Le Monde

www.lemonde.fr
MERCREDI 9 JANVIER 2002
58e ANNÉE – Nº 17715 – 1,20 EURO - FRANCE MÉTROPOLITAINE --
L’EUROPE attend avec inquiétude le résultat du dialogue engagé
lundi 7 janvier à Buenos Aires par
le président argentin Eduardo
Duhalde avec les représentants des
compagnies étrangères installées
dans le pays. Celles-ci craignent de
faire les frais de la dévaluation de
30 % du peso annoncée dimanche.
La décision de Buenos Aires de convertir en pesos la plupart des créances en dollars pourrait coûter des
milliards de dollars aux banques.
La banque américaine Citigroup
pourrait perdre jusqu’à 200 millions de dollars. L’Espagne, premier investisseur européen, s’inquiète de la « croisade » argentine
contre les intérêts étrangers. En
France aussi, certains chefs d’entreprise sont inquiets. Peugeot et
Renault contrôlent 40 % du marché automobile argentin.
Lire page 2 et le point de vue
d’Alberto Manguel page 13
Le Club Med
en difficulté
a
Handicapés : l’angoisse des parents
b Comment assurer l’avenir des enfants handicapés ? b Qui les prendra en charge lorsque leurs parents
ne seront plus en mesure de le faire ? b L’arrêt Perruche sur leur indemnisation a relancé le débat
b En France, 60 000 personnes handicapées adultes vivent dans leurs familles b Reportages, témoignages
taux. Ces parents témoignent dans
Le Monde de la difficulté de trouver
un lieu d’accueil adapté et de la
souffrance
qu’elle
engendre.
L’exemple d’une maison de retraite
spécialisée, bien intégrée dans un
village des Yvelines, montre que
des structures à échelle humaine
peuvent fonctionner.
Selon une étude de la Fondation
de France, près de 50 000 personnes handicapées vieillissantes vont
être confrontées à une situation
problématique dans les dix années
à venir. 60 000 handicapés adultes
vivent dans leur famille. La révision
de la loi d’orientation sur les handicapés de 1975, actuellement en
cours, devrait permettre de remédier à ces insuffisances. Les personnes concernées, dont le nombre est
évalué à 2,5 % de la population totale, sont de plus en plus nombreuses
en raison de l’accroissement spectaculaire de l’espérance de vie. De
plus en plus de handicapés mentaux dépassent les soixante ans.
LES DÉPUTÉS doivent examiner,
jeudi 10 janvier, le dispositif gouvernemental destiné à répondre à l’émotion suscitée par l’arrêt Perruche de
la Cour de cassation, qui, le 17
novembre 2000, a indemnisé un
enfant handicapé, dont la mère avait
été privée du droit d’avorter à cause
d’une faute médicale.
Cette décision était notamment
destinée à répondre au souci des
parents concernés d’assurer de bonnes conditions de vie à leur fils, y
compris lorsqu’il vieillira et après
leur propre disparition. Le projet
gouvernemental est destiné à empêcher un enfant d’obtenir une indemnisation dans une situation analogue à l’arrêt Perruche. Selon Bernard Kouchner, ministre délégué à
la santé, le texte permettra aux
parents de recevoir une aide qui ne
s’éteindra pas avec leur décès.
Les carences actuelles de la prise
en charge et l’insuffisance des institutions d’accueil nourrissent, en
effet, l’inquiétude des parents
d’handicapés, en particulier de
ceux atteints de troubles men-
ERIC CARO-H&K/LITTLE BEAR 2001
Argentine :
des investisseurs
européens craignent
d’être victimes
de la dévaluation
FONDATEUR : HUBERT BEUVE-MÉRY – DIRECTEUR : JEAN-MARIE COLOMBANI
CINÉMA
Tavernier et
l’Occupation
60 000 professionnels ont continué de
travailler dans les studios de cinéma
français durant l’Occupation. Parmi
eux, plusieurs ont choisi de résister,
comme le scénariste Jean Aurenche ou
le réalisateur Jean-Devaivre, auxquels
Bertrand Tavernier rend hommage en
leur consacrant une fiction, Laissez-passer. Il partage l’affiche avec La Cienaga,
d’une jeune cinéaste argentine très prometteuse, Lucrecia Martel. p. 26 à 28
Lire page 8
f www.lemonde.fr/cinema
Lire page 15
DSK orchestre
sa rentrée
Abdelatif Benazzi. Le foyer Léo-Lagrange réserve 23 chambres pour le samedi 9 juin, un déjeuner est même prévu pour le lendemain. Le
30 mai, le club marocain fictif envoie un nouveau fax : « Nous n’avons pas reçu l’invitation à
ce jour, le temps approche. Vous pouvez envoyer
les documents à Mohamed B., à Asnières. » Francis Piquemil s’exécute. Aurait-il téléphoné à ce
« Mohamed B. » qu’il se serait peut-être douté
de l’escroquerie, en tombant sur le répondeur
d’une entreprise de stores métalliques. Mais
dans le monde du rugby, assure M. Piquemil,
« on se fait confiance ». Il faxe au Maroc une invitation où figurent les noms des joueurs et dirigeants, avec leurs numéros de passeport.
Le 9 juin, comme convenu, une délégation
graulhetoise va accueillir les joueurs marocains
à Blagnac. « Il n’y avait personne dans l’avion, se
souvient Francis Piquemil. On a commencé à se
poser des questions… » De retour à Graulhet,
nouveau coup de fil des dirigeants marocains :
« On a eu des problèmes de visas, alors on est passés par Gibraltar… et puis, on a du retard, car le
fils du président est décédé ! » Là, Francis Piquemil ne marche plus. Dans la foulée, il apprend
Offre spéciale jusqu’au 31 Janvier 2002
pour l’achat d’une Citroën récente
XM, EVASION ou XANTIA
DOMINIQUE STRAUSS-KAHN
pour l’achat d’une Citroën récente
A UNE centaine de jours de la présidentielle, Dominique Strauss-Kahn
organise sa rentrée au service du
« probable » candidat Jospin. Dans
un livre à paraître le 22 janvier, il
avance une série de propositions personnelles en marge de celles du PS.
XSARA** ou SAXO
f www.lemonde.fr/presidentielle2002
Afrique CFA 1000 F CFA, Algérie 35 DA, Allemagne 1,50 ¤,
Antilles-Guyane 1,50 ¤, Autriche 1,50 ¤, Belgique 1,20 ¤, Canada
2,50 $, Danemark 15 KRD, Espagne 1,50 ¤, Finlande 2,00 ¤,
Grande-Bretagne 1 £, Grèce 1,50 ¤, Irlande 1,50 ¤, Italie 1,50 ¤,
Luxembourg 1,20 ¤, Maroc 10 DH, Norvège 14 KRN, Pays-Bas
1,50 ¤, Portugal cont. 1,50 ¤, Réunion 1,50 ¤, Suède 16 KRS,
Suisse 2,40 FS, Tunisie 1,5 DT, USA (NY) 2 $, USA (others) 2,50 $.
M 00147 - 109 - 1,20 E
3:HIKKLE=\UVWUZ:?k@l@a@j@a;
Reprise minimum de votre véhicule, quels que soient
l’état, la marque et beaucoup plus si son état le justifie.
● FAIBLE KILOMÉTRAGE ● GARANTIE 1 AN PIÈCES ET MAIND’ŒUVRE ● FINANCEMENT À L A CARTE ● PRIX ATTRACTIF
CITROËN FÉLIX FAURE, moi j’aime
Fournisseur officiel en bonnes affaires
Paris
15e
10, Place Etienne Pernet
01 53 68 15 15
.......................................................................................................
e
Paris
14
50,
boulevard
Jourdan
01 45 89 47 47
.......................................................................................................
Coignières
(78) 74, RN 10
01 30 66 37 27
.......................................................................................................
Bezons
(95)
30, rue E. Zola
01 39 61 05 42
.......................................................................................................
Thiais
(94)
273, av. de Fontainebleau - RN7
01 46 86 41 23
.......................................................................................................
Limay
(78)
266,
rte
de
la
Noué-Port
Autonome
01
34 78 73 48
.......................................................................................................
Nantes
(44)
7, bd des Martyrs Nantais - Ile Beaulieu
02 40 89 21 21
.......................................................................................................
Corbas
(69)
ZI Corbas Mont-Martin, rue M. Mérieux 04 78 20 67 77
.......................................................................................................
Vitrolles (13)
Av. Joseph Cugnot - Zac des Cadesteaux 04 42 78 77 37
*Offre non cumulable avec d’autres promotions, réservée aux particuliers, dans la limite des stocks disponibles.
Carte grise au nom du propriétaire depuis 1 an. **Sauf Xsara Picasso. En échange de cette publicité.
Le cri d’un
homme libre
Au cours d’une conférence de presse
très émouvante, Yves Saint Laurent a
annoncé, lundi 7 janvier, qu’il met un
terme à sa carrière. Sa maison créée il y
a quarante ans sera fermée prochainement. Le départ de celui qui révolutionna la mode prend la forme d’un cri
de liberté. Il marque la fin d’une époque de la haute couture.
p. 22
et notre éditorial p. 14
POINT DE VUE
la paix civile menacée
par Marc Ravalomanana
REPRISE 2280 €* I
(14 955,82 F*)
YVES SAINT LAURENT
Gérard Davet
REPRISE 3800 €* Madagascar :
(24 926,37 F*)
Lire page 6
que le club de Nîmes, le 11 mai 2001, a lui aussi
été approché par ces curieux joueurs marocains, sans donner de suite. Pour Graulhet, c’est
trop tard. Grâce à l’invitation envoyée par
M. Piquemil, le consulat général de France à Fès
a déjà délivré les visas. « Nous avons reçu l’invitation de Graulhet, elle était authentique, assure le
consul, Pierre Larose. On a donc délivré 23 visas
valables dix jours. 14 d’entre eux ont été utilisés le
8 juin. Maintenant, ces gens doivent être clandestins en France. A Oujda, ils sont très ingénieux… »
Selon le journal Assabah, les escrocs qui ont
organisé cette fictive tournée auraient touché
4 000 euros de chacun des « joueurs ». Le président de la Fédération marocaine, Abdelaziz
Bougja, tombe des nues : « On a 7 000 licenciés,
on fait un vrai travail, cette affaire nous porte un
sérieux préjudice. Et je trouve anormal que ces
faux rugbymen aient pu obtenir un visa aussi facilement. Moi, quand j’en sollicite pour de vrais
joueurs, c’est la croix et la bannière. » Du coup, il
envisage de porter plainte, de même que la
municipalité de Graulhet…
NFORMER et interpeller
l’opinion et les autorités françaises et européennes sur la
situation à Madagascar, à
l’occasion des élections du président de la République, est pour
moi un devoir. Mon pays peut
redevenir exemplaire en matière
de coopération entre la France,
l’Europe et le tiers-monde.
Ma démarche n’est pas un appel
à une forme nouvelle d’ingérence
dans les affaires et les choix des
Malgaches. Maire de la capitale de
mon pays, appelé par la majorité
du peuple malgache à être le garant
de la souveraineté et de l’union
nationale, je suis particulièrement
exigeant sur un point : le respect du
droit international et des peuples à
disposer d’eux-mêmes.
Les Malgaches seuls doivent
choisir le président qu’ils souhaitent pour redresser leur pays et
incarner le changement. Après
trente ans d’exercice du pouvoir
des actuels dirigeants, ils ont, avec
moi, un objectif : valoriser le potentiel humain, naturel et économique d’un des pays les plus pauvres
du monde. La manière dont se
déroule le dépouillement du
premier tour de l’élection présidentielle porte atteinte à la dignité, la
vérité et la réalité du vote de mes
compatriotes. Au nom des liens historiques et des valeurs communes
à nos deux peuples, il me revient
de porter les préoccupations de
mes concitoyens. Celle qui m’alarme avant tout est la préservation
de la paix civile. C’est une urgence
qui nécessite un soutien clair des
démocraties et plus particulièrement de la France. C’est une urgence pour que les Malgaches, traditionnellement tolérants et pacifiques, ne cèdent pas à la tentation
de la violence pour bénéficier de
l’intérêt des pouvoirs et des
médias occidentaux.
Lire la suite page 13
et nos informations page 32
Marc Ravalomanana, maire d’Antananarivo, est candidat de
l’opposition à la présidence de la
République de Madagascar.
HENRI-CARTIER BRESSON
PRÉSIDENT du Club Méditerranée depuis 1997, Philippe Bourguignon a annoncé, mardi
8 janvier, de mauvais résultats
financiers. L’entreprise a perdu
70 millions d’euros sur son dernier
exercice. Le Club, qui avait fermé
(provisoirement ou définitivement) dix-sept villages, va en fermer six autres. Les attentats du
11 septembre, qui ont eu des répercussions sur le secteur du tourisme, n’expliquent pas tout. La diversification du Club vers de nouvelles activités (centres de loisirs
urbains, rachat de Gymnase Club,
Club Oyyo à destination des jeunes) est loin d’être probante. La
direction se refuse à établir des prévisions pour l’année 2002.
UN BRIN vexé, Francis Piquemil, président
du Sporting Club Graulhetois, club de rugby de
première division fédérale, jure qu’« on ne l’y
reprendra plus… ». Deux semaines qu’il a droit
aux quolibets, aux regards amusés de ses amis
sportifs, aux coups de fil moqueurs. C’est le quotidien marocain Assabah qui a le premier révélé
l’histoire : grâce au club de Graulhet, 14 faux
rugbymen marocains, à la recherche de visas,
ont pu pénétrer en France, avant de s’éparpiller
dans la nature. Le 21 mai 2001, M. Piquemil
reçoit un fax en provenance du « célèbre » club
marocain « l’Etoile Sportif d’Oujda ». L’orthographe approximative ne le fait pas tiquer. Suivent quelques lignes : « L’ESO a décidé de faire
une tournée en France, (…) nous vous prions de
bien vouloir nous adresser une invitation, (…)
notre comité sera composé de 23 personnes… »
M. Piquemil ne se méfie pas une seconde. Il ne
contacte pas la Fédération marocaine de rugby,
qui se serait fait un plaisir de lui apprendre que
l’« Etoile Sportif d’Oujda » n’a jamais compté
au nombre des clubs de rugby ! A Graulhet, tout
est mis en place pour accueillir ces rugbymen
dignes successeurs de l’international français
LING FEI
Le Quinze clandestin d’Oujda écrase le Sporting Club Graulhetois 14 à 0
DISPARITION
Les langues
d’Etiemble
Le fondateur de la collection « Connaissance de l’Orient » chez Gallimard est
mort le 7 janvier à l’âge de quatre-vingtdouze ans. Il cultivait une passion pour
les cultures du Sud, les langues étrangères, en particulier pour la Chine et la philosophie taoïste. Il lutta toute sa vie contre l’européocentrisme colonialiste et les
racismes. On lui doit un pamphlet à succès : « Parlez-vous franglais ? » p. 29
International................ 2
France............................ 6
Société............................. 8
Régions ......................... 11
Horizons ....................... 12
Entreprises................... 15
Communication........... 18
Tableau de bord .......... 19
Aujourd’hui.................. 22
Météorologie-Jeux...... 25
Culture .......................... 26
Carnet............................ 30
Abonnements .............. 30
Radio-Télévision ......... 31
2
INTERNATIONAL
LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002
ARGENTINE
Les investisseurs
étrangers en Argentine se préparent
à affronter les conséquences de la
dévaluation de 30 % du peso, annoncée le 6 janvier à Buenos
Aires. b LE GOUVERNEMENT du président Eduardo Duhalde a engagé,
lundi 7 janvier, un dialogue avec les
entreprises étrangères pour limiter
les effets de la fin de la parité dollar-
peso. b LE FMI, dont une mission
technique est arrivée, lundi, à Buenos Aires, s’est dit prêt à travailler
avec le nouveau gouvernement.
Mais c’est à l’Argentine qu’il incom-
be de résoudre la profonde crise
financière qu’elle traverse, a déclaré
son directeur général, Horst Köhler.
b L’ESPAGNE, le premier investisseur européen, est le plus touché
des Quinze par les mesures annoncées. Le cours de plusieurs entreprises espagnoles, dont Repsol , le groupe pétrolier, a chuté, lundi, à la Bourse de Madrid.
Les entreprises étrangères craignent de faire les frais de la crise du peso
Le président argentin Eduardo Duhalde a ouvert le dialogue, lundi 7 janvier, avec les compagnies représentées dans le pays. Les Européens attendent
de Buenos Aires des garanties avant de s’engager dans un plan de sauvetage, estimé à 15 milliards de dollars par le nouveau gouvernement
BRUXELLES
de notre bureau européen
La crise argentine inquiète les
Européens, mais pas encore
l’Union européenne : ce subtil distinguo signifie, d’une part, que
l’Argentine est un partenaire de
moyenne
importance
pour
l’Union prise globalement, même
si plusieurs Etats-membres (Espagne, France, Italie et RoyaumeUni notamment), qui ont des intérêts économiques et financiers
non négligeables dans ce pays,
vont pâtir de la situation. A ce stade, d’autre part, le risque de contagion financière – et politique – de
l’Argentine à ses voisins ne s’est
pas matérialisé.
Partant de ce constat, la Commission européenne n’attend pas
des graves événements qui se
déroulent à Buenos Aires un
« impact généralisé sur l’économie
européenne », mais seulement un
« impact très ponctuel sur certaines
entreprises ».
A Bruxelles, la tonalité est à la
fois modérée et consensuelle
devant les graves difficultés rencontrées par les autorités argentines. Il en irait bien sûr autrement
si un effet de dominos devait se
produire, c’est-à-dire si d’autres
pays latino-américains comme le
Brésil (premier partenaire de l’Ar-
gentine) devaient être affectés par
la faillite financière argentine, et si
le gouvernement du président
péroniste Eduardo Duhalde en
venait à remettre fondamentalement en cause les principes de
l’économie de marché tels que les
professe notamment le Fonds
monétaire international (FMI).
S’ajoute à ce relatif optimisme le
fait que la crise argentine était
presque attendue depuis plusieurs
mois, ce qui a conduit nombre de
compagnies étrangères implantées dans ce pays à provisionner
une partie des pertes qui les
attendent.
ces qui devront nécessairement
être consentis en Argentine. Et
son collègue des finances, Rodrigo
Rato, a estimé que Buenos Aires
doit rechercher « un consensus
maximum avec les investisseurs
nationaux et internationaux ».
Plusieurs raisons expliquent cette
prudence des Européens. D’abord
le sentiment que l’Argentine de
2002 n’est pas le Mexique de 1994,
lorsque le peso mexicain avait perdu 40 % de sa valeur en quelques
jours. Cela ne veut pas dire que l’on
accorde au président Duhalde la
capacité de prévenir le risque d’une
hyperinflation, mais que les Quinze
veulent signifier au nouveau pouvoir argentin que la balle est dans
son camp : à lui de montrer à la
communauté internationale un sursaut de « bonne gouvernance ».
SACRIFICES NÉCESSAIRES
En Espagne, la tonalité est
moins positive, ou, plutôt, elle est
ambivalente, à l’image d’un pays
dont les intérêts financiers sont en
première ligne, mais qui, assumant depuis le 1er janvier la
présidence de l’Union européenne, se doit d’adopter une position
équilibrée.
Aux avertissements du président José Maria Aznar, qui a rappelé à son homologue argentin que
Madrid a été l’un des principaux
bailleurs de fonds de son pays il y
a un an, ont fait écho les cris d’alarme des milieux d’affaires espagnols qui, comme tous les intérêts
APPROCHE POSITIVE
étrangers ayant massivement
investi en Argentine durant l’époque faste des privatisations de l’exprésident Carlos Menem, ne se sortiront pas indemnes de la dévaluation du peso argentin.
Cette « exposition » de l’Espa-
gne, le premier investisseur européen en Argentine, a conduit le
ministre espagnol des affaires
étrangères, Josep Piqué, à reconnaître, à Bruxelles, que les intérêts
espagnols et européens ne peuvent se mettre à l’écart des sacrifi-
Si tel est le cas, les Européens
seront éventuellement prêts à
accompagner les efforts de Buenos
Aires dans le cadre d’une mobilisation des bailleurs de fonds internationaux, par exemple en s’efforçant de convaincre les Etats-Unis
qu’une nouvelle intervention du
FMI est indispensable, même si le
risque n’est pas mince d’un exercice revenant à vouloir remplir le
tonneau des Danaïdes.
Les Européens notent avec satisfaction que l’Argentine semble
avoir retenu de la crise qu’elle
traverse la nécessité de maintenir
coûte que coûte ses liens avec le
Mercosur, ce marché régional du
cône sud qui unit, outre l’Argentine, le Brésil, l’Uruguay et le
Paraguay.
Pour l’Union européenne, ce
marché potentiel de quelque
200 millions de consommateurs est
la seule voie susceptible d’engendrer une intégration économique
régionale bénéfique à tous ses
membres. L’UE a, pour sa part,
entamé des négociations avec le
Mercosur, afin de créer une vaste
zone de libre-échange entre les
deux ensembles.
Dans le cadre de cette approche
positive, l’UE est prête à réexaminer sans délai la situation qui l’a
incitée à prononcer un embargo
sur les importations de bœuf
argentin, dans le cadre de l’épidémie de fièvre aphteuse. Cette mesure a provoqué un manque à gagner
de quelque 300 millions de dollars
(333 millions d’euros) sur neuf
mois (de mars à novembre 2000)
pour l’Argentine. Le chiffre n’est
pas considérable, mais la mesure
est hautement symbolique.
Laurent Zecchini
A Buenos Aires, le gouvernement tente de rassurer les milieux économiques et renoue avec le FMI
BUENOS AIRES
de notre correspondante
Alors que les Argentins continuent à patienter dans des files
d’attente interminables devant les
banques à Buenos Aires, dans la
canicule de l’été austral, les représentants des puissants groupes économiques étrangers implantés en
Argentine ont commencé, eux aussi, à faire la queue devant le palais
du gouvernement, lundi 7 janvier,
pour exprimer leurs inquiétudes
auprès du président péroniste
Eduardo Duhalde, au lendemain
de l’approbation par le Congrès du
plan d’urgence qui a brutalement
changé les règles du jeu établies
dans les années 1990 sous le gouvernement d’un autre péroniste,
Carlos Menem (1989-1999).
Entre janvier 1994 et octobre 2001, les investissements étrangers en Argentine se sont élevés à
près de 98 milliards de dollars
(109 milliards d’euros), selon la
Fondation Invertir. Arrivent en
tête les Etats-Unis avec 31 milliards
de dollars, suivis de l’Espagne avec
près de 26 milliards de dollars et de
la France avec plus de 10 milliards
de dollars. Le porte-parole du gouvernement argentin, Eduardo Amadeo, qui, dimanche, avait dénoncé
des « pressions » du secteur financier et des entreprises de services
publics privatisés pour empêcher
l’adoption de certaines mesures,
avait toutefois souligné que le gouvernement péroniste « ne pouvait
pas donner une gifle à ceux qui
étaient venus investir en Argentine ».
DIFFICILE ÉQUILIBRE
« Je suis convaincu qu’il y aura
accord et solidarité », avait déclaré
pour sa part le ministre de l’économie, Jorge Remes Lenicov, alors
que son vice-ministre, Jorge Todesca, affirmait que le gouvernement
« ne voulait agresser personne, ni
pulvériser aucun secteur de l’économie ». La stratégie du président
Duhalde a été de s’assurer du soutien du Parlement pour imposer les
nouvelles mesures économiques
avant de négocier avec les compagnies étrangères. Il lui faut maintenant trouver un difficile équilibre
entre les revendications des compagnies étrangères qui refusent de
payer le coût du marasme argentin
en réduisant leur marge de bénéfi-
ces et celles des Argentins qui
dénoncent les gains considérables
de ces entreprises et pourraient à
nouveau recourir aux « cacerolazos » (concerts de casseroles) pour
exprimer leur colère.
Deux articles de la loi d’urgence
économique ont soulevé le mécontentement des entreprises
étrangères, notamment espagnoles. Le président de la chambre de
commerce espagnole en Argentine,
José Fernandez, a affirmé, le 7 janvier, que l’Espagne, depuis dix ans,
avait « investi 41 milliards de dollars
en Argentine et créé de la richesse et
des postes de travail » alors que
« les Argentins possèdent 100 milliards de dollars à l’étranger et
20 milliards de dollars » dans leurs
bas de laine.
Le premier article polémique établit un impôt pendant cinq ans sur
les exportations de pétrole et ses
dérivés. Les pétroliers – Shell, Pan
American, Esso, Total et Repsol –
ont été les premiers à exprimer leur
mécontentement, lundi. L’impôt
décidé par le gouvernement « est
discriminatoire », a affirmé le président de la chambre de l’industrie
pétrolière, Juan Jose Aranguren.
INDEXATION ANNULÉE
Le second article qui préoccupe
les entreprises privatisées des services publics porte sur les tarifs du
téléphone, de l’électricité, du gaz et
de l’eau. Malgré l’abandon de la
parité peso-dollar et la dévaluation
de la monnaie nationale, « les tarifs
des services publics ne doivent pas
augmenter » a averti, dimanche
soir, le ministre de l’économie. Ces
services ont des tarifs que les consommateurs paient en pesos mais
qui, par contrat, étaient ajustés
périodiquement en fonction du
coût de l’inflation aux Etats-Unis, et
fixés en dollars. Cette indexation a
été annulée et les tarifs devront
être fixés en pesos.
Au milieu de ces défilés fébriles,
une équipe de techniciens du Fonds
monétaire international (FMI) est
arrivée, lundi, à Buenos Aires pour
analyser les détails du plan d’urgence. C’est la première mission du
FMI en Argentine depuis la rupture
brutale des contacts entre Buenos
Aires et l’organisme international, à
la mi-décembre. Le gouvernement
radical de Fernando de la Rua
s’était vu alors refuser, peu avant sa
chute sous la pression populaire, le
versement d’une ligne de crédits de
1,264 milliard de dollars.
Les Etats-Unis ont exhorté, lundi,
le gouvernement péroniste à travailler avec le FMI. Pour sa part,
M. Remes Lenicov a affirmé que
l’Argentine, qui a déclaré un moratoire unilatéral sur le paiement de
sa dette publique de 142 milliards
de dollars, renégocierait une restructuration de cette dette avec le
FMI et ses créanciers, une fois que
le budget de l’Etat sera adopté, à la
fin du mois de janvier.
Christine Legrand
L’Espagne, premier investisseur européen, retient son souffle
MADRID
de notre correspondante
Entre 1994 et 2000, les entreprises espagnoles implantées en
Argentine à la faveur des privatisations se sont placées, avec un investissement de 25,6 milliards de dollars (28,4 milliards d’euros), juste
derrière les Etats-Unis. Vont-elles à
présent devoir payer la facture de
la crise ? C’est la question que l’Espagne se pose avec angoisse et perplexité depuis l’annonce du plan de
redressement économique du nouveau président argentin, Eduardo
Duhalde.
Une question d’autant plus brûlante que, lundi 7 janvier, un nouveau contrecoup est venu secouer
la Bourse : l’action de Repsol-YPF,
la compagnie pétrolière qui, à elle
seule, totalise 69 % des investissements espagnols en Argentine, a
chuté de 7,85 %, victime de l’annonce d’une prochaine taxe sur les
hydrocarbures, prévue dans le plan
du président Duhalde.
De même, la dévaluation du
peso et le gel annoncé des tarifs
des services publics, payés en
pesos et non plus en dollars, se
sont répercutés sur l’action de
Telefonica, les télécoms espagnoles, gros investisseur, lui aussi, en
Argentine qui a perdu 3 %. Enfin
les titres des deux principaux groupes bancaires espagnols, le Santander Central Hispano (SCH qui
contrôle la banque argentine Banco Rio de la Plata) et le Banco Bilbao Viscaya Argentaria (BBVA
qui contrôle, lui, le Banco Francès), ont baissé respectivement de
4,37 % et 3,25 %.
Est en jeu toute la stratégie des
grandes entreprises espagnoles en
Argentine, ce qui va les obliger à
revoir leurs investissements. Dans
quelle mesure vont-elles être touchées ? Faute de précisions et dans
l’attente des résultats du dialogue
annoncé par les autorités argentines avec les représentants des groupes étrangers, les analystes se perdent en conjectures, pas nécessairement très fiables.
Depuis deux jours, la presse
madrilène s’en fait l’écho : les uns
parlent d’une facture de plus de
3 milliards d’euros que coûterait
aux entreprises espagnoles le
fameux plan Duhalde ; d’autres
estiment que Repsol, qui extrait
en Argentine plus de la moitié de
son pétrole, pourrait enregistrer
20 % de manque à gagner ;
d’autres encore que Telefonica
perdrait jusqu’à 6 % de son bénéfice net ou que le SCH qui, pourtant, en prévision de la crise, avait
créé, l’année dernière, un fonds
spécial de réserve de 1 milliard
d’euros, verrait une baisse de 6 %
à 8 % de ses bénéfices, ainsi que
son concurrent le BBVA.
Enfin, plusieurs journaux évo-
quent même, faute d’assouplissement des mesures économiques,
un possible recours en justice des
groupes espagnols contre le plan
du gouvernement argentin. Groupes dont certains, sans vraiment
parler d’hispanophobie, se sentent
« discriminés, comme le dit un commentateur, par la croisade argenti-
Selon « Clarin »,
M. Aznar aurait
téléphoné cinq fois
en deux jours
à M. Duhalde pour
qu’il maintienne les
tarifs de Telefonica
en dollars
ne contre l’odieux capital étranger ».
Des assouplissements, l’Espagne
ne s’est pas privée d’en réclamer.
Les entreprises intéressées l’ont
fait sur place puis, discrètement,
par téléphone, plusieurs ministres
ont pris le relais. Si l’on en croit le
journal argentin Clarin, José Maria
Aznar serait allé jusqu’à téléphoner cinq fois en deux jours à Eduar-
do Duhalde pour que celui-ci
revoie sa copie et maintienne les
tarifs de Telefonica en dollars. Conversation tendue, selon Clarin, qui
aurait attiré à M. Aznar la sèche
réponse suivante : « Vous devez
comprendre qu’il est impossible,
avec une dévaluation qui fera baisser les salaires, que je demande aux
gens de continuer à payer des services en dollars. »
Pour le gouvernement Aznar
qui, précisément ce mardi, donne
le véritable coup d’envoi de la présidence européenne espagnole et
prône un renforcement des liens
– y compris économiques – de l’UE
avec l’Amérique latine, la crise
Argentine est devenue doublement embarrassante. D’où les
déclarations encourageantes du
ministre de l’économie, Rodrigo
Rato, lundi, devant une commission du Parlement européen.
« Rétablir un cadre crédible pour la
croissance économique n’est pas
facile, a-t-il déclaré, mais il semble
que le gouvernement argentin est en
bonne voie. » Ce qui ne l’empêchait
pas d’ajouter, dans une allusion
aux craintes espagnoles, qu’un
plan économique « crédible et à
long terme » nécessitait forcément
pour récupérer la confiance « un
consensus recherché avec ceux qui
sont affectés ».
Marie-Claude Decamps
INTERNATIONAL
LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002 / 3
Près de 100 milliards de dollars en sept ans
INVESTISSEMENTS ÉTRANGERS EN ARGENTINE : 97,955 milliards de dollars entre janvier 1994 et octobre 2001
en milliards de dollars
ÉTATS-UNIS
RÉPARTITION DES INVESTISSEMENTS FRANÇAIS
10,82 milliards de dollars
ESPAGNE
31,07
25,71
FRANCE
10,82
INDUSTRIE
30 %
ITALIE
5,44
ROY.-UNI
RESTE
DU MONDE
2,58
COMMERCE
ET SERVICES
20 %
4,58
RESTE DE L'EUROPE
6,43
BRÉSIL
INFRASTRUCTURES
47 %
CHILI
6,08
SECTEUR FINANCIER
1%
ACTIVITÉS EXTRACTIVES
2%
5,25
Source : Fondation Invertir/DREE
Avec plus de 50 milliards de dollars, l'Europe représente à elle seule la moitié des investissements étrangers devant
les Etats-Unis et les pays du Cône Sud, essentiellement le Chili et le Brésil.
Les groupes français inquiets mais discrets
PLUS DE 350 entreprises françaises sont implantées en Argentine,
selon la direction des relations économiques extérieures (DREE) du
ministère des finances. Seulement
huit entreprises françaises figuraient néanmoins dans le classement des cent premières entreprises étrangères présentes en Argentine en 1999, en termes de chiffre
d’affaires, selon la société de Bourse Exane. Il s’agit de Carrefour-Promodès (5,09 milliards de dollars,
soit 5,65 milliards d’euros), France
Télécom (1,186 milliard de dollars),
Renault-Nissan
(1,139 milliard),
Danone (744 millions), Peugeot
(645 millions), Casino (581 millions), TotalFinaElf (481 millions),
EDF (307 millions).
b Secteur bancaire : avec des
engagements totaux de 3,2 milliards de dollars, les banques françaises se situent au huitième rang
des créanciers du pays, loin derrière les banques espagnoles (17,6 milliards, soit 26 % des créances) et les
banques américaines (10,1 milliards, 15 % des créances). Leur
exposition au risque – le non-remboursement des créances étatiques
ou privées, et la dévalorisation de
leurs actifs – est limitée. Selon
l’agence Moody’s, le Crédit agricole, qui possède 70 % de Banco
Bisel, la huitième banque de détail
du pays, est de loin le premier intervenant. Suivent la Société générale
(662 millions de dollars, selon Moody’s), BNP Paribas (345 millions de
dollars) et le Crédit lyonnais, dont
les engagements ont été réduits de
moitié depuis deux ans à 240 millions de dollars. Ces banques n’ont
pas confirmé ces chiffres.
b Distribution : Carrefour-Promodès contrôle 30 % du marché
local de la distribution, Casino et
Auchan sont également présents.
Carrefour se refuse à chiffrer l’impact de la fin de la parité peso-dollar, avant la publication, jeudi, de
son chiffre d’affaires 2001. Les ventes du groupe en Argentine, qui
pesaient 6 % de son chiffre d’affaires en 2000, devraient avoir déjà
chuté de 20 % l’an passé, selon Lehman Brothers.
b Services publics privatisés :
EDF est producteur depuis le début
des années 1990, après son entrée
dans Edenor, une compagnie d’élec-
tricité couvrant le nord de la province de Buenos Aires. Une entreprise
dont EDF a pris le contrôle total en
avril 2001, rachetant aux espagnols
Endesa et Repsol leurs participations pour 627,6 millions de dollars.
Edenor réalisait en 2000 un chiffre
d’affaires de 897 millions de pesos
(autant de dollars) et un résultat
net de 90,3 millions de pesos. Elle
alimente en électricité 2,27 millions
d’usagers. Sont aussi desservis un
certain nombre de bidonvilles.
Ceux-ci ne paient pas leur électricité, mais Edenor se rémunère en prélevant, en accord avec les autorités
« La situation est
très difficile. Nous
suivons les choses
au jour le jour »
Un porte-parole
de PSA
locales, une partie des taxes perçues sur les clients payants.
Pour François Roussely, président d’EDF : « Indépendamment du
problème de convertibilité au dollar,
les comptes d’Edenor et de Light [les
filiales argentine et brésilienne
d’EDF] le montrent bien. Les fondamentaux de ces entreprises sont extrêmement sains. » Néanmoins, Edenor « veut revoir les contrats de concession » avec l’Argentine, a annoncé, lundi 7 janvier, son directeur
général, Henri Ducré. « La donne a
changé. Il y a un problème. Il faut
retravailler les nouvelles données et
trouver un nouvel équilibre entre les
tarifs qui ont diminué et la rentabilité demandée légitimement par un
actionnaire », a affirmé le dirigeant
d’Edenor à l’AFP. M. Ducré estime
non viable « un tarif en pesos, sans
augmentation possible ». « Notre
objectif est de garder le niveau de
rentabilité normal que doit avoir une
entreprise », a-t-il dit.
Suez est le seul grand groupe
français à avoir chiffré le coût de la
crise argentine. Lundi, le groupe,
qui avait affecté à l’Argentine une
provision de 100 millions d’euros
dans les comptes 2000, a porté cette somme à 135 millions d’euros.
« Ce complément représente un peu
plus de 1 % du résultat net du groupe
Suez prévu pour l’exercice 2001 »,
indique un communiqué qui précise que l’Argentine représente 3 %
de son chiffre d’affaires. Suez est
essentiellement présent dans l’eau.
Il a la responsabilité des concessions de Buenos Aires, Santa Fe et
Cordoba. Une récente étude de
Dexia indique que le chiffre d’affaires de Suez en Argentine est de
650 millions d’euros avec une marge brute de 18 %. « La majorité des
dettes des concessions est libellée en
dollars : une dévaluation du peso
aurait donc un impact fort sur les
comptes des sociétés », estime
Dexia.
b Secteur manufacturier : Peugeot et Renault contrôlent 40 % du
marché de l’automobile argentin
(35 000 véhicules vendus pour
Renault et 32 000 pour Peugeot sur
un marché de 200 000 ventes en
2001, contre 330 000 en 2000). « La
situation est très difficile. Nous suivons les choses au jour le jour », a
reconnu un porte-parole de PSA.
Valeo a annoncé la fermeture
d’une usine de 90 personnes et le
transfert de la production au Brésil.
b Matières premières : TotalFinaElf, présent en Argentine depuis
1978, est le deuxième producteur
d’hydrocarbures du pays, loin derrière l’espagnol Repsol. Le groupe,
qui n’indique pas quel chiffre d’affaires il réalise dans ce pays, estime
que celui-ci génère « moins de 2 %
du résultat opérationnel du groupe ». Il y a investi plus de 1 milliard
de dollars. Le groupe extrait en
Argentine 180 000 barils d’équivalent pétrole/jour sur une extraction
totale de 2,1 millions de barils. Le
groupe, qui emploie 2 100 personnes en Argentine, refuse d’évaluer
l’impact de la crise sur ses comptes.
b Agroalimentaire : Moët Hennessy détient 45 % de segment vinsmousseux avec Bodegas Chandon
(1 345 hectares de vignobles et
deux sites de vinification). Danone
est numéro un des yoghourts et
desserts lactés, et de l’eau minérale. Pernod-Ricard est également
présent.
Séquence Entreprises
Les banques américaines se préparent
à enregistrer de lourdes pertes
NEW YORK
de notre correspondant
Les crises financières mexicaine
en 1994, thaïlandaise, en 1997 et russe en 1998, avaient ébranlé les marchés, les banques centrales et les
gouvernements.
L’effondrement
monétaire argentin se passe dans
l’indifférence. Wall Street s’en préoccupe à peine et Washington encore
moins.
Il y a sept ans, Bill Clinton, président des Etats-Unis, avait apporté
en catastrophe des dizaines de milliards de dollars au Mexique afin
d’éviter un désastre économique et
social. Il avait alors le soutien du
gouverneur du Texas, George
W. Bush. Devenu président, ce dernier a décidé de laisser l’Argentine à
son triste sort. Une façon de faire
passer un message cher aux républicains : les Etats-Unis n’ont pas l’intention de se porter au secours de
tous les pays victimes des erreurs de
leurs gouvernements. Et puis, à tort
ou à raison, les quelque 142 milliards de dollars (158 milliards
d’euros) de dettes contractés par
l’Argentine, en grande partie auprès
du FMI et de la Banque mondiale,
ne sont pas considérés comme une
menace pour l’économie et la finance mondiale.
Les analystes soulignent sans cesse, à Wall Street, l’absence de contagion à d’autres pays émergents
d’Amérique latine, d’Asie ou d’Europe de l’Est. « En deux semaines, les
marchés brésiliens ont très bien résisté à cinq présidents argentins et trois
gouvernements. Il est donc raisonnable d’en conclure que l’Argentine ne
représente pas une menace sérieuse
pour l’économie brésilienne », explique Gray Newman, économiste de
Morgan Stanley. Les titres représentant les dettes des pays émergents
n’ont quasiment pas bougé, lundi, à
New York. Mieux, le Mexique et le
Brésil ont émis, le même jour, de
nouvelles obligations pour respectivement 1,5 milliard et 1,25 milliard
de dollars sans problème.
LE RISQUE DU PROTECTIONNISME
L’indifférence peut pourtant devenir dangereuse. La dévaluation de
près de 30 % annoncée lundi pourrait n’être qu’un début. De grands
groupes américains comme AT & T
dans les télécommunications, WalMart dans la distribution et AES
dans l’électricité ont aujourd’hui de
grandes filiales en Argentine. Mais
les dégâts les plus visibles seront
enregistrés dans la finance. Les banques vont perdre des milliards de
dollars après la décision du gouvernement de convertir toutes les
créances d’un montant inférieur ou
égal à 100 000 dollars en pesos dévalués, soit 94 % de l’ensemble des crédits, même si, pour les aider, le gou-
vernement a prévu de créer une
taxe sur les exportations de pétrole
qui sera en partie reversée au système financier.
Côté américain, l’établissement le
plus exposé serait FleetBoston, qui a
20 milliards de dollars engagés dans
les activités bancaires en Argentine
et 9 milliards investis. L’action FleetBoston a perdu 10 % en trois semaines. Citigroup, la principale banque
américaine, présente en Argentine
depuis 1918, pourrait perdre, selon
les analystes, jusqu’à 200 millions de
dollars. Sa filiale mexicaine Banamex a annoncé lundi la vente de sa
participation de 59,58 % dans la banque argentine Banco Bansud.
Enfin, il reste un risque difficile à
mesurer : celui de voir le gouvernement de Buenos Aires protéger et
fermer son économie pour tenter de
sauver ce qui reste de l’industrie
argentine mise à mal par la surévaluation du peso et la concurrence
des produits importés. « Si l’Argentine recourt au protectionnisme, cela
pourrait tout simplement remettre en
cause la perspective d’un marché
ouvert couvrant l’Amérique du nord
au sud », estime Fred Bergsten,
directeur de l’Institut d’économie
internationale. Un projet que George Bush espérait bien réaliser avant
2005.
Eric Leser
Tony Blair impuissant à désamorcer
la crise du Cachemire
Son appel au dialogue entre New Delhi et Islamabad a été rejeté
Le périple du premier ministre britannique en Inde et
au Pakistan n’a pas réduit le conflit qui oppose ces deux
puissances, au Cachemire, et qui pèse sur les opérations
AVOUANT SON INCAPACITÉ
à « résoudre la dispute entre l’Inde
et le Pakistan », lundi soir 7 janvier
à Islamabad, le premier ministre
britannique Tony Blair a considéré
que le problème du Cachemire
opposant ces deux puissances
nucléaires « devait être résolu par
le dialogue ». Après s’être entretenu avec le président pakistanais
Pervez Moucharraf, M. Blair a risqué un parallèle avec l’Irlande du
Nord et a répété que le recours au
terrorisme est inacceptable, ainsi
qu’il l’avait dit au premier ministre
indien, la veille à New Delhi.
M. Blair a ajouté que le général
Moucharraf a été « très clair »
dans sa condamnation du terrorisme. S’exprimant à ses côtés, le président pakistanais a indiqué avoir
un plan pour « contrôler et juguler » le fanatisme, qu’il exposera à
la nation pakistanaise dans les prochains jours.
Mais l’appel au dialogue lancé
par M. Blair n’a guère semblé être
entendu. Les duels d’artillerie se
sont poursuivis lundi au Cachemire, où cinq soldats pakistanais et
un militaire indien ont été tués
dans ces affrontements, selon les
autorités indiennes. La tension reste vive dans cette région où l’Inde
et le Pakistan ont déployé leurs
troupes après l’attentat du
13 décembre contre le parlement
indien, attribué par New Delhi à
militaires en Afghanistan. Le numéro deux du Pentagone semble exclure l’Irak des pays où pourrait se prolonger la campagne américaine contre le terrorisme.
des séparatistes cachemiris soutenus par le Pakistan. Lundi, le ministre indien des affaires étrangères,
Jaswant Singh, a exclu tout dialogue immédiat avec le Pakistan.
« Je ne crois pas que la situation soit
déjà désamorcée, a déclaré à ce
sujet le président George Bush,
lundi à Washington, mais je crois
qu’il y a moyen de le faire, et nous
travaillons dur pour convaincre tant
les Indiens que les Pakistanais qu’il
y a moyen de régler leurs problèmes
sans entrer en guerre ».
ENGAGEMENT À LONG TERME
Lors de son séjour pakistanais,
M. Blair a loué le « courage » d’Islamabad qui s’est engagé aux côtés
de la coalition antiterroriste en
Afghanistan. M. Moucharraf a
alors assuré que son pays « demeure conscient de ses responsabilités »
en matière de contrôle de sa frontière afghane. « Nous espérons que
la tension [avec l’Inde] n’atteindra
pas un niveau qui nous obligerait à
faire bouger » les troupes postées
à la frontière afghane vers la frontière indienne, a-t-il précisé.
M. Blair s’est ensuite envolé pour
l’Afghanistan, où il est demeuré
quelques heures sur la base aérienne de Bagram pour affirmer au
chef de l’administration intérimaire afghane, Hamid Karzaï, que l’engagement international en Afghanistan s’inscrit « dans le long ter-
me », et pour féliciter les forces
armées britanniques présentes sur
le terrain.
A Bagram, ce même lundi, une
délégation de sénateurs américains avait précédemment rencontré M. Karzaï, pour la première visite de parlementaires américains
en Afghanistan depuis le début
des bombardements, le 7 octobre.
Au Pentagone, le contre-amiral
John Stufflebeem a indiqué, lundi,
que le militaire des forces spéciales américaines tué vendredi près
de Khost (Est de l’Afghanistan) a
été victime d’une embuscade. Un
jeune Afghan de 12 ans serait son
meurtrier présumé, a affirmé lundi
un responsable des garde-frontières pakistanais ; arrêté par les
membres d’une tribu locale, l’adolescent aurait réussi à s’échapper,
selon la même source.
Par ailleurs, le secrétaire adjoint
à la défense, Paul Wolfowitz, a
semblé exclure l’Irak de la liste des
pays pouvant être visés par la
« guerre contre le terrorisme » engagée par les Etats-Unis. « A l’évidence, la Somalie se présente comme
un candidat potentiel pour les membres d’Al-Qaida en fuite, car son
gouvernement est faible, voire inexistant », a-t-il indiqué, dans un entretien publié mardi 8 janvier par le
New York Times, en citant aussi les
Philippines, l’Indonésie et le
Yemen.- (AFP, AP, Reuters).
L’Autorité palestinienne a ordonné
une commission d’enquête sur l’affaire du « Karine A »
JÉRUSALEM
correspondance
Les déclarations d’Omar Akawi,
le capitaine du bateau Karine A,
lundi 7 janvier, devant les caméras
de la télévision israélienne, de Fox
TV et de l’agence Reuters, ne
répondent pas à la question de
savoir qui est le commanditaire du
chargement de 50 tonnes d’armes,
arraisonné par l’armée israélienne,
en Mer Rouge, la semaine dernière
(Le Monde du 8 janvier). Omar
Akawi a néanmoins confirmé plusieurs détails de l’opération déjà
diffusés par les Israéliens.
Le bateau aurait donc été acheté pour une somme de 400 000 dollars. Le responsable de l’opération serait un officiel Palestinien
basé en Grèce connu sous le nom
de Adel Mougrabi. Les armes
auraient été chargées sur l’île iranienne de Kish, dans le Golfe,
avec l’aide d’un membre du Hezbollah libanais. Une fois arrivé en
mer Méditerranée le capitaine
devait transborder son chargement sur trois petits bateaux, qui
auraient largué les armes en face
de Gaza. Omar Akawi a également précisé que l’Iran était impliqué. « Ces armes sont une donation du monde islamique (…) de
l’Iran et du Hezbollah au peuple
palestinien », a-t-il déclaré, ajoutant que les préparatifs de cette
opération avaient commencé
après les attentats anti-américains du 11 septembre.
DÉMENTI CATÉGORIQUE
A la question de savoir si l’Autorité palestinienne en est le commanditaire, Omar Akawi a répondu : « Je ne sais pas. Je ne crois pas
que les responsables palestiniens
savaient quelque chose ». De fait,
l’implication de Palestiniens dans
cette affaire n’atteste pas celle de
l’Autorité palestinienne. C’est
d’ailleurs le message principal délivré depuis deux jours par plusieurs responsables palestiniens.
« Il y a aussi des officiers israéliens
impliqués dans le trafic d’armes,
cela ne veut pas dire qu’Israël en est
responsable », a déclaré l’un d’eux
au quotidien Jerusalem Post. Quant
au Hezbollah libanais il a démenti
catégoriquement toute implication.
Le président de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat a en tout
cas ordonné lundi la création
d’une commission d’enquête interne, et affirmé que ceux qui
seraient impliqués dans cette affaire seraient punis « si les preuves de
leur implication sont avérées »,
selon son conseiller, Nabil Abou
Roudeina.
Plusieurs responsables palestiniens craignent que ce trafic d’armes torpille tous les efforts diplomatiques entrepris ces dernières
semaines avec un certain succès.
D’autres ont indiqué à la presse
israélienne, sous couvert d’anonymat, que le trafic est permanent,
notamment à partir de l’Egypte et
qu’ils ont déjà des armes comparables à celles trouvées sur le
bateau, mais qu’ils ne les utilisent
pas pour éviter des représailles
israéliennes massives contre la
population palestinienne.
Les Etats-Unis comme l’Union
Européenne – dont le Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune, Javier
Solana, en visite dans la région, a
demandé lundi des explications à
M. Arafat – se sont abstenus de
tout commentaire. Le porte-parole du département d’Etat, Richard
Boucher s’est borné à déclarer :
« Nous voulons connaître les faits
avant de commencer à spéculer ou
à tirer des conclusions. Nous ne
savons pas qui a affrété le navire,
qui était le destinataire, c’est le
genre d’informations que nous
recherchons. »
Catherine Dupeyron
4 / LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002
INTERNATIONAL
Silvio Berlusconi entend gérer pendant au moins En Allemagne, l’opposition
six mois le ministère des affaires étrangères s’agite en vue des législatives
La décision du chef du gouvernement italien inquiète ses partenaires européens
Silvio Berlusconi affiche son intention de profiter
de son intérim à la tête du ministère des affaires
étrangères, consécutif à la démission de Renato
ROME
de notre correspondante
Silvio Berlusconi va pouvoir diriger sans contestation la politique
étrangère italienne, après la démission de son ministre récalcitrant
Renato Ruggiero. Mais pour combien de temps ? Le président de la
République, Carlo Azeglio Ciampi,
en donnant son accord à cet intérim, avait souhaité qu’il soit bref ;
mais le chef du gouvernement affiche l’ambition de « rester au moins
six mois » à la tête de la Farnesina,
le ministère des affaires étrangères.
« Je suis un expert de politique
étrangère, j’ai eu soixante-douze rencontres [internationales] ces derniers mois, je les ai comptées moimême », a-t-il indiqué, pour rassurer les inquiets. Et il s’est d’emblée
donné pour tâche d’opérer une
petite révolution dans l’organisation du ministère pour lui faire assumer un rôle différent. « J’ai l’intention de moderniser la machine de
notre politique étrangère, afin de promouvoir les intérêts commerciaux
des entreprises italiennes, petites et
moyennes, en Europe et dans le monde » a-t-il déclaré au International
Herald Tribune paru lundi 7 janvier.
Ruggiero, pour « moderniser » la politique étrangère italienne, et réaffirme « l’engagement absolu de l’Italie en faveur de l’euro, de l’Europe et de
ver au pouvoir, ne cachent plus
guère leur inquiétude ? L’emploi
du temps d’un ministre des affaires étrangères, alors que se préparent les réformes institutionnelles
et l’élargissement de l’UE, dépasse
le plein temps. Un premier rendezvous qu’avait M. Ruggiero – la réunion envisagée pour mercredi à
Paris avec ses homologues français, allemand et britannique – a
été reporté par le quai d’Orsay
l’OTAN ». Mais des interrogations demeurent sur
sa capacité à gérer un calendrier chargé et sur sa
position sur l’élargissement de l’Europe.
l’on veut pour l’Europe future.
Mais jusqu’où le gouvernement italien acceptera-t-il la part de supranationalité, et consentira-t-il à la
perte, au profit des nouvelles
recrues de l’Est, d’une partie des
fonds communautaires dont le
pays a largement bénéficié pour
son développement jusqu’à maintenant ?
Dans ce contexte lourd d’interrogations, Silvio Berlusconi a choisi
La grève a été largement suivie dans les banques
A l’appel de leurs principaux syndicats, les employés des banques
ont fait grève lundi 7 janvier, pour protester contre l’absence de compensations lors de la semaine de passage à l’euro. Neuf guichets sur
dix sont restés fermés, les files se sont allongées aux distributeurs rapidement asséchés et, dans les bureaux plus éloignés de la clientèle, ce
mouvement a été suivi à 60 %. Les syndicats réclamaient par ailleurs
la renégociation du « contrat de travail », la convention qui fixe les
barèmes de rémunérations dans le secteur, venue à expiration après
quatre ans d’application.
Pour l’Association des banques italiennes, l’organisation patronale
accusée par les grévistes d’avoir « sous-évalué l’impact de l’introduction de l’euro », ces revendications sont dictées par « un alarmisme
injustifié ». Sergio Billè, le président de la Confédération des entreprises de commerce et de services, a estimé que « ce mouvement va créer
de nouveaux problèmes pour l’approvisionnement en euros ». Il a demandé l’ouverture de guichets spécialement réservés aux commerçants.
RENDEZ-VOUS REPORTÉ
Ces PME, qui furent à l’origine
du boom économique de l’Italie,
forment la base la plus solide du
gouvernement de centre-droit.
Celui-ci a privilégié, depuis son installation, une politique qui leur est
favorable, en symbiose avec les
plans de la Confindustria, le
Medef italien.
Mais, a insisté le chef du gouvernement, le départ de Renato Ruggiero « ne change pas l’engagement
absolu de l’Italie en faveur de l’euro,
de l’Europe et de l’OTAN ». Cela
va-t-il suffire à convaincre ses partenaires européens qui, après
avoir un temps excusé les incartades d’une équipe qui venait d’arri-
« pour des raisons de calendrier ».
Mais comment le chef du gouvernement pourra-t-il honorer les
multiples et indispensables rencontres de travail ?
Sur le fond, Silvio Berlusconi
doit convaincre qu’il ne partage
pas, sur l’élargissement de l’Union
prévu pour 2004, les réserves émises jusque-là par les eurosceptiques de son gouvernement, contre
l’avis de Renato Ruggiero. Certes,
comme l’a rappelé ces jours-ci Giulio Tremonti, titulaire du portefeuille de l’économie et des finances et défenseur pointilleux du pacte de stabilité, il est légitime et sain
de discuter ouvertement de ce que
ce week-end de trancher dans le
vif le désaccord avec son ministre
des affaires étrangères. Ce dernier
n’avait pas ménagé non plus ses
critiques dans la presse, les jours
précédents. Le camp eurosceptique s’est ouvertement réjoui de ce
divorce
« par
consentement
mutuel », notamment Umberto
Bossi, numéro trois du gouvernement et leader de la Ligue du
Nord, antieuropéenne, ex-séparatiste et volontiers xénophobe, qui
n’avait jamais accepté la présence
de Renato Ruggiero aux commandes de la Farnesina.
« Je suis le seul titulaire de la politique étrangère », a déclaré sèche-
ment le chef du gouvernement. Il
aurait pu néanmoins faire valoir
cette prérogative d’une autre
façon, et exiger le calme de tous
les membres du gouvernement,
dont Umberto Bossi, avant que la
crise n’en arrive à la démission forcée du ministre des affaires étrangères. M. Berlusconi n’a pas jugé
bon de le faire, craignant peut-être
pour sa majorité. Est-ce le premier
grave symptôme de fragilité de sa
coalition arrivée au pouvoir sur
une confortable majorité parlementaire ?
Lundi 14 janvier, la Chambre des
députés, et peut-être mardi le
Sénat, vont entendre le chef du gouvernement sur l’affaire Ruggiero et
débattre, sans vote, de sa politique
européenne. L’opposition de centre gauche réunie dans la coalition
de l’Olivier avait réclamé ce
face-à-face, et le président Ciampi
avait insisté pour qu’il ait lieu.
Lundi, lors d’une manifestation
pour l’Europe devant le Capitole –
l’Hôtel de ville où fut signé en
1957 le Traité de Rome fondateur
de la Communauté européenne –,
le leader de l’Olivier Francesco
Rutelli a estimé qu’il serait « irresponsable » de la part de Silvio Berlusconi de prétendre à un long intérim ; il a parié « dix euros » que le
chef du gouvernement ne le pourrait pas. « Nous sommes Européens,
nous sommes pour l’élargissement »
a-t-il rappelé, déplorant ce qui
représente à ses yeux « la plus
grande victoire politique d’Umberto
Bossi ». L’Olivier, auparavant au
pouvoir, avait mené avec succès
une politique financière stricte
afin de satisfaire aux critères de
Maastricht, allant jusqu’à faire
accepter à l’opinion un impôt supplémentaire « spécial euro » pour
réduire le déficit public – un cas
unique en Europe.
Danielle Rouard
Les capitales européennes en attente d’éclaircissements
LA REPRISE en main du ministère italien des affaires étrangères
directement par le président du
Conseil Silvio Berlusconi a provoqué, lundi 8 janvier, le report de plusieurs réunions de travail prévues
au niveau européen avec le responsable de la diplomatie italienne. A
la demande du gouvernement italien, le ministre espagnol Josep
Piqué, dont le pays assure actuellement la présidence de l’Union, a
repoussé d’une semaine la visite
qu’il avait prévue mardi à Rome
avant la démission, le 5 janvier, de
Renato Ruggiero. Et les ministres
français, allemand et britannique
des affaires étrangères, qui avaient
songé se réunir mercredi à Paris
avec MM. Ruggiero, Piqué et Javier
Solana, le responsable de la diplomatie européenne, pour se concerter sur l’Afghanistan et le ProcheOrient, ont jugé eux aussi plus prudent de se voir ultérieurement.
L’heure dans les capitales est à
attendre de la part de M. Berlusconi
des éclaircissements. Sur le plan
pratique, on s’y demande comment
le président du Conseil va gérer sa
double casquette, à un moment où
le conseil des ministres des affaires
étrangères des Quinze va être occupé non seulement avec les dossiers
de politique extérieure, mais aussi
avec la préparation de la Convention sur les réformes de l’Union.
Au delà, et sur le fond, les assurances données par M. Berlusconi
sur la continuité de l’engagement
européen de l’Italie n’ont pas été
suffisamment précises pour avoir
une appréciation claire de ce que
sera la politique italienne. Le mot
d’ordre de « vigilance », qui avait
été mis en avant à Paris au moment
de l’arrivée au pouvoir de la nouvelle coalition de droite en Italie en
juin 2001, reste d’actualité. On y
estime qu’il faut s’attendre au minimum à ce que l’Italie défende avec
beaucoup de vigueur ses intérêts
nationaux dans les négociations à
venir. Cela a déjà été le cas du reste
au Sommet de Laeken, à propos de
la répartition des sièges des nouvelles agences européennes. Rome
avait eu une attitude tout aussi
vigoureuse que celle des… Français.
Les critiques sont bien sûr plus
vigoureuses à gauche de l’échiquier
politique. Après Laurent Fabius, le
ministre français de l’économie et
des finances, qui avait parlé du
« besoin d’une certaine clarification
au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement », Pierre Moscovici, le
ministre des affaires européennes,
a estimé lundi soir, au cours d’une
émission télévisée, que « depuis
que M. Berlusconi est premier ministre, la voix européenne de l’Italie est
ambiguë ou faible ».
La droite pro-européenne dans
l’Union n’en a pas moins exprimé
son inquiétude, à l’instar de Nicole
Fontaine (UDF), la présidente sortante du parlement européen, qui a
souhaité de la part de M. Berlusconi « des affirmations fortes que le
cap européen sera bien maintenu ».
L’allemand Hans-Gerd Pöttering,
président du groupe parlementaire
du Parti populaire européen – qui
rassemble les principales formations de droite au parlement européen, dont celle de M. Berlusconi –,
a estimé qu’il n’avait « pas de doute
sur les sentiments pro-européens de
M. Berlusconi », mais l’a quand
même exhorté à montrer « clairement que l’Italie est un élément de
stabilité dans la politique européenne ».
Même à Madrid, qui avait fait de
ses relations avec Rome un des
axes de sa politique européenne, le
gouvernement de José Maria Aznar
n’a guère paru enchanté des changements. La presse de droite y a été
très critique. Le quotidien El Mundo
déplorait lundi que M. Berlusconi
conduise son pays « vers un isolationnisme suicidaire ».
La droite se mobilise pour choisir qui,
d’Angela Merkel ou d’Edmund Stoiber,
sera son candidat face au chancelier Schröder
BERLIN
de notre correspondant
Officiellement, ils ne sont encore
candidats qu’à la candidature, prêts
à aimablement débattre de qui d’entre eux sera le meilleur porte-drapeau de la droite allemande pour
défier le chancelier Gerhard
Schröder lors des prochaines élections législatives, le 22 septembre.
Mais depuis qu’ils ont l’un et l’autre
publiquement déclaré qu’ils étaient
prêts à endosser ce rôle, Angela Merkel, présidente de l’Union chrétiennedémocrate (CDU), et Edmund Stoiber, ministre-président de Bavière et
chef de l’Union sociale-chrétienne
(CSU), la version bavaroise de la
CDU, sont objectivement lancés
dans une course où il leur faudra
d’abord vaincre l’allié avant d’espérer affronter l’ennemi.
Depuis des mois, à coups de petites phrases et de confidences distillées par leur entourage, Angela
Merkel et Edmund Stoiber tournaient autour du pot, chacun, comme dans une course cycliste, attendant l’initiative de l’autre pour s’accrocher à sa roue et se lancer à son
tour. Début décembre encore, lors
du congrès des chrétiens-démocrates, à Dresde, ils avaient soigneusement évité la question, affirmant
que l’intérêt supérieur de leur camp
imposait d’être responsable et de
rester unis.
ANNONCES PUBLIQUES
Mais l’échéance de l’élection se
rapprochant, la pression s’est faite
plus forte. Angela Merkel avait ainsi
récemment déclaré qu’elle n’était
pas encore prête à mettre fin à sa
carrière politique ; quant à Edmund
Stoiber, apparemment plus hésitant, il laissait ses lieutenants affirmer que leur chef leur semblait le
candidat le mieux à même de vaincre Gerhard Schröder et de ramener
les chrétiens-démocrates à la chancellerie. Dimanche 6 janvier, l’un et
l’autre ont finalement sauté le pas.
« Je suis prête à me lancer dans la
course à la chancellerie », a confié
au Welt am Sonntag Angela Merkel,
en précisant que l’Allemagne était
désormais mûre pour porter une
femme à sa tête. Ce même dimanche, Edmund Stoiber s’est à son
tour officiellement lancé, acceptant, « si la CDU et la CSU le veulent », d’être candidat à la chancellerie. Ces annonces publiques ont
aussitôt suscité commentaires et
ralliements dans le camp chrétiendémocrate dont plusieurs des responsables se sont aussitôt alignés
sur leur champion. Sentant poindre
l’affrontement et la mauvaise image qu’il ne manquerait pas de donner, le président du groupe parlementaire CDU-CSU, Friedrich
Merz, a demandé aux deux candidats de se mettre d’accord avant le
22 janvier, faute de quoi, a-t-il
menacé, ce seront les 245 députés
du groupe qui trancheront.
La bataille est tout entière une
bataille de pouvoir. Même si Angela
Merkel, arrivée à la tête du parti
après la défaite de M. Kohl et sa
mise en cause dans le financement
illégal du parti, est réputée moins
conservatrice qu’Edmund Stoiber,
on serait bien en peine de trouver
de significatives différences politiques entre les deux prétendants.
Leurs partisans, d’ailleurs, ne s’affrontent pas sur le programme mais
sur les qualités personnelles – sexe,
âge, expérience politique, éloquence et même résistance physique –
qui feraient de leur champion un
meilleur candidat. Contrairement à
Mme Merkel, originaire de l’est du
pays, qui n’a jamais dirigé un Land,
M. Stoiber peut étaler ses réalisations dans son fief bavarois, ce qui,
L’union de la gauche
à Berlin
Sociaux-démocrates du SPD et
néo-communistes du PDS ont
définitivement conclu, lundi 7 janvier, un accord de gouvernement
pour la ville-Etat de Berlin. L’accord, dont les grandes lignes
avaient été tracées fin décembre,
entrera en application le 17 janvier, lorsqu’il sera entériné par
l’Assemblée législative de Berlin.
Sur les huit postes de sénateurs
(ministres) à pourvoir, le PDS en
obtient trois qui traiteront des
dossiers relatifs à l’économie et
au travail, aux femmes, à la
culture, à la santé et à diverses
questions sociales. Le SPD, dont
le chef, Klaus Wowereit, conserve
le poste de maire, aura la responsabilité de la police, de la justice,
des finances, de l’école et du développement urbain.
L’accord signé entre les deux
partis contient un préambule où
le PDS reconnaît que le SED, le
parti est-allemand dont il est l’héritier, porte « la dette impérissable » des « persécutions, emprisonnements et exécutions » commises
à l’encontre des opposants dans
l’ancienne RDA. « Regarder l’avenir n’est possible que si l’on ne
redoute pas de jeter un regard critique sur le passé », a estimé le chef
régional du PDS, Stefan Lieblich.
– (Corresp.)
selon les analystes du camp chrétien-démocrate, lui vaudrait un net
avantage.
La lutte qui vient de débuter s’annonce d’autant plus vive que les
chrétiens-démocrates, après des
années de vaches maigres, pensent
à nouveau avoir leurs chances. Pour
la première fois depuis la victoire de
Gerhard Schröder en 1998, un sondage a récemment placé la CDU
avant les sociaux-démocrates dans
les intentions de vote des électeurs.
Un sondage ne fait certes pas une
élection, surtout neuf mois avant
l’échéance, mais les difficultés qu’affronte le chancelier Schröder, confronté à la montée du chômage, ont
brutalement revivifié un camp qui,
jusque-là, ne semblait pas croire en
ses chances.
Georges Marion
Les commissaires européens ne sont pas près d’être relogés au « Berlaymonstre »
BRUXELLES
de notre bureau européen
A Bruxelles et dans le monde, le Berlaymont,
gigantesque bâtiment en croix, a longtemps symbolisé l’Europe. Déserté depuis dix ans par les
fonctionnaires pour cause d’amiante, assaini
mais encore en cours de rénovation, l’ancien siège de la Commission européenne devrait, à l’avenir, représenter surtout un bel exemple de désastre financier. Selon deux sénateurs belges,
auteurs d’un Livre noir publié le 4 janvier, le coût
total de cette réhabilitation se situera entre 1,36
et 1,61 milliard d’euros et les commissaires des
Quinze n’intégreront pas leurs nouveaux bureaux
avant 2004. Le projet initial tablait sur 1998…
Propriété de l’Etat belge, l’audacieuse construction du rond-point Schuman a depuis longtemps été baptisée le « Berlaymonstre », tant en
raison de l’ampleur du chantier que des aberrations de sa gestion. Contraints à la fin des
années 1980 d’assainir les 243 000 mètres carrés
de bureaux, les pouvoirs publics belges avaient
mis sur pied, en 1990, une société mixte (SA Berlaymont, devenue B 2000), chargée tout à la fois
de concevoir, de commander et de surveiller le
déroulement des travaux. A côté de l’Etat belge,
des banques détenaient un tiers du capital et prêtaient l’argent nécessaire tandis qu’un entrepre-
neur (Europconstruct, réunissant Bouygues et
Strabag) coordonnait l’ensemble et, notamment, l’activité des sous-traitants.
Cette structure lourde, inhabituelle, n’allait
pas tarder à démontrer sa lenteur et à s’avérer
une source de conflits. « Ce montage n’aurait
jamais dû être accepté, B 2000 n’ayant aucune
expérience pour être le maître d’œuvre », diagnostiquent Alain Destexhe et Vincent Van
Quickenborne, les deux sénateurs qui avaient
publié en 2000 un premier rapport qu’ils viennent d’actualiser. Luc Kint, le patron de B 2000,
a beau estimer que les auteurs du Livre noir exagèrent, le constat est effarant : les plans de la
conception finale du bâtiment ne sont pas encore publiés, il reste pour plus de 250 millions
d’euros de travaux à exécuter et onze procédures judiciaires ont été lancées.
JURISTES ET SPÉCIALISTES DE L’AUDIT
La réhabilitation devrait, pour finir, s’étaler
sur une période deux fois plus longue que prévu
et son coût sera, selon B 2000 elle-même, multiplié par cinq, pour atteindre 501 millions
d’euros. « Disons plutôt 570 », corrige Alain Destexhe. Un montant largement supérieur, en tout
cas, à celui que la Commission, extrêmement
vigilante depuis qu’elle a été éclaboussée par les
scandales de l’époque Jacques Santer et Edith
Cresson, est prête à acquitter, soit 375 millions
d’euros, dans le cadre d’une négociation sur
l’éventuelle acquisition de l’immeuble.
Tandis que la moitié du chantier est actuellement à l’arrêt, les dirigeants de B 2000 affrontent aussi les questions des juristes et spécialistes de l’audit, dépêchés sur place par le gouvernement belge et par la Commission européenne, laquelle a aussi délégué au Berlaymont des
fonctionnaires de l’Office de lutte antifraude
(OLAF) chargés d’enquêter notamment sur le
financement de la rénovation.
Neil Kinnock, le vice-président de la Commission, espérait signer, avant la fin de 2001, un
accord définitif avec le gouvernement belge. Il
attendra : Rik Daems, le ministre des entreprises publiques, lui a prudemment indiqué qu’il ne
pouvait s’engager formellement sur la date de
réception du bâtiment et sur le montant de la
facture finale. Une lenteur d’autant plus malvenue pour les institutions de Bruxelles qu’elles
estiment à 250 000 mètres carrés la surface de
bureaux supplémentaires dont elles auront
besoin, dans les dix années à venir. L’équivalent d’un nouveau « Berlaymonstre ».
Jean-Pierre Stroobants
Soldes
Homme : 27, rue Royale, Paris 8e
Femme : 15, place de la Madeleine, Paris 8e
17, avenue Victor-Hugo, Paris 16e
42, rue de Grenelle, Paris 7e
INTERNATIONAL
Washington ne s’interdirait pas
de reprendre ses essais nucléaires
WASHINGTON. Le gouvernement américain ne s’interdit pas de
reprendre ses essais nucléaires souterrains afin de maintenir la fiabilité de son arsenal stratégique, rapporte, mardi 8 janvier, le Washington Post. Au quotidien qui relate des informations confidentielles
censées être à l’origine de la révision, par George Bush, de la « posture » nucléaire américaine, prochainement présentée au Congrès,
un responsable du département à l’énergie – l’administration chargée de la conception des charges nucléaires – a déclaré : « On veut
avoir l’option de reprendre les essais si on trouve que cela est nécessaire ».
En 1992, les Etats-Unis se sont imposé un moratoire unilatéral sur
les expérimentations souterraines mais ils n’ont toujours pas ratifié
le CTBT (Comprehensive Test Ban Treaty), qui est un traité international pour l’interdiction complète des essais. – (AFP.)
La Bosnie lance un mandat d’arrêt
contre un ancien ambassadeur
SARAJEVO. Un mandat d’arrêt international a été lancé par la Bosnie à l’encontre de l’ancien ambassadeur auprès des Nations unies
Mohammed Sacirbey, accusé d’avoir détourné 2,8 millions d’euros, a
annoncé, lundi 7 janvier, un représentant d’Interpol Bosnie. Tous les
pays membres d’Interpol ont été informés de ce mandat d’arrêt international et décideront de manière individuelle s’ils doivent extrader
M. Sacirbey ou non, a déclaré Asim Fazlic, le directeur adjoint d’Interpol Bosnie. M. Sacirbey, qui a la double nationalité bosniaque et
américaine, se trouverait actuellement aux Etats-Unis.
Le ministère des affaires étrangères bosniaque avait accusé M. Sacirbey en mars dernier d’avoir détourné 2,5 millions de dollars (2,8 millions d’euros) des fonds publics.
M. Sacirbey a occupé une première fois la fonction d’ambassadeur
de Bosnie auprès de l’ONU de 1992 à 1996, et a été à ce titre l’un des
principaux interlocuteurs bosniaques des grandes puissances pendant la guerre en Bosnie. Il a été le ministre des affaires étrangères
de Bosnie de 1996 à 1998, puis de nouveau ambassadeur à l’ONU de
1998 à 2000. – (AFP.)
Tchad : accord de réconciliation
avec les rebelles du Tibesti
TRIPOLI. Le principal mouvement rebelle du Tchad et le gouvernement du président Idriss Déby ont signé, dans la soirée du lundi
7 janvier, un « accord de réconciliation » qui doit mettre fin à trois
ans de guerre de harcèlement dans la montagne septentrionale du
Tibesti. Au terme de trois jours de négociations à Tripoli, sous la
houlette du ministre libyen de l’Unité africaine, Ali Abdessalam Triki, le Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad (MDJT)
et le pouvoir en place à N’Djaména se sont engagés à libérer leurs
prisonniers de guerre, à mettre fin à toute « propagande hostile » et
à instaurer, d’ici un mois, trois « commissions techniques » devant
mettre au point, également dans un délai d’un mois, les détails
d’une « intégration politique et militaire » du MDJT.
