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LeMonde Job: WMQ1108--0001-0 WAS LMQ1108-1 Op.: XX Rev.: 10-08-00 T.: 11:21 S.: 111,06-Cmp.:10,11, Base : LMQPAG 26Fap:100 No:0361 Lcp:700 CMYK
LE MONDE DES LIVRES
Au sommaire :
Rimbaud,
Ferdinand Bac,
Isabel Allende
a
pages 23 à 26
www.lemonde.fr
56e ANNÉE – No 17276 – 7,50 F - 1,14 EURO FRANCE MÉTROPOLITAINE
LES NATIONALISTES corses se
sont réunis, mercredi 9 août, à L’IleRousse, pour les obsèques de JeanMichel Rossi, assassiné lundi avec
son garde du corps, Jean-Claude
Fratacci. En privé, des clandestins lui
avaient auparavant rendu un hommage par des salves d’armes à feu.
Le double assassinat n’est toujours
pas élucidé. Le Monde fait le point
sur la question d’une amnistie qui
ferait suite au compromis de Matignon, très présente dans les propos
des nationalistes. Une trentaine de
militants corses sont actuellement
incarcérés, dont certains en détention provisoire. Si l’on exclut les neuf
poursuivis pour l’assassinat du préfet Erignac, la question d’une amnistie se poserait pour vingt et un
d’entre eux, dont trois condamnés
pour des crimes de sang.
Lire page 5
Vladimir Poutine,
un an de pouvoir
a
MOSCOU, où des alertes à la
bombe ont été signalées et où
se multiplient les interpellations de
Caucasiens, continue de vivre dans
la crainte de nouveaux attentats
après l’explosion, mardi 8 août, qui a
fait huit morts et une centaine de
blessés. Le président Vladimir Poutine, qui fête le premier anniversaire
de son arrivée au pouvoir, a refusé
d’attribuer par avance cet attentat
aux Tchétchènes, comme l’ont fait
plusieurs personnalités russes dont
le maire de Moscou, Iouri Loujkov,
et le ministre de l’intérieur Vladimir
Rouchaïlo. L’influent homme d’affaires Boris Berezovski a appelé M.
Poutine à changer sa politique afin
de prévenir de nouveaux attentats.
« La seule façon de traiter les terroristes, c’est de négocier un accord », a
estimé M. Berezovski.
Lire page 2
La Transat
à un souffle
FONDATEUR : HUBERT BEUVE-MÉRY – DIRECTEUR : JEAN-MARIE COLOMBANI
La contamination de l’homme par l’agent de l’ESB devient un problème majeur de santé
publique b Selon la revue « Nature », elle pourrait faire en Grande-Bretagne entre 63 000
et 136 000 victimes b Ces prévisions pessimistes inquiètent les experts français des maladies à prions
b
LE NOMBRE de décès dus à la
variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (vMCJ) liée à la maladie
de la « vache folle » fait craindre
une épidémie de grande ampleur
en Grande-Bretagne. Selon les dernières statistiques officielles, 79 cas
de cette affection neurodégénative,
dont 70 mortels, ont déjà été recensés dans le pays. « Une large partie
du Royaume-Uni court un risque
grave », expliquaient il y a quelques
jours trois des meilleurs spécialistes
internationaux de cette maladie
contre laquelle on ne dispose actuellement d’aucune thérapeutique.
Une étude publiée dans l’hebdomadaire Nature du 10 août vient
appuyer ces pronostics pessimistes.
Réalisée par une équipe dirigée par
le professeur Roy M. Anderson, déjà remarqué pour ses modélisations
mathématiques de l’épidémie de sida, elle avance un nombre de victimes à venir en Grande-Bretagne
compris
entre
63 000 et
136 000 personnes. Ces épidémiologistes britanniques ont pu affiner
les statistiques qu’ils avaient élaborées en début d’année et qui prévoyaient alors un nombre de victimes compris entre 14 000 et
500 000 personnes. Ces prévisions
sont notamment fondées sur l’estimation selon laquelle, entre 1980 et
aujourd’hui, près de 750 000 bovins
infectés par l’agent de la « vache
folle » ont été introduits en
Grande-Bretagne.
Les experts français des maladies
à prions estiment que les derniers
résultats de l’équipe du professeur
Roy M. Anderson posent la question de l’exposition des populations
européennes à l’agent de la maladie
de la « vache folle ». Cette question
concerne tout particulièrement la
France, où la population a été plus
exposée au risque infectieux que
celle des autres pays européens, du
fait des importations massives de
viandes bovines britanniques et des
fraudes sur les farines animales
d’origine britannique.
LYNETTE COOK
Alerte sur la « vache folle »
SCIENCES
Planètes
étrangères
La 10e Nuit des étoiles
au pic du Midi
Depuis la détection, en octobre 1995,
de la première planète extrasolaire, une
cinquantaine de ces géantes gazeuses
ont été identifiées. La preuve est faite
qu’il existe dans l’Univers des systèmes
solaires comparables au nôtre. Mais
l’existence d’une autre Terre reste à démontrer. La 10e Nuit des étoiles, organisée du 10 au 12 août, devrait être l’occasion pour l’astronome Hubert Reeves
d’évoquer, jeudi pour France 2, la quête
de ces nouveaux mondes.
p. 16
Lire page 28
Les Jeux olympiques de Sydney auront un léger accent français
SYDNEY
de notre envoyée spéciale
« Olympic Village, Village olympique »... la
nuance est subtile ; mais elle est là. Pendant
les prochains Jeux olympiques de Sydney
(15 septembre - 1er octobre), toute – ou
presque – la signalétique de rue, depuis
l’aéroport de Sydney jusqu’aux multiples
lieux des épreuves sportives, sera bilingue
anglais-français. Outre les panneaux indicateurs, les arrêts de bus et les stations de
métro, les buvettes olympiques et les
échoppes de souvenirs seront aussi marquées en français. « Même les instructions
sur les poubelles et les méthodes de recyclage
seront dans les deux langues », indique Jonathan Pepper, le chef des services linguistiques du Socog (le comité d’organisation
des Jeux de Sydney). Dans un français
chantant, il s’affirme « enchanté » du partenariat qui s’est mis en place entre le gouvernement français et le Socog autour de la
langue française.
Il ne s’agit pas d’un soudain vent de francophilie gratuite de la part des organisateurs des Jeux, mais simplement du respect
de la Charte olympique, en vertu de laquelle
le français et l’anglais sont les deux langues
officielles de tous Jeux olympiques. Mais,
pour la première fois depuis longtemps, le
français va reprendre la place que la charte
lui conférait. Les deux pays sont allés jusqu’à signer une convention (en mars 1998)
pour garantir l’utilisation de la langue française pendant les Jeux de Sydney.
« Ce sont les Jeux de Lillehammer, en 1994,
où le français avait presque totalement disparu, qui nous ont fait réagir », indique
Henry Boério, l’attaché olympique français,
médaillé à la barre fixe à Montréal. A Atlanta et Nagano, quelques progrès avaient été
amorcés. Mais, à Sydney, le français a vraiment été accueilli avec enthousiasme. Dans
leur élan, plusieurs centaines de cadres du
Socog ont eux-mêmes appris le français et
un lexique olympique franco-anglais a été
publié. On y apprend comment traduire
une « lune » (« giant swing forward »), un
« flic-flac », « le saut du brochet », un « facial allemand » ou encore un « grand tour
russe », quand on parle de gymnastique...
Les Australiens, dont le pays se veut le
porte-drapeau du multiculturalisme, tenaient de toute façon à donner une place
importante aux diverses cultures et
minorités représentées. Soixante langues
seront ainsi utilisées, au gré des occasions
durant le déroulement des Jeux ; mais le
français le sera « beaucoup plus que toutes
les autres », dit-on. Le site Internet officiel
du Socog est presque entièrement traduit
en français.
Du côté français, on voit mal comment
on aurait pu obtenir plus. « Le but pour les
prochains JO sera simplement de maintenir le
niveau atteint à Sydney », estime Henry
Boério. « Je dois toutefois confesser une
omission majeure », avoue Jonathan Pepper : « Nous avons oublié d’imprimer les billets dans les deux langues. »
Jonathan Pepper s’est rendu compte de
l’oubli quand il a reçu ses propres billets
pour l’épreuve du 400 mètres féminin. C’est
l’une des épreuves les plus attendues par le
public australien, qui compte sur Cathy
Freeman, l’athlète aborigène, pour laisser à
la Française Marie-José Pérec, considérée
comme sa plus sérieuse rivale, la médaille
d’argent...
JEAN DIEUZAIDE
Corse :
le débat sur
une éventuelle
amnistie
des nationalistes
VENDREDI 11 AOÛT 2000
GRANDS SITES MENACÉS
Perle
catalane
Emblème et haut lieu du patrimoine
catalan, le Canigou, qui domine de ses
2 724 mètres la plaine du Roussillon et
la Méditerranée, n’a pas encore été
trop abîmé par la surfréquentation
touristique. Pour préserver le massif et
éviter les erreurs d’aménagement, cinquante et un projets ont été répertoriés dont l’Office national des forêts est
maître d’ouvrage.
p. 8
Florence de Changy
POINT DE VUE
Pinochet et la mort
de l’Histoire
FRANCK CAMMAS
LA COURSE transatlantique en
équipage Québec-Saint-Malo s’est
achevée, mercredi 8 août, après
une véritable régate, sur la victoire
de Franck Cammas (Groupama)
qui a franchi la ligne d’arrivée
moins de dix minutes devant Marc
Guillemot (La Trinitaine). Le jeune
skipper (27 ans) remporte ainsi sa
première grande course au large.
Lire page 17
Allemagne, 3 DM ; Antilles-Guyane, 10 F ; Autriche,
25 ATS ; Belgique, 48 FB ; Canada, 2,50 $ CAN ;
Côte-d’Ivoire, 900 F CFA ; Danemark, 15 KRD ;
Espagne, 225 PTA ; Gabon, 900 F CFA ; Grande-Bretagne, 1 £ ; Grèce, 500 DR ; Irlande, 1,40 £ ; Italie, 3000 L ;
Luxembourg, 46 FL ; Maroc, 10 DH ; Norvège, 14 KRN ;
Pays-Bas, 3 FL ; Portugal CON., 270 PTE ; Réunion, 10 F ;
Sénégal, 900 F CFA ; Suède, 16 KRS ; Suisse, 2,20 FS ;
Tunisie, 1,4 Din ; USA (NY), 2 $ ; USA (others), 2,50 $.
L
E général Augusto Pinochet s’est délicieusement laissé prendre
aux filets de sa propre
perversité. Lorsque l’ancien dictateur du Chili faisait disparaître des
milliers de prisonniers politiques
dans la nuit et les brumes opaques
de sa dictature, ne leur laissant
pas même une tombe, il ne pouvait imaginer, dans ses pires cauchemars, l’ironie du sort que l’Histoire lui réservait : que, des
années après ces mêmes crimes, la
Cour suprême du Chili considérerait ces disparitions de prisonniers
comme des enlèvements, un type
de délit, une violation de la vie et
de la liberté qui ne prend fin
qu’une fois les cadavres réapparus. Dépouillé de l’immunité parlementaire qu’il s’était octroyée, il
est aujourd’hui en passe d’être jugé dans le pays même qu’il a dirigé pendant dix-sept ans.
Le refus systématique de restituer les corps des victimes à leurs
familles a dû sembler tout d’abord
à Pinochet et à ses disciples une
idée brillante. Les autorités pou-
vaient éliminer leurs adversaires
sans que la responsabilité de ces
assassinats ne leur incombe, se
donner un pouvoir absolu de vie
et de mort et se laver de tout
soupçon par un simple démenti
officiel, affirmant qu’il n’y avait
pas de prisonniers et que ces disparitions étaient l’invention de
fauteurs de troubles. Ainsi l’habeas corpus était écarté, puisque,
pour s’exprimer sans détours, il
n’y avait plus de corpus. Plus de
corps. Mort ou vivant. Et par
conséquent plus de preuves, et
plus de crimes. Mais, en revanche,
la terreur existait bel et bien,
parce que tout le monde au Chili
comprenait ce qui se passait sans
cesse dans les caves proches et les
déserts reculés.
Lire la suite
et notre éditorial page 10,
ainsi que nos informations page 3
Ariel Dorfman est professeur à l’université Duke (Caroline
du Nord, Etats-Unis).
(Traduit de l’anglais par Camille
Lamotte.)
NATALI FORTIER
par Ariel Dorfman
MODES DE VIE
Cyber-flirt
Les forums « de flirt » et les sites de
rencontres fleurissent sur Internet. On
y discute, on tente d’y séduire ou d’y
découvrir l’âme sœur en évitant les
e-mails vulgaires à souhait du porno
on-line. Flirts du Bien, flirts du Mal :
pour l’écrivain Philippe Sollers, un
nouveau marivaudage est né sur la
Toile.
p. 18
International ............. 2
France-Société .......... 5
Abonnements .............. 7
Régions.......................... 8
Horizons........................ 9
Carnet........................... 11
Entreprises ................. 12
Tableau de bord ........ 13
Aujourd’hui ................ 16
Météorologie ............. 19
Jeux................................ 19
Culture......................... 20
Guide culturel............ 22
Radio-Télévision....... 27
LeMonde Job: WMQ1108--0002-0 WAS LMQ1108-2 Op.: XX Rev.: 10-08-00 T.: 11:12 S.: 111,06-Cmp.:10,11, Base : LMQPAG 26Fap:100 No:0362 Lcp:700 CMYK
2
I N T E R N AT I O N A L
LE MONDE / VENDREDI 11 AOÛT 2000
RUSSIE
Dans l’attentat qui a fait
huit morts et une centaine de blessés
à Moscou dans un passsage souterrain mardi 8 août, le maire de Moscou, Iouri Loujkov, est « sûr à 100 %
qu’il y a une trace tchétchène ». Le
président Poutine refuse, quant à lui,
d’attribuer par avance l’attentat aux
séparatistes tchétchènes. b UN AN
après son arrivée au Kremlin comme
premier ministre, Vladimir Poutine
doit encore consolider son pouvoir. Il
doit aussi faire face à une impasse
dans la guerre en Tchétchénie qui,
jusqu’à présent, a servi sa popu-
larité. En dépit de ses échecs, sa cote
de confiance est à 72 %. b BORIS
BEREZOVSKI, l’un des oligarques, en
appelle à « négocier avec les terroristes » et prédit que les attentats
vont continuer si le Kremlin ne
change pas de politique dans la
république du Caucase. b L’ÉCONOMIE russe donne des signes d’amélioration.
Après un an au pouvoir, Vladimir Poutine peine à s’imposer comme président
L’ancien chef des services secrets, premier ministre avant d’arriver au Kremlin, se heurte au clan Eltsine, aux barons régionaux et aux oligarques
qui tiennent l’économie. La guerre en Tchétchénie qui se prolonge menace sa popularité, qui, pour l’instant, demeure grande
MOSCOU
de notre correspondant
C’était il y a un an, le 9 août
1999, le président Boris Eltsine apparaissait sur les télévisions, visage
enflé et voix hésitante : « Dès
maintenant, j’ai décidé de nommer
l’homme qui, selon moi, est capable
de consolider la situation et de poursuivre les réformes », disait-il alors
pour justifier la nomination d’un
cinquième premier ministre en dixhuit mois. A ses côtés était apparu
un homme, inconnu de la quasitotalité des Russes, Vladimir Poutine. « Sans aucun doute, je me présenterai à la présidence de la Fédération de Russie », déclarait, le
visage fermé, celui qui travaillait
dans l’ombre, depuis quatre ans,
au sein de l’administration présidentielle.
Douze mois et une guerre de
Tchétchénie plus tard, M. Poutine,
élu président de la Russie dès le
premier tour fin mars, n’en finit
pas d’installer son pouvoir. Le
jeune président (48 ans) n’est
certes pas menacé. La Constitution, que Boris Eltsine s’était taillée
sur mesure en 1993, lui offre d’infinies ressources. Mais dans cette
démocratie formelle et imparfaite
qu’est aujourd’hui la Russie, les
vraies batailles ne se livrent pas au
sein d’institutions stables et encore
moins dans des partis politiques.
Elles se tiennent dans un territoire fluctuant, rempli de trous et
de zones d’ombre, et qui peut être
sommairement décrit comme un
rectangle dont les quatre coins seraient : le Kremlin et sa puissante
administration présidentielle ; lesdits « ministères de force » (FSB
ou KGB, défense, intérieur) ; les
pouvoirs régionaux ; et enfin les
« oligarques », cette vingtaine de
grands barons de l’industrie et de
la finance qui dirigent l’économie
du pays.
Quatre mois après son élection,
Vladimir Poutine n’a pas encore
emporté la partie. Il y emploie la
quasi-totalité de son énergie, négligeant les priorités si souvent affichées durant sa campagne électorale et réaffirmées le mois dernier
lors de son adresse au Parlement :
rétablir l’économie russe ; redresser le niveau de vie d’une population dans la misère (officiellement
35 % des Russes vivent avec moins
de 250 francs par mois).
L’ordre du jour, pour Vladimir
Poutine, est d’abord de s’imposer
comme président, de s’atteler à la
construction d’un appareil de
Le gouvernement table
sur un taux de croissance de 5,5 %
MOSCOU
de notre correspondant
Deux nouvelles ont confirmé,
jeudi 10 août, l’embellie de
l’économie russe. La première est
une amélioration de la collecte fiscale, l’un des maux les plus graves
du pays. Selon les chiffres officiels,
les revenus tirés de la taxe sur les
profits, qui pèsent plus d’un quart
du total des revenus budgétaires,
ont été au premier semestre en
hausse de 120 %, avec 176 milliards
de roubles, par rapport au premier
semestre 1999. La seconde est une
augmentation des réserves d’or et
de devises de la Banque centrale
de Russie, à 23,6 milliards de dollars, niveau jamais atteint depuis
l’effondrement financier d’août
1998. Ces chiffres sont venus
rendre plus crédible la présentation faite la veille des grandes
lignes du budget prévu pour 2001.
EMBELLIE ÉCONOMIQUE
Selon le ministre des finances,
Alexandre Koudrine, ce budget sera équilibré, avec un surplus avant
le service de la dette équivalent à
3,1 % du PNB, une demande régulièrement faite par le FMI. Ce projet table sur un taux d’inflation à
12 % (contre probablement 20 %
cette année), un prix du baril de
pétrole à 18-19 dollars, et un taux
de change de 30 roubles pour
1 dollar (contre 27,5 pour 1 aujourd’hui).
Cette esquisse budgétaire vient
prolonger les tendances observées
depuis le début de l’année. La plupart des indicateurs macro-économiques sont au vert, l’effondrement économique prédit par la
plupart des experts internationaux
après la crise de 1998 ne s’étant
pas produit.
Alors que le rouble s’est, hors
inflation, réévalué par rapport au
dollar, le gouvernement table sur
un taux de croissance de 5,5 %
cette année, après 3,2 % en 1999.
M. Koudrine, comme German
Gref, ministre chargé du développement économique, ont néan-
moins mis en garde contre l’essoufflement intervenu ces
dernières semaines. Les effets de
la dévaluation brutale de fin 1998
sont épuisés et la bonne tenue des
prix du pétrole ne mettent pas les
grands secteurs industriels à l’abri
d’une
rechute.
Fin juillet,
Alexandre Koudrine expliquait
aux parlementaires du Conseil de
la fédération, pour mieux les
convaincre de l’urgence des réformes, que « la dynamique de
croissance se rapprochait de zéro ».
Comme les années précédentes,
ce projet de budget laisse un
grand point d’interrogation sur
une question clé : le service de la
dette extérieure, qui s’élève au total à 148 milliards de dollars. Six
milliards de dollars sont programmés quand la Russie devrait y
consacrer 14,5 milliards. Le gouvernement anticipe en fait sur un
accord avec le Club de Paris, qui
rassemble plusieurs pays étrangers créditeurs. Des négociations
doivent s’engager à l’automne,
mais plusieurs pays, dont l’Allemagne, qui supporte deux tiers de
la dette détenue par le Club de Paris, ont déjà fait savoir qu’ils refusaient la demande russe d’un effacement partiel de cette dette,
héritée de l’Union soviétique. En
février, Moscou avait obtenu du
Club de Londres (qui rassemble lui
les créditeurs privés) un accord
qui revenait à effacer 30 % des
créances.
L’autre point épineux est la reprise d’une aide financière du FMI
et d’autres organisations internationales. Selon M. Koudrine, la
Russie « discute de la possibilité
d’emprunter 1,8 milliard de dollars
au FMI et 900 millions à la Banque
mondiale ». Une mission du FMI
se rendra à Moscou le mois prochain. En juin, ses responsables
avaient conditionné l’octroi de
nouveaux prêts à « la mise en application effective » de réformes financières et fiscales.
F. Bt
« pouvoir vertical » qui en finirait
avec l’héritage Eltsine. Dans cet
exercice, le nouveau président a
déjà marqué plusieurs points. Des
diplomates occidentaux estime
qu’il « se consolide » et reprend
peu à peu en main un appareil
d’Etat qui fut ces dernières années
largement « privatisé » pour servir
des intérêts particuliers.
LES OLIGARQUES EN QUESTION
A défaut de base politique
stable, Vladimir Poutine s’est appuyé pour cela sur le Service fédéral de sécurité (FSB), héritier du
KGB, dont il fut un agent dès 1975.
Plusieurs responsables du FSB ont
été promus à des postes clés, notamment au Conseil national de
sécurité, dont les prérogatives ont
été élargies. C’est aussi au sein de
l’ancien KGB − et de l’armée –,
que le président a puisé pour
nommer les sept super-préfets
dans les régions. C’est enfin largement alimenté par le FSB que le
Parquet général de Russie a déclenché, en juin et début juillet,
quelques actions judiciaires spectaculaires contre une poignée
d’oligarques.
Ces actions ont depuis été
toutes interrompues ou mises en
sommeil. Après le groupe de
presse Média-Most, les géants Avtovaz (automobile), Loukoïl (pétrole), Norilsk Nickel (métaux et
matière premières) avaient été visés. Privatisation illégale, dissimulation fiscale, évasion de capitaux,
les charges alors évoquées ont été
abandonnées. Le 28 juillet, Vladimir Poutine recevait vingt et un
des puissants oligarques du pays.
Un pacte, a-t-il été conclu, qui verrait en échange d’une amnésie judiciaire les oligarques se plier aux
exigences du nouveau pouvoir et
aux impératifs de sa politique
économique ? Rien n’est moins
sûr. Les difficultés du Kremlin à
contrôler les deux géants économiques que sont Gazprom (gaz) et
UES (monopole de l’électricité),
où l’Etat russe est le premier actionnaire, démontrent que
M. Poutine et ses conseillers ne
maîtrisent pas tous les leviers.
Outre le FSB, le nouveau président s’appuie sur une deuxième
équipe, rapidement appelée « les
libéraux de Saint-Pétersbourg », et
qui, avec German Gref et
Alexandre Koudrine, respectivement ministre du développement
économique et ministre des finances, est en charge de la poli-
tique économique. Les mois à venir diront de quelle marge de
manœuvre elle dispose. « Le président a une équipe très inexpérimentée », a répété mercredi 9 août
l’influent Boris Berezovski, qui expliquait il y a peu que M. Gref
pouvoir d’empêchement demeure : certains, parmi les fidèles
de M. Poutine, lui attribue ainsi
l’arrestation spectaculaire, en juin,
de Vladimir Goussinski, patron de
Media-Most, le jour même où le
nouveau président débutait une
Une cote de confiance à 72 %
Un an après son arrivée au pouvoir, Vladimir Poutine, n’a pas
réussi à « redresser l’économie » de son pays ni à augmenter les revenus de la population, estiment 65 % de Russes, selon un sondage de
l’institut Vtsiom publié mercredi 9 août. A l’inverse, 29 % des personnes interrogées estiment que M. Poutine a réussi dans ce domaine. Le président Poutine aurait renforcé la position de la Russie
dans le monde selon 63 % des sondés, alors que 28 % qui sont d’un
avis contraire.
Vladimir Poutine n’a pas réussi à mettre en œuvre un règlement
politique en Tchétchénie, selon 70 % de Russes ; 66 % des personnes
interrogées se sont déclarées convaincues que les opérations menées contre les combattants tchétchènes n’avaient pas rencontré de
succès, 26 % étant d’un avis opposé. Mais, en dépit de ces échecs,
une grande majorité de Russes (72 %) continuent de faire confiance
à Vladimir Poutine (contre 19 %), selon ce sondage. – (AFP.)
« comprenait tout de travers ». En
annonçant son intention de créer
« une force d’opposition constructive », après avoir dénoncé la réforme régionale imposée par le
Kremlin et le risque de « régime
autoritaire », celui qui contribua à
« fabriquer » le candidat Poutine,
officialise les luttes qui se déroulent dans les coulisses du
Kremlin.
LE QUATRIÈME FRONT
La « famille » Eltsine, dont
M. Berezovski et M. Volochine
− toujours chef de l’administration
présidentielle –
sont
deux
membres éminents, se met à
craindre pour son avenir. Son
tournée européenne qui fut tout
entière dominée par ce coup porté
au seul grand groupe de presse indépendant du pays. La « famille »,
les gouverneurs, les oligarques...
M. Poutine peut être également
menacé par un quatrième front,
autrement sanglant, celui-là : la
guerre de Tchétchénie. Ce qui fut
son joker dans la bataille électorale est devenue pour lui une impasse politique. Et l’opinion publique pourrait se réveiller contre
un conflit qu’elle a pourtant soutenu durant des mois, malgré ses
milliers de morts et son cortège de
crimes et de tortures.
François Bonnet
« Les attentats vont continuer » prédit Boris Berezovski
Le financier, ex-éminence grise du Kremlin, appelle le pouvoir à négocier avec les Tchétchènes
MOSCOU
de notre envoyée spéciale
Vladimir Poutine est resté fidèle à son image dans sa première réaction à l’explosion qui
s’est produite mardi 8 août à
Moscou et qui a tragiquement
marqué l’anniversaire de sa montée au pouvoir, commencée il y a
un an par une promesse de « liquider les terroristes ». Dans une
brève déclaration faite dans son
bureau du Kremlin, mercredi
9 août, il a encore une fois usé de
paroles censées plaire à tout le
monde. A l’adresse des libéraux
qui restent encore en Russie et à
ses partenaires occidentaux,
d’abord, il a affirmé qu’il n’était
sans doute « pas très juste de rechercher une trace nationale, tchétchène ou autre, dans le crime de
la Place Pouchkine », car « les criminels n’ont ni nationalité, ni foi ».
Peut-être était-il déjà alerté sur
l’effet provoqué par les premières
réactions de ses subordonnés : du
maire de Moscou, Iouri Loujkov,
qui, quelques minutes après l’attentat, déclarait qu’il était « sûr à
100 % qu’il avait une trace tchétchène », à celles des chefs du
FSB et du ministère de l’intérieur
qui sanctionnaient, dans les faits,
une nouvelle vague de « chasse
au faciès » avec arrestations de
divers Caucasiens à Moscou et en
Russie, en passant par Vladimir
Jirinovski dont les hommes manifestaient en brandissant des pancartes : un « bon Tchétchène est
un Tchétchène mort ».
Dès mercredi, le « représentant
de la République tchétchène auprès du président de Russie », Chamil Beno, la nouvelle « marionnette » tchétchène en poste à
Moscou, déclarait à deux radios
moscovites qu’il était prêt à
« faire descendre 100 000 chétchènes dans les rues de Moscou »
pour exiger que leurs droits de citoyens à part entière soit respectés. « Où alors, qu’on nous accorde l’indépendance », a-t-il
ajouté. La menace est sans doute
gratuite, venant d’un homme
sous contrôle de services spéciaux russes, mais elle traduit
l’impasse stratégique de toutes
les tentatives d’ignorer le caractère multinational et fédératif de
la Russie.
Or Vladimir Poutine, élu grâce
à la vague nationaliste suscitée
par la deuxième guerre tchétchène, reprend tout naturellement ce chemin. Cela s’est traduit, dans sa première réaction à
l’attentat, par un deuxième volet,
à l’adresse de son électorat :
des centaines de milliers de
Tchétchènes sont déplacés, massacrés, torturés, arbitrairement
arrêtés et pillés. Cela ne pouvait
durer éternellement.
La « trace tchétchène » dans
l’attentat de Moscou visant des
civils n’est bien sûr pas prouvée :
même les attaques « kamikaze »
de juin en Tchétchénie, phénomène nouveau issu de cette nouvelle guerre « anti-terroriste », visaient très précisément les
camps militaires de tortionnaires, et les porte-parole du
Chasse aux suspects
La police russe a lancé une vaste chasse aux suspects mercredi
9 août, au lendemain de l’attentat qui a tué huit personnes en plein
cœur de Moscou. Deux suspects interpellés dans la matinée, un
Tchétchène et un natif du Daghestan, n’ont pas de lien direct avec
l’explosion, a annoncé dans la soirée un procureur en charge du
dossier. Mais la police a diffusé les avis de recherche de quatre
autres suspects. Le ministre de l’intérieur, Vladimir Rouchaïlo, est
apparu à la télévision pour montrer les portraits-robots de trois
hommes, deux décrits comme d’origine caucasienne, le troisième
d’origine slave. L’agence de presse RIA a rapporté qu’une quatrième
personne, qui serait le principal suspect, était également recherchée
et les journaux du soir ont diffusé les portraits des quatre hommes.
Le passage souterrain où s’est produit l’attentat aux heures de
pointe, sous la place Pouchkine, est devenu un lieu de recueillement
pour des dizaines de Moscovites. Le chef du Kremlin, qui a pris personnellement en main l’enquête, s’y est rendu dans la journée. –
(Reuters.)
certes, « il n’est pas juste de mettre
une étiquette sur tout un peuple »,
a-t-il dit, « mais nous devons savoir d’où vient la menace ». Il faut,
a ajouté le président, « poursuivre
jusqu’au bout ce que nous faisons
en Tchétchénie », car « il n’y a pas
d’autre moyen de lutter contre les
terroristes, nous allons les tuer
dans leurs tanières ».
Il y a un an, il s’exprimait plus
crûment (« les butter jusque dans
les chiottes »), mais l’idée reste la
même, alors que les « terroristes », eux, loin de disparaître,
semblent se multiplier. Pendant
un an, la Russie a vécu pratiquement à l’écart d’une guerre où
président Maskhadov répètent
que ses hommes ne se sont jamais attaqués délibérémment à
des civils.
O f fi c i e l l e m e n t a u s s i , c e t t e
« trace tchétchène » dans l’attentat dont une huitième victime est
morte à l’hôpital, n’est « qu’une
des pistes » examinées par les enquêteurs russes. Mais aucune
équivoque n’est perceptible dans
l’opinion. Si celle-ci continue de
soupçonner des services spéciaux, officiels ou privés, dans les
attentats de septembre dernier
qui ont tué près de 300 civils
dans des explosions d’immeubles, justifiant le « tournant
autoritaire » poutinien, la
bombe artisanale qui a explosé
mardi ne provoque pas de tels
soupçons. Certes, « qui peut le
plus peut le moins », mais Vladimir Poutine, au faîte de sa popularité, n’a pas besoin de provocations de ce type. Et d’éventuels
ennemis ne peuvent tabler avec
certitude sur leur effet, qui, surtout en Russie, dépend de l’éclairage médiatique, et avant tout
télévisé, qui en est donné.
La « guerre » des oligarques,
notamment pour le contrôle des
médias, s’est transformée en
marchandages de coulisse où
l’Etat poutinien a pris la haute
main, après avoir arrêté puis relâché Vladimir Goussinski, propriétaire de la chaîne NTV, et
marginalisé Boris Berezovski, qui
affirme détenir 49 % de la première chaîne du pays, ORT. C’est
sous la houlette de Boris Berezovski, l’ex-éminence grise du
Kremlin, qu’ORT, appelant parfois ouvertement au génocide en
Tchétchénie, a construit la popularité de M. Poutine.
Mais depuis quelques mois,
M. Berezovski appelle à « négocier avec les terroristes ». Il l’a redit mercredi, lors d’une conférence de presse censée donner le
coup d’envoi à la construction de
son parti « d’opposition constructive ». « Les attentats vont continuer, si la politique consistant à
tuer les rebelles dans leur tanière
continue », a-t-il dit, en dénonçant l’incompréhension persistante de cette évidence au Kremlin. « Car 700 000 Tchétchènes,
a-t-il estimé, sont aujourd’hui
dispersés en Russie ».
Les libéraux russes n’ont plus
qu’à déplorer que ces paroles de
bon sens soient prononcées par
M. Berezovski, qui passe de plus
en plus pour un pestiféré dans
les milieux politiques et reste la
figure la plus honnie dans la population.
Sophie Shihab
LeMonde Job: WMQ1108--0003-0 WAS LMQ1108-3 Op.: XX Rev.: 10-08-00 T.: 11:25 S.: 111,06-Cmp.:10,11, Base : LMQPAG 26Fap:100 No:0363 Lcp:700 CMYK
I N T E R N AT I O N A L
LE MONDE / VENDREDI 11 AOÛT 2000 / 3
Madrid affiche sa fermeté après
La rue est calme à Santiago malgré
la flambée de violence au Pays basque la colère des partisans de Pinochet
Un sous-officier a été tué par balles à Pampelune
Le président du gouvernement espagnol, José Maria
Aznar (centre droit), a dénoncé, mercredi 9 août, la
« campagne bestiale » de l’ETA, affirmant qu’il ne
LE GOUVERNEMENT espagnol
a averti, mercredi 9 août, qu’il ne
céderait pas devant la flambée de
violence provoquée par une campagne « bestiale » de l’organisation
séparatiste basque ETA. Quelques
heures après ces propos d’une
grande fermeté, tenus par le chef du
gouvernement, un sous-officier de
l’armée de terre tombait sous les
balles de militants présumés de
l’ETA : le troisième attentat attribué
à cette organisation en vingt-quatre
heures.
D’après la presse espagnole,
l’ETA tente de semer la terreur dans
tout le pays avec l’espoir que des
secteurs de la société fassent pression sur le gouvernement pour qu’il
cède. Une pente vers laquelle
M. Aznar n’a visiblement pas l’intention de se laisser entraîner. S’exprimant devant les portes de sa résidence estivale à Oropesa (est), il a
lancé un message sans ambiguïté à
l’ETA. « Leur campagne brutale, terrible et bestiale (...) ne nous fera pas
céder et il faut lutter plus que jamais,
a-t-il assuré. Ils pourront en tuer encore beaucoup, mais ils ne pourront
jamais tuer la liberté, pas plus au
Pays basque qu’en Espagne. »
« LE DÉSESPOIR DE L’ETA »
Le ministre de l’intérieur, Jaime
Mayor Oreja, a renchéri en appelant
la société à maintenir le calme. Il ne
faut pas « se laisser gagner par le désespoir de l’ETA », a-t-il déclaré
après le dernier attentat en date,
commis mercredi à Pampelune, sur
la route du Pays basque. Un sousofficier, l’adjudant-chef Francisco
Casanova Vicente, quarante-sept
ans, a succombé de trois balles,
dont deux dans la tête, tirées par
deux inconnus alors qu’il rentrait en
voiture dans le garage de son domicile.
L’escalade de la violence – 9 personnes tuées et 19 attentats commis
depuis la rupture, en décembre
1999, d’une trêve de quatorze
mois – a suscité une nouvelle vague
céderait pas à l’organisation séparatiste basque. Un
nouvel attentat, le troisième en vingt-quatre heures,
a été commis, visant un sous-officier.
d’indignation au sein de la population espagnole. Plusieurs milliers de
personnes ont participé, mercredi
soir, à des rassemblements dans
plusieurs villes du pays. A Madrid,
quelque 700 personnes ont observé
cinq minutes de silence devant une
banderole portant l’inscription
« Madrid pour la liberté » avant de
crier des slogans contre l’ETA.
Ce qui est nouveau dans le regain
de violences actuel, note le quotidien El Pais, c’est l’élargissement des
cibles de l’ETA, qui s’attaque désor-
Le Parti nationaliste basque (PNV,
nationalistes modérés), qui gouverne en Euskadi depuis 1980, est le
principal visé par cet appel. Le gouvernement central et l’ensemble des
partis lui demandent avec insistance
de rompre une fois pour toutes ses
liens avec le bras politique de l’ETA,
Euskal Herritarrok.
Au Pays basque, les milieux indépendantistes ont commencé une
campagne de protestation contre la
mort, lundi, de quatre activistes présumés de l’ETA, tués à Bilbao (nord)
Les dirigeants français expriment leur « indignation »
Dans une lettre au chef du gouvernement espagnol, José Maria
Aznar, Jacques Chirac a fait part, mercredi 9 août, de son « indignation » et de sa « répulsion » après la nouvelle vague de violence attribuée à l’ETA. « Au cours des derniers mois, j’ai eu – malheureusement –
de nombreuses occasions de vous assurer de la solidarité de la France
dans le combat que vous menez contre le terrorisme avec une détermination et un courage exemplaires », a ajouté le président. « Vous pouvez compter sur nous », a-t-il insisté.
Lionel Jospin a adressé, pour sa part, mercredi, un message à
M. Aznar pour lui exprimer également son « indignation » et sa « réprobation totale » après les attentats. « Je veux vous dire ma très vive
émotion à la suite des attentats qui viennent de coûter la vie à un dirigeant du patronat basque et qui ont frappé de nombreuses autres victimes, écrit le premier ministre. Vous pouvez compter sur l’entière détermination du gouvernement français pour appuyer votre lutte
difficile et opiniâtre contre le terrorisme. »
mais indifféremment aux militaires,
gardes civils, élus, juges, journalistes
et hommes d’affaires. « L’objectif est
de propager la peur et de faire croire
qu’il n’y a rien d’autre à faire que de
baisser les bras », écrit-il. Pour le
quotidien ABC (proche du gouvernement), « la situation est devenue
insoutenable ». Et le journal de
réclamer des élections régionales
anticipées au Pays basque, comme
l’a déjà fait le Parti populaire (PP, au
pouvoir à Madrid). Les journaux et
la classe politique ont insisté également sur la nécessité de renforcer la
cohésion et l’unité entre les partis
pour faire face à l’escalade de la
violence.
dans l’explosion, pour une raison indéterminée, de leur voiture chargée
d’armes et d’explosifs. Un groupe de
jeunes masqués ont incendié mardi
un autobus à Bilbao, une opération
renouvelée mercredi non loin de là,
à Vitoria puis à Portugalete.
A Madrid, le procureur de l’Audience nationale (principale instance pénale espagnole) Pedro Rubira a requis mercredi 1 168 années
de prison contre l’ancien numéro un
de l’ETA, Francisco Mugica Garmendia, alias « Pakito » ou « Artapalo », pour un attentat à la bombe
qui avait fait deux morts en 1988
dans la capitale espagnole. – (AFP,
Reuters.)
Près de 780 morts en trente-deux ans...
LA PREMIÈRE VICTIME de la lutte armée au Pays
basque fut le garde civil José Pardines, pris dans une
fusillade en juin 1968. Le même été, les séparatistes
commirent leur premier attentat mortel, qui visa un
policier particulièrement « dur », Meliton Manzanas.
Au total, l’ETA est responsable de la mort de 778 personnes. Quatre cent soixante et une d’entre elles appartiennent aux forces de sécurité : garde civile (194),
police (141), armée (95) et polices locales (31).
Parmi les dernières cibles de l’organisation, on
compte des élus locaux, surtout du Parti populaire
(neuf en tout, huit depuis l’arrivée de José Maria
Aznar au pouvoir) et du Parti socialiste. Le conseiller
municipal assassiné par l’ETA qui a déclenché la plus
forte mobilisation a été Miguel Angel Blanco, enlevé
puis tué d’une balle dans la tête en juillet 1997 : des
millions de personnes étaient descendues dans les
rues pour crier « Basta Ya ! », « L’ETA, ça suffit ! ».
Depuis la fin, le 3 décembre 1999, d’une trêve de
quatorze mois, les attentats ont fait neuf morts et des
dizaines de blessés, au Pays basque mais aussi à
Madrid et en Andalousie.
L’attentat politique le plus lourd de conséquences a
été celui qui a fait sauter la voiture de l’amiral Luis
Carrero Blanco, alors président du gouvernement et
dauphin présumé du dictateur Franco, le 20 décembre
1973. L’opération la plus sanglante, pour laquelle
l’ETA diffusera même une sorte de communiqué d’excuses, sera celle perpétrée dans un centre commercial
de Barcelone, le 19 juin 1987. Une voiture piégée explosa dans les sous-sols, faisant 21 morts et une quarantaine de blessés. Parmi ceux qui ont été victimes
d’un attentat en en sortant indemnes – ou victimes
d’un attentat manqué – figurent M. Aznar et le roi
Juan Carlos.
De son côté, depuis l’arrivée de M. Aznar au gouvernement, l’ETA a eu un minimum de 17 commandos
désarticulés. Quatre membres présumés de l’organisation sont morts dans l’explosion de leur voiture chargée d’explosif, lundi à Bilbao. Près de 190 membres et
collaborateurs de l’ETA ont été arrêtés en Espagne et
un peu plus de 160 en France. Trente-six groupes « Y »
d’appui à l’ETA ont été démantelés et 180 personnes
les composant arrêtées. – (Corresp.)
« Qui est à l’abri désormais ? Jusqu’où ira cette folie ? »
ZUMAIA
de l’envoyé spécial de l’AFP
Dans un silence impressionnant,
seulement rompu par quelques
salves d’applaudissements au pas-
REPORTAGE
Incompréhension,
tristesse et colère
aux funérailles
de l’entrepreneur assassiné
sage du cercueil, Zumaia, près de
Bilbao (nord), a enterré, dans la soirée du mercredi 9 août, l’un des
hommes les plus appréciés du village, le petit entrepreneur José Maria Korta, tué la veille dans un attentat de l’ETA. Des milliers
d’habitants, certains en larmes, se
massent sur le parcours du cortège
funéraire, à travers les ruelles médiévales, pour se recueillir.
Parmi la foule, de nombreux
hommes politiques et représentants du monde économique, amis
personnels de José Maria Korta.
Comme cet entrepreneur de la ville
voisine de Zarautz qui, s’il refuse de
dire son nom pour des raisons de
sécurité, ne cache pas sa colère.
« Personne n’est plus à l’abri, dit-il.
José Maria était un homme que tout
le monde aimait (...). Il avait démarré son entreprise familiale de mécanique avec deux établis, et il employait maintenant 80 personnes. En
plus, il était sympathisant nationaliste. Il parlait le basque, il avait
contribué à fonder l’ikastola [école
basque] du village. Il était partisan
du dialogue avec le monde de
l’ETA. »
« Pourquoi l’ont-ils tué, lui ? Qui
est à l’abri désormais ? Jusqu’où ira
cette folie ? » s’interroge-t-il, les
lèvres tremblantes. A côté de lui,
son épouse acquiesce : « Ils choisissent la cible la plus facile, ce sont
des lâches. » Des paroles d’incompréhension qui seront répétées
lors de la messe des funérailles, célébrée intégralement en langue
basque par l’évêque de Saint-Sébastien, Juan Maria Uriarte, connu
pour avoir été le médiateur entre le
gouvernement et l’ETA durant la
trêve que cette dernière avait ob-
servée de septembre 1998 à décembre 1999. « C’est le lâche assassinat d’un valeureux entrepreneur,
lance le prélat. Pourquoi ? Pour
construire quel pays ? Au nom de
qui ? De quel droit ? »
Toujours en silence, les funérailles se terminent en manifestation de rue. En tête du cortège, les
parents de José Maria Korta
portent une pancarte avec le slogan
« ETA aski da, herriak du hitza » :
« ETA ça suffit, le peuple a la parole ».
Tous les magasins de Zumaia ont
baissé leurs rideaux de fer. Même la
Herriko Taberna, la taverne des indépendantistes proches de l’ETA, a
fermé. « Ils ont peur, confie un habitant. Aujourd’hui, Zumaia n’est pas
l’endroit rêvé pour eux. » Sur de
nombreux balcons, les pancartes
indépendantistes réclamant le retour au Pays basque des prisonniers
de l’ETA témoignent pourtant de
leur présence même si la foule, délibérément ou par habitude, les
ignore.
Roland de Courson
Après la décision de la Cour suprême de lever l’immunité parlementaire
de l’ex-dictateur, des députés de droite
accusent le gouvernement chilien d’avoir fait pression sur la justice
SANTIAGO
de notre envoyée spéciale
Au lendemain du verdict de la
Cour suprême de justice, défavorable au général Augusto Pinochet,
une soixantaine de parlementaires
de l’opposition de droite se sont
rendus, mercredi 9 août, à la résidence de l’ancien dictateur, dans
un quartier résidentiel de Santiago,
pour lui apporter leur soutien en
accusant violemment le gouvernement de Ricardo Lagos d’avoir
exercé des pressions politiques sur
les juges. « C’est une sentence absolument politique », a lancé Patricio
Melero, député de l’Union démocrate indépendante (UDI). « C’est
un complot visant à détruire l’œuvre
historique du général Pinochet pour
revendiquer Allende et le socialisme », a renchéri Maria Angelica
Cristi, députée de Rénovation nationale (RN).
Tout en affirmant qu’ils respec-
teraient le verdict de la plus haute
instance juridique du pays, les
principaux dirigeants de droite ont
prédit que le verdict affecterait la
fin de la transition démocratique
remettant en cause la réconciliation au Chili. Face à ces menaces,
le gouvernement de la Concertation (regroupant socialistes et démocrates-chrétiens) reste placide.
Les rues de Santiago sont calmes.
Dans les couloirs du palais présidentiel de la Moneda, on souligne
qu’à l’approche des élections municipales d’octobre, l’opposition de
droite devra modérer son discours
en faveur de Pinochet.
Joaquin Lavin, le candidat de la
droite, est donné favori dans les
sondages pour la mairie de la capitale. Ancien candidat à la présidence face à Ricardo Lagos, M. Lavin avait obtenu le meilleur score
historique de la droite en janvier.
Cet excellent résultat avait été at-
tribué au fait que cet ancien fonctionnaire de la dictature militaire
avait réussi à prendre ses distances
avec son passé pinochétiste. M. Lavin n’a fait aucun commentaire sur
le verdict de la Cour suprême et
n’est pas non plus allé rendre visite
au général Pinochet.
Dans un éditorial, paru le 9 août
dans La Tercera, le président de
Rénovation nationale, Alberto
Cardemil, évoque ce qu’il considère comme une « solution efficace » aux tensions actuelles : on
permettrait à Pinochet d’échapper
à un procès en échange de quoi la
droite apporterait son soutien à la
révision de la Constitution que
souhaite Ricardo Lagos. Mais ce
scénario ne tient pas compte du
nouveau pouvoir de la justice au
Chili, qui aujourd’hui revendique
fièrement son indépendance.
Ch. Le.
« Je suis né pour me battre »
SANTIAGO
de notre envoyée spéciale
Comme il l’avait fait quand il était prisonnier à
Londres, le général Augusto Pinochet s’apprête à
adresser une nouvelle lettre ouverte aux Chiliens, tandis que ses alliés annoncent qu’ils vont lancer dans les
prochains jours une campagne publicitaire sur son
rôle historique de « libérateur de la patrie ». Tout cela
pour réparer « l’humiliation » infligée par les juges de
la plus haute instance juridique du Chili et contrecarrer « la propagande socialiste » du gouvernement de
Ricardo Lagos.
« Je suis né pour me battre, je vais me défendre devant les tribunaux et démontrer que je suis innocent », a
déclaré le général Pinochet. D’après le témoignage de
ses amis parlementaires, l’ex-sénateur aurait également exprimé son indignation après avoir vu à la télévision « les drapeaux du Parti communiste » sur la
place de la Constitution, face au palais présidentiel de
La Moneda, là où des centaines de partisans des
droits de l’homme ont fêté, mardi, la levée de l’immunité parlementaire du sénateur à vie.
Le général Pinochet a impressionné ses invités
« par sa bonne humeur et sa force physique ». La photo
de famille prise pendant cette réunion, sur le perron
de la luxueuse résidence de l’ancien dictateur, et qui a
été publiée, mercredi soir, à la une du quotidien La Segunda, montre en effet un vieillard gaillard, la canne à
la main et souriant. L’air peut-être un peu hagard si
on le compare à l’expression arrogante du passé.
La famille de l’ex-sénateur a annoncé qu’elle refuserait les examens médicaux que va ordonner le juge
Juan Guzman, comme l’exige la loi chilienne pour les
inculpés de plus de 70 ans, et insiste désormais sur la
bonne santé du vieux caudillo. Les avocats de la défense ont pourtant toujours mis en avant les problèmes physiques qui accablent leur client. La famille
Pinochet juge indigne et humiliant que l’ancien dictateur puisse être examiné pour son état mental. Elle
veut qu’il se défende et prouve son innocence.
Augusto Pinochet a reçu mardi les commandants
en chef des forces armées, qui l’ont trouvé eux aussi
en bonne forme. Il est vrai que la routine de l’ex-dictateur est quasi-militaire. Selon le quotidien La Tercera,
sa gymnastique quotidienne inclut des flexions de
bras et de jambes et une soixantaine d’abdominaux.
Comme n’importe quel retraité, le général Pinochet
occupe une grande partie de ses journées « à lire et à
regarder la télévision », avec une prédilection pour les
westerns.
Christine Legrand
Le sort de l’ex-dictateur est maintenant
entre les mains du juge Guzman
SANTIAGO
de notre envoyée spéciale
« Les deux premières choses que je
vais faire, simultanément et le même
jour, sont d’ordonner des examens
mentaux du général Pinochet et de
demander à l’inculpé de m’indiquer
le lieu où il préfère être interrogé.
Cela dans un délai que je vais déterminer ,» a déclaré le juge Juan
Guzman au Monde, mercredi
9 août à Santiago.
Au lendemain du verdict historique de la Cour suprême de justice, le magistrat est serein. Toujours souriant et jamais pressé,
Juan Guzman est soucieux d’expliquer les particularités du code de
procédure pénal, un livre qu’il a
toujours à la portée de la main.
Si la famille du général Pinochet
s’oppose, comme elle l’a annoncé,
à ce que des médecins examinent
le vieux caudillo de quatre-vingtquatre ans, « je dialoguerai avec les
avocats, indique calmement le magistrat ; je leur demanderai de
convaincre la famille du général Pinochet de la nécessité de ces examens qui sont un bénéfice qu’accorde la loi aux inculpés de plus de
soixante-dix ans. En effet, si le général Pinochet était déclaré sénile cela
pourrait s’assimiler à une forme de
démence. Il n’y aurait donc pas de
jugement car les conditions ne seraient pas celles d’un procès juste. »
Le juge poursuit : « Une fois que
j’aurai interrogé le général Pinochet,
la procédure pourra d’ailleurs continuer même si l’inculpé refuse les
examens médicaux, la loi ne précisant pas à quel moment ceux-ci
doivent être pratiqués. »
TÉMOIGNAGES ÉPROUVANTS
Pour se préparer à interroger
l’ancien dictateur, « face à face et
personnellement », le juge Guzman
devra actualiser le long questionnaire qu’il avait envoyé, en novembre 1999, au vieux caudillo
quand celui-ci était prisonnier à
Londres. Le général Pinochet avait
refusé d’y répondre mais s’était déclaré innocent de tous les faits
mentionnés. Aujourd’hui l’ancien
dictateur ne peut pas refuser d’être
interrogé car « il perdrait toute possibilité de se défendre ». « Je dois
ajouter de nouvelles questions car
j’ai recueilli beaucoup de nouveaux
témoignages », précise le magistrat
qui a interrogé au total près de
2 000 personnes, entre suspects et
victimes de la dictature. Le juge
Guzman ne cache pas que certains
témoignages ont été durs et éprouvants, tout comme les fouilles macabres qu’il a entreprises à travers
tout le Chili pour retrouver les
corps des centaines de disparus de
la dictature militaire. Mais, dit-il,
« la recherche de la vérité est très
importante pour la paix au Chili.
C’est une nécessité sociale et historique. Au fur et à mesure que la vérité va apparaître, les haines vont peu
à peu disparaître ».
Décrit par ses confrères du barreau comme un homme prudent,
mais ferme, le juge Guzman est
conscient du poids de sa mission.
Dans le cadre de la loi chilienne, sa
tâche n’est pas seulement l’instruction et la mise en accusation. Il devra aussi décider de la sentence.
« Je ferai ce que me dicte ma
conscience », répète ce juge francophone qui a étudié la philosophie
du droit à la Sorbonne et dont le
père était écrivain.
Le magistrat, qui a repris son travail au palais de justice, le 7 août,
la veille du verdict de la Cour suprême, après un congé-maladie
d’un mois, est devenu une vedette
à Santiago. La haute silhouette du
juge est devenue familière. Il apparaît régulièrement à la télévision et
à la « une » des magazines. Les
passants le saluent, les journalistes
le harcèlent. Mais le magistrat refuse qu’on le compare à Baltazar
Garzon, le juge espagnol qui avait
demandé l’arrestation de Pinochet,
le 16 octobre 1998, pour le juger à
Madrid. « Je suis Juan Guzman, un
juge chilien, et j’en suis fier », dit-il,
en estimant que « les délits doivent
être jugés dans le pays où ils ont été
commis ».
C’est le 16 janvier 1998, plusieurs
mois avant la détention à Londres
du général Pinochet, que le juge de
la cour d’appel de Santiago avait
été désigné, par tirage au sort,
pour instruire les premières
plaintes déposées au Chili contre
l’ancien dictateur. Il en instruit actuellement 157 et chaque jour de
nouveaux dossiers volumineux
viennent s’amonceler dans son bureau.
FIGURE JURIDIQUE
Certaines décisions du juge Guzman ont fait l’objet de violentes
polémiques. Le magistrat a ordonné jusqu’à présent l’arrestation de
13 personnes au Chili dont 11 haut
officiers. Au lendemain du retour
en fanfare du général Pinochet, libéré par Londres, c’est lui qui a sollicité la levée de l’immunité parlementaire du sénateur à vie.
Mais le geste le plus controversé
a été son interprétation inédite de
la loi d’amnistie imposée en 1978
par le général Pinochet et qui protège les crimes commis par les
forces armées entre le coup d’Etat
militaire de 1973 et 1978. Le magistrat a démontré que les disparus ne
pouvaient pas être déclarés morts
tant que leurs cadavres n’avaient
pas été retrouvés. La figure juridique n’est donc pas celles d’homicides mais d’« enlèvements permanents », qui constituent des délits
toujours actuels. Cette doctrine a
été approuvée par la Cour suprême de justice et a été appliquée
dans le cas d’Augusto Pinochet.
Ch. Le.
LeMonde Job: WMQ1108--0004-0 WAS LMQ1108-4 Op.: XX Rev.: 10-08-00 T.: 10:57 S.: 111,06-Cmp.:10,11, Base : LMQPAG 26Fap:100 No:0364 Lcp:700 CMYK
4 / LE MONDE / VENDREDI 11 AOÛT 2000
I N T E R N AT I O N A L
Le chef de la junte ivoirienne se lance
officiellement dans la course à la présidence
Le général Gueï doit faire accepter sa candidature par l’ancien parti au pouvoir
A la veille d’un mini-sommet régional convoqué,
jeudi 10 août, sur la transition vers le retour à un
régime civil, le général Robert Gueï, chef de la
ABIDJAN
de notre correspondante
Depuis quelques semaines toute la
Côte d’Ivoire attendait que le chef de
la junte, le général Robert Gueï, se
prononce enfin sur ses ambitions
présidentielles. Le suspense a pris fin,
mercredi 9 août. Le général a demandé au Parti démocratique de Côte
d’Ivoire (PDCI), qu’il avait chassé du
pouvoir en décembre, de l’investir
comme candidat à la présidence de la
République. « C’est une candidature
parmi d’autres, que nous examinerons », a indiqué sobrement le secrétaire général du PDCI, Laurent Dona
Fologo, qui a reçu une dizaine de
dossiers. Ils seront examinés, samedi,
lors d’une convention réunissant
quelque 5 000 délégués à Yamoussoukro, capitale politique et village
de l’ancien président Félix Houphouët-Boigny.
Venu « pour balayer la maison ivoirienne », le général, porté au pouvoir
le 24 décembre par un groupe de
mutins, avait affirmé que le pouvoir
ne l’intéressait pas. La junte, qu’il dirige, avait contraint à l’exil le président Henri Konan Bédié et promettait de remettre le pouvoir aux civils
avant la fin octobre. Pendant des
mois, le général a esquivé toutes les
questions sur sa candidature, expliquant qu’il devait d’abord « terminer
sa mission ». Mais, préférant de plus
en plus souvent le costume de ville
au treillis, il s’est donné peu à peu des
allures de présidentiable. Il a multiplié les hommages et références au
président Félix Houphouët-Boigny,
au pouvoir de 1960 à sa mort, en
1993, et laissé se créer des clubs de
soutien. Mercredi encore, une délégation de chefs coutumiers venait lui
demander de se présenter et lui remettait publiquement une enveloppe
de papier kraft contenant en liquide
les 2 millions de francs CFA
(200 000 FF), correspondant à la caution exigée de chaque candidat.
junte au pouvoir depuis le 24 décembre, a formellement déposé sa candidature auprès de
l’ancien parti au pouvoir (PDCI) pour l’élection
Pour répondre aux critiques, notamment celles du ministre français
délégué à la coopération, Charles Josselin, qui avait estimé que « l’uniforme et la démocratie se conjuguent
mal », il faisait de plus en plus
souvent référence au général
de Gaulle. Récemment, il avait recruté un chargé de communication français, Claude Marti, qui, en tant
qu’« ami de toujours de la Côte
d’Ivoire », exposait dans les journaux
une longue plaidoirie en faveur de sa
candidature.
« L’ASSASSIN DE NOTRE PÈRE »
Pour soutenir son ambition, le général Gueï ne peut rêver mieux que
le PDCI, le parti du président Houphouët Boigny, son modèle. Parti
unique jusqu’en 1990, le PDCI est la
formation politique la mieux implantée dans le pays. Déstabilisé par le
présidentielle du 17 septembre. Les représentants du PDCI doivent se réunir à la fin de la semaine pour investir leur candidat.
coup d’Etat, le parti a eu vite fait de
se ressaisir et, quelques jours à peine
après le putsch, certains de ses cadres
voyaient déjà dans l’élection de Gueï
le moyen de reconquérir le pouvoir.
« Le PDCI n’est pas un parti d’opposition », lâchait la semaine dernière
Laurent Dona Fologo.
Mais la candidature du général ne
fait pas pour autant l’unanimité. Une
dizaine de personnalités importantes
du parti brigue également le poste,
dont le président déchu, Henri Konan Bédié, qui n’a pas renoncé à la
présidence et a encore de farouches
partisans. La semaine dernière, des
délégations étrangères du PDCI se
réunissaient à Paris, sans l’accord de
M. Fologo, pour l’investir comme
candidat du parti à la course à la présidence. « Nous n’allons pas marier
notre mère (NDLR : le PDCI) avec
l’assassin de notre père », s’insurgent
les supporters de l’ex-président Bédié. Pour prévenir toute tentative de
retour du chef de l’Etat déchu, la
junte a lancé il y a quelques mois un
mandat d’arrêt international contre
lui et ses conseillers tiennent à disposition de la presse des « dossiers
compromettants sur des détournements de fonds ».
Samedi, la convention risque d’être
houleuse voire dangereuse pour l’ancien parti unique. S’il parvient à se
faire investir par le PDCI, il restera
ensuite au général à faire accepter
l’idée de sa candidature auprès des
partenaires étrangers de la Côte
d’Ivoire. Les Etats Unis, comme la
France, et en particulier le Parti socialiste, ont déjà manifesté leurs réticences face à la candidature d’un militaire putschiste.
Fabienne Pompey
Suspension des vols humanitaires au sud du Soudan
UNE NOUVELLE CRISE est en
gestation entre le Soudan et les Nations unies en raison de bombardements par l’aviation gouvernementale de cibles civiles dans le sud du
pays. D’après l’ONU, la rébellion
sudiste et l’Office catholique d’information sur le Soudan (SCIO), basé à Nairobi, des raids ont encore
été effectués, mercredi 8 août. La
veille, le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, avait fait
annoncer la suspension jusqu’à
nouvel ordre des vols humanitaires
de l’opération Lifeline Sudan – qui
assure la livraison de vivres aux populations du sud en proie à la
guerre – « dans l’attente d’une évaluation des conditions de sécurité ».
Dans un communiqué, M. Annan
se disait « particulièrement alarmé »
après des bombardements, lundi,
sur un site très proche des installa-
tions de l’ONU à Mapel, dans l’Etat
du Bahr El Ghazal (sud du pays). La
rébellion sudiste, avait fait état de
sept tués et plusieurs centaines de
blessés dans le bombardement
d’une autre ville, Tonj. Les attaques
de mercredi ont visé à nouveau les
deux agglomérations, ont indiqué le
SCIO et l’Armée de libération des
peuples du Soudan – en guerre ouverte avec le gouvernement depuis
1983.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) a confirmé l’attaque de
Mapel, où les agences humanitaires
ont une importante base. « Des
bombes ont explosé sur la piste d’atterrissage [des vols humanitaires] et
des bâtiments alentour. Il n’y a pas eu
de blessés mais un feu s’est déclaré
près d’un dépôt de carburant », a indiqué un porte-parole du PAM.
D’après le SCIO, une bombe est
tombée à l’intérieur de la mission
catholique à Tonj et deux à proximité. Il n’y aurait pas eu de victimes.
Trente-trois bombardements de
cibles civiles avaient déjà eu lieu en
juillet, affirme la mission catholique. De son côté, l’organisation
humanitaire Médecins sans frontières avait suspendu, la semaine
dernière, ses activités dans le Bahr
El Ghazal après une vague de bombardements.
Les Etats-Unis ont vivement critiqué les bombardements dont ils ont
réclamé l’« arrêt immédiat ». Khartoum, qui a déploré la décision de
l’ONU, a démenti les accusations,
qui émanent de « ceux qui sont hostiles au Soudan », et qui « sont sans
fondement », a déclaré l’ambassadeur du Soudan à l’ONU cité par
l’agence officielle soudanaise. –
(AFP, Reuters.)
Pyongyang ne serait pas hostile à la présence américaine en Corée du Sud
TOKYO
de notre correspondant
Renforçant des rumeurs qui avaient couru
lors du sommet entre les dirigeants des deux
Corées à Pyongyang le 14 juin, le quotidien japonais Asahi a fait état, mercredi 9 août, de propos qu’aurait tenus le dirigeant suprême du
Nord, Kim Jong-il, au président du Sud, Kim
Dae-jung, indiquant qu’il ne serait pas hostile
au maintien des troupes américaines
(37 000 hommes) en Corée du Sud, même après
une éventuelle réunification de la péninsule, à
condition qu’elles deviennent des forces de
maintien de la paix.
« Les forces américaines n’ont pas besoin de se
retirer maintenant », aurait répondu Kim Jong-il
au président Kim qui avait soulevé la question
en ces termes : « Les forces américaines stationnées au Sud jouent un rôle crucial dans le maintien de la stabilité régionale. Que deviendra
l’équilibre des forces si elles se retirent ? ». Cet
échange, rapporté par une source non précisée
de l’entourage du président Kim, aurait eu lieu
en présence de Kim Yong-sun, secrétaire du Parti
des travailleurs, qui aurait répondu tout d’abord :
« Les troupes américaines doivent se retirer ». Kim
Jong-il aurait immédiatement exprimé son désaccord et déclaré : « Mes subordonnés s’opposent
à tout ce que je veux faire. Notre armée est probablement du même avis que le secrétaire Kim ».
UN CONTREPOIDS À LA CHINE
S’agit-il d’une concession notable de Pyongyang qui exige depuis un demi-siècle le retrait
des troupes américaines de Corée du Sud ou
d’une « mise en scène » dont Kim Jong-il a le secret ? Selon des spécialistes du régime cités par
l’Asahi, Kim Jong-il et Kim Yong-sun se sont partagés les rôles selon un scénario préparé à
l’avance et destiné à entretenir l’ambiguïté sur
les véritables intentions de Pyongyang : Kim
Jong-il jouant le « bon garçon » qui doit
convaincre les « faucons » de la justesse de sa
politique d’ouverture. La souplesse de Pyongyang n’est en outre pas vraiment nouvelle : du
temps de Kim Il-sung, la Corée du Nord avait
déjà fait comprendre à différentes occasions
qu’elle n’était pas pressée de voir partir les
Américains tout en restant attachée au principe
de leur départ.
Aujourd’hui, dès lors que le régime a l’assurance que les Etats-Unis ne constituent pas une
menace, – après, par exemple, la signature d’un
traité de paix entre les deux pays – la présence
des troupes américaines contribue à un équilibre des forces qui sert aussi Pyongyang en
constituant un contrepoids à la Chine. Sans les
Américains, le régime est davantage à la merci
de Pékin. Ce que Pyongyang semble souhaiter,
c’est un changement du statut des troupes américaines en Corée du Sud.
Philippe Pons
Mme Megawati Sukarnoputri va diriger le gouvernement indonésien
DJAKARTA
de notre envoyé spécial
Répondant à la litanie de critiques dont sa gestion a été l’objet
pendant quarante-huit heures au
Parlement, le président indonésien,
Abdurrahman Wahid, a annoncé,
mercredi 9 août dans la soirée, qu’il
avait « décidé de charger la viceprésidente de la gestion des affaires
courantes ». Produit d’intenses tractations en coulisses, cette mesure,
qui revient à confier à Megawati
Sukarnoputri la direction du gouvernement, a été accueillie, pour la
première fois, par les applaudissements nourris des parlementaires.
Elle devrait donc apaiser, au moins
à court terme, une classe politique
exaspérée par le style d’un chef de
l’Etat virtuellement aveugle, qui
privilégie la diplomatie et dont l’action gouvernementale a été jugée
incohérente par ceux qui l’ont élu
en octobre 1999. Mais les inconnues
sont nombreuses.
Tout en déléguant des pouvoirs à
Megawati, de loin la figure la plus
populaire du pays, le président Wahid a indiqué qu’il conserverait la
haute main sur les grandes orientations et que la vice-présidente devrait régulièrement « lui rendre
compte » des activités du gouverne-
ment. En réitérant que le cabinet
serait restructuré, avec regroupement de ministères et introduction
de technocrates, le chef de l’Etat n’a
sûrement pas renoncé à dire son
mot après avoir obtenu du Parlement, dès l’ouverture de la session,
son abandon d’une procédure d’invalidation qui aurait pu plonger
l’Indonésie dans le chaos. La délégation du pouvoir, a ajouté le chef
de l’Etat, est conforme au système
présidentiel indonésien.
BAVARD, IMPULSIF, INCOHÉRENT
Le président Wahid avait souhaité nommer un autre « chef de gouvernement » mais le parti de Megawati, le PDI-P, arrivé en tête aux
élections législatives de juin 1999,
s’y est notamment opposé, faisant
valoir qu’une telle formule réduirait
d’autant les attributions de la viceprésidente. Les tractations du PKB,
le parti de Wahid, avec le PDI-P et
le Golkar, l’ancien parti de Suharto
(trois formations qui contrôlent les
deux tiers des sièges au sein du Parlement) ont fait céder le chef de
l’Etat.
La deuxième inconnue concerne
le fonctionnement du tandem. Jusqu’ici, Megawati est demeurée prudemment en retrait à la fois pour
ne pas faire de l’ombre au président
et parce qu’elle n’était pas toujours
d’accord avec lui. Sa propre popularité n’a donc guère souffert des
déboires subis par Wahid, accusé
tour à tour par les parlementaires
d’être contradictoire, trop bavard,
impulsif, mauvais gestionnaire et
même incohérent. Mais, cette foisci, Megawati doit plonger dans la
mêlée et sa seule véritable expérience de la gestion gouvernementale est d’avoir assuré l’intérim et
présidé les réunions de cabinet en
l’absence – il est vrai fréquente – de
Wahid.
Des premières indications sur la
répartition des tâches et les nouvelles relations entre les deux personnalités seront fournies par la
composition du cabinet qui doit
être annoncée après la session parlementaire en cours, qui prend fin
le 18 août. La priorité est au redressement économique et, donc, à la
constitution d’une équipe soudée
de gens compétents. Mais, si des
technocrates doivent ainsi faire leur
entrée au gouvernement, la répartition des portefeuilles sera également politique afin notamment que
le PDI-P, le Golkar et le PKB y retrouvent leur compte.
Cette alliance représente, toute-
fois, le courant séculariste qui a dominé la politique depuis l’indépendance, voilà un demi-siècle, d’un
pays désarticulé et dont au moins
80 % des 210 millions d’habitants se
réclament de l’islam. Elle pourrait
donc contribuer à calmer les ardeurs d’une minorité d’officiers
soupçonnés de saper l’autorité de
l’Etat, en particulier dans les provinces en proie à de forts mouvements séparatistes, comme Atjeh et
la Papouasie (Irian Jaya), ou aux
Moluques, petit archipel déchiré
par un conflit ethnico-religieux.
Battue en brèche par ces menées,
l’autorité de l’état-major des forces
armées demeure une troisième inconnue.
Enfin, des parlementaires ont déjà réclamé que la division du travail
entre le président et la vice-présidente soit l’objet d’un décret. Le
Parlement doit également amender
la Constitution de 1945, souvent
imprécise et loin d’être adaptée aux
circonstances actuelles. Il doit, en
particulier, se prononcer sur une
proposition d’élection au suffrage
universel du président et du viceprésident, pour l’instant élus par un
collège électoral.
Jean-Claude Pomonti
Hugo Chavez premier chef d’Etat
en visite en Irak depuis dix ans
BAGDAD. Le président vénézuélien, Hugo Chavez, était attendu jeudi
10 août en Irak en provenance d’Iran par la route, et non par avion. Les
autorités irakiennes ont prévu un accueil des plus solennels, avec tapis
rouge, délégation ministérielle et fanfare à cet hôte de marque, premier
chef d’Etat étranger à se rendre dans leur pays depuis la guerre du Golfe
en 1990. M. Chavez, qui effectue une tournée dans les pays producteurs
de pétrole en vue d’un sommet prévu à Caracas le 27 septembre, était attendu à la mi-journée au poste frontière d’El Moundariya, à quelque
200 km à l’est de Bagdad.
Le président vénézuélien n’a pas tenu compte des critiques des EtatsUnis, qui considèrent que « c’est un faible honneur que d’être le premier
dirigeant démocratiquement élu à rendre visite au dictateur irakien », a déclaré, il y a quelques jours, le porte-parole du département d’Etat, Richard Boucher. En revanche, M. Chavez a visiblement souhaité éviter la
controverse qu’aurait pu soulever son arrivée en Irak par avion, étant
donné les interprétations divergentes aux Nations unies des résolutions
661 et 670 du Conseil de sécurité relatives à l’embargo imposé à Bagdad.
– (AP.)
Arabie saoudite : attaque contre
un complexe abritant des étrangers
RIYAD. Un policier saoudien a été tué et deux autres blessés, mercredi
9 août, dans une attaque menée par un étudiant saoudien contre un
complexe abritant des étrangers en Arabie saoudite, a-t-on annoncé de
source officielle. « L’étudiant saoudien, Yasser Ahmed Abboud Al Qassadi,
a ouvert le feu dans la matinée contre un complexe situé dans le sud du
royaume », à Khamis Mcheit, quelque 1 000 km au sud-ouest de Riyad
« et abritant des communautés étrangères », a déclaré un porte-parole du
ministère de la défense et de l’aviation. Le policier tué et ses camarades
blessés montaient la garde dans le complexe, où vivent notamment des
employés du groupe britannique BAe Systems. Un porte-parole de BAe
Systems, à Londres, a indiqué qu’un employé, dont il n’a pas précisé la
nationalité, a été légèrement blessé. Un Américain a été légèrement blessé, selon le département d’Etat, pour lequel « il semble que ce soit un incident isolé commis par un individu agissant seul ». – (AFP.)
