les îlots infestés par les acariens. Une application jusqu’à une
hauteur de 20 cm au-dessus du sol s’est révélée efficace en Europe contre les acariens
cachés dans les graminées, autour des maisons, des hôpitaux et des campements.
L’épandage peut se faire par brumisation avec un équipement pour pulvérisation sous
volume ultra-faible. Comme insecticides, on peut utiliser le diazinon, le fenthion, le
malathion, le propoxur ou la perméthrine (52).
Sarcopte de la gale
Le sarcopte de la gale, Sarcoptes scabiei, détermine chez l’Homme une dermatose
prurigineuse cosmopolite, connue sous le nom de gale.
Biologie
Le sarcopte de la gale mesure 0,2 à 0,4 mm de long et il est pratiquement invisible à
l’œil nu (Fig. 4.32). Son cycle de développement se déroule presque entièrement chez
l’Homme, à la surface ou dans l’épaisseur de la peau. Pour se nourrir et pondre, la
femelle fécondée fore une galerie épidermique, le «sillon», qu’elle prolonge à raison de
1-5 mm par jour et qui se manifeste extérieurement par la présence de petites lignes
sinueuses extrêmement minces, mesurant quelques millimètres à plusieurs
centimètres de long. Pour passer de l’œuf au stade adulte, il suffit parfois de deux
semaines. Les femelles peuvent vivre sur l’Homme pendant 1 à 2 mois. Lorsqu’elles se
détachent de leur hôte, elles ne survivent que quelques jours.
Le sarcopte de la gale siège en général aux endroits où la peau est mince et ridée, par
exemple les espaces interdigitaux, les faces latérales du pied et de la main (Fig. 4.33),
le pli du coude et du genou, le pénis, les seins et les omoplates. Chez le jeune enfanta
le sarcopte peut avoir d’autres localisations, notamment le visage.
Importance pour santé publique
Transmission
La transmission du sarcopte se fait généralement par contact interpersonnel étroit, par
exemple entre deux personnes qui dorment côte à côte ou à l’occasion d’un rapport
sexuel. La dispersion s’opère principalement au sein des familles, de sorte que si l’un
des membres de la famille attrape la gale, il est probable que les autres vont faire de
même. En revanche, le risque d’infestation est minime lorsqu’on dort dans un lit
précédemment utilisé par une personne contaminée, alors que la contagion peut se
faire par l’intermédiaire des sous-vêtements.
Fig. 4.32 Sarcopte de la gale. D’une longueur de 0,2-0,4 mm, il est difficilement
visible à l’œil nu (avec l’aimable autorisation du Natural History Museum, Londres).
Distribution
La gale est répandue dans le monde entier, frappant toutes les tranches d’âge et
toutes les catégories sociales. Dans certains pays en développement, elle peut
concerner jusqu’au quart de la population. Elle est particulièrement répandue chez les
jeunes enfants. Des poussées de gale sont fréquemment signalées en cas
d’entassement et de manque d’hygiène, par exemple dans les camps de réfugiés, les
prisons et les crèches mal tenues.
Clinique
On voit d’abord apparaître une petite trace rougeâtre, légèrement surélevée et
extrêmement prurigineuse. Il se forme ensuite à la surface de la peau des papules et
des vésicules de la taille d’une tête d’épingle qui finissent par éclater. Les lésions de
grattage, en saignante entraînent la propagation de l’infestation. Si le patient se gratte
énergiquement et sans arrêta une surinfection est fréquente, entraînant une
pyodermite, la formation de pustules et un eczéma.
Fig. 4.33 Infestation massive de la peau du poignet par le sarcopte de la gale (53).
Un rash cutané évoquant la gale est possible dans des régions du corps d’où le
sarcopte est pourtant absent. Il s’agit d’une réaction allergique qui se produit
principalement au niveau des fesses, de la taille et des épaules.
Chez les nouveaux sujets contaminés, le prurit et le rash cutané n’apparaissent qu’au
bout de 4-6 semaines, tandis que, chez les sujets qui avaient déjà été infestés, le rash
se manifeste après quelques jours.
Il existe une forme rare de la maladie, la gale «norvégienne», qui est associée à un
nombre considérable de sarcoptes et consiste dans une dermatose croûteuse affectant
spécialement la paume des mains et la plante des pieds. Elle semble plus fréquente
chez les immunodéprimés (spécialement les sujets infectés par le VIH) que chez les
sujets immunocompétents (54-56).
Confirmation
La confirmation du diagnostic peut se faire en prélevant par grattage un fragment de
peau que l’on place entre lame et lamelle pour y rechercher le sarcopte. L’application
d’une huile minérale facilite le prélèvement et l’examen. Une autre méthode consiste à
badigeonner d’encre les zones cutanées atteintes, puis à les laver pour faire apparaître
les sillons.
Traitement
On a récemment découvert que l’ivermectine, utilisée dans le traitement de
l’onchocercose et de la filariose lymphatique, est également efficace contre la gale. Elle
est administrée par voie orale, en une seule dose de 100-200 µg par kg de poids
corporel (57-59).
Les traitements classiques visent à tuer le sarcopte avec un insecticide (voir Tableau
4.5). On trouvera pp. 283-286 des renseignements sur la façon de fabriquer et
d’appliquer les formulations. Même si le traitement est efficace, le prurit persiste un
certain temps mais finit par disparaître. Il est indispensable de traiter tout l’entourage
familial pour prévenir une réinfestation.
La plupart des traitements assurent une guérison complète, encore qu’il faille parfois
une seconde application au bout de 2 à 7 jours. On évitera un traitement excessif, car
certains composés sont toxiques.
Tableau 4.5
Insecticides utilisables contre la gale en crème, en lotion ou en émulsion aqueuse
Insecticide
Formulation
benzoate de benzyle émulsion à 20-25%
soufre
dans un liquide huileux
lindane
crème ou lotion à 1%
malathion
émulsion aqueuse à 1%
perméthrine
pain de savon à 1% ou crème à 5%
Les insecticides couramment utilisés contre la gale sont le lindane (lotion à 10%), le
benzoate de benzyle (lotion à 10%), le crotamiton (crème à 10%) et la perméthrine
(crème à 5%). On considère aujourd’hui que cette dernière est le médicament de choix
du fait de sa très grande efficacité et du faible risque d’effets secondaires (55, 60-62).
Mode d’application
Il faut badigeonner la totalité du corps au-dessous du cou sans se limiter aux endroits
où siège le prurit. Comme le produit doit être laissé en contact jusqu’au lendema in, le
patient ne doit pas se laver avant, mais il peut s’habiller après avoir attendu environ
un quart d’heure pour que le produit sèche.
Acariens contenus dans la poussière des maisons
Les acariens présents dans la poussière des logements (complexe Dermatophagoides)
ont une distribution mondiale (Fig. 4.34). Extrêmement petits (0,3 mm), ils vivent
dans les meubles, les lits, les oreillers et les tapis où ils se nourrissent de débris
organiques, telles les cellules desquamantes de la peau et les pellicules détachées du
cuir chevelu. Chez de nombreuses personnes, l’inhalation de poussière domestique
chargée d’acariens, de déjections d’acariens et d’autres débris et champignons
associés à ces nuisibles détermine des réactions allergiques, par exemple de l’asthme
ou un coryza. En faisant les lits, on peut mettre en suspension dans l’air un grand
nombre d’allergènes produits par ces acariens.
Dans les pays de la zone tempérée, les acariens s’observent tout au long de l’année,
principalement dans les lits et les tapis. Ceux d’entre eux qui vivent sur le sol des
salles de séjour ont un pic de densité vers la fin de l’été et le début de l’automne.
D’autres acariens qui déterminent des réactions analogues chez l’Homme vivent dans
les stocks de produits divers, notamment de céréales et d’aliments pour animaux.
Fig. 4.34 Acarien de la poussière domestique (Dermatophagoides pteronyssinus)
(avec l’aimable autorisation du Natural History Museum, Londres).
Prévention et lutte
Pour déterminer la densité des allergènes provenant des acariens contenus dans la
poussière des logements, on peut mesurer la teneur de la poussière en déjections
d’acariens (guanine) (63).
Pour réduire la présence d’acariens et de champignons associés, on peut diminuer
l’humidité et améliorer la ventilation des pièces et éliminer la poussière. Il faut aérer
les chambres à coucher et les salles de séjour de façon régulière ou prendre d’autres
mesures pour réduire l’humidité. En secouant la literie et en lavant fréquemment les
draps et les couvertures, on réduit la nourriture à la disposition des acariens et, par
voie de conséquence, la densité de cette vermine. Une autre méthode efficace consiste
à passer l’aspirateur dans les lits, sur les tapis et dans les meubles. Les insecticides
d’utilisation générale contre les ravageurs ne sont pas efficaces, mais il existe un
produit spécial à base de benzoate de benzyle qui détruit les acariens lorsqu’on
l’a pplique sur les matelas, les tapis et les capitonnages et autres garnitures de meubles
(63, 64).
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Chapitre 5. Blattes
Insectes détritivores et mauvaise hygiène
Les blattes comptent parmi les nuisibles les plus répandus dans de nombreux
logements et autres bâtiments. Pendant la nuit, elles cherchent leur nourriture dans les
cuisines, les réserves de denrées alimentaires, les poubelles, les caniveaux et les
égouts. Elles constituent une nuisance du fait de leurs habitudes de grande
malpropreté et de leur odeur désagréable. Certains sujets peuvent devenir allergiques
aux blattes à la suite d’une exposition fréquente. Ces insectes jouent parfois un rôle
dans la propagation de maladies intestinales telles que la diarrhée, la dysenterie, la
typhoïde et le choléra.
Biologie
Les blattes sont des insectes au corps aplati, généralement muni de deux paires d’ailes
repliées à plat sur le dos (Fig. 5.1). La plupart des espèces volent rarement, mais se
déplacent sur leurs pattes très rapidement. Leur couleur va en général du brun clair au
noir. Selon les espèces, leur longueur est comprise entre 2-3 mm et plus de 80 mm.
Fig. 5.1 Vue latérale d’une blatte (Blattella germanica) (© OMS).
WHO 96481
Sur les plus de 3500 espèces identifiées, seules quelques-unes ont de l’importance
pour l’homme, car elles se sont adaptées à vivre dans les bâtiments. Les espèces les
plus courantes sont les suivantes:
• Periplaneta americana, la blatte américaine, qui est cosmopolite. Elle mesure 35 à 40
mm de long et elle est de couleur rougeâtre brillant à chocolat (Fig. 5.2 (a)).
L’oothèque mesure 8-10 mm de long et contient 16 œufs.
• Periplaneta australasiae, la blatte australienne, se rencontre principalement dans les
régions tropicales et subtropicales. Elle ressemble à la blatte américaine, mais elle est
plus petite (31-37 mm de long) et plus foncée (Fig. 5.2 (b)). Chacune des ailes
antérieures comporte une bande jaune pâle qui s’étend à peu près sur le tiers de sa
longueur. L’oothèque contient environ 22-24 œufs.
• Blatta orientalis, la blatte orientale, se rencontre surtout dans les régions au climat
tempéré et frais. De couleur noirâtre, elle mesure 20-27 mm de long (Fig. 5.2 (c)).
L’oothèque mesure 10-12 mm de long et contient 16-18 œufs.
• Supella longipalpa, la blatte à bandes brunes, est cosmopolite. Elle mesure 10-14
mm de long et son corps est marqué de bandes jaunes et brunes (Fig. 5.2 (d)).
L’oothèque mesure 4-5 mm de long et contient environ 16 œufs.
• Blattella germanica, le papin ou phyllodromie, se trouve dans la plupart des régions
du monde. De couleur brun jaunâtre clair, elle mesure 10-15 mm de long, ce qui en
fait l’une des plus petites blattes domestiques (Fig. 5.2 (e)). En général, la femelle
n’expulse l’oothèque qu’immédiatement avant l’éclosion. L’oothèque est de couleur
claire, mesure environ 7-9 mm de long et contient une quarantaine d’œufs.
Fig. 5.2 Espèces de blattes les plus courantes (avec l’aimable autorisation du Natural
History Museum, Londres).
a) blatte américaine, Periplaneta americana
b) blatte australienne, Periplaneta australasiae
c) blatte orientale, Blatta orientalis
d) blatte à bandes brunes, Supella longipalpa
e) papin ou phyllodromie, Blattella germanica
WHO 96482
Cycle de développement
Les blattes sont des insectes relativement primitifs ayant un cycle de développement
réduit à trois stades: œuf, nymphe et adulte (Fig. 5.3). La femelle pond ses œufs par
groupes entourés d’une oothèque, c’est-à-dire d’une sorte d’étui ou de capsule coriace
ayant l’aspect d’une gousse. Certaines espèces comme le papin portent l’oothèque à
l’extrémité de leur abdomen pendant plusieurs semaines. La plupart des autres s’en
débarrassent au bout d’un ou deux jours. Les oothèques ont une forme très
caractéristique qui sert souvent de clef d’identification. Selon l’espèce, la température
et l’humidité, l’éclosion a lieu au bout de 1 à 3 mois.
Fig. 5.3 Cycle de développement du papin (avec l’aimable autorisation du Natural
History Museum, Londres).
Les jeunes, ou nymphes, sont aptères et mesurent en général quelques millimètres
seulement; blanche au moment de l’éclosion, leur couleur fonce en l’espace de
quelques heures. Le passage au stade adulte se fait par plusieurs mues successives sur
une durée de quelques mois à plus d’un an, selon l’espèce. L’adulte est aptère ou muni
d’ailes, celles-ci comportant alors une paire extérieure de structure coriacée recouvrant
une paire d’ailes membraneuses repliées.
Comportement
Les blattes vivent en étroite association avec l’Homme (1, 2). Originaires des régions
tropicales, la plupart des espèces vivent, dans la zone tempérée, dans les parties des
maisons et des autres bâtiments où elles trouvent une chaleur, une humidité et une
nourriture qui leur conviennent.
Les blattes sont en général grégaires. Elles ont principalement une activité nocturne,
car, pendant la journée, elles se cachent dans les fissures et anfractuosités des murs,
des chambranles et des meubles, ainsi que dans des endroits où elles se sentent en
sécurité - salles de bains, placards, tuyauterie des systèmes de chauffage à la vapeur,
abris pour animaux, sous-sol, postes de radio et de télévision ou autres appareils
électriques, caniveaux et réseaux d’égouts. Lorsqu’on allume la lumière, de nuit, dans
une cuisine infestée par les blattes, on les voit s’enfuir des plats, des ustensiles, des
plans de travail et du sol à la recherche d’un abri.
Les blattes ont une nourriture extrêmement variée et mangent en particulier tous les
aliments consommés par l’Homme (Fig. 5.4). Leur préférence va aux denrées
amylacées ou sucrées. Elles sirotent le lait et grignotent le fromage, la viande, la
pâtisserie, les céréales, le sucre et le chocolat sucré. Elles mangent également le
carton, les reliures de livres, les revêtements de plafond contenant des matières
amylacées, la doublure intérieure encollée des semelles, leurs propres exuvies, des
blattes mortes et ratatinées, du sang frais ou séché, des déjections, des crachats, ainsi
que les ongles des doigts de la main ou du pied des bébés et des personnes endormies
ou malades.
Fig. 5.4 Les poubelles sans couvercle constituent un milieu parfaitement adapté pour
le développement des blattes (© OMS).
Dispersion
Chez certaines espèces, on observe des migrations en masse, apparemment en cas de
surpeuplement. Les insectes migrants gagnent de nouvelles régions en vola nt ou en se
déplaçant par terre. Les blattes sont fréquemment transportées à l’intérieur des
habitations en même temps que des cartons de bouteilles et des sacs de pommes de
terre, d’oignons ou d’autres produits alimentaires qui ont été contaminés au cours de
leur stockage dans des entrepôts mal tenus. Le transport de cette vermine peut se
faire sur de longues distances dans des aéronefs, des bateaux ou d’autres véhicules.
Importance pour la santé publique
Nuisance
Les blattes sont des nuisibles importants, car elles répandent la saleté et gâtent les
aliments, les tissus et les reliures de livres. Elles régurgitent périodiquement une
fraction de leur nourriture incomplètement digérée et déposent des déjections. En
outre, elles libèrent une sécrétion nauséabonde, à la fois par l’appareil buccal et par
des glandes dont l’orifice se situe sur le corps, ce qui fait que les endroits où des
blattes ont séjourné ou les aliments qu’elles ont touchés gardent longtemps une odeur
insupportable.
Maladies
Les blattes circulent beaucoup d’un bâtiment à l’autre ou pénètrent en abondance dans
des habitations à partir des caniveaux, des jardins, des réseaux d’égouts et des
latrines. Comme elles se nourrissent aussi bien des excreta que des aliments de
l’Homme, elles peuvent propager des germes pathogènes (Fig. 5.5) (2, 3). En général,
les blattes ne sont pas la cause principale de telle ou telle maladie, mais, comme les
mouches domestiques, elles peuvent jouer un rôle annexe dans la propagation
mécanique des agents responsables de certaines affections. Leur rôle à cet égard est
soupçonné ou démontré dans les cas ci-dessous:
-
diarrhée
dysenterie
choléra
lèpre
peste
fièvre typhoïde
viroses, par exemple poliomyélite.
Fig. 5.5 Les blattes peuvent assurer la propagation mécanique de certaines maladies
en souillant les aliments destinés à la consommation humaine avec des germes
ramassés dans les latrines, les tas d’ordures, etc.
En outre, les blattes transportent les œufs de vers parasites et peuvent déterminer des
réactions allergiques, à savoir une dermatite, un prurit et un œdème palpébral, à côté
de troubles respiratoires plus graves (4).
Mesures de lutte
Il est plus facile de venir à bout des blattes dans les zones tempérées (où les
populations de ces insectes ne peuvent survivre à l’extérieur pendant l’hiver) que dans
les régions chaudes et humides. L’arme essentielle réside dans la propreté des locaux,
parfois difficile à maintenir dans les maisons où vivent des enfants et des animaux
domestiques. Dans les maisons isolées, il est plus facile d’éliminer les blattes que dans
les appartements dont l’accès est facilité par la présence de locaux contigus. Dans les
régions chaudes, la réinfestation se fait à partir de l’extérieur ou par l’intermédiaire des
conduites de chauffage et des tuyaux d’eau dans les appartements ou encore à
l’occasion de l’introduction de produits d’épicerie ou de bagages provenant de régions
infestées. Il arrive que des blattes se rencontrent même dans des maisons à la
propreté irréprochable, mais il est peu probable qu’elles puissent y établir des colonies.
La présence de nymphes et d’oothèques de dimensions variées indique qu’il s’agit
d’une colonie solidement établie. L’infestation peut être mise en évidence par la
découverte des insectes derrière les plinthes, les coffres, les meubles et dans leurs
autres cachettes habituelles. Pendant la nuit, les blattes sont faciles à découvrir dans le
faisceau d’une lampe.
En cas d’infestation massive, on peut faire appel à la lutte chimique, puis à
l’aménagement de l’environnement pour priver les insectes de nourriture et d’abris.
Quand la population de blattes est peu abondante, on peut en venir à bout avec des
appâts ou des pièges.
Aménagement de l’environnement
Propreté et hygiène
Il faut conserver la nourriture dans des récipients munis d’un couvercle étanche et
placés dans un garde- manger grillagé ou un réfrigérateur (Fig. 5.6). La propreté
s’impose à chaque instant de façon qu’aucun fragment de nourriture ou de matière
organique ne subsiste nulle part. Il faut soigneusement fermer les poubelles et les
vider souvent, de préférence tous les jours.
Fig. 5.6 On peut protéger les aliments en les mettant dans un garde- manger grillagé
interdisant l’entrée des mouches et des fourmis.
Les sous-sols et les espaces ménagés au-dessous des habitations doivent être
maintenus secs et débarrassés de nourriture et d’eau auxquelles les blattes puissent
avoir accès.
Limitation de l’accès
Avant de les introduire dans un bâtiment, il faut s’assurer que les produits d’épicerie,
les vêtements revenant de la lessive, les vêtements sales, les cagettes à œufs et les
meubles ne renferment pas de blattes.
Dans certains cas, on peut réduire l’accès de ces insectes aux bâtiments en comblant
les vides qui subsistent dans le revêtement de sol et dans les cadres des portes. Il faut
aussi obturer le pourtour des passages des conduites d’eau pluviale et des conduites
d’égouts, des canalisations d’eau potable et des câbles électriques (Fig. 5.7).
Fig. 5.7 En bouchant les ouvertures, les fissures et anfractuosités de même que les
joints avec un produit d’étanchéité, on réduit les possibilités d’entrée de blattes.
Lutte chimique
Il est difficile d’éliminer les blattes au moyen d’insecticides, et cela pour plusieurs
raisons, notamment le fait qu’elles sont devenues résistantes à la plupart des produits
d’usage courant. En outre, de nombreux insecticides exercent sur elles un effet répulsif
qui les fait fuir et assure du même coup leur protection (5). La lutte chimique
n’apporte qu’un répit temporaire et doit, dans toute la mesure possible, s’accompagner
de l’assainissement de l’environnement et de l’amélioration du logement (6).
L’épandage d’insecticide se fait dans les lieux de repos et les cachettes des insectes,
par pulvérisation d’un produit à effet rémanent ou par saupoudrage. Ces méthodes
sont efficaces pendant une durée variable, de quelques jours à plusieurs mois, selon
l’insecticide et le substrat sur lequel il est déposé. On peut également incorporer un
insecticide dans des produits attractifs pour les blattes, obtenant ainsi des appâts
toxiques.
Résistance
Le papin est résistant vis-à-vis de plusieurs organochlorés, organophosphorés,
carbamates et pyréthrinoïdes (7). La blatte orientale, la blatte américaine et la grande
blatte brune (Periplaneta brunnae) ont désormais acquis une légère résistance,
principalement au DDT et au chlordane. Depuis peu, la blatte américaine est devenue
résistante au trichlorfon en Chine et la grande blatte brune au diazinon aux Etats-Unis
d’Amérique.
Application
Zones à traiter
Le traitement doit être étendu à de nombreux endroits: dans les cuisines et les offices,
le long des plinthes et derrière les plinthes, à l’intérieur et autour des éviers, à
l’intérieur et au-dessus des placards, sous les chaises et les tables, dans les coffrets de
branchements, près des réfrigérateurs et des glacières, sous les revêtements de sol
non collés, dans les locaux où l’on prépare des aliments, les conduites, les
canalisations, les égouts et les regards. Il faut aussi traiter les locaux servant à la
conservation d’aliments dans les restaurants, les entrepôts et d’autres établissements
commerciaux.
Fréquence du traitement
La persistance d’action d’un insecticide dépend de différents facteurs, notamment le
soin apporté à son application, la vitesse de la réinfestation, la nature du produit
chimique utilisé, la dose et la formulation choisies, le type de surface traité, la
température et l’humidité, et l’importance des pertes par dégradation ou frottement.
En général, les insecticides restent plus longtemps efficaces sur une surface peinte que
sur une surface non peinte et sur du bois que sur des briques ou des blocs.
Si on lave fréquemment une surface traitée ou si elle se couvre de poussière ou de
graisse, l’insecticide peut perdre toute efficacité. Il est rare qu’un seul traitement
permette l’éradication des blattes. Pour la plupart des espèces, un traitement
complémentaire peut être nécessaire tous les mois afin de tuer les nymphes qui
viennent d’éclore ou d’empêcher une réinfestation.
Sécurité et précautions d’emploi
Il faut veiller à ne pas contaminer les aliments. On s’abstiendra de tout traitement là
où des enfants sont susceptibles d’entrer en contact avec les résidus d’insecticide.
Dans des conditions particulières, par exemple le traitement des zoos ou des boutiques
spécialisées dans la vente d’animaux de compagnie, il ne faut pas utiliser de produits à
effet rémanent en pulvérisation ou par poudrage. En pareil cas, on peut parfois
appliquer une quantité limitée de produit chimique au pinceau. Une autre solution
consiste à se servir d’un produit chimique peu toxique pour les mammifères et les
oiseaux, par exemple l’acide borique en poudre ou la silice en aérogel.
Certaines formulations risquent de tacher les tissus, le papier peint, le carrelage et
d’autres matériaux domestiques. Il faut se renseigner à ce sujet avant de procéder au
traitement.
Pulvérisations d’insecticides à effet rémanent
L’application d’insecticides à effet rémanent se fait généralement par pulvérisation,
avec un appareil domestique à plongeur ou un pulvérisateur manuel à pression
préalable. Les pulvérisateurs sont munis d’une buse qui réduit la section du jet à celle
d’une épingle, ce qui permet la pulvérisation de l’insecticide dans des fissures et des
endroits d’accès difficile. Un jet plus large, en forme d’éventail, est utile pour les zones
plus accessibles. Il faut mouiller complètement la surface traitée, sans toutefois aller
jusqu’au point de ruissellement de l’insecticide pulvérisé.
Une dose de 4 litres d’insecticide non dilué pour 100m2 convient souvent, la
pulvérisation se faisant par bandes de 30-50 cm de large. A défaut d’un autre
équipement, on peut appliquer l’insecticide au pinceau. Le traitement soigneux des
pistes et des abris des insectes est essentiel à l’efficacité du traitement. En général,
une phase d’attaque intensive est suivie de traitements d’entretien périodiques. Une
seule pulvérisation de chlorpyrifos ou de diazinon dans les tuyaux de raccordements
aux égouts peut en éliminer les blattes pendant au moins neuf mois (8).