Présidé par l’ancien ministre de la défense, Youssouf Togoïmi, qui a
pris le maquis en octobre 1998, le Mouvement pour la démocratie et
la justice au Tchad constituait la plus importante menace militaire
pour le régime du président Déby, au pouvoir depuis 1990.
L’accord parrainé par la Libye consacre l’influence tutélaire de ce
pays voisin, avant 1990 en guerre avec le Tchad. – (AFP, Reuters.)
DÉPÊCHES
a SUISSE : la situation de l’économie mondiale reste relativement
faible à court terme mais des signes de reprise prochaine apparaissent dorénavant, a déclaré, lundi 7 janvier, Eddie George, gouverneur de la Banque d’Angleterre et porte-parole des banquiers centraux du G10. « La perspective pour la croissance est de se reprendre
au fur et à mesure que nous avançons dans l’année » a-t-il souligné à
l’issue de la réunion bimestrielle du Groupe à Bâle (Suisse). C’est le
cas, selon lui, aux Etats-Unis, dans la zone euro et dans certains pays
émergents comme la Corée du sud. La croissance aux Etats-Unis « a
presque touché le fond » actuellement a ajouté M. George qui prévoit
une croissance du PIB de 30 fin 2002 contre près de zéro actuellement. – (AFP.)
a ALGÉRIE : après avoir conclu un accord d’association avec
l’Union européenne, prévoyant notamment la création en
2010 d’une zone de libre-échange entre les pays de l’UE et ceux du
sud de la Méditerranée, l’Algérie présentera sa candidature à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) le 15 janvier, a affirmé, lundi 7 janvier, le ministre algérien des affaires étrangères, Abdelaziz
Belkhadem. – (AFP.)
a La rencontre prévue lundi entre les délégués « dialoguistes » de
Kabylie et le chef du gouvernement algérien, Ali Benflis, a été reportée pour la seconde fois. Les « dialoguistes » expliquent ce nouveau
délai par des « retards » de rédaction des rapports de certains ateliers
de discussions mais il semble que de nombreuses questions soient
encore litigieuses, en particulier celle concernant le départ des gendarmes de Kabylie.
a ALLEMAGNE : des militants de Greenpeace ont manifesté, lundi
7 janvier, à Berlin devant le siège allemand du groupe pétrolier français TotalFinaElf, que l’organisation écologiste accuse de polluer la
Sibérie. TotalFinaElf exploite chaque année dix millions de tonnes
de pétrole issu du réseau défectueux des oléoducs en Sibérie, via
une filiale suisse. 500 litres fuiraient chaque seconde de ces oléoducs, selon Greenpeace, pour qui la compagnie porte par conséquent « une responsabilité claire dans la pollution au pétrole en Sibérie ». – (AFP.)
Huit Irakiens exécutés pour avoir
pris contact avec l’opposition
PARIS. Accusés d’avoir « pris contact avec l’opposition », huit
citoyens Irakiens, arrêtés en décembre 2 000, ont été exécutés, indique le Centre pour les droits de l’homme relevant du Parti communiste irakien, dans un communiqué.
Les corps de Maher Hussein Majid et Ali Abdel Hussein Lazem,
tous deux étudiants, ainsi que ceux de Sayyed Emad Sayyed Abbas,
docteur en droit musulman, Hafedh Sabah al-Eidani, conscrit,
Wahid Salman al-Dubaisi, entrepreneur, Ahmad Gati, employé,
Khoudayyer Hadi al-Shouwaily et Sayyed Hamed Sayyed Ali
al-Jaberi, commerçants, ont été remis en novembre 2001 à leurs
familles.
Celles-ci ignoraient tout de leur sort pendant près d’un an, indique
le Centre, qui appelle « les organisations de défense des droits de
l’homme l’opinion publique internationale et tous les hommes de bonne volonté » à dénoncer ces « nouveaux crimes barbares » commis
par un « régime dictatorial » et à exiger de ce dernier le respect des
droits de l’homme et la libération de tous les prisonniers politiques.
LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002 / 5
La chasse aux pyromanes est lancée
dans une Australie dévastée par le feu
La plupart des incendiaires arrêtés sont des enfants ou des adolescents
Après deux semaines de gigantesques incendies,
désormais largement circonscrits par la pluie
après avoir touché plus de 570 000 hectares,
SYDNEY
de notre correspondant
Après la pluie vient le temps de
la chasse aux pyromanes. Les averses qui sont tombées dans la nuit
du dimanche 6 au lundi 7 janvier
sur Sydney et sur le nord de l’Etat
de Nouvelle-Galles du Sud ont
éteint la plupart des incendies dans
le parc des Blue Mountains et
autour de la rivière Hawkesbury.
« Le cœur du problème a diminué
de taille mais rien n’est résolu pour
autant », a tempéré Phil Koperberg, le coordinateur des 20 000
pompiers en lutte contre ces feux
qui ont déjà dévoré plus de 570 000
hectares, soit deux fois la superficie du duché du Luxembourg.
« Mais la pluie ne signifie pas que
tout le monde peut remballer ses
outils et rentrer à la maison. Loin de
là », a-t-il ajouté, en se référant à
l’absence d’averses dans le sud de
l’Etat, où plusieurs centaines de
personnes ont encore été évacuées
lundi 7 janvier.
Quinze jours après le début des
incendies, les Australiens veulent
que les pyromanes, qui sont responsables de plus de 50 % des
l’opinion publique australienne réclame de lourdes condamnations contre des pyromanes qui
seraient à l’origine de plus de la moitié des
départs de feu, soient condamnés
à de très lourdes peines. Cet opprobre public est relayé par la presse
locale. « Les pyromanes sont les véritables terroristes australiens et il est
temps maintenant que leurs activités
soient réprimées impitoyablement »,
a jugé Malcolm Bunston dans le
Canberra Times. « Je suggère qu’on
les mette pour toujours dans des
cages spéciales au zoo de Taronga
[à Sydney] », propose Len Berlin
dans The Sydney Morning Herald.
TEXTES TROP LAXISTES
Le premier ministre de NouvelleGalles du Sud, Bob Carr, tente d’assouvir la soif de vengeance de ses
concitoyens – et électeurs – en promettant de nouvelles lois pour toutes les personnes coupables
d’avoir volontairement provoqué
un incendie. Le droit en vigueur
dans cet Etat prévoit une peine
maximale de quatorze ans d’emprisonnement pour les pyromanes,
mais les textes concernant les
mineurs sont jugés très laxistes. Or
dix-sept des vingt-cinq personnes
qui ont déjà été arrêtées par la police ne sont pas majeures. Jeudi
départs de feu. La classe politique propose un
nouvel arsenal législatif pour punir les incendiaires en culotte courte.
3 janvier, deux enfants de sept et
huit ans ont été pris en flagrant
délit près de Wollongong au sud de
Sydney.
Pour tenter de punir ces criminels en culotte courte, Bob Carr a
annoncé vendredi 4 janvier plusieurs mesures. Les coupables âgés
de moins de dix-huit ans seront
désormais contraints de rencontrer des victimes d’incendie et ils
devront visiter des services de
soins aux grands brûlés dans les
hôpitaux. Ils seront aussi obligés
de nettoyer des zones dévastées
par les flammes. Il faut « mettre le
nez [des incendiaires] dans les cendres », a résumé ce premier ministre travailliste.
40 MILLIONS D’EUROS
Une telle réforme législative ne
réjouit pas tout le monde. Bob
Carr « tente de prendre le train émotionnel en marche, a condamné
Nick Cowdery, le directeur du
ministère public. Il serait salutaire
que nos dirigeants n’augmentent
pas le degré d’émotion » de la population. La sensibilité des Australiens vis-à-vis des incendies ne
devrait pas s’atténuer à la lecture
des dernières nouvelles publiées
dans la presse locale. Un pompier,
grièvement brûlé, a été évacué par
hélicoptère vendredi 4 janvier. Plusieurs de ses collègues auraient probablement trouvé la mort la veille
si un hélicoptère géant surnommé
« Elvis » n’était pas venu à leur
secours. « Les flammes faisaient
une boule de feu. Nous étions encerclés », a expliqué au Daily Telegraph Chris Tierney. « Elvis nous a sauvés », a renchéri Darrell Pascoe.
Conscient de l’efficacité de ce
réservoir volant de 9 000 litres
d’eau, le gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud a loué pour dix
semaines deux appareils supplémentaires, surnommés « l’Incroyable Hulk » et « la Pêche de Géorgie », qui sont arrivés lundi 7 janvier à Sydney. Les assureurs estiment que les dommages causés
par les incendies dépassent 40 millions d’euros, une somme déjà
supérieure aux 32 millions d’euros
de pertes provoquées par les feux
de 1994.
Frédéric Therin
6
FRANCE
LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002
PRÉSIDENTIELLE
Dominique
Strauss-Kahn officialise son retour
en politique. Lundi 7 janvier, il était
l’invité du Grand Débat RTL-Le Monde. Face à la présidente du RPR,
Michèle Alliot-Marie, l’ancien ministre des finances de Lionel Jospin a
défendu le bilan du gouvernement,
notamment les 35 heures et l’arrivée de l’euro. b SON LIVRE, La Flam-
me et la Cendre, consacré au socialisme du XXIe siècle, à la France, à
l’Europe et à la mondialisation, sera
en librairie le 22 janvier. b SA SORTIE sera pour lui l’occasion d’avan-
cer des propositions « personnelles » et « originales », comme un
plan de développement à destination des pays de l’arc méditerranéen, financé par les Quinze.
b LA PLACE DE « DSK » dans le dispositif du candidat Jospin devrait
être importante, mais François Hollande insiste sur la constitution
d’une équipe homogène.
Dominique Strauss-Kahn a soigneusement préparé sa rentrée politique
Invité du « Grand Débat RTL-“Le Monde” », lundi 7 janvier, « DSK »a défendu le bilan du gouvernement de Lionel Jospin. L’ancien ministre de l’économie,dans
son ouvrage à paraître le 22 janvier, avance une série de propositions « personnelles », notamment sur la relance économique, qui complèteront celles du PS
DANS le plan de campagne des
socialistes, janvier doit être le mois
du « collectif » : l’« équipe » de Lionel Jospin va occuper l’espace médiatique, en attendant l’entrée – la plus
tardive possible – du premier ministre dans l’arène présidentielle. Pour
l’ancien ministre des finances, Dominique Strauss-Kahn, janvier doit
être aussi – surtout – le « mois
DSK ». Celui de son retour en grâce
sur la scène nationale, après sa réhabilitation judiciaire dans l’affaire de
la Mutuelle nationale des étudiants
de France (MNEF) et dans l’affaire
Elf, et sa réélection comme député,
à Sarcelles, le 1er avril 2001.
Ce retour, qu’il souhaite en fanfare, a été soigneusement orchestré. Il
s’organise autour de la parution, le
22 janvier, chez Grasset, de son premier livre politique – l’agrégé d’économie n’avait rédigé que des traités
spécialisés. Promis et attendu par
ses amis depuis plusieurs années,
imaginé au départ sous la forme
d’un livre d’entretien avec le journaliste Bernard Guetta, La Flamme et
la cendre est un essai de quatre
cents pages consacré au socialisme
du XXIe siècle, à la France, à l’Europe
et à la mondialisation.
C’est sous les mânes de Jean Jaurès que s’est placé le modernisateur
du Parti socialiste, qui fait régulièrement la « une » des journaux anglosaxons et reste très apprécié des
patrons depuis son passage à Bercy.
Le titre de son ouvrage est inspiré
d’un discours Pour la laïque de Jean
Jaurès, écrit en 1907. Le fondateur
du quotidien L’Humanité lance à ses
adversaires de la SFIO, née deux
ans plus tôt après la victoire des
guesdistes : « C’est nous qui sommes
les héritiers du foyer des aïeux. Nous
en avons pris la flamme. Vous n’en
avez gardé que la cendre. »
Depuis l’annonce de sa relaxe
dans l’affaire de la MNEF, le
7 novembre, « DSK » avait amorcé
un retour. En images, sans paroles,
par exemple en posant dans ParisMatch du 22 novembre 2001, avec
sa femme, la journaliste Anne Sinclair. Il avait bien accepté deux
meetings de précampagne autour
du bilan du PS, à Besançon et à
Bordeaux, mais il était resté à cha-
nel », que la taxe Tobin, défendue
par le PS, et qu’il avait pourtant
défendue auprès du candidat Jospin
en 1995, ne « serait pas efficace ».
Pour le reste, M. Strauss-Kahn,
qui s’est montré plus europhile que
jamais, a plutôt fait profil bas. La
baisse des impôts ? Celui qui a
convaincu Lionel Jospin de l’imposer aux socialistes n’en a quasiment
pas parlé. A peine a-t-il signalé que
le gouvernement actuel avait consacré l’essentiel de ses marges de
manœuvre à réduire les prélèvements. Et pour l’avenir, l’ancien
ministre a préféré vanter les services publics à la française plutôt que
les allégements fiscaux. Pas un mot
sur la réforme de l’Etat, qu’il considérait pourtant urgente dans la préface d’une note de la Fondation
Jean-Jaurès sur le sujet, rédigée par
Jean Peyrelevade. « Les frais de gestion de l’Etat, c’est un tout petit pourcentage » des dépenses publiques,
a-t-il signalé sur RTL.
que fois en retrait. Il avait accepté
l’invitation de Lionel Jospin à Matignon, le 18 décembre, avec la quasitotalité des ministres socialistes,
mais il était resté totalement silencieux sans être dupe sur le but de
cette réunion : il s’agissait d’abord
de réconcilier Laurent Fabius et
ses amis avec le candidat du PS,
Lionel Jospin.
Le retour médiatique de Dominique Stauss-Kahn n’a véritablement
commencé que lundi 7 janvier, au
« Grand Débat RTL-Le Monde »,
pour un face-à-face avec la présidente du RPR, Michèle Alliot-Marie.
« Un petit tour de chauffe », résume
un proche. L’idée, en effet, est de ne
délivrer qu’au compte-gouttes les
« quatre ou cinq idées iconoclastes et
personnelles » annoncées, presqu’à
la manière d’un teasing, par l’éditeur de M. Strauss-Kahn, autour de
quelques thèmes : l’Europe, l’Etat,
les institutions, le dialogue social, la
politique économique et fiscale, la
mondialisation. Lundi, l’ancien
ministre des finances a dévoilé la
première de ses propositions. Il propose un grand plan de développement, d’un montant de 43 milliards
d’euros, à destination des pays de
l’arc méditerranéen, financé par les
pays européens qui trouveraient ainsi un moyen de relancer leurs économies, a-t-il expliqué sur RTL, confirmant, en revanche, « à titre person-
LA « BOÎTE À IDÉES »
« Il faut attendre son livre », souligne-t-on dans son entourage. Dans
son ouvrage, « DSK » propose
notamment un dispositif environnemental de lutte contre l’effet de serre qui ne se fasse pas au détriment
des pays endettés, et une proposition « originale » de refonte de l’architecture des institutions internationales qui ne soit pas dominée par
les institutions commerciales. Les
bonnes feuilles dans l’hebdomadaire Le Point, des indiscrétions ici et là,
quelques télés et radios, distilleront
dans les jours à venir les propositions et les analyses de la « boîte à
idées », comme on l’appelle au PS.
Rue de Solférino, on n’a pas oublié
en effet que « DSK » a été l’inventeur des deux mesures phares du
gouvernement Jospin – les emplois
jeunes et les 35 heures –, auxquelles, sur RTL, l’ancien ministre a
d’ailleurs rendu un vibrant hommage, inscrivant la réduction du temps
de travail dans la lignée des grandes
réformes de la gauche, comme les
congés payés ou les 40 heures hebdomadaires de Léon Blum, en 1936.
« Nous vivons un très grand changement. Ceux qui sont en bas de la pyramide, qui ont des tâches pénibles, travaillent de moins en moins. Ceux qui
sont en haut, les cadres, travaillent de
Les amis de l’ancien ministre fêtent son retour sur les lieux de son départ
anciens conseillers sont tous restés en contact
autour de « leur » homme.
Son rôle dans les mois à venir ? « Il sera celui
que le candidat probable voudra probablement me
donner », confie-t-il. Autour de lui, on est moins
modeste. On rêve de Matignon. On se désole que
« DSK » accepte si docilement d’être « convoqué » par François Hollande au bureau national
du PS, ou d’entrer en scène, au grand meeting du
6 décembre, un pas derrière lui, et à côté de sa
rivale de toujours Martine Aubry. On se raconte
avec gourmandise l’anecdote « Fabius ». Lorsque
l’AFP a annoncé que le parquet abandonnait ses
poursuites contre M. Strauss-Kahn, son successeur à Bercy était dans le bureau de Lionel Jospin.
« Formidable », a-t-il concédé au premier ministre. Mais « le visage était tiré et l’air exaspéré ». du
pur bonheur, pour les invités.
M. Hollande invite « DSK » à se fondre dans le « collectif »
EN présentant ses vœux à la presse, lundi 8 janvier, François Hollande a mis en relief le rôle, « essentiel », a-t-il insisté, du Parti socialiste
durant la campagne présidentielle.
Le premier secrétaire du PS a tiré du
« projet 2002 », qui sera ratifié le
26 janvier à la veille d’un discours de
Lionel Jospin devant les secrétaires
de sections socialistes, trois grandes
idées qui pourraient être reprises
par le candidat « probable » : « le
plein emploi », « la sûreté pour tous »
et « l’accomplissement personnel ».
Mais M. Hollande a surtout valorisé
« une équipe solidaire, riche de personnalités diverses et variées ». Dans
cette équipe, Dominique StraussKahn devrait occuper une place de
premier plan.
Depuis que, le 28 novembre, le
bureau national s’est transformé de
fait, lors de sa réunion hebdomadaire du mardi, en « comité de
campagne », « DSK » est associé aux
travaux, mais l’ancien ministre de
l’économie ne s’y est rendu qu’une
fois. A l’attention de M. StraussKahn comme de Martine Aubry,
M. Hollande, soucieux de conserver
une prééminence, a invité toutes les
« individualités » à se fondre dans ce
« collectif » de campagne. Dans l’étatmajor du candidat, qui devrait s’installer dans le 3e arrondissement de
Paris, M. Strauss-Kahn devrait remplir, comme en 1995 et de nouveau
avec Mme Aubry, la fonction de porteparole.
RELATIONS RICHES ET VARIÉES
L’ancien ministre est convaincu
que, mieux que Laurent Fabius, il
peut incarner une « modernité »
susceptible de séduire des classes
moyennes dont il juge l’appoint
indispensable pour une victoire présidentielle. A cet égard, il dispose
moins d’un « réseau » en bonne et
due forme, qu’il réunirait régulièrement, à l’image de M. Fabius, que
de relations personnelles riches et
variées. Dans le monde des affaires, il peut se flatter de rapports
confiants avec plusieurs patrons
comme Jean-Marie Messier (Vivendi), Serge Tchuruk (Alcatel), Martin
Bouygues, Jean Peyrelevade (Crédit lyonnais), François Roussely
(EDF) ou encore Jean-Louis Beffa
(Saint-Gobain). Nicole Notat, l’actuelle secrétaire générale de la
CFDT, est une de ses amies, mais il
entretient aussi de bonnes relations avec Marc Blondel, secrétaire
général de FO. Malgré sa modernité, il est en bons termes avec
Robert Hue et il a une certaine complicité avec Jean-Pierre Chevènement. Mais son parti pris pronucléaire le rend très suspect aux
yeux des Verts.
« Lionel s’appuiera sur Dominique, mais il n’en fera pas un prince
consort », assure un proche de
« DSK », qui juge l’idée d’un ticket
Jospin-Strauss-Kahn « ridicule ».
Le député du Val-d’Oise joue toujours la carte Hollande pour Matignon, en cas de victoire de M. Jospin, entendant bien faire partie
d’un tel gouvernement et se réservant pour la seconde partie du quinquennat. S’il y a un second premier
ministre… « Il pense qu’on l’a enterré trop vite et qu’on le réhabilite trop
tôt », ajoute un proche. Le 6 février,
Socialisme et démocratie, le courant jospino-rocardien dont il est
un des animateurs, tiendra un colloque sur « les vrais clivages » gauchedroite. Il y sera question de l’Etat et
des services publics, de la sécurité
et de la justice. M. Strauss-Kahn
exprimera sa « modernité » sur l’emploi et la protection sociale.
Michel Noblecourt
Ar. Ch. et V. Ma.
M. Chirac accroît
son avance sur M. Jospin
Selon un sondage CSA-BFMLibération-La Dépêche du Midi
publié mardi 8 janvier, Jacques
Chirac arrive en tête des intentions de vote au premier tour de
l’élection présidentielle avec 28 %
(+ 3 % par rapport à décembre),
devant Lionel Jospin, à 21,5 %
(- 0,5 %). Jean-Pierre Chevènement recueille 10,5 % des intentions de vote (+ 0,5 %) et JeanMarie Le Pen 10 % (+ 1 %). Le candidat des Verts, Noël Mamère,
vient ensuite avec 6 % des intentions de vote (- 2 %). Celui du
PCF, Robert Hue, est stable avec
5,5 %. Enfin, Arlette Laguiller
obtient 5 % (- 2 %), tout comme
Alain Madelin, tandis que François Bayrou, avec 4 % des intentions de vote, baisse d’un point.
Bruno Mégret obtient 2 % des
intentions de vote, Charles Pasqua 1 %, Olivier Besancenot 1 %,
Christiane Taubira 0,5 %. Au
second tour, M. Chirac l’emporterait par 53 % des voix (+ 1 %)
contre 47 % à M. Jospin (- 1 %).
déçu. « DSK » vient à point nommer pour redonner du souffle à la
campagne. Michèle Alliot-Marie l’a
bien compris, qui a lancé à son
adversaire : « Vous êtes un peu la
DHEA, la pilule de jeunesse de M. Jospin », en dénonçant l’« archaïsme »
de ce dernier. Ne reste plus qu’à
savoir si les propositions de « DSK »
seront à la hauteur du plan média.
Ariane Chemin
et Virginie Malingre
Mme Alliot-Marie et M. Strauss-Kahn au « Grand Débat RTL-“Le Monde” »
« Qu’avez-vous fait de la croissance ? », « 2 millions d’emplois créés »
POUR sa rentrée politique, l’ancien ministre de l’économie et des
finances, Dominique StraussKahn, était opposé, lundi 7 janvier,
à l’occasion du cinquième « Grand
Débat RTL-Le Monde », à la présidente du RPR, Michèle AlliotMarie. D’emblée, celle-ci s’est interrogée : « Qu’avez-vous fait de la
croissance ? », estimant que le gouvernement de Lionel Jospin avait
bénéficié de « la plus forte croissance que notre pays a connue
depuis un siècle », mais sans en
tirer le meilleur parti. « Avec la
croissance, le gouvernement a gagné
le Loto, et il a dépensé cet argent.
(…) Je lui reproche d’avoir été imprévoyant », a affirmé la députée des
Pyrénées-Atlantiques.
« Les cinq années qui viennent de
s’écouler me semblent, pour le pays,
cinq années relativement heureuses
sur l’ensemble du siècle », a estimé,
de son côté, M. Strauss-Kahn, tout
en observant, à propos du « ralentissement » actuel, que, pour « la
première fois depuis vingt ans, les
trois principales zones de croissance,
les Etats-Unis, l’Europe et le Japon,
sont en panne en même temps ».
« Nous ne vivons pas un trou d’air
(…), nous vivons un vrai ralentissement », a conclu sur ce point l’ancien ministre.
Concernant l’emploi, Mme AlliotMarie a réaffirmé que, selon les
chiffres de l’OCDE et de la Commission européenne, la France ne se
trouve qu’au 11e rang, sur les
15 pays de l’Union, en matière de
lutte contre le chômage. Elle a affir-
mé que, sur l’ensemble des emplois
créés au cours des dernières
années, un million l’avaient été
« grâce à la croissance et deux cent
mille par les 35 heures ». Pour
M. Strauss-Kahn, « sur les 5 millions d’emplois qui ont été créés dans
le siècle, 2 millions [l’ont été] pendant les cinq dernières années ».
Au plan européen, la présidente
du RPR souhaite une « harmonisation » de la fiscalité par une baisse
des prélèvements obligatoires en
AFP
ge. » Quant à Ségolène Royal, actuelle ministre
déléguée à la famille, elle avait estimé qu’« il n’y a
pas de loi du silence. La justice doit faire son travail ».
Invité ou pas, aucun de ces détracteurs n’était
d’ailleurs présent ce samedi de fête. Seule Florence Parly représentait le gouvernement, Pierre
Moscovici et Alain Richard s’étant fait excuser. Les avocats de « DSK » (Jean Veil, Lev
Forster, et Georges Jourde) étaient venus célébrer le retour, comme les journalistes Ivan Levaï
et Bernard Guetta. Les parlementaires étaient
rares : le fabiusien Henri Weber, le député du
Nord Dominique Baert.
L’essentiel des troupes était formé de ses
anciens conseillers au ministère. Tous jeunes,
tous strauss-kahnophiles. Une sorte de think tank
à la française, la version originale de ces laboratoires d’idées anglo-saxons. La soirée avait d’ailleurs
commencé par une réunion de l’association DSK.
fr. Les statuts n’ont jamais été déposés mais les
a MICHÈLE ALLIOT-MARIE
AFP
LES symboles, ça compte. Samedi 15 décembre, pour fêter son retour, Dominique StraussKahn avait choisi un bar tendance du 20e arrondissement de Paris, où son cabinet avait, il y a près
de deux ans, enterré les heures heureuses de
« DSK » à Bercy. Revenir là où on s’est retiré,
belle revanche. La centaine d’invités avait été
triée sur le volet. « C’est fou ce qu’on peut se découvrir comme amis » quand tout va bien, a ironisé
l’ex-ministre. « Il faut se souvenir… »
M. Strauss-Kahn n’a pas oublié les mots de certains au lendemain des révélations sur la cassette
Méry. « L’intelligence ne protège pas. C’est à Dominique Strauss-Kahn de fournir toutes les explications et
les informations nécessaires à l’établissement de la
vérité. Le PS n’a rien à voir avec ce type de méthode », avait lancé François Hollande. Jean-Marc
Ayrault n’avait pas lésiné : « Les parlementaires ont
le sentiment d’avoir été trompés par Dominique
Strauss-Kahn. Il y a une colère rentrée et je la parta-
plus en plus. Ce n’est que justice. »
Lionel Jospin et François Hollande ont bien compris que l’intérêt de
« DSK », à quatre mois de l’élection
présidentielle, rejoignait celui du
candidat du PS. Avec l’inversion du
calendrier électoral, le fameux Projet 2002, dans lequel les candidats
socialistes à la députation seraient
venus puiser en attendant que Lionel Jospin décline son programme, a
beaucoup moins de raisons d’exister. Le projet de Martine Aubry a
a DOMINIQUE STRAUSS-KAHN
France. M. Strauss-Kahn plaide
plutôt pour la constitution d’un
« gouvernement économique » s’appuyant sur une relance du
« moteur franco-allemand ».
Les deux responsables politiques
ont manifesté un intérêt commun
pour les classes moyennes,
Mme Alliot-Marie regrettant que
celles-ci, « qui, en France, font vivre
notre pays, [aient] l’impression que
leur pouvoir d’achat diminue ».
« Vous avez raison de dire (…) que le
souci que nous devons avoir pour les
dix ans qui viennent, c’est de nous
occuper de façon très prioritaire de
ce qui se passe dans les couches
moyennes de notre pays », a renchéri M. Strauss-Kahn. Autre point
d’accord entre les deux anciens
ministres, leur opposition à la taxe
Tobin visant les mouvements spéculatifs de capitaux. Pour le RPR, il
s’agit d’une décision arrêtée de longue date. M. Strauss-Kahn a reconnu, lui, avoir été « partisan » de
cette taxe « il y a une dizaine d’années », avant d’être convaincu, à la
différence de ses amis socialistes,
qu’elle ne serait « pas efficace ».
« Quand je vous écoute parler de
vos propositions, je dirais que je vous
vois très optimiste, pas toujours d’accord avec les socialistes, a, alors,
observé la présidente du RPR. J’ai
un peu l’impression que vous essayez
à tout prix de proposer des choses
nouvelles, des choses modernes, des
choses de bon sens pour un certain
nombre d’entre elles. J’ai l’impression que vous êtes un peu la DHEA,
la pilule de jeunesse de M. Jospin. »
FRANCE
LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002 / 7
Jacques Chirac plaide pour la restauration
de l’autorité de l’Etat
Pour le président de la République, le « grand défi » consiste à « garantir l’ordre et la sécurité »
Recevant, lundi 7 janvier, à l’Elysée, les vœux
des corps constitués, le président de la République, Jacques Chirac, a plaidé pour « un Etat renUNE MARÉE de costumes gris.
Des chevelures argentées ou blanchies largement majoritaires. Une
quinzaine de femmes, à tout prendre, dans une assemblée essentiellement masculine. Devant ce parterre de hauts fonctionnaires
représentant les « corps constitués » de l’Etat, Jacques Chirac a
pourtant prononcé le mot de
« modernisation » de la fonction
publique.
Poursuivant, lundi 7 janvier, le
traditionnel marathon des vœux
qui ouvre chaque année nouvelle à
l’Elysée, le président de la République a choisi de mettre l’accent sur
l’autorité de l’Etat, confronté à ses
yeux à un « grand défi » : « garantir l’ordre et la sécurité, et être pleinement au service de tous les Français ». M. Chirac avait pourtant
décidé d’éviter toute expression
polémique à l’égard du gouvernement et du premier ministre, présent au premier rang des invités à
l’Elysée. Non pas qu’il ait jamais
hésité à émettre des critiques à la
face de Lionel Jospin : l’année précédente, le président avait ainsi
infligé au chef du gouvernement
Jean Tiberi attend
toujours d’être reçu
Jean Tiberi, invité à l’Elysée
pour la cérémonie des vœux du
Conseil de Paris, lundi 7 janvier, a
trouvé Jacques Chirac « très chaleureux et très en forme ». « Le président a été très aimable à mon
endroit, a-t-il confié, il m’a cité
deux fois. » Il n’y a pas eu d’aparté
entre les deux hommes, a ajouté
l’ancien maire, le contexte ne s’y
prêtant pas. Il n’a pas été question, non plus, du rendez-vous de
réconciliation que le conseiller du
président, Jérôme Monod, envoyé
récemment en estafette auprès
du maire du 5e, lui a fait miroiter.
« Jacques Chirac doit me recevoir,
explique l’ancien maire, toujours
exclu du RPR. J’attends. Je suis un
optimiste et un patient, alors j’attends. » Son dévouement au candidat plus que probable à l’élection
présidentielle n’est « pas en cause », mais ce signe, explique-t-il,
sera « pris en compte ». « Les problèmes de forme ont leur importance », lâche l’ancien maire.
forcé dans son autorité et garant de la sécurité
des Français ». Le chef de l’Etat a également
exprimé son souhait en faveur d’une « moderni-
une dizaine de discours de vœux
extrêmement critiques. Mais l’Elysée a bien noté la tiédeur de l’opinion dès lors que le président
paraît trop franchement candidat
à sa réélection. M. Chirac s’attache
donc à paraître rassembleur, laissant à son premier ministre le rôle
de challenger.
Lundi, le président a donc pris
soin de décrire « un contexte général où l’autorité publique est de plus
en plus souvent défiée ». « A l’heure
où les Français aspirent à un Etat
fort, conforté dans l’exercice de ses
missions d’intérêt général, et tout
particulièrement de ses missions de
sécurité et de solidarité, l’autorité
de l’Etat est souvent mise en question dans la vie de chaque jour »,
a-t-il déclaré. Il a évoqué les enseignants « soumis à l’irrespect et à la
violence », les gendarmes et policiers « pris en embuscade par des
criminels parfois munis d’armes de
guerre », les médecins, ambulanciers ou pompiers « agressés lorsqu’ils pénètrent, pour sauver des
vies, dans ces quartiers que l’on
nomme “sensibles” ». Il a également pointé les dysfonctionnements de « la justice atteinte dans
ce qui fait le cœur, la difficulté et la
noblesse de son métier, son aptitude
à juger et à punir ».
Conscient de l’impact dans l’opinion publique du républicanisme
affiché par Jean-Pierre Chevènement depuis le début de sa campagne, M. Chirac a lancé : « Nous
avons besoin d’une ambition pour
l’Etat, un Etat relégitimé, renforcé
dans son autorité, un Etat gardien
de l’unité et de la cohésion de la
nation, un Etat garant de la sécurité
des Français, un Etat rasséréné qui
puisse exercer pleinement ses missions de service public, ses missions
au service du public. »
Le chef de l’Etat a aussi plaidé
pour « un dialogue social responsable » dans la fonction publique
afin de « définir « un service
“garanti” en cas de conflit », dans
le « respect du principe constitutionnel du droit de grève ». Déjà, à plusieurs reprises depuis les débuts
de son mandat, le président avait
avancé cette idée d’un « service
minimum » en cas de grève dans
les services publics. « Il faudra faire prévaloir les logiques de responsabilité et de contrat sur les démarches réglementaires. Convier cha-
Alain Madelin appelle les candidats
« Chispin » et « Josrac » à se déclarer
QUE PEUT souhaiter un candidat à l’élection présidentielle en
panne dans les sondages, sinon
que la compétition démarre ?
« Nous voici presque exactement à
cent jours du premier tour. Il serait
temps que s’ouvre la campagne électorale », a déclaré Alain Madelin,
impatient, lundi 7 janvier, lors de
ses vœux à la presse. Cette supplique d’un candidat qui est luimême « entré en campagne »… voici plus d’un an, le 22 novembre
2000, s’adresse aux deux favoris,
accusés de retarder le plus possible leur entrée en lice afin
d’« occulter le premier tour » et
d’« éviter tout inventaire » concernant leur propre bilan.
DÉBAT ESCAMOTÉ
L’urgence est telle, aux yeux de
M. Madelin, que ce dernier n’a pas
même pris soin, comme il le fait
depuis longtemps, de concentrer
ses critiques sur le premier ministre
en ménageant le chef de l’Etat. « Il
faut que le premier ministre et le président de la République cessent de
jouer à “cache-candidat” ! Il faut
que les vrais-faux probables candidats cessent ce jeu d’esquive qui escamote tout le débat », s’est exclamé
le président de Démocratie libérale, avant de réfuter l’idée selon
laquelle les deux hommes seraient
absorbés par la conduite des affaires de l’Etat. « Tout le monde sait
(…) que le premier ministre se livre à
quelques opérations de soldes préélectorales avant fermeture, et que le
président soigne quelques postures
avant l’ouverture de la campagne »,
a noté le député d’Ille-et-Vilaine.
« Si leur intérêt est de retarder
leur entrée en campagne, ce n’est
pas, en tout cas, l’intérêt des Français ni celui de la démocratie », a
poursuivi
M. Madelin,
avant
d’ajouter : « Sauf, évidemment, si
l’on pense qu’en matière de sécurité
tout va bien, qu’en matière d’emploi
il n’y a pas d’inquiétude, qu’en
matière d’école tout est parfait,
qu’en matière de retraite tout est
garanti et qu’on peut dormir tranquille. » « Alors oui, a-t-il conclu,
dans ce cas-là, il n’y a pas besoin de
débat ni même de premier tour, et
tout ira bien au bout du compte,
que ce soit “Chispin” ou “Josrac” ».
M. Madelin s’est également
immiscé dans la querelle de paternité à laquelle se sont récemment
livrés MM. Chirac et Jospin au
sujet de la conversion à l’euro. Le
chef de l’Etat ayant rendu hommage, le 31 décembre, à l’action conduite en la matière par le gouvernement d’Alain Juppé, M. Madelin a
rappelé qu’il y avait alors occupé –
jusqu’à sa démission, le 25 août
1995 – la fonction de ministre de
l’économie et des finances. « Avec
François d’Aubert [alors secrétaire
d’Etat au budget], nous avons fixé
une règle de réduction de nos déficits publics (…) et c’est à cette règle
que les socialistes se sont ralliés »,
a-t-il souligné. Dans un proche
avenir, M. Madelin entend utiliser
l’euro, pour « expliquer les réformes qui nous permettront de nous
mettre au meilleur niveau de l’excellence européenne dans tous les
domaines ».
Jean-Baptiste de Montvalon
sation » de la fonction publique, tout en réaffirmant la nécessité d’un « service garanti » en cas
de conflit dans le secteur public.
cun à l’engagement, à l’imagination
et à l’action. Assigner aux services
publics des obligations de résultats », a-t-il affirmé. Dans cet
esprit, il a jugé « urgent de revoir
en profondeur les procédures d’évaluation des services publics et de
leurs agents ».
« Faire prévaloir
les logiques
de responsabilité
et de contrat
sur les démarches
réglementaires »
M. Chirac a enfin tiré la sonnette
d’alarme devant la crise des vocations qui menace la fonction publique : « Les recrutements de jeunes
fonctionnaires se révèlent parfois difficiles. Il n’y a plus toujours assez de
candidats, particulièrement pour les
fonctions les plus exposées. »
Le président de la République
s’est ensuite appliqué à saluer la
quasi-totalité de ses invités, pendant que M. Jospin, qui était venu
accompagné de son ministre de l’intérieur, Daniel Vaillant, de la ministre de la justice, Marylise Lebranchu, du ministre de la fonction
publique, Michel Sapin, et de son
directeur du cabinet, Olivier Schrameck, s’éclipsait discrètement.
Dans la matinée, M. Chirac,
après avoir reçu les vœux du Conseil de Paris, conduit par le nouveau maire (PS), Bertrand Delanoë,
avait reçu les autorités religieuses :
le cardinal archevêque de Paris,
Mgr Jean-Marie Lustiger, le pasteur Jean-Arnold de Clermont et le
rabbin Michel Gugenheim, représentant le grand rabbin de France,
Joseph Sitruk, empêché pour raisons de santé. Comme tous les ans,
il n’y avait pas de représentant de
la religion musulmane, en raison
de l’absence d’organisation de l’islam en France. Mais le chef de
l’Etat recevra, courant janvier, une
délégation de cette communauté.
Raphaëlle Bacqué
Valéry Giscard d’Estaing craint
pour la compétitivité de la France
L’ANCIEN PRÉSIDENT de la République française Valéry Giscard
d’Estaing, nommé, fin décembre 2001, à la tête de la Convention chargée de réfléchir à l’évolution des institutions européennes, estime que
les prévisions de croissance faites en France, en Allemagne et aux
Etats-Unis pour 2002 « n’avaient pas et n’ont toujours pas de vraisemblance ». « Les dirigeants politiques, qui vivent sous la pression de l’opinion et des sondages, veulent rassurer », explique l’ancien chef de l’Etat
dans un entretien publié dans Le Figaro du 8 janvier.
M. Giscard d’Estaing, qui pense que la France « verra sa compétitivité
se détériorer fortement » dans les prochains mois, et cela, notamment,
à cause de la « diminution de la durée de travail », s’inquiète du fait
que, selon lui, « il existe une perception collective inexacte de la place de
la France » dans l’esprit des Français.
DÉPÊCHES
a EURO : Jean-Pierre Chevènement, candidat à l’élection présidentielle, a déclaré, lors d’un déplacement à Tunis, lundi 7 janvier,
que « le passage à l’euro s’est fait dans des conditions techniques qui
semblent acceptables, mais il faut attendre que les gens retrouvent leurs
repères avant de lancer des communiqués triomphalistes ».
a UDF : le président de l’UDF, François Bayrou, candidat à l’élection présidentielle, a constitué une équipe de campagne d’une quarantaine de personnes, dont la composition a été rendue publique lundi 7 janvier. Le directeur de campagne, Gilles de Robien, est assisté de
la secrétaire générale de l’UDF, Anne-Marie Idrac, et de Marielle de
Sarnez, qui sont également porte-parole, au même titre qu’Hervé
Morin, Maurice Leroy et Jean-Christophe Lagarde. Le trésorier de
l’UDF, Michel Mercier, est aussi trésorier de campagne. Pierre Méhaignerie, Gérard Longuet et Jean Arthuis sont chargés du comité stratégique et André Santini d’un comité des élus locaux. Jean-Louis Borloo
doit animer l’équipe en charge du projet.
a PARTI SOCIALISTE : Eric Hintermann, soixante-cinq ans, militant de Haute-Savoie, a annoncé, lundi 7 janvier, son intention de
se présenter à l’investiture présidentielle du PS, à laquelle veut également concourir un socialiste du Var, Claude Escarguel, ce qui les met
en compétition avec Lionel Jospin, « probable » candidat du PS.
a HOMMAGE : le premier ministre, Lionel Jospin, a fait déposer,
mardi matin 8 janvier, par son chef de cabinet, une gerbe de roses rouges sur la tombe de François Mitterrand, à Jarnac (Charente), à l’occasion du sixième anniversaire du décès de l’ancien président de la République, a annoncé Matignon.
8
SOCIÉTÉ
LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002
HANDICAP
En novembre 2000,
la décision de la Cour de cassation
d’indemniser Nicolas Perruche, un
enfant né lourdement handicapé
après une erreur médicale, était desti-
née à lui assurer de bonnes conditions de vie, y compris après la disparition de ses parents. Le débat qui a
suivi a permis d’attirer l’attention sur
le sort des personnes polyhandica-
pées et les carences de la prise en
charge. b LES HANDICAPÉS VIEILLISSANTS sont de plus en plus nombreux en France du fait de l’accroissement de leur espérance de vie, mais
les dispositifs d’accueil spécifiques
sont insuffisants. b LA FONDATION
DE FRANCE prévoit, dans les dix ans
à venir, que près de 50 000 personnes handicapées vieillissantes seront
confrontées à une situation problématique. b À RICHEBOURG (Yvelines), soixante pensionnaires bénéficient d’une structure spécialisée,
bien intégrée dans le village.
Les parents de handicapés vieillissants face aux carences de la prise en charge
En indemnisant Nicolas Perruche, la Cour de cassation entendait répondre à la question du devenir des enfants handicapés après la disparition
de leurs parents. Bien que les handicapés vivent de plus en plus longtemps, les structures spécialisées restent en nombre insuffisant
DÉBATTANT, le 13 décembre, à
l’Assemblée nationale, de la jurisprudence Perruche (Le Monde du
15 décembre), ministres et représentants de l’opposition se sont au
moins accordés sur un point : les
récents arrêts de la Cour de cassation ont le mérite d’attirer l’attention sur la situation des personnes
polyhandicapées et les carences de
leur prise en charge en France.
Rendu le 17 novembre 2000, cet
arrêt permet en effet d’indemniser
non plus seulement les parents,
mais aussi les enfants handicapés
dont les mères ont été privées de
la possibilité d’avorter en raison
d’une faute médicale avérée. Pour
la Cour de cassation, l’indemnisation des seuls parents est en effet
soumise à des aléas (mort ou séparation par exemple), qui « ne permettent pas d’être certain que l’enfant en sera le réel bénéficiaire sa
vie durant ». Confirmée depuis à
deux reprises, cette jurisprudence,
qui a suscité des réactions souvent
hostiles, pose une question angoissante : que deviennent les personnes handicapées le jour où leurs
parents disparaissent ou tout simplement ne sont plus en mesure de
les prendre en charge ?
Jean-Louis Hutin a quatre
enfants, dont l’un, Michel, quarantetrois ans, est polyhandicapé. A la
suite d’un accident à la naissance,
plusieurs régions de son cerveau
ont été lésées, notamment celles de
la vue, et il présente des troubles de
Les chiffres-clés
du handicap
b Définition. La loi d’orientation
en faveur des personnes
handicapées du 30 juin 1975
ne donne pas de définition
du handicap. La conception de
Simone Veil et du gouvernement
de l’époque, celui de Jacques
Chirac, était de dire : « Sera
considérée comme handicapée
toute personne reconnue par les
commissions départementales »
(Cotorep). De ce fait, aucune
donnée exhaustive n’existe sur la
population handicapée mentale.
Selon l’enquête décennale santé
de 1991, 5 480 000 personnes
déclaraient une gêne ou un
handicap. L’allocation d’éducation
spéciale était versée à
101 000 bénéficiaires et l’allocation
aux adultes handicapés (AAH) à
631 093 personnes.
b Cadre de vie. 60 000
à 80 000 personnes handicapées
mentales de plus de 40 ans vivent
en institution. Ceux vivant
en famille sont souvent non
comptabilisés, ne sont pas passés
en Cotorep et ne perçoivent pas
l’AAH. Environ 60 000 personnes
handicapées adultes vivent dans
leur famille en France, soit
un taux minimum de 1 ‰ au
regard de la population française,
selon l’estimation d’une étude
de la Fondation de France (1997).
De 20 000 à 25 000 personnes
handicapées mentales adultes
vivent dans leur famille
en Ile-de-France.
Des études, conduites dans neuf
départements et financées par
la Fondation de France, indiquent
que 55 % des maisons de retraites
accueillent une population
mentalement handicapée,
qui reste inférieure à 10 %
de l’effectif.
b Age moyen. Selon des données
de 1997, l’âge moyen dans
les centres d’aide par le travail
est de 34 ans ; il est de 38 ans
dans les foyers occupationnels,
de 34 ans dans les maisons
d’accueil spécialisées et de 35 ans
dans les foyers à double
tarification.
b Trisomie 21. Les personnes
trisomiques représentent
11 % des handicapés mentaux
en France. Environ 30 %
des trisomiques développeraient
une véritable maladie d’Alzheimer
après 50 ans.
la marche. « Longtemps, raconte
M. Hutin, nous avons été renvoyés
d’établissement en établissement. A
chaque fois, on nous expliquait que la
structure était spécialisée dans tel
handicap, mais pas dans tel autre
dont souffrait Michel. » Ce dernier a
finalement pu être admis dans un
centre d’aide par le travail (CAT) à
Marnes-la-Coquette (Hauts-de-Seine), où il est conduit tous les jours.
Pour son père, aujourd’hui investi
dans le combat pour les handicapés, l’objectif essentiel reste « d’assurer l’avenir de Michel ».
LONGÉVITÉ ACCRUE
La situation des personnes handicapées mentales vieillissantes
est, en effet, particulièrement préoccupante. Dans le livre de la Fondation de France, Les accompagner
jusqu’au bout du chemin (éditions
de l’Ecole nationale de la santé
publique), les chercheurs du Centre régional pour l’enfance et l’adolescence inadaptées – Ile-de-France prévoient ainsi, au niveau national, pour les dix ans à venir, près
de 50 000 situations problématiques en termes d’accueil et de prise en charge. Cette population ne
diminue pas – elle est d’environ
2,5 % de la population totale. Elle
tend même à augmenter en raison
de l’accroissement spectaculaire
de l’espérance de vie : un gain de
douze ans en dix-huit années. De
plus en plus de handicapés mentaux dépassent les soixante ans et,
souvent, des personnes porteuses
de plusieurs handicaps lourds
deviennent quinquagénaires.
Cet accroissement de la longévité
explique en partie les carences des
dispositifs existants, qui ont été
conçus à l’époque où ces handicapés disparaissaient avant d’être
vieux. Le cadre défini par la loi
d’orientation sur le handicap de
1975 ne suffit plus face à une réalité
qui a changé. « Quand on atteint
soixante ans, explique Patrick
Gohet, directeur général de l’Union
nationale des associations de
parents et d’amis de personnes handicapées mentales (Unapei), les choses ne sont plus claires. La jurisprudence comme les collectivités territoriales considèrent que le statut de la
personne est fonction des lieux où
elle vit : un handicapé bénéficiaire
de l’allocation pour adulte handicapé admis en maison de retraite perd
le bénéfice de cette allocation et relève alors de l’aide sociale aux personnes âgées, avec le minimum vieillesse, qui est moins avantageux. » Le
rapport du Conseil économique et
social sur la prise en charge des personnes vieillissantes handicapées
mentales, présenté en 1998 par Janine Cayet, ne disait pas autre chose,
en évoquant « des rigidités juridiques et financières qui font prévaloir,
en cas d’hébergement, le statut des
structures et services d’accueil sur
celui des personnes. »
Ce rapport soulignait la nécessité d’« éviter les ruptures de prise en
charge après soixante ans ». C’est
souvent à ce moment que se cristallisent les difficultés. Les parents
peuvent avoir disparu et la fratrie,
même si elle fait preuve d’affection pour la personne handicapée
mentale, ne peut s’occuper d’elle
comme le faisaient les parents.
Pour les handicapés mentaux les
plus dynamiques, le cap des soixan-
tent : le placement dans une
famille d’accueil, l’admission dans
une maison de retraite classique et
l’entrée dans une maison d’accueil
spécialisée. La famille d’accueil a
ses partisans, qui apprécient sa
souplesse, mais aussi ses détracteurs, pour lesquels les handicapés
ont le droit à une véritable vie
sociale et culturelle, qui ne se résu-
Un nouveau dispositif proposé par le gouvernement
Les députés examineront, jeudi 10 janvier, les propositions du gouvernement afin de répondre à l’émotion et aux craintes suscitées par
la jurisprudence Perruche. Le dispositif s’articule autour de trois principes : l’enfant ne pourra plus demander une indemnisation en cas
de faute médicale ayant privé la mère de la possibilité d’avorter ; les
parents, en revanche, pourront continuer à le faire ; enfin, la Sécurité
sociale ne pourra plus se retourner contre les parents pour recouvrer
les sommes qu’elle a versées pour la prise en charge du handicap de
l’enfant.
Cette indemnisation, demandée par les parents et « destinée à la
personne handicapée sans préjudice des aides prévues au titre de la solidarité nationale (…), ne s’éteindra pas avec le décès des parents », a précisé Bernard Kouchner, ministre délégué à la santé. Ces propositions
devaient faire l’objet d’un arbitrage préalable par le premier ministre
mardi 8 janvier.
te ans et la sortie du centre d’aide
par le travail peuvent ainsi être
catastrophiques : le rythme de vie
est cassé, des tendances dépressives se font jour chez ces personnes extrêmement attachées à des
rituels et dont le besoin de repères
stables est très grand.
Trois types de solutions exis-
me pas à être, dans les cas les plus
caricaturaux, planté devant la télé.
L’accueil en maison de retraite classique soulève le problème de
l’adaptation de l’établissement et
de son personnel à deux populations différentes, qui nécessitent
des projets de vie spécifiques et
dont la cohabitation n’est pas for-
cément harmonieuse, car les handicapés retraités sont fréquemment
quinquagénaires tandis que les
autres pensionnaires sont octogénaires. Dans le milieu associatif,
qui gère des établissements, la préférence est naturellement donnée
aux maisons d’accueil spécialisées,
mais on bute alors sur l’insuffisance des places disponibles.
La révision en cours de la loi
d’orientation de 1975 sur les handicapés devrait permettre d’améliorer l’ensemble du dispositif de prise en charge. Un rapport d’étape,
synthétisant les réflexions de trois
groupes de travail sous la conduite
de Vincent Assante, chargé de mission auprès de Ségolène Royal, va
être rendu le 15 janvier à la ministre délégué à la famille et aux
handicapés. Le rapport définitif,
préalable à la rédaction du projet
de réforme de la loi d’orientation,
est prévu pour le 15 février.
Devant le Conseil national consultatif des personnes handicapées, le
premier ministre avait annoncé, le
25 janvier 2000, « la mise en œuvre
d’une politique globale, ambitieuse,
cohérente et interministérielle mobilisant 2,5 milliards supplémentaires
jusqu’en 2003 ». C’est peu dire que
les associations de parents de
handicapés sont attentives à la
manière dont l’avenir de leurs
enfants sera pris en compte dans
les décisions à venir.
Paul Benkimoun
L’arrêt Perruche a accordé pour la première fois une indemnisation aux enfants
EN ACCEPTANT, le 17 novembre 2000,
d’indemniser personnellement un enfant né
handicapé, dès lors qu’en raison d’une faute
médicale leur mère a été privée de la possibilité d’avorter, la Cour de cassation n’a pas
seulement lancé un débat éthique et politique : elle a, surtout, mis en lumière les difficultés matérielles et morales des familles
accueillant un enfant handicapé. Loin des
polémiques qu’il a suscitées, l’arrêt dit Perruche pose en effet, en filigrane, le problème du devenir des handicapés, notamment
après la disparition de leurs parents. Alors
que la jurisprudence n’accordait, jusqu’ici,
qu’une indemnisation aux parents, la Cour
de cassation a choisi d’étendre ce bénéfice à
l’enfant lui-même, et ce, afin d’assurer « la
défense de son intérêt, comme la présentation
de la dignité de ses conditions de vie
futures ».
Jusqu’à l’arrêt Perruche, les justices civile
et administrative ne reconnaissaient, en cas
de faute d’un médecin ayant privé la mère
de la possibilité d’avorter, que le préjudice
des parents. Certes, la Cour de cassation
avait déjà posé le principe de l’indemnisation personnelle d’un enfant né handicapé,
le 26 mars 1996, mais l’affaire était restée
relativement inaperçue. Surtout, cette position avait été contredite par le Conseil
d’Etat, dans l’arrêt dit Carrez du 14 février
1997. Examinant le cas d’un non-diagnostic
de trisomie 21, la haute juridiction avait
accepté l’indemnisation des parents mais
refusé celle de leur fils, Mathieu. Le Conseil
d’Etat avait cependant implicitement reconnu le problème de la prise en charge des
handicapés vieillissants, en accordant une
rente mensuelle de 5 000 francs aux parents
jusqu’au décès de leur fils.
La Cour de cassation est allée plus loin. Le
17 novembre 2000, elle faisait jurisprudence
en accordant une indemnisation financière
personnelle à Nicolas Perruche, un adoles-
cent né gravement handicapé des suites d’une
rubéole qui n’avait pas été diagnostiquée pendant la grossesse de sa mère. Justifiant sa position, la Cour de cassation explique, dans son
rapport annuel 2000, qu’« il lui est apparu que
le respect effectif, et pas seulement théorique, de
la personne passait par la reconnaissance de
l’enfant handicapé en tant que sujet de droit
autonome et que devait être reconnu son droit
propre à bénéficier d’une réparation du préjudice résultant de son handicap – et exclusivement
de celui-ci – de façon à lui permettre de vivre
dans des conditions conformes à la dignité
humaine malgré son handicap ».
SÉPARATION OU DÉCÈS DES PARENTS
La Cour a en effet considéré que l’indemnisation des parents seuls, solution qui avait
été retenue par le Conseil d’Etat, ne permettait pas d’assurer une protection effective
de l’enfant, étant donné qu’elle est soumise
à des aléas, comme la séparation ou le décès
des parents. « La défense de l’intérêt [de
l’enfant], comme la présentation de la dignité
de ses conditions de vie future paraissent
mieux assurées par l’attribution d’une indemnisation qui lui soit propre », soulignait ainsi
la haute juridiction.
Mal comprise ou mal interprétée, la décision de la Cour de cassation a fait l’objet
d’intenses polémiques : les médecins échographistes se sont sentis menacés dans leurs
pratiques, tandis que les familles d’enfants
handicapés l’ont ressentie comme une blessure personnelle, en affirmant que la Cour
reconnaissait un « préjudice de vie » à naître
handicapé. Après plusieurs mois de débats,
le gouvernement a choisi de légiférer : dans
un arbitrage qui n’est pas encore définitif, il
devrait trancher contre l’arrêt Perruche, en
interdisant le principe d’une indemnisation
personnelle de l’enfant.
Cécile Prieur
Dans les Yvelines, les soixante heureux pensionnaires de la Maison de Lyliane font figure de privilégiés
DE LA ROUTE, avant d’arriver à
Richebourg (Yvelines), on aperçoit,
juchés sur une petite colline, les
bâtiments sur deux niveaux de la
Maison de Lyliane. Depuis 1996,
REPORTAGE
Dans cet établissement,
les sept ateliers destinés
aux handicapés
tournent à plein
soixante adultes handicapés mentaux vieillissants, âgés en moyenne
de 53 ans et originaires pour les
deux tiers du département, vivent
dans cet établissement, à la fois
foyer occupationnel et maison de
retraite. Certains, comme Michel,
ont connu d’autres lieux d’accueil.
Dans la maison de retraite classique
où il était hébergé auparavant, ce
trisomique quinquagénaire servait
de « fou du roi ». « Les trisomiques
ne sont pas idiots, tempête Janine
Cayet, présidente de l’Association
pour l’accueil des personnes handicapées et des personnes âgées (Apaphpa), qui gère la Maison de Lyliane. Quand on se moque d’eux, ils s’en
rendent parfaitement compte. »
D’autres résidents comme celui
que nous appellerons André ont connu pire. Ce quinquagénaire a vécu
caché dans la ferme parentale des
Yvelines. Privé de l’accès aux toilettes, il était contraint d’utiliser une
cabane isolée. Lorsque ses parents
sont morts, son frère l’a fait admettre à la Maison de Lyliane en expliquant : « C’est ça ou ma femme
demande le divorce. » A son arrivée,
l’équipe de la maison d’accueil spécialisée a eu le sentiment d’hériter
d’un « enfant sauvage », à qui il fallait tout apprendre, y compris se
raser. « A présent, il est bien intégré », explique Joëlle Vialtel, chef du
service éducatif de l’établissement.
A la Maison de Lyliane, tout est
ordonné, aéré et propre, mais pas
forcément calme. Dans le hall
d’entrée, l’effervescence règne. Préparant les fêtes de fin d’année, des
pensionnaires passent, les bras chargés de paquets factices pour la décoration. Ils s’arrêtent pour saluer le
visiteur. Ne se contentant pas
d’une poignée de main, un trisomique tient à donner une affectueuse
accolade. Dans un couloir, un homme et une femme peignent avec
application un décor de Noël sur
une vitre. La femme, Roselyne,
avait dû être hospitalisée. Très vite,
elle a régressé, malgré les visites
quotidiennes de l’équipe. Elle ne
mangeait plus seule, avait l’air hébétée. « Roselyne a cependant vite récupéré une fois qu’elle a de nouveau
été stimulée », raconte Mme Vialtel.
Chacun des sept ateliers tourne à
plein, sous la conduite d’un éducateur ou d’un moniteur. Dans deux
d’entre eux, plusieurs résidents
s’adonnent à des activités artisti-
ques, avec un talent créateur manifeste. Les murs de la pièce sont chargés de l’étonnante et baroque production locale. A l’atelier communication, on s’apprête à diffuser
l’émission de radio quotidienne,
qui dure une heure. Une partie du
programme est enregistrée, le reste
aura lieu en direct.
FÊTES DU VILLAGE
Les concepteurs de l’établissement
ont choisi de ne pas faire vivre ensemble en permanence les soixante résidents. Seul le déjeuner est pris en commun dans le réfectoire. Les autres
repas sont servis en petit groupe dans
chacune des six unités de vie. Toutes
les chambres sont individuelles, à l’exception de six, qui possèdent deux
lits. Les résidents ne sont pas cloîtrés :
« Ils partent en vacances au moins
deux fois par an, précise Joëlle Vialtel.
Ils sont allés à Belle-Ile, à La Rochelle,
en Hollande ou faire de la randonnée
en raquettes. Une année, ils ont même
passé des vacances en roulotte. »
Peut-être plus significatif encore
est l’accueil du village de Richebourg. Lorsque Janine Cayet a présenté son projet au maire, Jacques
Perrier (divers droite), sa réaction a
été immédiate : « Je lui ai proposé
un terrain de quatre hectares, qu’il
fallait viabiliser. Je n’ai pas demandé
d’argent, mais la promesse d’embaucher en priorité, à compétences égales, des personnes de Richebourg ou
de la région. L’engagement a été
tenu. » Et c’est un conseil municipal
unanime qui a donné son feu vert.
Du coup, les résidents de la Maison
de Lyliane participent aux fêtes du
village et même à l’élaboration de
son programme. Des pensionnaires
sont membres de l’amicale bouliste, d’autres exposent leurs travaux
d’artisanat.
UN NOUVEAU PROJET MÉDICALISÉ
Le budget de fonctionnement de
l’établissement, 15 millions de
francs, est entièrement financé par
le conseil général des Yvelines. Les
résidents, qui, légalement, doivent
conserver un minimum de 12 % de
leur allocation adulte handicapé, en
conservent ici 24 %. Le prix de journée, d’un montant de 726 francs, est
inférieur à la moyenne du département (entre 800 et 850 francs). Reste que, dans les Yvelines, qui n’est
pas le département le plus mal loti,
la capacité en maison d’accueil spécialisé ne dépasse pas 150 places,
alors que la direction départementale de l’action sanitaire et sociale
recense 350 demandes. L’équipe de
l’Apaphpa n’en met que plus d’énergie pour mener à son terme le
projet « Maison de Lyliane 2 », un
foyer de vie médicalisé pour adultes
handicapés mentaux vieillissants et
dépendants, qui sera le premier du
genre en France. Une convention a
été passée avec l’hôpital voisin de
Houdan, qui dispose d’une équipe
mobile de soins palliatifs. Le terrain
a été acheté, le permis de construire
accordé et les travaux devraient prochainement débuter.
P. Be.
SOCIÉTÉ
LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002 / 9
M. Jospin arbitre les modifications à apporter
à la loi sur la présomption d’innocence
Les préconisations du rapport de Julien Dray devraient pour l’essentiel être respectées
Lionel Jospin devait arbitrer, mardi 8 janvier, les
suites à donner au rapport de Julien Dray, député (PS) de l’Essonne, sur la réforme de loi de préLIONEL JOSPIN devait arbitrer,
mardi 8 janvier, les suites à donner
au rapport de Julien Dray, député
(PS) de l’Essonne, sur la loi de présomption d’innocence du 15 juin
2000. M. Dray devait participer au
petit déjeuner de Matignon qui
réunit, chaque mardi, les principaux dirigeants socialistes autour
du premier ministre. Marilyse
Lebranchu, ministre de la justice,
et Daniel Vaillant, ministre de l’intérieur, devaient également être
présents aux côtés de François Hollande et des présidents des groupes socialistes de l’Assemblée
nationale et du Sénat. M. Jospin
pourrait faire part de sa décision
mardi après-midi lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale.
Le premier ministre considère
qu’à partir du moment où il a
demandé un rapport sur la loi de
présomption d’innocence et que
les préconisations de ce rapport
somption d’innocence. M. Dray devait d’ailleurs
être présent au petit déjeuner réunissant plusieurs ministres et les présidents des groupes
sont jugées « sages et justes » par
une majorité de policiers et de
magistrats, la logique est de faire
adopter des mesures législatives
avant la fin de la session parlementaire, le 22 février.
M. Jospin tenait à s’assurer qu’il
n’y aurait pas de « risques de débordement » du côté de sa majorité,
sachant qu’en remettant ce sujet à
l’ordre du jour de la discussion parlementaire, dans un contexte de
montée des inquiétudes sur la
sécurité, il pouvait ouvrir la boîte
de Pandore aux surenchères de
l’opposition. Une proposition de
loi, préparée très probablement
par M. Dray, devrait être déposée
prochainement soit dans le cadre
de la « niche » parlementaire dont
dispose le Parti socialiste, soit sous
la forme d’une proposition de loi
inscrite à l’ordre du jour prioritaire
de l’Assemblée nationale.
L’objectif de M. Jospin est de
« renforcer les dispositions principa-
socialistes de l’Assemblée nationale et du Sénat.
Les modalités de la garde à vue seraient réformées selon les préconisations de M. Dray
les » de la loi de présomption d’innocence et de l’« adapter à la marge ». Lundi 8 janvier, sur LCI, M.
Hollande a donné le ton, en affirmant que compte tenu des « critiques » dont l’application de cette
loi a donné lieu, « il faut que les préconisations de Julien Dray soient respectées et que nous tirions toutes les
conclusions rapidement ». Le premier secrétaire du PS a résumé sa
position par une formule : « Tout
le rapport de Julien Dray, rien que le
rapport de Julien Dray, et le plus vite
possible ». « Si on peut faire avant
les élections, c’est quand même
mieux », a-t-il ajouté, en précisant
que si certaines modifications pouvaient être apportées par circulaire ou par décret, « sur trois ou quatre points mineurs de l’ordre de l’application, de l’ordre de la simplification, il faut passer par la loi ».
La chancellerie prépare actuellement une circulaire qui devrait
remettre à plat les consignes adres-
L’épreuve de force entre la Mairie de Paris et le gérant
de la Grande Roue de la Concorde devant la justice
DEPUIS DEUX ANS se dresse, au bas des Champs-Elysées, un géant métallique qui surplombe la place de la
Concorde de ses soixante mètres de haut. A ses pieds, Marcel Campion, son propriétaire, ne décolère pas contre les
« petits chefs » de la Mairie de Paris et du ministère de la
culture qui voudraient faire disparaître « d’un coup de
baguette magique » son immense attraction. « Personne ne
touchera à ma roue », prévient le bouillant président de la
SARL Grande Roue de Paris, poursuivi en justice, mardi 8
janvier, par le maire de Paris, Bertrand Delanoë. « Ou
alors, il faudra qu’ils nous envoient des gens très courageux
avec des casques », menace l’un des cinq ou six malabars
qui entourent en permanence M. Campion.
Entre Marcel Campion et la nouvelle municipalité de
Paris, l’épreuve de force se durcit depuis six mois. Installée
temporairement place de la Concorde à l’occasion des célébrations du passage au troisième millénaire, la Grande
Roue est en effet arrivée, lundi 7 janvier, au terme de son
autorisation d’exploitation, délivrée par l’ancien maire de
Paris, Jean Tiberi. La Ville et le ministère de la culture souhaitent désormais retrouver la « perspective historique »
qui s’étend du Louvre à l’Arche de la Défense, entravée
depuis deux ans par cette somptueuse montagne de tôles
et de lumières obstruant la sortie du jardin des Tuileries.
Le 12 juin, la commission du Vieux Paris avait déjà considéré sa présence comme une « véritable offense à l’architecture de Gabriel ». Depuis, M. Campion a rencontré à sept
reprises Lyne Cohen-Solal, adjointe au maire de Paris,
pour trouver un site de remplacement où faire à nouveau
tourner les nacelles de l’entrepreneur forain. En vain.
Regrettant une décision « qui fait fi de la loi, de l’autorité
de l’Etat et de celle de la Ville de Paris », Bertrand Delanoé
a donc engagé une procédure judiciaire « pour faire constater l’occupation sans titre du domaine public » et demander
sous astreinte le démontage de l’attraction foraine, comme il l’a expliqué à M. Campion dans une lettre rendue
publique lundi. Un référé d’heure à heure à l’encontre des
propriétaires de la Grande Roue devait être déposé, mardi
8 janvier, devant le tribunal de grande instance de Paris, le
dossier devant être examiné avant la fin de la semaine.
« JETER COMME UN KLEENEX »
Le maire avait pourtant proposé quatre sites de substitution pour la Grande Roue : la pelouse de Reuilly, le bois de
Vincennes, le parc André-Citroën ou le quartier de Bercy.
Mais aucune de ces solutions n’a semblé convenir à M.
Campion. « Une telle roue, proteste-t-il, n’a de la valeur
qu’au cœur de la capitale pour voir tous les monuments.
Ailleurs, il n’y a pas assez de monde. » Et puis, s’indigne-t-il,
les élus ont-ils la mémoire si courte qu’ils veuillent « jeter
comme un Kleenex » de 1 000 tonnes cet anneau lumineux
que les télévisions du monde entier ont filmé lors du compte à rebours du troisième millénaire ? L’entrepreneur ne
demande donc pas « l’aumône », mais seulement « une
année de plus à la Concorde », pour rentabiliser enfin une
affaire qui rapporte 2,5 millions de francs de recette par
mois.
Démonter la Grande Roue, sur laquelle est accrochée
une immense banderole « contre le cancer », ce serait
enfin priver la recherche médicale d’une précieuse source
de financement, poursuit M. Campion. En 2001, M. Campion avait déjà versé 100 000 euros à la lutte contre le sida.
Mais, à la Mairie de Paris, personne ne semble s’émouvoir
de cette générosité. M. Campion le sait mieux que quiconque : à soixante mètres au-dessus de la Concorde, la vue
de Paris n’a pas de prix.
Alexandre Garcia
Le meurtier présumé de Larbi reconnaît
que l’enfant est mort chez lui
L’HOMME mis en examen pour
le meurtre du petit Larbi a reconnu
que le garçon de dix ans était mort
chez lui le 4 décembre, le jour de sa
disparition, mais nie l’avoir tué. Il a
cependant admis s’être aussitôt
débarrassé du corps dans un terrain vague de la cité des Aubiers, à
Bordeaux, a indiqué l’avocate de la
famille, Sylvie Reulet. Alain Diaz,
quarante ans, aurait déclaré au
juge d’instruction que l’enfant était
passé chez lui le 3 décembre pour
vendre des billets de tombola et
serait revenu le lendemain à midi
« pour jouer à la playstation ». Il
l’aurait laisser pour aller déjeuner
dans sa cuisine et l’aurait retrouvé
« évanoui ». Il l’aurait ensuite assis
sur les marches de l’escalier qui
monte à la chambre et c’est alors
que « l’armoire de la salle de bains
lui est tombée sur la tête ».
Alain Diaz, déjà condamné pour
pédophilie, aurait déshabillé l’enfant pour « essayer de le réanimer »
et serait allé dormir à l’étage de
son minuscule appartement en
duplex. Quand il s’est réveillé à
18 h 30, il aurait retrouvé le petit
Larbi « raide et froid » sur le canapé. Il nie toute agression sexuelle
mais admet avoir éjaculé près du
cadavre. Il a ensuite chargé le
corps sur un vieux chariot de supermarché et l’a camouflé dans des
ordures avant de le cacher dans un
terrain vague. Deux jours plus
tard, Alain Diaz s’est présenté aux
urgences psychiatriques de Bor-
deaux et a demandé à être hospitalisé, mais selon Me Reulet, il est responsable de ses actes et avec ces
« aveux calculés », son système de
défense « laisse penser qu’il a
conscience du crime odieux qu’il a
commis ».
Marylise Lebranchu, la garde des
sceaux, a par ailleurs annoncé qu’elle avait demandé une enquête
administrative sur « un éventuel dysfonctionnement » au parquet de
Bordeaux. « Je trouve logique pour
les affaires très lourdes et dramatiques qu’une population s’interroge à
chaque fois sur le service public de la
justice », a indiqué la ministre de la
justice à France-Soir, lundi 7 janvier.
CERTIFICAT MÉDICAL
Un psychiatre, chargé du suivi
d’Alain Diaz, avait en effet adressé,
après la disparition de l’enfant, un
courrier au parquet, qui n’a pas été
transmis aux policiers. L’enquête
interne a établi que le psychiatre
avait envoyé le 26 décembre un certificat médical daté du 24, adressé
nominalement au procureur de
Bordeaux, ce qui a retardé l’ouverture du courrier, finalement lu le
3 janvier. Le médecin assure avoir
doublé le courrier d’un fax, mais
aucune trace n’a été retrouvé dans
le journal du télécopieur. La polémique n’a d’ailleurs pas grand sens
puisque Larbi a été tué le 4 décembre et que son corps a été retrouvé
le 19.
sées aux officiers de police judiciaire en matière de garde à vue. Mais
certaines dispositions, préconisées
par le rapport Dray, nécessitent
une réforme législative. Selon nos
informations, le gouvernement
envisage de réformer les modalités
« Tout le rapport
de Julien Dray,
rien que le rapport
de Julien Dray, et
le plus vite possible »
de la garde à vue sur les points suivants : mieux définir les modalités
du rappel au droit au silence pour
les gardés à vue ; préciser que les
diligences faisant suite aux notifications des droits des personnes
peuvent se faire dans un délai de
trois heures et non plus seulement
dans la première heure de garde à
vue ; rappeler, enfin, dans la loi, ce
que le code de procédure pénale
prévoit déjà, à savoir qu’il est possible de retenir les témoins le temps
nécessaire à leur audition.
Le gouvernement envisage, par
ailleurs, d’introduire une disposition permettant le placement en
détention provisoire des personnes faisant déjà l’objet de mises en
examen précédentes, ce qui n’est
pas le cas actuellement. La réforme législative devrait également
inclure la possibilité donnée aux
parquets de faire appel d’un acquittement en cour d’assises.
Michel Noblecourt
et Cécile Prieur
Polémique après la remise en liberté
de trafiquants de drogue à Lyon
UNE VIVE POLÉMIQUE agite le palais de justice de Lyon après la
décision de la cour d’appel de libérer, mercredi 26 décembre, deux
trafiquants de cocaïne condamnés par le tribunal de grande instance
de Lyon le 9 octobre 2001 à quatorze et cinq ans d’emprisonnement.
Le 26 décembre, Michel Vallérie, un trafiquant cannois, multirécidiviste, et Patrick Lambert, avaient quitté la prison Saint-Paul, après
que la cour d’appel eut estimé que le jugement de première instance
était insuffisamment motivé sur le maintien en détention.
L’avocat du trafiquant, Me Philippe Scrève, avait fait valoir le nonrespect de l’article 464-1 du code de procédure pénale, qui dispose
que, « lorsque est rendu un jugement portant peine d’emprisonnement
ferme, la peine dépassant la durée de la détention provisoire, le tribunal doit ordonner le maintien en détention par décision spéciale et motivée ». L’arrestation de Michel Vallérie avait été le fruit d’une longue
enquête menée par le SRPJ de Lyon. – (Corresp.)
