NUMÉRO 14 - Blancpain

NUMÉRO 14 - Blancpain
NUMÉRO 14
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Cher amateur d’horlogerie,
J’ai le plaisir de vous présenter le quatorzième
numéro des Lettres du Brassus.
Quelle ampleur doit revêtir le développement d’une grande complication horlogère ?
Pour Blancpain, il ne s’agit pas uniquement de confectionner un garde-temps particulièrement compliqué, mais de faire progresser l’art de l’horlogerie de manière substantielle afin de repousser les anciennes limites et de donner naissance à une réalisation qui
n’a jamais vu le jour auparavant. Cette vocation est ambitieuse et elle exige un intense
engagement. À chaque fois que nous nous lançons dans un projet d’une telle envergure,
j’ai le sentiment que nous nous embarquons pour une aventure dont nous ne savons
jamais quand et où elle se terminera. Aussi, il est évident que chaque année ne voit pas
la présentation d’un accomplissement d’une telle nature. Cependant, Blancpain a dévoilé en 2013, lors du salon de Bâle, deux grandes complications qui sont des premières
mondiales, le Brassus Tourbillon Carrousel et le Brassus Carrousel Répétition
Minutes Chronographe Flyback. Ces deux garde-temps extrêmement compliqués
comprennent le carrousel volant une minute exclusif à Blancpain – une construction
qu’aucune autre marque horlogère n’a été en mesure d’égaler. J’espère que vous aurez
plaisir à lire dans ce numéro les articles consacrés à l’audacieuse voie créative que nous
avons suivie dans le développement de ces deux grandes complications.
Vous pourrez également lire, dans les pages suivantes, le récit d’une autre aventure, celle
de Laurent Ballesta et des périlleuses plongées qu’il a réalisées afin de découvrir, étudier
et photographier l’une des créatures les plus rares et les plus anciennes de notre planète,
le cœlacanthe préhistorique. Nous sommes fiers d’avoir eu le privilège de parrainer cette
importante étude scientifique.
Je vous souhaite une agréable lecture !
A. Hayek
Marc A
Président et CEO de Blancpain
4 | Sommaire
Numéro
Issue 14
13
22
6
38
6
22
Le Brassus
PÉTRUS
TOURBILLON CARROUSEL
Une première mondiale, un carrousel et un tourbillon
réunis dans une montre-bracelet.
Quelles caractéristiques font de Pétrus
le vin le plus révéré, apprécié et recherché
de Pomerol ?
38
Le Carrousel
GRANDE COMPLICATION
Télécharger gratuitement
l’application Blancpain pour
iPad. Rechercher Blancpain
dans l’App Store d’Apple.
En couverture :
Le Brassus Tourbillon Carrousel.
ISSUE 14
Le nouveau Brassus Carrousel Répétition
Minutes Chronographe Flyback fait
son entrée dans le panthéon des Grandes
Complications de Blancpain.
5
52
72
86
52
86
Expédition GOMBESSA
ROUES et PIGNONS
Le cœlacanthe, une plongée vers
nos origines.
Si elle est connue des horlogers,
l’impérieuse nécessité de recourir à
des roues et à des pignons de la meilleure
qualité échappe généralement
aux collectionneurs.
72
Le retour aux classiques :
MICHEL ROSTANG
Il y a une joie profonde à redécouvrir
les délices offertes par les grands standards
de la cuisine française.
6 | Dans l’air du temps
7
PAR JEFFREY S. KINGSTON
Le Brassus
TOURBIL LON
CARROUSEL
Une première mondiale, un
carrousel et un tourbillon réunis
dans une montre-bracelet.
8 | Dans l’air du temps
9
Les indications données, en 2009, par Marc A.
Hayek semblaient ne laisser aucune place au doute.
« Étudions la possibilité de réaliser une montre qui
réunisse un tourbillon et un carrousel. » Réunir ?
Qu’entendait-il donc par ce terme ? Cette question
serait tranchée par les horlogers de Blancpain. Ils
venaient de recevoir une liberté de création illimitée
afin d’élaborer des propositions qui associeraient
les concepts du tourbillon et du carrousel, d’une
manière qui corresponde à l’une ou à l’autre des
nombreuses acceptions du verbe « réunir ».
L’annonce de cette mission a donné des ailes à leur
imagination. « Pourquoi ne pas intégrer un carrousel
à un tourbillon ou inversement ? », mais cette première
idée n’a pas résisté à un examen détaillé. L’élément
central du tourbillon est constitué par une roue fixe
autour de laquelle gravitent les composants de la
montre responsables de la mesure du temps, alors que
le principe du carrousel repose sur le pivotement de
ces mêmes éléments en l’absence de roue fixe. De ce
fait, il n’existe aucun moyen d’intégrer ces deux dispositifs dans une seule construction. Logiquement,
l’attention des horlogers s’est donc portée sur le développement d’un garde-temps totalement inédit, qui
comporterait tout à la fois un tourbillon et un carrousel,
réunis par leur double présence dans une seule montre.
Comme pour tout projet novateur, les prochaines
étapes pouvaient prendre de nombreuses directions.
Si un tourbillon et un carrousel sont disposés sur la
même montre, un seul barillet doit-il alimenter les
deux mécanismes et, en ce cas, quelle doit être la disposition de ces trois éléments à l’intérieur du boîtier ?
Le barillet sur le haut avec le tourbillon tandis que le
carrousel est logé quelque part au-dessous, ou le carrousel en haut et le tourbillon sur le bas, à moins qu’il
ne soit préférable de les disposer de part et d’autre du
barillet ? Chacune de ces configurations faisait l’objet
d’une étude approfondie jusqu’à l’instant où une
meilleure idée est apparue : doter le tourbillon et le
carrousel de barillets séparés. En effet, des barillets
distincts offraient la possibilité de parvenir à une disposition harmonieuse par l’alignement vertical du
tourbillon et du carrousel.
Une fois retenue, cette décision a ouvert la voie aux
phases ultérieures. Cette constatation n’implique
nullement que l’inventivité s’est arrêtée à ce point, pas
plus qu’elle n’avait débuté en 2009 par les indications
délivrées par Marc Hayek. Dévoilée lors du salon de Bâle
de 2013, la Tourbillon Carrousel est le fruit d’inventions
qui ont marqué le début des années 1980 et se sont
continuellement poursuivies pendant le quart de
siècle suivant. En tout état de cause, la Tourbillon
Carrousel conjugue trois domaines essentiels où s’est
illustrée la force d’innovation de Blancpain. En premier
Le développement de la Tourbillon Carrousel
était un PROJET ENTIÈREMENT INÉDIT.
10 | Dans l’air du temps
lieu, la création du premier tourbillon volant une minute du monde. En second lieu, la réalisation du premier carrousel volant une minute du monde et, enfin,
le développement des moyens nécessaires à réunir ces
deux avancées capitales dans un seul garde-temps.
Avant de retracer un cheminement qui s’est étendu
sur quatre années pour associer ces deux constructions, il n’est pas inutile de remonter un instant le
cours du temps afin d’examiner en détail les deux
membres de cette union, car chacun incarne un achèvement horloger majeur.
Le Tourbillon Volant Une Minute de Blancpain. Comme
tous les tourbillons fabriqués depuis l’invention de
ce dispositif breveté en 1801 par Abraham-Louis
Breguet, le Tourbillon Volant Une Minute est conçu
pour compenser les écarts de marche dus aux changements dans les positions verticales. Indépendamment
du soin apporté à sa réalisation, il est inévitable qu’une
montre mécanique avance ou retarde légèrement dans
les différentes positions verticales (généralement définies par les expressions « couronne en haut », « couronne en bas », « couronne à droite », « couronne à
gauche »). L’idée fondamentale à l’origine du tourbillon
consiste à faire tourner constamment les composants
responsables de la mesure du temps, de sorte que les
erreurs de position provoquées par la gravité s’annulent
réciproquement. Sur tous les tourbillons, ces éléments
sont disposés dans une cage qui tourne autour d’une
roue fixe sur une base périodique (une rotation par
minute est la norme la plus fréquente sur les montres
modernes). Telle était l’essence du brevet octroyé
en 1801 et elle demeure de nos jours le cœur d’une
construction de tourbillon.
Mis au point au début des années 1980 par une équipe
pilotée par Vincent Calabrese, le tourbillon original
de Blancpain a été développé à partir du principe sur
lequel reposent les habituelles constructions de tourbillon. L’usage en vigueur pendant les 180 années précédentes consistait à maintenir la cage en rotation
entre deux ponts (l’un en haut, l’autre en bas) et à placer le balancier au centre de la cage. Vincent Calabrese
et Blancpain ont considéré qu’il serait possible d’optimiser la conception classique en supprimant le pont
supérieur et en décentrant légèrement le balancier.
Ces améliorations ont apporté des avantages considérables. Premièrement, le retrait du pont supérieur a
permis d’accroître la visibilité sur le mécanisme du
tourbillon, car aucun obstacle ne s’interpose plus dès
lors entre le tourbillon et l’œil de l’observateur. Cette
construction à pont unique est appelée « tourbillon
volant », puisque l’unique support pour la cage
en rotation est situé sur la partie inférieure du
mécanisme. Cette disposition confère à la partie supérieure l’apparence d’une cage « volant » dans l’espace.
Deuxièmement, en décentrant le balancier, Vincent
Calabrese était en mesure de réduire de manière
significative l’épaisseur de la cage et de créer ainsi le
tourbillon le plus mince du monde.
La création d’un TOURBILLON VOLANT doté
d’un balancier décentré était infiniment plus complexe
que l’adaptation de constructions existantes.
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12 | Dans l’air du temps
13
l’absence de roue fixe alors que deux trains de rouages
sont employés, l’un pour faire tourner la cage et l’autre
pour alimenter en énergie le balancier et l’échappement.
Le carrousel est une invention de Bahne Bonniksen,
un horloger danois qui s’était établi en Angleterre. Il
avait pour intention de développer une montre précise
qui contournerait le brevet déposé par Breguet. De
manière subsidiaire, il espérait que sa construction
serait plus économique que celle d’un tourbillon. Il est
parvenu avec brio à remplir son premier objectif, mais
il a échoué à atteindre le second. Si les montres de
poche à carrousel ont démontré une précision supérieure aux performances affichées par les garde-temps
équipés d’un tourbillon, leur fabrication s’est révélée
plus coûteuse en raison de leur complication additionnelle et d’un nombre de composants plus important.
Ces deux innovations de Blancpain ont rendu la réalisation d’un tourbillon incomparablement plus complexe qu’elle ne l’était pour les conceptions alors
habituelles. À elle seule, la description du tourbillon
volant révèle la difficulté additionnelle qu’elle présuppose : un pont au lieu de deux pour supporter la
cage en rotation. Sa concrétisation a requis la mise au
point d’un système de roulement à billes pour la cage
sur le pont inférieur, qui a été perfectionné au fil des
années par le recours à la céramique. À quel point la
construction de la première montre-bracelet équipée
d’un tourbillon volant était-elle révolutionnaire ?
Blancpain n’avait pas uniquement réussi un achèvement exceptionnel, mais présentait au monde horloger le premier tourbillon volant une minute dans un
garde-temps de toute dimension – qu’il soit de poche
ou de poignet.
Le Carrousel Volant Une Minute de Blancpain. L’idée
fondamentale du carrousel est identique à celle du
tourbillon, la rotation constante des éléments responsables de la mesure du temps afin d’annuler les écarts
provoqués par la gravité sur la marche de la montre
en position verticale. La différence essentielle entre le
carrousel et le tourbillon réside dans les moyens adoptés
pour parvenir à cette rotation. Sur le tourbillon, les
horlogers recourent à une roue fixe dont la rotation
est utilisée pour délivrer l’énergie requise par l’échappement et le balancier. Un carrousel se caractérise par
Malgré leur production plus onéreuse, les montres de
poche à carrousel inspirées par Bahne Bonniksen suscitaient un vif engouement à Coventry, la ville de résidence de l’horloger, à la fin du XIXe et au début du
XXe siècle. En 1904, en effet, 38 des 50 meilleures
montres soumises au concours de précision organisé
par l’observatoire anglais de Kew étaient des carrousels,
qui ont ainsi largement dominé la compétition. Malheureusement pour l’univers horloger, comme les carrousels étaient exclusivement construits outre-Manche,
l’effondrement de l’industrie horlogère anglaise a
également sonné le glas des carrousels et, par voie de
conséquence, entraîné leur disparition complète.
Ainsi, au moment où Blancpain a recomposé une
équipe, de nouveau dirigée par Vincent Calabrese,
pour intégrer le premier carrousel à une montrebracelet, il s’agissait de faire revivre un art en grande
partie oublié. Comme il l’avait fait pour le tourbillon,
le team de Blancpain ne s’est pas contenté de recréer
des mécanismes existants, il a mis au point une
construction innovante sous de nombreux aspects.
Lors de sa présentation au salon de Bâle en 2008, le
carrousel de Blancpain n’était pas uniquement le premier carrousel inséré dans une montre-bracelet, mais
aussi le premier carrousel volant une minute jamais
réalisé et le carrousel qui offrait la plus longue réserve
de marche de toute l’histoire de l’horlogerie.
14 | Dans l’air du temps
L’autre domaine dans lequel le carrousel de Blancpain
a ouvert une nouvelle voie peut être considéré avec un
certain amusement. Sur le tourbillon volant de
Blancpain, c’est le balancier décentré qui confère à
cette réalisation sa singularité. L’architecture inverse
est utilisée sur le carrousel. Alors que les constructions
historiques de montres de poche à carrousel comportaient un balancier décentré, Blancpain a résolu de
faire figurer le balancier au centre de la cage.
La réunion. Les problèmes soulevés par la présence
d’un barillet pour les deux constructions et la disposition des éléments n’étaient que les premiers défis
posés par l’incorporation de deux mécanismes emblématiques de Blancpain dans une même montre.
L’une des difficultés abordées initialement peut sembler banale, voire triviale. S’il y a deux barillets, le
premier pour le tourbillon et le second pour le carrousel, comment doivent-ils être remontés ? Par l’entremise d’une seule couronne, assurément. Cependant,
comme le tourbillon et le carrousel sont placés verticalement dans la montre, les deux barillets ne
peuvent être situés l’un à côté de l’autre, mais doivent
nécessairement se trouver face à face. L’interrogation
fondamentale résidait dès lors dans la détermination
d’une méthode pour remonter simultanément deux
barillets disposés à quelque distance l’un de l’autre.