Insecticides
L’apparition d’une résistance chez certaines blattes et des considérations d’ordre
écologique ont conduit à remplacer les organochlorés par des organophosphorés et des
carbamates biodégradables, des pyréthrinoïdes de synthèse et, plus récemment, des
régulateurs de la croissance des insectes. Ces derniers sont extrêmement toxiques
pour les larves ou les nymphes dont ils perturbent le passage au stade adulte (voir
également Chapitre 1, p. 148). Ils sont en revanche fort peu toxiques pour les
organismes non visés. Leur utilisation est limitée par un prix élevé et des problèmes
d’approvisionnement, mais leur intérêt peut être considérable quand les blattes sont
résistantes aux autres insecticides courants. On trouvera au Tableau 5.1 la liste d’un
certain nombre de ces produits, avec indication des doses recommandées. Pour plus de
précisions sur la pulvérisation des insecticides et sa pratique dans de bonnes conditions
de sécurité, se reporter aux Chapitres 9 et 10.
Tableau 5.1
Insecticides d’utilisation courante dans la lutte contre les blattes
Insecticide
Nature
Formulation Concentration
chimique a
g/l ou
g/kg
Classification OMS
des pesticides par
risque b
%
Alphacyperméthrine PS
pulvérisation 0,15
0,015
MD
Bendiocarbe
pulvérisation 2,4-4,8 0,240,48
MD
C
poudre
10
1,0
aérosol
7,5
0,75
Bétacyfluthrine
PS
pulvérisation -
12,5
MD
Chlorpyrifos
OP
pulvérisation 5
0,5
MD
Cyfluthrine
PS
pulvérisation -
5-10
MD
Cyphénothrine
PS
pulvérisation 1,252,5
0,1250,25
LD
aérosol
0,1-0,3 LD
Deltaméthrine
PS
1-3
pulvérisation 0,025
0,0025
poudre
0,05
0,5
MD
aérosol
Diazinon
OP
Dichlorvos
OP
0,2
0,02
pulvérisation 5
0,5
poudre
2,0
20
pulvérisation 5
0,5
appât
1,9
19
MD
TD
Dioxacarbe
C
pulvérisation 5-10
0,5-1,0 MD
Fénitrothion
OP
appât
25
250
pulvérisation 5-10
0,5-1,0
aérosol
7,5
0,75
MD
Flufénoxuron
RCI
appât
0,01
0,001
LD
Hydraméthylnone
ITE
appât
-
1-2
LD
Iodofenphos
OP
pulvérisation 10
1,0
RI
Malathion
OP
pulvérisation 30
3,0
LD
poudre
5,0
Perméthrine
PS
Pirimiphos- méthyl
Propétamphos
Propoxur
c
OP
OP
C
50
pulvérisation 1,252,5
0,1250,25
poudre
0,5
5
pulvérisation 25
2,5
poudre
2,0
20
MD
LD
pulvérisation 5-10
0,5-1,0 TD
poudre
20
2,0
aérosol
20
2,0
pulvérisation 10
1,0
appât
2,0
20
MD
a
C = carbamate; OP = organophosphoré; PS = pyréthrinoïde de synthèse; RCI =
régulateur de la croissance des insectes; ITE = inhibiteur des transporteurs
d’électrons.
b
Classes: TD = très dangereux; MD = modérément dangereux; LD = légèrement
dangereux; RI = risque aigu improbable en cas d’utilisation normale.
c
Quand son application n’est pas confiée à des spécialistes, le produit doit être livré,
pour des raisons de sécurité, sous forme diluée, avec un maximum de 50 g de matière
active par litre.
Poudres
Les formulations pulvérulentes sèches se préparent en mélangeant une poudre
insecticide avec du talc ou une autre poudre inerte servant de support. Elles sont
particulièrement utiles pour le traitement des murs creux, des faux plafonds et des
autres cachettes de blattes difficiles d’accès. On peut projeter la poudre dans les
espaces vides avec une poudreuse manuelle à soufflet ou à plongeur, voire avec une
simple cuillère (Fig. 5.8). En fixant une rallonge de petit diamètre à certains types de
poudreuse, on peut faire pénétrer la poudre profondément à l’intérieur des cachettes.
La poudre se disperse facilement et peut atteindre le fond des fissures et
anfractuosités. A noter que la présence d’un dépôt de poudre abondant peut exercer
un effet répulsif sur les blattes et les chasser vers des zones non traitées ou des
endroits moins accessibles. Il ne faut pas procéder au poudrage de surfaces mouillées,
car l’efficacité du produit y est réduite. Quand on associe poudrage et pulvérisation
d’un produit à effet rémanent, il faut attendre pour appliquer la poudre que la surface
traitée par pulvérisation soit sèche.
Fig. 5.8 L’application d’une poudre insecticide peut se faire a) avec une cuillère (© L.
Robertson), ou b) avec une poudreuse à soufflet (© OMS).
Aérosols
Un aérosol consiste dans la pulvérisation de très petites gouttelettes (0,1-50 µm).
Cette formulation ne convient pas pour l’application d’un insecticide à effet rémanent,
mais on peut l’utiliser pour les pulvérisations spatiales, car les gouttelettes restent en
suspension dans l’air un certain temps et tuent les insectes par contact. Les bombes
aérosols contenant un insecticide à effet rémanent et un insecticide à effet de choc
(par exemple du propoxur et un pyréthrinoïde) conviennent contre les blattes et ne
posent pas de problèmes d’approvisionnement. Les aérosols peuvent pénétrer à
l’intérieur des petites fissures ou des autres endroits inaccessibles où se cachent les
blattes. Ils contiennent habituellement un produit irritant - pyréthrine, pyréthrinoïde ou
autre - qui déloge les blattes de leurs cachettes, ce qui diminue le temps nécessaire
pour les tuer. Si l’utilisation d’un aérosol peut provoquer une baisse rapide du nombre
de blattes, il faut parfois, pour obtenir un effet durable, procéder à un traitement
d’appoint par pulvérisation d’un insecticide à effet rémanent (voir p. 325).
Fig. 5.9 Utilisation d’une bombe aérosol pour appliquer un insecticide à effet rémanent
dans les cachettes des blattes sous un évier.
Dans les grandes villes, la destruction des blattes se fait parfois à grande échelle, par
épandage au moyen d’un thermo-nébulisateur.
Fumées
Les fumées sont des nuages de particules d’insecticide obtenues par chauffage. Leur
granulométrie est inférieure à celle des aérosols (0,001-0,1 µm). Les fumées pénètrent
profondément à l’intérieur des cachettes et sont particulièrement utiles dans les soussols des bâtiments ainsi que dans les réseaux de drainage et les réseaux d’égouts.
Pièges et appâts
On a longtemps utilisé des appâts contre les blattes et l’on continue de le faire dans
certains contextes, par exemple pour le traitement des bureaux et des laboratoires,
spécialement en cas d’apparition d’une résistance à certains des insecticides d’usage
courant.
Pour bon nombre, les dispositifs qu’on trouve sur le marché fonctionnent en attirant les
blattes vers un endroit déterminé où elles sont prises au piège ou tuées. Peuvent être
utilisées comme attractifs certaines denrées alimentaires, des phéromones et diverses
substances chimiques. Le piège proprement dit peut être de nature mécanique ou
consister en un produit visqueux. On peut confectionner un piège avec un simple bocal
où l’on met de la vaseline et un peu de nourriture: les blattes sont attirées par la
nourriture placée au fond du bocal, par exemple du pain ou des raisins secs, et sont
incapables de s’échapper à cause de la mince couche de vaseline dont le rebord
intérieur du bocal est enduit (Fig. 5.10).
Fig. 5.10 Quelques modèles de piège.
a) Piège mécanique élaboré contenant un aliment attractif.
b) Papier gluant recouvert de blattes prises au piège: le piège contient un produit
chimique attractif.
c) Piège constitué d’un simple bocal garni de raisins secs comme appât: une feuille de
papier facilite l’entrée des blattes tandis qu’une fine couche de vaseline empêche ces
insectes de s’échapper.
Les appâts toxiques ne comportent aucun dispositif de piégeage. Ils sont constitués du
mélange d’un aliment attirant pour les blattes et d’un insecticide. On en trouve
plusieurs types dans le commerce, sous forme de pastilles ou de pâtes. Les pastilles
sont généralement réparties dans plusieurs petits récipients ou éparpillées dans des
endroits pouvant servir de cachette. Les pâtes peuvent aussi être réparties dans
plusieurs petits récipients. Certaines formulations récentes sèchent spontanément et
peuvent être appliquées directement sur les surfaces. Dans certains pays, on trouve
des pièges hermétiques garnis d’un appât sec, présentation qui exclut tout risque pour
les enfants et les animaux de compagnie. On peut utiliser comme produit alimentaire
dans les appâts le tourteau d’arachide, les aliments pour chiens et le maltose.
Application
Les appâts et les pièges sont d’utilisation commode et doivent être installés dans des
endroits fréquentés par les blattes. Ils ont leur maximum d’efficacité quand il n’y a pas
(ou peu) de nourriture que ces insectes pourraient préférer à l’appât, ce qui est le cas
dans les bureaux. La bonne tenue des locaux est particulièrement importante lorsqu’on
utilise uniquement des appâts. Ceux-ci doivent être fréquemment renouvelés en cas
d’infestation massive.
Répulsifs
On porte un intérêt croissant aux répulsifs dans la lutte contre les blattes. Ces produits
peuvent avoir un intérêt particulier pour le traitement des endroits servant de cachette
dans les conteneurs, ainsi que dans les cartons et les boîtes de boissons, de denrées
alimentaires et autres produits. En tenant les blattes à l’écart de ces endroits, on
empêche leur dissémination ou leur transport d’une localité à l’autre. On peut
également se servir de répulsifs dans les placards des cuisines, dans les distributeurs
automatiques d’aliments et de boissons, etc.
Plusieurs huiles essentielles, par exemple les essences de menthe, de menthe verte et
d’eucalyptus, sont connues pour avoir un effet répulsif à l’encontre des blattes, mais
les meilleurs résultats s’obtiennent avec des produits de synthèse dont la
standardisation est plus facile. Par exemple, on peut traiter les produits d’emballage ou
l’intérieur des entrepôts avec une dilution appropriée de DEET (N,N-diéthyl-mtoluamide) ou de DMP (phtalate de diméthyle). Un dépôt de DEET à raison de 0,5
mg/cm2 fait fuir des cartons plus de 90% des Blattella germanica et plus de 80% des
Periplaneta americana pendant environ une semaine, selon la température et
l’humidité. Des produits de synthèse plus prometteurs sont à l’étude en Inde (9) et
pourraient être commercialisés dans un proche avenir, à savoir le DEPA (N,Ndiéthylphénylacétamide) et le DECA (diéthylcyclohexylacétamide).
Bibliographie
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Smithsonian miscellaneous collection, 1957, 134: 1-147.
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americana (Dictyoptera: Blattidae), Blattella germanica, and Supella longipalpa
(Dictyoptera: Blattellidae). Journal of medical entomology, 1990, 27: 962-967.
Chapitre 6. Mouches communes
Des agents de la propagation mécanique de maladies diarrhéiques et d’infections
cutanées et oculaires
La mouche commune ou mouche domestique, Musca domestica, vit en étroite
association avec l’Homme, partout dans le monde (Fig. 6.1). Elle se nourrit de produits
alimentaires destinés à la consommation humaine et de déchets dans lesquels elle
peut se charger de germes pathogènes divers dont elle assure ensuite le transport. En
plus de la mouche domestique, il existe un certain nombre d’autres espèces de
mouches qui sont devenues commensales de l’Homme (mouches synanthropiques) et
posent des problèmes similaires dans les habitats humains. Sous les climats chauds,
M. sorbens est particulièrement intéressante de ce point de vue. Etroitement
apparentée à la mouche domestique, elle est considérée comme jouant un rôle
important dans la propagation d’infections oculaires. D’autres mouches, dont les
calliphoridés, sont associées à la transmission d’infections intestinales.
Fig. 6.1 Mouche commune ou mouche domestique (Musca domestica) (avec l’aimable
autorisation du Natural History Museum, Londres).
Biologie
Cycle de développement
Le cycle de développement de la mouche comporte quatre stades: l’œuf, la larve
(également appelée ver ou asticot chez certaines espèces), la nymphe et l’adulte ou
imago (Fig. 6.2). Selon la température, le passage de l’œuf à l’imago prend de 6 à 42
jours. Le cycle biologique dure généralement 2 ou 3 semaines mais, si la température
est plus fraîche, il peut durer jusqu’à 3 mois.
Fig. 6.2 Cycle de développement de la mouche (© OMS).
WHO 96494/F
Les œufs sont généralement pondus par paquets, sur une matière organique, par
exemple du fumier ou des détritus. L’éclosion se produit au bout de quelques heures.
Les jeunes larves s’enterrent dans la matière sous-jacente; comme elles doivent tirer
leur oxygène de l’atmosphère, elles ne peuvent survivre que si elles disposent de
suffisamment d’air frais. Quand la matière sous-jacente est très humide, elles ne
peuvent vivre qu’en surface tandis que, dans une matière plus sèche, elles peuvent
s’enfoncer de plusieurs centimètres.
Chez la plupart des espèces, la larve est effilée, blanche et sans pattes et elle se
développe rapidement, en trois mues successives. Ce développement dure de 3 jours
au minimum à plusieurs semaines, selon les espèces ainsi que selon la température, la
nature des aliments disponibles et leur abondance. Une fois terminé ce stade pendant
lequel elle s’est nourrie, la larve gagne un endroit plus sec et s’enterre ou se cache
sous divers objets. Elle s’entoure d’une sorte de c oque, le puparium, où s’opère la
transformation de la larve en adulte. Cette période dure généralement 2 à 10 jours et
se termine par l’émergence de l’insecte parfait qui se fraie un passage à travers une
brèche ouverte au sommet du puparium puis jusqu’à la surface. Peu après l’éclosion
imaginale, la mouche déplie ses ailes, et son corps sèche et se durcit. La mouche
adulte est grise, mesure 6 à 9 mm de long et porte sur le dos quatre bandes de
couleur foncée, disposées longitudinalement. Quelques jours s’écoulent avant que
l’adulte soit apte à se reproduire. Dans les conditions naturelles, la femelle pond
rarement plus de cinq fois, et, en règle générale, 120-130 œufs au maximum à chaque
ponte.
Nourriture
La mouche mâle comme la mouche femelle se nourrissent de toutes sortes d’aliments
destinés à la consommation humaine, de détritus et d’excreta, y compris la sueur, et
d’excréments animaux. Dans les conditions naturelles, les mouches recherchent une
alimentation extrêmement variée. La structure de leur appareil buccal les contraint à
se nourrir d’aliments liquides ou facilement solubles dans leur salive ou au niveau du
jabot. Les aliments liquides sont aspirés, tandis que les aliments solides sont imbibés
de salive au préalable de façon à être dissous. L’eau est un élément essentiel du
régime alimentaire de la mouche qui ne peut généralement pas s’en passer plus de 48
heures sans mourir. Comme autres sources alimentaires habituelles, il faut citer le lait,
le sucre, le sirop, le sang, le bouillon de viande et de nombreux autres produits qu’on
trouve dans les habitats humains. Les mouches ont manifestement besoin de se
nourrir au moins deux ou trois fois par jour.
Gîtes larvaires
La mouche femelle pond sur des matières organiques d’origine animale ou végétale qui
sont décomposées ou en cours de fermentation ou de putréfaction. A la différence des
calliphoridés et des mouches à viande, la mouche domestique se reproduit rarement
dans de la viande ou de la chair en décomposition.
Fumier
Les tas d’excréments animaux accumulés comptent parmi les gîtes larvaires les plus
importants pour la mouche domestique. Un tas de fumier convient plus ou moins bien
à cette fin selon son humidité (qui ne doit pas être excessive), sa texture (qui ne doit
pas être trop rigide) et sa fraîcheur (en principe, la constitution du tas ne doit pas
remonter à plus d’une semaine).
Ordures ménagères et déchets de l’industrie de transformation alimentaire
Les ordures ménagères constituent le principal gîte larvaire de la mouche (Fig. 6.3).
Elles englobent les déchets produits lors de la préparation, de la cuisson et de la
distribution d’aliments dans les lieux publics et chez les particuliers, ainsi que les
déchets provenant de la manipulation, du stockage et de la vente de denrées
alimentaires sur les marchés, y compris les fruits et les légumes.
Fig. 6.3 Les ordures ménagères constituent le principal gîte larvaire des mouches en
zone urbaine.
Fumier organique
Les champs qui sont massivement engraissés avec des matières organiques telles que
du fumier, des excréments, des ordures ménagères ou de la farine de poisson peuvent
constituer des gîtes larvaires convenables pour les mouches.
Egouts
La mouche domestique utilise également comme gîtes larvaires les boues résiduaires
et les déchets organiques solides accumulés dans les caniveaux découverts, les fosses
septiques (fosses enterrées où sont recueillis les effluents domestiques) et les fosses
d’aisances.
Tas de produits végétaux
Les tas d’herbe coupée, de compost ou d’autres matières végétales en cours de
putréfaction constituent de bons gîtes larvaires pour les mouches.
Ecologie des mouches adultes
La connaissance de l’écologie des mouches éclaire leur rôle dans la transmission
mécanique de certaines maladies et permet de planifier les mesures de lutte. La
mouche adulte est un insecte d’activité essentiellement diurne puisqu’elle se nourrit et
s’accouple pendant le jour. La nuit, elle se repose normalement, bien qu’elle s’adapte
dans une certaine mesure à la lumière artificielle.
Lieux de repos
Pendant le jour, lorsqu’elles ne s’activent pas à la recherche de leur nourriture, on peut
observer des mouches au repos à l’intérieur des habitations, sur le sol, les murs, les
plafonds, etc., et, à l’extérieur, sur le sol, les clôtures, les murs, les marches, les
latrines à fosse rudimentaires, les poubelles, les étendoirs à linge, les graminées et les
plantes adventices.
La nuit est normalement une période d’inactivité pour la mouche. Ses lieux de repos
préférés sont alors les plafonds et les autres structures surélevées. Si la température
ne tombe pas pendant la nuit, les mouches domestiques se reposent fréquemment à
l’extérieur, sur les clôtures, les étendoirs à linge, les fils électriques, les cordes, les
mauvaises herbes, les graminées, les haies, les buissons et les arbres. Ces lieux de
repos se trouvent généralement à proximité des endroits que ces insectes préfèrent
pendant la journée pour se nourrir et se reproduire et ils sont à l’abri du vent. Ils sont
habituellement situés en hauteur, mais rarement à plus de cinq mètres.
Fluctuations du nombre de mouches
Le nombre de mouches dans une localité déterminée varie selon l’abondance des gîtes
larvaires, la durée d’ensoleillement, la température et l’humidité. Leur densité est
maximale à une température moyenne de 20-25 °C et diminue aux températures
inférieures ou supérieures, jusqu’à devenir pratiquement nulle au-dessus de 45 °C et
au-dessous de 10 °C. Aux températures très basses, la mouche peut rester vivante à
l’état quiescent, au stade de l’adulte ou de la nymphe.
Comportement et distribution
Pendant la journée, les mouches se rassemblent principalement au niveau et autour
des endroits qui leur servent de sources de nourriture et de gîtes larvaires, mais aussi
de lieux de reproduction et de repos (Fig. 6.4). Leur distribution est fortement
influencée par leurs réactions à la lumière, à la température et à l’humidité, ainsi qu’à
la couleur et à la texture des surfaces. La température qu’elles préfèrent pour se
reposer est comprise entre 35 et 40 °C. L’oviposition, l’accouplement, l’alimentation et
les déplacements en vol sont tous interrompus quand la température tombe audessous de 15 °C.
Fig. 6.4 Marché. Pendant la journée, les mouches adultes abondent sur les étals, les
tas d’ordures et le sol.
Les mouches ont leur maximum d’activité dans un air peu humide. Aux températures
élevées (au-dessus de 20 °C), la plupart des mouches domestiques passent leur temps
dehors, à découvert ou sous les parties abritées. Quand elles ne sont pas en train de
se nourrir, les mouches se reposent à l’intérieur, sur des surfaces horizontales, sur des
fils qui pendent ou des objets qui sont suspendus verticalement ou encore au plafond,
spécialement la nuit. Le succès des opérations de lutte exige une étude détaillée des
lieux de repos locaux des mouches.
Importance pour la santé publique
Nuisance
Lorsqu’elles sont nombreuses, les mouches peuvent constituer une nuisance très
désagréable en harcelant les gens pendant leur travail et leur repos. Elles souillent
l’intérieur et l’extérieur des habitations avec leurs déjections. Elles peuvent aussi avoir
un impact défavorable sur les esprits vu que leur présence est considérée comme
révélatrice d’un manque d’hygiène.
Maladies
Les mouches peuvent propager certaines maladies du fait qu’elles se nourrissent aussi
bien d’aliments destinés à l’Homme que d’immondices. Elles entraînent des germes
pathogènes pendant qu’elles se déplacent sans voler et pendant qu’elles se
nourrissent. Les germes qui adhèrent à la surface du corps de l’insecte ne survivent
que quelques heures, tandis que ceux qui sont ingérés avec les aliments peuvent
survivre plusieurs jours au niveau du jabot ou de l’intestin. La transmission des germes
s’opère lorsque la mouche entre en contact avec l’Homme ou avec sa nourriture (Fig.
6.5). La plupart des maladies peuvent également être contractées, de façon plus
directe, par contact avec des aliments, de l’eau, de l’air ou les mains d’une personne
qui ont été souillées ou encore par contact interpersonnel. Cela réduit l’importance
relative des mouches dans la transmission mécanique des maladies.
Fig. 6.5 L’Homme peut contracter diverses infections en mangeant des aliments
souillés par les mouches.
Sont transmissibles par les mouches des infections intestinales (par exemple
dysenterie, diarrhée, typhoïde, choléra et certaines helminthiases), des infections
oculaires (telles que trachome et conjonctivite hémorragique épidémique) (Fig. 6.6), la
poliomyélite et certaines infections cutanées (par exemple pian, diphtérie cutanée,
certaines mycoses et lèpre).
Fig. 6.6 Les gardiens de troupeaux de gros bétail sont parfois entourés d’une nuée de
mouches de l’espèce Musca sorbens qui constituent un vecteur important de certaines
infections oculaires.
Mesures de lutte
Les mouches peuvent être tuées directement au moyen d’insecticides ou de dispositifs
ou appareils tels que pièges, papiers tue-mouches, tapettes et lampes électriques UV
ou à la lumière bleue. Toutefois, la préférence doit être accordée à l’amélioration de
l’assainissement et de l’hygiène qui, entre autres avantages, donne des résultats plus
durables et est plus rentable.
Amélioration de l’assainissement et de l’hygiène
On peut faire appel à quatre stratégies:
- la réduction du nombre de gîtes larvaires;
- l’élimination partielle des sites qui attirent des mouches venant d’ailleurs;
- la prévention des contacts entre mouches et agents pathogènes;
- la protection contre les mouches des aliments, des ustensiles de cuisine et des
personnes.
Réduction ou élimination des gîtes larvaires
Abris pour animaux, étables, écuries, enclos et parcs d’engraissement
Il faut bétonner le sol et construire des rigoles ou fossés d’écoulement; le fumier doit
être entièrement ramassé et le sol nettoyé à grande eau tous les jours.
Poulaillers
Lorsqu’on garde en cage des volatiles dont les déjections s’accumulent sous eux, il faut
faire sécher ces dernières au moyen de ventilateurs; il faut aussi réparer les conduites
d’eau qui fuient, ramasser et éliminer les déjections et laver fréquemment le sol à
grande eau.
Tas de fumier
Le fumier doit être mis en tas afin de réduire la superficie de la zone où la température
convient pour la reproduction des mouches. Il faut recouvrir le tas de fumier avec du
plastique en feuilles ou un autre matériau interdisant le passage des mouches. La
ponte est ainsi rendue impossible et les larves et les nymphes sont tuées par la chaleur
dégagée par le compostage qui ne peut plus se dissiper (Fig. 6.7). Il est préférable
d’installer le tas de fumier sur une aire bétonnée et entourée de rigoles, car cela
empêche les larves de migrer pour se transformer en nymphes dans le sol alentour.
Sous les climats chauds, on peut étaler le fumier sur le sol, car il a le temps de sécher
avant que les mouches puissent se développer.
Fig. 6.7 La reproduction des mouches dans les tas de fumier peut être rendue
impossible par l’installation d’une couverture légère sur ces tas, par exemple une
feuille de plastique; comme les pertes de chaleur sont alors réduites, les couches
superficielles deviennent trop chaudes pour servir de gîtes larvaires (© OMS).
WHO 96499/F
Excreta humains
On peut empêcher la reproduction des mouches dans les latrines à fosse non couvertes
en complétant l’installation par une dalle munie d’un siphon et un grillage arrêtant les
mouches à l’orifice extérieur du tuyau d’aération. A défaut de siphon, on peut fermer
l’orifice de la latrine avec un couvercle bien ajusté. On peut aussi réduire la
prolifération des mouches en installant des latrines du type à fosse ventilée (se
reporter au Chapitre 1 pour plus de renseignements).