DÉPÊCHES
a JUSTICE : l’épouse de l’ancien maire (RPR) de Paris, Xavière
Tiberi, mise en examen pour « manœuvres frauduleuses de nature
à fausser la nature du scrutin » dans l’enquête sur les faux électeurs
du 5e arrondissement de la capitale, a été entendue pour la première
fois, lundi 7 janvier, par l’un des deux juges d’instruction chargés du
dossier. Estimant que le dossier était entaché d’irrégularités,
Mme Tiberi avait, jusqu’à ce jour, refusé de répondre aux questions
des magistrats. Le 30 octobre 2001, la Cour de cassation avait validé
la procédure (Le Monde du 1er novembre 2001).
a L’ex-préfet de Corse Bernard Bonnet a changé une nouvelle
fois d’avocat et décidé de confier désormais sa défense à Jacques Vergès, comme l’a annoncé RTL lundi 7 janvier, à quelques
jours du jugement que doit rendre, vendredi 11 janvier, le tribunal
correctionnel d’Ajaccio dans l’affaire des paillotes. M. Bonnet, qui
s’était déjà séparé de Me Georges Kiejman, puis de Me Francis Szpiner, avait été défendu à son procès par Mes Philippe GUMÉRY et Philippe Armani. Quatre ans de prison, dont trois ferme, avaient été
requis contre lui.
a L’ancien ministre de l’intérieur Charles Pasqua et l’homme
d’affaires André Guelfi ont été confrontés, lundi 7 janvier, dans le
bureau du juge Renaud Van Ruymbeke, qui instruit l’affaire Elf,
dans laquelle les deux hommes sont mis en examen, indique Le
Figaro du 8 janvier. M. Pasqua est soupçonné d’avoir utilisé,
entre 1992 et 1997, des vols financés par le groupe pétrolier, dont certains par l’intermédiaire de sociétés appartenant à André Guelfi (Le
Monde du 9 juin 2001).
a FAIT DIVERS : une mère de famille et ses trois enfants âgés de
trois, dix et quatorze ans ont péri lundi 7 janvier au matin dans l’incendie de leur maison à Pignans, près de Brignoles (Var), vraisemblablement à la suite d’un « acte désespéré », selon les premiers éléments de l’enquête conduite par les gendarmes. Une « lettre
d’adieu » expliquant les motifs de ce geste a été retrouvée dans la
maison.
a VIOLENCES : les jets de pierres et d’engins incendiaires qui
ont touché un ancien oratoire israélite à Goussainville (Vald’Oise) samedi 5 janvier (Le Monde du 8 janvier) auraient été en fait
dirigés contre les forces de l’ordre lors d’affrontements avec des jeunes dans le voisinage, a-t-on indiqué, lundi 7 janvier, de sources policière et judiciaire. Le consistoire israélite de Paris-Ile-de-France
avait estimé, dimanche, qu’il s’agissait d’une « agression à caractère
antisémite » n’ayant fait que « peu de dégâts et pas de blessés ».
11
RÉGIONS
LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002
L’agriculture raisonnée revendique son originalité
Le gouvernement devrait annoncer, mercredi 9 janvier, les mesures réglementant ce nouveau type de culture, qui veut protéger l’environnement
sans renoncer à la rentabilité économique. Ses détracteurs, parmi lesquels la Confédération paysanne, lui reprochent sa timidité
es
sn
Ai
A
pe
ip
Su
26
REIMS
RD 931
SOMME-TOURBE
CHAMERY
Suippes
Marne
A4
EPERNAY
A 26
CHAMERY (Marne)
de notre envoyée spéciale
Au village de Chamery, 400 habitants, Benoist Perseval a longtemps été très mal vu pour sa pratique de l’agriculture raisonnée, « à
mi-chemin entre agriculture intensive et agriculture bio ». Ses voisins, tous viticulteurs comme lui,
l’avaient étiqueté « écolo ». Ignorant l’épithète, M. Perseval s’est
entêté. Affaire de tradition familiale. « Mon père a toujours été
réfractaire aux pesticides, peut-être
par crainte du progrès. Je crois aussi
que, même s’il n’a jamais voulu
l’avouer, son objectif était de nous
transmettre les terres dans un état le
plus proche possible de celui où il les
avait trouvées », raconte le viticulteur, aujourd’hui âgé de trenteneuf ans.
Quand il s’installe dans les
années 1980, l’emploi massif de
produits chimiques est la règle.
« Ce n’était même plus de l’agri-
CHÂLONSEN-CHAMPAGNE
Fère-Champenoise
10 km
S
i
culture intensive, c’était de la chimie
intensive », se rappelle M. Perseval.
Dans ses 4 hectares de vigne, il préfère planter des bandes d’herbe
entre chaque rangée de ceps. Le
gazon est une arme efficace contre
l’érosion qui ravage les vignobles
en pente. Grâce à un désherbage
mécanique, la quantité de produits
chimiques utilisée est divisée par
deux. Les maladies et les parasites
de la vigne ne sont traités que lorsque la récolte est menacée.
Que recouvre le vocable énigmatique d’agriculture raisonnée ? Il
s’agit de l’adaptation française du
concept anglo-saxon d’integrated
farming. L’association Forum de
l’agriculture raisonnée respectueuse de l’environnement (Farre),
créée en 1993 à l’initiative de la
FNSEA, a contribué à le faire
connaître en France. L’objectif est
de prendre en compte dans l’exploitation agricole d’autres critères
que la seule rentabilité économique. En premier lieu, l’impact
de l’activité agricole sur l’environnement, mais aussi le bien-être
animal, la maîtrise des risques
sanitaires, etc.
Longtemps, la définition de
l’agriculture raisonnée s’est limitée
à cette doctrine interprétable à l’infini. Pour l’agriculteur Benoît Collard, installé en Champagne
crayeuse dans le village de SommeTourbe, c’est « redécouvrir le bon
sens paysan sans se priver des techniques nouvelles ». Le bon sens paysan ? Il s’agit, par exemple, d’alterner différentes cultures sur une
parcelle pour ne pas épuiser le sol,
ou de ne pas rincer un bidon de
pesticides dans la rivière, de n’administrer des médicaments que
quand les animaux sont malades…
Pour cela il faut, selon M. Collard,
être toujours « aux aguets ».
L’agriculture raisonnée, c’est
« polluer moins pour polluer plus
longtemps », selon l’adage de ses
opposants, dont le plus virulent est
la Confédération paysanne. « Il est
vrai que réduire l’utilisation de produits chimiques, c’est continuer à
polluer. Mais peut-on les supprimer
sans solution de substitution ? On ne
passe pas du nucléaire au solaire en
Un mode d’exploitation qui suscite de vives polémiques
LES PROMOTEURS de l’agriculture raisonnée touchent au but.
Les derniers arbitrages concernant
sa réglementation doivent être discutés au Conseil supérieur d’orientation et de coordination de
l’économie agricole et alimentaire
(CSO), mardi 8 janvier. La publication d’un décret devrait suivre.
Depuis des années, l’agriculture
raisonnée suscite une polémique
dans le monde agricole, la grande
distribution et l’industrie. Ainsi l’association Forum de l’agriculture raisonnée respectueuse de l’environnement (Farre), dirigée par Christiane Lambert, l’énergique présidente
de la fédération départementale des
syndicats d’exploitants agricoles
(FDSEA) du Maine-et-Loire, est violemment contestée par la Confédération paysanne de José Bové, opposée aux principes de l’agriculture raisonnée. « Ce n’est pas une remise en
cause du système intensif, mais une
manière de le rendre acceptable aux
yeux de la société », affirme René
Louail, l’un des porte-parole du syndicat, qui y voit une entreprise du
« lobby productiviste ».
Yves Cochet, le ministre de l’environnement, a, lui aussi, fait part de
sa réserve. « Je souhaite le développement d’une agriculture encore
plus raisonnable que l’agriculture raisonnée », a-t-il déclaré le 7 janvier.
« Si on veut avancer, il faut poser
une base et s’engager à l’améliorer »,
répond Mme Lambert. La Confédération rappelle que l’association
Farre est depuis sa naissance financée par l’Union des industries de la
protection des plantes (UIPP),
représentante des fabricants de
pesticides, ce qui met en doute sa
crédibilité, selon la Confédération.
SOUTIEN DE DANONE ET AUCHAN
Aujourd’hui, l’UIPP finance Farre
à 49,9 %. Les industriels et la grande distribution sont également
représentés, notamment par les
groupes Danone et Auchan, ce qui
a suscité de sérieux doutes dans l’association. Ces réticences ont été
amplifiées lorsque Auchan a présenté dans ses magasins des produits
« issus de l’agriculture raisonnée »,
alors qu’aucun cahier des charges
officiel n’existait. La direction générale de la consommation, de la concurrence et de la répression des
fraudes (DGCCRF) a « invité »
Auchan à ne plus communiquer sur
ce thème.
L’adoption, le 2 mai 2001, d’un
amendement à la loi sur les nouvelles régulations économiques, assor-
ti d’un décret, avait pour but de
mettre un peu d’ordre dans les initiatives de chacun. La définition
d’un cahier des charges national a
été fort débattue. Farre n’a pas le
monopole de l’agriculture raisonnée. La démarche Quali’Terre, par
exemple, élaborée par la chambre
d’agriculture de Picardie, se fonde
sur les mêmes principes. Il a fallu
opérer une synthèse et trouver un
compromis avec le ministère. Le
résultat est un panachage de mesures réglementaires et non réglementaires définies avec précision. « Si
ça marche, un grand pas aura été
fait dans le respect de la
réglementation et la défense de
l’environnement », affirme-t-on au
ministère de l’agriculture.
L’autre grand affrontement a
porté sur l’information aux
consommateurs. Faut-il afficher,
dans les rayons des supermarchés,
la provenance des produits ? Malgré les risques de confusion avec
les signes officiels de qualité (Label
rouge, agriculture bio…), des
produits « issus d’une exploitation
qualifiée au titre de l’agriculture
raisonnée » pourraient bientôt
apparaître dans les rayons de supermarchés. Enfin, les modalités de
qualification des exploitations et de
Les éleveurs déçus par le plan d’aide de 150 millions d’euros
« NOUS sommes déçus et nous ne
sentons pas la solidarité nationale »,
a déclaré Jean-Michel Lemétayer,
président de la FNSEA, après avoir
pris connaissance du plan gouvernemental annoncé, lundi 7 janvier,
en faveur des éleveurs. « Il ne faudra pas beaucoup pousser les éleveurs pour qu’il y ait des actions sur
le terrain », a renchéri pour sa part
Jean-Luc Duval, président des Jeunes Agriculteurs (ex-CNJA).
Pourtant les mesures mises au
point par Jean Glavany, ministre
de l’agriculture, après plusieurs
semaines de concertations avec les
professionnels, sont substantielles.
Le ministre voulait présenter un
plan « ciblé », destiné aux éleveurs
les plus vulnérables, tout en tenant
compte d’une certaine reprise des
cours depuis quelques semaines,
d’une hausse des exportations des
jeunes bovins vers l’Italie, du versement en novembre 2001 des primes européennes qui ont soulagé
les trésoreries, et d’une relative stabilisation de la chute de la consommation en France (-5 % par rapport
au niveau de 1999). Le plan, environ 150 millions d’euros d’aides
publiques, s’ajoute à des mesures
déjà prises l’an dernier et s’articule
en trois volets : économique, social
et structurel.
La part de subventions la plus
importante (81 millions d’euros) se
divise entre une aide forfaitaire,
qui sera versée fin mars début
avril, et un complément versé au
cas par cas aux agriculteurs très
spécialisés dans l’élevage des races
à viande de qualité et qui ont du
mal à trouver des compensations
dans la vente du lait. Les aides
seront majorées de 15 % pour les
jeunes agriculteurs.
Au chapitre social, le gouverne-
ment favorisera le départ en préretraite des paysans de plus de cinquante-cinq ans (4 000 départs
en 2002 et 2003) qui laisseraient la
place à un jeune. Un dispositif de
réinsertion sociale est aussi prévu.
L’Etat consacrera à ces dispositions
29 millions d’euros sur cinq ans,
auxquels s’ajoutera une contribution communautaire équivalente.
« ACHATS SPÉCIAUX »
Enfin des dispositions particulières ont été décidées pour les éleveurs des quelque 20 départements qui composent, dans le Massif central, la Bourgogne et ses
pourtours, ce que l’on appelle le
« bassin allaitant » (races charolaises, salers, aubrac et limousine
essentiellement) spécialisé dans
l’élevage extensif à l’herbe. Ce plan
de cinq ans a trois objectifs : qualité et segmentation du marché,
meilleure organisation des producteurs face aux entreprises de trans-
formation, maîtrise quantitative de
la production. A ces mesures nationales – dont Bruxelles va s’assurer
qu’elles ne sont pas de nature à
fausser la concurrence – s’ajoute
un prolongement jusqu’en mars
des
« achats
spéciaux »,
c’est-à-dire le stockage, ou la destruction, de quelque 40 000 tonnes
de viande, financés à 70 % par l’Europe et 30 % par les Etats.
Le plan sera essentiellement pris
sur les crédits du ministère de l’agriculture pour 2002 (par exemple le
fonds d’allégement des charges
dont la spécificité est de répondre
à des crises conjoncturelles) et de
l’Office des viandes, abondamment doté en tout début d’année,
mais les pouvoirs publics n’excluent par d’agir « en complément » par des décrets d’avance ou
un collectif budgétaire si la situation l’exigeait.
François Grosrichard
Risques industriels : le débat
doit avoir lieu avant le 22 février
LORS de la présentation de ses vœux à la presse, lundi 7 janvier, Yves
Cochet, ministre de l’environnement, a annoncé que le projet de loi sur
les risques industriels devrait être présenté, début février, au conseil
des ministres, puis être débattu à l’Assemblée nationale avant la fin de
la session parlementaire, le 22 février. Ce texte, qui a été élaboré à la
suite à l’explosion de l’usine AZF de Toulouse, le 21 septembre, comporte trois volets : maîtrise de l’urbanisation autour des installations
dangereuses, notamment grâce à une indemnisation des riverains qui
souhaiteraient déménager, renforcement du rôle des riverains et des
salariés dans la sécurité des sites, encadrement du recours à la soustraitance. Il sera présenté d’ici quelques jours aux associations, aux riverains et aux industriels. M. Cochet a par ailleurs indiqué qu’il souhaite
« la création d’un grand ministère du développement durable ».
contrôle du respect des règles du
cahier des charges ont été très discutées. L’UFC-Que Choisir s’est battue pour obtenir un véritable système de qualification indépendant.
Pour ses promoteurs, l’agriculture raisonnée doit devenir un
« mouvement de masse de l’agriculture française ». Selon un sondage publié en février 2000, 48 % des
agriculteurs interrogés déclaraient
pratiquer l’agriculture raisonnée
dans leur exploitation. Seul le dispositif de qualification des exploitations permettra de mesurer
l’audience de l’agriculture raisonnée strictement codifiée.
Ga. D.
un an », rétorque M. Perseval. De
plus, l’agriculture durable définie
par la Confédération paysanne lui
semble « difficile à cerner ». « Ils
raisonnent au niveau mondial. Je
me suis dit qu’il fallait plutôt commencer sur le terrain », poursuit-il.
Alterner les cultures
sur une parcelle
pour ne pas épuiser
le sol, ne pas rincer
un bidon de pesticides
dans la rivière…
Avant tout, l’agriculture raisonnée n’est pas une idéologie, mais
une technique. « Si on n’est pas
pointu, on risque de se casser la
figure », concède M. Perseval. La
moyenne d’âge des quelque 350
agriculteurs membres de Farre est
inférieure à quarante ans. C’est
une agriculture surtout accessible
aux jeunes, formés dans les lycées
agricoles, même si ses défenseurs
ambitionnent de convertir la majorité des exploitants. « L’objectif,
c’est de faire monter le niveau »,
déclarent les responsables nationaux de Farre. Et de communiquer, au travers de « fermes de rencontres » destinées à recevoir des
particuliers, mais surtout des associations et des journalistes. Les
membres de Farre doivent aussi
aimer parler de leur métier.
« Les deux grands freins sont le
conservatisme paysan et la facilité
que l’on voit parfois à l’œuvre »,
note M. Perseval. Tous deux
s’accordent à penser que les agriculteurs, pour se lancer, ont
besoin d’une « carotte ». La satisfaction intellectuelle, le « sentiment d’avoir fait du mieux possible », comme dit M. Perseval, ne
suffira pas. C’est l’enjeu d’une longue polémique qui devrait être
tranchée officiellement par le
ministre de l’agriculture. Celui-ci
devrait annoncer, mercredi 9 janvier, le dispositif réglementant ce
type de cultures. Faut-il indiquer
aux consommateurs qu’ils achètent des produits issus de l’agriculture raisonnée ? Faut-il réclamer
un prix plus élevé pour ces produits ? Sans forcément espérer
une plus-value, les deux agriculteurs souhaitent voir une mention
apparaître. « Une nouvelle étiquette
entraînera sans doute de la confusion, mais si on ne fait rien, il n’y
aura pas d’engouement », affirme
M. Perseval. A terme, l’agriculture
raisonnée pourrait devenir une
condition d’accès au marché.
Les agriculteurs attendent désormais les décisions gouvernementales. Un cahier des charges unique,
contrôlé par des organismes indépendants, devrait être validé par
décret dans les prochaines semaines. Ce sera un tournant auquel
les pionniers sont plutôt favorables. Des obligations écrites et
contrôlées sont, selon eux, une
barrière indispensable contre la
fraude. « On ne peut demander aux
gens de nous croire sur parole »,
note M. Perseval. C’est aussi une
protection contre les tentatives de
récupération par la grande distribution, très redoutée. Les pionniers sont également suspendus
aux réactions de leurs collègues
agriculteurs et des consommateurs. Personne ne peut prévoir
quel succès l’agriculture raisonnée
rencontrera auprès d’eux.
Gaëlle Dupont
12 / LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002
HORIZONS
ENQUÊTE
Zittersheim, un village traumatisé
OIRS,
les
cœurs. Claires,
les
collines
environnantes.
Si paisible vu de
l’extérieur, Zittersheim pleure. Dans ce petit
village de deux
cents âmes, niché dans la verdure
de l’Alsace bossue, « tout le monde
va mal », confie une habitante.
Tout le monde va mal depuis que le
12 avril 2001, veille des vacances de
Pâques et jeudi saint dans ces terres protestantes, l’instituteur de la
classe unique, soupçonné d’atteintes sexuelles sur un enfant, s’est suicidé, à quarante-deux ans. Les deux
gendarmes venus l’interpeller à
13 heures ne pensaient pas trouver
Paul Jacquin dans sa salle de classe
avec des élèves. Ce jour-là, le travail ne devait reprendre qu’à
13 h 15 avec une institutrice remplaçante. Aussi ont-il attendu le
maître dehors. Le temps pour lui
de monter au deuxième étage donnant sur la rue principale. D’où il
s’est défenestré.
De ce choc, le village peine à se
relever. Défenseurs de « la mémoire de l’instituteur », d’un côté,
familles de victimes, de l’autre, Zittersheim se déchire. La classe
accueillait vingt élèves du CP au
CM2. Il n’en reste plus que sept.
Les autres ont tourné les talons.
Un homme a pourtant espéré
que le village allait faire son travail
de deuil et de réparation : Gabriel
Steffanus, le juge d’instruction de
Saverne. En juin 2001, il a réuni les
parents et leur a révélé avoir identifié quatre enfants victimes, dont
l’un a témoigné avoir dû masturber
l’enseignant en classe. Le magistrat
a aussi dévoilé un fichier de photos
pédo-pornographiques,
trouvé
dans le disque dur de l’ordinateur
de l’école. « Il ne saurait être question d’instruire contre une personne
décédée, a précisé le juge. Dans le
même temps, l’institution judiciaire
a des obligations envers les victimes,
surtout lorsqu’il s’agit d’enfants. »
Car, a-t-il établi, Paul Jacquin a
mêlé « séduction, perversion et passage à l’acte ».
Certains ont refusé d’entendre
ces faits établis par la justice. Parmi
eux, pour des raisons que tous ne
s’expliquent pas, Gilbert Brock, le
maire de Zittersheim. Qui, le jour
du drame, a montré les poings aux
gendarmes. Et, depuis, répète en
boucle : « L’âme du village, l’école,
a été détruite », ou : « Paul, ce
grand serviteur de l’Etat, est tombé
dans un guet-apens. » Il a mené sa
contre-enquête. Le juge, accuse-t-il, a « uniquement travaillé à
charge. Il a dit : circulez, y a rien à
voir ; ce n’est pas comme cela qu’il
faut parler à un maire ! »
Ce n’est pas ainsi, non plus, que
se comporte un maire en pareilles
circonstances, a estimé le préfet de
la région Alsace. Qui a « rappelé à
ses devoirs » M. Brock. Le préfet a
aussi déféré au tribunal la délibération du conseil municipal de Zittersheim prenant en charge des
frais d’avocat pour ester en justice :
l’élu local entend soutenir la
famille de l’instituteur, qui a déposé une plainte pour dénonciation
calomnieuse. « Je vous demande de
rester très attentif à ce dossier pour
permettre que la sérénité puisse se
réinstaller dans cette commune et
dans l’école », a écrit, début octobre, Ségolène Royal, ministre déléguée à la famille et à l’enfance, au
préfet. La ministre a été la première à répondre aux familles des victimes, quelques semaines après le
drame.
Las ! M. Brock a lancé une Association Paul Jacquin en septembre.
Puis a déterré une vieille querelle
de clocher : « Il y a une machination. Paul Jacquin a été victime de la
calomnie d’une famille », affirme-t-il. Si la plainte pour dénonciation calomnieuse est instruite, à
Nancy, « le procès sera celui de la
famille Debat, entre autres, tonne
l’élu. Tout le monde pourra s’expliquer ». Christian et Dominique
Debat, un couple d’artisans, travaillent le cuir sur les hauteurs de
Zittersheim. Ces « gens » accusés
d’avoir conduit l’instituteur à la
mort, sont, comme on dit par ici,
des « franzozen ». Ils ont, avec quelques familles, constitué le Collectif
des enfants du silence de Zittersheim, horrifiés de voir, dès le
DEMANGE FRANCIS/GAMMA
N
Le 12 avril 2001, à Zittersheim,
un instituteur, convaincu
par la justice d’atteintes
sexuelles sur enfants,
se jetait par la fenêtre.
Depuis, le village alsacien
se déchire. D’un côté,
les parents des victimes ;
en face, les amis
de l’instituteur décédé,
qui contestent les preuves
et clament son innocence
mois d’avril, la parole des enfants
déniée par des adultes. Leur dernière fille est encore à l’école. Ereintés
par les événements, M. et
Mme Debat aimeraient que la raison
revienne.
Mais d’autres nient que la justice
soit passée, suivant le maire. Des
parents d’élèves ont quitté l’école,
mais rejoint l’Association Paul Jacquin. Avec, pour tout bagage, leurs
propres tourments. Catherine
Ulbrich habite à Menshoffen, un village voisin. A., son fils aîné adoptif,
y a vécu une première expérience
scolaire douloureuse. « A la maternelle, il avait des difficultés, il était
en retard et a subi du rejet. Il a fait
un blocage. Il a dû redoubler son
CP. » Quand l’école de Zittersheim,
alors réputée dans toute la région,
a accepté de l’accueillir par dérogation, A. pesait 13 kilos, à huit ans.
Sa santé était menacée. Puis, « en
un an, il a doublé son poids », raconte la maman. L’instituteur « disait
que chacun peut arriver au bac, et
que lui était toujours disponible dans
sa salle de classe, de 4 heures du
matin à minuit s’il le fallait ». La
mère, « tellement satisfaite », a
demandé à Paul Jacquin de « prendre le deuxième ».
C
ELUI-CI s’est « muré dans le
silence » après la mort de
l’instituteur. Il en est sorti en
découvrant, dans le journal, le fairepart de décès grand format financé
par la commune. Chez un psychologue, l’enfant a dessiné les lunettes
et la barbe de l’instituteur dans le
soleil. « C’est mon maître, c’était un
soleil », a-t-il commenté. Le petit
est désormais en CE1. Il va mal,
rejette l’école. La maman, qui travaille en tant qu’éducatrice, ne
cache pas son désarroi. « Que les
choses se soient passées dans un sens
ou un autre, les enfants sont perturbés, dit-elle. Et d’ajouter, en référence au petit L., enfant victime qui
a témoigné devant la justice :
« Quelque part, cela a dû se passer,
parce qu’un gamin ne peut pas inventer ça. » Mme Ulbrich est persuadée
que les siens n’ont rien vécu. « Mes
enfants sont thaïlandais, confie cette femme. La terre entière se déplace là-bas pour avoir des relations
sexuelles avec des enfants. Ils
auraient été des proies faciles… »
De plus loin encore, des enseignants qui ont fréquenté l’instituteur militent aussi pour « sa mémoire ». « Ma conviction de l’innocence
de Paul a été faite dès les premiers
jours, je n’ai vu personne, j’ai seulement lu les journaux », dit Marguerite Bialas, responsable du mouvement Freinet pour le Bas-Rhin et
présidente de l’Association Paul Jacquin. Comme elle, ces enseignants
doutent. Des parents des victimes,
qui seraient manipulés par « un
opposant au maire ». Des enfants,
« dont la parole n’est pas fiable ».
De la justice, qui a apporté des
« faux » en guise de preuves. Ils se
plaignent aussi de la circulaire rédigée en 1997 par Ségolène Royal,
sur le signalement et la prévention
des violences sexuelles en milieu
scolaire. Dans cette affaire, « il n’y
a rien de net », affirme Yves Comte,
un autre enseignant, si ce n’est
« une machine qui met en danger le
personnel de l’éducation nationale.
C’est comme sous Vichy, il peut y
avoir de la délation. On peut accuser
quelqu’un et le conduire à la mort ».
Les enfants de Zittersheim, des
assassins ? « La parole de l’enfant a
été déniée. De victimes, ils sont devenus des enjeux pour les adultes et
sont entraînés dans un processus de
revictimisation. Cela est gravissime », avait tenté de faire comprendre le juge au mois de juin.
Andrée Schwab, mère du petit L.,
a fini par aller au-devant du maire
– qui ne l’avait pas rencontrée
depuis le drame –, accompagnée
du pasteur. « Je voulais lui faire lire
les résultats des expertises psychiatriques de mon gamin, ressortir de là et
l’avoir un peu convaincu. Sans résultat. » Son fils, dit la mère, des larmes dans les yeux, « a peur, il fait
des cauchemars. Il a témoigné parce
qu’il n’aimait pas faire ce que le maître lui disait de faire. Il n’a jamais
dévié dans son témoignage. Un
enfant ne sait pas ce que c’est, la
pédophilie, à cet âge, les expertises
l’ont écrit ! » En rentrant de ce rendez-vous infructueux avec l’élu
local, Andrée a trouvé L. qui l’attendait, en pleurs, sur l’escalier de la
maison. « Je sais que le maire est
pour le maître, a-t-il confié. Il y a
des adultes qui ne croient pas. »
Avec M. Jacquin, ajoute encore la
maman, L. ne levait plus la tête en
classe, de peur d’être appelé au
bureau de l’instituteur. Aujourd’hui, malgré sa peur, l’enfant « va
mieux, oui ». Mais « on se culpabilise ». De n’avoir rien vu, de n’avoir
pas dit. Puis de l’avoir fait.
De ces regards contradictoires,
un portrait de l’instituteur, peu à
peu, émerge. C’est, aux premiers
temps de sa vie au village il y a huit
ans, un enseignant parfait, un ami
que chacun convie à sa table, mélomane, intelligent et charismatique,
un militant associatif engagé bien
au-delà de Zittersheim. Un voisin
attentionné aussi, capable de visiter quotidiennement certains de
ses élèves, sur leur lieu de vacances
d’été ou à l’hôpital.
Un « soleil », comme le dira le
petit garçon de Mme Ulbrich. Sans
ombre. Il y a cinq ans, un habitant
du village a été témoin d’une scène
étrange, mais elle n’a ébranlé personne. « J’étais à la cueillette aux
champignons, à 1 kilomètre du village, dans la forêt, raconte cet homme. J’ai entendu un cri d’enfant. Un
cri de détresse, comme si l’on faisait
mal à quelqu’un. Je suis allé voir.
Tout d’un coup, un gosse est sorti de
cet endroit. Il courait. Il ne m’a pas
vu. Et l’instituteur est sorti du même
endroit. Il m’a salué. Je suis allé là
d’où ils venaient. Et j’ai trouvé une
cabane de 3 mètres sur 3. » M. F. en
parle à la grand-mère de l’enfant.
Celle-ci, poursuit-il, « m’a dit qu’il
ne fallait rien dire, que les enfants
préparaient une fête. Mais je n’ai
jamais entendu parler de ça après ».
Et la cabane a été détruite.
A
PRÈS avoir été séduits, les
parents « ont commencé à
prendre du recul il y a deux
ans », explique Cathy, mère d’une
élève témoin d’attouchements. Un
changement, progressif, se serait
produit chez l’instituteur. Une nervosité nouvelle, d’abord. Plus d’un
an avant le drame, Paul Jacquin a
évoqué devant deux familles sa
crainte d’être accusé de pédophilie,
et s’est emporté. Une autorité croissante, excessive, ensuite. Des colères en classe et en public. Des punitions et des brutalités dont les
Des fleurs et un portrait
de Paul Jacquin devant
l’école de Zittersheim.
adultes n’aperçoivent qu’un vide
obscur. Ils n’ont jamais vu les quinze cahiers de 96 pages demandés à
chaque élève en début d’année scolaire, ni les traces des devoirs des
enfants, jetés à la poubelle par le
maître peu de temps après avoir
été remis.
Les parents aimeraient que l’année scolaire finisse en paix. « C’est
invivable, à Zittersheim, s’exclame
Chantal Schwartz, on nous regarde
de travers. » Pas une visite, pas un
salut : à l’église, il y a peu, Andrée
Schwab s’est trouvée assise seule
d’un côté de l’allée, séparée du reste des paroissiens. « Si on ne se
défend pas, conclut-elle, dans vingt
ans, on sera toujours les coupables. »
Cathy, elle, s’interroge : « Quel dra-
« La parole de l’enfant a été déniée.
De victimes, ils sont devenus
des enjeux pour les adultes
et sont entraînés dans un processus
de revictimisation »
Gabriel Steffanus, juge d’instruction
enfants commencent à parler au
psychologue qui vient désormais à
leur rencontre dans l’école, tous les
vendredis, avant le cours de religion. Puis des méthodes pédagogiques de moins en moins intelligibles pour les familles. La dernière
année, contrairement aux sept précédentes, il n’y a pas eu de réunion
de parents. « Des choses illogiques », résume simplement Chantal Schwartz, gardienne d’une école
maternelle dans le village voisin de
Puberg. A son fils, dyslexique, l’instituteur a donné « des claques à tort
et à travers », et tant de devoirs que
l’enfant s’y est épuisé. A un autre, il
a imposé des centaines de lignes
parce qu’il avait fait tomber sa gomme. Il fallait, aussi, venir en dehors
des heures de classe pour avoir le
droit d’accéder aux ordinateurs.
En fait, expliquent ces parents,
l’instituteur avait peu à peu « usurpé » leur place. « Je lui ai dit un
jour : Je refuse que ma fille devienne
comme les autres, tes yeux et tes
oreilles », souffle Cathy, de sa voix
douce. Quand ils se retournent, ces
me y aura-t-il encore dans cette histoire qui ne prend pas fin ? La haine
a pris le dessus. » Cette mère, posée
et digne, l’explique par « la société
dans laquelle on vit, où celui qui attaque a toujours le dessus, car personne ne réagit ». A Zittersheim, « des
gens ont vu des choses, se sont posé
des questions, mais ils nous disent :
on ne veut pas être mêlé à tout ça. »
Le nouvel instituteur « a fait un
très bon travail, les enfants ont progressé », indique-t-on à l’éducation
nationale. Une association d’éducateurs et de psychologues, Thémis, a
été mandatée par le procureur de la
République pour engager un suivi
des enfants. « Nous voulons les
aider à reprendre confiance dans la
vie sociale, leur donner la possibilité
de continuer à agir, à grandir »,
explique Richard Sancho Andreo,
son responsable. A la rentrée de
septembre, les sept derniers élèves
de Zittersheim seront accueillis à
Wingen, le bourg voisin. L’école
sera définitivement fermée.
Nathalie Guibert
HORIZONS-DÉBATS
L’Argentine n’existe plus
U
N des topiques de la littérature baroque proclame que plus rien n’est ce
qu’il était : le voyageur
cherche Rome dans Rome et tout
ce qu’il en voit, ce sont des ruines.
Le grand Francisco de Quevedo en
déduisait que « ce qui était inébranlable a disparu, seul l’éphémère
demeure et dure ». Les ruines des
villes saccagées d’Argentine – les
supermarchés dévalisés, les voitures incendiées, les vitres en morceaux, les débris des modes et
tendances – constituent l’oppressant présent ; dans le passé se trouve relégué un pays que nous
étions jadis convenus d’appeler
l’Argentine.
Je suis né en Argentine mais, en
réalité, je n’y ai pas vécu avant
l’âge de sept ans, quand ma
famille s’y est réinstallée en 1955,
après la chute de Peron. J’en suis
reparti pour de bon en 1968, juste
avant que ne commencent les horreurs de la dictature militaire. Je
me souviens de ces treize années
avec étonnement. Malgré la dégradation économique continue, malgré la fréquence des coups d’Etat
militaires qui faisaient apparaître
dans les rues proches de notre école des tanks éléphantesques, malgré la vente progressive de toutes
les industries nationales, l’Argentine était en ce temps-là un pays
extraordinaire, d’une richesse
intellectuelle et d’une fécondité
immenses.
Que s’est-il passé ?
Pour l’essentiel,
ce pays a cessé
de croire en lui
Cette société possédait un style
de pensée unique, capable d’aborder (dans une même idée) les grandes questions métaphysiques et
les réalités de la politique de base.
Un humour particulier imprégnait
toutes les transactions sociales :
une ironie teintée de mélancolie,
d’enjouement et de gravité. Les
Argentins semblaient doués de la
capacité d’apprécier le plus petit
cadeau du hasard comme de ressentir les instants de tristesse les
plus subtils. Ils avaient un sens passionné de la curiosité, l’œil aux
aguets pour la notion révélatrice,
le respect de la pensée intelligente,
de l’acte généreux, de l’observation éclairée. Ils savaient qui ils
étaient en ce monde et se sentaient fiers de cette identité (que
Borges appelait « un acte de foi »).
Tout cela est désormais perdu.
Que s’est-il passé ? Pour l’essentiel, l’Argentine a cessé de croire
en elle. Toute société est une inven-
Madagascar :
la paix civile
menacée
Suite de la première page
Cet appel est à la fois une exhortation à mes compatriotes et à l’amiral Ratsiraka à intégrer nos traditions de solidarité et d’union nationale. Mais j’interpelle aussi les
démocraties pour qu’elles s’engagent à garantir la paix civile, aider à
la transparence démocratique et
permettre la réconciliation dans
mon pays.
Je redis solennellement les propositions faites à mes interlocuteurs
français et européens.
Garantir la paix civile. La France et l’Union européenne doivent
sortir de leur indifférence et mettre
en œuvre toutes les initiatives pour
convaincre Didier Ratsiraka, et surtout son entourage, de reconnaître
la réalité du vote de la majorité du
peuple malgache. Cela est simplifié
par l’existence d’un organisme indépendant, qui peut et doit être soutenu pour que les résultats des élections soient conformes aux votes
exprimés : le Consortium d’observation des élections présidentielles,
regroupant des autorités morales
de Madagascar telle la Fédération
des Eglises de Madagascar ainsi que
certaines organisations de la société civile comme le Conseil national
d’observation des élections.
Contribuer à la transparence
démocratique. Une délégation parlementaire française dépêchée en
urgence, en observation du
par Alberto Manguel
teurs. Leurs noms sont familiers à
tous les Argentins. Le refus du FMI
d’en prêter davantage était fondé
sur la prémisse évidente qu’il
serait à nouveau volé (les truands
ne connaissent que trop bien les
habitudes les uns des autres).
Mais le fait qu’il ne reste rien à
voler n’apporte aucune consolation aux milliers d’Argentins qui
meurent de faim. Mourir de faim –
dans un pays appelé, il y a quelques décennies à peine, « la boulangerie du monde » !
Et maintenant ? Quelle solution
peut-il exister pour un pays en
faillite financière et morale, avec le
même lot de politiciens corrompus
tion, une construction imaginaire
fondée sur un accord entre des
individus qui ont décidé de vivre
ensemble selon des lois communes. Ces lois constituent un système basé sur la confiance : que l’on
perde foi dans le système, et la
notion de société disparaît, telle
l’eau dans l’eau.
Le serment d’allégeance américain, la Marseillaise, la devise brésilienne « liberdade o morte », l’infamant « Deutschland, Deutschland
über alles », le « True North strong
and free » canadien sont autant
d’incantations rituelles qui prêtent
une voix, sinon un sens, à nos
croyances. Gravées sur les stèles
d’Hammourabi, récitées par les
anciens chez les Orixás, sculptées
au-dessus de la porte du temple
de Delphes ou imprimées dans les
milliers de registres des tribunaux
de notre temps, ces conventions
qui règlent nos vies en commun
ressemblent au rêve du Roi Rouge
dans Alice au Pays des merveilles :
qu’on le réveille, et notre société
illuminée s’éteindra, bang, comme
une bougie.
Dans la pièce de Robert Bolt Un
homme pour l’éternité, le gendre de
Thomas More soutient que pour
atteindre le Diable, il anéantirait
volontiers toutes les lois instituées
en Angleterre. Et More, le légiste,
répond avec colère : « Et comment
crois-tu pouvoir rester debout sous
le vent qui soufflerait ? » More ne
pouvait le savoir, mais il parlait de
mon Argentine, dont les citoyens
honnêtes s’efforcent de rester
debout dans un pays dont les lois
ont été éradiquées, sans savoir
combien de temps ils parviendront à garder la tête haute dans
la tourmente.
Il existe une tournure d’esprit
que nous avons (à tort) qualifiée
de machiavélique, celle qui porte à
croire que l’on peut tout se permettre dans le but de s’agrandir, y compris d’enfreindre la loi. Les tyrans
grecs, les césars romains, les papes
et empereurs la possédaient ; elle a
déclenché des guerres, justifié des
atrocités, causé des souffrances
indicibles ; en fin de compte, elle a
toujours provoqué l’effondrement
des sociétés dans lesquelles elle
s’était enracinée. En Argentine,
elle s’est manifestée dès l’aube de
la République, avec le meurtre du
jeune révolutionnaire Mariano
Moreno. Elle est devenue officielle
au XIXe siècle sous la tyrannie de
Juan Manuel de Rosas, acceptable
au temps des oligarques et des propriétaires terriens au début du XXe,
populaire sous Perón. Enfin, sous
la dictature militaire, elle a miné la
société sous tous ses angles, ignoré toute légalité, fait de la torture
et du meurtre les instruments quotidiens du gouvernement, infecté
le langage et la pensée.
Vers la fin des années 1980, cette
tournure d’esprit s’était si bien
enracinée qu’elle a permis au président Menem de pardonner aux
plus odieux des criminels de la Junta et à la plupart des Argentins de
justifier, non sans ingéniosité, le
comportement crapuleux de leur
gouvernement. Grâce aux militaires, dans l’Argentine des années
1990, il était devenu impossible
d’employer les mots « honnêteté », « vérité » ou « décence »
sans les teinter d’ironie.
La tâche du président De la Rúa
était désespérée. Rétablir l’équilibre d’une société qui, en vérité,
n’existe plus parce qu’elle ne croit
plus à sa propre intégrité est un
tour qu’aucun magicien ne pourrait accomplir. Tout se passe comme si les spectateurs refusaient de
se lier à l’artiste par un contrat
implicite de respect et de suspension d’incrédulité, comme s’ils
avaient décidé de ne pas rester
assis à le regarder sortir un lapin
de son chapeau mais de tenter plutôt de s’enfuir avec lapin et chapeau, persuadés que s’ils ne le font
pas, le magicien sera le premier à
les barboter l'un et l'autre. Dans
de telles conditions, aucune représentation ne peut avoir lieu et le
théâtre peut aussi bien fermer.
Le célèbre tango Cambalache
(« bric-à-brac ») avait tout prévu
dès 1935 : « Il n’importe à personne
que vous soyez né honnête », dit la
chanson. Et puis : « C’est tout
pareil : celui qui travaille
Nuit et jour comme un bœuf,
Celui qui vit des autres,
Celui qui tue, celui qui guérit,
Ou celui qui enfreint la loi. »
Durant son long règne, Perón se
vantait volontiers de pouvoir, tel
l’Oncle Scrooge, « marcher sur les
lingots d’or du Trésor ». Après sa
fuite, il ne restait plus d’or à fouler
et Perón figura sur les listes financières internationales comme l’un
des hommes les plus riches du
monde. Après Perón, les vols continuèrent et s’intensifièrent. L’argent prêté à l’Argentine, à plusieurs reprises, par le Fonds monétaire international (cette incarnation moderne du péché d’usure)
disparut dans les poches des
mêmes et célèbres salauds : ministres, hommes d’affaires, industriels, députés, banquiers, séna-
se disputant ce qui n’est plus
aujourd’hui qu’os dénudés, avec
une armée meurtrière en attente
dans les coulisses, sans système
judiciaire, sans programme économique, sans activités industrielles
dignes de ce nom ? Que peut espérer l’Argentine quand le président
par intérim, natif de la ville de La
Quebrada, qui fut le premier à remplacer De la Rúa, conclut son discours inaugural par la dédicace de
son bref mandat (jusqu’en mars)
« au Christ de La Quebrada » ?
Que peuvent espérer les citoyens
d’Argentine quand le dernier de la
demi-douzaine de remplaçants présidentiels depuis quelques semaines a un casier judiciaire notoire
pour escroquerie ?
Dans l’épopée nationale argentine, le gaucho Martín Fierro, afin
d’échapper au système injuste qui
l’a trahi (qui l’a enrôlé dans l’armée et dépouillé de sa terre, de sa
maison et de sa famille), déserte et
devient le héros reconnu de l’imaginaire argentin. Mais pour les
Argentins d’aujourd’hui, il ne reste
rien à déserter, il n’y a nulle part
où aller. Le pays imaginé par mes
ancêtres, le pays extraordinaire
qui m’a éduqué et a fait de moi ce
que je suis, n’existe plus au milieu
de ses ruines. L’Argentine n’est
plus et les canailles qui l’ont détruite vivent encore.
dépouillement de ces élections,
serait un moyen d’assurer cette
garantie. La Haute Cour constitutionnelle, dont les membres ont été
renouvelés juste avant l’élection,
peut être soumise à des pressions
du pouvoir pour proclamer des
résultats sur la base d’informations
falsifiées. Aucune expertise contradictoire n’a eu lieu, aucune comparaison des procès-verbaux et surtout aucune comptabilisation par le
Consortium.
te démarche, je la propose à mon
peuple pour instaurer à Madagascar les usages des pays démocratiques et la préservation durable de
la paix civile. Je la propose aussi à
l’amiral Ratsiraka comme ce qui
devrait être notre devoir commun
d’hommes d’Etat.
Ainsi, mon peuple évitera la confrontation violente – si c’est encore
possible – et la provocation qui
prend la forme, aujourd’hui, d’un
retour à la barbarie tribale d’un
autre temps. Nous pourrons ainsi
instaurer une véritable sécurité des
institutions républicaines et démocratiques afin que les Malgaches
réinvestissent leur confiance dans
les lois de leur pays.
Cela ne conduira pas seulement
à réamorcer l’activité économique
dans mon pays et les investissements étrangers. Je suis convaincu
de retrouvrer ainsi les liens tradi-
tionnels de solidarité et de partage
qui ont été rompus par une misère
entretenue et des injustices sociales dévastatrices. La République
malgache telle que je la conçois
saura allier la stabilité de son organisation administrative, la fiabilité
de ses circuits publics et la sécurisation des initiatives privées.
Il faut sortir de l’indifférence !
La France et l’Europe pourront
ainsi empêcher un hold-up électoral, préserver la paix civile et permettre la bonne gouvernance de
Madagascar.
A l’heure où le monde se recompose, où les valeurs démocratiques
et républicaines sont battues en
brèche par de nouveaux totalitarismes, je ne puis supporter que mon
pays et mon peuple restent à
l’écart de la dignité.
AU COURRIER DU « MONDE »
ge également la charge de la preuve. Ainsi, dès lors que le salarié
« présente des éléments de fait laissant supposer l’existence d’un harcèlement », le cadre devra justifier
que ses « agissements ne sont pas
constitutifs d’un harcèlement ».
Une lettre faisant état de nonatteinte d’objectifs ne sera pas du
harcèlement, une seconde le sera
peut-être… désormais, quel hiérarque osera reprocher à un collaborateur des résultats professionnels insuffisants ? Qui fera la
différence et avec quelle légitimité (…) entre un management
pervers et un management au
service de la performance de l’entreprise et de l’équité entre les
collaborateurs ?
J’interpelle
les démocraties
pour qu’elles
s’engagent à garantir
la paix civile, aider
à la transparence
démocratique
et permettre
la réconciliation
dans mon pays
Construire l’avenir. Nos traditions ancestrales nous conduisent à
préserver la dignité de la fonction
du chef de la nation, la solidarité fraternelle et la sauvegarde de l’unité
nationale. Notre République doit
maintenant s’établir dans l’alternance démocratique. L’expérience séculaire de vos démocraties peut nous
permettre d’allier la sagesse ancestrale malgache et les références
communes à nos républiques. Cet-
Le fait qu’il ne reste rien à voler
n’apporte aucune consolation aux milliers
d’Argentins qui meurent de faim.
Mourir de faim – dans un pays appelé,
il y a quelques décennies à peine,
« la boulangerie du monde » !
HARCÈLEMENT
Qui sera demain candidat à un
poste de management sachant les
nouvelles responsabilités qui
seront les siennes ? Un nouveau
texte prévoit une véritable mise en
examen du cadre soupçonné de
harceler un subordonné. Elle commence d’abord au sein de l’entreprise par des enquêtes internes, se
poursuit à l’extérieur d’abord avec
un médiateur puis, le cas échéant,
sur une action intentée par les
organisations syndicales auprès
du tribunal correctionnel avec une
sanction possible d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros
d’amende !
Sans entrer dans un débat de
juristes, cette nouvelle loi aména-
Alberto Manguel,
écrivain
canadien d’origine argentine, vit en
France.
Traduit de l’anglais par
Christine Le Bœuf.
Marc Ravalomanana
Sylvie Legrand
Vanves (Hauts-de-Seine)
LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002 / 13
En marche vers l’euro
par Peter Mandelson
L
’ARRIVÉE de l’euro a été
accueillie par les Britanniques avec cette sorte d’indifférence que l’on affiche face
à l’inévitable. Pas d’appel à la résistance, pas de barricades. La monnaie est l’une des plus grandes inventions de l’homme et l’introduction
simultanée d’une unité monétaire
flambant neuve dans douze pays différents suscite davantage de curiosité que d’inquiétude.
Mon expérience à Hartlepool pendant la campagne électorale de l’année passée m’incite à formuler une
prédiction fort simple. Dès lors que
sera bien ancrée la certitude que toute version britannique de la monnaie euro sera frappée à l’effigie de
la Reine, les autres nationalités conservant de même les symboles de
leur souveraineté, l’hostilité de l’opinion publique commencera à reculer sensiblement.
Il existe bien sûr des motifs plus
fondés de prudence face à une monnaie unique (notamment la perspective d’une politique monétaire
« taille unique »). Les obstacles à
une entrée dans la zone euro, tant
que n’aura pas été durablement établie une convergence économique
entre la Grande-Bretagne et le continent, ne sont pas contestables.
Alors comment va se jouer cette partie politique ?
La grande question concerne la
date du référendum : pendant ou
après cette mandature ? Avant l’été
2001, j’ai été sensible aux arguments
développés par deux chroniqueurs
antieuro, Martin Wolf du Financial
Times et Anatole Kaletsky du Times.
Ils avançaient que, outre le principe
même, les obstacles d’ordre pratique et l’hostilité de l’opinion publique empêcheraient le gouvernement britannique d’opter pour
l’euro dans un avenir prévisible.
Il s’agit là de fins analystes et de
journalistes de haut vol. Mais ils ne
comprennent pas que la conviction,
autant que les savants calculs, est ce
qui guide l’homme politique. En
dépit de la somme de courage requise, certains sont capables de décisions fermes au nom d’une conviction forte.
Je ne suis plus autorisé à parler au
nom du gouvernement, mais je connais bien Tony Blair. S’il est convaincu qu’une mesure va dans le sens de
l’intérêt national, il la prendra. Or,
comme il l’a dit, il pense que, dans le
principe, politiquement et économiquement, il est de l’intérêt de la
Grande-Bretagne de rejoindre la
monnaie unique dès que les conditions économiques le permettront.
Pour cette raison, je crois que, s’il
se crée une ouverture au cours de
cette législature, il voudra saisir la
chance et n’attendra pas un basculement favorable des sondages. Au
demeurant, je ne pense pas qu’un
référendum puisse jamais commencer dans une configuration où les
proeuro représenteraient l’opinion
majoritaire.
Mais, rétorquera le clan des
antieuro, quid de Gordon Brown et
de son opposition présumée (bien
que jamais revendiquée publiquement) à l’adoption de l’euro ? Ne
va-t-on pas assister à un combat
sans merci, dont M. Blair ne pourra
sortir vainqueur qu’au prix de dommages inacceptables pour son gouvernement ? Je ne le pense pas.
Que ceux qui espéreraient voir le
premier ministre et son chancelier
de l’Echiquier compromettre ainsi
l’unité, et par conséquent la longévité du gouvernement, continuent de
rêver. M. Brown est un homme politique de conviction, il a un solide
bilan de sympathies proeuropéennes. Je pense que le chancelier de
l’Echiquier sait depuis longtemps
que les intérêts britanniques se trouvent au sein de l’Europe et de sa
monnaie unique, pour autant que le
moment de l’entrée de la GrandeBretagne soit judicieusement choisi.
Les tensions créées pendant le premier terme de ce gouvernement
sont nées du soupçon que ceux de
ses membres, dont j’étais, qui s’exprimaient sur l’euro, ne cherchaient
pas seulement à plaider en faveur
de l’adhésion britannique, mais tentaient surtout d’accélérer le processus. C’était une analyse erronée, qui
causa néanmoins un agacement
compréhensible parmi les ministres
des finances, qui entendaient bien
garder le contrôle du moment et des
conditions de l’entrée dans la zone
euro. Les médias se sont fait un plaisir d’attiser le feu ; et certaines personnalités, malheureusement, participèrent au jeu.
Je ne doute pas un instant que le
chancelier de l’Echiquier tiendra à
conserver la main sur les modalités
de l’adhésion britannique. Ses cinq
tests économiques sont apparemment sa manière d’y parvenir. Qui le
blâmerait, considérant l’impact de
cette adhésion sur l’économie intérieure ? Mais de là à parler de combat sans merci, ou de tentative de
veto mise à l’adoption de l’euro, la
marge est grande et relève de l’erreur patente.
D’ici au référendum, s’il se tient
pendant cette mandature, le gouvernement devra veiller très soigneusement à l’organisation de la campagne. Il n’est pas vrai qu’il soit en
train d’entraîner la Grande-Bretagne dans une adhésion subreptice,
mais il serait plus aisé de réfuter cette accusation si les ministres étaient
un peu moins crispés et plus nombreux à se joindre au débat sur l’Europe, au lieu d’abandonner cette
charge à Peter Hain, le très efficace
ministre de l’Europe.
Je ne crois pas souhaitable que les
ministres se mettent en campagne
prématurément en faveur de la monnaie unique. Le gouvernement a
d’autres sujets de préoccupation
immédiate, et la mobilisation de
l’opinion publique sur cette question ne risque pas de poser problème, bien au contraire. Une période
de six mois avant la date d’un probable référendum semble constituer
une bonne option pour l’organisation de la campagne. Le gouvernement serait en revanche avisé de ne
pas enterrer le sujet, d’exposer les
arguments partout où il est pertinent de le faire, d’informer un
public demandeur de données
concrètes. Dans le même temps, il
devrait poursuivre ses efforts pour
obtenir une réforme hautement
nécessaire de l’Union européenne,
condition centrale pour le succès de
la monnaie unique.
Je crois que, s’il se
crée une ouverture
au cours de cette
législature, Tony Blair
voudra saisir la
chance et n’attendra
pas un basculement
favorable
des sondages
Pour le reste, les ministres
devraient laisser le terrain à une
campagne proeuro, indépendante
et qualifiée, qui concurrencera un
lobby antieuro bien organisé et qui
donne de plus en plus de la voix.
Sans chercher à imposer de contraintes à la campagne proeuro, comme
cela fut parfois le cas lors de la campagne « Britain in Europe ».
Entre-temps, les eurosceptiques
feront tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher la tenue d’un
référendum. Cette stratégie a toujours été la leur, car ils redoutent le
résultat d’un vote influencé par la
combinaison des forces travaillistes
et démocrates libérales (plus un
nombre non négligeable de figures
majeures du parti conservateur),
encore renforcée par l’opinion
majoritaire au sein du monde des
affaires, de la City à Londres et des
syndicats.
La raison, et non l’émotion, finira
par l’emporter, raison qui inclut une
conscience instinctive des véritables
intérêts de la Grande-Bretagne qui
se trouvent au sein d’un bloc géographique plus vaste et plus puissant,
et non à la traîne, quelque part au
milieu de l’Atlantique. Mais la campagne pour empêcher un référendum sera rude, comme le révélait
un gros titre récent du plus important quotidien eurosceptique en termes de tirage.
« Les travaillistes au bord de l’explosion à cause du fanatisme
proeuro du premier ministre », lançait le Sun à Tony Blair et ses projets
de référendum, ce que, pour ma
part, j’appellerais prendre ses désirs
pour des réalités, audace qui me vaudra sans aucun doute d’être violemment pris à partie dans les mêmes
colonnes.
Peter Mandelson, ancien
ministre britannique, est député de
Hartlepool et préside Policy
Network, groupe de réflexion européen (www.policy-network.org).
Traduit de l’anglais par
Françoise Cartano.
14 / LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002
HORIZONS-ANALYSES
0 123
21 bis, RUE CLAUDE-BERNARD – 75242 PARIS CEDEX 05
Tél. : 01-42-17-20-00. Télécopieur : 01-42-17-21-21. Télex : 202 806 F
Tél. relations clientèle abonnés : 01-42-17-32-90
Changement d’adresse et suspension : 0-825-022-021 (0,99 F la minute).
Internet : http: // www.lemonde.fr
ÉDITORIAL
Le cri d’Yves Saint Laurent
T
OUT couturier porte en
lui les fantômes de milliers de petites morts :
celles des modèles passés que les saisons à venir
condamnent. Ce commerce avec
la mort fait partie de leur univers, de cette formidable invitation à « renouveler le sentiment
amoureux », dont parlait Christian Dior. En annonçant la fin de
sa maison de couture, Yves Saint
Laurent s’est offert son dernier
luxe : redevenir, quarante ans
plus tard, l’homme dont l’identité était une marque. Acte de
liberté pour les uns, ce geste est
une leçon de vie, d’exigence, de
fidélité à soi-même.
Yves Saint Laurent n’a sûrement pas oublié que le beau
pays de la mode est aussi celui
qui a laissé une grande dame
assister de son vivant à la liquidation de sa maison, en 1987. Il
s’agissait de Madame Grès, dont
les robes et les toiles sont parties
dans des sacs-poubelle. Yves
Saint Laurent a toujours pressenti, avant les autres, les dangers
d’un métier qui tire sa légitimité
de l’éphémère, dont il a été l’apprenti sorcier. Premier à collectionner ses propres modèles, à
entrer de son vivant au musée, il
aura été le couturier de toutes
les nostalgies, la somme de tous
les couturiers de son siècle, de
Vionnet à Balenciaga, Chanel,
Schiaparelli et, bien sûr, Christian Dior. Contre l’amnésie du
temps, ses vêtements gardent en
eux le parfum de la mémoire,
démodant les faux chocs et les
vertiges trop contrôlés.
S’il reste moderne, c’est grâce
à son regard, à son impitoyable
intuition, lui qui, trente et un
ans après s’être déshabillé
devant l’objectif de Jeanloup
Sieff, se met à nu une nouvelle
fois : « J’ai connu la peur et la terrible solitude. Les faux amis que
sont les tranquillisants, et les stupéfiants. La prison de la dépression et celle des maisons de santé. » Cette fois, le roi est nu
devant son destin, et sa douleur.
Quelque
chose
d’universel
demeure : cette joie qu’il a su
transmettre au monde à travers
ses créations. C’est le seul couturier qu’on admire autant, de
Neuilly au Bronx. Ses couleurs
sont les étendards de toutes les
couleurs du monde.
On aurait tort de vouloir lui
tailler un suaire, en opposant à
une haute couture anachronique un prêt-à-porter dont il
n’aurait
plus
les
codes.
N’oublions pas qu’il a été le premier, avec Rive Gauche, en 1966,
à donner une noblesse à ce
prêt-à-porter, à décliner avec la
même générosité des smokings,
des sahariennes, des tailleurs
pantalons pour le plus grand
nombre de femmes. Le départ
d’Yves Saint Laurent est plus
qu’un deuil pour la haute couture et ses deux cent cinquante
clientes, qui ont fini, à force de
chirurgie esthétique, par toutes
se ressembler : c’est le hara-kiri
d’une profession, le cri d’un homme qui dénonce l’absurdité d’un
univers où les couturiers sont
devenus les petites mains des
financiers, un œil sur leur compte, un autre sur l’applaudimètre.
La violence de ce geste sonne
comme la véritable remise en
question de tout un système,
dont les conséquences seront
lourdes pour l’avenir.
Euro qui comme Ulysse
DANS LE NUAGE qui passe, Trigorine, l’écrivain de La Mouette de Tchekhov, devinait un
piano à queue. Au faîte de l’arbre, l’enfant croit
voir son chien – mais si, regarde bien, là, les
yeux, les oreilles. Les taches du test de Rorschach, le fou y projette les papillons de ses hantises. Nous sommes ainsi faits que les formes
les plus muettes nous parlent.
Les billets de banque avaient cette fonction :
permettre nos évasions, autant que nos échanges. Grâce à eux, labourage et pâturage restaient les deux mamelles de la France. On faisait
plus qu’acheter des choses, avec les visages de
Marie Curie ou de Descartes : on avait l’illusion
de monnayer le chignon de grand-mère, la
moustache de Django Reinhardt. Le franc-or,
le franc Poincaré, la route de quarante sous,
l’Opéra de trois groschen, mets deux thunes
dans le bastringue, tout ça ! Les nostalgiques
n’ont pas tort de gémir un peu : les perforations
dans nos liasses périmées, ce sont autant de balles à bout portant dans nos souvenirs intimes.
Les coupures d’euros auront-elles la même
charge suggestive ? Les amateurs de nouveauté
à tout prix se réjouissent que l’anonymat des
figures nous projette dans un nulle part de
Monopoly, sans devise apparente ni autre
dépaysement que, mental, vers la table de multiplication des six. Regardons-y de plus près.
Par exemple la série de coupures papier, qui
va guider nos rêves, espérons-le. Le billet de
20 euros s’orne de vitraux gothiques comme les
ascenseurs des immeubles haussmanniens : du
La ville - Les soldes
par Bertrand Poirot-Delpech, de l’Académie française
hasard kaléidoscopique pincé en ogive de chapelle, mais savamment dépouillé de tout symbole religieux. De l’ombre gris bleu invite au
recueillement, pour un peu on entendrait grincer des prie-Dieu sur les dalles, mais pas trace
de divinité, comme dans les funérariums et crématoriums, ces saunas de céramique glacée
dont les chaudières semblent requises ailleurs ; boxons d’avant 14, clubs de bridge pour
romans de Philippe Hériat. Seule allusion à un
passé datable : le pont du verso, arqué à la
médiévale, des échauguettes dans les arcsboutants, une carriole va s’y engager ; mérite le
détour, comme disent les guides.
« Le » 50 vaut plus du double, c’est justice.
Témoin les ponts, deux au lieu d’un, rapprochés, se chevauchant l’un l’autre, presque
plats, prêts pour les embouteillages automobiles du soir (le fond rose jaune, bien qu’un peu
houppette de cocotte, parle de crépuscule).
Au recto, l’ogive fait place à du fronton grec,
format confessionnal. Deux étoiles s’y encadrent, mais c’est un hasard, le drapeau européen devait trouver sa place, il tient lieu de
paysage palladien. Le second frontispice, décalé sur son arrière, a tiré son store contre le feu
d’un couchant hypothétique. Culture contre
nature : les manuels scolaires d’autrefois
avaient ce même chic pour assimiler les
savoirs à des prix de Rome d’architecture.
« Vous imaginerez le pavillon, au fond d’un
parc, d’un riche numismate. »
Le billet de 100 est teinté du vert bouteille de
l’espérance, comme il se doit. Le péristyle est
plus massif, soutenu par des caryatides, coûteux, et sa voûte se prolonge vers le blanc d’une
aurore déjà chaude. Au contraire « du » 50,
mais comme « le » 20, ce qui autorise toutes les
rêveries, sous son pont coule de la vraie eau.
L’Islande y fait figure de canard s’ébrouant. Pas
à l’échelle, l’oiseau, trop rondouillard, bâclé par
un enfant fiévreux, mais il profite de notre envie
de s’y tromper ; enfin un signe de vie dans toute
cette minéralité abstraite pour nouveau roman.
Il suffit de se dire que l’on est à l’étranger,
conseillent les prosélytes du tourisme toutcompris. « Voyagez chez personne », pourrait
être le slogan. Façon de se préparer à un futur
inhabité, interchangeable comme le sont déjà
les entrées de ville du monde entier et les
living-kitchenette. Dessinez-vous des passés
sous ces arcades à tout faire. Mettez-y des barques glissant à la paresseuse, des chapeaux de
paille, des rires. Do it yourself.
A côté, les dollars du Nouveau Continent
ont un air vieillot digne du Vieux Monde. Leur
Maison Blanche et leur Capitole, choisis pour
faire costaud, gagés sur l’Eternel et placés
sous son invocation, on croit les voir menacés,
au loin, par des avions-suicides en procédure
d’approche.
Nos symboles européens, eux, ne craignent
rien de pareil. Vierges de tout patrimoine, de
toute transcendance, ils peuvent exploser
sans dommages pour notre exception
culturelle, cette encaisse-or.
par Killoffer
0123 est édité par la SA LE MONDE
Président du directoire, directeur de la publication : Jean-Marie Colombani
Directoire : Jean-Marie Colombani ; Dominique Alduy, directeur général ;
Noël-Jean Bergeroux.
Directeurs généraux adjoints : Edwy Plenel, René Gabriel
Secrétaire général du directoire : Pierre-Yves Romain
Directeur de la rédaction : Edwy Plenel
Directeurs adjoints : Thomas Ferenczi, Pierre Georges, Jean-Yves Lhomeau
Directeur artistique : Dominique Roynette ; adjoint : François Lolichon
Secrétaire général : Olivier Biffaud ; déléguée générale : Claire Blandin
Chef d’édition : Christian Massol ; chef de production : Jean-Marc Houssard
Rédacteur en chef technique : Eric Azan ; directeur informatique : José Bolufer
Rédaction en chef centrale :
Alain Frachon, Eric Fottorino, Laurent Greilsamer,
Michel Kajman, Eric Le Boucher, Bertrand Le Gendre
Rédaction en chef :
Alain Debove (International) ; Anne-Line Roccati (France) ; Anne Chemin (Société) ;
Jean-Louis Andréani (Régions) ; Laurent Mauduit (Entreprises) ; Jacques Buob (Aujourd’hui) ;
Josyane Savigneau (Culture) ; Serge Marti (Le Monde Economie)
Médiateur : Robert Solé
Directeur exécutif : Eric Pialloux ; directeur délégué : Anne Chaussebourg
Directeur des relations internationales : Daniel Vernet
Conseil de surveillance : Alain Minc, président ; Michel Noblecourt, vice-président
Anciens directeurs : Hubert Beuve-Méry (1944-1969), Jacques Fauvet (1969-1982),
André Laurens (1982-1985), André Fontaine (1985-1991), Jacques Lesourne (1991-1994)
Le Monde est édité par la SA LE MONDE
Durée de la société : cinquante ans à compter du 10 décembre 1994.
Capital social : 166 859 ¤. Actionnaires : Société civile Les Rédacteurs du Monde,
Fonds commun de placement des personnels du Monde,
Association Hubert-Beuve-Méry, Société anonyme des lecteurs du Monde, Le Monde Entreprises,
Le Monde Europe, Le Monde Investisseurs, Le Monde Presse, Le Monde Prévoyance, Claude-Bernard Participations.
IL Y A 50 ANS, DANS 0123
La France absente
LES ÉVÉNEMENTS internationaux attendront-ils que la France
ait rajusté ou confirmé sa politique
étrangère ? On nous promet une
crise ministérielle longue ; dans
ces conditions, il paraît exclu que
puisse se dérouler au Parlement le
débat que le gouvernement français s’est engagé à organiser avant
de donner son consentement à
tout réarmement de l’Allemagne.
Si la réunion du Conseil atlantique
a lieu, comme prévu, le 2 février,
de quelle autorité disposera le
représentant de la France ? Il se
pourrait qu’on finît par se passer
de nous.
Ainsi l’armée européenne resterait-elle dans les limbes ; ainsi nos
appels à la générosité américaine
risqueraient-ils fort d’être déçus. Il
en résulterait entre autres un
sérieux accroissement de l’inflation et la renaissance d’une Wehrmacht, dont la grande majorité des
Français restent persuadés qu’elle
constitue une grave menace pour
la paix, les dirigeants de Bonn pouvant à tout moment être tentés de
s’en servir pour refaire à leur profit, de part et d’autre de l’Oder et
de la Neisse, l’unité allemande.
Depuis l’Anschluss c’est devenu
presque une règle pour la France
de n’avoir pas de gouvernement
dans les moments où se joue le destin du monde. Rarement cependant son absence de la scène internationale serait aussi préjudiciable
que dans les jours qui viennent.
On voudrait que s’en convainquissent ceux qui ont pour mission de
dénouer la crise et chez qui l’emportent trop souvent des considérations hors de proportions
avec les véritables problèmes de
l’heure.
André Fontaine
(9 janvier 1952.)
0123 SUR TOUS LES SUPPORTS
Adresse Internet : http: // www.lemonde.fr
Télématique : 3615 code LEMONDE
Le Monde sur CD-ROM : 01-44–88-46-60
Index du Monde : 01-42-17-29-89.
Le Monde sur microfilms : 03-88-71-42-30
Films à Paris et en province : 08-36-68-03-78
La France est-elle encore européenne ?
À L’HEURE où les Européens se
congratulent de l’avènement historique de l’euro, ce serait jouer les Cassandres que d’anticiper une période
de stagnation pour la construction
européenne. D’autant que nul ne
peut encore prévoir si la monnaie
unique va jouer le rôle d’accélérateur de l’intégration, ou si, soucieux
de prendre le temps de consolider
un acquis historique fragile, les gouvernements des Quinze vont mettre entre parenthèses leurs ambitions de bâtisseurs d’Europe. La
monnaie unique sera-t-elle l’élément fondateur d’une identité européenne qui n’existe pas encore, et
va-t-elle favoriser l’émergence de
l’Europe politique, d’une vraie
diplomatie européenne ?
Rien ne permet de penser que les
gouvernants européens ont la moindre envie de consentir, après la monnaie, de nouveaux abandons de souveraineté. Le Conseil européen de
Laeken n’a pas dissipé, en outre, les
appréhensions des Européens face
à un avenir que l’élargissement du
Vieux Continent rend de plus en
plus incertain. Face à cette incapacité collective d’éclairer les enjeux
communs, nombreux sont les gouvernements qui pointent du doigt
une démission européenne des autorités françaises. Historiquement, la
France occupe une place particulière en Europe : depuis Jean Monnet et Robert Schuman, c’est elle qui
a le plus souvent joué le rôle de défricheur de la construction européenne. Or, aujourd’hui, elle semble
avoir abdiqué cette responsabilité.
De beaux restes d’influence lui
permettent d’imposer Valéry Giscard d’Estaing à la tête de la
convention sur l’avenir de l’Europe,
mais, placée en position d’assumer
le leadership européen après les événements du 11 septembre, dans la
lutte contre le terrorisme et la
guerre en Afghanistan, elle semble
aux abonnés absents. L’aventure
historique de l’euro et la nécessité
de mobiliser l’opinion européenne ?
C’est presque elle qui en fait le
moins. Les peurs de l’élargissement ? Au moment où il faudrait
tenir le langage de la solidarité, elle
accrédite de facto l’idée qu’il s’agit
d’un drame et d’une contrainte. Pis !
Elle jette un pavé dans la mare –
ainsi qu’un sérieux doute sur l’objectivité de la Commission européenne –, en estimant que, tout compte
fait, l’élargissement devrait concerner douze pays et non les dix pressentis par l’exécutif bruxellois.
PERTE D’AMBITION
A Laeken, les chefs d’Etat et de
gouvernement n’ont pas suivi cette
suggestion de Hubert Védrine. Le
gouvernement français ne cesse de
se poser en défenseur des institutions européennes, mais il ne fait
rien pour les conforter. Lorsque
Romano Prodi est la cible d’attaques, nul ne prend sa défense.
Juge-t-on à Paris que l’Italien n’est
pas défendable ? Peut-être, mais
c’est faire semblant d’ignorer que
l’affaiblissement politique du président de la Commission mine l’institution elle-même. Quand les représentants de la France déplorent la
perte d’influence de la Commission, leurs larmes ressemblent à celles du crocodile. De façon croissante, ils donnent le sentiment de ne
plus beaucoup croire à l’aventure
européenne.
Cette perte d’ambition de la France pour l’Europe est issue pour une
part des leçons de l’âpre campagne
du référendum pour la ratification
du traité de Maastricht, en 1992.
Celle-ci ayant opposé les Français,
leurs dirigeants en ont tiré la conclu-
sion que l’Europe est un sujet de division. Alors qu’on aurait pu expliquer
en quoi l’Europe exerce une influence grandissante dans la vie de chacun, établir des ponts entre la dimension européenne et la dimension
nationale, le débat européen a été
escamoté. L’Europe a rarement été
présentée comme une chance, et
souvent comme un bouc-émissaire.
Dans les enceintes internationales, la France ne donne pas le sentiment de jouer le jeu collectif de
l’Europe, rendant ainsi quelque peu
dérisoires ses appels répétés en
faveur d’une « Europe-puissance ».
Au fond, à l’exception du ProcheOrient et des Balkans, elle n’a pas
vraiment compris que, dans un monde de plus en plus globalisé, la « voix
de la France » ne pourrait se faire
entendre que si elle choisit d’être forte en Europe. Ce n’est pas un hasard
si la relation franco-allemande reste
anémique. Paris ne donne pas le sentiment d’avoir accepté que l’Allemagne jouisse de la maturité politique
qu’elle a acquise en Europe, et dont
la France a pourtant été, pendant
quarante ans, la marraine.
L’Allemagne de Gerhard Schröder et la Grande-Bretagne de Tony
Blair s’affirment en Europe, et la
France, qui l’a longtemps souhaité,
s’en inquiète, comme si elle ne pouvait qu’en pâtir. Cette frilosité
française a des conséquences. Avec
l’Allemagne, la France se situait au
point d’équilibre politique de
l’Union, et le « moteur » franco-allemand entraînait naturellement six
ou sept autres pays. Ce n’est plus le
cas. L’Europe, certes, est devenue
plus compliquée, et la France n’est
pas la seule à se montrer incapable
d’en présenter une vision et un projet. S’ajoutent à cela le fait que l’évolution de la construction et des institutions européennes, ainsi que la
globalisation des échanges internationaux, ne vont pas dans le sens
d’une évolution « à la française ».
Le temps n’est plus où la Commission européenne était dominée par
la France, qu’il s’agisse de son inspiration, de ses méthodes et de sa
langue de travail. Davantage que
d’autres pays européens, la France
est, par ailleurs, l’héritière d’un
modèle politique et administratif
centralisé, où l’Etat de tradition colbertiste joue un rôle prépondérant :
en France, la mise en commun de la
souveraineté ne va pas de soi. Tout
s’est bien passé tant que l’Europe a
évolué peu ou prou au rythme des
idées françaises. Aujourd’hui, la
mise en œuvre de l’Europe politique
met à l’épreuve la capacité des élites
politiques françaises à accepter que
la spécificité hexagonale puisse se
fonder dans un ensemble communautaire aux contours de plus en
plus flous.
Il serait erroné de faire porter à la
cohabitation la responsabilité de l’effacement de la France en Europe. La
vérité est que Jacques Chirac et le
gouvernement de Lionel Jospin ont
une approche peu différente – et
peu ambitieuse – des questions européennes. Il serait dommage que le
prétexte des échéances électorales
élude le choix qui s’offre à la France : tirant la conclusion que l’évolution de l’Europe ne correspond plus
à ses intérêts, elle pourrait être tentée de freiner celle-ci… C’est l’option
du repli sur soi.