L’hystérie anti-pédophile fait
un mort en Grande-Bretagne
LONDRES. Quelque 250 habitants d’un lotissement populaire de Portsmouth ont défilé sans incident, mercredi 9 août, pour la septième nuit
consécutive, afin de protester contre la présence de pédophiles présumés
dans leur quartier. Entre 150 et 250 personnes y manifestent tous les soirs
depuis que l’hebdomadaire News of the World a commencé à publier une
liste de 110 000 pédophiles recensés en Grande-Bretagne. « La grande
majorité des gens qui descendent dans la rue ne sont pas des parents inquiets, affirme le commissaire adjoint de Portsmouth, Ian Readhead, ce
sont des gens qui prennent prétexte de la polémique sur les délinquants
sexuels pour se défouler. » Quatre familles innocentes ont déjà choisi de
quitter les lieux. Samedi, James White, un pédophile des environs de
Manchester (nord-ouest de l’Angleterre), a mis fin à ses jours par surdose de médicaments après avoir été contraint par ses voisins de quitter
son domicile avec sa famille. Mardi, un Asiatique de 29 ans, surpris en
train de discuter avec des enfants, a été battu par une quinzaine de parents à Whitley (ouest de Londres). – (AFP.)
DÉPÊCHES
a LIBAN : une force mixte (gendarmerie/armée) d’un millier
d’hommes s’est déployée, mercredi 9 août, dans la région que l’armée
israélienne occupait au Liban sud jusqu’au 24 mai. La force, qui relève du
ministère de l’intérieur, doit dresser des barrages et faire circuler des patrouilles. Elle sera responsable de la sécurité à l’intérieur du territoire libanais et non à la frontière avec Israël, cette dernière mission étant dévolue aux casques bleus de l’ONU, selon le ministre de l’intérieur, Michel
Murr. – (AFP.)
a GUINÉE : le procès de l’opposant guinéen Alpha Condé et de ses 47
coaccusés a repris, mercredi 9 août, devant la Cour de sûreté de l’Etat à
Conakry, après une semaine d’ajournement. Commencé le 12 avril et différé plusieurs fois, le procès très controversé de l’opposant, poursuivi
notamment pour atteinte à la sûreté de l’Etat, devrait maintenant entrer
dans une phase décisive. – (AFP.)
a RDC : le président de la République démocratique du Congo
(RDC), Laurent-Désiré Kabila, participera au sommet extraordinaire sur
la RDC programmé le 14 août à Lusaka par la Communauté de développement des pays d’Afrique australe (SADC), a annoncé mercredi
9 août le président zambien Frederick Chiluba. Kabila avait été absent du
sommet annuel de la SADC qui s’est tenu lundi en Namibie. Mais, irrités
par l’absence du président congolais et le manque de progrès vers la paix
dans l’ex-Zaïre, les dirigeants des pays membres de l’organisation ont
décidé la tenue d’un sommet extraordinaire sur le conflit. – (Reuters.)
a YOUGOSLAVIE : le secrétaire d’Etat américain, Madeleine Albright, s’est déclarée convaincue que le président yougoslave Slobodan
Milosevic truquera le scrutin présidentiel du 24 septembre afin de se
maintenir au pouvoir. « Nous savons [qu’il] va frauder. Il a déjà usé de violence et supprimé la liberté de la presse pour s’assurer que le scrutin ne sera
ni libre, ni juste », a estimé, mercredi 9 août, Mme Albright en marge de la
visite aux Etats-Unis du président croate Stipe Mesic. A cette occasion,
les Etats-Unis ont décidé d’octroyer quelque 30 millions de dollars
(33,3 millions d’euros) d’aide supplémentaire à la Croatie, voisin de la
Serbie, pour y encourager les réformes et son engagement démocratique. – (AFP, AP.)
a Le Canada a indiqué, mercredi 9 août, que les autorités yougoslaves avaient promis un accès consulaire rapide aux deux Canadiens
soupçonnés de terrorisme par Belgrade. Shaun Going, âgé de 45 ans, et
son neveu Liam Hall, 19 ans, ainsi que deux Britanniques, John Yore et
Adrian Prangnell, ont été arrêtés la semaine dernière le long de la frontière du Monténégro. Le Canada a demandé à la Russie de convaincre les
autorités yougoslaves d’annuler le procès contre les quatre hommes
poursuivis pour terrorisme. Ceux-ci ont plaidé non coupables, mercredi,
devant un tribunal militaire de Belgrade qui doit décider ou non de la tenue d’un procès.
a ÉTATS-UNIS : la CIA dénonce, dans un rapport au Congrès rendu
public mercredi 9 août, des transferts de technologie militaire effectués
par plusieurs pays. La Chine a accru au second semestre de 1999 son aide
au programme pakistanais de missiles balistiques, tandis que la Russie
fournissait à l’Iran une technologie « substantielle » relative aux missiles,
affirme le rapport. La Corée du Nord a aussi aidé le Pakistan en matière
de missiles et elle a acquis en Europe occidentale de l’équipement lié au
nucléaire, ajoute la CIA. – (Reuters.)
a Deux condamnés à mort, dont un retardé mental, ont été exécutés, mercredi 9 août, au Texas. Brian Keith Roberson et Oliver Cruz
étaient condamnés, l’un pour le meurtre de deux personnes à Dallas, et
l’autre pour le viol et le meurtre d’une femme en 1988 avec un complice.
Les deux exécutions de mercredi soir portent à cinquante-huit le nombre
de condamnés exécutés aux Etats-Unis cette année, dont vingt-huit au
Texas, l’Etat gouverné par George W. Bush, candidat républicain à la présidentielle. – (AFP.)
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FRANCE-SOCIÉTÉ
LE MONDE / VENDREDI 11 AOÛT 2000
CORSE
Les obsèques de l’ancien
dirigeant nationaliste corse Jean-Michel Rossi ont été célébrées, mercredi
9 août, à L’Ile-Rousse, en HauteCorse, en présence de représentants
des diverses tendances de son ancienne famille politique. Un hommage traditionnel lui a été rendu en
privé par des clandestins. L’assassinat n’est toujours ni revendiqué, ni
élucidé. b LE DÉBAT sur le compromis entre le gouvernement et les
élus de Corse continue dans l’opposition, où Alain Madelin, président de
DL, soutient José Rossi, président de
l’Assemblée de Corse et du groupe
DL de l’Assemblée nationale, tandis
que François d’Aubert, député du
même parti, le critique. b SI L’ON EXCLUT les neuf personnes poursuivies
pour l’assassinat du préfet Erignac, la
question de l’amnistie des prisonniers corses concerne vingt et un détenus. Trois d’entre eux ont été
condamnés pour des crimes de sang.
La famille nationaliste s’est réunie aux obsèques de Jean-Michel Rossi
Porté en terre par ses amis, l’ancien dirigeant, dont l’assassinat le 7 août reste inexpliqué, a reçu en privé l’hommage de clandestins.
D’autre part, la question de l’amnistie des « patriotes emprisonnés » continue de peser sur l’évolution du processus initié à Matignon
décidé d’envoyer une délégation
conduite par Marceau Simeoni
(Corsica Nazione). Autour de lui,
Maurice Giudicelli, porte-parole de
Corsica viva, ou encore, plus tard,
Norbert Laredo, des Verts (Verdi
corsi).
L’ÎLE-ROUSSE (Haute-Corse)
de notre envoyée spéciale
On a attendu que passent les
heures les plus chaudes. Sous les
lauriers roses, devant les grilles de
la maison Rossi, une petite table a
été dressée, comme on le fait toujours en Corse et dans le Midi, les
jours d’enterrement, pour accueillir le registre des condoléances.
Mais, cette fois, le drap de velours
noir a été remplacé par un drapeau
à tête de Maure. Le cortège qui
s’ébranle, mercredi 9 août, au 1, de
la rue du Docteur-Massari, à L’IleRousse, pour conduire le cercueil
de l’ancien dirigeant de la Cuncolta, Jean-Michel Rossi, jusqu’au cimetière de la ville à un bon kilomètre de là, adopte quelques
stations et suscite un recueillement
symbolique.
LA FAMILLE EST UNIE
LA STATUE DE PASCAL PAOLI
La procession passe d’abord devant La Piscine, ce café où, lundi
7 août, l’ancien rédacteur en chef
de l’hebdomadaire nationaliste
U Ribombu a été assassiné en
compagnie de son garde du corps,
Jean-Claude Fratacci. Le cortège
s’arrête ensuite devant la statue de
Pascal Paoli, héros du nationalisme
corse au XVIIIe siècle et fondateur
de la ville. Les vacanciers observent un silence remarquable ;
les commerçants ont baissé leurs
stores ou arrêté momentanément
toute activité. Sans les reconnaître,
beaucoup regardent passer les
amis du mort, portant son cercueil : François Santoni, ex-secrétaire général de A Cuncolta, interrogé brièvement par la police ; son
avocat, Pascal Garbarini ; des
membres de la Cuncolta – Dominique Renucci, Doumè Ferrari, Patrice Muratti ; ou, encore, le gérant
de La Piscine.
Athée, Jean-Michel Rossi n’aurait pas voulu d’un service à
l’église. C’est au cimetière que la
cérémonie a lieu. La foule est finalement peu nombreuse – cinq
cents à sept cents personnes. En
revanche, les présences se veulent
symboles. La veille au soir, par
exemple, les neuf organisations
membres de la coalition Unita ont
Pour porter leur message, les
conseillers territoriaux de Corsica
Nazione sont venus nombreux :
l’avocat bastiais Jean-Guy Talamoni et Cesar Filippi, monté de son
hôtel de Porto-Vecchio, veulent signifier par leur présence que le
mouvement nationaliste n’est pas
responsable de ce crime, que la famille est unie et qu’elle fait échec à
la provocation.
« Nous venons recoller les morceaux qu’on essaie de décoller,
confiait ainsi Marceau Simeoni à la
sortie du cimetière. Nous craignons
les forces occultes. » René Moda,
président de la chambre d’agriculture de Corse-du-Sud, et JeanMichel Emmanuelli, premier élu
nationaliste à Ajaccio, ont aussi
fait le voyage jusqu’en HauteCorse. Comme le dit l’un d’entre
eux : « Malgré les vacances, ceux
qui pouvaient monter sont montés. Il
ne manque aucun bouton à la
veste. »
Devant le tombeau de la famille
Rossi, M. Santoni, la mère du dé-
Une trentaine de détenus seraient concernés par une éventuelle amnistie
LA QUESTION des prisonniers
corses sous-tend le processus de
paix dans l’île, et si les nationalistes
ont eu l’intelligence de ne pas en
faire un préalable aux négociations
il est clair pour tout le monde que
les accords de Matignon ne pourront en faire l’économie. Symboliquement, c’est, surtout après l’assassinat du préfet Claude Erignac,
l’un des points les plus sensibles,
même si, techniquement, il ne
pose pas de problèmes insurmontables et ne concerne qu’une trentaine de détenus.
La position des nationalistes est
nette. Aux Journées internationales de Corte, du 4 au 6 août, le
sort des détenus a été à nouveau
nettement mis en avant. « Aucun
processus de paix ne s’est déroulé
sans libération de prisonniers, a déclaré Paul Quastana, l’un des négociateurs de Corsica Nazione, et
c’est à ce prix-là que l’accord de
Matignon sera validé ou pas. »
François Sargentini, membre de A
Cuncolta et souvent entendu par
les clandestins du mouvement, a
lui aussi réclamé « des gestes
concrets » et « une mesure d’amnistie immédiate ». Sa position pèse
d’autant plus lourd que deux des
assassins présumés de son frère,
Noël Sargentini, tué le 31 août
1995 à Corte, sont actuellement détenus en région parisienne.
Un premier « geste concret »
consisterait, pour les nationalistes,
à ce que le gouvernement re-
groupe les prisonniers en un même
lieu. Les prisonniers corses sont
très majoritairement détenus en
région parisienne : sur trente détenus, quatre seulement sont
écroués en province, à Salon-deProvence (Bouches-du-Rhône), à
Muret (Haute-Garonne) ou à Lannemezan (Hautes-Pyrénées). L’administration pénitentiaire n’est pas
favorable au regroupement des
vingt-trois prévenus car elle souhaite qu’ils restent près des juges
d’instruction anti-terroristes, qui
sont à Paris. Elle souligne en outre
« des impératifs de sécurité légitimes » pour les sept condamnés
définitifs. Mais les familles des détenus insistent : les visites ne sont
souvent autorisées que tous les
deux jours. Pour obtenir trois parloirs de trois quart d’heures, les familles doivent donc passer la semaine en région parisienne, avec
des frais conséquents.
La position du gouvernement est
officiellement aussi tranchée. « La
question de l’amnistie n’est pas posée, a indiqué Lionel Jospin le
13 décembre 1999 à l’Assemblée, et
en, tout état de cause, ne le sera jamais pour les assassins du préfet
Claude Erignac. » Dominique Erignac, l’épouse du préfet assassiné,
s’était d’ailleurs élevée contre cette
« insupportable demande d’amnistie » et Jean-Pierre Chevènement,
à la sortie d’un conseil des ministres, avait déclaré le 9 février :
« C’est clair, non ? Il n’y a pas d’am-
nistie. Il n’y en aura pas. » Le premier ministre avait cependant précisé le 18 décembre 1999, devant la
presse, que l’amnistie, c’était
« comme le paiement des jours de
grève, on en parle à la fin ». C’est
sans doute le fond de la pensée des
négociateurs, en dépit de l’opposition farouche des ministres de l’intérieur et de la justice. Pour la
Nouvelle-Calédonie, une amnistie
partielle avait été votée en novembre 1988, avec la loi référendaire sur le nouveau statut, mais
les crimes de sang en avaient été
exclus. Un an après, le Parlement
l’avait étendue et quarante personnes inculpées d’assassinat, notamment de gendarmes, en
avaient alors bénéficié.
PEU DE CRIMES DE SANG
Hormis les neuf personnes détenues dans l’affaire Erignac, le cas
des « prisonniers politiques »
corses, c’est-à-dire des personnes
détenues notamment pour « association de malfaiteurs en relation
avec une entreprise terroriste » est
plus simple qu’en Nouvelle-Calédonie car les dossiers font état de
peu de crimes de sang. Si l’on exclut les neuf mis en cause dans l’affaire Erignac, ils sont vingt et un à
être détenus, d’après divers recoupements. Trois d’entre eux ont été
condamnés pour des crimes de
sang : Charles Santoni s’est vu infligé, en 1999, 28 ans de réclusion criminelle pour une fusillade avec le
Raid où un policier et un nationaliste avaient trouvé la mort et deux
autres ont été condamnés pour un
règlement de compte entre nationalistes. En revanche, les dix-huit
autres sont poursuivis pour des attentats qui n’ont pas fait de victimes ou pour détention d’armes.
Trois personnes enfin sont recherchées : Yvan Colonna bien sûr,
le tueur présumé du préfet Erignac,
un second pour le mitraillage de la
gendarmerie de Saint-Florent
(Haute-Corse) et le troisième pour
le racket présumé d’un entrepreneur portugais, un dossier où est
également poursuivi François Santoni, l’ancien responsable de A
Cuncolta.
« Le problème essentiel n’est pas
la loi d’amnistie, assure Me Pascal
Garbarini, qui défend la majorité
des prisonniers. On ne reconnaît
pas aux détenus le statut de prisonniers politiques. Ils sont pourtant
souvent jugés par une cour d’assises
spéciale, ne bénéficient pas des décrets de grâce du 14 juillet, n’ont pas
le droit de travailler et donc de bénéficier des deux mois de remises de
peine par an. Et, surtout, ils ne bénéficient jamais de libération conditionnelle. » Et de citer le cas de Didier Martinetti, dont la libération
conditionnelle vient d’être refusée
pour la seconde fois. « N’importe
quel trafiquant de stupéfiants serait
déjà sorti », assure Me Garbarini.
funt, sa fille et le reste de la famille
se taisent. Pas un mot. Pas un discours. Les hommes les plus jeunes
entonnent le Cantu di partighjani
(chant des partisans). La foule plus
large mêle ensuite sa voix à
l’hymne corse, le Diu salve regina.
Cérémonie nationaliste discrète
Des nationalistes présents dans le cortège funèbre de Jean-Michel
Rossi, mercredi 9 août, à L’Ile-Rousse, ont tenu à faire savoir qu’« un
hommage traditionnel » avait été rendu « à l’intérieur de la propriété » des Rossi, autour du cercueil du défunt, à 14 h 45, avant la levée
du corps. Selon ces sources, cinq hommes armés, en treillis de camouflage, auraient tiré deux salves en l’air autour du cercueil. Cette
information a été diffusée par France 3 Corse et la station locale de
Radio-France, Radio-Corse Frequenza Mora, la première évoquant
« trois coups de feu », la seconde « trois salves ».
Cette scène, qui n’a pas eu de témoins, a été organisée à dessein,
dans l’après-midi, avant l’arrivée des caméramen de télévision et
des photographes. Ceux-ci se sont présentés à la propriété au moment de la levée du corps de Jean-Michel Rossi, qui avait été annoncée pour 16 heures.
Devant la petite chapelle, trois
grosses couronnes. « A notre ami »,
dit l’une.
L’autre a été offerte par Denoël,
éditeur du livre que le défunt venait de rédiger avec François Santoni et le journaliste Guy Benhamou, Pour solde de tout compte. « Il
t’aimait, il est mort avec toi », dit la
troisième, offerte par la famille de
d’amender les textes du Parlement français »,
s’émeut-il. A gauche, mais relativement isolé, Jean Zuccarelli, député (radical de
gauche) de Haute-Corse, s’inquiète, le
7 janvier 1982, comme le fera dix-huit ans
plus tard son fils Emile, du caractère « discriminatoire » pour la Corse du projet gouvernemental.
DÉBAT SUR LA DÉCENTRALISATION
Entre-temps, le débat sur la décentralisation va bon train dans les colonnes du
Monde, qui le 28 juillet 1981, donne la parole
à Jean-Pierre Chevènement, lequel a alors
en charge le portefeuille de la recherche et
de la technologie. L’élu de Belfort ne fait
pas entendre de « différence » ; il se
contente d’évoquer le nécessaire « rééquilibrage » de son secteur, la recherche, trop
concentré, selon lui, dans la région parisienne... Dans l’opposition, Jacques Chirac
se déclare favorable à « une politique de décentralisation » mais, recevant l’Association
des maires de France le 3 novembre, il af-
Ariane Chemin
TROIS JOURS après l’assassinat
de l’ancien dirigeant nationaliste
Jean-Michel Rossi, à L’Ile-Rousse,
l’avenir incertain de l’accord
adopté, le 28 juillet, par l’Assemblée de Corse continue à alimenter débats et polémique dans l’opposition. Dans un entretien publié
par France-Soir, jeudi 10 août, le
président de DL, Alain Madelin,
confirme son soutien à l’accord
négocié par les élus de Corse avec
le gouvernement de Lionel Jospin,
accord où il voit une ouverture
vers le « renforcement des pouvoirs
régionaux ».
« Il ne faut surtout pas faire de ce
nouveau statut une exception corse,
qui s’apparenterait à une récompense du crime et du terrorisme, explique M. Madelin. La régionalisation doit s’étendre à tout le
pays. Le débat est lancé, rien ne
l’arrêtera. » Ce point de vue est
loin de faire l’unanimité à droite.
Cependant, dans Le Figaro du
10 août, le RPR Yvon Bourges, ancien ministre et ancien président
du conseil régional de Bretagne,
souligne qu’« il s’agit d’un projet
très spécifique pour un cas très particulier » et qu’il « n’y a aucun rapport entre la Corse et la Bretagne »,
mais il ajoute : « La France a besoin de respirer », dénonce « vingt
ans de centralisation excessive » et
rappelle la tentative de régionali-
sation ratée par de Gaulle en 1969.
Très critique à l’égard du « jacobinisme » du premier ministre qui
« voudrait faire un petit îlot de reponsabilité locale limité à la Corse,
mais n’a ni la volonté ni le courage
d’en faire une politique pour la
France », M. Madelin estime, de
son côté, que le compromis corse
a « le mérite de déverrouiller le jacobino-bonapartisme français ».
« C’est le problème de la régionalisation que pose la question corse,
insiste encore le député d’Ille-etVilaine. Aérons la démocratie française dans une grande redistribution des pouvoirs ! »
COUP DE CHAPEAU
transitoire vers un stade d’autonomie supplémentaire et pourquoi pas la reconnaissance
des droits pour ce peuple [corse] à l’autodétermination ». Ainsi jugent-ils que l’adoption d’un mode d’élection particulier pour
la future Assemblée de Corse « tend à créer
en France deux catégories de citoyens et, par
là même, une inégalité dans l’exercice des
droits civiques ».
Certes, au début des années 80, il n’existe
pas encore à gauche – où l’idée régionale
vient de s’implanter solidement – d’idéologie ni de courant « national-républicain »
constitué, et nul ne s’y effraie d’une « Europe des régions ». Toutefois, le 30 novembre 1982, certains députés socialistes
font déjà part de leurs états d’âme devant
une réforme qui risque, selon eux, d’inciter
l’Etat à « baisser les bras » face au « clientélisme ». Le consensus autour de la décentralisation était déjà plus friable qu’il ne le paraissait.
Cette extension du modèle
corse aux autres régions françaises
et cette forme de coup de chapeau
à José Rossi (DL), président de
l’Assemblée de Corse, ne sont pas
du goût de François d’Aubert, député (DL) de Mayenne, qui reproche, au contraire, à son collègue de Corse-du-Sud de « jouer
à l’évidence une partie un peu personnelle ». Dans un entretien à Valeurs actuelles (daté 11-17 août),
l’ancien secrétaire d’Etat estime
qu’après l’assassinat de Jean-Michel Rossi, l’accord de Matignon
« semble avoir du plomb dans
l’aile ». « Il est évident, ajoute
M. d’Aubert, que l’amnistie est
sous-jacente à l’ensemble de cet accord, ce qui le rend, à mes yeux, terrible et inadmissible. » Il répond à
M. Madelin que « dire que ce qui
est proposé pour la Corse est un modèle qui pourrait servir pour le reste
de la France relève de l’escroquerie
intellectuelle et politique ».
Pour sa part, M. Rossi lance,
dans Paris-Match (daté 17 août),
« un appel aux continentaux » qui,
« après avoir eu un discours politique discriminatoire à l’égard des
Corses, cultivent de manière démagogique, une démarche d’ostracisme ». « Le problème corse, estime M. Rossi, est devenu une
affaire d’Etat. L’intérêt de la République commande que l’on sache
aujourd’hui s’élever au-dessus des
intérêts de partis et éviter les fausses
polémiques entre majorité et opposition. »
Député de Corse-du-Sud,
M. Rossi préside, outre l’Assemblée de Corse, le groupe DL de
l’Assemblée nationale.
Nicolas Weill
Christine Garin
Franck Johannès
firme, que le statut particulier n’est pas
« une réformette » et qu’il aurait justifié
« une concertation avec les Corses », vu son
caractère « révolutionnaire ».
En janvier 1982, le nouveau statut parvient à l’Assemblée. Philippe Séguin, jeune
député (RPR) des Vosges, se fait le porteparole de l’opposition dans ce débat dont
l’enjeu serait, à l’en croire « probablement
aussi une certaine conception de l’organisation de notre République ». « C’est peut-être,
également, l’intégrité du territoire et l’unité
nationale », pense-t-il. L’opposition reproche au gouvernement d’avoir élaboré
des dispositions favorables aux autonomistes.
Le projet n’en est pas moins adopté, le
20 janvier 1982. Les députés et les sénateurs
de l’opposition se tournent alors, en vain,
vers le Conseil constitutionnel, en indiquant notamment qu’à leurs yeux la notion
de peuple corse est inscrite en filigrane
dans le statut, ce qui « laisse présager que le
statut particulier n’est en fait qu’une étape
première. « La famille ne reçoit pas,
merci », avertissait simplement un
petit écriteau devant la porte de sa
maison.
L’autre famille, ou du moins une
partie d’entre elle, s’est retrouvée,
mercredi soir, à la terrasse de La
Piscine. Silencieuse, elle aussi.
A droite, la question corse sème
la zizanie
Déjà, en 1982, Michel Debré et Jean Zuccarelli s’inquiétaient du « statut particulier »
LE DÉBAT que provoque l’accord entre
le gouvernement et les élus de Corse rappelle la controverse suscitée, en son temps,
par le premier « statut particulier » de l’île,
adopté dans la foulée de la loi de décentralisation de 1982. Le 18 juillet 1981, Gaston
Defferre tout nouveau ministre de l’intérieur du gouvernement de Pierre Mauroy,
annonce, dans un entretien au Nouvel Observateur, qu’il entend faire de la Corse le laboratoire de la décentralisation. « La réforme (...) doit [y] être appliquée avant
qu’elle n’entre en vigueur sur le continent »,
dit-il. Il s’attend à « des résistances diverses ». Celles-ci ne tardent pas.
A droite, tandis que Michel Debré, père
de l’actuel président du groupe RPR de l’Assemblée nationale, dénonce le « fédéralisme
mou » qui présiderait aux réformes, Jacques
Blanc, alors secrétaire général du Parti républicain, parle, le 7 août, d’un exemple
« inquiétant pour l’unité nationale ». « Le
projet Defferre prévoit, ni plus ni moins, la
possibilité pour la future assemblée régionale
Jean-Claude Fratacci, dont l’enterrement religieux devait se tenir le
lendemain, à Patrimonio, dans le
Cap corse.
Lorsque le cercueil recouvert de
la tête de Maure descend en terre,
Mme Rossi s’effondre et s’en va la
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6 / LE MONDE / VENDREDI 11 AOÛT 2000
FRANCE-SOCIÉTÉ
Des solvants toxiques soupçonnés de
Un professeur de français
provoquer des malformations embryonnaires
jugé en appel
La nocivité des éthers de glycol est connue depuis plusieurs années
Des procès aux Etats-Unis et une enquête lancée en
France mettent en cause l’utilisation de solvants
toxiques, les éthers de glycol, dans les chaînes de
LES ÉTHERS de glycol seront-ils à
la santé ce que les CFC (chlorofluorocarbones) furent pour la couche
d’ozone, des poisons délétères dont
il est difficile de trouver des substituts ? Ces solvants utilisés, notamment, dans les usines IBM aux EtatsUnis et en France, pour la mise au
point de puces d’ordinateurs, pourraient être responsables de cancers
et de graves malformations embryonnaires. Cent vingt-huit procès
ont été engagés aux Etats-Unis par
des employés s’estimant victimes de
ce produit. En France, une enquête
est menée parmi les employés de
l’usine IBM de Corbeil-Essones qui
utilise les mêmes produits.
Les éthers de glycol sont employés
pour remplacer les solvants habituels, jugés trop nocifs et inflammables, notamment dans les chaînes
de semi-conducteurs. On en utilise
près de 30 000 tonnes par an en
France. Il en existe plus de trente
sortes, répartis en deux grandes familles : les dérivés de l’éthylène-glycol et ceux du propylène-glycol. Dès
1994, le toxicologue André Cicolella,
aujourd’hui à l’Institut national de
l’environnement industriel et des
risques (INERIS), dépendant du ministère de l’environnement, lançait
ce cri d’alarme : « D’après les études
sur le rat dont nous disposons et les
observations faites chez des employés
d’usines de peintures ou de vernis exposés aux glycols, on sait que certaines
substances entraînent de graves
troubles liés à la reproduction. » Ainsi
avait-t-il relevé de nombreux cas de
dégénérescence testiculaire chez les
enfants des mères exposées à des
glycols de la série E, une fréquence
anormale d’avortements spontanés,
et une baisse de la qualité du
sperme. Ces dérèglements, aujourd’hui dénoncés par les employés
d’IBM, trouveraient leur origine
dans les effets génotoxiques et pseu-
semi-conducteurs de la compagnie IBM notamment.
Ils provoqueraient des avortements spontanés, des
malformations embryonnaires et une baisse de la
do-hormonaux de certains éthers de
glycols.
C’est en particulier le cas du méthylglycol, dont plusieurs scientifiques américains ont souligné la
perturbation du cycle ovarien chez la
femme. Ces données seraient même
à rapprocher, selon ces experts, de la
baisse de fertilité observée chez des
employées de l’industrie américaine
des semi-conducteurs exposées aux
éthers de glycol.
L’usage des glycols
en milieu
professionnel reste
légal, exposant
un million et demi
de personnes
à des risques
Malgré plusieurs études et l’interdiction de certains glycols dans les
années 80 aux Etats-Unis, il faut attendre le 7 août 1997 pour que, en
France, un arrêté du Secrétariat
d’Etat à la santé interdise la mise sur
le marché et l’importation de quatre
d’entre eux, les plus toxiques : le méthylglycol, l’éthylglycol et leurs acétates, ainsi que les préparations en
contenant au moins 0,5 %. Mais l’interdiction ne concerne que les produits ménagers grand public, auxquels s’ajouteront ultérieurement les
médicaments et les cosmétiques.
L’usage des glycols en milieu professionnel, lui, reste légal, ce qui expose
environ un million et demi de personnes à des risques toxiques. La raison officielle ? Trop peu de données
chiffrées en milieu professionnel.
qualité du sperme chez les personnes qui y sont exposés. A la suite d’une enquête de l’Inserm un plan
d’action avait été lancé en France fin 1999.
Mais surtout l’absence de substituts
industriels à ces précieuses mais redoutables substances. Le problème
pour les CFC, destructeurs de la
couche d’ozone, ne se posait pas en
d’autres termes dans les années 70.
Jusqu’à ce que le législateur impose
aux industriels la recherche active de
substituts.
Accompagnant le décret de 1997,
les pouvoirs publics ont lancé une
série d’études coordonnées par l’Inserm afin de vérifier ces risques et
leur impact professionnel. En rendant ses conclusions, en 1999, l’Inserm a recommandé de réviser la
classification en matière de danger
pour neuf éthers de glycol et de
poursuivre les investigations sur
quatorze autres. Le 26 octobre 1999,
dans un communiqué commun, les
ministères de la santé et de l’environnement ont alors demandé que
ces nouvelles évaluations se mènent
à l’échelle européenne (ce qui est en
cours pour deux glycols aux PaysBas) et que les industriels concernés
réalisent des essais de mutagénicité,
de cancérogénicité et de toxicité
pour la reproduction. Ce devrait être
le cas pour cinq glycols.
Les pouvoirs publics ont également annoncé que l’utilisation des
éthers « sera limitée au strict nécessaire et rigoureusement encadrée en
milieu professionnel, en s’appuyant sur
une application stricte du principe de
substitution, une extension de la protection par système clos et une surveillance médicale renforcée ». En outre,
certains postes de travail, exposant
l’employé à certaines substances
toxiques pour la reproduction, seront interdits aux femmes enceintes.
Aujourd’hui, ces dispositions font
l’objet de trois décrets du ministère
du travail. Soumis au Conseil d’Etat,
ils devraient paraître en octobre. Enfin, sur les neuf éthers mis en cause
par l’Inserm, les autorités euro-
péennes et françaises ont déjà reclassé l’un d’entre eux en catégorie 2
(« substances dangereuses » faisant
l’objet de précautions d’emploi). Un
autre est en cours de classification à
Bruxelles, et les sept derniers font
l’objet d’études complémentaires à
l’Institut national de recherche et de
sécurité (INRS). Ces glycols pourraient alors être réexaminés par les
experts de la Commission européenne d’ici la fin de l’année.
Dans un communiqué rendu public mercredi 9 août, le ministère de
l’emploi et de la solidarité annonce
la « parution prochaine de textes réglementaires permettant de renforcer
la protection des travailleurs » ainsi
qu’une « interdiction totale d’exposition de toutes les femmes enceintes ou
allaitantes à l’ensemble des agents
dangereux pour la reproduction ». Le
ministère de Martine Aubry annonce
également une amélioration de la
« surveillance médicale des salariés et
ex-salariés, de même que la traçabilité
des expositions ».
« Si ces mesures pourront limiter
l’exposition de certains utilisateurs
professionnels des glycols, elles demeurent trop fragmentaires, à l’image
de nos connaissances sur l’impact de
ces éthers », précise un spécialiste du
ministère de la santé qui pointe, par
exemple, les risques d’exposition
pour les bricoleurs du dimanche utilisant ces substance toxiques sans le
savoir... et donc sans protection particulière. Plus généralement, ce problème des éthers de glycol révèle la
faiblesse de la veille toxicologique en
Europe, et en France en particulier.
L’Agence française de sécurité sanitaire environnementale (AFSSE), qui
devrait voir le jour en 2001, aura précisément pour tâche de désamorcer
ces bombes sanitaires à retardement.
Vincent Tardieu
Une étude de l’Inserm dénonçait en 1999 la toxicité des éthers de glycol
UNE ÉTUDE de l’Institut national de la santé
et de la recherche médicale (Inserm) intitulée
« Ethers de glycol :quels risques pour la santé ? »,
dont les conclusions ont été rendues en octobre
1999, a mis en avant la toxicité des quatre éthers
de glycol interdits à l’usage domestique, mais
largement utilisés en milieu professionnel. Pour
ces quatre éthers, «les effets rapportés sont
compatibles avec ceux observés chez l’animal »,
mis en évidence par le biais d’expérimentations.
Ainsi, plusieurs travaux ont établi, chez des salariés exposés, une diminution du nombre de globules blancs et la survenue d’anémies, traduction de l’effet de certains dérivés sur la moelle
osseuse. Il existe également un lien entre l’infertilité masculine et l’exposition professionnelle à
deux des éthers interdits au grand public.
Si l’effet sur la fertilité féminine est moins
évident, « des anomalies de la durée ou de la régularité des cycles menstruels ainsi qu’une diminution de la fertilité (...) ont été rapportées » dans
A LA TELEVISION
ET A LA RADIO
Le Monde des idées
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Le samedi à 12 h 10 et à 17 h 10
Le dimanche à 12 h 10 et à 0 h 10
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12 heures, 19 heures, 20 h 45 , 22 h 30
a
Libertés de presse
FRANCE-CULTURE
Le premier dimanche de chaque mois
a
A la « une » du Monde
RFI
Du lundi au vendredi
à 12 h 45 et 1 h 10 (heures de Paris)
a
La « une » du Monde
BFM
Du lundi au vendredi
13 h 06, 15 h 03, 17 h 40
Le samedi
13 h 07, 15 h 04, 17 h 35
les secteurs les plus exposés aux éthers de glycol. D’après des études menées aux Etats-Unis,
les solvants augmenteraient en outre le risque
d’avortement spontané. En revanche, l’étude de
l’Inserm se montre prudente sur les risques de
malformations congénitales, estimant que les
études effectuées sont actuellement « trop peu
nombreuses ».
PROTECTION DE LA PEAU
Le document de l’Inserm cite une étude de
1998, mettant en évidence un risque cancérogène sur les animaux qui ne serait provoqué que
par un seul des éthers de glycol, ne figurant pas
dans les quatre classés parmi les plus dangereux.
L’Inserm considère que ces « quelques études
épidémiologiques (...) n’apportent pas de résultats
aujourd’hui convaincants sur un effet cancérogène », chez l’homme. En revanche, elle suggère
que l’utilisation de ce dérivé particulier soit le
plus limitée possible.
Dans ses recommandations, l’étude de l’Inserm insiste sur l’information nécessaire des salariés sur les effets toxiques de ces produits.
Pour prévenir l’absorption du produit par voie
cutanée, les chercheurs suggèrent d’imposer
une protection de la peau des salariés par des
gants imperméables aux éthers de glycol, ce qui
n’est pas toujours le cas. Concernant les femmes
enceintes, dont l’exposition à certains éthers de
glycol peut s’avérer dangereuse pour le développement de l’enfant, l’Inserm préconise « un
changement précoce de poste de travail ». Pour
mieux évaluer les risques sur la santé de
l’homme, l’Inserm incite à la multiplication des
études « cliniques et épidémiologiques » au sein
des populations professionnelles. Le groupe de
chercheurs souligne en outre qu’il serait souhaitable de « réexaminer la classification de certains
éthers de glycol ».
Stéphanie Pichon
Appel à témoignages dans l’usine IBM
de Corbeil-Essonnes
LES ÉTHERS de glycol utilisés
jusqu’en 1994 dans les ateliers de
fabrication de puces d’ordinateurs
d’IBM étaient-ils dangereux pour
l’homme ? Une enquête actuellement menée par un organisme
spécialisé dans la santé au travail
tente de le déterminer. Traces a, en
effet, lancé un appel à témoignages auprès d’actuels ou d’anciens salariés de l’usine IBM de
Corbeil-Essonnes (Essonne) ayant
été en contact avec ces produits.
Dans un premier temps, cet organisme recense les femmes ayant
rencontré des problèmes durant
leur grossesse ou dont l’enfant est
atteint d’une malformation. Dans
un second temps, l’étude portera
sur les hommes atteints, notamment, d’un cancer des testicules.
L’enquête est menée en collaboration avec le syndicat CGT, sans
contact en revanche avec la direction d’IBM. Et pour cause : l’enquête est commandée par des avocats américains actuellement en
procès contre l’usine IBM de Fishkill, près de New York. Ces avocats
défendent neuf personnes malades, soutenues par une centaine
de plaignants réunis en associa-
tion, qui accusent IBM d’être responsable de leur maladie. Or,
l’usine de Corbeil-Essonnes est la
sœur jumelle de celle de Fishkill :
les mêmes procédés et les mêmes
solvants, à base d’éthers de glycol,
étaient utilisés. Si le nombre de cas
recensés en France se révélait significatif, l’enquête pourrait peser
lourd lors du procès intenté aux
Etats-Unis ; les dommages-intérêts
accordés aux victimes y sont
considérables.
Des permanences sont tenues
chaque vendredi d’août et de septembre dans un local de CorbeilEssonnes pour accueillir d’éventuelles personnes concernées. En
ce début d’enquête, le nombre de
témoignages est encore faible.
Parmi eux, celui d’Annick Stiti,
membre de la CGT, qui a subi
quatre fausses couches de 1986 à
1993. Employée dans un laboratoire de chimie, en contact avec les
produits suspects, elle s’interroge
aujourd’hui : « Y a-t-il un lien de
cause à effet ? Je l’ignore. Je n’étais
pas en contact avec de grosses
quantités de produits, mais on ne
connaît pas leur degré de toxicité. »
Parti d’IBM dans le cadre d’un plan
social à la fin de l’année dernière,
un autre employé déclare avoir développé un cancer des testicules
au même moment qu’un de ses
collègues, employé lui aussi dans
un service dans lequel l’utilisation
des produits était quotidienne.
Hasard ou rapport de cause à effet ? Rien ne permet, pour le moment, d’incriminer les éthers de
glycol. En 1994, IBM avait décidé la
suspension « de l’utilisation de
l’éther de glycol ». « Nous avons pris
les devants alors que l’enquête que
nous avions lancée ne faisait pas de
corrélation formelle entre l’exposition aux éthers de glycol et de possibles conséquences sur la santé »,
indique le service communication
d’IBM-France. « Le cas de l’entreprise IBM de Corbeil-Essonnes appelle une attention toute particulière, souligne un communiqué
diffusé, mercredi 9 août, par le ministère de l’emploi et de la solidarité. En fonction des éléments nouveaux qui pourraient être apportés,
le ministère sera attentif à la nécessité éventuelle d’une expertise scientifique supplémentaire. »
Anne Rohou
pour négationnisme
Il avait tenu ces propos en cours
METZ
de notre envoyé spécial
Pour beaucoup de ses élèves,
Jean-Louis Berger est assurément
un bon professeur de français. Sa
voix
est,
certes, « un
peu
monotone », mais,
sur le fond,
rien ne peut lui
être reproché.
Pourtant, le
30 mars 1999,
il a fait l’unanimité contre lui dans les classes de
3e B et 3e D du collège La Paraison
de Lemberg (Moselle). Avant
d’examiner le programme du jour,
consacré aux subtilités de l’argumentation, M. Berger aurait tenu,
pendant près d’une heure, des propos révisionnistes.
Prétexte à ce déballage nauséabond: une pièce de théâtre qui,
quelques jours plus tôt, avait été
donnée dans l’enceinte de l’établissement. Tirée du roman de Hans
Peter Richter, la pièce, Mon Ami
Frédéric, évoque les persécutions
subies par un enfant juif dans l’Allemagne nazie d’avant-guerre. Selon le témoignage des élèves, JeanLouis Berger aurait admis que les
comédiens avaient été excellents
mais que, sur le fond, la pièce
omettait d’évoquer le contexte
économique et politique de l’Allemagne de l’entre-deux-guerres.
Et le professeur d’argumenter
plus avant: la déclaration de guerre
« était le fait des Alliés », Hitler en
étant la « victime »; les vrais responsables du déclenchement du
conflit étaient les juifs qui auraient
« mis le feu au Reichstag », le Parlement allemand; les camps de
concentration n’étaient « que des
camps de travail », alors que, dans
les fours crématoires, ne brûlaient
que les « déchets » ; les chambres à
gaz « servaient à la désinfection
pour éviter la propagation des maladies » ; le nombre de morts dans
les camps étaient bien moins important que celui donné par l’« histoire officielle ».
Des élèves interpellent M. Berger, lui rappellent que leurs professeurs d’histoire tiennent un tout
autre discours sur la question. « Ils
sont tenus d’enseigner la version officielle », aurait rétorqué le professeur de français. L’explication n’a
pas convaincu le jeune Samuel qui,
rentré chez lui, alerte ses parents.
Choqués, ceux-ci font part de leur
indignation au principal du collège, qui ordonne une enquête administrative avant de saisir le procureur de la République.
Poursuivi pour « négationnisme », Jean-Louis Berger a été
condamné, le 15 mai, par le tribunal correctionnel de Sarreguemines, à dix mois d’emprisonnement avec sursis et à payer
10 000 francs de dommages et intérêts à chacune des sept parties civiles: les parents du jeune élève,
deux associations de déportés, la
FSU, la Licra, le MRAP et la Ligue
des droits de l’homme (Le Monde
du 17 mai). Ayant interjeté appel
de ce jugement, M. Berger s’est retrouvé, mercredi 9 août, devant la
cour d’appel de Metz pour être de
nouveau jugé.
Agé de cinquante-quatre ans, le
professeur de français, suspendu
de ses fonctions depuis les faits, est
un homme maigre, vêtu sobrement d’une chemise blanche au col
déjà bien élimé et portant une cravate d’un bleu marine aussi strict
que celui de son pantalon. « Un
père de famille honnête et pacifique », jure-t-il, qui revendique le
droit de parler de ce qu’il qualifie
de « tabou ». Se disant « victime de
l’animadversion » du principal du
collège, il « réclame justice ». « J’ai
cherché à développer l’esprit critique de mes élèves, j’ai mené cette
action par respect pour eux », soutient-il. Chacune de ses interventions suscite de vives réactions
dans la salle, composée presque
exclusivement d’anciens déportés
venus en nombre.
« Il est de notoriété publique que
je suis membre du Front national,
poursuit M. Berger. Pendant la
pièce, j’ai constaté que mes élèves se
retournaient vers moi pour épier
mes réactions. C’est pour cela que
j’ai éprouvé le besoin d’en parler en
classe. Ce spectacle, monté par mes
collègues, avait pour but de montrer
que ce qui s’est passé en Allemagne
dans un régime nationaliste pouvait
se reproduire en France si les nationalistes arrivaient au pouvoir. C’est
moi l’offensé, moi l’agressé. »
La présidente de la cour, Florence Staechele, intervient: « Veuillez changer de ton ! » M. Berger insiste : « Mettez-vous à ma
place. »« Certainement pas », lance
la présidente avant d’entrer dans le
vif du sujet. L’incendie du Reichstag par les juifs ? « Les élèves n’ont
pas compris ce que j’ai expliqué. »
La version officielle enseignée par
les professeurs d’histoire ? « On
peut ne pas dire la vérité en cachant
certaines choses, on appelle ça le
mensonge par omission. Je voulais
expliquer à mes élèves qu’on ne leur
disait pas tout. » Les Alliés qui seraient à l’origine du conflit ?
« Vous jouez sur
les mots », coupe
la présidente. « Vous
accusez les autres
de manipulation,
mais c’est vous
qui manipulez »
« C’est une vérité historique : la
Grande-Bretagne a déclaré la
guerre à l’Allemagne, suivie de la
France. » « Vous jouez sur les mots,
coupe la présidente. Vous accusez
les autres de manipulation, mais
c’est vous qui manipulez. »
Pour l’essentiel, l’enseignant reprend l’argumentation développée
dans d’autres prétoires par les tenants du révisionnisme. Pour donner du poids à son propos, il brandit des articles de presse ou des
textes de chercheurs du CNRS
prouvant, selon lui, que le régime
nazi a fait moins de morts que le
chiffre généralement admis. Le
procédé est classique et M. Berger
a beau faire, il ne convainc pas
l’auditoire de sa bonne foi. Il nie ce
qu’on lui reproche, mais Mme Staechele lui rappelle qu’une publication révisionniste belge l’a largement soutenu depuis sa mise en
cause. De la même manière, l’avocat général, Pierre Chevalier, qui
requiert douze mois d’emprisonnement avec sursis, précise que
M. Berger a participé à un colloque
révisionniste.
Refusant d’entrer dans le débat
sur le négationnisme, l’avocat de
Jean-Louis Berger, Me Eric Delcroix, a soutenu, comme il l’avait
fait en première instance, que l’affaire était prescrite. « La phobie
monomaniaque [des juifs] de Hitler
est perpétuée par des gens qui, sous
couvert de liberté d’expression, d’esprit critique, veulent obtenir le droit
de remettre le couvert », a plaidé,
pour sa part, Me Raphaël Nisand,
avocat des sept parties civiles.
« M. Berger est en quelque sorte un
nazi sans les bottes, qui distille son
venin à ses élèves. »
La cour rendra son arrêt le
27 septembre.
Acacio Pereira
LeMonde Job: WMQ1108--0007-0 WAS LMQ1108-7 Op.: XX Rev.: 10-08-00 T.: 11:09 S.: 111,06-Cmp.:10,11, Base : LMQPAG 27Fap:100 No:0367 Lcp:700 CMYK
FRANCE-SOCIÉTÉ
LE MONDE / VENDREDI 11 AOÛT 2000 / 7
Affaire Elf : un mandat d’arrêt international
délivré à l’encontre d’un homme d’affaires allemand
Dieter Holzer est recherché dans l’enquête sur la raffinerie de Leuna
Un mandat d’arrêt international a été délivré
par le juge d’instruction parisien Renaud Van
Ruymbeke à l’encontre de l’homme d’affaires alLE JUGE d’instruction parisien
Renaud Van Ruymbeke a délivré un
mandat d’arrêt international à l’encontre de l’homme d’affaires allemand Dieter Holzer. Adressée à Interpol au début de cette semaine, la
notice de recherche vise les commissions versées lors du rachat de la
raffinerie est-allemande de Leuna,
par le groupe Elf-Aquitaine, dont
M. Holzer avait été, en 1992, l’un des
bénéficiaires. Agé de 58 ans, animateur de plusieurs sociétés de conseils
et d’investissement, fondateur d’une
association baptisée Euro-Alliance,
vouée au développement des
échanges commerciaux entre la
France et l’Allemagne, M. Holzer
avait été vainement sollicité, auparavant, par les policiers de la brigade
financière, dans sa résidence de Monaco. Mais les enquêteurs ont,
semble-t-il, acquis la conviction qu’il
ne souhaitait pas se rendre à Paris
pour répondre à leurs questions.
Personnage influent dans les milieux économiques et politiques
d’Outre-Rhin, M. Holzer a entretenu de longue date des relations avec
les services de renseignement de
son pays, dont il est régulièrement
présenté comme un « honorable
correspondant ». Cette proximité a
été implicitement confirmée par
l’autre intermédiaire intervenu dans
le montage financier de l’opération
de Leuna, Pierre Léthier – lui-même
ancien officier de la Direction générale de la sécurité extérieure
(DGSE), les services secrets français.
Interrogé le 12 avril 1999 par le juge
genevois Paul Perraudin, chargé du
versant suisse de l’affaire Elf, M. Léthier avait présenté l’homme d’affaires allemand comme l’« un de
[ses] contacts en Allemagne depuis de
nombreuses années » et évoqué « un
travail réalisé en équipe » avec lui au
lemand Dieter Holzer. Vainement sollicité dans
sa résidence monégasque par les policiers français, M. Holzer est recherché dans le cadre de
service du groupe pétrolier français.
Questionné à son tour par le juge
suisse, le 5 mai 1999, M. Holzer a lui
aussi assuré avoir été rémunéré par
Elf pour sa contribution au rachat
de la raffinerie de Leuna. Evoquant
les 161 millions de francs dont il fut
le destinataire, il ajoutait : « Sans
être provocant, je peux vous dire que
c’est mal payé. » A l’instar de M. Léthier, il affirmait n’avoir procédé à
« aucune rétrocession » de ces
sommes, même si le profil particulier des deux hommes accrédite
les soupçons d’un circuit de
commissions établi, en France et en
Allemagne, à des fins de financement politique (Le Monde du 22 septembre 1999).
Dans une « demande d’entraide
internationale » adressée au parquet
d’Augsbourg, le 3 décembre, le juge
Perraudin avait cité les noms de plusieurs personnalités politiques germaniques issues de l’Union chrétienne démocrate (CDU), le parti de
l’ancien chancelier Helmut Kohl, et
qui avaient pris part, à des titres divers, à la négociation du projet Leuna-Minol : l’ancien ministre des
transports Günter Krause ; l’ancien
ministre-président du Land de SaxeAnhalt Werner Munsch ; l’ex-secrétaire d’Etat aux finances Manfred
Carstens ; l’ancien ministre de la
chancellerie Freidrich Bohl ; l’ex-trésorier de la CDU Walther-Leisler
Kiep et l’ancien secrétaire d’Etat à la
défense Ludwig-Holger Pfahls – qui
est recherché par ailleurs dans l’enquête sur une vaste affaire de corruption en Allemagne, liée à des
contrats d’armement avec l’Arabie
saoudite.
Le document citait aussi la députée Agnes Hürland-Büning, qui fut
secrétaire d’Etat au ministère des
transports, et qui a été, en 1993, ré-
l’enquête sur les commissions versées lors du rachat de la raffinerie est-allemande de Leuna par
le groupe Elf-Aquitaine.
munérée par Elf-Aquitaine International (EAI), filiale genevoise de la
compagnie pétrolière. Selon le document de la justice suisse, toutes
ces personnes étaient « en contact »
avec M. Holzer (Le Monde du
25 janvier 2000). Une lettre adressée
par ce dernier au chancelier Kohl
lui-même, le 11 novembre 1993, et
publiée par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, atteste les relations personnelles qu’entretenait
l’intermédiaire avec le chef du gouvernement de Bonn – qu’il appelait
« Monsieur le chancelier, cher Helmut
Kohl ».
Evoquant les
161 millions de francs
dont il fut le
destinataire, l’homme
d’affaires ajoutait :
« Sans être provocant,
je peux vous dire que
c’est mal payé. »
En marge de cette transaction initiée aux plus hauts niveaux politiques français et allemand, Elf a
versé quelque 273 millions de francs
de commissions, dont l’essentiel a
été réparti, via un circuit bancaire
sophistiqué, entre M. Léthier
(96 millions de francs) et M. Holzer
(161 millions de francs). Les fonds
perçus par l’homme d’affaires allemand ont été affectés sur deux
comptes bancaires principaux : l’un
ouvert à la DSL Bank de Luxem-
bourg au nom de la société Delta International Establishment, immatriculée au Liechtenstein ; l’autre à la
société de banques suisses de SaintGall au nom de la Reptil Foundation.
Hormis une série de perquisitions
effectuées par la brigade financière
dans les différentes résidences françaises de M. Holzer, sur la Côte
d’Azur et à Paris, ainsi qu’au siège
de l’association Euro-alliance, au
mois de mars, les investigations visant l’homme d’affaires allemand se
sont limitées, jusqu’à présent, à
l’examen des mouvements bancaires enregistrés en Suisse à son
profit – mais dont il n’était peut-être
pas le bénéficiaire final. Les recherches diligentées par le juge Perraudin au Luxembourg se sont en
revanche heurtées à une série de recours destinés à empêcher l’identification des destinataires de virements effectués à partir des
comptes de M. Holzer.
Le 10 avril, l’intermédiaire allemand a même officiellement demandé que le magistrat suisse, qu’il
accusait de partialité à son encontre,
soit « relevé de ses fonctions ». Cette
requête a été rejetée par la juridiction genevoise. Déjà poursuivi par
l’administration fiscale de son pays,
il affirmait, à la même époque dans
la presse allemande, n’avoir « rien à
craindre » d’éventuelles poursuites
judiciaires dans le dossier de Leuna.
Un an plus tôt, il avait affirmé au
juge Perraudin n’avoir fait bénéficier
des commissions reçues « aucun politicien, de droite ou de gauche » en
Allemagne, en précisant : « Ce type
de procédé n’existe pas en Allemagne : ce n’est pas une république
bananière ! »
Hervé Gattegno
La FSU rejoint l’appel à « refonder » l’Unedic
Dans la CFDT, l’opposition à Nicole Notat se sent confortée
CE N’EST pas la marée, mais c’est un flux régulier. Depuis qu’il a été lancé, le 7 août, en
plein cœur de l’été, l’appel à des états généraux
pour refonder l’Unedic (Le Monde du 8 août)
connaît un bon succès d’estime, de l’aveu de ses
deux principaux initiateurs Yves Dimicoli et
Paul Boccara, économistes et, depuis le congrès
de Martigues, membres, le premier, du collège
exécutif, le second du conseil national du Parti
communiste. En deux jours, l’appel, signé initialement par cinquante personnalités de la
« gauche critique », a déjà gagné une trentaine
de signatures supplémentaires. Le quotidien
L’Humanité, en publiant l’appel intégralement
et lui consacrant sa « une », le 8 août, a contribué à ce résultat.
Mardi 8 août, ce sont les deux co-secrétaires
généraux de la Fédération syndicale unitaire
(FSU), Monique Vuaillat et Pierre Duharcourt,
qui ont annoncé qu’ils souscrivent complètement aux termes de l’appel en faveur d’une refondation du régime d’assurance-chômage avec
la participation de tous les acteurs concernés.
Dans un texte commun, les deux dirigeants syndicalistes enseignants rappellent que le « système d’indemnisation de l’Unedic concerne aussi
l’ensemble des personnels non titulaires des services publics, que ce soit parce qu’ils relèvent directement de ce régime ou parce que l’Etat leur en
applique les règles ». La FSU « condamne ferme-
ment les tentatives du Medef d’en modifier profondément la nature, en cherchant à imposer un
système de contrats contraignants qui se substitueraient aux droits et mettraient en cause le rôle
de service public de l’ANPE ».
Se sont également manifestés depuis en faveur de l’appel, Georges Séguy, ancien secrétaire général de la CGT ; Roselyne Vachetta, députée (LCR) au Parlement de Strasbourg ;
Jean-Marc Coppola, conseiller régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur et secrétaire de la fédération communiste des Bouches-du-Rhône ;
Jean-Jacques Porcheron, adjoint (PCF) au maire
de Créteil. Parmi les universitaires, sociologues
et philosophes, Daniel Bensaïd, proche de la
LCR, Alain Bertho, proche du PCF, et Yvette Lucas ont aussi apporté leur soutien, de même que
la Fédération nationale des syndicats du spectacle, de l’audiovisuel et de l’action culturelle
CGT.
CAUTION DE LA DIRECTION DE LA CGT
Dans les rangs syndicaux, les adhésions
viennent de la CGT, de la FSU, des syndicats
SUD, mais aussi de la CFDT. En désaccord avec
la signature de la nouvelle convention Unedic
par le patronat, la CFDT et la CFTC, l’opposition interne à Nicole Notat s’est vue, en un
sens, confortée dans ses choix par le veto de
Martine Aubry. Pour la première fois depuis le
congrès de Lille, en décembre 1998, qui avait vu
la victoire complète des partisans de la secrétaire générale de la CFDT et qui avait été suivi
par la dissolution de l’association Tous ensemble, réunissant les cédétistes hostiles au
« recentrage » de la confédération, ces derniers
retrouvent une opportunité. Avec la Fédération
des transports, traditionnellement dans l’opposition, la fédération des banques est très en
pointe dans la contestation de la convention
Unedic. Ces fédérations sont rejointes par les
syndicats des régions Auvergne, Basse-Normandie et Provence, ainsi que celui de la métallurgie parisienne.
Pour l’instant, la secrétaire générale réunira le
bureau national, le 24 août, afin de discuter de
la question de savoir si la CFDT doit définitivement quitter, ou pas, les organes de direction de
l’Unedic après le rejet de la convention par le
gouvernement. Mme Notat n’a pas de souci à se
faire : les minoritaires, même s’ils renaissent de
leurs cendres, sont encore très affaiblis. Reste
que la caution apportée par la direction de la
CGT à l’appel pour la refondation de l’Unedic –
signé par Jean-Christophe Le Duigou, numéro
trois de la centrale –, pourrait être annonciatrice d’une mobilisation qui pèserait sur les
choix sociaux de la rentrée.
tivement constatées, afin de réaliser un calcul des risques. Ils ont été
classés en cinq catégories, de « insignifiant » à « catastrophique ».
Dans cette dernière catégorie, figure l’« incapacité de maîtriser des
débris à haute teneur en énergie, la
séparation du moteur, l’incendie intempestif et la défaillance multiple
du moteur ». La fiabilité des moteurs du Concorde a été constante
depuis dix ans, précise l’enquête,
ajoutant que chaque moteur
n’était en moyenne arrêté que tous
les 600 vols pour un problème
technique.
LIÉS À LA CONCEPTION
En conclusion, l’étude recensait
55 risques significatifs inhérents à
la conception des moteurs. La revue britannique ajoute que British
Airways et Rolls-Royce avaient
« immédiatement pris des mesures
pour travailler sur les 55 risques »
mis au jour par l’enquête, selon un
document porté à la connaissance
de la Confédération des sociétés
aérospatiales européennes lors
d’une réunion à Cambridge, l’an
dernier, et avaient promis une mise
à jour hebdomadaire des améliorations apportées.
Selon la revue New Scientist, la
Civil Aviation Authority britannique et les autorités d’aviation civile américaine et française n’ont
jamais exigé des deux compagnies
aériennes qu’elles interviennent
sur les moteurs dans le but de les
améliorer. British Airways a d’ailleurs confirmé, mercredi 9 août,
que la Civil Aviation Authority
n’avait à aucun moment exigé que
le moteur du Concorde subisse des
améliorations. « Elle a examiné
l’étude et ses conclusions et n’a pas
éprouvé le besoin de demander des
mesures pour améliorer la sécurité
de l’avion », a souligné une porte-
MICHEL RAYMOND, député européen du mouvement Chasse,
pêche, nature, traditions (CPNT), a recommandé, jeudi 10 août
sur RTL, à ses sympathisants, d’« aller surtout à la chasse » le 24 septembre, jour du référendum sur le quinquennat, mais aussi de l’ouverture de la chasse. « Le quinquennat n’intéresse que très peu de personnes. J’ai peur que la démonstration en soit faite par le taux de
participipation. Il intéresse surtout les deux candidats », a-t-il déclaré,
par allusion au président Jacques Chirac et au premier ministre Lionel
Jospin. Interrogé sur les prochaines échéances électorales, Michel
Raymond n’a pas exclu que CPNT présente un candidat à l’élection
présidentielle, qui serait Jean Saint-Josse. « On ne s’interdit rien, cela
nous permettrait de compter nos voix », a-t-il précisé. CPNT, qui a recueilli 6,77 % des suffrages aux élections européennes de juin 1999,
doit tenir son congrès en septembre.
Sécurité routière : les premiers
chiffres de l’été jugés « positifs »
LES PREMIÈRES TENDANCES des chiffres d’accidents depuis le début de l’été « sont plutôt positives », a affirmé la déléguée interministérielle à la sécurité routière, Isabelle Massin, interrogée, jeudi 10 août,
sur Europe 1. « Il semble qu’il y ait eu un peu moins d’accidents et de
tués en juillet 2000 qu’en juillet 1999 (...). On ne peut être que satisfait de
voir que la forte mobilisation des forces de l’ordre, la forte mobilisation
des médias, l’interpellation de chacun portent des fruits, mais la route
est encore longue », a-t-elle ajouté. « Dans 95 % des accidents mortels,
il y a eu un problème de comportement », a-t-elle regretté.
La Sécurité routière n’a encore publié aucun chiffre sur le bilan des
accidents cet été. En 1999, le nombre de tués sur la route par rapport
à 1998 avait été inférieur de 14 %. En 1999, un total de 8 029 personnes
ont été tuées dans des accidents de la route.
DÉPÊCHES
a PACIFISME : les quarante-deux militants pacifistes réunis à la
base aérienne de Taverny (Val-d’Oise) ont mis fin, mercredi 9 août,
comme prévu, à leur « jeûne d’interpellation antinucléaire », commencé dimanche 6 août, en commémoration des explosions nucléaires de
Hiroshima et de Nagasaki. La Maison de la vigilance, qui organise
cette manifestation, demande notamment l’arrêt du programme de
recherche de nouvelles armes nucléaires. Pour la première fois depuis
douze ans, le professeur Théodore Monod n’y participait pas, pour de
graves raisons de santé.
a JUSTICE : Mustapha Belhamar a été mis en examen pour « assassinats, détention, port et transport illégaux d’armes de première ou de
quatrième catégorie », et écroué, mercredi 9 août, à la prison de Borgo, à Bastia (Haute-Corse). Agé de vingt-huit ans, il est soupçonné
d’être l’un des auteurs de la fusillade qui avait fait quatre morts, samedi 5 août, dans un cabaret de Bastia (Le Monde daté 6-7 août).
Constant Guagnini, quarante et un ans, suspecté d’être son complice,
avait été mis en examen la veille pour les mêmes chefs.
a L’automobiliste qui a mortellement blessé l’écrivain Louis Nucera a été remis en liberté au terme de sa garde à vue. Le parquet de
Grasse (Alpes-Maritimes) n’a pas retenu de circonstances aggravantes contre lui, telles que la conduite en état d’ivresse, considérant
qu’il n’y avait eu qu’une contravention au code la route. L’automobiliste avait renversé l’écrivain, qui circulait à vélo, lors d’une manœuvre de dépassement sans visibilité. (Lire aussi page 11.)
a La jeune Suissesse retrouvée morte sur une plage à Carcans
(Gironde) n’a pas été violée, a indiqué, mercredi 9 août, le parquet
de Bordeaux, qui s’appuyait sur les premiers résultats de l’expertise
médico-légale. Sylvia Trindler, dix-huit ans, avait été découverte,
étranglée, par deux touristes hollandais, samedi 5 août. Son corps
était partiellement dévêtu, ce qui avait fait penser aux gendarmes
chargés de l’enquête qu’il pouvait s’agir d’un crime sexuel.
a PRESSE : Rodolphe Clauteaux, fondateur et directeur littéraire
du journal de rue L’Itinérant a regretté, mercredi 9 août, avoir prêté
la maquette de son journal aux Survivants, réseau de jeunes militants
anti-avortement, pour la sortie d’un numéro spécial entièrement
consacré au combat des Survivants (Le Monde daté 6-7 août). Cette
initiative, qui a « engagé l’image de L’Itinérant », a reconnu M. Clauteaux, avait suscité des protestations au sein même de la rédaction du
journal de rue.
a FAITS DIVERS : un homme a été grièvement blessé par la chute
d’un chien, tombé du neuvième étage d’un immeuble de Montrouge
(Hauts-de-Seine), mercredi 9 août. L’animal pesant 15 kilos a sauté
par la fenêtre pour une raison inconnue et est tombé 30 mètres plus
bas sur un passant. Celui-ci, touché à la tête, a dû être hospitalisé. Le
chien est mort des suites de ses blessures.
Vendredi 11 août
avec 0123 daté samedi 12 août
J E A N - B E R NA R D P O U Y
Alain Beuve-Méry
Une étude de 1998 recensait 55 risques liés à la motorisation de Concorde
ALORS QUE, mercredi 9 août,
reprenait l’évacuation des moteurs
du Concorde du site de Gonesse
(Val-d’Oise), où il s’est écrasé mardi 25 juillet, de nouvelles informations ont été publiées par la revue
britannique New Scientist. Selon
cette revue scientifique, une étude
a été réalisée en 1998 à la demande
de British Airways (BA), qui exploite, comme Air France, une
flotte de Concorde. Elle visait à déterminer s’il était possible d’exploiter le supersonique franco-britannique, déjà vieux de trente ans,
jusqu’en 2012. Cette analyse de
risques a été effectuée avec l’aide
de Rolls-Royce – le constructeur
du moteur – et de la société BMT
Reliability Consultants, de Fareham (Hampshire).
L’étude a examiné tous les problèmes susceptibles d’être rencontrés par le moteur ainsi que
l’historique des défaillances effec-
CPNT recommande d’« aller
à la chasse » le jour du référendum
parole de British Airways, pour qui
les « risques significatifs » évoqués
par l’analyse faisaient « référence
aux risques entraînés en cas d’absence d’entretien approprié ».
L’Art de la fugue
Nouvelle inédite
« CE N’EST PAS NOUVEAU »
La réaction est identique à la direction générale de l’aviation civile
(DGAC), pour qui « tout ce qui est
indiqué dans cette étude n’est pas
nouveau. Tous ces éléments sont
examinés au moment de la certification de l’appareil ». La direction générale de l’aviation civile a par ailleurs confirmé qu’elle n’avait pas
demandé de procéder à des modifications sur la motorisation des
Concorde et a ajouté que toutes
ces investigations sur la fiabilité
des éléments « font partie d’un suivi
de navigabilité qui est réalisé sur
l’ensemble des avions ».
François Bostnavaron
0123
- GALLIMARD
CHAQUE VENDREDI DATÉ SAMEDI
UNE NOUVELLE INÉDITE DE LA SÉRIE NOIRE
LeMonde Job: WMQ1108--0008-0 WAS LMQ1108-8 Op.: XX Rev.: 10-08-00 T.: 10:14 S.: 111,06-Cmp.:10,11, Base : LMQPAG 27Fap:100 No:0368 Lcp:700 CMYK
8 / LE MONDE / VENDREDI 11 AOÛT 2000
RÉGIONS
GRANDS SITES - 4
Le Canigou, emblème et haut lieu du patrimoine catalan
Dominant la plaine du Roussillon et la Méditerranée, le massif des Pyrénées orientales n’a pas été trop abîmé par le tourisme de masse.
Il s’agit d’éviter les erreurs d’aménagement. Cinquante et un projets ont été répertoriés dont l’Office national des forêts est maître d’ouvrage
Languedoc-Roussillon, superstar ! Alors que certaines régions
– dans le Grand Est par exemple – restent à l’écart de la procédure
« Grand site », celle-là en compte sept, déjà en travaux ou en cours
d’étude : le pont du Gard (Le Monde du 18 juillet), la Petite Camargue
(Gard), le cirque de Navacelles (Hérault et Gard), Saint-Guilhem-leDésert (Hérault), la cité de Carcassonne (Aude), les gorges du Tarn
(Lozère) et le massif du Canigou. L’opération la plus lourde sur le plan
financier est le pont du Gard. Ailleurs, peuvent être soulevées des
questions délicates, par exemple la destruction d’une cave coopérative en Camargue. Mais, selon Sandrine Godfroid, directrice régionale
de l’environnement, la plus difficile est celle des gorges du Tarn.
Le Conseil d’Etat ne s’est toujours pas prononcé sur le classement
du site. Et comment lancer une procédure « Grand site » pour les
seules gorges, sans inclure dans le périmètre les abords, voire les
causses sur les hauteurs ? Autre casse-tête : comment réglementer rigoureusement le camping sans tuer le tourisme et ceux qui en vivent ?
Perpignan
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mines, en passant par l’aménagement de sentiers de randonnée, de
parkings de dissuasion, la
construction d’un réseau de
refuges gardés, la publication de
guides et de cartes routières à jour,
10 km
la mise en chantier d’une maison
d’accueil des touristes, joliment
dénommée « La Porte des terres
romanes », qui devra travailler en
liaison avec les syndicats d’initiative.
La Chambre de cire de Wolfgang Laib
Face au Canigou, sur le versant nord de la vallée du Conflent, se
dresse un rocher qui émerge du maquis d’Arboussol, au-dessus du
prieuré de Marcevol et du golf d’altitude de 9 trous. Le parcours domine Prades, l’œil aperçoit la mer, dans les lointains. C’est dans ce rocher – le roc del Maure – que l’artiste allemand Wolfgang Laib a fait
creuser à l’explosif une cavité, pour y aménager une chambre de cire.
Réalisée dans le cadre de la politique de commande publique du ministère de la culture, l’œuvre, accessible après trois quarts d’heure de
marche en suivant un raidillon, vient d’être inaugurée.
Recouvertes de cire d’abeille odorante, les parois de pierre devenues désormais lisses invitent autant à la méditation qu’à l’interrogation fondamentale provoquée par l’art plastique contemporain,
quand il se veut une relation dépouillée entre l’homme, ses origines
et la nature. « Pure, la cire est un matériau mystique, magique et spirituel », dit Wolfgang Laib, ancien médecin, qui l’utilise dans ses œuvres
depuis 1987. Il va appeler sa dernière œuvre la Chambre des certitudes.
Accident sur le chantier de Vulcania en Auvergne
Un parc de loisirs scientifique au cœur de l'Auvergne
VULCANIA
6
VULCANIA, le grand projet de
Valéry Giscard d’Estaing en Auvergne, connaît un nouveau
contretemps. Mercredi 9 août, une
dalle de béton d’un poids de 60 à
80 tonnes et d’une surface de
150 m2, qui devait former le plafond d’une salle du futur centre
européen du volcanisme, s’est effondrée sur le chantier situé à
Saint-Ours-les-Roches, près de
Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).
Les recherches entreprises pour
retrouver d’éventuelles victimes
devraient se prolonger jusqu’à la
fin de la matinée de jeudi. Les secours ont effectué un comptage
des ouvriers qui travaillaient sur le
chantier et aucun ne manquait à
l’appel. La préfecture du Puy-deDôme confirmait, jeudi matin, que
la présomption de retrouver des
victimes était « très faible », l’accès
du site étant interdit aux personnes extérieures au chantier.
80 sapeurs-pompiers, venus de
tout le département du Puy-deDôme, déblaient les débris de la
dalle de béton. Les morceaux dégagés sont ensuite placés dans des
bennes et enlevés à l’aide d’une
grue.
C’est un coup dur supplémentaires pour le projet de « parc de
loisir scientifique » porté à bout de
D 94
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Pongibaud Projet
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Puy de
Pariou
Puy de
Dôme
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ClermontFerrand
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D 94 Monchier
A 71
b Accès : A 9 jusqu’à Perpignan, puis
N 116 jusqu’à
Villefranche-de-Conflent ou par
l’aéroport de Perpignan.
b Informations : Siparc. Hôtel de
ville, 66500 Prades
Tél. : 04-68-05-41-00.
b Géographie : proche du littoral
(50 km), dominant la plaine du
Roussillon et la mer Méditerranée du
haut de ses 2 784 mètres, le pic du
Canigou est visible de Marseille ou de
Barcelone par beau temps. Il s’ouvre
au tourisme à la fin du XIXe siècle. Sur
le versant nord, la piste carrossable
de Balatg permet l’accès au refuge
gardé des Cortalets. Le massif
accueille environ 150 000 visiteurs par
an.
b Protection : le site classé du
Canigou (le sommet) couvre
7 820 hectares et l’on compte, en
outre, trois réserves naturelles : Py,
Mantet et Prats-de-Mollo.
b Voir ou écouter : les abbayes
romanes Saint-Martin du Canigou
(photo ci-dessus),
Saint-Michel-de-Cuxa et Serrabonne,
et l’église Saint-Pierre de Prades. A
Prades, le Festival de musique
Pablo-Casals (du 26 juillet au 13 août).
Golfe
du
Lion
Fenouillet
98
150 000 visiteurs par an
d’intervention et enfin des actions
de préfiguration. La zone intéressée couvre un territoire immense,
débordant largement le périmètre
du site classé stricto sensu, ce qui
fait l’originalité de l’opération catalane. Siparc, collectivités locales,
ministère de l’environnement et
Office national des forêts (ONF)
sont les principaux partenaires financiers. Et c’est dans un beau
consensus que les responsables de
ces organismes (balayant toutes
les étiquettes politiques) signent le
11 juillet, au chalet des Cortalets
du Club alpin français, la convention d’objectifs et de financement,
qui va permettre sur 3 à 5 ans
d’engager 19,25 millions de francs
de travaux (2,9 millions d’euros).