La solution a pris la forme d’une grande bague de
remontage qui entoure le mouvement. Dotée de
dents sur son bord interne, cette grande bague peut
engager simultanément les roues de remontage des
deux barillets. Malgré sa forme de « bague », les
constructeurs de Blancpain préfèrent lui donner le
nom de « couronne », car son objectif consiste à remonter les deux barillets.
La réalisation de cette pièce était tout sauf simple. Le
problème se concentrait sur la manière de fixer la
« couronne d’armage ». De nombreux composants ont
été conçus pour maintenir cet élément en place. Afin
d’assurer sa fixation latérale, quatre coussinets en rubis
ont été répartis autour du mouvement, à des emplacements stratégiques. Trois d’entre eux aux points où
s’exercent les contraintes les plus fortes, proches des
Une bague extérieure reliée
à la couronne remonte
simultanément les deux barillets.
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16 | Dans l’air du temps
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deux roues de remontage pour les barillets et à proximité de la tige. Un tenon en acier est situé sur la surface
supérieure de chaque coussinet en rubis pour fournir
un appui vertical. Dans l’autre direction, la couronne
d’armage est maintenue à la hauteur requise par un
tenon chassé dans le pont. La couronne est extrêmement difficile à produire. Sa forme complexe et la
disposition interne de la denture exigent que chacune
de ses dents soit taillée individuellement.
Au-delà d’un remontage unique, un autre aspect de
cette « union » réside dans la conception commune de
certains éléments du tourbillon et du carrousel. Les
balanciers et les spiraux de chaque ensemble ont
connu une évolution semblable. Pour la première fois,
Blancpain a confectionné en silicium les spiraux du
balancier pour le tourbillon et le carrousel. Ils s’accompagnent d’une autre innovation sous la forme
d’une construction inédite pour le balancier qui
possède des vis en or destinées au réglage de l’inertie.
Ce dispositif, qui est une caractéristique de tous les
Les BALANCIERS ET LES SPIRAUX
sont identiques. L’inertie des premiers
est réglable alors que les seconds sont
confectionnés en silicium.
18 | Dans l’air du temps
récents calibres de Blancpain, offre une plus grande
précision pour l’ajustage de la montre et une résistance
supérieure aux chocs. Sur la Tourbillon Carrousel, les
balanciers sont creusés à l’emplacement des vis de
réglage. Ces découpes permettent d’insérer dans les
cages des balanciers au diamètre légèrement plus
grand. Dans chacune de leurs caractéristiques – spiral
en silicium, réglage de l’inertie, dessin du balancier
– le tourbillon et le carrousel sont identiques.
Les collectionneurs horlogers avisés se demanderont
sans doute à ce point comment les informations en
provenance des deux ensembles sont associées dans
un seul affichage. La réponse se présente sous l’apparence d’un différentiel qui, en ce cas, comporte deux
roues externes, chacune entraînée par un pignon,
l’une depuis le tourbillon, l’autre depuis le carrousel.
Le pignon est monté sur un dispositif appelé « satellite ».
À son tour, l’aiguille des minutes de la montre est reliée à un axe qui tourne avec le satellite. Si le tourbillon
et le carrousel suivent un rythme identique, la position
relative du pignon du satellite ne changera pas et il
tournera à la vitesse commune des deux systèmes. À
l’inverse, s’il y a une différence dans le rythme des
deux ensembles, le satellite tournera à la moyenne de
marche entre les deux systèmes. Même si la construction est complexe, son fonctionnement est simple à
comprendre. Pour deux entités distinctes, les résultats
de l’une et de l’autre se compensent. Ainsi, prenons
pour hypothèse que le tourbillon avance de 2 secondes
par jour et que le carrousel retarde de 2 secondes par
jour, il en résultera une précision parfaite, avec une
absence totale d’écart, soit 0 seconde par jour. Un
autre exemple : si le tourbillon n’accuse ni retard ni
avance à 0 seconde par jour et que le carrousel avance
de 2 secondes par jour, la montre affichera une avance
de 1 seconde par jour.
En réalité, le mécanisme de la Tourbillon Carrousel
est équipé de non moins de trois différentiels. En plus
du différentiel conçu pour faire converger les informations en provenance des deux systèmes et déterminer une marche moyenne, il existe un différentiel
pour l’affichage de la réserve de marche, disposée sur
le fond de la montre, et un autre pour la correction de
l’indication de la date.
Les deux barillets SONT REMONTÉS
SIMULTANÉMENT par l’entremise
de la « couronne d’armage » qui entoure
le mouvement.
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20 | Dans l’air du temps
Un dernier détail relatif à la construction du mouvement a retenu l’attention des horlogers, soucieux
d’assurer une heureuse union. Dévoilé en 2008, le
carrousel original de Blancpain possédait une réserve
de marche de 100 heures, qui représentait un record
du monde pour un garde-temps à carrousel. En établissant également de nouvelles normes au moment
de leur présentation, les tourbillons de Blancpain ont
porté la réserve de marche à 8 jours. Comme les deux,
évidemment, fonctionnent de concert, les constructeurs de Blancpain ont fixé la réserve de marche à
7 jours et conçu un nouveau barillet plus grand pour
le carrousel afin qu’il atteigne la même valeur.
La décoration du mouvement reflète le raffinement de
sa construction. Le côté cadran de la montre Tourbillon
Carrousel est ajouré afin de dévoiler la platine au regard de l’observateur. Pour la première fois sur l’un
de ses calibres, Blancpain a gravé à la main un motif
de guillochage connu sous le nom de « flinqué ». À
travers le fond transparent, les ponts présentent une
finition sablée rhodiée. Il existe divers traitements
entre la bordure de la finition sablée et le bord poli
brillant de l’anglage qui souligne la beauté des deux
décorations. Mentionnons enfin deux derniers ornements : l’affichage de la réserve de marche recourt à
un contraste entre un fond au fini sablé et un poli spéculaire pour illustrer l’état du remontage. Un anneau
est disposé autour de l’ouverture du carrousel et il
a été guilloché à la main comme la partie supérieure
du mouvement.
Le cadran de la montre a été confectionné en émail
grand feu. Pour lui conférer une profondeur supplémentaire, des couches successives d’émail sont déposées, chacune soumise à une cuisson avant l’application
de la suivante. Les élégants index en or sont inhabituels
sur un cadran émaillé.
La Tourbillon Carrousel est dotée d’un boîtier en or
rouge au diamètre de 44,6 millimètres. •
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22 | Art de vivre
Le vignoble de Pétrus avec le
village de Pomerol au loin.
23
PAR JEFFREY S. KINGSTON
PÉTRUS
Quelles caractéristiques font de
Pétrus le vin le plus révéré, apprécié
et recherché de Pomerol ?
24 | Art de vivre
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La viticulture sur le domaine
de Pétrus REMONTE À 1745.
« C’est la colline. » Olivier Berrouet, qui a pris la
succession de son père au titre d’œnologue à Pétrus,
désigne à grand renfort de gestes une ondulation à
peine perceptible dans le vignoble qui s’étend en
face du chai de Pétrus. Pour un esprit davantage
habitué aux montagnes de l’Idaho et aux sommets
suisses, il est presque impossible de déceler cette
faible élévation à l’horizon. Pour l’exprimer sous
une autre forme, rien ne pourrait indiquer au plus
novice des cyclistes qu’il serait avisé de changer de
braquet avant de s’élancer à l’assaut de la pente. Assurément, il est difficile d’imaginer que cette « colline »
puisse être perçue comme telle si elle était située au
cœur de Lavaux plutôt que dans le Libournais.
Olivier Berrouet expose les caractéristiques qui distinguent le domaine de ses voisins de Pomerol et
font du Pétrus un vin prestigieux, ardemment
convoité et, de surcroît, le plus cher de la région.
Loin d’être un tertre qui se dresse au-dessus du sol,
cette « colline » est essentiellement un phénomène
géologique qui se déroule sous la surface. Dans les
autres parties d’un vignoble connu à Bordeaux sous
la dénomination « rive droite », qui comprend notamment les appellations Saint-Émilion et Pomerol,
la Dordogne a abandonné il y a environ un million
d’années des couches de graviers sur un sol qui
composait le fond d’un océan 39 millions d’années
auparavant. Ces alluvions se sont déposées partout,
à l’exception de la colline de Pétrus. Le gravier s’est
réparti tout autour, mais il a épargné le sommet.
Ainsi, la glaise qui, ailleurs, disparaît sous les alluvions, s’élève vers la surface à Pétrus. Et c’est cette
terre, de couleur bleuâtre, qui donne sa force et son
caractère spécifique au Pétrus.
Si les explications d’Olivier Berrouet attirent sans
conteste l’attention sur un facteur de qualité essentiel,
l’histoire du domaine et la philosophie particulière qui
préside à l’élaboration de ses vins ouvrent également
d’intéressantes perspectives. À Pétrus, les débuts de la
26 | Art de vivre
viticulture remontent à 1745 avec la plantation de premières vignes par le proche Vieux Château Certan. À
la fin du XVIIIe siècle, la famille Arnaud, qui s’était
avisée de la remarquable qualité du vin produit par le
Vieux Château Certan, acquit la parcelle située sur la
colline et les vins portèrent dès lors la désignation de
Château Pétrus Arnaud. Cependant, le succès ne vint
véritablement qu’avec la médaille d’or remportée par
la famille Arnaud lors de l’Exposition universelle
de 1878. Sous son égide, les vignobles se transformèrent. Autrefois composés d’une large variété de
cépages, ils furent complètement replantés au cours
des décennies 1880 et 1890 de merlot, qui demeure
aujourd’hui l’unique cépage encavé à Pétrus.
En 1925, Mme Edmond Loubat commença à acquérir
des parts de la propriété. Son pourcentage s’est accru
régulièrement, de sorte qu’à la veille de la Seconde
Omis dans la CLASSIFICATION DE 1855 , car
il était situé près de Libourne, Pétrus a acquis sa
renommée grâce à sa dévotion à la qualité.
Guerre mondiale, elle en devint la seule propriétaire.
Elle ne doutait pas que les vins de Pétrus en particulier
et les crus de Pomerol en général n’étaient pas appréciés
selon leur mérite et, donc, vendus à un prix inférieur à
leur valeur. En effet, Pomerol et Saint-Émilion n’étaient
alors pas regardés comme des vins de Bordeaux,
malgré leur relative proximité avec la ville du même
nom. Ils s’étendaient en effet de l’autre côté de la rivière, près de Libourne. Même si Pomerol et
Saint-Émilion sont souvent considérés comme des
vins de la rive droite, alors que la plupart des appellations bordeaux (Saint-Estèphe, Pauillac, Saint-Julien,
Margaux et Graves) sont situées sur la « rive gauche »,
il importe de préciser que Pomerol ne figure pas sur
la rive opposée de la même rivière. Les vins de la rive
gauche bordent la Garonne tandis que Pomerol se
trouve sur la rive droite de la Dordogne, qui se jette
dans la Gironde. Ainsi, selon la conception en vigueur
en 1855, Pomerol et Saint-Émilion étaient des vins du
Libournais. En conséquence, leur absence de la classification n’était pas liée à un quelconque défaut de
qualité, mais simplement à une considération géographique restrictive. À toute occasion, Mme Loubat s’efforçait de remédier à cette omission et d’accroître la
renommée de Pétrus. Elle décida de privilégier la qualité par rapport à la quantité au cours du processus de
vinification et démontra la force de son engagement à
l’issue du terrible hiver de 1956. Contrairement à la
plupart des autres viticulteurs de la région, elle procéda
à un « recépage » du domaine, par des tailles successives
qui cantonnèrent presque les vignes au niveau du sol.
Destinée à préserver les racines des anciens ceps, cette
technique sacrifia deux ans de récolte, mais permit
d’améliorer la qualité du vin de manière substantielle.
Son inépuisable énergie et sa dévotion à augmenter la
renommée de Pétrus comportaient une indéniable
part d’audace mâtinée d’une touche de génie en marketing. En 1947, alors que le maire de Londres se trouvait en visite officielle dans la région, Mme Loubat fit
un pas en avant et offrit deux magnums de Pétrus au
magistrat anglais en guise de cadeau de mariage pour
Ci-contre, vue aérienne de
Pétrus vers 1950.
27
28 | Art de vivre
29
la princesse Elisabeth. Non seulement le présent fit
largement parler de lui, mais l’intrépide Mme Loubat
fut conviée au gala qui précéda le mariage. Une saine
compréhension du marketing l’avait déjà incitée
en 1940 à retirer le mot « Château » et à se contenter
de la simple désignation de « Pétrus ». Aujourd’hui,
seuls deux autres châteaux de Bordeaux ont suivi son
exemple, tous deux situés sur la rive droite. Parallèlement
au rajeunissement de Pétrus par Mme Loubat, la famille
Moueix étendait son empire, fondé en 1937 par JeanPierre Moueix. Il commença par ouvrir une maison
de négoce, en achetant et en vendant des vins de la rive
droite, et noua l’une de ses principales relations commerciales avec Pétrus et Mme Loubat. C’est par son entremise que le domaine se forgea une renommée
flatteuse aux États-Unis. Il fut l’un des premiers à déceler l’importance de ce marché et entra en contact
avec Henri Soulé, le propriétaire du Pavillon, un
Pétrus est l’un des TROIS SEULS
bordeaux à ne pas utiliser le mot
« Château » sur son étiquette.
En haut à gauche, le père et le fils :
Jean-Claude et Olivier Berrouet.
restaurant new-yorkais à la mode, et le persuada de
promouvoir ses vins. Pétrus devint le bordeaux de prédilection de la plupart des célébrités qui fréquentaient
son établissement, des Kennedy à Aristote Onassis.
Mme Loubat disparut en 1961. Trois ans plus tard, JeanPierre Moueix se porta acquéreur de la moitié des
parts de la propriété. Dans le même élan, il engagea
Jean-Claude Berrouet comme maître de chai. En 1969,
il racheta l’autre moitié des parts. Depuis lors, Pétrus
appartient entièrement à la famille Moueix alors que
la gestion du domaine et l’élaboration des vins sont
assurées par la famille Berrouet. Aujourd’hui, une
nouvelle génération a repris le flambeau. Âgé de
27 ans, Jean Moueix, le petit-fils de Jean-Pierre, est le
membre de la famille le plus engagé dans le domaine
alors qu’Olivier Berrouet, 37 ans, fils de Jean-Claude,
assume les fonctions de directeur et d’œnologue.
Sans nul doute, la « colline » joue un rôle prépondérant dans la position occupée par Pétrus au sommet
de la pyramide mondiale des vins. Elle ne le cède cependant en rien à la minutieuse attention au détail qui
se retrouve sur le domaine comme dans le chai.