A l’inverse, elle peut s’investir plus
complètement en Europe, faisant le
pari qu’en renforçant la Communauté, elle se renforcera elle-même. Ce
n’est qu’ainsi qu’elle évitera que ses
alliés se posent cette question : « La
France est-elle encore européenne ? »
Laurent Zecchini
15
ENTREPRISES
LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002
TOURISME
Philippe Bourguignon, qui préside le Club Méditerranée depuis 1997, a annoncé mardi
8 janvier de mauvais résultats pour
son entreprise en 2001. b LE CLUB
affiche une perte de 70 millions
d’euros, une des plus importantes de
son histoire. b LES ATTENTATS DU
11 SEPTEMBRE n’expliquent pas
tout. Les spécialistes critiquent la stra-
tégie de diversification de la direction. Les nouveaux produits altèrent
l’image du Club et ne rapportent presque pas d’argent. b LES AGNELLI,
actionnaires du Club, pourraient met-
tre de l’ordre dans leurs multiples participations dans le secteur du tourisme qui, jusqu’à présent, n’ont pas
donné lieu à une restructuration du
secteur. b LES DIFICULTÉS du Club
ont eu des conséquences sur le management. Yves Martin, considéré comme le numéro deux, a quitté l’entreprise, laissant la place à Henri Giscard
d’Estaing, venu de chez Danone.
Le Club Méditerranée ne parvient pas à rénover sa formule
L’entreprise de voyages et loisirs a enregistré en 2001 une perte de 70 millions d’euros. Cinq ans après l’arrivée de Philippe Bourguignon à la présidence,
sa stratégie de diversification et de rajeunissement du concept des villages de vacances n’a pas encore prouvé sa pertinence
LA CRISE frappe le Club
Med. Philippe Bourguignon, à la
tête de l’entreprise depuis près de
cinq ans, a depuis plusieurs mois
commencé à manger son pain
noir. En annonçant, mardi 8 janvier, une perte de 70 millions
d’euros, le groupe français de tourisme, renoue avec une période
qu’il croyait révolue : celle du doute sur l’avenir de l’entreprise et sur
la validité de son concept, celui des
villages de vacances « tout-compris ».
Bien sûr, il y a ce que les Américains appellent l’after eleven, la cri-
observateurs, qui s’étonnent « de
la vigueur des coups que reçoit Bourguignon de toutes parts et de son
apparente facilité à encaisser ».
De fait, depuis dix-huit mois, le
PDG a réussi à se mettre tout le
monde à dos, comme le résume un
spécialiste du secteur : investisseurs, analystes, journalistes, mais
aussi ses salariés et ses actionnaires. Les premiers avouent ne rien
comprendre à la stratégie multiproduits construite autour de la marque. Celle-ci n’a finalement généré
en 2001 qu’environ 1 million
d’euros de royalties. Sur les autres
Une mauvaise année
Le Club a terminé son exercice 2000-2001, clos au 31 octobre, avec
une perte nette part du groupe de 70 millions d’euros conforme aux
prévisions du marché, contre un bénéfice de 59 millions d’euros l’année précédente. Le chiffre d’affaires a progressé pour sa part de 5 %
en 2001, à 1,985 milliard d’euros. Le résultat d’exploitation du groupe
s’est établi à 50 millions d’euros (contre 103 millions d’euros en 2000),
compte tenu de « l’impact négatif de 23 millions d’euros lié aux événements du 11 septembre ». Il ne sera pas versé de dividende pour 2001.
L’Europe-Afrique, qui a connu une activité en hausse de 8,5 % en
2001, a généré un résultat d’exploitation de 68 millions d’euros (à
comparer avec 84 millions d’euros en 2000). En Asie, le résultat d’exploitation s’est élevé à 24 millions d’euros (contre 32 millions d’euros
en 2000), pour un chiffre d’affaires en hausse de 0,7 %. En Amérique,
le résultat d’exploitation est négatif de 34millions d’euros (– 8 millions d’euros en 2000), dont 4 millions d’euros attribués à l’impact des
attentats du 11 septembre.
se consécutive aux attentats du
11 septembre, mais tous ceux qui
s’intéressent de près au Club Méditerranée savent que le malaise est
plus profond. Après une période
d’état de grâce, jusqu’à la moitié
de l’année 2000, le climat s’est détérioré. Le titre boursier, qui avait
atteint son plus haut niveau, de
152 euros, en juillet 2000, a vu,
depuis, son cours divisé quasiment
par quatre. « C’est un grand
gâchis », déplorent de nombreux
diversifications, le jugement des
spécialistes est tout aussi sévère :
les centres de loisirs urbains, baptisés Club Med World, pour l’instant
au nombre de deux (Paris, Montréal), ne tiennent pas leurs promesses. Le rachat au mois de mai
du numéro un français des salles
de remise en forme, Gymnase
Club, pour 41,16 millions d’euros,
laisse encore perplexe. Et l’accueil
réservé à Oyyo, le concept lancé en
direction des jeunes de 18 à 25 ans
Les principaux voyagistes
b Club Med. Chiffre d’affaires
en 2000 : 1,8 milliard d’euros ;
résultat net : 58,9 millions d’euros
Actionnariat : Exor et Ifil (groupe
Fiat) (23,8 %), Caisse des dépôts
(7 %), Rolaco (5,7 %), Nippon Life
(4,8 %), Amex (1,1 %)
b Nouvelles Frontières. Chiffre
d’affaires : 1,2 milliard d’euros ;
perte nette : 52,6 millions d’euros
Actionnariat : Preussag (100 % à la
fin de 2002)
b Pierre et Vacances. Chiffre
d’affaires 2000-2001 : 604 millions
d’euros ; résultat net : 30,9 millions
d’euros
Actionnariat : holding
Brémor (59 %), groupe Bolloré
(6 %), Caisse des dépôts (4 %),
salariés (1 %)
b Fram. Chiffre d’affaires :
435 millions d’euros ; résultat
net : 7 millions d’euros
Actionnariat : familles Colson
et Polderman
b Disneyland vacances. Chiffre
d’affaires : 334 millions d’euros ;
résultat net : 12 ,6 millions d’euros
Actionnariat : Walt Disney (39 %),
prince Al Walid (18,1 %)
b Look Voyages. Chiffre
d’affaires : 302 millions d’euros ;
résultat net : 3,6 millions d’euros
Actionnariat : Transat AT (100 %)
sur le thème « Si tu dors, t’es
mort », est resté mitigé. Un seul
club de ce type a été ouvert en
Tunisie. Pourtant, ajoute un
connaisseur, « le concept doit être
bon, car même Fram et Accor lancent un produit comparable ».
« Nous avons accueilli 10 000 jeunes en trois mois et demi, plaide
M. Bourguignon. Nous allons améliorer le niveau de satisfaction. Mais
il y a une chose que nous ne remettrons pas en cause : c’est l’absence
d’horaires. Dormir et manger ou faire du sport à l’heure de son choix. »
Les Club Med World, admet le
PDG, ne sont pas encore passés du
stade de « succès commercial à
celui de succès financier ». Quant
au Gymnase Club, souligne-t-il,
« l’activité fitness a connu aux EtatsUnis une explosion le jour où elle a
été mixée avec le fun. C’est ce que
nous allons faire dès le 21 janvier.
En revanche, nous ne sommes pas
intéressés par les salles Gymnasium », actuellement en redressement judiciaire. Pour le développement de la marque, « la coopération a été inégale suivant les partenaires mais fonctionne généralement plutôt bien ».
VAGUE DE LICENCIEMENTS
Les événements du 11 septembre ont permis au Club Med de faire passer une vague de licenciements sans précédent. La suppression de 243 emplois en France
(dont des expatriés du siège), apparaissait inéluctable après l’annonce, le 18 octobre, de la fermeture
provisoire ou définitive d’une quinzaine de sites dans le monde. Dans
les comptes, l’ensemble des mesures prises depuis l’annonce de la
fermeture devrait permettre de réaliser entre 30 et 40 millions d’euros
d’économies par an.
Ces licenciements ont beaucoup
frappé les salariés, relèvent les spé-
b Jet tours. Chiffre d’affaires :
280,1 millions d’euros ; perte nette :
0,3 million d’euros
Actionnariat : Club Med (99,8 %)
b Kuoni/ Scanditours. Chiffre
d’affaires : 216 millions d’euros ;
résultat net : 3,2 millions d’euros
Actionnariat : Kuoni
& Hugentobler Foundation (25 %),
UBS (9,5 %)
b Marmara-Etapes
nouvelles. Chiffre d’affaires :
211 millions d’euros ; résultat
net : 3,6 millions d’euros
Actionnariat : nc
b Maeva. Chiffre d’affaires :
198,1 millions d’euros ; résultat net :
4,5 millions d’euros. Actionnariat :
Pierre et Vacances (100 %).
Les Agnelli collectionnent les participations dans le tourisme
MILAN
correspondance
Que vont faire les Agnelli dans le
tourisme ? C’est la question que
l’ensemble du secteur se pose, y
compris le PDG du Club Med, Philippe Bourguignon. La stratégie de
l’Ifil, la holding de la famille italienne dans ce secteur, n’apparaît pas
de façon claire. L’Ifil a renforcé,
ces derniers mois, ses participations dans le tourisme, sans qu’on
sache très bien pour quoi en faire.
En janvier 2001, elle est montée
à 100 % dans le capital d’Alpitour,
premier voyagiste italien, dans
lequel elle détenait une participation depuis 1992. En mai, un partenariat a été noué avec le leader
mondial du secteur, l’allemand
Preussag. Ce dernier a pris 10 % de
New Holding for Tourism (NHT),
qui porte les participations de l’Ifil
dans le tourisme, et doit apporter
son soutien à toute une série d’initiatives. Les deux groupes doivent
notamment constituer en Italie
une compagnie aérienne de charters, qui permettra à Alpitour d’alimenter ses villages de vacances.
Enfin, le 19 décembre, l’Ifil a racheté au groupe Nouvelles Frontières,
désormais détenu par Preussag,
ses agences de voyage, spéciali-
sées dans la vente des produits
Nouvelles Frontières en Italie. Cette alliance renforcée confirme « le
rôle actif que l’Ifil désire jouer dans
le secteur du tourisme, à travers une
présence dans toutes les activités de
la filière », a expliqué Umberto
Agnelli, président de l’Ifil.
QUAND LA DEMANDE REPARTIRA...
Le cadet des frères Agnelli avait
choisi le secteur touristique dès le
démarrage de sa politique de diversification. Il a acquis sa première
participation dans Alpitour, de
22,5 %, en 1992. Puis Alpitour a
pris le contrôle, en 1998, de Franco
Rosso, numéro deux italien du tourisme. En partenariat avec le groupe hôtelier français Accor, dont il
détient, à travers Worms, 1,3 %,
l’Ifil a pris une participation de
25 % dans la chaîne hôtelière Sifalberghi. Parallèlement, la famille
Agnelli est devenue l’actionnaire
de référence du Club Med, à travers l’Ifil et une autre de ses holdings, Exor. Au 31 août, le tourisme représentait 8 % des participations de l’Ifil.
Mais le secteur, fortement touché par le ralentissement économique, notamment depuis les attentats du 11 septembre, devrait enre-
gistrer cette année des résultats
décevants. Sur le premier semestre
2001 (clos au 30 avril) Alpitour
avait subi une baisse de 2 % de ses
ventes et une détérioration de son
résultat net, déjà négatif au premier semestre 2000. Mais cette
conjoncture négative ne devrait
pas inciter la famille Agnelli à changer ses projets. « L’accord avec
Preussag, annoncé en mai, est
important pour la stratégie, estime
Gianfranco Acquaviva, de la maison de courtage Centrosim. Alpitour a effectué une importante opération de restructuration, avec des
fermetures de villages non rentables. Quand la demande repartira,
le groupe sera donc bien placé,
d’autant que les promotions et
offres spéciales, qui compriment les
marges, seront enrayées. »
Aujourd’hui, on prête aux Agnelli la volonté de prendre le contrôle
de Preussag, en rachetant la participation de 34 % de la banque
West LB dans le groupe allemand,
et en lui apportant en retour le
Club Med, pour créer un géant du
tourisme dont l’Ifil serait l’actionnaire de référence. Une hypothèse
qu’on ne commente pas à l’Ifil.
Marie-Noëlle Terrisse
cialistes, car ce n’est pas chose courante depuis la création du Club.
Beaucoup d’observateurs se souviennent que le seul plan social
d’envergure de l’histoire du Club
remonte à 1994, lors de la déroute
financière du groupe, alors dirigé
par Serge et Gilbert Trigano. Ce
plan, qui avait entraîné la suppression de 300 emplois au siège, avait
beaucoup choqué le personnel,
habitué à une gestion paternaliste.
Aussi, lorsqu’en janvier 1999, la
nouvelle direction avait annoncé la
mise en place d’un plan social dit
« de rajeunissement », incluant
« un appel au départ volontaire
d’une centaine de salariés de plus de
cinquante-deux ans », la réponse
des salariés ne s’était pas fait attendre : dans un communiqué, l’intersyndicale du Club s’était insurgée
contre « l’ampleur injustifiée » du
plan social.
Pour les organisations syndica-
les signataires – CFDT, CFE-CGC,
CFTC et FO – « la priorité a été donnée à l’exclusion de femmes et
d’hommes, représentant capital, force et valeur ajoutée de l’entreprise ». Et de dénoncer « la politique
de la direction continue (…) le maintien de l’esprit clanique du management, l’appel systématique aux conseillers externes (...), les recrutements externes au détriment des
compétences internes », avant de
conclure que l’intersyndicale mettrait « tout en œuvre pour combattre cette fuite en avant destinée à
satisfaire les actionnaires ». Ces
fameux actionnaires, dont le rôle
reste encore flou.
Si la majorité du capital du Club
est détenue par le public (57,6 %),
le reste est dans les mains d’investisseurs institutionnels, au premierrang desquels se trouvent l’actionnaire qui a eu la tête de Serge Trigano et de son père : la famille Agnel-
PROFIL
géré jusque-là par les Trigano comme une grosse PME familiale. Il est
aussi, aujourd’hui, président de Jet
Tours, racheté en 2001, et membre
du directoire du Club.
Mais, au fur et à mesure qu’il prenait de l’importance dans l’organigramme, « HGE » s’est piqué de
donner son avis sur le contenu du
concept Club Med et de ses produits. Le terrain de l’autre directeur
général, Yves Martin, qui avait été
débauché du groupe Casino par
M. Bourguignon…
M. Giscard d’Estaing n’oublie pas
qu’il a été, chez Danone, aussi un
homme de marketing. Il fut, de
1992 à 1994, directeur d’Evian,
l’une des marques phares du groupe alimentaire, puis patron de la
branche eaux minérales, activité
stratégique s’il en est pour Danone.
Diplômé de sciences économiques
« HGE », PRÉSIDENT-BIS
Après le départ d’Yves Martin,
annoncé en décembre, Henri Giscard d’Estaing fait figure de nouvel
homme fort du Club Med, aux
côtés du président Philippe Bourguignon. La montée en puissance
du fils aîné de l’ancien président de
la République, dans le groupe touristique depuis 1997, est un signal
envoyé au marché boursier par
M. Bourguignon. Recruté chez
Danone pour devenir le directeur
financier et du développement du
Club, M. Giscard d’Estaing a été au
cœur de la reprise en mains financière du voyagiste. C’est lui qui a
pris en charge la restructuration
des villages et la mise en place des
structures centrales du groupe,
li. Cette dernière, par le biais
d’Exor et d’Ifil, détiennent conjointement 23,8 % du capital et 32,3 %
des droits de vote. Reste à savoir
pour quoi faire. Après avoir nommé Philippe Bourguignon, débauché chez Eurodisney en 1997, les
Agnelli semblent lui avoir laissé la
bride longue. Tout juste la famille
a-t-elle précisé il y a un mois qu’elle ne songeait pas à lancer une
OPA sur le groupe français. Les
Agnelli ont laissé passer l’opportunité de sortir du Club Med en 2000,
lorsque le géant allemand Preussag leur en avait proposé
120 euros par action. « Le conseil
de surveillance appuie fortement la
mise en œuvre du plan de transformation du Club Méditerranée qui
lui permettra d’atteindre les objectifs de croissance qu’il s’est assignés
dans le cadre de sa stratégie de marque », peut-on lire dans le communiqué publié mardi par le Club,
mais ont-ils vraiment le choix ?
Le président du Club Med, lui,
est peu disert sur son actionnariat. Tout
juste
précise-t-il
qu’aucun pacte d’actionnaires ne
le lie à la famille Agnelli, si ce n’est
dans les limites du droit boursier,
et que rien ne les empêche d’agir à
leur guise.
Pourtant, M. Bourguignon ne
cache pas que certaines alliances
ne seraient pas superflues : « nous
avons des problèmes en Amérique
du Nord, en Allemagne. Nous n’excluons pas de passer des accords
même si cela doit supposer des opérations sur le capital ». Un signal
discret en direction de ses actionnaires pour qu’ils fassent mouvement, dans un sens ou dans
l’autre. Pour l’heure, M. Bourguignon doit impérativement transformer ses innovations marketing en
succès commerciaux et financiers.
François Bostnavaron
et de sciences politiques, « HGE »
faisait partie des quadragénaires
recrutés par Antoine Riboud au
tournant des années 1980-1990,
pour rajeunir les cadres de l’ancien
groupe BSN… et que son fils Franck
Riboud renverra, quelques années
plus tard, afin d’installer sa légitimité à la tête de Danone.
Dorénavant numéro deux incontesté du Club Méditerranée, M. Giscard d’Estaing a lié son sort à celui
de M. Bourguignon. Les Agnelli
apprécieraient cet homme très policé – Giovanni Agnelli était proche
de son père lorsqu’il était président
de la République. De là à imaginer
qu’il puisse envisager de prendre le
pouvoir, il y a un pas que nul n’ose
envisager, sauf comme « pape de
transition ».
Pascal Galinier
16 / LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002
Apple compte
sur son nouvel iMac
pour se relancer
AU COURS d’un show de deux
heures – exercice dont il est coutumier – Steve Jobs, le PDG d’Apple,
a présenté, lundi 7 janvier, à San
Francisco, les nouveautés susceptibles de sortir la marque à la pomme de la torpeur dans laquelle est
plongée l’industrie informatique
depuis plusieurs mois. Après avoir
vendu six millions d’exemplaires
de son ordinateur au design révolutionnaire, l’iMac, lancé en 1998,
Apple tente de refaire le même
coup marketing en lançant un nouveau modèle à écran plat articulé
sur une base demi-sphérique. Cette nouvelle version, plus chère (à
partir de 1 912 euros en France),
sera aussi plus puissante, avec un
microprocesseur G4 de 700 à
800 MHz. La version haut de gamme (2 630 euros) intégrera un graveur de DVD. L’ancien iMac sera
toujours commercialisé (à partir
de 1 194 euros).
Depuis plusieurs mois, les ventes d’iMac s’essouflaient. Sur le
dernier trimestre publié (clos fin
septembre), elles étaient en recul
de près de 50 % (294 000 exemplaires seulement). Du coup, Apple
avait terminé son exercice 2001 (à
la fin septembre) avec une perte
de 25 millions de dollars, contre
un profit de 786 millions de dollars
un an plus tôt. En revanche, Apple
enregistre de bons résultats sur les
ventes de son nouveau portable
grand public iBook, avec une hausse de 70 % des ventes sur le dernier
trimestre. De même, le lecteur de
musique au format MP3, l’iPod, a
été vendu à 125 000 exemplaires
au cours des 50 premiers jours de
commercialisation.
Le lancement du nouvel iMac
coïncide pour Apple à une phase
de maturité pour son offre logiciels. Il a annoncé le déploiement
D.R.
La société étend son offre de logiciels gratuits
Le principal argument
du nouvel iMac réside dans
son design et son écran plat.
à grande échelle de son nouveau
système d’exploitation OS X qui
équipera en série toutes les machines Apple. En outre, M. Jobs a
annoncé la commercialisation
– gratuite – d’un nouveau logiciel,
iPhotos, qui permet de gérer,
imprimer, installer sur un site
Web et commander l’impression
de photos numériques. iPhotos
vient compléter une suite logiciels
(iTunes pour la musique, iMovie
pour la vidéo et iDVD pour graver
ses propres DVD) qui permet de
gérer tous les appareils numériques sur les ordinateurs Apple.
Malgré cette indiscutable supériorité pratique, Apple a du mal a
dépasser les 4 % de parts de marché mondial face à une concurrence exclusivement centrée autour
de l’environnement « Wintel » (un
logiciel d’exploitation Windows
de Microsoft et un microprocesseur Intel).
Christophe Jakubyszyn
ENTREPRISES
Le Crédit agricole Indosuez et Gazprom
déclenchent une crise franco-russe
La Banque verte a déposé un recours devant la Cour européenne des droits de l’homme
La banque française Crédit agricole Indosuez et
le groupe russe Gazprom s’affrontent, par filiales interposées, sur des contrats de change à terL’AFFAIRE qui oppose, actuellement, les filiales de la banque Crédit agricole Indosuez (CAI), l’un
des principaux réseaux bancaires
européens, et le numéro un mondial de la production de gaz, Gazprom, première puissance économique russe, devrait en principe
relever d’un conflit privé. Pourtant, le président russe, Vladimir
Poutine, a chargé l’un de ses proches collaborateurs d’étudier le
dossier et les autorités américaines
suivent attentivement ses évolutions.
En France, le chef de l’Etat et le
premier ministre ont été informés
des détails de la discorde. Les
ambassadeurs français, à Moscou,
et russe, à Paris, ont reçu des représentants de chaque partie. La banque française est considérée comme persona non grata en Russie et
craint de voir ses représentants
incarcérés. Fin octobre, le Crédit
agricole Indosuez a déposé un
recours devant la Cour européenne
des droits de l’homme, à Strasbourg, contre la Fédération de Russie. Interrogée par Le Monde, la banque française, qui estime ne pas
avoir bénéficié d’un traitement équitable de la part de la justice russe, a
affirmé que cette démarche consistait à démontrer le non respect,
dans ce pays, des droits de la défense. Par cette initiative inédite dans
le monde des affaires, CAI a, de fait,
transformé un conflit d’ordre privé
en véritable face à face avec l’une
des principales puissances de la
communauté internationale.
L’affaire a débuté au mois
d’août 1998 lorsque la crise économique a contraint le gouvernement russe à décréter un moratoire sur la dette du pays et à dévaluer le rouble de plus de 300 %.
L’ensemble des accords passés
me de 110 millions de dollars gelés lors de la crise économique russe de 1998. Le président russe, les autorités américaines, le chef de l’Etat
entre des établissements bancaires
du pays et des banques étrangères
sur un grand nombre d’opérations
financières a été gelé. Le Crédit
agricole Indosuez, à l’instar de
nombreuses banques européennes et anglo-saxonnes, a, alors,
négocié avec ses débiteurs une restructuration des dettes. Parmi les
débiteurs de CAI, la plupart des
établissements financiers, notamment ceux liés à l’Etat russe, se
sont engagés à honorer leurs dettes. En revanche, le règlement du
litige opposant l’une des filiales de
CAI, Indosuez international finance (IIF), et la National Reserve
Bank (NRB), filiale bancaire de
Gazprom est apparu plus ardu.
Conclus entre le mois de septembre 1997 et mai 1998, 14 contrats
de change à terme (des produits
financiers permettant de spéculer
sur les fluctuations de la monnaie
russe) d’un montant estimé à
110 millions de dollars, sont même
devenus l’objet d’un conflit.
Le 27 janvier 1999, Alexandre
Lebedev, président de NRB, adresse une lettre à Lucien Douroux,
alors directeur général du Crédit
agricole, dans laquelle il manifeste
son intention, au nom de son établissement, « d’honorer ses obligations » tout en faisant état des difficultés rencontrées par sa banque
depuis la crise. En dépit de ce gage
de bonne volonté, les discussions
entre NRB et IIF tournent court.
NRB indique que le contrat cadre
qui a précédé la mise en place des
14 transactions en cause n’a aucune valeur puisqu’il n’a pas été
signé. De plus, les dirigeants de la
banque russe soulignent qu’il
n’existe pas d’élément démontrant
l’existence d’un préjudice. IIF,
pour sa part, assure que toutes les
pièces attestant la réalité des tran-
français et le premier ministre suivent le dossier.
La banque française a déposé une plainte à Strasbourg pour non respect des droits de la défense.
sactions ont été fournies et qu’elle
a été contrainte de faire rembourser par sa maison mère les fonds,
que lui avaient confié les investisseurs, perdus lors de la dévaluation du rouble. Le Crédit agricole
insiste, enfin, sur la solvabilité de
son débiteur et sa mauvaise foi.
Le 24 mars 1999, CAI et sa filiale
saisissent la Cour suprême de
l’Etat de New York, juridiction
reconnue, au niveau international,
comme l’instance de régulation
pour tous les litiges portant sur ce
type de contrat financier. La Cour
reconnaît la responsabilité de
NRB et la condamne à payer, le
La banque française
est accusée par
la presse russe
de blanchir des fonds
issus de la drogue
31 mai 2000, 119 millions de dollars. Le ministère des finances russe a fait appel.
La partie russe, quant à elle,
s’adresse, le 22 mars 1999, à la justice de son propre pays et notamment à la Cour d’arbitrage de Moscou. Différentes instances seront
sollicitées et leur saisine conduira,
le 30 janvier 2001, la justice russe a
condamner IFF et CAI, de façon
définitive, à 75 millions de dollars
(84 millions d’euros) de dommages et intérêts. Les deux parties
tentent, par ailleurs, grâce à des
saisies conservatoires, de faire bloquer des avoirs de son interlocuteur d’un montant égal aux sommes fixées dans les jugements. De
telles procédures ont été initiées
en Suisse, en Belgique et en France. Au mois de septembre 2000,
CAI obtient de la justice belge le
blocage de 119 millions de dollars
d’obligations ukrainiennes, propriété de NRB.
Les tentatives de conciliation initiées par Marc-Antoine Autheman,
directeur général de CAI, ont fait
long feu. Trois rendez-vous ont eu
lieu, à Paris, Londres et Berlin sous
les auspices de l’ancien premier
ministre russe Victor Tchernomyrdine, fondateur du conglomérat
Gazprom. Proche d’un compromis, comprenant, notamment, une
prise de participation de CAI dans
une banque du groupe Gazprom
et l’abandon des poursuites financières, les contacts ont pourtant
achoppé. Les Français soulignent
que la négociation a été victime de
rapports de forces internes à Gazprom. Les Russes, quant à eux, mettent en exergue l’intransigeance de
CAI.
Le différend a, depuis, pris une
tournure encore plus polémique.
Accusé par la presse russe de blanchir des fonds issus du trafic de drogue au profit de mouvements séparatistes Tchétchènes, vilipendé lors
de manifestation devant l’ambassade de France, à Moscou, CAI a
opté pour le silence face à ce qu’elle assimile à une entreprise de déstabilisation organisée par un
ancien membre du KGB. NRB laisse entendre, pour sa part, que CAI
aurait cédé ses créances litigieuses
à une société anglaise, Spinaker,
créé par l’un de ses ex-employés,
et aurait, grâce au marché, récupéré sa mise initiale. Questionné par
Le Monde, Spinaker et CAI ont
démenti ces affirmations.
Jacques Follorou
ENTREPRISES
Pierre Bergé
veut investir
dans la vente
aux enchères en
reprenant Drouot
À PEINE Pierre Bergé avait-il
officié en personne à la fermeture
de la prestigieuse maison de haute
couture Yves Saint Laurent, lundi
7 janvier (lire page 22), qu’il annonçait son projet de prendre le contrôle de Drouot. « Mon grand projet, désormais, c’est Drouot. Avec la
fin du monopole et l’arrivée des
grandes maisons étrangères, telles
Sotheby’s et Christie’s, les commissaires-priseurs, qui aujourd’hui vendent dans un immeuble qui s’appelle Drouot, pourraient se regrouper
sous une enseigne française :
Drouot », a-t-il précisé lors de la
conférence de presse au cours de
laquelle le couturier Yves Saint
Laurent a tiré sa révérence.
Le président de Drouot, maître
Ribeyre, a indiqué, le jour même,
que l’opération pourrait être bouclée « d’ici trois semaines » : « Le
tout est de finaliser un projet, dont
le coût devrait, pour Drouot, se
situer aux alentours de 122 millions
d’euros. » Pratiquement, l’homme
d’affaires Pierre Bergé doit acheter
la majorité des parts que les
110 commissaires-priseurs parisiens, regroupés en 70 charges,
détiennent au sein de Drouot SA
et qui représentent chacune quelque 305 000 euros. « A cela, a indiqué Me Ribeyre à l’AFP, s’ajoutent
les prix de la clientèle et de la charge, qui varient selon la notoriété des
charges de chaque commissairepriseur. »
S’il réussit, Pierre Bergé se
retrouverait en concurrence avec
François Pinault, celui-là même
que le créateur Yves Saint Laurent
vient de quitter et qui détient, à travers sa holding personnelle Artémis, la maison de ventes aux
enchères britannique, Christie’s.
Véronique Lorelle
LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002 / 17
Patricia Russo prend les rênes
de l’équipementier américain Lucent
Abandonnant ses fonctions de numéro deux du groupe Eastman Kodak,
elle devient PDG d’une entreprise dans laquelle elle a réalisé
une partie de sa carrière et qui traverse une crise sans précédent
L’ÉQUIPEMENTIER de télécommunications américain Lucent a
enfin trouvé son PDG. Après plus
d’un an de présidence par intérim,
Henry Schacht, soixante-sept ans,
va laisser les rênes de l’entreprise à
Patricia Russo. Cette femme de
quarante-neuf ans, qui avait été
nommée numéro deux d’Eastman
Kodak il y a neuf mois, ne débarque pas en terre inconnue, puisqu’elle a réalisé l’essentiel de sa carrière au sein de l’entreprise. Elle
mesure donc l’ampleur de la tâche
qui l’attend, alors que ce géant,
ex-fleuron de l’industrie américaine, traverse une crise sans précédent. Cette nomination, annoncée
lundi 7 janvier, a pesé sur le titre
Kodak : il affichait un recul de
3,3 %, à 27,94 dollars. Il est vrai que
le recrutement de Mme Russo par
Kodak avait été bien accueilli et
considéré comme le signe d’un
repositionnement rapide de l’entreprise de Rochester sur le marché
de la photo numérique. Son départ
plonge Kodak dans l’incertitude.
Patricia Russo, qui depuis 1998
apparaît dans le classement des
50 femmes les plus puissantes de
l’économie mondiale, publié par le
magazine Fortune, rejoint le club
très fermé des femmes qui dirigent
une entreprise de haute technologie. Toutefois, cette diplômée de
sciences politiques de l’Université
Georgestown de Washington mais
également d’Harvard se défend
d’être une « technologue ». Elle a
fait ses premières armes chez IBM,
dans les services de vente et de
marketing, avant d’opter pour la
société de télécommunications AT
& T en 1981. Elle y restera dix-neuf
ans. Elle a donc vécu toutes les
transformations de cette entreprise et a été en particulier un des
acteurs de la scission de l’activité
équipementier, devenue en 1996
une société à part entière sous le
nom de Lucent en se séparant
d’AT & T.
DÉMISSION EN AOÛT 2000
Mme Russo a participé à ce titre à
la croissance fulgurante de Lucent,
cette entreprise centenaire qui
aimait à se qualifier de start-up et
dominait le marché mondial des
équipements de télécommunications. Elle a poursuivi son ascension jusqu’à diriger l’ensemble de
rejoindre Avaya, elle démissionnera en août 2000. Trois mois plus
tard, en octobre, M. McGinn est
contraint de quitter Lucent sous la
pression des investisseurs.
Depuis, Henry Schacht, un
ancien dirigeant de l’entreprise, a
été rappelé aux commandes pour
tenter d’éviter le naufrage. Menacée de faillite, l’entreprise a été soumise à une thérapie de choc. Elle
s’est séparée de près de la moitié
de ses salariés, a cédé des pans
entiers d’activité, a tenté un maria-
Carly Fiorina, la rivale
Carly Fiorina et Patricia Russo : entre ces deux femmes qui partagent désormais le titre de PDG d’entreprise de haute technologie, les
points communs ne manquent pas. L’âge, d’abord, puisque deux ans
seulement séparent Carly Fiorina (47 ans), et Patricia Russo (49 ans).
Le parcours ensuite, puisqu’elles ont toutes deux réalisé une partie
de leur carrière au sein de la société AT & T, puis de Lucent, née de la
scission avec AT & T. Leurs chemins se sont séparés lorsque Carly Fiorina, dont le nom circulait comme une possible candidate au titre de
PDG de Lucent, a été « chassée » par Hewlett-Packard en 1999. PDG
du groupe informatique, elle est devenue une figure emblématique
de l’industrie hi-tech et s’est arrogé la première place du classement
des femmes les plus puissantes dans la sphère économique de Fortune en 2001. Son aura a pâli depuis que Hewlett-Packard est en proie à
des difficultés grandissantes. Elle joue même son va-tout avec sa tentative de fusion avec Compaq, un projet qui semble bien compromis.
l’activité liée aux opérateurs de télécommunications, et a été très impliquée dans la plupart des acquisitions dispendieuses de Lucent.
A-t-elle averti Rich McGinn, alors
PDG de Lucent, des risques inhérents à cette stratégie agressive
d’acquisitions et de croissance du
chiffre d’affaires à tout prix ? Elle
se retrouve en tout cas en porte-àfaux, lorsque M. McGinn décide de
couper Lucent en deux et d’externaliser l’activité liée aux entreprises
sous le nom d’Avaya. Incitée à
ge avorté avec le français Alcatel et
a terminé son exercice fiscal 2001
avec une perte abyssale de 16,2 milliards de dollars (18,2 milliards
d’euros). Dans ce contexte,
M. Schacht a souligné tout l’intérêt
de désigner un PDG immédiatement opérationnel. Le défi que
devra relever Mme Russo est de
taille, d’autant que Lucent a encore
publié un avertissement sur ses
résultats du premier trimestre.
Laurence Girard
Vizzavi se réorganise et annonce
100 suppressions d’emplois
LE GROUPE français Vivendi Universal et l’opérateur britannique
Vodafone ont annoncé, lundi 7 janvier, une réorganisation du modèle économique du portail Internet multi-accès Vizzavi, qu’ils détiennent à parité. Jusque-là, Vodafone et Vivendi se partageaient les marges brutes de Vizzavi, qui, avec 6,3 millions d’utilisateurs, n’a pas
encore dégagé de bénéfice net mais qui compte toujours atteindre
« l’équilibre avant la fin 2003 ».
Désormais, Vizzavi recevra 5 % des revenus perçus par les opérateurs
de téléphone partenaires sur le temps d’accès aux services de Vizzavi
et 80 % des revenus générés par le contenu (sonneries fantaisie,
logos, jeux…). Ce réaménagement se traduira par une centaine de
suppressions d’emplois en Europe (sur les 800 salariés qu’y compte le
portail) et par le départ de son directeur général Evan Newmark, qui
dirigeait Vizzavi depuis sa création en mai 2000. M. Newmark sera
remplacé par l’actuel directeur du marketing, Guy Laurence.
Bruxelles veut lutter
contre les surréservations
LA COMMISSION européenne a présenté, lundi, une proposition de
règlement pour mieux protéger les 250 000 passagers qui restent à
terre chaque année, à cause notamment des surréservations dans le
transport aérien. A l’avenir, les compagnies devraient d’abord
demander aux passagers s’il y en a parmi eux qui sont volontaires
pour ne pas embarquer et percevoir une compensation.
Celle-ci devra être quatre fois plus élevée que le tarif en vigueur
depuis 1991 : 750 euros pour un vol de moins de 3 500 kilomètres,
1 500 euros au-delà. Ce montant est réduit de moitié si le retard final
est inférieur à deux heures dans le premier cas, quatre heures dans le
second. Les passagers devraient pouvoir choisir entre réacheminement par un autre vol ou remboursement du billet. Durant l’attente,
ils doivent être pris en charge (repas, hébergement, etc.). Ces règlements doivent s’appliquer à tous les vols, y compris les charters. En
cas d’annulation d’un vol, le passager doit être prévenu. – (Corresp.)
BT infléchit sa stratégie
et s’intéresse aux médias
CHRISTOPHER BLAND, PDG de l’opérateur britannique de télécommunications BT Group et ancien patron de la BBC, continue
d’imprimer sa marque sur l’entreprise dont il a pris la direction en
mai 2001. Après s’être séparé du directeur général Peter Bonfield, du
directeur financier, Philip Hampton, il a annoncé, lundi 7 janvier,
une modification de son conseil d’administration. Quatre membres
quittent le conseil et trois nominations ont été officialisées. Parmi
elles, celle de la baronne Jay, dont le nom avait circulé comme une
possible candidate à la succession de Christopher Bland à la tête de
la BBC.
De plus, Christopher Bland, qui s’est d’abord attelé au désendettement de l’opérateur, a déclaré dans une interview au Sunday Times
qu’il souhaitait faire maintenant de BT Group une entreprise de
médias capable de rivaliser avec ses concurrents câblo-opérateurs,
tels NTL ou Telewest.
18
COMMUNICATION
LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002
Le groupe Kirch, un enjeu économique et politique en Allemagne
Leo Kirch, président du conglomérat allemand de médias qui a tissé des liens privilégiés avec les élus de Bavière,
affronte une crise de liquidités et voit sa position sur le marché du câble se fragiliser avec l’arrivée de l’américain Liberty Media
MUNICH
de notre envoyé spécial
On se promène dans cette prospère banlieue de Munich comme
en zappant de chaîne en chaîne :
Unterföhring héberge parmi les
plus grands noms du paysage
audiovisuel allemand. Les studios
de la télévision publique ZDF sont
à deux pas de ceux du Bayerischer
Rundfunk, le réseau régional. Tout
près de là, le groupe Kirch multiplie les implantations : ses chaînes
Pro 7 et Sat.1, ses programmes à
péage Premiere World voisinent
dans un mouchoir de poche, à quelques kilomètres du siège de la maison mère. De jour comme de nuit,
presque au milieu des champs, le
quartier est l’un des pôles médiatiques les plus actifs d’Allemagne. Et
même les rumeurs sur la fragilité
de la constellation Kirch semblent
à peine troubler l’atmosphère.
Certes, les avis convergent,
l’éventuelle arrivée dans le secteur
du câble de l’américain John Malone – dont la société, Liberty
Media, est en lice pour racheter les
deux tiers du réseau mis en vente
par Deutsche Telekom – place le
magnat des médias dans une situation difficile : craignant de ne pou-
voir continuer à diffuser ses programmes sur le câble, le groupe
Kirch fait tout son possible pour
que les autorités de la concurrence
ne donnent pas leur aval, début
février, à l’intrusion de John Malone sur le marché allemand. Une
éventuelle crise de liquidités de
Kirch, l’appétit supposé de son
« partenaire » Rupert Murdoch à
son
encontre
sont
venus,
mi-décembre, relancer les spéculations sur l’avenir de l’empire munichois. Mais la chute pure et simple
de Kirch fait partie des hypothèses
que l’on évoque ici pour se faire
peur, sans vraiment y croire. Car le
groupe occupe une place très particulière dans la capitale bavaroise.
Son développement demeure en
effet indissociable de la donne politique locale. Ami de feu FranzJosef Strauss, l’ancien ministre président de la Bavière, Leo Kirch a su
cultiver les relations avec son successeur, Edmund Stoiber (CSU).
Les deux hommes se connaissent
depuis les années 1980 : à l’époque, le très conservateur M. Stoiber, chef de cabinet de M. Strauss,
a joué un rôle-clé pour ouvrir
l’audiovisuel allemand aux opérateurs de télévision privés. Pour le
plus grand bonheur de M. Kirch :
alors spécialisé dans le négoce de
licences audiovisuelles, son groupe fait aujourd’hui partie des deux
principaux acteurs de la télé privée
allemande,
avec
le
pôle
Pro 7-Sat.1, au coude-à-coude
avec RTL Group, filiale de Bertelsmann.
Leo Kirch
n’a jamais
fait mystère
de ses opinions
conservatrices
M. Kirch n’a jamais caché ses
opinions conservatrices, c’est un
ami fidèle de l’ancien chancelier
Helmut Kohl, qu’il rencontre encore souvent. Il a d’ailleurs financé
son parti, la CDU, ce qui lui a valu
récemment d’être auditionné par
une commission d’enquête parlementaire mise en place dans la foulée du scandale Kohl. « Dans un
paysage médiatique allemand très
L’éditeur de « Bild » et de « Die Welt » dans le rouge
FRANCFORT
de notre correspondant
Prise de fonctions très délicate pour Mathias
Döpfner : le nouveau président du directoire du groupe Axel Springer, en poste depuis le début de l’année,
arrive aux commandes en pleine tourmente pour le
numéro un européen de la presse. Pour la première
fois de son histoire, l’éditeur des quotidiens Bild et
Die Welt a enregistré lors de l’exercice 2001 des pertes
dont le montant n’est pas encore connu. A 38 ans,
M. Döpfner, auparavant responsable des activités
multimédias du groupe, après avoir été rédacteur en
chef de Die Welt, va donc devoir redresser la barre,
sous l’œil vigilant de ses deux principaux actionnaires, Friede Springer (50 %), la veuve du fondateur, et
Leo Kirch (40 %).
Springer a cruellement souffert de l’effondrement
des recettes publicitaires, dans la foulée de la quasirécession qui s’est emparée de l’Allemagne. Après
une année record en 2000, les dépenses de publicité
ont dans l’ensemble reculé de l’ordre de 5 % en 2001.
Les économies sont à l’ordre du jour chez tous les éditeurs, et en particulier chez Springer. A l’automne, un
vaste plan social a été annoncé. Le groupe va supprimer au moins 1 400 emplois d’ici à 2003, soit 10 % de
ses effectifs. Récemment, un tabou a même été brisé,
avec la fusion des rédactions du quotidien de référence du groupe, le très conservateur Die Welt, et du Berliner Morgenpost, un titre en butte à une très vive concurrence dans la capitale allemande. Les deux journaux vont continuer de paraître séparément, mais les
échanges rédactionnels vont être multipliés, quitte,
craignent certains, à dénaturer leur identité.
Les problèmes de Kirch pourraient par ailleurs
avoir d’importantes conséquences pour Springer.
D’une part, bien qu’il s’en défende encore, il n’est pas
exclu que le magnat de Munich cède à terme la participation de 40 % qu’il détient dans le groupe de presse.
De nombreux investisseurs pourraient être intéressés
par cette institution du paysage médiatique allemand,
dont les titres – en particulier Bild, lu par plus de onze
millions de personnes – exercent une influence considérable ; le chancelier Schröder en personne ne cache
pas qu’il est un fidèle lecteur du quotidien populaire.
D’autre part, même sans se retirer, Kirch pourrait
avoir du mal à financer les 767 millions d’euros qu’il
doit à Springer en échange de sa part dans le groupe
de télévision ProSiebenSat1. Les éventuels problèmes
de trésorerie de Kirch tombent donc au mauvais
moment pour le géant allemand la presse.
Ph. Ri.
ouvert, il est nécessaire de cultiver
des relations de sympathie réciproques », estime un proche de Stoiber. Jusqu’ici, les autorités locales
suivent d’ailleurs de près l’expansion de l’empire Kirch : ce dernier
disposerait d’une dette de l’ordre
de 2,3 milliards d’euros auprès de
la Bayerische Landesbank, bras
armé du gouvernement régional
en matière économique. C’est cette banque qui aurait, pour l’essentiel, financé le dernier coup de l’entreprenant M. Kirch : son entrée
dans la formule 1.
A en croire certains, ceux qui jettent de l’huile sur le feu à propos
de Kirch cherchent en fait à affaiblir… Stoiber, au moment où celuici cultive le mystère sur sa candidature à la tête de l’opposition contre
le chancelier Schröder (SPD), lors
des législatives de l’automne 2002.
« En cas de candidature, Stoiber
aura tout intérêt à mettre en avant le
bilan économique de son Land ; or
la déconfiture d’une des entreprisesphares de la région, qui plus est très
liée à la CSU, tomberait à point nommé pour ses détracteurs », analyse
un banquier proche du pouvoir
régional, tout en dénonçant « la
campagne en cours ».
Avis de tempête sur un « empire » très endetté
Présent dans le négoce de droits
audiovisuels, la télévision gratuite
(via le pôle ProSiebenSat1.),
la télévision payante (Premiere
World), Kirch dispose aussi
d’une participation de 40 %
dans le numéro un de la presse
européenne, Axel Springer. Mais
différentes échéances risquent
de mettre en lumière
ses problèmes de trésorerie
en 2002. Tour d’horizon
des points faibles :
b Endettement. L’endettement
de l’ensemble du groupe Kirch
est très important : d’après une
estimation livrée pour la première
fois par le dauphin de Leo Kirch,
Dieter Hahn, mi-décembre 2001,
il se situerait entre 5,6 et
6,1 milliards d’euros. Une partie
de ces crédits arrive à échéance
cette année. Certains
établissements bancaires
pourraient durcir leur position
vis-à-vis du groupe, à l’instar
de la Dresdner Bank, dont l’un
Springer cède le mensuel « Rebondir » à Gérard Touati
MAGAZINE créé initialement à
destination des chômeurs, le mensuel Rebondir vient d’être vendu
par le groupe allemand Axel Springer à l’homme de presse français
Gérard Touati. La transaction a été
annoncée dans la soirée du vendredi 4 janvier à la rédaction. Mécontente de la façon dont la revue a,
selon eux, été « bradée », les quelque vingt-cinq salariés de Rebondir
ont annoncé, lundi 7 janvier, qu’ils
commençaient un mouvement de
grève « illimité ».
Si certains d’entre eux reconnaissent qu’une cession du titre semblait inévitable au vu de ses piètres
résultats depuis 2000, ils estiment
que l’opération s’est faite « dans la
précipitation ». Le 22 décembre,
après le licenciement de six
employés, Francis Morel, le PDG
de Mediamag, la holding qui publie
Rebondir au sein du groupe Axel
Springer (dont Kirch détient 40 %
du capital), avait assuré qu’il
n’était « pas question de se débarrasser du titre ». Moins de deux
semaines plus tard, la vente était
conclue par le groupe allemand,
engagé dans un plan de restructura-
tion pour faire face à des difficultés
financières sans précédents. Outre
le titre Rebondir, M. Touati a également acheté à Springer un autre
mensuel, Profession fonctionnaire,
qui prépare aux concours (environ
vingt mille exemplaires).
« PAS SATISFAITS »
Les salariés de Rebondir s’inquiètent du sort futur du magazine au
sein du groupe dirigé par
M. Touati. Celui-ci n’est visiblement pas apprécié par ses nouveaux employés. « Nous ne sommes pas satisfaits du choix du repreneur, explique l’un d’entre eux.
Rebondir est un journal de qualité,
sa marque bénéficie d’une certaine
notoriété, or M. Touati fait du bas
de gamme. » Les salariés souhaitent désormais que leur nouveau
patron « remplisse ses obligations
légales ». M. Touati, a affirmé, mardi, au Monde, que « les salariés
n’ont aucune raison de s’inquiéter.
Si Springer vend, c’est qu’il ne sait
pas faire des produits de niche, ce
que je fais depuis vingt-deux ans. »
Il a par ailleurs regretté que les
salariés n’aient « pas pris la peine
ni le temps de [l]’entendre. On m’a
diabolisé. »
Rebondir avait été acheté en octobre 1999 par Mediamag, qui passa
sous le contrôle de Springer en
mai 2000. Le mensuel n’était alors
déjà plus le titre original et couronné de succès qu’il fut à sa création,
en janvier 1993. Même s’il passe
toujours pour être le premier du
genre à s’être adressé directement
aux chômeurs et à ceux craignant
de le devenir. Publié en quadrichromie, il a donné dès ses débuts des
recettes aux lecteurs pour s’en sortir. Rédigé par des journalistes
dont certains ont été sans emploi,
il donne la parole aux chômeurs et
tente de « positiver ». Son tirage
dépassa les quatre cent mille exemplaires à ses débuts. Puis l’amélioration de la conjoncture économique
et la baisse du chômage jouèrent
paradoxalement un mauvais tour
au magazine. En 1999, une nouvelle formule est sortie, plus orientée
vers les salariés. « Aujourd’hui,
c’est presque devenue une revue
pour cadres… », ironise un de ses
employés.
Malgré le lancement d’une nou-
A PARTIR DU 11 JANVIER
Est-ce le prélude à une période
de froid entre le pouvoir régional
et l’une des entreprises les plus en
vue de Bavière ? Tandis que Kirch
cherche auprès des autorités anticartel à contrer l’engagement de
John Malone dans le réseau câblé
allemand, les dirigeants bavarois
sont beaucoup plus nuancés :
M. Stoiber est d’avis que cet investisseur étranger peut dynamiser le
paysage, à condition de respecter
les règles du jeu local et d’ouvrir
ses programmes aux contenus proposés par les opérateurs allemands. « Nous sommes contents de
savoir que Malone implanterait son
siège à Munich, et non à Berlin, et
créerait un pôle commercial important à Nuremberg », affirme Ulrich
Wilhelm, porte-parole du gouvernement bavarois.
Face à MM. Malone et Murdoch,
M. Kirch a néanmoins, lui aussi,
des arguments à faire valoir sur le
plan économique. « Le groupe est
sans conteste une des locomotives
du développement de la région dans
les médias », estime Reinhard Dörfler, secrétaire général de la chambre de commerce et d’industrie de
Munich. Aux avant-postes en
matière d’édition et de presse, la
velle formule en septembre 2001 et
l’embauche au poste de directeur
de la rédaction de Daniel Lacotte,
en provenance de L’Expansion, le
titre n’est plus rentable depuis
2000. Son tirage est officiellement
de cent mille exemplaires par mois.
Plutôt quarante mille, rectifie-t-on
en interne.
Quelles sont les intentions du
nouveau propriétaire ? Il est trop
tôt pour le savoir. M. Touati, né en
1951, est un touche-à-tout qui a
commencé sa carrière dans l’industrie cosmétique. Il s’est essayé,
avec un succès plus que modeste, à
la politique, en se présentant régulièrement sur le thème de l’emploi
aux élections européennes. Son
groupe de presse est « spécialisé
dans l’information, la formation et
l’animation du monde de l’entreprise et des affaires ». Il publie notamment L’Officiel de la Franchise, L’Officiel du Franchiseur, Le Nouvel
entrepreneur, Vente directe magazine, Le Magazine de l’emploi et J’économise, déjà racheté fin 2000 à
Francis Morel.
Antoine Jacob
des crédits (460 millions d’euros)
a dû être prolongé in extremis
jusqu’à la mi-janvier, après être
arrivé à échéance fin décembre.
b Pertes. Vu les performances
décevantes de Premiere World,
Rupert Murdoch, qui en détient
22 % via sa chaîne à péage BSkyB,
pourrait demander à Kirch
de lui reprendre ses parts en
octobre prochain, pour un coût
total de 1,74 milliard d’euros.
En 2001, Premiere World aurait
réalisé une perte de plus de
1 milliard d’euros, selon la presse
allemande ; le nombre de ses
abonnés reste en deçà des
prévisions, il atteindrait à peine
2,5 millions de personnes.
Kirch espère encore que Murdoch
restera dans Premiere World,
mais se prépare à trouver
un autre partenaire en cas
de défaillance.
b Acquisition prévue. En janvier,
Kirch doit en principe acquérir
pour 767 millions d’euros la
capitale bavaroise a connu ces dernières années un véritable boom
dans le domaine audiovisuel. Elle
est en concurrence acharnée avec
Cologne – plutôt tirée par le groupe RTL –, Hambourg et Berlin.
Selon M. Dörfler, le nombre d’entreprises audiovisuelles présentes
dans les environs de Munich « a
progressé de 55 % entre 1995 et
1999 ». Les effectifs du secteur
ont, pendant cette période, grimpé
d’un quart, atteignant plus de
40 000 personnes. A lui seul, le
groupe Kirch ferait vivre 11 000
salariés, directs et indirects, dans
les environs. Et plusieurs patrons
du secteur sont d’anciens « Kirch
boys ». Le dernier magnat allemand des médias n’a d’ailleurs pas
attendu l’arrivé de John Malone
pour devenir l’un des supporters
les plus fidèles – et les plus discrets – de son Land natal. Il cofinance le fonds régional d’aide aux
films tournés en Bavière. Son groupe soutient aussi un centre de créateurs d’entreprises, parrainé par
le… gouvernement bavarois. Des
contributions qui vont bien audelà du simple mécénat culturel.
Philippe Ricard
participation de Springer dans
ProSiebenSat1. Cette transaction
doit lui permettre de parachever
la fusion de cette filiale
télévisuelle avec Kirch Media, le
fleuron du groupe, qui rassemble
les activités de production, et de
négoce de droits (films, sport). Ce
dernier doit ainsi être côté en
Bourse en juin prochain.
b Cessions. Pour faire face
à ses besoins en liquidités,
Kirch espère pouvoir vendre
certains des actifs détenus hors
d’Allemagne. Souhaitant se
concentrer sur les marchés
germanophones, il s’est séparé
d’une participation de 1,28 %,
détenue dans la société Mediaset,
du président du conseil italien,
Silvio Berlusconi, pour
120 millions d’euros, fin
décembre. Il pourrait, dans les
prochaines semaines, céder les
25 % qu’il détient dans la chaîne
espagnole Telecinco, pour une
somme de l’ordre de 500 millions
d’euros. Des négociations sont
en cours avec un repreneur.
La Cinquième
est rebaptisée France 5
LA NOUVELLE identité visuelle de France Télévision a été rendue publique lundi 7 janvier. La marque s’écrira désormais « francetélévisions »
et sera symbolisée par quatre écrans en mouvement. La Cinquième est
rebaptisée France 5. Son logo est vert, ceux de France 2 et France 3 restent respectivement rouge et bleu. Selon Marc Tessier, président de la
holding publique, cette uniformisation du style devrait permettre des
déclinaisons pour les éditions régionales de France 3 et d’autres lors de
la création des futures chaînes publiques numériques terrestres. Le
logo de chaque chaîne apparaîtra en permanence à l’écran car « nous
sommes entrés dans un univers de 80 à 90 chaînes, où le téléspectateur
doit se repérer très rapidement », a expliqué Marc Tessier.
DÉPÊCHES
a TÉLÉVISION : France 3, M 6 et La Cinquième, avec des parts
d’audience respectives de 17,1 %, 13,5 % et 1,9 %, ont été les seules
chaînes hertziennes nationales à voir leur audience progresser en
2001 par rapport à 2000, selon Médiamétrie. France 3 voit son
audience grimper pour la deuxième année consécutive. La part
d’audience de TF1 baisse de 33,4 % à 32,7 % en 2001.
a PUBLICITÉ : les titres de plusieurs groupes européens cotés,
dont Cordiant Communications, Aegis, Publicis et Havas Advertising,
ont pris de la valeur, vendredi 4 janvier, en raison d’un regain d’optimisme lié aux perspectives d’investissements publicitaires en 2002.
a LIBERTÉ DE LA PRESSE : les pays arabes devraient lever les
sévères restrictions frappant les médias, ont estimé lundi 7 janvier
des professionnels réunis à Dubaï lors d’un colloque organisé par le
Club de la presse. Les pays arabes souffrent d’une presse « muselée »,
ont estimé des représentants de médias occidentaux.
24 HEURES PLUS TÔT
chaque vendredi avec Le Monde daté samedi
FINANCES ET MARCHÉS
EUROPE
TABLEAU DE BORD
FRANCFORT DAX 30
LONDRES
FT100
5236,41
AFFAIRES
de l’ensemble des usines et des
salariés du français (lire page 32).
INDUSTRIES
SERVICES
b FORD : le constructeur
automobile américain, qui doit
annoncer en fin de semaine un
plan de restructuration, devra
attendre septembre 2003 pour
fermer des usines aux Etats-Unis
en raison d’accords signés avec le
syndicat de l’automobile, a-t-il
indiqué lundi 7 janvier.
b EDF : l’entreprise française et
un consortium italo-espagnol
composé d’Enel et d’Iberdrola
ont déposé lundi de nouvelles
offres pour la privatisation des
67,6 % de la compagnie
d’électricité tchèque CEZ et des six
compagnies régionales de
distribution.
b GENERAL MOTORS : la filiale
européenne du constructeur
américain va réduire sa
production dans deux usines
assemblant l’Opel Astra (à
Bochum en Allemagne et Anvers
en Belgique), ce qui entraînera des
suppressions d’emplois, a indiqué
lundi le président de GM Europe,
Michael Burns.
b VIACOM : le groupe s’est dit
intéressé par le rachat des
activités télévisées de Liberty
Media (dont AOL Time Warner et
News Corp.), lors d’une
conférence lundi en Arizona.
b NISSAN : la part de marché
du constructeur automobile aux
Etats-Unis a diminué à 4,1 % en
2001 contre 4,3 % en 2000, ses
ventes ayant baissé de 6,5 % à
703 000 unités. « Notre part de
marché est en train de se redresser
et sera probablement stable pour
l’année fiscale » (avril 2001-mars
2002), a prévu le PDG de Nissan,
Carlos Ghosn.
b BRANDT : après les groupes
italien Candy et américain
Whirlpool, les deux autres
candidats au rachat du français
Brandt, le turc Arcelik-Beko et
l’israélien Elco, ont amélioré leur
offre lundi, l’un en augmentant le
nombre d’emplois repris, l’autre
en jouant la carte sociale.
b PHILIPS ELECTRONICS : le
groupe d’électronique grand
public supprimera un millier
d’emplois supplémentaires pour
économiser jusqu’à 1 milliard
d’euros d’ici fin 2003, soit
12 000 postes au total, a-t-il
indiqué au quotidien américain
Wall Street Journal.
b LU-DANONE : le tribunal de
grande instance d’Evry
(Essonnne) rendra le 18 février
son jugement sur la plainte
déposée par le comité central
d’entreprise de Lu-Danone contre
la direction, pour irrégularités
dans la consultation des salariés
sur le plan de restructuration. Ce
plan doit se solder par
1 780 suppressions d’emplois sur
trois ans.
b CONAIR-BABYLISS :
l’américain a rencontré lundi à
Alençon (Orne) les responsables
syndicaux de l’usine Moulinex,
pour présenter un plan de reprise
LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002 / 19
b IKEA : le fabricant et
distributeur de meubles suédois
a choisi d'être opérateur
ferroviaire, devenant ainsi la
première entreprise profitant de la
dérégulation européenne du rail.
Ikea acheminera ses propres
trains de fret entre l'Allemagne et
la Suède, souhaitant assurer 40 %
de ses besoins de transport.
FINANCES
b CRÉDIT LYONNAIS : « le
groupe bancaire français veut
être amoureux et décider
lui-même avant un éventuel
mariage », a indiqué son président
Jean Peyrelevade à La Dépêche du
Midi mardi, en référence aux
rumeurs sur la cession au Crédit
agricole par l’Etat des 10 % que ce
dernier détient dans le Lyonnais.
b LA POSTE : le groupe public
est, avec les Caisses d’épargne, le
principal bénéficiaire de la
fermeture des comptes de
particuliers au Trésor public, avec
plus de 70 000 comptes transférés
chez lui contre 60 000 pour
l’Ecureuil sur un total de 513 000.
b DEXIA : le groupe bancaire
franco-belge a fait savoir lundi
que son exposition au risque
argentin s’élève à 40 millions
d’euros, une somme qui
« n’affectera pas ses bénéfices à
venir ».
b BRI : la Banque des
Règlements Internationaux
(BRI) a été assignée en justice le
28 décembre 2001 devant le
tribunal de commerce de Paris par
200 anciens actionnaires, exclus
du capital après la modification
des statuts de janvier 2001, a
indiqué lundi le cabinet Deminor.
Cette procédure est également
dirigée contre la Banque de
France, JP Morgan et le cabinet
Barbier Frinault.
VALEUR DU JOUR
4612,32
5369
4682
5117
5292
4565
4943
5214
4448
4769
5136
4330
4595
5058
4213
4421
4981
[
8 O.
Europe
[
20 N.
9 h 57
4095
[
8 J.
8 O.
[
[
20 N.
Indices
´lection
se
f
CAC 40
5292,30
5291
[
ÉCONOMIE
PARIS
[
8 J.
8 O.
[
[
20 N.
8 J.
cours
08/01
Var. %
07/01
Var. %
31/12
– 0,22
– 0,06
– 1,57
– 1,39
EUROPE
EURO STOXX 50
3746,29
EUROPE
STOXX 50
3655,44
EUROPE
EURO STOXX 324
312,64
EUROPE
STOXX 653
297,74
– 0,22
– 0,01
– 0,60
– 0,33
PARIS
CAC 40
4612,32
– 0,07
– 0,27
PARIS
MIDCAC
....
PARIS
SBF 120
3182,12
....
– 0,10
PARIS
SBF 250
....
....
....
....
PARIS
SECOND MARCHE´
AMSTERDAM
AEX
499,65
....
0,19
....
....
– 1,41
0,33
BRUXELLES
BEL 20
2697,01
0,17
....
FRANCFORT
DAX 30
5236,41
0,08
....
LONDRES
FTSE 100
5292,30
– 0,02
MADRID
STOCK EXCHANGE
8205
0,34
MILAN
MIBTEL 30
32295
ZURICH
SPI
0,41
– 0,36
6361,30
1,44
– 2,29
0,10
....
AME´ RIQUES
NEW YORK Dow Jones
NEW YORK
10197,05
Nasdaq
EURO / DOLLAR
2037,10
0,889
10259
2059
0,921
10018
1961
0,912
9776
1863
0,903
9535
1765
0,895
9293
1668
0,886
9052
1570
[
[
8 O.
´rique
Ame
[
20 N.
9 h 57
f
0,877
[
7 J.
8 O.
[
[
20 N.
[
7 J.
8 O.
[
20 N.
[
8 J.
Indices
´lection
se
cours
07/01
Var. %
04/01
Var. %
31/12
DOW JONES
10197,05
....
´ TATS-UNIS
E
´ TATS-UNIS
E
´ TATS-UNIS
E
S&P 500
1164,89
NASDAQ COMPOSITE
2037,10
– 0,61
– 0,65
– 1,08
TORONTO
TSE INDEX
7870,25
0,47
2,37
SAO PAULO
BOVESPA
14378,59
5,90
MEXICO
BOLSA
....
– 0,88
BUENOS AIRES
MERVAL
SANTIAGO
IPSA GENERAL
....
– 7,81
CARACAS
CAPITAL GENERAL
....
– 1,21
– 1,30
369,16
....
100,49
6622,03
1,46
4,45
3,48
0,79
ASIE - PACIFIQUE
TOKYO
HONGKONG Hang Seng EURO / YEN
Nikkei
10695,60
11713,71
117,86
11064
11892
119,1
10844
11473
116,7
10624
11054
114,3
10404
10635
111,8
10184
10216
109,4
9797
9964
[
[
8 O.
Zone Asie
[
20 N.
9 h 57
f
8 J.
106,9
[
8 O.
[
[
20 N.
Indices
´lection
se
[
8 J.
8 O.
[
20 N.
LA REPRISE de l’économie américaine ne devrait pas intervenir
avant six mois et le produit intérieur brut pourrait encore se contracter pendant un trimestre ou
deux avant d’enregistrer une croissance en rythme annuel de 3 %
pour le reste de 2002, a déclaré, lundi 7 janvier, Jack Guynn, président
de la banque de Réserve fédérale
d’Atlanta. Une déclaration qui se
démarque des prévisions plus optimistes de certains analystes. Un tel
contexte permettra à la Réserve
fédérale d’utiliser l’arme de la baisse des taux d’intérêt « et s’il le faut,
je pense que nous l’utiliserons », a
ajouté M. Guynn. Selon lui, certains « indices » montrent que
l’économie américaine se stabilise,
mais « je ne suis pas prêt à dire
qu’elle s’est stabilisée, encore moins
qu’elle soit en phase de retournement. Je pense qu’il serait prématuré de l’affirmer ».
a La récession a freiné la croissance du commerce en ligne pendant les fêtes de fin d’année.
L’augmentation a été limitée à
15 % en 2001 par rapport à 2000
soit un taux inférieur aux saisons
précédentes, signale une étude,
publiée, lundi 7 janvier, par la banque d’affaires Goldman Sachs. Les
américains ont dépensé 13,8 milliards de dollars (15,5 milliards
d’euros) via Internet, soit 13 % du
budget total des dépenses. Entre le
25 novembre et le 23 décembre, les
sites de commerce en ligne ont
enregistré une moyenne hebdomadaire de 51,3 millions de visiteurs.
a Le trafic passager a connu un
regain d’affluence en décembre 2001 à la faveur des fêtes de
fin d’année, révèlent les statistiques des transporteurs publiées
lundi. Les compagnies aériennes
américaines ont ainsi pu limiter la
baisse de leur trafic en décembre.
Toutefois, le trafic passagers est
resté très au-dessous de celui enregistré en décembre 2000 alors que
l’impact des attaques terroristes du
11 septembre sur le voyage en avion se fait encore durement sentir.
cours
08/01
Var. %
07/01
Var. %
31/12
1,45
NIKKEI 225
10695,60
HONGKONG
HANG SENG
11713,71
– 2,26
– 1,50
SINGAPOUR
´ OUL
SE
STRAITS TIMES
1704,57
0,51
4,99
92,21
10,15
SYDNEY
ALL ORDINARIES
3364,20
– 2,50
– 0,62
BANGKOK
SET
20,85
– 0,05
5,68
BOMBAY
SENSITIVE INDEX
3445,56
1,29
5,62
WELLINGTON
NZSE-40
2082,55
– 0,26
1,43
2,78
0,13
SUR LES MARCHÉS
LE NUMÉRO un mondial des
médias et de l’Internet, l’Américain AOL Time Warner a confirmé, lundi 7 janvier, le rachat de
49 % d’AOL Europe à Bertelsmann
pour 6,75 milliards de dollars
(7,57 milliards d’euros). AOL Europe compte 5,5 millions d’abonnés
en Allemagne, France et GrandeBretagne.. « Notre expansion sur
les marchés internationaux va contribuer à l’avenir de façon majeure
à une performance solide et soutenue. (…) AOL Europe peut devenir
l’élément moteur de la compagnie à
l’international », a souligné Gerald
Levin, le PDG d’AOL Time Warner
dans un communiqué. Après cette
annonce, le titre s’est apprécié de
0,73 %, à 32,68 dollars, à la Bourse
de New York.
Avec ce rachat, AOL Time Warner
compte reprendre des couleurs. En
effet, dans le même temps, le groupe a annoncé des prévisions plus
prudentes pour 2002. L’excédent
brut d’exploitation devrait se
situer entre 8 % et 12 % quand le
groupe annonçait une croissance à
deux chiffres : « Nous allons
essayer de ne pas trop promettre »,
a déclaré le futur PDG d’AOL Time
Warner, Richard Parsons, qui doit
succéder à Gerald Levin en mai. En
2001, l’entreprise avait enregistré
un excédent brut d’exploitation en
hausse de 18 %.
La prudence du groupe paraît principalement liée à l’éclatement de la
bulle spéculative autour de la nou-
PARIS
AOL Time Warner
en dollars à New York
32,68
33,00
le 7 janv.
32,80
32,60
32,40
32,20
L’INDICE CAC 40 abandonnait
0,46 %, à 4 594,26 points, mardi
8 janvier dans les premiers échanges à la Bourse de Paris. Le regain
d’optimisme des marchés concernant la reprise de la croissance
mondiale est tempéré par les doutes sur le calendrier du redressement des résultats des entreprises.
Lundi 7 janvier, l’indice vedette
parisien avait reculé de 1,44 %, à
4 615,54 points.
FRANCFORT
32,00
31,80
15h30
17h30
19h30
21h30
7 janvier 2002
Source : Bloomberg
velle économie. Ainsi, le mariage
entre AOL et Time Warner, célébré
le 11 janvier 2001, est plus difficile
que prévu. La rentabilité se fait
attendre et le mélange de cultures
d’entreprises est épineux. C’est
bien AOL qui a pris le contrôle de
Time Warner, mais ce sont les
médias classiques qui assurent
aujourd’hui l’essentiel des profits
(Le Monde du 28 décembre 2001).
Enfin, AOL Time Warner a annoncé, lundi, qu’il allait passer une
charge exceptionnelle de 40 à
60 milliards de dollars au premier
trimestre 2002, – la provision la
plus élevée jamais passée par une
société – en raison d’écarts d’acquisition – différence entre la valeur
payée et la valeur comptable –
depuis la fusion.
Bénédicte Mathieu
(avec AFP)
LE DAX, indice de référence de la
Bourse de Francfort, perdait
0,40 %, à 5 211,23 points, mardi
matin. Lundi, il avait clôturé en
recul de 1,63 %, à 5 232,22 points.
LONDRES
LE FOOTSIE, qui regroupe les cent
principales valeurs de la Bourse britannique, a ouvert en baisse de
0,36 %, à 5 274,6 points, mardi
matin à Londres. Lundi, il avait terminé la séance en baisse de 0,57 %,
à 5 293,6 points.
TOKYO
L’INDICE Nikkei de la Bourse de
Tokyo a clôturé, mardi 8 janvier,
en
baisse
de
2,26 %,
à
10 695,60 points. Après avoir
atteint, la veille, un plus haut
depuis six semaines, le marché nippon a suivi la fin de la hausse du
Nouvel An observée à Wall Street,
qui a incité les investisseurs, déjà
rendus nerveux par quatre séances
consécutives de gains, à prendre
leurs bénéfices.
a GRANDE-BRETAGNE : les prix
de l’immobilier, un des indicateurs clefs de l’état de santé de
l’économie britannique, ont continué de progresser en décembre
pour atteindre leur plus forte hausse mensuelle depuis l’automne
1999. Le mois dernier, la hausse
s’est établie à 2,9 % par rapport à
novembre. En un an, cette progression a atteint 15,5 %. Toutefois,
« le ralentissement économique et la
hausse du chômage devraient freiner la hausse des prix courant
2002 », prévoit Gary Styles, un des
responsables d’Halifax, premier
établissement de crédits immobiliers de Grande-Bretagne.
a ALLEMAGNE : le gouvernement table sur une moyenne de
près de quatre millions de chômeurs en 2002 contre 3,85 millions en 2001, signale le Financial
Times Deutschland, paru mardi
8 janvier. Selon le journal, le gouvernement allemand devrait aussi,
dans un prochain rapport, revoir à
la baisse sa prévision de croissance
pour 2002 ramenée à 0,75 % ou
1 % contre 1,25 %.
a SUISSE : le taux de chômage
s’est élevé à 2,4 % de la population active en décembre contre
2,1 % en novembre et 1,9 % en
décembre 2000, a annoncé, mardi
8 janvier, le sécrétariat d’État pour
l’économie.
a JAPON : les immatriculations
de véhicules neufs ont reculé de
0,9 % en 2001 par rapport à l’an
2000. Un recul lié à la baisse des
dépenses de consommation des
ménages japonais en raison du
ralentissement économique.
a CHINE : le pays envisage de se
doter, d’ici à deux ans, de quatre
grands opérateurs intégrés de
télécommunications, qui couvriront la téléphonie fixe, la téléphonie mobile et les services de données, rapporte, mardi, la presse chinoise. « Avec quatre opérateurs intégrés, le marché deviendra totalement concurrentiel, ce qui permettra aux consommateurs de bénéficier de services de qualité », a déclaré le ministre de l’industrie, Wu
Jichuan.
a ALENA : le Canada et le Mexique ont décidé d’accélérer la suppression des tarifs douaniers sur
certains produits pour des transactions évaluées à 1,95 milliards
de dollars (2,19 milliards d’euros),
a annoncé, lundi, le ministre canadien du commerce international.
a ARGENTINE : le Fonds monétaire international (FMI) devra
Taux de change fixe zone Euro
Euro contre
AOL Time Warner
mise sur la prudence
et sur l’Europe
a BRÉSIL : en 2001, la balance
commerciale a enregistré un
excédent de 2,643 milliards de
dollars (2,969 milliards d’euros)
contre un déficit de 708 millions de
dollars l’année précédente (795 millions d’euros).
[
8 J.
TOKYO
COMPOSITE INDEX
prendre en compte l’ensemble
de la situation argentine avant
d’imposer des conditions dans le
cadre d’un nouveau programme
d’assistance économique, a estimé, lundi, un responsable du FMI.
Pas de reprise
économique
aux États-Unis
avant six mois
NEW YORK
LES VALEURS américaines ont
fini modérément en baisse sur des
prises de bénéfice lundi 7 janvier.
L’indice Dow Jones a abandonné
0,61 %,
pour
finir
à
10 197,05 points et l’indice Standard & Poor’s 500 a reculé de
0,65 %,
pour
clôturer
à
1 164,89 points. Le Nasdaq s’est
replié de 1,08 %, à 2 037,11 points.
Le président de la réserve fédérale
d’Atlanta, Jack Guynn, a déclaré
qu’il s’attendait à deux autres trimestres de contraction du produit
intérieur brut et que la reprise ne
serait pas au rendez-vous avant six
mois, même si certains « indices »
semblent signaler une stabilisation
qu’il serait, selon lui, trop tôt de
prendre pour acquise.
TAUX
DANS LES premières transactions,
mardi 8, le rendement des fonds
d’Etat européens à dix ans poursuivait son mouvement de repli, et se
situait à 4,89 % en France.