Des gîtes larvaires sont également mis à la disposition de la mouche Musca sorbens
quand certains ont l’habitude de s’exonérer en plein air, sans utiliser de latrines ni de
toilettes. C’est un problème courant lorsque des groupes de population importants (par
exemple, des réfugiés) séjournent dans des camps de transit. L’installation de latrines
correctes devrait recevoir la priorité. A défaut, on peut demander aux intéressés d’aller
s’exonérer dans un champ réservé à cet usage, situé à au moins 500 mètres sous le
vent de l’habitation ou du dépôt d’aliments le plus proche et à au moins 30 mètres de
toute source d’approvisionnement en eau. Cela réduit le nombre de mouches dans le
camp et facilite l’élimination des étrons. La pratique qui consiste à recouvrir les excreta
d’une mince couche de terre risque d’accroître la prolifération des mouches, car les
matières fécales mettent alors en principe plus longtemps à sécher.
Ordures ménagères et autres détritus organiques
Pour éliminer ces milieux propices à la prolifération des mouches, on peut procéder à
leur ramassage, à leur stockage, à leur transport et à leur élimination selon des
modalités précises (Fig. 6.8). Quand il n’existe pas de système de ramassage des
ordures ménagères, on peut s’en débarrasser en les faisant brûler ou en les
enfouissant dans une fosse creusée à cet effet. Au moins une fois par semaine, il faut
recouvrir le contenu de la fosse d’une nouvelle couche de terre pour arrêter la
prolifération des mouches.
Fig. 6.8 L’utilisation de poubelles munies d’un couvercle étanche peut réduire la
prolifération des mouches dans les agglomérations urbaines.
WHO 96500
Même dans des poubelles hermétiquement fermées, la reproduction des mouches n’est
pas totalement exclue. Sous les climats chauds, les larves peuvent sortir des poubelles
pour se transformer en nymphes au bout de 3 à 4 jours seulement. En pareil cas, il
faut ramasser les ordures au moins deux fois par semaine. Sous les climats tempérés,
un ramassage hebdomadaire suffit. Lorsqu’on vide une poubelle, il faut en curer
soigneusement le fond.
Dans la plupart des pays, les ordures ménagères sont transportées dans des décharges
où il est indispensable, pour réduire la prolifération des mouches, de compacter les
déchets et de les recouvrir chaque jour d’une couche de terre bien tassée (15-30 cm).
Ces décharges doivent être situées à plusieurs kilomètres au moins des zones
résidentielles.
Comme on l’a vu au Chapitre 1, les déchets peuvent être utilisés pour combler les
endroits qui servent de gîtes larvaires aux moustiques: trous d’emprunt, zones
marécageuses et autres dépressions. Quand on les recouvre de terre selon des
modalités précises, on parle de décharge contrôlée (Fig. 6.9).
Fig. 6.9 Décharge contrôlée (1).
WHO 96501/F
Dans certaines grandes villes, on brûle de grandes quantités de déchets dans des
incinérateurs. Dans les régions sèches, on peut installer de petits incinérateurs d’un
modèle rudimentaire.
Sol imprégné de matières organiques
Il faut curer les égouts à ciel ouvert, les fosses d’aisances et les puits d’infiltration pour
en retirer les déchets organiques qui s’y sont accumulés, sous forme compacte ou sous
forme de boues (Fig. 6.10). On peut ensuite laver les caniveaux à grande eau. Pour
réduire la prolifération des mouches, une solution consiste à couvrir ces caniveaux,
mais, comme on l’a vu au Chapitre 1, cela peut poser des problèmes en l’absence d’un
entretien correct. Il faut supprimer tous les endroits où des eaux usées sont
directement déversées sur le sol.
Fig. 6.10 Le curage régulier des caniveaux et des fossés est indispensable pour
empêcher la reproduction des mouches dans les détritus organiques qui s’y
accumulent.
Des précautions particulières sont nécessaires dans les abattoirs et les halles au
poisson. Si possible, il faut bétonner le sol et installer des rigoles pour faciliter le
nettoyage.
Dans les endroits où l’on utilise le fumier comme engrais, il faut éviter les amas
compacts au moment de l’épandage.
Elimination de tout ce qui attire les mouches
Les mouches choisissent comme gîtes larvaires des endroits dont l’odeur les attire. En
outre, elles sont également attirées par divers produits comme la farine de poisson, la
poudre d’os, la mélasse et le malt des brasseries, le lait et les fruits à l’odeur douce,
spécialement les mangues.
Pour empêcher que les mouches ne soient attirées par les déchets, il faut veiller à la
propreté des lieux, ramasser les déchets et en recouvrir les tas. Dans les industries où
l’on utilise des produits attirant les mouches, on peut installer des évents spéciaux
pour éliminer les odeurs.
Prévention des contacts entre mouches et agents pathogènes
Des germes pathogènes sont présents notamment dans les excreta et les excréments,
les ordures ménagères, les eaux d’égouts, les yeux infectés, les écorchures et les
plaies. Les mesures prises contre la prolifération des mouches réduisent également les
contacts entre ces insectes et les germes. Les plus importantes sont les suivantes:
- installer et utiliser des latrines et toilettes convenables dans lesquelles les mouches
ne puissent pas entrer en contact avec les matières;
- empêcher tout contact des mouches avec les malades et leurs excreta, ainsi qu’avec
des couches souillées, des écorchures et des yeux infectés;
- interdire l’accès des mouches aux carcasses, abats et issues dans les abattoirs.
Protection contre les mouches des aliments, des ustensiles de cuisine et
des personnes
On peut mettre les aliments et les ustensiles de cuisine dans des récipients, des
placards, des emballages, etc., qui empêchent le passage des mouches. Des
moustiquaires et des grillages peuvent être posés aux fenêtres et autres ouvertures.
On peut installer des portes à fermeture automatique ou poser dans l’embrasure des
portes des rideaux de perles ou de lanières en plastique jointives qui arrêtent les
mouches (Fig. 6.11). Des moustiquaires peuvent être installées au-dessus de la couche
des nourrissons pour les protéger des mouches, des moustiques et autres insectes,
mais aussi sur les aliments ou les ustensiles de cuisine (Fig. 6.12). L’utilisation d’un
ventilateur électrique permet de créer un mur d’air dans les entrées ou dans les
couloirs qui doivent rester ouverts.
Fig. 6.11 Des rideaux de perles peuvent être installés dans l’embrasure des portes
pour empêcher le passage des mouches et des autres insectes.
Fig. 6.12 L’utilisation de moustiquaires auto-portantes, sans armature, permet de
protéger les nourrissons des mouches.
La pose de grillages aux ouvertures constitue la méthode la plus importante dans les
bâtiments, mais elle risque de réduire la ventilation et l’éclairage. Une maille de 2-3
mm fait l’affaire, sauf si l’on veut aussi empêcher le passage des moustiques auquel
cas la maille doit être de 1,5 mm au maximum (voir Chapitre 1). On préférera le
plastique armé au métal nu qui risque de se corroder.
Les mouches qui ne sont pas arrêtées par les grillages peuvent être tuées au moyen de
pièges, de papiers tue-mouches ou par la pulvérisation spatiale d’un insecticide avec
une bombe aérosol.
Méthodes de destruction directe des mouches
Les méthodes utilisables pour tuer directement les mouches peuvent être classées en
deux catégories selon qu’elles sont de nature physique ou chimique. Dans l’exposé
sommaire qui suit, ces méthodes sont classées par ordre de complexité croissante pour
l’utilisateur.
Méthodes physiques
Les méthodes physiques sont faciles à utiliser et ne soulèvent pas de problème de
résistance aux insecticides, mais elles ne sont pas très efficaces quand les mouches
sont très nombreuses. Elles sont particulièrement bien adaptées à une utilisation à
petite échelle dans les hôpitaux, les bureaux, les hôtels, les supermarchés et les autres
boutiques où l’on vend de la viande, des légumes et des fruits.
Pièges à mouches
On peut capturer un grand nombre de mouches avec des pièges. Un récipient de
couleur foncée constitue un endroit attirant pour les mouches, comme gîte larvaire ou
comme endroit où chercher sa nourriture. Lorsqu’elles essaient de ressortir, les
mouches sont arrêtées par le treillis métallique éclairé par le soleil qui ferme
l’ouverture du récipient. Cette méthode convient exclusivement à l’extérieur.
Dans l’un des modèles, un récipient en plastique ou une boîte de conserve contenant
l’appât est fermé par un couvercle en bois ou en plastique muni d’une petite ouverture,
lui- même surmonté par une cage grillagée. Un espace de 0,5 cm ménagé entre la cage
et le couvercle permet aux mouches de se frayer un passage jusqu’à l’ouverture du
récipient inférieur (Fig. 6.13).
Fig. 6.13 Eléments constitutifs d’un piège à mouches (© OMS).
WHO 96505/F
Il faut remplir ce dernier à moitié avec un appât humide de texture molle, en veillant à
ce qu’il n’y ait pas d’eau au fond. Des déchets humides en décomposition provenant de
la cuisine conviennent, par exemple des légumes verts, des céréales ou des fruits
blets. On peut y ajouter de gros morceaux de viande ou de poisson avancé. Quand
l’évaporation est importante, il faut humecter l’appât tous les deux jours. On trouvera
à la page 345 la description d’autres appâts possibles.
Au bout d’une semaine, l’appât grouille d’asticots et doit être détruit et remplacé. Les
mouches qui pénètrent dans la cage y meurent rapidement et finissent par la remplir
jusqu’au sommet, après quoi il faut la vider. Le piège doit être installé dehors en plein
soleil, loin de l’ombrage.
Papiers tue-mouches
Les papiers tue-mouches qu’on trouve dans le commerce sous forme de serpentins à
accrocher au plafond attirent les mouches à cause de leur teneur en sucre. Les
mouches qui se posent sur le papier sont engluées. Un serpentin dure plusieurs
semaines s’il n’est pas entièrement recouvert de poussière ou de mouches prises au
piège.
Pièges lumineux munis d’un dispositif d’électrocution
Les mouches sont attirées par la lumière et électrocutées lorsqu’elles touchent le
grillage sous tension qui entoure la lampe (Fig. 6.14). La lumière bleue et les UV
attirent les calliphoridés, mais ne sont pas très efficaces contre les mouches
domestiques. Il faut expérimenter la méthode dans les conditions locales avant
d’investir dans ce genre d’appareil. On s’en sert parfois dans les cuisines des hôpitaux
et dans les restaurants.
Fig. 6.14 Piège lumineux muni d’un dispositif d’électrocution.
Méthodes chimiques
L’utilisation d’insecticides est une méthode temporaire à n’utiliser qu’en cas de stricte
nécessité, car les mouches deviennent très rapidement résistantes au produit utilisé.
Bien que ce résultat soit provisoire, des insecticides efficaces permettent de décimer
les mouches très rapidement, ce qui est capital lors d’une épidémie de choléra, de
dysenterie ou de trachome.
Plaquettes diffusantes de dichlorvos
On trouve dans le commerce des plaquettes constituées d’un matériau absorbant
imprégné de dichlorvos (Fig. 6.15). Elles diffusent lentement l’insecticide, pendant une
durée pouvant aller jusqu’à trois mois dans un local peu aéré. La plupart de ces
plaquettes sont destinées au traitement de pièces d’un volume de 15-30 m3 .
Fig. 6.15 Plaquette diffusante de dichlorvos.
La méthode n’est efficace que dans les endroits peu aérés et peut comporter un risque
de toxicité pour l’homme, de sorte qu’elle est à exclure dans les pièces où dorment des
nourrissons ou des personnes âgées. Pour plus de renseignements, se reporter au
Chapitre 1, p. 75.
Introduction de matériaux toxiques dans les lieux de repos des mouches
L’idée de fournir aux mouches des lieux de repos où elles seront exposées à des
produits toxiques s’inspire de l’observation selon laquelle ces insectes affectionnent
plus particulièrement certains endroits pendant la nuit, à savoir les arêtes des meubles
et les rebords, les cordes, les fils, les plafonds, etc. Les matériaux qui peuvent être
imprégnés d’insecticide sont les moustiquaires, les rideaux, les cordelettes en coton,
les bandes de tissu ou de gaze et les bandes de papier fort. Ces bandes peuvent
garder leur efficacité pendant de longues semaines, aussi bien dans les régions
tempérées que dans les régions tropicales. La méthode est bon marché, a une
efficacité prolongée et risque moins de provoquer l’apparition d’une résistance aux
insecticides que la pulvérisation de produits à effet rémanent. Toutefois, elle ne
fonctionne pas quand de l’air circule sous le plafond comme c’est le cas dans de
nombreuses pièces, étables ou écuries bien aérées. Le nombre de mouches diminue
assez lentement au début, tandis que d’autres méthodes chimiques peuvent être plus
efficaces si l’on recherche un résultat immédiat.
Application
Les bandes sont plongées dans une émulsion insecticide diluée éventuellement
additionnée de sucre, de glycérol ou d’un autre produit attractif et de colle ou d’huile
qui vont former une pellicule résistante. Après cette opération, on laisse le liquide
s’écouler et les bandes sécher. Une méthode traditionnelle consiste à se servir de
fagots de brindilles qu’on imprègne avec une solution toxique.
Au cours des années 50, les professionnels utilisaient, pour le traitement des bandes
ou des cordelettes, un insecticide bon marché mais extrêmement toxique, le parathion.
Aujourd’hui, on lui préfère des produits moins dangereux pour l’homme, qu’il s’agisse
d’organophosphorés comme le diazinon, le fenchlorphos, le malathion, le fenthion, le
diméthoate et le trichlorfon, de carbamates comme le propoxur et le dimétilan ou de
pyréthrinoïdes comme la cyperméthrine, la deltaméthrine, la perméthrine et la
cyfluthrine.
Lors de la préparation des produits, il ne faut pas oublier qu’une forte concentration
d’insecticide peut avoir un effet répulsif ou irritant sur les mouches. Il arrive donc
qu’une concentration plus faible soit plus efficace. Il faut essayer plusieurs doses sur le
terrain pour apprécier l’effet attractif ou répulsif correspondant. Une concentration de 1
à 10% donne généralement de bons résultats dans le cas des organophosphorés et des
carbamates.
Une fois imprégnés, les supports sont accrochés au plafond ou dans d’autres endroits
envahis par les mouches, à raison d’environ 1 mètre linéaire par mètre carré de
surface au sol. Les éléments rectilignes verticaux et les éléments curvilignes attirent
davantage les mouches que les éléments horizontaux, et une couleur foncée ou rouge
est préférable à une couleur claire. L’accrochage se fait au moyen d’agrafes ou
d’épingles ou le long d’un fil horizontal tendu parallèlement au plafond (Fig. 6.16).
Fig. 6.16 Une méthode commode consiste à accrocher au plafond des bandes ou des
cordelettes de coton, de tissu ou de gaze imprégnées d’un insecticide suffisamment
persistant.
Les cordelettes ou les bandes peuvent également être tendues sur des cadres qu’on
déplace alors selon les besoins. On peut utiliser des bandelettes dans les abris pour
animaux, les élevages avicoles, les marchés, les boutiques, les restaurants ou dans
tout autre endroit infesté par les mouches.
Attraction des mouches au moyen d’appâts toxiques (Tableau 6.1)
Les appâts toxiques traditionnels étaient constitués de sucre et d’eau ou d’un autre
liquide attirant les mouches, additionnés d’un poison violent tel que l’arsénite de
sodium. On peut encore recommander pour tuer les mouches l’utilisation de lait ou
d’un liquide sucré contenant 1-2% de formaldéhyde. Des progrès ont été rendus
possibles par le développement d’organophosphorés et de carbamates extrêmement
toxiques pour les mouches, mais relativement sans danger pour l’homme et les
mammifères.
L’efficacité d’un appât dépend a) des substances naturelles attractives auxquelles les
mouches sont adaptées, et b) de la concurrence exercée par d’autres substances
attractives (des aliments). En règle générale, les appâts n’attirent pas les mouches qui
sont éloignées. Toutefois, certains attractifs spéciaux, autres que le sucre, peuvent
beaucoup renforcer l’efficacité des appâts dont l’effet se fait alors sentir dans un rayon
de quelques mètres. Parmi ces attractifs, on peut citer la levure fermentée ou une
protéine animale (par exemple, œuf entier), le carbonate d’ammonium, les sirops et le
malt. Dans certaines régions, un attractif de synthèse qu’on trouve dans le commerce,
le SFA, s’est révélé très efficace contre les mouches dans les élevages avicoles. Il
contient 88% de farine de poisson de qualité commerciale, 5% de sulfate
d’ammonium, 5% de chlorhydrate de triméthylamine, 1% d’acide linoléique et 1%
d’indole. La libération des substances attractives se fait lentement une fois que l’appât
a été humecté. Un autre attractif qu’on trouve dans le commerce est constitué d’une
phéromone de la mouche, la muscalure, qui peut attirer ces insectes encore trois
semaines après son application.
Tableau 6.1
Insecticides incorporés dans les appâts toxiques anti- mouches
Insecticide
Appât Appât liquide Appât liquide
Appât
sec à
appliqué par disposé au
visqueux
répandre
aspersion
moyen d’un à étaler au
distributeur
pinceau
Organophosphorés
dichlorvosa
+b
a
diméthoate
a
trichlorfon
++
++b
++
+
++
++
++
azaméthiphos +
++
++
diazinon
++
+
+
fenchlorphos
+
+
+
malathion
+
+
+
naled
+
+
+
propétamphos
++
Carbamates
bendiocarbe
++
a
dimétilan
+
+
++
c
méthomyl
++
propoxur
formaldéhyde
a
+
++
a
+
+
Suspension aqueuse.
b
Le signe + ou le signe ++ signalent les insecticides qui conviennent le mieux ou sont
le plus utilisés pour le mode d’application correspondant.
c
Egalement utilisable sous forme de granulés collés sur des bandelettes ou des
cartons.
Avantages
Les différents types d’appâts sont bon marché et faciles à utiliser. Ils permettent de
venir à bout des mouches quand les gîtes larvaires disponibles sont en nombre
modéré. Certains appâts, répandus à la main ou avec un arrosoir ou un pulvérisateur,
peuvent entraîner une diminution sensible de la densité des mouches en l’espace de
quelques heures. Il faut répéter l’opération jusqu’à six fois par semaine pour obtenir
une bonne efficacité. Les distributeurs d’appâts liquides et les bacs contenant des
appâts secs restent efficaces une semaine ou deux. Un appât à étaler au pinceau est
celui qui convient le mieux. On peut l’appliquer facilement sur les surfaces, tant
horizontales que verticales, utilisées par les mouches pour se reposer, et il a une
bonne rémanence. La résistance vis-à-vis des appâts toxiques apparaît plus lentement
chez la mouche que la résistance aux pulvérisations d’insecticides à effet rémanent.
Même lorsqu’elles sont devenues résistantes à un insecticide déterminé, les mouches
peuvent encore être tuées par ce même produit s’il est incorporé dans un appât.
Inconvénients
Les appâts qui sont répandus à la main ou avec un arrosoir nécessitent des
applications fréquentes. Les appâts liquides doivent être mis hors de la portée des
enfants et des animaux.
Types d’appât
Appâts secs à répandre à la main
Ils contiennent 0,1 à 2% d’insecticide dans un excipient qui peut être simplement du
sucre cristallisé ou du sucre additionné de sable, des épis de maïs broyés, des coquilles
d’huître, etc. On peut y ajouter un autre attractif. L’appât doit être réparti en couches
minces à raison de 60-250 g pour 100 m2 sur les lieux de repos, par exemple par
terre. On peut également le mettre dans des récipients spéciaux installés à poste fixe:
bacs ou autres en métal, bois, carton, etc. L’efficacité est maximale quand il existe des
surfaces convenables sur lesquelles l’appliquer.
Appâts liquides à répandre avec un arrosoir ou un pulvérisateur
On les prépare en mélangeant dans l’eau un insecticide (0,1-0,2%) et du sucre ou un
autre édulcorant (par exemple à raison de 10%). L’application se fait avec un arrosoir
ou un pulvérisateur sur le sol, en l’absence d’enfants ou d’animaux, et sur d’autres
surfaces horizontales ou verticales appropriées hors de la portée des animaux et des
enfants.
Distributeurs d’appâts liquides
Un appât liquide du même type que ceux qu’on répand avec un arrosoir ou un
pulvérisateur est mis dans un récipient - bocal retourné ou abreuvoir individuel - muni
d’une éponge ou d’une mèche qui s’en imbibe (Fig. 6.17). On peut également
imprégner d’insecticide des boules ou des nattes de matériau absorbant qu’on humecte
avant utilisation.
Fig. 6.17 Distributeur d’appât liquide constitué d’une éponge qui est maintenue
humide par le liquide qui s’écoule d’un bocal retourné à moitié rempli.
Appâts visqueux à étaler au pinceau
Ils sont composés d’un insecticide (2-6%), d’un liant et de sucre (ou simplement d’un
insecticide incorporé dans du sirop ou de la mélasse) et peuvent être étalés au pinceau
sur les cloisons, les murs, les poteaux, le tour des fenêtres et les plafonds ou sur des
bandelettes, des plaques, etc., qui sont accrochées ou fixées par tout autre moyen aux
endroits où les mouches abondent (Fig. 6.18). L’appât colle à la surface et reste actif
plusieurs semaines ou plusieurs mois. Le trichlorfon est l’un des insecticides dont on se
sert couramment pour ce mode d’application. Les mouches qui ne sont pas tuées lors
de leur contact avec la surface traitée peuvent l’être par l’appât qu’elles ont mangé.
Fig. 6.18 Appât toxique étalé au pinceau dans des endroits fréquemment utilisés par
les mouches comme lieux de repos.
Traitement des lieux de repos avec un insecticide à effet rémanent
On peut pulvériser un insecticide suffisamment rémanent sur les surfaces qu’utilisent
les mouches pour se reposer (voir Chapitre 9). Cette méthode a à la fois un effet
immédiat et un effet à long terme. Selon le produit utilisé, la nature du revêtement ou
de la surface des murs, la température, l’humidité, l’ensoleillement et la résistance des
mouches, la rémanence peut être assurée de plusieurs jours à quelques semaines. Il
importe de savoir où les mouches passent l’essentiel de leur temps pendant la nuit.
Les pulvérisations doivent être limitées aux surfaces dont on sait, pour l’avoir observé,
qu’elles servent de lieux de repos pour les insectes. La pulvérisation d’insecticides à
effet rémanent est surtout pratiquée dans les exploitations agricoles, dans les parcs ou
abris pour animaux.
Inconvénients
Le choix d’un insecticide est délicat, car les résultats obtenus avec le même produit
peuvent très bien être satisfaisants à un endroit et décevants ailleurs. Le risque de voir
les mouches devenir résistantes est plus important avec les pulvérisations
d’insecticides à effet rémanent qu’avec les autres traitements chimiques utilisés contre
les mouches adultes.
Insecticides
On trouvera au Tableau 6.2 une liste d’insecticides à effet rémanent, à utiliser en
pulvérisation, avec indication des doses d’emploi recommandées. Avant de faire son
choix, mieux vaut consulter un spécialiste de la lutte contre les nuisibles.
Tableau 6.2
Insecticides à effet rémanent de la classe des organophosphorés et de la classe des
pyréthrinoïdes utilisés dans la lutte contre les mouches
Dose (g/m 2) de
matière active
Insecticide
Observations
Organophosphorésa
azaméthiphos
1,0-2,0
Surtout vendu sous forme d’appât sucré.
bromophos
1,0-2,0
Faible résistance dans la plupart des endroits.
diazinon
0,4-1,0
diméthoate
0,25-1,0
chlorfenvinphos
0,4
fenchlorvos
1,0-2,0
fenitrothion
1,0-2,0
iodofenphos
1,0-2,0
malathion
1,0-2,0
pirimiphos- méthyl
1,0-2,0
propétamphos
0,25-1,0
trichlorfon
1,0-2,0
Problèmes de résistance dans la plupart des
endroits.
Faible résistance dans la plupart des endroits.
Surtout utilisés sous forme d’appât sucré.
Pyréthrinoïdes
alphacyperméthrine 0,02
cyfluthrine
0,03
cyperméthrine
0,025-0,1
deltaméthrine
0,01-0,15
fenvalérate
1,0
perméthrine
0,025-0,1
Apparition rapide d’une résistance au Canada
et dans certaines régions d’Europe.
a
L’utilisation de la plupart des organophosphorés fait l’objet de restrictions dans
certains pays en ce qui concerne les laiteries, les usines de transformation alimentaire
ou les autres endroits où des aliments sont exposés; des restrictions sont également
imposées à certains de ces produits lorsqu’il existe un risque d’exposition de la volaille,
des vaches laitières et d’autres animaux pendant la pulvérisation.
L’épandage se fait avec un pulvérisateur à main (Chapitre 9) ou à moteur, sous faible
pression pour éviter la dispersion au loin des particules d’insecticide.
Pulvérisations spatiales
Une brume ou un aérosol produits à partir d’une solution ou d’une émulsion insecticide
exercent sur les mouches un effet de choc et les tuent rapidement. La pulvérisation se
fait avec une bombe aérosol, un pulvérisateur à main ou un petit pulvérisateur
mécanique portatif. Le principe consiste à remplir tout le volume traité d’une brume de
façon que les mouches se chargent de petites gouttelettes en volant.