Cinquante et un projets ont été
répertoriés, depuis l’enfouissement des lignes électriques et téléphoniques aux abords des abbayes
jusqu’à la reconstruction d’une
voie ferrée datant de l’époque des
Agly
Aude
D
sa station thermale d’Amélie-lesBains, le pic en forme de canine
est visible de partout et polymorphe selon l’orientation, l’aube
ou le crépuscule, le temps d’orage
ou de soleil éclatant. Ce fut de
longue date une montagne habitée
par des agriculteurs, des éleveurs,
des mineurs de fer et des moines :
les nombreuses abbayes romanes,
ermitages, prieurés très visités en
portent aujourd’hui encore témoignage. Pourtant l’accès aux parties
les plus hautes du massif n’est pas
facile, vu la rudesse des pentes, et
ce n’est pas pour rien que les
gorges du Llech passent pour l’un
des parcours de canyoning les plus
prisés d’Europe.
Contrairement à d’autres massifs, celui du Canigou n’a pas été
trop mis sous pression, jusqu’à ce
jour, par un tourisme de masse.
Les dommages dus à la surfréquentation – fil rouge des procédures de toute opération « Grand
site » – ne sont pas encore irrémédiables, sauf le long de certaines
pistes. Trois réserves naturelles
permettent déjà une certaine pro-
AUDE
A9
De Carcassonne aux gorges du Tarn
fortement marquée par la puissance publique tâtonne. Le point
chaud est la circulation des véhicules. Les loueurs de 4 × 4 prolifèrent, alors qu’un système de
navettes organisé serait, probablement, plus pertinent. On a pu
compter début juilllet jusqu’à
400 personnes par jour au sommet. « Comment inscrire demain
dans une convention les droits et
devoirs de tous les professionnels du
tourisme de nature, un secteur en
expansion ? », s’interroge Jean
Obstancias. Et Paul Blanc de renchérir : « Il serait absurde de vouloir procéder par interdictions brutales d’accès. Ni nos visiteurs ni la
JEAN DIEUZAIDE
tection des milieux naturels de
grande valeur. « Ce retard est un
peu notre chance pour désormais
marier intelligemment développement économique et respect de l’environnement », estime un hôtelier
qui note qu’à une nature encore
préservée répondent des équipements d’hébergement encore insuffisants.
L’histoire récente de l’opération
« Grand site » remonte à 1994,
lorsque les autorités préfectorales
ont mis un veto aux ambitions des
élus du Siparc créé dix ans plus
tôt : ceux-ci voulaient, par une
vraie route d’altitude, relier les
deux vallées à travers le plateau
Guillem. Urgence du désenclavement pour les uns, hérésie écologique pour les autres. C’est alors
que Paul Blanc prend la présidence
du Siparc : « Il fallait un électrochoc
et dire non à des travaux intempestifs, explique-t-il. Nous avons ici des
atouts touristiques qui ne sont pas
délocalisables, il faut savoir les faire
fructifier sans les abîmer. »
Commence alors un diagnostic,
puis sont ébauchées des modalités
D 986 A
PRADES (Pyrénées-Orientales)
de notre envoyé spécial
Les allusions de plus ou moins
mauvais goût à une marque d’aliments pour animaux ne font pas
rire du tout les Catalans. Pour eux
– ceux du Nord comme du Sud – le
Canigou est bien plus qu’une montagne offerte par dame nature.
C’est un emblème, un haut lieu de
leur patrimoine « national ». Une
montagne toute proche de la mer,
à la fois repère utile pour les navigateurs, belvédère et pièce maîtresse d’un paysage superbe, qui
dégage tout naturellement une
charge symbolique. « Comparez et
demandez aux Grecs ce qu’ils
pensent de l’Olympe, tout juste un
peu plus élevé que notre Canigou »,
lance Paul Blanc, sénateur RPR des
Pyrénées-Orientales et président
du Syndicat intercommunal pour
la protection et l’aménagement rationnel du Canigou (Siparc), qui
regroupe 31 communes.
D’Andorre comme depuis la
plaine de Thuir, de la vallée des pêchers et des abricotiers du Têt
comme du Vallespir au sud, avec
Source : Conseil régional d'Auvergne
bras par Valéry Giscard d’Estaing,
président de la région Auvergne.
D’un coût de plus de 600 millions
de francs (91,5 millions d’euros), il
devrait ouvrir ses portes le 26 mai
2001.
« GISCARDOSCOPE »
Les associations de défense de
l’environnement, qui contestent
l’implantation de ce qu’elles surnomment le « Giscardoscope » au
cœur du parc naturel des volcans,
ont en effet multiplié les recours
depuis son lancement, y compris
après que la ministre de l’environnement Dominique Voynet eut
donné son feu vert au projet en
octobre 1997.
Peu après, le conseil régional
était confronté à une première
mauvaise surprise : la facture du
gros œuvre et de l’étanchéité avait
doublé par rapport aux prévisions
initiales, et deux appels d’offres
restaient infructueux. En décembre 1997, les adversaires du
projet, regroupés au sein du Comité de sauvegarde des volcans d’Auvergne, obtenaient un « sursis à
l’exécution
du
permis
de
construire », prononcé par la cour
administrative de Lyon. Les travaux n’avaient repris que plusieurs
mois plus tard, le projet accusant
une perte de 7 millions de francs.
D’après Patrick Dos, directeur général des services au conseil régional, cet accident ne devrait pas retarder l’ouverture.
Maël Thierry
Le massif a été divisé en trois
tranches horizontales superposées. La partie sommitale, la plus
fragile, où nichent les grands tétras et où se reproduisent les
isards, doit être gérée avec la plus
grande rigueur. Dans les villages
de piémont, la mise en valeur sera
encouragée, tant agricole avec
l’élevage des veaux rosés, que touristique, par des activités de découverte en famille, un hébergement léger et diffus, une chasse
réglementée. Enfin au premier
étage, dans les vallées les plus
basses, doivent être concentrés les
hôtels et lieux d’information générale et d’accueil des visiteurs.
Un conseil scientifique présidé par
un ingénieur de l’ONF veillera au
respect de ces objectifs.
L’ONF s’est particulièrement
impliqué dans l’opération du Canigou pour des raisons historiques. Lors de pluies dévastatrices en 1940, les terrains
communaux ravinés furent expropriés et donnés en gestion, pour
restauration et reboisement, à
l’ONF qui, avec 35 ingénieurs et
ouvriers, « règne » aujourd’hui
sur quelque 22 000 hectares. « Ce
poids nous donne à la fois un rôle
d’agent de développement, de bureau d’études et aussi de maître
d’ouvrage », assure Jean Obstancias, chef de division du Canigou.
« Alors qu’il y a encore cinq ans,
c’était la guéguerre entre développeurs et protecteurs, aujourd’hui le
mot d’ordre est “concertation”, et
ça marche », ajoute-t-il. Il n’empêche que, jusqu’à maintenant,
l’intégration des activités privées
et commerciales à une opération
La Commission
supérieure des sites
souhaite l’extension
du site classé,
la création d’une
réserve biologique
domaniale et
l’élaboration d’une
politique foncière
par la création de
zones de préemption
population locale, qui tient à “son”
Canigou, ne le comprendraient. »
Et demain ? La prochaine étape
est la mise au point d’un organe
de gestion qui prendra la suite du
Siparc. « Il faut faire fonctionner
tout ça, analyse Pierre Cartier,
chargé de mission au Siparc, ce sera le plus difficile. » L’idée mûrit de
créer un syndicat mixte ou un
groupement d’intérêt public, en
tout cas une structure qui permettra d’intégrer le secteur privé.
Mais après-demain est déjà là. La
Commission supérieure des sites
souhaite l’extension du site classé,
la création d’une réserve biologique domaniale et l’élaboration
d’une politique foncière par la
création de zones de préemption.
Même s’il ne s’agit pas de mettre
tout le Canigou sous cloche,
la procédure, nécessairement
longue, débouchera sur un peu
plus de rigueur et de discipline,
donc des grincements de dents.
Dans tous les cas, les choses
sérieuses ne commenceront
qu’après les élections municipales.
François Grosrichard
PROCHAIN ARTICLE :
Provins (Seine-et-Marne)
DÉPÊCHES
a AQUITAINE : l’aéroport de Bordeaux a annoncé, mardi
8 août, une hausse de son trafic passagers de 5,8 %, avec 1,8 million
de personnes, sur les sept premiers mois de l’année par rapport à la
période correspondante de 1999. Le trafic fret a, lui, augmenté de
17 %, avec 20 314 tonnes.
a CENTRE : dans le débat sur le 3e aéroport de la région parisienne, relancé après la catastrophe du Concorde au décollage de
Roissy-Charles-de-Gaulle, François Gerbaud, président du syndicat
mixte de l’aéroport Châteauroux-Délos, sénateur (RPR) de l’Indre,
vice-président du conseil général, a indiqué, lundi 7 août, que cette
plate-forme peut immédiatement « soulager les grands aéroports
parisiens de certains trafics et notamment ceux du fret ». Totalement
dédié à cette activité, l’aéroport de Châteauroux dispose, selon lui,
d’un « exceptionnel potentiel (...) au sud du Bassin parisien ». Le
ministre des transports doit se prononcer avant la fin de l’été sur le
principe d’un 3e aéroport.
a PROVENCE-ALPES-CÔTE D’AZUR : la Société nationale des
poudres et explosifs (SNPE), dont le capital est détenu par l’Etat, a
été autorisée à titre exceptionnel à redémarrer, en régime réduit,
son usine de Sorgues (Vaucluse) et, en conséquence, à rejeter quelque 60 tonnes de produits polluants dans le Rhône chaque jour, a
indiqué mardi 8 août la direction de l’usine. La SNPE doit présenter
à la rentrée un plan d’investissement de 100 millions de francs pour
mettre son site aux normes, a déclaré à l’AFP Philippe Vesseron,
directeur de la Prévention des pollutions et des risques au ministère
de l’aménagement du territoire et de l’environnement.
a WALLIS-ET-FUTUNA : l’île de Futuna (5 000 habitants), dans le
Pacifique sud, est privée de communications téléphoniques depuis
mercredi 9 août, après qu’une trentaine d’habitants du village de
Leava eurent sectionné les câbles de transmission. Les villageois
exigent le recrutement immédiat d’un technicien qui avait passé
avec succès les épreuves écrites d’un concours, mais qui devait se
présenter à un examen oral à Wallis. Ils occupent le bureau de
l’office des postes et télécommunications. L’archipel de Wallis et
Futuna, territoire français d’outre-mer, compte quelque
15 000 habitants.
LE MONDE / VENDREDI 11 AOÛT 2000 / 9
HORIZONS
REPORTAGE
L s’appelle Callaghan,
comme un héros de Clint
Eastwood. Il a planté ses
vignes en plein territoire
apache non loin d’OK Corral. Qui aurait pensé
qu’on pouvait faire du
vin à 1 800 mètres d’altitude sur un plateau desséché par le soleil, là où cow-boys et
Indiens s’entre-tuaient il y a cent
cinquante ans ? Diplômé de philo
sans bagage œnologique, Kent a suivi ses parents quand ils se sont installés en Arizona. Des excursions
dans les vallées de Napa et de Sonoma, la Mecque des vins californiens,
les avaient séduits : « Cela avait l’air
romantique et pas trop difficile. Et
puis l’université de Tucson plaidait
pour un développement agricole économe en eau. A l’époque, je ne buvais
pas de vin. »
Sur cette caillasse rougeâtre où le
thermomètre monte à 40 degrés, il
mitonne de puissants vins « méridionaux » : sa Cuvée Matthew (riesling, sauvignon blanc et malvoisie)
titre 15,1 degrés ; son Buena Suerte
(merlot, cabernet franc et sauvignon) 15,2 degrés. Ces vins étonnants, concentrés et fruités, assemblages inattendus cuits par le soleil
sont qualifiés par le pape des critiques, Robert Parker, d’un des
« secrets les mieux gardés d’Amérique, pleins de saveur et de personnalité ». Kent a longtemps tiré le diable
par la queue : « Après un long
apprentissage, mon premier consultant m’avait conseillé de faire du Bordeaux, il n’y connaissait rien et ça a
été un désastre ».
Ce pionnier symbolise l’esprit des
vins du Nouveau Monde comme de
ces nouveaux Nouveaux Mondes
que sont les dizaines d’Etats hors de
la Californie – quatrième producteur au monde avec 90 % du vin
américain – de la frontière canadienne au Mexique ou parmi les élevages de chevaux de Virginie. Avec
son climat plus frais, l’Oregon est
idéal pour de somptueux pinots
noirs. La consommation reste
modeste : 10 litres par gosier et par
an. Mais rien n’interdit de rêver :
peut-être verra-t-on un jour dans
un western œnologiquement correct un cow-boy poussiéreux pousser les portes d’un saloon en criant :
« Barman, un blanc bien frais ! »
Pourtant, la Californie revient de
loin ! Après avoir sauvé l’Europe du
phylloxéra, elle a été dévastée à son
tour par le fléau. Puis arriva la Prohibition, ce « second désastre » dont
parle James Conaway dans sa saga
Napa : pour des raisons de moralité, l’alcool fut mis hors la loi de
1920 à 1933. Fondée en 1876 par
deux frères allemands, la maison
Beringer, la plus ancienne de la vallée, survécut en faisant du vin de
messe et des alcools médicinaux. Il
faudra attendre les années 60 pour
que sonne la « renaissance », cette
« authentique success story californienne », dit Conaway.
Cela a commencé avec le litron
de vin de table qui a fait la fortune
des frères Gallo, qui produisent le
quart du vin américain et ont la
capacité d’embouteiller dans leur
usine géante de Modesto 250 000
caisses par jour. Avec cette vision
industrielle et des rendements
dépassant parfois les 300 hectos à
l’hectare, le Léviathan du pinard
inonde le marché d’un produit rouge, blanc ou rosé qui a fait sa fortune tout en affublant le vin US d’une
image standardisée, sorte de McDo
liquide. Quand la mode est passée
au goût boisé, on a ajouté dans les
cuves des copeaux de chêne. « On
croirait avaler un meuble! », raille
Alain-Martin Pierret, du domaine
Michel-Schlumberger (Sonoma),
où un banquier suisse et un viticulteur alsacien se sont associés pour
faire un bon cabernet-sauvignon à
la bordelaise.
On aurait tort d’ironiser sur ces
rivières de picrate. Souvenons-nous
du coup de tonnerre de 1976 quand
la Californie humilia les grands crus
français dans une historique dégustation en aveugle! Aujourd’hui, les
négociants-producteurs veulent faire dans la qualité. Beringer, une
entreprise qui produit 6,8 millions
de caisses, est cotée au Nasdaq et
dégage des bénéfices à travers sa large palette, du populaire rosé White
Zinfandel aux cépages les plus
sophistiqués élaborés par Ed Sbragia. Son PDG, Walter Klenz, justifie
l’exigence de qualité par un chiffre
d’affaires qui provient désormais
pour plus de 50 % du haut de gamme. C’est cela que la Californie veut
exporter ; d’autant qu’une réglementation datant de l’époque où
l’on prêchait en chaire que boire du
vin était un péché rend souvent
plus facile de distribuer à l’étranger
que dans un autre Etat !
I
des –, cet ancien moine zen diplômé de Harvard en théologie vinifie
à la fois un somptueux grand cru,
Laurel Glen, et Reds, ce « vin pour le
peuple », breuvage chaleureux à
moins de 9 $, au bouchon frappé de
l’effigie de Lénine, Marx ou Mao,
pour faire accéder au bon vin les
bourses plates ! Installé depuis
1975, il nous montre sa dernière
vigne, dont il a soigné le moindre
détail : écartement des vignes et des
ceps, orientation par rapport au
soleil, pente. Patrick fait son Laurel
Glen comme il le sent et ceux qui
préfèrent un breuvage tannique,
boisé et hyperfruité n’ont qu’à aller
ailleurs. « Je n’ai jamais envoyé une
bouteille aux dégustations. Je ne fais
pas de vin taillés sur mesure pour les
concours. » Parker lui a donné raison en accordant 95/100 à sa cuvée
92, un point de plus qu’au lafite-rothschild 90 !
Etats-Unis.
Cela a débuté
par le litron
des frères
Gallo, qui
produisent
le quart du vin
américain.
Puis en 1976,
la Californie
humilia
les grands
crus français
lors d’une
historique
dégustation
en aveugle.
Aujourd’hui,
les Américains
ne se
contentent
plus de copier
les Français,
ils innovent
A
Vignerons sans
complexes à OK Corral
Dans ce petit monde, Ed est un
contre-exemple : il n’est pas tombé
d’hier dans une barrique comme
ses collègues, il est petit-fils et fils
de vigneron. Organiste jouant de
tous ses registres, sur les raisins maison comme sur ceux achetés à l’extérieur, il se partage entre ses vins
de cépage, la norme outre-Atlantique, et ce phénomène récent ici des
vins d’assemblage, ou « vins de propriétaire » comme son Alluvium.
« Ils vous donnent plus de liberté
mais ils sont plus difficiles à faire… et
à vendre : il faut expliquer son vin
aux commerciaux, aux restaurants et
aux clients habitués à boire du chardonnay. »
S
A philosophie est emblématique du goût californien,
même si elle est contestée
par de petits « vignobles cultes »,
dont les amateurs se disputent à
n’importe quel prix l’infime production. « J’aime les vins riches et intenses. Si l’un de nos vins ne plaît pas, ce
fut le cas de notre sauvignon blanc,
on modifie son caractère pour le rendre meilleur, plus moelleux. Je fais un
bon vin californien mais je ne pourrais pas faire de bons bourgogne ou
bordeaux, c’est différent. » Ce qui
explique que l’on trouve peu de
vins américains de qualité en France : chers, ils font face à rude concurrence. Ed se contente d’envoyer
ses meilleurs échantillons à des
amateurs dont il attend l’avis éclairé, réputation oblige ! Car ses Private Reserves sont cotés parmi les
meilleurs en Amérique.
Comme quoi on peut être une
grosse boîte et aussi faire de bons
vins. De quoi bousculer nos vieux
stéréotypes! Car les Américains, qui
bénéficient d’un climat idéal où le
soleil compense généreusement la
chaptalisation, ne se contentent
plus de copier les Français, ils innovent. On peut faire son vin sans
vignes ni cuves comme Mia Klein,
œnologue très cotée qui vinifie
pour quatre vignobles en plus de sa
maison, Selene. Elle achète son raisin chez des fournisseurs attitrés et
squatte chez Etude, qui, lui-même,
lars. Membre de Slow Food – la confrérie internationale des amateurs
de bonne chère –, elle estime qu’alimentation saine et bons vins vont
de pair, ce qui ne va pas de soi ici.
Même si le phylloxéra est revenu
en force, obligeant à replanter
la moitié de la Napa-Sonoma,
et si une nouvelle bactérie menace ses vignobles, la Californie
connaît une prospérité sans précédent. L’ambition des nouveaux millionnaires de Silicon
Valley n’y est pas pour rien.
« C’est leur danseuse. Hier
Peut-être verra-t-on un jour
dans un western œnologiquement
correct un cow-boy poussiéreux pousser
les portes d’un saloon en criant :
« Barman, un blanc bien frais ! »
loue le cellier d’un concurrent. « J’ai
en liste d’attente pour le cabernet
que je fais à Dalla Valle sept fois plus
de commandes que ce je produis ! »
Le nom de Merry Edwards est
estimé jusqu’à Bordeaux. Une des
premières à être allées à Beaune étudier les méthodes de clonage, elle a
planté Meredith Vineyard, dans la
Russian River (Sonoma) du pinot
noir qu’elle vinifie et stocke ailleurs
car elle ne peut se payer son propre
pressoir. Il faut dire que 1 hectare
de vigne peut coûter 300 000 dol-
ils achetaient un yacht,
maintenant ils plantent une
vigne », brocarde un amateur. Qu’importe si elle rapporte de l’argent, il s’agit avant tout
d’un symbole social. Après avoir
fait fortune dans l’immobilier et
l’hôtellerie, Bob Harlan a voulu
« son propre vignoble, l’équivalent
californien d’un grand cru centenaire de Bordeaux », explique Don
Weaver, qui gère Harlan Estate.
Il s’est offert les services du magicien de Libourne, Michel Rolland, a
planté les meilleurs ceps, acheté le
meilleur matériel et creusé une cave
en forme de logo de Mercedes !
Obtenu à prix d’or, le résultat est
stupéfiant quand, après cinq
années en fût puis en bouteille, ses
2 000 caisses arrivent sur le marché. 100 dollars ou plus la bouteille ! Parker qualifie ce subtil
assemblage de « summum de ce
que l’on peut faire en Napa »,
surpassant ces nectars culte
que sont l’Opus One, vinifié
par Mondavi et la baronne
de Rothschild ou Dominus
de Christian Moueix (Château Pétrus). Il a noté son
millésime 92 ex aequo
avec le Château Margaux
86 : 96/100 ! « Notre vin
ressemble à une femme qui
se dévoile peu à peu », dit
Don Weaver, à l’opposé
de tant de vins californiens qui rappellent une
scène de théâtre : tout ce
que l’on peut voir est là, il
n’y a rien derrière. Bob
Harlan aimerait asseoir sa
notoriété en accédant au
marché français et considère avoir fait un « bon
placement » en vendant 200 bouteilles lors de Vinexpo 99.
A deux crêtes de montagnes de
là, dans la Sonoma, non loin d’où
Jack London avait pris sa retraite,
Patrick Campbell est tout l’opposé.
Partisan farouche de l’agriculture
durable et de la biodynamique – il a
placé des nids pour fixer oiseaux et
rapaces pour remplacer les insectici-
1 000 kilomètres au nord
dans la vallée de la Williamette (Oregon), Véronique
Drouhin est aussi une pionnière.
Quand le pinot noir de David Lett,
de Eyrie Vineyards, se hissa devant
cinq de ses six grands bourgognes
aux Olympiades de Paris de 1979,
son père Joseph Drouhin releva le
gant. Le négociant de Beaune acheta une plantation de sapins de
Noël, voisine de David Lett, surnommée « Papa Pinot », car c’est
lui qui introduisit le cépage en 1966
devant des paysans incrédules.
« Venez vous établir ici », lui avait
dit ce passionné, qui élabore des
vins américains d’une élégance toute française dans un ancien abattoir
de dindes. Dans un pays où 60 % du
vin est bu dans les 72 heures après
l’achat, il collectionne ses millésimes pour prouver que les – bons –
vins du Nouveau Monde se bonifient en vieillissant et s’épanouissent avec un bon repas. Son 83 est
« encore un jeune homme ! » et
Hugh Johnson qualifie ses vieux
pinots de « trésors » dans son Encyclopédie du vin 2000.
Véronique partage son temps
entre Beaune et le domaine
Drouhin, où elle fait depuis douze
ans un pinot qu’elle compare à ceux
de la Côte. Cet été, elle a amené ses
enfants découvrir cette région au climat « bourguignon ». « Les vins ici
sont plus élégants, moins puissants.
Mon 98 est fantastique ! » Selon Bill
Hatcher, qui gère le domaine en son
absence, « leur goût converge avec le
temps. Il y a cinq ans, Robert Drouhin
m’a dit qu’il aimerait pouvoir déclarer
un jour : ce n’est pas un côte de nuits
ni un côte de beaune, ça doit être un
oregon. Ils sont de la même famille,
chacun avec sa personnalité ».
La tâche ingrate d’expliquer ce
que l’on boit en Amérique revient à
Parker, jugé parfois trop francophile par les aficionados US qui ne
jurent que par la Napa. « Le climat
californien est véritablement un paradis pour le vin : il y fait toujours beau
et plus chaud l’été, les rendements
sont plus élevés, ce qui donne un vin
plus alcoolisé, fruité et moins complexe que les grands crus français. On y
fait un vin en dehors de toute référence aux repas, puissant, impressionnant comme ces bombes fruitées qui
remportent les dégustations mais il
est moins intéressant à table. Et son
prix est fixé par le marché. C’est pourquoi on trouve un meilleur rapport
qualité-prix en Espagne, dans le Languedoc-Roussillon, en Provence ou
au sud de l’Italie. N’oubliez pas que
nous n’avons jamais été un pays
buveur de vin ! ».
Il le devient. Le Wall Street Journal a expliqué aux Yuppies qu’on
faisait aussi du vin buvable dans
l’Ohio ou au Nouveau Mexique et
que quitter New York n’était plus
un exil pour le palais. On parle du
« French paradox », de cette contrée étrange où l’on boit, l’on mange et l’on se porte bien sans régime
ni pilules ! Bill Hatcher évoque ce
nouveau « Paradoxe américain »
qu’il décrit comme « le retour de
bâton du rêve américain : des avocats d’affaires abandonnent leur
cabinet à la recherche d’une vie simple dans les vignes. Ils s’y donnent à
fond, écrivent une success story,
créent un vin culte, gagnent plein
d’argent et redeviennent le symbole
de l’American Dream ! »
Patrice de Beer
Dessins : Emmanuel Pierre
e « Les vins du bout du monde »,
c’est aussi sur France-Info dans la
chronique quotidienne d’Anne
Hudson.
PROCHAIN ARTICLE :
Argentine,
aussi macho que les gauchos
10 / LE MONDE / VENDREDI 11 AOÛT 2000
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ÉDITORIAL
L’exemple chilien
C
OMME tous les pays revenus à la démocratie
après avoir connu une
période, plus ou moins
longue, de dictature violente et
souvent meurtrière, le Chili doit,
le moment venu, solder ses
comptes avec son passé. Il lui
faut, pour construire son avenir,
porter sur les années noires du
régime Pinochet un regard sans
complaisance, établir la vérité sur
les responsabilités de ses dirigeants d’alors, s’engager avec courage dans un difficile travail de
mémoire. La levée de l’immunité
parlementaire de l’ancien dictateur par la Cour suprême chilienne ouvre la voie à cette
auto-analyse.
Avant lui, d’autres pays ont
entrepris, avec plus ou moins de
détermination, un tel effort. La
France a mis beaucoup de temps
à regarder en face l’époque tragique de l’Occupation. Ailleurs, en
Afrique du Sud ou en Europe de
l’Est, la confrontation avec le
temps de l’apartheid, dans un cas,
ou avec les années du communisme, dans l’autre, a donné lieu à
de nombreuses controverses, qui
sont encore loin d’être éteintes.
En prenant à son tour le chemin
de la lucidité et de la justice, le
Chili donne l’image d’une démocratie apaisée, capable de débattre sereinement de ses dérives
d’autrefois en acceptant de s’en
remettre à l’autorité de ses institutions judiciaires. Les partisans de
l’ancien
dictateur
semblent
aujourd’hui largement isolés face
à une population qui a accueilli
avec calme le verdict de la Cour
suprême. Une inconnue oblige
cependant à tempérer cet optimisme : face à ce procès à venir, qui,
à travers le chef de la dictature
militaire, la met forcément en cause, quelle sera l’attitude de l’armée, et plus précisément de l’armée de terre ?
Mais ce qui distingue le cheminement du Chili de celui d’autres
pays qui ont, comme lui, tenté
d’affronter leur passé, c’est que le
dénouement annoncé de l’affaire
Pinochet est le résultat d’une
double action : celle de la communauté internationale, qui, à l’initiative d’un juge espagnol, s’est
réclamée d’un droit mondial pour
lancer une vaste procédure contre
l’ancien dictateur, au moment où
l’idée d’une Cour pénale internationale venait à se concrétiser ; et
celle du Chili, qui a pris le relais,
contre toute attente, de cette initiative et laissé la justice suivre
son cours là même où les crimes
de Pinochet ont été commis.
Il n’est pas sûr que cette combinaison originale de pressions
internationales et de poursuites
nationales puisse se réaliser dans
d’autres circonstances et pour
d’autres pays. Elle n’en crée pas
moins un précédent que les défenseurs des droits de l’homme ne
vont pas manquer d’invoquer.
D’ores et déjà, plusieurs organisations ont signalé à l’attention
générale le cas d’anciens dictateurs qui devraient à leur tour
être jugés – en Amérique latine,
en particulier, les dirigeants
déchus d’Argentine ou du Paraguay. L’arrêt de la Cour suprême
de Santiago rappelle que, dans
une démocratie, des crimes d’Etat
ne sauraient rester impunis, quel
que soit le retard avec lequel ils
sont jugés. La communauté internationale veille désormais au respect de ce principe.
0123 est édité par la SA LE MONDE
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Anciens directeurs : Hubert Beuve-Méry (1944-1969), Jacques Fauvet (1969-1982),
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Durée de la société : cinquante ans à compter du 10 décembre 1994.
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IL Y A 50 ANS, DANS 0123
Les touristes étrangers moins nombreux que prévu
ON AVAIT prévu pour cette
année un afflux record de touristes étrangers, et il en est certes
venu beaucoup. Il serait vain
pourtant de nier qu’on s’attendait à mieux. Les résultats obtenus ne répondent pas aux efforts
accomplis par l’industrie hôtelière. Sur la Côte d’Azur, sur les plages de l’Océan, à Paris même, on
ne cache pas une certaine déception. Quelles en sont les causes ?
L’une d’elles vient tout de suite
à l’esprit : la tension internationale. Le tourisme ne s’épanouit bien
que dans un climat de paix. Or
nous vivons cette année dans une
atmosphère de guerre froide, et
même de guerre tout court – celle
de Corée –, sans parler de la crise
belge, qui parut devoir un
moment tourner à la révolution.
N’exagérons rien cependant. La
situation n’est en rien catastrophique. Pourtant les hôteliers se plai-
gnent et des chambres demeurent vides.
C’est ici que se pose la question
de concurrence. La France ne
détient pas le monopole du tourisme. Ses richesses sont immenses,
mais les autres pays ont aussi les
leurs. L’Espagne et l’Autriche attirent de nombreux visiteurs. L’année sainte a fait affluer vers
Rome les foules catholiques du
monde entier. Avions-nous prévu
l’année sainte ?
Jusqu’ici la concurrence jouait
mal. Tantôt des restrictions
étaient imposées aux visiteurs ;
tantôt l’accès même du pays était
interdit. Les voyages sont
aujourd’hui redevenus possibles
à travers tout l’Ouest européen,
et les difficultés de change se
sont quelque peu atténuées. Des
pays où le coût de la vie est faible
en tirent profit.
(11 août 1950.)
0123 SUR TOUS LES SUPPORTS
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La compassion à la sauce américaine
C’EST une affaire entendue :
sous l’effet de la globalisation, le
monde s’américanise à la vitesse
du vent. Certains jours, cependant,
on a le sentiment que des
années-lumière nous séparent de
nos amis d’outre-Atlantique. Ainsi
de la convention républicaine de
Philadelphie, qui vient de plébisciter George W. Bush et son « conservatisme compatissant » (compassionate conservatism). Un politicien
français qui se réclamerait d’une
pareille doctrine s’écroulerait sous
les rires. Même la Grande-Bretagne, l’un des rares pays au monde,
sinon le seul, à avoir un parti qui se
proclame conservateur, aurait peine à lui accoler une pareille épithète. Lady Thatcher, la plus grande
figure de ce parti depuis Churchill,
n’a jamais cherché à la mériter :
à preuve son comportement visà-vis des chômeurs, des grévistes
de la faim irlandais, qu’elle a laissés
mourir en prison, ou pendant la
guerre des Malouines.
Il faut à George W. Bush, cela
dit, une certaine audace pour se
réclamer de cette vertu. Non seulement il est, et de beaucoup, de tous
les gouverneurs d’Etat nord-américains, comme chacun sait, celui qui
a laissé procéder au plus grand
nombre d’exécutions capitales,
mais une petite phrase de lui, relevée par le Washington Post, donne,
c’est le moins qu’on puisse dire, à
penser : l’Afrique « ne figure pas au
nombre des intérêts stratégiques »
des Etats-Unis. Et la « plate-forme » de son parti ironise sur le
compte de son rival démocrate, Al
Gore, en écrivant : « S’il y a quelque
limite à son programme de travailleur social mondial, il lui reste à
la définir. » Naturellement, elle se
garde bien de mentionner la lutte
contre le sida, la protection de la
couche d’ozone, ou le fait qu’un
habitant de la planète sur deux
« vit » avec 2 dollars par jour.
Par rapport aux racistes et aux
super-réactionnaires qui continuent d’exister aux Etats-Unis
– comme d’ailleurs en Europe –,
George W. Bush est certes un
modéré. Et il est significatif de voir
dans son entourage immédiat non
seulement un bon lot d’Hispaniques mais un homme comme le
général Colin Powell, que sa peau
de mulâtre jamaïcain n’a pas empêché d’être à la tête des armées américaines pendant la guerre du Golfe, ou une ravissante Black comme
le professeur Condoleeza Rice. On
parle de l’un, dont tout le monde se
plaît à reconnaître la stature morale, comme secrétaire d’Etat, et de
l’autre comme assistant spécial
pour les questions de sécurité, poste auquel se sont illustrés jadis Kissinger ou Brzezinski. Mais on peut
être noir et de droite. Il n’a tenu
qu’à Colin Powell, il y a quatre ans,
de porter les couleurs républicaines à l’élection présidentielle : mais
il ne pensait pas posséder les qualités requises. Quant à Mrs. Rice,
dont l’étrange prénom, qui lui a été
donné par sa mère pianiste, signifie
« avec douceur » (con dolcezza),
elle est, d’après le Financial Times,
une « cold warrior » de l’aprèsguerre froide, c’est-à-dire quelqu’un prêt à se battre sans douceur
excessive pour imposer les vues de
son gouvernement.
Pinochet
et la mort
de l’Histoire
Suite de la première page
Ce qui se passait sans fin : c’est
là toute la logique perverse de cette répression.
Quand Pinochet a condamné
ces familles aux enfers éternels de
l’incertitude sur le destin des personnes qu’elles chérissaient, il les
a forcées, ainsi que le reste de la
population chilienne, à imaginer
par elles-mêmes les choses innommables qui ont été infligées à ces
hommes et femmes captifs. Comme il n’y avait pas de corps à enterrer, il n’y avait pas non plus de
paix de l’âme. La torture, ordinairement physique, gagnait peu à
peu le plus profond de chaque
citoyen, comme une peur paralysante.
Les disparitions finissaient par
symboliser, pour beaucoup d’entre nous, la disparition même du
pays, la volonté de détruire le Chili
de la liberté, sur le sol duquel nous
avions un jour vécu. Pinochet était
certain de ne jamais être pris à partie ou traîné devant les tribunaux
pour avoir si sauvagement violé
les droits de l’homme. Pas seulement parce qu’il était le commandant en chef de l’armée et qu’il
bénéficiait, de ce fait, du monopole de la force militaire. Il s’était
lui-même absous de toute poursuite judiciaire éventuelle en promulguant une amnistie sur les crimes
commis pendant les pires années
de son règne.
Il est particulièrement incroyable, alors, que ce soient précisément ces disparus et cadavres pré-
CONTRASTE SAISISSANT
De loin, on a un peu l’impression
qu’elle est la seule dans l’équipe
Bush à se passionner pour la politique étrangère. Elle avait déjà joué
d’ailleurs un rôle important au
moment de la réunification de l’Allemagne, sur laquelle elle a écrit,
avec un autre universitaire américain, Philip Zelikow, un ouvrage de
référence. De ce point de vue, le
contraste est saisissant entre l’actuel George Bush et son père et
homonyme, qui a perdu l’élection
de 1992 précisément parce qu’il ne
s’intéressait qu’à la politique étrangère, dont l’immense majorité de
ses concitoyens se fichaient déjà
comme de l’an quarante. Dieu sait
pourtant s’il avait visé haut !
« Deux fois au cours de ce siècle
[NDLR : Versailles et Yalta], avait-il
déclaré le 6 mars 1991 devant les
Chambres réunies du Congrès, l’espoir d’une paix durable est sorti des
horreurs de la guerre. Deux fois
auparavant, il est apparu que ces
espoirs étaient un rêve lointain, hors
de portée de l’homme […]. Maintenant, nous pouvons voir un nouveau
monde venir sous nos yeux. »
George Bush Jr. passe son temps
– trop de temps, lui dit-on – à se
référer à son papa. Il ne cite jamais,
AU COURRIER DU « MONDE »
à notre connaissance, ce morceau
de bravoure, bien que son Dad chéri ne soit pas revenu moins de quarante-deux fois sur l’idée du nouvel
ordre mondial au cours du printemps 1992. Il est vrai que la formule a ensuite soudain disparu de son
vocabulaire, parce que, selon l’hebdomadaire U.S. News, elle suscitait
chez les uns l’appréhension et chez
les autres la moquerie. Et que l’actuel candidat républicain à la Maison Blanche, dont les connaissances en politique étrangère paraissent d’une manière générale plutôt
faibles, ne cherche pas, à la différence de nombre de ses prédécesseurs, à faire vibrer ses électeurs
sur le rôle des Etats-Unis dans le
monde.
Pourquoi, d’ailleurs, le ferait-il ?
Personne ne le lui demande. Et le
seul point sur lequel il s’est vraiment engagé – la construction d’un
nouvel antimissile stratégique capable d’intercepter les fusées que
pourraient lancer des « Etats
voyous » comme la Corée du Nord,
l’Irak, l’Iran – relève moins d’une
stratégie offensive que du désir de
se protéger contre tous les risques
imaginables. Sauf, tout de même,
celui de sérieuses passes d’armes
sur ce point, tant avec les alliés européens qu’avec la Russie et la Chine.
UNE DYNASTIE
Un tel président ne cherche apparemment pas à laisser un grand
nom dans l’Histoire. Comme l’écrit
le New York Times, il préfère « faire
campagne sur les bons sentiments
[les pleasanteries] plutôt que sur les
problèmes difficiles ». Succédant à
un homme dont les fantaisies
sexuelles ont été à deux doigts de
provoquer la chute, il incarne une
philosophie de ce bonheur tranquille que la Providence garantit à
ceux qui respectent les dix com-
mandements. En se confiant à lui,
l’Amérique reviendrait à l’enseignement des Pères fondateurs. Fière
d’avoir mis la Russie KO et de jouir
d’une prospérité et d’une tranquillité sans précédent, la population
dans sa grande majorité n’a aucune envie de les voir remises en
question pour les beaux yeux de
quelques agités balkaniques, proche-orientaux ou africains.
Et le candidat républicain, que
son épouse aide d’autant mieux
qu’elle entend se tenir à sa place,
apporte également à ses compatriotes ce dont ils rêvent périodiquement : avec son père, son jeune premier de neveu, et toute sa famille si
unie, une dynastie, la première à se
présenter à leurs suffrages depuis
que la mort s’est acharnée sur le
clan Kennedy. Les observateurs
des relations anglo-américaines
noteront que le phénomène se produit au moment où le centenaire
de Queen Mum réconcilie les Britanniques avec une monarchie ébranlée par beaucoup de scandales.
A bien des égards, un nouveau
président Bush plairait bien à ceux
qui voudraient croire, avec Francis
Fukuyama, qu’en gagnant la
guerre froide les Etats-Unis ont
écrit le mot « fin » au bas du grand
livre de l’Histoire. Autant croire au
Père Noël. GWB, s’il est élu, aura
vite fait de s’en apercevoir. Déjà
Bill Clinton jouait, lors de sa première élection, ceux qui se désintéressent de la politique étrangère.
En fin de compte, personne ne lui
aura consacré, avec un inégal succès, plus de temps que lui. Le candidat démocrate en a bien
conscience qui, grâce au ciel – et au
sympathique colistier qu’il s’est
trouvé –, est en train de faire une
jolie remontée dans les sondages.
André Fontaine
Dans Le Monde daté 9-10 juillet,
je relève une inexactitude dans l’article, par ailleurs excellent, de
Marc Ferro sur « Les pleins pouvoirs à Pétain ». Cet historien de
qualité y écrit (après avoir souligné l’intervention déterminée de
Weygand en faveur de la capitulation) : « Weygand ne cessera de
combattre la collaboration, jusqu’à
être lui-même arrêté et déporté par
les Allemands. » Cette idée reçue
d’un Weygand « hostile à la collaboration » était fondée notamment
sur l’opposition de ce général aux
accords de Paris négociés par Darlan (et prévoyant une collaboration militaire avec les Allemands
ainsi que la mise à leur disposition
de deux bases en Afrique française). Malheureusement cette vision
apparaît aujourd’hui inexacte,
puisqu’il est désormais établi
qu’en Afrique du Nord Weygand a
non seulement fait le jeu de l’Axe,
mais a même collaboré directement avec lui, comme l’a constaté,
sur la base d’un dépouillement systématique des archives de cette
période, Mme Levisse-Touzet dans
son livre L’Afrique du Nord dans la
guerre : 1939-1945 (Albin-Michel,
1998). (…)
Il est désormais prouvé aussi
que Maxime Weygand a collaboré
directement avec les Allemands :
– en assurant, bien avant les
accords de Paris, la livraison aux
industries de guerre de l’Axe, par
centaines de milliers de tonnes,
des matières premières stratégiques d’Afrique du Nord telles que
phosphates,
fer,
antimoine,
cobalt, etc ;
– en livrant à l’ennemi, représenté par une « mission d’achat allemande » installée avec son accord
à Tunis en avril 1941, quelque
1 200 véhicules militaires prélevés
dans les différents dépôts de l’armée
d’Afrique.
Le
général
Weygand n’a pu ignorer ces activités, puisque le contrat a été passé
à Alger le 18 mai 1941 et puisque
c’est le quatrième bureau de son
propre état-major qui s’est chargé
de sélectionner ce matériel militaire, puis d’en suivre la remise en
état et la livraison à l’Afrika
Korps ! (…)
sumés qui hantent aujourd’hui
Pinochet, devenant par là même
l’instrument de son châtiment et
de celui de ses acolytes. Pour s’en
sortir, Pinochet devra maintenant
prouver qu’il a tué – ou fait assassiner – ces prisonniers. Il devra les
exhumer des profondeurs de leurs
tombes anonymes, les arracher du
lit des rivières et du fond des mers
où ils ont été jetés. Alors et seulement alors, il pourra s’appliquer à
lui-même sa propre amnistie : il
sera enfin délivré, parce qu’il aura
admis ses meurtres. Justice poétique en vérité : le général s’est pris
au piège de sa propre cruauté.
Ce qui a secoué l’Etat chilien, le
gouvernement démocratique et
le système judiciaire, l’armée et
l’aile droite pinochétiste a été l’arrestation du général à Londres,
sur l’ordre du juge espagnol Baltazar Garzon. La longue procédure
d’extradition, en établissant de
façon universelle le principe
selon lequel les chefs d’Etat sont
déchus de leur immunité dès lors
qu’ils sont convaincus de crimes
contre l’humanité, a contraint les
Chiliens à prendre leurs responsabilités et à trouver les moyens
d’affronter la question des droits
de l’homme, restée en suspens
ultérieure contre la justice. Il est
encore trop tôt pour prédire quelles seront les répercussions de
cette décision des juges chiliens,
si Pinochet échappera au procès
pour des raisons médicales, ou
bien quelles sortes de pressions
l’armée va exercer, sans oublier
les protestations des partisans de
Pinochet, qui contrôlent une grande part de l’économie et presque
tous les médias, et disposent de
ce fait d’une confortable assise
électorale.
Mais il y a déjà une conséquence éthique d’une importance capitale, pas seulement pour le Chili,
mais pour le monde entier. La
stratégie qui consiste à faire disparaître des prisonniers, cette forme extrême de la violence qui a
souillé tant de régimes de par le
monde, s’est finalement retournée contre ceux qui s’en servaient. Cette nouvelle victoire sur
l’impunité appartient avant tout
à nos disparus, les desaparecidos ,
à ces hommes et femmes qui ont
refusé la destinée, faite d’oubli et
de terreur, que la dictature avait
rêvée pour eux, à ces hommes et
femmes arrêtés une nuit et qui
sont
vivants
malgré
tout,
par-delà la mort, accusant l’homme qui pensait les faire taire à
jamais.
LA « COLLABORATION »
DU GÉNÉRAL WEYGAND
La stratégie qui consiste à faire disparaître
des prisonniers s’est finalement retournée
contre ceux qui s’en servaient.
Cette nouvelle victoire sur l’impunité
appartient avant tout à nos disparus,
les « desaparecidos »
Ce nouveau rebondissement
dans l’affaire Pinochet découle de
plusieurs facteurs, avec tout
d’abord la lutte opiniâtre des proches des disparus, qui ont toujours
refusé de croire à la mort de ceux
qu’ils aimaient. Et ils étaient soutenus dans leurs recherches par de
nombreux groupes de Chiliens qui
comprenaient que, tant que des
funérailles ne seraient pas faites à
ces corps, qu’il ne leur serait pas
donné un véritable endroit où commencer à faire leur deuil, il n’y
aurait de place ni pour la paix ni
pour la réconciliation. Cependant,
nous ne devons pas oublier que ce
gigantesque mouvement social
réclamait justice en vain depuis
des années.
durant toutes ces années. La honte de voir le monde extérieur
juger Pinochet, alors que nous
avions été incapables de le faire,
a transformé le climat moral de
notre pays.
Tous les hommes politiques, et
les principaux juges du Chili, ont
juré qu’il était possible et nécessaire de juger Pinochet. Quand
Pinochet, pour de prétendues raisons de santé, fut renvoyé au Chili par les Anglais, les conditions
politiques étaient réunies pour
que les tribunaux enclenchent ce
qui était inimaginable un an auparavant : la levée de l’immunité
que sa fonction de sénateur à vie
lui assurait, Pinochet s’étant attribué ce titre comme une garantie
Yves Maxime Danan
Sceaux (Hauts-de-Seine)
Ariel Dorfman
PRÉCISION
SOTHEBY’S
Après la publication, dans Le Monde du 9 août, d’un article de notre
correspondant à la City intitulé
« Soupçons d’entente illicite dans la
maison Sotheby’s », le groupe
LVMH nous demande de préciser
qu’il n’a jamais fait de proposition
pour le rachat de la maison de ventes aux enchères Sotheby’s.
LeMonde Job: WMQ1108--0011-0 WAS LMQ1108-11 Op.: XX Rev.: 10-08-00 T.: 10:11 S.: 111,06-Cmp.:10,11, Base : LMQPAG 27Fap:100 No:0370 Lcp:700 CMYK
CARNET
DISPARITION
LE MONDE / VENDREDI 11 AOÛT 2000 / 11
AU CARNET DU « MONDE »
Naissances
Louis Nucera
Hubert et Claudine LESIRE-OGREL,
ses grands-parents,
Jim, Benjamin, Attika, Niels,
ses cousins germains,
sont heureux d’annoncer la naissance de
La passion de la littérature, de l’amitié et du vélo
MERCREDI 9 août, Louis Nucera
est mort à bicyclette, renversé par
un automobiliste, à Carros (AlpesMaritimes), dans cette arrière-pays
niçois qu’il avait si souvent parcouru. Le vélo était une de ses passions
avec la littérature et l’amitié. Ses
amis se sentent très seuls et très
abandonnés. Un de ses meilleurs
livres, Le Roi René, retraçait la carrière de René Vietto. C’était un des
modèles de Louis, car il aimait le
style et le courage. A la fin de
chaque été, je lui demandais : « Tu
as bien roulé ? Combien de kilomètres ? » Et la seconde question
venait aussitôt : « Combien de
pages ? » Les deux étaient inséparables, les performances du
« champion » et celles de l’écrivain...
Né à Nice le 17 juillet 1928, Louis
Nucera fut nourri, dans sa jeunesse,
par les souvenirs de la première
guerre mondiale. Il écoutait religieusement les histoires que ses
oncles racontaient à l’heure du dîner. Cela donne des enfants très réfléchis et très rêveurs. Le père de
Nucera mourut en 1933 et sa mère
fut « soudain vieillie par l’irréparable ». Ce genre de phrase résume
la manière de Louis : écrivain très
classique, il savait organiser le
complot de la grammaire et de
l’émotion.
Après la disparition de son père,
Louis Nucera fut obligé de gagner
sa vie, devenant « téléphoniste »
dans une banque. Jean Giono avait
travaillé lui-même dans une succursale de cet établissement. C’était
un excellent présage. Nucera fit ensuite du journalisme. Cela lui permit de rencontrer Joseph Kessel,
Georges Brassens et Jean Cocteau.
Ses professeurs ou ses parrains en
littérature. Des parrains magiques.
Le premier convainquit Louis Nucera que la langue française était une
sorte de « monastère » et qu’il fallait y pénétrer avec de grandes précautions. Le deuxième donnait des
leçons de modestie et le troisième
des leçons de politesse. Cocteau disait, en effet, qu’il fallait effacer de
ses textes la peine que l’on avait
prise pour les écrire. Louis Nucera
retint les trois enseignements. Dans
ses romans (L’Ami, 1974 ; Avenue
des Diables-Bleus, 1979 ; Chemin de
la Lanterne, 1981 ; Le Kiosque à musique, 1984 ; La Chanson de Maria,
1989 ; Le Ruban rouge, 1991...), il a
dépeint avec délicatesse le petit
peuple de sa ville, les petites gens
dont il était l’héritier. Mais il se demandait : pourquoi « petites » ?
LA POLITESSE DU DÉSESPOIR
Son plus beau livre, c’est peutêtre, en 1994, Mes Ports d’attache. Il
y fait, en quelque sorte, la tournée
des amis disparus. On y découvre
deux amoureux des promenades à
bicyclette, qui se nomment Henry
Miller et Vladimir Nabokov. Naturellement, on y retrouve Cocteau,
Brassens et Kessel. Louis Nucera
était un maître dans l’art du portrait. Il disait, par exemple, que « le
visage de Kessel interprétait les mouvements de son cœur, comme le ciel
et la mer dessinent les frasques du
temps ». C’est superbe.
L’hiver dernier, Louis Nucera
avait rassemblé ses chroniques des
années 1994 à 1999 sous le titre Une
bouffée d’air frais (Le Cherche Midi,
2000). On y voyait un homme guidé
par le souci d’admirer, le désir de
rendre justice à la beauté des
choses comme à la beauté de certains êtres. Il poursuivait l’inventaire de ses passions et de ses préférences. Il aimait les gens délicats,
la politesse du désespoir, la peinture des états d’âme, le tango, l’alchimie des sentiments, le XVIIIe arrondissement, les vieux quartiers
LE MONDE
AOÛT 2000
diplomatique
UN NUMÉRO EXCEPTIONNEL
L’énigme des deux Chávez,
par Gabriel García Márquez
Sanglante dérive des extrémistes basques,
par Cédric Gouverneur
Regain d’idéal au kibboutz Gan Shmuel,
par Dominique Vidal
Shanghaï, vitrine du capitalisme chinois,
par Philip Golub
Famine manipulée en Ogaden,
par Sylvie Brunel
■ RACISME : Ces zoos humains de la République coloniale, par
Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire.
■ TRANSPORT AÉRIEN : Passagers, si vous saviez..., par Bernard
Cassen.
■ TOURISME : Entre misère et business, par Franck Michel.
■ JEUX : « Rapido », l’assommoir contemporain, par Bernard Stiegler.
– Las Vegas, capitale du « péché » lucratif, par Ibrahim Warde.
■ ARTS : La procédure silence, par Paul Virilio.
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niçois, les paysages français... et les
instituteurs qui transmettent à leurs
élèves du fond de la classe, près du
radiateur, le goût de la lecture.
Louis Nucera mêlait dans ses engouements les vainqueurs du Tour
de France et les champions de la littérature. Il avait lu beaucoup, mais
il n’affichait pas son érudition. Elle
restait une affaire de cœur.
Les époques sont faites pour être
dénigrées, ronchonnait Flaubert,
quand il était de méchante humeur.
Louis Nucera aurait bien voulu démentir ce pessimisme, mais il jetait
sur notre monde un regard de moraliste. Et ce qu’il observait le désolait trop souvent. En effet, comment ne pas se mettre en colère
quand les discours de tel rocker ou
de tel animateur de télévision revêtent plus d’importance que les
propos des écrivains ? Alors que
ceux-ci, pour Nucera, étaient « les
envoyés de la beauté sur terre ». Cependant, même lorsqu’il dénonce la
foire aux vanités, ses pages respirent le bonheur d’écrire. Défenseur et serviteur de la langue française, Louis Nucera avait ce qu’on
appelle du style, dans ses éloges
comme dans ses reproches. A notre
époque, ce n’est pas si fréquent.
François Bott
[Louis Nucera a fait paraître son premier roman, L’Obstiné, en 1970 chez Julliard. L’essentiel de son œuvre a été publié ensuite chez
Grasset. Il a écrit de nombreux articles pour
« Le Monde des livres » à partir du début des
années 80. Plusieurs prix sont venus couronner ses ouvrages : prix littéraire de la Résistance (1975) pour Dora (Lattès), prix Interallié (1981) pour Chemin de la Lanterne, grand
prix de littérature sportive (1987) pour Mes
rayons de soleil, prix Jacques Chardonne
(1991) pour Le Ruban rouge. Enfin, en 1993,
l’Académie française saluait, par son grand
prix de littérature, l’ensemble de son œuvre].
Tous les jours
dans le
« Carnet du Monde »
NAISSANCES,
ANNIVERSAIRES,
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FIANÇAILLES, PACS
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콯 01.42.17.39.80
Fax : 01.42.17.21.36
e-mail: carnet@mondepub.fr.
Chèm, Joas, Cyrvan,
professeur André DEMICHEL,
survenue le 8 août 2000, dans sa soixantesixième année.
le 16 juillet 2000, sous le tipi,
chez
– Le directeur de l’UFR,
Le conseil d’UFR,
Ses collègues,
Ses étudiants,
Et le personnel administratif
de l’UFR pouvoir, administration,
échange de l’université Paris-VIII,
ont la douleur de faire part de la
disparition du
Anne RIGOT
et
Bertrand LESIRE-OGREL.
UFR PAE,
2, rue de la Liberté,
93526 Saint-Denis Cedex 02.
Saint-Martin-d’Oydes (Ariège).
Anniversaires de naissance
– Bon anniversaire,
Amai.
Cinq ans.
Philippe - ILD.
– Que le monde sache bien que notre
Bichette
– Renaud Fabre,
président de l’université Paris-VIII,
Les vice-présidents des conseils
centraux,
Franck Arpin Gonnet,
directeur de l’UFR pouvoir,
administration, échange,
Ses collègues et amis,
enseignants-chercheurs de l’université
et du département droit,
Ses étudiants,
ont la très grande peine de faire part du
décès de leur collègue, ami et professeur,
André DEMICHEL,
professeur des universités,
agrégé de droit,
chevalier de la Légion d’honneur,
Emmanuelle
a quatre ans aujourd’hui.
survenu à San Nicolao (Corse), le
8 août 2000.
Salomon et Mireille BAHAN.
Décès
– Mme Andrée Actis,
son épouse,
Annie et Aline Actis,
ses filles,
Jacky Brunet,
son gendre,
Emilie et Julie,
ses petites-filles,
Les familles Trova et Tallia,
ont la douleur de faire part du décès de
Alberto ACTIS,
survenu le 6 août 2000, à l’âge de
quatre-vingt-trois ans.
La cérémonie religieuse sera célébrée
l e s a m e d i 12 a o û t , à 10 h 3 0 , e n
l’église Saint-Jean-Baptiste de Grenelle,
à Paris-15e, suivie de l’inhumation au
cimetière du Montparnasse.
82, avenue Félix-Faure,
75015 Paris.
196, rue de Lourmel,
75015 Paris.
8, faubourg des Annonciades,
74000 Annecy.
Vous pouvez
nous transmettre
vos annonces la veille
pour le lendemain
jusqu’à 17 heures
Permanence le samedi
jusqu’à 16 heures
Pour tous ceux qui l’ont connu, il a été
un modèle de courage et d’attachement
jusqu’au bout à ses étudiants.
L’université exprime à Francine
Demichel et à sa fille l’hommage recueilli
et les pensées solidaires de Paris-VIII.
Mme Francine Demichel,
6, rue de la Plaine,
75020 Paris.
– Sa famille,
Ses proches
ont la douleur de faire part du décès de
M. Miguel DEMUYNCK,
survenu le 5 août 2000, en sa soixantedix-neuvième année.
L’inhumation a eu lieu au cimetière de
Clamart, le 9 août.
– Le 31 juillet 2000,
Jacques FOURNIER
nous a quittés.
Conformément aux vœux du défunt, les
obsèques ont eu lieu dans la plus stricte
intimité.
Nos abonnés et nos actionnaires,
bénéficiant d’une réduction sur les
insertions du « Carnet du Monde »,
sont priés de bien vouloir nous communiquer leur numéro de référence.
– Jean-Jacques Aillagon,
président du Centre Georges-Pompidou,
Werner Spies,
directeur du Musée national d’art
moderne,
saluent avec émotion et gratitude la
mémoire de
Mme Elise GOULANDRIS,
décédée le 25 juillet 2000, à Athènes,
à laquelle ils associent le souvenir de son
mari,
M. Basil GOULANDRIS.
Tous deux ont été pour le Musée
national d’art moderne des donateurs
exceptionnels.
– Paris. Vernet-les-Bains.
Francine,
son épouse,
Michel, Jacques,
ses enfants,
Raphaël, Matthieu, Sophie,
ses petits-enfants,
Parents, alliés et amis,
ont la douleur de faire part du décès de
M. Roger GUILLET,
ingénieur principal hors classe honoraire
de la SNCF,
survenu le 9 août 2000.
Cet avis tient lieu de faire-part et
de remerciements.
– Christiane Sabouraud,
Rémi, Marie-Agnès,
Toute la famille,
ont la douleur de faire part du décès
accidentel de
Pierre SABOURAUD,
s u r v e n u à B o n n e v a l - s u r -A r c , l e
8 août 2000.
Nous l’accompagnerons une dernière
fois le vendredi 11 août, à 16 heures, en
l’église de Féricy (Seine-et-Marne).
Mme Christiane Sabouraud,
70, rue des Prairies,
75020 Paris.
Anniversaires de décès
– Priez pour
Théophile TITUS.
Sa famille.
CARNET DU MONDE
Fax : 01-42-17-21-36
Téléphone :
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LeMonde Job: WMQ1108--0012-0 WAS LMQ1108-12 Op.: XX Rev.: 10-08-00 T.: 10:39 S.: 111,06-Cmp.:10,11, Base : LMQPAG 27Fap:100 No:0371 Lcp:700 CMYK
12
ENTREPRISES
LE MONDE / VENDREDI 11 AOÛT 2000
EUROPE
La directive européenne
sur la libéralisation du marché du gaz
est entrée en vigueur jeudi 10 août.
Elle oblige les pays de l’Union à ouvrir au moins 20 % de leur marché à
la concurrence. b LA FRANCE, l’Allemagne et le Luxembourg n’ont toujours pas adapté leur législation et
risquent de devoir faire face à des
procédures engagées par la Commis-
sion. En raison de l’encombrement de
textes au Parlement français, le projet de loi adopté en mai au conseil des
ministres ne sera pas discuté avant
l’automne. b UN CINQUIÈME du mar-
ché français est toutefois déjà ouvert
à la concurrence, ce qui concerne environ 150 grands industriels qui sont
les principaux consommateurs de
gaz. b « QUELS QUE SOIENT les aléas
du calendrier, Gaz de France respectera les orientations de la directive
européenne », a prévenu Pierre Gadonneix, le président de cette entreprise publique.
Le marché européen du gaz s’ouvre progressivement à la concurrence
Comme dans le domaine de l’électricité, la France est à la traîne et n’a toujours pas transposé dans sa législation la directive entrée
en vigueur le 10 août. Néanmoins, les 150 groupes industriels qui sont les plus gros consommateurs de gaz peuvent désormais choisir leur fournisseur
DIX-HUIT MOIS après l’ouverture du marché européen de l’électricité à la concurrence en février
1999, celui du gaz s’engage dans la
même voie. Le coup d’envoi a été
donné jeudi 10 août. Les entreprises
consommant plus de 25 millions de
mètres cubes par an peuvent désormais choisir leur fournisseur.
Comme pour l’électricité l’ouverture se veut progressive, elle
concerne dans un premier temps
20 % du marché pour atteindre un
tiers en 2008, libre à chacun des
quinze membres de l’Union d’accélérer ou non le processus.
Les discussions pour créer un
marché intérieur du gaz naturel ont
débuté au mois de décembre 1996
pour aboutir un an plus tard. L’objectif est de fournir aux entreprises
une énergie moins chère en développant la concurrence. Les intérêts
sont cependant divergents entre les
producteurs de gaz comme les
Pays-Bas et la Grande-Bretagne, et
les acheteurs que sont les autres
Etats de l’Union. Chez les clients, les
positions varient entre ceux qui ont
un réseau développé de distribution, comme la France ou l’Allemagne et entendent le protéger, et
ceux chez qui l’usage du gaz ne s’est
pas encore généralisé comme la
Grèce, l’Espagne, le Portugal, la
Suède ou la Finlande. La directive,
adoptée en juin 1998, intègre toutes
ces exigences, autorisant les pays à
ouvrir faiblement leur marché pour
s’adapter à cette évolution.
Les options choisies par chaque
pays illustre cette variété. Elle oscille
entre l’ouverture totale déjà en vigueur en Grande-Bretagne, à la
prudence extrême de la France qui
n’est même pas prête dans les
temps.
Devançant la décision européenne, la Grande-Bretagne est devenue, depuis un an, le premier
pays de l’Union européenne à avoir
ouvert totalement à la concurrence
ses marchés de l’électricité et du
gaz. L’ensemble des 26 millions
d’abonnés britanniques, particuliers
et entreprises, ont désormais la possibilité de choisir leur fournisseur.
Ce mouvement est l’aboutissement
Les modalités de l’ouverture
L’ouverture du marché européen du gaz, adoptée le 30 juin 1998, a
été négociée en trois étapes : un taux minimum de 20 % à l’entrée en
vigueur de la directive le 10 août 2000, puis 28 % en 2003 et 33 % en
2008. Pour atteindre ces niveaux, le seuil de consommation annuel
permettant d’accéder à la concurrence sera abaissé progressivement de 25 millions de mètres cubes à 15 millions dans trois ans puis
à 5 millions de mètres cubes dans huit ans. En France le nombre de
clients ayant accès à la concurrence passera durant cette période de
150 à 300. Dans un premier temps, la directive prévoit la liberté d’approvisionnement pour les consommateurs dits « éligibles », à savoir
les plus gros consommateurs industriels et les producteurs d’électricité. La directive adopte le principe de l’accès du tiers au réseau : les
consommateurs éligibles pourront faire transporter le gaz qu’ils ont
acheté moyennant un péage dont les tarifs sont affichés ou négociés
par le gestionnaire du réseau concerné.
d’une politique de dérèglementation et de privatisation lancée en
1986 par Margareth Thatcher. L’Allemagne affirme de son côté ouvrir
intégralement son marché à la
concurrence. Dans un premier
temps, la libéralisation du marché
profitera aux entreprises.
Les particuliers devraient en bénéficier d’ici un an et demi. Dans
cette optique, le ministère de
l’économie a conclu, en juillet, avec
les Fédérations de l’industrie un accord dont l’application devrait permettre aux 15 millions de foyers allemands qui s’approvisionnent en
gaz de profiter de la concurrence à
partir du 1er janvier 2002. En théorie,
les particuliers peuvent déjà choisir
librement leur fournisseur, mais pas
dans la pratique, en raison de l’absence de règles et de conditions
d’utilisation du réseau gazier.
D'importantes disparités
DEGRÉ D'OUVERTURE DU RÉSEAU GAZ EN 2000
FINLANDE
SUÈDE
ROYAUME-UNI
qui ont été impliqués dans la grande majorité
des accidents répertoriés. Mais General Motors, Nissan, Toyota et Subaru ont également
vendu des voitures chaussées par Firestone.
« BON DÉBUT »
L’Administration nationale pour la sécurité
de la circulation routière (NHTSA) a ouvert
une enquête en mai et a déjà reçu plus de
700 plaintes. Plusieurs victimes ont saisi la justice et un bureau d’études, Strategic Safety,
s’est penché sur le dossier. Mais la publicité
négative des médias aurait précipité ce retrait.
D’autant plus que plusieurs grossistes en
pneus, comme Discount Tire et Sears Roebuck, ont annoncé qu’ils suspendaient la distribution des ATX et des Wilderness. Il importait donc de réagir vite dans un domaine où les
consommateurs pensent avant tout à la sécurité et où la concurrence est vive.
Cela fait plus d’un an que les premiers accidents sont apparus. En août 1999, Ford a décidé de remplacer les pneus incriminés en Arabie saoudite, en février en Malaisie et en
Thaïlande, puis en Colombie, en Equateur et
au Venezuela, après l’ouverture de l’enquête
75 %
ALLEMAGNE
BELGIQUE
47%
per du jour au lendemain tous
les investissements sur les lignes
de produits existants et investir
27 % du chiffre d’affaires annuel
dans une nouvelle série de logiciels complètement intégrés à
Internet. Cet effort s’est traduit
par le lancement mondial il y a
quelques semaines de 108 logiciels complètement reconfigurés
pour Internet, sous l’appellation
PeopleSoft 8, et de 59 nouveaux
produits.
51 %
AUTRICHE
20%
PORTUGAL
Pas de
libéralisation
avant 2008
49 %
ITALIE
ESPAGNE
67 %
UNE RUPTURE IMPORTANTE
Désormais, toutes les applications seront accessibles depuis
un navigateur Internet, à partir
de n’importe quel terminal. Tout
commercial pourra immédiatement enregistrer ses commandes
ou vérifier l’état du stock depuis
un organiseur électronique ou
un téléphone portable, et son
supérieur hiérarchique pourra
consulter le bilan quotidien des
équipes depuis n’importe quel
96 %
GRÈCE
Pas de décision
Source : Commission européenne
L'ouverture progressive du marché européen du gaz contraint chaque pays
de l'Union à libéraliser au moins 33 % de son marché d'ici à 2008.
blique pour s’adapter à cette évolution. Gaz de France a séparé ses
activités de transport et de négoce,
permettant aux clients « éligibles »
ayant accès à la concurrence de
s’approvisionner auprès du fournisseur de son choix. A cette gestion
indépendante du réseau s’est ajoutée l’élaboration d’une tarification
« transparente » pour que « tout utilisateur puisse connaître à l’avance
les conditions générales et le prix de
la prestation d’acheminement ».
Toutefois, ce retard législatif est
préjudiciable pour Gaz de France,
car il l’empêche d’adopter une véritable stratégie de redéploiement
dans un marché qui n’est plus local
de la NHTSA. Aux Etats-Unis, le rappel se déroulera en trois phases : tout d’abord dans les
Etats méridionaux où ont eu lieu plus de 80 %
des déchirures fatales, Arizona, Californie, Floride et Texas, puis ailleurs dans le Sud et enfin
dans les autres Etats, au Canada et au
Mexique. Selon Ford et Firestone, il semble
que ces pneus soient particulièrement sensibles à la conduite à grande vitesse sous de
hautes températures.
La télévision a montré des images impressionnantes de pneus dont la bande de roulement avait été arrachée ou dont la gomme
s’était décollée de la carcasse. Des victimes ont
expliqué que leur véhicule s’était retourné
après l’explosion d’un pneu, parfois neuf ou
tout récemment vérifié. Et pourtant ces modèles, produits à 48 millions d’exemplaires depuis 1990, ont longtemps eu une excellence réputation. L’enquête s’oriente vers l’usine de
Decatur, Illinois, où auraient été produits les
pneus défectueux. Strategic Safety s’est en
tout cas félicité de cette décision rapide, qualifiée de « bon début ».
ordinateur. C’est une rupture
importante : pendant les années 90, tous les logiciels d’entreprises nécessitaient l’installation de programmes spécifiques
sur chaque terminal relié au serveur central. PeopleSoft estime
que ce schéma sera bientôt obsolète. Les applications se situeront en totalité sur les serveurs
centraux, et l’ensemble des informations sera disponible à
partir d’un navigateur Internet
ordinaire.
Ce saut qualitatif est censé
permettre à PeopleSoft de devenir « le leader mondial des applications Internet au cours des six
p r o ch a i n s
m o i s »,
a f fi r m e
M. Conway, qui met en avant
« les économies considérables qui
seront faites par les entreprises
sur les coûts de formation et de
maintenance ». Pour bouleverser
les positions acquises par ses
concurrents (13 000 clients pour
Oracle, 4 000 pour PeopleSoft),
100%
LUX.
FRANCE
Patrice de Beer
Le fabricant de logiciels PeopleSoft joue sa survie sur Internet
NEW YORK
de notre envoyé spécial
Le dernier pari de PeopleSoft,
le numéro trois mondial des logiciels d’entreprises, ne manque
pas de panache. Craig Conway,
le nouveau PDG du groupe, a
décidé de jouer la survie de sa
société sur un coup de poker
stratégique. Il a estimé qu’il
n’avait pas beaucoup à perdre : à
vingt dollars l’action, l’entreprise vaut beaucoup moins que
son principal concurrent, l’américain Oracle (10 milliards de
dollars contre 200 milliards), ou
que l’allemand SAP, le numéro
deux du secteur.
PeopleSoft, qui fabrique des
logiciels de base de données et
de gestion des salaires, a raté le
premier virage de l’Internet.
Quand il a pris les rênes de l’entreprise, il y a un an, M. Conway
– un ancien d’Oracle – a décidé
de rattraper le temps perdu en
lançant un pari audacieux : stop-
30%
45%
Bridgestone-Firestone rappelle 6,5 millions de pneus défectueux
WASHINGTON
de notre correspondant
Bridgestone-Firestone a annoncé, mercredi
9 août, le remplacement gratuit de millions de
pneus potentiellement défectueux. La filiale
américaine du géant japonais Bridgestone
– qui contrôle près du quart du marché des
États-Unis – répond ainsi aux informations faisant état de multiples défectuosités sur ses
modèles à carcasse radiale ATX, ATX II et Wilderness AT, accusés d’être à l’origine de centaines d’accidents et d’être liés à la mort de
46 personnes. Ce rappel devrait toucher au
moins 6,5 millions de pneumatiques et pourrait coûter 750 millions de dollars à Firestone.
Il s’agit du plus grave incident de ce type depuis que Firestone, alors une compagnie indépendante, avait été contrainte d’échanger
14 millions de pneus, ce qui l’avait conduite au
bord de la faillite et avait facilité son rachat ultérieur par Bridgestone.
Ces pneus équipent avant tout des modèles
Ford – 4 × 4 et camionnettes – et en particulier
la jeep tout terrain Explorer. Ce qui explique
pourquoi ce sont des véhicules de cette
marque munis d’un de ces trois types de pneus
DANEMARK
PAYS-BAS
IRLANDE
STATU QUO
En France, même si la loi transposant la directive européenne n’est
toujours pas discutée, un cinquième
du marché national est ouvert à la
concurrence, ce qui concerne environ 150 clients. « Quels que soient les
aléas du calendrier, Gaz de France
respectera les orientations de la directive européenne », a prévenu
Pierre Gadonneix, le président de
cette entreprise publique, rappelant
que la France n’a pas pu transposer
dans les temps les nouvelles normes
de Bruxelles.
En raison de l’encombrement des
textes au Parlement, ce projet de loi,
présenté en conseil des ministres au
mois de mai, ne sera pas discuté au
mieux avant l’automne. « Une directive européenne s’impose sur le droit
national », rappelait-il au début du
mois de juillet en présentant les mesures prises par l’entreprise pu-
90%
47%
100%
le groupe de M. Conway n’hésite
pas à les dénigrer. « Lorsque
Oracle affirme être 100 % Internet, c’est un mensonge grave qui
serait sanctionné dans n’importe
quelle autre industrie », martèle
M. Conway. Mais c’est surtout
sur le déclin de SAP que PeopleSoft mise pour se faire une place
à côté du géant Oracle.
Le groupe compte aussi sur
l’appui de la publicité pour sortir
de l’anonymat. Même les analystes financiers ne s’intéressent
plus à la société. « J’explique depuis des semaines que nous allons
annoncer des résultats pour le
deuxième trimestre supérieurs de
50 % aux consensus du marché,
mais aucun n’a modifié ses prévisions », constate M. Conway.
Mais il faudra plusieurs mois
pour savoir si le coup de poker
de M. Conway a sonné la renaissance de l’entreprise.
Christophe Jakubyszyn
mais européen. Troisième distributeur gazier européen derrière le britannique Centrica et l’italien SNAM,
GDF doit, pour affronter le nouvel
environnement, se développer dans
deux métiers : la production gazière
et les services. Ces activités
s’ajoutent aux trois branches traditionnelles que sont la distribution,
le négoce et le transport.