MONNAIES
ALORS que la devise européenne
restait faible, mardi matin, à
0,8923 dollar, le dollar s’appréciait
très fortement face au yen pour
dépasser les 132 yens. Le viceministre chargé des affaires internationales, Haruhiko Kuroda, a indiqué mardi au cours d’une conférence de presse que le repli du yen est
« un processus de correction qui
prend en compte les tendances des
fondamentaux », ajoutant que
« cela va encore durer un
moment ».
f
Taux
FRANC ......................... 6,55957
DEUTSCHEMARK ......... 1,95583
LIRE ITALIENNE (1000) . 1,93627
PESETA ESPAG. (100) .... 1,66386
ESCUDO PORT. (100) .... 2,00482
SCHILLING AUTR. (10) . 1,37603
PUNT IRLANDAISE....... 0,78756
´ERLANDAIS 2,20371
FLORIN NE
FRANC BELGE (10) ....... 4,03399
MARKKA FINLAND. ...... 5,94573
DRACHME GREC. (100). 3,40750
contre franc
f
Hors zone Euro
Euro contre
Taux
EURO ........................... 0,15245
DEUTSCHEMARK ......... 3,35385
LIRE ITAL. (1000) .......... 3,38774
PESETA ESPAG. (100) .... 3,94238
ESCUDO PORT. (100) .... 3,27190
SCHILLING AUTR. (10).. 4,76703
PUNT IRLANDAISE ....... 8,32894
´ERLANDAIS 2,97660
FLORIN NE
FRANC BELGE (10) ....... 1,62607
MARKKA FINLAND. ...... 1,10324
DRACHME CREC. (100). 1,92503
f
07/01
COURONNE DANOISE. 7,4405
´ GIENNE 7,9865
COUR. NORVE
´DOISE ........ 9,2353
COUR. SUE
` QUE 31,9320
COURONNE TCHE
DOLLAR AUSTRALIEN . 1,7280
DOLLAR CANADIEN .... 1,4305
DOLLAR HONGKONG . 6,9828
´ O-ZE
´LAND 2,0916
DOLLAR NE
FORINT HONGROIS .... 244,1500
LEU ROUMAIN.............
28717
ZLOTY POLONAIS ........ 3,5265
´s
Cours de change croise
f
Cours
DOLLAR
Cours
YEN(100)
DOLLAR .................
YEN .......................
EURO.....................
FRANC ...................
LIVRE .....................
FRANC SUISSE .......
.....
132,59500
1,12480
7,37525
0,69428
1,65160
0,75418
.....
0,84843
5,56475
0,52355
1,24610
08/01 9 h 57
´ re
ˆ t (%)
Taux d’inte
Taux
j. j.
Taux 07/01 f
FRANCE .........
ALLEMAGNE ..
GDE-BRETAG.
ITALIE ............
JAPON ...........
´ TATS-UNIS...
E
SUISSE ...........
PAYS-BAS .......
3,45
3,40
3,69
3,40
0,01
1,53
1,45
3,35
Cours
FRANC
5,01
4,93
5
5,16
1,39
5,14
3,40
5,03
5,37
5,33
4,66
5,60
2,52
5,56
3,94
5,38
` res premie
` res
Matie
En dollars
f
1,44035
191
1,62100
10,62880
.....
2,38005
Cours 9 h 57 f Volume
08/01
Notionnel 5,5
´CEMBRE 2002
DE
3
Euribor 3 mois
JANVIER 2002 ....
NC
Cours
FR. S.
0,60547
80,25500
0,68080
4,46500
0,42030
.....
Var. %
04/01
´ TAUX (LONDRES)
ME
$/TONNE
+ 0,48
CUIVRE 3 MOIS..............
1564,50
+ 0,53
ALUMINIUM 3 MOIS......
1433,50
– 0,47
PLOMB 3 MOIS ..............
529,50
+
ETAIN 3 MOIS................
4015
0,12
– 0,06
ZINC 3 MOIS..................
848,50
+ 0,08
NICKEL 3 MOIS..............
6185
´ TAUX (NEW YORK)
ME
$/ONCE
+ 0,86
ARGENT A TERME .........
4,68
PLATINE A TERME ......... 61258,50
....
´
GRAINES DENREES
$/BOISSEAU
´
+
BLE (CHICAGO)..............
305
0,08
– 0,12
MAIS (CHICAGO) ...........
211,25
SOJA TOURTEAU (CHG.)
147,60
....
SOFTS
$/TONNE
+ 1,80
CACAO (NEW YORK) ......
1411
´
CAFE (LONDRES) ...........
....
....
SUCRE BL. (LONDRES)...
....
....
dernier
prix
premier
prix
89,68
89,68
NC
NC
´ trole
Pe
En dollars
Cours
07/01
Cours
LIVRE
0,13559
17,96500
0,15245
.....
0,09410
0,22390
Matif
Taux Taux Taux
3 mois 10 ans 30 ans
3,24
3,29
3,91
3,25
0,01
1,72
1,63
3,25
Cours
EURO
0,88905
117,86500
.....
6,55957
0,61690
1,46870
f
BRENT (LONDRES) ........
WTI (NEW YORK) ...........
LIGHT SWEET CRUDE....
Cours
07/01
21,96
21,42
21,79
Var. %
04/01
– 0,32
– 0,23
+ 0,05
Or
En euros
f
OR FIN KILO BARRE ......
OR FIN LINGOT.............
ONCE D’OR (LO) $ .........
` CE FRANCE 20 F .......
PIE
` CE SUISSE 20 F .........
PIE
` CE UNION LAT. 20 ....
PIE
` CE 10 DOLLARS US ...
PIE
` CE 20 DOLLARS US ...
PIE
` CE 50 PESOS MEX. ....
PIE
Cours
07/01
10000
10030
278,85
57,90
57,50
57,50
195,25
423
373,25
Var %
04/01
+ 0,20
....
....
+ 1,76
....
....
+ 0,13
+ 0,71
+ 0,07
Cotations, graphiques et indices en temps
re´el sur le site Web du « Monde ».
www.lemonde.fr/bourse
FINANCES ET MARCHÉS
08/01
9 h 59
f
Code
Cours
% Var.
pays en euros 07/01
AUTOMOBILE
AUTOLIV SDR
BASF AG
BMW
CONTINENTAL AG
DAIMLERCHRYSLER
FIAT
FIAT PRIV.
MICHELIN
PEUGEOT
PIRELLI SPA
DR ING PORSCHE
RENAULT
VALEO
VOLKSWAGEN VZ
SE
BE e
DE e
DE e
DE e
IT e
IT e
FR e
FR e
IT e
DE e
FR e
FR e
DE e
23,56
43,85
40
15,60
49,30
18,43
12,41
37,91
46,50
2,12
439
42,50
45,51
34,30
218,03
f DJ E STOXX AUTO P
–
+
–
–
–
+
+
–
–
+
–
+
–
–
+
0,69
0,80
0,25
0,95
0,10
0,22
0,49
0,76
0,64
1,92
0,57
0,28
0,42
0,29
0,14
BANQUES
15,95
18,56
13,90
20,50
37,60
20,18
10,23
31,45
8,57
6,55
10,95
10,96
2,36
14,98
17,27
9,74
31,08
36,55
35,60
13,50
9,68
9,36
9,84
18,45
4,01
37,12
4,47
1,87
13,35
2,36
102,90
9,30
37
18,35
37,81
49,66
17,95
15,69
5,17
41,20
15,86
57,38
14,50
14,28
13,43
13,45
13,21
2,74
410,35
37,38
12,06
2,77
26,66
95,40
6,13
17,70
27,83
10,75
11,91
13,80
64,75
17,10
6,08
56,12
4,57
273,44
+ 0,41
+ 0,87
– 0,23
– 1,09
+ 0,27
....
....
....
– 0,46
– 0,61
....
– 0,36
+ 0,85
+ 0,54
– 2,28
....
+ 0,26
– 0,44
+ 0,85
+ 0,75
– 0,10
+ 0,21
– 0,10
+ 0,49
– 1,23
– 0,99
....
+ 1,08
....
+ 2,16
+ 1,08
+ 1,09
....
....
– 0,08
– 0,68
– 0,74
– 0,57
....
– 0,36
....
– 1,07
....
....
....
+ 0,24
+ 0,08
....
....
+ 0,59
+ 0,13
– 0,72
....
– 0,10
+ 0,89
+ 2,08
+ 0,35
+ 0,51
– 0,17
+ 0,12
+ 0,78
+ 0,64
+ 0,90
– 0,60
+ 1,56
+ 0,61
ES e
ES e
GR
GB
SE
BE e
GB
AT e
GB
GB
GR
SE
NL e
GB
FI e
AT e
FI e
FR e
FI e
GB
GR
GR
GB
FI e
FI e
SE
DE e
BE e
FI e
FR e
GR
AT e
FR e
17,90
39,38
35,70
18,60
28,23
40,51
6,02
44,70
6,85
1,31
3,64
25,84
2,10
15,71
7,16
55,50
12,30
60,50
4,31
22,44
4,22
8,92
2,60
15,45
15,30
31,05
17,32
45,65
40
14,53
9,50
32,15
19,10
207,31
– 0,83
– 1,30
....
– 0,69
....
– 0,93
+ 0,27
– 0,51
....
....
....
+ 0,85
– 0,47
....
– 0,56
....
– 1,20
– 1,22
....
+ 0,51
....
....
....
+ 0,98
– 1,48
– 0,35
+ 1,52
– 0,98
+ 0,20
– 2,09
....
– 0,92
– 2,05
– 0,50
FR e
NL e
DE e
DE e
GB
DE e
CH
CH
DK
DE e
NL e
CH
GB
FI e
156
51
43,85
37,70
17,78
22,80
72,70
22,93
74,34
29,55
43,65
4331,14
6,80
6,75
+ 0,52
– 0,20
+ 0,80
....
+ 0,09
– 0,65
– 0,23
– 1,03
....
– 0,84
+ 0,16
– 0,39
+ 0,24
....
ABBEY NATIONAL
ABN AMRO HOLDIN
ALL & LEICS
ALLIED IRISH BA
ALMANIJ
ALPHA BANK
B.P.C.INDUSTRIA
B.P.EMILIA ROMA
B.P.LODI
B.P.NOVARA
B.P.SONDRIO
B.P.VERONA E S.
BANCA ROMA
BANCO SABADELL
BANK OF IRELAND
BANK OF PIRAEUS
BANKINTER R
BARCLAYS PLC
BAYR.HYPO-U.VER
BBVA R
BCA AG.MANTOVAN
BCA FIDEURAM
BCA LOMBARDA
BCA P.BERG.-C.V
BCA P.MILANO
BCO POPULAR ESP
BCP R
BIPOP CARIRE
BK OF SCOTLAND
BNL
BNP PARIBAS
BSCH R
COMM.BANK OF GR
COMMERZBANK
CREDIT LYONNAIS
CS GROUP N
DANSKE BANK
DEXIA
DNB HOLDING
DRESDNER BANK N
EFG EUROBK ERGA
ERSTE BANK
ESPIRITO SANTO
FOERENINGSSB A
HALIFAX GROUP
HSBC HLDG
IKB
INTESABCI
JULIUS BAER HLD
KBC BANCASSURAN
LLOYDS TSB
MONTE PASCHI SI
NAT BANK GREECE
NATEXIS BQ POP.
NORDEA
ROLO BANCA 1473
ROYAL BK SCOTL
S-E-BANKEN -ASAN PAOLO IMI
STANDARD CHARTE
STE GENERAL-ASVENSKA HANDELS
SWEDISH MATCH
UBS N
UNICREDITO ITAL
GB
NL e
GB
GB
BE e
GR
IT e
IT e
IT e
IT e
IT e
IT e
IT e
ES e
GB
GR
ES e
GB
DE e
ES e
IT e
IT e
IT e
IT e
IT e
ES e
PT e
IT e
GB
IT e
FR e
ES e
GR
DE e
FR e
CH
DK
BE e
NO
DE e
GR
AT e
PT e
SE
GB
GB
DE e
IT e
CH
BE e
GB
IT e
GR
FR e
SE
IT e
GB
SE
IT e
GB
FR e
SE
SE
CH
IT e
f DJ E STOXX BANK P
PRODUITS DE BASE
ACERALIA
ACERINOX R
ALUMINIUM GREEC
ANGLO AMERICAN
ASSIDOMAEN AB
BEKAERT
BHP BILLITON
BOEHLER-UDDEHOL
BUNZL PLC
CORUS GROUP
ELVAL
HOLMEN -BISPAT INTERNATI
JOHNSON MATTHEY
M-REAL -BMAYR-MELNHOF KA
OUTOKUMPU
PECHINEY-ARAUTARUUKKI K
RIO TINTO
SIDENOR
SILVER & BARYTE
SMURFIT JEFFERS
STORA ENSO -ASTORA ENSO -RSVENSKA CELLULO
THYSSENKRUPP
UMICORE
UPM-KYMMENE COR
USINOR
VIOHALCO
VOEST-ALPINE AG
WORMS N
f DJ E STOXX BASI P
CHIMIE
AIR LIQUIDE
AKZO NOBEL NV
BASF AG
BAYER AG
BOC GROUP PLC
CELANESE N
CIBA SPEC CHIMI
CLARIANT N
COLOPLAST -BDEGUSSA (NEU)
DSM
EMS-CHEM HOLD A
ICI
KEMIRA
KON. VOPAK NV
LONZA GRP N
NORSK HYDRO
RHODIA
SOLVAY
SYNGENTA N
TESSENDERLO CHE
NL e
CH
NO
FR e
BE e
CH
BE e
f DJ E STOXX CHEM P
19,71
731,03
49,03
9,77
67,90
58,16
27,03
347,70
– 0,20
– 0,37
....
– 1,11
....
– 0,23
+ 0,11
+ 0,13
CONGLOME´RATS
D’IETEREN SA
GBL
GEVAERT
INCHCAPE
KVAERNER -AMYTILINEOS
UNAXIS HLDG N
ORKLA
SONAE SGPS
BE e
BE e
BE e
GB
NO
GR
CH
NO
PT e
f DJ E STOXX CONG P
182,70 – 0,11
300,10 ....
34
....
10,17 – 0,79
1,06 ....
5,40 ....
129,76 – 0,52
19,06 ....
0,88 ....
329,98 ....
TE´LE´COMMUNICATIONS
EQUANT NV
ATLANTIC TELECO
BRITISH TELECOM
CABLE & WIRELES
COLT TELECOM NE
DEUTSCHE TELEKO
E.BISCOM
EIRCOM
ELISA COMMUNICA
ENERGIS
EUROPOLITAN HLD
FRANCE TELECOM
HELLENIC TELE (
KINGSTON COM
KONINKLIJKE KPN
KPNQWEST NV -CVODAFONE LIBERT
VODAFONE N
MOBILCOM
OLD MUTUAL
OLIVETTI
PANAFON HELLENI
PT TELECOM SGPS
SONERA
SONG NETWORKS
SWISSCOM N
T.I.M.
TDC
TELE2 -BVODAFONE TELECE
TELECOM ITALIA
TELECOM ITALIA
TELEFONICA
TELEF.MOVILES
TELENOR
TELIA
TISCALI
VERSATEL TELECO
VODAFONE GROUP
NL e
GB
GB
GB
GB
DE e
IT e
IR e
FI e
GB
SE
FR e
GR
GB
NL e
NL e
NL e
DE e
DE e
GB
IT e
GR
PT e
FI e
SE
CH
IT e
DK
SE
PT e
IT e
IT e
ES e
ES e
NO
SE
IT e
NL e
GB
f DJ E STOXX TCOM P
14,25
0,08
5,75
5,52
2,05
19,55
52
1,30
15,20
1,11
7,65
46,05
18,62
1,97
6,11
8,41
10,85
213
26,02
1,57
1,48
6,22
9,20
6
1,15
320,33
6,37
40,87
41,58
9,36
9,76
5,99
14,89
8,48
4,79
5,09
10,52
1,07
2,92
484,85
– 0,90
....
....
– 0,87
+ 0,79
+ 0,46
+ 0,58
....
– 0,98
– 2,82
+ 2,17
+ 0,99
....
....
+ 1,66
– 1,18
– 0,46
+ 0,42
– 1,40
+ 1,04
+ 0,68
....
....
– 1,64
– 2,75
– 0,42
+ 0,95
– 0,33
+ 0,66
....
+ 0,72
+ 0,17
+ 0,20
+ 1,56
....
....
+ 0,38
....
– 0,55
+ 0,27
261
ES e
ES e
ES e
GB
GR
GB
ES e
FR e
GB
PT e
IT e
PT e
FR e
GB
ES e
ES e
ES e
GB
DE e
GR
GR
DE e
CH
FR e
IT e
FR e
GR
GB
GB
GB
FR e
SE
GB
FR e
GR
FI e
FR e
FR e
AT e
f DJ E STOXX CNST P
+ 0,68
+ 1,11
+ 1,59
....
....
....
– 0,14
– 0,71
....
....
+ 1,49
....
+ 1,04
+ 0,16
– 0,21
+ 0,59
+ 1,93
+ 0,63
+ 0,36
....
....
– 0,55
– 0,66
....
+ 0,34
+ 0,09
....
....
....
....
– 1,60
+ 0,70
– 1,10
....
....
....
....
+ 0,46
– 1,32
– 0,29
CONSOMMATION CYCLIQUE
ACCOR
ADIDAS-SALOMON
AGFA-GEVAERT
AIR FRANCE
AIRTOURS PLC
ALITALIA
AUSTRIAN AIRLIN
AUTOGRILL
BANG & OLUFSEN
BENETTON
BERKELEY GROUP
BRITISH AIRWAYS
BULGARI
CHRISTIAN DIOR
CLUB MED.
COMPASS GROUP
DT.LUFTHANSA N
ELECTROLUX -BEM.TV & MERCHAN
EMI GROUP
EURO DISNEY
HDP
HERMES INTL
HILTON GROUP
HUGO BOSS AG VZ
HUNTER DOUGLAS
INDITEX R
J D WETHERSPOON
KLM
LVMH
MEDION
MOULINEX
NH HOTELES
FR e
DE e
BE e
FR e
GB
IT e
AT e
IT e
DK
IT e
GB
GB
IT e
FR e
FR e
GB
DE e
SE
DE e
GB
FR e
IT e
FR e
GB
DE e
NL e
ES e
GB
NL e
FR e
DE e
FR e
ES e
41,29
82,80
14,20
17,20
4,18
1,03
8,34
10,55
30,25
13,96
11,82
3,91
9,44
36,80
46,50
8,20
17,10
17,48
1,85
6,10
1,04
3,50
176,90
3,70
23,70
31,95
22,31
7,06
14
47,99
50,91
0,01
11,29
– 0,02
+ 0,67
– 1,05
– 2,16
– 1,52
– 0,96
– 0,60
– 1,12
+ 1,35
....
+ 0,27
– 0,82
+ 0,21
– 1,21
– 1,17
+ 0,20
+ 2,09
+ 0,31
– 1,07
– 0,53
+ 0,97
+ 1,16
....
+ 0,44
– 0,63
– 0,13
+ 0,50
– 0,46
+ 0,36
– 1,36
– 1,11
....
+ 0,80
4020
3638
3255
2873
[
[
8 JANV.
9 JUIL.
NXT
P & O PRINCESS
PERSIMMON PLC
PREUSSAG AG
RANK GROUP
RICHEMONT UNITS
RYANAIR HLDGS
SAIRGROUP N
SAS DANMARK A/S
SEB
SIX CONTINENTS
SODEXHO ALLIANC
THE SWATCH GRP
THE SWATCH GRP
TELE PIZZA
THOMSON MULTIME
WILSON BOWDEN
WM-DATA -BWOLFORD AG
WW/WW UK UNITS
GB
GB
GB
DE e
GB
CH
IR e
CH
DK
FR e
GB
FR e
CH
CH
ES e
PA
GB
SE
AT e
IR e
f DJ E STOXX CYC GO P
2,81
6,46
4,94
30,30
3,68
22,62
13,42
1,30
9,81
67,20
11,82
47,76
100,89
21,81
1,72
35,80
13,24
3
10,19
0,89
130,25
+ 2,96
– 0,74
– 0,33
– 0,16
– 0,87
+ 0,15
....
....
....
– 1,18
– 0,54
+ 0,34
– 1
– 0,77
+ 0,58
+ 1,13
....
+ 1,47
+ 1,90
....
+ 0,41
47,90
55,20
10,62
49,85
75,80
80,68
14,74
910,39
47,50
32,70
68,05
26,75
11,03
6,84
27,70
26,75
38,83
42,08
22,18
21,71
11,30
27,11
23,30
76,09
80
57
954,55
13,06
6,76
8,88
180,04
739,86
45,20
+ 0,64
– 0,45
+ 0,46
+ 0,36
+ 0,53
– 1,66
+ 1,22
– 0,74
– 0,31
+ 0,58
....
+ 0,51
– 1,01
– 1,56
+ 0,82
+ 0,51
– 0,09
+ 0,32
+ 0,30
– 0,05
+ 7,36
+ 1,01
– 0,72
– 0,44
+ 0,25
+ 0,53
– 0,64
– 0,37
– 0,71
– 0,36
+ 0,19
+ 0,55
+ 0,67
PHARMACIE
ACTELION N
ALTANA AG
AMERSHAM
ASTRAZENECA
AVENTIS
BB BIOTECH
CELLTECH GROUP
DISETRONIC HLDG
ELAN CORP
ESSILOR INTL
FRESENIUS MED C
H. LUNDBECK
GALEN HOLDINGS
GAMBRO -AGLAXOSMITHKLINE
H. LUNDBECK
NOVARTIS N
NOVO-NORDISK -B
NOVOZYMES -BORION B
OXFORD GLYCOSCI
PHONAK HLDG N
QIAGEN NV
ROCHE HLDG G
SANOFI SYNTHELA
SCHERING AG
SERONO -BSHIRE PHARMA GR
SMITH & NEPHEW
SSL INTL
SULZER AG 100N
SYNTHES-STRATEC
UCB
CH
DE e
GB
GB
FR e
CH
GB
CH
IR e
FR e
DE e
DK
GB
SE
GB
DK
CH
DK
DK
FI e
GB
CH
NL e
CH
FR e
DE e
CH
GB
GB
GB
CH
CH
BE e
[
[
[
[
[
[
[
8 JANV.
M
J
V
L
M
8 JANV.
UNIBAIL
VALLEHERMOSO
WCM BETEILIGUNG
FR e
ES e
DE e
f DJ E STOXX FINS P
58
7,23
12,25
234,74
+
+
–
–
1,13
0,42
1,21
0,20
ALIMENTATION ET BOISSON
ALLIED DOMECQ
ASSOCIAT BRIT F
BBAG OE BRAU-BE
BRAU UNION
CADBURY SCHWEPP
CARLSBERG -BCARLSBERG AS -A
COCA COLA HBC
DANISCO
DANONE
DELTA HOLDINGS
DIAGEO
ELAIS OLEAGINOU
HEINEKEN HOLDIN
HELLENIC SUGAR
KAMPS
KERRY GRP-AKINGFISHER
KONINKLIJKE NUM
MONTEDISON
NESTLE N
NORTHERN FOODS
PARMALAT
PERNOD RICARD
RAISIO GRP -VSCOTT & NEWCAST
SOUTH AFRICAN B
TATE & LYLE
TOMKINS
UNILEVER
WHITBREAD PLC
GB
GB
AT e
AT e
GB
DK
DK
GR
DK
FR e
GR
GB
GR
NL e
GR
DE e
GB
GB
NL e
IT e
CH
GB
IT e
FR e
FI e
GB
GB
GB
GB
NL e
GB
f DJ E STOXX F & BV P
6,38
7,98
42,50
41,11
7,02
46,24
41,67
15,96
39,79
134,30
8,16
12,43
18,10
32,05
9,54
8,95
22,93
6,81
25,50
2,69
238,47
2,73
3,09
84,65
1,03
8,38
7,68
5,36
3,60
62,95
9,15
225,26
+ 0,51
– 0,20
– 0,02
....
+ 0,23
– 0,86
– 0,64
....
....
+ 0,22
....
+ 0,65
....
– 0,16
....
– 0,56
+ 0,71
+ 1,20
+ 1,03
+ 0,37
+ 0,29
+ 0,60
– 0,64
– 0,65
+ 3
+ 0,78
+ 0,21
+ 0,61
+ 0,45
– 0,16
– 1,05
+ 0,32
BIENS D’E´QUIPEMENT
ABB N
ADECCO N
AGGREKO
ALSTOM
ALTRAN TECHNO
ALUSUISSE GRP N
ARRIVA
ASSA ABLOY-BASSOC BR PORTS
ATLAS COPCO -AATLAS COPCO -BATTICA ENTR SA
BAA
BBA GROUP PLC
CH
CH
GB
FR e
FR e
CH
GB
SE
GB
SE
SE
GR
GB
GB
12,16
64
5,63
13,28
52,95
856,04
5,26
16,83
6,65
27,09
25,30
5,10
9,54
4,67
+ 0,28
....
+ 0,29
– 0,45
+ 0,09
....
– 0,31
– 0,64
+ 2,49
– 0,20
....
....
+ 0,85
– 0,34
(Publicite´)
Professeurs de lycée
▲ Donnez à vos élèves la synthèse
de l’économie !
▲ Pour compléter vos cours
et vos séances de TPE ou d’ECJS.
TOUT RENSEIGNEMENT
DK
GB
ES e
30,92 – 0,86
10,70 ....
8,61 + 1,29
517,94 + 0,30
:
GB
GB
ES e
FR e
NL e
BE e
IT e
GB
BE e
GR
GB
AT e
NO
ES e
NL e
IT e
GB
NO
FR e
NL e
4,50
8,61
12,52
158,70
2,50
61,30
13,97
8,07
61,30
7,16
2,45
89,74
7,77
14,47
54,95
5,92
7,73
7,65
158,70
52,75
320,64
f DJ E STOXX HEAL
E´NERGIE
BG GROUP
BP
CEPSA
COFLEXIP
DORDTSCHE PETRO
GBL
ENI
ENTERPRISE OIL
GBL
HELLENIC PETROL
LATTICE GROUP
OMV AG
PETROLEUM GEO-S
REPSOL YPF
ROYAL DUTCH CO
SAIPEM
SHELL TRANSP
STATOIL
TOTAL FINA ELF
IHC CALAND
f DJ E STOXX ENGY P
– 0,36
+ 0,19
+ 0,16
– 2,70
....
+ 0,16
+ 1,45
....
+ 0,16
....
+ 1,33
– 2,03
....
+ 1,05
+ 0,92
+ 3,32
+ 0,63
....
+ 0,63
– 0,47
+ 0,85
SERVICES FINANCIERS
3I GROUP
ALPHA FINANCE
AMVESCAP
BHW HOLDING AG
BPI R
BRITISH LAND CO
CALEDONIA INV.S
CANARY WHARF GR
CATTLES ORD.
CLOSE BROS GRP
COBEPA
CONSORS DISC-BR
CORIO NV
CORP FIN ALBA
DEPFA-BANK
DROTT -BEURAZEO
EURONEXT
FINAXA
FORTIS (B)
FORTIS (NL)
GECINA
GIMV
GREAT PORTLAND
HAMMERSON
ING GROEP
LAND SECURITIES
LIBERTY INTL
LONDON STOCK EX
MARSCHOLLEK LAU
MEDIOBANCA
METROVACESA
MONTEDISON
PROVIDENT FIN
RODAMCO EUROPE
RODAMCO NORTH A
ROLINCO NV
SCHRODERS
SIMCO N
SLOUGH ESTATES
TECAN GRP N
GB
GR
GB
DE e
PT e
GB
GB
GB
GB
GB
BE e
DE e
NL e
ES e
DE e
SE
FR e
NL e
FR e
BE e
NL e
FR e
BE e
GB
GB
NL e
GB
GB
GB
DE e
IT e
ES e
IT e
GB
NL e
NL e
NL e
GB
FR e
GB
CH
14,37
44,90
17,79
27,70
2,27
7,64
14,38
7,39
4,92
14,26
63,30
11
25,85
22,80
63,15
11,45
63,30
21,68
81,75
27,50
27,07
92,60
31,80
3,89
7,25
28,05
12,54
7,83
6,80
58,60
12,49
15,40
2,69
10,87
39,50
51,05
25,32
14,68
78,70
5,33
76,60
+ 0,56
....
+ 1,10
+ 0,73
....
+ 0,85
....
....
+ 3,04
+ 0,57
+ 4,46
– 1,61
+ 0,39
+ 1,33
– 0,08
– 0,47
+ 0,48
....
....
....
....
+ 0,11
– 0,31
– 0,41
– 0,22
– 1,16
– 0,77
– 2,02
....
....
+ 0,16
+ 0,06
+ 0,37
– 1,61
– 0,13
– 0,78
– 0,16
– 0,66
+ 0,51
– 0,30
– 0,22
BODYCOTE INTL
BRAMBLES INDUST
BUDERUS AG
CAPITA GRP
CDB WEB TECH IN
CGIP
CHUBB
CIR
COBHAM
COOKSON GROUP P
COPENHAGEN AIRP
DAMPSKIBS -ADAMPSKIBS -BDAMSKIBS SVEND
DE LA RUE
E.ON AG
ELECTROCOMPONEN
ENIRO
EPCOS
EUR AERO DEFENC
EUROTUNNEL
EXEL
FINMECCANICA
FINNLINES
FKI
FLS IND.B
FLUGHAFEN WIEN
GAMESA
GKN
GROUP 4 FALCK
GROUP 4 FALCK
GUARDIAN IT
HAGEMEYER NV
HALKOR
HAYS
HEIDELBERGER DR
HUHTAMAKI
IFIL
IMI PLC
IND.VAERDEN -AINDRA SISTEMAS
INVENSYS
INVESTOR -AINVESTOR -BISS
JOT AUTOMATION
KINNEVIK -BKONE B
LEGRAND
LINDE AG
MAN AG
MEGGITT
METSO
MG TECHNOLOGIES
MORGAN CRUCIBLE
EXEL
PACE MICRO TECH
PARTEK
PENINS.ORIENT.S
PERLOS
PREMIER FARNELL
RAILTRACK
RANDSTAD HOLDIN
RENTOKIL INITIA
REXAM
REXEL
RHI AG
RIETER HLDG N
ROLLS ROYCE
SANDVIK
SAURER N
SCHNEIDER ELECT
GB
GB
DE e
GB
IT e
FR e
GB
IT e
GB
GB
DK
DK
DK
DK
GB
DE e
GB
SE
DE e
FR e
FR e
GB
IT e
FI e
GB
DK
AT e
ES e
GB
DK
DK
GB
NL e
GR
GB
DE e
FI e
IT e
GB
SE
ES e
GB
SE
SE
DK
FI e
SE
FI e
FR e
DE e
DE e
GB
FI e
DE e
GB
GB
GB
FI e
GB
FI e
GB
GB
NL e
GB
GB
FR e
AT e
CH
GB
SE
CH
FR e
3,75
5,83
29,75
7,81
3,80
37,73
2,84
0,95
17,92
1,65
72,86
7447,34
8401,78
11184,45
7,44
56,75
9,35
7,98
56,10
14
1,11
13,24
1,02
24,89
3,07
9,28
29,65
14,98
4,57
127,44
127,44
2,29
20,94
4,56
3,60
47
37,20
5,30
4,42
18,46
9,81
2,15
12,43
12,43
59,42
0,61
18,46
87,80
160
47,10
24,90
3,08
12,70
9,84
3,50
13,24
5,68
9,80
3,92
12,05
5,62
4,52
16,10
4,42
6,49
65,50
5
238,81
2,92
26
22,08
55,50
SEAT PAGINE GIA
SEAT PAGINE GIA
SECURICOR
SECURITAS -BSERCO GROUP
SGL CARBON
SHANKS GROUP
SIDEL
SINGULUS TECHNO
SKF -BSMITHS GROUP
SOPHUS BEREND SPIRENT
STOLT NIELSEN
TELE2 -BTHALES
TOMRA SYSTEMS
TPI
TRAFFICMASTER
UNAXIS HLDG N
VA TECHNOLOGIE
VEDIOR NV
VESTAS WIND SYS
VINCI
VIVENDI ENVIRON
VOLVO -AVOLVO -BWARTSILA CORP A
XANSA
ZARDOYA OTIS
IT e
IT e
GB
SE
GB
DE e
GB
FR e
DE e
SE
GB
DK
GB
LU e
SE
FR e
NO
ES e
GB
CH
AT e
NL e
DK
FR e
FR e
SE
SE
FI e
GB
ES e
f DJ E STOXX IND GO P
0,92
0,92
1,99
22,26
6,30
27,50
2,78
50
34,20
22,80
11,54
22,05
2,95
139
41,58
38,61
10,60
4,44
0,77
129,76
25,15
14,40
27,96
66
36,20
19,54
20,25
22,98
6,26
10,85
355,66
....
....
– 1,60
....
– 2,01
....
+ 0,58
....
+ 3,95
– 1,41
+ 0,14
– 0,30
– 0,54
....
+ 0,66
+ 0,29
....
+ 1,37
– 14,29
– 0,52
– 4,41
– 0,69
– 0,95
+ 0,46
+ 0,72
+ 0,84
+ 0,27
+ 1,68
+ 3,74
– 0,46
– 0,01
GB
NL e
FR e
IT e
DE e
NL e
FR e
CH
GB
IT e
GB
FR e
DK
ES e
DE e
GR
FR e
IT e
BE e
GB
IT e
AT e
GB
GR
GB
GB
IT e
DE e
FI e
GB
IT e
GB
IT e
FI e
CH
FR e
SE
GB
NO
CH
CH
DK
CH
1,66
28,64
52,65
12,06
264,30
81,10
24,55
101,23
12,59
24,35
13,63
35,29
17,14
18,50
245,10
10,30
43,30
5,79
27,50
3,20
30,90
152
0,10
4,98
12,11
2,65
10,65
296,50
23,30
13,08
12,65
6,62
14,60
8,88
595,15
40,61
8,69
5,76
6,90
497,32
113,29
27,56
274,14
332,89
....
+ 0,17
+ 1,06
+ 1,43
+ 0,30
....
+ 0,61
– 0,33
+ 0,52
+ 1,46
+ 0,72
+ 0,09
....
....
+ 0,45
....
– 1,57
+ 2,66
....
+ 0,51
+ 0,98
– 0,13
....
....
....
+ 0,61
+ 0,66
+ 0,07
+ 0,65
+ 0,75
....
– 1,20
....
....
....
+ 0,02
– 0,62
+ 0,56
....
+ 0,55
– 0,74
....
– 0,98
+ 0,64
GB
FR e
GB
GB
GB
NL e
GB
NL e
GB
GB
IT e
GB
FR e
IR e
GB
FR e
GR
FR e
IT e
SE
IT e
FR e
GB
ES e
DE e
PT e
FR e
CH
GB
GB
LU e
GB
ES e
GB
GB
FR e
GB
NL e
GB
FR e
NL e
NL e
GB
f DJ E STOXX MEDIA P
12,74
3,59
12,75
4,33
11,41
13,49
12,92
11,78
0,86
2,42
3,51
4,42
9,06
2,13
4,78
48,64
4,86
32,20
8,48
26,22
7,25
22
13,95
10,43
6,40
8,17
31,30
224,20
9,51
11,95
45,11
2,44
26,24
3,16
1,10
30,23
7,06
0,59
11,51
58,85
36,18
25,30
12,87
316,21
+ 0,25
+ 0,28
....
+ 1,13
– 1,12
+ 0,90
....
+ 2,43
....
+ 2,74
+ 0,29
+ 1,11
....
+ 0,47
+ 3,86
– 0,33
....
– 0,62
+ 0,12
+ 1,05
– 0,41
– 1,96
– 0,12
+ 0,38
+ 1,59
....
....
– 2,08
– 0,51
+ 0,82
+ 0,20
– 3,21
+ 1,90
– 2
+ 3,03
+ 0,80
+ 2,34
....
....
– 0,59
+ 0,17
– 0,78
– 1,48
– 0,19
ASSURANCES
AEGIS GROUP
AEGON NV
AGF
ALLEANZA ASS
ALLIANZ N
ASR VERZEKERING
AXA
BALOISE HLDG N
BRITANNIC
CATTOLICA ASS
CGNU
CNP ASSURANCES
CODAN
CORP MAPFRE R
ERGO VERSICHERU
ETHNIKI GEN INS
EULER
FONDIARIA ASS
FORTIS (B)
FRIENDS PROVIDE
GENERALI ASS
GENERALI HLD VI
INDEPENDENT INS
INTERAM HELLEN
IRISH LIFE & PE
LEGAL & GENERAL
MEDIOLANUM
MUENCH RUECKVER
POHJOLA GRP.B
PRUDENTIAL
RAS
ROYAL SUN ALLIA
SAI
SAMPO-LEONIA -A
SCHW NATL VERS
SCOR
SKANDIA INSURAN
ST JAMES’S PLAC
STOREBRAND
SWISS LIFE REG
SWISS RE N
TOPDANMARK
ZURICH FINL SVC
MEDIAS
grandscomptes@lemonde.fr
Tél. : 01 42 17 34 82
WILLIAM DEMANT
WS ATKINS
ZELTIA
[
9 JUIL.
f DJ E STOXX INSU P
▲ Un nouveau service,
une offre exceptionnelle !
POUR
40,27
10,95
27,55
1,44
8,90
6,05
21,95
37,73
5,36
4,64
7,50
19,75
63,20
31
24,05
15,35
20,60
7,70
55,80
6,70
12,86
17,95
254,77
110,90
8,80
105,90
2,60
2,03
1,84
10,01
172,20
7,82
2,91
151,80
39,88
19
58,90
66
15,64
231,46
4403
235
CONSTRUCTION
ACCIONA
ACESA R
ACS
AGGREGATE IND
AKTOR SA
AMEY
AUREA R
BOUYGUES
BPB
BRISA AUTO-ESTR
BUZZI UNICEM
CIMPOR R
COLAS
CRH PLC
FCC
GRUPO DRAGADOS
GRUPO FERROVIAL
HANSON PLC
HEIDELBERGER ZE
HELL.TECHNODO.R
HERACLES GENL R
HOCHTIEF ESSEN
HOLCIM
IMERYS
ITALCEMENTI
LAFARGE
MICHANIKI REG.
NOVAR
PILKINGTON PLC
RMC GROUP PLC
SAINT GOBAIN
SKANSKA -BTAYLOR WOODROW
TECHNIP-COFLEXI
TITAN CEMENT RE
UPONOR -ACIMENTS VICAT /
VINCI
WIENERBERGER AG
4785
3746,29
286
sur 5 jours
3746,29
3781,32
311
sur 1an
3835,40
pectivement 4,37 %, à 9,20 euros,
et 3,25 %, à 13,40 euros. Le groupe
espagnol Telefonica, premier opérateur téléphonique en Argentine,
a abandonné 4,44 %, à 14,86 euros.
b Le groupe financier suisse CS
Group a progressé, lundi, de
1,59 %, à 73,60 francs suisses, après
son entrée dans la liste de valeurs
favorites de Goldman Sachs.
b Finmeccanica, premier actionnaire du fabricant de semi-conducteurs STMicroelectronics, a perdu
1,44 %, à 1,03 euro, à Milan, lundi.
Selon l’agence Radiocor, il serait
en négociations exclusives pour
racheter Telespazio, filiale de Telecom Italia spécialisée dans les télécommunications par satellite.
293,60
b La crise argentine (lire page 2) fragilise toujours les valeurs des sociétés espagnoles. Le pétrolier RepsolYPF, qui cumule à lui seul 69,02 %
(17,68 milliards de dollars) des
investissements espagnols en
Argentine entre 1994 et 2000, avec
son rapprochement en 1999 avec la
compagnie YPF, a chuté, lundi
7 janvier, de 7,85 %, à 14,32 euros.
Les mesures adoptées en Argentine, dont la création d’un nouvel
impôt sur les hydrocarbures,
auront un impact négatif de 30 %
sur les résultats de Repsol-YPF en
2002, selon Alejandro Vigil, analyste à la banque Santander Central
Hispano (SCH). Les banques espagnoles SCH et BBVA ont perdu res-
300,26
337
299,31
362
VALEURS EUROPÉENNES
EURO STOXX50
3811,40
sur 5 jours
297,74
3750,11
sur 1 an
297,74
STOXX 653
VALEURS EUROPE´ENNES
298,47
20 / LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002
....
+ 1,98
– 2,90
+ 0,83
+ 1,06
....
....
....
....
– 0,97
....
....
....
+ 0,48
....
+ 0,44
+ 0,52
– 0,68
– 2,60
– 1,34
– 0,89
– 0,61
– 0,97
....
....
....
– 0,24
+ 1,15
....
....
....
– 5,33
– 0,29
....
+ 2,29
– 1,47
....
+ 0,95
+ 0,74
– 0,58
+ 2,19
– 0,75
....
....
+ 1,61
– 3,17
+ 1,49
+ 0,92
....
– 0,32
....
....
– 1,24
+ 0,92
+ 3,83
– 0,61
– 9,04
....
– 0,41
– 0,41
....
....
....
+ 0,74
– 0,74
– 2,09
+ 8,70
+ 0,86
– 0,55
....
– 0,91
+ 0,73
B SKY B GROUP
CANAL PLUS
CAPITAL RADIO
CARLTON COMMUNI
DLY MAIL & GEN
ELSEVIER
EMAP PLC
FOX KIDS EUROPE
FUTURE NETWORK
GRANADA
GRUPPO L’ESPRES
GWR GROUP
HAVAS ADVERTISI
INDP NEWS AND M
INFORMA GROUP
LAGARDERE SCA N
LAMBRAKIS PRESS
M6 METROPOLE TV
MEDIASET
MODERN TIMES GR
MONDADORI
NRJ GROUP
PEARSON
PRISA
PROSIEBEN SAT.1
PT MULTIMEDIA R
PUBLICIS GROUPE
PUBLIGROUPE N
REED INTERNATIO
REUTERS GROUP
RTL GROUP
SMG
SOGECABLE R
TAYLOR NELSON S
TELEWEST COMM.
TF1
TRINITY MIRROR
UNITED PAN-EURO
UTD BUSINESS ME
VIVENDI UNIVERS
VNU
WOLTERS KLUWER
WPP GROUP
BIENS DE CONSOMMATION
AHOLD
ALTADIS
AMADEUS GLOBAL
ATHENS MEDICAL
AUSTRIA TABAK A
AVIS EUROPE
BEIERSDORF AG
BIC
BRIT AMER TOBAC
CASINO GP
CLARINS
COLRUYT
DELHAIZE
FIRSTGROUP
GALLAHER GRP
GIB
GIVAUDAN N
HENKEL KGAA VZ
ICELAND GROUP
IMPERIAL TOBACC
JERONIMO MARTIN
KESKO -BL’OREAL
LAURUS NV
MORRISON SUPERM
RECKITT BENCKIS
SAFEWAY
SAINSBURY J. PL
STAGECOACH GROU
TERRA NETWORKS
TESCO PLC
TPG
WANADOO
NL e
ES e
ES e
GR
AT e
GB
DE e
FR e
GB
FR e
FR e
BE e
BE e
GB
GB
BE e
CH
DE e
GB
GB
PT e
FI e
FR e
NL e
GB
GB
GB
GB
GB
ES e
GB
NL e
FR e
31,38
17,85
7,19
3,90
84
2,78
128,55
38,61
9,12
82,35
62,65
48,90
59,20
4,55
7,44
44
348,53
63,60
2,83
14,90
8,99
10,45
79,30
5,03
3,31
16,34
5,13
5,96
1,19
9,70
4
23,60
5,97
+ 1,65
+ 1,13
+ 2,13
....
....
– 1,71
+ 0,43
– 1,73
+ 0,18
– 0,30
+ 0,24
+ 0,31
+ 1,20
– 0,70
+ 1,10
....
– 0,77
– 0,16
....
+ 0,76
....
+ 0,38
– 0,50
....
+ 1,99
+ 0,90
....
+ 1,37
....
+ 2,43
+ 0,40
– 0,38
– 1,16
[
[
[
[
[
[
8 JANV.
M
J
V
L
M
WELLA AG VZ
DE e
f DJ E STOXX N CY G P
55,70 – 0,36
384,64 + 0,45
COMMERCE DISTRIBUTION
ALLIANCE UNICHE
AVA ALLG HAND.G
BOOTS CO PLC
BUHRMANN NV
CARREFOUR
CASTO.DUBOIS
CC CARREFOUR
CHARLES VOEGELE
D’IETEREN SA
DEBENHAMS
DIXONS GROUP
GAL LAFAYETTE
GEHE AG
GUCCI GROUP
GUS
HENNES & MAURIT
KARSTADT QUELLE
KINGFISHER
MARKS & SPENCER
MATALAN
METRO
MFI FURNITURE G
NEXT PLC
PINAULT PRINT.
SIGNET GROUP
VALORA HLDG N
VENDEX KBB NV
W.H SMITH
WOLSELEY PLC
GB
DE e
GB
NL e
FR e
FR e
ES e
CH
BE e
GB
GB
FR e
DE e
NL e
GB
SE
DE e
GB
GB
GB
DE e
GB
GB
FR e
GB
CH
NL e
GB
GB
f DJ E STOXX RETL P
8,57
40,40
9,65
13,25
56,50
60,10
13,63
46,20
182,70
6,62
4
164,70
42,70
95,95
10,82
23,72
45,05
5,93
5,96
5,36
41,40
2,21
14,79
149,60
1,63
181,06
13,85
8,07
9,25
300,62
....
....
– 0,17
– 0,38
+ 0,36
+ 0,17
+ 0,89
....
– 0,11
– 1,20
+ 0,40
+ 1,04
+ 1,91
+ 0,10
– 1,47
– 0,68
+ 0,11
....
+ 0,27
– 0,90
+ 1,97
....
– 2,03
– 0,80
– 0,98
+ 2,50
+ 1,09
....
....
+ 0,27
HAUTE TECHNOLOGIE
AIXTRON
ALCATEL-AALTEC
ARC INTERNATION
ARM HOLDINGS
ASML HOLDING
BAAN COMPANY
BAE SYSTEMS
BALTIMORE TECH
BROKAT TECHNOLO
BULL
BUSINESS OBJECT
CAP GEMINI
COMPTEL
DASSAULT SYST.
F-SECURE
FILTRONIC
FINMATICA
GETRONICS
GN GREAT NORDIC
INFINEON TECHNO
INFOGRAMES ENTE
INTRACOM R
KEWILL SYSTEMS
LEICA GEOSYSTEM
LOGICA
LOGITECH INTL N
MARCONI
MB SOFTWARE
NOKIA
OCE
ROY.PHILIPS ELE
PSION
SAGE GRP
SAGEM
SAP AG
SAP VZ
SEZ HLDG N
SIEMENS AG N
SPIRENT
STMICROELECTRON
THINK TOOLS
THUS
TIETOENATOR
DE e
FR e
GR
GB
GB
NL e
NL e
GB
GB
DE e
FR e
FR e
FR e
FI e
FR e
FI e
GB
IT e
NL e
DK
DE e
FR e
GR
GB
CH
GB
CH
GB
DE e
FI e
NL e
NL e
GB
GB
FR e
DE e
DE e
CH
DE e
GB
FR e
CH
GB
FI e
f DJ E STOXX TECH P
29,18
20,44
2,83
0,77
6,12
21,27
2,65
5,30
0,29
0,11
1,19
40,40
83,80
3,65
55,35
1,33
6,47
19,31
4,20
7,12
24,49
15,51
13,72
0,82
101,57
11,33
44,50
0,68
0,20
28,22
11,82
33,90
1,52
4,10
68,95
153,80
153,99
56,56
75,95
2,95
38,10
16,95
0,82
31,65
516,07
– 0,92
– 2,20
....
– 4
+ 0,53
– 0,23
– 0,75
+ 0,92
....
....
– 1,65
– 0,74
– 0,95
– 1,35
– 0,27
....
– 0,74
– 0,67
– 0,24
....
– 6,17
+ 1,51
....
+ 4,08
– 0,33
– 0,71
– 0,76
– 2,33
....
– 2,35
– 0,42
+ 0,89
– 1,05
....
– 0,51
+ 0,26
....
– 2,29
– 0,59
– 0,54
– 0,83
– 2,54
– 1,92
– 0,78
– 1,42
SERVICES COLLECTIFS
ACEA
AEM
BRITISH ENERGY
CENTRICA
EDISON
ELECTRABEL
ELECTRIC PORTUG
ENDESA
ENEL
EVN
FORTUM
GAS NATURAL SDG
HIDRO CANTABRIC
IBERDROLA
INNOGY HOLDINGS
ITALGAS
KELDA
NATIONAL GRID G
INTERNATIONAL P
OESTERR ELEKTR
PENNON GROUP
POWERGEN
SCOTTISH POWER
SEVERN TRENT
SUEZ
UNION FENOSA
UNITED UTILITIE
VIRIDIAN GROUP
IT e
IT e
GB
GB
IT e
BE e
PT e
ES e
IT e
AT e
FI e
ES e
ES e
ES e
GB
IT e
GB
GB
GB
AT e
GB
GB
GB
GB
FR e
ES e
GB
GB
f DJ E STOXX PO SUP P
7,36
2,22
3,68
3,62
8,38
225,80
2,34
16,91
6,17
45,80
5,15
18,13
26,95
13,89
3,26
10,85
5,86
7,30
3,33
83,85
9,61
12,29
6,34
11,45
32,42
17,27
9,85
8,10
287,02
+ 0,68
+ 0,91
– 0,44
+ 0,90
+ 0,60
+ 0,49
....
+ 0,24
+ 0,49
– 0,33
....
+ 0,55
....
+ 0,80
....
+ 1,12
....
+ 0,89
+ 0,98
– 1,35
....
+ 0,13
+ 0,51
– 0,70
+ 1,22
+ 1,35
– 0,65
+ 0,40
+ 1,01
__________________
EURO
NOUVEAU
MARCHE´
08/01
9 h 59
f
Cours
en euros
% Var.
07/01
AMSTERDAM
AIRSPRAY NV
ANTONOV
C/TAC
CARDIO CONTROL
CSS
HITT NV
AMERICA SUL PREF-B
NEDGRAPHICS HOLD
SOPHEON
PROLION HOLDING
RING ROSA
UCC GROEP NV
17,10
0,61
2,40
4,20
23,90
7,15
....
4
0,50
94
0,03
7
....
– 1,61
+ 0,84
....
....
....
....
....
....
....
....
....
BRUXELLES
ARTHUR
ENVIPCO HLD CT
FARDIS B
3
0,45
15
....
....
....
e CODES PAYS ZONE EURO
FR : France - DE : Allemagne - ES : Espagne
IT : Italie - PT : Portugal - IR : Irlande
LU : Luxembourg - NL : Pays-Bas - AT : Autriche
FI : Finlande - BE : Belgique - GR : Gre`ce.
CODES PAYS HORS ZONE EURO
CH : Suisse - NO : Norve`ge - SE : Sue`de
GB : Grande-Bretagne - DK : Danemark.
FINANCES ET MARCHÉS
VALEURS FRANCE
VALEURS FRANCE
b L’action CGIP était réservée à la hausse,
mardi matin 8 janvier, après avoir clôturé la
veille à 37,73 euros. Le conseil d’administration de la CGIP, holding d’Ernest-Antoine
Seillière, a soumis lundi aux actionnaires
réunis en assemblée générale extraordinaire un projet d’offre publique de rachat
d’actions sur environ 9 % du capital à
44 euros. Le prix retenu est supérieur à
celui de 42 euros annoncé fin novembre 2001 lors de la présentation de la restructuration du groupe, qui doit se traduire
par l’absorption de la CGIP par Marine
Wendel. La CGIP initiera au même prix une
OPA portant sur environ 8 % de son capital.
b Le groupe bancaire franco-belge Dexia,
dont le titre reculait mardi de 0,57 % à
15,66 euros, a fait savoir lundi que son exposition au risque argentin s’élevait à 40 millions d’euros, une somme qui n’affecterait
pas ses bénéfices à venir.
b Le titre Valeo s’échangeait, mardi matin,
à 45,90 euros, en hausse de 0,44 %. L’équipementier automobile a annoncé lundi la fermeture de son usine de Carmen de Areco,
en Argentine, site qui emploie 90 salariés et
où sont fabriqués des commutateurs de
planche de bord et des hauts de colonne de
direction. La production de cette usine sera
transférée vers un de ses sites au Brésil au
cours de l’année 2002.
_________________________
PREMIER MARCHE´
Cours a` 9 h 57
MARDI 8 JANVIER
Dernier jour de ne´gociation des OSRD : 25 janvier
France
Cours
en euros
f
w
ACCOR ...................
AFFINE ...................
AGF ........................
AIR FRANCE G .......
Cours
en francs
% Var.
veille
269,99 – 0,34
241,85 ...
345,36 + 1,06
113,15 – 1,88
41,16
36,87
52,65
17,25
w
w
Montant
coupon
(1)
CMT MEDICAL .....
COALA # ................
COHERIS ATIX ......
COIL.......................
COM 6 ...................
CONSODATA ........
CONSODATA NV ..
CONSORS FRAN ..
CROSS SYSTEM ....
CRYO # ..................
CRYONETWORKS.
CYBERDECK # ......
CYBER PRES.P ......
CYBERSEARCH .....
CYRANO # .............
D INTERACTIV .....
DIREKT ANLAG ....
DALET # ................
DATASQUARE #....
DEVOTEAM #........
DMS #....................
DURAN DUBOI ....
DURAND ALLIZ....
DURAN BS 00 .......
EFFIK # ..................
EGIDE #.................
EMME NV .............
ESI GROUP ...........
ESKER ....................
EUROFINS SCI......
EURO.CARGO S ....
FI SYSTEM # .........
FIMATEX # ............
FLOREANE MED ..
FI SYSTEM BS.......
GAMELOFT COM .
GAUDRIOT #.........
GENERIX # ............
GENESYS #............
GENSET.................
GENUITY INC .......
GL TRADE # ..........
GPE ENVERG.C.....
SILICOMP # ..........
GUILLEMOT BS ....
GUILLEMOT # ......
GUYANOR ACTI ...
GENESYS BS00 .....
NOUVEAU
MARCHE´
LUNDI 7 JANVIER
Une se´lection. Cours releve´s a` 18 h 16
Valeurs
Cours
en euros
f
A NOVO # ..............
AB SOFT ................
ABEL GUILLEM .....
ACCESS COMME ..
ACTEOS .................
ADL PARTNER ......
ALDETA .................
ALGORIEL #...........
ALPHA MOS # .......
ALPHA MOS BO....
ALTAMIR & CI ......
ALTI #.....................
ARTPRICE COM....
ASTRA ....................
AUFEMININ.CO ....
AUTOMA TECH ....
AVENIR TELEC ......
AVENIR TELEC ......
BAC MAJESTIC......
BARBARA BUI .......
BCI NAVIGATI .......
BELVEDERE ...........
BOURSE DIREC ....
BRIME TECHN......
BRIME TECHNO ...
BUSINESS ET ........
BUSINESS INT ......
BVRP ACT.DIV.......
CAC SYSTEMES.....
CALL CENTER .......
CARRERE GROU ...
CAST ......................
CEREP ....................
CHEMUNEX ..........
w
d
d
d
d
w
d
18,15
6
5,26
4,10
2,53
10,33
2,10
5
4
0,21
69,30
10,85
3,94
0,69
1,01
3,15
0,16
1,86
2,51
13,39
4,80
26
2,28
0,35
36,10
9,15
2,02
9,25
3,73
8,20
18,50
3,20
17,52
0,56
Cours
en francs
% Var.
veille
119,06
39,36
34,50
26,89
16,60
67,76
13,78
32,80
26,24
1,38
454,58
71,17
25,84
4,53
6,63
20,66
1,05
12,20
16,46
87,83
31,49
170,55
14,96
2,30
236,80
60,02
13,25
60,68
24,47
53,79
121,35
20,99
114,92
3,67
+ 0,50
...
– 0,75
+ 2,50
–8
+ 0,29
...
...
...
...
+ 8,28
+ 3,33
– 3,67
+ 4,55
– 0,98
– 1,56
...
– 2,11
+ 5,02
+ 3,80
...
– 0,19
...
...
+ 1,12
– 3,58
– 1,46
...
+ 6,57
...
...
– 5,88
– 2,40
+ 1,82
1,00
1,20
2,00
0,22
SICAV et FCP
Une se´lection.
´ metteurs
E
Cours de cloˆture le 7 janvier
f
AIR LIQUIDE...........
ALCATEL A..............
ALCATEL O .............
ALSTOM .................
ALTRAN TECHN ....
ARBEL.....................
AREVA CIP ..............
ATOS ORIGIN.........
AVENTIS .................
AXA .........................
BACOU DALLOZ ....
BAIL INVESTI..........
BAZAR HOT. V........
BEGHIN SAY ..........
BIC ..........................
BNP PARIBAS.........
BOLLORE................
BOLLORE INV.........
BONGRAIN ............
BOUYGUES ............
BOUYGUES OFF.....
B T P (LA CI.............
BULL# .....................
BURELLE (LY) .........
BUSINESS OBJ .......
CANAL + .................
CAP GEMINI...........
CARBONE-LORR....
CARREFOUR ..........
CASINO GUICH......
CASINO GUICH......
CASTORAMA DU ...
CEGID (LY) .............
CEREOL ..................
CERESTAR ..............
CFF.RECYCLIN .......
CGIP .......................
CHARGEURS ..........
CHRISTIAN DI........
CIC -ACTIONS ........
CIMENTS FRAN .....
CLARINS.................
CLUB MEDITER .....
CNP ASSURANC ....
COFACE ..................
COFLEXIP ...............
COLAS.....................
CONTIN.ENTRE.....
CRED.FON.FRA......
CREDIT LYONN .....
CS COM.ET SY........
CREDIT AGRIC .......
DAMART ................
DANONE ................
DASSAULT-AVI.......
DASSAULT SYS.......
DEV.R.N-P.CA.........
DEVEAUX(LY)# .......
DMC (DOLLFUS.....
DYNACTION ..........
EIFFAGE .................
ELECT.MADAGA ....
ELIOR .....................
ENTENIAL(EX.........
ERAMET .................
ESSILOR INTL ........
ESSO .......................
Valeurs unitaires e
Euros francs ee
Date
cours
d
d
d
d
d
w
w
12,20
19
10,95
13,01
1,91
14,50
19,50
2,60
1,21
4,57
10,55
0,67
15,50
1,95
...
1,12
16
2,19
0,80
19,30
11,50
17,90
0,27
0,12
25
94,10
14,12
16
5
18,44
13,54
2,05
3,41
8,80
0,09
0,79
33,42
18
14
7,97
1,59
43,35
0,75
22,61
7,90
18,85
0,13
0,59
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
155,90
20,33
9,12
13,24
53
3,15
169,10
76
75,50
24,65
...
122,50
...
43,01
38,61
103,10
250
54,10
...
37,75
40,01
...
1,19
49,72
40,40
3,59
83,60
31,75
56,50
60,75
82,30
60,10
79,40
29
31,25
41,47
...
68,30
36,65
120,80
48,10
62,35
46,30
35,29
47,99
163
63,20
...
14,50
37,76
8,55
18,20
80,50
134,50
306,60
55,15
14,40
70,15
8,24
27,40
71,70
24,50
8,10
26,39
34,95
32,55
82,20
80,03
124,63
71,83
85,34
12,53
95,11
127,91
17,05
7,94
29,98
69,20
4,39
101,67
12,79
...
7,35
104,95
14,37
5,25
126,60
75,44
117,42
1,77
0,79
163,99
617,26
92,62
104,95
32,80
120,96
88,82
13,45
22,37
57,72
0,59
5,18
219,22
118,07
91,83
52,28
10,43
284,36
4,92
148,31
51,82
123,65
0,85
3,87
´ CUR. MONE
´ TAIRE C ...........
E
´ CUR. MONE
´ TAIRE D ...........
E
´
ECUR. OBLIG. INTERNAT. D .
´ CUR. TECHNOLOGIES C .....
E
´ CUR. TRIMESTRIEL D .........
E
´ PARCOURT-SICAV D ...........
E
´ OPTIM C ..........................
GE
1022,64
133,36
59,82
86,85
347,66
20,66
1109,22
498,53
495,25
161,69
...
803,55
...
282,13
253,26
676,29
1639,89
354,87
...
247,62
262,45
...
7,81
326,14
265,01
23,55
548,38
208,27
370,62
398,49
539,85
394,23
520,83
190,23
204,99
272,03
...
448,02
240,41
792,40
315,52
408,99
303,71
231,49
314,79
1069,21
414,56
...
95,11
247,69
56,08
119,38
528,05
882,26
2011,16
361,76
94,46
460,15
54,05
179,73
470,32
160,71
53,13
173,11
229,26
213,51
539,20
– 2,01
...
– 5,60
– 0,31
...
– 3,20
...
+ 2,36
...
– 1,08
+ 3,43
...
– 2,82
– 3,94
...
– 5,08
+ 11,89
+ 26,59
– 1,23
– 4,69
+ 0,09
– 0,56
...
...
...
+ 4,85
– 2,22
...
...
+ 1,32
+ 8,32
– 0,49
– 0,29
– 0,56
...
– 1,25
– 0,24
– 2,28
+ 2,79
– 0,50
– 1,24
+ 3,21
...
+ 1,39
+ 12,70
– 2,73
– 13,33
– 3,28
224,76
187,22
175,30
41,01
273,57
28,52
2338,49
+ 0,45
– 2,73
– 3,90
– 0,75
+ 0,19
– 1,56
+ 0,54
+ 0,40
+ 0,13
+ 1,02
...
– 0,65
...
...
– 1,73
+ 1,28
+ 1,21
– 1,01
...
– 0,66
– 2,15
...
– 1,65
+ 0,04
– 0,74
+ 0,28
– 1,18
– 0,75
+ 0,36
– 0,41
– 0,36
+ 0,17
– 0,69
...
– 0,16
– 1,14
...
– 1,01
– 1,61
+ 0,25
+ 0,31
– 0,24
– 1,59
+ 0,09
– 0,02
– 0,06
+ 1,04
...
– 1,02
– 0,21
...
+ 0,11
– 0,49
+ 0,37
– 4,49
– 0,63
– 1,03
– 4,75
+ 0,37
+ 0,92
+ 0,28
...
+ 0,62
– 0,04
+ 0,72
+ 0,12
+ 0,49
3,00
0,48
0,10
0,55
0,14
0,53
22,85
...
0,50
2,20
0,90
7,16
3,00
...
0,29
2,25
4,00
0,20
1,40
0,36
1,10
0,46
...
0,50
...
0,15
1,20
1,06
0,50
1,37
1,33
2,85
2,00
...
...
1,30
1,00
2,13
0,28
2,29
1,40
1,10
1,00
1,08
1,75
...
2,13
2,00
0,58
0,65
...
...
3,80
1,90
6,20
0,31
0,55
4,20
0,61
0,50
0,78
...
0,07
0,40
1,30
3,90
2,75
HF COMPANY .......
HIGH BON DE ......
HIGH CO.#.............
HIGHWAVE OPT ... w
HIMALAYA .............
HI MEDIA ..............
HOLOGRAM IND ..
HUBWOO.COM .....
IB GROUP.COM ....
IDP .........................
IGE + XAO ...............
ILOG # ....................
INFOSOURCES ......
INFOTEL # .............
INFO VISTA ...........
INTEGRA................
INTEGRA ACT. ......
INTERACTIF B....... d
INTERACTIF B....... d
IPSOS # .................. w
IPSOS BS00 ............
IT LINK...................
ITESOFT .................
IXO..........................
IXO DS01 PRE........ d
IMECOM GROUP ..
INTERCALL RE ......
KALISTO ENTE ......
ORCHESTRA KA ....
KEYRUS PROGI .....
LA COMPAGNIE....
TETE DS LES .........
LEXIBOOK # S........
LINEDATA SER......
LYCOS EUROPE.....
LYCOS FRANCE.....
MEDCOST #...........
MEDIDEP #............
MEMSCAP .............
METROLOGIC G ...
MICROPOLE UN ...
MILLIMAGES .........
MONDIAL PECH ... d
NATUREX...............
NET2S # .................
NETGEM ................
NETVALUE #..........
NEURONES # ........
1474,33
1228,08
1149,89
269,01
1794,50
187,08
15339,49
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
248,48
227,62
271,30
07/01
07/01
07/01
Fonds communs de placements
´ CUREUIL E
´ QUILIBRE C .......
E
´ CUREUIL PRUDENCE C ......
E
´ CUREUIL VITALITE
´ C ..........
E
37,88
34,70
41,36
AGIPI
AGIPI AMBITION (AXA) ........
AGIPI ACTIONS (AXA) ...........
25,67
26,86
168,38
176,19
07/01
07/01
3615 BNP
08 36 68 17 17 (2,21 F/mn)
ANTIN OBLI. MT C ...............
ANTIN OBLI. MT D...............
ANTIN OBLI. SPREADS C......
´ COURT TERME..
BNP MONE
´ PLACEMENT C ..
BNP MONE
´ PLACEMENT D ..
BNP MONE
´ TRE
´ SORERIE .....
BNP MONE
BNP OBLI. CT .......................
BNP OBLI. LT .......................
KLEBER EURO SOUVERAIN C
154,56
141,68
187,59
2510,14
13759,52
12013,38
78458,93
166,71
34,40
1974,55
1013,85
929,36
1230,51
16465,44
90256,53
78802,61
514656,84
1093,55
225,65
12952,20
06/01
06/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
12059,84
07/01
Fonds communs de placements
´ ASSOCIATIONS..
BNP MONE
1838,51
BANQUE POPULAIRE ASSET MANAGEMENT
www.bpam.fr
01 58 19 40 00
BP OBLI HAUT REND. ..........
110,28
723,39 06/01
´ E DE
´ V. .....
BP MEDITERRANE
55,18
361,96 06/01
´ CONOMIE ...
BP NOUVELLE E
98,84
648,35 06/01
BP OBLIG. EUROPE ..............
52,28
342,93 07/01
´ CURITE
´ ........................ 103742,73
BP SE
680507,70 07/01
CYCLEO EUROPE CYCLIQUE.
110,63
725,69 04/01
CYCLEO EUROPE CROISSAN
122,42
803,02 04/01
´
CYCLEO EUROPE DEFENSIV .
99,82
654,78 04/01
EUROACTION MIDCAP.........
131,44
862,19 07/01
FRUCTI EURO 50 ..................
99,87
655,10 07/01
FRUCTIFRANCE C ................
84,18
552,18 07/01
FRUCTIFONDS FRANCE NM
194,44
1275,44 07/01
www.cdcixis-am.fr
MULTI-PROMOTEURS
LIVRET BOURSE INVEST. ......
´ VELOP. C .......
NORD SUD DE
´ VELOP. D ......
NORD SUD DE
188,19
514,76
397,26
1234,45
3376,60
2605,85
06/01
06/01
06/01
Sicav en ligne :
08 92 68 09 00 (2,21 F/mn)
´ CUR.
E
´ CUR.
E
´ CUR.
E
´ CUR.
E
´ CUR.
E
´ CUR.
E
´ CUR.
E
´ CUR.
E
´ CUR.
E
1,2,3... FUTUR D.........
ACTIONS EUROP. C ...
ACTIONS FUTUR D....
CAPITALISATION C ....
DYNAMIQUE+ D PEA .
´ NERGIE D PEA .........
E
EXPANSION C ............
EXPANSIONPLUS C....
INVESTISSEMENTS D
52,19
17,94
66,05
44,20
43,90
44,88
14848,25
42,45
53,97
342,34
117,68
433,26
289,93
287,97
294,39
97398,14
278,45
354,02
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
06/01
07/01
08 36 68 56 55
(2,21 F/mn)
ATOUT CROISSANCE D.........
ATOUT EUROPE C ................
ATOUT FRANCE C.................
ATOUT FRANCE D ................
ATOUT FRANCE ASIE D ........
ATOUT FRANCE EUROPE D ..
ATOUT FRANCE MONDE D ..
ATOUT MONDE C.................
´ LECTION D ...........
ATOUT SE
CAPITOP EUROBLIG C ..........
CAPITOP EUROBLIG D..........
CAPITOP MONDOBLIG C......
CAPITOP REVENUS D ...........
` ZE C ................................
DIE
INDICIA EUROLAND D .........
INDICIA FRANCE D ..............
´ RIQUE C .......
INDOCAM AME
INDOCAM ASIE C .................
INDOCAM FRANCE C ...........
INDOCAM FRANCE D ...........
INDOCAM MULTI OBLIG. C ..
348,69
520,26
200,93
178,68
78,76
180,69
45,58
53,67
106,83
101,49
83,73
45,09
173,43
443,33
114,19
377,19
41,23
18,30
344,06
282,81
188,34
2287,26
3412,68
1318,01
1172,06
516,63
1185,25
298,99
352,05
700,76
665,73
549,23
295,77
1137,63
2908,05
749,04
2474,20
270,45
120,04
2256,89
1855,11
1235,43
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
04/01
04/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
521,88
1265,73
1199,94
619,22
1796,14
275,70
94
203,02
83,24
123,32
115,58
124,17
113,02
99,51
97,08
118,07
103,71
504,89
537,75
04/01
09/01
09/01
07/01
04/01
03/01
03/01
03/01
03/01
04/01
04/01
04/01
04/01
04/01
04/01
04/01
04/01
28/12
28/12
Fonds communs de placements
ATOUT VALEUR D.................
´ TAIRE C .......
CAPITOP MONE
´ TAIRE D.......
CAPITOP MONE
INDOCAM FONCIER .............
INDOCAM VAL. RESTR. C .....
MASTER ACTIONS C .............
MASTER DUO C ....................
MASTER OBLIGATIONS C .....
MASTER PEA D .....................
OPTALIS DYNAMIQ. C ..........
OPTALIS DYNAMIQ. D ..........
´ QUILIB. C .............
OPTALIS E
´ QUILIB. D .............
OPTALIS E
OPTALIS EXPANSION C ........
OPTALIS EXPANSION D ........
´ RE
´ NITE
´ C ...........
OPTALIS SE
´ RE
´ NITE
´ D ...........
OPTALIS SE
PACTE SOL. LOGEM..............
PACTE SOL.TIERS MONDE....
79,56
192,96
182,93
94,40
273,82
42,03
14,33
30,95
12,69
18,80
17,62
18,93
17,23
15,17
14,80
18
15,81
76,97
81,98
www.cic-am.com
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CAPIRENTE MT C...........
CAPIRENTE MT D ..........
´ RIQUE LATINE ........
AME
CONVERTIBLES ..............
COURT TERME C ...........
COURT TERME D ...........
DOLLAR CASH................
35,88
26,64
116,65
5,50
34,32
27,14
1426,01
EULER ....................
EURAZEO...............
EURO DISNEY .......
EUROTUNNEL ......
FAURECIA ..............
F.F.P. (NY)..............
FIMALAC................
FINAXA ..................
FONC.LYON.#........
FRANCE TELEC .....
FROMAGERIES......
GALERIES LAF .......
GAUMONT # .........
GECINA..................
GENERALE DE.......
GEOPHYSIQUE......
GFI INFORMAT .....
GRANDVISION ......
GROUPE GASCO ...
GROUPE PARTO....
GR.ZANNIER ( .......
GUYENNE GASC ...
HAVAS ADVERT .....
IMERYS ..................
IMMEUBLES DE ....
IMMOBANQUE .....
IM.MARSEILLA ......
INFOGRAMES E ....
INGENICO .............
ISIS .........................
JC DECAUX ............
KAUFMAN ET B.....
KLEPIERRE ............
L’OREAL .................
LAFARGE ...............
LAGARDERE ..........
LAPEYRE ................
LEBON (CIE) ..........
LEGRAND ORD. ....
LEGRAND ADP......
LEGRIS INDUS ......
LIBERTY SURF .......
LOCINDUS.............
LOUVRE #...............
LUCIA.....................
LVMH MOET HE....
MARINE WENDE...
MARIONNAUD P ..
MATUSSIERE F ......
MAUREL ET PR......
METALEUROP .......
MICHELIN .............
MONTUPET SA......
NATEXIS BQ P .......
NEOPOST ..............
NEXANS .................
NORBERT DENT ...
NORD-EST.............
NRJ GROUP ...........
OBERTHUR CAR....
OLIPAR...................
ORANGE ................
OXYG.EXT-ORI.......
PECHINEY ACT......
PECHINEY B P .......
PENAUILLE PO ......
PERNOD-RICAR ....
235,36
174,75
765,17
36,08
225,12
178,03
....
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
35,90
4,05
112,50
3,38
1,78
0,79
4,89
1,95
2,27
0,85
9,84
13,70
0,74
29
4,26
1,28
...
0,15
0,30
66,10
1,13
6,25
1,43
0,46
0,01
1,50
14,15
1,36
0,83
1,05
6,90
1,15
17,40
20,90
0,82
1,70
1,23
20,93
3,05
62,50
4,36
7,51
5,61
14,99
5,40
2,36
1,34
3,79
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
235,49
26,57
737,95
22,17
11,68
5,18
32,08
12,79
14,89
5,58
64,55
89,87
4,85
190,23
27,94
8,40
...
0,98
1,97
433,59
7,41
41
9,38
3,02
0,07
9,84
92,82
8,92
5,44
6,89
45,26
7,54
114,14
137,10
5,38
11,15
8,07
137,29
20,01
409,97
28,60
49,26
36,80
98,33
35,42
15,48
8,79
24,86
43,30
62,90
1,04
1,11
59,95
101,60
41,51
...
26,50
46,08
...
164,70
45
92,60
14,51
34,10
12,70
16,18
78,50
72,50
82
86,45
9,08
110
...
...
...
15,60
24,65
150
12,70
16,76
109,40
79,30
105,80
48,55
46,92
...
160
...
24,65
3,77
128,20
62,55
11,10
47,89
...