Par comparaison avec les pulvérisations d’insecticides à effet rémanent sur les surfaces
servant de lieux de repos, les pulvérisations spatiales ont un effet immédiat mais de
courte durée. Le risque de voir apparaître une résistance vis-à-vis du produit utilisé est
moindre. La méthode est utilisable à l’intérieur des locaux, à l’extérieur et pour
pulvériser directement le produit sur des mouches réunies en masse.
Pulvérisations spatiales à l’intérieur des locaux
Dans les abris pour animaux, les pulvérisations spatiales constituent surtout un
traitement annexe, parallèlement à l’utilisation d’un produit à effet rémanent ou
d’appâts toxiques; cependant, elles peuvent constituer la principale méthode de lutte
chimique dans les exploitations agricoles où ces autres méthodes échouent (du fait de
l’apparition d’une résistance) et doivent alors être fréquentes. Le produit choisi doit
être sans danger pour les animaux domestiques. Le traitement doit avoir lieu à un
moment où les mouches sont les plus nombreuses à l’intérieur, par exemple le soir.
Avantages: les pulvérisations spatiales pratiquées à l’intérieur permettent de réduire
rapidement la densité des mouches dans les habitations, les cuisines, les restaurants,
les boutiques, les abris pour animaux, etc. (Fig. 6.19).
Fig. 6.19 Les bombes aérosols sont très utilisées et permettent de tuer les mouches
domestiques dans les endroits confinés.
Inconvénients: il ne faut pas recourir aux pulvérisations spatiales dans les cuisines
ou les restaurants pendant qu’on y prépare ou sert des repas; comme leur efficacité
est limitée, ces pulvérisations conviennent principalement comme complément d’une
autre méthode.
Pulvérisations spatiales à l’extérieur
Elles permettent de se débarrasser des mouches rapidement mais de façon
temporaire, par exemple dans des dépôts d’ordures où l’on n’a pas la possibilité de
recouvrir les déchets d’une couche de terre suffisante, dans les zones d’activités
récréatives, sur les marchés et dans l’industrie alimentaire, ou lorsqu’on veut obtenir
une couverture étendue dans les villes et les agglomérations urbaines, spécialement en
situation d’urgence.
En général, la méthode n’a qu’un effet temporaire et seules sont tuées les mouches qui
sont exposées au produit à l’extérieur. Celles qui se trouvent à l’intérieur des locaux ou
se reposent à l’abri ont des chances de survivre; la méthode est sans efficacité sur les
adultes au moment de l’éclosion imaginale. Les pulvérisations spatiales doivent être
effectuées à un moment où la densité des mouches est maximale, par exemple le
matin. Des traitements quotidiens sur une durée de deux semaines, par exemp le,
peuvent ramener la densité à un niveau à partir duquel on peut poursuivre la lutte en
espaçant les traitements, par exemple une fois par semaine ou tous les quinze jours.
Avantage: la densité des mouches est réduite rapidement.
Inconvénients: le coût peut être élevé du fait de la nécessité de renouveler les
pulvérisations; la méthode n’est guère efficace quand les endroits pouvant servir de
gîtes larvaires aux mouches abondent; l’efficacité dépend de l’importance des courants
d’air pendant la pulvérisation.
L’épandage se fait par brumisation ou nébulisation ou par pulvérisation à très bas
volume (TBV). On utilise un équipement mécanique, au sol ou embarqué. Les
brumiseurs constituent l’équipement le plus pratique, car ils assurent une distribution
du produit qui dépend moins des courants d’air. On trouvera au Tableau 6.3 une liste
d’insecticides utilisables pour les pulvérisations spatiales à l’extérieur, avec indication
des doses efficaces.
Tableau 6.3
Doses efficaces pour les pulvérisations spatiales anti- mouches à l’extérieura
Insecticide
Dose (g/ha) de matière active
Organophosphorés
azaméthiphos
50-200
diazinon
340
dichlorvos
340
diméthoate
220
fenchlorvos
450
iodofenphos
350
malathion
670
naled
220
pirimiphos- méthyl 250
Pyréthrinoïdes
bioresméthrineb
5-10
cyfluthrine
2
deltaméthrine
phénothrine
5-10
b
5-10
perméthrine
pyréthrinesb
resméthrine
0,5-1,0
b
b
20
20
a
Dans les régions où les mouches ne sont pas résistantes à l’insecticide
correspondant.
b
Insecticide pouvant être associé à d’autres pyréthrinoïdes à effet de choc rapide ou à
un synergisant comme le pipéronylbutoxyde (5-10 g/ha).
Pulvérisations directes sur des essaims de mouches
Lorsque des mouches pullulent sur un tas d’ordures ménagères, on peut les asperger
directement avec un pulvérisateur à main ou mécanique qui répand un nuage de
composition relativement liquide qui tue les mouches atteintes directement et
s’évapore en laissant un résidu toxique qui tue celles qui se déplacent sur la surface
traitée pendant le reste de la journée. Ces traitements sont également efficaces contre
les larves.
Il existe toute une gamme d’organophosphorés qui peuvent être utilisés en solution
dans le kérosène ou en émulsion aqueuse à la concentration de 1-2%.
Traitement des gîtes larvaires au moyen de larvicides
Les larvicides chimiques s’utilisent principalement sur les tas de fumier, dans les
exploitations agricoles. La lutte pratiquée à ce stade a le gros avantage de s’attaquer
au problème à la base. Cependant, la méthode n’est pas sans inconvénients: comme le
fumier s’accumule constamment et qu’il est renouvelé, le traitement larvicide doit être
fréquemment recommencé pour que le produit puisse pénétrer en profondeur et soit
bien distribué. De plus, les larvicides tuent souvent des ennemis naturels des mouches
comme les coléoptères, les acariens et les perce-oreilles. Enfin, les larvicides peuvent
favoriser l’apparition d’une résistance, de sorte qu’il faut choisir le produit
soigneusement.
Sous réserve qu’une résistance à ces produits ne se soit pas développée, les larvicides
efficaces et les doses recommandées correspondantes sont les suivants:
- des organophosphorés, à savoir le dichlorvos et le diazinon, à la dose de 0,3-1,0
g/m2 , et le trichlorfon, le diméthoate, le fenchlorvos, le tétrachlorvinphos, le
bromophos, le fénitrothion et le fenthion à la dose de 1-2 g/m2 ;
- des régulateurs de la croissance des insectes comme le diflubenzuron, la cyromazine
et le triflumuron à la dose de 0,5-1,0 g/m2 ou le pyriproxyfène à la dose de 0,1 g/m2 ;
cette classe de produits empêche le développement larvaire pendant 2-3 semaines.
L’épandage de larvicides se fait avec un pulvérisateur ou un arrosoir muni d’une
rampe, sous forme d’émulsion, de suspension ou de solution (Fig. 6.20). La dose doit
être suffisante pour que les 10 à 15 cm supérieurs du substrat soient mouillés, résultat
obtenu avec 0,5-5 litres par m2 .
Fig. 6.20 Epandage d’un larvicide avec un arrosoir à rampe.
Bibliographie
1. Keiding J. The housefly - biology and control. Training and information guide
(advanced level). Genève, Organisation mondiale de la Santé, 1986 (document non
publié WHO/VBC/86.937, disponible sur demande auprès de la Division de la Lutte
contre les Maladies tropicales, Organisation mondiale de la Santé, 1211 Genève 27,
Suisse).
Pour en savoir plus
The housefly. Training and information guide (intermediate level). Genève,
Organisation mondiale de la Santé, 1991 (document non publié WHO/VBC/90.987,
disponible sur demande auprès de la Division de la Lutte contre les Maladies tropicales,
Organisation mondiale de la Santé, 1211 Genève 27, Suisse).
Chapitre 7. Cyclops
Hôtes intermédiaires du ver de Guinée
Les cyclops sont de minuscules crustacés appartenant à la famille des cyclopidés, que
l’on appelle également puces d’eau. On les rencontre en général dans les eaux douces
stagnantes, par exemple celles des puits et des mares utilisées par des communautés
agricoles défavorisées vivant à la campagne ou aux alentours des agglomérations. En
Afrique sub-saharienne, en Inde et au Yémen, ces crustacés sont les hôtes
intermédiaires du ver de Guinée, Dracunculus medinensis, appelé aussi filaire de
Médine, un parasite qui est à l’origine de la dracunculose. Cette parasitose se transmet
à l’Homme lors de l’ingestion d’eau contenant des cyclops infectés.
La dracunculose est rarement mortelle mais elle est extrêmement débilitante. Le ver,
qui peut atteindre un mètre de longueur, siège principalement au niveau des membres
inférieurs, mais il est capable de sortir en n’importe quel point du corps. Il n’existe pas
de médicaments contre cette maladie mais on peut prendre des mesures préventives
simples et efficaces. La plupart des pays où cette parasitose est endémique ont adopté
un programme d’éradication basé sur ces mesures, qui consiste notamment à fournir
une eau de boisson non contaminée. Dans certains d’entre eux, les progrès réalisés
sont déjà spectaculaires: ainsi la maladie a été éliminée du Pakistan en 1996 après
sept ans d’efforts opiniâtres et en Inde, le nombre de cas a reculé de plus de 99%
entre 1984 et 1995. Dans l’ensemble du monde, l’incidence de la maladie est tombée
de 3,5 millions de cas en 1986 à environ 122 000 en 1995.
Biologie
Les cyclops sont à peine visibles (0,5-2 mm) et peuvent se reconnaître à leurs
mouvements saccadés (Fig. 7.1). Ils se nourrissent de plancton et autres organismes
aquatiques. Leur cycle de développeme nt est adapté aux mares et autres collections
d’eau stagnantes qui constituent leurs biotopes. Les femelles se reproduisent sans
fécondation pendant plusieurs générations jusqu’à assèchement du biotope. Elles
donnent alors naissance à une nouvelle génération formée de mâles et de femelles, qui
produisent des œufs fécondés. Les cyclops peuvent survivre d’une saison des pluies à
l’autre en cas de sécheresse. Dans les trente minutes qui ont suivi la mise en eau
d’une mare asséchée, on a observé la présence de cyclops vivants; un jour plus tard ils
s’étaient transformés en femelles matures (1). Les animaux et les inondations
dispersent facilement les œufs, donnant ainsi le départ à de nouvelles populations.
C’est souvent pendant la saison sèche que la densité des cyclops est la plus élevée, les
cours d’eau et les mares formant alors des collections d’eau peu profondes.
Fig. 7.1 En prélevant l’eau d’une mare avec un bocal, on peut y voir des points
minuscules animés de mouvements saccadés. Sur la partie gauche de la figure, un
cyclops tel qu’il apparaît au microscope.
WHO 96674
Importance pour la santé publique
Dracunculose
Comme la dracunculose ne sévit que dans les régions pauvres et isolées d’un petit
nombre de pays et qu’elle n’est que rarement mortelle, elle a été négligée pendant des
années. La lutte contre cette parasitose n’a attiré que depuis peu l’attention de la
communauté internationale. Avant que des mesures de lutte systématiques n’aient été
prises, on estimait à 10 millions le nombre de personnes porteuses du parasite dans
les régions rurales pauvres de l’Afrique subsaharienne, de l’Inde, du Pakistan et du
Yémen.
Jusque vers le milieu des années 70, la maladie a été présente en République
islamique d’Iran et en Arabie séoudite. A l’heure actuelle, la maladie se cantonne à
l’Afrique subsaharienne (Fig. 7.2). En 1994, on en a signalé 164 000 cas en Afrique,
dont un tiers au Soudan, où l’extension des activités de surveillance et de lutte n’ont
commencé que cette même année. Hors d’Afrique, la maladie a presque disparu:
moins de 400 cas ont été signalés en Inde et environ 100 au Yémen en 1994.
Fig. 7.2 Distribution géographique de la dracunculose. 1995 L’encadré montre la
distribution de la maladie en Inde (© OMS).
WHO 96675
Transmission
Les larves du ver de Guinée pénètrent dans le corps lorsque l’on boit de l’eau
contenant des cyclops contaminés par des larves infestantes. Une fois dans l’estomac,
les cyclops sont digérés et les larves, ainsi libérées, peuvent se déplacer librement.
Elles s’efforcent alors de traverser la fine paroi intestinale, après quoi elles gagnent le
tissu conjonctif de l’abdomen et du thorax, où elles évoluent vers le stade adulte et
s’accouplent au bout de trois mois. Parvenue à maturation, la femelle se dirige vers la
surface du corps, en général au niveau des membres inférieurs. Un an environ après le
début de l’infection, la femelle est prête à sortir du corps et à se reproduire en libérant
jusqu’à trois millions de larves (Figs. 7.3 et 7.4).
Fig. 7.3 Cycle de développement du ver de Guinée (par Taina Litvak pour le compte
du projet VBC de la United States Agency for International Development).
WHO 96677
Fig. 7.4 Le ver femelle adulte de Dracunculus medinensis est blanc, il a entre 30 et
120 cm de longueur et environ 0,2 cm de largeur (© OMS).
Pour pouvoir sortir, la femelle produit des substances toxiques qui provoquent la
rupture de l’épiderme et causent des phyctènes et des ulcérations douloureuses. C’est
souvent lorsque la personne infectée pénètre dans l’eau pour remplir son récipient que
le ver sort partiellement et commence à libérer ses larves. Chaque fois que cette
opération se répète sur une période de 1 à 3 semaines, des centaines de milliers de
larves minuscules sont libérées. Ensuite, le ver meurt et il est éliminé du corps en 3 à
8 semaines.
Les larves ainsi libérées ne peuvent pas infecter l’Homme directement. Elles sont
capables de rester actives dans l’eau pendant environ trois jours et meurent si elles ne
sont pas ingérées par un cyclops. Dans l’organisme du cyclops, les larves se
développent en l’espace d’environ deux semaines pour donner un stade larvaire
capable
d’infecter l’Homme.
Les cyclops souffrent également de l’infection et ont tendance à tomber au fond de
l’eau. C’est pour cette raison que, dans les savanes humides de l’Afrique
subsaharienne où le niveau de l’eau est au plus bas pendant la saison sèche, les
personnes qui viennent écoper l’eau qui subsiste au fond des mares et des puits, ont
toutes les chances de contracter l’infection (Fig. 7.5).
Fig. 7.5 Au cours de la saison sèche, lorsque le niveau de l’eau s’abaisse dans les
mares des villages, les cyclops sont concentrés dans une petite quantité d’eau, donc
plus faciles à ramasser.
Lieux où il y a risque de contracter l’infection
Le ver de Guinée ne se rencontre que là où la température de l’eau dépasse 19 °C
pendant une partie de l’année. Les communautés les plus menacées sont donc celles
qui utilisent des mares, des citernes et des puits à escaliers pour s’approvisionner en
eau.
Les points d’eau favorables à la transmission de la dracunculose sont donc ceux où:
- des personnes parasitées sont amenées à pénétrer dans l’eau;
- l’eau est stagnante et peuplée de cyclops susceptibles de transmettre le parasite;
- l’eau est régulièrement utilisée pour la boisson.
Les trous d’eau creusés à la main de l’Afrique occidentale, les puits à escaliers de l’Inde
et les mares qui subsistent dans le lit asséché des rivières ou les accumulations d’eau
temporaires qui se forment dans les champs cultivés de certaines régions, en sont des
exemples typiques (Figs. 7.6-7.8).
Fig. 7.6 En Inde, les puits à escaliers constituent des lieux de transmission
caractéristiques.
Fig. 7.7 Les mares stagnantes qui se forment dans le lit des cours d’eau sont
favorables à la reproduction des cyclops et peuvent également donner lieu à la
transmission de la dracunculose si l’eau est utilisée pour la boisson.
Fig. 7.8 Les petites mares que l’on a creusées ou les trous d’eau que l’on a excavés
pour y recueillir l’eau de pluie sont les lieux de transmission les plus importants du ver
de Guinée dans les campagnes d’Afrique.
Fluctuations saisonnières de la transmission
Dans les zones sèches de l’Afrique occidentale au sud du Sahara et dans l’ouest de
l’Inde, la transmission culmine au début de la saison des pluies. C’est alors le moment
des semailles et les paysans puisent leur eau de boisson dans les mares que la pluie
forme au milieu des champs. Lorsqu’à la fin de la saison des pluies les mares
s’assèchent, la transmission prend fin.
Dans les savanes de l’Afrique occidentale, plus humides, la transmission se produit
principalement pendant la saison sèche. Pendant la saison des pluies, les collections
d’eaux superficielles sont si nombreuses que la transmission a moins de chances de se
produire. Au cours de la saison sèche, les réserves d’eau potable se limitent à quelques
mares où les conditions sont plus favorables à la transmission.
Symptomatologie
Les premiers signes de la dracunculose se manifestent au moment où le ver femelle
est prêt à sortir, c’est-à-dire environ un an après la contamination. Un œdème apparaît
à l’endroit où le ver va sortir (Fig. 7.9). Le patient ressent une démangeaison et une
sensation de brûlure. Une cloque (phlyctène) se forme quelques jours plus tard. Ces
signes peuvent s’accompagner de fièvre, de nausées, de vomissements et de diarrhée.
Lorsque la cloque est recouverte par l’eau, il y a stimulation de la femelle pour lui faire
expulser ses larves sous la forme d’une sérosité blanchâtre que l’on peut quelquefois
apercevoir. Le ver est blotti juste sous la peau et son utérus fait lentement saillie par
l’orifice de la plaie pour pouvoir libérer les larves qu’il contient. Tout ce processus peut
durer 1 à 3 semaines, après quoi le ver meurt. Parfois, le ver ne sort pas et se calcifie.
On peut souvent voir et palper les vers calicifiés qui se trouvent sous la peau. On peut
également les déceler aux rayons X.
Fig. 7.9 L’infection filarienne fait apparaître sur le pied ou ailleurs un œdème (enflure)
qui démange et qui brûle. Au bout de quelques jours il se forme une phlyctène
(cloque) et une plaie ouverte. Cette ulcération est la porte de sortie du ver.
Les sujets les plus sérieusement affectés sont ceux chez qui la filaire sort au niveau
d’une articulation, le genou par exemple. Dans ce cas, il peut en résulter une arthrite
et une boiterie permanente. Lorsque le ver se rompt et libère les larves dans les tissus
sous-cutanés, de gros abcès peuvent se former.
Dans environ 90% des cas, le ver se trouve au niveau des membres inférieurs, mais il
peut aussi sortir au niveau des mains, du scrotum, des seins, de la langue ou d’autres
régions du corps. En général il ne sort qu’un seul ver, mais on a décrit des cas de
personnes portant jusqu’à 30 vers.
Cette parasitose s’accompagne le plus souvent de douleurs intenses et d’une boiterie
temporaire, qui peut durer de trois semaines à six mois. La destruction de l’articulation
peut provoquer une invalidité définitive. La sortie du ver coïncide habituellement avec
la saison des activités agricoles.
Traitement, prévention et lutte
Il n’existe aucune immunité naturelle contre le ver de Guinée et on ne dispose pour
l’instant d’aucun vaccin ou médicament qui permette de prévenir ou de traiter
efficacement la dracunculose. Devant un patient parasité, le premier souci est de
prévenir et de traiter les infections secondaires (abcès, tétanos, septicémie) ainsi que
l’arthrite. Le seul traitement connu consiste à extraire la filaire. Il faut procéder très
lentement pour éviter la rupture du ver. On ne doit tirer que quelques centimètres par
jour. Afin de faciliter l’extraction et de calmer la douleur, on utilise souvent des
remèdes locaux ou des plantes médicinales.
Une méthode ancestrale pour éviter que le ver ne se rétracte à l’intérieur, consiste à
l’attacher à un fil enroulé autour de la cheville (Fig. 7.10). On peut aussi nouer la
partie émergente du ver autour d’une allumette et l’enrouler d’un tour chaque jour
jusqu’à extraction complète.
Fig. 7.10 On peut extraire lentement la filaire en l’attachant à un fil ou en l’enroulant
autour d’un bâtonnet pour l’empêcher de se rétracter à l’intérieur.
Il faut nettoyer et désinfecter la plaie tous les jours. On la couvrira aussi d’un
pansement serré pour éviter que l’ulcération ne s’infecte. Le bandage rappelle
également au patient qu’il ne doit pas entrer dans l’eau jusqu’à la hauteur de la plaie
et si celui-ci ne prend pas garde et immerge quand même sa plaie, le pansement
empêchera les larves de se disperser dans l’eau. En cas d’infection bactérienne sévère,
une couverture antibiotique est nécessaire et il faut administrer de l’anatoxine
tétanique aux patients porteurs d’une plaie ouverte. On traite quelquefois les
inflammations graves par élimination chirurgicale du ver et du pus.
Pour combattre la dracunculose, on peut éliminer les cyclops présents dans la source
d’eau, éviter d’en avaler en buvant et veiller à ce que des personnes parasitées ne
viennent pas contaminer les points d’eau.
Eradication de la dracunculose
En raison de la nature de son cycle de développement, le parasite est très sensible à
de faibles variations de son environnement et il n’est pas irréaliste d’espérer
l’éradiquer complètement. Des mesures simples et peu coûteuses permettent
d’interrompre la transmission. Il suffit d’empêcher toute nouvelle infection pendant une
année seulement pour faire disparaître complètement la maladie. L’Organisation
mondiale de la Santé, de concert avec d’autres organismes internationaux ainsi que les
pouvoirs publics de la plupart des pays, s’efforcent de l’éradiquer (2, 3). A cet égard,
l’éducation sanitaire et l’organisation de programmes d’éradication basés sur la
participation active des communautés, jouent un rôle essentiel. Il est facile d’obtenir
l’appui des villageois, étant donné que la maladie s’impose comme une évidence à la
fois douloureuse et incapacitante. Après une éducation sanitaire approfondie, on
pourrait compléter les programmes d’éradication par une formation des villageois
consistant à leur apprendre à panser une plaie, à filtrer l’eau avant de la boire et à
mettre en œuvre des mesures simples d’aménagement de leur environnement, par
exemple le comblement et le drainage des mares.
A l’occasion de tout projet agricole ou éducatif envisagé dans une zone d’endémicité
filarienne, il faudrait ne pas oublier de rappeler aux intéressés que l’eau de boisson
doit être filtrée et que les personnes parasitées ne doivent pas aller dans l’eau quand
le ver est près de sortir. Cette simple mesure devrait permettre d’améliore r
sensiblement le résultat de ces projets, tant en ce qui concerne la production vivrière
que la fréquentation scolaire. Pour ce qui est des projets d’approvisionnement en eau
en milieu rural, il faudrait donner la priorité aux villages où la dracunculose est
endémique.
Mesures de lutte
Pour prévenir et combattre efficacement la dracunculose, il faut assurer l’éducation des
membres de la communauté.
Eviter que les patients n’entrent en contact avec l’eau
Les personnes qui sont porteuses d’une filaire prête à sortir ne doivent mettre aucune
partie de leur corps en contact avec de l’eau destinée à la boisson.
Assurer la sécurité de l’approvisionnement en eau
La communauté pourra envisager de doter ses points d’eau de pompes, d’installer un
réseau d’adduction sous canalisations ou encore de doter ses puits d’une margelle en
béton pour éviter que l’eau de ruissellement ne retourne aux puits (Fig. 7.11).
Fig. 7. 11 Puits doté d’une margelle: c’est une source d’eau potable qui offre toute
sécurité.
Filtration de l’eau de boisson
La filtration de l’eau de boisson est une méthode très pratique, qui peut être utilisée
partout où sévit la dracunculose (Fig. 7.12) (4-6). On peut par exemple utiliser une
cotonnade à tissage serré (maille de 0,15 mm) que l’on trouve sur tous les marchés,
pour filtrer l’eau de boisson. Il est cependant à noter que ce genre de filtre se colmate
rapidement si l’eau est boueuse et il vaudra mieux utiliser dans ce cas un matériau
filtrant monofilamentaire. Il faut absolument veiller à ce que le filtre ait toujours la
même orientation, c’est-à-dire que la même face soit toujours tournée vers le haut,
sans quoi les cyclops et les saletés qui se sont pris dans le filtre vont repasser dans
l’eau. Pour s’en souvenir, on peut superposer deux cotonnades de couleur différente ou
encore faire une marque sur une des faces du filtre.
Fig. 7. 12 On peut éliminer les cyclops de l’eau destinée à la boisson en la filtrant sur
un morceau de gaze.
Matériaux utilisables pour confectionner des filtres
Toile de coton
En filtrant l’eau sur une toile de coton à mailles de moins de 0,15 mm, on peut retenir
tous les cyclops qu’elle est susceptible de contenir (Fig. 7.13). Cependant, s’il y a des
particules d’argile dans l’eau, celles-ci vont rester captives des fibres de coton et vite
colmater le filtre; il est difficile ensuite de s’en débarasser.
Fig. 7.13 Un fragment de toile de coton vu au microscope. Les fils sont constitués d’un
grand nombre de petits filaments qui retiennent les particules d’argile.
Gaze synthétique
La gaze monofilamentaire à mailles de 0,15 mm convient pour filtrer une eau
limoneuse (Figs. 7.14 et 7.15). Elle ne se colmate pas et elle est facile à nettoyer.
Fig. 7.14 Un fragment de gaze filtrante synthétique vu au microscope. Les particules
en suspension ne colmatent pas ce matériau filtrant facile à nettoyer.