Contrairement à la plupart des vignobles qui présentent des rangées dans une seule direction, les
vignes de Pétrus sont plantées dans différentes orientations en fonction de leur situation. Cette disposition
permet de tirer le meilleur avantage du sol d’argile
bleue. Lorsqu’elle est arrosée par la pluie, l’argile
gonfle rapidement et forme une barrière presque imperméable qui prévient toute absorption ultérieure.
L’eau additionnelle ruisselle naturellement plutôt que
de détremper le sol. Cette spécificité est essentielle à
la qualité des vins, car elle diminue la dilution du fruit
consécutive aux chutes de pluie. Pourtant, la contribution de l’argile s’étend à d’autres aspects de la vinification, car elle n’apporte pas uniquement de la
minéralité au raisin, mais empêche également la vigne
de croître avec une vigueur excessive.
Olivier Berrouet rejette les méthodes artificielles pratiquées par d’autres viticulteurs. Il ne croit pas aux
bénéfices de la « vendange en vert » qui consiste à
cueillir certains fruits à peine formés afin de réduire
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À Pétrus, L’APPROCHE DE LA VITICULTURE
rejette les méthodes artificielles pratiquées
par d’autres vignobles.
la récolte et d’accroître la concentration. En effet, il
considère que la « vendange en vert » augmente la
dilution dans chaque grain de raisin résiduel, même
si elle diminue la récolte globale. Il n’est guère partisan
non plus de favoriser artificiellement la vendange tardive. Si cette technique permet de produire des vins
capiteux et flatteurs, à tout le moins dans un premier
temps, elle altère ultérieurement le développement du
vin qui ne parvient plus à déployer son potentiel
aromatique. Olivier Berrouet présente clairement sa
philosophie vinicole. Il ne recherche pas les coups
d’éclat, il ne travaille pas pour susciter une forte
impression immédiate, triompher dans les concours
de dégustations qui opposent des vins jeunes ou
confectionner des bombes fruitées. Son horizon temporel embrasse une période d’une vingtaine d’années
et ses décisions sont dictées par l’objectif d’élaborer
des vins qui ne cesseront de se bonifier avec l’âge.
Un autre témoignage de cette absence d’intervention
est donné par sa volonté d’éviter les pesticides et de
les remplacer par des solutions aussi intelligentes que
biologiques, à l’exemple de l’utilisation de phéromones naturelles qui induisent les insectes en erreur
au moment de la reproduction et en diminuent ainsi
le nombre. À ses yeux, le défi ultime consiste à identifier les situations dans lesquelles il est préférable de
ne rien entreprendre, plutôt que de mettre en œuvre
des manipulations hasardeuses, et de laisser la nature
suivre son cours afin d’obtenir un meilleur résultat. Le
bien-fondé de ces principes s’est notamment manifesté en 2003, alors qu’une vague de chaleur s’était abattue sur la France et avait soumis le vignoble à des
températures supérieures à 40 degrés. Confiant dans
la capacité de la vigne à supporter la canicule, Olivier
Berrouet s’est abstenu de toute intervention et il en a
été récompensé par un millésime magnifique.
Le tri du raisin à l’arrivée au chai.
32 | Art de vivre
Jean Moueix et son père Jean-François ainsi que les
Berrouet père et fils prennent part au processus de
dégustation qui décide du moment de la récolte. À
l’évidence, les techniques de vinification modernes
exigent des analyses chimiques du raisin afin de déterminer la teneur en sucre, l’acidité et d’autres variables. Toutefois, pour le Pétrus, la chimie ne s’impose
pas face à des palais experts. L’équipe de testeurs valide les indications fournies par la chimie alors qu’ils
goûtent le raisin pour en évaluer la maturité et l’acidité. De manière regrettable, l’acidité est aujourd’hui
trop souvent sacrifiée. Pourtant, elle représente un
élément primordial au bon vieillissement du vin.
Comme pour d’autres bordeaux haut de gamme, le tri
impitoyable du raisin est une condition essentielle de
la qualité. Sur le domaine de Pétrus, la vendange récoltée manuellement (une obligation pour tous les
vins de l’appellation Pomerol) est contrôlée par une
machine de sélection optique, qui procède en quelque
sorte au scannage des grains. Ce procédé est plus rapide
que l’ancien contrôle manuel et permet ainsi à Olivier
Berrouet de réduire le laps de temps pendant lequel le
raisin demeure en attente. Pour les amateurs de
chiffres précis, les 50% de la récolte sont rejetés et utilisés pour des vins de moindre prestige que le Pétrus.
Dans le chai, Olivier Berrouet se laisse guider par les
mêmes convictions empreintes de délicatesse qu’il
met en pratique sur le vignoble. Comme il est convaincu que le merlot est un cépage sensible, il procède à
son refroidissement avec un grand luxe de précautions. Ce processus est important, car il retarde le début de la fermentation au cours de laquelle un léger
remontage est opéré pour intensifier l’extraction de la
couleur, des tanins et des composés aromatiques (lors
de la fermentation, les peaux et les autres substances
solides flottent au-dessus du liquide en formant un
« chapeau ». Le remontage, comme son nom l’indique,
consiste à pomper le jus situé sous le chapeau pour le
déverser par-dessus). Simultanément, Olivier Berrouet
évite une extraction excessive qui produirait un déséquilibre dans le vin. Pendant tout ce temps, il tente de
minimiser le contact avec l’oxygène. Sous de nombreuses formes, cette approche souligne la différence
entre le merlot de Pétrus et le cabernet, qui est le
cépage dominant pour les vins de la rive gauche. Dans
le cas du cabernet, aux tanins plus forts, l’oxygène est
nécessaire pour favoriser leur fragmentation, tandis
que le merlot mûr avec ses tanins plus doux doit être
préservé d’un contact prolongé avec l’oxygène, qui
risquerait de diminuer le potentiel de vieillissement
du vin.
En haut à droite, Olivier Berrouet,
directeur et œnologue.
Même si Pétrus rejette ces techniques que certains
considèrent comme des innovations modernes, à
l’instar de la « vendange en vert » et de l’emploi de
Le choix du MOMENT DE LA VENDANGE
ne dépend pas uniquement des analyses et
des mesures, mais de la dégustation du raisin.
33
34 | Art de vivre
35
pesticides, il est un aspect sous lequel le domaine se
distingue par des idées novatrices. L’association d’une
production limitée et d’une demande insatiable a
grandement augmenté le prix du Pétrus sur le marché.
Lorsque Jean Moueix a constaté que l’inflation semblait
ne jamais connaître de fin, il a craint que nombre
d’amateurs ne disposent plus de la possibilité de déguster ce vin. C’est ainsi que son programme « Carte
sur table » a vu le jour. En compagnie de neuf autres
prestigieux châteaux de Bordeaux, il a pris contact
avec six restaurants parisiens afin de leur soumettre
un projet audacieux. Il accepte de leur vendre du
Pétrus à une fraction du prix du marché à condition
que le vin figure sur la liste des vins avec une modeste
majoration et qu’il soit uniquement proposé en accompagnement d’un repas. De ce fait, une bouteille de
Pétrus peut ravir les palais pour un montant approximatif de 500 euros. Cette initiative a été saluée par
un extraordinaire succès et acclamée tant par les
gourmets que par les restaurateurs, enthousiasmés
par la nouvelle accessibilité d’un vin naguère hors de
prix. Le nombre de restaurants s’élève désormais à
douze et Jean Moueix envisage l’extension de Carte
sur table à d’autres établissements à Paris et ailleurs.
Pour les connaisseurs, toute occasion qui s’accompagne
d’une bouteille de Pétrus se transforme en un souvenir
impérissable. Son caractère, sa finesse, sa complexité
et son incontestable majesté sont à tel point fascinants
que Pétrus devient le centre de l’attention et de la
conversation lors de tout événement auquel il est associé. Les dégustations de vin ne font pas exception
à la règle et toutes les manifestations qui incluent du
Pétrus sortent du lot. •
Toute occasion ACCOMPAGNÉE D’UNE
BOUTEILLE DE PÉTRUS se transforme
en un souvenir impérissable.
En haut à gauche, Jean Moueix et
Olivier Berrouet.
36 | Art de vivre
Notes de
DÉGUSTATION
Les notes de dégustation ci-dessous
associent les expériences accumulées
au cours des trois dernières décennies
par le Dr George Derbalian, l’expert
en vin des Lettres du Brassus, et votre
serviteur.
1953 (DÉGUSTÉ PAR JK ET GD EN 1983).
1970 (DÉGUSTÉ PAR GD EN 1999).
Un vin exceptionnel. Une couleur pourpre
intense. Puissant et troublant, doté d’une
structure imposante. Légendaire.
Charnu et généreux. D’une belle ampleur
en bouche. Superbe. Grand vin.
1973 (DÉGUSTÉ PAR JK EN 2013).
1961 (DÉGUSTÉ PAR GD EN 1991).
Dégusté avec tous les géants du millésime. Au sommet avec Latour. Splendide
bouquet, accents de baies sucrées,
arômes saturés. Il survivra probablement
à tous les autres vins de ce millésime
vénéré. Monumental.
1964 (DÉGUSTÉ PAR GD EN 1999).
Dans une dégustation verticale de Pétrus
qui a fait date, à parité avec l’exceptionnel
millésime 1966. Voluptueux, proche d’un
bourgogne dans son caractère. Rondeur
soulignée par de superbes vagues fruitées.
Comment ne pas faire de ce vin votre
favori ? Monumental.
Comment Pétrus y est-il parvenu ? Avec
un millésime désastreux à travers tout
le Bordelais qui a produit de pauvres
vins, il charme par des tanins désormais
entièrement déployés et un fruit d’une
belle vivacité. S’il n’est pas inoubliable,
il réjouit néanmoins le palais.
1975 (DÉGUSTÉ PAR JK ET GD EN
2013).
Surprenant. Une robe pourpre intense
sans aucune nuance de brique. Dense
et puissant avec des vagues de cassis,
soulignées par des accents minéraux et
des notes de chocolat. Il prend appui
sur une structure sous-jacente. Grand vin.
De l’avis des dégustateurs, le meilleur
bordeaux du millésime.
1966 (DÉGUSTÉ PAR GD EN 1999).
À égalité avec le millésime 1964. Pérenne,
linéaire, élégant et pur. Avec un fruit qui
n’est pas encore entièrement développé.
Longueur exceptionnelle. Monumental.
1978 (DÉGUSTÉ PAR GD EN 1999).
Proche d’un médoc par son caractère,
moins riche que le millésime 1975. Lors
de récentes dégustations, ce vin a gagné
en substance et en richesse.
37
1986 (DÉGUSTÉ PAR JK ET GD EN 1989).
1993 (DÉGUSTÉ PAR GD EN 1999).
Dégustation à l’aveugle avec un Pomerol
de 1986. Ferme et troublant dans sa
jeunesse. Pas aussi charnu que les
millésimes 1989 ou 1990, mais assurément un vin appelé à prendre de l’âge.
En attente de sa maturation complète.
Moins concentré que le millésime 1990.
Équilibré et entier comme le millésime
1990, mais dans une plus faible amplitude.
Tanins ronds et charnus. Un vin surprenant pour un millésime peu considéré.
1989 (DÉGUSTÉ PAR GD EN 1999).
Un vin dense, substantiel, structuré.
Notes de fruits doux. Un vin prometteur,
destiné à se bonifier.
2012 (DÉGUSTÉ PAR JK EN 2013).
Dr GEORGE DERBALIAN
Remarquable. Étonnamment ouvert et
accessible. Couleur pourpre sombre avec
un nez de mûres. Texture à la consistance
affirmée soulignée par des notes de
groseilles. Tanins parfaitement mûrs et
pleins. Somptueux final.
Le Dr George Derbalian, est l'expert en
œnologie des Lettres du Brassus. En
fondant la société Atherton Wine
Imports établie en Californie septentrionale, il n’est pas seulement devenu l’un
des principaux importateurs de grands
vins aux États-Unis, mais il a également
acquis la renommée parfaitement
méritée de figurer parmi les meilleurs
connaisseurs en vins du monde. Tous les
ans, George Derbalian se rend dans les
principaux vignobles d’Europe et des
États-Unis afin de rencontrer les
viticulteurs, les propriétaires des grands
domaines, les chefs de chai et autres
personnalités incontournables de
l’univers vinicole. Au cours d’une seule
année, George Derbalian goûte plusieurs
milliers de crus, des premières productions de la nouvelle récolte aux anciens
millésimes.
1990 (DÉGUSTÉ PAR GD EN 1999).
Diplomatique, racé, gouleyant.
Séduisant avec des tanins superbement
mûrs. Il sera surpassé à long terme
par le millésime 1989, mais possède une
longueur d’avance dans son jeune âge.
Monumental.
Gi
ro
nd
e
France
Saint-Estèphe
Pauillac
Saint-Julien
L’Isle
Margaux
Pomerol
Libourne
Saint-Émilion
Bordeaux
Ga
Dord
ro
ogne
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38 | Dans l’air du temps
dimensioning
39
Le Carrousel
GRANDE
COMPLICATION
PAR JEFFREY S. KINGSTON
Le nouveau Brassus Carrousel Répétition
Minutes Chronographe Flyback fait
son entrée dans le panthéon des Grandes
Complications de Blancpain.
40 | Dans l’air du temps
Pour Blancpain, UNE GRANDE COMPLICATION
doit être innovante sous chacun de ses aspects.
Une proposition logique. La création d’une montre
à grande complication, qui par définition doit offrir
une combinaison de complications, peut se produire en suivant l’une de deux voies. La première
consiste à réunir des complications classiques, réalisées selon la tradition, de sorte que la « créativité »
se résume simplement, si vous me permettez l’expression, à l’assemblage d’un kit. L’autre se présente
sous un jour plus ambitieux. Faites preuve d’imagination dans la conception de chaque complication,
puis poursuivez l’innovation à l’instant de les réunir ! Avec le Brassus Carrousel Répétition Minutes
Chronographe Flyback, Blancpain a sans conteste
choisi la seconde option. Chaque élément essentiel
de cette montre à grande complication témoigne
d’une inventivité et d’une créativité exceptionnelles.
Pour souligner la dimension de ces avancées, il suffit de relever qu’aucune montre-bracelet n’a offert à
ce jour une telle association de complications.