55,90
9,39
17,95
3,70
37,86
10,98
95,40
33,98
17,09
23,20
26,80
22
8,80
...
10,40
354
60,50
55,30
39,10
84,50
...
– 7,95
– 2,93
– 2,59
– 3,78
+ 3,95
+ 0,82
– 4,88
+ 5,09
+ 2,41
– 0,40
+ 1,48
...
– 1,36
+ 0,24
– 1,54
...
...
...
+ 0,08
– 7,38
+ 11,61
– 15,88
...
...
– 5,06
+ 1,07
– 2,16
+ 5,06
– 1,87
– 1,43
+ 3,60
– 2,03
+ 5,29
...
– 1,16
+ 2,50
+ 1,11
– 0,97
+ 3,22
– 0,68
+ 0,27
...
– 0,99
– 2,53
– 0,42
– 2,19
+ 1,88
ECOCIC .........................
ELITE EUROPE...............
´ PARGNE DYNAM. C.....
E
´ PARGNE DYNAM. D ....
E
EUROLEADERS ..............
FRANCE C .....................
FRANCE D .....................
HORIZON C...................
HORIZON D ..................
MENSUEL ......................
MONDE PEA..................
OBLI COURT TERME C ..
OBLI COURT TEME D ....
OBLI LONG TERME C ....
OBLI LONG TERME D....
OBLI MONDE ................
OR ET MAT....................
ORIENT .........................
PIERRE ..........................
284,03
412,60
6,82
7,28
393,25
666,45
272,29
...
173,83
302,26
...
1080,36
295,18
607,42
95,18
223,68
83,31
106,13
514,93
475,57
537,88
567,07
59,56
721,55
...
...
...
102,33
161,69
983,94
83,31
109,94
717,62
520,17
694
318,47
307,78
...
1049,53
...
161,69
24,73
840,94
410,30
72,81
314,14
...
366,68
61,59
117,74
24,27
248,35
72,02
625,78
222,89
112,10
152,18
175,80
144,31
57,72
...
68,22
2322,09
396,85
362,74
256,48
554,28
– 1,57
– 0,16
+ 0,97
– 0,89
– 0,42
– 0,49
+ 0,27
...
...
+ 1,05
...
+ 1,04
+ 0,22
+ 0,11
– 0,62
– 0,55
+ 1,44
+ 1,76
...
– 0,14
...
– 0,06
+ 0,22
– 0,81
...
...
...
+ 2,09
+ 0,20
– 3,23
+ 1,52
– 0,77
...
– 0,50
...
– 0,51
+ 1,56
...
...
...
– 2,76
+ 1,89
– 0,62
– 0,71
+ 0,91
– 1,56
...
+ 0,72
+ 3,19
...
– 0,80
– 0,89
– 0,18
– 0,10
+ 0,53
– 0,23
+ 1,75
+ 0,04
– 1,96
– 1,12
...
– 0,10
+ 0,23
– 1,22
– 5,47
+ 0,77
– 0,82
NICOX #.................
OLITEC...................
OPTIMS # ..............
OXIS INTL RG .......
PERF.TECHNO......
PERFECT TECH ....
PHARMAGEST I ....
PHONE SYS.NE.....
PICOGIGA..............
PROLOGUE SOF ...
PROSODIE #..........
PROSODIE BS .......
JEAN CLAUDE .......
QUALIFLOW ..........
QUANTEL ..............
R2I SANTE .............
R2I SANTE BO ......
RECIF # ..................
REGINA RUBEN ...
REPONSE # ...........
RIBER #..................
RIGIFLEX INT........
RISC TECHNOL ....
SAVEURS DE F ......
SELF TRADE..........
SITICOM GROU ....
SODITECH ING ....
SOFT COMPUTI....
SOI TEC SILI..........
SOLUCOM .............
SQLI .......................
STACI # ..................
STELAX...................
SYNELEC # ............
SYSTAR # ...............
SYSTRAN ...............
SOI TEC BS 0.........
TELECOM CITY.....
TEL.RES.SERV........
THERMATECH I....
TISCALI SPA ..........
TITUS INTERA ......
TITUS INTER.........
TRACING SERV .....
TRANSGENE # ......
UBIQUS .................
UMANIS #..............
UNION TECHNO ..
363,14
132,78
2074,13
1635,97
399,29
36,14
36,14
68,26
65,84
1428,10
28,89
24,68
19,58
15,48
15,29
407,26
105,75
166,75
34,62
1,40
0,48
...
...
0,91
1,80
0,90
2,20
0,85
1,00
2,22
0,60
0,57
3,34
...
1,22
0,15
0,25
3,00
1,68
0,73
1,50
0,17
3,60
0,30
10,67
22,26
...
0,10
...
...
0,82
2,75
0,44
2,20
0,78
1,08
2,30
...
...
1,20
...
10,18
1,24
1,83
0,22
2,20
...
0,10
0,91
0,61
0,80
0,17
2,50
...
...
0,40
0,94
0,15
...
...
...
14,68
1,00
3,31
0,28
0,80
d
d
d
w
d
52,90
10,95
1,55
0,22
0,01
7,19
16,70
2,65
5,38
5,10
33,60
1,80
1,40
7
4,25
4,35
0,02
16,45
0,42
11
5,14
31
7,97
11,95
2,35
5,50
3,71
3,70
25,49
24
1,37
1,50
0,68
12,10
3,88
2,09
14,20
2,87
1,80
14,70
10,45
3,72
1,13
18
7,75
2,87
3,24
0,04
2382,04
870,98
13605,40
10731,26
2619,17
237,06
237,06
447,76
431,88
9367,72
189,51
161,89
128,44
101,54
100,30
2671,45
693,67
1093,81
227,09
04/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
04/01
04/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
04/01
07/01
07/01
07/01
1116,96
70,58
68,81
209,58
1634,97
1634,97
674,06
52,41
718,27
38,11
154,61
123,58
890,92
1295,25
560,32
122,20
1950,95
04/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
10/07
07/01
04/01
07/01
04/01
04/01
04/01
04/01
07/01
07/01
07/01
Fonds communs de placements
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
CIC
´ RE
´ NITE
´ ...............
PEA SE
EUROPEA C ...................
EUROPEA D ...................
´ ....
EURO OPPORTUNITE
GLOBAL C......................
GLOBAL D .....................
HIGH YIELD ..................
JAPON ...........................
´S E
´ MERGENTS
MARCHE
´ ......
NOUVEAU MARCHE
PROFIL DYNAMIQUE.....
´
PROFIL EQUILIBRE........
´ RE
´ ..........
PROFIL TEMPE
TAUX VARIABLES ...........
TECHNO. COM ..............
USA ...............................
VAL. NOUVELLES ...........
170,28
10,76
10,49
31,95
249,25
249,25
102,76
7,99
109,50
5,81
23,57
18,84
135,82
197,46
85,42
18,63
297,42
LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002 / 21
PEUGEOT...............
PINAULT-PRIN ......
PLASTIC OMN........
PROVIMI ................
PSB INDUSTRI.......
PUBLICIS GR..........
REMY COINTRE.....
RENAULT ...............
REXEL .....................
RHODIA .................
ROCHETTE (LA ......
ROUGIER #.............
ROYAL CANIN........
RUE IMPERIAL .......
SADE (NY) ..............
SAGEM ADP...........
SAGEM S.A. ............
SAINT-GOBAIN......
SALVEPAR (NY .......
SANOFI SYNTH......
SCHNEIDER EL......
SCOR SVN ..............
S.E.B........................
SEITA ......................
SELECTIBAIL(.........
SIDEL......................
SILIC .......................
SIMCO ....................
SKIS ROSSIGN .......
SOCIETE GENE ......
SODEXHO ALLI ......
SOGEPARC (FI .......
SOPHIA ..................
SOPRA GROUP ......
SPIR COMMUNI ....
SR TELEPERFO ......
STERIA GROUP ......
SUCR.PITHIVI ........
SUEZ.......................
TAITTINGER ..........
TECHNIP-COFL .....
TF1..........................
THALES ..................
THOMSON MULT .
TOTAL FINA E ........
TRANSICIEL # ........
UBI SOFT ENT .......
UNIBAIL (POR........
UNILOG .................
USINOR..................
VALEO ....................
VALLOUREC ...........
VICAT......................
VINCI ......................
VIVARTE .................
VIVENDI ENVI ........
VIVENDI UNIV .......
WANADOO.............
WORMS (EX.SO ......
ZODIAC ..................
................................
................................
................................
................................
................................
................................
................................
347
71,83
10,17
1,44
0,07
47,16
109,54
17,38
35,29
33,45
220,40
11,81
9,18
45,92
27,88
28,53
0,13
107,90
2,76
72,16
33,72
203,35
52,28
78,39
15,41
36,08
24,34
24,27
167,20
157,43
8,99
9,84
4,46
79,37
25,45
13,71
93,15
18,83
11,81
96,43
68,55
24,40
7,41
118,07
50,84
18,83
21,25
0,26
CM
CM
CM
CM
CM
CM
CM
CM
CM
+ 2,52
+ 0,37
+ 5,44
...
...
+ 3,16
– 0,60
– 1,85
– 4,10
– 1,92
– 1,18
...
+ 10,24
+ 2,94
+ 0,47
– 8,23
...
+ 8,22
– 6,67
+ 4,76
– 1,34
– 1,59
– 0,13
– 0,42
...
– 0,18
...
– 2,63
+ 0,35
– 1,64
– 1,44
...
...
– 6,92
+ 3,47
– 2,34
...
+ 2,50
+ 1,12
+ 2,80
– 3,24
– 1,85
+ 2,73
– 1,10
+ 1,97
+ 12,11
...
...
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
w
46,70
149,50
62,20
22,45
89,25
31,31
25,80
42,46
65,55
9,87
...
57,20
139,10
...
46
52,90
69,75
172,40
52
80,05
56
40,70
67,10
48,50
15,92
50
161,40
78,70
14,50
65
47,66
...
30,92
42
75,80
24,57
32,05
...
32,38
...
151,80
30,35
38,65
35,94
158,80
38,25
37,58
58
74,65
14,55
45,47
56,60
58,65
65,75
132
36,14
58,65
5,97
19,10
211,80
...
...
...
...
...
...
...
225,60
493,02
415,20
162,86
281,41
39,64
156,07
742,48
1479,84
3234
2723,53
1068,29
1845,93
260,02
1023,75
4870,35
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
04/01
Fonds communs de placements
ACTILION DYNAMIQUE C ....
ACTILION DYNAMIQUE D....
ACTILION PEA DYNAMIQUE
´ QUILIBRE C .......
ACTILION E
´ QUILIBRE D.......
ACTILION E
´ QUILIBRE ...
ACTILION PEA E
ACTILION PRUDENCE C ......
ACTILION PRUDENCE D ......
INTERLION ..........................
LION ACTION EURO ............
LION PEA EURO ...................
184,46
173,75
68,51
177,17
165,65
169,72
173,37
161,56
235,01
91,91
93,02
1209,98
1139,73
449,40
1162,16
1086,59
1113,29
1137,23
1059,76
1541,56
602,89
610,17
07/01
07/01
07/01
04/01
04/01
07/01
07/01
07/01
02/01
07/01
07/01
CM EURO PEA......................
CM EUROPE TECHNOL ........
22,08
4,60
144,84
30,17
07/01
07/01
– 0,21
– 0,86
+ 0,40
...
– 0,11
+ 0,03
+ 0,12
+ 0,19
– 2,02
– 0,10
...
...
+ 0,07
...
– 2,13
– 0,66
+ 0,65
– 1,49
+ 2,06
+ 0,31
+ 1,63
+ 0,25
– 1,32
+ 2,93
– 1,12
...
...
+ 0,51
– 2,36
+ 1,17
+ 0,13
...
– 0,74
+ 0,60
– 0,52
+ 0,08
+ 2,07
...
+ 1,09
...
...
+ 1,20
+ 0,39
+ 1,53
+ 0,70
– 0,78
– 0,45
+ 1,13
– 0,27
– 1,95
– 0,50
+ 0,53
– 0,42
+ 0,08
+ 0,76
+ 0,56
– 0,93
– 1,16
– 2,05
+ 0,86
...
...
...
...
...
...
...
5,00
2,18
2,00
...
3,50
0,20
0,90
0,91
1,61
0,40
0,18
3,05
1,10
21,19
2,15
0,70
0,60
4,30
3,05
0,44
1,60
1,70
1,90
1,40
1,56
...
6,68
2,60
0,28
2,10
2,24
0,50
1,52
0,62
3,00
0,15
0,48
12,00
3,30
11,62
3,30
0,65
0,62
...
3,30
0,50
...
5,00
0,39
0,56
1,35
1,30
0,95
1,65
1,98
0,55
1,00
...
0,50
5,20
...
...
...
...
...
...
...
International
ADECCO .................
AMERICAN EXP......
AMVESCAP EXP ......
ANGLOGOLD LT ....
A.T.T. # ....................
BARRICK GOLD......
COLGATE PAL. .......
DIAGO PLC.............
DOW CHEMICAL....
DU PONT NEMO ...
ECHO BAY MIN ......
ELECTROLUX .........
ELF GABON ............
ERICSSON #............
FORD MOTOR # .....
GENERAL ELEC ......
GENERAL MOTO....
GOLD FIELDS.........
HARMONY GOLD ..
HITACHI # ..............
HSBC HOLDING ....
I.B.M. ......................
I.C.I..........................
ITO YOKADO # .......
I.T.T. INDUS ...........
MATSUSHITA .........
MC DONALD’S.......
MERK AND CO.......
MITSUBISHI C........
NESTLE SA # ...........
NORSK HYDRO......
PFIZER INC.............
PHILIP MORRI .......
PROCTER GAMB ....
RIO TINTO PL.........
SCHLUMBERGER...
SEGA ENTERPR......
SHELL TRANSP ......
SONY CORP. # ........
T.D.K. # ...................
TOSHIBA #..............
UNITED TECHO.....
ZAMBIA COPPE......
................................
................................
................................
AB GROUPE ..........
ACTIELEC TEC ......
ALGECO #..............
ALTEDIA ................
ALTEN (SVN) ........
APRIL S.A.#( ..........
ARKOPHARMA # ..
ASSYSTEM # .........
AUBAY ...................
BENETEAU #.........
BOIRON (LY)#.......
BONDUELLE .........
BQUE TARNEAU...
BRICORAMA # ......
BRIOCHE PASQ ....
BUFFALO GRIL .....
C.A. OISE CC .........
C.A. PARIS I...........
C.A.PAS CAL..........
CDA-CIE DES ........
CEGEDIM #...........
CIE FIN.ST-H ........
CNIM #..................
COFITEM-COFI.....
DANE-ELEC ME....
ETAM DEVELOP ...
EUROPEENNE C...
EXPAND S.A..........
FINATIS(EX.L ........
FININFO................
FLEURY MICHO ...
FOCAL GROUPE ...
GECI INTL.............
GENERALE LOC....
FRANCE ACTIONS..........
MID. ACT. FRANCE ........
MONDE ACTIONS ..........
OBLIG. LONG TERME ....
OPTION DYNAM. ...........
´ QUIL...............
OPTION E
OBLIG. COURT TERME ..
OBLIG. MOYEN TERME..
OBLIG. QUATRE .............
27,04
6,05
93,30
28,80
w
16,10
18,77
49,70
28,85
4,08
88,60
73,45
47,12
d
82,50
57
68
8,80
d
95,35
70,20
136,60
55,05
51,40
d
141,50
53
d
60
4,15
9,90
55,25
d
48,90
d
124,90
33,20
24
55
7,88
15,80
35,22
31,32
320,59
104,03
31,44
54,16
165,46
341,66
164,09
´ RATION .
CM OPTION MODE
19,43
+ 0,15
+ 0,83
– 0,21
– 0,69
– 2,13
+ 1,96
– 0,20
+ 0,17
– 0,97
– 0,45
+ 1,59
+ 0,26
...
+ 0,35
+ 0,07
– 1,12
...
+ 0,14
+ 0,44
– 1,70
...
...
+ 0,86
...
– 3,04
– 4,35
– 0,72
...
...
+ 0,15
...
...
– 0,13
– 1,25
127,45
07/01
ASSET MANAGEMENT
´ RIQUE 2000 ...................
AME
ASIE 2000..............................
NOUVELLE EUROPE .............
´ CAPITAL C .
SAINT-HONORE
´ CAPITAL D .
SAINT-HONORE
´
ST-HONORE CONVERTIBLES
´ FRANCE ...........
ST-HONORE
´ PACIFIQUE.......
ST-HONORE
´ TECH. MEDIA ..
ST-HONORE
´ VIE SANTE
´ .......
ST-HONORE
´ WORLD LEAD. .
ST-HONORE
WEB INTERNATIONAL .........
127,73
82,29
222,67
3633,81
3292,68
341,28
58,16
80,63
117,67
374,51
96,32
27,22
837,85
539,79
1460,62
23836,23
21598,56
2238,65
381,50
528,90
771,86
2456,62
631,82
178,55
04/01
04/01
04/01
04/01
04/01
04/01
04/01
04/01
04/01
04/01
04/01
04/01
w
w
w
GEODIS .................. d
28,99
190,16 ...
GFI INDUSTRI.......
23,55
154,48 – 0,08
GRAND MARNIE .. d 7500
49196,78 ...
GROUPE BOURB... d
57,50
377,18 ...
GROUPE CRIT .......
22,45
147,26 + 1,13
GROUPE J.C.D ....... d
154
1010,17 ...
HERMES INTL....... w 176,10 1155,14 – 0,45
HYPARLO #(LY ......
32,28
211,74 – 0,37
IMS(INT.META ......
7,79
51,10 – 0,13
INTER PARFUM ....
55,90
366,68 – 0,18
JET MULTIMED ....
13,13
86,13 + 0,61
LAURENT-PERR ....
24,10
158,09 ...
LDC ........................
112,10
735,33 – 0,36
LECTRA (B) # .........
5,39
35,36 + 1,70
LOUIS DREYFU .....
14,19
93,08 ...
LVL MEDICAL........
23,50
154,15 + 0,04
M6-METR.TV A...... w
32,21
211,28 – 0,59
MANITOU #...........
66,90
438,84 + 1,36
MANUTAN INTE...
37,48
245,85 + 4,11
PARC DES EXP ...... d
103,70
680,23 ...
PCAS #....................
23,20
152,18 + 0,83
PETIT FOREST.......
45
295,18 – 0,66
PIERRE VACAN......
72,90
478,19 + 0,41
PINGUELY HAU .... w
11,68
76,62 – 0,09
POCHET ................. d
100
655,96 ...
RADIALL # .............
75,80
497,22 ...
RALLYE (LY)........... w
50,20
329,29 + 0,40
RODRIGUEZ GR ... w
63
413,25 ...
SABATE-DIOSO .....
15,23
99,90 ...
SECHE ENVIRO ..... d
77,75
510,01 ...
SINOP.ASSET......... d
27,50
180,39 ...
SIPAREX CROI .......
24,50
160,71 ...
SOLERI ................... d
164
1075,77 ...
SOLVING #.............
49,75
326,34 – 0,48
STEF-TFE # ............
58
380,46 ...
SYLEA ..................... d
40
262,38 ...
SYLIS # ...................
20
131,19 ...
SYNERGIE (EX .......
32
209,91 + 0,31
TEAM PARTNER ...
4,10
26,89 – 1,20
TRIGANO ............... w
35,25
231,22 + 5,22
UNION FIN.FR ......
35,75
234,50 + 2,44
VILMOR.CLAUS .....
70
459,17 ...
VIRBAC...................
92
603,48 + 2,22
................................
...
...
...
................................
...
...
...
................................
...
...
...
................................
...
...
...
................................
...
...
...
OBLITYS C ............................
OBLITYS D............................
´ NITUDE D PEA ...............
PLE
POSTE GESTION C................
POSTE GESTION D ...............
` RE .................
POSTE PREMIE
` RE 1 AN ........
POSTE PREMIE
` RE 2-3 ...........
POSTE PREMIE
PRIMIEL EURO C ..................
REVENUS TRIMESTRIELS .....
SOLSTICE D ..........................
´ SORA C ..........................
THE
´ SORA D ..........................
THE
´ SORYS C .........................
TRE
204,75
6031,62
9529,24
1343,07
04/01
39564,83
62507,72
04/01
04/01
www.lapostefinance.fr
Sicav Info Poste :
08 92 68 50 10 (2,21 F/mn)
ADDILYS D ...........................
´ RIQUE C....
AMPLITUDE AME
´ RIQUE D ...
AMPLITUDE AME
AMPLITUDE EUROPE C ........
AMPLITUDE EUROPE D........
AMPLITUDE FRANCE ...........
AMPLITUDE MONDE C ........
AMPLITUDE MONDE D ........
AMPLITUDE PACIFIQUE C....
AMPLITUDE PACIFIQUE D ...
´ LANCIEL EURO D PEA ........
E
´ LANCIEL FRANCE D PEA ....
E
´ MERGENCE E.POST.D PEA .
E
ETHICIEL C ..........................
´ OBILYS C .........................
GE
´ OBILYS D .........................
GE
INTENSYS C .........................
INTENSYS D.........................
KALEIS DYNAMISME C .........
KALEIS DYNAMISME D ........
KALEIS DYN. FRANCE C PEA
´ QUILIBRE C ............
KALEIS E
´ QUILIBRE D............
KALEIS E
´ RE
´ NITE
´ C..............
KALEIS SE
´ RE
´ NITE
´ D .............
KALEIS SE
KALEIS TONUS C PEA...........
´ S ET SOLIDARITE
´ ....
LIBERTE
107,61
106,76
26,24
25,41
33,13
31,74
85,67
231,78
207,90
16,07
15,35
101
41,43
31,44
107,69
121,80
111,05
20,77
17,65
223,47
215,93
81,53
204,89
197,15
193,04
185,37
71,54
102,08
747,46
735,79
284,29
17257,44
15298,43
46874,95
279847,06
60524,10
369,11
5169,60
2378,83
1243,96
1038,45
313108,74
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
´ DIALYS FINANCE .............
DE
´ DIALYS MULTI-SECTEURS
DE
´ DIALYS SANTE
´ .................
DE
´ DIALYS TECHNOLOGIES ..
DE
´
DEDIALYS TELECOM ............
OBLITYS INSTITUTION. C.....
POSTE EUROPE C .................
POSTE EUROPE D.................
` RE 8 ANS C ...
POSTE PREMIE
` RE 8 ANS D ...
POSTE PREMIE
REMUNYS PLUS ...................
84,02
64,53
90,67
37,87
48,98
98,94
92,87
88,57
199,20
179,58
103,50
551,14
423,29
594,76
248,41
321,29
649
609,19
580,98
1306,67
1177,97
678,92
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
SG ASSET MANAGEMENT
Serveur vocal :
08 36 68 36 62 (2,21 F/mn)
Fonds communs de placements
´ GIE CAC ...................
STRATE
´ GIE INDICE USA.......
STRATE
113,95
112,17
43,34
2630,88
2332,23
7146,04
42662,41
9226,84
56,27
788,10
362,65
189,64
158,31
47733,12
Fonds communs de placements
LEGAL & GENERAL BANK
´ GIE IND. EUROPE ....
STRATE
4,21
0,08
0,07
0,92
0,04
0,09
0,17
0,21
0,32
0,33
0,02
...
47,24
0,04
0,14
0,17
0,48
0,05
0,09
0,02
0,21
0,13
0,10
0,12
0,14
0,03
0,22
0,33
0,02
23,42
1,00
0,10
0,55
0,36
0,23
0,21
0,08
0,09
0,13
0,13
0,03
0,21
...
...
...
...
Lundi date´ mardi : % variation 31/12 ; Mardi date´ mercredi :
montant du coupon en euros ; Mercredi date´ jeudi : paiement
dernier coupon ; Jeudi date´ vendredi : compensation ;
´ samedi : nominal.
Vendredi date
177,37
39,69
612,01
188,92
105,61
123,12
326,01
189,24
26,76
581,18
481,80
309,09
541,16
373,90
446,05
57,72
625,45
460,48
896,04
361,10
337,16
928,18
347,66
393,57
27,22
64,94
362,42
320,76
819,29
217,78
157,43
360,78
51,69
103,64
Fonds communs de placements
w
– 0,08
+ 0,24
...
– 2,76
– 0,48
– 1,58
+ 0,48
...
...
– 0,50
+ 1,54
...
+ 0,65
– 0,31
– 2,43
– 2,69
...
– 1,62
– 7,71
– 2,51
– 0,67
– 0,57
...
– 2,96
– 0,27
+ 0,93
...
– 0,76
...
+ 0,13
– 1,20
+ 1,63
+ 0,29
– 1,65
...
...
...
...
– 1,10
– 5,68
– 3,85
+ 0,34
...
...
...
...
DERNIE`RE COLONNE PREMIER MARCHE´ (1) :
% Var.
veille
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
w
421,78
276,16
...
265,99
135,46
122,73
413,25
...
...
327,98
4,33
...
1023,29
41,85
121,35
289,74
372,26
35,82
47,88
53,46
87,24
911,78
...
312,30
368,32
99,31
199,61
426,37
...
1565,11
317,55
295,18
341,43
567,73
...
400,13
...
...
352,25
354,22
26,24
484,10
2,16
...
...
...
Montant
coupon
(1)
1 ou 2 = cate´gories de cotation - sans indication cate´gorie 3 ;
a coupon de´tache´ ; b droit de´tache´ ; # contrat d’animation ;
o = offert ; d = demande´ ; x offre re´duite ; y demande re´duite ;
´ce
´dent ; w V
´ne
´ficier du service
d cours pre
_ aleur pouvant be
`glement diffe
´re
´.
de re
Cours
en francs
231,03
205,45
2102,93
682,39
206,23
355,27
1085,35
2241,14
1076,36
w
w
% Var.
veille
SYMBOLES
Une se´lection. Cours releve´s a` 9 h 57
Cours
en euros
w
64,30
42,10
...
40,55
20,65
18,71
63
...
...
50
0,66
...
156
6,38
18,50
44,17
56,75
5,46
7,30
8,15
13,30
139
...
47,61
56,15
15,14
30,43
65
...
238,60
48,41
45
52,05
86,55
...
61
...
...
53,70
54
4
73,80
0,33
...
...
...
Cours
en francs
B = Bordeaux ; Li = Lille ; Ly = Lyon ; M = Marseille ; Ny = Nancy ; Ns = Nantes.
MARDI 8 JANVIER
f
w
Cours
en euros
´ VIATIONS
ABRE
SECOND
MARCHE´
Valeurs
f
Une se´lection
___________________
www.clamdirect.com ADDILYS C ...........................
´ .............
EURCO SOLIDARITE
LION 20000 C/3 11/06/99 .......
LION 20000 D/3 11/06/99 .......
SICAV 5000 ...........................
SLIVAFRANCE ......................
SLIVARENTE.........................
SLIVINTER ...........................
TRILION...............................
306,33
980,66
408,01
147,26
585,44
205,38
169,24
278,52
429,98
64,74
...
375,21
912,44
...
301,74
347
457,53
1130,87
341,10
525,09
367,34
266,97
440,15
318,14
104,43
327,98
1058,71
516,24
95,11
426,37
312,63
...
202,82
275,50
497,22
161,17
210,23
...
212,40
...
995,74
199,08
253,53
235,75
1041,66
250,90
246,51
380,46
489,67
95,44
298,26
371,27
384,72
431,29
865,86
237,06
384,72
39,16
125,29
1389,32
...
...
...
...
...
...
...
705,88
700,30
172,12
166,68
217,32
208,20
561,96
1520,38
1363,73
105,41
100,69
662,52
271,76
206,23
706,40
798,96
728,44
136,24
115,78
1465,87
1416,41
534,80
1343,99
1293,22
1266,26
1215,95
469,27
669,60
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
CADENCE 1 D.......................
CADENCE 2 D.......................
CADENCE 3 D.......................
CONVERTIS C .......................
INTEROBLIG C .....................
´ LECTION FR. D .......
INTERSE
´ LECT DE
´ FENSIF C.............
SE
´
SELECT DYNAMIQUE C ........
´ LECT E
´ QUILIBRE 2 ............
SE
´ LECT PEA DYNAMIQUE ....
SE
´ LECT PEA 1 .......................
SE
SG FRANCE OPPORT. C ........
SG FRANCE OPPORT. D........
SOGENFRANCE C .................
SOGENFRANCE D.................
SOGEOBLIG C.......................
´ PARGNE D ...................
SOGE
SOGEPEA EUROPE ................
SOGINTER C.........................
156,70
154,55
152,88
229,77
59,14
76,58
193,13
243,10
170,03
146,72
210,47
435,51
407,78
479,66
432,25
113,44
44,42
229,26
53,70
1027,88
1013,78
1002,83
1507,19
387,93
502,33
1266,85
1594,63
1115,32
962,42
1380,59
2856,76
2674,86
3146,36
2835,37
744,12
291,38
1503,85
352,25
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
07/01
103,71
355,66
230,57
341,49
109,28
108,95
162,74
397,64
2091,72
318,80
3494,55
....
04/01
04/01
07/01
04/01
04/01
04/01
04/01
04/01
07/01
04/01
04/01
....
Fonds communs de placements
´ CLIC ACTIONS EURO .......
DE
´ CLIC ACTIONS FRANC .....
DE
´ CLIC ACTIONS INTER.......
DE
´ CLIC BOURSE PEA............
DE
´ CLIC BOURSE E
´ QUILIBRE
DE
´ CLIC OBLIG. EUROPE .......
DE
´
DECLIC PEA EUROPE............
´ CLIC SOGENFR. TEMPO...
DE
FAVOR ..................................
SOGESTION C.......................
SOGINDEX FRANCE C ..........
.............................................
´ GENDE :
LE
15,81
54,22
35,15
52,06
16,66
16,61
24,81
60,62
318,88
48,60
532,74
....
e Hors frais. ee A titre indicatif.
22.
AUJOURD’HUI
LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002
STYLES
A la veille du quarantième anniversaire de sa maison de
haute couture, le créateur Yves Saint
Laurent, soixante-cinq ans, a annoncé, lundi 7 janvier, qu’il quittait la scè-
ne et qu’il fermerait prochainement
l’entreprise qu’il a créée et où il a
écrit les grandes pages de la haute
couture. b DANS UN TEXTE émouvant lu en public, Yves Saint Laurent
a rappelé « être passé par bien des
angoisses et des enfers » et avoir toujours œuvré « pour embellir les femmes, leur permettre de s’assumer ».
Il a quitté la salle salué par une ova-
tion debout de l’assistance. b PIERRE
BERGÉ, son ami depuis 1958 et cofondateur de la maison, a démenti pour
sa part tout conflit avec le financier
François Pinault, qui a racheté en
1999 l’entreprise, qui connaissait
d’importantes pertes. Le dernier défilé du créateur aura lieu le 22 janvier
et mêlera modèles anciens et nouveaux (lire notre éditorial page 14).
Yves Saint Laurent quitte la scène de la mode dans l’émotion
A soixante-cinq ans, le créateur a annoncé, au cours d’une poignante conférence de presse, sa décision de mettre un terme à sa carrière et de fermer
la maison qu’il a créée il y a quarante ans. Son dernier défilé, le 22 janvier, marquera la fin d’une des plus brillantes périodes de la haute couture française
que le départ d’Yves Saint Laurent
marque le décalage entre un
monde et un autre, celui des artistes et des financiers, celui d’un
temps infini et celui des instants
comptables. Le combat entre la
souffrance ingérable et le monde
lisse des hommes en noir. La force
d’Yves Saint Laurent est d’avoir su
anticiper un impossible futur.
« CONSERVER SA LIBERTÉ »
LING FEI
LES ATELIERS bourdonnent,
mais le silence a envahi les salons
vert et or du 5, avenue Marceau,
où, à midi pile, le lundi 7 janvier,
Yves Saint Laurent est entré pour
s’adresser à la presse. Cette pièce
gardera jusqu’à la fin le souvenir
de ce regard démonté par la stupeur. Costume noir, cravate noire,
il y a lu, d’une voix déclamatoire et
gorgée d’émotion, un texte en
forme de long faire-part.
En parlant du « grand mouvement de libération que connut le
siècle dernier », Yves Saint Laurent, l’apprenti sorcier de tous les
scandales, se vieillit. Ce faisant, il
s’offre son costume de mythe
vivant. Préférant à l’ordinaire d’un
standard une version sur mesure…
Après Balenciaga, c’est le premier
couturier à partir de son vivant,
sans attendre qu’un financier, ou
la mort, le pousse vers la sortie.
Son contrat avec François Pinault
prévoyait qu’il continue de créer
ses collections jusqu’en 2006. A
l’occasion des quarante ans de sa
maison de couture, l’éternel jeune
homme triste précipite son rendezvous avec l’histoire : il claque la
porte de sa maison, empruntant
des chemins de traverse, qui le
révèlent une nouvelle fois comme
un affranchi. « C’est un acte de
liberté », affirme Maïmé Arnodin,
laquelle, avec feu Denise Fayolle,
sa complice, fut l’une des grandes
prêtresses de l’image Yves Saint
Laurent, avec notamment la
célèbre campagne publicitaire
Opium,
photographiée
par
Helmut Newton.
Quelques minutes avant le
Yves Saint Laurent et Pierre Bergé (à gauche) lors de la conférence de presse du 7 janvier.
début de la conférence de presse,
on chuchotait les prévisions les
plus folles, du genre « Bernard
Arnault va lui ouvrir une petite
maison de couture, sous le nom
d’Yves Mathieu Saint Laurent… ».
Puis le rideau invisible est tombé.
Lorsqu’il a quitté la salle, ses
premiers d’ateliers l’attendaient,
en pleurs. « On s’est embrassés. On
ne s’est rien dit. Tout était à
l’intérieur. »
« Je suis passé par bien des angoisses,
bien des enfers »
VOICI les principaux extraits du
texte lu par Yves Saint Laurent, lors
de sa conférence de presse, lundi
7 janvier :
« J’ai eu la
chance
de
devenir à dixhuit ans l’assistant de Christian Dior, de
lui succéder à
VERBATIM
vingt et un ans
et de rencontrer le succès dès ma première collection en 1958. (…) Depuis,
j’ai vécu pour mon métier et par mon
métier. Je veux rendre hommage à
ceux qui m’ont influencé, qui ont guidé mon action et m’ont servi de référence. Tout d’abord Christian Dior,
qui fut mon maître et qui, le premier,
me fit découvrir les secrets et les mystères de la haute couture. Balenciaga,
Schiaparelli. Chanel, bien sûr, qui m’a
tant apporté et qui, on le sait, a libéré
les femmes. Ce qui m’a permis, des
années plus tard, de leur donner le
pouvoir et, d’une certaine manière, de
libérer la mode (…).
» Comme Chanel, j’ai toujours
accepté la copie et je suis très fier que
les femmes du monde entier portent
des tailleurs-pantalons, des smokings,
des cabans, des trench-coats. Je me dis
que j’ai créé la garde-robe de la femme contemporaine, que j’ai participé
à la transformation de mon époque.
On me pardonnera d’en tirer vanité,
mais j’ai, depuis longtemps maintenant, cru que la mode n’était pas seulement faite pour embellir les femmes,
mais aussi pour les rassurer, leur donner confiance, leur permettre de s’assumer.
» Je me suis toujours élevé contre
les fantasmes de certains qui satisfont
leur ego à travers la mode. J’ai, au
contraire, voulu me mettre au service
des femmes. C’est-à-dire les servir.
Servir leur corps, leurs gestes, leurs
attitudes, leur vie. J’ai voulu les accompagner dans ce grand mouvement de
libération que connut le siècle dernier. (…) Je veux remercier ceux qui
m’ont fait confiance dès le début. (…)
Plus près de moi, je veux remercier
Pierre Bergé, bien sûr, mais est-ce la
peine d’insister ? Anne-Marie Munoz,
Loulou de La Falaise. Il m’est impossible de citer tous les premiers et premiè-
res d’atelier qui m’ont accompagné
depuis le début. (…) Tous les ouvriers
et ouvrières dont le dévouement admirable m’a tellement aidé et à qui je
veux exprimer ma profonde gratitude
comme je l’exprime à l’ensemble de
ma maison.
» Je veux remercier les femmes qui
ont porté mes vêtements, les célèbres
et les inconnues, qui m’ont été si fidèles et qui m’ont causé tant de joies (…)
J’ai toujours placé au-dessus de tout le
respect de ce métier qui n’est pas tout
à fait un art mais qui a besoin d’un
artiste pour exister. Je pense que je n’ai
pas trahi l’adolescent qui montra ses
premiers croquis à Christian Dior avec
une foi et une conviction inébranlables. (…)
» Tout homme pour vivre a besoin
de fantômes esthétiques. Je les ai poursuivis, cherchés, traqués. Je suis passé
par bien des angoisses, bien des enfers.
J’ai connu la peur et la terrible solitude. Les faux amis que sont les tranquillisants et les stupéfiants. La prison de
la dépression et celle des maisons de
santé. De tout cela, un jour je suis sorti,
ébloui mais dégrisé. Marcel Proust
m’avait appris que “la magnifique et
lamentable famille des nerveux est le
sel de la terre”. J’ai, sans le savoir, fait
partie de cette famille. C’est la mienne.
Je n’ai pas choisi cette lignée fatale,
pourtant c’est grâce à elle que je me
suis élevé dans le ciel de la création,
que j’ai côtoyé les “faiseurs de feu”
dont parle Rimbaud, que je me suis
trouvé, que j’ai compris que la rencontre la plus importante de la vie était la
rencontre avec soi-même.
» Pourtant, j’ai choisi aujourd’hui
de dire adieu à ce métier que j’ai tant
aimé. Le prochain défilé (…) au Centre
Georges-Pompidou sera en grande
partie une rétrospective de mon
œuvre. Beaucoup connaissent déjà les
modèles qui défileront. J’ai la naïveté
de croire qu’ils peuvent braver les attaques du temps et tenir leur place dans
le monde d’aujourd’hui. Ils l’ont déjà
prouvé. (…)
» Je veux remercier également
M. François Pinault (…) pour me permettre de mettre harmonieusement
un point final à cette merveilleuse
aventure et qui a cru, comme moi, que
la haute couture de cette maison
devait s’arrêter avec mon départ. »
Les raisons de ce départ ? Pour
Pierre Bergé, apparu, une fois
n’est pas coutume, les larmes aux
yeux, « Yves Saint Laurent était de
moins en moins à l’aise dans ce
métier qui ne porte plus de haute
couture que le nom… Ce n’est pas
amusant de jouer sur un terrain de
tennis quand personne ne vous renvoie la balle en face. Il vaut mieux
ranger sa raquette… ». Pierre Bergé
préfère le mot « lucidité » à celui
de lassitude. « La création et le marketing ne font pas bon ménage.
Cette époque n’est plus la nôtre. »
Au cours de l’allocution qui a suivi
celle d’Yves Saint Laurent, Pierre
Bergé a tenu à clarifier un point :
« Ce serait faire injure à François
Pinault de penser qu’il a pu violer
nos accords. »
Au-delà de la haute couture,
dont on ne finit pas d’annoncer la
mort depuis quarante ans, il reste
L’année 2002 coïncidait avec le
départ en retraite de son directeur
technique, Jean-Pierre Derbord,
rencontré en 1957 chez Dior, et
entré dans la maison en 1965.
Celui
encore
d’Anne-Marie
Munoz, directrice du studio, également rencontrée chez Dior. Deux
piliers d’une vie, intimement liés à
ce métier auquel il prouve une
nouvelle fois son attachement,
dans ce geste de samouraï, qui le
déchire et le révèle.
Double, à l’image de ses refuges
du 5, avenue Marceau : d’un côté,
un bureau de « rêveries » rouge et
or comme le caveau de la gloire
envahi par l’odeur des lys, avec
des aquarelles de Christian Bérard,
la badine de Monsieur Dior, la
photo de Silvana Mangano. De
l’autre, le studio de création, où un
jeune homme en trench semble
avoir oublié son écharpe sur une
chaise de bois suédois. Ici, les tissus de l’été 2002 jettent leurs feux
roses et orangés. Le désordre de la
vie est là, avec sa fantaisie, ses
vœux punaisés, le ballon de football dédicacé par Michel Platini et
sur lequel Moujik III, le dogue français du maître, se fait les dents.
« Il ne faut pas s’attacher aux
modes et y croire trop, c’est-à-dire
s’y laisser prendre », déclarait Yves
Saint Laurent en 1998. « Il faut
regarder chaque mode avec
humour, la dépasser, y croire suffisamment pour se donner l’impression de la vivre mais pas trop, pour
pouvoir conserver sa liberté. » Et
maintenant ? Deux voix semblent
parler à travers Yves Saint Laurent. D’une part, celle de Betty
Catroux, son double androgyne,
blonde en pantalon de cuir noir,
fidèle amie depuis les années
1960 : « Moi, j’ai le beau rôle, je ne
crois pas à la nostalgie. On va enfin
pouvoir faire plus la fête ensemble… » De l’autre, celle de Loulou
de la Falaise, sa muse aux yeux
verts délavés par les larmes, sous
un sourire fardé de lipstick coquelicot : « Ce sera dur. Il dit au revoir à
une famille, un univers. Mais il vaut
mieux se quitter ainsi, quand tout le
monde est alerte. »
La réunion du comité d’entreprise a été suivie par une convocation de tout le personnel. Une vendeuse regrette : « Nous, on n’a pas
eu droit à Monsieur Saint Laurent. » Mais, suivant la tradition
couture du « never complain, never
explain », chacun résiste avec les
armes qui ont toujours été celles
de la maison.
Une vendeuse en noir regarde
un énorme pot d’amaryllis rouges
envoyés par une admiratrice.
« Tiens, il y a aussi des rhododendrons, je ne sais pas s’ils fleuriront. »
Laurence Benaïm
Tristesse dans les ateliers du 5, avenue Marceau
« IL N’Y A RIEN de pire que de
s’arrêter lorsque les choses descendent. Il part en beauté, dans la force
de l’âge. » Ainsi parle Jean-Pierre
Derbord, directeur technique des
ateliers de la maison du 5, avenue
Marceau. Où, quelques heures
après l’annonce-choc de la fermeture, on prépare la prochaine collection comme si de rien n’était, ou
presque… « On ne veut rien imaginer jusqu’en juillet [date à laquelle
seront honorées les dernières
commandes]. Après, on ressentira
un grand vide. »
Le 22 janvier, au Centre Pompidou, Yves Saint Laurent présentera
son défilé-rétrospective de quarante ans de création. Aux anciens
modèles s’ajouteront des pièces
nouvelles, comme cette dizaine de
tailleurs dont les ouvrières s’appliquent à préparer les patrons, alors
que les toiles sont déjà réalisées
d’après les croquis du couturier.
A l’ombre d’un classeur noir, on
devine de longues silhouettes
épinglées d’un morceau de grain de
poudre ou de gabardine. Les
commandes (autour d’une centaine
pour la saison dernière) risquent
d’être très importantes, les clientes
pouvant commander des modèles
parmi tous les succès de la maison.
« Pour la robe Mondrian, ce sera
impossible de trouver du jersey
été la première dans la couture à
appliquer les 35 heures), un lien
très particulier unit Yves Saint Laurent à ses ateliers, auxquels il rendit
hommage en 1990, à travers un
modèle brodé de cristal, reflet du
« On l’a blessé », explique la mère du couturier
« C’est une journée épouvantable », a déclaré au Monde la mère
d’Yves Saint Laurent, Lucienne Mathieu-Saint-Laurent, jointe par
téléphone quelques heures avant la conférence de presse de son fils.
« J’ai déjeuné avec lui dimanche. Je l’ai senti extrêmement calme, décidé.
Vous savez, il est d’une force incroyable. On ne peut pas aller contre. »
Elle poursuit : « C’est lui qui a pris cette décision. Parce que, ces derniers
temps, tout s’est dégradé. Il n’en pouvait plus. Ce mélange avec Gucci, ce
Pinault au milieu. C’était l’horreur. Aujourd’hui, j’ai beaucoup de peine,
mais je sais que, s’il agit ainsi, c’est qu’il l’a décidé de son plein gré. On
l’a blessé. Il termine en beauté. Il continuera de nous étonner. »
Racine. Mais on la fera dans un
coton infroissable », précise-t-on
dans les coulisses de ce théâtre de la
passion et de la mode où certaines
personnes travaillent depuis plus de
trente ans. Il est vrai que, au-delà
des salaires et des conditions de travail (la maison Yves Saint Laurent a
ciel bleu-gris de Paris dans son
bureau.
Le secret de cet attachement
tient, pour partie, au fait que chaque ouvrière réalise entièrement un
modèle, là où, ailleurs, certaines
sont reléguées à des travaux d’ourlet. D’où le sentiment de pénétrer
dans un monde à la fois complètement hors du temps et bouillonnant de vie, et d’envie de réussir.
Pour celui qu’on appelle « Monsieur », un homme qui a horreur
des « tissus creux », « sans tenue ».
Les sourires sont voilés par une
indicible tristesse, alors que le
compte à rebours a commencé.
« Ici, ce n’est pas Moulinex. Les gens
sont épanouis dans le travail, la
confiance, l’admiration. Ils savent
que Pierre Bergé et Yves Saint Laurent feront tout pour les aider. La nouvelle a été forte, mais personne ne
s’est senti trahi, affirme Jean-Pierre
Derbord. C’est une maison dans
laquelle vous donnez tout. Il nous a
entraînés dans son monde. Maintenant, le plus dur sera de se retrouver
chacun face à sa propre réalité. »
Il est vrai que personne n’est
jamais sorti intact de la maison
Saint Laurent. Certains se souviennent de cette retraitée de la maison
qui, n’ayant plus de but, faisait chaque matin le tour de Paris en autobus.
L. B.
Des témoignages unanimes d’affection et d’admiration
b François Pinault, propriétaire
d’Yves Saint Laurent Haute Couture via sa holding Artémis : Après
avoir pris acte « avec émotion » de la
décision d’Yves Saint Laurent d’arrêter
son activité de créateur, M. Pinault
s’est dit « heureux d’avoir pu l’accompagner depuis 1999 et de lui marquer
de la sorte la grande admiration qu’il
a pour son œuvre et pour l’aventure
créatrice qu’avec le soutien permanent de Pierre Bergé, il a menée
depuis près d’un demi-siècle ».
b Domenico De Sole, PDG du groupe de luxe italien, Gucci Group :
« Nous avons la plus grande admiration pour M. Saint Laurent et sa contribution à l’histoire de la mode.
Nous respectons sa décision de se
retirer de la haute couture. (…) Nous
avons acquis l’activité Yves Saint Laurent pour son passé exceptionnel et
son extraordinaire potentiel. (…) Je
suis fier de ce que nous avons réalisé
jusqu’à présent et suis sûr que la marque Yves Saint Laurent continuera à
être un grand succès. »
b Tom Ford, directeur de la création du Gucci Group et des marques Gucci et Yves Saint Laurent :
« J’éprouve un formidable respect
pour M. Saint Laurent. Son influence
sur la mode a été indéniable. Yves a
inventé la garde-robe de la femme
moderne, il y a 40 ans : elle est encore en vogue aujourd’hui. Son œuvre
m’a beaucoup inspiré et m’inspire
toujours, ainsi que l’ensemble de ma
génération. Je suis profondément triste d’apprendre qu’Yves ne dessinera
plus la haute couture. »
b Christian Lacroix, couturier :
« Yves Saint Laurent s’arrête-t-il vraiment ? Pour moi, les portes de sa maison ne se ferment pas, car il semble
que cette décision ne change rien : il
continue un chemin qui est le sien et
qu’il nous a montré depuis longtemps en choisissant l’intemporalité
et l’éternité. (…) J’ai aimé sa théâtralité sur les traces de Bérard, Cocteau,
Picasso, la façon dont il s’est saisi des
Ballets russes, de l’art africain ou des
peintres du XXe siècle. »
b Catherine Tasca, ministre de la
culture : « C’est un parcours magnifique qu’Yves Saint Laurent a décidé
d’arrêter. Sa collection consacrée à
l’Afrique en 1967 était le geste d’un
précurseur. Il aime l’image de la femme et il l’a servie avec une délicatesse et une très grande liberté. Son
départ est la réaction d’un homme
libre qui ne veut pas de dépendance
et en cela, je le respecte profondément. Yves Saint Laurent est tout
autant de l’époque à venir que de celle qui est passée. »
b Sonia Rykiel, créatrice de
mode : « Yves Saint Laurent représente pour la mode un monument,
une liberté. Depuis toujours, j’assiste à ses collections. C’est un formidable artiste, un homme fou, un passionné, un littéraire. Il a, après Chanel, Schiaparelli, continué à libérer
la mode. Il a vécu ses fantasmes, ses
fantômes. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’il va vers autre chose, qu’il
va respirer. »
b Ralph Toledano, PDG de
Chloé : « Yves Saint Laurent est
l’une des deux personnes à avoir
inventé un style avec Coco Chanel.
Yves Saint Laurent, c’est notre fierté
à tous, il appartient à la mode plus
qu’à la France. Son innovation, c’est
d’avoir été à cheval entre l’artistique
et le commercial. Rive Gauche, c’est
l’invention du prêt-à-porter. (…) Ce
qui est extraordinaire, c’est la dévotion, l’attachement de toutes les personnes qui l’ont côtoyé, même dans
les moments difficiles. Aujourd’hui,
cela montre que les maisons qui
réussissent sont des histoires
d’amour. »
b Didier Grumbach, président de
la Chambre Syndicale de la couture parisienne : « Il figure le siècle
pas seulement pour son talent mais
aussi par la longueur de son parcours. Il a à la fois l’image d’un couturier de tradition et d’un créateur de
prêt-à-porter révolutionnaire. Yves
Saint Laurent a su démoder sa mode
plusieurs fois et élargir son répertoire de façon exceptionnelle. »
AUJOURD’HUI-SCIENCES
Opération de la dernière chance pour sauver
les deux derniers arbres Pasner de Rodrigues
Botanistes, écologistes et habitants tentent de préserver la biodiversité sur cette île de l’océan Indien
Une équipe de la Mauritius Wildlife Foundation
(MWF) et du Service forestier de l’île Rodrigues
tente un sauvetage inédit : celui d’un arbre, le
RODRIGUES (Maurice)
de notre envoyé spécial
Un océan gris qui miroite sous le
soleil cru de l’été tropical. Une
étroite bande vert pâle. Voilà à
quoi ressemble la réserve d’Anse
Quitor, sur l’île mauricienne de
Rodrigues. A perte de vue, les fourrés secs d’une plante américaine,
Lantana camara, et d’une plante
asiatique, Litsea glutinosa, étouffent les rescapées de la flore locale
de cette petite île volcanique perdue dans l’océan Indien.
Ce matin, une équipe de jeunes
de la Mauritius Wildlife Foundation (MWF) et du Service forestier
de l’île – qui, depuis trois ans, ont
replanté ici vingt-trois espèces
rares – va tenter un sauvetage
inédit : celui d’un arbre, le Zanthoxylum paniculatum, autrement
l’opération, se ferme. La branche a
cassé. « Trop fragile ! » Nouvelle
tentative. Nouvel échec. Il faut
consolider la prochaine branche
avec une attelle. Ça marche…
La troisième tentative de marcottage et les huit suivantes sur
les deux spécimens sauvages de
l’arbre Pasner sont un succès,
chacune réalisée par un jeune
Rodriguais différent guidé par la
botaniste anglaise. Alfred Begué
entoure à présent la partie incisée
d’un manchon de plastique noir
bourré d’un broyat humidifié
d’humus, d’écorces de palmier et
d’autres bois locaux. De quoi
favoriser le développement d’un
rejet qu’ils n’auront plus qu’à
récolter puis à replanter. Du
moins les membres de l’équipe
l’espèrent-ils.
Nouvelles menaces sur l’environnement
Feux à répétition, coupes de bois, extermination des tortues géantes et de nombreux oiseaux endémiques, introduction de plantes
exotiques – parfois de véritables pestes végétales – et d’animaux nuisibles pour la flore (rats et herbivores), assèchement des nappes
phréatiques, exploitation grandissante du lagon corallien… En trois
siècles de colonisation, Rodrigues a accumulé les agressions. La prochaine, son rapide développement touristique, pourrait lui être
fatale. La piste de l’aéroport est en train d’être agrandie pour
accueillir en 2003 de gros-porteurs. Quatre-vingt-six demandes de permis de construire pour des hôtels et des pensions de famille ont été
déposées. Des projets d’élargissement des routes et de construction
de deux centrales de dessalinisation de l’eau de mer existent. Bref, le
défi du gouvernement mauricien sera de concilier la préservation de
ce joyau naturel de 18 kilomètres sur 8,5 et le développement de ses
35 000 habitants, parmi les plus pauvres de l’océan Indien.
appelé bois Pasner (« passenerfs ») en raison de ses vertus
anxiolytiques et calmantes, dont
les deux spécimens sauvages de
Rodrigues sont les derniers au
monde. Une urgence dans cette
île, où 94 % des espèces endémiques ont disparu ou sont menacées d’extinction. Un espoir aussi
après le succès de la reproduction,
par bouturage, de deux autres
plantes reliques de Rodrigues dont
il ne restait qu’un seul pied, le café
marron (Ramosmania rodriguezii)
et la liane Gouania leguatii.
Attaché au tronc principal par
une corde, Alfred Begué, du MWF,
incise délicatement l’écorce d’une
fine branche de l’arbre Pasner.
Soudain son visage se crispe. Celui
de Belinda Parry, une botaniste
anglaise du Royal Botanical Gardens de Kew (RBGK) qui pilote
L’opération est urgente, car cette île de l’océan
Indien abrite les deux derniers spécimens sauvages de l’espèce dans le monde.
Zanthoxylum paniculatum, connu sous le nom
de bois Pasner, en référence à ses vertus anxiolytiques et calmantes (prononcer « passe-nerfs »).
« Rien n’assure que ça marche,
concède Belinda Parry. Il y a deux
ans, une première tentative de
marcottage aérien sur l’un de ces
deux arbres a échoué. Avec un autre
mélange nutritif, il est vrai. En fait,
de nombreux facteurs (pluviosité,
température, vents, influence des
plantes alentour, physiologie propre
de ces vieux spécimens…) peuvent
jouer. »
De retour à la pépinière pour jeunes plants endémiques créée dans
les bois de Solitude par le Service
forestier et la Fondation écologique, une autre spécialiste anglaise
de la régénération végétale,
Helenka Jurgielewicz, montre
comment améliorer les chances de
repousse des branches brisées : en
enlevant tous les parasites, puis en
groupant les branches par deux
dans un pot, et enfin en badigeon-
63°30
OCÉAN INDIEN
Port-Mathurin
Mont Limon
La Ferme
19°45
MADAGASCAR
Rodrigues
(Maurice)
Réunion
15˚
T rop
du C
5 km
ique
apri
corn
e
Maurice
45˚
60˚
nant leur base d’une hormone de
croissance. C’est ainsi que, au Kew
Garden, des boutures issues de
graines collectées en 1973 à Rodrigues ont réussi à pousser. Dans
cette nursery végétale, chaque
année, quelque 75 000 jeunes pousses attendent d’être replantées
dans les deux réserves de l’île,
mais aussi chez les villageois sensibilisés par le MWF. « Pas de conservation sans une participation active
de la population et sa formation »,
martèle leur responsable, Richard
Payendee, un Rodriguais formé à
Maurice et au Royaume-Uni. Un
mot d’ordre que Mary-Jane
Raboude, du MWF, applique à la
lettre en multipliant avec les îliens
les réunions de sensibilisation aux
problèmes de protection de la
flore.
« PATRIMOINE VERT »
Reconnaissance des espèces
végétales et animales rares de l’île,
information sur leur vulnérabilité,
échange sur leurs usages et les
techniques pour les propager,
discussion d’un projet local de
nursery. « Bien sûr, on pourrait
d’emblée leur distribuer des plants
endémiques, mais nous préférons
susciter leur demande par ces réunions et les former à bien s’en
occuper. Ainsi, ils se sentiront responsables de ces cultures », confie
Mary-Jane Raboude.
Cette appropriation de la flore
originelle
de
Rodrigues
se
retrouve dans la réserve de
Grande-Montagne, où des scouts
et les jeunes de la chambre économique de l’île ont « adopté » une
douzaine d’espèces endémiques
qu’ils défendent âprement sur un
hectare contre la prolifération de
jamrosas, de bois d’oiseaux et
d’aloès. « Pour que les Rodriguais
conservent ce patrimoine vert, il
Les mites polluent à l’arsenic les montagnes australiennes
SYDNEY (Australie)
de notre correspondant
De l’arsenic dans des mites…
Chaque année, en septembre et en
octobre, des milliards de mites
dites bogongs, appartenant à
l’espèce Agrotis infusa, quittent la
Nouvelle-Galles du Sud et le
Queensland, en Australie, pour
aller hiberner jusqu’en février
dans les grottes de la région des
Montagnes enneigées, entre Sydney et Melbourne.
Ce voyage de plus de 1 000 kilomètres est attendu par de nombreux prédateurs des Alpes australiennes, qui dévorent une grande
quantité de ces insectes. Les renards en mangeraient à eux seuls
près de 500 millions par an… Ce
régime pourrait toutefois se révéler très dangereux. Les bogongs
contiennent en effet de l’arsenic
qu’ils ont ingéré en mangeant des
plantes dans les champs agricoles
sur lesquels sont répandus de nombreux engrais chimiques et des
insecticides.
« C’est, à ma connaissance, le
premier exemple au monde où un
agent polluant est transporté par
des insectes sur plusieurs centaines
de kilomètres de distance », souligne Ken Green, un chercheur du
service des parcs nationaux, de la
faune et de la flore de NouvelleGalles du Sud. Les herbes mortes
aux alentours des nombreuses
anfractuosités rocheuses des Montagnes enneigées témoignent de
cette pollution.
POISON EN DOSE INFINITÉSIMALE
Les fortes pluies du printemps
austral 2000 et de l’été 2001 sur
cette région ont provoqué l’inondation de plusieurs grottes et la
mort de millions de bogongs. « Les
analyses ont montré que les plantes
mortes et les sols sur lesquels elles
avaient péri contenaient une dose
importante d’arsenic », révèle Ken
Green. Cette découverte a surpris
les chercheurs car cette région est
connue pour la pureté de son environnement. En remontant la
chaîne alimentaire, ils ont décelé
dans plusieurs bogongs des doses
d’arsenic bien plus importantes
que celles retrouvées dans les
mites de l’Etat de Victoria et du
Territoire de la capitale australienne.
Les insectes, qui hibernent en
altitude, se repaissent durant l’hiver austral dans les plaines de Nouvelle-Galles du Sud et du Queensland. Jusqu’à la fin des années
1960, les agriculteurs de ces deux
Etats situés sur la façade est de
l’Australie ont utilisé des doses
importantes d’arsenic comme insecticide et pesticide. Le corps des
bogongs contient aujourd’hui des
doses infinitésimales de ce poison.
Les chercheurs aimeraient savoir
si un type spécifique d’arsenic est
à l’origne du phénomène. Ils souhaiteraient aussi connaître l’impact de cette pollution sur les
autres animaux vivant dans les
montagnes australiennes. L’inquiétude des écologistes se concentre
sur le devenir d’une certaine espèce d’opossum dont le nombre a
chuté ces dernières années dans
les Alpes australiennes bien plus
brutalement que dans les montagnes de l’Etat de Victoria.
L’utilisation d’arsenic dans l’agriculture a presque disparu aux antipodes depuis trente ans. La contamination des bogongs pourrait
donc disparaître avec le temps.
« C’est une possibilité, reconnaît
Ken Green. Mais l’arsenic a été
remplacé par le DDT, qui s’est
également révélé très néfaste pour
l’environnement. »
Frédéric Therin
faut au préalable qu’ils distinguent
les plantes endémiques des plantes
exotiques ici très nombreuses, souligne Richard Payendee. Cela passe
par une large formation de nos
volontaires avec des scientifiques
occidentaux de haut niveau, mais
aussi des jeunes et des villageois afin
qu’ils prennent le relais. »
Ainsi, depuis deux ans, le MWF
multiplie les émissions de radio et
les interventions dans treize écoles
rodriguaises. Et, depuis septembre 2001, avec l’aide du Service
forestier, l’association encourage
dans une douzaine de villages la
culture de plantes utiles comme le
vacoa indigène (Pandanus heterocarpus), dont les feuilles fibreuses
d’un mètre de long servent à fabriquer des cordes, des paniers et des
chapeaux. De quoi épargner les
arbustes sauvages.
Cette stratégie ne va pas sans
conflits. Sur la protection de l’unique espèce endémique de chauvesouris (Pteropus rodricensis), par
exemple, que les villageois
accusent de piller leurs arbres
fruitiers. Avec le Service forestier
aussi parfois, qui replante, à 80 %,
des essences exotiques (acacias,
eucalyptus, filaos).
« Ces essences, souvent à croissance rapide, visent avant tout à
tenir les sols et à combattre l’érosion
consécutive aux feux et aux coupes
qui se succèdent depuis trois siècles,
justifie Hugo Meunier, le responsable du Service. Mais, depuis quelque temps, nous réintroduisons
aussi des endémiques, surtout là où
les plantations d’exotiques sont devenues trop envahissantes. » Ce
« modèle international pour la
conservation de la biodiversité »
semble porter ses fruits.
Vincent Tardieu
LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002 / 23
Intel et son concurrent AMD
lancent deux nouvelles puces
INTEL ET AMD, les deux principaux fabricants mondiaux de microprocesseurs, ont annoncé simultanément, lundi 7 janvier, la commercialisation de leurs nouvelles puces. Le premier lance le Pentium 4 à 2,2 GHz
qui se distingue par le recours à la technologie de gravure à 0,13 micron,
au lieu de 0,18 micron, qui permet de réduire sa taille de 30 %. Selon
Intel, le microprocesseur améliorerait ainsi de 40 % ses performances par
rapport à la version à 1,5 GHz du Pentium 4 dont le lancement remonte
à novembre 2000. Simultanément, AMD annonce la commercialisation
de l’Athlon XP2000 + à 1,67 GHz, gravé en 0,18 micron, et prétend surpasser le nouveau Pentium 4 sur plusieurs applications populaires malgré
une fréquence d’horloge inférieure. Le prix de vente (par lot de mille pièces) de l’Athlon XP2000 + est de 339 dollars (385 euros) contre 562 dollars (638 euros) pour le Pentium 4 à 2,2 GHz dont la version à 2 GHz est
commercialisée à 364 dollars (413 euros), un tarif visiblement destiné à
concurrencer celui de la nouvelle puce d’AMD.
La Terre a été frôlée par un astéroïde
de 300 m de diamètre
UN ASTÉROÏDE d’environ 300 m de diamètre est passé à 825 000 km de
la Terre (un peu plus de deux fois la distance Terre-Lune), dans la matinée du lundi 7 janvier. Le corps céleste, baptisé 2001 YB 5, n’avait été
détecté que le 26 décembre 2001 par les téléscopes de la NASA d’Hawaï.
Un impact de cette masse rocheuse croisant à plus de 100 000 km/h avec
notre planète aurait libéré une énergie équivalente à celle de plusieurs
bombes thermonucléaires et aurait pu « anéantir un pays de taille moyenne ». La taille de cet astéroïde est sans commune mesure avec celle du
monstrueux projectile, d’environ 10 km de diamètre, dont la chute, voilà
65 millions d’années, pourrait être à l’origine de la disparition des dinosaures. Des astronomes de l’université de Princeton ont calculé que
700 000 astéroïdes étaient présents dans notre système solaire. Le risque
d’une collision avec la Terre serait de 1 sur 5 000 au cours du siècle prochain. En 2140, l’astéroïde 2000 W0107 devrait passer à seulement
120 000 km de la Terre.
DÉPÊCHES
a VOLCANOLOGIE : le piton de la Fournaise, volcan de l’île de la
Réunion, est entré en éruption samedi 5 janvier vers 23 heures, heure
locale. L’Observatoire volcanologique de la Réunion a noté quatre fissures et deux fontaines de lave dans la partie nord-est du massif. L’éruption
est pour l’heure circonscrite à l’enclos, vaste espace en forme de fer à cheval surmonté de hautes falaises, et ne menace pas de zones habitées. La
dernière coulée ayant franchi cette barrière remonte à 1986.
a ASTRONOMIE : la Grande-Bretagne deviendra le dixième membre de l’Observatoire européen austral (ESO) le 1er juillet. Cet
organisme européen, qui effectue des recherches astronomiques dans
l’hémisphère Sud, vient de mettre en fonctionnement le Very Large Telescope (VLT) installé dans le désert d’Atacama, au Chili. Il rassemble actuellement la Belgique, le Danemark, la France, l’Allemagne, l’Italie, les PaysBas, le Portugal, la Suède et la Suisse.
a CLIMATOLOGIE : 2001 sera sans doute la deuxième année la plus
chaude après l’année 1998 depuis qu’il existe des relevés, selon l’Organisation météorologique mondiale. La température moyenne à la surface
du globe devrait dépasser de 0,42 degré Celsius la normale calculée pour
la période 1961-1990. Neuf des années les plus chaudes sont toutes postérieures à 1990 et incluent les années 1999 et 2000.
24 / LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002
AUJOURD’HUI-GOÛTS
BOUTEILLE
Renouveau du sandwich
AOC les baux-de-provence
Même si les Paris-beurre et les zincs se font
de plus en plus rares, il est toujours possible
de se sustenter de bons casse-croûte
tillant. » Et Jack Lang, régulièrement, de dénoncer la restauration
aérienne auprès du président d’Air
France : « Un pain en papier mâché
glacé (…), le fromage et le jambon
semblaient sortir d’une usine de
carton-pâte. »
Parmi les sandwichs à éviter, ceux
des autoroutes, comme la plupart
de ceux délivrés dans les stationsservice, ou bien le « sandwich
SNCF », petit pain enveloppé de cellophane parcimonieusement orné
de jambon, de funeste mémoire. Le
casse-croûte, l’en-cas, le sandwich,
dont Autrement dresse une amusante typologie, sont-ils autant de
chefs-d’œuvre en péril ? Faut-il comme chez Carette, place du Trocadéro, que le sandwich soit fait à la
demande, devant le client ? C’est le
cas chez Lina’s, vingt-trois points de
vente en France et aussi en Amérique du Sud, à Londres, Berlin et
Ne désespérons pas,
dans l’immense
médiocrité de
la nourriture rapide,
il est possible encore
de bien manger
sur le pouce
Tokyo. Une vingtaine de sandwichs
– de 3 ¤ à 6,80 ¤ – réalisés, en principe, avec du pain artisanal. Ce n’est
pas le cas dans les points de vente
de La Pomme de pain, où pourtant
les produits sont souvent plus savoureux. Allez savoir pourquoi.
A tout seigneur tout honneur. Le
club-sandwich est un sandwich à
étages, dans lequel le pain de mie
légèrement toasté, le jambon, le
bacon, la salade, l’œuf doivent être
parfaitement frais. Il ne souffre pas
la médiocrité. Un moment sur la
carte du Relais Plaza, il est désormais servi dans la galerie d’accès au
bar de l’hôtel (19 ¤). Fameux aussi,
celui du Ritz. C’est la variante aristo-
La pizza à emporter
La carrière de Julia Roberts doit beaucoup
à la pizza. Peu de gens savent en effet
qu’à ses débuts devant la caméra, à la fin
des années 1980, son emploi favori était
celui de vendeuse de pizzas. C’est ainsi
qu’elle apparut dans un épisode de la série
télévisée Deux flics à Miami, puis dans
le rôle principal d’un long-métrage intitulé
Mystic Pizza.
L’objet doit en tout cas avoir un certain
charme pour les Français, qui en croquent
volontiers. Et pas seulement de la pizza
surgelée.
En 2000, il s’est ainsi vendu dans les grandes
surfaces 28 300 tonnes de pizzas fraîches.
Caractéristique de cette production ?
Les industriels essayent de plus en plus
de proposer des pizzas de style artisanal.
« Il y a vingt ans, raconte-t-on chez Sodebo,
le leader de ce marché, on fabriquait
des pizzas fraîches bien moins italiennes
qu’aujourd’hui. La pâte était voisine d’une pâte
brisée, et elle était précuite avant d’y ajouter
la garniture. Aujourd’hui, nous travaillons
des pâtes fines au levain, cuites directement
avec leur garniture sur la pierre, comme
à la pizzeria. Et le goût est incomparable. »
DESSINS DESCLOZEAUX
SE RESTAURER d’un cassecroûte, au lendemain des agapes de
fin d’année, ou bien lorsqu’on est
lassé de l’apparat du restaurant,
n’est pas chose aisée si l’on est
attentif au lieu et au goût de ce que
l’on mange. Il ne faut certes pas
oublier que, dans sa forme originelle, le casse-croûte est une collation populaire, faute de temps et
faute de mieux.
A Paris, le casse-croûte, « aliment
portatif, repas indéfinissable » selon
la revue Autrement, appelle le comptoir car il se mange debout. Le Parisbeurre est bien meilleur sur le zinc
en effet, accompagné d’une petite
côte. Mais voilà, les bistrots se font
rares, même à la Butte-aux-Cailles
ou bien près du canal de l’Ourcq.
Les vrais bistrots à Paris, ce sont
les humbles qui les fréquentent.
C’étaient autrefois les ouvriers, les
artisans, les femmes « en cheveux », disait Léon Bloy, les gens
de peu.
Entre rénovation et fast-food,
c’est là encore que viennent érémistes, chômeurs, petits boulots, arrivants de tous les horizons y compris de ceux de l’immigration. C’est
pourquoi le zinc reste le seul terroir
des titis parisiens, car ils sont matinaux les employés municipaux, les
balayeurs, gens de maison, petits
cadres et autres veilleurs de nuit.
Bien souvent, même si les ingrédients sont de bonne qualité, le
pain sera le maillon faible. Des farines bourrées d’additifs, des petits
pâtons industriels précuits, surgelés, réchauffés à la demande n’ont
jamais fait du bon pain. Des paninis, tout au plus, et pas de croûte.
Ces baguettes à la mie blanche, uniformément alvéolées, sans odeur et
sans goût, sont l’essentiel des sandwichs d’autoroute. De croûte point.
Dire qu’ils ne « cassent » rien est
un euphémisme. La réglementation
n’a rien arrangé. En imposant la protection d’un film plastique, les services de l’hygiène ont porté un
coup fatal à la conservation de la
baguette. « Un saucisson-beurre
sous film pendant une heure, nous
confie Jean-Luc Poujauran, boulanger de talent, même si le pain est
bon, il perd nécessairement son crous-
Château Romanin Cœur Primus 1998
a De la géographie, nature des sols et courant d’air ascendant, le vigno-
cratique, celle qui attribue au cuisinier de John Montagu, quatrième
comte de Sandwich (1718-1782), la
création d’un en-cas de gigot glissé
entre deux tranches de pain, pour
calmer la fringale de son excentrique patron qui passait ses nuits à
jouer.
Inventeur du nom, certes, mais
de l’usage ? Aux historiens de nous
dire ce qu’était, un siècle plus tôt, la
« collation lardée, collation avec
viande », citée par Furetière et le
Dictionnaire de l’Académie. Aujourd’hui, la qualité du sandwich, c’est
d’abord celle du pain. Voilà pourquoi le nom de Poilâne est associé à
la restauration sur le pouce et aussi
la raison pour laquelle, à l’heure
des repas, des queues se forment
chez les bons boulangers dans les
quartiers de bureaux. Car le sandwich est un repas complet. Chez
Jean-Luc Poujauran (20, rue JeanNicot, 75007 Paris), c’est le sandwich au poulet fermier parfumé au
curry, salade et tomate (2,30 ¤) ou
bien le pan bagnat (2,75 ¤), délicieusement imprégné d’huile d’olive, de
citron et d’une mixture de thon.
Eric Kayser (7, rue Monge, 75005
Paris, et trois autres adresses dans
la capitale) réserve la baguette
Monge à la farine de froment et
levain naturel pour ses préparations classiques (crudités-thon,
jambon-beurre, jambon-gruyère,
saucisson à 3,84 ¤) et nous régale
d’une baguette au sarrasin (poulet,
Même point de vue
chez Buitoni, où Jean
Blanchet, le directeur
de la fabrication,
explique que si leur
Tradizione a des
formes plus ou moins rondes et des bords
boursouflés, c’est qu’ils ont mis au point
« une machine qui aplatit les boules de pâte
en reproduisant les gestes de la paume
de la main du pizzaiolo ».
En matière de technologie, la palme revient
toutefois à M. Acknin, opticien albigeois,
qui a mis au point et breveté la Cooksee,
première machine qui fabrique
automatiquement des pizzas fraîches en
quelques minutes. Semblable à un gros
juke-box, l’appareil a une autonomie
d’environ cent cinquante pizzas. Il met entre
huit et douze minutes (selon les ingrédients)
à fabriquer, sous les yeux du client,
la pizza qu’il a commandée.
On pourra bien sûr regretter que la cuisson
se fasse dans un four à infrarouges,
contrairement aux usages ; mais cela
n’empêche pas les douze machines
installées sur le trottoir de différentes villes
de France d’écouler chaque jour
une moyenne de vingt-cinq pizzas.
Avec les pointes bien prévisibles des soirs
salade, tomates séchées), d’un pain
à l’huile d’olive avec mozarella et
d’un petit pain à la figue (jambon
cru, salade).
Au Quartier du pain (74, rue
Saint-Charles, 75015 Paris), Frédéric Lalos joue également sur la
variété des pains fantaisie avec un
sandwich pain, olives, tomates,
mozarella, basilic (3,50 ¤), un autre
poulet et crudités au curry, et
l’incontournable jambon-fromage.