Fig. 7.15 Modèles de filtres appropriés: a) pièce de gaze d’environ 30 × 30 cm fixée
sur un cadre confectionné avec de l’écorce souple prise sur un arbre du lieu; b) pièce
de gaze circulaire munie d’une ganse contenant un élastique; on peut ainsi facilement
ajuster le filtre à l’ouverture du récipient.
Lutte chimique
On peut se débarrasser des cyclops en traitant les sources d’eau avec du téméphos, un
insecticide qui ne rend pas l’eau impropre à la consommation s’il est utilisé à la dose
voulue (7). Toutefois, ce traitement coûte cher et il faut du personnel qualifié pour
calculer le volume de la source d’eau à traiter, préparer les solutions insecticides à la
dose voulue etc... On le réserve donc en général aux petites collections d’eau dans le
cadre de programmes d’éradication spécialisés.
Traitement
La formulation d’usage courant la plus efficace est le concentré émulsionnable à 50%,
que l’on épand à raison de 2 ml par mètre cube d’eau. Il faut évaluer le volume d’eau
que la mare représente et verser dans un seau la quantité voulue de téméphos pour
préparer l’émulsion à la bonne dose en veillant à ajouter suffisamment d’eau pour
pouvoir traiter toute la superficie de la mare (Fig. 7.16).
Fig. 7.16 Epandage d’une solution de téméphos à la surface d’une mare pour détruire
les cyclops.
Il faut effectuer le traitement insectic ide juste avant que ne commence la saison de
transmission. On pourra être amené à répéter l’opération toutes les 4 à 6 semaines au
cours de la saison de transmission.
Utilisation d’eau bouillie pour la boisson
Faire bouillir l’eau destinée à la boisson constitue une méthode simple et efficace pour
tuer les cyclops. Cependant, cela prend du temps et il faut disposer de bois de feu (qui
peut être rare) ainsi que d’un récipient qui aille au feu.
Bibliographie
1. Chippeaux J-P. La dracuculose en savane arborée au Bénin. Paris, Université de
Paris, 1991 (Thèse).
2. Hopkins DR, Ruiz-Tiben E. Dracunculiasis eradication: target 1995. American Journal
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3. WHA 44.5. In: Recueil de résolutions et de décisions de l’Assemblée mondiale de la
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hygiene, 1978, 81: 156-158.
Chapitre 8. Gastéropodes d’eau douce
Hôtes intermédiaires des schistosomes et des trématodes qui sont à l’origine de
parasitoses alimentaires
De nombreuses espèces de gastéropodes d’eau douce appartenant à la famille des
planorbes sont les hôtes intermédiaires de larves de distomes (trématodes) du genre
Schistosoma; extêmement infestantes, elles provoquent en Afrique, en Asie et dans les
Amériques, une parasitose appelée schistosomiase ou encore bilharziose. C’est une
parasitose très répandue et bien qu’elle ne détermine qu’une mortalité relativement
faible, elle constitue une affection très débilitante pour des millions de malades. Elle
sévit dans les régions où les gastéropodes qui sont les hôtes intermédiaires du
parasite, habitent des eaux polluées par les excréments de sujets contaminés. La
bilharziose se transmet par des contacts répétés avec des eaux douces lors d’activités
telles que pêche, agriculture, natation, lavage, toilette, ou loisirs divers. Dans certaines
zones, les projets de développement des ressources en eau, et plus particulièrement
les projets d’irrigation, peuvent contribuer à introduire ou à propager la
schistosomiase.
Les gastéropodes sont considérés comme les hôtes intermédiaires du parasite car si
l’Homme en héberge les stades sexués, c’est chez les gastéropodes que se
développent les stades asexués. En contaminant son environnement, l’Homme joue le
rôle de vecteur. L’infection se transmet sans qu’il y ait contact entre les gastéropodes
et l’Homme.
Les gastéropodes d’eau douce sont également les hôtes d’autres trématoses humaines
ou animales dues notamment à des douves et qui peuvent siéger au niveau du foie,
des poumons et des intestins.
Biologie
On pense qu’il existe environ 350 espèces de gastéropodes d’importance médicale ou
vétérinaire. La plupart des hôtes intermédiaires des schisostomes qui parasitent
l’Homme appartiennent aux genres Biomphalaria, Bulinus et Oncomelania. On peut
identifier les espèces en cause d’après la forme de leur coquille. Il existe des clés
taxonomiques régionales d’utilisation simple pour la reconnaissance de la plupart
d’entre elles. Les gastéropodes se divisent en deux grands groupes: les gastéropodes
aquatiques qui vivent dans l’eau et ne peuvent pas, en règle générale, survivre dans
un autre environnement (Biomphalaria et Bulinus), et les gastéropodes amphibies, qui
sont adaptés à la vie subaquatique aussi bien que terrestre (Oncomelania). En Afrique
et dans les Amériques, ce sont des gastéropodes du genre Biomphalaria qui servent
d’hôtes intermédiaires à S. mansoni (Fig. 8.1). En Afrique et en Méditerranée orientale,
les hôtes intermédiaires de S. haematobium sont des bulins et il en va de même pour
S. intercalatum en Afrique. En Asie du sud-est, ce sont des espèces du genre
Oncomelania qui servent d’hôtes intermédiaires à S. japonicum, des gastéropodes du
genre Tricula jouant le même rôle pour S. mekongi. Parmi tous ces gastéropodes qui
hébergent temporairement des trématodes, on peut citer en particulier les lymnées
(genre Lymnaea) dont l’importance tient au fait qu’elles servent d’hôtes intermédiaire
à la douve du foie. Les lymnées peuvent être aquatiques ou amphibies (Fig. 8.2).
Fig. 8.1 Gastéropode du genre Biomphalaria (tiré du Manuel Bayer de lutte contre les
nuisibles, 1987 reproduction autorisée).
Fig. 8.2 Coquilles de gastéropodes appartenant à des genres importants sur le plan
médical (© OMS).
a) Biomphalaria
b) Bulinus
c) Oncomelania
d) Lymnaea
Cycle de développement
Toutes les espèces de bulins et de Biomphalaria sont herma phrodites, c’est-à-dire
qu’elles possèdent à la fois des organes mâles et femelles et sont donc capables de
s’autoféconder et de se croiser. Un seul spécimen est capable d’envahir et de peupler
tout un biotope.
Les œufs sont pondus de manière intermittente, par paquets de 5 à 40, chaque paquet
étant pris dans une masse gélatineuse. L’éclosion se produit au bout de 6 à 8 jours et
le gastéropode parvient à maturité en 4 à 7 semaines, selon l’espèce et les conditions
extérieures. La température et les sources de nourritures comptent parmi les facteurs
limitants les plus importants. Un gastéropode pond jusqu’à 1000 œufs au cours de son
existence, dont la durée peut dépasser une année.
Chez les gastéropodes amphibies du genre Oncomelania, qui peuvent vivre plusieurs
années, les sexes sont séparés. La femelle pond ses œufs un à un près du bord.
Ecologie
Les gastéropodes occupent des biotopes constitués d’étendues d’eau de pratiquement
toute nature, depuis les petites mares temporaires et les ruisseaux jusqu’aux fleuves
et aux grands lacs. Dans chacun de ces biotopes, les gastéropodes peuvent se
rencontrer par places et il faut bien examiner les différents sites lorsqu’on les
recherche. De plus, leur densité varie notablement avec la saison. En général, les
gastéropodes aquatiques qui hébergent des schistosomes vivent au voisinage des
berges des lacs, des étangs, des marais, des ruisseaux et des canaux d’irrigation où
les eaux sont peu profondes. Ils séjournent sur les plantes aquatiques ou dans la vase,
pleine de matières organiques en décomposition. On peut également les trouver sur
des rochers, des pierres ou des structures de béton recouvertes d’algues ou encore sur
des débris de nature variée. Ils vivent le plus souvent dans des eaux qui abondent en
plantes aquatiques ou qui sont modérément polluées par des matières organiques
telles que de l’urine ou des fèces, comme c’est fréquemment le cas à proximité des
habitations humaines. Les plantes servent de source de nourriture et de support pour
la ponte; en outre, elles assurent une protection contre les courants trop rapides et
contre divers prédateurs comme les poissons et les oiseaux.
La plupart des espèces de gastéropodes aquatiques meurent si elles viennent à être
entraînées sur les berges au cours de la saison sèche. Certaines d’entre elles
parviennent néanmoins à survivre plusieurs mois à la dessication en s’enterrant dans
la vase et en obturant l’orifice de leur coquille à l’aide d’un bouchon de mucus. La
plupart des espèces peuvent survivre hors de l’eau pendant de courtes périodes.
Les températures comprises entre 22 et 26 °C sont généralement optimales pour la
reproduction, mais pour les bulins du Ghana et autres zones de forte chaleur,
l’intervalle de température est plus étendu. Les gastéropodes survivent sans peine à
des températures comprises entre 10 et 35 °C. On n’en trouve pas dans les eaux
salées ou acides.
Dans la plupart des régions, les variations saisonnières des précipitations, du niveau
des eaux et de la température entraînent des fluctuations marquées dans la densité
des populations de gastéropodes et le taux de transmission. Dans le Sahel africain, les
réservoirs qui contiennent une certaine quantité d’eau plusieurs mois durant, peuvent
constituer des sites de transmission intensive de la schistosomiase urinaire pendant
une période limitée, car les bulins survivants les recolonisent rapidement dès le retour
des pluies.
Les gastéropodes du genre Oncomelania peuvent survivre aux périodes de sécheresse
car ils possèdent un opercule qui leur permet d’obturer l’orifice de la coquille. Dans la
zone tempérée, ils sont capables de survivre 2 à 4 mois, mais beaucoup moins
longtemps sous les tropiques. Ils sont amphibies et peuplent des zones humides:
rizières mal labourées, cours d’eau paresseux, canaux secondaires ou tertiaires de
réseaux d’irrigation, marécages et caniveaux. Sur tous ces sites, la végétation joue un
rôle important en maintenant une température et une humidité convenables. Ils se
nourrissent à peu près des mêmes choses que leurs congénères terrestres, en y
ajoutant la partie des plantes qui émerge de l’eau.
Importance pour la santé publique
Schistosomiase
La schistosomiase ou bilharziose est l’une des parasitoses humaines les plus
répandues, et seul le paludisme obère davantage les régions tropicales et subtropicales
par ses effets sur la situation socio-économique et la santé publique. C’est également
la maladie d’origine hydrique la plus fréquente et elle constitue l’un des risques
sanitaires majeurs dans les zones rurales des pays en développement.
En 1996, elle était endémique dans 74 pays tropicaux et l’on estime que plus de 200
millions de personnes vivant en zone rurale ou agricole étaient porteuses du parasite.
On pense qu’à la même époque, entre 500 et 600 millions de personnes étaient
exposées au risque d’infection.
Etant une affection qui touche principalement le monde rural et même certaines
professions, la schistosomiase frappe surtout ceux qui ne peuvent éviter d’avoir des
contacts avec de l’eau contaminée, soit pour des raisons professionnelles (cultivateurs,
pêcheurs), soit parce qu’ils ne disposent pas d’une autre source d’eau saine, pour se
désaltérer, laver leur linge ou faire leur toilette. Les jeunes de 10 à 15 ans, peu
résistants et qui jouent ou nagent très souvent dans des eaux contaminées, sont de
tous, les plus fortement infectés. Les mouvements de population, de plus en plus
nombreux, favorisent la propagation de la maladie et la schistosomiase connaît
désormais une fréquence accrue dans les zones périurbaines.
La plupart des habitants des zones d’endémie ne présentent que des infections légères
et asymptomatiques, mais les effets sur l’économie nationale et la santé de la
population n’en sont pas moins sérieux. Dans de nombreuses régions (nord-est du
Brésil, Egypte, Soudan), la capacité de travail de la population rurale est fortement
réduite par suite de la faiblesse et de la léthargie qu’entraîne la maladie.
Principales formes et répartition géographique des schistosomes
Les principales formes de la schistosomiase humaine sont dues à cinq espèces de
parasites. En 1996, la schistosomiase intestinale due à Schistosoma mansoni était
signalée dans 52 pays d’Afrique, de la Méditerranée orientale, de la Caraïbe et
d’Amérique du Sud. A la même époque, les formes intestinales orientale et asiatique
dues à S. japonicum et S. mekongi étaient observées dans divers pays d’Asie. Par
ailleurs, on signalait la présence, dans dix pays d’Afrique centrale, d’une autre forme
intestinale due à S. intercalatum. La forme urinaire (vésicale) due à S. haematobium
s’observait dans 54 pays d’Afrique et de la Méditerranée orientale (Figs. 8.3 et 8.4).
Fig. 3.8 Répartition de la schistosomiase à Schistosoma mansoni et à S. intercalatum
dans le monde, 1993 (© OMS).
WHO 92720
Fig. 3.9 Répartition de la schistosomiase à Schistosoma haematobium, à S. japonicum
et à S. mekongi dans le monde, 1993 (© OMS).
WHO 92721
Cycle de développement et transmission
Lorsqu’ils pénètrent dans l’eau, les œufs excrétés par une personne infectée libèrent
une larve minuscule, le miracidium, qui se déplace vivement dans l’eau grâce aux fins
cils vibratiles dont son corps est couvert. Le miracidium survit environ 8 à 12 heures,
pendant lesquelles il doit trouver un gastéropode d’eau douce qui lui convienne et
pénétrer dans son organisme pour continuer à se développer (Figs. 8.5 et 8.6).
Fig. 8.5 Cycle de développement des schistosomes (par Taina Litwak pour le compte
du projet VBC de l’United States Agency for International Development).
WHO 96691
Fig. 8.6 Transmission des schistosomes. Les œufs pénètrent dans l’eau lorsqu’une
personne contaminée y urine ou défèque sur la berge. Pour se développer et venir
ensuite contaminer un sujet humain, les formes infestantes du parasite ont besoin d’un
gastéropode d’eau douce qui leur convienne.
Une fois à l’intérieur du gastéropode, le miracidium se reproduit un grand nombre de
fois par voie asexuée, jusqu’à ce que des milliers de formes nouvelles, les cercaires,
émergent du mollusque pour gagner l’environnement aquatique. Selon l’espèce de
gastéropode et de parasite, cette phase du développement peut prendre 3 semaines
sous les climats chauds et de 4 à 7 semaines, voire davantage, dans d’autres régions.
Les cercaires, qui sont des formes larvaires à queue bifurquée, peuvent vivre 48h hors
du gastéropode. Au cours de cette période, il leur faut trouver un hôte humain afin de
poursuivre leur développement.
En pénétrant dans la peau, la cercaire perd sa queue. Au bout de 48h, elle a
complètement traversé la peau pour gagner les vaisseaux sanguins. Ce processus
provoque parfois des démangeaisons, mais la plupart des gens ne s’en rendent pas
compte.
En l’espace de sept semaines, le jeune parasite, parvenu à maturité, se transforme en
ver adulte, mâle ou femelle. Seules les femelles fécondées produisent des œufs. Mâle
et femelle restent liés l’un à l’autre pendant toute leur existence, qui dure en moyenne
moins de cinq ans, mais qui peut atteindre 20 ans. La femelle, dont le corps est plus
grêle, est retenue en permanence dans un sillon situé à la partie antérieure du corps
du mâle. Une fois les œufs pondus, le cycle recommence.
Dans la schistosomiase intestinale, les vers se fixent aux vaisseaux sanguins qui
tapissent la paroi intestinale; dans la schistosomiase urinaire, ils colonisent les
vaisseaux de la vessie.
Environ la moitié des œufs quittent le corps par la voie fécale (schistosomiase
intestinale) ou urinaire (schistosomiase urinaire); les autres restent dans le corps de la
personne infectée où ils provoquent des lésions dans divers organes.
Signes cliniques
Les œufs qui ne sont pas évacués par la voie urinaire ou fécale restent implantés dans
les tissus et ils y déterminent un certain nombre de symptômes qui dépendent de leur
nombre et de leur localisation.
Dans la schistosomiase urinaire à S. haematobium, les œufs provoquent des lésions
des voies urinaires dont la conséquence est l’hématurie, c’est-à-dire l’apparition de
sang dans les urines. La miction devient douloureuse et les lésions progressent peu à
peu au niveau de la vessie, des uretères et des reins. Lorsque la maladie est avancée,
le cancer de la vessie n’est pas rare.
La schistosomiase intestinale à S. mansoni, S. japonicum ou S. mekongi évolue plus
lentement. Il y a hypertrophie progressive du foie et de la rate (Fig. 8.7) et une
atteinte intestinale, conséquence de la fibrose tissulaire qui se produit tout autour des
œufs présents dans la paroi ainsi que de l’hypertension portale. Du sang apparaît dans
les selles par suite des hémorragies qui se produisent à répétition au niveau des
vaisseaux du système porte et dont l’issue peut être fatale. L’infection à S.
intercalatum est à localisation recto-sigmoïdienne.
Fig. 8.7 Une hypertrophie hépato-splénique (foie et rate) peut s’observer en cas de
schistosomiase intestinale non traitée.
Dermatite des nageurs
Des cercaires qui, normalement, parasitent les oiseaux peuvent également traverser
l’épiderme humain. Lorsque les larves présentes dans la peau meurent, il se produit
une réaction allergique connue sous le nom de dermatite des nageurs. Elle s’observe
dans de nombreuses régions tempérées du globe, chez des personnes qui se baignent
dans des eaux douces, saumâtres ou salées souillées par les déjections d’oiseaux
aquatiques et où vivent des gastéropodes susceptibles d’héberger les parasites.
Diagnostic
Les techniques modernes permettant de déceler la présence d’œufs de schistosomes
par examen microscopique sont simples et peu coûteuses. Il existe une technique
simple de filtration à la seringue (avec du papier-filtre ou des filtres de nylon ou de
polycarbonate) que l’on peut recommander pour le diagnostic quantitatif de la
schistosomiase urinaire. On peut ainsi procéder à la numération des œufs à un rythme
pouvant atteindre 130 échantillons à l’heure.
En utilisant cette technique de numération sur des échantillons provenant d’enfants du
Ghana, du Kenya, du Libéria, du Niger, de la République Unie de Tanzanie et de
Zambie, des chercheurs ont observé que les sujets ayant plus de 50 œufs de S.
haematobium pour 10 ml d’urine avaient souvent du sang dans leurs urines
(hématurie). Il s’agit là d’un signe d’atteinte vésicale qui peut être utilisé par les
agents de soins de santé primaires pour identifier les enfants qu’il est nécessaire de
traiter. La sédimentation des urines est également une méthode simple et efficace
pour mettre en évidence les œufs de schisostomes.
Le diagnostic de la schistosomiase intestinale par comptage des œufs dans des
échantillons de selles a également été simplifié. On fait passer un petit échantillon de
selles à travers un tamis en nylon ou en acier pour éliminer les débris volumineux et
on le recouvre d’une feuille de cellophane trempée dans le glycérol (technique de Kato)
ou on le place entre deux lames de verre; l’examen est ensuite effectué au microscope
par un opérateur dûment formé.
Traitement
Tout le monde peut contracter la schistosomiase, mais les enfants sont plus exposés
que les adultes à se réinfecter après avoir été traités.
Les recherches sur un éventuel vaccin suscitent beaucoup d’intérêt mais les
perspectives de succès sont encore lointaines.
Il existe trois médicaments efficaces et sans danger que l’on peut donner par la voie
buccale pour traiter la schistosomiase. Il s’agit du praziquantel, de l’oxamniquine et du
métrifonate qui figurent tous les trois dans la Liste modèle OMS des médicaments
essentiels (1). Le praziquantel est efficace en dose unique contre toutes les formes de
la maladie. Des infections schistosomiennes qui jusqu’ici conduisaient à des lésions
irréversibles peuvent désormais être traitées avec succès par ce médicament.
L’oxamniquine est réservée au traitement de la schistosomiase intestinale en Afrique et
en Amérique du Sud, mais S. mansoni est moins sensible à ce médicament en Afrique
qu’en Amérique du Sud. Le métrifonate, mis au point à l’origine pour servir
d’insecticide, s’est révélé être un produit efficace et sans danger pour le traitement de
la forme urinaire.
Nombre de médecins ont exprimé la crainte que la réinfection n’ôte rapidement tout
intérêt au traitement, mais ce point de vue s’est révélé trop pessimiste. En identifiant
rapidement les malades et en les traitant sans délai, on peut immédiatement réduire la
contamination de l’environnement par les œufs des parasites. Dans certaines zones, la
réduction du nombre de cas ainsi obtenue peut se maintenir pendant un an et demi
sans autre intervention, mais il est vrai aussi que là où la transmission se poursuit,
certains groupes d’âge (les écoliers) peuvent se réinfester en 4 à 6 mois. Toutefois,
même en cas de réinfection, on peut observer une réduction prolongée de la morbidité
car celle-ci est en général imputable à des infections au long cours avec une forte
charge parasitaire.
Prévention et lutte
On peut en principe se prémunir contre l’infection (lors d’un voyage, par exemple) en
évitant tout contact avec de l’eau contaminée. Encore faut-il être bien averti de la
nature du risque et savoir quelles étendues d’eau sont susceptibles d’être peuplées de
gastéropodes contaminés (Fig. 8.8). Lorsqu’on vit dans une zone d’endémie, il est
souvent impossible de n’avoir aucun contact avec l’eau (par exemple dans le cas des
cultivateurs travaillant dans des secteurs irrigués ou des pêcheurs) ou d’empêcher
quiconque d’en avoir (les enfants, par exemple).
Fig. 8.8 Sites de transmission caractéristiques.
a) Canal de drainage.
b) Berge d’un cours d’eau.
c) Rizière irriguée avec des canaux de drainage tout autour.
d) Rives de lacs artificiels ou naturels en Afrique.
On peut combattre la maladie dans les foyers de transmission dont on a connaissance
en ayant recours à un ensemble de mesures: un dépistage plus efficace et un meilleur
traitement des malades, l’amélioration de l’assainissement pour permettre une
évacuation hygiénique des excreta humains, la fourniture d’eau potable, la réduction
des contacts avec les eaux contaminées et la destruction des gastéropodes.
Là où la prévalence de la schistosomiase est faible à modérée et où les services de
santé fonctionnent bien, il se peut qu’un meilleur dépistage des malades et un
traitement plus efficace soient le meilleur moyen de combattre la maladie.1
1
Dans les zones de l’Asie du sud-est et du Pacifique occidental où sévit la
schistosomiase à S. japonicum, les mesures de lutte doivent comporter le traitement
des personnes contaminées et des animaux domestiques car chiens, chats, porcs,
buffles d’Asie, chevaux ou bovins peuvent être tout aussi bien parasités que les
animaux sauvages. Quand ils sont contaminés, les rongeurs sauvages peuvent
perpétuer la transmission.
Dans les zones de forte endémicité, des campagnes antischistosomiennes spéciales
comportant la destruction des gastéropodes peuvent venir compléter utilement et
économiquement les autres mesures (2).
Des améliorations durables sont envisageables; elles sont fondées sur un
approvisionnement en eau saine et sur la mise à niveau de l’assainissement et des
mesures d’hygiène. Pour que la collectivité comprenne la nécessité d’utiliser
convenablement et d’entretenir les installations sanitaires et les sources
d’approvisionnement en eau, il est essentiel de prévoir un programme d’éducation
pour la santé.
La lutte contre la schistosomiase dans le cadre des projets de développement
et d’exploitation des ressources en eau
Les parasitologues sont préoccupés par le nombre croissant de projets de
développement et d’exploitation des ressources en eau, projets qui, par ailleurs, jouent
un rôle essentiel dans l’expansion de l’agriculture et de l’industrie des pays en
développement. Les retenues d’eau de toutes dimensions, qu’il s’agisse de lacs
artificiels ou de réseaux d’irrigation, constituent d’excellents biotopes pour les
gastéropodes d’eau douce et fournissent aux populations humaines des occasions
fréquentes de contact.
La schistosomiase et les autres maladies transmises par l’eau, qu’elles soient amenées
ou simplement propagées par les projets d’aménagement des ressources hydrauliques,
peuvent avoir de graves répercussions sur l’économie (pertes de journées de travail,
coût du traitement) et sur la qualité de vie, sans compter les retards dans
l’achèvement des travaux si les ouvriers des chantiers et les membres de la population
locale tombent malades. Il est néanmoins possible de prévoir des mesures de lutte dès
le stade de planification d’un projet d’exploitation des ressources en eau. En organisant
dans toute la région en cause l’examen et le traiteme nt éventuel de la population, des
employés de l’entreprise en charge du chantier et des membres de leur famille, sans
oublier d’éventuelles populations migrantes, on peut espérer réduire le risque de voir
la schistosomiase prendre les proportions d’un problème majeur de santé publique.
Une bonne gestion des ressources hydriques, complétée le cas échéant par des
épandages périodiques de molluscicides, peut contribuer à limiter la prolifération des
gastéropodes. Plus les possibilités de transmission sont faibles au départ, moins la
maladie aura de chances de prendre des proportions importantes.