Comme sur tout garde-temps, le cœur du Brassus
Carrousel Répétition Minutes Chronographe Flyback
est incarné par l’élément central de la régulation du
temps, en ce cas le carrousel. Ainsi que nous l'avons
vu plus en détail dans l’article consacré au Tourbillon
Carrousel en page 6, Blancpain est la première manufacture à avoir développé un carrousel pour une
montre-bracelet. Cette performance horlogère s’est
accompagnée de nombreuses premières mondiales :
le premier carrousel volant dans une montre, le premier carrousel volant une minute dans n’importe quel
type de garde-temps, la plus longue réserve de marche
pour tout carrousel et le premier carrousel doté d’un
balancier au centre. Même si le Brassus Carrousel
Répétition Minutes Chronographe Flyback s’inscrit
dans le sillage de cette construction au palmarès enviable, il présente néanmoins de subtiles optimisations. Le carrousel original de Blancpain recourait à
un spiral plat, tandis que sur la nouvelle réalisation le
balancier est associé avec un spiral doté d’une « courbe
terminale Breguet ». Cette forme particulière fut inventée par le célèbre horloger Abraham-Louis Breguet
en 1795. Avec un ressort plat habituel, l’extrémité interne du spiral est attachée à proximité de l’axe de
balancier alors que son extrémité externe est fixée à
un bras. Cette disposition ne permet pas d’obtenir une
concentricité et un centrage parfaits, car la partie du
Figure A. Le balancier et son spiral
à courbe terminale Breguet.
Figure B. La cage du carrousel, le
balancier et l’échappement.
41
A
B
42 | Dans l’air du temps
spiral attachée au bras n’est pas équilibrée par un élément opposé équivalent. Abraham-Louis Breguet a
réalisé que, si la partie extérieure du spiral était tournée
à la fois vers le haut et vers l’intérieur pour s’étendre
au-dessus de la partie principale du ressort, le centrage
et la concentricité seraient notablement améliorés et,
ainsi, la précision de marche de la montre. Comme sur
la plupart de ses récents mouvements, Blancpain a
donc opté pour un spiral caractérisé par la présence
d’une courbe terminale Breguet. Sa confection est
particulièrement exigeante, car le coudage supérieur
et intérieur de chaque ressort doit être minutieusement exécuté à la main.
Par l’adjonction d’un chronographe au carrousel,
Blancpain inscrit une nouvelle première mondiale à son
riche palmarès. En effet, cette combinaison n’avait pas
encore vu le jour sur une montre-bracelet. Le chronographe intègre également une fonction flyback qui
permet de commander par une seule action, au lieu de
trois, l’arrêt, la remise à zéro et le redémarrage du chronographe. L’association d’un chronographe flyback et
d’un carrousel dans une montre-bracelet représente
donc une authentique « double première mondiale ».
De la même manière que le carrousel symbolise le
cœur de la mesure du temps sur cette grande complication, le mécanisme d’embrayage vertical est le
centre névralgique du chronographe. Même si
Blancpain a puisé son inspiration dans une expertise
de près de trois décennies dans la construction de
chronographes à embrayage vertical, sa conception
sur le Brassus Carrousel Répétition Minutes Chronographe Flyback dénote une importante évolution.
Dans toutes les collections de la marque, le compteur
des minutes du chronographe est situé dans un
sous-cadran à 3 heures. Sur ce modèle, les ingénieurs
et les designers de Blancpain ont choisi une solution
complètement différente pour le décompte des minutes. Elle prend la forme d’une grande aiguille au
centre et d’une échelle disposée sur le rehaut du cadran principal. Le déplacement de cette indication au
centre du cadran n’a pas uniquement requis un changement de roue. Comme l’aiguille est considérablement
plus grande que celle utilisée sur un petit totalisateur,
cette modification a exigé de repenser entièrement le
rouage du compteur des minutes. Au moment où l’aiguille des secondes passe le repère « 60 », il incombe
à l’aiguille des minutes d’avancer, avec autant de célérité que d’élégance, sur la prochaine minute. Pour
assurer une progression harmonieuse, en l’absence de
toute saccade ou tressaillement malvenu, les constructeurs ont réalisé qu’il convenait de se tourner vers une
forme de rouage différente de la conception précédemment utilisée dans les chronographes de
Blancpain. Plutôt que d’adopter le profil classique de
dents pleines, la réponse s’est présentée sous la forme
de dents munies d’une « fente », essentiellement destinée à absorber les chocs et à réduire les jeux. Cette
configuration ne garantit pas seulement la parfaite
progression de l’aiguille des minutes, mais prévient
son tremblement redouté lorsque le garde-temps est
soumis à des chocs.
Les roues dotées de ce profil particulier répondent en
tous points à l’objectif recherché. Toutefois, la méthode pour le concrétiser a suivi une approche qui s’est
largement écartée de la tradition. Habituellement, les
dents sont taillées dans les roues à l’aide d’une fraise.
D’un point de vue scientifique, ce procédé entre dans
la catégorie des techniques fondées sur la soustraction
– ou le retrait – de matière : la dent est formée par
l’usinage du matériau. Même si les procédés utilisés
Vue du mouvement côté cadran.
43
44 | Dans l’air du temps
45
de nos jours pour tailler les dents sont étonnamment
précis, ils ne l’étaient pas suffisamment pour confectionner le type de dents fendues souhaité par
Blancpain. Aussi les constructeurs se sont-ils tournés
vers la direction opposée et ont retenu un procédé
fondé sur l’ajout de matière. Plutôt que de découper
le matériau dans un disque afin de tailler les dents
d’une roue, une méthode additive génère peu à peu la
roue, molécule par molécule. Selon ce principe, les
roues et les dents voient simultanément le jour. À
l’évidence, ce choix fait appel à des technologies à la
pointe du progrès. Même si elles sont plus complexes
et onéreuses à fabriquer que les habituelles dents taillées, ces roues obtenues par addition sont incomparablement plus précises et peuvent comporter des dents
au profil plus élaboré.
Lors du développement du chronographe,
LES CONSTRUCTEURS DE BLANCPAIN ont
opté pour des technologies de pointe.
Blancpain avait déjà recouru à une technique par
adjonction de matière dans la montre de plongée
X-Fathoms. Comme sur la nouvelle grande complication, les exigences posées par le profondimètre mécanique avaient conduit les ingénieurs à confectionner
l’une de ses roues, dont la forme particulièrement
complexe exigeait une exactitude extrême, en adoptant
un processus de fabrication molécule par molécule.
Le Brassus Carrousel Répétition Minutes Chronographe Flyback comporte deux roues confectionnées
selon cette solution de pointe : la première à 3 heures
et la seconde au centre. Elles font toutes deux partie
du rouage du compteur des minutes du chronographe.
Si les roues de forme particulière garantissent la parfaite progression de l’aiguille du compteur des minutes,
l’embrayage vertical assume, pour sa part, la responsabilité du déplacement harmonieux de l’aiguille des
secondes du chronographe. À l’exception de quelques
rares réalisations qui recourent à un dispositif séparé,
doté d’un barillet indépendant, afin d’assurer la mesure de brefs intervalles temporels, tous les chronographes utilisent une forme ou une autre d’embrayage
pour des motifs simples à comprendre. Lorsque l’enclenchement du chronographe est commandé, son
mécanisme est associé – ou couplé – au rouage habituel
de la montre. De semblable manière, lors du déclenchement, le rouage du chronographe est déconnecté
du rouage de la montre. Dans une perspective historique, la plupart des chronographes étaient munis
d’un embrayage horizontal pour piloter l’enclenchement et le déclenchement du chronographe. Toutefois,
ces réalisations, fondées sur l’engagement soudain de
deux roues au début d’une mesure, comportent
d’importants inconvénients. Idéalement, deux
roues devraient procéder à leur engrènement à l’instant où les dents de l’une tombent dans les creux de
l’autre. Cependant, l’actionnement du chronographe
est une manœuvre aléatoire et la rencontre des roues
ne se produit pas nécessairement dans une configuration où les dents d’une roue se trouvent en face des
creux de l’autre. Il peut survenir en effet qu’une dent
entre d’abord en contact avec une autre dent. Cette
circonstance entraîne un saut non souhaité dans le
46 | Dans l’air du temps
mouvement de l’aiguille des secondes. En outre, ces
constructions emploient un ressort pour assurer l’ébat
indispensable à l’engagement des dents dans les creux
et éviter le tressaillement de l’aiguille des secondes
alors qu’elle commence sa progression autour du cadran. Même si ce ressort confère une souplesse additionnelle au mouvement de l’aiguille, la tension qu’il
provoque altère la précision de marche de la montre
lorsque le chronographe est enclenché. Finalement,
comme les dents des roues sont extrêmement fragiles
sur ces chronographes haut de gamme, en raison de
leur forme de triangle effilé destinée à réduire l’usure,
il est généralement recommandé au propriétaire
d’éviter de laisser fonctionner le chronographe pendant une période prolongée.
marche de la montre. Enfin, comme il ne recourt pas
à des roues munies de fines dents triangulaires qui
s’usent les unes contre les autres à chaque engagement,
le chronographe peut être enclenché en permanence,
si tel est le bon vouloir de son propriétaire. En bref, la
construction de Blancpain dote ce chronographe des
performances requises pour apparaître de plein droit
sur une véritable grande complication.
L’intégration d’un chronographe dans la nouvelle
grande complication recelait cependant un autre défi.
Une répétition minutes figure au catalogue de ses
complications et ses timbres, qui se présentent sous la
forme de lamelles d’acier, entourent le mouvement. La
disposition usuelle des poussoirs du chronographe
pour l’enclenchement, le déclenchement et le retour à
L’embrayage vertical conçu par Blancpain a balayé ces
inconvénients. Plutôt que de reposer sur la rencontre
de deux roues, l’enclenchement du chronographe
presse deux disques l’un contre l’autre. Le début de la
mesure se déroule à chaque fois de manière parfaitement uniforme, sans le moindre risque de saut. En
outre, ce dispositif rend superflue la présence de tout
ressort supplémentaire. De surcroît, en l’absence de
ressort, l’enclenchement du chronographe n’exerce
pratiquement aucune influence sur la précision de
B
Figure A. Le mécanisme de
l’embrayage vertical avec le
chronographe déclenché : les deux
bras préviennent tout contact
entre le disque de l’aiguille des
secondes et le disque inférieur.
Figure B. Le mécanisme de
l’embrayage vertical avec le
chronographe enclenché :
la roue à colonnes a écarté les deux
bras permettant ainsi aux disques
de l’embrayage d’entrer en contact
l’un avec l’autre.
A
47
48 | Dans l’air du temps
49
zéro aurait provoqué une interférence entre leurs tiges
et les timbres. Blancpain n’avait ainsi d’autre choix que
de développer une méthode pour abaisser les tiges des
poussoirs, en sorte qu’elles passent sous les timbres
circulaires de la répétition. Ce léger décalage a entraîné
à son tour le déplacement de la couronne, afin qu’elle
soit située à la même hauteur que les poussoirs sur la
carrure du boîtier. Deux plateaux ont été substitués à
la tige droite qui relie directement le mouvement à la
couronne. Le premier est attaché à la tige depuis le
mouvement, alors que le second est fixé à la couronne
abaissée et à sa tige séparée. Lorsque la couronne est
retirée ou pivotée, cette action est transférée par un
rouage à la tige séparée du mouvement. Les deux plateaux servent ainsi de supports aux deux tiges.
Le mouvement est surmonté d’un
CADRAN À L’ÉMAIL GRAND FEU.
Le chronographe possède deux
grandes aiguilles. L’une, achevée
par une pointe rouge pour
le compteur des minutes, l’autre,
plus longue, pour les secondes.
Quel que soit l’angle sous lequel elle est considérée, il
ne peut exister de « répétition minutes standard ». La
production d’un son riche à la pureté cristalline à partir
d’un mécanisme de sonnerie est une prouesse artistique qui ne sera jamais accolée à l’épithète « standard ». Cette observation est d’autant plus pertinente
que la répétition minutes de la nouvelle grande complication intègre plusieurs innovations remarquables.
Depuis longtemps, Blancpain a opté pour des
constructions de mouvement sûres. Pour les constructeurs de la manufacture, la sécurité implique de protéger le mouvement contre les erreurs de manipulation.
Assurément, il existe toujours l’expédient d’insérer
des mises en garde, généralement imprimées en caractères gras, dans le manuel d’instructions. Toutefois, Blancpain prétend à juste titre qu’un mécanisme
bien étudié incarne une valeur supérieure et une sécurité accrue par rapport à une liste d’activités interdites. Pour une répétition minutes, le risque réside
dans la tentation de régler l’heure pendant la sonnerie
de la répétition. Si d’autres marques horlogères se
bornent à interdire formellement cet ajustement,
Blancpain ne se contente pas de cette solution. Lorsque
le verrou de la répétition est actionné afin de décompter les heures, les quarts et les minutes, la couronne se
déconnecte du mouvement. Dès lors, si le propriétaire
essaie de régler l’heure pendant la sonnerie ‒ un geste
qui briserait le mécanisme de la répétition sur d’autres
garde-temps ‒ aucun événement fâcheux ne se produit
et la couronne tourne simplement dans le vide.
Le Brassus Carrousel Répétition Minutes Chronographe Flyback comprend une seconde innovation
capitale pour la répétition sous la forme d’un barillet
aux dimensions très généreuses. Sur toutes les répétitions minutes, l’énergie nécessaire à l’indication
acoustique de l’heure est délivrée par l’actionnement
d’un verrou situé sur le flanc du boîtier. Ce mouvement
arme le barillet de la répétition qui transmet la force
nécessaire à la frappe des marteaux sur les timbres.
Selon une pratique usuelle de l’industrie horlogère, les
barillets des répétitions minutes sont habituellement
remontés d’un tour et demi lorsque le verrou est
repoussé. Cependant, et de manière regrettable,
50 | Dans l’air du temps
51
l’énergie emmagasinée est presque complètement
épuisée avant d’égrener les notes d’une longue sonnerie, par exemple 11 h 59, qui requiert 11 indications
pour les heures, 3 pour les quarts (dont chacune
consiste en deux notes) et 14 pour les minutes. En
conséquence, le volume est généralement plus faible
et, dans de nombreux cas, le tempo se ralentit tristement vers la fin de la sonnerie. Pour résoudre ce problème, Blancpain a muni la répétition d’un barillet
extrêmement grand qui se remonte de non moins de
cinq tours à chaque actionnement du verrou. Ainsi,
loin d’être entièrement désarmé après 1,5 tour, le barillet de Blancpain possède encore une réserve d’énergie de 3,5 tours une fois émises les dernières notes de
la plus longue des indications. Grâce à cette ingénieuse disposition, le volume et le rythme de la sonnerie demeurent constants en toutes circonstances.