Gérard Mulot (75, rue de Seine,
75006 Paris) met l’art du traiteur au
service d’une quinzaine de sandwichs, la plupart excellents. La palme du sandwich pâtissier revient à
Pierre Hermé (72, rue Bonaparte,
75006 Paris) avec ses préparations
au pain de mie, garnies de piquillos
et de jambon San Daniele, de saumon fumé, de cresson et crevettes
ou bien ses sandwichs briochés au
foie gras mi-cuit (4,30 ¤), aux légumes (3,35 ¤) ou au crabe (4,60 ¤).
Ne désespérons pas, dans l’immense médiocrité de la nourriture
rapide, il est possible encore de
bien manger sur le pouce. Difficile,
en revanche, de trouver le sandwich de voyou décrit par San Antonio dans Remouille-moi la compresse : « Je suppose que vous connaissez l’sandwich de voyou, m’sieur
le président (…) : hareng à l’huile,
oignons frais. »
Jean-Claude Ribaut
e Dossier « Casse-croûte », Autrement Mutations, no 206, juillet
2001, dirigé par Julia Csergo,
18,29 ¤.
de match de foot. La Cooksee
fabrique des modèles de 28 cm
de diamètre. De quoi rassasier
deux honnêtes mangeurs. On
notera que ce format n’est pas
le plus vendu dans les grandes
surfaces. Ici, c’est la pizza familiale, celle
qui pèse plus de 450 g, qui a les faveurs
du public. Avec un incontournable podium :
numéro 1, la jambon-fromage ; numéro 2,
la même avec des champignons en prime ;
numéro 3, la trois-fromages.
« Aucune de celles-ci n’est ma préférée »,
commente Daniel Gerges, de la pizzeria
Arlechinno de Paris. Cet Egyptien,
qui fabrique depuis quinze ans des pizzas
à emporter dans la grande tradition
napolitaine, n’aime rien tant que la
Margharita. « Une pâte fine et croustillante,
de la purée de tomate, du sel, de l’origan et
du fromage : une pizza qui ne triche pas. »
Guillaume Crouzet
e Pizzeriades de Sodebo, pizzas individuelles
(200 g) de forme ovale, à partir de 2,13 ¤. Pizza
Tradizione de Buitoni, entre 3,96 ¤ et 4,26 ¤
la pizza de 450 g. Points de vente Cooksee au
05-63-78-11-40. Pizza à emporter Arlecchino au
01-43-38-07-06.
Chaque lundi avec
0123
DATÉ MARDI
retrouvez
LE MONDE
ECONOMIE
Chaque jeudi avec
0123
DATÉ VENDREDI
retrouvez
LE MONDE
DES LIVRES
ble de Romanin exploite l’héritage, un sol brun calcaire d’origine colluviale, au sud de la Durance, en pays ligure sur la face nord des Alpilles. Ce
terroir est aussi héritier d’une tradition ésotérique dont la cave souterraine exprime la puissance. La biodynamie est venue à la rescousse, en 1989,
lorsque Jean-André Charial a pris en mains les destinées de ce vignoble.
Disons simplement que cette méthode de culture, complexe et parfois
controversée, proscrit tout emploi de produits chimiques de synthèse
(engrais, herbicides, insecticides, fongicides et virucides). En dix années,
le caractère du vin s’est affirmé à mesure de l’évolution de l’encépagement, et le terroir a peu à peu retrouvé une expression généreuse et sincère. La première cuvée – millésime 1998 – atteint une forme d’élégance
qui justifie la démarche. Robe cardinalice, nez puissamment aromatique
aux arômes de petits fruits noirs, d’épices, de notes vanillées et de truffes.
En bouche, ce « cœur » de Romanin (800 bouteilles seulement !) s’affirme déjà avec une belle amplitude, des tanins gras, soyeux, à la suite d’un
élevage de vingt-quatre mois, dont douze en barriques ayant contenu un
seul vin. Le millésime 1999, grâce à un assemblage encore plus rigoureux
devrait faire merveille. Une pièce de collection.
e Cœur Primus 1998 : 38,11 ¤ TTC la bouteille. Château Romanin, 13210
Saint-Rémy-de-Provence ; tél. : 04-90-92-45-87. www.romanin.com
TOQUES EN POINTE
L’ISARD
a Selon la tradition, la table pyrénéenne comportait quatre repas journaliers : « lou dejeuna », au petit matin, avec soupe chaude, pâtés et fritons ;
à midi, « lou brespaya », confits et farcis ; à 4 heures, c’est « lou remoundoua », salades et fruits ; enfin, le soir, « lou soupa », frugale collation
avec le tourin. Les temps ont changé, et Stéphane Ruel, dans cette annexe
de la Maison des Pyrénées, ne voit guère de chasseurs d’ours ou d’isards,
espèces désormais protégées. Il se contente de rassasier une clientèle de
quartier avec une crème de haricots tarbais aux pétales de chorizo, une
cassolette d’escargots, un thon poêlé aux endives caramélisées ou encore
un délicieux et fondant mitonné de joues de cochon au fenouil, sans
oublier le magret de canard et poires pochées au madiran. En saison et
sur commande, le chef prépare la garbure bigourdane, la poule au pot ou
le mounjetado. Formule : 19,05 ¤. Menu : 23,62 ¤. A la carte, compter 26 ¤.
e 15, rue Saint-Augustin, 75002 Paris ; tél. : 01-42-96-00-26. Fermé
samedi midi et dimanche.
OÏSHI
a Spécial grillades, spécial poisson cru, hors-d’œuvres, plats traditionnels, les sushis, les makis et les sashimis, cette grande maison sur deux
étages et cent soixante couverts offre à peu près toutes les richesses culinaires du Japon. On pourrait croire que l’excès nuit à la qualité. Mais
non, tout est rigoureusement préparé, frais, appétissant. Le plateau
Oïshi, assortiment de poissons crus, magnifiquement présenté, et la fondue japonaise (Oïshi Nabe) permettent de saisir les nuances d’une cuisine dont en Occident on retient surtout l’apparat. Au plaisir de l’œil
s’ajoute celui du palais. Formules de 11,50 ¤ à 24,50 ¤. Tempura, yakitori
à 13,50 ¤. A la carte, compter 30 ¤.
e 106, rue de Richelieu, 75002 Paris ; tél. : 01-42-96-45-94. Ouvert tous
les jours.
IL RISTORANTE
a La table d’Italie n’est pas moins abondante que celle de sa cousine
transalpine. Cuisine des régions, sinon des terroirs, de la Lombardie à la
Sicile, où est né Rocco Anfuso, la péninsule offre une extrême variété de
produits et d’usages de table. La Toscane connaît depuis l’Antiquité l’élevage du bœuf. L’animal privilégié des sacrifices est aujourd’hui apprécié
sous la forme d’un filetto di manzo al pesto. Le vitello tonnato à la sauce
aux câpres atteint ici une finesse rarement éprouvée. L’olive est souveraine dans les spaghetti alla putanesca. Longtemps sous le joug de la paisible administration autrichienne, la Lombardie et la Vénétie ont connu
le beurre et l’usage mirifique du riz. Pas moins de trois risotti sont préparés à la commande, sans ajout de vin blanc, donc sans acidité. Une façon
personnelle du chef. Mais quelle différence avec le pseudo-risotto de
nombreux chefs français ! Le parmesan n’est pas plus cette poudre poussiéreuse que l’on vend ici en sachets, c’est un noble fromage, granulé,
sapide, croquant, à déguster avec un Frecciarossa, vin lombard des collines de Casteggio. Pâtes de Bologne aux multiples variétés : lasagne, tortellini, tagliatelle. Un décor classique, quelques magnifiques bouteilles,
c’est la magie de cette excellente table italienne. Menu déjeuner : 25,15 ¤.
A la carte, compter 30 ¤.
e 22, rue Fourcroy, 75017 Paris ; tél. : 01-47-54-91-48. Fermé samedi midi
et dimanche.
J.-C. Rt
AUJOURD’HUI
Nuages au nord-ouest, soleil ailleurs
MERCREDI. Un anticyclone est
situé de l’Europe centrale à la Fance, mais les pressions baissent sur
le nord-ouest avec l’arrivée d'une
faible perturbation, ne donnant
que quelques pluies. Les températures restent froides sur l’est du
pays avec encore de fortes gelées.
Bretagne, pays de Loire, BasseNormandie. Les nuages deviendront nombreux par l’ouest, avec
quelques pluies locales sur la Bretagne l’après-midi. Les températures
maximales iront de 9 à 11 degrés.
Ardennes, Nord-Picardie, Ilede-France, Centre, Haute-Normandie. Après dissipation de quelques brouillards locaux, le soleil
sera généreux. Le ciel deviendra
nuageux sur la Haute-Normandie
l’après-midi. Les températures
maximales avoisineront 1 à
6 degrés.
Champagne, Lorraine, Alsace,
Bourgogne,
Franche-Comté.
Après dissipation de brouillards
givrants, le soleil sera généreux. Le
thermomètre marquera de 0 à
5 degrés au maximum.
Poitou-Charentes, Aquitaine,
Midi-Pyrénées. Sur Poitou Charentes, les nuages deviendront
plus
nombreux
l’après-midi.
Ailleurs, après dissipation de
brouillards givrants, le soleil sera
au rendez-vous. Lezs températures maximales iront de 8 à 13
degrés.
Limousin, Auvergne, RhôneAlpes. Après dissipation de quelques brouillards givrants, le soleil
sera bien présent l’après-midi. Les
températures maximales avoisineront 4 à 9 degrés.
Languedoc-Roussillon, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Corse. Sur
le Languedoc-Roussillon, le ciel
sera couvert le matin, avec quelques gouttes, puis de belles éclaircies reviendront. Ailleurs, le soleil
sera au rendez-vous. Les températures maximales iront de 10 à
14 degrés.
Oslo
Prévisions
Belfast
Liverpool
Dublin
Amsterdam
Londres
50 o
NANCY
-9/0
NANTES
3/10
NICE
1/13
PARIS
-2/4
PAU
-3/10
PERPIGNAN
6/14
RENNES
2/9
ST-ETIENNE
--2/7
STRASBOURG
-9/0
TOULOUSE
2/11
TOURS
-1/6
FRANCE outre-mer
CAYENNE
23/30
FORT-DE-FR.
24/29
NOUMEA
26/31
S
C
S
S
S
C
C
S
S
S
S
S
S
S
25/29 P
23/30 S
24/29 S
1/6
2/7
5/11
1/4
-6/-1
-2/1
-5/1
3/7
-12/-3
-6/-1
1/3
0/4
-8/-3
-1/4
-4/1
-2/2
S
C
S
S
S
S
S
S
S
S
C
S
S
S
S
C
Budapest
Belgrade
Rome
Barcelone
Madrid
Sofia
KIEV
LISBONNE
LIVERPOOL
LONDRES
LUXEMBOURG
MADRID
MILAN
MOSCOU
MUNICH
NAPLES
OSLO
PALMA DE M.
PRAGUE
ROME
SEVILLE
SOFIA
ST-PETERSB.
STOCKHOLM
TENERIFE
VARSOVIE
-12/1
5/12
1/6
1/6
-4/-1
-1/8
-4/7
-16/-2
-7/-2
2/13
-14/2
4/15
-7/1
3/13
7/16
-8/-3
-4/0
-3/4
18/22
-3/1
C
S
C
C
S
S
S
*
S
S
C
S
S
S
S
S
S
S
C
C
Istanbul
VENISE
VIENNE
AMÉRIQUES
BRASILIA
BUENOS AIR.
CARACAS
CHICAGO
LIMA
LOS ANGELES
MEXICO
MONTREAL
NEW YORK
SAN FRANCIS.
SANTIAGO/CHI
TORONTO
WASHINGTON
AFRIQUE
ALGER
DAKAR
KINSHASA
-1/7 S
-3/1 S
19/28
20/31
22/30
-1/7
17/23
13/18
1/21
-2/4
0/7
10/14
13/30
-2/4
-2/10
C
S
S
C
S
S
S
C
C
S
S
C
C
8/15 S
21/24 C
22/29 P
Averses
Naples
Athènes
Orages
Neige
Tunis
10
Brèves
éclaircies
Pluie
Lisbonne
o
a PORTUGAL. La compagnie portugaise Air Luxor propose, au
départ de Paris-CDG T9 et en partage de code avec la compagnie Portugalia, deux vols quotidiens à destination de Lisbonne en Airbus
A-320. Cette liaison s’ajoute à la
seule ligne régulière exploitée jusqu’à présent par Air Luxor entre Lisbonne et Funchal. Renseignements
au 0825-872-981.
a AÉRIEN. Malgré les attentats du
11 septembre, l’année 2001 a connu
le plus faible nombre de catastrophes aériennes depuis la seconde
guerre mondiale, indique l’Aviation
Safety Network. Le bilan, repris
dans L’Echo touristique du 4 janvier,
fait état de 34 accidents mortels
impliquant des avions de ligne,
bilan équivalant à celui de 1984.
Au cours de la dernière décennie,
la moyenne enregistrée a été de
48 accidents par année (avec
1 298 décès). Ces statistiques ne tiennent pas compte des victimes au sol.
Brume
brouillard
Bucarest
Milan
Toulouse
0
LE CARNET
DU VOYAGEUR
Ensoleillé
Couvert
Vienne
Berne
Lyon
40 o
Kiev
Prague
Strasbourg
Nantes
Varsovie
Berlin
Bruxelles
Paris
Rabat
PAPEETE
POINTE-A-PIT.
ST-DENIS-RÉ.
EUROPE
AMSTERDAM
ATHENES
BARCELONE
BELFAST
BELGRADE
BERLIN
BERNE
BRUXELLES
BUCAREST
BUDAPEST
COPENHAGUE
DUBLIN
FRANCFORT
GENEVE
HELSINKI
ISTANBUL
Moscou
Peu
nuageux
Alger
Ville par ville, les minima/maxima de température
et l’état du ciel. S : ensoleillé; N : nuageux;
C : couvert; P : pluie; * : neige.
Stockholm
vers 12h00
Séville
PRÉ
PR
ÉVISIONS POUR LE 09 JANVIER 2002
FRANCE métropole
AJACCIO
0/14 S
BIARRITZ
5/12 S
BORDEAUX
-2/8 N
BOURGES
-3/6 S
BREST
2/8 C
CAEN
2/5 N
CHERBOURG
1/7 C
CLERMONT-F.
-2/6 S
DIJON
-7/3 S
GRENOBLE
-8/3 S
LILLE
-3/2 S
LIMOGES
1/7 S
LYON
-3/6 S
MARSEILLE
1/10 N
-09-------JANVIER
-----------------2002
------
LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002 / 25
o
LE CAIRE
5/14
NAIROBI
15/29
PRETORIA
17/23
RABAT
12/20
TUNIS
8/16
ASIE-OCÉANIE
BANGKOK
22/31
BEYROUTH
8/12
BOMBAY
21/31
DJAKARTA
26/28
DUBAI
19/25
HANOI
16/24
HONGKONG
14/21
JERUSALEM
7/11
NEW DEHLI
7/21
PEKIN
-4/9
SEOUL
-8/1
SINGAPOUR
26/30
SYDNEY
18/25
TOKYO
2/10
20
Vent fort
o
S
S
C
S
S
S
P
S
P
S
C
S
P
S
S
S
C
S
S
Situation le 8 janvier à 0 heure TU
Prévisions pour le 10 janvier à 0 heure TU
PRATIQUE
Les précautions à prendre avant de déposer une liste de mariage
LE SYSTÈME de la liste simplifie la tâche des donateurs et évite
aux fiancés de recevoir huit lampes de chevet et six pelles à
gâteau. Les promis auront cependant intérêt à rester vigilants : le
dépôt d’une liste équivaut en effet
à l’ouverture d’un compte joint ou
indivis qui ne pourra donner lieu à
aucun remboursement en espèces. Les sommes versées par leurs
parents et amis devront être
dépensées dans la boutique où est
déposée la liste. Comme le montant moyen d’une liste atteint
6 000 ¤, il importe d’opter pour un
magasin offrant un choix étendu,
ou bien, dans le cas d’une boutique spécialisée, de plafonner sa liste pour éviter d’être submergé de
linge de maison ou de vaisselle.
« Au lieu de nous prévenir que les
sommes dépassaient notre sélection
d’objets, la commerçante a dit à
nos invités qu’ils pouvaient quand
même participer et que les futurs
mariés
choisiraient
d’autres
cadeaux », déplore Aurélia, en
découvrant que les 450 euros supplémentaires devraient obligatoirement être investis dans les arts
de la table.
Le dépôt de plusieurs listes
n’est pas la solution idéale : il faut
soit communiquer à ses invités les
coordonnées des différents magasins, soit les orienter vers l’une ou
l’autre enseigne, sans être sûr que
les sommes déposées correspondront à ce que l’on souhaite acheter ici ou là. On peut éviter cet
écueil en s’adressant à un gestionnaire spécialisé. « Nous collectons
les fonds que les mariés sont libres
de dépenser à leur guise dans un
ou plusieurs magasins : ils peuvent
diversifier leurs achats, ou tout
investir dans un tableau », explique Pauline d’Orgeval, responsable de Mille et une listes
(www.1001listes.fr), qui référence
300 boutiques et gère 600 listes.
Elle se rémunère grâce à une remise de 15 % consentie par les boutiques sélectionnées. « Ce système
prémunit aussi contre le risque de
faillite du commerçant unique »,
conclut-elle.
Agréable à constituer au départ,
la liste peut se transformer en véritable calvaire lors de sa clôture.
« Le service que nous avions choisi
n’était plus disponible dans sa totalité. La marchande nous a proposé
de le compléter avec les éléments
d’un autre modèle, vaguement ressemblant. Comme nous ne voulions
pas d’un service dépareillé, nous
MOTS CROISÉS
1
2
3
4
5
PROBLÈME No 02 - 008
6
7
8
9 10 11 12
I
II
III
IV
avons dû en prendre un autre, plus
cher », poursuit Aurélia. Cette
mésaventure concerne tous les domaines : Anne s’est aperçue que le
canapé de sa liste n’existait plus
dans l’imprimé et le tissu désirés.
VÉRIFIER LES CONTRATS
« Il s’écoule de douze à dix-huit
mois entre le dépôt et la clôture
d’une liste. C’est pourquoi nous ne
pouvons pas garantir la pérennité
du fournisseur », explique Pascal
Housiaux, responsable des arts de
la table à la Boutique blanche au
Printemps Haussmann, à Paris. En
effet, une grande partie des articles sont fabriqués à la demande.
« Nous prenons le risque de stocker
certains modèles, alors que, sur des
lignes plus originales ou moins
demandées, nous n’avons que des
“têtes de service” (échantillons). La
Pour en savoir plus
b Salon du mariage. Du 12 au
14 janvier, à Paris, au Carrousel
du Louvre, 99, rue de Rivoli,
de 10 à 19 heures. Entrée : 9 ¤.
www.mariagecarrousel.com
Selon une étude BVA, le voyage
de noces arrive en tête
Retrouvez nos grilles
sur www.lemonde.fr
tôt vieillot. Inscription en affaires. - 7. Impossible à atteindre.
Marque de pompes. - 8. Son
coup devrait disparaître. Egouttoir. - 9. Tint enfermé. - 10. Bien
de son temps. - 11. Son tube a
toujours du succès en ville. A
donné en passant son nom au
Bosphore. Article. - 12. Ont raison des plus forts sur la piste.
V
Philippe Dupuis
VI
SOLUTION DU N° 02 - 007
VII
Horizontalement
I. Ecrivailleur. - II. Noisette.
Cru. - III. Jubilé. Uni. - IV. Or. Soldeuses. - V. Lai. Ceints. - VI.
Ignée. CD. OPE. - VII. Vent. Eternel. - VIII. Ecale. Enta. - IX. Ure.
Dons. Eon. - X. Rassortiment.
VIII
IX
X
HORIZONTALEMENT
I. Conservateur en chambre. II. Découragé ou éliminé. A donné naissance à l’Europe d’aujourd’hui. - III. Bien charpenté.
Suivit de près Garibaldi et Napoléon III. - IV. A l’entrée d’Issoire.
Ramolli du chef. Détroit sur la
Baltique. - V. Qui peut maintenant circuler librement. - VI.
Touché en plein cœur. Suivit par
les bons marcheurs. Solide cordage. - VII. Il n’y a pas que dans
le discours qu’elle est nécessaire.
A su retourner la situation à la
cour. - VIII. Un peu d’élégance.
Conjonction. Maître de luimême. - IX. Butins des ouvrières.
Jeu de piste. - X. Mauvaises rencontres.
VERTICALEMENT
1. Sans aucun empressement. 2. Qui pourra repartir d’un bon
pied. - 3. Droits à l’entrée du
cimetière. Forme de pouvoir.
Chlore. - 4. Croqué avant d’être
dépouillé. Reçoit ou est reçu. - 5.
Lac en montagne. Peuvent être
chèvres, chats ou lapins. - 6. Plu-
Verticalement
1. Enjoliveur. - 2. Courage. Râ. 3. RIB. Innées. - 4. Isis. Etc. - 5.
Véloce. Ado. - 6. Atèle. Elôr (rôle).
- 7. It. Dictent. - 8. Légende. Si. 9. Ut. Ré. - 10. Ecussonnée. 11. Urne. Peton. - 12. Ruisselant.
commande sera déclenchée à la clôture de la liste, lorsque nous serons
sûrs que les mariés ne changeront
pas d’avis, ce qui est le cas d’un couple sur deux. » En effet, la liste de
mariage n’est qu’un « pré-choix »,
susceptible d’être modifié par la
suite. C’est d’ailleurs là un des
avantages des grands magasins,
qui offrent un large éventail de
prestations : si l’enseigne dispose
d’une agence de voyages, les
mariés peuvent troquer leur liste
contre une croisière. D’autre part,
certains fournisseurs attendent la
commande pour lancer la fabrication, ce qui peut prendre deux
mois, et jusqu’à six mois pour certaines pièces : soupière, saucière,
orfèvrerie. « Nous devons alors
affronter le mécontentement du
client, qui ne comprend pas que son
service ne lui soit pas livré au
des cadeaux souhaités (80 %),
suivi de la décoration de la
maison (44 %), d’une voiture
(35 %), de matériel hi-fi et vidéo
(29 %), d’articles arts de la table
(23 %) et… d’une cave (13 %).
b A lire. Le Coffret du mariage,
de J. Hirschhaut et L. Loodgate
(Solar, 23,93 ¤).
SCRABBLE ®
complet, dans le délai annoncé »,
poursuit Pascal Housiaux.
Quant au petit électroménager
(sèche-cheveux, grille-pain), il
peut avoir été remplacé par de
nouveaux modèles. C’est également le cas de l’équipement hi-fi
et des tissus d’ameublement, lorsqu’il y a une rotation trimestrielle
des collections (chez Habitat, par
exemple).
Avant l’ouverture de la liste, il
faut vérifier les contrats proposés
par les commerçants. Ceux des
Galeries Lafayette, de Mille et une
listes et d’Habitat sont explicites :
ils ne garantissent pas la disponibilité des objets. Le Printemps est
moins précis, mais les vendeurs
signalent dans un carnet les objets
« sous réserve », dont la fourniture
n’est pas assurée. On évitera les
déceptions en réservant l’article
auquel on tient absolument en versant des arrhes ou en avançant soimême le prix. Cette démarche est
facilitée dans les grands magasins,
qui, dès l’ouverture de la liste, créditent celle-ci de 500 euros et se
remboursent au fur et à mesure
des versements des donateurs.
La lecture attentive des contrats
permettra de comparer les avantages consentis par les différentes
enseignes. En effet, l’argent déposé pour une période d’un à
deux ans est placé par les commerçants, pour lesquels il constitue
une source de revenus. « En échange, nous consentons des avantages
aux futurs mariés : prix garantis (le
montant de chaque article restera
le même qu’au jour du dépôt de la
liste, même s’il a augmenté dans l’intervalle) et un escompte de 5 % sur
certains objets », explique-t-on au
Printemps. Les articles exclus de
cette remise (librairie, voyages,
micro-informatique) figurent sur
le contrat. On vérifiera si ces réductions sont cumulables avec les soldes et promotions. Le contrat stipule aussi les autres avantages :
livraison gratuite, cadeau offert
par le magasin lorsque la liste
atteint une certaine somme. Enfin,
le contrat précisera les modalités
de suivi et de gestion de la liste :
communication à tout moment du
montant et de la provenance des
versements, des achats effectués,
du solde du compte et des commandes en cours. Ces informations sont importantes, car il est
primordial de pouvoir remercier
tous ses invités de leur générosité.
Michaëla Bobasch
No 259
La Tsigane fait du teasing
Tirage : E E E I I P T.
a) Trouvez un huit-lettres et écrivez-le sur la grille (il est donné
ci-dessous).
Tirage suivant : B E E I O R S.
b) Trouvez un sept-lettres et trois
huit-lettres en quatre endroits différents. Ecrivez le sept-lettres sur
la grille (il est donné ci-dessous).
Sol. de a) : PIETINEE, 11 C, 70.
Tirage suivant : D E L P S U X.
c) En trois endroits différents, placez trois mots rapportant respectivement 54, 56 et 90 points.
Sol. de b) : REBOISE, K 6, 90, faisant PIETINEES.
Préparation de la grille de la
semaine prochaine.
d) E O R R T U V : trouvez deux
sept-lettres. A E I L N N R : ce tirage
s’appuie sur les consonnes C, F et
T ; trouvez les trois huit-lettres.
Solutions dans Le Monde du
16 janvier.
Solutions du problème paru
dans Le Monde du 2 janvier.
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15
A
B
C
D
E
F
G
H
I
J
K
L
M
N
O
L O O P I N G
a) MYE, mollusque bivalve – OYE,
oie – RAY, culture sur brûlis – RYE,
whisky canadien – YAM, jeu – NEY,
flûte indienne – YEN.
b) YEOMAN – MORNAY.
c) ACRONYME, 12 G, 90 – MONNAYER, N 5, 90 – PARONYME, J 7,
74, ou l’anagramme PYROMANE.
N
d) Voici les six anagrammes en
-ING : CLEARING, compensation,
en commerce – MEETINGS – PEELING – FEELING – TRADING –
TRAMPING, transport de fret à la
demande.
Michel Charlemagne
26
CULTURE
LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002
CINÉMA
RENCONTRE
Vaste programme
que celui qui s’offre aux
amateurs de cinéma en ce
premier mercredi de 2002 : trois
grandes tendances du cinéma
contemporain y sont
représentées par des titres
aussi variés que considérables.
Objet lourd du cinéma conçu
comme construction de
monuments historiques,
Laissez-passer, de Bertrand
Tavernier, revient sur une
période sombre et complexe
du cinéma national,
celle de l’Occupation.
Modèle de dispositif
hollywoodien, Spy Game,
de Tony Scott, organise
une rencontre de stars
autour d’un récit de
transmission plongé dans
les événements politiques
des trente dernières années.
Tandis que deux films
illustrent la vitalité,
la liberté et l’originalité
de cinématographies dites
« lointaines » : authentique
révélation, La Cienaga,
de la jeune réalisatrice
argentine Lucrecia Martel,
surprend et ravit, cependant
que Little Cheung,
du Hongkongais Fruit Chan,
confirme l’ambition
et la singularité de ce cinéaste
qui invente des fictions
toujours renouvelées pour dire
le présent de sa cité en pleine
mutation.
Prenez votre cahier magique
Le Corsaire, le Magicien, le Voleur
et les Enfants. Documentaire français de Julie Gavras. (1 h 25.)
Grâce à l’édition de DVD scolaires, François Truffaut et Abbas Kiarostami s’apprêtent à s’asseoir aux
côtés de Molière et Hugo sur les
bancs du Panthéon de l’école laïque
française. On aura cinéma comme
on a maths ou histoire-géo. Sur
cette voie, les écoliers du CM1A de
Décines (Rhône) comptent parmi les
pionniers. Pendant l’année scolaire
1999-2000, ils ont vu, commenté,
expliqué et fait des films, dont Le
Corsaire rouge, de Robert Siodmak,
Le Magicien d’Oz, de Victor Fleming
et Le Voleur de bicyclette, de Vittorio
de Sica, dont l’assemblage a donné
ce titre disgracieux. L’apprentissage
des enfants de Décines a été luimême filmé par Julie Gavras.
Le Corsaire… est un vrai film scolaire. En le voyant, on efface le collège, le lycée et le reste, et l’on retrouve ce temps de la classe interminable
et passionnant, à pleurer d’ennui ou
de rire. Comme au temps du vrai
CM1, on apprend des choses que
l’on glane au fil des interventions de
l’instituteur et des acolytes venus lui
prêter main-forte – un réalisateur de
court-métrage (Eric Guirado), une
professeur de filmage (drôlement
gentille), une grammairienne du cinéma (qui ne rigole pas avec les cadrages du Voleur de bicyclette).
En contrechamp, les enfants. Un
petit garçon, à force de réfléchir à la
différence entre la réalité et la fiction
parvient à l’idée de représentation,
tout seul, comme un grand. Une
jeune fille dirige le film de fin d’année et enguirlande un acteur :
« Aurélien, nous n’avons tourné que
ZOOM
Julie Gavras s’attache
surtout à montrer
la transmutation
du cinéma
en matière d’étude
deux plans ce matin », dit-elle avec
une tête de réalisatrice criante de
vérité.
Un autre parvient à établir une
relation de transitivité entre les Morlocks de La Machine à remonter le
temps (John Pal, 1960) plus forts que
la créature de La Chose (Hawks, 1951
ou Carpenter, 1982) qui eux-mêmes
peuvent mettre la pâtée à Alien
(Scott, 1979). Cette incursion dans
Andrea Occhipinti fait son marché
la vie privée cinématographique des
enfants reste très isolée. On retiendra aussi cette question à Eric Guirado : « Vous avez rencontré des acteurs connus, de films de 20 h 50 ? »
Julie Gavras s’attache surtout à
montrer la transmutation du cinéma
en matière d’étude… On discerne
très bien la crevasse qui s’est ouverte
entre les classiques du cinéma et les
enfants. Manque de familiarité avec
le noir et blanc, relégation des
« vieux » (plus de trente ans) films
en toute fin de soirée ont mis des
œuvres naguère universellement
connues (Le Magicien d’Oz, justement, mais aussi les grands westerns) hors de portée. Le gavage
d’images entraîne une compréhension intuitive des mécanismes du
récit filmé, qui ne demanderait qu’à
être mise en forme. Du pain bénit
pour l’école.
Reste que cette élection au rang
de discipline ne se fait pas sans
dégâts. Le temps d’un plan, l’on voit
les copies de quelques élèves auxquels l’instituteur avait demandé
d’imaginer une suite à un court
métrage. L’une a dessiné une fleur
sur le point du « i » de « Fin »,
l’autre a écrit « The end » à la fin de
son devoir, à chaque fois le maître a
barré d’un trait ces fantaisies.
« Vous dirigez la société de distribution italienne Lucky Red et vous
serez à Paris à partir du 11 janvier pour le quatrième Rendez-vous
européen du cinéma français, pourquoi faire le voyage ?
– Ma société distribue beaucoup de films d’auteur européens, donc français.
Je viens de sortir Un crime au paradis, de Jean Becker. Avant, Le Goût des
autres, d’Agnès Jaoui, a fait plus de 400 000 entrées en Italie. Ces rendez-vous
sont bien placés, avant le Festival de Berlin. Ils permettent aux acheteurs de
films de faire le point sur les films français terminés. D’autres manifestations
comparables, organisées dans d’autres pays, ne permettent que de voir trois
ou quatre films intéressants. L’offre française est aujourd’hui plus abondante,
plus variée. Il y a les films d’auteur, mais aussi des films de genre, comme Le
Pacte des loups, Les Rivières pourpres.
– Les spectateurs italiens se laissent-ils plus facilement convaincre
de venir voir des films français ?
– Pour les films de genre dont je parlais, ils ne se soucient pas de la nationalité, ces films sont proposés en version doublée et les spectateurs ne tiennent
pas compte de la nationalité. Mais les films d’auteur aussi ont changé, ils sont
plus universels. Autrefois le cinéma français avait la réputation d’être très
autoréférencé. Sous le sable, que j’ai distribué, ou Le Goût des autres touchent
des publics qui ne connaissent pas la France. C’est d’autant plus remarquable
que l’humour a la réputation de mal voyager. La réputation du cinéma français devrait encore changer avec Amélie Poulain, qui n’est pas encore sorti
chez nous.
– Cette année, y a-t-il des films qui vous font déjà envie ?
Je viens déjà d’acheter Tanguy, Ma femme est une actrice et Le Petit Poucet. A
Paris, je verrai plutôt les premiers films que proposent les Rendez-vous.
– Le succès du cinéma français à l’exportation a-t-il fait monter les
prix ?
– Il y a beaucoup de différences d’un film à l’autre. Dans l’ensemble, les
prix restent raisonnables. Mais les changements dans le paysage télévisuel
ont modifié le marché. Aujourd’hui, quand j’achète un film, je dois m’assurer au maximum de son succès en salles. Avant, j’étais sûr de pouvoir en
vendre les droits pour la télévision à Telepiu (filiale italienne de Canal+),
qui a aujourd’hui une politique d’achat beaucoup plus restrictive. »
T. S.
Propos recueillis par Thomas Sotinel
« La Cienaga » annonce la nouvelle vague argentine
Jeune auteur d’un film déjà remarqué dans les festivals, Lucrecia Martel signe une mise en scène de la décadence bourgeoise sur fond de nature étouffante
niveau de la ceinture, somnolent
ou déambulent au bord de la piscine, avec entre leurs mains des verres remplis d’un liquide rouge et
sirupeux. A ce moment presque
irréel – où le flottement des ventres mous est environné sur le
plan sonore par le tintement obsédant des glaçons et le grondement de l’orage qui approche –
succède, hors champ, la chute de
Mecha, qu’on voit se relever, la
poitrine sanguinolente, profondément tailladée par les éclats de
verre brisé.
Film argentin de Lucrecia Martel. Avec Graciela Borges, Mercedes Moran, Juan Cruz Bordeu,
Martin Adjemian, Diego Baenas.
(1 h 42.)
ŒUVRE POLITIQUE ET THÉOLOGIQUE
D. R.
Par une sombre ironie du destin,
c’est au moment où l’Argentine
connaît une des périodes les plus
dramatiques de son histoire, que
les signes les plus éclatants du
renouvellement de son cinéma
commencent à nous parvenir.
Pour la première fois peut-être,
cette cinématographie – qui n’a
jamais par le passé suscité de mouvements comparables à ceux
observés, sur le continent latinoaméricain, au Mexique (le mélo
des années 1930) ou au Brésil (le
cinema novo) – fait une percée
significative sur la scène internationale, grâce à une nouvelle génération d’auteurs qui, depuis une
dizaine d’années, s’emploient à
secouer la gangue de l’académisme local. Ainsi, après les remarquables Mundo Grua de Pablo Trapero
ou La Libertad de Lisandro Alonso,
récemment distribués en France,
est-on invité à découvrir aujourd’hui La Cienaga, renversant premier long métrage de Lucrecia
Martel.
S’il fallait au spectateur désireux
de se familiariser avec cette nouvelle vague argentine choisir un seul
film, ce devrait être assurément
celui-ci, tant cette œuvre est originale, tant elle donne le sentiment,
trop rare pour ne pas être souligné, de la révélation d’un talent
original, d’un regard à nul autre
pareil. On n’ira pas chercher plus
loin la raison pour laquelle, en toute justice, ce film a d’ores et déjà
conquis une solide réputation
internationale, en remportant successivement le prix du meilleur scénario au Festival de Sundance
1999, celui du meilleur premier
film à Berlin en 2001 et celui de la
découverte de la critique, la même
année, aux Rencontres cinéma
d’Amérique latine de Toulouse.
De quoi s’agit-il ? De pas grandchose a priori. Comme il en va
souvent avec les œuvres les plus
riches de ce temps, le film se distingue par la pauvreté de son argument. Soit un été torride du NordOuest argentin, au cours duquel
deux familles de la bourgeoisie
locale, visiblement déchue, vont
s’employer à vivre. L’essentiel de
l’action se déroule dans la propriété rurale de l’une d’entre elles,
où la mère, Mecha, lunettes noires
et cinquantaine alcoolisée, mène
une guerre plus ou moins constante et plus ou moins larvée à son
entourage. Lequel se compose de
son mari, bellâtre veule et décrépit, lui aussi réfugié dans la boisson, d’Isabel, une domestique
indienne mutique et récalcitrante,
et de ses quatre enfants principalement occupés, chacun à sa façon,
Un cérémonial méticuleux aux confins du fantastique.
à fuir le foyer parental. Avec eux,
en visite régulière, la famille de
Tali, cousine de Mecha, notamment constituée d’un mari qui
entretient une défiance raisonnable à l’égard des parents de sa femme, et d’un charmant garçonnet
régulièrement persécuté par sa
petite diablesse de sœur.
la fragmentation des corps et du
temps, instille avec une grande
intelligence le sentiment de cette
contre-nature, qui plonge insidieusement le film dans une sorte de
léthargie à la fois sensuelle et
angoissante. Sans jamais quitter
les rives de la réalité la plus anodi-
J. M.
Lucrecia Martel, réalisatrice
UNE NATURE HOSTILE
Davantage que par la trame
narrative – encore que sa désespérante insignifiance fasse partie
intégrante du propos de Lucrecia
Martel –, le film s’impose par son
climat, admirablement rendu par
la mise en scène. Comme le titre le
suggère – les cienagas sont des
régions marécageuses et subtropicales, impropres au développement et au maintien de la vie –
tout ici, depuis l’existence des
hommes jusqu’à celle des animaux, semble devoir être atteint
par la corruption, la déliquescence, voire la monstruosité. Une
nature fondamentalement hostile
à l’harmonie des choses et des
êtres y règne sournoisement,
depuis la vache mortellement
embourbée dans les marais jusqu’à la pourriture de l’eau de la piscine, en passant par la terreur
hybride des fables enfantines (l’histoire du chien-rat africain à la double rangée de dents) ou la dégénérescence physique (tel enfant est
en passe de perdre un œil, tel
autre a une dent en trop…) et
morale (délabrement du tissu familial, liens incestueux latents…) des
personnages.
La mise en scène, en recourant
au confinement de l’espace, à la
promiscuité des personnages, aux
zones d’ombre rehaussées de flaques de couleurs fluorescentes, à
ne et la plus triviale, La Cienaga
ressemble à cet égard à un lent et
méticuleux cérémonial menant
aux confins du fantastique. L’étonnant plan d’ouverture du film en
témoigne à lui seul, où des personnages aux chairs flétries et dénudées, délibérément filmés au
Dans l’espace de ce raccord fulgurant – qui sort pour un instant le
film de sa torpeur – on peut considérer que le rouge est mis et que la
messe est dite. Car La Cienaga,
sous les espèces privilégiées du
vin, du sang et de la chair, se révèle, fondamentalement, comme
une œuvre dont la dimension est à
la fois politique et théologique.
Elle interroge à ce titre, à travers le
thème spirituel et temporel de l’incarnation, le statut du cinéma luimême, mais aussi l’histoire particulière de l’Argentine. Avec pour
principaux fils rouges le sang (qui
ne cesse de couler et de se répandre dans le film) et l’image (l’émission de télévision qui rapporte
régulièrement la vision miraculeuse de la Vierge sur le toit d’un
immeuble de la ville), La Cienaga
évoque – avec une actualité qui
n’échappera à personne – le tragique destin d’un pays continuellement soumis, depuis sa conquête
par l’Occident chrétien, au joug
sacrificiel du sabre et du goupillon.
Le nord-ouest du pays, laissépour-compte de la modernité
argentine, avec sa végétation luxuriante et ses églises espagnoles, sa
population indienne nombreuse et
ses descendants de colons déclassés, est à cet égard la région qui
offre le point de vue idéal sur les
paradoxes du pays. La famille très
« fin de race » qui y est représentée, avec son racisme larvé à
l’égard des Indiens et l’inextricable
promiscuité qui les mêle à eux,
avec sa sensualité à fleur de peau
et la mortification de la chair qui
en résulte, témoigne d’une humanité condamnée de toute éternité
à l’expiation de la faute originelle.
Mais si les Indiens, souvent comparés à des animaux, sont fantasmés
par la famille comme les agents de
cette corruption, c’est bien à eux
qu’apparaît la Sainte, tandis que
Mecha, cloîtrée dans son alcôve et
couturée de stigmates, ferait plutôt figure de vierge déchue. Hanté
par le ciel et plongé dans la boue,
La Cienaga met en scène, sans en
dévoiler le mystère, le tourment
chrétien de la chair.
« Entre nous et les anciens, il y a une génération manquante »
Née en 1966 à Salta, dans le nord
de l’Argentine, Lucrecia Martel vit
depuis 1986 à Buenos Aires. Elle est
actuellement en résidence à Paris,
dans le cadre de la Cinéfondation du
Festival de Cannes.
« La Cienaga s’inscrit-il, selon
vous, dans une “nouvelle vague”
argentine ?
– Oui et non. Il est vrai qu’un certain nombre de jeunes réalisateurs
sont apparus au cours des années
1990, et ont pu notamment produire, grâce à une aide du gouvernement, des courts métrages qui ont
été remarqués et qui leur ont permis de poursuivre sur cette lancée.
» C’est ainsi que j’ai réalisé Le Roi
mort, en 1995. Mais il n’y a pas vraiment de mouvement constitué, au
sens esthétique ou philosophique.
Nous fréquentons une association
qui réunit les jeunes réalisateurs
pour tenter de leur apporter une
aide, mais tout cela reste très pragmatique. Chacun explore sa voie
personnelle. Je crois qu’une des raisons de notre visibilité est due au
fait que, entre nous et les anciens, il
y a tout simplement une génération
manquante, celle de la dictature.
– Comment êtes-vous passée
au long métrage ?
– J’ai présenté mon scénario au
Festival de cinéma indépendant de
Sundance, aux Etats-Unis, où j’ai
reçu un prix qui m’a permis d’obtenir l’achat par la télévision japonaise NHK. Le film est également produit par une société argentine
connue et a glané des subventions
en Europe, parmi lesquelles le
Fonds Sud, qui émane du ministère
de la culture français. C’est une production plus confortable que la plupart de celles dont jouit habituellement le jeune cinéma argentin.
– Le film est tourné dans votre
région natale, au nord de l’Argentine. Est-il pour autant autobiographique ?
– Le film provient de matériaux
très divers, dont effectivement une
série de carnets où j’ai pu noter des
détails ou des souvenirs personnels.
Mais c’est le propre de la fiction de
permettre de parler de soi avec une
certaine distance. Rien ne m’est
étranger dans ce film, mais en
même temps beaucoup d’éléments
n’ont pas été vécus par moi. L’idée
même de La Cienaga s’est cristallisée le jour où une amie, qui appartient à la haute bourgeoisie de Buenos Aires, m’a raconté que sa tante
était tombée dans la piscine…
– C’est aussi une œuvre très
stylisée. Quelle a été votre
méthode de travail ?
– Rien n’y est improvisé, hormis
la place de la caméra. J’attache une
grande importance au stade de la
recherche et de l’écriture, et je me
suis rendu compte au cours du tournage que j’avais beaucoup de mal à
me détacher de cette structure. La
période la plus heureuse du processus cinématographique reste pour
moi celle de la préparation : c’est
un moment où on échappe à cette
pression collective constante qui
pèse sur le réalisateur depuis le
tournage jusqu’à la promotion du
film.
» Il y a une injonction sociale
très forte dans le cinéma, qui m’effraie un peu. Je pense d’ailleurs que
si mon court métrage n’avait pas
marché, j’aurais peut-être choisi de
m’exprimer par l’écriture.
– Votre film témoigne d’une
préoccupation religieuse flagrante...
– J’ai été élevée, avec six frères et
sœurs, dans une société très hiérarchisée et très religieuse, en l’occurrence catholique. J’ai rompu à l’adolescence, mais je crois que ce genre
de choses vous imprègne, à un
niveau quasiment corporel, durant
toute votre vie. Mais le thème de la
culpabilité, en Argentine, est aussi
lié à la dictature et à la façon dont
on n’en est pas encore sortis. La Cienaga est le fruit de cette expérience.
– Que pensez-vous de la crise
actuelle, et comment envisagezvous la suite de votre carrière en
Argentine ?
– Personne, en Argentine, n’est
réellement surpris par ce qui vient
d’arriver. La désintégration des
liens sociaux causée par la dictature
a permis à un libéralisme effréné de
s’installer, avec les résultats qu’on
voit aujourd’hui. Nous avons le sentiment d’avoir touché le fond, et en
même temps on ne peut s’empêcher d’entretenir un formidable
espoir devant la réaction de la
classe moyenne, qui a été complètement démobilisée durant les vingt
dernières années. Pour ma part, j’ai
passé ma vie à passer d’une crise
politique à une autre, et j’ai toujours fini par m’en sortir. Je n’ai
aucun doute, au fond, sur le fait
que mon travail est intimement lié
à ce pays. Je ne le quitterai pas. »
Propos recueillis par
Jacques Mandelbaum
CULTURE-CINÉMA
LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002 / 27
Avec Laissez-passer, Denis Podalydès se heurtait pour la première
fois à une difficulté qu’il n’avait
encore jamais affrontée en tant
que comédien : l’incarnation d’un
PORTRAIT
« Le personnage
de Jean Aurenche
me filait
entre les doigts »
personnage qui a existé, en la personne de Jean Aurenche, pris dans
la période de l’Occupation. Scénariste du Rouge et le Noir et de Douce, de Claude Autant-Lara, d’Hôtel
du Nord, de Marcel Carné, Jean
Aurenche, catalogué par la nouvelle vague comme représentant de
la « qualité française », a travaillé
à la fin de sa carrière avec Bertrand Tavernier pour six de ses
films, dont L’Horloger de SaintPaul, Coup de torchon et Le Juge et
l’Assassin.
« Rien ne me préparait, note
Denis Podalydès, à incarner pareil
personnage. Par ma formation nouvelle vague, Aurenche faisait forcément partie du camp des dépassés. » Dans Dieu seul me voit, où
Denis Podalydès jouait sous la
direction de son frère Bruno – les
deux frères ont tourné deux autres
films ensemble, Versailles RiveGauche en 1992 et Liberté-Oléron
en 2000, et préparent une adapta-
tion du Mystère de la chambre
jaune de Gaston Leroux –, il y
avait une grande scène où l’un des
personnages se demandait ce qu’il
aurait fait durant l’Occupation.
« Avec le personnage d’Aurenche
j’ai continué ce questionnement.
Pour Bertrand Tavernier, Jean
Aurenche n’aurait jamais pu résister physiquement mais seulement
avec sa plume et ses mots. »
Denis Podalydès s’est préparé
au personnage d’Aurenche en
trois temps. En lisant d’abord La
Suite à l’écran, livre d’entretiens
avec Jean Aurenche ; en revoyant
plusieurs films écrits par le scénariste, Le Mariage de Chiffon, Sylvie
et le fantôme, Les Amants du pont
Saint-Jean, d’Henri Decoin, « une
sorte de Roméo et Juliette situé
dans la région lyonnaise. Le film
aurait été tourné par Jean Renoir
qu’on se dirait qu’il s’agit d’un
Renoir méconnu » ; en discutant
longuement avec Bertrand Tavernier avant et pendant un tournage
qui laissait une grande place à l’improvisation pour les comédiens.
« J’avais été sensible aux entretiens avec Philippe Soupault, réalisés par Bertrand Tavernier, qui se
mésestimait totalement en tant
qu’homme de lettres. » Un peu comme Jean Aurenche, aux yeux du
comédien. « Il n’y avait pas de fétichisme sur la reconstitution du personnage, tout est passé par le livre et
les films. Bertrand Tavernier a fantasmé la jeunesse d’Aurenche à tra-
vers ce qu’il lui avait raconté. » A
propos d’une partie des films français réalisés sous l’Occupation,
Denis Podalydès parle d’une
« Atlantide viciée », manière de
désigner des films pour certains
magnifiques, tournés à une époque scélérate.
Durant le tournage de Laissezpasser, une malle avec des cassettes de films écrits par Aurenche est
mise à la disposition de l’équipe, à
qui il est fortement recommandé
de les visionner. Un membre de
l’équipe qui ne les a pas regardées
se fait vertement tancer par Bertrand Tavernier. « Je n’avais pas
mesuré la place d’Aurenche dans le
cinéma français. Aurenche et Bost
ont été frappés du châtiment de
l’Histoire. Le coup de force historique qui est celui de la nouvelle
vague a entraîné ses malédictions.
Aurenche écrivait sur des bouts de
nappe et pensait que ce qu’il écrivait ne valait rien. Il faisait
d’ailleurs disparaître ses mots dans
la bouche des acteurs. Aurenche
n’était pas comme Henri Jeanson,
par exemple. Il n’écrivait jamais de
mots d’auteur. Le personnage
d’Aurenche me fuyait entre les
doigts, il flirtait tous les jours avec
l’inconséquence, l’inconsistance. Vu
l’estime mesurée qu’il avait pour luimême, Aurenche, beaucoup plus
que Bost, devait accepter son destin
d’écrivain oublié. »
FRANCK FERVILLE POUR « LE MONDE »
Denis Podalydès en costume d’ombre
S. Bd
Denis Podalydès, le 2 janvier, à la Comédie-Française.
L’embaumement d’un pan d’histoire du cinéma français
Laissez-passer. Bertrand Tavernier évoque l’Occupation autour du réalisateur Jean-Devaivre et du scénariste Jean Aurenche
Film français de Bertrand Tavernier. Avec Jacques Gamblin,
Denis Podalydès, Marie Gillain,
Charlotte Kady, Marie Desgranges, Maria Pitarresi, Ged Marlon.
(2 h 50.)
Bertrand Tavernier aime le cinéma. Bertrand Tavernier aime le
cinéma français, l’Histoire et les
histoires. Toute sa carrière de réalisateur autant que ses innombrables déclarations publiques en
attestent. En situant son nouveau
film dans les milieux de la production et de la réalisation à l’époque
de l’Occupation, il s’est donné les
moyens de faire un film entièrement consacré à ce qui le passionne. Et, tout naturellement, il a installé au cœur de son récit deux
hommes qu’il a beaucoup aimés,
le scénariste Jean Aurenche et le
réalisateur Jean-Devaivre.
Il est extraordinairement troublant, et bientôt parfaitement
embarrassant, de voir comment
cette affection, doublée de l’habituelle érudition du réalisateur, s’en
va étouffer les objets de son affection. Pour commencer, cet envahissant amour empèse la manière de
mettre en train le récit, d’une
manière aussi sympathique que
maladroite. D’abord en jouant à
reproduire la façon dont le cinéma
d’il y a soixante ans aurait filmé un
bombardement, à grand renfort
de carton-pâte et de figurants
arpentant un décor en prenant
l’air très effrayé : cet hommage
aux vieux artifices appellerait
ensuite une stylisation dont on
cherchera en vain la trace. Ensuite,
par la façon dont le film aborde les
interrogations d’une poignée de
personnages dont le nom ne dit
pas grand-chose à grand monde,
confrontés à des interrogations
dont on n’aura jamais que la plus
superficielle formulation.
PÉRIODE DES PLUS FÉCONDES
Au lieu d’essayer de comprendre
comment une période aussi dramatique a été aussi l’une des plus
fécondes de l’histoire du cinéma
français, Laissez-passer préfère aligner un nombre déraisonnable
d’anecdotes, dont la vocation illustrative éteint toute vie sur l’écran.
Sur les plateaux, dans la vie quotidienne ou du fait des événements
liés à la guerre, ces anecdotes sont
organisées autour des deux personnages principaux, selon un curieux
schéma narratif. Celui-ci, qui
devrait donner au film sa dynamique, s’avère un piège absurde que
les concepteurs du film, Bertrand
Tavernier et son co-scénariste
Jean Cosmos, se seraient tendu à
eux-mêmes. Ce schéma est construit sur l’idée d’un rendez-vous
manqué entre les deux protagonis-
tes. Encore une belle idée affectueuse – on comprend bien que
Tavernier aurait aimé que ces deux
hommes qu’il admire se rencontrent, et même travaillent ensemble – qui se retourne contre ses
intentions.
Ainsi Jean Aurenche, scénariste
qui en compagnie de son compère
Pierre Bost deviendra à la Libération un des piliers de cette « qualité française » dont François Truffaut pourfendra l’académisme, et
qui écrivit les scripts des premiers
films de Tavernier : il est campé en
une série de croquis pittoresques,
sans aucun doute inspirés de la réalité, mais qui apparaissent comme
autant de pauses. Ses tribulations
de bordels amicaux en chambres
de maîtresses, assorties de répliques ciselées et de postures
outrées, sonnent uniformément
faux. Quant à Jean-Devaivre, qui
deviendra le réalisateur de La
Dame d’onze heures, en 1947 et de
La Ferme des sept péchés, en 1948,
(film que Bertrand Tavernier fera,
bien plus tard, découvrir aux cinéphiles), il est astreint par le scénario à une sorte de frénésie qui, en
lui faisant assumer trop de situations, ne lui laisse guère le temps
d’exister. Entre ce postiche et ce
ludion, le spectateur n’a, lui, aucune raison de souhaiter une rencontre.
Du coup, les passages de scènes
centrées sur l’un à des séquences
consacrées à l’autre apparaissent
comme d’inutiles ruptures, éloignant encore ces figurines de toute relation qu’on pourrait nouer
avec elles. Autant que vitesse et
précipitation, le scénario confond
richesse et accumulation, confinant, à force de citations de personnages réels, de situations historiques et de films de cette période,
à un bien pléthorique jeu de Trivial Pursuit. La stratégie complexe
de Greven, le patron de la société
allemande Continental, l’histoire
extraordinaire de Jean-Paul Le
Chanois, résistant juif et communiste travaillant « pour les Allemands », celles de Charles Spaak
ou de Harry Baur, appelaient pourtant une évocation autrement
vivante.
Assigné à sa constante mobilité,
Jean-Devaivre échappe par instants à cet embaumement généralisé. Quand bien même on voit trop
à quelle fonction répond la séquence, et quand bien même celle-ci est
filmée comme une publicité pour
les fromages de France, le
moment où, contre toute logique
– professionnelle, militante, sentimentale – il traverse à vélo et à
fond de train la moitié de la France
pour rendre visite à sa femme, s’effondrer de fatigue puis repartir
dans l’autre sens, entrebaille un
instant de folie, de non-sens, qui
fait l’effet d’une brise dans un film
si confiné. La belle énergie que
met Jacques Gamblin à défendre
son personnage, courant, pédalant, dirigeant un tournage, posant
des bombes, photographiant des
documents de la Gestapo, sautant
par les fenêtres et en parachute
avec le même entrain, y est aussi
pour beaucoup.
Le triste paradoxe est que ce
tonus, loin d’insuffler de la vie à
cette œuvre pie, en souligne encore plus par contraste le caractère
amidonné. La malédiction dont
souffre Laissez-passer est peut-être
cachée dans la phrase qui lui sert
de slogan, « il n’y a rien de plus
beau que les histoires vraies ». Cela
ne veut rien dire, une « histoire
vraie », s’il ne s’agit pas de sa vérité en tant qu’histoire. C’est-àdire, ici, comme mise en scène de
cinéma. Que des événements
s’étant réellement produits inspirent cette histoire n’y change absolument rien, si manque la manière
d’en faire une histoire – et, s’il
s’agit d’un film, d’en faire une histoire avec les moyens spécifiques
du cinéma. En l’absence de cette
vérité-là, tout l’amour de Tavernier pour certaines personnes et
certaines situations « ayant réellement existé » ne peut donner à leur
évocation ni vie ni beauté.
Jean-Michel Frodon
A lire, à écouter, à voir
b Bibliographie. Le Cinéma sous
l’Occupation, de Jean-Pierre
Bertin-Maghit, Olivier Orban,
465 p., 24,39 ¤. Le Cinéma français
sous l’Occupation, de Jean-Pierre
Bertin-Maghit, PUF, « Que
sais-je ? », 6,17 ¤. La Suite
à l’écran, entretiens avec Jean
Aurenche, Actes Sud/Institut
Lumière, 272 p., 21,04 ¤. Une vie
de cinéma, de Jean-Paul
Le Chanois, Actes Sud/Institut
Lumière, 18,29 ¤. Le Cinéma
français sous l’Occupation, de René
Chateau, Editions René Chateau,
528 p., 75,46 ¤. Le Monde
du cinéma sous l’Occupation,
de Pierre Darmon, Stock, 388 p.
La France de Pétain et son cinéma,
de Jacques Siclier, Henri Veyrier,
460 p.
b Les écrans de l’ombre :
La Seconde Guerre mondiale dans
le cinéma français (1944-1969),
de Sylvie Lindeperg, CNRS, 443 p.
b Rétrospective. L’Institut
Lumière propose du 11 au
13 janvier un week-end sur le
cinéma français sous l’Occupation.
Le Corbeau, d’Henri-Georges
Clouzot, Cécile est morte et
La Main du diable, de Maurice
Tourneur, Lettres d’amour,
de Claude Autant-Lara, La Dame
d’onze heures et La Ferme des sept
péchés, de Jean-Devaivre, font
partie des films projetés. Raymond
Chirat animera une conférence
sur le cinéma sous l’Occupation le
samedi 12 janvier. La livraison de
janvier du mensuel Positif consacre
un dossier à Laissez-passer et à
« Cinéma et Occupation ».
Jean-Pierre Bertin-Maghit, historien
« Le film laisse croire que la profession était majoritairement habitée par un esprit de résistance »
« Comment situez-vous Laissezpasser par rapport aux représentations récentes de l’Occupation
dans le cinéma français comme
Lucie Aubrac ou Uranus ?
– Laissez-passer n’est pas un film
sur l’Occupation. Lucie Aubrac, de
Claude Berri, partait d’un personnage de résistant mais devenait
une banale histoire d’amour
dénuée de toute idéologie. Laissezpasser opère des choix par la période où il se déroule, mars 1942 à
novembre 1943 ; par le contexte
dans lequel il se situe, c’est la Continental, maison de production allemande établie à Paris ; et par les
deux personnages qui sont mis en
avant, Jean Aurenche et JeanDevaivre. Devaivre est d’ailleurs le
seul personnage qui évolue dans le
film, il choisit de se mettre dans la
gueule du loup en entrant à la Continental et décide, en novembre 1943, de rejoindre un réseau
résistant. Le fait d’avoir à un
moment donné orienté le récit sur
ce personnage héroïque marginalise et gomme toute la complexité
qui existait dans le milieu du cinéma sous l’Occupation.
– Le film montre pourtant un
milieu du cinéma homogène, du
moins au sein de la Continental,
avec plusieurs figures de cinéastes ou scénaristes résistants, à
leur manière, comme Le Chanois, Charles Spaak ou Pierre
Bost.
– Le film laisse croire que le cinéma français était majoritairement
habité par un esprit de résistance.
Ce n’est pas le cas. Le cinéma français a connu un certain espace de
liberté, comparé à la presse ou à la
radio, qui étaient utilisées comme
un moyen de propagande. Pour les
cinéastes, ni Vichy ni les Allemands
ne leur ont demandé de faire des
films de propagande.
– Le film effleure tout juste la
question des producteurs juifs
spoliés, et plus globalement
l’épuration de 1940.
– Tout cela a créé justement une
rupture dans la profession qui a
fait grimper la hiérarchie de manière rapide puisque des assistants
se voient tout à coup, malgré eux,
promus réalisateurs. C’est le cas
de Devaivre, Bresson, AutantLara, Becker. On ne leur demande
pas de faire de la propagande,
mais du divertissement. Le cinéma
français pendant la guerre, c’est
60 000 personnes qui ont toutes
vécu des choses différentes. Mais
la grande majorité de cet ensem-
ble s’est accommodée du contexte
politique. Il y a eu des actes de
résistance, mais les marges de
manœuvre étaient très réduites
parce que les industriels étaient
très surveillés. Dans le cinéma, il y
a eu Le Chanois, qui a installé très
vite son réseau, le Comité de salut
public du cinéma. Il y a eu de l’autre côté les gens que j’appellerais
les intellectuels du cinéma, comme
Daquin, qui ont rejoint le Front
national de René Blech. Ces gens
ont utilisé leur métier comme instrument de lutte fin 1943, début
1944. Nous avons, avec Laissez-passer, une démarche de micro-histoire. Comme tout film historique qui
prend un événement ou un individu en particulier, Laissez-passer n’a
pas valeur générale. Nous sommes
en 2002. Est-ce qu’on retrouve là
un film comme La Bataille du rail
qui a donné une image consensuelle de la résistance ? Si l’on regarde
tout l’entourage de Jean-Devaivre,
on voit bien qu’ils sont tous, un
par un, en accord avec cet esprit
de résistance. Laissez-passer nous
renseigne davantage sur les engagements et les amours cinématographiques de Bertrand Tavernier.
Cette volonté de mettre en avant
un esprit de résistance est une
manière pour Bertrand Tavernier
de parler du cinéma qu’il aime, à
partir de deux héros qui sont des
figures emblématiques du cinéma
de cette époque, ce que les “jeunes Turcs” appelleront plus tard la
qualité française.
– La figure de Jean-Devaivre
reste peu connue. Il n’est jamais
mentionné dans votre ouvrage,
par exemple.
– On a un cas de figure où les
actes de résistance d’un individu
s’effectuent plus en dehors du cinéma que dans le cinéma. J’ai rencontré plus de soixante-dix personnes
pour ma thèse d’Etat. Elles ne m’ont
absolument pas parlé de Jean-Devaivre. A la limite, l’Histoire casse la
volonté du film de nous dire que ces
gens-là ont utilisé leur métier comme instrument de lutte. Le fait
même que Jean-Devaivre ne soit
pas connu du milieu du cinéma contredit ce que nous propose le film.
– Cet esprit de résistance se traduirait aussi dans les films, selon
Tavernier. Parmi eux, Douce,
d’Autant-Lara, ou Les Caves du
Majestic, de Richard Pottier, écrit
par Charles Spaak.
– Tavernier ne garde que ce qui
l’intéresse. Il y a eu 220 films réalisés sous l’Occupation, et la majori-
té sont des films atemporels animés par un esprit de divertissement. Il y a quelques films, Pontcarral colonel d’empire, de Jean Delannoy, Douce, de Claude AutantLara, Les Visiteurs du soir, de Marcel Carné, dans lesquels apparaissent des éléments d’un esprit de
résistance.
– Laissez-passer colle strictement au point de vue d’Aurenche et de Jean-Devaivre. Ce parti
pris vous semble-t-il satisfaisant ?
– Le film débute le 3 mars 1942.
Il aurait pu parler du voyage des
comédiens français à Berlin, puisqu’il a lieu en mars, les actualités
allemandes en parlent le 28 mars
1942. A partir de ce voyage, on
aurait pu évoquer l’ensemble du
problème, surtout que Greven a
joué un rôle important dans ce
voyage, il a forcé les artistes à participer à ce voyage. On a fait pression sur ces acteurs, Albert Préjean, Suzy Delair, en menaçant de
retirer la carte professionnelle
sans laquelle ils ne pouvaient plus
travailler.
– Le fait même de situer le film
à la Continental vise à illustrer
ce paradoxe d’une maison de
production contrôlée par les
nazis qui n’a jamais produit de
films pétainistes ou antisémites.
– Greven a vécu toutes les années
1930 à la UFA, à Potsdam. Ce personnage était un amoureux du cinéma, iconoclaste dans ce contexte, il
a utilisé son amitié avec Goering
pour avoir les coudées franches en
France. Il savait que le cinéma français était le premier cinéma européen, en quantité et en qualité. Son
objectif était de faire des films à la
française et d’engager tous les fleurons du cinéma français. Cela permettait d’entretenir une certaine
paix sociale, mais aussi d’utiliser ce
cinéma pour promouvoir le cinéma
allemand et de faire un grand cinéma européen. C’est un véritable
empire que Greven a construit,
dans lequel il y avait, outre la maison de production qu’est la Continental, les accords signés pour
avoir l’occupation intégrale des studios cinéma de Paris, ceux passés
avec les laboratoires GTM. Greven
a installé son réseau de salles, la
Sogec, qu’il a racheté sur des biens
juifs, « aryanisés », il n’y a pas la
moindre allusion à tout cela dans
Laissez-passer. »
Propos recueillis par
Samuel Blumenfeld
28 / LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002
CULTURE-CINÉMA
HORS CHAMP
Le labyrinthe des enfants perdus
Little Cheung. Dans Hongkong de l’après-rétrocession de 1997, le regard de Fruit Chan dessine un monde complexe et chaleureux
Film chinois (Hongkong) de
Fruit Chan. Avec Yiu Yuet-ming,
Mak Wai-fan, Mak Suet-man,
Gary Lai, Robby, Chun Sun-yau,
Chun Kwok-hei. (1 h 58.)
De l’argent. De la nourriture.
Des rues pleines de monde. Des
bras, des jambes, des gestes quotidiens, des bruits de vaisselle ou de
Mobylette, des mots de tous les
jours, tout un univers d’éléments
minuscules, concrets, physiques.
C’est ce qui frappe d’abord en
regardant Little Cheung. On devine
les saveurs, on imagine les odeurs,
à peine perçus cette cacophonie et
ce capharnaüm semblent résulter
de logiques cachées. C’est ce qui
déroute, au début, lorsqu’on ne
comprend pas bien qui est qui,
pourquoi les uns et les autres agissent ainsi, ce qui les relie. C’est ce
qui séduit aussi, d’emblée : cette
étonnante présence matérielle
d’un monde capté, montré, raconté justement comme un monde.
Comme un ensemble à la fois
extrêmement complexe, très banal, constitué par des réseaux infinis de relations, d’interférences,
d’alliances et de conflits, et habité
par une tension, une énergie qui
lui est propre, et qui anime chacun
selon sa trajectoire propre.
La manière dont, de façon très
D. R.
a Le prix Michel-Simon 2001 a
été décerné à Christelle Prot
pour son interprétation dans Toutes les nuits, d’Eugène Green, et à
Mohamad Hamaïdi pour Loin,
d’André Téchiné. Le prix MichelSimon a couronné ces dernières
années Yvan Attal, Alex Descas,
Anouk Grinberg, Benoît Magimel, Natalie Richard, Mathilde
Seigner, Sylvie Testud.
a Le Seigneur des anneaux
récompensé par l’American
Film Institute. Le film de Peter
Jackson a obtenu trois prix, dont
celui du meilleur film, lors de la
remise des récompenses par
l’American Film Institute, samedi
5 janvier, à Hollywood.
L’actrice Sissy Spacek a remporté
le Prix de la meilleure actrice
pour In the Bedroom, de Todd
Field, alors que l’acteur Denzel
Washington a obtenu le Prix du
meilleur acteur pour Training
Day, film policier d’Antoine
Fuqua.
Gene Hackmann a été sacré
acteur de l’année pour son rôle
dans The Royal Tennenbaums, de
Wes Anderson, et Jennifer Connelly a obtenu le Prix de la
meilleure actrice pour A Beautiful
Mind, de Ron Howard.
Le Prix du meilleur réalisateur a
été attribué à Robert Altman
pour Gosford Park. Le comité de
sélection et le jury de l’American
Film Institute sont constitués
d’acteurs, de producteurs, de scénaristes et de musiciens.
« Little Cheung », de Fruit Chan : plus il observe de près
ses personnages, plus autour d’eux l’espace s’amplifie.
simple, Fruit Chan produit cet
effet de profusion vivante signerait d’emblée la valeur de son cinéma. Elle fournit la matière vive du
récit, à mesure qu’on pénétrera
plus en détail dans la vie de ce
quartier populaire de Hongkong
au moment de la restitution de la
colonie britannique à la Chine. Le
motif dans cette riche tapisserie se
dégage en suivant deux fils conducteurs, deux enfants, le petit
Cheung qui donne son titre au film
et sa voix off à la narration, et Fan,
la petite fille entrée illégalement
dans la ville. Fan et sa mère viennent de la mère patrie, qui contrôle sévèrement la communication
avec cette enfant terrible qu’est
Hongkong.
Little Cheung est présenté par
son auteur comme le troisième
volet d’une trilogie consacrée à
l’île au moment du retour dans le
giron chinois, après Made in Hongkong en 1998 et The Longest Sum-
mer en 1999. L’importance du film
dans ce contexte et la pertinence
politique de cette trilogie désabusée mais dépourvue de cynisme,
évoquant successivement la fin de
l’époque coloniale, le moment de
la rétrocession et sa suite immédiate, suffiraient à établir l’importance du projet. Le fait que Fruit
Chan ait depuis entrepris une
autre trilogie sur le thème de la
prostitution, dont les deux premiers titres, Durian Durian et Hollywood Hongkong, sont d’ores et
déjà réalisés, atteste de l’ambition
du cinéaste et de son dynamisme
créatif. La manière dont les deux
trilogies sont mises en miroir,
Durian Durian reprenant en fait
les situations de Little Cheung mais
racontées d’un autre point de vue,
témoigne de la complexité du travail accompli.
cun contexte ou mise en perspective, tout est là, dans le film. Les
rapports entre générations, entre
Chinois de Hongkong et du continent, entre les Chinois et les autres
Asiatiques (à travers le personnage très riche de la domestique
philippine), le rôle de la mafia,
l’emprise du cinéma sur les imaginaires, l’urbanisme très particulier
de la ville et les relations sociales
qui correspondent à ces dédales de
marchés couverts et à ces entassements de clapiers d’habitation
alimentent l’enchaînement des rencontres, des rebondissements et
des drames.
Pourtant rien n’est souligné,
tout semble ouvert, prêt à basculer ou à bifurquer. De petites
manies en grande révélation, de
jeux d’enfants en brutalité répressive, le labyrinthe des récits semble sans cesse pouvoir s’étendre
encore davantage. Plus il observe
de près ses personnages, plus
autour d’eux l’espace s’amplifie.
Comment ? Plus encore que des
corps, des lieux, des voix et des
sentiments, Fruit Chan excelle à
filmer des regards. Et c’est cette
circulation impalpable du regard
de chacun sur chacun qui tisse la
trame invisible, légère et intense
du film.
UNE NOUVELLE GÉNÉRATION
Tout cela confirme que Fruit
Chan est bien le leader d’une
nouvelle génération de jeunes
auteurs hongkongais, figure majeure repérée dès Made in Hongkong – son deuxième film, après le
galop d’essai dans les brancards
du polar qu’était Finale in Blood en
1991. Et cela n’a, le temps de la
projection, absolument aucune importance. La vigueur et le charme
de Little Cheung ne réclament au-
J.-M. F.
Robert Redford et Brad Pitt en froids espions venus de l’Ouest
Film américain de Tony Scott.
Avec Robert Redford, Brad Pitt,
Catherine McCormak. (2 h 07).
Spy Game, le nouvel opus de Tony
Scott, arrive à point nommé pour
juger d’un certain état de la fiction
hollywoodienne. Ou plutôt, il y a
quelques mois, le film ayant été produit et réalisé avant les événements
du 11 septembre. Nathan Muir, un
cadre de la CIA que l’on devine être
une légende vivante au sein de l’organisation, est sur le point de prendre sa retraite. C’est Robert Redford. Un autre agent, interprété par
Brad Pitt, est détenu dans une geôle
chinoise et menacé d’exécution – on
a assisté à son arrestation spectaculaire en prologue. C’était un des compagnons d’armes du premier. Convo-
qué à une réunion d’urgence, l’imminent retraité est interrogé sur le prisonnier et comprend peu à peu que
l’organisation envisage d’abandonner celui-ci à son sort pour éviter un
incident diplomatique. Le corps du
film est constitué d’une série de
retours en arrière, ayant d’ailleurs
un effet émollient sur la tension dramatique du récit, détaillant différentes opérations (sabotages, prépara-
tions d’attentats, récupérations de
transfuges) auxquelles ont participé
les deux espions.
Spy Game est avant tout le récit
d’un apprentissage, l’histoire d’une
relation entre un maître et un élève.
Antique structure. Le fils tuera-t-il
le père ? Le père sauvera-t-il le fils ?
Le refrain est connu. Le film de
Tony Scott n’évite donc pas, dans
les divers ressorts dramatiques qu’il
met en jeu, de confronter un individu avec une machine anonyme et
bureaucratique. La CIA est décrite
comme une organisation que les
héros devront tout à la fois servir
mais aussi utiliser pour affirmer, in
fine, leur propre liberté, en se faisant ainsi l’expression d’un curieux
cynisme. Celui de personnages uniquement guidés par l’efficacité de
leur activité et le confort de leur
retraite, pratiquement sans jamais
se poser de question sur d’éventuelles motivations idéologiques ou
patriotiques – il y a bien quelques
allusions, au cours d’une discussion
orageuse entre les deux personnages principaux sur la liberté, mais il
est impossible de les distinguer
d’une volonté de manipulation psychologique.
Une telle attitude s’adapte, comprend-on vite, à l’exigence d’une
Realpolitik avouée et acceptée,
dont la mise en action se passe de
sentiment. Certes tout cela ne fait
pas de Spy Game un vigoureux pamphlet contre l’impérialisme américain. Les notations concernant l’action des Etats-Unis sur différents
théâtres d’opération (Vietnam,
Europe de l’Est au temps du rideau
de fer, Beyrouth, la Chine) fonctionnent d’ailleurs sur des caractérisations d’une grossièreté insultante
(les Arabes sont fourbes et poseurs
de bombes, les Chinois sont vénaux
et libidineux, etc.).