Mais la firme ne peut se développer seule, n’ayant pas les capacités
financières pour mener de front
tous ses projets. Une solution
consiste à faire évoluer son statut
d’établissement public en société
anonyme pour permettre l’entrée
dans son capital de nouveaux ac-
tionnaires, tels les français EDF, TotalFinaElf ou des groupes étrangers
comme le pétrolier norvégien Statoil ou le gazier italien SNAM. Il
faut auparavant, que les parlementaires modifient ce statut, ce qui aurait pu se faire à l’occasion de
l’adaptation de la directive européenne. Une perspective d’autant
plus réaliste que les esprits de tous
les acteurs ont évolué, jusqu’aux représentants de la CGT, syndicat majoritaire, favorables à des alliances
et à des partenariats industriels et
financiers.
Mais cette perspective a suscité
des réticences dans la majorité
« plurielle », tant chez certains élus
socialistes que chez les communistes. D’où le report d’une telle réforme. Pour l’heure, il n’est pas
question de rajouter un tel article
lors de la discussion sur le projet de
loi gazier.
Ce statu quo risque de pénaliser
fortement Gaz de France, car la libéralisation ira vraisemblablement
plus vite que dans les textes.
L’exemple du marché de l’électricité
est à méditer. Dix-huit mois après
son ouverture, l’ouverture progressive n’est plus un mythe.
La plupart de nos voisins ont accéléré le mouvement et voire opté
pour la dérégulation totale, allant
jusqu’aux particuliers. La France qui
s’ouvre avec un an de retard à la
concurrence devrait aussi amplifier
son mouvement. Le gouvernement
envisage d’ouvrir de 30 % à 33 %
son marché d’ici à la fin de l’année,
avec trois ans d’avance sur le calendrier théorique. EDF se prépare à
une ouverture totale d’ici à trois
ans, une perspective inimaginable
voici encore deux mois.
Dominique Gallois
Le dollar est dopé par son statut
de monnaie de la nouvelle économie
FAIBLE, fragile, chancelante, anémique : la monnaie européenne a retrouvé, au cours des derniers jours,
les adjectifs qui la qualifient régulièrement depuis son lancement. Elle
est tombée, mercredi 9 août, jusqu’à
0,8959 dollar, non loin de son plus
bas niveau historique de 0,8850 dollar atteint au début du mois de mai.
Face à la devise japonaise, elle a également cédé du terrain, à 97,20 yens,
son cours le plus bas depuis deux
mois et demi, la monnaie nippone
profitant des anticipations d’un relèvement imminent des taux directeurs dans l’archipel. Contrairement
aux espoirs des dirigeants politiques
et monétaires européens, l’euro ne
parvient pas à tirer profit de l’amélioration de la situation économique
sur le Vieux Continent. Le pronostic
des ministres des finances des onze
pays de l’Union et des membres de
la Banque centrale européenne
(BCE), selon lequel la monnaie
unique se redresserait spontanément dès que les opérateurs du marché des changes prendraient
conscience que l’Europe a bel et bien
retrouvé une croissance vigoureuse,
tarde à se vérifier.
« L’AMÉRIQUE PARAÎT MAGNIFIQUE »
Il est vrai que, malgré des statistiques globalement très favorables
pour l’ensemble de la zone euro,
quelques déceptions et incertitudes
persistent, notamment en Allemagne, première puissance économique du bloc. La production industrielle a fortement baissé (- 3,5 %)
outre-Rhin, au mois de juin, tandis
que le taux de chômage y est resté
pratiquement stable en juillet.
En comparaison, « l’Amérique paraît magnifique », selon l’expression
de Greg Schwake, analyste à la
Commerzbank, interrogé par
l’agence Reuters ; et, avec l’Amérique, le dollar. Selon les résultats
d’un calcul publié, mercredi, par la
Réserve fédérale américaine, le billet
vert n’a jamais été aussi fort, face à
la totalité des autres devises, depuis
1986. L’annonce, mardi, d’une
hausse record de la productivité, en
rythme annuel, au deuxième trimestre (+ 5,3 %) aux Etats-Unis et
d’un recul du coût de la maind’œuvre au cours de la même
période a fortement impressionné
les investisseurs internationaux. Pour
au moins deux raisons. La première
est que ces statistiques éloignent la
perspective de fortes tensions inflationnistes outre-Atlantique. Dans
ces conditions, la Réserve fédérale
pourrait s’abstenir de relever ses
taux directeurs au cours des prochains mois, une modération monétaire qui devrait contribuer à la
bonne tenue des marchés financiers
américains.
La seconde est que ces gains de
productivité spectaculaires démontrent l’avance considérable prise
par l’économie américaine dans le
domaine des nouvelles technologies.
Plus que jamais, le dollar apparaît,
dans le monde entier, comme la
monnaie qui incarne la nouvelle
économie. Conséquence : les investisseurs européens qui souhaitent tirer le meilleur profit de cette dernière préfèrent placer leurs capitaux
aux Etats-Unis plutôt que sur le
Vieux Continent, ce qui affaiblit l’euro. Les économistes de la maison de
courtage américaine Merrill Lynch
observent ainsi qu’au cours des cinq
premiers mois de l’année, les sorties
de capitaux de la zone euro au titre
des investissements directs et de
portefeuille se sont élevées à
74,5 milliards d’euros, dont une
bonne partie a traversé l’Atlantique.
Difficile pour la monnaie unique,
compte tenu de ces flux, de trouver
les moyens de se ressaisir face à la
devise américaine.
« Nous continuons de viser un euro
à 0,88 dollar », confie John Rothfield, opérateur à la Bank of America. La passivité et le silence des autorités monétaires européennes face à
cette glissade contribuent à renforcer le pessimisme des opérateurs à
l’égard de la monnaie unique.
Pierre-Antoine Delhommais
LeMonde Job: WMQ1108--0013-0 WAS LMQ1108-13 Op.: XX Rev.: 10-08-00 T.: 11:25 S.: 111,06-Cmp.:10,11, Base : LMQPAG 27Fap:100 No:0372 Lcp:700 CMYK
ENTREPRISES
LE MONDE / VENDREDI 11 AOÛT 2000 / 13
Bruxelles veut obtenir de nouveaux
éclaircissements sur la fusion Vivendi-Seagram
Cette demande n’est qu’un nouvel épisode dans une fusion qui s’annonce plus difficile que prévu
La Commission européenne a indiqué, mercredi
9 août, la suspension de l’examen du dossier de
fusion Vivendi-Seagram, dans l’attente « d’inUN NOUVEL OBSTACLE s’est
dressé sur le chemin de la fusion
entre Vivendi, Seagram et Canal+,
qui veulent créer un géant de la
communication, Vivendi Universal.
Mercredi 9 août, la Commission européenne a annoncé que le dossier
de fusion qui lui avait été transmis
le 14 juillet par les groupes français
et canadien, était incomplet. « Les
compagnies doivent fournir des informations complémentaires », a indiqué le porte-parole de la direction
chargée de la concurrence. En attendant ces compléments, l’examen
de la fusion, qui devait être achevé
le 21 août, est suspendu.
Vivendi et Canal+ ont aussitôt
publié un communiqué pour indiquer qu’ils étaient « confiants »
dans l’évolution de la procédure.
« Les questions soulevées par la
commission permettent d’envisager
un complément de notification à la
fin du mois d’août laissant espérer
une décision définitive fin septembre », précisent-ils. Qu’a demandé la Commission ? Ni Vivendi
ni la Commission n’ont voulu être
explicites. Vivendi se borne à souligner qu’il s’agit de « questions de
détail, sans grande importance ». Selon un analyste cité par l’AFP, les interrogations de la Commission européenne porteraient notamment
sur « l’engagement de Vivendi Universal de ne pas verrouiller les contenus de SFR et Cegetel les filiales de
téléphonie mobile et fixe de
Vivendi ».
Cette demande de Bruxelles n’est
qu’un nouvel épisode dans une fusion qui s’annonce plus difficile que
prévu. Les premières difficultés
sont venues du côté de Canal+, partie prenante à la fusion. Jean-Marie
Messier a dû répondre aux questions du Conseil supérieur de l’au-
formations complémentaires ». Vivendi se dit
toutefois confiant dans l’évolution de la procédure. Ce nouvel épisode illustre les doutes sur
diovisuel (CSA), inquiet du sort réservé à la chaîne cryptée. Destinée à
être démembrée, la partie française,
nommée Canal Plus Programme,
n’était plus qu’une coquille vide,
ayant pour seul actif l’autorisation
d’émettre accordée par le CSA.
Pour obtenir l’agrément de l’autorité de régulation,le PDG de Vivendi a dû modifier le montage de
prise de contrôle de Canal+, et de
donner à Canal Plus Programme
une apparence d’existence autonome (Le Monde du 27 juillet). Pour
que ces changements soient acquis,
l’autorité de régulation a prévu que
« les contrats formels [qui lient Vivendi et Canal Plus Programme] seront annexés à la nouvelle convention
d’émettre de Canal+ qui entrera en
vigueur le 6 décembre 2000 » « Nous
resterons très attentifs aux conditions
d’existence de Canal+ en France. Les
assurances données devront être suivies d’effet de manière continue, sans
quoi nous nous réservons, à tout moment, la faculté de retirer l’autorisation de la chaîne », précise-t-on, désormais, tour Mirabeau. Mais
une fusion qui s’annonce plus difficile que prévu. La Bourse s’interroge toujours sur l’intérêt
économique de l’opération.
d’autres difficultés, hors des procédures réglementaires, existent, plus
préoccupantes encore : le marché
accueille toujours mal le projet de
fusion entre Vivendi et Seagram.
Depuis l’annonce de la fusion le
20 juin, l’action Vivendi a perdu
26,6 % de sa valeur pour tomber à
85,1 euros. Selon les analystes, le
« Trop de flou, trop d’incertitudes
entourent cette opération », déclare
un analyste, qui s’interroge sur les
modalités financières réelles de la
fusion. Au-delà, beaucoup
doutent de l’avenir de ce groupe.
« La Bourse n’a jamais beaucoup
aimé Hollywood. Dans cette fusion,
il y a encore plus de raison de s’inquiéter. Tous les jours, on nous parle
de Napster, de MP3, de piratage de
musique et de films sur Internet.
Toutes les sources de profit futur de
Vivendi Universal semblent compromises par les nouvelles technologies », souligne un analyste.
Ces doutes risquent de peser encore longtemps sur le cours de Vivendi. Le groupe commence à se
préoccuper du décalage instauré
entre l’action Seagram et la
sienne : les parités qui avaient été
arrêtées entre les deux groupes
– entre 0,622 et 0,8 action Vivendi
pour une action Seagram, assorti
d’un mécanisme de révision de
12,5 % en plus ou en moins – sont
dépassées. Au cours actuel, les actionnaires de Seagram perdraient
à l’échange. Un mécanisme d’ajustement semble avoir été prévu si le
cours de Vivendi descend trop. Les
paramètres de révision seraient
triples : le cours de Bourse de Vivendi, le taux de change entre l’euro et le dollar et la parité entre les
cours de Vivendi et de Seagram.
Tous ces critères jouent contre le
groupe français. Si le mouvement
ne s’inverse pas, Jean-Marie Messier risque de se retrouver face à
un dilemme : renoncer à la fusion
ou la faire dans des conditions financières préjudiciables à ses actionnaires.
Depuis l’annonce
de la fusion
le 20 juin, l’action
Vivendi a perdu
26,6 % de sa valeur
cours pourrait descendre à
80 voire 72 euros. « Un tel scénario
ne serait pas « catastrophique »
compte tenu du scepticisme lié au
changement d’orientation stratégique du groupe de Jean-Marie
Messier », écrit le Cerclefinance.
Les majors du disque accusées d’entente sur les prix
Universal Music (Seagram) et les quatre autres plus grands
groupes mondiaux d’édition musicale (Sony Music, BMG Music,
Warner Music et EMI) sont accusés d’entente sur les prix des disques
compact (CD) aux Etats-Unis. Une plainte, déposée mardi 8 août à
New York par 28 Etats américains, reproche aux cinq majors ainsi
qu’à plusieurs magasins de disques d’avoir « conspiré pour fixer le
prix des CD au niveau national », selon un communiqué de l’Attorney
general de l’Etat de New York. Selon une politique dite de « prix publicitaire minimum », les cinq groupes ont proposé de financer les
campagnes publicitaires de leurs détaillants si ceux-ci s’engageaient
à vendre leur CD au-dessus d’un prix plancher. La Federal Trade
Commission a estimé à 480 millions de dollars le surcoût de cette politique pour le consommateur américain sur trois ans. L’autorité
américaine de la concurrence avait signé, en mai 2000, un accord
préliminaire avec ces groupes afin qu’ils cessent ces pratiques.
TABLEAU DE BORD
Martine Orange
et Nicole Vulser
AFFAIRES
a JAPON : le produit intérieur
brut (PIB) a augmenté de 2,5 %
durant le trimestre clos en
mars 2000, a indiqué jeudi 10 août
l’Agence de planification économique (EPA). Cette progression du
PIB, plus forte que prévu, est essentiellement due à la croissance
des investissements des entreprises (+ 4,8 %) et à la croissance
de la demande intérieure brute
(+ 1,7 %). Il s’agit de la plus forte
hausse du PIB depuis le premier
trimestre de 1996.
b ALSTOM : le groupe franco-britannique a annoncé, mercredi
9 août, avoir remporté une
commande de 85 millions d’euros
pour la construction d’une centrale
à cycle combiné en Inde.
a ALLEMAGNE : l’excédent
commercial s’est élevé, en juin, à
13 milliards de marks (6,6 milliards
d’euros), contre 6,8 milliards d’euros au cours du même mois de
1999, a annoncé jeudi l’Office fédéral allemand des statistiques. Le
chiffre de la balance commerciale
de juin est en progression par rapport au mois de mai de cette année, où l’excédent commercial
était de 3,8 milliards d’euros, selon
les chiffres provisoires publiés jeudi par l’Office fédéral allemand des
statistiques.
a Les prix à la consommation
ont progressé de 0,5 % en juillet,
comparé à juin, et de 1,9 % sur un
an (chiffres définitifs), a annoncé
jeudi l’Office des statistiques.
a PÉTROLE : les cours du pétrole ont fortement progressé
mercredi 9 août à New York, et fini
au-dessus de 30 dollars le baril
après une baisse inattendue des
stocks hebdomadaires américains
pour la deuxième semaine consécutive. La demande mondiale de
pétrole en 2001 devrait augmenter
de 1,9 million de barils par jour
(mbj), soit 2,5 %, selon les premières estimations de l’Agence internationale de l’énergie (AIE)
pour 2001 publiées mercredi.
a RUSSIE : un an après sa nomination au poste de premier ministre, Vladimir Poutine, aujourd’hui président, n’a pas réussi
à « redresser l’économie » ni à augmenter les revenus de la population, estiment 65 % de Russes, selon un sondage de l’institut
VTsIOM publié mercredi.
b HYUNDAI : le président de la
section automobile du conglomérat sud-coréen, M. Chung MongKoo, a refusé, jeudi 10 août, de démissionner comme le lui demandaient les créanciers du groupe,
donnant ainsi un coup d’arrêt aux
tentatives de restructuration de
cette société. Le conglomérat a annoncé mercredi qu’il était en train
de préparer un programme de séparation de ses activités automobiles et de construction navale.
FRANCFORT DAX 30
b QUEBECOR : le groupe d’édition et d’impression canadien
pourrait réviser à la hausse, à
40 dollars l’action, selon l’agence
Reuters, son offre d’achat du câbloopérateur québécois Vidéotron,
également convoité par Rogers
Communications.
b COMMERZBANK : la quatrième banque allemande privée
a annoncé, jeudi 10 août, un bénéfice net de 1,095 milliard d’euros
au premier semestre, en hausse de
120,3 % par rapport à la même
période de 1999. Ce résultat, dû notamment à des recettes exceptionnelles, est le meilleur dans l’histoire
de la banque.
LA FUSION, mercredi 9 août, entre Phone.com, la start up américaine
spécialisée dans l’accès et la navigation sur l’Internet mobile et Software.com, spécialiste de l’envoi d’e-mail sur les mobiles, a été saluée
par la communauté financière. Les deux titres ont gagné respectivement 17 % et 32 %. Sur les cours de mercredi soir, l’opération est valorisée à 8,2 milliards de dollars (9,11 milliards d’euros). Les financiers ont
apprécié que Donald Listwin, ancien numéro deux de Cisco, prenne la
tête du nouvel ensemble. Les deux groupes sont très complémentaires
et vont commercialiser des systèmes d’accès et de commerce mobile
auprès de 140 opérateurs téléphoniques et fournisseurs d’accès Internet
à travers le monde. Mais M. Listwin aura la dure tâche de rendre profitable deux start up actuellement lourdement déficitaires. Phone.com a
perdu 265 millions de dollars en 1999-2000 et Software.com a perdu
10,6 millions.
La Cogema reprend
les actifs miniers du BRGM
LA COGEMA et le Bureau de recherches géologiques et minières
(BRGM) ont annoncé, mercredi 9 août, avoir conclu un accord sur les
actifs miniers du BRGM. La Cogema a accepté d’acquérir l’ensemble de
Cominor, la filiale pour les mines d’or du BRGM, pour un montant non
précisé. Ces actifs miniers vont rejoindre le pôle minier de la Cogema,
qui représente 10 % du chiffre d’affaires du groupe.
« Cette transaction concrétise le désengagement du BRGM de l’exploitation
minière » rappelle le communiqué. L’abandon de cette activité, prévue
de longue date, s’est révélée beaucoup plus coûteuse qu’attendue pour
le BRGM, avec la perte notamment de sa participation dans les mines
d’or du Pérou, suite à une rupture de contrat. Après ces errements, le
gouvernement avait décidé, il y a plus d’un an, d’apporter les mines du
BRGM à la Cogema, en même temps que la participation qu’il détenait
dans Eramet, producteur de nickel. (Le Monde du 10 février 1999)
LONDRES
ASIE - PACIFIQUE
FT100
PARIS
CAC 40
6374,10
TOKYO
HONGKONG Hang Seng EURO / YEN
Nikkei
6605,51
15975,65
17333,21
97,28
6626
6673
17701
17920
102,9
7334
6508
6544
17294
17077
101,4
7209
6390
6414
16887
16234
99,9
7084
6271
6285
16481
15390
98,5
6959
6153
6156
16074
14547
97
15667
13704
95,5
6834
6035
[
[
10 M.
Europe
[
26 J.
9 h 57
6027
[
10 A.
10 M.
[
[
26 J.
Indices
se
´lection
f
EURO STOXX 50
EUROPE
EUROPE
STOXX 50
EURO STOXX 324
EUROPE
STOXX 653
PARIS
CAC 40
MIDCAC
SBF 120
SBF 250
SECOND MARCHEÂ
AEX
BEL 20
DAX 30
FTSE 100
STOCK EXCHANGE
MIBTEL 30
SPI
PARIS
PARIS
PARIS
PARIS
AMSTERDAM
BRUXELLES
FRANCFORT
MADRID
MILAN
ZURICH
[
10 A.
[
10 M.
cours
10/08
EUROPE
[
26 J.
Var. %
09/08
5189,86
0,62
4959,15
± 0,05
431,99
0,47
389,38
± 0,13
6605,51
0,54
....
Var. %
31/12
5,82
4,57
3,79
2,61
10,86
....
10,01
....
....
2,23
± 5,09
4,92
± 8,02
± 5,21
10,80
8,86
....
4458,11
0,47
....
....
....
....
686,35
0,36
3170,43
0,17
7300,20
1,02
6374,10
± 0,62
11035
0,76
47632,00
0,49
± 0,06
8241
NEW YORK Dow Jones NEW YORK
10905,83
Nasdaq
4274
10976
EURO / DOLLAR
3853,50
0,903
3830
0,936
10570
3608
0,922
10434
3386
0,908
10299
3164
0,894
[
[
10 M.
Ame
´rique
[
26 J.
9 h 57
´TATS-UNIS
E
´TATS-UNIS
E
´TATS-UNIS
E
TORONTO
SAO PAULO
MEXICO
BUENOS AIRES
SANTIAGO
CARACAS
f
[
9 A.
10 M.
Indices
se
´lection
[
[
26 J.
[
9 A.
[
10 M.
cours
09/08
DOW JONES
S&P 500
NASDAQ COMPOSITE
TSE INDEX
BOVESPA
BOLSA
MERVAL
IPSA GENERAL
CAPITAL GENERAL
26 J.
Var. %
08/08
10905,83
± 0,65
1472,87
± 0,67
3853,50
0,13
10863,01
0,04
16533,67
± 2,08
369,43
± 2,18
496,46
0,37
99,45
0,54
6705,57
± 1,55
[
10 A.
10/08 9 h 57
f
Cours
DOLLAR
.....
107,69500
1,10705
7,26260
0,66724
1,71055
Cours
YEN(100)
0,92855
.....
1,02796
6,74370
0,61960
1,58835
Cours
EURO
0,90330
97,28000
.....
6,55957
0,60265
1,54525
Cours
FRANC
0,13769
14,82500
0,15245
.....
0,09185
0,23560
Cours
LIVRE
1,49870
161,40000
1,65935
10,88445
.....
2,56360
26 J.
9 h 57
f
[
[
10 A.
10 M.
[
Indices
se
´lection
HONGKONG
SINGAPOUR
´OUL
SE
SYDNEY
BANGKOK
BOMBAY
WELLINGTON
[
10 A.
f
Taux
FRANC ......................... 6,55957
DEUTSCHEMARK ......... 1,95583
LIRE ITALIENNE (1000) . 1,93627
PESETA ESPAG. (100) .... 1,66386
ESCUDO PORT. (100).... 2,00482
SCHILLING AUTR. (10).. 1,37603
PUNT IRLANDAISE....... 0,78756
´ERLANDAIS 2,20371
FLORIN NE
FRANC BELGE (10) ....... 4,03399
MARKKA FINLAND....... 5,94573
contre franc
15975,65
± 0,37
17333,21
0,88
2083,59
1,89
92,42
2,83
3275
FRANCE .........
ALLEMAGNE ..
GDE-BRETAG.
ITALIE ............
JAPON............
´TATS-UNIS...
E
SUISSE ...........
PAYS-BAS.......
Taux
j. j.
4,39
4,27
4,65
5,88
5,97
4,27
4,59
0,06
0,11
6,47
6,26
2,62
3,30
4,22
4,59
10 A.
Var. %
31/12
± 15,63
2,19
± 15,97
± 28,92
3,89
± 37,02
± 14,24
± 2,20
0,17
21,88
± 1,49
4292,86
± 0,56
2158,24
0,41
Hors zone Euro
Taux
EURO ........................... 0,15245
DEUTSCHEMARK ......... 3,35385
LIRE ITAL. (1000) .......... 3,38774
PESETA ESPAG. (100) .... 3,94238
ESCUDO PORT. (100).... 3,27190
SCHILLING AUTR. (10).. 4,76703
PUNT IRLANDAISE....... 8,32894
´ERLANDAIS 2,97660
FLORIN NE
FRANC BELGE (10) ....... 1,62607
MARKKA FINLAND. ...... 1,10324
Euro contre
f
09/08
COURONNE DANOISE. 7,4568
´GIENNE 8,0670
COUR. NORVE
´DOISE ........ 8,3125
COUR. SUE
`QUE 35,2970
COURONNE TCHE
DOLLAR AUSTRALIEN . 1,5503
DOLLAR CANADIEN .... 1,3351
´O-ZE
´LAND 1,9855
DOLLAR NE
DRACHME GRECQUE .. 337,1000
FLORINT HONGROIS .. 260,6800
ZLOTY POLONAIS........ 3,9174
Matif
Taux Taux Taux
3 mois 10 ans 30 ans
4,33
f
[
26 J.
Var. %
09/08
Taux de change fixe zone Euro
Euro contre
[
10 M.
cours
10/08
NIKKEI 225
HANG SENG
STRAITS TIMES
COMPOSITE INDEX
ALL ORDINARIES
SET
SENSITIVE INDEX
NZSE-40
TOKYO
[
26 J.
5,31
5,16
5,22
5,53
1,72
5,95
3,97
5,32
5,48
5,35
4,52
5,84
2,30
5,76
4,26
5,47
Cours 9 h 57 f
Volume
10/08
Notionnel 5,5
SEPTEMBRE 2000
19632
Euribor 3 mois
SEPTEMBRE 2000
NC
dernier
prix
87,39
NC
premier
prix
87,50
NC
Retrouvez ces cotations sur le site Web :
www.lemonde.fr/bourse
Var. %
31/12
± 5,14
0,25
± 5,30
29,11
± 3,26
± 8,01
± 9,81
± 30,45
23,76
´s
Cours de change croise
DOLLAR .................
YEN........................
EURO .....................
FRANC ...................
LIVRE .....................
FRANC SUISSE........
Zone Asie
Taux 09/08 f
0,950
10705
[
10 M.
´ re
ˆ t (%)
Taux d’inte
0,964
4052
[
10 A.
AME´ RIQUES
10841
b AMERICAN HOME PRODUCT :
le groupe pharmaceutique américain va vendre près de 50 millions des actions qu’il détient dans
la société de biotechnologie Immunex Corporation, pour 2,7 milliards
de dollars. AHP détient 55 % des
parts d’Immunex.
Phone.com acquiert Software.com
pour 8,2 milliards de dollars
7459
LONDRES
b AIRTOURS : le voyagiste britannique a abandonné ses discussions en vue d’une fusion avec
l’allemand LTU, contrôlé à 49,9 %
par le suisse SairGroup, pour se
concentrer sur l’assainissement de
ses propres activités en Allemagne,
a déclaré un responsable de la
compagnie cité jeudi par le quotidien Financial Times.
LE PROZAC, médicament antidépresseur vedette du groupe pharmaceutique américain Eli Lilly, pourra être commercialisé aux Etats-Unis
sous une forme générique, à compter du mois d’août 2001. Un tribunal
de justice américain, saisi par les laboratoires Barr, un fabricant de génériques, a estimé, mercredi 9 août, qu’Eli Lilly ne pouvait conserver
son brevet exclusif sur l’agent actif du médicament au delà de cette
date.
Le titre du groupe pharmaceutique américain a immédiatement accusé
le coup en cédant 30,9 %, mercredi, à la Bourse de New-York. Cinquième médicament mondial en 1999, avec un chiffre d’affaires réalisé
de 2,9 milliards de dollars, le Prozac a déjà enregistré au premier semestre 2000 une baisse de 9 % de ses ventes à 627,4 millions de dollars.
Le groupe américain prévoit un ralentissement de la croissance de ses
résultats financiers à moins de 10 % jusqu’au deuxième semestre 2002.
En France, le brevet du Prozac expire au premier semestre 2002.
EUROPE
7300,20
ÉCONOMIE
En août 2001, Eli Lilly perdra
le brevet exclusif du Prozac
Cours
FR. S.
0,58461
62,95500
0,64720
4,24540
0,39005
.....
BOURSES
L’INDICE CAC 40 était en légère
hausse de 0,05 %, à 6 573,73 points, à
l’ouverture des transactions jeudi
10 août. C’est la cinquième séance
consécutive de hausse. A Francfort,
l’indice DAX s’appréciait de 0,23 %, à
7 243,41 points. En revanche, l’indice
FT 100 de la Bourse de Londres était
dans le rouge (- 0,44 %), à
6 385,50 points. Jeudi, la Bourse de
Tokyo a terminé la séance en baisse
de 0,37 %, à 15 975,65 points. La
veille, l’indice Dow Jones de la Bourse
de New York avait reculé de 0,65 %,
en clôture, à 10 905,83 points, alors
que l’indice du Nasdaq avait progressé de 0,13 %, à 3 853,50 points, tiré par
les bons résultats de Cisco.
TAUX-CHANGES
L’EURO se redressait légèrement,
jeudi matin 10 août, lors des premières transactions entre banques sur
les places financières européennes. Il
cotait 0,9030 dollar et 97,30 yens,
après être tombé, la veille, à des niveaux de 0,8959 dollar et 97,20 yens,
ses cours les plus bas, depuis deux
mois et demi, face à ces deux devises.
Alors que la monnaie nippone était
soutenue par les anticipations de
hausse des taux au Japon, le dollar
continuait à profiter des gains spectaculaires de productivité aux EtatsUnis au deuxième trimestre, qui
confirment, aux yeux des investisseurs du monde entier, son statut de
devise de la nouvelle économie.
LeMonde Job: WMQ1108--0014-0 WAS LMQ1108-14 Op.: XX Rev.: 10-08-00 T.: 10:58 S.: 111,06-Cmp.:10,11, Base : LMQPAG 27Fap:100 No:0373 Lcp:700 CMYK
14 / LE MONDE / VENDREDI 11 AOÛT 2000
FINANCES ET MARCHÉS
STOXX 653
10/08
10 h 29
f
Code
Cours
% Var.
pays en euros 09/08
AUTOMOBILE
AUTOLIV SDR
BASF AG
BMW
CONTINENTAL AG
DAIMLERCHRYSLER
FIAT
FIAT PRIV.
MICHELIN /RM
PEUGEOT
PIRELLI
DR ING PORSCHE
RENAULT
VALEO /RM
VOLKSWAGEN
SE
BE e
DE e
DE e
DE e
IT e
IT e
FR e
FR e
IT e
DE e
FR e
FR e
DE e
f DJ E STOXX AUTO P
27,55
42
38
19,85
63,10
27,35
16,50
32,70
221
2,86
3450
47,23
52,95
51,95
240,21
....
+ 0,24
+ 1,33
± 0,25
+ 3,44
+ 0,77
± 0,84
+ 3,32
+ 0,87
+ 0,70
±1
+ 0,17
+ 2,32
+ 2,16
+ 1,59
pour leur politique de prix, s’est repris après avoir annoncé qu’il se défendrait « vigoureusement ». Le titre
EMI a gagné 8,3 % à 650 pence.
b Le titre Deutsche Telekom, poids
lourd du Dax allemand, s’est repris à
46,70 euros (+ 4,38 %) mercredi
9 août après avoir abandonné près
de 3 % la veille, les investisseurs
s’inquiétant du niveau élevé atteint
par les enchères de licences de téléphonie mobile de troisième génération (UMTS) en Allemagne, dont le
montant total des offres a franchi
mercredi la barre des 15 milliards
d’euros. L’opérateur de télécommunications a profité de l’annonce du
report de l’entrée en Bourse de sa
filiale de téléphonie mobile T-Mobil
International.
CHIMIE
FR e
NL e
DE e
DE e
GB
DE e
CH
CH
DE e
NL e
CH
GB
FI e
GB
CH
FR e
BE e
BE e
AIR LIQUIDE /RM
AKZO NOBEL NV
BASF AG
BAYER AG
BOC GROUP PLC
CELANESE N
CIBA SPEC CHEM
CLARIANT N
DEGUSSA-HUELS
DSM
EMS-CHEM HOLD A
ICI
KEMIRA
LAPORTE
LONZA GRP N
RHODIA
SOLVAY
TESSENDERLO CHE
f DJ E STOXX CHEM P
137,40
48
42
43,60
16,51
18,05
68,15
391,12
30,30
34,51
4911,61
7,90
5,40
7,69
546,53
16,40
76
41,90
353,41
± 0,07
± 1,40
+ 0,24
± 1,80
± 0,30
+ 3,74
+ 2,18
+ 0,33
+1
± 0,66
± 0,20
± 1,26
± 1,82
....
± 0,12
+ 0,61
+ 0,93
+ 0,12
± 0,76
CONGLOME´RATS
BANQUES
ABBEY NATIONAL
ABN AMRO HOLDIN
ALL & LEICS
ALLIED IRISH BA
ALPHA BANK
B PINTO MAYOR R
BANK AUSTRIA AG
BANK OF IRELAND
BANK OF PIRAEUS
BK OF SCOTLAND
BANKINTER R
BARCLAYS PLC
BAYR.HYPO-U.VER
BCA AG.MANTOVAN
BCA FIDEURAM
BCA INTESA
BCA LOMBARDA
MONTE PASCHI SI
BCA P.BERG.-C.V
BCA P.MILANO
B.P.VERONA E S.
BCA ROMA
BBVA R
ESPIRITO SANTO
BCO POPULAR ESP
BCO PORT ATLANT
BCP R
BIPOP CARIRE
BNL
BNP PARIBAS /RM
BSCH R
CCF /RM
CHRISTIANIA BK
COMIT
COMM.BANK OF GR
COMMERZBANK
CREDIT LYONNAIS
DEN DANSKE BK
DNB HOLDING -ADEUTSCHE BANK N
DEXIA
DRESDNER BANK N
EFG EUROBANK
ERGO BANK
ERSTE BANK
FOERENINGSSB A
HALIFAX GROUP
HSBC HLDG
IKB
KBC BANCASSURAN
LLOYDS TSB
NAT BANK GREECE
NATEXIS BQ POP.
NORDIC BALTIC H
ROLO BANCA 1473
ROYAL BK SCOTL
SAN PAOLO IMI
S-E-BANKEN -ASTANDARD CHARTE
STE GENERAL-A-/
SV HANDBK -ASWEDISH MATCH
UBS N
UNICREDITO ITAL
UNIDANMARK -AXIOSBANK
GB
NL e
GB
GB
GR
PT e
AT e
GB
GR
GB
ES e
GB
DE e
IT e
IT e
IT e
IT e
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PT e
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IT e
FR e
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FR e
NO
IT e
GR
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FR e
DK
NO
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GR
GR
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SE
GB
GB
DE e
BE e
GB
GR
FR e
SE
IT e
GB
IT e
SE
GB
FR e
SE
SE
CH
IT e
DK
GR
f DJ E STOXX BANK P
12,63
27,61
9,07
15,89
38,53
24,52
63,80
11,56
17,80
9,75
46,45
26,65
67,60
8,70
16,81
4,86
9,60
4,46
20,05
7,97
12,60
1,28
16,45
18,75
33,75
4,20
5,75
101,50
4,07
107,60
11,63
162,30
5,97
5,67
45,98
39,65
46,91
136,79
4,87
98,10
161,40
52,50
26,55
20,20
46,90
17,08
9,03
15,42
16,65
52,95
10,19
39,51
83,80
8,24
19,95
21,28
19,11
13,83
15,31
65,90
17,32
3,43
169,01
5,71
85,83
20,17
354,73
+ 0,13
± 0,43
+ 2,26
+ 0,53
+ 0,70
....
± 0,31
....
....
± 0,51
+ 0,41
± 1,36
± 0,59
± 0,80
+ 0,66
± 0,82
± 0,52
± 1,98
± 1,18
± 2,21
± 1,18
....
± 0,66
....
+ 0,75
....
....
....
+ 0,99
± 0,37
± 0,26
± 0,43
....
± 0,35
± 0,58
+ 0,89
+ 0,51
+ 0,99
....
+ 0,87
+ 0,06
+ 1,55
± 0,56
+ 5,26
± 0,72
+ 0,35
+ 1,69
± 0,22
+ 0,91
+ 0,47
± 0,65
+ 0,91
± 0,24
± 0,72
± 0,75
± 1,17
± 0,47
± 0,43
± 0,33
+1
± 2,70
....
+ 0,58
± 0,17
....
....
+ 0,11
PRODUITS DE BASE
ACERALIA
ACERINOX R
ALUMINIUM GREEC
ANGLO AMERICAN
ARJO WIGGINS AP
ASSIDOMAEN AB
BEKAERT
BILLITON
BOEHLER-UDDEHOL
BUNZL PLC
CORUS GROUP
ELVAL
ISPAT INTERNATI
JOHNSON MATTHEY
MAYR-MELNHOF KA
METSAE-SERLA -B
HOLMEN -BOUTOKUMPU
PECHINEY-ARAUTARUUKKI K
RIO TINTO
SIDENOR
SILVER & BARYTE
SMURFIT JEFFERS
STORA ENSO -ASTORA ENSO -RSVENSKA CELLULO
THYSSENKRUPP
UNION MINIERE
UPM-KYMMENE COR
USINOR
VIOHALCO
VOEST-ALPINE ST
f DJ E STOXX BASI P
ES e
ES e
GR
GB
GB
SE
BE e
GB
AT e
GB
GB
GR
NL e
GB
AT e
FI e
SE
FI e
FR e
FI e
GB
GR
GR
GB
FI e
FI e
SE
DE e
BE e
FI e
FR e
GR
AT e
9,27
33,60
41,62
54,53
4,33
16,60
54,90
4,23
36,25
6,24
1,37
3,95
7,30
15,36
50,10
8,10
25,98
10,50
49,81
4,55
18,37
4,54
30,98
2,02
10,50
10,35
24,30
18,50
40,70
28,40
12,41
9,73
31,99
168,05
+ 0,22
± 0,18
± 1,16
± 1,51
....
± 1,08
+ 0,83
....
+ 0,69
....
+ 1,23
± 1,85
± 1,35
+ 0,22
± 0,79
± 2,99
+ 0,47
± 0,19
+ 0,02
....
± 0,09
± 1,92
....
....
....
+ 1,47
± 0,98
+ 0,82
+ 1,24
+ 1,07
± 0,40
+ 0,31
+ 1,56
+ 0,50
CGIP /RM
CHRISTIAN DIOR
D’IETEREN SA
AZEO
GBL
GEVAERT
HAGEMEYER NV
INCHCAPE
INVESTOR -AINVESTOR -BMYTILINEOS
NORSK HYDRO
UNAXIS HLDG N
ORKLA
SONAE SGPS
TOMKINS
E.ON AG
FR e
FR e
BE e
FR e
BE e
BE e
NL e
GB
SE
SE
GR
NO
CH
NO
PT e
GB
DE e
f DJ E STOXX CONG P
46
67,85
265
68,95
304,10
48,55
31,93
4,68
15,40
15,94
8,47
44,81
272,29
20,70
1,75
3,88
58,65
329,98
+ 0,11
± 1,09
+ 0,04
± 0,07
+ 1,71
....
± 0,37
± 3,11
± 1,16
± 0,38
± 0,52
....
+ 0,36
....
....
+ 0,87
± 0,42
....
sur 5 jours
389,38
405
382
359
336
314
291
[
[
ÃT
10 AOU
DT.LUFTHANSA N
ELECTROLUX -BEM.TV & MERCHAN
EMI GROUP
ENDEMOL ENTER
EURO DISNEY /RM
GRANADA GROUP
HERMES INTL
HPI
KLM
HILTON GROUP
LVMH / RM
MEDION
MOULINEX /RM
PERSIMMON PLC
PREUSSAG AG
RANK GROUP
RYANAIR HLDGS
SAIRGROUP N
SAS DANMARK A/S
SEB /RM
SODEXHO ALLIANC
TELE PIZZA
THE SWATCH GRP
THE SWATCH GRP
VOLVO -AVOLVO -BWW/WW UK UNITS
WILSON BOWDEN
WM-DATA -BWOLFORD AG
f DJ E STOXX CYC GO P
25,50
16,30
59,73
10,94
138
0,63
10,12
136,30
1,42
31,45
4
96
113
4,88
3,45
35,60
2,69
9,30
188,76
9,52
58
180
6,29
1544,39
312,12
18,53
19,07
1,16
9,59
5,09
30
195,67
....
....
+ 1,24
+ 0,62
....
+ 1,61
....
± 0,87
+ 1,43
+ 3,62
+ 1,27
± 0,21
....
+ 0,62
± 0,48
± 0,42
± 2,42
....
+ 0,52
+ 1,98
± 0,77
+ 0,17
+ 1,29
+ 0,85
....
....
....
....
....
....
+ 2,39
+ 0,16
[
[
[
[
[
[
V
L
M
M
J
ÃT
10 AOU
ALIMENTATION ET BOISSON
VA TECHNOLOGIE
VEDIOR NV
PHARMACIE
GB
GB
GB
AT e
AT e
GB
DK
DK
GB
DK
FR e
GR
GB
GR
FR e
NL e
GR
GR
DE e
GB
IT e
CH
NL e
IT e
FR e
FI e
GB
GB
GB
GB
NL e
GB
GB
f DJ E STOXX F & BV P
DE e
102,80 + 1,28
GB
47,69 ± 3,39
FR e
82,05 ± 1,80
CH
1181,77 + 0,55
GB
31,25 ± 3,01
CH
1682,32 ± 0,92
DK
225,30 ± 2,33
± 0,94
FI e
21
NL e
53,38 + 0,72
CH 11947,16 + 1,37
CH 10522,57 ± 0,91
FR e
55,90 ± 2,02
DE e
64,15 ± 1,31
GB
14,19 ± 1,97
BE e
43,35 ± 1,43
541,16 ± 1,15
f DJ E STOXX HEAL
ALTANA AG
ASTRAZENECA
AVENTIS /RM
BB BIOTECH
GLAXO WELLCOME
NOVARTIS N
NOVO NORDISK B
ORION B
QIAGEN NV
ROCHE HOLDING
ROCHE HOLDING G
SANOFI SYNTHELA
SCHERING AG
SMITHKLINE BEEC
UCB
5,65
7,06
11,44
50,20
50,60
7,18
40,23
36,88
1,64
37,68
152,10
15,72
10,14
22,25
104,20
42,05
15,13
12,74
27,70
23,25
2,18
2240,50
47,90
1,69
58,50
2,04
8,20
7,80
4,85
5,04
52,05
7,09
8,80
237,35
....
....
± 3,66
....
....
± 0,46
....
....
....
± 1,75
± 0,26
+ 0,38
+ 0,33
....
± 0,29
+ 0,12
+ 4,08
± 0,12
± 0,18
....
....
± 0,17
+ 0,19
± 1,74
+ 0,52
+2
+ 2,30
....
± 1,69
....
± 1,23
± 0,47
....
+ 0,05
BIENS D’E´QUIPEMENT
ABB N
ADECCO N
ALSTOM
ALUSUISSE GRP N
ASSA ABLOY-BASSOC BR PORTS
ATLAS COPCO -AATLAS COPCO -BATTICA ENTR SA
BAA
BBA GROUP PLC
BRISA AUTO-ESTR
CIR
CH
CH
FR e
CH
SE
GB
SE
SE
GR
GB
GB
PT e
IT e
128,38
844,40
26,57
756,98
21,17
5,45
23,58
22,38
9,63
9,07
8
9,60
3,75
+ 0,51
± 0,46
± 0,08
± 0,93
....
....
± 0,25
+ 0,27
± 1,67
....
....
....
....
Â)
(Publicite
TE´LE´COMMUNICATIONS
EIRCOM
BRITISH TELECOM
CABLE & WIRELES
DEUTSCHE TELEKO
E.BISCOM
ENERGIS
EQUANT NV
EUROPOLITAN HLD
FRANCE TELECOM
HELLENIC TELE (
HELS.TELEPH E
KONINKLIJKE KPN
LIBERTEL NV
MANNESMANN N
MOBILCOM
PANAFON HELLENI
PORTUGAL TELECO
SONERA
SWISSCOM N
TELE DANMARK -B
TELECEL
TELECOM ITALIA
TELECOM ITALIA
TELEFONICA
TIM
TISCALI
VERSATEL TELECO
VODAFONE GROUP
IR e
GB
GB
DE e
IT e
GB
DE e
SE
FR e
GR
FI e
NL e
NL e
DE e
DE e
GR
PT e
FI e
CH
DK
PT e
IT e
IT e
ES e
IT e
IT e
NL e
GB
f DJ E STOXX TCOM P
2,52
14,34
18,94
47,40
169,50
46
46
11,13
137,50
22,81
102,60
105,70
16,80
257
121,50
11,87
11,89
40,25
360,68
65,98
15,81
14,34
6,92
24,73
10,37
50
34,50
4,60
993,48
....
+ 0,35
± 1,57
+ 1,61
+ 0,18
....
....
....
± 0,22
+ 0,98
....
....
+ 1,20
± 0,19
± 3,34
+ 0,13
....
+ 1,13
+ 0,18
± 0,61
....
+ 0,63
+ 0,73
+ 3,08
+ 2,07
+ 0,20
± 3,50
± 1,79
+ 0,92
38,10
6,88
19,76
15,74
8,48
7,03
62,30
4,73
9,60
30,03
23,45
67,10
8,26
7,83
18,50
112,50
13,10
6,89
67,50
21,95
21,11
28,05
1327,46
132,10
10,22
86,85
6,39
1,67
12,36
163
36,93
2,39
137
38,59
24,05
6,14
225,72
....
+ 1,31
+ 3,46
+ 0,51
± 0,12
± 0,47
+ 1,05
....
+ 0,21
....
....
+ 2,05
+ 0,61
+ 0,38
± 0,54
+ 0,36
+ 0,23
± 0,24
+ 0,75
± 2,63
± 2,53
....
± 0,49
± 0,15
....
± 0,63
± 2,05
+ 1,01
+ 0,27
....
+ 0,49
+ 0,70
+ 0,22
+ 0,12
....
....
+ 0,35
CONSTRUCTION
ACCIONA
AKTOR SA
UPONOR -AAUMAR R
ACESA R
BLUE CIRCLE IND
BOUYGUES /RM
BPB
BUZZI UNICEM
CRH PLC
CIMPOR R
COLAS /RM
GRUPO DRAGADOS
FERROVIAL AGROM
FCC
GROUPE GTM
GRUPO FERROVIAL
HANSON PLC
HEIDELBERGER ZE
HELL.TECHNODO.R
HERACLES GENL R
HOCHTIEF ESSEN
HOLDERBANK FINA
IMERYS /RM
ITALCEMENTI
LAFARGE /RM
MICHANIKI REG.
PILKINGTON PLC
RMC GROUP PLC
SAINT GOBAIN /R
SKANSKA -BTAYLOR WOODROW
TECHNIP /RM
TITAN CEMENT RE
WIENERB BAUSTOF
WILLIAMS
ES e
GR
FI e
ES e
ES e
GB
FR e
GB
IT e
GB
PT e
FR e
ES e
ES e
ES e
FR e
ES e
GB
DE e
GR
GR
DE e
CH
FR e
IT e
FR e
GR
GB
GB
FR e
SE
GB
FR e
GR
AT e
GB
f DJ E STOXX CNST P
CONSOMMATION CYCLIQUE
ACCOR /RM
ADIDAS-SALOMON
AGFA-GEVAERT
AIR FCE
AIRTOURS PLC
ALITALIA
AUSTRIAN AIRLIN
AUTOGRILL
BANG & OLUFSEN
BENETTON GROUP
BRITISH AIRWAYS
BULGARI
CLUB MED. /RM
COMPASS GRP
FR e
DE e
BE e
FR e
GB
IT e
AT e
IT e
DK
IT e
GB
IT e
FR e
GB
46,57
55
28,30
20,22
4,95
2,08
13,95
13,04
44,93
2,18
6,44
13,56
135,90
13,33
± 0,83
± 0,90
+ 0,18
± 1,56
± 1,33
+ 0,48
± 0,36
± 0,84
± 2,90
+ 0,46
± 2,28
± 0,29
....
....
[
 V.
8 FE
AT e
NL e
f DJ E STOXX IND GO P
57,40 + 0,17
14,05 + 20,60
572,56 + 0,08
ASSURANCES
AEGIS GROUP
AEGON NV
AGF /RM
ALLEANZA ASS
ALLIANZ N
ALLIED ZURICH
ASR VERZEKERING
AXA /RM
BALOISE HLDG N
BRITANNIC
CGNU
CNP ASSURANCES
CORP MAPFRE R
ERGO VERSICHERU
ETHNIKI GEN INS
EULER
CODAN
FORTIS (B)
GENERALI ASS
GENERALI HLD VI
INTERAM HELLEN
IRISH LIFE & PE
FONDIARIA ASS
LEGAL & GENERAL
MEDIOLANUM
MUENCH RUECKVER
NORWICH UNION
POHJOLA YHTYMAE
PRUDENTIAL
RAS
ROYAL SUN ALLIA
SAMPO -ASWISS RE N
SEGUROS MUNDIAL
SKANDIA INSURAN
STOREBRAND
SUN LF & PROV H
SWISS LIFE REG
TOPDANMARK
ZURICH ALLIED N
GB
NL e
FR e
IT e
DE e
GB
NL e
FR e
CH
GB
GB
FR e
ES e
DE e
GR
FR e
DK
BE e
IT e
AT e
GR
GB
IT e
GB
IT e
DE e
GB
FI e
GB
IT e
GB
FI e
CH
PT e
SE
NO
GB
CH
DK
CH
3,03 + 1,12
79,45 ....
55,50 ± 1,25
14,01 ± 1,68
+ 0,26
384
14,67 ± 0,57
59,10 ± 0,34
165,70 + 0,73
1097,58 ± 0,29
15,31 ....
18,17 ± 1,09
± 1,33
37
16,46 ± 0,96
128,50 ....
24,62 ....
50,30 ± 0,40
69,06 ....
33,90 ± 0,18
36,30 + 0,41
± 1,03
193
17,65 ± 12,11
8,70 ....
5,66 ± 0,35
2,86 ± 2,29
18,40 + 0,11
+ 0,91
334
8,30 ....
45
....
15,96 ± 0,31
13,53 ± 0,59
7,69 ± 0,65
± 2,17
45
2349,28 ± 0,14
51,11 ....
20,99 ± 6,18
8,68 ....
8,43 ....
846,34 + 0,15
19,45 ....
611,93 ....
437,38 + 0,24
GB
FR e
GB
NL e
GB
GB
IT e
FR e
IR e
FR e
IT e
GB
GB
GB
GB
FR e
GB
NL e
NL e
NL e
GB
19,92 ....
169,40 + 1,62
12,71 ± 0,39
13,51 ± 0,66
19,57 + 2,18
36,80 ....
14,60 + 1,39
24,37 + 4,15
3,50 ....
69,90 + 1,01
17,54 + 1,21
29,64 ± 11,40
9,59 + 1,24
21,16 ± 0,47
2,81 ....
79,50 ± 0,75
14,02 ± 0,71
27,12 ± 2,09
± 0,58
60
24,15 ± 0,21
15,17 ± 0,87
523,36 + 0,30
f DJ E STOXX INSU P
MEDIAS
B SKY B GROUP
CANAL PLUS /RM
CARLTON COMMUNI
ELSEVIER
EMAP PLC
DAILY MAIL & GE
GRUPPO L’ESPRES
HAVAS ADVERTISI
INDP NEWS AND M
LAGARDERE SCA N
MEDIASET
PEARSON
REED INTERNATIO
REUTERS GROUP
TELEWEST COMM.
TF1
UNITED NEWS & M
UNITED PAN-EURO
VNU
WOLTERS KLUWER
WPP GROUP
f DJ E STOXX MEDIA P
BIENS DE CONSOMMATION
E´NERGIE
BG
BP AMOCO
BURMAH CASTROL
CEPSA
COFLEXIP /RM
DORDTSCHE PETRO
ENI
ENTERPRISE OIL
HELLENIC PETROL
LASMO
OMV AG
PETROLEUM GEO-S
REPSOL
ROYAL DUTCH CO
SAIPEM
SHELL TRANSP
TOTAL FINA ELF/
GB
GB
GB
ES e
FR e
NL e
IT e
GB
GR
GB
AT e
NO
ES e
NL e
IT e
GB
FR e
f DJ E STOXX ENGY P
5,60
9,85
27,94
9,30
130,90
56,35
6,18
9,02
10,09
2,22
80
18,66
21,58
66,55
6,45
9,37
168,50
358,83
....
+ 0,17
....
± 1,06
+ 1,47
....
....
+ 0,37
± 0,15
+ 1,53
+ 0,19
....
+ 1,94
+ 1,06
± 0,15
+ 0,90
+ 0,96
+ 0,91
SERVICES FINANCIERS
3I
ALMANIJ
ALPHA FINANCE
AMVESCAP
BHW HOLDING AG
BPI R
BRITISH LAND CO
CANARY WHARF GR
CAPITAL SHOPPIN
CLOSE BROS GRP
COMPART
COBEPA
CONSORS DISC-BR
CORP FIN ALBA
CS GROUP N
DEPFA-BANK
DIREKT ANLAGE B
EURAFRANCE /RM
FORTIS (B)
FORTIS (NL)
GECINA /RM
GIMV
HAMMERSON
ING GROEP
REALDANMARK
LAND SECURITIES
LIBERTY INTL
MARSCHOLLEK LAU
MEDIOBANCA
MEPC PLC
METROVACESA
PROVIDENT FIN
RODAMCO CONT. E
RODAMCO NORTH A
SCHRODERS
SIMCO N /RM
SLOUGH ESTATES
UNIBAIL /RM
VALLEHERMOSO
WCM BETEILIGUNG
WOOLWICH PLC
f DJ E STOXX FINS P
GB
BE e
GR
GB
DE e
PT e
GB
GB
GB
GB
IT e
BE e
DE e
ES e
CH
DE e
DE e
FR e
BE e
NL e
FR e
BE e
GB
NL e
DK
GB
GB
DE e
IT e
GB
ES e
GB
NL e
NL e
GB
FR e
GB
FR e
ES e
DE e
GB
25,46
49,72
50,43
20,49
25,80
3,86
7,09
7,46
7,06
18,25
1,72
73,65
105,50
27,75
243,15
105,90
46,30
540
33,90
34
104,70
69
7,19
74,54
31,78
13,15
8,73
153
11,23
9,20
17,98
14,84
43,30
48,10
16,93
72,20
6,12
155,80
6,60
31,55
5,67
300,02
....
± 0,36
± 2,86
+ 0,08
+ 0,39
....
+ 0,95
± 0,45
....
+ 2,44
....
+ 0,14
± 0,84
....
± 0,40
+ 0,19
+ 0,54
± 0,92
± 0,18
± 0,32
± 0,19
....
....
± 0,28
....
....
....
+ 1,32
+ 0,09
....
....
± 0,34
+ 0,70
± 1,43
....
+ 1,55
....
± 0,13
± 0,75
+ 0,64
± 0,59
± 0,14
CAPITA GRP
CDB WEB TECH IN
CMG
COOKSON GROUP P
DAMPSKIBS -ADAMPSKIBS -BDAMSKIBS SVEND
ELECTROCOMPONEN
EUROTUNNEL /RM
GROUP 4 FALCK
FINNLINES
FKI
FLS IND.B
FLUGHAFEN WIEN
GKN
HALKOR
HAYS
HEIDELBERGER DR
HUHTAMAEKI VAN
IFIL
IMI PLC
INDRA SISTEMAS
IND.VAERDEN -AISS
KINNEVIK -BKOEBENHAVN LUFT
KONE B
LEGRAND /RM
LINDE AG
MAN AG
MG TECHNOLOGIES
METRA A
METSO
MORGAN CRUCIBLE
NETCOM -BEXEL
NKT HOLDING
EXEL
PARTEK
PENINS.ORIENT.S
PREMIER FARNELL
RAILTRACK
RANDSTAD HOLDIN
RATIN -ARATIN -BRENTOKIL INITIA
REXAM
REXEL /RM
RHI AG
RIETER HLDG N
DRESDNER TIGER
SAURER ARBON N
SCHNEIDER ELECT
SEAT-PAGINE GIA
SECURICOR
SECURITAS -BSGL CARBON
SHANKS GROUP
SIDEL /RM
INVENSYS
SINGULUS TECHNO
SKF -BSOPHUS BEREND SULZER FRAT.SA1
T.I.GROUP PLC
TOMRA SYSTEMS
GB
27,28 ....
IT e
11,93 ± 0,17
GB
65,91 ....
GB
3,45 ....
DK 10862,57 + 1,25
DK 12069,52 ....
DK 16629,12 ± 0,80
GB
12,13 ....
FR e
1,06 ± 0,93
DK
170,05 + 0,63
FI e
22,48 ....
GB
3,85 ....
DK
17,43 ± 1,52
e
AT
36,50 ± 0,84
GB
14,72 ± 0,68
GR
4,81 ± 1,22
GB
6,61 + 0,77
DE e
68,50 ± 0,36
FI e
32,50 ± 1,52
IT e
8,69 ....
GB
3,76 ....
ES e
23,90 ± 0,95
SE
27,19 ....
DK
83,55 ± 0,64
SE
28,69 + 0,42
DK
92,53 ....
FI e
74,50 ....
+ 0,17
FR e
239
DE e
46,50 ....
DE e
32,25 + 0,16
DE e
14,45 ± 0,34
FI e
19
....
FI e
12,20 + 1,67
GB
4,01 ....
SE
60,99 ....
GB
5,77 ....
DK
250,78 ± 2,86
GB
18,58 ± 2,88
FI e
13,60 + 4,62
GB
9,08 ± 0,73
GB
8,26 ± 1
GB
17,43 ± 0,57
NL e
39,45 ± 0,13
DK
79,93 ....
DK
84,49 ....
GB
2,53 ± 0,66
GB
4,33 ± 0,38
FR e
91,45 ± 0,60
AT e
23,50 ± 1,26
CH
373,63 ± 0,52
SE
....
....
CH
676,68 ± 0,48
e
FR
76,50 ± 1,29
IT e
2,34 ....
GB
2,22 + 1,53
SE
24,66 ± 0,49
DE e
78,50 ± 0,38
GB
3,90 + 4,95
± 0,62
FR e
80
GB
4,32 + 0,78
DE e
120,50 ....
SE
16,18 ± 0,37
DK
19,85 ....
CH
791,30 + 0,99
GB
6,06 ....
NO
31,98 ....
sur 5 jours
5189,86
[
ALLIED DOMECQ
ASSOCIAT BRIT F
BASS
BBAG OE BRAU-BE
BRAU-UNION
CADBURY SCHWEPP
CARLSBERG -BCARLSBERG AS -A
COCA-COLA BEVER
DANISCO
DANONE /RM
DELTA HOLDINGS
DIAGEO
ELAIS OLEAGINOU
ERID.BEGH.SAY /
HEINEKEN HOLD.N
HELLENIC BOTTLI
HELLENIC SUGAR
KAMPS
KERRY GRP-AMONTEDISON
NESTLE N
KONINKLIJKE NUM
PARMALAT
PERNOD RICARD /
RAISIO GRP -VSCOTT & NEWCAST
SOUTH AFRICAN B
TATE & LYLE
UNIGATE PLC
UNILEVER
UNILEVER
WHITBREAD
sur 1an
5472
5084
4697
4310
3922
3535
ÃT
10 AOU
 V.
8 FE
DE e
SE
DE e
GB
NL e
FR e
GB
FR e
IT e
NL e
GB
FR e
DE e
FR e
GB
DE e
GB
IE
CH
DK
FR e
FR e
ES e
CH
CH
SE
SE
IR e
GB
SE
AT e
EURO STOXX50
AHOLD
ALTADIS -AATHENS MEDICAL
AVIS EUROPE
AUSTRIA TABAK A
BEIERSDORF AG
BIC /RM
BRIT AMER TOBAC
CASINO GP /RM
CFR UNITS -ADELHAIZE
ESSILOR INTL /R
COLRUYT
FREESERVE
FRESENIUS MED C
GALLAHER GRP
GIB
GIVAUDAN N
IMPERIAL TOBACC
JERONIMO MARTIN
KESKO -BL’OREAL /RM
MORRISON SUPERM
HENKEL KGAA VZ
RECKITT BENCKIS
SAFEWAY
SAINSBURY J. PL
SMITH & NEPHEW
STAGECOACH HLDG
TERRA NETWORKS
TESCO PLC
TNT POST GROEP
T-ONLINE INT
WORLD ONLINE IN
NL e
ES e
GR
GB
AT e
DE e
FR e
GB
FR e
CH
BE e
FR e
BE e
GB
DE e
GB
BE e
CH
GB
PT e
FI e
FR e
GB
DE e
GB
GB
GB
GB
GB
ES e
GB
NL e
DE e
NL e
f DJ E STOXX N CY G P
31,38
16,41
11,72
3,08
39,25
110
57,90
7,31
107,50
3179,43
67
316,50
44,75
7,59
94,50
6,57
38,87
325,07
11,76
16,35
11,20
88,30
2,51
66,70
13,22
4,90
5,30
4,15
1,39
41,62
3,73
26,41
29,35
12,50
482,83
+ 0,58
± 0,55
± 1,74
± 0,54
+ 1,29
+ 0,92
± 0,17
+ 0,92
+ 0,66
± 0,71
+ 0,07
± 0,53
+ 0,49
....
+ 1,07
....
± 0,33
± 0,40
....
....
± 2,61
+ 0,46
± 1,96
± 0,15
± 0,50
± 0,68
....
....
+ 2,47
+ 1,27
± 1,76
+ 0,15
+ 0,86
+ 2,04
+ 0,26
COMMERCE DISTRIBUTION
AVA ALLG HAND.G
BOOTS CO PLC
BUHRMANN NV
CARREFOUR /RM
CASTO.DUBOIS /R
CENTROS COMER P
CONTINENTE
DIXONS GROUP
GEHE AG
GREAT UNIV STOR
GUCCI GROUP
HENNES & MAURIT
KARSTADT QUELLE
KINGFISHER
MARKS & SPENCER
METRO
NEXT PLC
PINAULT PRINT./
VALORA HLDG N
VENDEX KBB NV
W.H SMITH
WOLSELEY PLC
DE e
GB
NL e
FR e
FR e
ES e
ES e
GB
DE e
GB
NL e
SE
DE e
GB
GB
DE e
GB
FR e
CH
NL e
GB
GB
f DJ E STOXX RETL P
505
8,28
29,90
78
260
14,09
19,30
4,55
39,60
7,28
111
21,17
32
8,95
3,65
46,50
10,72
216,50
297,87
15,98
6,52
5,97
393,38
± 0,98
+ 1,43
± 0,33
± 0,32
± 0,19
+1
+ 1,05
+ 1,12
+ 0,64
± 0,68
+ 0,45
....
± 0,62
+ 0,75
+ 0,93
+ 2,65
....
+ 0,23
± 0,76
± 0,12
....
± 0,83
+ 0,18
HAUTE TECHNOLOGIE
ALCATEL /RM
ALTEC SA REG.
ASM LITHOGRAPHY
BAAN COMPANY
BARCO
BOOKHAM TECHNOL
SPIRENT
BAE SYSTEMS
FR e
GR
NL e
NL e
BE e
GB
GB
GB
81,05
11,42
38,90
2,83
125,70
61,89
17,98
7,23
+ 0,19
± 0,90
± 0,13
....
+ 2,61
....
....
± 0,92
68,9815
62,2615
63,9015
16,8805
10,3505
b L’action Woolwich a figuré mercredi 9 août en tête des hausses de la
Bourse de Londres, bondissant de 72
pence à 341 pence, soit une hausse
de 26,7 %. La banque spécialisée
dans le crédit immobilier pourrait
être rachetée par Barclays, la quatrième banque britannique. Cette
dernière pourrait lancer une offre
amicale d’une valeur de 5,5 milliards
de livres (9,2 milliards d’euros).
b L’action de l’éditeur anglo-néerlandais Reed Elsevier, cotée sur le
marché britannique, a profité de ses
résultats semestriels pour gagner
7,4 % à 566 pence. Le groupe de musique EMI, qui avait souffert mardi
d’informations sur des plaintes de 28
Etats américains contre lui et quatre
autres grands éditeurs de disques
sur 1 an
83,983
60,093
16,683
14,583
66,283
VALEURS EUROPE´ENNES
[
[
[
[
[
[
ÃT
10 AOU
V
L
M
M
J
BULL
CAB & WIRE COMM
CAP GEMINI /RM
COLT TELECOM NE
COMPTEL
DASSAULT SYST./
DIALOG SEMICOND
EADS SICO.
ERICSSON -BF-SECURE
FINMATICA
FINMECCANICA
GAMBRO -AGETRONICS
GN GREAT NORDIC
INFINEON TECHNO
INTRACOM R
LOGICA
MISYS
NOKIA
NYCOMED AMERSHA
OCE
OLIVETTI
ROY.PHILIPS ELE
ROLLS ROYCE
SAGE GRP
SAGEM
SAP AG
SAP VZ
SEMA GROUP
SIEMENS AG N
SMITHS IND PLC
MB SOFTWARE
STMICROELEC SIC
TECNOST
TELE 1 EUROPE
THOMSON CSF /RM
TIETOENATOR
WILLIAM DEMANT
FR e
GB
FR e
GB
FI e
FR e
GB
FR e
SE
FI e
IT e
IT e
SE
NL e
DK
DE e
GR
GB
GB
FI e
GB
NL e
IT e
NL e
GB
GB
FR e
DE e
DE e
GB
DE e
GB
DE e
FR e
IT e
SE
FR e
FI e
DK
f DJ E STOXX TECH P
7,23
14,69
190
31,75
20
90,80
92
18,15
21,05
9
57,75
1,14
8,96
60,85
133,44
72,80
35,09
27,47
11,21
44,70
10,96
15,45
3,84
48,88
4,06
8,35
291,10
202
254,80
17,28
170,20
15,64
13,10
62,60
4,14
13,95
46,90
33
37,55
967,86
± 0,41
....
± 1,86
± 0,11
± 1,96
+ 0,44
....
± 0,49
± 1,13
+ 4,65
+ 0,87
....
....
....
+ 0,10
+ 0,55
+ 0,21
+ 2,11
+ 1,52
+ 0,56
....
± 2,22
+ 0,26
....
+ 0,83
+ 0,81
+ 1,18
± 1,46
+ 0,24
± 1,15
+ 0,41
± 0,21
± 2,31
+ 2,54
+ 0,24
....
+ 0,97
± 0,06
....
+ 0,27
SERVICES COLLECTIFS
AEM
ANGLIAN WATER
BRITISH ENERGY
CENTRICA
EDISON
ELECTRABEL
ELECTRIC PORTUG
ENDESA
ENEL
EVN
FORTUM
GAS NATURAL SDG
IBERDROLA
ITALGAS
NATIONAL GRID G
NATIONAL POWER
OESTERR ELEKTR
POWERGEN
SCOTTISH POWER
SEVERN TRENT
SUEZ LYON EAUX/
SYDKRAFT -ASYDKRAFT -CTHAMES WATER
FENOSA
UNITED UTILITIE
VIAG
VIVENDI/RM
IT e
GB
GB
GB
IT e
BE e
PT e
ES e
IT e
AT e
FI e
ES e
ES e
IT e
GB
GB
AT e
GB
GB
GB
FR e
SE
SE
GB
ES e
GB
DE e
FR e
4,38
10,37
4,27
3,83
10,70
245,60
3,62
22,50
4,34
36
4
18,30
13,16
5,13
9,25
8,08
108,10
9,79
9,17
11,94
183,90
18,65
18,05
14,30
20,65
11,71
22,45
85,80
335,07
+ 1,39
+ 0,65
± 1,16
....
± 0,83
+ 0,04
....
....
....
+ 0,28
+ 2,30
+ 1,39
± 0,30
± 0,39
± 0,72
+ 2,33
± 0,03
+ 0,34
....
± 0,14
+ 0,22
....
....
+ 1,79
± 0,19
± 0,85
....
+ 0,82
+ 0,33
__________________
f DJ E STOXX PO SUP P
EURO
NOUVEAU
MARCHE´
10/08
10 h 29
f
Cours
en euros
% Var.
09/08
AMSTERDAM
AIRSPRAY NV
ANTONOV
C/TAC
CARDIO CONTROL
CSS
HITT NV
INNOCONCEPTS NV
NEDGRAPHICS HOLD
SOPHEON
PROLION HOLDING
RING ROSA
RING ROSA WT
UCC GROEP NV
18,95
0,87
6
4,75
23,90
5,60
21,50
21,50
6,85
94
3,55
0,02
16,80
± 0,52
....
+ 0,84
....
....
± 2,61
....
± 0,46
+ 0,74
....
± 0,56
....
....
BRUXELLES
ARTHUR
ENVIPCO HLD CT
FARDEM BELGIUM B
INTERNOC HLD
INTL BRACHYTHER B
LINK SOFTWARE B
PAYTON PLANAR
ACCENTIS
9
1,04
21
1,50
10,45
7,80
1,35
7,45
....
....
....
....
....
....
....
....
FRANCFORT
UNITED INTERNET
AIXTRON
AUGUSTA TECHNOLOGIE
BB BIOTECH ZT-D
BB MEDTECH ZT-D
BERTRANDT AG
BETA SYSTEMS SOFTWA
CE COMPUTER EQUIPME
CE CONSUMER ELECTRO
CENIT SYSTEMHAUS
DRILLISCH
EDEL MUSIC
ELSA
EM.TV & MERCHANDI
EUROMICRON
GRAPHISOFT NV
HOEFT & WESSEL
HUNZINGER INFORMAT
INFOMATEC
INTERSHOP COMMUNICA
KINOWELT MEDIEN
LHS GROUP
LINTEC COMPUTER
19
171
122,50
118
14,20
10,45
9,40
167
129,20
30
7,10
16,30
45,50
59,73
24
19,53
16,50
7
8,30
372
41,25
40
37,60
± 0,11
± 2,56
....
± 1,67
+ 1,43
± 1,42
....
± 0,60
± 1,37
....
± 0,42
+ 1,88
± 1,09
+ 1,24
....
+ 2,79
± 4,62
± 2,10
+ 1,22
± 3,33
± 2,25
....
± 0,34
e CODES PAYS ZONE EURO
FR : France - DE : Allemagne - ES : Espagne
IT : Italie - PT : Portugal - IR : Irlande
LU : Luxembourg - NL : Pays-Bas - AT : Autriche
FI : Finlande - BE : Belgique.
CODES PAYS HORS ZONE EURO
`ge - DK : Danemark
CH : Suisse - NO : Norve
`de.
GB : Grande-Bretagne - GR : Gre`ce - SE : Sue
LeMonde Job: WMQ1108--0015-0 WAS LMQ1108-15 Op.: XX Rev.: 10-08-00 T.: 10:58 S.: 111,06-Cmp.:10,11, Base : LMQPAG 27Fap:100 No:0374 Lcp:700 CMYK
FINANCES ET MARCHÉS
VALEURS FRANC¸AISES
b Le cours de Bourse de France Télécom a débuté la
séance du jeudi 10 août sur une baisse de 0,94 %. L’opérateur téléphonique a publié dans la matinée un chiffre
d’affaires semestriel en hausse de 18,1 %, à 15,32 milliards d’euros, une progression plus forte que prévu par
le marché.
b L’action Wanadoo, filiale de France Télécom spécialisée dans l’accès Internet, a gagné 1,04 % à l’ouverture
des transactions après l’annonce par la société qu’elle
détenait 1,385 million d’abonnés à la fin du mois de
juin, contre 700 000 fin juin 1999.
b Le titre Eurotunnel a reculé de 1,87 % jeudi matin. La
direction a annoncé, avant l’ouverture du marché,
avoir conclu des contrats à terme destinés à couvrir les
deux tiers de sa dette junior contre une éventuelle
hausse des taux d’intérêt durant la période 2004-2009.
b Le titre Société générale a gagné 0,54 % en réaction
à l’acquisition de la banque britannique Woolwich par
sa compatriote la Barclays. Le mouvement de concentration dans le secteur bancaire européen se poursuit.
b L’action Havas Advertising a débuté la séance du
jeudi par une hausse de 6,84 %. Le groupe de publicité
a publié un chiffre d’affaires semestriel en hausse de
38,8 %. La veille, le titre avait déjà gagné 7,83 % après la
confirmation de discussions en vue d’acquérir l’agence
britannique Snyder.
______________________________
RE`GLEMENT MENSUEL
JEUDI 10 AOUÃT
Cours releve´s a` 9 h 57
Liquidation : 24 aou
Ãt
France
Pre´ce´dent
en euros
f
Cours
en euros
140,40
147,60
337
158
155
46,96
56,20
20,54
137,50
80,90
26,59
235
103,50
83,55
164,50
114,50
69
BNPPARIBAS(TP)84 ........
CR.LYONNAIS(TP) L .......
RENAULT (T.P.)...............
SAINT GOBAIN(T.P.........
THOMSON S.A (T.P) .......
ACCOR ............................
AGF .................................
AIR FRANCE GPE NO .....
AIR LIQUIDE ...................
ALCATEL .........................
ALSTOM..........................
ALTRAN TECHNO. # .......
ATOS CA..........................
AVENTIS..........................
AXA ..................................
BAIL INVESTIS.................
AZEO(EXG.ET EAUX) .......
920,96
147,50
967,54
337
2210,58
159
1042,97
155
1016,73
46,58
305,54
55,60
364,71
20,25
132,83
137,40
901,28
80,90
530,67
26,58
174,35
1541,50
102,50
672,36
82,50
541,16
164,70
1080,36
114,30
749,76
68,90
451,95
NOUVEAU
MARCHE´
MERCREDI 9 AOUÃT
Cours releve´s a` 18 h 07
Valeurs
Cours
en euros
f
ABEL GUILLEM.....