Les timbres représentent la troisième caractéristique
essentielle de la répétition minutes du Brassus
Carrousel Répétition Minutes Chronographe
Flyback. D’une longueur inhabituelle, ils ne se
contentent pas d’entourer le mouvement, mais décrivent un tour et demi autour du mécanisme de la
montre. Cette longueur supplémentaire, qui leur vaut
l’appellation de « timbres cathédrale », confère à la
sonnerie une richesse et une plénitude accrues.
Pourtant, tous ces efforts de construction seraient
vains si le son n’est pas transmis correctement de
l’intérieur du mouvement vers l’extérieur du boîtier.
Afin d’en améliorer la propagation, Blancpain a fixé
les timbres cathédrale aux parois en or rouge de la
boîte elle-même. L’absence d’élément intermédiaire
augmente de manière significative le volume et la
clarté sonores.
Comme il se doit, ces innovations s’accompagnent
d’une élégance raffinée. Pour souligner la complexité
de son mouvement, les principaux composants du
Brassus Carrousel Répétition Minutes Chronographe
Flyback se présentent sous la chaleureuse nuance de
l’or rouge. La platine principale et les ponts sont façonnés en or rouge massif. Les ponts sont gravés à la main
dans l’atelier des grandes complications du Brassus. La
décoration de leurs faces exige un jour complet d’un
minutieux travail manuel pour chacun d’eux. Un travail tout aussi précis est requis pour conférer aux
bords un anglage manuel réalisé à la lime et au brunissoir ainsi que pour perler les surfaces, même si elles
ne sont pas visibles. Tous les autres composants sont
également décorés à la main, anglés, brossés et polis.
L’échelle des minutes sur le cadran est confectionnée
en émail grand feu. Enfin, comme la grande complication est équipée d’un mouvement à remontage automatique, la masse oscillante luit de l’éclat de l’or
rouge 22 carats.
Une grande complication incarne l’expression ultime
de l’art horloger. Considérées séparément, les complications du Brassus Carrousel Répétition Minutes
Chronographe Flyback – le carrousel volant, le chronographe flyback, les timbres cathédrale de la répétition minutes – sont autant d’avancées décisives dans
le champ de la haute horlogerie. Cependant, le tout est
ici bien plus que la somme des parties, car elles sont
intégrées dans un mouvement dont la beauté et la
fonctionnalité transcendent chacun de ses composants individuels afin d’offrir à son propriétaire la joie
unique de posséder une grande complication qui
n’avait jamais été réalisée auparavant. •
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PAR LAURENT BALLESTA
Expédition
GOMBESSA
Le cœlacanthe, une plongée
vers nos origines.
RAIS
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T E OCEAN
54 | Art de vivre
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Au fond de la mer, on se sent seul, profondément
seul, MAIS CETTE SOLITUDE N’EST POSSIBLE
QUE PAR LE SOUTIEN DES AUTRES.
Cette histoire commence la veille. La plongée du
jour est déjà derrière nous, la mer aussi. La route
serpente à travers l’immense dune richement arborée. La piste crache des tonnes de sable derrière le
passage de notre pick-up. Entre le véhicule et le
nuage de poussière, il y a le bateau sur la remorque
et nous encore au-dessus. Le matériel déborde :
14 bouteilles de plongée et 400 kilos d’accessoires
pour seulement 4 plongeurs.
Quarante minutes pour arriver au camp de base à
15 km de la mer, il est 15 h 30. Notre précieux matériel
de plongée high-tech est installé sous les eucalyptus,
dans un garage du bout du monde, où toute machine
du XXe siècle peut être réparée. C’est qu’ici, perdu
dans le bush, le luxe c’est d’être autonome.
C’est là que l’on entretient matin et soir nos précieux
scaphandres recycleurs. Vider et remplacer la chaux
sodée qui a épuré le CO2 de nos expirations durant la
plongée, démonter les six bouteilles de gaz comprimé
qui sont connectées à la boucle dans laquelle chacun
respire. Les cocktails doivent être refaits chaque jour
très précisément. Il faut savoir que chaque gaz n’est
respirable qu’à certaines profondeurs et se tromper
peut engendrer, dans le meilleur des cas, une énorme
ivresse des profondeurs, dans le pire des cas, convulsions et syncopes.
Tout cela nous amène jusqu’au repas du soir. Un bref
moment de répit. Le reste de la journée, chacun a joué
son rôle au sein de l’équipe. L’équipe… c’est le paradoxe de la plongée profonde : au fond de la mer, on se
sent seul, profondément seul, mais cette solitude n’est
possible que par le soutien des autres. Les autres, c’est
Jean-Marc et Éric, d’une bonne quinzaine d’années
mes aînés, et une grande culture sur l’art expérimental
de la décompression ; je leur demande de planifier les
plongées à ma place afin que mon obsession ne prenne
jamais le dessus sur la raison. Ils sont les modérateurs.
Cédric, formidable logisticien, nécessaire pour trouver
les solutions à la bonne marche de notre aventure ;
aventure, ce synonyme sexy pour dire galère. Il est aussi le plongeur qui transporte pour moi un ou deux caissons photos « en plus, au cas où… » ; tout comme Tybo
et Florian, tous deux plongeurs techniques aguerris,
calmes et enthousiastes à la fois (un cocktail rare) qui
tour à tour joueront les porteurs, les éclairagistes et
même les opérateurs des caméras scientifiques, avec
toujours cette même envie inaltérable d’aller voir en bas
ce qu’il s’y passe. Enfin Yanick, physiquement increvable, jamais fatigué et d’humeur égale en toute circonstance, il est le chef opérateur caméra, c’est lui qui
par 120 m doit filmer l’événement, la première fois au
monde où l’on verra sur une même image un homme
et un cœlacanthe. Son flegme devant un tel challenge
me rend admiratif ou m’agace carrément, c’est selon.
56 | Art de vivre
VINGT MINUTES de navigation
nous amènent sur zone, nous
sommes à 3 MILES au large,
mais nous sommes encore loin
de nous mettre à l’eau.
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Après dîner, je dois encore bosser sur mes caissons
d’appareils photos qui souffrent énormément de la
trop grande pression. Tout bien graisser, vérifier tous
les joints toriques d’étanchéité, etc. Je ne parlerai
même pas de la nuit blanche passée au chevet du caisson dont le hublot a implosé par 111 m de fond à la
suite d’un choc malencontreux. Après la plongée, dure
épreuve pour le moral : un D3s complètement foutu,
le boîtier Nikon le plus perfectionné du moment,
d’une sensibilité jusqu’à 100 000 ISO, irremplaçable
si je veux immortaliser les faibles mais si particulières
lueurs sous-marines qui survivent par plus de 100 m
de profondeur...
On se couche tôt entre 21 et 22 h. Les journées sont si
intenses que seules les nuits m’off rent le temps du
recul, le luxe de réaliser ce que je suis en train d’accomplir. Mes journées, elles, ne sont que décisions et
actions dans une oscillation tendue entre planification
et improvisation…
Réveil 5 h 30. Trente minutes de gym pour se remettre
le dos en place. 6 h 15, après un petit déjeuner rapide,
retour à nos scaphandres, remontage des pièces maîtresses et check-list : étanchéité du circuit fermé,
contrôle des batteries, calibrage des analyseurs d’oxygène, contrôle des paramètres de la décompression,
dévidoirs et bouées ascensionnelles, etc. 7 h 30, chargement du pick-up et départ avec notre embarcation
semi-rigide de 7 m en remorque. 8 h 00, arrivée à la
plage, une immense plage sans cesse remodelée par
l’estuaire d’une rivière d’eau rouge et par le gros tracteur qui prend la relève du pick-up dans le sable mou.
Départ. À bord du bateau, tout doit être solidement
amarré, le passage des vagues de la plage est un moment critique : chaque année, à cet endroit précis,
plusieurs bateaux se sont retournés. Vingt minutes de
navigation nous amènent sur zone, nous sommes à
3 miles au large, mais nous sommes encore loin de
nous mettre à l’eau : GPS et sondeur sont allumés, il
faut localiser les lieux. Je suis à l’avant en compagnie
de Peter Tim, la seule personne qui peut nous amener
à la verticale du lieu le plus susceptible d’héberger des
cœlacanthes. C’est lui le premier qui, en 2000, lors
58 | Art de vivre
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d’une incursion à grande profondeur, a découvert un
cœlacanthe dans une grotte du canyon. Gagner sa
confiance ne fut pas chose simple, il a fallu faire bonne
impression, le rassurer sur nos intentions pour qu’il
accepte de retourner là où, dix ans auparavant, il avait
amené deux plongeurs désireux de relever ce défi…
deux plongeurs qui sont morts ce jour-là.
Aujourd’hui, le courant est assez fort, la décision est
donc de se jeter à l’eau à 150 m en amont du courant
par rapport au point d’arrivée choisi. Mes trois partenaires et moi-même nous équipons, encore un moment un peu pénible, le temps d’endosser environ
70 kilos d’équipement.
Dernière vérification des afficheurs électroniques,
tout le monde est prêt et le bateau est repositionné sur
le point de largage. Depuis le réveil, une boule au
ventre m’empêche de sourire, un peu comme la peur
d’oublier quelque chose ‒ je dois penser à tout avant
d’agir ‒ et de ne plus penser à rien. Le moment le plus
important approche et paradoxalement me libère. Le
changement d’état opère avec la bascule arrière du
zodiac. Plus le temps de se poser des questions : nous
occuper de descendre chasse nos préoccupations, fini
la réflexion, place aux réflexes, terminé l’appréhension, il est temps d’appréhender ! La descente est violente, la plus verticale et la plus rapide possible, les
oreilles n’ont qu’à bien se tenir, heureux que la béance
tubaire volontaire de mes trompes d’Eustache fonctionne bien, en d’autres termes que mes oreilles
s’équilibrent sans que j’intervienne. Cela me permet
de descendre plus vite encore. En moins d’une minute,
je suis à 50 m de profondeur en pleine eau. Arrivé à ce
point, je ralentis un peu, me retourne pour voir si
mes compagnons sont là, reprends ma boussole pour
affiner le cap à suivre. 60, 70 m, je maintiens mon axe
et ma vitesse de descente. 80 m, je commence à guetter
le bord du canyon. 90 m, ça y est, je vois nettement le
contraste entre la roche verticale et obscure du canyon
d’un côté et la plaine de sable blanc de l’autre ! La
descente, à la fois éprouvante et libératrice, s’est bien
déroulée. C’est une étape délicate qui m’obsède depuis
le réveil : ne pas rater l’atterrissage. Si ce dernier est
mal géré, c’est toute l’exploration qui est annulée et
impossible de retenter une plongée le jour même…
100 m, j’arrive sur le haut du tombant, les gorgonesbalais et le corail noir sont là, les poissons ananas, les
poissons barbiers à pois mauves et le poisson savon à
lignes d’or aussi, autant d’indices vivants qui me font
savoir, si je ne le savais pas encore, que j’ai dépassé
100 m et pénétré l’univers biologique aphotique, la
zone crépusculaire où parvient moins de 1% de la
lumière du soleil. Une autre planète.
Et pourtant… 100 m seulement nous séparent de cette
autre planète, une couche opaque et lourde. 100 m
d’eau, 100 m de haut, rien du tout finalement : vu de
l’espace, un mince ruban presque négligeable. 100 m,
c’est comme un seul pas à faire, à peine quelques coups
Fini la réflexion, place aux
réflexes, terminé l’appréhension,
IL EST TEMPS D’APPRÉHENDER !
60 | Art de vivre
de palmes à donner, et pourtant je change de monde :
une véritable porte spatiotemporelle digne des meilleurs romans de science-fiction : ma « Stargate » à moi.
Un extraordinaire passage qui, en quelques minutes,
est censé me transporter devant un animal qui, prétendument, n’aurait pas eu de visite depuis 65 millions
d’années… De la science-fiction, vous dis-je.
120 m, devant nous la paroi rocheuse et sa rangée de
grottes horizontales. La recherche commence, et le
chronomètre tourne. Ici le temps se compte en minutes, là où pourtant, croyez-moi, je me construis une
éternité de souvenirs. Chaque grotte, chaque surplomb, est balayé par nos lampes. Ce jour-là, la chance
nous sourit très vite. À la deuxième grotte, je le vois !
Posté à l’entrée, toutes ses nageoires pédonculées en
action, l’imposant cœlacanthe est là, impassible.
Notre descente a duré moins de trois minutes. Comment croire que cette autre planète n’est qu’à trois
minutes de la nôtre ? Le temps n’a plus la même valeur.
La preuve ? Le chemin aller dure trois minutes, le
chemin retour dure cinq heures.
Doucement, je me rapproche de lui, je m’approche
d’un dinosaure. De plus en plus près, l’émotion est
forte, je sais que je dois la mettre de côté et me concentrer. Bien observer, bien illustrer, jamais un photographe naturaliste ne s’est trouvé face à lui. Je garde
mes distances, peur de lui faire peur. Comment le
cœlacanthe réagit-il devant un plongeur ? Nul ne le
sait vraiment. Le comble serait, après tant de préparation, d’effrayer la légende vivante, la voir disparaître
et remettre alors en question la conviction que je défends depuis si longtemps : celle où j’affirme que, partout où nous irons physiquement, nous ferons mieux
que des robots.
Première émotion : je sais qu’il nous a vus, il tourne
sa tête vers moi mais ne se réfugie pas au fond de son
antre ! De la curiosité pour nous ? Non, je ne pense pas,
et puissent rester loin de moi ces puérilités mystiques !
De l’indifférence ? Oui, je crois et j’en suis heureux :
cette scène inédite si souvent rêvée, cet instant de
nature enfin offert à mes yeux, je le voudrais « comme
si je n’y étais pas », intact, sauvage, naturel.
Contre toute attente, il sort de sa grotte et remonte le
long de la paroi. Nous le suivons. Pour les déplacements lents, il semble n’utiliser que sa nageoire annale
et sa deuxième dorsale qui tournent comme des hélices au ralenti. Il est énorme, près de 2 m je pense.
J’aperçois nettement les courtes épines blanches qui
recouvrent les rayons bleus de sa nageoire dorsale.
À chacun de ses mouvements, je vois se chevaucher
délicatement ses énormes écailles primitives, elles
aussi recouvertes de minces épines, je distingue les
plaques osseuses de son crâne, son spiracle à l’extrémité de ses grands opercules, les petites dents
coniques qui débordent de ses mâchoires charnues,
À peine quelques coups de palmes à donner,
et pourtant JE CHANGE DE MONDE.
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les trous profonds sur le museau de son système de
sensibilité aux champs électriques... Difficile de décrire la joie vécue, elle est grande mais introvertie.