Trématodoses d’origine alimentaire (3)
En 1993, on comptait au moins 40 millions de personnes, résidant pour la plupart en
Asie du sud-est et dans le Pacifique occidental, porteuses de trématodoses non
schistosomiennes (distomatoses). La distomatose à grande douve, encore appelée
fasciolase ou distomatose hépatique est une parasitose due à l’invasion du foie par
Fasciola hepatica ou F. gigantica. Elle sévit un peu partout dans le monde. D’autres
douves asiatiques sont susceptibles de provoquer des affections hépatiques
(opisthorchiases); il s’agit notamment de Clonorchis sinensis, d’Opisthorchis viverrini
et d’O. felineus. Il existe également en Asie, en Afrique occidentale et en Amérique du
sud (Equateur et Pérou notamment) des distomatoses pulmonaires dues à des douves
du genre Paragonimus. Des distomatoses intestinales dues à Fasciolopsis buski et à de
nombreuses autres espèces de douves sévissent également dans plusieurs pays d’Asie.
Tous les trématodes qui parasitent l’Homme sont des vers plats en forme de feuille,
dont la taille varie de 1 à 30 mm, voire à 75 mm dans le cas de Fasciolopsis. Les vers
adultes pondent des œufs qui sont excrétés dans la bile, les expectorations ou les
matières fécales. Lorsqu’ils entrent en contact avec l’eau, les œufs éclosent en donnant
naissance à des larves qui vont pénétrer dans les gastéropodes qui leur servent
d’hôtes intermédiaires (Fasciola, Paragonimus) ou sont d’abord ingérés par les
gastéropodes dans l’organisme desquels ils éclosent ensuite (Clonorchis, Opisthorchis).
Chaque parasite a besoin d’un gastéropode particulier pour se développer. Les
cercaires sortent de l’organisme du gastéropode parasité et nagent dans l’eau à la
recherche d’un deuxième hôte spécifique (ou substrat) dans lequel elles vont
s’enkyster. Ce deuxième hôte sert souvent à l’alimentation humaine: par ex. cresson,
poissons ou crustacés.
Des mesures de prévention et de lutte sont possibles, qu’il s’agisse de mesures de
salubrité alimentaire proprement dites (cuisson suffisante et lavage minutieux du
poisson, de la viande et des légumes) ou de mesures prises plus en amont qui
consistent notamment à éviter le contact avec les déjections humaines. On a ainsi
constaté que la fertilisation des bassins piscicoles avec des gadoues non traitées, telle
qu’elle est pratiquée en Chine, était une cause importante de distomatoses dues à
Clonorchis et autres douves. En recueillant les gadoues dans des résevoirs où elles
subissent un traitement préalable qui permet de détruire les œufs et autres agents
pathogènes, on peut réduire ces parasitoses de façon sensible (4). Les mesures de
lutte contre les gastéropodes ne sont pas économiques.
Le praziquantel est le produit de choix pour traiter toutes les trématodoses humaines
d’origine alimentaire sauf la fasciolase. On trouvera ci-après une description
relativement détaillée de Fasciola hepatica, car elle est à l’origine d’une parasitose
largement répandue et dont l’importance est assez grande.
Fasciola hepatica
Cette douve est répandue dans le monde entier et elle est à l’origine d’importantes
pertes économiques dans les élevages. C’est un parasite courant des ruminants et
notamment des ovins, des caprins et des bovins (buffles en particulier), mais elle peut
aussi infester de nombreuses autres espèces domestiques ainsi que nombre d’animaux
sauvages. Elle est moins répandue chez l’Homme que chez l’animal. On estime
qu’entre 1970 et 1993, il y a peut-être eu un peu plus de 300000 cas cliniques de
distomatose hépatique dans quelque 40 pays d’Europe, d’Amérique, d’Asie, d’Afrique
et du Pacifique occidental. Cette douve a 2 à 3 cm de longueur, 0,8 à 1,3 cm de
largeur; elle est plate et affecte la forme d’une feuille.
Cycle de développement et transmission
Le ver adulte vit dans les canalicules biliaires et elle y pond ses œufs. Ceux-ci passent
ensuite dans les intestins et sont excrétés dans les matières fécales. Ils peuvent rester
viables plus de neuf mois dans les matières fécales humides. La larve ou miracidium va
éclore au bout d’environ deux semaines après pénétration des œufs dans l’eau. Elle
pénètre ensuite dans l’organisme d’un gastéropodes pour produire un grand nombre
de cercaires capables de nager jusqu’à ce qu’elles trouvent une plante aquatique où
s’enkyster, du cresson par exemple.
Lorsque ces kystes sont ingérés par un hôte humain ou animal, ils libèrent des
métacercaires dans le duodénum. Les métacercaires traversent la paroi intestinale et
gagnent le foie en empruntant le système lymphatique ou en rampant dans le
péritoine. Elles y demeurent 2 à 3 mois. Une fois parvenues à maturité, elles viennent
s’établir dans les canaux biliaires. Chez l’Homme, leur longévité peut dépasser 10 ans.
L’Homme se contamine en consommant de la salade infestée de kystes, du foie cru ou
mal cuit ou en buvant de l’eau polluée.
Signes cliniques
L’invasion du foie est difficile à diagnostiquer car les symptômes sont variables et
peuvent évoquer d’autres maladies. L’inflammation chronique des voies biliaires
constitue un signe majeur. Cette inflammation peut se compliquer d’une hémorragie.
Les personnes ayant récemment consommé du foie cru ou mal cuit peuvent présenter
une pharyngite, plus facile à diagnostiquer.
Diagnostic
On peut mettre en évidence les œufs de Fasciola hepatica par examen des selles au
microscope (voir p. 377).
Traitement et prévention
Il existe une possibilité de traitement par le bithionol. La mise sur le marché du
triclabendazole a été autorisée en Egypte et l’homologation de ce produit est envisagée
par les autorités de contrôle pharmaceutique de plusieurs pays. Il est possible de se
prémunir contre une infestation en ne buvant que de l’eau bouillie ou filtrée et en
évitant de consommer du foie cru ou insuffisamment cuit ou de manger des légumes
sans les laver. La destruction des gastéropodes n’est pas rentable.
Mesures de lutte
Outre le dépistage des cas et le traitement des malades dans les centres de santé de
base, il faut prendre des mesures pour réduire ou interrompre la transmission de la
schistosomiase. La mesure la plus économique dans la plupart des régions consiste à
assurer un approvisionnement en eau pure. L’éducation sanitaire de la population est
également essentielle pour que la communauté accepte de participer à la construction
des installations nécessaires et de s’en servir.
Eviter d’entrer en contact avec des eaux infestées de gastéropodes
Il faut fournir de l’eau pour la boisson, la toilette et la lessive. Lorsqu’un village est
doté d’un bon système de distribution d’eau avec des pompes, des canalisations ou des
puits, les habitants sont moins tentés de se rendre à la rivière ou à l’étang (Fig. 8.9).
Fig. 8.9 Une installation de distribution d’eau dotée de pompes, de puits et de robinets
incite la population à rester à l’écart des étendues d’eau contaminées.
Les autorités sanitaires doivent renseigner la population sur la salubrité des différentes
étendues d’eau. Il faut éviter de nager, de patauger, de faire sa lessive ou sa toilette
dans des eaux suspectes d’être infestées de gastéropodes. Quoi qu’il en soit, étant
donné que l’on ne peut pas toujours disposer de renseignements détaillés, il est
préférable de considérer toutes les étendues d’eau douce des régions d’endémie
comme des sites potentiels de transmission.
Pour les ouvriers agricoles qui sont constamment exposés au risque d’infestation, le
moyen le plus pratique de lutter contre la maladie est de se faire examiner et traiter
périodiquement.
Améliorer l’assainissement
Il faut éviter de déféquer ou d’uriner dans ou à proximité des étendues d’eau afin de
contaminer le moins possible les gastéropodes dont elles constituent l’habitat. On aura
également soin de construire des latrines ou des toilettes et on apprendra aux enfants
à s’en servir (Fig. 8.10) (pour davantage de détails sur les latrines, voir le Chapitre 1).
Fig. 8.10 L’utilisation de latrines à fosse évite la transmission de la schistosomiase.
Détruire les gastéropodes
Maintenant que l’on dispose de nouveaux médicaments moins nocifs pour le traitement
de la schistosomiase et que, dans bien des régions, l’approvisionnement en eau et
l’assainissement se sont améliorés, la destruction des gastéropodes n’est peut-être
plus autant à l’ordre du jour comme moyen de combattre la maladie. Elle demeure
néanmoins une mesure de lutte importante et efficace, notamment là où la
transmission est assez intense, du fait des enfants qui ont l’habitude de jouer dans
l’eau. Il ne semble pas que l’on puisse faire cesser ces contacts avec l’eau par
l’éducation sanitaire et un approvisionnement en eau pure. Quoi qu’il en soit, avant de
procéder à une campagne de destruction des gastéropodes, encore faut-il s’assurer,
par des prélèvements, que les étendues d’eau en cause en contiennent effectivement.
On peut décimer les populations de gastéropodes, soit indirectement en réduisant la
superficie de leurs biotopes, soit directement en les capturant. Si ces mesures se
révèlent insuffisantes pour les éliminer, on pourra envisager de recourir à des poisons
chimiques (molluscicides).
Seules des personnes techniquement qualifiées sont habilitées à prendre et à exécuter
ce genre de décision.
Les molluscicides ont été jusqu’ici et demeurent la méthode la plus importante de
destruction des populations de gastéropodes. C’est contre les espèces aquatiques
appartenant aux genres Bulinus et Biomphalaria qu’ils sont le plus efficaces. En
revanche, ils le sont moins contre les espèces amphibies du genre Oncomelania qui
transmettent S. japonicum. Dans ce cas, il est généralement plus économique d’agir
sur l’environnement.
La lutte contre les gastéropodes peut être confiée à des équipes spéciales ou au
personnel des centres de soins de santé primaires, moyennant une petite formation à
l’épidémiologie et à la lutte antischistosomienne. Là où les sites de transmission sont
bien connus, peu nombreux et facilement accessibles, la communauté peut également
jouer un rôle actif dans la lutte contre les gastéropodes.
Aménagement de l’environnement
On peut aménager l’environnement par drainage, comblement ou encore en cimentant
les parois des canaux. Ce sont des techniques généralement coûteuses mais qui ont
l’avantage d’avoir des effets durables.
Réduction des habitats de gastéropodes
Les gastéropodes ont besoin de végétation pour se nourrir, s’abriter et pondre leurs
œufs. En désherbant les fossés et les canaux d’irrigation on peut donc réduire leur
nombre. Toutefois pour procéder à cette opération manuellement, il faut pénétrer dans
l’eau, ce qui n’est pas sans danger, alors que d’un autre côté le désherbage mécanique
coûte fort cher. Le nettoyage des canaux est également un moyen de lutter contre
d’autres maladies, comme le paludisme et peut améliorer le rendement du réseau
d’irrigation. Cette méthode a toutefois l’inconvénient de nécessiter des interventions à
répétition. Si l’on dispose de ressources suffisantes, on pourra cimenter les canaux
pour éviter ou réduire la pousse des végétaux. On peut aussi enlever les plantes
aquatiques qui encombrent les lieux de baignade des enfants ou ceux qui sont réservés
à la lessive et au lavage de la vaisselle. Dans certaines conditions, on peut envisager
l’introduction de la carpe de Chine, Ctenopharyngodon idella, qui permet de détruire
les herbes aquatiques par voie biologique (voir le Chapitre 1).
Modification du niveau et du débit des eaux
Lorsque le volume des eaux ne constitue pas un facteur limitant, l’élévation et
l’abaissement de leur niveau ainsi que l’augmentation de leur débit peuvent perturber
les biotopes des gastéropodes et leurs sources de nourriture. Un drainage rapide et
total permet de rendre la végétation moins abondante et provoque une dessication
mortelle pour les mollusques. C’est une méthode qui peut être intéressante dans les
secteurs où l’on pratique l’irrigation des cultures.
Elimination des lieux de ponte
Les trous d’emprunt, les mares et les étangs de petite dimension sans utilité
particulière, peuvent être drainés ou comblés s’ils se révèlent constituer d’importants
sites de transmission de la schistosomiase.
Capture et destruction
On peut draguer les canaux et les cours d’eau en général pour capturer les
gastéropodes et les écraser ensuite ou les laisser mourir par dessication. C’est ce qui
se produit dans les zones irriguées d’Egypte et du Soudan, où il s’agit d’une retombée
bénéfique du curage des canaux pratiqué dans le but de les désenvaser et d’améliorer
ainsi l’écoulement de l’eau.
Lutte biologique
La possibilité de lutter contre les gastéropodes par voie biologique suscite un certain
intérêt mais c’est une option qui ne peut pas être recommandée pour le mo ment (5).
Lutte chimique
Par le passé, on avait souvent tendance à traiter tout un secteur par des molluscicides.
Cette technique coûteuse et dangereuse pour l’environnement a été abandonnée au
profit de traitements focaux (6, 7). On commence par procéder à une étude dont le but
est de reconnaître les sites et les saisons de transmission et c’est uniquement sur ces
sites que l’on procède aux épandages périodiques de molluscicides. En général, ces
épandages sont limités aux endroits fréquentés par la population locale pour la
baignade, la toilette, la lessive etc... Actuellement, un seul molluscicide chimique, le
niclosamide, est jugé acceptable pour les campagnes de lutte contre les gastéropodes.
D’autres produits, notamment d’origine végétale, sont en cours d’évaluation. En raison
de son prix de revient élevé, le niclosamide n’est utilisé que parcimonieusement dans
un petit nombre de programmes locaux. A petite dose, il est extrêmement toxique
pour les gastéropodes et leurs œufs. En pratique, on recommande une concentration
de 0,6 à 1 mg/litre pendant une durée de huit heures.
C’est un produit qu’on peut manipuler sans danger et qui, une fois dilué, n’est pas
toxique pour les plantes et les cultures aquatiques; il est cependant très toxique pour
les poissons. On peut néanmoins consommer sans risque des poissons qui ont été tués
par le niclosamide. Appliqué ponctuellement et à la bonne saison, le niclosamide ne
devrait pas avoir d’impact négatif grave sur l’environnment.
Il faut cependant ne pas perdre de vue que l’emploi de molluscicides présente un
certain nombre d’inconvénients, à savoir:
- c’est une tâche de longue haleine car il faut répéter les épandages;
- ces produits sont coûteux et il est capital qu’ils soient appliqués sous la surveillance
d’un personnel dûment formé;
- ils sont nocifs pour un certain nombre d’espèces non visées, notamment les poissons;
- les gastéropodes sont capables de s’enfouir dans la vase ou de quitter
temporairement leur biotope aquatique pour échapper aux produits chimiques, ce qui
nécessite de recommencer le traitement.
Pour plus de détails sur l’emploi des molluscicides, on pourra consulter la référence 8.
Epandage
Le niclosamide est commercialisé sous forme de poudre mouillable à 70% ou de
concentré émulsionnable à 25%. Cette dernière formulation s’étale bien à la surface
des eaux calmes lorsqu’on l’applique mélangée à du gazole dans la proportion de 8,5
parties de concentré pour 1,5 parties de gazole. Une quantité de 1,43 g de poudre
mouillable ou de 4 g ou 4 ml de liquide contient 1 g de matière active.
En eau stagnante
Pour traiter des eaux stagnantes, tels que marécages, mares, étangs ou retenues à
l’arrière d’un barrage, il est préférable d’utiliser des pulvérisateurs. On trouvera au
Chapitre 9 la description et le mode d’emploi des pulvérisateurs à pression préalable.
On peut également se servir de pulvérisateurs à dos. Les bouillies préparées avec la
poudre mouillable doivent être constamment agitées.
Sur des eaux stagnantes, il est recommandé d’utiliser le concentré émulsionnable à
25% à la dose de 0,4 mg/litre et la poudre mouillable à 70% à la dose de 0,6 mg/litre.
Pour calculer le volume de liquide à pulvériser à la surface de l’eau, on procède comme
suit. On évalue tout d’abord le volume de l’étang en multipliant sa profondeur
moyenne par sa longueur et sa largeur. Pour mesurer la profondeur, on peut utiliser
une baguette graduée lestée à son extrémité et fixée à son sommet au milieu d’une
longue corde. En tirant sur les deux extrémités de la corde on maintient la baguette
plantée bien droite dans le fond de l’étang.
Sur un étang de petite dimension, on peut pulvériser le molluscicide uniformément sur
toute la surface. Sur un étang plus vaste, il suffit de traiter les bords.
Il existe un matériel de terra in très simple pour mesurer la concentration du produit
dans l’eau et s’assurer que l’épandage a été fait correctement.
En eau courante
Dès que le molluscicide est introduit dans un cours d’eau, il est entraîné à distance de
son point d’application initial. Comme le produit doit rester suffisamment longtemps en
contact avec les gastéropodes pour pouvoir les tuer (au moins huit heures, de
préférence), il faut que l’épandage soit poursuivi pendant un laps de temps assez long.
On recommande de traiter les eaux courantes pendant huit heures à raison de 0,6
mg/litre de concentré émulsionnable à 25% ou de 1 mg/litre de poudre mouillable.
Habituellement on applique le molluscicide au moyen d’un goutte-à-goutte constitué
d’un tuyau souple plongeant dans un fût (Fig. 8.11), qui permet d’assurer un débit
constant pendant plusieurs heures.
Fig. 8.11 Lutte chimique contre la schistosomiase: le molluscicide est lentement
déversé dans le cours d’eau à partir d’un fût.
Ce dispositif doit être installé en un point où le cours d’eau ou le canal se resserre ou
encore là où l’écoulement est turbulent, afin que le produit se mélange bien à l’eau. Le
courant va entraîner le produit et le répartir dans l’ensemble du réseau. Il faut
déverser suffisamment de produit au départ pour qu’en fin de parcours il ne se soit pas
trop dilué et soit encore capable de tuer les gastéropodes et leurs œufs.
Dans les canaux, on peut évaluer la vitesse du courant en notant le temps que met un
objet flottant à parcourir une certaine distance. Dans un cours d’eau, cette méthode
conduit à des résultats inexacts du fait de l’existence de portions où l’eau stagne et
d’autres où le courant est rapide. On trouvera dans l’encadré ci-dessous le calcul de la
quantité de produit à utiliser.
Epandage d’un molluscicide au moyen d’un distributeur à débit constant
Epandage de niclosamide en poudre mouillable à 70%, à raison de 1 mg de matière
active par litre sur une durée de 8 heures:
1. Volume d’eau à traiter par seconde (m3 /s): Q = V × P × L avec
V = vitesse du courant en m/s
P = profondeur de l’eau en mètres
L = largeur du canal en mètres
2. Quantité totale de molluscicide (en grammes) nécessaire:
Q × 100/70 × 60 × 60 × 8
3. Débit du distributeur: F litres/s
4. Solution à introduire dans le distributeur:
(Q (m3 /s) × 100/70 (g/m3 ))/F (l/s) = 100/70 × Q/F (g/l)
N.B. La vitesse moyenne du courant sur la totalité de la section du canal est égale à
environ 85% de la vitesse maximale mesurée à la surface en observant le déplacement
d’un objet flottant. Il faut donc multiplier par 0,85 la quantité de niclosamide donnée
par l’équation 2.
Il faut verser dans le fût le volume de solution molluscicide nécessaire pour que
l’épandage reste constant sur une période de 8 heures. La solution s’écoule par un
tuyau souple ou un robinet. On peut régler le débit en tournant plus ou moins le
robinet ou en comprimant plus moins le tuyau avec une pince de Mohr. Si on a préparé
une suspension au moyen d’une poudre mouillable, il faut l’agiter fréquemment pour
éviter le dépôt de la matière active.
Epandage focal dans un canal au Soudan
Dans un village du Soudan où un canal d’irrigation voisin constitue un site de
transmission de la schistosomiase, on a pu constater l’efficacité d’une méthode
légèrement différente. On a préparé une suspension en mélangeant 1 kg de
niclosamide en poudre mouillable à 70% avec 10 litres d’eau et on l’a déversée à 300
m en amont du village. Un traiteme nt de 40 minutes a donné une concentration de 2-3
g/m3 qui a éliminé les gastéropodes dans cette portion du canal pendant 4 à 6
semaines. Au bout de cette période, il a fallu répéter le traitement.
Bibliographie
1. L’utilisation des médicaments essentiels. Septième rapport du Comité OMS
d’experts. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 1997 (OMS, Série de Rapports
techniques, No 867).
2. Gryseels B. The relevance of schistosomiasis for public health. Tropical and medical
parasitology, 1989, 40: 134-142.
3. Lutte contre les trématodoses d’origine alimentaire. Rapport d’un Groupe d’étude de
l’OMS. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 1995 (OMS, Série de Rapports
techniques, No 849).
4. Ling B et alii. L’utilisation des vidanges en agriculture et en pisciculture. Forum
mondial de la santé, 1993, 14:78-82.
5. La lutte contre la schistosomiase. Deuxième rapport du Comité OMS d’experts.
Genève, Organisation mondiale de la Santé, 1993 (OMS, Série de Rapports techniques,
No 830).
6. Fenwick A. Experience in mollusciciding to control schistosomiasis. Parasitology
today, 1987, 3: 70-73.
7. Klumpp RK, Chu KY. Focal mollusciciding: an effective way to augment
chemotherapy of schistosomiasis. Parasitology today, 1987, 3: 74-76.
8. McCullough FS. The role of mollusciciding in schistosomiasis control. Genève,
Organisation mondiale de la Santé, 1992 (document non publié WHO/SCHIST/92.107;
disponible sur demande à la Division Lutte contre les Maladies tropicales, Organisation
mondiale de la Santé, 1211 Genève 27, Suisse).
Pour en savoir plus
L’éducation pour la santé dans la lutte contre la schistosomiase. Genève, Organisation
mondiale de la Santé, 1990.
Jordan P, Webbe G, Sturrock RF. Human schistomiasis, 3éme édition, Oxford, CAB
International, 1993.
Chapitre 9. Traitement des habitations au moyen d’insecticides à effet
rémanent
L’un des progrès les plus importants réalisés au cours de ce siècle dans la lutte contre
les insectes a été la mise au point d’insecticides capables de consever leur activité
pendant une longue période. Le premier à être doté d’une activité prolongée, c’est-àdire à avoir un effet rémanent a été le DDT, mis au point au cours de la Deuxième
guerre mondiale. On s’aperçut peu après, qu’une fois pulvérisé sur les murs et les
plafonds d’une habitation, cet insecticide continuait à tuer les insectes pendant
plusieurs mois.
C’est ainsi que les pulvérisations d’insecticides à effet rémanent ont pris une
importance particulière dans la lutte contre les moustiques vecteurs du paludisme, qui
se reposent souvent sur les murs avant et après avoir pris leur repas de sang. En
Amérique du sud, le traitement des murs est également devenu le moyen le plus
important de détruire les triatomes vecteurs de la maladie de Chagas, des punaises qui
vivent dans les fentes et les fissures. Ce type de traitement est également efficace
contre les punaises de lit et certaines espèces intradomiciliaires de phlébotomes qui
transmettent la leishmaniose. On peut aussi en faire usage pour détruire les
moustiques des genres Culex et Aedes, qui sont respectivement les vecteurs de la
filariose et de la dengue, mais il est vrai que le traitement n’est pas très efficace dans
ce cas, notamment du fait que ces moustiques, s’ils ont effectivement un
comportement endophile, ont plutôt tendance à se reposer sur des surfaces qu’il est
exclu de traiter comme les rideaux, les vêtements et les meubles.
On peut lutter contre les blattes, les puces, les tiques molles, les acariens piqueurs et
autre vermine en pulvérisant des insecticides à effet rémanent aux endroits où ils se
reproduisent, se cachent ou se reposent. En Afrique, il est possible de détruire les
mouches tsé-tsé vectrices de la maladie du sommeil en traitant de la sorte les
végétaux qui leurs servent de lieux de ponte et de repos.
Les problèmes du traitement des habitations dans les programmes de
lutte antipalustre
En général, le traitement des murs par des insecticides à effet rémanent s’est révélé
efficace contre le paludisme partout où il a été effectué correctement. Un certain
nombre de problèmes ont quand même fini par se poser, en particulier:
- l’apparition, chez les insectes visés, d’une résistance au DDT et à d’autres
insecticides;
- le fait que certaines espèces de moustiques vecteurs piquent et se reposent à
l’e xtérieur;
- le fait qu’il est exclu de traiter certaines surfaces à l’intérieur des habitations;
- l’habitude qu’ont les habitants de certaines régions de dormir à la belle étoile
pendant la saison chaude.
A cela s’est ajouté un problème supplémentaire de taille, à savoir la répugnance de
certaines communautés à accepter cette méthode. Les populations qui vivaient dans
des zones où le traitement des habitations était fréquent n’en voyaient guère
l’avantage, de sorte qu’elles ont eu de plus en plus tendance à ne pas laisser pénétrer
les équipes de pulvériseurs dans leurs maisons, refusant de subir l’odeur parfois
désagréable des insecticides et de voir leurs logements souillés par des dépôts
inesthétiques, dès lors qu’elles ne constataient pas de contrepartie sous la forme d’un
recul sensible de l’incidence des maladies.
L’organisation, la gestion et le financement de vastes campagnes de pulvérisations
s’étendant sur de longues périodes se sont révélées problématiques dans nombre de
pays. Traiter un grand nombre d’habitations une ou deux fois par an exige une
organisation minutieuse et beaucoup de personnel, de véhicules et de pulvérisateurs.