AB SOFT ...............
ACCESS COMME ..
ADL PARTNER......
ALGORIEL #..........
ALPHAMEDIA .......
ALPHA MOS #.......
ALTAMIR & CI ......
ALTAMIR BS 9 ......d
ALDETA ................
ALTI #...................
A NOVO # .............
ARTPRICE COM....
ASTRA ..................
ATN......................d
AUFEMININ.CO....
AUTOMA TECH ....
AVENIR TELEC......
AVENIR TELEC......
BAC MAJESTIC .....
BARBARA BUI.......
BCI NAVIGATI ......
BELVEDERE ..........
BOURSE DIREC ....
BRIME TECHNO...
BUSINESS INT......
BVRP ACT.DIV ......
CAC SYSTEMES ....
CAST ....................
Cours
en francs
18
118,07
7,60
49,85
30,01
196,85
21,79
142,93
18,55
121,68
6,70
43,95
6,15
40,34
190
1246,32
15,10
99,05
7,85
51,49
22,20
145,62
220
1443,11
25
163,99
1,87
12,27
4
26,24
7,60
19
49,85
124,63
13,65
89,54
5,10
33,45
15,20
99,71
9,99
65,53
28,35
185,96
63,95
419,48
10,60
69,53
49,50
324,70
9,50
62,32
49,40
324,04
9,30
43
61
282,06
....
± 0,07
....
+ 0,63
....
± 0,81
± 1,07
± 1,41
± 0,07
....
± 0,04
....
± 0,97
± 1,26
+ 0,12
± 0,17
± 0,14
145,50
147,50
339,99
166
159,90
45,79
54,10
19,30
134,10
77,90
29,90
217,20
108
74,95
159
113
66,70
Cours
en francs
140,40
235
% Var.
veille
Compensation
(1)
% Var.
veille
+ 5,76
± 7,54
+ 0,03
± 0,27
+ 9,12
± 4,29
± 3,61
+ 2,70
....
....
+ 16,84
± 2,65
+ 8,89
....
....
....
+ 4,97
± 1,80
± 13,41
+ 1,33
± 0,10
+ 6,58
± 1,46
± 0,84
+ 0,51
+ 9,20
+ 0,82
± 2,11
± 2,47
CEREP...................
CHEMUNEX # .......
CMT MEDICAL......
COALA #................
COHERIS ATIX ......
COIL .....................
CONSODATA #......
CONSORS FRAN ...
CROSS SYSTEM ....
CRYO # .................
CYBERDECK # .......
CYBER PRES.P ......
CYBERSEARCH......
CYRANO #.............
DALET #................
DATATRONIC .......
DESK #..................
DESK BS 98 ...........
DEVOTEAM # ........
DMS #...................
D INTERACTIV ......
DIOSOS #..............
DURAND ALLIZ ....
DURAN DUBOI .....
DURAN BS 00 .......
EFFIK # .................
EGIDE # ................
EMME(JCE 1/1 .......
ESI GROUP ...........
ESKER ...................
EUROFINS SCI ......
EURO.CARGO S.....
EUROPSTAT # .......
FIMATEX # ............
FI SYSTEM # .........
FLOREANE MED ...
GAMELOFT COM ..
GAUDRIOT #.........
GENERIX # ............
GENESYS #............
GENESYS BS00......
GENSET ................
GL TRADE # ..........
SICAV et FCP
Une seÂlection.
´metteurs
E
Cours de cloˆture le 9 aouˆt
f
Valeurs unitaires e
Euros
francsee
Date
cours
AGIPI
AGIPI AMBITION (AXA) ........
AGIPI ACTIONS (AXA)...........
30,52
200,20
33,78
221,58
BNP
BNP
BNP
BNP
BNP
BNP
BNP
BNP
BNP
BNP
´ COURT TERME .
MONE
´ PLACEMENT C ..
MONE
´ PLACEMENT D..
MONE
´ TRE
´ SORERIE .....
MONE
OBLIG. CT ....................
OBLIG. LT.....................
OBLIG. MT C ................
OBLIG. MT D................
OBLIG. SPREADS ..........
´ SOR............
OBLIG. TRE
2367,34
13023,88
15528,73
85431,05
11673,25
76571,50
147783,31
969394,97
161,88
1061,86
33,27
218,24
142,74
936,31
133,51
875,77
171,33
1123,85
1844,91
12101,82
Fonds communs de placements
´ ASSOCIATIONS .
BNP MONE
1738,25
11402,17
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
BANQUE POPULAIRE ASSET MANAGEMENT
08 36 68 22 00 (2,23 F/mn)
www.bpam.fr
BP OBLI CONVERTIBLES ......
BP OBLI HAUT REND. ..........
´ E DE
´ V. .....
BP MEDITERRANE
´ CONOMIE ...
BP NOUVELLE E
BP OBLIG. EUROPE ..............
´ CURITE
´ .......................
BP SE
EUROACTION MIDCAP ........
FRUCTI EURO 50 ..................
FRUCTIFRANCE C ................
FRUCTIFONDS FRANCE NM
347,76
2281,16
113,32
743,33
121,17
794,82
309,87
2032,61
48,95
321,09
97440,53
639167,98
221,35
1451,96
143,74
942,87
115,85
759,93
439,54
2883,19
251,78
1651,57
08/08
MULTI-PROMOTEURS
´ VELOP. C.......
NORD SUD DE
´ VELOP. D ......
NORD SUD DE
486
3187,95
394,47
2587,55
08/08
08/08
Sicav en ligne :
08 36 68 09 00 (2,23 F/mn)
´ CUR. 1,2,3... FUTUR ............
E
´ CUR. ACT. FUT.D PEA ........
E
´ CUR. ACTIONS EUROP. C ...
E
´ CUR. CAPITALISATION C....
E
´ CUR. DYNAMIQUE+ D PEA
E
´ CUR. E
´ NERGIE D PEA.........
E
´ CUR. EXPANSION C............
E
´ CUR. EXPANSIONPLUS C ...
E
´ CUR. INVESTIS. D PEA........
E
´ C. MONE
´ T.C/10 30/11/98......
E
65,27
428,14
90,55
593,97
23,21
152,25
40,73
267,17
59,41
389,70
56,09
367,93
13951,32
91514,66
40,04
262,65
71,09
466,32
213,73
1401,98
1,75
459,17
11,48
14,75
96,75
38,50
252,54
42,88
281,27
27
177,11
57,50
377,18
14,05
92,16
25,50
167,27
18
118,07
7,50
49
49,20
321,42
6,90
45,26
5,93
38,90
12,80
21
83,96
137,75
4,73
31,03
0,36
2,36
82,70
542,48
8,90
110
42,21
3,80
58,38
721,55
276,88
24,93
86
564,12
5
32,80
17,80
319
116,76
2092,50
9,60
62,97
40,50
265,66
12,52
15,55
9,50
24,28
14,13
45
82,13
102
62,32
159,27
92,69
295,18
9,50
62,32
7,85
51,49
19
124,63
38
249,26
45
295,18
6,61
43,36
65,80
431,62
48
314,86
´ C. MONE
´ T.D/10 30/11/98......
E
´ CUR. OBLIG. INTERNAT. ....
E
´ CUR. TRIMESTRIEL D .........
E
´ PARCOURT-SICAV D ...........
E
´ OPTIM C ..........................
GE
HORIZON C..........................
´ VOYANCE E
´ CUR. D .........
PRE
+ 6,22
+ 2,94
± 1,67
+ 0,79
± 1,43
+ 3,85
+ 2,68
± 2,43
+ 1,59
....
+ 0,67
+ 7,69
....
±1
+ 2,40
....
+ 8,74
± 2,70
± 2,76
+ 2,30
± 0,45
+ 0,02
....
+ 9,62
....
+ 4,71
+ 3,20
+ 6,67
+ 12,50
....
....
± 4,04
+ 7,86
± 0,98
+ 6,31
....
....
± 3,55
+ 0,53
+ 3,45
....
± 0,68
....
1232,74
170,78
1120,24
268,87
1763,67
27,46
180,13
2126,85
13951,22
632,20
4146,96
14,44
94,72
Fonds communs de placements
´ CUREUIL E
´ QUILIBRE C .......
E
´ CUREUIL PRUDENCE C ......
E
´
´ C ..........
ECUREUIL VITALITE
39,06
256,22
32,93
216,01
49,33
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
126
57,65
323,58
108,30
614,60
4031,51
343,61
2253,93
104,05
682,52
260,96
1711,79
64,26
421,52
280,11
1837,40
259,40
1701,55
142,31
933,49
322,22
2113,62
501,20
3287,66
718,56
4713,44
157,58
1033,66
565,95
3712,39
59,75
391,93
27,14
178,03
166,08
1089,41
45,95
301,41
INDOCAM VAL. RESTR. ........
MASTER ACTIONS ................
MASTER OBLIGATIONS ........
OPTALIS DYNAMIQ. C ..........
OPTALIS DYNAMIQ. D..........
´ QUILIB. C .............
OPTALIS E
´ QUILIB. D.............
OPTALIS E
OPTALIS EXPANSION C ........
OPTALIS EXPANSION D........
´ RE
´ NITE
´ C ...........
OPTALIS SE
´ RE
´ NITE
´ D ...........
OPTALIS SE
PACTE SOL. LOGEM. ............
PACTE SOL.TIERS MONDE ...
UNIVAR C .............................
UNIVAR D.............................
CIC FRANCIC........................
CIC FINUNION .....................
CICAMONDE ........................
CONVERTICIC.......................
40,93
268,48
1429,26
2104,97
1384,40
609,71
524,77
1103,25
501,41
260,68
384,87
2524,58
59,69
391,54
29,68
194,69
23,43
153,69
22,47
147,39
20,98
137,62
19,62
128,70
20,37
133,62
20,23
132,70
17,86
117,15
16,15
105,94
75,62
496,03
80,58
528,57
183,43
1203,22
183,43
1203,22
45,79
300,36
163,94
1075,38
40,85
267,96
95,06
623,55
....
710,40
183
1200,40
285,10
1870,13
62,25
408,33
57,45
376,85
7,25
47,56
100
655,96
168,80
1107,26
188,60
1237,13
43,89
287,90
77,90
510,99
107,20
703,19
70,85
464,75
260
1705,49
162,30
1064,62
122,30
802,24
45,90
301,08
64,40
422,44
73,60
482,78
68,35
448,35
112,30
736,64
52,30
343,07
107,30
703,84
134,10
879,64
36,75
241,06
100,50
659,24
131,40
861,93
65,70
430,96
37,46
245,72
13,98
91,70
....
46,91
....
307,71
....
67
....
439,49
153,30
1005,58
192
1259,44
90,55
593,97
63,80
418,50
75,20
493,28
5,10
33,45
30,49
200
67,10
440,15
12,69
83,24
35,90
235,49
44,20
289,93
104,20
683,51
316,60
2076,76
69,50
455,89
50,20
329,29
538,50
3532,33
0,62
4,07
1,05
6,89
40,19
263,63
32,10
210,56
76
498,53
107,50
140,10
705,15
919
592
3883,27
233,50
1531,66
59,30
388,98
104,20
683,51
80,50
528,05
37,60
246,64
31,05
203,67
133
872,42
79,90
524,11
61,90
406,04
112,50
737,95
67,45
442,44
53,05
347,99
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
CRE´DIT AGRICOLE
08 36 68 56 55 (2,23 F/mn)
ATOUT CROISSANCE ............
ATOUT FONCIER ..................
ATOUT FRANCE ASIE D ........
ATOUT FRANCE EUROPE .....
ATOUT FRANCE MONDE......
ATOUT FUTUR C ..................
ATOUT FUTUR D..................
´ LECTION ..............
ATOUT SE
COEXIS .................................
` ZE ...................................
DIE
EURODYN.............................
INDICIA EUROLAND.............
INDICIA FRANCE..................
´ RIQUE ..........
INDOCAM AME
INDOCAM ASIE ....................
INDOCAM MULTI OBLIG......
INDOCAM ORIENT C............
INDOCAM ORIENT D ...........
INDOCAM UNIJAPON...........
INDOCAM STR. 5-7 C ...........
INDOCAM STR. 5-7 D ...........
OBLIFUTUR C.......................
OBLIFUTUR D ......................
REVENU-VERT ......................
UNIVERS ACTIONS ...............
UNIVERS-OBLIGATIONS.......
826,51
378,16
....
GUILLEMOT # ......
GUYANOR ACTI ...
HF COMPANY ......
HIGH CO.# ...........
HIGHWAVE OPT ...
HIMALAYA ...........
HI MEDIA.............
HOLOGRAM IND .
IB GROUP.COM ...
IDP.......................
IDP BON 98 ( ....... d
IGE + XAO ............
ILOG #..................
IMECOM GROUP .
INFOSOURCES .....
INFOSOURCE B....
INFOTEL # ...........
INFO VISTA ..........
INTEGRA NET ......
INTEGRA ACT. .....
INTERCALL #........
IPSOS # ................
IPSOS BS00 ..........
IT LINK ................
JOLIEZ-REGOL ..... d
JOLIEZ-REGOL ..... d
KALISTO ENTE .....
KEYRUS PROGI ....
KAZIBAO ..............
LACIE GROUP ......
LEXIBOOK # .........
LINADATA SER.....
MEDCOST # .........
MEDIDEP # ..........
METROLOGIC G...
MONDIAL PECH ..
MULTIMANIA #....
NATUREX .............
NET2S # ...............
NETGEM ..............
NETVALUE #.........
NEURONES # .......
NICOX # ...............
187,93
08/08
217,89
08/08
320,90
08/08
211,05
08/08
92,95
09/08
80
09/08
168,19
08/08
76,44
09/08
39,74
08/08
08/08 Fonds communs de placements
www.cdc-assetmanagement.com
LIVRET B. INV.D PEA ............
70
09/08
09/08
3615 BNP
08 36 68 17 17 (2,23 F/mn)
129,90
58
85,35
108
183
290
61,65
56,15
7,26
99
166,70
193,60
43,50
78,25
106,80
69,95
260,50
163
125,50
45,95
62,05
73,50
68,60
113,50
52,10
106,70
135,90
37,50
100
129
65,75
37,50
13,99
45
46,67
52,85
66,50
152,50
192,50
90,40
64
76
5,12
30,40
67,50
12,75
36,05
43,50
104,50
318,20
71
50,50
545
0,62
1,07
39,96
32,02
77,50
107,50
137,80
590
234,40
59,15
104,90
80
37
31,25
133,10
79
61,90
112,10
68,15
50,60
BAZAR HOT. VILLE .........
BIC...................................
BIS ...................................
BNPPARIBAS ..................
BOLLORE ........................
BONGRAIN .....................
BOUYGUES .....................
BOUYGUES OFFS............
BULL#..............................
BUSINESS OBJECTS........
CANAL + .........................
CAP GEMINI ...................
CARBONE-LORRAINE ....
CARREFOUR ...................
CASINO GUICHARD .......
CASINO GUICH.ADP ......
CASTORAMA DUB.(LI.....
C.C.F. ...............................
CEGID (LY) ......................
CGIP ................................
CHARGEURS...................
CHRISTIAN DALLOZ ......
CHRISTIAN DIOR ...........
CIC -ACTIONS A..............
CIMENTS FRANCAIS ......
CLARINS .........................
CLUB MEDITERRANEE ..
CNP ASSURANCES .........
COFACE...........................
COFLEXIP........................
COLAS .............................
CPR .................................
CRED.FON.FRANCE .......
CFF.RECYCLING .............
CREDIT LYONNAIS.........
CS SIGNAUX(CSEE).........
DAMART .........................
DANONE.........................
DASSAULT-AVIATION.....
DASSAULT SYSTEMES....
DE DIETRICH..................
DEVEAUX(LY)# ................
DMC (DOLLFUS MI) .......
DYNACTION ...................
EIFFAGE ..........................
ELIOR ..............................
ENTENIAL(EX CDE) ........
ERAMET CA EX DTDI......
ERIDANIA BEGHIN.........
ESSILOR INTL .................
ESSO................................
EULER .............................
EURAFRANCE .................
EURO DISNEY.................
EUROTUNNEL................
FAURECIA .......................
FIMALAC SA CA ..............
FIVES-LILLE.....................
FONC.LYON.# .................
FRANCE TELECOM.........
FROMAGERIES BEL ........
GALERIES LAFAYETT ......
GAUMONT #...................
GECINA ...........................
GEOPHYSIQUE ...............
GFI INFORMATIQUE......
GRANDVISION ...............
GROUPE ANDRE S.A.......
GROUPE GASCOGNE .....
GR.ZANNIER (LY) #.........
GROUPE GTM ................
GROUPE PARTOUCHE ...
NRJ GROUP ....................
±3
± 0,60
....
+ 0,28
....
± 1,69
+ 0,97
+ 2,32
± 0,14
+ 1,01
+ 1,26
± 2,58
+ 0,90
± 0,45
+ 0,37
+ 1,29
± 0,19
± 0,43
± 2,55
± 0,11
+ 3,79
+ 0,14
± 0,36
± 1,06
+ 0,38
+ 0,56
± 1,32
±2
+ 0,50
+ 1,86
± 0,08
± 0,11
± 0,07
....
+ 0,51
....
+ 0,75
+ 0,52
± 0,26
+ 0,17
± 0,31
± 1,05
± 0,39
+ 0,30
± 0,59
± 0,47
± 0,42
+ 1,61
± 0,29
± 0,50
± 2,11
± 0,59
± 1,19
....
± 1,87
+ 0,58
+ 0,25
± 1,94
....
+ 1,67
+ 0,34
± 0,38
+ 0,25
± 0,67
+ 0,63
+ 1,62
± 0,64
± 0,08
+ 1,14
....
+ 0,36
± 1,03
+ 4,84
46,90
307,64
0,52
3,41
99,20
650,71
110
721,55
143
938,02
29,80
8,20
141
17,99
5,90
195,48
53,79
924,90
118,01
38,70
1,07
7,02
15,60
102,33
49,95
327,65
4,84
31,75
10,59
69,47
39,10
256,48
77,60
509,02
32
209,91
12,65
....
40,51
144,80
82,98
....
265,73
949,83
15,10
99,05
18,33
120,24
3,50
22,96
0,17
1,12
12,80
83,96
7,78
51,03
5,45
35,75
4,30
28,21
19,20
125,94
17
111,51
7,24
47,49
45,60
299,12
68,60
449,99
6,25
41
23,65
155,13
11,30
74,12
23,39
153,43
48,50
318,14
17,70
116,10
7,75
50,84
50,10
328,63
127,20
53
88,90
103,40
184
266,10
70,55
56
7,77
100,50
176
204,20
43,40
76,20
111
73,30
242,50
145
139,50
49,25
63
64,45
64,90
113
55
105
134,90
34,12
109
134
75,50
38,07
14,50
48,30
47,40
52,05
64,60
142,10
185,70
96
69,55
77
5,50
27,92
65
12,10
38,50
45
104
315
64,80
51,20
508
0,65
1,05
41,85
32,25
79
107,10
143,90
593
215
60,95
105
81
36
31,50
135
76,30
58,85
110,90
74,25
52,10
GUYENNE GASCOGNE...
HAVAS ADVERTISING.....
IMERYS(EX.IMETAL) .......
IMMEUBLES DE FCE ......
INFOGRAMES ENTER. ...
INGENICO ......................
ISIS ..................................
KAUFMAN ET BROAD ....
KLEPIERRE COMP.FI ......
LABINAL..........................
LAFARGE.........................
LAGARDERE....................
LAPEYRE .........................
LEBON (CIE)....................
LEGRAND .......................
LEGRAND ADP ...............
LEGRIS INDUST..............
LIBERTY SURF ................
LOCINDUS ......................
L’OREAL ..........................
LVMH MOET HEN. .........
MARINE WENDEL ..........
METALEUROP ................
MICHELIN.......................
MONTUPET SA ...............
MOULINEX .....................
NATEXIS BQ POP. ...........
NEOPOST........................
NORBERT DENTRES.# ...
NORD-EST ......................
OBERTHUR CARD SYS ...
OLIPAR............................
PECHINEY ACT ORD ......
PENAUILLE POLY.CB......
PERNOD-RICARD...........
PEUGEOT........................
PINAULT-PRINT.RED.....
PLASTIC OMN.(LY) .........
PUBLICIS # ......................
REMY COINTREAU .........
RENAULT ........................
REXEL ..............................
RHODIA ..........................
ROCHETTE (LA) ..............
ROYAL CANIN.................
RUE IMPERIALE (LY........
SADE (NY) .......................
SAGEM S.A. .....................
SAINT-GOBAIN...............
SALVEPAR (NY) ...............
SANOFI SYNTHELABO ...
SCHNEIDER ELECTRI.....
SCOR ...............................
S.E.B. ...............................
SEITA...............................
SELECTIBAIL(EXSEL........
SIDEL...............................
SILIC CA ..........................
SIMCO.............................
SKIS ROSSIGNOL............
SOCIETE GENERALE.......
SODEXHO ALLIANCE......
SOGEPARC (FIN) ............
SOMMER ALLIBERT .......
SOPHIA ...........................
SOPRA # ..........................
SPIR COMMUNIC. # .......
SR TELEPERFORMANC ..
STUDIOCANAL (M).........
SUEZ LYON.DES EAU .....
TF1 ..................................
TECHNIP.........................
THOMSON-CSF..............
603,48
160,58
866,52
20,94
137,36
25,65
168,25
43,21
283,44
79
518,21
21,98
144,18
102,60
673,01
131
859,30
87,20
571,99
69,90
458,51
59,75
391,93
53,50
350,94
239
1567,74
133
872,42
44,20
289,93
31,80
208,59
110,90
727,46
87,90
576,59
95,60
627,09
85,90
563,47
7,92
51,95
32,65
214,17
24,66
161,76
4,88
32,01
83,60
548,38
28,45
186,62
16,40
107,58
26,12
171,34
25
163,99
7,79
51,10
50
327,98
640
4198,12
58,50
383,73
222,20
1457,54
217,40
1426,05
....
....
422
2768,14
37
242,70
47,35
310,60
91,45
599,87
16,36
107,31
6,94
45,52
106,20
696,63
2113,50
13863,65
SECOND
MARCHE´
816,52
5356,02
560,10
3674,02
....
....
292,40
1918,02
163,10
1069,87
71,20
467,04
56
367,34
76,65
502,79
45,76
300,17
58,25
382,09
46,89
307,58
15,89
104,23
79,95
524,44
....
....
72,10
472,94
16,16
106
65,55
429,98
178,50
1170,88
81
531,33
42,52
278,91
28,20
184,98
76,05
498,86
74,25
487,05
40,50
265,66
12
78,71
183,30
1202,37
78,90
517,55
136
46,55
75,55
495,58
34,79
228,21
1418,09
9302,06
694,12
4553,13
170,79
1120,31
23,88
156,64
808,38
5302,63
´ ............
EURCO SOLIDARITE
LION 20000 C/3 11/06/99 .......
LION 20000 D/3 11/06/99 .......
SICAV 5000 ...........................
SLIVAFRANCE ......................
SLIVARENTE ........................
SLIVINTER ...........................
TRILION...............................
215,33
1412,47
937,76
6151,30
836,67
5488,20
OPTION DYNAM. ..........
´ QUIL. .............
OPTION E
OBLIG. COURT TERME..
OBLIG. MOYEN TERME .
OBLIG. QUATRE ............
39,33
55,69
08/08
154,15
07/08
313,23
07/08
160,61
08/08
08/08 Fonds communs de placements
08/08 CM OPTION MODE´RATION.
18,77
08/08
08/08
08/08
08/08 AME´RIQUE 2000...................
180,96
08/08 ASIE 2000 .............................
103,03
08/08 NOUVELLE EUROPE.............
291,51
08/08 SAINT-HONORE´ CAPITAL C. 3337,70
11/08 SAINT-HONORE´ CAPITAL D 3225,06
11/08 ST-HONORE´ CONVERTIBLES
342,73
FRANCE ..........
´ MER. ....
MAR. E
PACIFIQUE ......
TECH. MEDIA..
´ .......
VIE SANTE
WORLD LEAD. .
1503,19
2682,80
255,04
1388,86
4854,21
1563,34
1505,68
648,87
1340,78
1281,28
1176,20
1122,21
1421,85
820,67
840,81
200,92
62,45
328,50
262,12
2895,46
669,08
257,99
365,30
1011,16
2054,65
1053,53
123,12
1187,02
675,83
1912,18
21893,88
21155,01
2248,16
72,15
473,27
71,54
469,27
154,31
1012,21
248
1626,77
410,83
2694,87
126,07
826,96
892,10
305,35
± 0,22
92,50
+ 4,62
25,02
± 0,15 128,60
+ 0,43
20,90
± 0,62
27
+ 0,72
89,80
+ 2,60
79,50
± 0,45
19,60
+ 0,59
99
± 0,30 129,60
± 0,23
87
+ 1,01
75
+ 0,42
59
± 0,19
54,80
+ 0,17 233,50
± 0,08 131,50
....
44,50
....
32
± 0,09 109,90
....
78
± 0,62
91,20
+ 2,26
88,90
± 0,13
7,90
+ 3,16
37
± 0,24
25,50
+ 0,62
4,95
± 0,48
78
+ 0,89
31
....
16,13
± 0,31
25,73
....
26,10
....
7,68
+ 0,40
49,16
+ 0,79 569,50
+ 0,52
58
+ 1,41 231,80
+ 0,65 230,60
....
116,40
+ 0,05 424
± 1,28
32
+ 0,42
46,55
± 0,60
90,05
+ 0,37
17,05
+ 0,58
6,93
± 0,84 106
+ 0,02 2087
....
49,65
+ 1,63 335
+ 0,06 156,50
+ 0,78
75,50
± 1,84
52,85
± 1,10
73,50
± 0,52
46
± 0,34
63,65
± 1,28
45,70
....
15,40
± 0,68
83,60
....
146
+ 1,41
72,80
+ 0,56
15
+ 0,46
61,40
± 0,67 173,40
....
80
± 0,89
47,40
± 0,63
28
+ 0,07
86,50
+ 0,34
78,50
± 0,98
36,10
+ 3,45
13,12
± 0,11 177
± 1,50
78,70
± 0,51 135,50
+ 0,22
46,27
ALTEN (SVN)........
APRIL S.A.#( .........
ARES GRPE (S ......
ARKOPHARMA # ..
ASSUR.BQ.POP..... d
ASSYSTEM #.........
AUBAY .................
BENETEAU CA# ....
BOIRON (LY)# ......
BOIZEL CHANO ...
BONDUELLE ........
BQUE TARNEAU... d
BRICE...................
BRICORAMA #...... d
BRIOCHE PASQ.... d
BUFFALO GRIL ....
C.A. OISE CC ........ d
C.A. PARIS I..........
C.A. SOMME C .....
C.A.DU NORD# ....
C.A.PAS CAL .........
C.A.TOULOUSE..... d
CDA-CIE DES .......
CEGEDIM # ..........
CIE FIN.ST-H ....... d
CNIM CA# ............ d
COFITEM-COFI .... d
COURIR ............... d
DANE-ELEC ME....
DECAN GROUPE .. d
ENTRELEC CB ......
ETAM DEVELOP ...
EUROPEENNE C...
EXEL INDUSTR ....
EXPAND S.A .........
EXPLOIT.PARC ..... d
FACTOR. .............. d
FINACOR .............
FINATIS(EX.L........ d
FININFO ..............
FLEURY MICHO ...
FLO (GROUPE)..... d
FOCAL (GROUP....
08/08
08/08
LEGAL & GENERAL BANK
08/08
08/08 STRATE´GIE IND. EUROPE ....
275,34
08/08
08/08 Fonds´ communs de placements
08/08 STRATE´ GIE CAC ................... 8528,86
08/08 STRATEGIE INDICE USA....... 12009,84
08/08
www.clamdirect.com
´
ST-HONORE
´
ST-HONORE
´
ST-HONORE
´
ST-HONORE
´
ST-HONORE
´
ST-HONORE
92
24,48
132,10
___________________
09/08
229,16
09/08
408,99
09/08
38,88
09/08
211,73
09/08
740,02
09/08 Fonds communs de placements
09/08
238,33
09/08 ACTILION DYNAMIQUE C * .
229,54
09/08 ACTILION DYNAMIQUE D *.
98,92
09/08 ACTILION PEA DYNAMIQUE
´
204,40
09/08 ACTILION EQUILIBRE C * ....
´ QUILIBRE D * ....
ACTILION
E
195,33
08/08
179,31
08/08 ACTILION PRUDENCE C *....
171,08
09/08 ACTILION PRUDENCE D * ...
INTERLION
..........................
216,76
09/08
125,11
09/08 LION ACTION EURO ............
128,18
09/08 LION PEA EURO...................
09/08
09/08
09/08
30,63
09/08 CM EURO PEA .....................
9,52
09/08 CM EUROPE TECHNOL........
50,08
09/08 CM FRANCE ACTIONS .........
09/08 CM MID. ACT. FRANCE........
39,96
09/08 CM MONDE ACTIONS .........
441,41
09/08 CM OBLIG. LONG TERME....
102
08/08
08/08
08/08
08/08
92,20
23,40
132,30
20,85
25,81
42,90
77
22,08
102
131,40
87,40
69,20
59,50
53,60
238,60
133,10
44,20
31,80
111
87,90
96,20
84
7,93
31,65
24,72
4,85
84
28,20
16,40
26,20
25
7,79
49,80
635
58,20
219,10
216
120
421,80
37,48
47,15
92
16,30
6,90
107,10
2113
47,98
287,70
163
70,65
57,05
77,50
46
58,45
47,50
15,89
80,50
152,90
71,10
16,07
65,25
179,70
81
42,90
28,38
76
74
40,90
11,60
183,50
80,10
136,70
46,45
+ 1,04
± 0,21 OLITEC .................
48,50
318,14
+ 1,96 OPTIMA DIREC.....
+ 3,16
9,80
64,28
+ 0,20 OPTIMS # .............
± 6,90
6,75
44,28
+ 4,76 OXIS INTL RG.......
+
1,70
11,15
11,11
+ 5,30 PERFECT TECH.....
± 0,02
48
314,86
+ 2,76 PHONE SYS.NE.....
± 6,18
10,32
67,69
+ 0,49
....
PICOGIGA.............
82
537,88
+ 1,29 PROSODIE # .........
+ 1,06
47,50
311,58
± 0,06 PROSODIE BS .......
± 0,43
34,85
228,60
+ 1,55 PROLOGUE SOF ...
8,86
58,12 + 11,73
....
PROXIDIS .............
1,86
12,20
....
+ 5,57
± 0,64 QUANTEL .............
5,50
36,08
± 4,49 QUANTUM APPL ..
3,10
20,33
....
+ 12,56 R2I SANTE ............
22
144,31
....
+ 5,90 RECIF #.................
+ 0,91
49,90
327,32
+ 7,12 REPONSE #...........
47
308,30
....
±4
....
REGINA RUBEN....
9,60
62,97
+ 6,67 RIBER # ................
+1
22,12
145,10
+ 1,04 RIGIFLEX INT .......
+ 2,53
81
531,33
+ 2,66
....
SAVEURS DE F ......
15,45
101,35
± 1,07 GUILLEMOT BS ....
± 1,36
21,11
138,47
+ 0,91 SELF TRADE #.......
± 0,12
8,30
54,44
+ 0,60 SILICOMP # ..........
± 0,63
55,60
364,71
± 3,07 SITICOM GROU ....
± 1,78
27
177,11
....
....
± 3,76
+ 3,73
± 0,91
+ 2,38
± 0,52
....
± 2,69 JEUDI 10 AOU
ÃT
± 0,87
Une seÂlection. Cours releve´s a` 9 h 57
±2
+ 4,17
Cours
Cours
% Var.
+ 11,56 Valeurs
f
en euros
en francs
veille
± 1,14
+ 1,66
± 0,04 AB GROUPE..........
24,50
160,71
+ 2,43 ACTIELEC REG......d
8,60
56,41
....
± 1,83 ACTIELEC TEC ......
± 3,33
0,87
5,71
+ 10,87 ALGECO # .............
± 0,06
88,80
582,49
+ 4,07
± 3,65 ALTEDIA ...............
23
150,87
EPARCIC ..............................
EUROCIC LEADERS ..............
´ GIONS ...............
EUROPE RE
FRANCIC PIERRE .................
MENSUELCIC.......................
OBLICIC MONDIAL ..............
´ GIONS ...............
OBLICIC RE
RENTACIC............................
´ RIQUE ..............
UNION AME
CM
CM
CM
CM
CM
LE MONDE / VENDREDI 11 AOÛT 2000 / 15
09/08
08/08
08/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
08/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
08/08
08/08
08/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
09/08
THOMSON MULTIMEDI
TOTAL FINA ELF .............
TRANSICIEL # .................
UBI SOFT ENTERTAI ......
UNIBAIL ..........................
UNILOG CA.....................
USINOR...........................
VALEO .............................
VALLOUREC ....................
VIA BANQUE ...................
VINCI...............................
VIVENDI ..........................
VIVENDI ENVIRON. ........
WANADOO......................
WORMS (EX.SOMEAL) ....
ZODIAC...........................
.........................................
.........................................
.........................................
.........................................
.........................................
.........................................
.........................................
.........................................
.........................................
.........................................
.........................................
.........................................
International
AMERICAN EXPRESS ......
A.T.T. #.............................
BARRICK GOLD #............
CROWN CORK ORD. #....
DE BEERS # .....................
DU PONT NEMOURS # ..
ERICSSON # ....................
GENERAL ELECTR. #.......
GENERAL MOTORS # .....
HITACHI # .......................
I.B.M................................
ITO YOKADO # ................
MATSUSHITA..................
MC DONALD’S ...............
MERK AND CO ...............
MITSUBISHI CORP.# ......
MORGAN J.P.# ................
NIPP. MEATPACKER# .....
PHILIP MORRIS# ............
PROCTER GAMBLE ........
SEGA ENTERPRISES .......
SCHLUMBERGER# .........
SONY CORP.#RGA ..........
SUMITOMO BANK #.......
T.D.K.#.............................
EUROPE C.................
EUROPE D ................
` RE 8 ANS C...
PREMIE
` RE 8 ANS D ..
PREMIE
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
Cours
en euros
Cours
en francs
% Var.
veille
Compensation
(1)
....
± 0,86
± 0,28
....
+ 1,09
± 1,21
+ 0,86
+ 1,81
± 0,15
± 1,48
± 1,58
± 5,45
+ 2,06
± 1,53
± 3,04
+ 0,71
± 0,51
± 2,97
± 1,58
± 0,80
± 4,20
+ 0,78
± 0,10
± 3,15
± 1,49
63,20
36,80
17,85
16,85
25,34
47,55
21,16
57,80
65,20
12,91
121
65,20
26,41
33,10
68,50
8,44
145
14,47
27
63,95
15,20
79,15
104
11,10
141,30
409,65
37,40
245,33
154,40
1012,80
103,80
680,88
12,35
81,01
52,75
346,02
45,60
299,12
31,71
208
47,40
310,92
85,45
560,52
37
242,70
19,44
127,52
16,20
106,27
220,70
1447,70
....
....
33,50
219,75
17,61
115,51
....
....
27,70
181,70
53
347,66
21,20
139,06
61,80
405,38
67,80
444,74
12,61
82,72
131,20
860,62
54,60
358,15
29,20
191,54
36,01
236,21
78,05
511,97
8,47
55,56
155,20
1018,05
16
104,95
30,61
200,79
62
406,69
13,70
89,87
90,20
591,67
102,20
670,39
12,01
78,78
138,80
910,47
73
157,80
62,20
35,35
149,90
93
12
55,70
43,60
30,20
47,39
89,20
33,50
22
15,62
206
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
SYMBOLES
1 ou 2 = cate´gories de cotation - sans indication cate´gorie 3 ; a coupon
de´tache´ ; b droit de´tache´ ; # contrat d’animation ; o = offert ;
d = demande´ ; x offre re´duite ; y demande re´duite ; d cours pre´ce´dent.
` RE COLONNE RM (1) :
DERNIE
Lundi date
´ mardi : % variation 31/12 ; Mardi date
´ mercredi : montant du
coupon en euros ; Mercredi date´ jeudi : paiement dernier coupon ;
Jeudi date´ vendredi : compensation ; Vendredi date´ samedi : nominal.
138,90
202
38,16
911,12
1325,03
250,31
95
623,16
138
905,22
69,50
455,89
24,96
163,73
93,80
615,29
63
413,25
53,75
352,58
19,65
128,90
94,05
616,93
15
45,39
98,39
297,74
92
603,48
19,60
128,57
83,10
545,10
212,70
1395,22
70
459,17
125,70
824,54
148
970,82
90,20
591,67
38,50
252,54
62
406,69
106
695,31
56,75
372,26
54
354,22
92
603,48
23,75
155,79
42
275,50
54,75
359,14
17,45
114,46
79,50
521,49
36,90
242,05
89,75
588,72
117
767,47
190
1246,32
12,01
78,78
104
682,20
35
229,58
27,75
182,03
37
242,70
60,30
395,54
1806,11
55945,65
78779,39
08/08
08/08
08/08
101,77
667,57
34,91
228,99
34,23
224,53
46,68
306,20
45,31
297,21
326,03
2138,62
295,08
1935,60
26,22
171,99
25,44
166,88
60,38
396,07
140,76
923,33
46,28
303,58
109,76
719,98
100,96
662,25
19,52
128,04
16,95
111,18
266,11
1745,57
260,76
1710,47
99,69
653,92
215,11
1411,03
209,83
1376,39
191,74
1257,73
186,60
1224,02
99,24
650,97
24,47
160,51
20,92
137,23
104,41
684,88
53,97
354,02
2481,57
16278,03
2274,10
14917,12
6750,25
44278,74
39869,52
261526,91
8466,06
55533,71
774,80
5082,35
173,82
1140,18
147,19
965,50
44843,45
294153,75
355,72
2333,37
84,81
556,32
81,38
533,82
182,04
1194,10
170,69
1119,65
153,69
1008,14
151,71
995,15
151,81
995,81
268,65
1762,23
262,50
1721,89
55,58
364,58
± 1,49
+ 0,15
± 2,15
....
....
+ 0,14
± 1,50
+ 0,32
± 0,32
± 0,09
± 0,86
....
+ 1,97
....
....
± 0,46
....
+ 0,33
....
± 0,71
....
....
+1
+ 0,81
....
....
....
....
....
....
....
....
± 0,38
....
+ 0,79
....
....
+ 0,08
....
....
....
....
± 4,59
GENERALE LOC ....
GEODIS ................
GFI INDUSTRI ......d
GO SPORT............
GRAND MARNIE ..d
GROUPE BOURB ..d
GROUPE CRIT ......
GROUPE J.C.D ......
HERMES INTL ......
HYPARLO #(LY......
I.C.C.#...................d
IMS(INT.META .....
INTER PARFUM....
IPO (NS) # ............d
JET MULTIMED ....
L.D.C. ...................d
LAURENT-PERR....d
LECTRA SYST........
LOUIS DREYFU.....
LVL MEDICAL .......
M6-METR.TV A .....
MANITOU #..........
MANUTAN INTE...
MARIONNAUD P ..
PCAS #..................
PETIT FOREST......
PIERRE VACAN .....
PINGUELY HAU ....
POCHET ...............d
RADIALL # ............
RALLYE (LY)..........
RODRIGUEZ GR ...
RUBIS CA# EX .......
SABATE SA #.........
SECHE ENVIRO.....
SIACI ....................d
SII.........................d
SINOP.ASSET........d
SIPAREX CROI ......
SOLERI .................d
SOLVING # ...........
STEF-TFE # ...........
STERIA GROUP.....
´ LECTION FR. D.......
INTERSE
´ LECT DE
´ FENSIF C.............
SE
´ LECT DYNAMIQUE C ........
SE
´ LECT E
´ QUILIBRE 2............
SE
´ LECT PEA DYNAMIQUE ....
SE
´ LECT PEA 1 .......................
SE
SG FRANCE OPPORT. C........
SG FRANCE OPPORT. D .......
SOGENFRANCE C .................
SOGENFRANCE D.................
SOGEOBLIG C.......................
´ PARGNE D...................
SOGE
SOGEPEA EUROPE................
SOGINTER C.........................
107,50
66
24,20
09/08
09/08
09/08
09/08
.............................................
.............................................
.............................................
.............................................
.............................................
.............................................
.............................................
.............................................
.............................................
.............................................
.............................................
705,15
432,93
158,74
70
459,17
6050
39685,40
56
367,34
148
970,82
127,90
838,97
136
892,10
21
137,75
37,50
245,98
8,76
57,46
58
380,46
61
400,13
41,90
274,85
90,20
591,67
30,10
197,44
14,32
93,93
12,35
81,01
56,60
371,27
65,80
431,62
105
688,75
63
413,25
107
701,87
20,41
133,88
46
301,74
65
426,37
23,20
152,18
57
373,90
166
1088,89
62,70
411,29
229,90
1508,05
24
157,43
40,02
262,51
77,90
510,99
17,15
112,50
44,90
294,52
22,60
31,74
195
72,20
148,25
208,20
1279,12
473,60
46,40
304,36
166,20
1090,20
99,62
653,46
194,47
1275,64
305,54
2004,21
191
1252,88
197,43
1295,06
271,14
1778,56
576,53
3781,79
539,82
3540,99
655,30
4298,49
590,53
3873,62
103,38
44,89
09/08
308,24
09/08
101,59
09/08
09/08 Fonds communs de placements
09/08 DE´CLIC ACTIONS EURO .......
22,77
09/08 DE´CLIC ACTIONS FRANC .....
70,42
09/08 DE´CLIC ACTIONS INTER. .....
56,24
09/08 DE´CLIC BOURSE PEA ...........
64,76
09/08 DE´CLIC BOURSE E´QUILIBRE
18,96
09/08 DE´CLIC OBLIG. EUROPE.......
17,08
09/08 DE´CLIC PEA EUROPE ...........
32,37
09/08 DE´CLIC SOGENFR. TEMPO ..
84,43
09/08 SOGINDEX FRANCE C ..........
731,44
09/08 .............................................
....
09/08 .............................................
....
09/08 .............................................
....
09/08 .............................................
....
09/08 .............................................
....
09/08 .............................................
....
09/08 .............................................
....
09/08 .............................................
....
09/08 .............................................
....
09/08 .............................................
....
09/08 .............................................
....
09/08 .............................................
....
09/08 .............................................
....
09/08 .............................................
....
09/08 .............................................
....
09/08 .............................................
....
09/08 .............................................
....
09/08 .............................................
....
09/08
.............................................
....
09/08
....
09/08 .............................................
.............................................
....
09/08
.............................................
....
09/08
....
09/08 .............................................
.............................................
....
09/08
SG ASSET MANAGEMENT
Serveur vocal :
08 36 68 36 62 (2,21 F/mn)
CADENCE 1 D ......................
CADENCE 2 D ......................
CADENCE 3 D ......................
CONVERTIS C.......................
CONVERTIS D ......................
INTEROBLIG C .....................
64,90
33,79
17,66
15,50
27,40
53,65
21,02
60,70
67,90
12,80
133,30
57,75
28,61
36,57
80,50
8,41
156
16,49
31,10
62,50
14,30
89,50
102,30
12,40
140,90
....
....
472,29
1103,98
62,45
B = Bordeaux ; Li = Lille ; Ly = Lyon ; M = Marseille ; Ny = Nancy ; Ns = Nantes.
Fonds communs de placements
POSTE
POSTE
POSTE
POSTE
Pre´ce´dent
en euros
....
+ 0,07
+ 0,84
+ 0,64
+ 1,22
± 1,03
± 0,67
± 0,88
+ 1,93
+ 1,33
± 0,50
+ 0,32
+ 0,41
± 0,64
+ 1,25
+ 0,87
± 1,47
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
72
168,30
´VIATIONS
ABRE
Sicav Info Poste :
08 36 68 50 10 (2,23 F/mn)
ADDILYS C ...........................
´ RIQUE C ...
AMPLITUDE AME
´ RIQUE D ...
AMPLITUDE AME
AMPLITUDE EUROPE C........
AMPLITUDE EUROPE D .......
AMPLITUDE MONDE C ........
AMPLITUDE MONDE D .......
AMPLITUDE PACIFIQUE C ...
AMPLITUDE PACIFIQUE D ...
´ LANCIEL FRANCE D PEA ....
E
´ LANCIEL EURO D PEA........
E
´ MERGENCE E.POST.D PEA .
E
´ OBILYS C .........................
GE
´ OBILYS D .........................
GE
INTENSYS C .........................
INTENSYS D.........................
KALEIS DYNAMISME C.........
KALEIS DYNAMISME D ........
KALEIS DYNAMISME FR C ...
´ QUILIBRE C............
KALEIS E
´ QUILIBRE D ...........
KALEIS E
´ RE
´ NITE
´ C .............
KALEIS SE
´ RE
´ NITE
´ D .............
KALEIS SE
KALEIS TONUS C..................
LATITUDE C .........................
LATITUDE D.........................
OBLITYS D ...........................
´ NITUDE D PEA ...............
PLE
POSTE GESTION C ...............
POSTE GESTION D...............
` RE SI ............
POSTE PREMIE
` RE 1 AN........
POSTE PREMIE
` RE 2-3...........
POSTE PREMIE
REVENUS TRIMESTR. D .......
´ SORA C ..........................
THE
´ SORA D..........................
THE
´ SORYS C.........................
TRE
SOLSTICE D .........................
f
71,95
166,90
62,05
36,95
156
104,50
12,46
51,75
45
31,87
47,25
85,10
37,24
19,20
16,06
224
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
678,13
294,46
2021,92
666,39
149,36
461,92
368,91
424,80
124,37
112,04
212,33
553,82
4797,93
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
....
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+ 0,27
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± 2,78
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± 1,92
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± 1,72
± 0,04
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LeMonde Job: WMQ1108--0016-0 WAS LMQ1108-16 Op.: XX Rev.: 10-08-00 T.: 10:10 S.: 111,06-Cmp.:10,11, Base : LMQPAG 27Fap:100 No:0375 Lcp:700 CMYK
16
AUJOURD’HUI
LE MONDE / VENDREDI 11 AOÛT 2000
SCIENCES
Au début des années 80, l’observation, autour
d’étoiles lointaines, de disques de matière où se formeraient des planètes,
a relancé la recherche de nouvelles
Terres. b EN 1994, la présence de trois
astres très singuliers en orbite autour
d’étoiles en fin de vie a été démontrée. Un an plus tard, la première planète extrasolaire était détectée. Au-
jourd’hui, une cinquantaine d’autres
ont été identifiées, preuve que ces
systèmes sont plus communs qu’il n’y
paraît. b LA 10e NUIT DES ÉTOILES sera organisée, vendredi 11 août, en
France par l’Association française
d’astronomie et la Société astronomique de France. Elle permettra à l’astronome Hubert Reeves d’évoquer
– depuis l’Observatoire du pic du Midi
pour France 2, en compagnie de
Claude Sérillon – la quête de ces nouveaux mondes qui ne sont encore que
des géantes gazeuses, peu favorables
à l’apparition de la vie.
Des planètes étrangères par milliers dans l’Univers
En cinq ans, une cinquantaine de nouveaux mondes ont été découverts. Notre système solaire n’est plus unique, comme l’ont montré les astronomes
réunis à Manchester par l’Union astronomique internationale. La 10e Nuit des étoiles devrait être un prétexte à un débat sur ces nouvelles Terres
COUP DE TONNERRE
Jamais les chasseurs de planètes
n’ont baissé les bras. Malgré les revers, malgré les déconvenues, ils ont
poursuivi leur effort. Aujourd’hui, la
preuve est faite que les planètes
existent sans doute par millions et
que des systèmes solaires analogues
au nôtre sont monnaie courante. Les
astronomes présents à l’assemblée
générale de l’Union astronomique
internationale (IAU) qui se tient actuellement à Manchester (GrandeBretagne) ont pu exhiber un catalogue d’une cinquantaine de nouveaux mondes qui vient de s’enrichir
des découvertes nombreuses des
équipes américaines et européennes
(Le Monde du 8 août).
Ils ont ainsi rendu hommage aux
prophéties de l’un d’entre eux, André Brahic qui, confiant dans les progrès de la technique, estimait déjà en
1984 « qu’on pourrait découvrir un
autre Jupiter [la plus grosse planète
du système solaire] dans les dix ou
vingt prochaines années ». Rarement
oracle aura été aussi parfaitement
exaucé. Le 6 octobre 1995, les Suisses
Michel Mayor et Didier Queloz de
l’Observatoire de Genève coiffaient
sont des compagnons des étoiles
HD 6434, HD 19994, HD 92788 et
HD 121504 ; une dernière enfin, en
rotation très proche autour de
HD 83443, formerait, avec une autre
planète découverte récemment autour de cette étoile de la constellation des Voiles, la deuxième à posséder un système planétaire (après
epsilon d’Andromède, qui compte
trois planètes).
ANOMALIES
LYNETTE COOK
IL N’Y A pas si longtemps, quelques siècles à peine, le simple fait de
penser à l’existence d’une Terre
étrangère constituait une hérésie. Il y
a dix ans, les astronomes s’usaient
les yeux à rechercher les premiers indices de l’existence de l’une d’elles en
orbite autour d’une étoile semblable
à la nôtre. En vain. Pourtant, plusieurs disques de poussières gigantesques en rotation autour de soleils
lointains avaient déjà été observés.
Ces mêmes disques dont la théorie
affirme qu’ils doivent, à l’image de
notre système solaire, être à l’origine
de la naissance – par contraction
gravitationnelle – d’un chapelet de
planètes. Mais pas le moindre indice.
Le système solaire avec son collier
de neuf planètes était-il unique dans
l’Univers ? Rien ne permettait de
camper sur une position aussi minimaliste, trop triste pour être vraie. Et
en contradiction avec les chiffres, car
il aurait fallu alors expliquer comment, alors qu’il y a dans la Voie lactée – notre galaxie – quelque
200 milliards d’étoiles et, parmi elles,
un nombre considérable d’astres
analogues à notre Soleil, celui-ci serait la seule des étoiles de notre galaxie et même de toutes les autres
galaxies à posséder un cortège de
planètes.
au poteau une autre équipe de chasseurs de nouveaux mondes, celle des
Américains Geoffrey Marcy (université de Californie, Berkeley) et Paul
Butler (Carnegie Institution, Washington DC).
Là−bas, à une quarantaine d’années-lumière de nous, un astre d’une
masse équivalente à la moitié de
celle de Jupiter tournait rapidement
autour de son soleil, 51 Pegasi, distant de seulement 8 millions de kilomètres. L’annonce de cette découverte fut un coup de tonnerre pour
l’ensemble de la communauté astronomique. Mais l’étonnement fut
plus grand encore de constater que
cette énorme planète gazeuse gravitait aussi près de son soleil. A titre
d’exemple, Jupiter flotte à quelque
780 millions de kilomètres de notre
étoile et Mercure, qui est un nain, à
80 millions de kilomètres...
Le 17 janvier 1996, Geoffrey Marcy
et Paul Butler se rattrapaient et annonçaient la découverte de deux
grosses planètes gazeuses (respectivement 7,4 fois et 2,6 fois Jupiter) en
orbite autour des étoiles 70 Virginis
et 47 Ursae Majoris. Une observation
qui allait être suivie de nombreuses
autres, démontrant ainsi, s’il le fallait, que le système solaire était loin
Comment découvrir de nouveaux mondes
Malgré les outils modernes dont
ils disposent, les astronomes ne
sont pas en mesure d’observer
directement les nouvelles
planètes qu’ils découvrent.
D’abord parce que ces planètes
ne brillent pas ou peu par
elles-mêmes. Ensuite, parce
qu’elles sont noyées dans le halo
de lumière de leur étoile. Enfin
parce que les turbulences de
l’atmosphère terrestre dégradent
les images reçues du ciel.
Pour découvrir de nouveaux
mondes, les astronomes ont donc
le choix entre plusieurs
techniques indirectes :
b La première est
l’« occultation ». Simple dans
son principe, mais complexe dans
sa mise en œuvre, cette technique
consiste à mesurer finement
l’éclat d’une étoile pour détecter
les variations que provoquerait
– par effet d’écran – le passage
d’un astre sombre devant son
étoile.
b La seconde s’appuie sur les
effets des « lentilles
gravitationnelles ». Cette
méthode repose sur la capacité
qu’ont les objets massifs, de
grosses planètes par exemple, de
dévier et d’amplifier la lumière.
On mesure donc ces phénomènes
et l’on en déduit indirectement la
présence de ces astres.
b La troisième, enfin, porte sur
la « détection des émissions
radio » en bande décamétrique
que certaines de ces planètes
produiraient si elles possédaient
un champ magnétique analogue à
celui de la Terre.
b Face à ces différentes
techniques d’observation, une
autre, ou plutôt l’une de ces
variantes, s’est imposée : celle
des « vitesses radiales », fruit du
mariage subtil entre les forces de
gravité et la lumière. Depuis
Newton on sait que les corps, une
étoile et une planète par exemple,
s’attirent sous l’effet de
l’attraction universelle.
Si donc une planète tourne
autour d’une étoile, elle aura
tendance à perturber son
mouvement à la manière d’un
enfant qui tire son père par la
manche dans une direction où
celui-ci ne veut pas aller. Or ces
infimes oscillations peuvent être
mises en évidence par une
analyse de la lumière de l’étoile
observée qui « tire » vers le rouge
si l’étoile s’éloigne de nous et vers
le bleu dans le cas contraire.
b De l’analyse fine de cet « effet
Doppler » on peut déduire, sans
jamais les voir, l’existence de
nouveaux mondes en orbite
autour de leur soleil ainsi qu’un
certain nombre de paramètres :
taille, température, période de
rotation, orbite, etc. Les chasseurs
de planètes que sont Mayor,
Queloz, Marcy et Butler ont fait
leur miel de cette technique au
cours des cinq dernières années.
Ces deux vues d’artiste représentent, à gauche, ce que pourraient être des
planètes extrasolaires. Rien de bien différent de ce que nous ont montré les
sondes spatiales parties à l’assaut de notre système solaire. A ceci près que
l’astre qui, à gauche, se détache sur le disque brillant de son étoile est une
planète gazeuse (51 Pegasi b) de la taille d’un demi-Jupiter qui frôle son
étoile à la toucher (8 millions de km, contre 780 millions de km entre le Soleil
et Jupiter). La seconde, à droite, est une interprétation très libre de
70 Virginis b, une sorte de très grosse Jupiter (7 fois) que l’artiste a dotée
d’un satellite très terrestre non encore découvert.
d’être unique. En cinq ans, l’équipe
de Marcy et celle de Mayor ont multiplié les observations. Geoffrey
Marcy a inscrit à son tableau de
chasse plus de vingt nouvelles planètes liées à leur soleil.
Mais, pendant cette période, il a
aussi démontré l’existence, avec Robert Noyes (Smithsonian Astrophysical Observatory), du tout premier
système planétaire riche de trois objets en orbite autour de epsilon
d’Andromède, un surprenant ensemble qui, par sa relative variété,
pourrait bien être une pierre de Rosette pour comprendre la façon dont
se forment les systèmes solaires.
Avec la tenue de l’assemblée générale de l’Union astronomique internationale (IAU), la galerie de portraits des planètes extrasolaires s’est
enrichie de dix nouvelles planètes
pour atteindre le chiffre de cinquante (Le Monde du 8 août). Une,
en orbite autour d’epsilon Eridani, située si près de nous (10,5 années-lumière) que « c’est comme si on l’avait
trouvée dans notre jardin », s’émer-
veille William D. Cochran (université
du Texas, Austin). Trois autres tournant autour des étoiles HD 12661,
HD 92788 et HD 38529 sont le résultat de recherches menées par Geoffrey Marcy et Paul Butler.
Six autres enfin ont été sorties de
l’anonymat par l’équipe de Michel
Mayor et Didier Queloz en association avec des chercheurs de l’Observatoire de Grenoble et de l’Observatoire de Haute-Provence : une dans
le ciel de l’hémisphère Nord, en orbite autour de HD 190228 ; quatre
Cette dernière observation est
d’ailleurs à rapprocher des travaux
menés par Debra Fischer (université
de Californie, Berkeley) qui, après
avoir étudié attentivement les
comportements de douze étoiles, en
a déduit que cinq d’entre elles – qui
avaient déjà une planète fille – présentaient des anomalies telles
qu’elles pourraient héberger un second hôte de cette nature. Une hypothèse qui, si elle se vérifie, pourrait
bien rendre l’existence de systèmes
solaires aussi banale que celle des
planètes extrasolaires au nombre
d’une cinquantaine désormais après
seulement cinq années de recherches. Preuve qu’André Brahic
avait raison. Mais, à ce jour, la première Terre entourée d’une atmosphère, et, qui sait, offrant des conditions favorables à l’apparition de la
vie, reste encore à découvrir.
Jean-François Augereau
夝 Pour en savoir plus :
http//www.obspm.fr/encycl/f-encycl.html
http//www.spaceart.org/lcook/
space.html
http ://www.princeton.edu/~willman/planetary_systems/
http ://exoplanets.org/
Des mondes géants, gazeux et très inhospitaliers
LES RÊVEURS en seront pour leur frais. Les
nouvelles planètes découvertes en orbite autour d’étoiles lointaines n’ont rien de nouveaux
paradis. Les trois premières d’entre elles, pour
autant qu’on puisse les qualifier de planètes,
sont des astres telluriques découverts en 1994
par Alexander Wolszcan et Dale Frail (université de Pennsylvanie) au voisinage du pulsar
PSR1257+12, situé dans la constellation de la
Vierge. Mais pas question de vivre sur ces
terres exposées aux puissantes bouffées de
rayonnements X et gamma vomis en permanence par cette turbulente étoile en fin de vie.
De plus, ces candidats exotiques au titre de
nouveaux mondes semblent sortir de la norme,
et ne pas répondre aux critères classiques de
formation d’un système planétaire par condensation lente d’une partie du disque de matière
et de gaz qui entoure généralement l’étoile.
Les cinquante autres planètes découvertes
au cours des cinq ans écoulés sont plus en rapport avec l’idée d’astres appartenant à des systèmes solaires analogues au nôtre. Mais, là encore, pas d’espoir à attendre d’une colonisation
de ces astres par la vie. Un exemple en témoigne. Le compagnon de 51 Pégase, une boulotte grosse comme un demi-Jupiter, n’est distante de son étoile que de 7 millions de
kilomètres seulement, alors que la Terre s’en
tient éloignée de 150 millions de kilomètres et
Jupiter de 780 millions de kilomètres. Conséquence : la température y friserait les 1 800 degrés.
Tous ces astres ne sont pas aussi dissuasifs.
Mais beaucoup flirtent de trop près avec leur
soleil et le côtoient à des distances inférieures à
celle que la Terre maintient avec son étoile.
D’autres sont plus accueillantes. Au début de
1996, lors des toutes premières annonces,
Geoffrey Marcy avait estimé que la température du compagnon de 70 Virginis ne dépassait
pas les 80 degrés et celle de la planète de 47 Ursae Majoris 90 degrés. Sous le coup de l’enthousiasme, il avait même évoqué l’existence
de pluies, de lacs et d’océans sur la première
d’entre elles. C’était aller un peu vite en besogne à l’heure où la réunion d’indices sur des
mondes comme Mars ou la Lune, pourtant à
portée de sonde spatiale, sont si difficiles.
DIFFICULTÉS D’ÉTUDES
Qu’importe. La découverte de ces planètes
est suffisamment importante pour que les astronomes accumulent les données, dans l’espoir – à l’image des météorologues, qui, pour
mieux comprendre l’atmosphère terrestre, étudient celles de Vénus, Mars, Jupiter ou Saturne – de cerner les mécanismes qui président
à la formation d’un collier de planètes autour
d’une étoile. Pour l’heure, celles qui ont été découvertes posent plus de questions qu’elles
n’en résolvent.
D’abord, parce que le bestiaire établi à ce
jour par les chercheurs ne mentionne que des
planètes gazeuses géantes, d’une masse équivalente à plusieurs fois Saturne pour les plus
petites (un tiers d’entre elles) et plusieurs fois
Jupiter (318 fois la Terre) pour les plus grosses
(deux tiers d’entre elles). En découvrir de plus
modestes et plus terrestres n’est pas encore à
la portée des instruments actuels. Mais nul
doute que la découverte d’une de ces Terra II
arrivera vite.
Ensuite, et c’est une surprise, parce qu’il apparaît que les nouveaux mondes récemment
découverts ont des orbites pour le moins singulières là où les Mercure, Vénus, Terre, Mars,
Jupiter, Saturne et les autres suivent des trajectoires convenues selon un bal bien réglé. Pourquoi ? C’est un mystère aussi épais que la présence, tout près de leurs étoiles, de ces géantes
gazeuses, dont on ne sait si elle favorise ou au
contraire entrave la formation dans leur voisinage de planètes plus petites et rocheuses à
l’image de cette bonne vieille Terre.
J.-F. A.
Le CNRS en attente d’un nouveau directeur général
DEPUIS trois semaines, le Centre
national de la recherche scientifique
(CNRS) n’a plus de directeur général. Le mandat de trois ans de Catherine Bréchignac a expiré le
19 juillet et, depuis lors, c’est le secrétaire général de l’organisme,
Jean-Pierre Souzy, qui assure « la
continuité de la gestion courante ».
En attendant la nomination d’un
nouveau directeur, prévue à la fin
du mois d’août, en conseil des ministres.
Cette nomination aurait dû intervenir le mois dernier. Le report de la
décision traduit la difficulté du ministère de la recherche à pourvoir
un poste sensible, exposé aux feux
croisés de la communauté scientifique et des responsables politiques, et dont le titulaire doit obtenir le double aval de l’Elysée et de
Matignon. L’arbitrage est d’autant
plus complexe que le président du
conseil d’administration, Edouard
Brézin, dont le troisième mandat
court jusqu’en novembre 2001, a
annoncé son intention de démissionner dans la foulée du changement de directeur général. Il s’agit
donc de former un nouveau « tandem » pour le CNRS.
Il semble probable, en tout état
de cause, que le mandat de Catherine Bréchignac ne sera pas renouvelé. La désignation de cette physicienne à la tête du premier
organisme de recherche français
avait constitué, en juillet 1997, l’un
des premiers gestes politiques de
Claude Allègre. Le ministre de
l’éducation nationale et de la recherche avait voulu donner « une
signification symbolique forte » au
choix – sans précédent dans l’histoire du CNRS – d’une femme, à laquelle il confiait pour mission de
« débureaucratiser » le centre, de le
rajeunir et de le rapprocher de
l’Université.
Mais très vite des tensions sont
apparues entre le ministère et
Mme Bréchignac. « Je suis en complet
accord avec les grands principes et
les objectifs de la politique ministérielle, mais je l’applique avec une
certaine autonomie. Je suis responsable d’un organisme et je n’ai pas
l’habitude qu’on me tienne la
main », déclarait cette chercheuse
au caractère bien trempé, surnommée « la Jeanne d’Arc du CNRS ».
DIRECTION FRONDEUSE
Un projet de refonte du Comité
national de la recherche scientifique
(l’instance paritaire de recrutement,
d’évaluation et de prospective du
CNRS), auquel Mme Bréchignac s’est
fermement opposée, a constitué, au
printemps 1998, une première
source de conflit. Dans les mois qui
ont suivi, c’est un projet de réforme
du CNRS lui-même qui a été mis en
échec par les chercheurs, soutenus,
plus ou moins ouvertement, par la
direction générale du centre. Et l’affaire du synchrotron n’a fait qu’envenimer la situation, le CNRS ayant
pris fait et cause contre la décision
de Claude Allègre d’abandonner le
projet national Soleil.
Ce faisant, Mme Bréchignac a
gagné un crédit certain auprès
d’une partie du milieu scientifique,
que le nouveau ministre de la recherche, Roger-Gérard Schwartzenberg, prend donc le risque de
heurter en ne la reconduisant pas à
son poste. Mais elle paye aujourd’hui le prix de sa « résistance »
à une tutelle qui lui reproche « un
manque de réactivité » aux demandes gouvernementales, comme
celle de la création, au sein du
CNRS, d’un institut des sciences et
technologies de l’information et de
la communication.
Pierre Le Hir
LeMonde Job: WMQ1108--0017-0 WAS LMQ1108-17 Op.: XX Rev.: 10-08-00 T.: 10:59 S.: 111,06-Cmp.:10,11, Base : LMQPAG 27Fap:100 No:0376 Lcp:700 CMYK
AUJOURD’HUI-SPORTS
LE MONDE / VENDREDI 11 AOÛT 2000 / 17
La transat Québec - Saint-Malo
s’est jouée à un souffle
MÊME PAS 10 minutes... Autant
dire un souffle sur les 9 jours,
23 heures et 16 minutes qu’aura
duré ce sprint dans l’AtlantiqueNord, lancé dimanche 30 juillet depuis les berges du Saint-Laurent
vers les remparts de Saint-Malo.
Mais, mercredi 9 août, cela aura
suffi au trimaran Groupama de
Franck Cammas, assisté de JeanBaptiste Le Vaillant, Lionel Lemonchois, Olivier Lozachmeur, Steve
Ravussin et Marcel Van Triest,
pour ravir la victoire à Marc Guillemot et à ses hommes, à bord de La
Trinitaine.
Après cinq jours de course, certains avaient pourtant cru les jeux
faits. Grâce à une plongée au sud
audacieuse, La Trinitaine, marchant à plus de 20 nœuds de
moyenne (37 km/h), s’était offert
une avance de près de 300 milles
(555 km) sur ses poursuivants.
L’équipage de Groupama, en tête à
la sortie du golfe du Saint-Laurent,
avait accusé le coup. Calé sur une
route à peu près directe, le team
Cammas comptait emboîter le pas
à une des dépressions qui naissent
d’ordinaire au large de TerreNeuve. Mais il n’a cessé de buter
sur une dorsale anticyclonique, se
traînant à 10-12 nœuds (18-22 km/
h).
« Nous étions très tendus, dit
Franck Cammas. Mais quand on a
vu à quelle vitesse La Trinitaine
creusait l’écart, on s’est dit qu’on
pouvait aussi avoir une opportunité
à notre tour et on a continué à attaquer comme s’il était juste devant
nous. » A juste raison. Les hommes
de Groupama touchent bientôt,
comme le reste de la flotte des
trimarans, des vents de sud-ouest
de 15 à 20 nœuds (28-37 km/h), assortis d’une mer plate, idéale pour
la performance. Lundi 7 août,
Bayer, le trimaran d’Yvan Bourgnon, pulvérise même le record de
vitesse en 24 heures sur multicoque de 60 pieds (détenu jusquelà par le même bateau, skippé alors
par son frère Laurent Bourgnon)
en le portant de 540 à 625,34 milles
DÉPÊCHES
a NATATION : le duo français
composé de Virginie Dedieu et
Myriam Lignot est devenu champion d’Europe de natation synchronisée après la disqualification
des Russes Maria Kisseleva et Olga
Brousnikina, pour cause de dopage.
La Ligue européenne de natation
(LEN) a annoncé, mercredi 9 août,
que Maria Kisseleva, qui avait terminé première avec sa coéquipière le
1er juillet à Helsinki, avait subi un
contrôle positif à l’éphédrine.
a Un Chinois de trente-six ans,
Zhang Jian, a réussi, jeudi 10 août,
la première traversée à la nage du
détroit de Bohai, qui sépare la province orientale du Shandong du
nord-est de la Chine. Il a mis
50 heures et 22 minutes pour parcourir les 123 kilomètres du détroit
au milieu de vagues impressionnantes et dans une mer infestée de
requins, rapporte l’agence Chine
nouvelle.
a TENNIS : Amélie Mauresmo ne
participera pas à l’US Open, du
28 août au 10 septembre à New
York. Souffrant d’une douleur persistante au dos, la Française, qui est sélectionnée pour les JO de Sydney (du
16 septembre au 1er octobre), a préféré renoncer au tournoi américain à
la suite d’un contrôle médical. Ses
médecins et kinésithérapeutes lui
ont conseillé de retarder son retour à
la compétition.
a LOTO : résultats des tirages n°
64 effectués mercredi 9 août. Premier tirage : 9, 34, 36, 38, 39, 49 ; numéro complémentaire : 33. Rapports
pour 6 numéros : 6 479 430 F
(987 783 ¤) ; 5 numéros et le complémentaire : 68 035 F (10 372 ¤) ; 5 numéros : 6 337 F (966 ¤) ; 4 numéros et
le complémentaire : 278 F (42,38 ¤) ;
4 numéros : 139 F (21,19 ¤) ; 3 numéros et le complémentaire : 34 F
(5,18 ¤) ; 3 numéros : 17 F (2,59 ¤).
Second tirage : 1, 8, 16, 26, 35, 45 ;
numéro complémentaire : 9. 6 numéros : 15 021 780 F (2 290 056¤) ;
5 numéros et le complémentaire :
61 875 F (9 433 ¤) ; 5 numéros :
6 970 F (1 063¤) ; 4 numéros et le
complémentaire : 312 F (47,56 ¤) ; 4
numéros : 156 F (23,78 ¤) ; 3 numéros
et le complémentaire : 30 F (4,57 ¤) ;
3 numéros : 15 F (2,29 ¤).
(de 1 000 à 1 158 km). Soit une
moyenne
incroyable
de
26,06 nœuds (48,15 km/h).
En tête de course, Dominique
Conin, le navigateur de La Trinitaine, est rivé à sa table à carte. Il
cherche une issue pour échapper à
la « meute » qui déboule. « On le
sort deux fois par jour pour lui faire
prendre l’air », parvient tout de
même à plaisanter Marc Guillemot. En doublant le phare du Fastnet, qui marque l’entrée dans la
Manche, au sud de l’Irlande, La Trinitaine ne dispose plus que de
4 heures d’avance sur la flottille. La
victoire semble promise au plus fin
tacticien. Chacun en possède un à
son bord. Sur Groupama, Marcel
Van Triest, navigateur du Défi
français de la dernière Coupe de
l’America, ne chôme pas.
LE RIVAL DANS LES JUMELLES
En face, Frédéric Le Peutrec, spécialiste du Tornado (catamaran
olympique) et sélectionné aux JO
d’Atlanta en 1996, jette tout son
talent de régatier dans la bataille,
pour un finish dans des vents
faibles. Il ne quittera pratiquement
pas la barre de La Trinitaine les
dernières 36 heures. Mercredi matin, l’équipage de Groupama, qui se
croit loin devant, s’approche de la
côte quand il aperçoit La Trinitaine
à la jumelle. « La tension à bord est
montée d’un cran », dit Cammas.
La situation est en fait très
complexe. Dans la baie de SaintQuay-Portrieux, Groupama, La Trinitaine, Foncia (Alain Gautier) et
Belgacom (Jean-Luc Nélias) naviguent à vue, comme dans un
grand prix. « C’était comme un
nouveau départ de course, raconte
Franck Cammas. On a joué les
3 000 milles que compte le parcours
sur une vingtaine de milles. »
Foncia et Belgacom tentent la
carte du « rase-caillou » en s’approchant de la côte pour essayer –
en vain – de profiter des courants
de la bascule des marées et d’une
éventuelle brise thermique. Ils se
classeront respectivement 4e et 5e,
Bayer venant s’intercaler à la
3e place, à une petite demi-heure
du vainqueur.
Bord à bord, Groupama et La Trinitaine multiplient les manœuvres
pour tenter de prendre l’avantage
dans le petit temps. Groupama accroche dans ses safrans des algues
et des sacs plastiques. « On a arrêté
le bateau et plongé pour les ôter, explique Franck Cammas. Puis, au
cap Fréhel, nous avons réussi à gagner la longueur qui nous a permis
de nous dégager. »
Inconditionnel des réglages fins
pour avoir fait ses classes dans la
course du Figaro, Franck Cammas
s’est entouré d’excellents barreurs.