Un mélange addictif : l’expérience de la beauté et la
griserie du privilège. Mais il y a plus que cela : à ce
moment précis, mes espoirs, mon acharnement de ces
quatre dernières années, mes convictions tellement
défendues, mes doutes tellement dissimulés, toutes
ces émotions se trouvent cristallisées dans cette extraordinaire rencontre. Nous nageons à côté de notre
dernier ancêtre aquatique, dans son univers propre, et
nous sommes les premiers à le faire. Il existe davantage
d’êtres humains qui ont marché sur la Lune que nagé
avec un cœlacanthe.
Il est temps pour nous de payer l’addition de ce privilège, je regarde ma console : 235 minutes de décompression obligatoires avant de pouvoir sortir à l’air
libre. Si je rajoute à cela le temps au fond et les aléas
de la remontée, je sais que nous sortirons de l’eau cinq
heures après y être entrés. La lente ascension commence. Les paliers de décompression sont ainsi, de
plus en plus longs au fur et à mesure que l’on se rapproche de la surface. Et finalement, la moitié de la
plongée se passera entre 12 m et la surface.
Depuis peu, il y a aussi un requin aileron blanc très
agressif qui calme très vite nos fous rires. Il est jeune
L’instant vécu est fort, mais il faut rester concentré
dans son travail de naturaliste. Cruel dilemme : je voudrais admirer, mais je dois observer. Je ne dois pas
perdre un instant. Les minutes passent, 34 exactement, quand le cœlacanthe rejoint enfin le bord du
canyon, s’y engouffre et disparaît dans le noir sous mes
palmes. « Pouvoir le suivre encore… » Je suis certain
que nous avons tous eu cette même idée grisante,
obsédante, mais suicidaire…
Il existe davantage d’êtres humains qui
ont marché sur la Lune QUE NAGÉ AVEC
UN CŒLACANTHE.
68 | Art de vivre
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On vient de sortir de l’eau et pourtant
L’ÉVÉNEMENT S’EST PRODUIT IL Y A
PLUS DE QUATRE HEURES.
(moins de 2 m), impétueux et énervé à cause, je présume, des deux énormes hameçons qui lui abîment la
mâchoire et les quelques mètres de nylon qui suivent
et le blessent aux nageoires. Chaque jour, il nous harcèle dès le début de notre remontée et jusqu’à 15 m,
soit une bonne heure et demie durant laquelle il faut
le surveiller : à trois reprises, j’ai dû repousser ses
avances et même lui cogner sur le pif... En fouillant
dans ma mémoire, je me rends compte que c’est la
seule fois de ma vie où un requin est venu jusqu’au
contact sans qu’il y ait aucun stimulus alimentaire,
étonnant… Bref, pour l’instant, pas le temps pour
s’ennuyer et puis nous sommes très affairés à vérifier
le bon fonctionnement de nos scaphandres dans cette
phase physiologique critique qu’est la décompression.
On contrôle en permanence que notre mélange gazeux se transforme bien comme il faut : progressivement, l’hélium est remplacé par de l’oxygène, pour
finir avec de l’oxygène pur vers 6 m de la surface, là
où nous passerons les deux dernières heures.
La dernière heure est souvent inconfortable. Le poids
de nos scaphandres commence à se faire sentir. La
houle nous secoue juste assez pour que chacun se
plaigne des lombaires à la sortie de l’eau. Arrivent
enfin les cinq dernières minutes. Chacun tourne son
moulinet une dernière fois tout doucement jusqu’à la
surface. Le bateau est là, il dérivait avec nous. Une fois
à bord, je peux lire sur les visages, enfin libres de
masque et d’embout, cet émouvant mélange de traits :
ceux de la fatigue et ceux de la satisfaction. Épuisés
mais contents, et enfin diserts. Après plus de quatre
heures, chacun peut enfin parler, raconter SON histoire, toujours un peu variable de l’un à l’autre, preuve
qu’à ces grandes profondeurs, tous nos sens sont un
peu déformés et entraînent des impressions différentes. Sentiment bizarre, on vient de sortir de l’eau et
pourtant l’événement s’est produit il y a plus de quatre
heures. « C’était génial, mais c’était il y a longtemps… »
C’est presque déjà loin dans nos mémoires. Preuve encore une fois que nous revenons d’une autre planète…
La tension est enfin tombée, mais la journée n’est pas
finie. Retour à la plage, déchargement du matériel,
chargement du pick-up, attelage du bateau, etc., et ça
recommence comme la veille. On se prépare déjà pour
le lendemain. Quarante jours de la sorte vont se succéder. Pour moi, c’est un aboutissement, j’espère une
étape, en tout cas, un grand moment de ma vie.
70 | Art de vivre
Les lignes qui précèdent sont celles du récit d’une
journée idéale, celle où tout s’est bien passé et où le
cœlacanthe était là. Mais ça n’a pas toujours été le cas.
En fait, le plus souvent, il n’était pas au rendez-vous,
parfois même un incident survenait, essoufflement,
égarement, problème de matériel, problème de caméra ;
bref, une plongée pas vraiment réussie, voire carrément ratée. Ces jours-là, il était difficile de garder son
enthousiasme quand toutes ces heures de préparation
ne suffisaient pas à sublimer les quelques dizaines de
minutes passées au fond. « Tout ça pour ça ?! » est une
idée sournoise qui nous guettait chaque soir. Les plongées profondes sont ainsi, parfois inoubliables mais
toujours ingrates. Si je consulte le logbook de mon
ordinateur de plongée, je lis que, toutes plongées cumulées, j’ai passé exactement 160 minutes aux côtés
du cœlacanthe. 160 minutes à nager avec le plus vieux
poisson du monde. 160 minutes de son intimité pour
185 heures de plongées cumulées ! C’est dérisoire et
plus qu’espéré à la fois.
Au cours de la dernière mission, nous avons exécuté
toute une série de protocoles scientifiques, complexes
et audacieux, compte tenu de la profondeur où tout
cela s’est passé. Les résultats sont encore en cours de
dépouillement et notre impatience est grande d’en
savoir un peu plus sur le plus mythique poisson du
monde. Je vous promets de les partager avec le plus
grand nombre très bientôt !... •
www.andromede-ocean.com
www.coelacanthe-projet-gombessa.com
CENT SOIXANTE MINUTES
de son intimité pour 185 heures
de plongées cumulées !
C’est dérisoire et PLUS
QU’ESPÉRÉ À LA FOIS.
Durant trente jours en 2010, puis quarante jours en
2013, nous avons appris beaucoup de choses sur lui,
mais chaque découverte nous posait plus de questions
encore. Après tout, que savons-nous du cœlacanthe ?
Presque rien à part qu’il existe !
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72 | Art de vivre
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PAR JEFFREY S. KINGSTON
Le retour aux classiques :
MICHEL
ROSTANG
Il y a une joie profonde à redécouvrir
les délices offertes par les grands
standards de la cuisine française.
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Les enseignements d’Escoffier PEUVENT ÊTRE
CONSIDÉRÉS COMME FRAIS, AUDACIEUX
ET MÊME NOVATEURS dans un monde submergé
Il est indéniable que les découvertes s’accompagnent généralement d’une émotion particulière.
Les gastronomes et les critiques s’enthousiasment
pour des créations novatrices, des ingrédients exotiques, des transformations moléculaires ou toute
autre marotte éphémère qui apparaît dans ces
théâtres naguère appelés restaurants. Mais qu’en
est-il si la « découverte » n’est pas au dernier cri de
la mode, qu’elle ne se compose pas d’herbes sauvages récoltées dans des forêts norvégiennes ou que
sa préparation ne recourt pas à un accélérateur de
particules ? Qu’en est-il si elle était déjà là et qu’elle
est simplement tombée dans l’oubli dans notre
quête frénétique de nouveautés extravagantes ? En
bref, la redécouverte de grands classiques, préparés
avec amour et élevés à la perfection, ne serait-elle
pas de nature à faire surgir pareille émotion ou un
sentiment plus fort encore ? Il est impossible de répondre à cette question autrement que par un
« oui » enthousiaste, encore renforcé par une récente
visite au restaurant parisien de Michel Rostang, rue
Rennequin, qui a pleinement réaffirmé le pur plaisir et la joie qui sont depuis toujours les piliers traditionnels de la cuisine française avec le réconfortant
rituel d’une présentation sur une desserte disposée
à côté de la table.
par la cuisine moléculaire.
À la bonne heure, nous ne sommes pas seuls à entreprendre ce voyage aux sources de la cuisine française
classique. Pour les personnes promptes à envisager
l’évolution de la gastronomie comme une progression
constante sur une trajectoire toujours plus audacieuse,
les récents développements de la cuisine semblent
sans doute s’enrouler sur eux-mêmes comme un ruban de Mœbius. Le New Yorker, un magazine renommé
pour sa capacité à humer l’air du temps, a récemment
consacré l’un de ses articles de fond à la recréation de
trois points de référence vénérés de la cuisine française à partir de recettes élaborées par Escoffier – une
chartreuse, un koulibiac de saumon et un canard au
sang. Les résultats n’ont pas uniquement représenté
des révélations en soi, mais leur préparation étonnamment difficile s’est également apparentée à une
aventure. Surprise ! Loin de paraître surannés, les enseignements d’Escoffier sont apparus frais, novateurs,
audacieux, voire comme un phénomène de mode dans
un monde envahi par la cuisine moléculaire.
77
Canette « Miéral » au sang,
servie saignante en deux
services, sauce au vin rouge liée
de son sang et au foie gras,
salade de cuisses en fricassée.
Pour Michel Rostang, il ne saurait être question de
redécouverte ou de réinvention, car il ne s’est jamais
détourné de la plupart des grands classiques. Il préside
aux cuisines du restaurant qui porte son nom depuis
la décennie 1970, soit depuis 33 ans sans interruption.
Pendant tout ce temps, il a fermement maintenu sa
loyauté aux mets révérés de la gastronomie, une fidélité récompensée par deux étoiles au guide Michelin.
Ses racines sont anciennes et elles s’inscrivent dans
une lignée ininterrompue de grands chefs. Michel est
le représentant de la cinquième génération (et de la
troisième à avoir reçu les honneurs du Michelin). Son
épouse Marie-Claude, qui accueille les convives, est
aussi issue d’une famille de chefs. Leurs deux filles,
Sophie et Caroline, prêtent main-forte à leur mère
et étendent à six générations la tradition culinaire de
la famille.
Michel Rostang s’est forgé un profond respect pour les
principes essentiels de la grande cuisine française : la
conception unitaire d’un apprêt, des sauces fondées
sur des réductions et, en opposition aux modernistes
d’aujourd’hui, une absence totale d’appréhension face
au beurre et à la crème. Le rite de la présentation, du
découpage et du service à côté de la table, longtemps
célébré, mais tragiquement presque oublié, s’inscrit
en parfait accord avec les principes qui soutiennent sa
créativité. La passion de Michel Rostang pour la tradition est si vive qu’il collectionne précieusement les
livres de cuisine du XVIIIe siècle, débusqués avec bonheur dans les derniers recoins du Marché aux Puces.
Néanmoins, le regard du chef n’est pas uniquement
dirigé vers le passé, son évolution est perceptible et
elle l’a conduit à modifier les approches de ses recettes
à travers le temps.
À l’image de nombreux chefs, Michel Rostang a commencé sa formation à l’âge de 16 ans, à une époque où
la nouvelle cuisine se propulsait sur le devant de la
scène. L’apprentissage de Michel Rostang a cependant
pris une autre direction. Il a longuement séjourné
chez Lasserre et Lucas Carton à Paris, avant de rejoindre La Marée à Biarritz, autant d’établissements
qui étaient les tenants d’une école classique. Avec une
sensibilité et une inspiration héritées de son père Jo,
Comme pour le ruban de Mœbius où la recherche de
l’extrémité nous ramène à notre point de départ, il est
sans doute avisé de s’interroger sur les autres lieux
dans lesquels le gourmet peut déguster des apprêts
authentiques, qui observent les principes essentiels de
la grande cuisine française et sont présentés avec élégance et savoir-faire aux convives. À cette aune, alors
que les tenants de la modernité rivalisent d’ingéniosité pour sortir du lot avec des créations toujours plus
78 | Art de vivre
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audacieuses, Michel Rostang, fermement attaché à ses
convictions, a atteint l’unicité, l’objectif dont tant
d’autres rêvent désespérément, car il est presque le
seul dans la capitale française, si ce n’est dans le
monde, à offrir un si large éventail de délices gastronomiques inspirées par la tradition.
La dévotion de Michel Rostang aux grands rituels de
la cuisine française a conduit en 2012 à la création d’un
nouveau forum. L’occasion en a été donnée par le centenaire des Dîners d’Épicure fondés par Escoffier
en 1912 à Paris. Cette rencontre hautement symbolique était célébrée sous le mot d’ordre « de la cuisine
à la salle, le geste et la parole ». Pour la première
fois, ce repas d’exception était préparé par quatre
chefs qui œuvraient de concert : Michel Rostang,
Michel Troisgros, Pierre Hermé et Jean-Pierre Biffi.
La soirée, qui se déroulait dans le restaurant de Michel
Rostang, a suscité une ruée frénétique parmi les amateurs de bonne chère afin de s’assurer l’un des sièges
tant convoités dans la salle à manger. Chacun des chefs
était invité à préparer l’un des plats. Pour sa part,
Michel Rostang a présenté son canard au sang, qui
s’harmonisait parfaitement avec le thème retenu, car
L’une des GRANDES SPÉCIALITÉS
DE MICHEL ROSTANG est la perfection
de sa préparation et de son service
sous les yeux des convives.
Araignée de mer relevée
de gingembre, crémeux de
courgettes en impression
de caviar Osciètre.
ce mets requiert de la précision en cuisine, un découpage expert et la préparation de la sauce en salle, sous
les yeux des dîneurs, sur une desserte disposée à côté
de la table.
Une récente visite à la rue Rennequin a confirmé que
ce monde apparemment oublié recelait de précieuses
vérités. En opposition avec de nombreux restaurants
qui suivent les tendances de la mode non seulement
sur l’assiette, mais également dans le décor, Michel
Rostang s’en tient avec circonspection à des valeurs
couronnées par le temps. Dès qu’il franchit la porte,
le gourmet est rasséréné par des parois boisées aux
teintes chaleureuses, encore adoucies par des tapisseries, des œuvres d’art et une majestueuse vitrine où
trônent des poupées de porcelaine. Les tables sont
disposées de manière généreuse et chacune d’elles est
située à une agréable distance des autres.