Après une période initiale marquée par des succès, les pulvérisations se sont révélées
de moins en moins efficaces et rentables. Il a bien fallu se rendre compte que la
poursuite de ces programmes était hors de portée de la plupart des pays en
développement. Au cours des années 70, il est apparu à l’évidence que l’éradication du
paludisme fondée sur le traitement des habitations par des insecticides était
irréalisable et qu’une réorganisation des programmes de lutte s’imposait. Ces
traitements n’ont été poursuivis que là où les ressources étaient suffisantes et les
chances de réussite raisonnables. Pour les programmes de lutte antipalustre, il ne
s’agissait plus d’éradiquer la maladie mais d’en réduire l’incidence à un niveau tel
qu’elle cesse d’être un problème majeur de santé publique. Il était visiblement devenu
nécessaire d’adopter une stratégie plus souple, en diversifiant les techniques de lutte
antivectorielle et de prise en charge de la maladie.
Organisation des opérations de pulvérisation
Le traitement des habitations était traditionnellement confié à des programmes
spécialisés dotés d’un effectif nombreux, mais il était désormais clair que si l’on se
tournait vers d’autres méthodes de lutte antivectorielle, elles devaient être plus
simples et meilleur marché de manière à permettre la décentralisation et une
participation plus importante des services de santé de district et des populations
locales.
Même si l’on a voulu privilégier d’autres méthodes que la pulvérisation d’insecticides
dans les habitations, il n’en reste pas moins que dans bien des circonstances, cette
technique reste la plus efficace pour lutter contre les vecteurs. Il est d’ailleurs possible
qu’un certain nombre de problèmes puissent être résolus en modifiant simplement
l’organisation des pulvérisations.
Il faut faire appel à l’éducation sanitaire pour faire prendre conscience aux collectivités
locales et autres groupes de la responsabilité qu’ils ont dans la prise en charge de leur
propre santé et des possibilités qui s’offrent à eux à cet égard. Dans de nombreuses
régions, les cultivateurs possèdent des pulvérisateurs pour le traitement de leurs
cultures. Dans les petites collectivités, on pourrait envisager d’apprendre aux
agriculteurs à assurer le traitement de leurs habitations, en apportant éventuellement
de légères modifications à leur matériel. Les services sanitaires pourraient également
fournir le matériel de pulvérisation et former les agents de santé ou d’autres membres
de la collectivité à son utilisation pour le traitement des habitations. Dans une petite
communauté, on peut traiter toutes les habitations en une ou deux semaines et
plusieurs collectivités peuvent donc partager le même matériel.
La solution communautaire permet d’éviter la plupart des problèmes que pose le
transport des équipes et du matériel de pulvérisation. En améliorant l’éducation
sanitaire et en faisant davantage participer la collectivité à la planification des
opérations, on obtient une meilleure coopération de la part des propriétaires. Les
dépenses de personnel sont fortement réduites, mais il n’est pas exclu que le service
sanitaire local ou l’association qui se charge des opérations doive proposer une
compensation financière ou autre aux participants. De toute manière, il faut également
envisager un renforcement des services sanitaires, si l’on veut qu’ils soient à même
d’assurer leur tâche d’éducation pour la santé, tout en supervisant les pulvérisations et
en en évaluant les résultats. Ce sont également les services sanitaires qui doivent
avoir la responsabilité du matériel, des pièces de rechange et des insecticides. Il faut
aussi s’assurer le concours de spécialistes de la lutte antivectorielle qui conseilleront
les exécutants sur les techniques, le matériel et les produits à employer ainsi que sur
le calendrier des opérations.
Conditions à respecter pour assurer l’efficacité des pulvérisations murales
Habitudes de repos des moustiques
Plus les moustiques ont tendance à se reposer longtemps à l’intérieur, plus les
pulvérisations murales sont efficaces. Une période de repos de quelques heures suffit
généralement pour que la plupart des espèces de moustiques et de phlébotomes soient
tuées. Il importe également de connaître les endroits que les insectes choisissent de
préférence pour se reposer: certaines espèces ne se posent qu’à la partie inférieure
des murs, d’autres se réfugient dans les combles. Il est bien clair qu’il suffit de traiter
les lieux de repos effectifs.
Sensibilité des moustiques aux insecticides
Il existe des espèces de moustiques qui sont devenues résistantes à certains
insecticides, notamment au DDT, ce qui oblige à utiliser d’autres produits. Il y a
suspicion de résistance si l’on constate à plusieurs reprises que les moustiques
survivent après avoir séjourné sur des surfaces traitées pendant au moins une demiheure. Pour en avoir confirmation, on peut utiliser le nécessaire OMS pour la
détermination de la sensibilité des vecteurs aux insecticidesa .
a
Disponible sur demande à: Vector Control Research Unit, School of Biological
Sciences, Malaysia Sains University (USM), Penang, Malaisie.
Nature des murs et des toits
Toutes les surfaces ne c onviennent pas aux pulvérisations d’insecticides: les murs de
terre ou de torchis non crépis sont très absorbants et pompent l’insecticide présent sur
la surface où les moustiques viennent se poser. Certains murs de terre contiennent des
substances qui augmentent le pH, provoquant la décomposition rapide de certains
insecticides. Les toits de chaume ou de fascines offrent de nombreuses caches où les
insectes peuvent se reposer sans risquer d’être atteints par les insecticides. Les
surfaces qui se prêtent le mieux aux pulvérisations sont celles qui ne sont pas
absorbantes, comme les surfaces en bois dur ou les surfaces peintes (voir Chapitre 1).
Nature des insecticides
Ce que l’on souhaite, c’est que les insectes meurent une fois qu’ils se sont posés sur la
surface traitée. Il ne faut donc pas que l’insecticide utilisé ait un effet répulsif.
Quelques insecticides tuent par contact mais exercent également une action toxique
par la voie aérienne sans tenir les insectes à distance (bendiocarbe, propoxur,
pirimiphos- méthyl, fénitrothion). La formulation joue un rôle important: les concentrés
émulsionnables ne conviennent généralement pas.
Coopération avec les occupants
Les pulvérisations d’insecticides à l’intérieur des habitations sont à l’origine de
nombreux problèmes et malentendus entre les équipes de pulvériseurs et les
occupants. Il faut une bonne éducation sanitaire pour pouvoir faire comprendre la
raison d’être des pulvérisations. Les responsables de la planification et de l’éxécution
des opérations doivent respecter les us et coutumes de la population.
Insecticides pour pulvérisations à effet rémanent
Les traitements insecticides peuvent viser les stades larvaires des moustiques, qui
vivent dans l’eau ou les insectes adultes (imagos). Dans ce dernier cas, il existe deux
modes d’épandage:
• Libération dans l’atmosphère sous forme de vapeurs ou d’aérosol, au moyen,
par exemple, de serpentins anti- moustiques ou de bombes aérosols ou encore par
pulvérisations spatiales. Cette méthode permet d’étourdir ou de tuer les insectes en
vol ou au repos dès qu’ils absorbent les particules d’insecticide par inhalation ou
contact, mais la protection qu’elle offre est de courte durée.
• Application sur une surface sous la forme d’une pulvérisation ou d’un dépôt
ou imprégnation en vue d’une action prolongée. Les insecticides à effet rémanent
tuent les insectes qui se posent ou se déplacent sur les surfaces traitées. La durée de
l’action dépend d’un grand nombre de facteurs, comme la nature de la surface,
l’insecticide utilisé, sa formulation et sa dose. On peut citer comme exemples les
poudres insecticides que l’on utilise contre les poux et les puces ou encore les
moustiquaires imprégnées et le traitement des murs d’une habitation.
Selon la méthode d’application utilisée, on fera usage de tel ou tel insectic ide. Ainsi, les
insecticides qui s’évaporent rapidement à la température ambiante ne conviennent pas
si l’on a l’intention de traiter des murs en obtenant un effet rémanent. Par contre, ils
conviendront très bien pour des pulvérisations spatiales ou un épandage par
vaporisateur.
Caractéristiques des bons insecticides à effet rémanent
Un insecticide à effet rémanent doit avoir les propriétés suivantes:
• Forte toxicité pour les insectes visés. Les insecticides perdent leur efficacité si les
insectes visés acquièrent une résistance. De temps à autre, il faut capturer des
insectes et vérifier si des signes de résistance commencent à se manifester. Si c’est le
cas, on devra utiliser un autre insecticide vis-à-vis duquel il n’y a ait pas de résistance
croisée.
• Longue durée sur une surface donnée. L’insecticide doit conserver une forte
toxicité pendant une période suffisamment longue pour que l’on ne soit pas obligé de
procéder à des retraitements trop fréquents, qui sont coûteux et longs.
• Innocuité pour l’Homme et les animaux domestiques. Les produits ne doivent
présenter aucun danger pour les opérateurs, les occupants et les animaux qui
pourraient être accidentellement contaminés pendant ou après le traitement.
• Acceptabilité pour les occupants. Certaines formulations conviennent moins bien
que d’autres parce qu’elles dégagent une odeur ou laissent subsister des dépôts
inesthétiques sur les murs.
• Stabilité pendant le stockage et le transport; bonne miscibilité à l’eau; pas
d’agressivité vis-à-vis du matériel d’épandage.
• Bon rapport coût-efficacité. Dans le calcul du coût, il faut tenir compte du mode
d’application de l’insecticide, de sa dose et du nombre de traitements annuels.
Résistance
La résistance résulte à la fois de l’usage de l’insecticide et de la pression de sélection
exercée sur la population d’insectes. Lorsqu’une résistance apparaît, le choix d’un
produit de remplacement dépend du mécanisme selon lequel cette résistance se
développe, de ce que l’on sait de la sensibilité des insectes, du rapport coût-efficacité
du produit et de la possibilité de se le procurer. L’idéal serait d’opter pour une stratégie
qui permette d’utiliser chacun des produits disponibles le plus longtemps possible.
Le DDT a été l’insecticide le plus couramment utilisé et on peut encore s’en servir
lorsque les moustiques vecteurs ne lui sont pas résistants.
En cas de résistance au DDT, les premiers insecticides auxq uels on pense sont en
général les organophosphorés, notamment le malathion. Si les insectes que l’on veut
combattre sont devenus résistants au malathion, on pourra passer au fénitrothion, qui
est plus cher et plus dangereux ou bien au pirimiphos- méthyl, également plus coûteux.
Les carbamates constituent également une alternative plus coûteuse. Lorsque les
insectes sont résistants à tous les types d’insecticides, on se tourne en principe vers
les pyréthrinoïdes. Ces insecticides comptent parmi les produits les moins dangereux
de ce genre lorsqu’on les utilise aux doses recommandées. Pour obtenir des
renseignements sur l’efficacité des différents insecticides dans les conditions locales,
on peut s’adresser aux services sanitaires ou à des centres de recherches locaux qui
comptent des spécialistes de la lutte antivectorielle parmi leur personnel.
Formulations
On épand rarement les insecticides à l’état pur. En règle générale, ils sont présentés
en formulations spéciales adaptées aux exigences des différentes mé thodes
d’application. Les insecticides à effet rémanent se présentent habituellement sous
forme de poudres dispersables dans l’eau, de concentrés émulsionnables ou de
concentrés pour suspension.
Poudres dispersables dans l’eau
Ce sont des poudres additionnées d’un agent tensioactif qui permet à l’insecticide de se
dissoudre dans l’eau. On agite le mélange de temps à autre pour maintenir l’insecticide
en suspension.
Ces produits sont généralement livrés en poudre à 5-80% de matière active. Un
kilogramme d’une poudre à 75% contient 250 g de matériau inerte et 750 g
d’insecticide pur. En versant directement le produit dans l’eau on obtient une
suspension prête à être pulvérisée qui contient 1 à 5% de matière active.
Concentrés émulsionnables
Un concentré émulsionnable est constitué d’un solvant additionné d’un agent
émulsifiant et dans lequel l’insecticide est dissous. Lorsqu’on le verse dans l’eau, il se
forme une émulsion d’un blanc laiteux qui est composée de gouttelettes huileuses
finement dispersées. Un minimum d’agitation suffit à le maintenir en suspension.
Concentrés pour suspension
Un concentré pour suspension est constitué de particules d’insecticides avec un agent
mouillant et un peu d’eau. On peut l’utiliser pour préparer une suspension aqueuse. Ce
produit a le grand avantage d’être ininflammable. Les particules d’insecticide sont de
plus grande taille que dans les concentrés émulsionnables et elles restent plus
longtemps à la surface des murs. Elles sont par contre plus petites que les particules
de poudre dispersable et donc moins efficaces sur des surfaces poreuses. Les résidus
qui subsistent après traitement sont moins disgracieux que dans le cas des poudres
dispersables. Ce type de formulation existe pour plusieurs insecticides (voir Tableau
9.1).
Tableau 9.1
Insecticides utilisés pour les traitements à effet rémanent
Insecticide
Dose
(g/m2)
Durée
Action
Classe de
d’efficacité insecticide sécurité de la
(mois)
matière activea
Organochlorés
DDT
1-2
6 ou plus
contact
DM
lindane
0,2-0,5
3 ou plus
contact
DM
contact
DF
Organophosphorés
malathion
1-2
1-3
fénitrothion
1-2
1-3 ou plus contact, VA DM
pirimiphos- méthyl
1-2
2-3 ou plus contact, VA DF
bendiocarbe
0,2-0,4
2-3
contact, VA DM
propoxur
1-2
2-3
contact, VA DM
alphacyperméthrine 0,03
2-3
contact
DM
cyfluthrine
0,025
3-5
contact
DM
cyperméthrine
0,5
4 ou plus
contact
DM
deltaméthrine
0,05
2-3 ou plus contact
DM
lambdacyhalothrine 0,025-0,05 2-3 ou plus contact
DM
Carbamates
Pyréthrinoïdes
perméthrine
a
0,5
2-3
contact, VA DM
DM = danger modéré; DF = danger faible; VA = voie aérienne.
Poudre dispersable dans l’eau, concentré émulsionnable ou concentré pour
suspension?
Pour les pulvérisations à l’intérieur des habitations, ce sont les poudres dispersables
qui sont les plus efficaces dans la plupart des pays. Cela tient au fait que cette
formulation est celle qui convient le mieux aux surfaces poreuses telles que les murs
de briques ou de torchis. Les particules d’insecticide sont relativement grosses et
l’absorption relativement faible. De ce fait, il reste davantage de matière active sur les
parois pour tuer les moustiques au repos ou les insectes rampants et l’effet rémanent
s’en trouve prolongé.
Les poudres dispersables dans l’eau ont également l’avantage d’être plus légères et
plus faciles à transporter que les concentrés émulsionnables. On peut les préemballer
pour un usage plus commode sur le terrain et leur toxicité pour l’Homme est moindre.
Les concentrés pour suspension conviennent également aux surfaces rugueuses, mais
des précautions sont à prendre lors de la formulation afin d’éviter l’agglutination des
matières solides au fond du récipient. Par ailleurs, comme il s’agit d’un produit liquide,
il nécessite l’emploi de récipients relativement coûteux et une manipulation prudente
afin d’éviter tout déversement accidentel.
Les concentrés émulsionnables coûtent plus cher et s’utilisent de préférence pour
traiter des surfaces imperméables et les murs recouverts d’un crépi fin car ils ne
tachent pas et ne laissent pas de dépôts.
L’effet rémanent des concentrés émulsionnables dépend de la capacité d’absorption de
la surface traitée et des propriétés physiques de l’insecticide. En général, les poudres
dispersables dans l’eau et les concentrés pour suspension ont un meilleur effet
rémanent, sauf dans le cas des surfaces non absorbantes sur lesquelles les trois
formulations ont une persistance et une efficacité équivalente.
Doses et cycles de traitement
La dose d’emploi est la quantité d’insecticide délivrée par unité de surface. On
l’exprime généralement en grammes par mètre carré (g/m2 ). La valeur optimale de la
dose d’emploi varie selon le lieu, la saison, l’espèce du vecteur et la nature de la
surface traitée. Les doses données au Tableau 9.1 sont celles qui donnent
habituellement satisfaction. Les spécialistes locaux de la lutte antivectorielle doivent
pouvoir donner des renseignements sur les doses à utiliser.
On appelle cycle de traitement l’intervalle de temps entre deux traitements
consécutifs. Dans une petite collectivité où il est possible d’opérer rapidement, on
traitera les habitations au cours des semaines précédant le début de la saison de
transmission. Si la saison ne dure que trois mois et que l’on utilise un produit dont
l’effet persiste pendant trois mois ou davantage, il suffira de traiter une fois par an.
Là où la transmission se produit tout au long de l’année, il pourra être nécessaire de
prévoir plusieurs cycles de traitement pour couvrir toute la période. Lorsque la dose
d’emploi est forte, l’effet rémanent est en principe plus durable. Si en revanche la
saison de transmission est brève, on pourra se contenter d’une dose plus faible.
Nature de la surface traitée
La persistance d’un insecticide sur une surface dépend non seulement du type
d’insecticide et de sa formulation, mais encore de la nature de la surface. La plupart
des insecticides persistent plus longtemps sur le bois ou sur le chaume que sur le
torchis. Les surfaces de torc his absorbent une certaine proportion de l’insecticide et
peuvent parfois provoquer sa décomposition chimique. Par exemple, du malathion
pulvérisé sur du bois pourra subsister pendant trois mois ou davantage, alors que sur
certaines surfaces de torchis, il disparaîtra en trois semaines.
Si l’on ne connaît pas les conditions locales, il est conseillé, en cas de pulvérisations
sur des surfaces de bois ou pour une période de transmission de courte durée, de
choisir les doses les plus faibles indiquées par le Tableau 9.1. Les doses les plus
élevées pourront être utilisées pour traiter les surfaces de torchis ou encore si l’on
souhaite un effet rémanent prolongé. Comme on l’a vu plus haut, la persistance d’un
insecticide est également conditionnée par sa formulation.
Insecticides d’usage courant
Organochlorés
Seul le DDT sera examiné ici en détail. La dieldrine a été couramment utilisée à une
époque, mais elle est très toxique pour l’Homme et les animaux domestiques et elle
n’est plus commercialisée. Le lindane s’utilise là où existe une résistance au DDT. Il est
plus toxique que ce dernier, mais on peut l’épandre sans risque moyennant certaines
précautions. Il coûte plus cher que le DDT et il est moins persistant, de sorte que les
traitements au lindane sont d’un prix de revient assez élevé. En outre, l’existence
d’une résistance en a réduit l’intérêt.
DDT
Le DDT a été l’un des premiers insecticides a être couramment employé pour des
pulvérisations à effet rémanent. Comme il est bon marché, très efficace, qu’il a une
bonne persistance et qu’il est relativement sans danger pour l’Homme, on continue à
l’utiliser pour traiter les murs à l’intérieur des habitations. Toutefois, l’apparition d’une
résistance et les restrictions imposées à son utilisation dans un certain nombre de pays
ont conduit à lui substituer d’autres insecticides d’un prix de revient plus élevé. En
novembre 1993, un Groupe d’étude de l’OMS a examiné la question de l’usage du DDT
pour combattre les maladies à transmission vectorielle. Il a conclu que le DDT pouvait
être utilisé pour la lutte antivectorielle à condition de prendre un certain nombre de
précautions (1).
Formulations courantes: poudres dispersables dans l’eau à 75% (la plus fréquemment
utilisée) ou à 50%; concentré émulsionnable à 25%.
Doses: 1-2 g/m2 selon la surface à traiter (davantage sur le torchis et la brique, moins
sur le bois) et la durée de la période transmission (la plus forte des deux doses donne
un effet plus durable).
Stockage: c’est un produit stable qui peut être conservé en milieu tropical sans
détérioration notable à condition de le mettre à l’abri de la chaleur, de la lumière
solaire directe et d’une forte humidité.
Efficacité résiduelle: six mois ou davantage.
Efficacité et importance du DDT
La découverte des propriétés insecticides du DDT dans les années quarante a permis
une percée dans la lutte contre le paludisme. Appliqué en pulvérisations, ce composé
est très efficace pour détruire les moustiques qui se reposent sur les murs. Il est bon
marché et conserve son efficacité pendant plusieurs mois. Dans de nombreux pays, les
programmes de lutte antipaludique ont obtenu des succès notables en traitant les
habitations une ou deux fois par an avec ce produit. Malheureusement, on a dû bien
souvent y renoncer en raison du coût élevé des opérations et du fait que la population
s’est montrée de moins en moins coopérative. En outre, les moustiques vecteurs du
paludisme sont devenus résistants dans de nombreuses régions, obligeant à recourir à
des insecticides plus coûteux. Quoi qu’il en soit, le DDT reste efficace dans un certain
nombre de pays.
Il reste que l’utilisation du DDT rencontre de plus en plus d’opposition de la part des
écologistes qui font valoir, non sans raison, que ce composé se révèle nocif lorsqu’il est
employé à des fins agricoles. En effet, une fois pulvérisé sur les cultures, le DDT met
beaucoup de temps à se décomposer. Il subsiste longtemps dans le sol et peut
pénétrer dans les cours d’eau et les nappes phréatiques. Les animaux qui se
nourrissent d’insectes empoisonnés par du DDT, de même que les prédateurs situés
plus en aval dans la chaîne alimentaire, s’intoxiquent eux- mêmes peu à peu. L’Homme
accumule aussi du DDT dans ses différents tissus en consommant des légumes et
autres produits contaminés. C’est d’ailleurs ce qui a amené la plupart des pays a en
interdire l’usage.
Cette situation n’est pas sans conséquences sur la possibilité, pour les programmes de
lutte antipaludique, de se procurer et d’utiliser du DDT. Ce produit reste l’un des
insecticides les meilleur marché (Tableau 9.2) et, lorsqu’on l’utilise en pulvérisations
murales, il est relativement sans danger pour l’Homme et l’environnement. On n’a pas
fait état de cas d’intoxication humaine consécutifs à des pulvérisations murales, malgré
la très large utilisation qui est faite de cet insecticide dans la lutte contre le paludisme.
Organophosphorés
Ces insecticides ont été mis au point après le DDT. Ils ont pris de l’importance en tant
que produits de remplacement lorsqu’il est apparu que certaines espèces de vecteurs
étaient devenues résistantes au DDT. Les plus couramment utilisés sont le malathion
et le fénitrothion. Ils sont plus chers que le DDT et leur rémanence est moindre
(Tableau 9.2).
Tableau 9.2
Prix de revient comparé des insecticides utilisés en pulvérisations murales (frais
d’épandage exclus)
Insecticide
Dosage
Durée
Nombre de Dose Formulatio na Quantité
2
(g/m de approximative traitements totale
totale de approxi
produit
de l’effet
sur 6 mois sur 6
formulation par ton
technique) rémanent sur
mois
par m2 sur
2
du torchis
(g/m )
6 mois
(mois)
DDT
2
6
1
2
PDE à 75%
2,67
3000
malathion
2
3
2
4
PDE à 50%
8
2100
fénitrothion
2
3
2
4
CE à 50%
8
7500
propoxur
2
3
2
4
CE à 20%
20
9300
deltaméthrine 0,025
6
1
0,025
PDE à 2,5%
1
25000
perméthrine
3
2
0,250
PDE à 25%
1
30000
a
0,125
PDE: poudre dispersable dans l’eau; CE: concentré émulsionnable.
Frais de transport non compris.
Source: 2.
b
Malathion
Ce composé est devenu l’un des insecticides à effet rémanent les plus utilisés, du fait
qu’une résistance au DDT est apparue dans de nombreux pays. Il est considéré comme
représentant un certain danger. En cas d’absorption de particules par inhalation,
ingestion ou contact cutané lors des pulvérisations, il y a réduction de l’activité d’une
enzyme présente dans le tissu nerveux, la cholinestérase. Les intoxications graves se
manifestent par des signes tels que crampes et faiblesses musculaires suivies de crises
de convulsions. Les ouvriers pulvériseurs ne doivent pas épandre de malathion plus de
cinq heures par jour ni plus de cinq jours par semaine. Si le produit est conservé
pendant de longues périodes à température élevée, il peut se former des impuretés qui
le rendent encore plus toxique pour l’Homme. Le malathion est le moins cher des
organophosphorés et le moins dangereux de tous s’il est produit selon les normes de
l’OMS. On l’utilise couramment en pulvérisations à effet rémanent pour la lutte contre
le paludisme et la maladie de Chagas. Il est quelquefois mal accepté par les personnes
dont on traite l’habitation en raison de son odeur désagréable.
Formulations courantes: poudre dispersable dans l’eau ou concentré émulsionnable à
50%.
Dose: 1 à 2 g/m2 .
Efficacité rémanente: à la dose la plus élevée, il peut durer jusqu’à six mois sur le
chaume ou le bois, mais seulement 1 à 3 mois le torchis et le plâtre. Sur des surfaces
de torchis à forte teneur en composés alcalins (minéraux), il se décompose très
rapidement.
Fénitrothion
Classé comme modérément dangereux, le fénitrothion est plus toxique pour l’Homme
que le malathion. Le personnel chargé de l’épandage et tous ceux qui sont appelés à le
manipuler doivent observer des mesures de sécurité très strictes. Comme dans le cas
du malathion, une exposition répétée peut faire baisser le taux de cholinestérase dans
les tissus nerveux. Les opérateurs doivent se soumettre à un contrôle périodique de
leur taux sanguin de cholinestérase et si celui-ci est trop bas, cesser le travail
d’épandage jusqu’à ce que le taux redevienne normal. L’action toxique du fénitrothion
sur les insectes s’exerce non seulement par contact, mais encore par la voie aérienne
et peut durer jusqu’à deux mois après l’épandage. Le fait que l’action toxique s’exerce
aussi par voie aérienne peut être utile lorsque les moustiques à détruire piquent à
l’intérieur des habitations mais ne s’y reposent pas. Le fénitrothion est souvent actif
contre les insectes nuisibles qui sont devenus résistants au malathion.