« C’est en partie ce qui a fait la différence sur la fin, explique-t-il. Avec
Jean-Baptiste Le Vaillant et Steve
Ravussin, on se relayait. Quand on
sait ses coéquipiers aussi performants que soi-même à la barre, ça
permet de se reposer, car au bout de
deux heures de barre, on n’est plus
aussi pointu. »
Déjà deuxième de la Transat anglaise en solitaire (Plymouth-Newport), il y a deux mois, Marc Guillemot ne retenait que les bons
souvenirs de cette nouvelle course,
qui lui avait pourtant échappé pour
9 min 54 s. Comme s’il sentait
l’heure de sa propre victoire maintenant toute proche. « Nous n’avons
rien à regretter, dit-il. Nous n’avons
jamais pensé que c’était gagné et
nous n’avons pas fait d’erreur. »
A vingt-sept ans, Cammas, l’habitué des podiums, triomphe pour la
première fois en trimaran dans une
course au large. Que ce succès survienne dans une épreuve disputée
en équipage plutôt qu’en solitaire
ne le chagrine pas. « Tout ce que je
peux gagner, je le prends. La course
en équipage est une formule plus intéressante sur ces bateaux très physiques. On peut les mener à fond, en
manœuvrant davantage et sans le
stress qu’impliquent les périodes de
sommeil sous pilote automatique en
solo. Ça devient de la vraie course . »
Patricia Jolly
EMMANUEL PAIN/AFP
« Groupama », le trimaran de Franck Cammas, skipper de 27 ans, est arrivé
avec moins de 10 minutes d’avance sur « La Trinitaine » de Marc Guillemot
Le vainqueur de la transat Québec - Saint-Malo, devant les remparts de la cité bretonne.
Solitaire du « Figaro » :
3e étape « marathon »
Franck Cammas a fait ses
classes sur la solitaire du « Figaro », une course qu’il a remportée en 1997, après une 6e et
deux 4es places. Coïncidence :
au moment où il remportait la
Transat Québec - Saint-Malo,
les 49 bateaux du « Figaro »
commençaient leur remontée
le long des côtes sud de la Bretagne, une remontée qui doit
les mener au rocher du Fastnet
(Irlande), puis à Falmouth (sud
de l’Angleterre) au terme de la
3e étape.
Pascal Bidégorry, 1er au classement général et vainqueur
de la 2e étape sur Europ-Assistance, possédait au départ de
La Baule 1 h 22 min d’avance
au classement sur Christophe
Lebas (Data-Sport), arrivé en
t ê t e d e l a 1re é t a p e . C e t t e
de
600 milles
3e é t a p e ,
(1 100 km), sera la plus longue
jamais organisée sur cette
course.
Claire Condemine, médecin du sport
« On fait peser une présomption
de culpabilité sur les coureurs cyclistes »
La publication, mardi 8 août, par le
Conseil national de prévention et lutte
contre le dopage (CPLD) d’un communiqué révélant que 45 % des échantillons d’urine prélevés pendant le Tour
de France 2000 contenaient des produits dopants – dont l’utilisation avait
cependant fait l’objet de justifications
thérapeutiques – a semé l’émoi dans le
monde du cyclisme. Claire Condemine,
qui était l’an dernier le médecin de
l’équipe cycliste Festina, estime que les
droits fondamentaux des sportifs de
haut niveau sont gravement remis en
cause.
« En tant que médecin du sport,
que pensez-vous du débat suscité
par le communiqué du CPLD ?
– Je crois que l’on fait un raccourci
injustifiable, une grave confusion
entre un problème de santé publique, celui de la santé des sportifs
de haut niveau, et un problème qui
relèverait du dopage. On remet également en cause la validité du jugement médical en laissant entendre
que certains certificats médicaux seraient des certificats de complaisance. On fait régner une telle terreur
que, l’an dernier, alors que j’étais médecin de l’équipe Festina, je m’abstenais de prescrire des corticoïdes à qui
que ce soit, car cette personne aurait
été aussitôt suspectée de se doper.
» Cette confusion nuit à la bonne
tenue des affaires médicales. Un médecin doit pouvoir prescrire un produit thérapeutique – dans la limite
des doses autorisées – à un patient,
sans avoir à se poser la question de ce
que va en penser l’opinion publique.
Si l’on fait peser sur les médecins,
comme sur les sportifs, une présomption systématique de culpabilité, alors il n’est plus possible d’exercer la médecine dans le sport. Il me
semble inquiétant que des comités
d’experts puissent examiner chaque
prescription et décider de la pertinence ou non de tel diagnostic. Ce serait supposer que le médecin n’est
plus capable de tenir son rôle.
– Vous semblez choquée par le
déferlement médiatique que cela a
suscité...
– Ce qui me choque avant tout,
c’est que l’on donne aux coureurs
cyclistes la charge de prouver leur
innocence. C’est contraire aux droits
civiques. Imaginez que vous vous
cassiez la jambe, que l’on vous administre un dérivé morphinique
pour calmer la douleur et que l’on
vous demande ensuite de prouver
que vous n’êtes pas morphinomane... C’est ce que l’on exige aujourd’hui des coureurs cyclistes. Il ne
s’agit pas de couvrir le dopage, mais
de respecter le droit des personnes
au respect de leur vie privée.
» Les sportifs doivent-ils accepter
que soient rendues publiques des informations relatives à leur vie et à
leur corps ? Imagine-t-on les réactions que l’on déclencherait en exigeant cela d’une autre catégorie de
la population ? Si l’on demandait
aux gens, lors d’un entretien d’embauche, de produire des analyses
médicales afin de vérifier qu’ils ne se
droguent pas, qu’ils ne sont pas alcooliques ?
– Ce chiffre de 45 % des échantillons contenant des produits dopants vous étonne-t-il ?
– Certains en ont déduit aussitôt
que 45 % des cyclistes sont dopés. Il
est impossible d’en conclure cela. Ce
chiffre n’est pas étonnant pour quelqu’un qui s’intéresse à la santé des
sportifs de haut niveau. Je suis
même surprise qu’on s’aperçoive si
tardivement qu’une proportion importante de coureurs cyclistes développe des pathologies liées à l’activité de sportifs de haut niveau. Les
cyclistes ne sont pas les seuls
concernés : tous les sports associés à
une hyperventilation – le demi-fond,
le triathlon ou le ski de fond – favorisent l’émergence de pathologies
comme les allergies ou l’asthme
d’effort. D’un point de vue général,
la pratique du sport de haut niveau
favorise l’apparition de troubles allergiques, nutritionnels, digestifs, infectieux...
– On peut cependant supposer
que certains sportifs profitent de la
situation pour se doper en toute légalité...
– Il est clair que des médicaments
parfaitement indiqués pour certaines
pathlologies peuvent être utilisés à
d’autres doses et d’autres fins que
celles pour lesquelles ils sont prévus.
Il y aura toujours des gens pour accepter certains compromis. Mais le
scandale, c’est que l’on fait régner sur
les coureurs cyclistes une suspicion
de dopage parce qu’ils ont recours à
des produits qui pourraient être utilisés à des fins de dopage. Plutôt que
d’utiliser de grandes considérations
sur la santé des sportifs pour semer la
suspicion quant à un dopage hypothétique, il serait à mon avis plus intéressant de développer une réflexion fondamentale – dans un
contexte dépassionné – sur les rapports entre la santé et la pratique du
sport de haut niveau.
– Que préconisez-vous ?
– La meilleure façon de lutter efficacement contre le dopage, c’est de
travailler sur les mentalités et les représentations, par des mesures de
prévention et d’éducation. C’est un
travail de longue haleine, mais tant
qu’on jouera au gendarme et au voleur, on en s’en sortira pas. Et on
continuera d’alimenter cette atmosphère de suspicion délétère, qui
aboutit à un repli des sportifs de haut
niveau sur eux-mêmes et ne fait
qu’aggraver les choses. Il faut faire en
sorte qu’un jour, le dopage devienne
impensable pour les sportifs de haut
niveau, devienne étranger à leur vision d’eux-mêmes. Que l’athlète se
dise qu’il est impossible d’être en
même temps un champion, un héros,
et ce type qui avale des cachets. »
Propos recueillis par
Gilles van Kote
Le Racing Club de Paris joue
les start-up du football
« NOUS VOULONS faire de Colombes le Milanello du Racing Club
de Paris. » Imiter le célèbre centre
d’entraînement du Milan AC, le désir peut surprendre tant il traduit
des ambitions à première vue démesurées pour un club de National, troisième échelon du championnat de France de football.
Mais Gilles Dumas, qui a repris le
Racing Club de Paris (RCP) avec
deux de ses associés, Yves Curtat et
Bertrand Forges, en juillet 1999
(Le Monde du 7 décembre 1999),
est convaincu que « le destin du
Racing » passe par le Stade de
France et la D1. Le stade Yves-duManoir de Colombes (Hauts-deSeine), qui a accueilli les Jeux
olympiques en 1924, ne devant plus
alors servir que de base arrière au
club.
« Colombes est devenu un mouroir, et il est grand temps d’avancer », indique le nouveau président
du RCP. Dans le cadre de son projet de développement, le club
– dont le Racing Club de France
détient toujours 34 % des parts –
possède un droit de préemption
sur le rachat de ce site de 20 hectares et souhaite y construire une
« cité du football ». Le projet immobilier, qui doit être réalisé entre
2002 et 2004, permettrait au club
de se doter d’un stade de
15 000 places, d’un internat, d’un
centre d’entraînement et d’un
centre de formation.
« Un formidable potentiel existe à
Colombes », insiste Gilles Dumas,
qui constate que près de 5 000 enfants passent chaque semaine sur
le site, en club ou pour des activités
scolaires, alors qu’il n’y avait que
300 spectateurs au stade en
moyenne la saison passée. Pour
mobiliser ces jeunes, le Racing a
organisé des stages de football cet
été sur treize sites de la région parisienne. Son école de football peut
se targuer d’avoir formé des
joueurs comme le gardien monégasque Stéphane Porato, le Marseillais William Gallas ou, plus récemment, le jeune Jérémie
Aliadière, parti à Londres pour
jouer à Arsenal.
Dans ce projet, le Racing n’évoluerait dans un premier temps au
Stade de France que pour les
grosses affiches, à l’image de ce
32e de finale de la Coupe de France,
disputé (et perdu) à Saint-Denis le
22 janvier face à l’AS Monaco. Suivie par près de 53 000 spectateurs
et 4,7 millions de téléspectateurs,
la rencontre n’en a pas moins valu,
in
fine,
une
ardoise
de
500 000 francs au RCP. « J’ai péché
par naïveté », indique Gilles Dumas
qui, à quarante ans, a fait ainsi la
découverte des mœurs du foot
professionnel.
Pour parvenir à ses fins et mettre
en place son projet, le président du
RCP profite de son expérience professionnelle. Directeur de deux sociétés de sponsoring sportif, Sporlab (études marketing) et Autour
du sport (agence de marketing
opérationnel), il est parvenu à
convaincre un certain nombre de
partenaires. « Le Racing s’inscrit
dans la nouvelle économie, c’est une
sorte de start-up », indique-t-il.
Les sponsors, comme France Télécom, Ericsson ou Axa, four-
nissent 90 % du budget du club, qui
s’élève cette année à 14 millions de
francs. Si le Racing leur permet de
développer un sponsoring de
proximité, comme des actions « citoyennes », très à la mode aujourd’hui dans les entreprises, ils
ne perdent pas de vue pour autant
les sommets et se disent prêts à aller plus loin dans leur soutien si le
club se rapprochait de l’élite.
A Colombes,
chaque semaine,
près de 5 000 enfants
passent
sur le site, en club
ou pour des activités
scolaires,
alors qu’il n’y avait
que 300 spectateurs
au stade en moyenne
la saison passée
Pour mener à bien son projet
sportif, Gilles Dumas n’a pas hésité
à renouveler à 80 % un effectif
dont les performances de la saison
passée (9e) n’ont pas été celles espérées. En recrutant notamment
l’ancien joueur de D1 Daniel Dutuel ou le troisième buteur du
championnat de Yougoslavie, Dragan Dukanovic, le Racing affiche
ses ambitions. Mais le cuisant
échec du Matra-Racing de JeanLuc Lagardère, ancêtre du RCP,
reste dans les mémoires.
Jean-Michel Cavalli, le nouvel
entraîneur, qui vient d’affronter les
embûches du National avec le Gazélec Ajaccio, se dit prêt à relever
le défi : « Le Racing peut devenir à
moyen terme un des dix premiers
clubs de France », affirme-t-il. Si
l’ancien coach lillois sait que la
perspective d’évoluer dans la cour
des grands est attrayante, il s’est
assigné pour rôle de « remettre la
tête sur les épaules et les pieds sur
terre » à tous ceux qui s’enflammeraient un peu trop vite dans son effectif.
Il peut compter, pour relayer son
discours sur le terrain, sur l’expérience de Daniel Dutuel. A trentedeux ans, l’ancien milieu de terrain
auxerrois, qui a joué à Marseille, à
Bordeaux, puis en Espagne (Vigo
et Valladolid) et en Suisse (Bellinzone), ne se fait aucune illusion sur
ce championnat, qu’il juge très difficile : « Je souhaite relever le challenge du Racing, qui est vraiment
exaltant. Je pense pouvoir apporter
quelque chose aux jeunes sur le terrain. Ce ne sont pas des motivations
financières qui m’ont conduit ici,
vous l’aurez compris... » Quoi qu’il
en soit, le Racing doit faire vite s’il
veut atteindre ses objectifs, car le
Red Star (National) ou Créteil (Division 2) lorgnent eux aussi sur
l’antre de l’équipe de France.
Laurent Céline
LeMonde Job: WMQ1108--0018-0 WAS LMQ1108-18 Op.: XX Rev.: 10-08-00 T.: 08:47 S.: 111,06-Cmp.:10,11, Base : LMQPAG 27Fap:100 No:0377 Lcp:700 CMYK
18 / LE MONDE / VENDREDI 11 AOÛT 2000
AUJOURD’HUI-MODES DE VIE
LE FLIRT. 3
Le cyber-marivaudage
cherche ses lettres de noblesse
VERSION MODERNE, enrichie et
sophistiquée d’un genre inauguré
chez nous par le Minitel rose, les emails vulgaires à souhait du porno
on-line racolent sur la Toile. Voilà
pourquoi une certaine suspicion
flotte autour des « espaces communautaires de rencontre » qui promettent aux internautes « de découvrir le ou la partenaire de leurs
rêves ». Malgré les pseudonymes
sans ambiguïtés qui fleurissent au
hasard de certains messages, ces
sites ne se veulent pas de simples
machines à produire du cyber-sexe.
On y cause de tout, et pas seulement de galipettes frénétiques, assurent leurs promoteurs.
« Se faire des amis, flirter en toute
liberté avec filles et garçons » proclame spraydate.fr, le site de rencontres du portail suédois spray qui,
lancé en février 2000, compte plus
de 70 000 membres en France. Il
faut tout d’abord s’inscrire – gratuitement – et fournir quelques renseignements sur ses hobbies et sa personnalité. Chaque membre doit
aussi indiquer en cinq points ce qu’il
déteste et, au contraire, ce qu’il
aime. Une série de questions à choix
multiples lui est également soumise.
Obligation aussi de s’inventer un
pseudonyme, exercice de plus en
plus délicat compte tenu de la difficulté de trouver une appellation disponible. On peut alors s’élancer à la
recherche de l’âme sœur en consul-
tion du pseudo, raconte Jane, 27 ans.
Goldorak ou Marteau Piqueur, très
peu pour moi. Ensuite, je consulte la
fiche des préférences. Si le mec
cherche un physique féminin bien
précis, je n’insiste pas ; il n’a aucun
intérêt. Ensuite, on se rend compte rapidement si le monsieur cherche de
“l’instant sex” ou encore s’il est un
peu niais. Une entrée en matière du
style “Bonjour, j’ai envie de communiquer. Toi aussi ?” donne tout sauf
envie de poursuivre. »
On bavarde, on minaude. On tient
des propos plus ou moins lestes
avec on ne sait trop qui. Cela n’engage à rien. Version moderne du bal
masqué, le flirt sur Internet se prête
à tous les faux-semblants. Il semble
ravir des générations nées dans les
années 70 et formées à l’école des
jeux de rôle sur ordinateur. Les manœuvres d’approche sont subtiles et
progressives. Une fois le dialogue
noué, on échangera des photos, des
cartes postales puis, si le charme
perdure, on dévoilera son prénom,
voire son e-mail, ou son numéro de
téléphone.
L’âge minimum requis (17 ans sur
spray, 18 ans sur netclub.fr qui revendique 90 000 membres) est parfaitement invérifiable. Les plus
jeunes assurent pourtant qu’ils ne
sont pas dupes. « Quatre copines ont
rencontré un mec sur Internet. En fait,
ils étaient tous nuls », s’esclaffe une
lycéenne de 17 ans. « Soyons sérieux,
Gay Internet
« Pour nos amis gays et lesbiennes », annonce Spray, un nouveau
« site communautaire de rencontres » est apparu en juin : gaydate.fr.
Intégré dans le portail Yarps (Spray, à l’envers), spécialement destiné à la communauté homosexuelle, celui-ci fonctionne exactement
« selon les mêmes principes soft que Spraydate », désormais réservé
aux hétérosexuels, et 3 000 membres se sont inscrits. Cette séparation rendue nécessaire par « la complexité » de gérer une cohabitation homos-hétéros est aussi liée à des considérations publicitaires
quoique l’on indique chez Spray que « la plupart des annonceurs
éprouvent encore des réticences à l’idée d’apparaître sur les sites gays ».
En revanche, netclub.fr (leader français) accueille dans le même site
toutes les préférences sexuelles, clairement mentionnées.
tant les renseignements fournis par
les autres protagonistes. En fonction
des « tests » réalisés lors de l’inscription, un classement par affinités est
mis à la disposition de l’internaute.
Il en fait ce qu’il veut.
L’important, c’est de proposer un
rendez-vous à la personne que l’on
a choisie. En principe, ce contact
reste virtuel et consiste à échanger
des messages. Puis, chacun des deux
correspondants est invité à remplir
une fiche résumant ses impressions
et qui pourra être consultée par tout
le monde.
« Nous sommes là pour inciter les
gens à se découvrir. Ensuite, bien sûr,
ils sont libres de faire ce qu’ils veulent,
fait valoir Jean-Baptiste Sers, responsable du développement de
spray.fr. Vous savez, il est moins cuisant de se faire éconduire sur Internet
que devant tout le monde, à la terrasse d’un café. » Certes, mais le démarrage d’une cyber-relation réclame du savoir-faire.
« J’effectue un premier tri en fonc-
TROIS QUESTIONS À...
JEAN-BAPTISTE SERS
1
Vous êtes responsable du développement de spray.fr. Quelles
doivent être les priorités d’un site
de rencontres sur Internet ?
La première chose est d’éviter de
donner dans l’esprit « agence matrimoniale ». Pour que les internautes
aient envie de se rencontrer, il faut
que l’ambiance soit détendue et ludique. Le plus important est de surveiller, de modérer nos sites de rencontres et ne pas hésiter à intervenir
si les bornes sont franchies. Non pas
dans les conversations – cela ne regarde que les intéressés – mais, par
exemple, dans la diffusion de photos.
2
Comment fait-on évoluer un tel
site ?
L’adaptation permanente est indispensable. Elle passe par l’élaboration de nouveaux services, tels les
moteurs de recherche qui offrent la
possibilité de multiplier les critères
de sélection et de cibler très précisément la personne que l’on recherche, en fonction des interlo-
ajoute une autre en pouffant. Sur les
sites de rencontres et les “chats” (forums de discussion), toutes les filles
font du 95 D et les garçons mesurent
1,85 m. Bref, on se connecte surtout
pour s’amuser. »
« ACCAPARÉS PAR LEUR JOB »
« En quelques semaines, j’ai découvert plein de gens intéressants, assure
pourtant Nathalie, 25 ans, qui ne
consacre guère plus qu’une séance
hebdomadaire à son existence interactive. Entre autres, des 30-35 ans tellement accaparés par leur job qu’ils
n’avaient pas le temps ou l’énergie de
sortir et venaient discuter par messagerie interposée. » Tous les sites
jurent qu’ils reçoivent chaque jour
des messages de couples de tourtereaux les priant de les rayer de la
liste des cœurs à prendre.
Installé dans la vie quotidienne de
milliers de jeunes urbains, le cybermarivaudage est loin d’avoir acquis
toutes ses lettres de noblesse. Pour
une bonne raison : cette activité est
cuteurs en ligne, selon la tranche
d’âge ou en élargissant la requête à
des villes précises, y compris à
l’étranger. Chez nous, on peut aussi
prendre rendez-vous et dialoguer
avec un écran dont l’habillage graphique représente une plage ou un
parc virtuels.
3
Qui sont les membres de votre
site ?
Nos visiteurs ont autour de la
trentaine et, généralement, leur vie
sociale est plutôt active. En majorité, ils fréquentent le site environ
deux fois par semaine. Ce sont à
80 % des hommes. Ces internautes
cherchent à élargir leur réseau
d’amis, à multiplier les chances de
rencontres, notamment amoureuses. Les rendez-vous virtuels mais
aussi les forums de discussions leur
permettent de se retrouver par affinités. Les sites de rencontre ne sont
pas probablement les plus rentables, mais leur succès permet d’engendrer du trafic sur d’autres services. Et ils contribuent beaucoup à
la notoriété d’un portail sur Internet.
Propos recueillis par
Jean-Michel Normand
trop largement masculine. Selon les
professionnels, le pourcentage de
femmes ne dépasse pas les 25 %. Résultat : en général, l’entrée en scène
d’un pseudonyme féminin sur un
forum de discussion fait à peu près
autant d’effet que l’irruption, hier,
d’un jupon dans une salle de garde.
Pour elle, les messages s’accumulent, les propositions de rendez-vous pleuvent, la messagerie est
prise d’assaut. Et cela chiffonne les
promoteurs du flirt sur ordinateur
qui, même s’ils rappellent que les internautes sont nettement plus
souvent des hommes, se doutent
bien qu’un tel déséquilibre engendre
des déceptions. Pour corriger le tir,
ils s’efforçent d’améliorer la tenue
de leur site. Flirt.fr épluche les fiches
de ses usagers et bannit les annonces comportant un numéro de
téléphone ou des propos racistes.
« Nous tentons de maintenir le niveau
au-dessus de la ceinture pour éviter
toute dérive et faire en sorte que les
femmes se sentent en sécurité », insistent les dirigeants de netclub.fr
qui se font eux aussi un devoir de
vérifier le contenu de chaque annonce reçue, quitte à en retarder la
parution. « Chez nous, on trouve des
gens bien. Il n’y a pas de place pour
les obsédés », lance Yves Herraud,
cofondateur du site.
« Pourquoi se prendre la tête avec
toutes ces histoires ? s’interroge Nathalie. Pour moi, un site de rencontre,
c’est comme une promenade, un
point, c’est tout. Ou une boîte aux
lettres vivante que j’ouvre de temps en
temps pour prendre des nouvelles de
quatre ou cinq personnes que j’aime
bien. Il n’y pas que le flirt dans les rencontres sur Internet. Au fond, cela me
paraît assez sain. »
J.-M. N.
DESSINS NATALI FORTIER
On flirte aussi sur la Toile. On discute, on séduit. Mais difficile de trouver
le bon site pour éviter les discussions (très) mal intentionnées
« Cupidon était au rendez-vous »
« C’ÉTAIT PLUTÔT bien parti, se souvient-elle.
Son pseudonyme était Platon – intéressant, non ? –
et il semblait assez ouvert, sympathique. Lorsque j’ai
sonné chez lui, il m’a ouvert en charentaises. Le
choc, la déception ! Il se prenait pour un esthète et
cherchait la femme de sa vie. En fait, il était vraiment limité. » Jane rit encore de ce Don Juan en
chaussons. « Sur Internet, admet-elle, il est facile de
se construire un personnage mais, en parallèle, on a
aussi tendance à beaucoup se livrer, se raconter,
lorsque l’on se sent en confiance. »
L’air de rien, on s’engage affectivement vis-à-vis
d’un interlocuteur qui ne présente qu’une facette
de lui-même. Tant que la relation reste virtuelle,
on peut continuer « à se faire son petit cinéma »,
mais lorsque la rencontre devient réelle, tout
change. « Vous racontez à un garçon des choses
personnelles sur votre enfance, et lui vous confie que
sa femme l’a quitté parce qu’elle lui reprochait de
manquer d’ambition. Lorsque, subitement, vous vous
retrouvez face à face, ça fait tout drôle, assez bizarre. Ce n’est pas parce que l’on a discuté pendant
quatre mois à distance avec quelqu’un que l’on
trouve vraiment bien, que la petite étincelle va forcément se produire. »
« Internet, estime la jeune femme, ce n’est pas la
vraie vie. Si vous êtes négligente avec un garçon, il y
en aura toujours un autre pour le remplacer. Dans
la vie réelle, ce n’est pas le cas. » Après plus d’une
quinzaine de rendez-vous, Jane est toujours céli-
Us et coutumes
b Les utilisateurs des sites de
rencontre sur Internet sont
jeunes : 54 % ont entre 20 et
30 ans. Les plus de 40 ans ne
dépassent pas 7 %.
b Lorsque l’on se connecte à un
forum de discussion « de flirt », il
est conseillé de décliner son ASV
(âge, sexe, ville) afin d’être bien
identifié.
b L’accès aux sites de rencontre
est gratuit, mais certains sites
proposent des services payants.
Pour 150 F (22,86 ¤) par mois ou
500 F (76,22 ¤) par an, NetClub
propose l’accès à un service
permettant dialoguer
instantanément en direct.
b Le financement des sites de
rencontre est assuré par la
publicité, alors que les sites
pornographiques sont payants (ils
représenteraient, à l’échelle
mondiale, un chiffe d’affaires de
2 milliards de dollars). En
fonction des préférences (loisirs,
sports, culture...) affichées par les
membres, les annonceurs
peuvent « cibler » les éventuels
clients.
bataire. Ce qui n’a pas l’air de la chagriner. « Il faut
rencontrer beaucoup de gens avant de trouver des
interlocuteurs qui vaillent le détour. Ça va venir. »
Sur Internet, il existe aussi des histoires d’amour
qui aboutissent. A ceux qui en doutent, le site
NetClub propose des témoignages enthousiastes.
« J’ai trouvé de quoi m’occuper pour très longtemps,
on dirait, avec un adhérent de NetClub », affirme
Alice. « Cupidon fut au rendez-vous », commente
sobrement Michel.
« Notre histoire aurait pu
se passer il y a 80 ans et c’est
le courrier postal qui nous
aurait réunis. Internet a été
l’instrument du hasard »
Jacques, quant à lui, n’a pas eu besoin de surfer
sur les sites de rencontres pour trouver son bonheur. Agé de 44 ans, ce directeur d’une école publique dans la Sarthe crée fin 1998 avec ses élèves
un site consacré à l’établissement scolaire et au
village dans lequel ils vivent. Il s’agit également
d’organiser des échanges par e-mail avec d’autres
Les flirts du Mal
IL Y A DEUX SORTES de flirts.
Ceux du Bien, approches timides,
maladroites, soupçonneuses, troubadourisme anémié, pourparlers en
vue d’un contrat de non-agression,
recherche
d’une affinité
frère et sœur,
pudeur, rougeurs, repérages et cinéma classique
de la marchandise. C’est gentil, adolescent,
largement inconscient, nul. Mais il
y a les flirts du Mal, les plus intéressants bien sûr.
D’un côté fleurette, pâquerette,
je t’aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout.
De l’autre, un peu, pas vraiment,
encore un peu, et puis encore un
peu, c’est-à-dire plutôt. Les flirts du
Bien s’effacent vite ou conduisent à
la solution de consommation. Les
flirts du Mal peuvent durer très
longtemps en n’allant nulle part.
Il ne s’agit pas d’amour courtois,
de marivaudage, de libertinage.
Rien à voir non plus avec la passion
écoliers. Le contact est établi avec plusieurs enseignants, notamment aux Pays-Bas. Peu à peu, le
directeur d’école prend l’habitude de correspondre avec Ellie, 32 ans, une institutrice néerlandaise francophone. « Nous avons vite compris que
nous avions pas mal d’affinités, un peu la même façon de voir les choses et beaucoup de centres d’intérêt en commun : les enfants, la pédagogie, la musique. Nous nous sommes envoyés des photos et des
fichiers musicaux. »
Après trois mois de flirt électronique et de
complicité virtuelle – « On devinait lorsque l’autre
n’allait pas fort, avant même qu’il en fasse état » –,
les deux correspondants se rencontrent sur le quai
d’une gare néerlandaise, en juillet 1999. « C’est difficile à expliquer mais tout a recommencé à zéro à
partir de ce moment-là, insiste Jacques. La messagerie en temps réel permet de donner de soi une
image idyllique, maîtrisée. Lorsqu’on se retrouve
face à face, l’équation est différente. On est obligé de
se dévoiler, d’être complètement présent. »
« Notre histoire aurait pu se passer il y a cinquante ou quatre-vingts ans et c’est le courrier postal
qui, alors, nous aurait réunis. Internet a été l’instrument du hasard », conclut l’enseignant. « D’ailleurs, s’amuse-t-il, nous ne nous serions jamais croisés sur un site spécialement créé pour les rencontres.
Ce n’est pas du tout dans mon caractère. »
J.-M. N.
par Philippe Sollers
romantique, l’amour fusionnel,
l’érotisme catalogué ou la pornographie. Mais alors quoi ? Autre
chose. Comment définir ce qui est
gratuit ? Ce qui n’a l’air de rien ?
Ce qui ne veut rien ?
Le flirt du Mal déstabilise tout le
théâtre amoureux. Il est plus grave
que les relations intimes nouées
par des partenaires constants. Il
peut se produire n’importe où,
n’importe quand, comme la passion, c’est entendu, mais sans sanction. Mais enfin, qu’avez-vous fait ?
Rien. Ce rien (presque rien) devient
aussitôt lourd de sens, comme si
c’était le péché lui-même. Et en effet : on blasphème ici la grande
Idole qu’est devenue la sexualité.
Le flirt du Mal a lieu entre partenaires conscients de son inanité.
Tout le contraire, donc, de ce qu’on
répète depuis des siècles.
Le XIXe condamnait Les Fleurs du
mal. Le sexe était le signe du
Diable. Aujourd’hui, c’est un produit comme un autre, aphasique,
violent, qui, par contre-poids, doit
faire valoir la fidélité, la santé, la sécurité. D’un côté, les bas-fonds bes-
tiaux, de l’autre, l’éternelle fleur
bleue.
Le flirt du Mal, dans ces conditions, joue sur un détachement singulier. Voilà des complices sans lendemain, bien décidés à rester
dissimulés dans la foule crédule. Ils
se reconnaissent au coup d’œil.
Conversations acides, pressements
de mains, enlacements furtifs, baisers dérobés mais profonds, désir
restant désir, ce sont des spécialistes de l’auto-érotisme. Le plaisir
est une affaire solitaire, ce qui
choque à la fois la propagande publicitaire rose et la maniaquerie organique noire.
Ces voleurs goûtent, ils ne
concluent pas. Ils s’en tiennent à la
valeur d’usage contre la valeur
d’échange. Ils sont au courant de
leurs corps sans avoir besoin d’approfondir la question. Ce sont les
athées de la nouvelle religion, et le
nouveau clergé ne s’y trompe pas :
c’est ce flirt du Mal, nuancé, gai,
improductif, stérile, qu’il faut interdire.
夝 Philippe Sollers est écrivain
LeMonde Job: WMQ1108--0019-0 WAS LMQ1108-19 Op.: XX Rev.: 10-08-00 T.: 10:48 S.: 111,06-Cmp.:10,11, Base : LMQPAG 27Fap:100 No:0378 Lcp:700 CMYK
AUJOURD’HUI
SAMEDI. Une dépression orageuse remonte d’Espagne et va
concerner le Sud-Ouest. Ailleurs, les
conditions anticycloniques prévalent. Près de la Manche, les
nuages bas sont moins tenaces que
jeudi, l’alimentation océanique
ayant tendance à cesser.
Bretagne, pays de Loire, BasseNormandie. – Près de la Manche,
les nuages se morcellent et laissent
passer le soleil. Ailleurs, celui-ci
brille dès le matin. L’après-midi, des
nuages d’altitude remontent du sud
et occupent le ciel du sud Finistère
et des pays de Loire. Il fera 24 degrés sur les côtes, 28 à 31 ailleurs.
Nord-Picardie, Ile-de-France,
Centre, Haute-Normandie, Ardennes. – Des bancs nuageux sur le
Nord-Picardie et la Haute-Normandie n’entravent pas l’impression de
beau temps avec des températures
de 24 à 27 degrés. De l’Ile-de-France
au Centre, le soleil brille avec 29 à
32 degrés.
Champagne, Lorraine, Alsace,
Bourgogne, Franche-Comté. –
Dans un ciel bleu azur brille un so-
Ville par ville, les minima/maxima de température
et l’état du ciel. S : ensoleillé ; N : nuageux ;
C : couvert ; P : pluie ; * : neige.
FRANCE métropole
AJACCIO
17/28
BIARRITZ
19/26
BORDEAUX
18/31
BOURGES
14/30
BREST
14/24
CAEN
17/24
CHERBOURG
14/23
CLERMONT-F.
14/31
DIJON
14/29
GRENOBLE
14/31
LILLE
15/24
LIMOGES
14/29
LYON
17/32
MARSEILLE
19/30
S
S
P
S
N
N
N
S
S
S
N
S
S
S
NANCY
14/28
NANTES
15/28
NICE
20/27
PARIS
13/28
PAU
17/28
PERPIGNAN
21/31
RENNES
14/27
ST-ETIENNE
15/33
STRASBOURG
15/28
TOULOUSE
17/32
TOURS
14/29
FRANCE outre-mer
CAYENNE
22/29
FORT-DE-FR.
27/29
NOUMEA
18/23
S
N
S
S
S
S
N
S
S
P
S
P
P
S
Oslo
PAPEETE
POINTE-A-PIT.
ST-DENIS-RÉ.
EUROPE
AMSTERDAM
ATHENES
BARCELONE
BELFAST
BELGRADE
BERLIN
BERNE
BRUXELLES
BUCAREST
BUDAPEST
COPENHAGUE
DUBLIN
FRANCFORT
GENEVE
HELSINKI
ISTANBUL
24/29 S
26/30 P
18/23 S
15/21
25/31
22/28
13/20
17/31
17/21
17/28
16/22
15/31
18/30
15/18
13/20
16/26
18/27
11/20
23/27
N
S
S
N
S
C
S
N
S
N
P
N
N
S
S
S
Belfast
Liverpool
Dublin
Londres
50 o
Bruxelles
Couvert
Paris
Strasbourg
Nantes
Vienne
Budapest
Berne
Lyon
Belgrade
Sofia
Pluie
Naples
Athènes
Lisbonne
17°
25°
18°
21°
Séville
Rabat
0
16/23
17/25
13/21
16/24
16/25
17/29
20/32
12/18
16/25
20/31
11/18
19/29
16/23
19/29
19/34
16/29
13/19
13/19
18/24
14/23
S
N
S
N
N
S
S
N
S
S
P
S
N
S
C
S
N
P
S
P
o
VENISE
VIENNE
AMÉRIQUES
BRASILIA
BUENOS AIR.
CARACAS
CHICAGO
LIMA
LOS ANGELES
MEXICO
MONTREAL
NEW YORK
SAN FRANCIS.
SANTIAGO/CHI
TORONTO
WASHINGTON
AFRIQUE
ALGER
DAKAR
KINSHASA
10
o
20
LE CAIRE
24/33
NAIROBI
16/26
PRETORIA
7/24
RABAT
19/25
TUNIS
22/31
ASIE-OCÉANIE
BANGKOK
25/34
BEYROUTH
26/30
BOMBAY
27/28
DJAKARTA
26/30
DUBAI
31/40
HANOI
26/32
HONGKONG
27/29
JERUSALEM
24/31
NEW DEHLI
27/30
PEKIN
25/28
SEOUL
26/30
SINGAPOUR
26/29
SYDNEY
7/17
TOKYO
26/34
21/29 S
17/28 N
20/31
2/10
27/34
17/26
16/19
18/25
12/20
17/21
22/26
12/21
7/19
17/25
22/28
Neige
Tunis
Alger
S
S
S
S
C
S
C
P
P
S
S
S
S
16/33 S
27/29 S
20/30 S
Vent fort
o
S
S
S
N
S
S
S
P
S
S
S
P
S
P
P
S
C
S
S
Situation le 10 août à 0 heure TU
Prévisions pour le 12 août à 0 heure TU
Sud
P ROV E N C E
CÔTE D'OPALE
18°
20
Calais
CÔTE D'ALBÂTRE
20
18°
22°
18°
Étretat
20
20
NORMANDIE
CÔTE CHARENTAISE
Ile de Ré
CHARENTES
Soulac
29°
TEMPÉRATURE
18° DE L'AIR
20
CALVI
29°
PROBLÈME No 00 - 191
15
21°
27°
Retrouvez nos grilles
sur www.lemonde.fr
Philippe Dupuis
SOLUTION DU No 00 - 190
HORIZONTALEMENT
I. Pamphlétaire. – II. Epileuse. –
III. Rime. Epicure. – IV. Moins. On.
Sis. – V. Inquisiteur. – VI. Um. Trumeau. – VII. Ste. Ne. Relis. – VIII. Io.
Gorger. En. – IX. Opulent. Gêne. – X.
Notule. Lente.
I. Sur terre comme sur mer, il a
beaucoup voyagé. – II. N’est pas du
genre à s’encombrer, même en
voyage. – III. Sera-t-elle victime des
nouveaux médias ? Montées en pression. – IV. Coussin familier rarement
seul. Bleus et visqueux. – V. Bonne à
tout faire. Bien familier. Entente renversée. – VI. Difficiles à plaquer.
Point. – VII. Réponse enfantine. Accord hollywoodien. Un peu de musique. Fin hollywoodienne. –
23°
29°
Calvi
25°
VIII. Coexistence plus ou moins pacifique. Assez crue. – IX. Même sans H,
c’est une petite hache. Reliée au
continent depuis 1988. – X. Qui devraient nous surprendre.
28°
Bastia
LA N D E S
Calme/belle
16°
15
Porto-Vecchio
10
Peu agitée
AJACCIO
nel. Le minimum pour faire voir le
maximum. – 6. Images pieuses.
Règles. – 7. Rêveuse chez Musset.
Passent à table. – 8. Perd les pédales
quand on le double. Piégé. Possessif.
– 9. Formations militaires. Trois
points. – 10. Bornées. – 11. A préparé
l’euro. Arbre pour le pharmacien africain. – 12. Solidement rapprochées.
HORIZONTALEMENT
BASTIA
PORTO-VECCHIO
Agitée/forte
19°
28°
TEMPÉRATURE
DE L'EAU
CÔTE BASQUE
VENDÉE
MOTS CROISÉS
29°
15
21°
26°
22°
Ajaccio
Arcachon
SUD BRETAGNE
26°
Corse
VENT
VITESSE EN KM/HEURE
ET DIRECTION
CÔTE LANDAISE
20
20°
28°
15
MER
Lacanau
St-GillesCroix -de-Vie
28°
15
18°
La Baule
26°
23°
GARD
BOUCHES-DU-RHÔNE
LANGUEDOC
10
15
26°
CÔTE GIRONDINE
VENDÉE
26°
VAR
ROUSSILLON
10
SUD FINISTÈRE
24°
15
10
NORMANDIE
Ile d'Oléron
Quiberon
St-Tropez
Sud-Ouest
20°
B R E TA G N E
CÔTE D'AZUR
15
Le Tréport
St-Malo
24°
15
22°
Crozon
Concarneau
RO U S S I L LO N
P I CA R D I E
St-Raphaël
La Seynesur-Mer
Perpignan
20
21°
Marseille
Cap d'Agde
Le Touquet
20
Granville
Perros-Guirec
Nice
20
21°
20
23°
23°
LA N G U E D O C
BAIE DE SEINE
21°
Deauville
19°
Orages
15
CÔTE NORMANDE
FINISTÈRE NORD
18°
Averses
Istanbul
Rome
Barcelone
Madrid
40 o
Brume
brouillard
Bucarest
Milan
Toulouse
Le Havre
18°
Brèves
éclaircies
Prague
18°
COTENTIN
POINTE BRETAGNE
Kiev
Berlin
PAS-DE-CALAIS
Ouest
10
Varsovie
Amsterdam
Nord
Sur les côtes de la Manche le ciel sera très nuageux le matin, quelques
éclaicies se développeront l'après-midi. Sur les côtes atlantiques les passages de nuages élevés n'empêcheront pas une journée largement ensoleillée. Sur les côtes méditerranéennes le soleil brillera dans un ciel sans
nuages.
16°
Ensoleillé
Peu
nuageux
Le 10 août 2000 vers 12 h 00
19°
Moscou
vers 12h00
KIEV
LISBONNE
LIVERPOOL
LONDRES
LUXEMBOURG
MADRID
MILAN
MOSCOU
MUNICH
NAPLES
OSLO
PALMA DE M.
PRAGUE
ROME
SEVILLE
SOFIA
ST-PETERSB.
STOCKHOLM
TENERIFE
VARSOVIE
Sur les plages
BAIE ST-MICHEL
Stockholm
Prévisions
leil de plomb. Il fera de 28 à 31 degrés.
Poitou-Charentes, Aquitaine,
Midi-Pyrénées. – Des passages
nuageux affectent dès le matin
l’Aquitaine, et des entrées maritimes
apportent lagrisaille du Pays basque
au Béarn. L’après-midi, les nuages
deviennent menaçants et l’orage
gronde au sud de la Garonne. En
Poitou-Charentes, le soleil matinal
est davantage contesté et une ondée
est possible en fin de journée. Il fera
de 30 à 33 degrés, 26 à Biarritz.
Limousin, Auvergne, RhôneAlpes. – Belle journée d’été. Plein
soleil à l’est du Rhône. Arrivée de
nuages l’après-midi sur le Massif
Central pouvant donner des gouttes
vespérales dans le Limousin. Il fera
30 à 33 degrés.
Languedoc-Roussillon, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Corse. –
Le soleil brille sans conteste de la
Provence à la Corse. Le ciel devient
plus chaotique en Languedoc-Roussillon l’après-midi, l’orage peut éclater en soirée. Il fera de 30 à 33 degrés.
PRÉVISIONS POUR LE 11 AOUT 2000
(Publicité)
-11------AOUT
------------2000
-------
Orages dans le Sud-Ouest
LE MONDE / VENDREDI 11 AOÛT 2000 / 19
VERTICALEMENT
1. Permission. – 2. Apion. Topo. –
3. Mimique. Ut. – 4. Plénum. Glu. –
5. Hé. Si. Noël. – 6. Lue. Sterne. –
7. Espoir. Gt. – 8. Teinture. –
9. Emerge. – 10. Inusuel. En. – 11. Riraient. – 12. Eres. Usnée.
23°
Capbreton
28°
23°
29°
Très forte/grosse
L’ART EN QUESTION
No 182
En collaboration avec
Voisin et cousin
EN 1806, Dominique-Vivant Denon, premier directeur du Musée
Napoléon, fait graver un ensemble
de 37 planches d’après des dessins
de la Physiognomonie de Charles
Le Brun (1619-1690).
Cette science enseigne à
l’homme à mieux se connaître par
l’étude des traits de son visage et
ses rapports avec l’animal, un sujet
qui passionne le peintre.
En 1668, ce dernier prononce
une conférence sur l’expression
des passions et, en 1671, une
conférence sur la physiognomonie. Le texte de Le Brun a disparu, mais la totalité de ses dessins
est aujourd’hui conservée au
département des arts graphiques
du Musée du Louvre.
Denon choisit les plus significatifs et les plus forts. Il en résulte
une série de gravures fascinantes,
dans lesquelles ces incroyables
correspondances entre l’homme et
l’animal apparaissent comme
évidentes.
Que désigne le mot « chalcographie » :
b L’écriture à la craie ?
b La gravure sur cuivre ?
b La gravure sur pierre ?
Réponse dans Le Monde du 18 août.
« Deux têtes d’ours
et deux têtes d’homme
en relation avec l’ours ».
Planche gravée
d’après les dessins
de Charles Le Brun ;
h. 49 cm, l. 32 cm.
A la Chalcographie
du Louvre à Paris,
pour l’exposition
« De la physionomie
humaine et animale »,
jusqu’au
11 septembre 2000.
VERTICALEMENT
1. Conformes à la raison. – 2. Surprend par sa soudaineté. Enveloppe
bien mystérieuse. – 3. Façonnée. Le
petit tient une grande place. –
4. Casse les unions les plus sacrées.
Respectueux des usages. – 5. Person-
Réponse du jeu no 181 paru dans Le Monde du 4 août.
Le personnage de Chingachgook apparaît pour la première fois dans le
roman de Fenimore Cooper Les Pionniers (1823).
Ce nom déformé devient « Chien-Caillou », surnom donné au graveur
Rodolphe Bresdin, et aussi le titre d’un roman de Champfleury.
LeMonde Job: WMQ1108--0020-0 WAS LMQ1108-20 Op.: XX Rev.: 10-08-00 T.: 10:30 S.: 111,06-Cmp.:10,11, Base : LMQPAG 27Fap:100 No:0379 Lcp:700 CMYK
20
C U LT U R E
LE MONDE / VENDREDI 11 AOÛT 2000
Comme chaque année, l’Orchestre
français des jeunes a pris ses
quartiers d’été à Vichy pour des
séances intensives de travail. Sous
la direction du chef d’orchestre
espagnol Jesus Lopez Cobos et
sous celle de leurs tuteurs issus
des rangs de quelques orchestres
professionnels français, ces jeunes
musiciens sortis des grands
conservatoires hexagonaux, ou
encore en formation, apprennent
à mettre leur talent en commun.
Pour Lopez Cobos, il n’y a pas de
mystère : « Il faut donner à ces
jeunes gens une vraie image de la
discipline d’orchestre. Ils sont tous
individuellement brillants mais
n’ont pour la plupart aucune idée de
ce qu’est une collectivité musicale.
C’est un trait typiquement latin,
même si les Français font de la
musique de chambre, ce qui les
privilégie par rapport aux
Espagnols. Songez qu’il n’y a pas un
seul quatuor à cordes en Espagne ! »
Le soir du 9 août, l’OFJ donnait le
premier concert d’une tournée de
six représentations, qui le
conduira jusqu’à la prestigieuse
Concertgebouw d’Amsterdam. Au
parfum lourd et érotique de La
Valse de Ravel a succédé la calme
magie, la beauté profonde et
bleutée d’un concerto inédit de
Renaud Gagneux. Démonstration
de ce que peut donner l’addition
des désirs conjoints de jouer.
René Burri, le photographe qui fait vibrer l’architecture
RENÉ BURRI a l’air content. Il
vient de terminer son livre dédié à
Luis Barragan, l’architecte mexicain,
après avoir choisi parmi trois mille
clichés ceux qui forment le plus juste
radieuse. Etudiant à l’Ecole d’art et
de design à Zurich, où il est né en
1933, il est venu en stop dans le sud
de la France. Fils de cuisinier et petitfils de paysan, il se décrit comme le
« mouton noir » de la famille, celui
qui a toujours dessiné, « même sur
les murs ».
PORTRAIT
Le reporter publie
deux livres sensibles
dédiés à Luis Barragan
et à Le Corbusier
ATTITUDES ET HUMEURS
Plus tard, il reviendra à Marseille
et ses images d’enfants sur la terrasse sont aussi vives que celles qu’il
prend de l’architecte au chapeau
noir et aux lunettes d’écaille, entouré
de nuées de dominicains attentifs,
sur le chantier de la Tourette. En
1955, il publie dans Paris-Match
l’inauguration de la chapelle de Ronchamp. Sa manière de prendre la
modernité de l’architecture pour un
fait acquis et de s’attarder sur les visages des paysans de la région, les
parapluies noirs, les prêtres et les notables, ou une jeune communiante
recueillie et songeuse, donne le ton.
« J’aimais bien l’architecture, mais ce
qui me plaisait c’était le bonhomme. »
Quand Le Corbusier voyait « des
nonnes ou des moines au premier
plan, il devait penser : il se moque de
moi. Mais il ne disait rien, et il s’est habitué ». L’architecte s’est si bien « habitué » que ces deux hommes partis
de Suisse ont fait dix ans de chemin,
de 1955 à 1965, en confiance. D’où
portrait d’un autre architecte, Le
Corbusier. Comme le héros de sa
photo la plus célèbre, celle de Che
Guevara à La Havane, il fume un cigare, mais s’il est content, c’est
d’avoir retrouvé « son » Churchill
(sans cigare) : une petite photo pâle
où une silhouette salue la foule, debout dans une voiture officielle ;
Churchill à Zurich, en 1946. Sa première photo de reporter, il avait
treize ans.
L’âme du reporter, René Burri,
après plus de quarante ans chez Magnum, l’a depuis le premier jour.
« C’est la vie qui m’a intéressé, avec ce
troisième œil, le Leica, j’ai mis mon
nez dans ce qui se passait autour du
monde, c’était ça ma motivation. »
Désir précoce de bouger : à dix-sept
ans, il découvre, à Marseille, le chantier de la « maison du fada », la Cité
COLLECTION MAGNUM
L’ÉTÉ FESTIVAL
un témoignage intime sur un personnage pas facile, celui qui, dans la
même lettre, grogne contre « MM.
les photographes » et réclame en
post-scriptum qu’il veuille bien lui
fournir des clichés.
S’il publie coup sur coup ces deux
livres, René Burri a prévenu : « Je ne
suis pas un photographe d’architecture. » C’est vrai au sens où il ne pratique pas l’image froide, purifiée, statique, que recherchent les revues
spécialisées. Au contraire, il capte
des expressions de visage, surprend
des attitudes, des humeurs.
Le livre dédié à Luis Barragan,
l’architecte mexicain à qui le Vitra
Design Museum consacre une exposition, est très différent. Et pourtant,
dans le registre pictural et abstrait,
c’est encore un témoignage sensible
d’une rencontre et d’une amitié jusqu’à la mort, en 1988, de l’architecte
le plus moderne du continent. Le
mouvement de la lumière, les reflets
sur l’eau, l’atmosphère des intérieurs, les rapports de cette architecture avec le ciel et la spiritualité sont
saisis par l’objectif de René Burri. Et
c’est encore de cette série qu’il tire
sans le vouloir un best-seller, avec
« personnage » : une composition
en couleurs, mur ocre, mur rose,
eau bleutée, et la silhouette d’un
cheval. Ce sont les écuries de San
Cristobal, mais ceux qui achètent
l’image en poster, ne s’en doutent
pas forcément.
Michèle Champenois
夝 Le Corbusier, Birkhaüser, Zurich,
1999. 184 p., 590 F (89,94 ¤). Luis
Barragan, Phaïdon, 2000. 80 p.,
99 F (15,09 ¤). Exposition Luis Barragan, Vitra Design Museum,
Charles-Eames Strasse. Weil-amRhein (Allemagne). Tél. : 00-497621-702-32-00. Du mardi au dimanche. 10 DM (5,11 ¤) et 6 DM
(3,07 ¤). Jusqu’au 29 octobre.
HORS CHAMP
a CINÉMA : selon The Hollywood
Reporter, Catherine Deneuve serait en phase finale de négociations avec le réalisateur Peter
Hyams pour le film D’Artagnan
où elle tiendrait la tête d’affiche
avec Gary Oldman, Justin Chambers et Mena Suvar. Le tournage
du film, qui est doté d’un budget
de 50 millions de dollars, commencera dès ce mois-ci, en Belgique, au
Luxembourg et en France. – (AFP.)
a MUSÉES : la plupart des musées nationaux seront fermés le
15 août. A Paris, les musées Delacroix et Jean-Jacques Henner, Orsay et le Musée Rodin, seront cependant ouverts, ainsi qu’en
Ile-de-France, le parc et le château
de Versailles. Le Musée Guimet et
l’Orangerie sont actuellement fermés pour travaux.
a DANSE : le Ballet de l’Opéra de
Paris effectuera en septembre
une tournée en Belgique et en Italie où il sera l’invité de deux institutions fameuses, la Monnaie de
Bruxelles et la Scala de Milan. La
compagnie se divisera en deux
pour danser à quatre reprises, du
20 au 23 septembre, Giselle, dans la
version de Coralli et Perrot adaptée par Patrice Bart, à la Monnaie
et à cinq reprises, du 20 au 23 septembre, Raymonda, dans la chorégraphie de Noureev d’après Petipa,
à la Scala.
L’Orchestre français des jeunes à l’orée du vertige et du métier
Vichy/Musique. Au terme d’un dur travail, les instrumentistes sélectionnés pour une série de six concerts jouent déjà mieux que certains orchestres
VICHY
de notre envoyé spécial
Pour les jeunes musiciens de l’Orchestre français des jeunes (OFJ), le
premier concert public est le moment d’un grand stress mais aussi
celui d’une libération non moins intense. Avant de se présenter, ce
mercredi 9 août, sur la scène de
l’Opéra de Vichy, où l’OFJ tient ses
quartiers d’été depuis neuf ans, ces
jeunes instrumentistes (âgés de
16 à 25 ans environ) auront dû être
acceptés aux auditions de recrutement dans les conservatoires français, puis être sélectionnés à l’issue
de la finale. Ils auront travaillé dur,
vingt jours durant, jusqu’à la dernière ligne droite avant d’affronter
et de séduire le public : la répétition
générale, un court et pourtant interminable après-midi de battement,
et le concert.
Ce soir, mercredi, 23 heures, tout
est accompli. L’orchestre aura achevé sans encombre majeur le premier
des six concerts qu’il va donner en
Europe, jusqu’au 22 (Le Monde du
10 août). Le temps de l’apprentissage est derrière lui, long mais heureux, difficultueux mais instructif en
diable. Ces professionnels en herbe
ne sont plus les mêmes. Une autre
dimension de la musique s’est ouverte à eux. Ils jubilent mais font
Les cordes sont même parvenues
à ce prodige : donner ce parfum
lourd et poudré de fond Guerlain
aux moments les plus érotiques de
La Valse, de Ravel, un parfum qu’on
croyait réservé aux vieux nez.... Les
vents tracent des phrases parfaites,
serpentines, des rafales de cuivres
rugueuses et décoiffantes. Les percussions calculent la justesse de
l’impact, en temps et en densité.
Tous ont le feu, et l’envie du feu. Ce
qui reste aux orchestres de seconde
zone, c’est cette triste veilleuse
qu’est le métier lorsqu’il n’est plus
qu’un mélange de réflexes, d’acquis.
Eux, les jeunes, quand ils l’auront,
ce métier, ils joueront peut-être à
leur tour comme des fonctionnaires. Les chanceux, ces drogués
du moment inouï, trouveront, par
nécéssité, un lieu où leurs semblables partageront le même idéal.
La vie musicale internationale
connaît quelques havres de ce
genre.
Ils auront donc parcouru de l’intérieur cette Valse de Ravel, compris
que sa perfection vénéneuse se calcule méticuleusement, jusqu’à la
moindre cambrure. Ils auront découvert, derrière les rythmes gitans
de Manuel de Falla, l’extrême difficulté et l’austère dignité d’une musique tout en contrôle des nuances,
des tempi, des enchaînements. Ils
auront été étonnés de ce que l’apparente lisibilité de L’Oiseau de feu
cache des difficultés moins hérissées que celles du Sacre du printemps mais pas moins redoutables.
aussi les comptes, probablement, de
ce qui a marché et n’a pas marché :
une reprise chaloupée en mouvement accéléré qui ne « prend » décidément pas, à la fin de La Valse, de
Ravel ; un « patinage » du même
ordre dans L’Oiseau de feu, de Stravinsky ; des accrocs, du trac dans
certains solos, etc.
Jesus Lopez Cobos, qui a fait de la
magnifique musique avec eux ce
soir, en prenant des risques, a tout
entendu. Ils savent d’avance ce qu’il
leur dira. Ils retravailleront, et, à
chaque étape de cette tournée, le niveau progressera à mesure des
« risques » toujours plus grands et
des boulons à chaque fois resserrés.
Ces risques, ils les désireront, car il
n’y a pas plus belle expérience en
musique que ce vertige qui se dégage parfois de la répétition, chaque
soir, des mêmes signes sur la portée : un moment inouï, qui ne ressemble à aucun autre, une drogue.
BEAU, RICHE ET FORT
On aura dit d’emblée ces défauts
qu’ils connaissent eux-mêmes. Mais
savent-ils, ces jeunes « tuttistes »,
qu’ils jouent mieux, après quelques
jours de répétitions, que les orchestres de Lille, de Bordeaux, que
celui de Nancy, que l’Ensemble orchestral de Paris ? Certes ils ont
moins de technique d’ensemble et,
pour l’heure, leur chef ne peut les
lâcher d’un quart de sa baguette
qu’au prix de décalages, voire de
« plantages » comme dit leur jargon ; mais leur son est tellement
plus beau, tellement plus riche, tellement plus fort de l’addition de
leurs désirs conjoints de jouer.
STÉPHANE OUZOUNOFF
ORCHESTRE FRANÇAIS DES
JEUNES. Avec Gary Hoffman
(violoncelle), Jesus Lopez Cobos
(direction). Œuvres de Manuel
de Falla, Renaud Gagneux, Igor
Stravinsky et Maurice Ravel.
Opéra de Vichy, le 9 août.
L’ÉMOTION D’UNE NAISSANCE
Lopez Cobos reste discret sur
les quatre années passées à la
tête de l’Orchestre national d’Espagne, de 1984 à 1988 : « Je me
suis beaucoup exprimé sur le sujet
quand j’ai démissionné de mon
poste de directeur musical. Après
l’accession de Felipe Gonzalez, on
m’a demandé de revenir en Espagne pour m’occuper de cet orchestre. Mais en Espagne, la politique contamine tout et j’ai
renoncé bien vite. On tournait en
rond : on offrait dix postes de premier violon à l’orchestre alors qu’il
n’y avait qu’un candidat, et dans
le même temps, les ligues de music i e n s r e f u s a i e n t l ’ e m b a u ch e
d’étrangers. C’était absurde et,
bien entendu, improductif. Je suis
parti en claquant la porte. Heureusement, aujourd’hui, la leçon a
été comprise et l’Espagne compte
de très bons orchestres régionaux
qui accueillent les meilleurs musiciens, étrangers ou non. J’ai désormais un grand plaisir à les diriger
quand ils m’invitent. »
Et ils auront eu ce bonheur de
partager l’émotion d’une naissance.
Celle d’une œuvre nouvelle, le
Concerto pour violoncelle et orchestre
no 2, de Renaud Gagneux, indéniablement et indiciblement française
en dépit de ses références aux musiques d’Extrême-Orient (à moins
que cela ne soit une distinction purement française...). Ils auront,
comme nous, voulons-nous imaginer, aimé la beauté toute particulière de son mouvement lent, qui
est un hommage non dissimulé à la
scène du jardin de L’Enfant et les sortilèges, de Ravel, et à celle de l’étang
du Wozzeck, de Berg : un adagio fait
de mirages nocturnes, griffé de
coassements de crapauds venus
tout droit (et tout simplement orchestrés, nous aura dit le compositeur) des Chansons de Bilitis, de Debussy, de cris de mouettes planant
sur le calme magique d’un accord à
la beauté profonde et bleutée, de
mouvements striés et stridents d’oiseaux piailleurs, joués aux bois et
aux percussions métalliques. Gagneux, dans un beau texte sur le
siècle musical qui s’achève, dit modestement vouloir seulement « colorer le silence ». Sa modestie l’honore, et son concerto nous émeut et
nous comble.
R. Ma.
Renaud Machart
L’Orchestre français des jeunes réunit des instrumentistes venus des conservatoires.
Jesus Lopez Cobos, une baguette de fer dans une main de velours
VICHY
de notre envoyé spécial
Jesus Lopez Cobos est décidément très différent de son prédécesseur à la tête de l’Orchestre
français des jeunes (OFJ), Marek
Janowski, qu’on était venu voir
faire travailler son équipe dans
les mêmes lieux (Le Monde du
30 août 1994). L’Allemand avait
une manière autoritaire et un
peu sèche de mener ses troupes,
avec même, à l’occasion, un brin
de sadisme (que Pascal Dumay,
président de l’OFJ, assure être de
façade) : lors de la répétition générale du Boléro de Maurice Ravel, il y a quelques années, il avait
bien dû faire reprendre cinq fois,
sans pitié, sa phrase initiale à la
jeune clarinettiste.
Lopez-Cobos, plus main de velours que gant de fer, cache bien
son jeu, car son travail est probablement aussi efficace. Ce
9 août, lors de la répétition générale du concert donné le soir
même, l’Espagnol exige le meilleur de ses musiciens. Après deux
bonnes heures de travail, le voilà
fignolant un bis, extrait d’une
zarzuela. Mais le chef ne donne
pas dans l’« espagnolade » approximative, il réclame une rythmique implacable, qu’on le suive
jusque dans la moindre inflexion
de tempo. Voilà quelqu’un qui
donne du sérieux à la musique légère !
A la pause-déjeuner du 8 août,
Lopez Cobos explique : « Il faut
donner à ces jeunes gens une vraie
image de la discipline d’orchestre.
Ils sont tous individuellement brillants mais n’ont, pour la plupart,
aucune idée de ce qu’est une collectivité musicale. C’est un trait typiquement latin, même si les Français font de la musique de
chambre, ce qui les privilégie par
rapport aux Espagnols. Songez
qu’il n’y a pas un seul quatuor à
cordes en Espagne ! »
TON PÉDAGOGIQUE
Jesus Lopez Cobos a trouvé un
ton pédagogique, amène mais
pas paternaliste pour autant :
« Bien entendu, je n’exige pas
exactement la même chose que je
le ferais d’une formation professionnelle. Mais si les façons divergent, le but est le même : obtenir le meilleur d’eux. La qualité de
jeu peut être magnifique mais reste
fragile. La tournée de concerts est
une expérience complémentaire de
celle des répétitions. Après quelques concerts, il auront appris
beaucoup plus encore. »
Au programme, les deux suites
du Tricorne, de Manuel de Falla.
On ose la question tarte à la
crème : « Un Espagnol sent-il
mieux cette musique qu’un
autre ? » La réponse est directe :
« Je n’y crois pas une seconde.
D’ailleurs, j’ai été élevé dans une
famille musicienne qui chérissait
Wagner, que j’ai davantage écouté
que la musique de mon pays. Si je
devais définir mon répertoire, je
dirais que c’est la musique germanique. »
Lopez Cobos a fait sa carrière
en dehors de l’Espagne : des
études en Autriche, un poste au
Deutsche Oper de Berlin, de 1981
à 1990, premier chef invité de
l’Orchestre de Cincinnati, aux
E t a t s - U n i s , d e p u i s 19 8 6 ( i l y
donne cette année sa dernière
saison), presque dix années à
l’Orchestre de chambre de Lausanne, dont il était le patron depuis 1990. A soixante ans, il ne
souhaite plus se lier à des institutions trop prenantes et s’offre le
luxe d’accepter des invitations de
la plupart des orchestres internationaux.
MÉCONNU EN FRANCE
Boston, New York, Cleveland,
Philadelphie, Londres (où il a été
premier chef invité du London
Philharmonic, de 1981 à 1986)
l’ont convié depuis longtemps,
mais il reste méconnu en France :
« J’ai dirigé à l’Opéra de Paris du
temps de Rolf Liebermann, mais il
est vrai que, par la suite, les cinq
mois d’opéra à plein temps, à Berlin, ne me permettaient pas d’accepter d’autres invitations lyriques. Je vais cependant venir
diriger l’Orchestre national de
France et revenir à l’opéra pour
Manon de Massenet, en 2001 et
Carmen, en 2002. »
LeMonde Job: WMQ1108--0021-0 WAS LMQ1108-21 Op.: XX Rev.: 10-08-00 T.: 08:47 S.: 111,06-Cmp.:10,11, Base : LMQPAG 27Fap:100 No:0380 Lcp:700 CMYK
C U LT U R E
LE MONDE / VENDREDI 11 AOÛT 2000 / 21
UNE SEMAINE D’ÉTÉ
AVEC JOHN MALKOVICH
PAR DEREK HUDSON
b
« C’était un bidonville de la banlieue
de Quito. Je suis en train d’étudier
un tissu taché de sang et une pierre
rouge sang pour m’assurer que nous
avons assez de sang. »
J. M.
L’intrigant Valmont des Liaisons
dangereuses de Stephen Frears (1988),
devenu archiviste chez Manoel de Oliveira
dans Le Couvent, photographe pour
Roland Joffé dans La Déchirure, incarna
Michelangelo Antonioni lui-même dans
Par-delà les nuages, avant d’entrer Dans la
peau de John Malkovich pour Spike Jonze
(1999). Homme de théâtre, il passe pour la
première fois derrière la caméra et tourne
en Equateur The Dancer Upstairs, d’après
un roman anglais de Nicholas Shakespeare,
qui met en scène l’arrestation, au Pérou,
d’Abimael Guzman, chef du Sentier
lumineux.
Six photographes en quête de réalité
Lectoure/Photographie. Un ensemble d’artistes sont réunis sur le thème de la figure et de sa capture.
Avec, en outre, un magnifique hommage au Bauhaus, à ses professeurs et à ses étudiants
ÉTÉ PHOTOGRAPHIQUE DE
LECTOURE, Centre de photographie, 5, rue Sainte-Claire, 32700
Lectoure. Tél. : 05-62-68-83-72.
Du lundi au samedi de 14 heures
à 19 heures, le dimanche de
15 heures à 19 heures. 70 F
(10,7 ¤). Jusqu’au 29 août.
LECTOURE
de notre envoyé spécial
Pour cette année, les manifestations qui composent l’Été photographique se divisent en deux
moitiés. La première est historique et repose sur une exposition
remarquable, « Les étudiants du
Bauhaus ». La seconde moitié est
tout entière contemporaine, française et traite essentiellement de
la question du portrait, portrait
d’une personne, d’une contrée ou
d’un pays. Entre les deux, peu de
relations, si ce n’est que des portraits figurent dans l’hommage au
Bauhaus, collectifs pour la plupart, anonymes souvent, vestiges
du temps où des étudiantes et des
étudiants, en Allemagne, eurent
pour professeurs Gropius, Klee,
Kandinsky et Moholy-Nagy.
Ce temps dura de 1919 à 1933,
l’une des premières mesures des
nazis ayant été de fermer par la
force le Bauhaus, qui, après Weimar et Dessau, avait trouvé refuge à Berlin. On ne cesse d’y penser dans les salles : cette
expérience pédagogique s’est accomplie aussi longtemps que la
République de Weimar a survécu,
elle était alors unique et sans
exemple. Elle l’est demeurée, aucune école n’ayant depuis lors
égalé, pas même approché, la
réussite miraculeuse du Bauhaus.
Et c’est le grand intérêt des photographies présentées que de
rendre sensible cette réussite et ce
qu’elle eut de miraculeux. Parce
que ce sont, très souvent, des
photos de qualité, parce qu’elles
racontent des histoires de liberté
et d’entente, parce qu’elles
portent la marque du principal
enseignement du Bauhaus : que
peinture, architecture, photo, arts
décoratifs, théâtre et danse s’appauvrissent en se séparant et s’enrichissent en se rapprochant.
Signées ou non – plus de la moitié des tirages ne l’est pas –, elles
disent franchement ce qu’elles
doivent, l’une aux conceptions architecturales de Gropius et à son
culte de l’angle droit, une autre à
Blossfeld et ses planches de botanique surréelle, une troisième aux
gouaches et aquarelles de Klee.
D’une atelier à l’autre, les idées et
les formes se rencontrent, s’influencent, s’allient ou se disputent. Les Bauhaüsler se saisissaient de l’appareil photo comme
d’un crayon ou d’un pinceau :
pour voir ce qu’ils pouvaient en ti-
rer, jusqu’où ils pouvaient l’entraîner à contre-emploi ou, à
l’inverse, jusqu’où il les attirerait
par sa seule force.
Les images que l’on dirait aujourd’hui « photographies plasticiennes » côtoient donc des photos que l’on tiendrait pour
documentaires. Si ce n’est que les
« documentaires », les meilleures,
se détachent du nombre par leurs
qualités plastiques – Moholy-Nagy ne parle pas en vain – et que les
plus « plasticiennes », calculées à
la De Chirico ou à la Albers, sont
aussi les documents les plus éloquents : on y voit l’esprit moderne
au travail, grâce à des élèves de
vingt ans. Le tragique est que, devant les portraits de groupe et
d’atelier, une fois les professeurs
reconnus – Gropius et son nœud
pap’, Kandinsky et sa dignité souriante, Itten et ses airs de pasteur –, restent des dizaines d’inconnues et d’inconnus. Combien
ont disparu dans la décennie qui a
suivi 1933 ?
N’y aurait-il que cet ensemble à
voir, le voyage à Lectoure serait
justifié. Les six accrochages personnels qui se répartissent en différents endroits de la ville le justifient aussi. Il y a là six
photographes français, trois filles
et trois garçons, d’entre la trentaine et la quarantaine, ni inconnus ni célèbres, avec, en tête,
la question que toute génération
doit, bon gré mal gré, régler à sa
façon : que faire de la réalité ?
L’oublier, la transformer, la dévisager ? Aujourd’hui, la réponse
est plutôt : la dévisager. Encore
faut-il savoir comment. Encore
faut-il se débarrasser de tout ce
qui gêne, à commencer par soimême et l’obsession du style.
Isabelle Waternaux en a un : sobriété, statisme, grand format.
Dans ses travaux précédents, il
s’est affirmé de manière convaincante. Pas cette fois : sa galerie de
Gersoises et Gersois n’évite pas
l’autocomplaisance. Comme si
chaque image déclarait : « Voyez
comme je suis simple et comme je
vais à l’essentiel. » Le dépouillement peut, lui aussi, devenir un
truc rhétorique.
Le tragique est que,
devant les portraits
de groupe
et d’atelier, une fois
les professeurs
reconnus, restent
des dizaines
d’inconnues
et d’inconnus.
Combien ont disparu
dans la décennie
qui a suivi 1933 ?
Dans le genre de l’enquête ethnologique, Catherine Poncin procède par l’ironie. Elle invente un
pays légendaire qui aurait gardé
du Gers ses sources réputées miraculeuses, ses taureaux et ses reines
de beauté. Le bricolage de références oscille entre l’allusion
codée et le pastiche comique.
Exhibés tels quels, les stéréotypes
s’effondrent. La voie serait libre
pour un regard neuf – le type de
regard que Sophie Zénon pose sur
la Mongolie quand elle y voyage
avec un appareil photo panoramique chinois de qualité médiocre.
Du format en long, du grain épais,
de la faiblesse des contrastes, elle
tire parti avec une remarquable
justesse, sans rien concéder au pittoresque et au spectaculaire. Pas
de rhétorique ici, une simplicité
réelle et non point calculée.
Rhétorique et calculs, à l’inverse,
poussés jusqu’à la grandiloquence : Philippe Bazin accroche
face à face des visages de nouveaux-nés et de vieillards. Maternités et hospices, premier pleur,
dernier regard – métaphysique
facile, d’autant plus agaçante
qu’elle tourne à la tératologie, sans
respect du modèle. Autour de
celui-ci, Gérald Petit et Eric Nehr
ne cessent quant à eux de tourner.
Le premier use de la photo, de la
pâte à modeler et de la peinture, le
second de la photo et de l’ordinateur.
En multipliant les éléments, Petit
tente de suggérer l’extérieur et
l’intérieur de l’autre à la fois. En
plaçant les visages qu’il scrute
devant des fonds monochromes, à
la manière de Vincent Corpet en
peinture, Nehr parvient à une intensité plus forte. Chaque tête se
révèle un secret à décrypter.
L’image offre des indices, mais
incertains et contradictoires. Au
spectateur de les interpréter, d’hésiter, de se reprendre, d’observer à
son tour ces portraits à la vérité
fuyante. Comme fuit la vérité de
n’importe quel visage.
Philippe Dagen
L’homme à la torpédo
passe en revue
Argenton-sur-Creuse/Exposition. Au Musée
de la chemiserie, un siècle d’élégance masculine
dévoilé au miroir de la sociologie
MONSIEUR, OU UN SIÈCLE
D’ÉLÉGANCE DANS LA PRESSE
MASCULINE. Musée de la chemiserie, rue Charles-Brillaud,
32200 Argenton-sur-Creuse.
Tél. : 02-54-24-34-69. 20 F (3 ¤).
Jusqu’au 12 novembre.