Une petite armada de hors-d’œuvre accompagne la
traditionnelle Coupe de champagne : des sandwichs
miniatures garnis d’une savoureuse mousse à la sardine, des madeleines au jambon, un toast avec un
disque de homard surmonté d’une unique cuillérée de
piment et, finalement, une intense et classique mousse
de pigeon disposée sur un sablé croquant. Ces parfaits
compléments au champagne présentent aussi l’avantage d’alléger la lecture de l’une des meilleures cartes
des vins de Paris. Riche et diversifiée, la sélection est
particulièrement impressionnante par sa profondeur
et ses choix avisés et abondants en bourgognes. Elle
est l’œuvre du sommelier Alain Ronzatti, qui préside
aux destinées de la cave depuis 1987. Il ne possède pas
uniquement des connaissances encyclopédiques sur
son contenu, mais se délecte également à les partager.
Les Ravioles de Romans cuites au bouillon de volaille,
cerfeuil frais, qui figurent toujours au répertoire,
rappellent notre première visite dans le restaurant
de Michel Rostang au début des années 1980. Des
raviolis miniatures à la légèreté éthérique farcis d’une
mousse de fromage accentuée par le cerfeuil flottent
dans un fond de poulet et de cerfeuil à la double intensité. Soyeux et aérien, cet apprêt incarne une parfaite ouverture aux mets qui vont suivre.
80 | Art de vivre
Les crustacés sont une spécialité de la maison et leur
préparation imposante ne possède aucun équivalent
à Paris et probablement ailleurs dans le monde. La
Salade de homard « bleu » cuit au moment servi entier,
jeunes poireaux en vinaigrette, crémeux de homard et
jus de la presse à la betterave en est un excellent
exemple. À ce point, gageons que les gourmets passionnés s’interrogent sur la véracité de cette déclaration aux accents audacieux. Cependant, il est aisé
d’estomper leurs doutes par une description complémentaire. Un chariot doté d’une planche à découper
supportant un homard de Bretagne est avancé à proximité de la table et devient le théâtre de l’action. Michel
Rostang est un fervent partisan de la présentation
dans la salle à manger et sa préparation de homard
démontre avec éloquence son élégance et le savoirfaire requis pour mener cette délicate opération à bien.
Sans la moindre hésitation, le maître d’hôtel Bruno
Grimault se défait avec aisance de la carapace afin
d’extraire intact chaque morceau de homard tiède.
Dans quel autre établissement un homard est-il présenté et « découpé » à table ? Cependant, la progression dramatique ne s’arrête pas en si bon chemin. Une
fois retirée de la carapace, la chair cuite au point de
devenir translucide est incorporée à la salade et répartie dans les douze compartiments d’un grand plat,
chacun contenant les autres ingrédients : des poireaux,
une riche purée de betteraves, la sauce au homard.
Dans ce mets, l’alliance inattendue est la juxtaposition
de morceaux de homard et de purée de betteraves.
Nullement écœurantes, les betteraves délivrent un accent délicat qui amplifie la douceur naturelle du crustacé. Sous chacun de ses aspects – une cuisine précise,
un mode de présentation unique et son association
raffinée avec les éléments de la salade – ce mets mérite
à lui seul un pèlerinage à Paris.
L’Araignée de mer relevée de gingembre, crémeux de
courgettes en impression de caviar Osciètre de Michel
Rostang est une nouvelle démonstration de son talent
pour apprêter les crustacés. Dans des mains moins
adroites, l’araignée de mer est souvent source de déception. Sa chair est extrêmement délicate et sa saveur parfois étouffée par les accompagnements. Elle
exige retenue et raffinement, deux qualités précisément
incarnées par Michel Rostang. La courgette prend la
forme d’une mousse qui enveloppe la chair du crustacé comme un cannelloni, mais se distingue cependant sur sa surface par la présence de délicats cercles
de caviar.
Une autre spécialité pourrait aussi provoquer un rush
sur le prochain vol à destination de Paris-Charles de
Gaulle, le Sandwich tiède à la truffe fraîche, pain de
campagne grillé et beurre salé. Pensez simplement à un
panini au fromage grillé avec une modification essentielle : adieu le fromage, bonjour les truffes. Ce mets
incarne l’apogée d’un aliment aussi luxueux que délicieux, simple, intense et incomparablement décadent.
Michel Rostang a mis au point une astuce dans la
confection d’un apprêt qui pourrait paraître comme
simplement trivial. Il parfume le beurre et le pain avec
les truffes pendant trois jours avant de griller et de
servir le sandwich, de sorte que le pain toasté et le
beurre ne servent pas uniquement de support à la
truffe, mais contribuent à la création de cette saveur
et de cet arôme grisants.
Le restaurant apaise le dîneur
AVEC SES PAROIS BOISÉES AUX
TEINTES CHALEUREUSES.
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82 | Art de vivre
Le Tronçon de turbot rôti, jeunes carottes et morilles
fraîches, coques d’oignons glacés et jus des arêtes au vin
de syrah est plus léger et plus habituel selon les conventions actuelles. Simplement rôti, le turbot, d’une fraîcheur étincelante, est disposé à côté d’une « barque »
de pois frais qui supporte les carottes, les oignons et
les champignons.
En haut, Quenelle de brochet
soufflée à la crème de homard.
À droite, Tronçon de turbot rôti,
jeunes carottes et morilles
fraîches, coques d’oignons
glacés et jus des arêtes au vin
de syrah.
L’un des fondamentaux presque complètement oubliés de la grande cuisine française a conservé sa position prééminente rue Rennequin, la Quenelle de
brochet soufflée à la crème de homard. La première
bouchée fait inévitablement surgir des cascades de
regrets pour les décennies pendant lesquelles le
monde gastronomique a banni les classiques quenelles
des menus. À l’évidence, cet apprêt est riche. Et il l’est
même de manière provocante. Toutefois, ne nous
rendons-nous pas dans les grands restaurants pour
échapper à notre vie de tous les jours et céder à un
plaisir coupable ? D’une certaine manière, l’idée que
tout repas, même servi lors d’une occasion particulière, doit se rapprocher des principes diététiques observés dans un centre de remise en forme a réussi à se
frayer un chemin dans l’esprit des propriétaires d’établissement et des chefs. Ces quenelles, qui adoptent
en réalité l’apparence d’une seule grande quenelle
soufflée et s’accompagnent d’une intense sauce au
homard, d’un goût prononcé et parfaitement mis en
évidence par une cuisson avec la carapace, bannit
définitivement toute velléité de cuisine politiquement
correcte qui tenterait de s’infiltrer dans les pensées du
dîneur. Aucun décodage, aucune réflexion n’est requise par ce mets dont chaque morceau déclenche des
vagues de plaisir.
L’art et la virtuosité de Bruno Grimault apparaissent
pleinement avec la Canette « Miéral » au sang, servie
saignante en deux services, sauce au vin rouge liée de
son sang et au foie gras ; salade de cuisses en fricassée,
l’apprêt qui vaut à Michel Rostang une considération
véritablement universelle. Rares sont les restaurants
qui ont conservé le savoir-faire requis pour la cuisson
et le découpage en salle d’un canard entier rôti. La
précision millimétrique de la cuisson, qui atteint le
point de perfection, et le découpage irréprochable du
volatile à la couleur d’acajou n’en sont que plus remarquables. Toutefois, cette opération, réalisée devant les
convives, ne constitue que le premier acte d’une pièce
qui en comporte deux, car il est suivi par la préparation
de la sauce. La pleine réussite de cette seconde partie
dépend d’un appareil qu’il est presque impossible de
se procurer de nos jours, une presse à canard en
argent. Lors de la première étape de la confection de
la sauce, la carcasse du canard est disposée dans la
grande presse afin d’en extraire le précieux jus. En
travaillant rapidement, les sucs sont incorporés et
réduits à grand feu. Il en résulte une sauce épaisse,
forte, sombre, épicée et intense.
Un changement est intervenu dans la présentation au
cours des dernières années. Auparavant, les magrets
de canard étaient découpés en tranches presque aussi
fines que du papier, de l’avant à l’arrière de la poitrine,
et déposées sur l’assiette d’une façon qui n’était pas
sans évoquer un carpaccio. Afin de donner davantage
de consistance à chaque bouchée, Michel Rostang
propose désormais les magrets dans des tranches plus
épaisses, découpées de l’extérieur vers l’ intérieur.
Pour avoir savouré l’une et l’autre au fil des années, je
peux affirmer que les deux se valent. Selon les deux méthodes, le canard est éthéré, tendre avec la consistance
précise que Michel Rostang voulait obtenir en modifiant
83
84 | Art de vivre
85
le découpage et il baigne dans une sauce à la suprême
richesse. Ce n’est pas le fruit du hasard si Escoffier spécifiait en détail la préparation d’un canard au sang,
sans oublier la presse en argent, car sans sa contribution à la sauce, tout l’éclat de la recette serait perdu. Il
se présente avec une évidence d’autant plus forte que
son incorporation au centenaire des Dîners d’Escoffier
était autant nécessaire qu’obligatoire, car ce mets incarne l’un des piliers fondamentaux de la grande cuisine française. Afin de ponctuer le message et d’assurer
au convive qu’il ne dîne pas dans un spa, mais qu’il
célèbre une véritable fête, le canard est accompagné
d’un scandaleux gratin de pommes de terre.
La Noix de ris de veau croustillante aux écrevisses, fanes
de navets farcies d’une crème de persil et champignons
de Paris produit une forte impression. Pour ses ris de
veau, Michel Rostang ne déroge pas au classicisme. Ce
plat permet systématiquement de tester la maîtrise de
la technique en cuisine. S’il est préparé correctement,
un vœu rarement exaucé, il présente un surprenant
contraste de textures entre un extérieur croustillant
et un intérieur délicat et velouté. Michel Rostang parvient parfaitement à ce résultat et l’association avec
la sauce aux écrevisses est tout à la fois traditionnelle
et sublime.
Le Soufflé chaud au caramel beurre salé, sorbet aux
« poires Williams » est un dessert pérenne chez Michel
Rostang. Même si la description semble emprunter un
chemin familier, le chef l’enrichit de nouvelles contributions de son invention. La base de caramel salé
gagne en consistance et en profondeur par l’adjonction
de noisettes. Proposé en accompagnement, le sorbet
de poires recèle d’autres surprises avec le poivre de
Sichuan qui lui apporte une note exotique pleine de
verve. Pour les fans de sauce au caramel salé, cette
préparation mérite un service généreux.
Depuis trois décennies, la rue Rennequin est l’une de
mes destinations parisiennes de prédilection. Il est
réconfortant de constater que Michel Rostang honore
les mêmes valeurs qui l’ont rendu célèbre au début de
sa carrière. Pour les fervents de la grande cuisine
française comme pour les amateurs qui l’ont délaissée
au profit d’élans modernistes et souhaitent combler
leur retard, l’oasis parisienne de la rue Rennequin
exerce une attraction irrésistible. •
En haut, Soufflé chaud au
caramel beurre salé, sorbet
aux « poires Williams ».
À gauche, Noix de ris de veau
croustillante aux écrevisses,
fanes de navets farcies d’une
crème de persil et champignons
de Paris.
86 | Dans l’air du temps
87
PAR JEFFREY S. KINGSTON
ROUES ET
PIGNONS
Si elle est connue des horlogers, l’impérieuse
nécessité de recourir à des roues et à
des pignons de la meilleure qualité échappe
généralement aux collectionneurs.
88 | Dans l’air du temps
Commençons par quelques propos fl atteurs, qui
seront hélas suivis d’une douche glacée pour la
plupart d’entre nous. Il apparaît presque comme
une simple évidence qu’un grand nombre des lecteurs des Lettres du Brassus sont des collectionneurs
horlogers d’une distinction extrême, qui évoluent
avec grâce dans un aréopage raffiné où ils brillent
par leur compréhension étendue des subtiles décorations qui ornent de prestigieux garde-temps.
Certains, sans le moindre doute, ont acquis une
véritable stature en la matière qui leur vaut d’être
recherchés par leurs pairs en raison de leurs
« conseils horlogers ». Toutefois, quel que soit leur
niveau d’érudition, combien sont-ils à consacrer les
mêmes études minutieuses, qui les ont conduits à se
pencher sur les ponts, les platines ou les masses
oscillantes, aux roues et aux pignons qui incarnent
pourtant les composants essentiels de tout gardetemps mécanique ? À l’exception naturellement de
nos lecteurs qui sont eux-mêmes des professionnels,
cette proportion demeure extrêmement faible.
D’emblée, une précision s’impose : les horlogers ne
s’intéressent pas uniquement avec une attention
soutenue aux roues, pignons et mobiles, qui sont une
combinaison des deux, mais sont véritablement obsédés
Roue
Pignon
par ces composants indispensables à toute construction
mécanique pour un juste motif : la précision de
marche ainsi que les performances de la montre tout
au long des années dépendent de leur qualité.
Les roues, les pignons et les mobiles de Blancpain sont
fabriqués à la Vallée de Joux, à quelques centaines de
mètres à peine des ateliers du Brassus, par une manufacture spécialisée qui porte le nom de François Golay
et appartient au même groupe que Blancpain. Depuis
sa fondation en 1855, la maison Golay se consacre à
la fabrication de roues, de pignons et de mobiles. Elle
livre presque toutes les grandes marques horlogères,
qu’elles soient établies à la Vallée de Joux, à Genève, à
La Chaux-de-Fonds ou en Allemagne. Il est intéressant
89
90 | Dans l’air du temps
91
Le cuivre-béryllium CONFÈRE UNE QUALITÉ
SUPÉRIEURE au mouvement.
de relever à ce propos que même si Golay est le fournisseur de nombreux opérateurs de l’industrie horlogère, tous n’exigent pas le même degré de qualité. Pour
ses roues et ses pignons, Blancpain impose le niveau
le plus élevé. Chaque montre Blancpain est équipée de
composants qui entrent dans la catégorie supérieure,
définie par Golay sous l’appellation « haut de gamme ».
Blancpain ne souhaite pas seulement la meilleure
qualité, mais le choix des matériaux utilisés pour leur
confection lui confère également une situation particulière. En règle générale, trois types d’exécution sont
proposés : en laiton, en maillechort ou dans un alliage
de cuivre-béryllium. La grande majorité des marques
horlogères recourent au laiton pour les roues. À l’inverse, Blancpain a sélectionné l’option la plus onéreuse,
le cuivre-béryllium, pour presque toutes ses collections.
Pourquoi ce matériau plutôt qu’un autre ? Parce qu’il
apporte une plus-value au mouvement en raison de
sa plus grande dureté, d’un plus faible coefficient de
friction et d’une meilleure résistance à l’usure que le
laiton ou le maillechort.