Formulations courantes: poudre dispersable dans l’eau à 40 ou 50%; concentré
émulsionnable à 5%.
Dose: 1 ou 2 g/m2 .
Efficacité rémanente: sur les boiseries, une dose de 1 g/m2 peut conserver son
efficacité jusqu’à deux mois et demi; sur les surfaces de torchis, l’effet rémanent dure
1à 2 mois.
Carbamates
Propoxur
Ce composé est classé comme modérément dangereux. En cas d’absorption, il réduit
l’activité de la cholinestérase, mais celle-ci redevient rapidement normale dès que
cesse l’exposition. Il est assez toxique pour les poissons, les oiseaux, les abeilles, le
bétail et la faune sauvage. L’action toxique du propoxur s’exerce par la voie aérienne
et peut subsister jusqu’à deux mois à l’intérieur et à proximité des habitations où il a
été pulvérisé. On l’utilise là où se manifeste une résistance aux organochlorés et aux
organophosphorés.
Formulations courantes: poudre dispersable dans l’eau à 50% et concentré
émulsionnable à 20%.
Dose: 1 ou 2 g/m2 .
Efficacité rémanente: peut rester efficace pendant 2 à 3 mois à la dose de 2 g/m2 .
Bendiocarbe
Le bendiocarbe est classé comme modérément dangereux. Une fois absorbé, il est
rapidement métabolisé et ses métabolites sont excrétés en totalité au bout de 24h. Il
inhibe la cholinestérase mais la récupération est très rapide lorsque l’exposition a
cessé. Si on observe les précaution d’usage, le produit est sans danger pour ceux qui
l’utilisent ainsi que pour les occupants des habitations traitées. Il n’est pas dangereux
non plus pour le bétail. Il est cependant à noter que les canards sont particulièrement
vulnérables.
Formulations courantes: poudre dispersable dans l’eau à 80% en sachets prédosés. Un
sachet suffit pour une charge de pulvérisateur.
Dose: 0,2 à 0,4 g/m2 .
Efficacité rémanente: reste efficace 2 à 3 mois.
Pyréthrinoïdes de synthèse
Dans ce groupe figurent les insecticides à effet rémanent les plus récents. La
perméthrine, la deltaméthrine, la lambdacyhalothrine, la cyperméthrine et la
cyfluthrine ont fait l’objet d’essais d’épandage en pulvérisations murales. On les
emploie dans les cas où les vecteurs sont résistants aux autres groupes d’insecticides.
Les pyréthrinoïdes sont modérément dangereux et dans les conditions normales, ils ne
présentent pas de risque pour les pulvériseurs et les occupants des habitations
traitées.
Deltaméthrine: existe sous forme de poudre dispersable dans l’eau à 2,5 et 5,0% ou
encore de concentré émulsionnable à 2, 5 et 5,0%. A la dose de 0,05 g/m2 , elle est
généralement efficace pendant 2 à 3 mois sur les surfaces de torchis et de chaume,
mais on a fait état d’une efficacité de 9 mois sur d’autres types de surfaces.
Perméthrine: existe sous forme de poudre dispersable dans l’eau à 25%. A la dose de
0,5 g/m2 , elle est efficace pendant 2 à 3 mois.
Lambdacyhalothrine: existe sous forme de concentré émulsionnable et de poudre
dispersable à 10% en sachets prédosés. A la dose de 0,025-0,05 g/m2 , elle peut rester
efficace 2 à 3 mois.
Cyperméthrine: existe sous forme de concentré émulsionnable à 5 ou 25%. A la dose
de 0,5 g/m2 , elle peut rester efficace quatre mois ou davantage.
Préparation d’une suspension d’insecticide
Si l’on s’en tient à la méthode classique d’épandage, l’insecticide sera pulvérisé à la
dose de 40 ml par m2 soit 1 litre pour 25 m2 . En principe, ce volume de suspension
reste sur la surface traitée sans couler.
Poudre dispersable dans l’eau
Pour préparer 1 litre de suspension à pulvériser, on peut appliquer la formule suivante:
dans laquelle:
X = poids de poudre dispersable nécessaire (g)
Y = dose d’emploi recommandée (g/m2 )
C = concentration de la matière active dans la formulation (%).
Exemple
Poudre de DDT dispersable dans l’eau (75%) à pulvériser à la dose de 2 g/m2 .
Pour un réservoir de 8 litres, la quantité de poudre dispersable sera donc de:
8 × 66,6 = 533,3 g
L’insecticide devra être emballé en sachets de 533,3 g chacun. Une fois sur place,
verser de l’eau dans un seau gradué jusqu’au trait des 8 litres. Ajouter ensuite le
contenu d’un sachet et bien mélanger avec une palette de bois. Verser la suspension
dans le réservoir du pulvérisateur à l’aide d’un entonnoir muni d’un filtre, reboucher le
réservoir et bien l’agiter.
Concentré émulsionnable
Pour préparer 1 litre de suspension à partir d’un concentré émulsionnable, on utilise la
même formule que pour la poudre dispersable dans l’eau, avec:
X = volume de concentré émulsionnable nécessaire (ml)
Y = dose d’emploi recommandée (g/m2 )
C = concentration de la matière active dans la formulation (%)
On obtient 1 litre de suspension en ajoutant X ml de concentré émulsionnable à (1000
- X) ml d’eau.
Exemple
On veut pulvériser un concentré émulsionnable de DDT (25%) à raison de 1 g/m2 .
Pour préparer 1 litre de suspension, ajouter 100 ml de concentré émulsionnable à 900
ml d’eau.
Pour une cuve de pulvérisateur de 8 litres, ajouter 800 ml de concentré émulsionnable
à 7200 ml d’eau.
Pulvérisateurs actionnés à la main
Il existe de nombreux modèles de pulvérisateurs actionnés à la main. La plupart sont
destinés à la lutte contre les ravageurs. Moyennant quelques modifications, on peut
aussi les utiliser pour des opérations de santé publique ou pour détruire la vermine
domestique. L’organisation mondiale de la Santé a publié des normes détaillées
relatives aux pulvérisateurs utilisables pour les traitements muraux à effet rémanent,
afin d’assurer un épandage uniforme des insecticides dans les meilleures conditions de
sécurité (3).
Différents modèles de pulvérisateurs à main
Pulvérisateur à main à pression préalable
C’est en général le type classique de pulvérisateur pour les traitements à effet rémanent. Il en existe
de nombreux modèles, mais seuls les quelques-uns qui satisfont aux normes de l’OMS seront examinés
dans ce qui suit.
Fig. 9.1 Pulvérisateur à main à pression préalable (© OMS).
Pulvérisateur à dos
Largement utilisé en agriculture, ce type de pulvérisateur se porte sur le dos. Une protection est prévue
pour empêcher le contact direct entre la cuve et le dos de l’opérateur. C’est un appareil qui fonctionne
en continu et dont le débit est relativement constant. L’opérateur maintient d’une main la pression
dans la cuve en actionnant une pompe à l’aide d’un levier et de l’autre, il tient la lance dont il peut
diriger le jet. Sur les modèles munis d’une vanne de réglage, il n’est pas nécessaire d’actionner la
pompe en permanence. On peut utiliser un équipement de ce genre pour traiter des gîtes larvaires avec
un larvicide, mais il ne doit pas être utilisé pour les pulvérisations murales à effet rémanent.
Fig. 9.2 Pulvérisateur à dos (© OMS).
Pompes à étrier
Ces pompes sont utilisées dans certains programmes de lutte antivectorielle car elles sont meilleur
marché que les pulvérisateurs à pression préalable. La pompe, qui est montée sur un repose-pied ou
un étrier est plongée dans un seau contenant la bouillie à pulvériser. Elle est reliée à la lance par un
tuyau souple. Ce dispositif nécessite l’intervention de deux personnes, l’une qui actionne la pompe et
l’autre, qui dirige la lance. La pression dépend de la vitesse de pompage, de sorte qu’il est difficile
d’épandre le produit uniformément. Ces pompes à étrier ne sont pas recommandées en raison de leur
imprécision et aussi parce qu’avec un seau ouvert, on risque de provoquer des éclaboussures à
l’intérieur de l’habitation traitée. De toute manière, il ne faut pas s’en servir pour épandre des
pesticides dangereux.
Fig. 9.3 Pompe à étrier (a) © L. Robertson (b) © OMS.
Pulvérisateurs à pression préalable
Fonctionnement et principe
Un pulvérisateur à pression préalable consiste essentiellement en un réservoir
généra lement appelé cuve contenant la formulation insecticide, que l’on met sous
pression par l’action d’une pompe solidaire de ce réservoir. L’air comprimé entraîne le
liquide dans un tuyau souple relié à une lance dont le robinet et la buse permettent de
couper ou de régler le jet (Fig. 9.4).
Fig. 9.4 Eléments pricipaux d’un pulvérisateur à main à pression préalable (© OMS).
Réservoir (Fig. 9.5)
Fig. 9.5 Vue éclatée d’un pulvérisateur à main à pression préalable (© OMS).
WHO 96709/F
• La cuve est généralement en acier inoxydable. La plupart des cuves comportent
quatre orifices à leur extrémité supérieure: un orifice assez large pour le remplissage,
muni d’un couvercle amovible, et des orifices plus petits pour la pompe à air, le
raccord du tuyau souple et le manomètre.
• Le couvercle de la cuve (Fig. 9.6) comporte les éléments suivants: 1) un joint de
caoutchouc; 2) une poignée; 3) une soupape de décharge actionnée à la main ou en
imprimant un quart de tour à la poignée; 4) une chaînette retenant le couvercle.
Fig. 9.6 Gros plan de la partie supérieure de la cuve avec le couvercle enlevé.
• Un manomètre qui permet de mesurer la pression dans la cuve
• Une bretelle, qui doit être suffisamment large pour ne pas blesser les épaules de
l’opérateur. Elle est fixée à la cuve par une boucle en acier. Sur les cuves de grande
dimension, cette bretelle est réglable.
• Lorsque la cuve n’est pas utilisée, on place la lance sur un support et la buse dans
un embout protecteur.
Pompe à air (Fig. 9.7)
Fig. 9.7 Vue éclatée d’une pompe à air (© OMS).
WHO 96711
Cette pompe est constituée d’un piston qui se déplace le long d’un tube cylindrique
(corps de pompe). Lorsqu’on actionne le piston, l’air est comprimé à travers un clapet
de retenue situé à la base du tube. Le joint du piston peut être en cuir, en plastique ou
en caoutchouc et résister aux produits chimiques qui entrent dans la composition de la
formulation.
Dispositif de pulvérisation
Ce dispositif comporte les éléments suivants: 1) un tube plongeur monté sur la cuve
au moyen d’un joint torique; si le joint est endommagé, il peut y avoir des fuites d’air;
2) un tuyau flexible en matériau résistant aux produits chimiques qui entrent dans la
composition de la formulation insecticide; 3) un filtre (crépine) disposé dans un
logement prévu à cet effet et qui permet de retenir les particules trop grosses pour
passer à travers l’orifice de la buse; on doit pouvoir le retirer pour le nettoyer ou le
remplacer; un robinet ou une vanne d’arrêt qui permet à l’opérateur de fermer
l’appareil; 4) une lance ou tube porte-buse, d’une longueur de 40 à 60 cm; certains
modèles sont dotés d’une lance télescopique; 6) une buse composée d’un embout,
d’un filtre, d’un corps de buse et d’un écrou d’assemblage; l’embout peut être en acier
inoxydable, en céramique ou en plastique (Fig. 9.8). L’embout de la buse est l’élément
le plus important du pulvérisateur. Il doit délivrer une quantité précise de bouillie par
minute, pour une certaine pression de la cuve, et permettre d’obtenir un jet de forme
déterminée avec une bande d’aspersion de largeur constante. Le choix de la buse
dépend de la manière dont on pulvérise l’insecticide.
Fig. 9.8 Eléments d’une buse (© OMS).
Différents modèles de buses (Fig. 9.9)
• La buse à jet bâton est utilisée pour traiter les fentes et les fissures où se dissimulent
les punaises de lit, les tiques, les blattes et les fourmis.
• La buse à jet plat produit un jet en éventail et c’est le modèle de choix pour les
pulvérisations à effet rémanent.
• La buse à cône creux est utilisée pour traiter les gîtes larvaires de moustiques ainsi
que les habitats des tiques et des acariens situés dans la végétation.
• La buse à cône plein est utilisée pour traiter les gîtes larvaires de moustiques.
La buse à jet plat communément utilisée pour les pulvérisations murales produit un jet
dont l’angle d’ouverture est de 80°, avec un débit de 757 ml par minute et une pression
de 280 kPa dans la cuve. Elle est généralement en acier inoxydable spécial. L’embout
comporte deux méplats de part et d’autre de l’orifice pour faciliter le démontage.
Fig. 9.9 Différents modèles de buses (© OMS).
Utilisation et manipulation des pulvérisateurs à main à pression préalable
Préparation du pesticide et remplissage de la cuve
Les pesticides doivent être manipulés avec précaution. Avant de commencer les
pulvérisations, on désignera un point central où seront préparés des sachets, en papier
ou en plastique, contenant la quantité voulue d’insecticide (voir la page 419 pour le
calcul de la dose). Les personnes chargées de cette tâche devront porter des
vêtements protecteurs (voir page 419). Ces précautions permettent de réduire les
risques de contamination du personnel, de déversements accidentels ou de gaspillage
sur le terrain et d’avoir en outre une charge de travail moins lourde lors du traitement
des habitations. Cela facilite également l’application de la dose d’insecticide
exactement nécessaire. Une fois les opérations terminées, il faudra se débarrasser des
sachets et récipients vides en observant les consignes de sécurité (voir Chapitre 10,
page 421).
Préparation des suspensions
Avant de préparer la suspension d’insecticide, il faut vérifier le pulvérisateur et
l’étalonner avec de l’eau. Sur le terrain, on dilue la poudre dispersable dans un petit
volume d’eau et on mélange avec une palette ou une baguette de bois jusqu’à
obtention d’une pâte fluide. On introduit ensuite cette pâte dans la cuve et on rince
avec de l’eau le récipient qui contenait la pâte. Le liquide de rinçage est versé dans la
cuve du pulvérisateur. On répète le rinçage jusqu’à ce que le récipient soit propre et
que le liquide atteigne le niveau voulu dans la cuve. Les occupants de l’habitation à
traiter peuvent prêter assistance aux opérateurs, par exemple en leur fournissant de
l’eau (Fig. 9.10).
Fig. 9.10 Préparation de la solution insecticide.
Remplissage
On verse la suspension dans la cuve en la faisant passer sur un tamis ou un chinois de
manière à retenir d’éventuelles saletés (Fig. 9.11). Si l’on ne prend pas cette
précaution, la buse risque de se boucher pendant la pulvérisation.
Fig. 9.11 Remplissage de la cuve du pulvérisateur.
Il ne faut pas remplir la cuve à plus des trois-quarts pour laisser un espace suffisant à
l’air comprimé. La cuve comporte généralement un trait de jauge qui permet de voir si
on a bien ajouté le volume voulu; ce volume est ordinairement de 8 à 10 litres.
Agitation
Pour bien mélanger la suspension, il faut agiter la cuve avant de commencer la
pulvérisation et recommencer de temps à autre pendant l’opération. Pour cela on tient
le pulvérisateur d’une main par la tige de la pompe et de l’autre par le fond de la cuve.
Il ne faut pas tenir la cuve par la bretelle ni la balancer en avant et en arrière en la
gardant à l’épaule. Les formulations qui répondent aux normes de l’OMS devraient
rester en suspension sans qu’il soit nécessaire de les agiter davantage.
Si on utilise des sachets de pesticide prédosés, on verse directement dans la cuve le
volume d’eau nécessaire. On ajoute ensuite le contenu du sachet, on rebouche la cuve
et on mélange les ingrédients en retournant le pulvérisateur un certain nombre de fois.
Préparation du pulvérisateur
• Pour fermer la cuve: insérer le couvercle verticalement dans la cuve, le soulever et
l’engager dans l’orifice de remplissage; tourner la poignée sur toute la largeur de
l’ouverture.
• Pour ouvrir la cuve: actionner la soupape de sécurité pour mettre la cuve à la
pression atmosphérique et pouvoir desserrer facilement le couvercle.
Mise sous pression de la cuve
Si le pulvérisateur est muni d’un repose-pied, débloquer le piston tout en maintenant
l’appareil avec le pied. Tirer complètement le piston avec les deux mains puis le
repousser à fond en procédant par allées et venues régulières (Fig. 9.12).
Fig. 9.12 Mise sous pression de la cuve du pulvérisateur.
Si le pulvérisateur est doté d’un manomètre, continuer à pomper jusqu’à ce qu’il
marque une valeur de 380 kPa environ. Si le manomètre manque de précision, on
considérera qu’un coup de pompe donne à peu près 7 kPa, de sorte qu’avec 54 ou 55
coups de pompe on atteindra la pression voulue pour une cuve aux trois-quarts pleine.
La pression utile se situe entre les limites de 170 et 380 kPa, soit une pression
moyenne d’environ 280 kPa pendant la pulvérisation.
Pendant que l’on pulvérise l’insecticide, il faut maintenir la pression de la cuve en
pompant de temps à autre. On tâchera de s’habituer à donner le nombre de coups de
pompe nécessaires pour atteindre la pression maximale, en prévision d’une panne du
manomètre. Pour bloquer le piston, actionner le levier de verrouillage. Il faut toujours
remettre la cuve à la pression atmosphérique lorsque l’on a fini d’utiliser le
pulvérisateur ou pendant le transport.
Epandage de la bouillie
Il faut appliquer la suspension de manière uniforme à la dose recomandée sur toutes
les surfaces à traiter. La quantité d’insecticide pulvérisée sur une surface donnée
dépend des facteurs suivants:
- la concentration de l’insecticide dans la suspension (le calcul de la dose est détaillé à
la page 401);
- la pression de l’air dans le pulvérisateur (maintenue à 170-380 kPa);
- la section de l’orifice de sortie de la buse
- la distance entre l’extrémité de la buse et la surface traitée;
- la vitesse à laquelle la suspension est pulvérisée sur la surface.
Formation
Ces deux derniers facteurs impliquent que l’opérateur soit expérimenté, c’est-à-dire
qu’il ait reçu la formation voulue. Il faut que le personnel s’entraîne - par exemple, sur
le mur d’un bâtiment - à appliquer la suspension à un rythme qui permettre de couvrir
19 m2 par minute. Délimiter un rectangle de 3 m de hauteur et de 6,35 m de longueur
et le diviser en neuf bandes verticales parallèles dont la première aura 75 cm de
largeur et les suivantes 70 cm (Fig. 9.13).
Fig. 9.13 Surface pour la pratique des pulvérisations à effet rémanent que l’on peut
délimiter à la craie sur le mur d’un grand bâtiment (© OMS).
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En tenant la buse à 45 cm du mur, on obtient une plage d’aspersion de 75 cm (Figs.
9.14 et 9.15). Pour s’entraîner à maintenir la buse à 45 cm du mur, prolonger la lance
à l’aide d’une baguette de bois ou de tout autre dispositif ayant la longueur voulue,
que l’on fixera avec un élastique ou une ficelle. Bien s’assurer qu’il y a 45 cm entre
l’embout de la buse et l’extrémité de la baguette. Tendre le bras droit et se pencher
vers la surface du mur tout en levant et en baissant alternativement le bras de façon
que l’extrémité de la baguette reste en contact avec le mur. L’opérateur se tient juste
en face du mur. S’il est droitier, il porte le pulvérisateur sur son épaule gauche et le
maintient de la main gauche; il tient la lance de la main droite (Fig. 9.16).
Fig. 9.14 Répartition du jet (© OMS).
WHO 96718
Fig. 9.15 Lors de l’aspersion d’une surface verticale, les particules d’insecticide
rebondissent en partie dans l’atmosphère; si la pulvérisation est trop dense,
l’insecticide ruisselle le long du mur (© OMS).
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Fig. 9.16 Opérateur portant des vêtements protecteurs et placé en bonne position
pour effectuer des pulvérisations murales.
Le port d’un casque ou autre couvre-chef et de vêtements protecteurs est nécessaire.
En commençant dans le coin inférieur du mur et en pulvérisant uniformément, balayer
la surface en remontant. Tout en continuant l’aspersion, se déplacer d’un pas sur la
droite. Le passage suivant doit mordre sur le précédent d’environ 5 cm (Fig. 9.13).
Une fois arrivé au sommet, continuer à traiter en redescendant jusqu’en bas. Continuer
de la même manière jusqu’à ce que toute la superficie (19 m2 ) ait été couverte.
Chaque bande de 3 m de haut doit être couverte en 6, 7 secondes de sorte que le
traitement des 9 bandes doit prendre une minute. Pour régler la vitesse des passages,
on peut compter les secondes à voix haute ou utiliser un chronomètre.
Si l’on ne trouve pas de mur convenable, on confectionnera un panneau de 1,80 m de
haut et de 6,35 m de long (11,43 m2 ) pour s’entraîner. Le panneau sera divisé en 9
bandes comme indiqué plus haut. Chaque bande de 1,80 m de haut devra être
couverte en 4 secondes de sorte que les 9 bandes seront traitées en 36 secondes.
Entretien et réparation
Pièces de rechange
Les opérateurs disposent le plus souvent d’un manuel d’utilisation illustré qui contient
les indications suivantes:
•
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•
description du matériel
mode opératoire
instructions pour l’entretien
marche à suivre en cas de problème
liste des pièces de rechange
Il faut toujours avoir des pièces de rechange sous la main, en particulier des joints et
des vannes. Lorsqu’on passe une commande au fabricant ou à un fournisseur local, ne
pas oublier d’indiquer le modèle du pulvérisateur, la désignation de la pièce et son
numéro de référence.
Nettoyage
Nettoyer la cuve tous les jours une fois le traitement terminé. Il ne faut pas qu’il reste
de la suspension insecticide à l’intérieur. Rincer le pulvérisateur à fond avec de l’eau et
laisser sécher. Ne pas jeter l’eau de rinçage dans un cours d’eau, un étang ou tout
autre endroit accessible à des passants ou à des animaux. La meilleure solution
consiste à la déverser dans une latrine à fosse ou un trou creusé dans un sol sec, à
distance de tout point d’eau, rivière, étang ou terrain agricole.
Démonter le filtre de la vanne de réglage et le nettoyer soigneusement en le rinçant
égale ment à l’eau (Fig. 9.17).
Fig. 9.17 Démontage du filtre pour nettoyage (© OMS).
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Remonter toutes les pièces après nettoyage à l’exc eption de la buse. Remplir la cuve
avec de l’eau propre, la fermer et pomper de l’air à l’intérieur. Ouvrir la vanne de
réglage et laisser l’eau couler de la lance dans le tuyau, les filtres et la vanne. Oter le
couvercle de la cuve et nettoyer l’intérieur.
Nettoyer l’embout de la buse en le rinçant à l’eau (Fig. 9.18). Insuffler de l’air dans
l’orifice à l’aide d’une pompe, le nettoyer et le sécher. Pour enlever les saletés qui s’y
seraient déposées, utiliser une brosse fine ou un cure-dent; ne jamais utiliser de fil
métallique. On peut également éliminer les saletés en pressant la buse contre la
soupape de sécurité qui se trouve à la partie supérieure de la cuve.
Fig. 9.18 Nettoyage de l’embout de la buse par rinçage à l’eau (© OMS).
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Entretien
Inspecter périodiquement la cuve et remplacer toute pièce usée ou défectueuse.
Vérifier également que le bord du corps de pompe ne comporte pas de fissures qui
risqueraient d’entraîner une baisse de la pression. Vérifier également que le tuyau est
en bon état. Au bout de quelque temps, il se produit une usure du tuyau près de son
point de fixation à la cuve ou à la vanne de fermeture. Si c’est le cas, il faut couper la
partie usée et remettre le tuyau en place. Déposer quelques gouttes d’huile propre sur
le cuir du piston afin d’assurer la lubrification du corps de pompe et faire en sorte que
la pression soit suffisante. Remplacer le cuir du piston s’il n’est pas en bon état.
La pulvérisation d’insecticides provoque l’usure de l’embout de la buse. Les embouts
usés doivent être remplacés. Si l’orifice est érodé, il va délivrer une plus grande
quantité d’insecticide. Il faudra faire contrôler périodiquement le débit de la buse par
un opérateur qualifié. Il existe pour cela une méthode simple qui consiste à pulvériser
une suspension sur une surface sombre: toute irrégularité de la plage d’aspersion
indique que l’embout est à remplacer.
Rangement
Vérifier que la cuve est vide, remonter les différentes pièces et ranger la cuve à
l’envers avec le couvercle pendant au bout de sa chaîne et en bloquant le piston (Fig.
9.19). S’assurer que la lance et la buse ne risquent pas de tomber ou de s’abîmer
d’une manière ou d’une autre. Bloquer la vanne de fermeture en position ouverte.
Fig. 9.19 Ranger la cuve à l’envers après sé