LIMOGES
de notre correspondant
La guerre de 14-18 aura-t-elle
« été autre chose qu’une pause entre
deux tangos » ? C’est en toute ingénuité la question que se pose le
premier numéro (1er janvier 1920)
de la revue Monsieur, le premier
mensuel masculin du monde, treize
ans avant l’américain Esquire. Il paraît toujours aujourd’hui, après
une seconde « longue » pause : le
conflit de 39-40 et sa suite, la
guerre froide.
L’exposition que lui consacre le
Musée de la chemiserie d’Argenton-sur-Creuse (Indre) propose
une plongée dans un univers à la
fois très actuel et quasi extraterrestre. Après l’apocalypse de 14-18,
le monde croit renouer avec la
« merveilleuse insouciance » (dixit
Stefan Zweig) de la « Belle
Epoque » ; mais, ajoute Virginie
Kollmann-Callet, la directrice du
musée, en « se cherchant des nouveaux repères » dans une société
qui vit une « révolution vestimentaire » révélatrice de révolutions
historiques plus profondes. Le
monsieur à qui s’adresse la revue
n’a, d’évidence, vécu les tranchées
que par ouï-dire. Si cette guerre,
droite du Lot. On y voit ainsi une
riche collection de croix et de bâtons de procession en bois doré,
des bâtons noirs et dorés réservés
aux obsèques des pénitents, un
dais de procession rénové par des
artisans locaux, des statues de
saints patrons. La chapelle des Pénitents blancs se prêtait évidemment à une telle exposition, renforcée par une mise en scène
utilisant lumières et sons (une
messe de Mozart, un sermon de
Bossuet).
L’informatique a même permis
de reconstituer en trois dimensions
l’ancienne chapelle des Pénitents
bleus autour des éléments du retable qui avaient pu être sauvés.
Michel Monteil
Georges Chatain
Villeneuve-sur-Lot/Histoire. Une exposition sur les confréries pieuses de la vallée du Lot
VILLENEUVE-SUR-LOT
de notre correspondant
Construite en briques face à
d’anciennes tanneries et teintureries, la chapelle des Pénitents
blancs bénéficie, cet été, d’une
pause dans ses travaux de restauration. Cet édifice baroque
accueille une centaine d’objets
religieux, témoignage d’une
époque où la bastide de Villeneuve-sur-Lot hébergeait deux
confréries (une sur chaque rive de
la rivière) et où on recensait une
trentaine de confréries de pénitents entre Cévennes et Aquitaine.
Les pénitents étaient des laïcs
pieux qui menaient une vie irréprochable et apportaient aide et
secours aux mendiants, aux
pauvres et aux malades. Les premières confréries sont apparues en
Italie en 1260 puis ont gagné le
sud-est de la France au XVe siècle
et la vallée du Lot un siècle plus
tard. « Les pénitents étaient indépendants de l’Eglise, à telle enseigne
que la chapelle appartenait à la
confrérie. Le prêtre de la paroisse
était invité à venir y dire la messe »,
raconte Richard Dagorne, conservateur du Musée de la vallée du
Lot.
Volontiers concurrentes, les
confréries pratiquaient d’imposantes processions, chaque
pénitent étant vêtu d’une robe taillée dans un sac dont la couleur variait d’une confrérie à une autre :
bleu, blanc, noir, gris... Les dernières processions en vallée du Lot
ont eu lieu au début du siècle.
S’appuyant sur les recherches menées par le service régional de l’inventaire d’Aquitaine, l’exposition
rappelle ce passé et présente des
objets, notamment ceux qui
étaient dans l’actuelle chapelle des
Pénitents blancs et dans la chapelle
des Pénitents bleus, démolie en
1914, qui était située sur la rive
« MONDANITÉ OISIVE »
Contrairement, commente Henriette Touillier-Feyrabend (CNRS)
« aux revues féminines qui couvrent
plusieurs registres, populaire (Le Petit Echo de la mode), familial (La
Mode pratique) et luxueux (Vogue),
Monsieur « n’a qu’un seul registre,
celui de la mondanité oisive ».
L’homme élégant « ne parle pas de
son auto, mais de sa voiture » ; il
évite d’« allonger la jambe pour
montrer les rayures subtiles de ses
chaussettes », car c’est une vulgarité
qui le « déconsidère ». De sa cravate, seul vestige d’une élégance
ancienne « faite de bijoux, de dentelles, de couleurs, de soies », il est
« de bon ton qu’elle reste neutre ».
Seule fantaisie : le pyjama « pour
nous consoler dans l’intimité de ce
demi-deuil que nous portons depuis
l’Empire ». Quant à Deauville, c’est
du dernier plouc.
La revue répond aussi aux questions essentielles : « Comment habiller son chauffeur », comment inculquer au « valet de chambre qui
s’occupe du service de monsieur » le
souci d’une bonne gestion des
« pantoufles, des souliers, des embauchoirs et du chausse-pied »,
comment parler à l’ouvrier qui
vient faire une réparation ?
Monsieur est par ailleurs très significatif de l’esthétique de l’entredeux-guerres. L’illustration est récente dans la presse, la couleur encore plus. Le magazine propose
peu de photographies, c’est trop
populaire. Il préfère des peintures
d’esprit post-cubiste d’une élégance graphique caractéristique de
l’époque. Il confirme l’idée de la sociologue Evelyne Sullerot selon laquelle l’« étude des manifestations
culturelles secondaires » est essentielle pour « cerner l’histoire des
mentalités ».
Sur les pas des pénitents
BLEU, BLANC, OR, les confréries
de pénitents à Villeneuve-surLot et dans la vallée du Lot. Chapelle des Pénitents blancs, 47300
Villeneuve-sur-Lot. Tél. : 05-5340-48-00. De 10 à 12 heures et de
14 à 18 heures. 15 F (2,3 ¤) et 10 F
(1,5 ¤). Jusqu’au 30 septembre.
Catalogue (édité par Le Festin à
Bordeaux) : 30 F (4,6 ¤).
estime-t-il, a « tout changé », c’est
parce qu’elle « annonce le triomphe
du veston court sur la jaquette ».
C’est un assidu de la torpédo, des
courts de tennis, des champs de
courses, des chasses en Sologne,
des bains de mer d’avant l’invasion
populacière des congés payés. Il va
et vient entre Paul Bourget, Scott
Fitzgerald, Oscar Wilde. Et Marcel
Proust, serait-on tenté d’ajouter, si
la revue n’avait pas estimé, dans la
nécrologie qu’elle lui consacra en
1923, que cet auteur « sortait beaucoup mais écrivait mal ». Il est vrai
qu’à la même période, Monsieur
s’inquiétait de certaines dérives
modernistes : « Gare au nègre Über
Alles ! »
LeMonde Job: WMQ1108--0022-0 WAS LMQ1108-22 Op.: XX Rev.: 10-08-00 T.: 08:47 S.: 111,06-Cmp.:10,11, Base : LMQPAG 27Fap:100 No:0381 Lcp:700 CMYK
22 / LE MONDE / VENDREDI 11 AOÛT 2000
C U LT U R E
Les ateliers chorégraphiques de Vienne,
tour de Babel de la danse
Une expérience unique en Europe réunissant plus de deux mille élèves
Chaque été depuis dix-sept ans, le Festival de
danse de Vienne accueille une expérience d’ateliers
unique en Europe : soixante enseignants et plus de
VIENNE
de notre correspondante
Une « usine » telle que l’aurait
rêvée un architecte du Bauhaus :
rationnelle et lumineuse, avec de
larges établis, des glissières métalliques au plafond, des horloges au
mur des ateliers, une cantine
agréable, une crèche à laquelle on
peut confier ses enfants pendant
les heures de travail. Une immense
fabrique où le corps est sollicité
autant que l’esprit, pour produire
non des marchandises mais des
mouvements – de l’improvisation
déréglée jusqu’à l’épure parfaite.
Ici, une Lituanienne rousse et laiteuse comme les ciels de la Baltique s’essaie au flamenco. Là, une
Mongole aux jambières roses,
rompue aux exigences du ballet
classique, suit la démonstration
d’Elizabeth Corbett, ancienne soliste du très moderne William Forsythe. Un peu plus loin, une Estonienne aux nattes blondes apprend
l’art du hip-hop avec K-Lee, un
Noir de Paris. Dans une autre salle
grondent les tambours africains
pour le cours de Patrick Acogny,
Sénégalais de Londres. Dans une
autre encore, une femme accompagne au gamlong les étirements méditatifs de Gerald Casel,
Américain d’origine philippine.
Chaque été depuis dix-sept ans,
le Festival de danse de Vienne accueille une expérience d’ateliers,
unique en Europe : soixante enseignants et plus de deux mille élèves
– des débutants aux professionnels
de niveau international –, sans
compter les nombreuses compagnies qui présentent leurs créations dans la capitale autrichienne
au même moment, font vivre pendant cinq semaines cette tour de
Babel où l’on ne connaît qu’un seul
deux mille élèves, des débutants aux professionnels de niveau international, font vivre pendant
cinq semaines une tour de Babel où l’on ne connaît
langage, celui de la danse. « Au fur
et à mesure, raconte l’Autrichien
Rio Rutzinger, responsable depuis
huit ans des ateliers chorégraphiques, ce qui était au départ un
rendez-vous pour les Viennois et les
amateurs est devenu une référence
pour les professionnels du monde
entier. Ceux qui donnent des cours
ne sont pas forcément des pédagogues, mais avant tout des artistes.
On a vu aussi évoluer les ateliers. Au
début, les gens avaient une demande de type technique, un peu de
jazz par-ci, de rythmes africains ou
de butoh par-là. Maintenant, ce sont
les cours de danse contemporaine
qui font le plein. »
Cette année, pour la première
fois, les stages d’été étaient hébergés dans les (vrais) ateliers où l’on
fabrique les décors des théâtres
nationaux, et dans leurs salles de
répétition, superbement aménagées par l’architecte Gustav Peichl,
à l’intérieur de l’ancien arsenal militaire. Un changement qui a ravi
les danseurs et décuplé les énergies : « Je préfère ça mille fois au
centre sportif universitaire où nous
étions logés avant !, s’exclame le
Français Pascal Couillaud, qui travaille aux frontières du jazz et du
rap, et participe aux ateliers de
Vienne, depuis 1994. Il y a ici un espace, une liberté de mouvement qui
incitent à expérimenter. »
Ces stages, connus sous le nom
de Sommertanzwochen, ont été
créés par le sémillant Brésilien Ismael Ivo avec le concours de Karl
Regensburger, qui en assume la direction. Cette année, parmi les participants aux quelque cent quarante cours ou séminaires
proposés, on relevait les noms de
Dominique Mercy, l’un des grands
interprètes du Tanztheater de Pina
qu’un seul langage, celui de la danse. Au même
moment, de prestigieuses compagnies présentent
leurs créations dans la capitale autrichienne.
Bausch – qui a surpris son monde
avec de très classiques exercices à
la barre – ou encore de Louise Lecavalier, ex-star de la troupe canadienne LaLaLa Human Steps.
Une immense
fabrique où le corps
est sollicité autant
que l’esprit, pour
produire non
des marchandises,
mais
des mouvements
En 1989, s’est ajouté le festival
proprement dit, qui offre à un public de plus en plus averti un programme de plus en plus ambitieux : consacré aux révolutions
chorégraphiques au XXe siècle et à
la figure emblématique du Faune
de Nijinsky, Tanz2000.at affiche, du
16 juillet au 13 août, une cinquantaine de représentations, de la
Belge Anne Teresa de Keersmaeker
à l’Américaine Lucinda Childs, en
passant par Merce Cunningham,
Trisha Brown, Raimund Hogue,
Boris Charmatz ou Mathilde Monnier. Avec quatre compagnies invitées, la France était à l’honneur à
Vienne, où le Ballet de l’Opéra de
Paris a dansé à guichets fermés des
classiques de Balanchine (Barocco,
Capriccio) et les variations brillantes de William Forsythe.
Les étoiles françaises ont été sidérées par l’enthousiasme et la fi-
nesse des réactions du public autrichien. « Ce public, c’est nous qui
l’avons construit au fil des années ! », souligne la Française Marie-Christine Baratta, chargée de
trouver les financements pour la
« fusée à trois étages » qu’est désormais la manifestation autrichienne
à laquelle coopèrent à parts égales,
pour un total équivalant à 20 millions de francs, l’Autriche, l’Union
européenne et les pays participants (dans l’ex-Europe de l’Est,
qui fournit un fort contingent de
stagiaires, la Fondation Soros est
d’une aide précieuse).
Le troisième étage de la fusée,
sans doute le plus original, est en
effet le Danceweb, un système de
bourses qui permet à une cinquantaine de danseurs venus d’Europe,
d’Afrique, d’Asie ou d’Océanie de
mieux percevoir leurs possibilités
et leurs limites, de décider de leur
orientation professionnelle : « Ils
sont logés ensemble, ils mangent ensemble, ils dansent ensemble, c’est
comme une cocotte-minute sous
pression pendant cinq semaines ! »,
résume le Néerlandais Piet Scholten, responsable du Danceweb
avec l’Italien Emio Greco.
Après une expérience aussi intense, tous ne choisiront pas la
voie difficile de la création contemporaine. Mais aucun, sans doute,
n’oubliera cet été viennois irradié
par la danse, les rencontres avec
les chorégraphes, ou la vision de
Merce Cunningham marchant d’un
pas hésitant, boitant presque, mais
encore capable, à quatre-vingts
ans passés, de combiner dans Biped la performance de ses danseurs avec celle de leurs images virtuelles.
Joëlle Stolz
Artistes et spectateurs européens en vedette sur le plateau du West End londonien
LONDRES
de notre correspondant
Les enseignes qui scintillent cet été au
fronton des théâtres de Shaftesbury Avenue
soulignent l’incroyable succès des comédies
musicales et des artistes venus du continent.
De l’historique Notre-Dame de Paris au rétro
Mamma Mia fondé sur les chansons d’Abba ;
du très don quichottesque et hispanisant La
Cava au romantique Lautrec, signé Charles
Aznavour : actuellement, la veine du musical
« made in Europe » semble inépuisable. Une
révolution dans ce West End jusque-là dominé par les spectacles purement britanniques
comme l’inépuisable Cats ou importés de
Broadway à l’instar de Fosse ou du Lion King.
L’événement est d’importance : pour la
première fois, les cinquante-cinq théâtre du
West End ont enregistré, en cette mi-saison,
autant de spectateurs européens que nord−américains. Si l’on sillonne Old Compton
Street ou Piccadilly aux alentours de
19 heures ou à la sortie des théâtres, on entend parler français, néerlandais, suédois ou
allemand dans une proportion de 50 %. Incroyable mais vrai. Malgré la faiblesse de
l’euro face à la livre, le coût exorbitant des
places de théâtre, des chambres d’hôtel, des
restaurants et le mauvais accueil de la presse
londonienne envers ces spectacles, la plupart
des représentations se donnent à guichet fermé.
Emma de Souza, porte-parole de la Society
of London Theatres (Société des théâtres de
Londres) se dit incrédule devant cette ruée
vers Londres : « Ce qui me fascine, c’est
qu’une majorité de visiteurs européens ne sont
même pas anglophones. Les stars sont totalement inconnues ici ou à New York, mais ce sont
des célébrités dans leur pays ». Les chroniqueurs se sont mis à célébrer le Suédois Peter
Joback dans l’envoûtant Les Sorcières d’Eastwick ou l’Allemand Uwe Kroger, qui doit interpréter la superproduction Napoléon à l’automne. Sans oublier Sacha Distel, qui doit
reprendre le rôle de Billy Flynn dans Chicago,
à la rentrée. Se déclarant nerveux à l’idée de
fouler les planches londoniennes, lui, dont la
seule expérience du genre a été sa collaboration avec Petula Clark, a confié au Guardian :
« Le français est une vilaine langue pour chanter. Il faut faire trop de sons gutturaux. L’anglais est plus adapté à la chanson contemporaine. » Le quotidien de centre gauche ne
s’attendait pas à voir celui qu’il appelle le
« vieux crooner français », âgé de soixantehuit ans, aussi héroïquement semblable à luimême, avec sa frange soixante-huitarde et
son sourire passablement figé. Ambiance...
Les raisons de ce phénomène culturel ?
Tout d’abord, l’Eurostar et les compagnies
aériennes à bas tarif qui permettent aux
adeptes de s’offrir en un week-end un menu
de comédies musicales sans long déplacement en avion jusqu’à New York et gros décalage horaire. Ensuite l’excellente réputation des spectacles montés à Londres,
synonymes de qualité et de culture. Autre explication, l’effet du développement en Europe de la BBC, de SkyTV ou de CNN – basée
à Londres –, dont les programmes culturels
sont disponibles sur le câble. Aussi, la meilleure connaissance de l’anglais dans le public
continental cible des Musicals, les professions
libérales, les 18-25 ans et les retraités. Mais la
comédie musicale, qui exploite sur un mode
mineur la danse, le théâtre et la chanson,
n’exige peut-être pas une connaissance approfondie de la langue de Shakespeare.
Marc Roche
Le parc de Saint-Cloud célèbre Le Nôtre
« LE PARC n’est pas moribond ! », s’exclame son administrateur, Bernard Notari, en parcourant les allées du domaine. A
l’occasion du tricentenaire de la
mort d’André Le Nôtre (16131700), le parc de Saint-Cloud lui
rend hommage en reconstituant sa
grande perspective. Le chantier
aura duré cinq mois et coûté 7 millions de francs.
Pour permettre aux visiteurs de
contempler les terrasses dessinées
par le jardinier en 1690, un belvédère de dix-huit mètres a été élevé
à l’emplacement du château, aujourd’hui disparu. Le château,
acheté par Louis XIV à son frère
unique, a été détruit par les
flammes en 1870 lors de la guerre
franco-prussienne. Ses vestiges,
trop chargés du souvenir de la monarchie, sont rasés vingt ans plus
tard.
A la fin du XVIIe siècle, l’aménagement du site relève du défi : le
terrain est accidenté, très en
pente. André Le Nôtre saura tirer
parti de cette déclivité pour dessiner des perspectives inattendues
jouant de la symétrie, de l’illusion
d’optique. Saint-Cloud sera considéré comme l’un de ses plus
grands chefs-d’œuvre.
« Cela fait cent trente ans que
l’on n’a pas eu l’occasion de
contempler la perspective sous cet
angle », explique Bernard Notari.
L’alignement des paysages imaginé par Le Nôtre est insoupçonnable du sol. Il faut grimper les
trois étages du belvédère pour redécouvrir le panorama que le duc
d’Orléans embrassait de son cabinet de curiosité. Cette vue s’étend
sur près de deux kilomètres et est
ponctuée par le parterre de l’Orangerie, les deux bassins hexagonaux, l’allée des topiaires d’ifs, la
pièce des vingt-cinq jets et le bassin de la Grande Gerbe. Tout a été
restauré à l’identique, jusqu’aux
tapis de gazon vert.
Le parcours est jalonné de panneaux explicatifs qui mettent en
lumière les éléments techniques et
esthétiques spécifiques du jardin à
la française. Le Nôtre savait jouer
avec les lois de la géométrie et de
l’optique, amplifier les lignes de
fuite pour surprendre à chaque détour de bosquet. Parallèlement à
l’exposition extérieure, une rétrospective installée dans la serre de
Valois retrace l’histoire de la création du parc. Pour Bernard Notari,
cette opération va permettre de
« réintroduire une dimension culturelle et historique » dans un parc
qui « ne doit plus être vu comme un
simple vélodrome ou une piste de
joggers ».
PREMIÈRE ÉTAPE
Ce projet a pourtant failli être
soufflé par la tempête de décembre 1999. On estime que 20 %
des 450 hectares du parc ont été
endommagés par la catastrophe,
dont les conséquences devraient
coûter plus de 50 millions de
francs en terme de sécurisation,
d’abattage et de déblaiement. Il
n’a finalement pris qu’un peu de
retard. Huit mois plus tard, les
trouées dans les bosquets et les
bordures d’allées privent malheureusement la perspective de son
impeccable linéarité. Le 15 octobre, le belvédère sera démonté et
les travaux de reboisement pourront reprendre.
La reconstitution de la grande
perspective du « Jardinier du roi »
est la première étape d’une vaste
opération financée par le Centre
des monuments nationaux et le
ministère de la culture. Elle va
s’accompagner dans le reste du
domaine de réaménagements fidèles des allées et des tapis verts
selon les plans originels.
Ailleurs en France, la mémoire
de Le Nôtre est ravivée par plusieurs manifestations. A Chantilly
notamment, l’exposition « André
Le Nôtre et les jardins de Chantilly » raconte l’histoire de ces paysages de verdure dessinés pour le
Grand Condé. Au Musée de
Sceaux, l’exposition « La main du
jardinier et l’œil du graveur » présente des gravures de jardins disparus qui ont inspiré Le Nôtre.
Anne Le Mouëllic
et Vinca Van Eecke
夝 Domaine national de SaintCloud, Hauts-de-Seine. Jusqu’au
15 octobre, de 7 h 30 à 21 heures.
Tél. : 01-41-12-02-90. Entrée libre.
Internet : www.monumentsfrance.fr
SORTIR
PAYS DE RACAN
Les Bucoliques
Pour sa 11e édition, les Bucoliques
invitent les festivaliers à se
transformer en
spectateurs-voyageurs. Il suffit de
se laisser entraîner dans l’univers
magique des artistes : une escale
dans une gare désuète sur les
Suites de Bach pour violoncelle
solo, par Jean-Guihen Queyras (le
11 août) ; des voyages imaginaires
avec l’intégrale des Préludes de
Debussy, par Alexandre Tharaud
et Noël Lee (le 13 août), ou le
Voyage en Grande Garabagne,
d’Henri Michaux, présenté par
Daniel Znyk (le 17 août) ; des
voyages à travers le temps grâce
à l’interprétation de chansons de
la Renaissance italienne et
française, par l’ensemble Poïesis
(le 14 août), et au concert de
Marie-Claude Vallin (soprano),
accompagnée au luth par Eugène
Ferré (le 18 août) ; des voyages à
travers l’espace lors d’une
journée consacrée à Fernando
Pessoa avec le comédien Philippe
Girard, du fado par Antonio
Ocha, l’ensemble William Byrd (le
15 août), des musiques du monde
avec Jam-Ao et Inti Raymi (le
17 août), des lectures...
Les 3 Vallées du Pays de Racan, 16,
rue du 8-mai-1945, Neuvy-le-Roi
(37). Du 11 au 20 août. 80 F à
100 F. Abonnements de 200 F à
400 F. Tél. : 02-47-24-84-12.
E-mail : cracan.3vpr@wanadoo.fr.
LANGRES
Le Chien à plumes
en maillot de bain
Dans un cadre bucolique, au bord
du lac de Villegusien, le festival de
Langres, dont la mascotte est un
bien étrange animal, entend
poursuivre sa tradition de
savoir-faire de la fête. Pour sa
4e édition, la musique est toujours
à l’honneur avec des groupes
connus : Ceux qui marchent
debout, fanfare mêlant reggae,
ska, jazz et funky ; Dolly, quatuor
nantais où le rock rencontre
l’émotion (le 11 août) ; Les
Tambours du Bronx, présents au
centenaire de la tour Eiffel (le
13 août) ; les Wailers,
représentants du mouvement
Rastafari (le 12 août), ou Le Flor
del Fango, issu de groupes
alternatifs tels que la Mano negra,
Parabellum... (le 12 août) ; et des
coups de cœur que le Chien à
plumes veut partager avec
l’auditoire : Kohann, trio breton
dans la mouvance de Björk (le
11 août), ou encore les Rageous
Gratoons, d’influence celte,
reggae, chantent en français,
anglais, espagnol... (le 12 août). La
programmation n’en reste pas là.
Aux spectateurs de découvrir le
reste.
Office du tourisme, syndicat
d’initiative de Langres (52). Tél. :
03-25-87-67-67. Infoline :
03-25-88-24-39. Web :
http://perso.club-internet.fr/lalouco.
GUIDE
FESTIVALS CINÉMA
Cinéma en pleir air : les grands espaces
La Forteresse cachée, d’Akira Kuros a w a ( J a p o n , 19 5 8 , 2 h 19 ) . L e
11 août, 22 h.
Parc de La Villette, prairie du
Triangle, Paris-19e . Tél. : 08-03-3063-06.
Cinémathèque française
Six chevaux dans la plaine, de Harry Keller (Etats-Unis, 1962, 1 h 20,
v.f.). Le 11 août, 19 h.
Californie en flammes, de Lew Landers (Etats-Unis, 1952, 1 h 19, v.o.).
Le 11 août, 21 h.
Cinémathèque française, Palais de
Chaillot, 7, av. Albert-de-Mun, Paris-16e . Tél. : 01-56-26-01-01.
Programme expérimental : La nécessité de prendre des risques s’actualise dans l’idée de l’expérimental. Le 11 août, 19 h.
Rio Bravo, d’Howard Hawks (EtatsUnis, 1959, 2 h 21, v.o.). Le 11 août,
21 h 30.
Cinémathèque française, salle des
Grands Boulevards, 42, bd BonneNouvelle, Paris-1er . Tél. : 01-56-2601-01.
TROUVER SON FILM
Tous les films Paris et régions sur le
Minitel, 3615 LEMONDE ou tél. : 0836-68-03-78 (2,23 F/mn).
ENTRÉES IMMÉDIATES
Le Kiosque Théâtre : les places de
certains des spectacles vendues le
jour même à moitié prix (+ 16 F de
commission par place).
Place de la Madeleine et Parvis de
la gare Montparnasse. De 12 h 30 à
20 heures, du mardi au samedi ; de
12 h 30 à 16 heures, le dimanche.
Love Circus
de Philippe Sohier, mise en scène
de l’auteur.
Aktéon théâtre, 11, rue du GénéralBlaise, Paris-11 e . Du 8 août au
9 septembre. Du mardi au samedi,
21 h 30. 70 F et 110 F. Tél. : 01-43-3874-62.
Lina Castellanza (soprano), Herbert
du Plessis (piano)
Œuvres de Vivaldi, Rossini, Verdi,
Bellini.
Eglise Saint-Julien-le-Pauvre, 1, rue
Saint-Julien-le-Pauvre, Paris-5e . Le
11 a o û t , 2 0 h e u r e s ; l e 14 a o û t ,
21 heures. Tél. : 01-42-26-00-00. De
80 F à 150 F.
Maîtrise de Fribourg
Victoria, Byrd, Josquin des Prés,
Clemens non Papa, Gesualdo,
Schütz, Scarlatti, chants grégoriens.
Direction : François Page.
Eglise Saint-Germain-l’Auxerrois, 2,
p l a c e d u L o u v r e , P a r i s -1er . L e
11 août, 20 h 30. Entrée libre.
Alain Kremski (piano).
Liszt, Wagner, Nietzsche, Mahler.
Théâtre de l’île Saint-Louis, 39,
quai d’Anjou, Paris-4e . Les 11 et
18 août, 21 heures, jusqu’au 1er septembre. Tél. : 01-46-33-48-65. 90 F.
Daniel D. Dray Sextet
Baiser salé, 58, rue des Lombards,
Paris-1er . Les 11 et 12 août, 21 h 30.
Tél. : 01-42-33-37-71. De 40 F à 60 F.
Ahmet Gulbay Trio
Le Bilboquet, 13, rue Saint-Benoît,
Paris-6e . Du 11 au 22 août, 22 h 30.
Tél. : 01-45-48-81-84. 120 F.
Finn Ziegler
Caveau de la Huchette, 5, rue de la
H u c h e t t e , P a r i s - 3e . L e s 11 e t
12 août, 21 h 30. Tél. : 01-43-26-6505. 75 F.
Happy Feeling
Slow Club, 130, rue de Rivoli, Paris-1er . Les 11 et 12 août, 22 heures.
Tél. : 01-42-33-84-30. 75 F.
Jean-Loup Longnon « be bop »
Quintet
Sunset, 60, rue des Lombards, Paris-1er . Du 11 au 14 août, 21 heures.
Tél. : 01-40-26-46-60. 100 F.
Miguel M. and the Brachay’s Blues
Band
Chesterfield Café, 124, rue La Boétie, Paris-8e . Les 11 et 12 août et du
15 au 19 août, 23 heures. Tél. : 0142-25-18-06. Entrée libre.
Anne-Claire Marin
La Comedia, 4, impasse Lamier, Par i s -11e . L e s 11, 12 e t 15 a o û t ,
23 heures. Tél. : 01-44-64-83-76. De
30 F à 70 F.
Marcello Colasurdo Paranza
Jardin du Luxembourg (kiosque),
Les
11 e t
12 a o û t ,
P a r i s - 6e .
18 heures. Tél. : 01-44-94-98-00. Entrée libre.
Les Cuba Cabana
Glaz’Art, 7-15, avenue de la Portede-La-Villette, Paris-19e . Le 11 août,
21 heures, jusqu’au 8 septembre.
Tél. : 01-40-36-55-65. 60 F.
Shakka Combo
Cithéa, 114, rue Oberkampf, Paris-11e . Les 11 et 12 août, 22 h 30.
Tél. : 01-47-00-00-32. 60 F.
RÉGIONS
Odile Duboc
Le pupille veut être tuteur.
Théâtre du peuple, Bussang (88).
Les 11, 12, 18 et 19 août, 20 h 30 ; le
17 a o û t ,
15 h e u r e s ,
jusqu’au
26 août. Tél. : 03-29-61-50-48. De
40 F à 110 F.
Les Rois
de Julio Cortazar, mise en scène
d’Éric Sanjou.
Dans le cadre du Festival du HautAdour, Beaudéan (Hautes-Pyrénées). Du 9 au 14 août. Office du
tourisme de Bagnères-de-Bignorre,
t é l . : 0 5 - 6 2 - 9 5 - 5 0 - 71, e t A r è n e
Théâtre, tél. : 06-03-73-35-49.
Le Paradoxe sur le comédien
de Diderot, mise en scène de JeanPaul Tribout.
Château de Bonaguil, Fumel (47).
Le 11 août, 21 h 30. Tél. : 05-53-7117-17. 80 F.
Rameau le fou
d’après Pierre Charras, mise en
scène de Nicolas Briançon.
Château de Bonaguil, Fumel (47).
Le 11 août, 21 h 30. Tél. : 05-53-7117-17. 80 F.
Matamore
d’après Olivier Py, mise en scène de
Marcos Malavia.
Cour du Musée Campredon, L’Isles u r - l a - S o r g u e ( 8 4 ) . L e 11 a o û t ,
21 h 45. Tél. : 04-90-38-67-81. 60 F et
80 F.
Monnaies de singes
de Didier Galas, mise en scène de
l’auteur.
Cour d’honneur, Château, Pierref o n d s ( 6 0 ) . L e s 11 e t 12 a o û t ,
21 h 45. Tél. : 03-44-42-80-00. 90 F
et 130 F.
Intégrale des concertos pour piano
de Prokofiev
Prokofiev. Direction, Antoni Wit
avec l’Orchestre national de la Radio polonaise.
Domaine des Aulnes (au bord de
l’étang), Saint-Martin-de-Crau (13).
Le 11 août, 21 h 30. Tél. : 04-42-5051-15. De 60 F à 275 F.
Les Acrostiches 2
Comme un p’tit air de cirque.
Place des Arts, Thonon-les-Bains. Le
10 août, de 20 h 45 à 22 h. Dans le
cadre du festival de théâtre de rue,
Les Fondus du Macadam, Thononles-Bains (74). Du 8 au 12 août.
Tél. : 04-50-71-55-55.
LeMonde Job: WMQ1108--0027-0 WAS LMQ1108-27 Op.: XX Rev.: 10-08-00 T.: 08:47 S.: 111,06-Cmp.:10,11, Base : LMQPAG 27Fap:100 No:0382 Lcp:700 CMYK
RADIO-TÉLÉVISION
LE MONDE / VENDREDI 11 AOÛT 2000 / 27
JEUDI 10 AOÛT
GUIDE TÉLÉVISION
DÉBATS
19.55 et 1.00 TV 5 l’Invité.
Jean-Michel Jarre.
TV 5
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Forum
au nom de la mémoire.
22.00 La Vie quotidienne des Français
Forum
à la Libération.
Planète
Histoire
Ces odeurs qui nous mènent
par le bout du nez. Phéromones :
un pouvoir de séduction irrésistible ?
Arômes sur ordonnance.
Le nez du vin.
TV 5
23.30 Les Aventuriers de l’Egypte
Histoire
ancienne. [ 11 et 12/12].
0.15 L’Angleterre confrontée
Planète
au fascisme.
Présent : Dakar, présentement !
21.05 Les Aventuriers de la science.
22.15 La Dixième Nuit des étoiles.
Mille milliards de planètes.
Boléro. Invité : Stéphane Bern.
L’actualité des films d’amour.
22.35 La Dixième Nuit des étoiles.
SPORTS EN DIRECT
TMC
21.45 Football. Coupe de l’UEFA
Mille milliards de planètes.
France 2
Paris dernière.
Paris Première
DOCUMENTAIRES
Nova Peris-Kneebone,
la flamme aborigène.
Vols de guerre. [6/11].
Bombardement tactique.
Arte
Planète
20.30 Palettes,
Histoire
Edouard Vuillard.
20.30 Le Vaisseau spatial Terre.
Corail, mer vivante.
[5/6]. Au-delà des trous noirs. Planète
TV 5
20.15 Reportage.
20.30
[4/26]. Les futuristes.
France 2
Odyssée
Planète
Odyssée
TSR
20.05 Temps présent. Les villes de Temps
0.20
L’Equation ultime.
Monsieur Dior.
Désespoir et nostalgie.
Carnets de vol. [4/25].
Palestine, histoire
d’une terre. [2/2].
22.30 Chroniques d’Hollywood.
23.10 Les Mystères
Odyssée
du vagabond des mers.
23.20 The Clash, the Full Story. Canal +
23.25 L’Univers de Stephen Hawking.
MAGAZINES
22.15
21.30
21.30
21.40
22.15
22.25
0.00
interceltique, en 1999.
Avec Yevgeny Kissin, piano ; Cheryl
Studer, soprano. Par l’Orchestre
Philharmonique de Berlin,
dir. Claudio Abbado. Paris Première
23.00 Michael McGoldrick et Alasdair
Fraser Skyedance. Lors du Festival
interceltique, en 1999.
Mezzo
Muzzik
23.10 Marciac Sweet 99.
(1er tour de qualification). Match aller.
Boavista Porto - Barry Town.
A Porto (Portugal).
Eurosport
Tennis. Masters Series. Tournoi
messieurs de Cincinnati (Ohio)
Pathé Sport
(4e jour).
John Korty. &.
Trio pour piano, violon et violoncelle
en sol mineur op.8, par Jean-François
Heisser, Renaud Capuçon
et Henri Demarquette ; etc.
Mezzo
TÉLÉVISION
Danny Boyle (GB - EU, 1997,
105 min) %.
Ciné Cinémas 2
18.25 Trois places pour le 26 a a
Jacques Demy (France, 1988,
105 min) &.
Ciné Cinémas 3
20.30 Ludwig ou le Crépuscule
des dieux a a a
Luchino Visconti [1/2]
(Fr. - It. - All., 1972,
110 min) %.
Ciné Cinémas 2
Marc Rivière [1 et 2/2].
Michael Zinberg. %.
TF 1
Téva
16.45
17.30
18.20
19.10
19.15
19.50
20.00
20.50
SÉRIES
19.30 Mission impossible.
Léona. &.
Série Club
20.05 Les Simpson.
Homer fait son cinéma. &.
20.45 Buffy contre les vampires.
0.05
0.35
Canal +
Série Club
Lignes de vie (v.o.). &. Les fantômes
du passé (v.o.).
Série Club
Absolutely Fabulous. La poignée
de porte (v.o.). %.
Canal Jimmy
That 70’s Show. La chanson
de Kelso (v.o.). &.
Canal Jimmy
0.45 Chapeau melon et bottes de cuir.
Avec vue imprenable. &.
M6
21.05 Sac de nœuds a a
Josiane Balasko.
Avec Isabelle Huppert,
Josiane Balasko (France, 1985,
85 min) %.
Canal Jimmy
22.15 Beau fixe a a
Christian Vincent (France, 1992,
88 min) &.
Téva
Luchino Visconti [2/2]
(Fr. - It. - All., 1972,
125 min) %.
Ciné Cinémas 2
FRANCE 2
PARIS PREMIÈRE
22.25 Le Ciel peut attendre a a
FRANCE 3
21.00 Pièges a a
Tournée en France en 1939, une
œuvre très insolite, un « film
noir » devançant le genre dont Robert Siodmak deviendra plus tard
le maître à Hollywood. A travers
une intrigue que l’on pourrait dire
« à sketches », Siodmak a créé un
univers sombre et louche, une
étude de pathologie criminelle
dans laquelle tous les personnages
sont à double face. Ambiguïté psychologique et réalisme noir.
22.50 Mado a a
Un promoteur immobilier quinquagénaire a pour maîtresse une
jeune chômeuse au comportement
très libre qui fréquente des marginaux. Le désenchantement, la névrose d’une génération tenant les
rênes d’une société bloquée, soumise à la loi de l’argent, plongée
dans la crise économique. Une remarquable étude réaliste. Romy
Schneider y fit une apparition par
amitié pour Claude Sautet.
Téléfilm. Michael Zinberg %.
Conan.
Brigade des mers.
JAG.
Un livre, des livres.
Qui est qui ?
Un gars, une fille.
Journal, Météo, Point route.
Plus près des étoiles.
21.30 L’Equation ultime.
22.35 La Dixième Nuit des étoiles.
Mille milliards de planètes.
1.05 Journal, Météo.
22.20 Ludwig ou le Crépuscule
des dieux a a a
20.50 La 10e Nuit des étoiles :
les planètes extrasolaires
Jusqu’à 1 heure du matin, toute
une soirée à observer la voûte céleste avec Claude Sérillon et Hubert Reeves, installés cette année à
l’Observatoire du pic du Midi, dans
les Pyrénées, depuis peu ouvert au
public. A voir, à 21 h 30, L’Equation
ultime, un « docu-fiction » de
Vincent Maillard, qui confronte les
explications de divers spécialistes
sur le Big Bang.
Le Maroc du Sud.
Dawson.
Sunset Beach.
Sous le soleil.
Walker, Texas Ranger.
J’ai deux métiers.
Journal, Tiercé, Météo.
Groupe Nuit. Dette d’honneur %.
Made in America. Pacte criminel.
FRANCE 2
Festival
22.45 Pacte criminel.
16.45
17.35
18.05
19.05
19.55
20.00
20.55
22.45
Ernst Lubitsch (EU, 1943, v.o.,
110 min) &.
Ciné Cinémas 1
22.25 La Folie du roi George a a
Nicholas Hytner (GB - EU, 1995,
110 min).
RTBF 1
22.30 Le Mystère Silkwood a a
Mike Nichols (Etats-Unis, 1983,
130 min) &.
Cinéstar 1
22.35 Les Mille et Une Nuits a a
FRANCE 3
16.40
18.20
18.48
18.50
20.04
20.05
20.20
20.55
22.20
22.50
1.05
C’est l’été.
Questions pour un champion.
La Météo des plages.
Le 19-20 de l’information, Météo.
Consomag.
Tout le sport.
C’est mon choix pour l’été.
Jo. Film. Jean Girault.
Météo, Soir 3.
Mado a a Film. Claude Sautet.
Nuit celtique à Lorient.
CANAL +
16.50 Merci mon chien
Film. Philippe Galland &.
0.15 La Planète des singes a a
0.55 Love a a
21.45 Les Tragédies Minuscules.
21.50 Tout baigne !
22.50 Mado a a
Claude Sautet (France, 1976,
135 min).
France 3
Franklin J. Schaffner (EU, 1967,
v.o., 110 min) &.
Ciné Cinémas 3
Ken Russell (Grande-Bretagne,
1969, 125 min) !.
Cinétoile
19.45 Météo, Arte info.
20.15 Reportage.
20.40 Thema. La 2001e nuit.
20.45 Le Jardin parfumé.
21.40 L’Orient à petit feu.
22.35 Les Mille et Une Nuits a a
Film. Pier Paolo Pasolini !.
0.45 Aïda a
Film. Clemente Fracassi (v.o.).
M6
17.35
17.55
18.55
19.50
20.05
20.39
20.40
20.50
Entre chien et chat.
Drôles de vies.
Best of Nulle part ailleurs.
Flash infos, Le Zapping.
Les Simpson.
La Patinoire
23.20 The Clash, the Full Story.
Film. Gilles Mimouni.
Avec vue imprenable &.
RADIO
FRANCE-CULTURE
20.00 Concordance des temps.
L’an Mill. Invité : Laurent Theis.
21.00 Carnets de routes.
Voix et sons du Mali [4/5].
Invités : Issa Bagayogo ; Moriba Koïta.
22.10 Pages arrachées au journal
de Michel Leiris. [4/5].
FRANCE-MUSIQUES
20.00 Montreux Jazz Club.
Le Big Band de Lausanne ;
Le quartette Gruntz-Ambrosetti ;
Le quintette de Kurt Weil ;
Le quartette d’Andy Scherrer.
21.30 XXe Festival international de
piano de La Roque-d’Anthéron.
Le Virtuosi Di Kuhmo, dir. Ralf
Gothoni, piano. Œuvres de Schnittke,
Haydn, Mozart, Chostakovitch.
23.00 Soirée privée.
RADIO CLASSIQUE
20.15 Les Soirées. Castor et Pollux (suite
no 1), de Rameau, par l’Orchestre du
18e siècle, dir. Frans Brüggen.
Film. Jean-Philippe Toussaint &.
Film. Eric Civanyan. &.
Tintin [1/2].
Code Eternity.
Loïs et Clark.
I-minute, Le Six Minutes, Météo.
Notre belle famille.
Météo des plages.
Paradis d’été. Cogolin.
L’Appartement
22.55 Poltergeist.
0.45 Chapeau melon et bottes de cuir.
f En clair jusqu’à 20.30
18.24
18.25
19.00
19.50
20.05
20.30
Pier Paolo Pasolini (It. - Fr., 1974,
130 min) !.
Arte
ARTE
19.00 Voyages, voyages.
TF 1
0.20 Très chasse.
TMC
22.05 Louise et les marchés.
22.45 Le Caméléon.
21.00 Intégrale Chopin.
16.20 Une vie moins ordinaire a a
Robert Siodmak (France, 1939,
N., 110 min).
Paris Première
20.35 Pour une vie pour la vie ?
Un silence de mort. &.
Musique de Mozart.
Avec Daniel Barenboïm, piano. Mezzo
PROGRAMMES
21.00 Pièges a a
TÉLÉFILMS
23.43 L’Eté 36. Yves Robert [2/2]. &.
MUSIQUE
Arte
Mezzo
22.50 Beethoven Gala.
20.30 « Sonate pour piano ».
Odyssée
20.45 Thema. La 2000e nuit.
22.00 Altan. Lors du Festival
FILMS
20.40 François-Frédéric Guy, piano.
Œuvres de Beethoven.
22.30 Les Soirées... (suite). Œuvres de
Marais, Quentin, Leclair, Couperin.
VENDREDI 11 AOÛT
GUIDE TÉLÉVISION
20.00 Chroniques d’Hollywood.
MAGAZINES
Secrets et mystères.
20.15 Reportage.
13.50 La Cinquième rencontre...
L’Espace : Anniversaire
de l’éclipse solaire de 1999.
Invités : Roger Bonnet,
Gérard Thuillier.
La Cinquième
15.10 et 22.10 Science été.
Invités : Jean-Pierre Haignère ;
Claudie André-Deshays.
LCI
16.10 Les Rencontres de l’été.
Cinéma. Invité : Marin Karmitz.
16.40 C’est l’été.
LCI
L’Œil de la jungle.
Miracle dans la loggia : « La Vierge
au chancelier Rolin ».
Histoire
20.35 Notre XXe siècle.
Cent ans de féminisme.
Odyssée
L’Ile de Pâques.
Histoire
21.00 Civilisations.
21.55 Jerry Lee Lewis. « Je suis
Damia. Frank Sinatra. Paris Première
22.00 Les Grandes Expositions.
comme je suis ».
18.10 et 0.10 Musiques.
Invité : Hélène Grimaud.
Thalassa. Escale en Sibérie.
LCI
TV 5
Best of Nulle part ailleurs. Canal +
Tracks. Tracks on tour : Oasis. Arte
18.15
19.00
19.00
19.55 et 23.55 TV 5 l’invité.
20.55
Arte
20.30 George Gershwin,
Planète
compositeur américain.
20.30 et 23.00 Palettes, Jan Van Eyck.
Invités : Pierre Bonte ; Zouk Machine ;
Kyo ; Cheb Mami.
France 3
17.00 Les Lumières du music-hall.
Youssou N’Dour.
TV 5
Nos meilleurs moments. Les Nuls.
Invités : Dominique Farrugia ;
Chantal Lauby ; Alexandre Besle. TF 1
20.55 Thalassa.
Escale en Afrique du Sud.
21.00 Recto verso.
Invité : Guy Bedos.
21.05 Top bab.
France 3
Paris Première
Invité : Ben Harper.
Canal Jimmy
22.20 Faut pas rêver.
USA : Mobil-home City. France :
Les hommes-sangliers. Sri Lanka :
L’ivresse des sommets.
France 3
23.10 Les Dossiers
de « Sans aucun doute ».
Femmes d’exception.
23.35 P.I.N.K.
Planète
[1/3] La conquête.
Histoire
22.15 Grand format.
Docteur Lobotomie.
Arte
[3/5] Je t’aime, moi non plus :
les jeux de l’amour et du hasard.
TV 5
[1/6]. El Cid, le mercenaire.
TMC
22.15 Parlez-moi d’amour.
22.55 Les Chevaliers.
17.00 et 1.00 Tennis. Masters Series.
20.30
Tournoi messieurs de Cincinnati.
Pathé Sport
(5e jour).
Athlétisme. Golden League.
Meeting de Zurich (Suisse).
Canal +
Berlioz. Enregistré à Londres, en 2000,
par la Guildhall School of Music et les
musiciens du Conservatoire de Paris,
dir. Colin Davis.
Mezzo
Trio no 1 en si bémol majeur opus 99.
Menahem Pressler, piano ; Isidore
Cohen, violon ; Bernard Greenhouse,
violoncelle.
Muzzik
Muzzik
L’évasion d’Alcatraz.
TMC
20.00 Le Quatuor Alban Berg.
La Jeune Fille et la Mort, 14e quatuor, de
Schubert.
Muzzik
20.10 Frédéric Chopin.
Scherzo no 2, opus 31.
Brigitte Engerer, piano.
18.00 Palettes, Edouard Vuillard.
Les allées du souvenir :
« Les Jardins publics », 1894. Histoire
Paris Première
18.00 La DEFA, miroir du cinéma
Ciné Cinémas
est-allemand.
18.05 Palawan, le dernier
La Cinquième
refuge.
18.15 Cinq colonnes à la une.
Planète
18.35 On the Road Again. Inde. Odyssée
18.55 100 ans de films d’horreur.
Ciné Classics
ARTE
20.45 Rue Oberkampf
Coincée entre République et Belleville, la rue Oberkampf est devenue la nouvelle artère « branchée » de Paris. C’est ici qu’est né
Cambio (Maurice Garrel, impeccable), le héros de ce téléfilm réalisé par Gilles Adrien et écrit par
Maurice Attia, psychiatre de profession. Mi-détective privé, mimaître chanteur, Cambio est le
« médiateur » du quartier, qui arrange petites et grosses embrouilles.
Mezzo
20.30 « Concerto italien ». Œuvre de Bach
par le Trio Loussier.
21.55 Concert du prix Nobel
de la paix 1999.
22.15
23.15 Jerry Lee Lewis.
Concert enregistré au Varisty Stadium,
à Toronto, en 1969.
Canal Jimmy
Mezzo
Sting ; Tina Turner.
Paris Première
Marciac Sweet 99. Buddy Guy,
guitare et chant ; Tony Zamagni,
clavier ; Scott Holt, guitare ; Orlando
Wright, batterie ; Ray « Killer » Allison,
percussion. Herbie Hancock, piano ;
Wayne Shorter, saxophone. Bireli
Lagrène, guitare ; Philip Catherine,
guitare ; Christian Escoudé, guitare ;
Sylvain Luc, guitare.
Muzzik
CINÉTOILE
21.05 Milliardaire
pour un jour a a a
En 1931, à New York, une vieille
femme vendant des pommes dans
la rue est le porte-bonheur d’un
gangster. Celui-ci lui donne les
moyens de se faire passer pour une
milliardaire auprès de sa fille, qui
arrive d’Espagne avec son fiancé.
Ce dernier film de Frank Capra est
la reprise de Lady for a Day, qui fut
un grand succès en 1933. Bette Davis sensationnelle.
PROGRAMMES
13.05 La Pie voleuse a
TÉLÉVISION
Hugh Wilson (Etats-Unis, 1987,
v.o., 100 min) &.
Ciné Cinémas 1
13.45 La Tradition de minuit a a
Roger Richebé (France, 1939,
N., 105 min) &.
Cinétoile
14.20 Le Mystère Silkwood a a
Mike Nichols (Etats-Unis, 1983,
130 min) &.
Cinéstar 2
THÉÂTRE
14.40 Les Géants a a
0.30 La Guérison
américaine.
14.45 Le Seigneur de l’aventure a a
Sam Miller (GB, 1997, v.o.,
95 min) &.
Ciné Cinémas 3
James Saunders. Mise en scène
de Laurent Terzieff. Avec Laurent
Terzieff, Pascale de Boyson. France 3
TÉLÉFILMS
Henry Koster (Etats-Unis, 1955,
90 min) &.
Ciné Cinémas 1
15.30 Love a a
Ken Russell (GB, 1969,
135 min) !.
Cinétoile
16.15 Trois places pour le 26 a a
20.30 Juliette Pomerleau.
Claude Fournier [5/5] &.
Festival
20.35 Prise de têtes.
Eric Civanyan. &.
TMC
Gilles Adrien.
Arte
20.45 Rue Oberkampf.
22.10 Léon Morin, prêtre.
Pierre Boutron. %.
Festival
22.30 Le Droit d’aimer.
Téva
Jacques Demy (France, 1988,
105 min) &.
Ciné Cinémas 1
16.15 La Planète des singes a a
Franklin J. Schaffner (EU, 1967, v.o.,
110 min) &.
Ciné Cinémas 3
20.30 Le Chemin des étoiles a a
Anthony Asquith (GB, 1945, N.,
v.o., 110 min) &.
Ciné Classics
21.00 Frankenstein 90 a a
Alain Jessua (France, 1984,
95 min) &.
Cinéfaz
SÉRIES
17.20 Hartley, cœurs à vif.
17.55 Code Eternity.
TSR
Poursuite. &.
M6
Frères d’armes. &.
19.15 Le Beaux-Arts Trio joue Schubert.
ou le voyageur immobile.
Opéra de verdi. Mise en scène
de Luca Ronconi. Enregistré à la Scala
de Milan en 1982, par le Chœur
et l’Orchestre de la Scala de Milan,
dir. Riccardo Muti.
Paris Première
18.20 JAG.
MUSIQUE
France 2
22.50 « Ernani ».
Sandy Smolan. &.
SPORTS EN DIRECT
TF 1
17.20 Les Pionniers de la radio
Planète
aux Etats-Unis. [2/2].
17.50 Les Grands Crimes du XXe siècle.
Magiciens maléfiques.
La vie mystérieuse
des chefs-d’œuvre.
22.00 Lointaine Sibérie.
17.05 Grâce à la musique. Franz Schubert
Anjelica Huston.
Canal Jimmy
18.30 Proms 2000. Le Requiem, d’Hector
DOCUMENTAIRES
18.00 L’Actors Studio.
Histoire
FILMS
Danse avec les clous.
20.00 Quoi de neuf docteur ? &.
20.20 Amandine Malabul.
Festin de minuit.
20.45 Twin Peaks.
Episode 25 %.
RTL 9
TMC
Héroïne %.
Canal J
France 2
20.50 Le Clown.
Stratagème &.
Traquenard %.
M6
22.05 Ally McBeal.
La fièvre du lundi soir.
Le fruit défendu.
RTBF 1
22.20 Wild Palms. Une vie
sans histoires (v.o.). %.
Série Club
22.40 Un flic nommé Lecœur.
Céline.
Les Feux de l’amour.
Moloney.
Les Dessous de Palm Beach.
Dawson.
Sunset Beach.
Sous le soleil.
Walker, Texas Ranger.
Journal, Météo.
Trafic infos.
Nos meilleurs moments.
Les Dossiers
de « Sans aucun doute ».
Femmes d’exception.
0.35 Embarquement porte no 1.
15.25
16.15
16.40
17.35
18.20
19.10
19.15
19.50
20.00
20.50
21.05 Milliardaire
pour un jour a a a
Frank Capra. Avec Glenn Ford,
Bette Davis (Etats-Unis, 1961,
v.o., 135 min) &.
Cinétoile
22.20 La Bête humaine a a
Jean Renoir (France, 1938,
N., 105 min) %.
Ciné Classics
14.25
16.05
16.40
18.20
18.50
20.05
20.20
20.55
22.20
Chiquinha Gonzaga. [16/30].
La Fête à la maison &.
Conan.
Brigade des mers.
JAG &.
et 23.30 Un livre, des livres.
Qui est qui ?
Un gars, une fille.
Journal, Météo.
Une soirée, deux polars.
P.J. [no 11]. Elodie %.
[no 12]. Héroïne %.
La croisière s’amuse. [1 et 2/2].
Va savoir.
C’est l’été. En direct.
Questions pour un champion.
Le 19-20 de l’info, Météo.
Tout le sport.
C’est mon choix pour l’été.
Thalassa. Escale en Afrique du Sud.
Faut pas rêver. USA : Mobil-home
City. France : Les hommes-sangliers.
Sri Lanka : L’ivresse des sommets.
Pièce de James Saunders.
22.45 X-Files, l’intégrale.
CANAL +
A cœur perdu %.
Le grand jour &.
M6
1.30 Cop Rock. Happy Mudder’s
15.05 Dans la nature
avec Stéphane Peyron.
15.55 Surprises.
16.10 Psycho a
2.20 Absolutely Fabulous. La poignée
17.50 Micro ciné.
0.35 The Practice.
Le monde à l’envers &.
Day (v.o.). &.
de porte (v.o.). %.
M6
Canal Jimmy
Film. Gus Van Sant ?.
Canal Jimmy
ARTE
23.50 La Flûte enchantée a a
Ingmar Bergman a magnifiquement traduit l’âme de cet opéra de
Mozart. Une admirable initiation
musicale grâce à une mise en scène
qui montre la représentation, les
réactions des spectateurs, les acteurs en coulisse pendant les entractes. Les chanteurs, choisis pour
leur physique autant que pour leur
voix, ont d’abord enregistré la
bande-son avant de jouer les
scènes en play-back.
f En clair jusqu’à 20.30
22.45 L’Amérique des autres a a
Goran Paskaljevic. Avec Tom Conti,
Miki Manojlovic (Fr. - All., 1995,
v.o., 95 min) &.
Ciné Cinémas 3
23.20 Stardust Memories a a
Woody Allen (Etats-Unis, 1980, N.,
v.o., 90 min) &.
Cinétoile
18.24
18.25
19.00
19.55
20.05
20.09
20.15
Téléfilm. Gilles Adrien.
22.15 Grand format. Docteur Lobotomie.
23.55 La Flûte enchantée a a
M6
15.15
16.10
17.35
17.55
18.55
19.50
19.54
20.05
20.40
20.50
Code Quantum &.
et 1.20 M comme musique.
Tintin. Objectif Lune [2/2].
Code Eternity &.
Loïs et Clark. &.
I-minute.
Le Six Minutes, Météo.
Incroyabl’animaux.
Politiquement rock.
Le Clown. Stratagème &.
Traquenard %.
22.45 X-Files, l’intégrale.
A cœur perdu %. Le grand jour &.
0.35 The Practice, Donnell & associés.
Le monde à l’envers &.
23.10 Météo, Soir 3.
23.40 Mike Hammer.
0.30 La Guérison américaine.
France 2
Le Temps des souris.
Cafés philo. Auguste Comte.
Histoire de comprendre.
Cinq sur cinq. Chercheur d’or.
Jeunesse.
Alfred Hitchcock présente.
100 % question. Spécial collège.
Météo.
Palawan, le dernier refuge.
C’est quoi la France ?
Tracks. Tracks on tour : Oasis.
Météo, Arte info.
Reportage. L’Œil de la jungle.
Rue Oberkampf.
Film. Ingmar Bergman (v.o.).
FRANCE 2
FRANCE 3
Série Club
20.50 P.J. Elodie %.
14.00
14.50
15.45
16.45
17.35
18.05
19.05
20.00
20.50
20.55
23.10
22.40 Un flic nommé Lecœur. Céline.
23.35 P.I.N.K.
0.30 Journal, Météo.
France 2
19.50 Papa bricole.
TF 1
LA CINQUIÈME/ARTE
15.20
15.45
15.50
16.05
16.20
17.10
17.35
18.00
18.05
18.55
19.00
19.45
20.15
20.45
Entre chien et chat &.
Drôles de vies.
Best of Nulle part ailleurs.
Flash infos.
Le Zapping.
Lascars &.
Athlétisme. Golden League.
Meeting de Zurich.
22.35 Les Joueurs a
Film. John Dahl &.
0.30 Raja Hindustani a
Film. Dharmesh Darshan &.
RADIO
FRANCE-CULTURE
20.20 Concordance des temps (rediff.).
21.00 Carnets de routes. [5/5].
22.00 Pages arrachées au journal
de Michel Leiris (rediff.) [5/5].
22.30 Carnets de voyage. [5/5].
23.30 Mythologies du monde entier,
lectures et relectures.
Shiva et Mohini : Inde.
23.45 Coda. [5/5].
FRANCE-MUSIQUES
20.00 Festival de Radio France
et Montpellier. A Montpellier.
Le duo Sylvain Luc et Bireli Lagrene,
guitares.
21.30 Nuit du piano. Par l’Orchestre
national de la Radio polonaise,
dir. Antoni Wit : Œuvres de Prokofiev :
Intégrale des concertos pour piano.
23.00 Soirée privée.
RADIO CLASSIQUE
20.15 Les Soirées. Impromptus no 1 & 3,
de Chopin ; Giselle, d’Adam, dir. M.
Tilson-Thomas. 20.40 Antonin Dvorak
et Johannes Brahms. Œuvres de
Dvorak, Brahms.
22.40 Gwendoline. Opéra de Chabrier.
Par le Chœur philharmonique tchèque
de Brno, le Chœur et l’Orchestre
philharmonique slovaque,
dir. J.P. Penin, Adriana Kohutkova
(Gwendoline), Gérard Garino (Armel).
23.55 La Flûte enchantée a a
Ingmar Bergman (Suède, 1974, v.o.,
130 min).
Arte
0.05 Le Dossier 51 a a a
Michel Deville (France, 1978,
110 min) &.
Cinéfaz
2.20 Sans lendemain a a
Max Ophüls (France, 1939,
N., 80 min) &.
2.30 Le Matelot 512 a a
Cinétoile
René Allio (France, 1984,
90 min) %.
Ciné Cinémas 3
SIGNIFICATION DES SYMBOLES
Les codes du CSA
& Tous publics
% Accord parental souhaitable
? Accord parental indispensable
ou interdit aux moins de 12 ans
! Public adulte
Interdit aux moins de 16 ans
# Interdit aux moins de 18 ans
Les cotes des films
a On peut voir
a a A ne pas manquer
a a a Chef-d’œuvre ou classique
Les symboles spéciaux de Canal +
DD Dernière diffusion
d Sous-titrage spécial pour
les sourds et les malentendants
LeMonde Job: WMQ1108--0028-0 WAS LMQ1108-28 Op.: XX Rev.: 10-08-00 T.: 11:10 S.: 111,06-Cmp.:10,11, Base : LMQPAG 27Fap:100 No:0383 Lcp:700 CMYK
28
VENDREDI 11 AOÛT 2000
« Vache folle » : prévisions alarmantes sur la mortalité humaine
Une équipe britannique, dirigée par le professeur Anderson, rend publique une étude concluant que le nombre des victimes
de la variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob devrait, en Grande-Bretagne, se situer en 2020 entre 63 000 et 136 000
L'évolution des deux épidémies au Royaume-Uni
L'ENCÉPHALOPATHIE SPONGIFORME BOVINE
40 000
35 000
30 000
25 000
20 000
15 000
10 000
5 000
0
37 056
178 598
cas
au total
469
LA MALADIE DE CREUTZFELDT-JAKOB
25
20
15
10
5
0
1987
92
95
en nombre de cas
24
79 cas
au total
2000
Les longues périodes d'incubation des maladies à prions expliquent
le décalage observé entre les cas animaux et humains.
l’hebdomadaire scientifique Nature,
daté du 10 août, les résultats d’une
étude qui conclut que le nombre à
venir des victimes de la vMCJ en
Grande-Bretagne devrait se situer
entre 63 000 et 136 000.
HYPOTHÈSES
L’équipe du professeur Anderson
travaille depuis plusieurs années
sur ce thème et avait publié ses premiers résultats il y a quelques mois
dans les comptes rendus de la Société royale britannique de biologie.
A partir d’un modèle mathématique informatisé intégrant de multiples données (évolution de l’épidémie d’ESB, quantités de viandes
et d’abats bovins potentiellement
contaminés consommés par la population britannique à partir des
années 80, durée d’incubation de la
vMCJ), ces chercheurs avaient estimé que le nombre total des cas à
venir de vMCJ pouvait être compris
entre 14 000 et 500 000 (Le Monde
du 24 janvier).
Les chercheurs britanniques expliquaient alors que leurs prévisions devraient être affinées ultérieurement en fonction du nombre
Dans le Maine-et-Loire, un cas d’ESB
identifié grâce au dépistage rapide
LE MINISTÈRE de l’agriculture a
annoncé, mercredi 9 août, qu’un
nouveau cas d’infection par l’agent
de l’encéphalopathie spongiforme
bovine (ESB ou maladie de la
« vache folle ») venait d’être identifié
grâce au test de dépistage rapide
suisse commercialisé par la firme
suisse Prionics. Ce test avait été utilisé dans le cadre de l’étude pilote
d’épidémio-surveillance active mise
en œuvre, à la demande du gouvernement, par l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa).
Selon la Confédération paysanne,
l’animal suspect fait partie d’un troupeau de près de 180 bêtes d’un élevage de Saint-Pierre-Montlimard
(Maine-et-Loire). Cette positivité doit
désormais être confirmée par des
analyses effectuées sur des prélèvements de tissus cérébraux par les
spécialistes du laboratoire de référence de l’Afssa.
Après un cas décelé il y a peu dans
le département de la Manche (Le
Monde du 27 juillet), il s’agit du
deuxième animal atteint d’ESB découvert à partir du test de dépistage
rapide. Il s’agit aussi du 32e cas de
« vache folle » diagnostiqué depuis
le début de l’année sur un total de
112 depuis 1991. Quel que soit le résultat du test de confirmation, un
test de dépistage rapide positif doit
en nombre de cas
être considéré a priori comme une
infection confirmée, ce qui impose
l’achat de la totalité du troupeau par
l’Etat.
48 000 TESTS PRÉVUS
L’Afssa a, d’autre part, annoncé,
mardi 9 août, que le comité scientifique de l’étude d’épidémio-surveillance présidé par le professeur Marc
Girard, directeur du Centre européen
de recherches en virologie et immunologie (Lyon), avait, le même jour,
validé le protocole de cette étude.
Celle-ci peut donc, enfin, être mise
en œuvre à un rythme qui permettra
de pratiquer les 48 000 tests prévus
dans les six prochains mois dont
40 000 dans les douze départements
de l’ouest de la France les plus touchés par l’ESB. Le protocole de
l’étude réunit l’ensemble des procédures définissant le rôle de chacun
des acteurs et les modalités de circulation de l’information entre les
vétérinaires chargés de faire les prélèvements, les trois laboratoires départementaux sélectionnés et le laboratoire de référence de l’Afssa. Les
experts en charge de ce dossier feront une synthèse intermédiaire des
résultats obtenus en septembre ou
en octobre.
J.-Y. N.
de victimes. Pour le professeur Anderson, si le bilan devait dépasser
quinze cas en 1999, l’épidémie de
vMJC pourrait, en Grande-Bretagne, faire au total près de 500 000
victimes, voire, selon certaines hypothèses, plusieurs millions. A l’inverse, si les épidémiologistes britanniques en charge de la
surveillance de cette nouvelle maladie n’observaient pas, en 1999 et en
Sources : ministères brit. de l'agric. et de la santé
SELON les dernières statistiques
officielles fournies par le gouvernement britannique, datées du lundi
7 août, on a recensé aujourd’hui en
Grande-Bretagne soixante-dix-neuf
cas de la variante de la maladie de
Creutzfeldt-Jakob (vMCJ), une affection neurodégénérative due à la
contamination de l’organisme humain par l’agent de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB, ou
maladie de la « vache folle »).
Soixante-dix des soixante-dix-neuf
victimes britanniques sont aujourd’hui décédées des suites de
cette maladie à bien des égards
mystérieuse contre laquelle on ne
dispose d’aucune thérapeutique et
dont on ne sait combien elle fera,
au total, de victimes. « Une large
partie de la population du RoyaumeUni court un risque grave », expliquaient il y a quelques jours les professeurs Stanley Prusiner, Prix Nobel 1997 de médecine, Robert Will
et James Ironside, trois des meilleurs spécialistes internationaux
des maladies à prions.
Peut-on estimer quelle est cette
fraction de la population ? Compte
tenu des nombreuses incertitudes
quant à la longueur de la période
d’incubation et du fait de l’absence
de test de dépistage de masse, nul
ne peut encore dire avec précision
quel sera le bilan définitif de ce qui
apparaît d’ores et déjà, aux yeux
des experts des maladies à prions et
des responsables politiques,
comme un problème majeur de
santé publique, dont les dimensions
pourraient devenir considérables.
Cinq ans après l’émergence de
cette nouvelle maladie humaine,
certains experts en épidémiologie
statistique estiment toutefois être
en mesure de fournir des pronostics
– fondés sur une batterie d’éléments objectifs. C’est notamment
le cas de l’équipe britannique dirigée par le professeur Roy M. Anderson (Wellcome Trust, université
d’Oxford). Cette équipe, dont la
compétence est amplement reconnue à l’échelon international,
publie dans le dernier numéro de
l’an 2000, d’augmentation notable
du nombre de cas, les spécialistes
d’Oxford tablaient alors sur une hypothèse « basse » de 14 000 victimes. Or on a recensé en 1999 dixsept cas de vMCJ en Grande-Bretagne et le bilan pour le seul
premier semestre de 2000 est déjà
de 24 cas, dont 11 ont pu être confirmés par une analyse des tissus cérébraux des victimes. Tout indique
donc que l’on se situe désormais
dans la moins favorable des deux
hypothèses construites par le professeur Anderson.
ANALYSES DE TISSUS
L’approche des épidémiologistes
britanniques a aujourd’hui évolué.
Les chercheurs de l’université d’Oxford expliquent avoir réussi à bâtir
différents scénarios à partir de
l’analyse de cinq millions de combinaisons informatiques des différents paramètres étudiés. Deux hypothèses a priori rassurantes ont
été retenues. La première retient
que seules les personnes présentant
un profil particulier du gène qui,
dans leur patrimoine héréditaire,
dirigeait naturellement la synthèse
de la protéine-prion sont sensibles
à cette affection neurodégénérative. Il s’agit des personnes dites
« méthionine-méthionine », profil
Une sommité mondiale des théories
mathématiques des épidémies
Avant de s’intéresser aux multiples questions soulevées par l’épidémie de l’encéphalopathie spongiforme bovine et celle, naissante,
de la nouvelle forme de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, le professeur Roy M. Anderson avait, dès le début des années 1980, effectué
une série de travaux remarquables concernant la prévision de l’évolution de l’épidémie de ce qui ne s’appelait pas encore le sida. « Reprenant les théories mathématiques des épidémies bâties au début du
siècle et utilisant la puissance de calcul des ordinateurs modernes il est
devenu, avec ses travaux sur le sida, une sommité mondiale de la modélisation des épidémies, explique Antoine Flahaut (unité 444 de l’Inserm, Institut national de la santé et de la recherche médicale). Il est
aussi l’un de ceux qui ont réussi à sortir cette discipline du cercle très
étroit dans lequel elle était enfermée. A ce titre, il a largement contribué
à faire de la modélisation des épidémies un outil essentiel pour les décideurs politiques. »
génétique retrouvé dans 40 % de la
population britannique. La seconde
hypothèse, fondée sur une série
d’observations épidémiologiques,
postule que la consommation des
viandes et des abats provenant d’un
même bovin infecté par l’agent de
l’ESB ne pourrait pas entraîner l’apparition de plus de deux cas de
vMCJ.
Sous ces deux hypothèses,
l’équipe du professeur Anderson
aboutit à la conclusion que le
nombre des victimes britanniques
de la forme humaine de la maladie
de la « vache folle » devrait être
compris entre 63 000 et 136 000. Ces
prévisions sont notamment fondées sur l’estimation selon laquelle
entre 1980 et aujourd’hui, près de
750 000 bovins infectés par l’agent
de l’ESB ont été introduits, en
Grande-Bretagne, dans les chaînes
alimentaires animales et humaines.
Ces prévisions ont aussi été faites
sur la base de données concernant
la vMCJ qui n’intégraient pas l’accroissement du nombre des cas recensés depuis le début de cette année.
Conscient de la somme des inconnues qui demeurent dans le
dossier de la « vache folle », le professeur Anderson souligne que ces
prévisions devront être actualisées
au vu des résultats des enquêtes en
cours. Cette actualisation pourra
notamment se faire en prenant en
compte les résultats des analyses de
tissus provenant de prélèvements
d’amygdales et d’appendices, travaux qui permettront de commencer à situer la proportion de la population britannique infectée par
l’agent de l’ESB. Cette approche ne
pourra toutefois être menée à bien
que si les chercheurs spécialisés
dans la recherche fondamentale sur
les maladies à prions parviennent à
mettre au point une méthode de
dépistage à partir d’un simple prélèvement de sang. En toute hypothèse, on ne saura pas avant 2001 si
un tel dépistage sera possible.
Jean-Yves Nau
La France a été plus exposée que ses voisins
continentaux au risque infectieux
POUR PLUSIEURS experts français des maladies à
prions, les derniers résultats des travaux de l’équipe du
professeur Roy M. Anderson posent clairement la question de l’exposition des populations européennes à
l’agent de l’encéphalopatie spongiforme bovine (ESB).
La question concerne tout particulièrement la France où
l’on ne compte que deux cas de la variante de la maladie
de Creutzfeldt-Jakob (diagnostiqués en avril 1996 et décembre 1999) mais où tout indique que la population a
été plus exposée au risque infectieux que celle des autres
pays européens. La principale raison de cette surexposition tient au fait que la France a été le principal acheteur
de produits bovins britanniques potentiellement infectés.
Demandé par la Direction générale de la santé, un document émanant de la Direction générale des douanes
et droits indirects a ainsi établi que les importations de
viande britannique en France avaient doublé entre 1988
et 1995 (Le Monde du 8 février 2000). Durant cette
période, et alors que l’épidémie d’ESB connaissait sa
plus grande intensité outre-Manche, le Royaume-Uni est
progressivement devenu le principal fournisseur de la
France. Avant l’embargo sur les produits bovins britanniques, décrété en mars 1996 par la commission européenne, les importations représentaient durant cette
période jusqu’à 6 % de la consommation française de
produits bovins. Elles avaient notamment beaucoup
progressé au cours des années 1994 et 1995 en raison des
prix attractifs pratiqués par le Royaume-Uni et malgré
les diverses contraintes qui pesaient sur les expéditions
de viandes britanniques. Plus généralement, le
Royaume-Uni avait globalement multiplié par deux ses
exportations de viandes fraîches vers l’ensemble des
pays européens entre 1993 et 1995.
Pour la France, qui était le plus gros importateur, les
achats avaient beaucoup progressé mais, pour de plus
faibles importateurs comme le Danemark, ils ont été
multipliées par cinq et pour le Portugal par trente. Les
importations françaises de viandes fraîches bovines britanniques provenaient essentiellement de bovins
adultes, des vaches laitières de réforme. Selon l’administration des douanes, elles se décomposaient de la manière suivante : 60 % de quartiers arrière, 20 % de quartiers avant, 10 % de carcasses entières et 10 % de désossés
et autres. La seule mesure préventive a consisté, à partir
de 1990, à retirer et à détruire la tête et la moelle épinière
des animaux.