Même s’il est essentiel, le choix d’un niveau de qualité
et d’un matériau ne révèle qu’une petite part du
savoir-faire indispensable à la fabrication et à la décoration des composants de chaque montre Blancpain.
Une journée passée dans les ateliers Golay à la Vallée
de Joux pour suivre les processus de production des
roues, des pignons et des mobiles permet de s’en forger
une image plus complète.
Pour les roues, le travail débute avant l’arrivée de la
première livraison de matériel. En effet, l’étape initiale
consiste à fabriquer les outils personnalisés qui serviront à la production des roues. Chacune d’elles
requiert sa propre « étampe », construite par les spécialistes de Golay. D’une certaine manière, la réserve
d’outils de l’atelier ressemble à une bibliothèque ou,
plus précisément, à une salle d’archives où les
étampes de chaque roue jamais produite par la
manufacture sont minutieusement disposées sur de
longues étagères.
Une fois l’étampe réalisée, la fabrication d’une roue
peut commencer. Le matériel nécessaire à cet effet
arrive sous la forme d’une bande enroulée, dont l’apparence n’est pas sans rappeler un gigantesque rouleau
92 | Dans l’air du temps
de ruban adhésif. Dans le cas des roues de Blancpain,
il s’agit d’un rouleau de cuivre-béryllium. Après avoir
fixé l’outil personnalisé sur une machine à étamper,
la forme du centre et les bras de la roue sont découpés
dans la bande de métal. Pour nombre de nouveaux
mouvements de Blancpain, il est aisé de repérer la
production de leurs roues, car le profil des bras arbore
une forme distinctive, dite « à jantes », inspirée par les
roues des automobiles de compétition.
La machine à étamper utilisée pour cette phase initiale
varie selon l’épaisseur et le diamètre de la roue qui est
en cours de fabrication. La plus petite réalise l’étampage avec une force de 6 tonnes alors que la plus
grande effectue cette opération avec une pression de
30 tonnes.
Pour la plupart des roues, l’étape suivante est représentée par le perçage de précision du trou central.
Dans ce domaine également, l’utilisation du cuivrebéryllium, le matériau le plus noble, présente des
avantages. Sur une roue en laiton ou en maillechort,
le trou doit nécessairement être alésé. Inévitablement,
une petite bavure se formera pendant l’opération de
perçage sur le bord inférieur du trou. Inversement, il
est possible d’étamper le trou sur le cuivre-béryllium.
Cette technique se caractérise par deux atouts importants. Premièrement, elle peut être réalisée avec
une plus grande précision (de l’ordre de 3 microns).
Souvenez-vous que la précision est le commandement
suprême qui préside à la fabrication de ces composants.
Plus le degré de précision est élevé, plus la marche de
la montre sera exacte. Deuxièmement, contrairement
au résultat obtenu par le procédé de l’alésage, le trou
ne comportera aucune bavure sur sa partie inférieure.
La prochaine opération recèle une incontestable part
de romantisme, car l’appareil utilisé à cet effet a été
conçu à l’origine pour un domaine très éloigné de
l’horlogerie, les médailles de piété. De provenance
italienne, cette machine était conçue pour produire
des médailles frappées d’un portrait de la Vierge. Sur
les roues de montre, elle est employée pour réaliser
l’anglage des bras. Les roues passent à deux reprises à
travers la machine afin d’angler les deux côtés des
bras. À l’issue de ce traitement, les roues sont polies
au tonneau dans du brou de noix avant de recevoir un
polissage et un brillant de précision.
Tout au long des étapes que nous venons de décrire,
les roues demeurent dépourvues de dents, car d’autres
décorations doivent être apportées avant qu’elles ne
soient taillées. Sur la majorité des roues à bras, l’opération suivante consiste à appliquer un grenage extrêmement fin appelé « cerclage » sur leurs surfaces
supérieure et inférieure à l’aide d’un papier abrasif. La
finesse du grain est également une question de choix,
Blancpain sélectionne systématiquement les grenages
les plus subtils. Cependant, sa finesse connaît une limite
naturelle : l’acuité visuelle. Si le grenage est trop fin,
Il y a une part de ROMANTISME dans l’une
des opérations de finition effectuées avec une
machine initialement conçue pour réaliser des
médailles de piété.
93
94 | Dans l’air du temps
95
Un examen au microscope révèle
la DÉCORATION RAFFINÉE D’UN
COUVERCLE DE BARILLET.
96 | Dans l’air du temps
sa présence ne sera pas décelée à travers un fond de
montre transparent. De ce fait, le cerclage idéal est le
plus fin qui soit perceptible à l’œil nu.
D’autres étapes de décoration sont requises pour
Blancpain. La plupart des roues possèdent un
chanfrein sur le trou de centre. En outre, elles comportent un travail supplémentaire sur une étroite
bande qui entoure le centre et adopte l’aspect d’un poli
spéculaire. Cette dernière opération est réalisée à
l’aide d’outils « diamant ». Certaines pièces, tel le barillet,
reçoivent une ornementation différente. Dans le cas
de Blancpain, la décoration prend la forme de délicats
rayons qui partent du centre et composent un motif
de « soleillage », gravé dans le tambour du barillet.
Les travaux de décoration sont désormais achevés, les
roues – toujours démunies de dents – sont prêtes pour
la pose d’une couche de métal précieux. Les roues sont
rhodiées ou dorées sur la plupart des mouvements.
Finalement arrive le moment de se pencher sur l’élément qui surgit le premier à l’esprit lorsqu’il est question
de roues : les dents. Dans la plupart des cas, le processus commence par l’assemblage d’un groupe de roues
sur une tige, qui sont encadrées de part et d’autre par
des roues factices en laiton à chaque extrémité. Les
« fausses » roues sont destinées à supprimer la bavure
produite pendant la taille des roues réelles. Au fur et
à mesure que la fraise s’abaisse à travers la série de
roues, des débris de coupe s’accumulent sur la roue
factice sise sur l’extrémité la plus éloignée plutôt que
de se déposer sur les roues empilées. À l’inverse, les
barillets sont taillés de manière individuelle.
La fabrication des pignons se déroule d’une manière
entièrement différente. Les horlogers distinguent de
nombreuses formes de pignons qui se composent en
règle générale d’un axe à double portée avec une zone
taillée. Les mobiles sont l’assemblage d’un pignon et
d’une roue. La majorité des pignons et des petites
roues des mobiles appelées « renvois » sont confectionnés en acier, même si certains peuvent être fabriqués en cuivre-béryllium. Le processus de production
d’un pignon commence généralement avec une barre
du métal choisi. Elle est insérée dans une décolleteuse
qui l’usinera à la dimension souhaitée. Ainsi, si le
pignon consiste en une petite roue placée sur le milieu
d’un axe (donc doté d’un pivot à chacune de ses extrémités), une section de la barre sera décolletée et
taillée à l’aide du programme intégré de la machine
pour parvenir à la forme désirée. La barre est disposée
dans l’automate qui produira un pignon précisément
usiné et taillé aux formes et aux dimensions requises.
Plusieurs étapes précèdent encore l’achèvement d’un
pignon. Premièrement, le métal doit être trempé. Le
degré de dureté spécifié par Blancpain est obtenu par
traitement thermique. Puis, le pignon est plongé dans
l’huile et placé dans une polisseuse à tonneau qui utilise
de petites particules de brou de noix pour polir toutes
les surfaces.
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98 | Dans l’air du temps
99
Certains collectionneurs horlogers ont probablement
connaissance de ces certifications, illustrées sous la
forme d’un marquage, à l’exemple du « poinçon de
Genève », et octroyées en fonction de l’observation
de divers critères, à l’exemple d’une condition qui
requiert la réalisation du travail dans le canton de
Genève. La manufacture Blancpain, établie à la Vallée
de Joux, ne remplit naturellement pas cette condition
essentielle à son obtention. Dans ce domaine, les horlogers de la Cité de Calvin prétendent souvent que le
polissage manuel des pignons spécifié par le poinçon
de Genève confère aux composants un degré de qualité
supérieure. Cet argument comporte assurément une
part de vérité en comparaison avec un pignon qui n’est
pas poli. Cependant, pour les pignons qui reçoivent
un poli de précision comme ceux de Blancpain, cette
objection n’a pas lieu d’être, car l’inverse est vrai. Le
polissage minutieusement contrôlé au brou de noix,
tel qu’il est pratiqué sur les pignons de Blancpain,
produit un éclat raffiné que l’œil ne parvient pas à
distinguer d’un polissage manuel. Toutefois, le motif
pour lequel Blancpain a opté pour cette méthode alternative réside dans la précision du composant achevé.
Fatalement, un pignon poli à la main présentera des
altérations dans la dimension des dents et de l’axe. Il
suffit de polir un peu trop longuement une dent, un
peu trop brièvement une autre pour qu’une part de la
précision originelle soit perdue. Cet effet pernicieux
ne peut être évité par un processus manuel qui dépend
de l’évaluation et de la sensibilité de l’opérateur. En
outre, le procédé choisi par Blancpain est étroitement
contrôlé et la précision apportée à la fabrication du
pignon est entièrement préservée au cours des opérations de polissage. Les tolérances se situent dans une
plage de deux microns, un résultat qu’aucune autre
méthode ne permet d’obtenir, voire d’approcher. Bien
que le mouvement ne soit pas muni d’un « authentique » poinçon, une valeur réelle est délivrée au propriétaire de la montre, car ces tolérances nettement plus
réduites garantissent des performances supérieures et
une usure moindre pour le garde-temps achevé.
Un autre processus de fabrication important est utilisé
pour la production des mobiles, qui sont l’assemblage
d’une roue et d’un pignon. Comme chaque élément
est confectionné séparément, il convient donc de les
réunir. Cette opération se déroule au cours du rivetage
ou du chassage. Un épaulement presque minuscule est
réalisé sur une face du pignon. Lorsque cet épaulement
est fermement placé sur la roue et le degré de pression
exact appliqué, les deux éléments sont solidement
fixés l’un à l’autre.
S’ il est un thème qui résulte
de cette étude, il s’agit assurément
de la QUÊTE DE LA PRÉCISION.
À gauche, enchaînage de roues sur un fil
avant le taillage des dents.
100 | Dans l’air du temps
101
102 | Dans l’air du temps
S’il est un thème qui résulte de l’étude des roues et des
pignons, il s’agit assurément de la quête de la précision.
La même obsession de la précision est observée pour
l’assemblage des mobiles. Les deux éléments doivent
être minutieusement disposés l’un au-dessus de l’autre
afin d’être parfaitement concentriques, solidaires et
perpendiculaires. La concentricité est mesurée de manière très précise et la qualité est étroitement surveillée pour satisfaire chacun de ces stricts critères.
Certaines vérifications peuvent comporter des procédures destructives. Le contrôle du rivetage n’est pas
effectué sur toutes les pièces, car il implique la dissociation du mobile. Néanmoins, pour vérifier que la
pression appropriée a été appliquée pendant le rivetage, un échantillon de mobile terminé est disposé sur
la machine de test pour contrôler la solidité de la
fixation. La roue est maintenue en place dans l’appareil
et le pignon tourné jusqu’à leur rupture. La résistance
est mesurée pour assurer qu’elle répond aux spécifications de Blancpain.
L’une des profondes joies offertes par les collections
de montres, en particulier à notre époque de fonds
transparents, consiste à admirer les exquis détails d’un
mouvement mécanique haut de gamme. Souhaitons que
les amateurs, désormais au fait des complexités et des
défis posés par la fabrication des roues, des pignons et
des mobiles, soient plus nombreux à observer ces éléments avec la même intensité et la même passion qu’ils
consacrent aux autres composants d’un garde-temps. •
La FINITION DES ROUES ET DES PIGNONS
requiert une étude tout aussi attentive
que les autres composants du mouvement.
103
104 | Art de vivre
Terre de François-Joseph:
L’Arctique russe préservé
L’expédition Pristine Seas 2013
avec le soutien de Blancpain.
105
À la fin du XIXe siècle, le pôle Nord était toujours entouré de mystères et nul ne savait
encore si des terres s’étendaient sous la surface de la glace.
À cette époque, de nombreux scientifiques et aventuriers se lancèrent à la conquête du
pôle, mais une seule équipe parvint à l’atteindre. L’expédition austro-hongroise Tegetthof,
baptisée d’après le nom de son navire principal, découvrit un chapelet d’îles encore
inconnues, recouvertes de glaciers et peuplées d’ours polaires. Elle donna à l’archipel le
nom de François-Joseph, en hommage à l’empereur régnant. En 1926, l’Union soviétique
revendiqua la possession de ces territoires et interdit leur accès aux navires étrangers.
Presque un siècle plus tard, au cours de l’été 2013, Enric Sala, explorateur résident de
la National Geographic Society a conduit une nouvelle expédition Pristine Seas avec
le soutien de Blancpain à destination de la Terre de François-Joseph. L’objectif de cette
équipe internationale de spécialistes et de cinéastes consistait à explorer les îles et
l’univers sous-marin de l’Arctique.
Le prochain numéro des Lettres du Brassus relatera l’histoire de cette extraordinaire
épopée ainsi que le travail réalisé conjointement avec les organismes russes afin de
protéger cet écosystème unique. •
Par Enric Sala, explorateur résident de la National Geographic Society
RAISE AWARENESS, TRANSMIT OUR PASSION, HELP PROTECT THE OCEAN
106 | Impressum
ÉDITEUR
Blancpain SA
Le Rocher 12
1348 Le Brassus, Suisse
Tél. : +41 21 796 36 36
www.blancpain.com
pr@blancpain.com
CONCEPTION, GRAPHISME, DESIGN,
RÉALISATION
TATIN Design Studio Basel GmbH
www.tatin.info
DIRECTION ARTISTIQUE
Marie-Anne Räber
Oliver Mayer
RESPONSABLE DE PROJET
Christel Räber Beccia
PHOTOLITHOGRAPHIE
Sturm AG, Muttenz, Suisse
RÉDACTION EN CHEF
Christel Räber Beccia
Jeffrey S. Kingston
PRÉPRESSE ET IMPRESSION
AUTEURS
PHOTOGRAPHIES / ILLUSTRATIONS
Laurent Ballesta
Jeffrey S. Kingston
Enric Sala
Laurent Ballesta
Lisa Besset
Blancpain
Barbara Brou
François Golay SA
Claude Joray
Alban Kakulya
Jeffrey S. Kingston
Pétrus
Rostang
Enric Sala / National Geographic
Manu San Felix / National Geographic
Philippe Vaurès Santamaria
Joël von Allmen
ADAPTATION FRANÇAISE
Jean Pierre Ammon
IRL plus SA, Renens, Suisse
Imprimé en janvier 2014
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