IMPORTATIONS
L’un des éléments qui aggrave la situation de la France
est le fait que ces viandes fraîches bovines britanniques
importées provenaient d’animaux âgés et à ce titre potentiellement parmi les plus contaminés par l’agent de
l’ESB. Un autre élément a priori inquiétant concerne les
volumes d’abats bovins britanniques importés en France
depuis 1985, qui sont plus importants que dans les autres
pays européens. La France a enfin été victime de fraudes
massives concernant des importations de farines animales de viandes et d’os fabriquées en Grande-Bretagne
au début des années 1990 (Le Monde du 11 septembre
1996). Connues pour être à l’origine de l’épidémie de la
maladie de la « vache folle », ces farines, incorporées
dans des aliments pour animaux sont vraisemblablement à l’origine du nombre croissant des cas d’ESB observées en France. Ce sont ces différents éléments qui
devront être pris en compte pour tenter de prédire de
quelle manière les épidémies animales et humaines évolueront en France dans les prochaines années.
J.-Y. N.
Les journalistes
de « Paris-Match »
ne s’associent pas
aux excuses
à Jacques Chirac
LE REPORTAGE sur les vacances
de luxe du chef de l’Etat dans un palace de l’île Maurice continue de
provoquer des remous au sein de
l’hebdomadaire Paris-Match. La Société des journalistes (SDJ) du magazine, qui représente plus de 95 %
de la rédaction, a indiqué, mercredi
9 août, qu’elle « ne s’associe pas aux
“excuses” présentées à Jacques
Chirac par la direction du journal »
au sujet du reportage incriminé. Ces
excuses sont « hâtives et disproportionnées par rapport aux informations inexactes ou non confirmées
contenues dans le sujet », estime la
SDJ, qui apporte, en outre, « son
soutien à l’auteur de l’article, Claudine Vernier-Palliez, qui n’est pas à
l’origine des informations ayant suscité ces excuses » (Le Monde du
5 août).
Il y a une semaine, la direction du
magazine avait, de façon assez inhabituelle, présenté dans un
communiqué ses excuses au chef de
l’Etat pour avoir publié des informations « inexactes », mais sans préciser lesquelles. Sans attendre la parution du numéro suivant, la direction
avait également « exprimé ses regrets
à ses lecteurs ». Contrairement à ce
qui avait été écrit, le petit-fils du
président, Martin, ne fait pas partie
du voyage, et l’Elysée avait contesté
l’achat, par les époux Chirac, de
« quatre tapis de soie d’une valeur
globale de 400 000 francs ». Ces deux
informations contestées auraient
été ajoutées, au moment du bouclage, à l’article de la journaliste.
Sept des neuf membres du bureau de la SDJ ont été reçus, mercredi, par le directeur général de la
rédaction de Paris-Match, Alain Genestar. La direction de Paris-Match
s’est refusée à tout commentaire sur
la prise de position de la SDJ, se
bornant à souligner que celle-ci
était « libre de s’exprimer sur ce sujet ». Créée voilà plus d’un an, la
SDJ, présidée par Arnaud Bizot, essaie de minimiser la polémique engendrée par cette affaire au sein du
journal.
Nicole Vulser
DÉPÊCHES
a NUCLÉAIRE : un défaut de
conception de réservoirs d’eau a
été découvert à la centrale nucléaire
de Fessenheim (Haut-Rhin). La résistance de ces réservoirs, destinés
notamment à pallier une défaillance
du circuit de refroidissement, « ne
pourrait pas être garantie en cas de
séisme de forte intensité », a indiqué
la direction du site, qui annonce des
travaux de consolidation. La même
anomalie avait été constatée sur la
centrale de Bugey (Ain), de conception identique. L’incident a été classé au niveau 1 sur l’échelle internationale des événements nucléaires.
a ESPACE : la société francorusse Starsem, qui affrète des fusées russes Soyouz et Soyouz-Fregat pour ses lancements, a mis en
orbite avec succès, le mercredi
9 août, depuis Baïkonour (Kazakhstan), les deux derniers satellites
d’observation astronomique européens de la constellation Cluster II.
Les deux premiers avaient été
lancés le 16 juillet (Le Monde du
14 juillet).
Tirage du Monde daté jeudi 10 août :
479 616exemplaires
1-3
VENDREDI 11 AOÛT 2000
FERDINAND BAC
page 24
ISABEL ALLENDE
page 26
YIDDISHLAND
D’Isaac Bashevis Singer à Ben Zimet
en passant par Nathan Englander,
Cyrille Fleischmann ou Elena Lappin,
histoires cocasses, tendres ou tragiques,
d’hier et d’aujourd’hui
page 24
CHINE
I
l y a de cela quelques années,
un groupe de jeunes gens, animé
d’une volonté de démonstration
radicale et humoristique, envoya,
sous un nom banal, aux principales
maisons d’édition françaises, le
manuscrit des Illuminations tapé sur
ordinateur. Un jeune poète inconnu
proposait ainsi ses proses poétiques
à la publication. Le résultat, prévisible au moins pour un des parieurs,
ne se fit pas attendre : refus général,
justifié par la formule standard.
Curieusement, cette expérience ne
fit rire personne. Il fut même parfois
recommandé d’en oublier la portée.
Tout le monde pourtant connaît
Rimbaud, ou du moins sa photographie. Chacun ou chacune peut, en
principe, évoquer l’enfant prodige,
le voyou, le voyant, le voyageur,
l’ange déchu, l’amant de Verlaine, le
trafiquant d’armes et peut-être d’esclaves, l’exilé du Harar, le martyr prématuré, le frère de sa sœur, le saint
ou plutôt le révolutionnaire. C’est le
Dormeur du val, c’est le Bateau ivre.
Arthur Rimbaud ? Mais bien sûr,
vous voulez rire. Le spectre qui a
converti Claudel, l’éclaireur, au
contraire, qui a mis les surréalistes
hommes de la fin du siècle dernier
qui sont, dans un autre décor, les
mêmes que ceux de la fin du XXe siècle. Rien à dire au « milieu littéraire », bien entendu, mais rien à dire
non plus à la Troisième République et à son clergé qui se perpétue
jusqu’à nous. Il a traîné d’abord un
peu partout en Europe, et puis
l’Afrique, on connaît le film, l’argent durement gagné, les lettres
où il se plaint surtout de l’ennui
(un ennui implacable est son
refrain essentiel quand il s’adresse
à ses proches). La poésie, il n’en
parle jamais, d’ailleurs c’était tout
autre chose que ce que vous entendez encore par ce mot, rien à voir
Philippe Solle
avec la littérature ni avec les « poèmes ». Mais quoi alors ? Ah, une
autre façon d’être, tout simplement, une autre perception immédiate du temps, du corps, de
l’espace, une nouvelle raison, un
nouvel amour. Rapprocher les
mots raison et amour est déjà un
acte en contradiction complète avec
presque toute la bibliothèque.
« L’amour, mesure parfaite et réinventée, raison merveilleuse et imprévue »
(« Génie »). Et dans « Vies » : « Je
suis un inventeur bien autrement méritant que tous ceux qui m’ont précédé ;
un musicien même, qui ai trouvé quel-
page 25
social. La Commune de Paris a été
écrasée, la grande industrie commence, la Technique va s’emparer du globe, mais une révolution inaperçue a
eu lieu, et Rimbaud est là pour la
dire dans sa liberté inouïe. Tout est
transformé, la nature jaillit de partout, le temps se joue musicalement
à chaque instant, des richesses inconnues débordent, mais personne ne
s’en rend compte. Il faut remarquer
que, dans les Illuminations, Rimbaud
intitule certains fragments au pluriel : « Vies » ou « Villes ». On a plusieurs vies, on explore des villes aux
architectures bouleversées, on est
en état de veille continue dans un
autre monde qui est cependant ici,
tout de suite. C’est ce
qu’un penseur, le plus
rs
profond du XXe siècle,
appellera un « espace
libre pour le jeu du temps ». Rimbaud
multiplie les notations et les verbes :
sourdre, rouler, monter, relever, descendre, éclater, éclairer. Il marche, et
les fleurs se nomment, les paysages
se fondent, une magie orphique
recompose en lui et devant lui une
« planète emportée ». On pense à la
fois à La Divine Comédie et à La Flûte
enchantée. Regardez : « La fille à
lèvre d’orange, les genoux croisés dans
le clair déluge qui sourd des prés. »
Ou bien : « Dans la grande maison de
vitres encore ruisselantes, les enfants
en deuil regardèrent les merveilleuses
images. » Ou bien : « Je suis le savant
Génie
de Rimbaud
sur la voie. Le « passant considérable », comme l’a dit Mallarmé, l’homme « qui s’est opéré vivant de la poésie ». Le génie adolescent qui soudain s’est tu, et dont on interroge
sans fin le silence. Le silence de Rimbaud et sa mort atroce, voilà qui
nous touche. Quant à ce qu’il a composé, c’est un peu flou, excusez-moi.
Une saison en enfer, oui, sans doute…
Les Illuminations ? Je ne me souviens
pas très bien. Des visions colorées, je
crois, droguées, exotiques… Ecrites
avant ou après sa renonciation à la
poésie et le coup de revolver de Verlaine contre lui à Londres ? Publiées
par qui, quand, comment ? Vous
dites que c’est un best-seller ?
Etrange.
Les choses sont pourtant assez
simples : Rimbaud est parti et s’est
tu, parce qu’il n’avait rien à dire aux
que chose comme la clef de
l’amour. » Et dans « Conte » : « Il
prévoyait d’étonnantes révolutions de
l’amour. » Et dans « Being Beauteous » : « Nos os sont revêtus d’un
nouveau corps amoureux. » Et dans
« Veillées » : « Rêve intense et rapide
de groupes sentimentaux avec des
êtres de tous les caractères parmi toutes les apparences. » Et dans « Mouvement », où sont évoqués « les
conquérants du monde cherchant la
fortune chimique personnelle », ces
vivants d’un lointain avenir « chassés dans l’extase harmonique et l’héroïsme de la découverte » : « Un couple de jeunesse s’isole sur l’arche/
Et chante et se poste. »
Il y a eu un déluge. Une nouvelle
ère est en cours, qui rompt les amarres avec l’ancienne vision terrienne
limitée et son projet platement
b
e x t r a i t
A une Raison
Un coup de ton doigt sur le tambour décharge tous les sons et
commence la nouvelle harmonie.
Un pas de toi, c’est la levée des nouveaux hommes et leur en-marche.
Ta tête se détourne : le nouvel amour ! Ta tête se retourne, – le nouvel
amour !
« Change nos lots, crible les fléaux, à commencer par le temps », te
chantent ces enfants. « Elève n’importe où la substance de nos
fortunes et de nos vœux » on t’en prie.
Arrivée de toujours, qui t’en iras partout.
au fauteuil sombre. Les branches et la
pluie se jettent à la croisée de la bibliothèque. » Ou bien : « Je me souviens
des heures d’argent et de soleil vers les
fleuves. » Ou encore : « Je baisse les
feux du lustre, je me jette sur le lit, et
tourné du côté de l’ombre, je vous vois,
mes filles ! mes reines ! »
Est-on à Paris, à Londres, à Stockholm ? En Italie, en Amérique, en
Asie ? Quelque part dans un bois de
la campagne française ? En Occident ? En Orient ? Dans les coulisses
du haschisch ? Voici « des bouquets
de satin blanc et de fines verges de
rubis [qui] entourent la rose d’eau ».
Nous avons à notre disposition l’or,
la soie, la gaze, le velours, le cristal,
le bronze, l’argent, l’agate, l’acajou,
les émeraudes. Les fleurs sont des
pierres précieuses, et réciproquement. L’enfance est retrouvée à
volonté, des femmes envahissent les
terrasses, « dames, enfantes, géantes,
jeunes mères, noires, grandes sœurs,
sultanes, princesses, petites étrangères
et personnes doucement malheureuses ». Tout se passe comme si Rimbaud voulait nous décrire une apothéose de la valeur d’usage avant
qu’elle soit définitivement niée par
la valeur d’échange généralisée. Il
s’agit de « corps sans prix, hors de
toute race, de tout monde, de tout
sexe, de toute descendance » – inexploitables, donc. Il nous parle d’une
MUSÉE RIMBAUD/RECH. SIPA ICONO
« Ma sagesse est aussi dédaignée
que le chaos. Qu’est mon néant,
auprès de la stupeur qui vous attend ? »
Harar, 1880
« satisfaction irrépressible pour les
amateurs
supérieurs »,
d’une
« immense opulence inquestionable », de « trouvailles et de termes
non soupçonnés, possession immédiate. » Il a mis la main sur un trésor, et
il ironise dans « Solde » sur le fait
qu’il pourrait même vendre « ce
qu’on ne vendra jamais ». Or là est
précisément le scandale : l’humanité
s’est engagée sur une autre voie, celle de la machination et du calcul
(« Nous aurons la philosophie féroce ;
ignorants pour la science, roués pour
le confort ; la crevaison pour le monde
qui va »). Quoi, vous nous proposez
une dépense et une gratuité sans
limites ? Disparaissez, Rimbaud,
vous êtes trop. Trop beau, trop désirable, trop doué, trop riche. Vous
gagnerez votre pain à la sueur de
votre front. Vous vous ennuierez à
mourir en menant une existence de
chien. On vous coupera la jambe et
on vous enterrera à Charleville dont
vous avez eu tort de vous moquer
autrefois. Pire, peut-être : vous passerez pour un « poète maudit », et
des légions d’adolescents se prendront pour vous en balbutiant des
hallucinations sans suite. Nous ne
voulons ni de votre raison, ni de
votre amour. La raison est économe,
et pas fastueuse. L’amour doit être
collectivement encadré. Vous êtes
« pressé de trouver le lieu et la formule » ? Vous pensez que « la musique savante manque à notre désir » ?
Mais la formule a été trouvée, monsieur, elle est chiffrable, et la musique n’a pas à être « savante », pas
plus que le désir. Que signifie ce programme : « l’élégance, la science, la
violence » ? Et ça : « dégagement
rêvé, le brisement de la grâce avivée
de violence nouvelle » ? Laissez-nous
donc faire nos comptes, et allez vous
faire pendre ailleurs. Ou alors, soyez
poète comme tout le monde. Non ?
Vous êtes sérieux ? Vous mettez
votre silence dans la balance ? D’accord, on vous commémorera, mais
on ne vous lira pas.
Les Illuminations n’ont pas de prix,
elles ont tout le temps devant elles.
« Dans une magnifique demeure cer-
née par l’Orient entier, j’ai accompli
mon immense œuvre et passé mon
illustre retraite. J’ai brassé mon sang.
Mon devoir m’est remis. Il ne faut
même plus songer à cela. Je suis réellement d’outre-tombe, et pas de commissions. » Mais quand même cet
avertissement : « Ma sagesse est
aussi dédaignée que le chaos. Qu’est
mon néant, auprès de la stupeur qui
vous attend ? »
e Il existe de nombreuses éditions
des œuvres complètes de Rimbaud. La dernière en date est celle
de Pierre Brunel dans « La Pochothèque » (1 040 p., 110 F [16,77 ¤]). Les
Illuminations figurent aux catalogues de la plupart des collections de
poche. Citons « Librio », « Poésie/
Gallimard »,
« Folio-Classique »,
« Livre de poche »… Claude Jeancolas, auteur de plusieurs ouvrages sur
Rimbaud et d’une biographie (Flammarion, 1999), a récemment publié
un
album
de
photographies
d’époque, L’Afrique de Rimbaud (éd.
Textuel, 130 p., 265 F [40,40 ¤]).
24 / LE MONDE / VENDREDI 11 AOÛT 2000
l
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TRAVAUX DE FOUILLE
ET D’OUBLI
de Gérard Titus-Carmel.
Champ Vallon, 140 p.,
80 F (12,20 ¤).
LA RIVE EN EFFET
de Gérard Titus-Carmel.
Obsidiane, 96 p., 92 F (14,03 ¤).
V
enu des arts plastiques,
Gérard Titus-Carmel est
l’auteur d’une trentaine
d’ouvrages, recueils de poèmes et écrits sur l’art. Un collage original figure sur la couverture d’un de ses
deux derniers livres, Travaux de fouille
et d’oubli : une suite de textes et de fragments qui se présente comme la mise
au jour de ruines anciennes. Entre la
première et la seconde enceinte se
reconstitue une architecture enfouie
où l’on distingue un puits et une
« chambre d’or » : « C’est sous la forme
du fragment que l’incomplet apparaît
encore le plus supportable », dit en exergue une citation de Novalis. Echancrure, éboulis, ébréchure, escarpement
dessinent la « lisière vive /d’un espace
aboli », auquel répond un carré de ciel.
Et les « mots mal éteints » font resurgir,
parmi les métaux et les pierres, l’obsédant éclat d’un « rêve tout entier serti de
nuit ».
Les mots ? « Garder le silence, c’est
ce que à notre insu nous voulons tous,
écrivant », affirme Maurice Blanchot
en tête de La Rive en effet. Ici dominent
d’abord l’obscurité, l’effacement : la
présence, fugitive, ne se perçoit alors
que par un reflet tremblant, source
d’une « élégie sans fin réitérée ». Mais
insensiblement s’impose la tiédeur des
mots, accordée aux alarmes du corps
et aux errements du cœur, ravivant
une « langue qu’on croyait morte et
d’oubli » – langue qui bientôt imposera son rythme, son « ressac entêté »,
dans
une
lumière
crayeuse
d’après-midi. Deux magnifiques
recueils, que sollicitent la perte et le
surgissement, l’ombre et l’éblouissement.
Monique Petillon
Ferdinand Bac, le dilettante absolu
« Maçon, diplomate, serrurier, un peu peintre, un peu décorateur, jardinier, historien, voyageur et écrivain… » :
le Journal de l’année 1919 de ce dandy fin de siècle est un tableau nostalgique et aigu d’un monde en train de sombrer
raté, il fuit avec application tout
réel attachement), il se définit
avant tout comme spectateur,
caméra muette, enregistreur de
minuties qui ont pris toute leur
importance avec le recul du temps.
Rien d’« intime » dans ce Journal :
nul pathos, nul drame, nulle épaisseur, mais la sténographie de « propos perdus » par l’observateur
d’un monde, par définition étranger, aux yeux et à la mémoire
duquel rien ne se perd.
Les proustophiles et autres amateurs de l’almanach de Gotha s’attarderont à loisir sur les Adhéaume
de Chevigné, Bichette de Radziwill
et Galline de Aimery Harty – sans
parler d’innombrables Verdurin – qui peuplent, ou encombrent,
LIVRE-JOURNAL, 1919
de Ferdinand Bac.
Edition établie et annotée
par Lawrence Joseph,
Ed. Claire Paulhan
(85, rue de Reuilly, 75012 Paris),
328 p., 200 F (30,43 ¤).
B
arbe en pointe et moustache calamistrée, Ferdinand Bac fut l’une de ces
personnalités artistes que
dispense la fin de siècle. Rejeton de
deux « naufragés » – selon sa propre expression –, c’est-à-dire de
deux enfants naturels (son père en
particulier était bâtard discret de
Jérôme Bonaparte et eut, à l’occasion, à repousser les avances aveugles de sa demi-sœur, la princesse
Mathilde), le jeune Ferdinand vint
faire ses études à Paris avant de
subir diverses mues : il fut successivement un cosmopolite déclaré,
une figure de la bonne société du
Second Empire puis des mondanités proustiennes, et un dessinateur
de presse médiocre mais prolifique. En 1879, il avait déjà côtoyé
l’impératrice Eugénie, Liszt, Ruskin, Wagner et Arsène Houssaye ; il
lui arrivait de croiser Verlaine, et il
fut le contemporain du scandale
du Sacre du printemps…
Versatile, il abandonna le dessin
pour l’écriture en 1905. Aussi peu
inhibé dans un domaine que dans
l’autre, il ne laissa pas moins de
soixante-dix ouvrages (1), sans
compter les à-côtés (articles, collectifs, etc.), et un Journal de
4 500 feuilles dont les Editions Claire Paulhan publient aujourd’hui
une année seule (1919) avec un
soin et une qualité remarquables.
Jamais en reste d’avatars, Bac se
transforme pour finir en décorateur de haute voltige et en architecte paysagiste qu’il faut incidemment compter parmi les « inventeurs » de la moderne Côte d’Azur.
« C’est ainsi, conclut-il modestement, que je suis devenu peu à peu
un être sans classification, citoyen de
l i v r a i s o n s
b L’HOMME QUI INVENTA LE PÉCHÉ, de Sean O’Faolain
Neuf nouvelles choisies dans des recueils parus entre 1937 et
1966, où les questions de métaphysique se mêlent de manière
assez comique à des considérations plus triviales, comme dans
cette histoire où des religieux et des religieuses partis dans
l’ouest de l’Irlande pour un stage estival de gaélique se mettent
à batifoler dans une ambiance de colonie de vacances, innocemment certes, mais assez tout de même pour s’attirer les foudres du vicaire local. Ou encore dans l’aventure de cet homme
qui, contraint de rester alité, dévore le seul livre dont il dispose,
un dictionnaire catholique, et empoisonne tout son entourage
par ses arguties de casuiste avant d’opter pour une lecture plus
adaptée à sa situation : Les Mille et Une Nuits (traduit de l’anglais – Irlande – par Rémy Lambrechts, Ed. Joëlle Losfeld,
196 p., 125 F [19,05 ¤]).
G. M.
b LA DERNIÈRE LETTRE AU PAYS NATAL,
de Vilhelm Moberg
C’est le huitième et dernier volume de cette symphonie du Nouveau Monde version scandinave que les Suédois eux-mêmes
ont plébiscitée comme leur meilleur roman du siècle. L’intégralité de cette saga des émigrants est donc désormais disponible
en français. Des émigrants partis de la province du Smaland
vers le milieu du XIXe siècle, qui ont fait souche dans le Minnesota et se sont si bien intégrés qu’ils sont incapables d’écrire
dans leur langue natale pour donner de leurs nouvelles à leur
famille restée au pays. Au-delà de l’épopée fascinante de l’immigration européenne, c’est tout un pan de l’histoire des
Etats-Unis qui est ici minutieusement reconstitué, et plus généralement le passage d’une société quasi féodale à la modernité
(traduit du suédois par Philippe Bouquet, Ed. Gaïa, 290 p.,
129 F [19,66 ¤]).
G. M.
b HISTOIRE DES ROIS DE NORVÈGE, de Snorri Sturluson
Dix ans après sa belle traduction des récits de mythologie nordique de L’Edda, François-Xavier Dillmann nous présente un
autre aspect de la décisive contribution de Snorri Sturluson
(1179-1241) à l’histoire, à la mythologie et à la littérature norroises avec Histoire des rois de Norvège, collectée par l’éminent
Islandais. Cette première partie suit l’évolution de la dynastie,
depuis l’observatoire mythique occupé par Odin jusqu’à l’intense bataille de Svold qui verra périr au tournant de l’an mil
(Le Monde des 23 et 24 juillet) le terrible Olaf fils Tryggvi, convertisseur musclé au Christ des bons peuples du Nord. Le traducteur souligne à raison l’impartialité de l’historien médiéval,
son sens du détail, ainsi que la force dramatique de ses dialogues, la finesse de ses descriptions et le réalisme de ses personnages – autrement dit, l’invention littéraire et poétique de ce
texte essentiel, complété des notes, cartes et tableaux nécessaires (traduit du vieil islandais par François-Xavier Dillmann, Gallimard, « L’aube des peuples », 706 p., 185 F [28,20 ¤]). J.-L. P.
b LA FIN D’UN SIÈCLE, SOUVENIRS, d’Elisabeth de Chimay
C’est un peu l’univers proustien que rejoint une jeune fille lorsqu’en 1947 elle épouse le prince belge Elie de Chimay, neveu
de la comtesse Greffuhle. Créatrice d’un festival de musique à
Chimay, elle retrace ici les étapes de son destin. De sa jeunesse
bordelaise et d’un foyer familial lié au commerce d’un vin de
Médoc réputé aux épreuves de l’Occupation, de son dévouement pour faire revivre un château médiéval au cœur des
Ardennes aux mondanités et aux réceptions de la cour de Belgique. Des figures connues croisent son chemin : la princesse
Bibesco, Anna de Noailles, Louise de Vilmorin, sans oublier
l’inspiratrice de Proust… « Ô saisons, Ô châteaux… » (Ed. Perrin, 188 p., 110 F [16,76 ¤]).
P. Ky.
Patrick Mauri
D.R.
Les mots
mal éteints
Dans son appartement de la place des Vosges, au début du siècle
la Renaissance, maçon, diplomate,
serrurier, un peu peintre, un peu
décorateur, jardinier, historien, voyageur et écrivain, essayiste et, au
fond, rien qu’un homme qui marche
en pensant », aptitude pédestre qui
n’est pas sujette à caution.
Né en 1859, mort en 1952, Bac se
retourne déjà, en 1919, sur un lointain âge d’or, celui des années
1880 ; il ne vit plus que dans « le siècle du bruit », au milieu d’une
« rapide rétrogradation de la
culture universelle », dont atteste,
entre autres signes, la vogue du tango, de la musique nègre, du bridge
et de la foule des boulevards. A
quoi s’ajoutent les huit heures jour-
nalières auxquelles une loi malvenue vient de contraindre les salariés et le soulèvement des Croates
contre les Serbes, effet d’un traité
malheureux… Le monde a définitivement perdu en substance et en
qualité, et Bac n’a plus sa place
nulle part.
De fait, les raccourcis ou les
effets de perspective temporels,
avec leur ironie involontaire, constituent l’un des aspects les plus fascinants de cette lecture. Ils tiennent
sans doute en partie à la personnalité même de Bac : que ce soit en raison de son histoire familiale (le fait
de ne pas vraiment « appartenir »)
ou personnelle (suite à un mariage
ces pages. Mondanités alternent
avec nécrologies, le tout entrecoupé de séjours à Versailles, Compiègne ou Saint-Jean-Cap-Ferrat. Le
gratin (ou le menu fretin, suivant la
perspective) littéraire de l’époque
constitue l’ordinaire de l’auteur :
Robert de la Sizeranne, le comte de
Fels et l’abbé Mugnier. Les véritables morceaux de bravoure du Journal tiennent cependant aux portraits de célébrités d’une époque
qui eut un certain faible pour les
imposteurs et les faiseurs. On croise ainsi une madame Scheiké, alias
« la célèbre suicidée », qui n’eut de
cesse de faire croire qu’elle avait
séduit le vieil Anatole France, au
grand dam – traduit en une révolte
tardive – de ce dernier. Elle voisine
avec Léo Taxil, ancien franc-maçon
miraculé par le pape, versé en dévotion, ou avec Argis de Guillerville,
« un ami de Maurice Barrès, morphinomane, génie manqué, tapeur, poète, romancier, médecin, organiste,
vivant avec Moréas et Verlaine… ».
Il avait un jour voulu emprunter
1 000 francs à Barrès qui lui en
envoie 300 avec ce mot : « Le degré
et la qualité de nos relations ne me
permettent pas de vous en envoyer
davantage. »
Joffre et Foch ont des problèmes
de vessie au cours des défilés ; une
ex-élégante anglaise essaie déjà de
maîtriser les ravages d’une injection de paraffine baladeuse, et la
Patti dîne en compagnie de ses
trois chiens assis avec des serviettes autour du cou, dévorant des
purées de volaille « qui faisaient
envie à plus d’un convive de l’hôtel ». Mais cette vision d’une
ancienne idole de l’univers asservie
à quelques malheureux canins
n’est rien face au spectacle de
Nietzsche et de l’abbé Mugnier :
arrivé à Weimar, s’étant procuré
l’adresse du philosophe fou auprès
du pharmacien du coin, « l’abbé
avait appris par cœur
quelques mots par lesès
quels il comptait synthétiquement éveiller en lui
sa mémoire. Et debout devant le
dément il baragouinait : “Nature…
Amour…
Univers…
Génie…
Gœthe…”. Au bout d’un instant la
conversation languit, et Nietzsche lui
serra la main avec une grande véhémence ». On est toujours l’idiot de
quelqu’un.
On a l’impression, une fois achevée la lecture de ces 250 pages,
d’avoir achevé la visite d’une de ces
architectures de Bac où l’on passe
de la fontaine de Nausicaa à un
nymphée à la Jean Goujon via un
casino Palladio : il n’est pas jusqu’à
sa vision qui n’apparaisse chez Bac
comme un triomphe de l’éclectisme où tout est patiemment collecté et marqueté. Rien d’étonnant
à cela chez un dilettante effréné
qui n’avouait que trois vraies passions : l’Histoire, justement, le
procès Fouquet et l’énigme Shakespeare, nom de boutiquier qui dissimulait mal l’identité réelle de
l’auteur : l’aristocratique Earl of
Derby, bien sûr.
(1) Les Editions du Chevalier ont entrepris la réédition des livres de Bac (Bac
BP 450, 84 072 Avignon Cedex 4).
Yiddishland d’hier et d’aujourd’hui Cuba
libre
D’Isaac Bashevis Singer à Ben Zimet en passant par Nathan Englander,
Cyrille Fleischmann ou Elena Lappin, des histoires cocasses, tendres et tragiques
CONTES DU YIDDISHLAND
Paroles du peuple juif
de Ben Zimet.
Seuil, « La mémoire
des sources »,
288 p., 120 F (18,29 ¤).
LE BEAU MONSIEUR
DE CRACOVIE
(The Collected Stories)
d’Isaac Bashevis Singer.
Traduit de l’anglais
par Marie-Pierre Bay.
Stock, « La cosmopolite »,
454 p., 65 F (9,91 ¤).
POUR SOULAGER
D’IRRÉSISTIBLES APPÉTITS
(To Relieve Unbearable Urges)
de Nathan Englander.
Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par Elisabeth Pellaert.
Plon, « Feux croisés »,
232 p., 119 F (18,14 ¤) .
I
l n’y a pas si longtemps, on
se racontait des histoires, le
soir, à la veillée. Tout l’art
du conteur consistait, en
partant d’une même base, à l’enjoliver par des digressions, des pauses, des effets, en faisant intervenir les amis, les parents, les voisins
puissants ou pauvres, pour que
chacun, adulte ou enfant, puisse
s’y reconnaître et s’approprier
l’histoire. Ces contes, beaux, tristes ou effrayants, avaient toujours
une morale, un objectif, pour que
l’on aille se coucher avec, dans la
tête, des doutes et des enseignements, des espoirs et des craintes,
des certitudes et des émerveillements. Ces histoires qui tiennent
en quelques pages, voire en quelques lignes, on les retrouvera, par
exemple, dans ces Contes du Yiddishland qu’a rassemblés le chanteur
et comédien Ben Zimet. Bien entendu, elles se suffisent à
elles-mêmes, mais qui résistera au
plaisir de séduire son auditoire en
y ajoutant quelques « améliorations » de son cru ?
Mais les conteurs se font rares,
et aux histoires manquent la voix
et le geste. Alors les écrivains ont
pris le relais, et ils ont remplacé,
par leur talent d’écriture, toute cette dramaturgie désirée par le lecteur solitaire et silencieux.
Isaac Bashevis Singer a peuplé
toute son œuvre de souvenirs et
de légendes, de démons et de merveilles : y caracolent les diables et
les diablesses, les dybbouks (démons) et les succubes, les fantômes et ceux qui ne sont jamais
nés, et, bien sûr, les êtres
humains, les fous (qui ne sont pas
toujours des imbéciles) et les
sages (qui peuvent se tromper),
les rêveurs et les esprits forts, cheminant entre le réel et l’invisible ;
et surtout s’y affrontent sans fin le
Bien et le Mal, les victoires de l’un
ou de l’autre ne pouvant être que
provisoires. Il serait injuste de
réduire Singer au rang d’écrivain
de la nostalgie d’un monde perdu,
de folkloriste, de sauveteur de
légendes. Il faut le lire et le relire,
et en voici l’occasion avec ce Beau
Monsieur de Cracovie. Rédigées
entre 1954 et 1980, ces nouvelles
permettent au néophyte de se faire une sacrée idée d’un sacré bonhomme, sans doute mâtiné
lui-même de lutin. Car, s’il a
ressuscité Le Petit Monde de
la rue Krochmalna (Gallimard,
« Folio »), Singer a aussi été un
grand écrivain contemporain, sarcastique, iconoclaste, désenchanté mais rebondissant, toujours en
quête d’amour.
Plus près de nous dans l’espace,
inlassablement, un écrivain français, Cyrille Fleischmann, fait revivre un autre petit peuple juif, celui
du Marais de l’après-guerre (voir
la série des Rendez-vous au métro
Saint-Paul, aux Editions du Dilettante). Et, plus près de nous dans
le temps, Elena Lappin, l’auteur de
L’Homme qui avait deux têtes (Editions de l’Olivier), un essai sur
l’« affaire Wilkomirski » (« Le
Monde des livres » du 25 février),
propose, chez le même éditeur, un
recueil de nouvelles, La Marche
nuptiale, qui met en scène des personnages contemporains. Qu’ils
vivent à Londres, à New York ou à
Tel-Aviv, ils tiennent de leurs ancêtres le sens de la cocasserie et de
l’incongru, du tragique et de l’absurde, de la vie et de l’amour.
Avec Nathan Englander, le yiddishland est probablement en
train de tourner une page nouvelle. Passant par tous les registres, bouleversant le lecteur, l’entraînant dans l’angoisse et la folie,
la compassion et la tendresse, l’ironie et le grotesque, le rire et…
l’amour, il a tout à la fois un sens
époustouflant de l’observation et
une imagination explosive, la mémoire des anciens, la curiosité de
la jeunesse, la rage des exclus et
des opprimés, et une énorme
envie de s’amuser. Mais, surtout,
il s’impose en neuf nouvelles comme un maître du genre, « le défi
suprême pour un écrivain », disait
justement Singer dans la préface
du Beau Monsieur de Cracovie.
Chaque histoire est construite
avec une précision et une virtuosité impeccables. Sans oublier la
part d’inattendu indispensable.
Par exemple, quand il emporte
dans la tourmente de la guerre les
habitants de Chelm – ville de Pologne où vivent traditionnellement
les Fous de Chelm, rebaptisés par
dérision les Sages de Chelm, comme l’explique Ben Zimet dans la
préface des Contes –, il plaque des
personnages imaginaires, légendaires, traditionnels, sur la plus
violente des réalités. Sur un thème
moins grave, il entraîne un mari,
désespéré parce que sa femme lui
refuse la couche conjugale, à fréquenter – avec dispense rabbinique – les prostituées des mauvais
quartiers de Tel-Aviv. Plus cocasse, le salon de coiffure de Ruchama, où l’on fabrique les plus belles
perruques à l’attention des dignes
et pieuses femmes mariées…
Martine Silber
DES FOURMIS PLEIN
LA BOUCHE
(Amanecer con hormigas
en la boca)
de Miguel Barroso.
Traduit de l’espagnol
par Albert Bensoussan.
Seuil, 300 p., 130 F (19,84 ¤).
D
ans la nuit du 1er janvier
1959, les troupes de
Fidel Castro entrèrent
dans La Havane. C’est
aussi cette nuit-là que se dénoue le
thriller de Miguel Barroso, un premier roman remarquable. Le choix
de ce moment historique, qui résonna en Amérique latine comme la
chute du mur de Berlin chez les
Européens, n’est pas innocent. Les
épigraphes des chapitres, toutes
tirées de José Marti, le confirment :
il s’agit de dénoncer. C’est ce que
fait l’intrigue, appuyée sur une histoire de corruption et sur la quête
d’un rescapé des prisons franquistes
à la recherche d’un ami qui lui doit
de l’argent. De quoi détailler la dictature mafieuse de Batista.
L’originalité réside dans le contrepoint, l’histoire d’un ancien boxeur
professionnel, qui donne la vision
du peuple, avec sa misère et son aliénation. La reconstitution historique
est des plus minutieuses. Tout est
vrai, ou sonne vrai : les marques de
voitures, les cocktails à la mode, les
derniers succès du son, et jusqu’au
CV de Meyer Lansky, ancien lieutenant d’Al Capone. Les nostalgiques
du Shanghaï, ceux de Perez Prado,
écraseront une larme. Les autres
apprécieront surtout la vivacité des
dialogues, les réparties époustouflantes, les commentaires inattendus, ou même saugrenus, qui font
jaillir des étincelles dans chaque
conversation. On se réjouit qu’un
Espagnol ait raconté cette histoire.
Les maîtres anglo-saxons du genre
n’auraient pas mieux bâti leur intrigue, et n’auraient pas su comme lui
l’assaisonner d’ironie fraternelle.
Jean Soublin
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LE MONDE / VENDREDI 11 AOÛT 2000 / 25
b
Sur les traces des Hellènes
Signes de Mésopotamie
Une « archéologie historique » de la Grèce antique qui, rompant avec les clichés d’apogée et de déclin, Jean-Jacques Glassner décrypte de façon inédite
permet des vues novatrices sur un monde en mutation perpétuelle durant deux mille ans
l’écriture cunéiforme inventée par les Sumériens
mutations et refusant toute image
de déclin. On ne saurait trop s’en
réjouir et, s’ils l’avaient tenté, on les
aurait volontiers suivis jusqu’à la
fin du XXe siècle ! Dans la foule des
nouveautés ou des bilans, des mises
au point et des leçons de méthode,
on ne sait lesquels retenir pour donner au lecteur l’envie de se précipiter.
Le beau chapitre sur les problèmes de chronologie, avec les exemples de la fondation de Pithécusses
et de l’évolution de la céramique
attique, attire immédiatement l’attention sur la difficulté d’une chronologie absolue mais rassure quant
à la fiabilité d’une chronologie relative. Tous les chapitres suivants, sur
la Grèce des premiers palais, l’époque mycénienne, les « âges obscurs » (obscurs pour nous seuls,
ARCHÉOLOGIE HISTORIQUE
DE LA GRÈCE ANTIQUE
de Roland Etienne,
Christel Müller et Francis Prost.
Ed. Ellipses, 400 p.,
250 F (38,11¤).
errière un titre banal se
cache l’un des livres les
plus passionnants que
l’on ait écrits depuis longtemps sur le monde grec. Certes,
l’ouvrage s’inscrit bien dans la logique des manuels universitaires, et
une certaine austérité de présentation le distingue de tant de beaux
livres sur l’archéologie grecque.
Mais les vues neuves et parfois inattendues sur ce qu’apporte l’archéologie à l’histoire de la Grèce ancienne devraient intéresser autant les
professionnels que le grand public.
Conscients qu’il n’est plus guère
possible d’écrire une histoire globale de la Grèce ancienne, qui intègre
à la fois l’ensemble des données textuelles et les découvertes de l’archéologie, les auteurs choisissent
de présenter une « archéologie historique », une histoire de la Grèce à
partir de sa culture matérielle, non
seulement pour les âges sans écriture, mais aussi pour les périodes où
l’abondance des textes risque de
reléguer l’archéologie au second
plan. Histoire nécessairement partielle, « un point de vue parmi
d’autres et qui n’est certainement pas
exclusif : toutes les histoires sont bonnes, pourvu qu’elles soient cohérentes
et qu’elles respectent les sources ».
Les objectifs fixés, encore fallait-il parvenir à les tenir et à garder
le lecteur en haleine pendant deux
mille ans d’histoire grecque. Car les
auteurs n’entendaient pas se laisser
enfermer dans le cycle insidieux des
trois âges de l’histoire grecque,
archaïque, classique, hellénistique,
en d’autres termes, naissance, apogée et déclin. Refusant toute vue
cyclique, ils assument la continuité
d’une histoire jusqu’à l’époque
impériale, affirmant la réalité des
D
l’espace public et des espaces
sacrés, privés ou funéraires, s’appuyant sur quelques exemples précis (Thasos, Métaponte, Argos, Erétrie, Smyrne), les auteurs mettent
en évidence par la seule logique
archéologique combien chacun des
espaces reflète les préoccupations
de cet organisme original qu’est la
cité grecque. Sans qu’on puisse faire preuve du moindre déterminisme : si l’agora s’affirme comme le
lieu où se déroule l’essentiel de l’activité des citoyens, les édifices
publics traduisent la primauté du
collectif, du politique (assemblée,
conseil) sur l’administratif, puisque
les magistrats devront se contenter
longtemps d’abriter leurs bureaux
sous les portiques, alors que théâtres et salles à gradins accueillent
les réunions des citoyens.
Contre les sectarismes
Les auteurs, trois « Athéniens », le directeur de l’Ecole française d’Athènes et deux anciens membres, plus jeunes d’une génération, ont à
cœur de rompre avec deux traditions souvent antagonistes, même si
elles ne l’avouent pas : celle d’une histoire « classique », fondée principalement sur les textes et pour laquelle l’archéologie apporte simplement illustrations et confirmations, et celle d’une archéologie qui, dépitée d’être tenue pour une simple « science auxiliaire de l’histoire », prétend affirmer sa légitimité comme science autonome et privilégier l’objet au détriment du texte. Dans le rapide historique de l’archéologie
grecque qu’ils brossent en guise de hors-d’œuvre, ils renvoient dos à
dos les sectaires de tous bords.
cela s’entend), dressent un bilan
lumineux des découvertes. Mais ce
n’est pas là que l’on trouvera le plus
de points de vue nouveaux, car,
pour ces périodes sans écriture, on
avait l’habitude depuis longtemps
de recourir à la seule archéologie.
En revanche, la mise en perspective
du développement de la cité du
VIIIe au IVe siècle, en refusant les
coupures qu’impose l’histoire politique et militaire, se révèle d’une
étonnante fécondité.
Qu’il s’agisse de la création du territoire, pour lequel la modélisation
inspirée des travaux des géographes a apporté des éclairages intéressants, ou de l’organisation de
De même, la modestie extérieure
de la maison privée, y compris celle
des gens aisés, a longtemps contribué à maintenir la fiction d’une égalité civique que les hiérarchies sociales bafouaient. Dans la Grèce des
rois hellénistiques et des empereurs
romains, le secours d’une analyse
archéologique n’importe pas moins
à la compréhension du monde nouveau qui se met en place. A l’agora
succède la place organisée et les larges avenues, face aux temples des
dieux s’érigent les palais des souverains ; dans les nouveaux espaces
du monde grec, des villes nouvelles
se créent, ailleurs d’autres plus
anciennes se développent, les cam-
pagnes subissent l’effet d’une occupation plus dense, et le centre de
gravité du monde hellénisé se déplace d’une rive à l’autre de l’Egée.
Sous l’effet d’un évergétisme
sélectif, la morphologie même des
villes évolue, avec des espaces plus
réguliers, un développement privilégié de certains édifices (fortifications,
gymnases,
bâtiments
publics), tandis que se nouent de
complexes relations entre des cultures jusque-là étrangères les unes
aux autres, en Syrie, en Egypte ou
en Asie centrale. La conquête romaine entraîne des mutations puissantes, dans l’organisation de l’espace
comme dans la hiérarchie des cités.
Longtemps on a douté des indications des Anciens qui déploraient la
dépopulation de la Grèce proprement dite et l’abandon des sanctuaires. Les enquêtes archéologiques
conduites en Béotie, en Thessalie,
en Argolide, sans confirmer en tous
points ces analyses, montrent combien on assiste à une réorganisation
en profondeur de l’espace, qui met
en valeur la Grèce de l’Ouest, le golfe de Corinthe, la Macédoine,
c’est-à-dire les routes vers Rome,
au détriment de cantons plus isolés.
La conquête romaine se marque ainsi dans le paysage des campagnes
comme dans l’espace urbain, où place est faite pour les créations des
maîtres romains.
L’exemple d’Athènes, sans doute
unique par son ampleur, se trouve
loin d’être isolé. On ne se lasse pas
de suivre ainsi, à travers les modifications de l’espace rural et du paysage urbain, deux mille ans d’une histoire sans cesse renouvelée. En
montrant ainsi comment chaque
époque façonne en fonction de ses
besoins et de ses idéaux un monde
grec en perpétuelle mutation, on
parviendra peut-être un jour à tuer
définitivement toute idée d’un
déclin. Ce n’est pas le moindre mérite de cette passionnante synthèse
que d’apporter à ce combat salutaire une contribution exemplaire.
Maurice Sartre
ÉCRIRE À SUMER
L’invention du cunéiforme
de Jean-Jacques Glassner.
Seuil, « L’Univers historique »,
304 p., 165 F (25,15 ¤).
our être les premiers
signes connus d’une écriture, les étranges coins tracés dans l’argile fraîche par
les Mésopotamiens du IVe millénaire avant notre ère ont-ils été, jusqu’à aujourd’hui, privés de leur
secret ? Leur primitivité a-t-elle conduit à les dépouiller de l’essentiel,
de la « révolution mentale » que
ces signes pointus comme des clous
portaient dès l’origine : la volonté
exprimée par la société mésopotamienne de penser différemment
son rapport au monde et à
elle-même ? Les questions, posées
par Jean-Jacques Glassner, directeur de recherche au CNRS, ne manqueront pas d’irriter plus d’un linguiste et plus d’un sémiologue, tant
elles bousculent les théories jusqu’alors admises.
Parce qu’il n’y a pas si longtemps,
rappelle Glassner, on tenait encore
pour établie une origine unique de
l’écriture, on a vu dans les coins
enfoncés dans les tablettes sumériennes l’enfance d’un système, simpliste et maladroit, qui n’aurait de
cesse de s’améliorer pour aboutir à
l’alphabet moderne, comme à une
forme idéale. La thèse allait de concert avec une définition minimale
de l’écriture, directement héritée de
la sémiologie d’Aristote : l’écriture
n’était qu’un phénomène dérivé, la
transcription graphique d’un message oral. Ferdinand de Saussure
enseignerait : « Langue et écriture
sont deux systèmes de signes distincts ; l’unique raison d’être du
second est de représenter le premier. »
Pour en finir avec cette « vision
dépréciative » de l’écriture cunéiforme, Jean-Jacques Glassner a entrepris, en historien, de revisiter les
sources écrites mésopotamiennes,
P
jusque-là peu ou mal étudiées. Il se
livre à une description minutieuse
des procédures présidant à la création des quelque six cent quarante
signes connus qui formaient, vers
3400-3200, le premier répertoire
sumérien. Il y distingue, étroitement imbriquées, trois approches
différentes du signe graphique :
l’une faisant appel à l’apparence
des marques ; la deuxième renvoyant aux contenus ou aux sons
qu’elles véhiculent ; la troisième
exprimant les similitudes liant les
marques aux mots qu’elles désignent. Il y voit la volonté des Mésopotamiens de mettre au point, dès
l’origine, un système logographique
fait de polysémie et de polyphonie ;
un système appelant rapidement le
phonétisme et renvoyant la ressemblance (donc la pictographie) à une
figure parmi d’autres dans la constellation de liens unissant les signes
graphiques à leurs référents.
L’écriture mésopotamienne, dont
l’histoire sociale reste à faire, a pu
impliquer une modalité nouvelle de
vivre en société. Elle a pu favoriser
la monarchie naissante et servir à
diffuser la norme. Mais c’est
ailleurs que Jean-Jacques Glassner
aimerait trouver le véritable mobile
de l’invention d’une écriture conçue pour être un « lieu de savoir »
spécifique. Il pose comme une hypothèse à privilégier la volonté des
Mésopotamiens, vivant dans « un
monde enchanté », de « visualiser
l’invisibilité ». Et tout particulièrement l’invisibilité des signes
envoyés par les dieux aux hommes.
Posant la langue orale comme une
création divine, les Mésopotamiens
auraient tenté d’échapper à cet
ordre divin en créant l’écriture, comme un nouveau regard sur le monde, un nouveau modèle de pouvoir.
Jean-Jacques Glassner ne se contente pas de restituer l’invention
sumérienne dans toute sa dimension. Il rend à toute écriture un hommage qui vaut réparation pour nombre d’humiliations.
André Meury
La Chine, des millénaires d’évolution culturelle
Du passage du néolithique à l’âge de bronze, vers 2100 avant notre ère, à la « glaciation » qui commence aux alentours de 1800, l’ouvrage de référence
de Jacques Gernet, dans cette quatrième édition remise à jour, offre un vaste et passionnant tableau de la civilisation de l’empire du Milieu
nomie. Il est de bon ton, de nos
jours, depuis les travaux importants
de Needham – que bon nombre de
chercheurs chinois, gagnés par la
« fièvre culturelle » nationaliste,
reprennent et développent à l’envi,
et souvent à l’excès, pour assurer la
prédominance de leur mode de civilisation –, d’affirmer que la Chine
est incontestablement à l’origine de
découvertes techniques fondamentales qui ont marqué l’évolution de
l’humanité. C’est ainsi la Chine, et
non l’Europe, qui sut fondre la première des quantités de fer, puis
d’acier, grâce au procédé dit de
« cofusion » qui se serait transmis
aux Arabes au XIe siècle et à l’Europe au XVIe.
LE MONDE CHINOIS
de Jacques Gernet.
Armand Colin, 704 p.,
399 F (60,83 ¤).
’ouvrage de Jacques Gernet
a beau en être à sa quatrième édition – il fut publié
pour la première fois en
1972 –, sa parution aujourd’hui est
un événement, comme s’il s’agissait
d’un livre nouveau. Le contenu, en
effet, a été passablement remanié,
tenant compte des avancées de la
recherche et des découvertes archéologiques les plus récentes : des compléments ont été apportés, d’importants changements ont été réalisés,
des passages devenus superflus supprimés. L’introduction a été réécrite
de fond en comble, et la bibliographie opportunément mise à jour.
Les fameux tableaux chronologiques et les index (des noms de personnes, de lieux, des titres d’ouvrages, des sujets) jouent toujours le
rôle d’un mini-dictionnaire accessible rapidement à tout spécialiste ou
apprenti d’études chinoises pour
repérer un nom, une date, un événement, un caractère chinois – dont
bon nombre ont été ajoutés – oubliés ou inconnus.
L’ensemble, actualisé, reste la
somme que l’on connaissait sur la
civilisation chinoise, autrement dit
sur la Chine et les Chinois, tant il est
vrai, comme le soulignait le géographe Pierre Gourou en 1973, que
« les Chinois ne sont pas chinois parce
qu’il y a dans la Chine quelque
chose qui ferait qu’ils soient chinois,
les Chinois sont chinois parce qu’il y a
une civilisation chinoise ». Tout, ou
presque tout, a changé dans cette
partie du monde depuis trois
millénaires : les techniques de production, de transport et de guerre,
les systèmes politiques et l’organisation sociale, bien sûr, mais aussi le
climat, les rapports de l’homme avec
la nature, les espaces habités, etc.
« A chaque étape, ce fut comme
une humanité différente. » Aussi
FOTO POPP, MAYENCE
L
Gravure extraite de l’album « Gengzhitu » (1696), consacré à la riziculture
l’auteur insiste-t-il sur le fait qu’il
faut bien se garder de la vue simpliste d’un « empire immobile ».
L’ouvrage accorde toujours une
grande importance aux genres de
vie et aux cultures, ce qui permet à
Jacques Gernet de séparer quatre
grands ensembles dans le monde
chinois : des sédentaires à agriculture évoluée et prédominante (avec
deux sous-ensembles, pour l’agriculture de régions sèches en Chine du
Nord, et pour la riziculture inondée
dans les plaines et vallées de la Chine subtropicale) ; des éleveurs
nomades de la zone des steppes ;
des montagnards du complexe
himalayen et de ses confins ; enfin
des anciennes cultures de la Chine
du Sud et de l’Asie du Sud-Est,
aujourd’hui en voie de régression.
L’importance de ces ensembles est
certes variable, mais c’est à tort
qu’on a considéré la civilisation chinoise – que Gourou qualifiait de
« civilisation du végétal » – comme
étant purement agricole. De fait, il
s’agit sans doute de la seule région
du monde où l’éleveur nomade et
l’agriculteur sédentaire s’opposent
aussi nettement.
Quant aux grandes mutations
dans l’histoire de la Chine, elles sont
mises en lumière à travers l’histoire
des sciences, ou plutôt des techniques, et se résument, elles aussi, à
quatre grandes périodes, qui sont le
passage du néolithique à l’âge de
bronze vers 2100 avant notre ère, la
formation de l’Etat centralisé au
IIIe siècle avant J.-C., la mise en place de l’Etat mandarinal aux environs de l’an 1000, le tournant, enfin,
de la fin du XVIIIe siècle, quand,
après une expansion presque continue de huit siècles, la Chine entre
irrémédiablement dans un déclin
durable.
La Chine des Song (960-1279), en
effet, était un monde infiniment
plus évolué que l’Europe du Moyen
Age, et cela dans tous les domaines,
qu’il s’agisse de la productivité agricole, de l’étendue des réseaux des
transports, de la production en masse d’armes, de la commercialisation
et de la monétarisation de son éco-
PUISSANCE MARITIME
C’est au contact avec les peuples
de la steppe que les Chinois doivent
sans doute le char antique et, certainement, l’art du cheval monté au
Ve siècle avant notre ère, qui transformèrent radicalement les conditions de la guerre. L’agriculture chinoise, sans nul doute, fut bien supérieure à celle de l’Europe, au moins
jusqu’au XVIIIe siècle et aux premiers efforts qui furent faits alors
en Flandre. La Chine fut aussi, entre
le Xe et le XVe siècle, avec ses jonques de haute mer, une grande puissance maritime, à nulle autre
pareille. On sait enfin, depuis longtemps maintenant, que le livre fut
reproduit en Chine près de six siècles avant Gutenberg.
L’image, qui s’est imposée au
XIXe siècle, d’une Chine immuable,
prisonnière de traditions qui
auraient freiné son progrès, n’est
donc pas très réaliste. Mais comment répondre à cette question lancinante qui hante les historiens de
la Chine depuis des décennies :
pourquoi la Chine est-elle entrée
dans ce long cycle de « glaciation »
aux alentours de 1800, au moment
même où se développaient en Europe les sciences expérimentales et les
premières entreprises industrielles ?
Parmi toutes les thèses qui ont été
proposées, et notamment celle de la
présence en Chine d’un confucianisme omniprésent, à l’opposé même
de l’éthique du protestantisme chère à Max Weber, Gernet reprend
plutôt la théorie du « piège de l’équilibre à haut niveau » du sinologue
Mark Elvin, assurément la plus
séduisante : la Chine, qui avait bien
souvent fait preuve d’ingéniosité
pour accroître la production en
épargnant la peine des hommes,
s’est retrouvée alors avec une
main-d’œuvre pléthorique qui a bloqué toute innovation, rendue inutile.
De fait, c’est tout l’ouvrage qu’il
faut lire pour mesurer à quel point
« la civilisation chinoise a été, comme les autres grandes civilisations,
une création perpétuelle », inséparable de la complexité des réalités
humaines qui la composent. Cette
lecture, qui se doit d’être linéaire
pour mieux saisir les permanences
(car toute civilisation, selon la définition de Braudel, implique bien sûr
des espaces chronologiques bien
plus vastes qu’une réalité sociale
donnée et qui « change beaucoup
moins vite que les sociétés qu’elle porte ou qu’elle entraîne ») et les points
de rupture d’une époque à une
autre, est un vrai plaisir. Un plaisir
que le style de l’auteur, concis tout
au long de ces sept cents pages, et
l’usage d’une langue souple et classique qui exclut le baroque et le jargon scientifique rendent de plus en
plus soutenu. Ajoutons à cela que la
présentation de l’ouvrage s’est considérablement améliorée. Devenu
flexible et mince, très soigneusement imprimé sur du beau papier,
le livre est beaucoup plus facile à
manier.
Le Monde chinois de Jacques Gernet, déjà traduit en anglais, allemand, italien, espagnol, roumain,
coréen et… chinois, est plus que
jamais l’ouvrage de référence indispensable sur cette partie du monde
qui fascine tant les esprits curieux
depuis Marco Polo.
Alain Peyraube
26 / LE MONDE / VENDREDI 11 AOÛT 2000
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L
Emilie Granger
me à femmes aussi, qui avait beaucoup d’humour. Son allure de dandy raffiné lui donnait un côté arrogant. Il est né trop tôt : c’était impossible d’avoir cette vision du monde
pendant la guerre froide », souligne-t-elle aujourd’hui. Mais pour
la jeune Isabel, il n’était alors
qu’un « oncle au milieu d’une nombreuse famille. A cette époque, je ne
lisais que des romans de science-fiction et pendant que les Allende préparaient, dans la ferveur socialiste,
la transformation du pays, je déambulais d’astéroïde en astéroïde en
compagnie d’extraterrestres ».
Le 11 septembre 1973, le général Pinochet prend le pouvoir.
Dans un premier temps, elle reste
au Chili : « Je ne pensais pas que le
coup d’Etat allait durer. J’ai commencé à cacher des gens, j’en
aidais d’autres à quitter le pays,
sans me rendre compte du danger
encouru. Mais le jour où parler de
la torture, devant les enfants au
petit déjeuner, est devenu normal,
j’ai compris que cette situation ne
pouvait plus durer. » Peu de temps
après, elle reçoit des menaces de
mort et part pour le Venezuela :
« On a commencé une vie d’exil qui
a duré treize ans. » Elle trouve un
petit boulot, administratif, dans
une école. Le 8 janvier 1981, le téléphone sonne : son grand-père est
mourant. « Je l’adorais. C’était la
figure paternelle de mon enfance. »
Dans la nuit, elle commence à lui
écrire. « Je voulais lui dire qu’il pouvait mourir en paix parce que je me
Rectificatif
L’ouvrage dirigé par Jean-Noël
Jeanneney, L’Echo du siècle. Dictionnaire historique de la radio et de
la télévision, n’a pas été publié chez
Fayard, comme nous l’indiquions
par erreur dans « Le Monde des
livres » du 4 août, mais co-édité
par Hachette Littératures, Arte
éditions et La 5e .
JEFFREY NEWBURY/OUTLINE/ACTE 2
a vie d’Isabel Allende
est un roman. Un roman qui ressemble à ceux qu’elle écrit, ces
sagas familiales mélodramatiques
qui accumulent les péripéties sans
beaucoup se soucier de réalisme.
Mais comme elle le dit elle-même :
« Le problème avec la fiction est
qu’elle doit être crédible, la réalité,
elle, l’est rarement. » Née à Lima
(Pérou) en 1942, elle est abandonnée, avec sa mère et ses deux
petits frères, par son diplomate de
père ; elle n’a alors que trois ans.
« Ma mère était très belle mais totalement sans éducation. Quand mon
père l’a quittée, elle n’avait plus
rien. Nous sommes donc retournés
à Santiago, au Chili, dans la maison
de mes grands-parents. » Elle ne
reverra son père qu’en 1969, à la
morgue, où elle est venue identifier cet homme dont elle n’a conservé aucun souvenir.
Entre-temps, sa mère s’est remariée avec celui qui deviendra, dans
ses romans, l’oncle Ramon, diplomate lui aussi. Les voyages continuent : Bolivie, Europe, Liban,
avant le retour au Chili, en 1958.
« Je voulais travailler car, pour moi,
une femme n’existe pas sans indépendance économique », déclare-t-elle d’un air déterminé. A seize ans, elle devient secrétaire à la
FAO (Food and Alimentation
Organisation), au département
information, et fait ses premiers
pas de journaliste de télévision.
Elle épouse Mikael et, à vingt et
un ans, donne naissance à une petite fille. Son mari, qui fait des études d’ingénieur, obtient une bourse pour la Belgique. Une fois de
plus, Isabel Allende fait ses valises.
Mais, de nouveau enceinte (Nicolas, aujourd’hui informaticien),
elle repart pour Santiago où elle
est engagée comme journaliste
par Paula, une revue qui affiche
dès le premier numéro un style, un
langage et des idées résolument
féministes. « J’appartiens à cette
génération de femmes qui ont amené le féminisme au Chili », commente-t-elle.
Parallèlement aux billets humoristiques qu’elle écrit pour Paula,
elle anime, avant de la diriger,
« Mampato », une émission télévisée pour enfants alors extrêmement populaire. En 1970, Salvador
Allende est, contre toute attente
et malgré les nombreuses tentatives de sabotage – notamment
américaines –,
élu
président.
« C’était un homme charismatique,
très intelligent, avec une mémoire
photographique étonnante. Un hom-
nes. Je suis une chilienne tout comme je pense, j’écris et fais l’amour
en espagnole. » Des Etats-Unis,
elle aime l’espace et l’idée qu’on
peut tout recommencer. « Je viens
d’une culture où l’on est prédéterminé par la naissance, où l’on est responsable de sa famille. » En revanche, elle trouve les Américains, et
surtout la nouvelle génération,
trop gâtés. « Ils se plaignent sans
cesse et saisissent la justice pour un
oui ou pour un non. Ils pensent que
l’on peut être protégé de la vie. Ici,
tout le monde se regarde le nombril,
va voir un psy, s’occupe de son
corps. Ils sont concentrés sur
eux-mêmes alors qu’il y a tant à
découvrir dans le monde. Ça me
rend folle. » En outre, elle ne supporte pas le racisme latent qui
règne aux Etats-Unis. Isabel Allende, féministe jusqu’au bout des
ongles, a aussi le cœur à gauche.
« L’arrestation de Pinochet a levé
un poids qui a pesé sur le Chili pendant vingt ans. Les Chiliens ont cessé d’avoir peur. Je crois qu’aucune
réconciliation, aucune guérison
Isabel Allende,
fille du destin
rappelais de tout ce qu’il m’avait
raconté. Ce patriarche représentait
pour moi mes racines, le Chili. »
Son grand-père meurt et pourtant
elle continue à lui écrire, chaque
nuit. « Je n’avais pas conscience de
ce que je faisais. Je ne savais pas si
c’était une chronique familiale, un
journal ou un roman. »
Quoi qu’il en soit, elle se retrouve rapidement à la tête d’un
manuscrit de quelque cinq cents
pages. Elle le fait lire à sa mère,
qui lui conseille de le publier.
Devant le refus de tous les éditeurs, on lui recommande de passer par
ay
un agent. « J’ignorais
alors que les agents littéraires existaient. » Elle se retrouve
pourtant entre les mains de l’une
des plus grandes figures de la profession, l’Espagnole Carmen Balcells : « Elle a été touchée par mon
côté provincial, et piquée par la célébrité de mon nom. » Six mois plus
tard, La Maison aux esprits sort en
Espagne.
Claude Durand, aujourd’hui
PDG de Fayard, est le premier éditeur étranger à l’acheter. Il le traduit avec sa femme. « Je ne pense
pas qu’Isabel ait jamais rien fait de
mieux depuis », affirme-t-il. « Elle
apportait à cette littérature
latino-américaine une voix, un
humour typiquement féminins. » Il
en vendra 80 000 exemplaires en
édition courante. La Foire de
Francfort fait le reste. « J’étais à
Caracas et je ne me rendais pas
compte de ce qui se passait en Europe. Ça a été une surprise incroyable
quand j’ai lu tous ces articles et que
j’ai touché de l’argent. » Autre surprise : l’adaptation au cinéma du
roman par Bill August, avec Winona Ryder, Meryl Streep, Glen Close, Jeremy Irons et Antonio Banderas.
Mais Carmen Balcells la prévient : « Un bon premier livre ne
fait pas de toi un écrivain. » C’est
seulement à la parution de son
troisième ouvrage, Eva Luna, en
1985, qu’elle consent à répondre
« écrivain » lorsqu’elle remplit des
formulaires administratifs et qu’elle s’achète un ordinateur pour
remplacer sa vieille machine à écrire. En 1987, elle se sépare de
Mikael et rencontre à San Jose
(Californie), lors de la tournée de
promotion pour D’amour et d’ombre, l’un de ses admirateurs.
William Gordon – Willie comme
elle l’appelle – est avocat. C’est le
coup de foudre. Elle s’embarque
pour la Californie, pour ne plus en
partir. William Gordon n’a pas eu
une vie simple non plus, ce qui est
loin de déplaire à notre conteuse
Sa vie, comme ses romans,
est une suite
de péripéties heureuses
et dramatiques, de coups
de chance et de coups
du sort qu’elle a affrontés
énergiquement. Chilienne
installée en Californie
depuis une quinzaine
d’années, la nièce de
Salvador Allende se veut
avant tout une conteuse
d’histoires, qui a écrit son
premier livre comme une
longue lettre à son
grand-père mourant
d’histoires. Après la publication
des Contes d’Eva Luna, elle se met
à l’écriture du Plan infini, dans
lequel William Gordon devient
Gregory Reeves. « Elevé dans le
ghetto mexicain de Los Angeles,
Willie représentait l’effondrement
du rêve américain. A quarante-cinq
ans, sa vie était brisée. Il gagnait
des millions mais, à la tête de ses
vingt-six employés, en dépensait
davantage. »
Le 6 décembre 1991, lors d’une
conférence de presse à Barcelone,
sa vie bascule à nouveau. Tragiquement cette fois. Sa fille, Paula,
alors âgée de vingt-huit ans, atteinte de porphyrie, une maladie rare,
est hospitalisée à Madrid. Isabel
Allende aura juste le temps
d’échanger quelques mots avec
elle. Très vite, Paula sombre dans
un coma profond. « Avant, je pensais qu’il y avait toujours une porte
de sortie quand j’étais en danger.
Là, dès la première minute, j’ai su
que j’étais coincée, qu’il n’y avait
pas d’issue. » La jeune femme passera six mois à l’hôpital avant que
sa mère ne décide de la ramener
en Californie, « avec l’espoir qu’entourée de sa famille et de meilleurs
médecins, elle survivrait ». Dans
leur maison de San Rafael, elle fait
installer un lit électrique, une
grue, se forme aux méthodes de
physiothérapie et engage quatre
aides-soignantes. Le 6 décembre
1992, Paula meurt. « Qu’est-ce qui
peut arriver d’autre après ça ? »,
ajoute-t-elle seulement, presque
sans voix.
Parce qu’elle a contracté l’habitude de commencer tous ses
romans un 8 janvier, « en partie
par superstition, en partie par discipline », sa mère lui demande ce
qu’elle compte écrire en 1993. Isabel répond qu’elle ne peut pas. Ce
à quoi sa mère rétorque : « Si tu
n’écris pas, tu vas mourir. » Elle rassemble alors les notes du journal
commencé, sur le conseil de Carmen Balcells, à Madrid. Paula sort
cette année-là. Avec les droits
d’auteur, elle crée la Fondation Isabel-Allende pour l’éducation des
femmes en difficulté. « Encore
aujourd’hui, il ne se passe pas une
seule journée sans que je reçoive
une lettre à propos de ce livre. Je
pense que c’est l’ouvrage le plus
important que j’écrirai jamais. » A
peine le livre sorti, elle sombre
dans une profonde dépression.
Elle alterne Prozac et séances de
psychanalyse avec son mari, dont
la fille vient de mourir d’une overdose.
Pendant trois ans, il lui est
impossible de se remettre à l’écriture, d’imaginer une fiction.
« Puis, un jour, je me suis rappelé
que j’étais journaliste et qu’il suffisait qu’on me fixe un sujet pour que
je l’écrive. J’ai donc choisi le sujet le
plus léger possible : la cuisine et le
sexe. Et le titre : Aphrodite. » Elle
abandonne le noir, s’achète du
rouge à lèvres et des foulards de
couleur, fleurit sa maison, y dispose des bougies et téléphone à sa
mère pour obtenir des recettes de
cuisine. En même temps, elle se
documente dans les sex-shops de
San Francisco. Dans ce livre, très
drôle, à paraître en France, elle
écrit : « Je suis née au mauvais
moment. Qu’est-il advenu de ce
vieux et sage précepte : “la rondeur
est l’essence même de la beauté ?”
J’appartiens à ces peintures impressionnistes, je suis l’une de ces baigneuses nues et bien en chair, ou à
un poème arabe, entre des odalisques couchées, nourries au miel et
aux fruits secs (…). Que diable
fais-je en Californie, à la fin du
XXe siècle ? Ici, tout le monde est
obsédé par la santé et la beauté. » Il
est vrai qu’avec son mètre cinquante et ses rondeurs, elle est bien
éloignée du cliché « blonde californienne qui sillonne les plages » !
C’est pourtant une belle femme,
aux traits réguliers et au regard
noir intense. Une femme de caractère aussi, volontaire et obstinée,
qui se définit elle-même comme
« fière et arrogante ». Une femme
généreuse, qui ouvre volontiers la
porte de ses deux maisons, celle
de Sausalito, riche bourgade proche de San Francisco, et celle de
San Rafael, un peu plus au nord.
C’est dans ces deux lieux, entourée de photographies de ses proches, qu’elle a écrit Fille du destin,
le dernier livre publié en France,
où elle raconte l’histoire – tourmentée bien sûr – d’une jeune femme, Eliza, pendant la ruée vers l’or
de Californie en 1849 : « J’étais fascinée par cette période. Cela fait
partie de ces moments de l’Histoire
où tout est magnifié. Il y avait des
bandits, des prostituées, de l’énergie, de l’aventure. »
Quand elle écrit, elle s’enferme
dix à quatorze heures par jour.
« C’est compulsif, j’écris jusqu’à
l’épuisement. Je n’ai plus de vie
sociale, je ne voyage pas, je ne vois
pas de journalistes. C’est une activité très solitaire. Quand un livre est
terminé, je ne suis jamais sûre de
moi car je n’ai pas de retour, sauf
celui, très critique, de ma mère. Ce
qui est bien car cela me permet de
rester humble », précise-t-elle
avant d’ajouter : « Je n’entends pas
délivrer de messages, ça ne m’intéresse pas. Et puis, je n’ai pas de
réponses à donner. Au contraire, je
me pose sans cesse des questions. Je
suis née avec le talent, de raconter
des histoires. Mon travail est d’utiliser ce talent, qui peut être bon ou
utile à quelqu’un. Je n’expérimente
pas le langage. » En revanche, elle
est très consciente du pouvoir des
mots : « On peut faire beaucoup de
dégâts sans s’en apercevoir, juste
avec un mot. J’éprouve un grand
sentiment de responsabilité quand
j’écris. » Si elle n’aime pas parler
de ce qu’elle écrit, elle aime encore moins lire les critiques littéraires car, dit-elle, « ils m’influencent
et je finis par écrire pour eux ». Elle
aime avant tout « raconter une
bonne histoire » pour ses « fans »
avec qui elle entretient une importante correspondance. Ses lecteurs sont majoritairement des
femmes et des jeunes gens. En
1999, en Espagne, 250 000 exemplaires de son dernier roman
(publié par Plaza y Janès) ont été
vendus en édition courante,
86 000 en poche, 115 000 en club.
En Allemagne, 330 000, et en Italie, 120 000. Fille du destin pourrait
être adapté au cinéma : « Mais il
faut faire attention. Hollywood est
un autre monde. »
Isabel Allende reste très prudente, et surtout très chilienne. « En
Californie, les gens sont fous, tous
dans le “point com”. Même ma petite fille, qui n’a que six ans, veut son
site Web. Je suis très heureuse de
vivre ici mais mes racines sont lati-
« Je n’entends pas
délivrer de messages.
Et je n’ai pas de
réponses à donner.
Au contraire, je me pose
sans cesse des questions.
Je suis née avec le talent
de raconter des
histoires. Mon travail
est d’utiliser ce talent,
qui peut être bon
ou utile à quelqu’un.
Je n’expérimente pas
le langage. Mais on
peut faire beaucoup
de dégâts, sans s’en
apercevoir, juste avec
un mot. J’éprouve
un grand sentiment
de responsabilité
quand j’écris »
n’est possible sans la vérité. Il faut
que l’on sache ce qui s’est passé
pour que le Chili puisse faire face à
son histoire. »
A cinquante-huit ans, Isabel
Allende se voit comme une adolescente, et aussi comme une « guerrière » dont la vie fut pleine de
contrastes et d’obstacles. « Je ne
me repose jamais. Je ne serai jamais
une personne calme, impliquée
dans je ne sais quel trip bouddhiste
comme la plupart des riches Californiens. » Ce n’est peut-être pas un
hasard si elle a écrit : « Les romans
s’élaborent autour de fous et de rustres, de gens torturés par leurs obsessions, de victimes des engrenages
du destin. Dans une intrigue, un
homme intelligent aux sentiments
nobles (…) ne sert à rien. »
e Tous les livres d’Isabel Allende
sont disponibles chez Fayard, à l’exception de Fille du destin, édité par
Grasset, qui doit également publier
Aphrodite courant 2001.
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