L’enjeu du film est ailleurs. Très
vite, en effet, l’absence d’affect et
l’opacité qui définit le personnage
de Nathan Muir en font un personnage auquel il est délicat, sinon
impossible, de s’identifier. L’acteur
en perd même cette fadeur qui le
caractérise trop souvent. L’affrontement entre le maître et l’élève tourne donc autour de la question des
sentiments qu’il serait impossible
de ressentir sans porter préjudice à
LA CIENAGA
LE CORSAIRE, LE MAGICIEN,
LE VOLEUR ET LES ENFANTS
(Lire page 26)
LAISSEZ-PASSER
(Lire page 27)
LITTLE CHEUNG
SPY GAME
(Lire ci-dessus)
LES MUTANTS DE L’ESPACE
LES FRÈRES GRAVET
SE SOUVENIR
DES BELLES CHOSES
TABLEAU DE FAMILLE
(La critique de ces films paraîtra
dans une prochaine édition.)
D. R.
Spy Game. Dans une variation sur le schéma de la transmission, Tony Scott sonne la retraite de la CIA
Robert Redford, le maître ; Brad Pitt, l’élève.
l’action. C’est ainsi que l’affect sera
ce qui perdra momentanément le
jeune (il tombe amoureux d’une
femme, ancienne activiste gauchiste manipulée par on ne sait qui)
alors que le nombre indéterminé
d’épouses que le dialogue attache à
l’ancien signifierait une froideur et
une indifférence bénéfiques.
Le cynisme des personnages fait
de Spy Game, malgré lui, le témoin
du paradoxe auquel était confronté
Hollywood cherchant comment
combiner la croyance naïve et irraisonnée sur laquelle sont constitutivement bâties ses fictions et l’obligation « contemporaine » de jouer
d’une distance vis-à-vis de celles-ci.
Depuis, sans d’ailleurs forcément la
modifier en profondeur, les événements sont venus modifier les termes de l’équation.
Jean-François Rauger
Les meilleures entrées en France
FILMS
Nombre de
semaines
d’exploitation
Evolution
NOMBRE NOMBRE par rapport
D’ENTRÉES* D’ÉCRANS à la semaine
précédente
앗
TOTAL
depuis
la sortie
1 Le Seigneur des anneaux
3
1 055 481
869 J - 37 %
5 008 903
Harry Potter à l'école
2 des
sorciers
5
984 513
868 J - 26 %
7 962 233
3 Atlantide, l'empire perdu
6
371 739
795 J - 33 %
4 030 936
4 Les Autres
2
309 803
444 J
-9%
744 200
5 Les Rois Mages
4
299 902
537 J - 20 %
1 943 242
6 Le Peuple migrateur
4
284 463
550 J - 26 %
1 723 943
7 Tanguy
7
248 103
464 J
-6%
3 450 023
8 Sexy Boys
2
134 546
270 J - 19 %
344 045
9 Zoolander
1
88 692
1
60 259
10 The Navigators
234 H
88 692
80 H
60 259
* Période du 2 au 6 janvier inclus
Malheur aux petits films. Le nombre record d’écrans donnés aux trois films en
tête du classement écrase toute concurrence. La durée de la projection – trois
heures – ne nuit en rien à la carrière commerciale du Seigneur des anneaux. Le
film de Peter Jackson caracole en tête du box-office, devant un Harry Potter qui
devrait terminer sa carrière à plus de dix millions d’entrées. Mais une certaine
érosion commence à se faire sentir avec la fin des vacances scolaires. Peu de
films classés dans les dix premiers rangs échappent à ce phénomène de rentrée.
Seuls Les Autres, le beau film épouvantable d’Alejandro Amenabar, qui précipite
Nicole Kidman dans une île de Jersey infréquentable, et Tanguy, variation drolatique sur l’adolescence prolongée, persistent et signalent leur bonne santé,
défendant les couleurs du cinéma européen. Il ne faisait pas bon sortir le 2 janvier. Deux productions seulement se hissent péniblement en tête de classement : dans une combinaison de salles qui lui permettait d’espérer mieux, la
comédie de Ben Stiller, Zoolander, n’a pas trouvé preneur quand, devant 80
écrans, le nouveau film de Ken Loach, The Navigators, a séduit 753 spectateurs
par écran, ce qui augure mal de la privatisation des chemins de fer en France.
Source : Ecran total
CULTURE
LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002 / 29
Etiemble, une vie vouée à la défense
des langues minoritaires
L’essayiste et écrivain René Etiemble, fondateur de la collection
« Connaissance de l’Orient », est mort le 7 janvier, chez lui, à Vigny,
en Eure-et-Loir. Il aurait eu quatre-vingt-treize ans le 26 janvier
Bibliographie
b 1937 : L’Enfant de chœur
b 1952 : Hygiène des lettres 1 :
Premières notions
b 1955 : Hygiène des lettres 2 :
Littérature dégagée
b 1958 : Hygiène des lettres 3 :
Savoir et goût
b 1966 : Hygiène des lettres 4 :
Poètes ou faiseurs ?
b 1967 : Hygiène des lettres 5 :
C’est le bouquet !
b 1968 : Confucius ; Le Nouveau
Singe pèlerin ; L’Orient
philosophique ; Le Babélien ;
Blason d’un corps ; Parlez-vous
franglais ? ; Connaissons-nous la
Chine ? ; Le Jargon des sciences ;
Les Jésuites en Chine ; Le Sonnet
des voyelles
b 1969 : Retours du monde
b 1970 : Yun Yu érotique chinoise ;
L’art d’écrire
b 1974 : Mes contre-poisons ;
Essais de littérature
(vraiment) générale
b 1976 : 40 ans de mon maoïsme
b 1980 : Comment lire un roman
japonais ? Le Kyoto de Kawabata
b 1981 : Trois femmes de race
b 1982 : Quelques essais
de littérature universelle
b 1985 : Le Cœur et la Cendre,
soixante ans de poésie
b 1986 : Racismes
b 1987 : L’Erotisme et l’amour
b 1988 : Ouverture (s) pour un
comparatisme planétaire ; Lignes
d’une vie 1 ou le meurtre du père ;
L’Europe chinoise 1, De l’empire
romain à Leibnitz
b 1989 : L’Europe chinoise 2
b 1990 : Lignes d’une vie 2 :
le meurtre du petit père
b 1991 : Vingt-cinq ans après
b 1992 : Nouveaux essais
de littérature universelle
Dans une lettre adressée à Léopold Sedar Senghor, il expliquera
la première découverte importante de sa vie, celle de l’empire
du Milieu, par le refus de l’homme blanc et de ses valeurs racistes : « (…) Lorsque tu prônais la
négritude et le métissage, quelques
hommes blancs eux en avaient
assez, plus qu’assez de leur prétendu “fardeau” et (…) en Chine, en
Amérique précolombienne ou en
Afrique alors martyrisée, ils se cherchaient des frères humains ».
(Quelques essais de littérature universelle, Gallimard).
Né en pays chouan cinq ans
avant le grand carnage qui devait
aboutir à un nouveau partage
des colonies, Etiemble faisait partie de ces hommes blancs, solidaires de ce qu’on appelle aujourd’hui le Sud.
La ville d’Alexandrie marque un
autre tournant dans l’itinéraire
d’Etiemble. Ayant décidé de quitter l’Europe après l’échec du Front
populaire, il part pour Chicago, où
il connaîtra de près cette « american way of life » qu’il ne cessera de
combattre par la suite. Son séjour
aux Etats-Unis, puis au Mexique lui
donnera l’occasion de découvrir
les civilisations précolombiennes.
Mais c’est à Alexandrie, dans la ville de Cavafy où, selon ses propres
termes, « coptes et musulmans,
catholiques et juifs, agnostiques et
athées fraternisaient » qu’il comprendra l’importance des langues
minoritaires. Ainsi, dès 1944, Etiemble s’oriente dans un vaste champ
comparatiste vers la défense des littératures extra-européennes. La
revue Valeurs, qu’il fonde et dirige,
en est la première tribune.
Quand il regagne la France en
1948, après onze ans d’exil, il est
persuadé qu’il faut sauver son
pays de ce qu’il appelle « le provincialisme ». Pour ce faire, il lui faut
un éditeur et un appui financier.
Grâce à Gallimard et à l’Unesco, il
fonde la collection « Connaissance de l’Orient », où il publie, en
une vingtaine d’années, une cinquantaine de chefs-d’œuvre ignorés ou méconnus en France. Ainsi,
l’Inde ancienne et moderne, la Chine, le Japon, le Vietnam, les pays
arabes font irruption dans la république des Lettres. Par ailleurs, il
présente à ses compatriotes de
nombreux philosophes et écrivains étrangers, anciens ou modernes, tels Confucius, Sseu-ma
Ts’ien, Lao-Tseu, Shi Nai-an, Luo
Guanzhong, Pa Kin, Kawabata,
Mishima, Bashô, José Rizal, Ibn
Guzman, Taha Hussein, Gyergyai
Albert, Somlyo György, T. E.
Lawrence, Fernando Pessoa, Stratis Tsirkas, etc.
L’APPORT DE LA CHINE
L’intérêt que porte Etiemble aux
littératures
extra-européennes
(parmi les écrivains que je viens de
citer au hasard, deux seulement
appartiennent à l’Europe occidentale) ne pourrait s’expliquer, à
mon avis, par une quelconque
curiosité ni par un souci d’érudition. Certes, Etiemble est l’un des
intellectuels français les plus érudits. Mais s’il a combattu avec tant
de zèle et depuis plus de cinquante
ans l’européocentrisme, ou disons
pour être plus précis le gallocentrisme, c’est parce qu’il a
conscience de ce que l’Europe doit
à l’Orient : « J’ai déjà rédigé plus de
mille pages sur une petite part seulement de ce que l’Europe doit à la
Chine. Elle ne doit pas beaucoup
moins aux Turcs, aux Japonais »,
écrivait-il encore dans Quelques
essais de littérature universelle.
En plus de cette dette, de cette
reconnaissance qu’il avoue avec
tant de modestie, Etiemble sait
qu’on ne peut élaborer une théorie littéraire digne de ce nom sans
se référer à un corpus recouvrant
« toutes les littératures, orales aussi
bien qu’écrites, malaises aussi bien
L’aventure intellectuelle
d’un passionné de littérature
RENÉ ETIEMBLE (qui ne signait
ses livres que de son nom, Etiemble) est né le 26 janvier 1909 à
Mayenne (Mayenne), fils d’Angèle
Falaise, ouvrière modiste, et d’Ambroise Etiemble, employé de commerce, mort de tuberculose à l’âge
de vingt-sept ans – le petit René
avait alors trois ans. Sa mère, pieuse et possessive, respecta toutefois
la volonté de son mari et, au risque
de perdre sa clientèle bourgeoise,
confia son fils à l’école laïque. Celuici fut un écolier modèle, passionné
de lecture et d’écriture, remportant
constamment le prix d’excellence.
Boursier de l’Etat, il prépare, à
Louis-le-Grand, le concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure,
où il est admis en 1929. Bien que
ses goûts le portent vers la philosophie, il s’oriente vers l’agrégation
de grammaire, qui lui laisse plus de
loisir pour ce qui sera la passion de
sa vie, le chinois.
De 1933 à 1936, il est pensionnaire de la fondation Thiers, préparant
une thèse qu’il n’achèvera jamais
sur « Métaphysique et culture physique chez les taoïstes ». Ces
mêmes années le voient entrer en
politique et en littérature. Il publie
dans la NRF d’avril 1934, sous la
signature de Jean Louverné et le
titre « Conversion ? », un article
sur Gide et le communisme. Commençait une longue aventure intellectuelle dans l’ombre de Jean Paulhan, en qui l’orphelin crut s’être
trouvé un père jusqu’au jour tardif
où il estima que Paulhan l’avait
étouffé, « réduit en esclavage ».
Etiemble rompt dès 1936 avec le
stalinisme. Il avait fait le voyage de
Moscou, et il y avait rencontré une
agrégée de philosophie, demi-juive
russe, Yassu Gauclère, qui devient
sa compagne. Il publie son premier
livre sous leur double signature :
Rimbaud (Gallimard, 1936). En
1937 paraît L’Enfant de chœur, son
premier roman, très autobiographique, qui, dit-il, le « sauva du
suicide ».
« LE MYTHE DE RIMBAUD »
Après un bref passage au lycée
de Beauvais, il enseigne à l’université de Chicago de 1937 à 1942 (si
l’on excepte un intermède difficile
en 1938, durant lequel, vivotant à
Mexico, il se prend de passion
pour les précolombiens). En 1943,
il rejoint à New York l’Office of
War Information où il rédige plusieurs émissions quotidiennes
pour la BBC, puis, après la défaite
de Rommel, on l’envoie fonder le
département de français de la toute nouvelle université d’Alexandrie, sous le rectorat de Taha
Hussein, avec l’aide duquel il crée
Valeurs, revue littéraire de la
France libre.
En 1948, il quitte Alexandrie.
Détaché au CNRS, puis nommé à
l’université de Montpellier, il rédige sa thèse sur Le Mythe de Rimbaud, qu’il soutient en 1952, et il
est élu à la Sorbonne en 1955, où,
en dépit de son irritation face à la
contestation soixante-huitarde, il
enseigna la littérature comparée
jusqu’à sa retraite, en septembre 1978. En 1963, il épouse Jeannine Kohn, qui avait été son étudiante à Montpellier – et qui a un fils,
Jacques, qu’Etiemble fait sien. Elle
fut une collaboratrice inestimable,
comme le montre sa thèse : une
édition annotée et commentée de
226 Lettres inédites de Jean Paulhan
à Etiemble (Klincksieck, 1975).
Après la mort de Jacques, en 1972,
Etiemble et son épouse ont adopté, en 1975, une petite fille, Sylvie.
Jacques Body
HENRI-CARTIER BRESSON / MAGNUM
DANS l’itinéraire d’Etiemble
deux tournants expliquent l’intérêt qu’il porta durant toute sa vie
aux littératures étrangères. Certes,
dès son premier âge, il cultivait
« une passion presque morbide »
pour les langues étrangères. Puis,
en dépit de cela et de son désir de
philosophie, il s’oriente vers la
grammaire comme un grand nombre d’élèves sous la IIIe République. Mais, à partir de 1929, il se
décide à étudier le chinois, ce qui
lui permet de concilier le goût des
langues et celui de la philosophie.
A cette époque, il pressent déjà
qu’on ne peut pas avoir une formation philosophique valable sans
connaître l’une des plus anciennes
civilisations de l’humanité, la Chine. Alors il aborde la philosophie
chinoise par le biais de la sagesse
confucéenne, puis découvre les
taoïstes. « Sans ce détour par la
Chine, je n’aurais probablement
jamais trouvé ma vérité, ma morale
et mon bonheur », écrira-t-il dans
Essais de littérature (vraiment) générale (Gallimard).
Ce premier tournant dans l’itinéraire d’Etiemble vers la découverte de l’autre, de ce qui n’est pas
européen est pourtant déterminé
– je dirais même surdéterminé –
par
l’histoire
européenne.
N’oublions pas que nous sommes
en pleine période de la montée du
nazisme, à trois ans de l’incendie
du Reichstag. Et, de l’autre côté de
l’Oural, les procès de Moscou pointent déjà à l’horizon. C’est dans ce
contexte historique qu’Etiemble
sent la nécessité d’une ouverture
pour échapper à la fois à sa culture
d’origine (le judéo-christianisme)
et à l’européocentrisme colonialiste. Il veut, pour ainsi dire, « se
nettoyer » : « Je me suis nettoyé en
Chine de tout ce qui me révulse ou
me répugne dans le catéchisme ou
la Bible » (voir « Etiemble et les
langues », dans Le Mythe d’Etiemble (Didier-Erudition).
René Etiemble : « Citoyen de la planète, j’ai voulu que mes livres en fussent la preuve. »
que romanes, sino-tibétaines aussi
bien que germaniques, turco-mongoles aussi bien que slaves ».
Depuis Comparaison n’est pas
raison, l’ouverture est la condition
sine qua non de son comparatisme, de son évolution vers une conception « vraiment générale »,
c’est-à-dire universelle de la littérature. Cette conception est fondée,
comme chacun sait, sur la recherche des invariants qui sont des éléments transculturels, communs à
diverses zones de civilisations.
Pour cela, il doit connaître plusieurs langues d’origines très
variées.
L’existence des invariants est en
fait la preuve que l’homme existe.
Un tel comparatisme aboutit à un
humanisme fort différent de celui
de l’Occident chrétien. Cet humanisme est plus proche de nous, il
est de notre siècle. C’est l’humanisme de ceux qui défendent l’homme en devenir face à toute forme
de répression et non cette abstraction qu’est l’espèce humaine.
N. Gü.
« Ouverture au monde, sans fanatisme »
L’ÉCRIVAIN turc Nedim Gürsel,
qui fut l’élève d’Etiemble, a réalisé
avec lui, en 1988, un entretien resté
inédit. Nous en publions des extraits.
« Vous venez de publier Lignes
d’une vie (Arléa), qui n’est, selon
votre propre expression, ni “cette
biographie que chacun, en cette fin
de siècle, se croit tenu de livrer” ni
des “Mémoires ou confessions”,
mais une “naissance à la littérature”. Pourquoi avez-vous commencé à écrire si jeune et pourquoi
avez-vous tant écrit ?
– D’abord, au lycée par pulsion
et par jeu : recours probable contre
l’ignominie de l’internat, l’homosexualité obligatoire, ce qui me rendit les lesbiennes un modèle pour
l’érotisme. Les Chansons de Bilitis
m’étaient un réconfort contre les
ignobles “grands”.
» Puis ce sont mes voyages qui,
peu à peu, m’ouvrirent au monde.
Toute l’Europe, sauf l’Espagne –
que je m’interdis sous Franco parce que de graves raisons m’avaient
empêché de m’engager dans les brigades internationales contre lui. Je
ne suis pas allé en Afrique noire ni
en Australie, mais j’en étudiai les littératures autochtones, dirigeai
maintes thèses rédigées par des
Africains que j’expédiai sur le terrain recueillir contes, épopées, proverbes ; et j’étudiai la littérature
des derniers Pintupis australiens.
Citoyen de la planète, j’ai voulu
que mes livres en fussent la preuve.
Voir Trois femmes de race et Blason
d’un corps.
– Vous dites que l’écriture vous
a “guéri”, mais aussi que
l’“important pour l’écrivain, c’est
d’écrire bien”. Peut-on à la fois
considérer l’écriture comme une
thérapie et comme une activité
esthétique ? Peut-on à la fois la
prendre pour un moyen et pour
une fin ?
– Il me semble que des gens comme Gide, Proust, Kafka, voire Balzac, ont tenu l’écriture pour thérapeutique et œuvre d’art. Tous les
grands écrivains sont ou furent de
grands malades.
– Vous ne ménagez presque
personne chez Gallimard, qui a
pourtant publié une cinquantai-
ne de vos livres. Est-ce l’amertume ou la révolte qui vous a poussé à une telle violence ?
– Cette question est trop délicate
pour que je puisse y répondre librement : Gaston Gallimard m’estimait beaucoup, me tenait pour un
des trois ou quatre jeunes écrivains
sur lesquels il comptait : André Beucler l’écrivit. C’est Michel Gallimard, l’un de mes plus chers amis,
qui sut imposer la collection
“Connaissance de l’Orient” aujourd’hui célébrée par le Prix international du livre. Mais Michel est mort,
avec Albert Camus. Ensuite, mes
rapports avec Claude Gallimard,
qui devint le patron de la maison,
se sont dégradés. Lorsqu’un petit
éditeur, Arléa, m’a valu des succès
de vente, Antoine Gallimard, le
seul à qui je pusse parler encore,
m’écrivit une lettre des plus amicales. Et il vient de publier le tome
1 de mon Europe chinoise.
– Vous parlez avec beaucoup
d’enthousiasme de Gide, de Leiris (que vous “admirez”) et parfois d’Aragon aussi. Pourtant vos
goûts semblent plus ancrés dans
le XIXe siècle – Balzac, Zola,
Flaubert, Stendhal, que vous qualifiez de “romanciers-dieux”. Peuton aimer à la fois le Gide des
Faux-monnayeurs et le Zola de
Germinal ?
– Je n’y vois aucune contradiction : à moins de fanatisme politique, religieux, un lecteur sérieux
est capable d’admirer, chacune en
soi et pour soi, des tas d’œuvres
qui n’ont rien de commun. Ouverture au monde, sans fanatisme, tel
mon destin. Mon propos, plutôt.
– “Je suis un athée de la gauche
libérale et ça se perçoit dans tout ce
que j’écris : je pue le confucéen.” Si
c’est ainsi que vous vous situez,
pourquoi ce pessimisme : “Et
puis, si le temps, toujours lui, ne
m’est pas trop mesuré (…), je terminerai un poème-testament que
depuis des années je médite : le poème de la fin d’un monde, sinon de
la fin de notre petite planète” ?
– Les intégristes gagnent partout : en France, en islam, en Israël.
Le fric tuera l’homme des pays capitalistes. Vous savez bien que la pla-
nète agonise : quand on déboisa
l’Amazonie, j’annonçai à Jeannine,
ma femme, que le Brésil subirait
bientôt de catastrophiques inondations : avais-je tort ? L’ozone fout
le camp, etc. Seule une écologie
radicale pourrait réparer une part
de tous ces dégâts. »
Propos recueillis
par Nedim Gürsel
30 / LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002
CARNET
DISPARITIONS
AU CARNET DU « MONDE »
Naissances
TIM
Catherine et Marc HIMBERT
partagent avec
Luce, Marion, Marie-Alice
et Anne-Laure
la joie d'annoncer la naissance de
Virtuose d’un humour subtil et tendre
Jean-Baptiste,
En 1967, après
la guerre de six jours,
TIM fait ce dessin
en réaction
à la déclaration
du général
de Gaulle
sur le peuple juif
« sûr de lui
et dominateur ».
Refusé par
« L’Express »,
il sera publié
par « Le Monde ».
– Paris. Villefranche-Saint-Phal
(Yonne). Belfahy (Haute-Saône).
Mme Geneviève Chipaux,
son épouse,
Mme Françoise Daval,
sa sœur,
Le Père Denis Sonet,
ont la douleur de faire part du décès de
Roger CHIPAUX,
ancien directeur général d'Elf-France,
ancien administrateur
de la France d'outre-mer,
ancien résistant
du groupe Thermopyles,
le 5 janvier 2002.
4, rue du Général-Leclerc,
95500 Gonesse.
Décès
– Paris. Cholet. Angers.
Mme Renée Tricoire,
M. et Mme Claude Audureau,
M. Marcel Audureau,
Mme Danièle Audureau,
ses sœur, frères, belles-sœurs, neveux et
nièces,
décédé le 6 janvier 2002, dans sa
soixante-dix-septième année.
Une célébration religieuse aura lieu le
jeudi 10 janvier, à 15 heures, en l'église
de Charny (Yonne).
Il sera inhumé à Belfahy (HauteSaône), son village natal, le 11 janvier, à
15 heures.
Et toute sa famille,
Ni fleurs ni plaques. Offrande possible
pour la recherche sur la maladie
d'Alzheimer.
M. Henri Ronse,
son metteur en scène et ami,
Marie Poumarat et Tania Torrens,
qui l'ont accompagné dans sa vie
professionnelle et sa fin de vie,
Ses amis du théâtre et du livre,
LE CARICATURISTE et sculpteur
français d’origine polonaise TIM est
mort, lundi 7 janvier, à l’hôpital du
Val-de-Grâce. Il aurait eu quatrevingt-trois ans le 23 janvier.
Pour beaucoup, le premier dessinateur de presse dont les œuvres
auront fortement façonné l’opinion
à la manière d’un éditorial, c’est
TIM bien sûr, pour l’état civil Louis
Mitelberg. Sa vie et sa carrière reflètent les espérances, les désillusions,
les passions et les drames qui
auront tissé l’histoire chaotique de
presque tout le XXe siècle. En 1938,
juif polonais né à Kaluszyn, Louis
Mitelberg émigre en France et s’inscrit à l’Ecole des beaux-arts. Engagé,
dès le début de la guerre, dans l’armée française, il sera capturé lors de
l’offensive allemande de maijuin 1940. Il s’évade alors et, après
425 kilomètres à pied, se retrouve
en URSS. Toujours prisonnier, des
Russes cette fois, qui sont encore les
alliés de l’Allemagne nazie. Le renversement d’alliance après l’invasion de l’Union soviétique par Hitler
en juin 1941 permettra à Mitelberg
et à 185 autres évadés français de rallier la France libre. De Gaulle, qui les
accueille à Londres en août 1941, les
décore de la croix de guerre.
ELOIGNÉ DES CERTITUDES
Dès lors, le jeune dessinateur va
mettre, jusqu’à la Libération, son
talent au service de l’effort de propagande des Alliés et des Français
libres. La paix revenue, il devient
illustrateur de L’Humanité Dimanche, supplément de l’organe officiel
du PCF. Il signe ses dessins Mitel,
abréviation de Mitelberg. Un jour, il
renversera les trois premières lettres
comme pour changer sans se renier,
et ce sera TIM. Son destin accompagne désormais l’essor d’un journal
dont le professionnalisme ainsi que
l’engagement « progressiste » vont
rallier, et même former un lectorat
nouveau et exigeant : L’Express, fondé en 1953 par Jean-Jacques ServanSchreiber et Françoise Giroud.
Dans l’équipe des dessinateurs
maison, TIM prend une place de premier plan : ses dessins se lisent comme un texte et s’impriment dans les
mémoires. Ainsi restera à jamais
l’image du déporté par quoi il traduit, en 1967, après la guerre de six
jours, toute l’amertume rageuse faisant depuis écho au propos de De
Gaulle sur un peuple juif « sûr de lui
et dominateur ». Dessin publié par
Le Monde qui fera souvent appel à
son talent, tout comme les principaux journaux internationaux Time,
Newsweek, New York Times, etc.
Sa cible favorite, de Gaulle ? Mais
visée avec une sorte d’affectueuse
raillerie. Ainsi lorsqu’en 1964 la France reconnaît le régime de Pékin,
TIM imagine une rencontre et un
dialogue cocasses : « Mao » dit en
se désignant le leader chinois tout
gonflé d’importance. « Môa », réplique le Général l’air souverain. Tous
les personnages publics de la planète verront leurs travers cloués par la
main de TIM : la satisfaction gourmande de Pompidou, Nixon-le-tricheur et son nez qui s’allonge, Brejnev au regard dissimulé par la brousse inquiétante de ses sourcils, le crâne d’œuf de polytechnicien de Giscard, la pose théâtrale de Mitterrand coiffé du feutre de Bruant,
Chirac à la façon d’Yves Saint Laurent nu par Jeanloup Sieff. A mesure
que son trait s’affine, TIM se plaît à
travestir politiciens du moment en
héros de tableaux célèbres. Le ridicule des attitudes est aussi saisissant
que les ressemblances. Souvent fuse
aussi l’émotion : le visage buriné
d’un Soljenitsyne dont la barbe se
transforme en racines ancrées au
cœur de la Russie.
Amical et simple, l’homme était
discret et même assez timide, virtuose d’un humour subtil et tendre. Eloigné, surtout des certitudes et fasciné par l’exercice de ce journalisme
qu’il avait préféré à la voie royale
d’une carrière exclusivement artistique comme celle de son épouse
Zuca. Pourtant, des ébauches de ses
dessins, il tirait des sculptures.
D’abord la statue de Dreyfus dont
l’hostilité feutrée des milieux militaires empêcha qu’elle fût installée
près de l’Ecole militaire où avait été
publiquement dégradé le capitaine.
Son buste de Daumier, qui sera
dévoilé le 23 janvier à l’Assemblée
nationale, ne connaîtra pas les
mêmes incertitudes. Daumier dont
on l’a dit souvent le successeur. A
cette différence près que le crayon
de Tim aura toujours répugné aux
charges inutilement cruelles.
André Pautard
a RENÉ ÉTIEMBLE, écrivain, est
mort lundi 7 janvier à son domicile
de Vigny (Eure-et-Loir), à l’âge de
quatre-vingt-douze ans (lire p. 29).
Abonnez-vous au
pour
ont la douleur de faire part du décès de
Jean AUDUREAU,
auteur dramatique,
commandeur des Arts et Lettres,
survenu le 5 janvier 2002, à l'âge de
soixante-neuf ans.
Son corps sera incinéré le mercredi
9 janvier, à 14 h 45, au crématorium du
Père-Lachaise (entrée place Gambetta,
Paris-20e). On se réunira à 14 h 15.
Claude Audureau,
6, chemin de Haute-Perche,
49610 Saint-Melaine-sur-Aubance.
– Le président,
Et les membres du conseil
d'administration de la SACD (Société
des auteurs et compositeurs dramatiques)
ont la tristesse de faire part du décès de
Jean AUDUREAU,
auteur dramatique.
– Mme Jacqueline Cohen,
son épouse,
Yves Cohen,
Philippe Cohen,
Annie Cohen-Le Gall,
ses enfants,
Et la famille Cohen
ont la tristesse de faire part du décès de
M. Elie COHEN,
survenu le 5 janvier 2002, dans sa
soixante-dix-huitième année.
L'inhumation aura lieu ce mardi
8 janvier, à 11 heures, au nouveau
cimetière de Montreuil (Seine-SaintDenis), 31, rue Galilée.
L'office des sept jours aura lieu
dimanche 13 janvier 2002, à 17 heures,
en la synagogue Sainte-Isaure, 13, rue
Sainte-Isaure, Paris-18e.
38, avenue du Château,
94300 Vincennes.
– Janine de Larambergue,
Ses enfants et petits-enfants
ont la tristesse de faire part du décès de
Ils adressent à sa famille et à ses
proches leurs sincères condoléances.
Roger de LARAMBERGUE,
Une messe à sa mémoire sera
prononcée le 9 janvier 2002, à 14 h 15,
au crématorium du Père-Lachaise.
survenu le 1 er janvier 2002, à l'âge de
quatre-vingt-dix ans.
Culte d'action de grâce célébré le
4 janvier, au temple de Castres.
71, rue des Rondeaux,
75020 Paris.
– Les familles Benjo et Salama
ont l'immense douleur de faire part du
décès de
Jacqueline BENJO SALAMA,
survenu à Paris,
6 janvier 2002.
le
dimanche
La cérémonie religieuse et
l'inhumation auront lieu le vendredi
11 janvier, à 14 heures, au cimetière du
Montparnasse.
On se réunira à la porte principale,
3, boulevard Edgar-Quinet, à Paris-14e.
Ni fleurs ni couronnes.
Cet avis tient lieu de faire-part.
– Le président de l'université Paris-XNanterre,
L'UFR de sciences économiques,
gestion, mathématiques et informatique,
La communauté universitaire,
ont la tristesse de faire part du décès, le
21 décembre 2001, de
Michel CARLE,
professeur de sciences de gestion,
directeur du Centre d'études
et de recherches sur les organisations
et leur stratégie.
A sa famille et à ses proches, ils
expriment leur profonde sympathie.
26,35 € (172,84 F)
par
mois
Bulletin à compléter et renvoyer accompagné de votre relevé d’identité bancaire ou postal à :
LE MONDE, Service Abonnements - 60646 Chantilly Cedex
331, résidence du Pont-Biais,
81100 Castres.
– Dieu a rappelé à Lui
Christophe DURRLEMAN,
pasteur,
ancien directeur de La Cause,
le 31 décembre 2001, dans sa quatrevingt-unième année.
Un culte d'action de grâce aura lieu le
samedi 19 janvier 2002, à 15 heures, au
temple de l'Oratoire du Louvre, 145, rue
Saint-Honoré (Paris-1er).
De la part de
Rose-Marie Durrleman-Grellet,
son épouse,
et de ses enfants, petits-enfants et arrièrepetits-enfants
Isabeau et Jacques-David
Beigbeder-Durrleman,
Laurie et Aziz Jellouli, Loubna,
Pascal et Delphine Beigbeder, Robin,
Noémie,
Timothée,
Priscille et Etienne Fallot-Durrleman,
Céline et Nicolas Buclet,
Abigaïl,
Maguelone et Christophe Bataille,
Elie et Salomé,
Mathurin,
Antoine et Catherine
Durrleman-Bergeal,
Bethsabée, Jérémie,
Cornélie et Agrippa,
Jonathan,
Oui, je souhaite recevoir Le Monde pour 26,35€ (172,84 F) par mois par prélèvement automatique.
Colas Durrleman,
❑ M. ❑ Mme Prénom :
Adresse :
Code postal :
Sylvain et Ariane Durrleman-Mallat,
David, Léa et Sara,
Nom :
Localité :
201MQPAE
Offre valable jusqu’au 30/06/2002 en France métropolitaine pour un abonnement postal.
Autorisation de prélèvements
J'autorise l'établissement teneur de
mon compte à effectuer sur ce dernier
les prélèvements pour mon abonnement
au journal Le Monde.
Je resterai libre de suspendre provisoirement ou d’interrompre mon abonnement à
tout moment.
Date :..............................................
Signature :
Organisme créancier : Société Editrice du Monde
N° NATIONAL D'ÉMETTEUR
N° 134031
21 bis, rue Claude-Bernard 75242 Paris Cedex 05
TITULAIRE DU COMPTE A DÉBITER
Nom .............................................................................................................................................
Prénom ........................................................................................................................................
N° ..........rue .................................................................................................................................
Code postal
Ville ..................................................................…...................
NOM ET ADRESSE DE L’ÉTABLISSEMENT
DU COMPTE A DÉBITER (votre banque, CCP ou Caisse d’épargne)
.....................................................................................................................................................
.....................................................................................................................................................
Gaspard et Sophie
Durrleman-Legrain,
Damaris, Dorothée et Olympe,
Bastien et Véronique
Durrleman-Estop,
Paul, Loïs, Chloé et Corentin,
Mathieu et Stéphanie
Durrleman-Tame,
Raphaël et Ezéchiel,
Et des familles Durrleman,
Kaltenbach, Grellet, Bonneville.
N° ..........rue .................................................................................................................................
Code postal
IMPORTANT : merci de joindre un relevé
d’identité bancaire ou postal, à votre autorisation. Il y en a un dans votre chéquier.
Ville .........................................................................................
DÉSIGNATION DU COMPTE A DÉBITER
Code Etablissement
Code Guichet
N°de compte
Clé RIB
Pour tout renseignement concernant le portage à domicile, le prélèvement automatique, les tarifs d’abonnement, etc :
Téléphonez au 01.42.17.32.90 de 8h30 à 18h du lundi au vendredi.
Pour un changement d’adresse ou une suspension vacances, un numéro exclusif : 0 825 022 021 (0,15 € TTC/min)
“Le Monde” (USPS=0009729) is published daily for $ 892 per year “Le Monde” 21, bis, rue Claude-Bernard 75242 Paris Cedex 05, France, periodicals postage paid at
Champlain N.Y. US, and additionnal mailing offices, POSTMASTER : Send address changes to IMS of N.Y. Box 15-18, Champlain N.Y. 129 19 1518
Pour les abonnements souscrits aux USA : INTERNATIONAL MEDIA SERVICE, Inc. 3330 Pacific Avenue Suite 404 Virginia Beach VA 23-451-2983 USA - Tél. : 800-428-30-03
« Qu'ils écoutent
ou qu'ils n'écoutent pas,
tu leur diras. »
Ezéchiel, 2, 7.
« Tu as vu que l'Eternel, ton Dieu, t'a
porté comme un homme porte son fils,
pendant toute la route. »
Deutéronome, l, 31.
55, avenue du Maine,
75014 Paris.
– Martine Lichtenberg,
Etienne Fayein,
Elise Spivac,
Lucie Foubert,
leurs conjoints, enfants et petits-enfants,
ont la tristesse de faire part du décès du
docteur Claudie FAYEIN,
née MENANT,
survenu le 4 janvier 2002, dans sa
quatre-vingt-dixième année.
Médecin, ethnologue, elle a consacré
une grande partie de sa vie au Yémen.
Les obsèques auront lieu le samedi
12 janvier, à 11 h 30, au cimetière de
Vétheuil (Val-d'Oise).
18, rue Malher,
75004 Paris.
27, boulevard Gambetta,
92130 Issy-les-Moulineaux.
1 bis, rue Saint-Julien-le-Pauvre,
75005 Paris.
8, rue du Château,
95510 Vétheuil.
– Ses amis et collègues du CNRS, de
l'université Rennes-I et du ministère de
la culture et de la communication
nous prient d'annoncer le décès, survenu
à Rennes, le 1er janvier 2002, de
M. Pierre-Roland GIOT,
directeur de recherche honoraire,
commandeur des Palmes académiques,
chevalier des Arts et Lettres,
membre de l'ordre de l'Hermine,
Corresponding Fellow
of the British Academy.
Incinération au crématorium de
Montfort-sur-Meu (Ille-et-Vilaine),
mercredi 9 janvier, à 15 heures.
– Besançon.
Roger HUMBERT,
président de chambre honoraire
à la Cour des comptes,
ancien maire de Saint-Vit,
officier de la Légion d'honneur,
commandeur de l'ordre national
du Mérite,
est décédé le 3 janvier 2002, dans sa
quatre-vingt-sixième année.
Les obsèques seront célébrées le
mercredi 9 janvier, à 14 h 30, en l'église
Saint-Pierre, à Besançon, où l'on se
réunira.
De la part de
Michèle Humbert Messina,
sa fille,
Vittorio Messina,
son gendre,
Emmanuel et Giona,
ses petits-enfants,
De sa famille et ses amis.
– La Maison de l'Amérique latine,
« Les vingt Amériques latines »
prennent part à la tristesse des nombreux
amis de
Marcel NIEDERGANG,
membre fondateur.
(Le Monde du 1er janvier.)
– Bihorel (Seine-Maritime).
Mme Catherine Ploujoux,
M. et Mme Jean-Pierre Ploujoux,
M. et Mme Philippe Ploujoux,
Mme Marion Ploujoux
et M. Christophe Tricot,
ses enfants,
Karine et Philippe, Marie, Aurélie,
Vanessa, Alexandre, Vincent, Florent,
Chloé, Stéphan, Christophe, Robin,
ses petits-enfants,
Et toute la famille
ont la tristesse de faire part du décès de
Mme Jean PLOUJOUX,
née Janine GALLAND,
survenu à Rouen, le 5 janvier 2002.
Le service religieux sera célébré le
jeudi 10 janvier, à 9 h 15, en l'église
Notre-Dame-des-Anges de Bihorel.
– Anne, Nausicaa, Dorothée Rufener,
Liliane et Patrick Larmoyer,
Kathleen et Bernard Decoux,
Maureen Delage,
ont la tristesse de faire part du décès de
Patrick RUFENER,
architecte, artiste peintre,
le 4 janvier 2002.
Inhumé dans l'intimité à Châtillonsur-Loire (Loiret).
– Le conseil d'administration,
Le
conseil
scientifique
et
pédagogique,
Le directeur et l'équipe de direction de
l'institut universitaire de formation des
maîtres de l'académie de Créteil,
apprennent avec tristesse le décès de
Serge SERODES,
professeur des universités à l'IUFM
de l'académie de Créteil,
qui a contribué au développement et au
rayonnement de notre institut depuis sa
création.
Ils adressent à sa famille leurs très
sincères condoléances.
– Mme Stéphane Herbelin,
MM. et Mmes Cherif, Nadia, Myriam,
Beya et Paul Sid Cara,
Mme Simone Tignères, née Sid Cara,
Mme Sophie Adamski,
ses neveux et nièces,
Ses anciens collaborateurs et ses amis,
ont la tristesse de faire part du décès de
Mlle Nafissa SID CARA,
enseignante,
ancien ministre,
commandeur de l'ordre
de la Légion d'honneur,
survenu à Paris, le 1er janvier 2002, dans
sa quatre-vingt-douzième année.
Les obsèques auront lieu le mercredi
9 janvier, à 11 heures, au cimetière du
Montparnasse, entrée 3, boulevard
Edgar-Quinet, Paris-14e.
Cet avis tient lieu de faire-part.
11, rue Edouard-Jacques,
75014 Paris.
Rencontres
– Le MRAP organise une rencontredébat sur le thème « Antisionisme,
antisémitisme... Jusqu'où peut-on
critiquer la politique d'Israël sans être
accusé d'antisémitisme ? » avec Alain
Gresh, rédacteur en chef du Monde
diplomatique, auteur de Israël Palestine : vérités sur un conflit.
Mercredi 9 janvier 2002, à 18 h 30, au
siège du MRAP, 43, boulevard de
Magenta, Paris-10e, métro Bonsergent.
Tél. : 01-53-38-99-99.
Fax : 01-40-40-90-98.
e-mail : mrap@wanadoo.fr
Projections-débats
– Festival des films interdits de la
DEFA (RDA, 1965), 14 au
18 janvier 2002 (chaque projection sera
précédée et suivie d'un débat avec des
critiques, des historiens, des réalisateurs
et des acteurs).
Maison Heinrich-Heine, Fondation
de l'Allemagne, 27c, boulevard Jourdan,
Paris-14e. Tél. : 01-44-16-13-00.
Lundi 14 janvier, 18 h 30, Le lapin, c'est
moi, de K. Maetzig, 1965. Mardi
15 janvier, 19 heures, Berlin au coin de
la rue, de G. Klein, 1965. Mercredi
16 janvier, 19 heures, Pieds nus et sans
chapeau, documentaire de J. Böttcher,
1962 ; Karla, de H. Zschoche, 19651966. Jeudi 17 janvier, 19 heures, Quand
tu seras grand, mon cher Adam, de E.
Günther, 1965.
ENS, 45, rue d'Ulm, Paris-5e.
Vendredi 18 janvier, 19 heures, La Trace
des pierres, de F. Beyer, 1966.
PAF. : 2,5 ¤ par séance (abonnement
pour les 5 séances : 9 ¤ ) .
Condoléances sur registre.
– Françoise Braudel,
Mme Fernand Braudel,
Ses très nombreux amis d'Italie, de
France, d'Europe, des Amériques,
ont la grande tristesse de faire part de la
mort de
Ruggiero ROMANO,
le 5 janvier 2002, dans sa soixante-dixneuvième année.
L'incinération aura lieu au cimetière
du Père-Lachaise, jeudi 10 janvier, à
14 h 15.
246, boulevard Raspail,
75014 Paris.
59, rue Brillat-Savarin,
75013 Paris.
Nos abonnés et nos actionnaires,
bénéficiant d’une réduction sur
les insertions du « Carnet du
Monde », sont priés de bien
vouloir nous communiquer leur
numéro de référence.
Cours
Formations informatique à domicile
(prise en main matériel, Internet,
multimédia, bureautique),
dépannage micro.
Une équipe de formateurs
et de techniciens à votre service
en Ile-de-France.
ALDISA.
Pour toute information,
contactez le 01-46-67-18-90.
Communications diverses
– Centre communautaire de Paris.
Les jeudis à 19 heures. Les rencontres
philosophiques. Avec Joseph Cohen :
« La judéité en philosophie, de Kant à
Hegel », 119, rue La Fayette, Paris-10e.
01-53-20-52-52. PAF. Programme
détaillé sur demande.
– « La paix au Moyen-Orient aprèsdemain ? » En débat avec Elisabeth
Chemla, auteur de Ton rêve est mon
cauchemar (éditions Flammarion), au
CBL, 10, rue Saint-Claude, Paris-3e, le
jeudi 10 janvier 2002, à 20 h 30. Tél. :
01-42-71-68-19.
TARIF CARNET 2001-2002
Tarif à la ligne : 22 € - 144,31 F TTC
Tarif abonnés : 18,50 € - 121,35 F TTC
Tél. 01-42-17-39-80 — Fax : 01-42-17-21-36
e-mail: carnet@mondepub.fr
RADIO-TÉLÉVISION
LE MONDE / MERCREDI 9 JANVIER 2002 / 31
MARDI 8 JANVIER
GUIDE TÉLÉVISION
20.46 Thema. Istanbul, une ville
DÉBATS
22.20 Thema. Catastrophes naturelles,
un risque permanent.
Arte
sous haute surveillance.
Arte
21.00 Maestro. [1/5]. Le XVIe siècle à Venise.
[2/5] Le XVIIe siècle à Venise.
Mezzo
21.25 Guerres bactériologiques.
MAGAZINES
[2/2]. Assassinats biologiques. Planète
Arte
17.00 Les Lumières du music-hall.
Jacques Hélian.
Hervé Vilard.
Paris Première
19.00 Archimède. Lecture labiale. Pile.
Musée de Nancy. Moutons fous
Arte
(1re partie). Sida.
19.00 Explorer. Reptiles à gogo, l'homme
aux crocodiles. Tueurs furtifs.
SOS Serpents. National Geographic
20.50 Vie Privée, vie publique.
Le poids du scandale.
France 3
22.15 Ça se discute. Organes artificiels,
homme bionique, jusqu'où peut-on
transformer l'homme ?
TV 5
21.40 Thema. Réveil volcanique.
21.45 Notre XXe siècle.
Cent ans de féminisme.
Avec David Lodge ; Bernard Clavel ;
Pierre Combescot ; Calixthe Beyala ;
Patrick Grainville.
TF 1
DOCUMENTAIRES
20.00 Le Guatemala,
Voyage
les trésors mayas.
20.00 Le Sous-marin perdu d'Hitler.
National Geographic
20.15 Les Secrets de la Méditerranée.
La lagune de Venise.
Odyssée
20.15 Hollywood Stories.
Mickey Rourke.
Paris Première
Planète
20.15 Asie du Sud-Est. [2/8].
20.15 Reportage.
Hongrie, trafic humain.
Odyssée
22.00 Voyageurs des mers froides.
Argentine : Voyageurs amoureux
des baleines.
Voyage
22.10 Histoire(s) de rhum.
Planète
22.15 Dans la peau
Canal +
de Mick Jagger.
22.50 Biographie. Staline. Chaîne Histoire
23.00 Animaux inventeurs.
Animaux ingénieurs. Nat. Geographic
23.00 Grenouilles et compagnie.
La loi du plus fort.
0.40 Vol de nuit.
[2/2].
FILMS
Odyssée
La Basse-Californie.
Voyage
23.05 Whisky, le diable
Planète
ou le bon Dieu.
23.20 Le Grand Jeu, URSS / EU.
[1/6]. 1917 - 1938 : Les raisins
de la colère.
Histoire
Louis Malle (France, 1960,
95 min) &.
17.45 et 20.35, 23.00 Rossini.
Ouverture de Sémiramis.
Par l'Orchestre symphonique
de Chicago, dir. G. Solti.
Mezzo
19.15 Vivaldi. Les Quatre Saisons.
Par l'Orchestre de chambre anglais,
dir. Nigel Kennedy.
Mezzo
20.20 Von Weber par Brendel.
Alfred Brendel, piano. Par l'Orchestre
symphonique de la Radio de Francfort,
dir. Eliahu Inbal.
Muzzik
21.00 Frédéric Chaslin. Œuvres de Strauss,
Schönberg, Debussy.
Muzzik
21.50 Tartini. Sonate pour violon et piano en
sol mineur , dite « Le Trille du diable ».
Avec Ju-Yung Baek (violon),
Yoko Kaneko (piano).
Mezzo
Cinétoile
18.05 Cet obscur objet du désir a a
Luis Buñuel (France, 1977,
105 min) %.
CineCinemas 1
19.00 Les Demoiselles
de Rochefort a a a
Jacques Demy (France, 1967,
120 min) &.
Cinétoile
20.45 Les Amants du cercle polaire a
Julio Medem (Espagne, 1999,
105 min) &.
CineCinemas 1
20.45 La Vie de plaisir a a
Albert Valentin (France, 1943,
90 min) &.
CineClassics
20.45 A plein gaz a
Norman Taurog (Etats-Unis, 1968,
95 min) &.
TCM
TÉLÉFILMS
20.40 Docteur Sylvestre.
Festival
20.50 La Route de la vengeance.
Deran Sarafian. %.
20.30 Football. Tournoi de Maspalomas.
Bayer Leverkusen Helsingborgs.
Eurosport
20.30 Volley-ball. Ligue des champion.:
Tours - Moscou.
Pathé Sport
20.45 Football.
Coupe de la Ligue (8es de finale) :
Bordeaux - Lyon.
France 2
TF 1
18.05 Star Academy. En direct.
18.55 Le Bigdil.
19.50 Vivre com ça.
19.55 Météo, Journal, Météo.
20.55 Le Flic de Beverly Hills 3 a a a
Film. John Landis.
22.50 Vis ma vie.
0.40 Vol de nuit.
1.45 Star Academy.
FRANCE 2
18.00 CD aujourd'hui.
18.05 Friends &.
18.55 On a tout essayé.
19.45 Un gars, une fille.
19.55 Journal, Météo.
20.40 Football. Coupe de la Ligue.
TF 6
Bordeaux - Lyon.
22.50 Fallait y penser.
1.00 Journal de la nuit, Météo.
21.00 Vendetta.
Nicholas Meyer ?.
Paris Première
22.55 Petite menteuse.
Thierry Chabert &.
Festival
19.05 MacGyver. Bienvenue à l'Ouest. TF 6
21.00 First Years.
Touched by a reindeer (v.o.) &. Téva
21.10 That 70's Show. Le catch,
c'est bath (v.m.). &.
Canal Jimmy
0.05 Le Caméléon.
To Serve and Protect (v.o.). Série Club
Téva
0.20 Ally McBeal. Cybersex (v.o.).
20.55 Le Flic de Beverly Hills 3 a a a
John Landis. Avec Eddie Murphy,
Timothy Carhart, Stephen McHattie
(Etats-Unis, 1994, 113 min).
TF 1
Cy Endfield (Grande-Bretagne, 1964,
135 min) &.
Cinétoile
22.15 Le Mariage de Chiffon a a
Claude Autant-Lara (France,
1941, 100 min) &.
CineClassics
France 3
TF 1
Canal +
20.50 Vie privée, vie publique
Mireille Dumas reçoit ce soir des
personnalités qui ont défrayé la
chronique pour diverses raisons :
Simone Weber, condamnée à
vingt ans de réclusion pour le
meurtre de son amant et libérée
en 1999 ; Isabelle Coutant-Peyre,
avocate et future épouse du terroriste Carlos, en prison ; François
Marcantoni, impliqué dans l’affaire Markovic, pour un débat sur le
thème : « Le poids du scandale ».
20.55 Le Flic
de Beverly Hills 3 a a a
Un policier démasque des fauxmonnayeurs dissimulés dans un
parc d’attractions. Plus qu’un épisode inutile de plus, ce long métrage réalisé par John Landis est une
réflexion cinglante sur la société
américaine contemporaine, avec
l’idéologie Disney comme vision
totalitaire. Au risque de choquer
certains, on peut y voir un grand
film politique des années 1990.
23.25 A la rencontre
de Mick Jagger
Diffusé à la suite de Dans la peau
de Mick Jagger, un documentaire
de Kevin McDonald tout à la gloire
de la star, cet entretien mené par
Laurent Chalumeau et produit par
la société de Jagger, Jagged Films,
aborde des sujets musicaux – ses
relations avec les Beatles, ses liens
avec Keith Richard, le rock… – et
d’autres plus personnels, comme
la religion ou « le mythe Jagger ».
18.15 Un livre, un jour.
18.20 Questions pour un champion.
18.45 La Santé d'abord.
18.50 Le 19-20 de l'information, Météo.
20.10 Tout le sport.
20.15 Le Journal du Dakar.
20.50 Vie Privée, vie publique.
Le poids du scandale.
22.50 Météo, Soir 3.
23.20 Petits frères a
Film. Jacques Doillon %.
21.00 Zoulou a a
Dino Risi (France - Italie, 1985,
105 min) &.
CineCinemas 3
22.55 L'Argent de la vieille a a
Luigi Comencini (Italie, 1972, v.o.,
110 min) &.
Paris Première
23.00 Emporte-moi a a
Léa Pool (Fr. - Can. - Sui., 1999,
95 min) &.
TPS Star
23.15 Adieu, poulet a a
Pierre Granier-Deferre (France, 1975,
85 min) &.
Cinétoile
16.45 A tombeau ouvert a
f En clair jusqu'à 20.44
18.40 Dieu, le Diable et Bob &.
19.05 Le Journal.
19.20 + de cinéma, + de sport.
19.50 Le Zapping.
19.55 Les Guignols de l'info.
20.05 Burger Quiz.
20.45 Pokémon, le film
Film. K. Yuyama et M. Haigney &.
22.15 Soirée Mick Jagger.
Dans la peau de Mick Jagger &.
23.25 A la rencontre de Mick Jagger &.
23.50 South Park.
Quintuplées contorsionnistes %.
0.05 S'en fout la mort a a a
0.15 The Last September
Claire Denis (France, 1990,
90 min) &.
23.00 Music Planet.
Hommage à George Harrison.
0.00 La nuit s'anime. Bob et Margaret.
0.25 Premiers comiques allemands.
0.55 Capitaine Blood a a
Film. Michael Curtiz (v.o.).
M6
18.55 The Sentinel &.
19.54 Le Six Minutes, Météo.
20.05 Malcolm &.
20.39 Un jour à part.
20.40 Décrochages info, Caméra Café.
20.50 E = M 6 découverte.
0.34 Météo.
0.35 Zone interdite. Génération obèse.
RADIO
FRANCE-CULTURE
20.30 Michel Foucault et la littérature.
22.00 Journal.
22.10 Multipistes.
22.30 Surpris par la nuit.
0.05 Du jour au lendemain.
FRANCE-MUSIQUES
CANAL +
0.05 Le Procès a a
Mark Robson (Etats-Unis, 1955,
110 min).
TCM
un risque permanent.
20.45 Istanbul, une ville
sous haute surveillance.
21.40 Réveil volcanique.
22.05 Avalanches.
22.20 Catastrophes naturelles,
un risque permanent.
22.35 Moteur de recherche.
0.50 Libre court. Roule ma poule.
Film. Martin Scorsese ?.
22.25 Le Fou de guerre a a
ARTE
19.00 Archimède.
19.45 Arte info, Météo.
20.15 Reportage. Hongrie : Trafic humain.
20.45 Thema. Catastrophes naturelles :
Les animaux les plus extraordinaires ?.
FRANCE 3
SÉRIES
SPORTS EN DIRECT
Arte
TÉLÉVISION
17.25 Zazie dans le métro a a
MUSIQUE
Christiane Leherissey.
23.05 Pilot Guides.
PROGRAMMES
Film. Deborah Warner %.
Cinéfaz
19.05 Le Tour d'écoute.
20.00 Un mardi idéal.
Soirée spéciale autour de Mozart.
22.00 En attendant la nuit.
23.00 Jazz, suivez le thème.
Fifty Second Street Theme.
0.00 Extérieur nuit.
RADIO CLASSIQUE
18.30 Classique affaires soir.
20.00 Les Rendez-Vous du soir. Œuvres
de Berlioz, Franchomme, Chopin.
20.40 L'Univers musical de Janacek.
Œuvres de Janacek,
Dvorak, Bach, Beethoven.
22.40 Concert. Par l'Ensemble A Sei Voci
et la Maîtrise des Pays de Loire,
dir. Bernard Fabre-Garrus :
Œuvres de Des Prés.
0.00 Les Nuits de Radio Classique.
MERCREDI 9 JANVIER
GUIDE TÉLÉVISION
FILMS
DÉBATS
18.30 Paradis de la faune. Le monde
18.00 La Rafle du Vél-d'Hiv.
19.00 Connaissance.
Avec Michel Muller ; Maurice Rajsfus ;
Michèle Cointet ;
André Pousse.
La Chaîne Histoire
18.30 Studio ouvert. La réglementation
des sondages d’opinion . Public Sénat
MAGAZINES
13.00 Explorer. Reptiles à gogo, l'homme
aux crocodiles. Tueurs furtifs.
SOS Serpents. National Geographic
13.55 C'est mon choix.
France 3
14.15 Envoyé spécial. Les meilleurs
reportages de l'année.
TV 5
14.45 Open club.
Daniel Toscan du Plantier. CineClassics
16.10 L'Actors Studio.
Richard Dreyfuss.
Paris Première
17.00 Les Lumières du music-hall.
Jean-Claude Pascal.
Françoise Hardy.
Paris Première
17.55 Le Divan.
Les politiques : Simone Veil. Festival
18.05 C dans l'air.
La Cinquième
19.00 Chacun son monde, le sens
du voyage, le voyage des sens.
Invitée : Danielle Mitterrand. Voyage
19.00 Explorer. Sauvetage d'une jeune
baleine. Le photographe volant.
Les géo-scientifiques. Nat. Geographic
20.45 Les Mercredis de l'histoire.
Le fil de la vie [1/2] : La nostalgie,
1900-1940.
Arte
20.55 Combien ça coûte ?
Le prix du changement.
Invités : Martin Lamotte ;
David Douillet.
TF 1
21.05 Dunia. Enfants déracinés. Le calvaire
de la rue. Flûtes pour les lendemains
meilleurs. Invitée : Najat M'jid. TV 5
22.30 Paris dernière.
Spéciale Grand Hôtel. Paris Première
22.35 Ça se discute.
Rivalité, jalousie, trahison :
sommes-nous tous menacés ? France 2
0.10 Les Dossiers de l'Histoire.
Mon père, le Che.
France 3
0.15 Entretien avec Bertrand
CineClassics
Tavernier.
DOCUMENTAIRES
17.00 Animaux inventeurs. Animaux
ingénieurs.
National Geographic
17.15 Bushmen. Polyphonies du désert
du Kalahari.
Muzzik
17.30 D'îles en îles.
L'archipel de Chiloé au Chili.
Voyage
17.35 Les Aventuriers
de l'Egypte ancienne. [12/12].
Une saison à Saqqarah.
Histoire
18.00 Mission sauvage. Les grands blancs
d'Afrique du Sud. National Geographic
18.30 Sous la mer. Les requins-baleines
du Mozambique.
21.00 Finisterra.
perdu des Seychelles. Nat. Geographic
Voyage
Les Mystères de l'évolution. [4/4]. Arte
d'une attaque.
National Geographic
20.05 Theodore Zeldin.
[1/4]. L'historien iconoclaste. Histoire
20.15 Reportage. Grozny, le 51.
Arte
20.45 24 heures de la vie d'une ville.
Sydney. Londres
Muzzik
Chorégraphie d'Olga Roriz.
Musique de J.-S. Bach.
Muzzik
23.45 Achterland. Chorégraphie
d'Anne Teresa De Keersmaeker.
Musique de Ligeti et Ysaÿe.
Par la Rosas Dance Company
de l'Opéra de Bruxelles.
Mezzo
17.25 Mozart. Sonate pour piano en ut
21.00 Le Grand Jeu, URSS/EU. [2/6].
17.45 et 20.35, 23.30 Ravel.
21.00 Sur les cimes
des antipodes. National Geographic
21.45 La Traversée du Shu Fu. Odyssée
21.45 Musica.
Naples chante la lune rouge.
Arte
22.40 Al-Qantara
Planète
ou vacances en exil.
23.00 Sur la route des Incas. La montagne
des dieux.
23.05 Pilot Guides.
23.15 Jean Daniel.
National Geographic
Cambodge.
Voyage
Un guetteur du siècle.
France 3
0.00 Brésil : Terre promise.
Voyage
0.15 Staline. [1/3].
La Chaîne Histoire
0.30 Les Mystères
Histoire
du premier film.
1.00 Les Voyages
d'Alexandre le Grand. [1/4]. Fils des
dieux.
Voyage
SPORTS EN DIRECT
13.30 Volley-ball. Ligue des champions
masculine : Ekaterinbourg Paris Volley.
Pathé Sport
13.45 Combiné nordique.
Coupe du monde. Epreuve de ski
de fond (relais 3x5 km).
Eurosport
16.05 Football.
Coupe de la Ligue ( 8e de finale).
Lorient - Auxerre.
France 3
18.30 Football. Tournoi d'Antalya.
Sturm Graz - Antalyaspor. Eurosport
20.30 Football. Tournoi international
de Maspalomas : Kaiserslautern Feyenoord Rotterdam.
Eurosport
20.30 Basket-ball. Euroligue masculine
(10e journée, groupe D) :
Pesaro - Asvel.
Pathé Sport
20.45 Football.
Coupe de la Ligue (8e de finale) :
Monaco - Marseille.
France 3
20.20 Les Chaises.
Chorégraphie de Maurice Béjart.
Avec Marcia Haydée, John Neumeier.
Musique de Wagner.
Texte de Ionesco.
Muzzik
Arte
France 3
20.15 Reportage : Grozny, le 51
Avec sa façade criblée d’éclats de
balles, son absence d’eau, d’électricité et de gaz, l’immeuble 51, situé
au cœur du quartier Lénine de
Grozny, la capitale tchétchène,
fait peine à voir. En 2000-2001, bravant les interdictions des autorités
russes, Mylène Sauloy a recueilli
de nombreux témoignages, qui
permettent de mieux comprendre
ce qu’est devenue la vie quotidienne dans cette ville martyre.
23.15 Jean Daniel, un guetteur
du siècle
Plus le XXe siècle s’éloigne, plus on
a envie d’entendre la parole de
ceux qui en furent acteurs et
témoins. Il ne faut donc pas manquer ce portrait de Jean Daniel,
quatre-vingts ans, grand journaliste, fondateur (en 1964) et directeur du Nouvel Observateur, après
avoir participé à l’aventure de L’Express. Pourtant, au terme des cinquante-deux minutes du film d’Em-
TCM
TF 1
14.15 Adieu Bonaparte a a
Youssef Chahine (France - Egypte,
1985, 110 min) %.
Histoire
15.20 Guet-apens a a
Sam Peckinpah (Etats-Unis, 1972,
120 min).
TCM
15.45 La Vie de plaisir a a
16.20 Ruy Blas a a
majeur KV 545. Enregistré en 1990.
Avec Daniel Barenboïm (piano). Mezzo
L'Alborada del gracioso.
Enregistré en mai 1994.
Par l'Orchestre philharmonique
de Munich, dir. S. Celibidache. Mezzo
Pierre Billon (France, 1947,
95 min).
Festival
17.15 Le Mariage de Chiffon a a
Claude Autant-Lara (France,
1941, 100 min) &.
CineClassics
19.25 Edgar Varèse par Pierre Boulez.
Enregistré en 1991.
Par l'Ensemble InterContemporain
et la Junge Deutsche Philharmonie,
dir. Pierre Boulez.
Mezzo
22.00 I Muvrini. Enregistré en 1994. Mezzo
23.00 Brahms. Sonate pour violon et piano
Mezzo
0.50 Eurythmics.
Enregistré en 2000.
Paris Première
19.05 La Ferme aux ballons.
William Dear.
Disney Channel
20.50 La Fugitive.
Rachel Samuels ?.
TF 6
20.50 Le Fil du rasoir.
Gérard Cuq %.
M6
21.30 Un cœur pour la vie.
Robert Markowitz. &.
Téva
22.10 Le Crabe sur la banquette arrière.
Jean-Pierre Vergne.
Festival
22.55 La Mort au bout du chemin.
John Power %.
TF 6
23.00 Le Temps d'un éclair.
Marco Pauly.
Téva
SÉRIES
Un virus parmi nous.
M6
TF 6
Série Club
20.40 Nestor Burma. Un croque-mort
Festival
20.45 Les Chemins de l'étrange.
Strike two.
13
ème
RUE
20.45 Star Trek, DS 9. Etranges
partenaires (v.m.) &.
20.10 Quand Harry rencontre Sally a
Rob Reiner (Etats-Unis, 1989,
100 min).
TSR
20.45 Pierre et Jean a a
André Cayatte (France, 1943,
75 min) &.
CineClassics
21.00 Rocketeer a a
Joe Johnston (Etats-Unis, 1991, v.o.,
105 min) &.
Cinéstar 2
22.00 Tirez sur le pianiste a a a
François Truffaut (France,
1960, 80 min) &.
CineClassics
22.40 Shakespeare in Love a a
John Madden (Etats-Unis, 1998,
125 min) &.
CineCinemas 3
22.50 Le Diable par la queue a a
18.55 The Sentinel. L'alibi &.
19.05 MacGyver. L'anniversaire.
19.55 Le Caméléon.
Canal Jimmy
21.35 Star Trek, la nouvelle génération.
Rendez-vous à Farpoint. Canal Jimmy
manuel Descombes, on est plutôt
furieux et on attend un prochain
documentaire qui tracerait vraiment le destin de Jean Daniel. Non
à cause du principal protagoniste,
qui est le charme même. Mais à
cause de la désastreuse composition de ce film et d’un montage
piteux. Pourquoi, devant tant de
ratages, recommander quand
même ce film ? Pour ce qu’est Jean
Daniel, pour le courage constant
de ses positions, pour ce que, malgré tout, il parvient ici à dire de sa
passion de journaliste engagé.
Le prix du changement.
23.10 Columbo. Couronne mortuaire.
Philippe de Broca (France, 1969,
95 min) &.
Cinétoile
23.10 Another Day in Paradise a a
Larry Clark (Etats-Unis, 1999,
105 min) !.
CineCinemas 2
23.20 Allemagne année zéro a a a
Roberto Rossellini (Fr. - It., 1947,
70 min).
Histoire
0.00 Le Sergent noir a a
John Ford (Etats-Unis, 1960,
110 min).
TCM
0.05 Sixième sens a a
M. Night Shyamalan (Etats-Unis,
1999, 105 min) ?.
Canal + Vert
LA CINQUIÈME/ARTE
14.10 On n'est pas des bouffons.
15.05 Terres de merveilles.
16.05 Après la sortie.
16.45 Les Pêcheurs du Rio Negro.
17.05 Va savoir. Les muses s'amusent.
17.35 100 % question.
18.05 C dans l'air.
19.00 Connaissance.
Les Mystères de l'évolution. [4/4].
La progression au galop.
19.45 Arte info, Météo.
20.15 Reportage. Grozny, le 51.
20.45 Les Mercredis de l'histoire.
Le fil de la vie [1/2] :
La nostalgie, 1900-1940.
21.45 Musica. Naples chante la lune rouge.
22.45 The Pillow Book
Film. Peter Greenaway (v.o.) ?.
Rivalité, jalousie, trahison :
sommes-nous tous menacés ?
18.55 Au Bonheur des dames a
André Cayatte. Avec Michel Simon,
Albert Préjean (France, 1943,
85 min) &.
CineClassics
TÉLÉFILMS
Téléfilm. Wolfgang Murnberger.
16.25 Alerte à Malibu.
17.20 Melrose Place.
18.05 et 0.55 Star Academy.
18.55 Le Bigdil. Jeu.
19.55 Météo, Journal, Météo.
20.55 Combien ça coûte ?
14.40 Un cas pour deux &.
15.45 La Famille Green &.
16.30 Un livre.
16.35 Premier rendez-vous.
17.10 Le Groupe.
17.40 70's Show &.
18.05 Friends &.
18.55 On a tout essayé.
19.50 Un gars, une fille.
19.55 Un portrait, un jour.
20.00 et 0.55 Journal, Météo.
20.50 Tirage du Loto.
20.55 La Kiné. Virage fatal.
22.35 Ça se discute.
Avec Mirella Freni ; Christine Schäfer ;
Marcelo Alvarez ; Simon Keenlyside.
Par l'Orchestre philharmonique
de Berlin, dir. Claudio Abbado. Muzzik
n˚3 en ré mineur opus 108.
Avec Itzhak Perlman (violon),
Daniel Barenboïm (piano).
13.00 Journal, Météo.
13.55 Les Feux de l'amour.
14.45 Une famille de rêve.
FRANCE 2
18.20 Gala du Nouvel An à Berlin 1998.
nommé Nestor.
DANSE
David Miller (Etats-Unis, 1955,
110 min).
Albert Valentin (France, 1943,
90 min) &.
CineClassics
MUSIQUE
Planète
20.45 La Guerre en couleurs. La bataille
des mers.
La Chaîne Histoire
20.50 L'Esprit du roi lépreux.
Odyssée
1938-1945 : La grande alliance. Histoire
TÉLÉVISION
13.30 Diane de Poitiers a
Chorégraphie d'Olga Roriz.
21.55 Situations Goldberg.
20.00 Pearl Harbour. [1/2]. Héritage
PROGRAMMES
0.50 Un portrait, un jour.
0.50 Tricheurs a a
Film. Barbet Schroeder ?.
M6
13.35 M 6 Kid.
17.10 E = M 6 découverte.
17.35 Fan de.
17.55 Le Flic de Shanghaï &.
18.55 The Sentinel &.
19.54 Le Six Minutes, Météo.
20.05 Malcolm &.
20.40 Décrochages info, Caméra Café.
20.50 Le Fil du rasoir.
Téléfilm. Gérard Cuq %.
22.40 X-Files, L'intégrale. Eve ?.
23.35 L'incendiaire %.
0.30 Unité 9. De l'autre côté du miroir &.
RADIO
FRANCE 3
13.55 C'est mon choix.
15.00 Questions au Gouvernement.
16.05 Football. Lorient - Auxerre.
18.15 Un livre, un jour.
18.20 Questions pour un champion.
18.45 La Santé d'abord.
18.50 19-20 de l'info, Météo.
20.10 Tout le sport.
20.15 Le Journal du Dakar.
20.40 Football. Monaco - Marseille.
22.45 Météo, Soir 3.
23.15 Jean Daniel. Un guetteur du siècle.
0.10 Les Dossiers de l'Histoire.
FRANCE-CULTURE
20.30 Michel Foucault et la littérature.
Sept propos sur le septième ange,
sur Brisset.
21.00 Mesures, démesures.
Les compositeurs écrivent
pour la radio.
22.00 Journal.
22.10 Multipistes.
22.30 Surpris par la nuit. Jours de
ramadan [2/4]. Une journée avec Absa.
0.05 Du jour au lendemain.
Invité : Paul Audi.
Mon père, le Che.
FRANCE-MUSIQUES
CANAL +
20.00 Concert. Par l'Orchestre
14.00 H &.
14.25 Titus &.
14.45 Surprises.
14.55 Sale enquête.
Téléfilm. Geoffrey Cawthorn %.
16.30 Star Hunter &.
17.15 Eddy Time.
f En clair jusqu'à 20.59
18.50 Spy Game. Le making of &.
19.09 Résultats et rapports.
19.10 Le Journal.
19.25 + de cinéma, + de sport.
19.50 Le Zapping.
19.55 Les Guignols de l'info .
20.05 Burger Quiz.
20.45 Encore + de cinéma.
21.00 Le roi danse
Film. Gérard Corbiau %.
22.50 Minutes en +.
Spécial Yves Saint Laurent.
0.15 Spin city. Le grand débat %.
philharmonique de Berlin, dir. Claudio
Abbado : Pièces pour orchestre op. 6, de
Webern ; Œuvres de Mahler, Wagner.
22.00 En attendant la nuit.
23.00 Jazz, suivez le thème.
Poor Butterfly.
RADIO CLASSIQUE
20.00 Les Rendez-Vous du soir.
Œuvres de Dvorak, dir. C. Mackerras :
La Forêt de Bohême : le silence op. 68
n˚5 ; Rondo op. 94 ; Fantaisie sur
un chant de Bohême, de Smetana ;
Scherzo fantastique op. 25, de Suk,
dir. J. Belohlavek.
20.40 Aroldo. Opéra de Verdi. Par le Chœur
et l'Orchestre du Mai Musical
florentin, dir. Fabio Luisi, Neil Shicoff
(Aroldo), Carol Vaness (Mina).
22.50 Les Rendez-vous du soir (suite).
Quatuor à cordes n˚2 op. 13,
de Mendelssohn, par le Quatuor Artis ;
Œuvres de R. Schumann, Liszt.
0.00 Les Nuits de Radio Classique.
SIGNIFICATION DES SYMBOLES
Les codes du CSA
0.50 Tricheurs a a
Barbet Schroeder.
Avec Jacques Dutronc, Bulle Ogier
(Fr. - All., 1983, 90 min) ?.
Arte
0.55 Trois ponts sur la rivière a a
Jean-Claude Biette (France,
1998, 115 min) %.
CineCinemas 2
&
%
?
?
!
?
#
Tous publics
Accord parental souhaitable
Accord parental indispensable
ou interdit aux moins de 12 ans
Public adulte
Interdit aux moins de 16 ans
Interdit aux moins de 18 ans
Les cotes des films
a a a On peut voir
a a a A ne pas manquer
a a a Chef-d’œuvre ou classique
Les symboles spéciaux de Canal +
DD Dernière diffusion
d Sous-titrage spécial pour
les sourds et malentendants
32
MERCREDI 9 JANVIER 2002
Orage à Vladivostok
par Pierre Georges
QUAND même, cela laisse
rêveur. Alors que la grande roue
tourne, tourne, tourne dans le
ciel de Paris, au mépris souverainement forain de la loi et des
engagements. Alors qu’Alain
Madelin s’essaye aux missiles de
précampagne en usant de la
métathèse pour jeter dans le
même sac « Chispin et Josrac ».
Alors que le mollah Omar, notre
vieux Filochard, aurait été vu
pour la dernière fois, filochant
justement sur une moto, en son
Kaboul-Kandahar.
Alors qu’un gamin pas trop
bien dans sa tête a volé une belle loco, du côté de Metz, pour se
la jouer Bête humaine. Alors
qu’un autre gamin de Tampa a
cru nécessaire, pour exprimer la
sympathie qu’il vouait à Ben
Laden, de voler, lui, un petit avion pour jouer à la tour infernale
contre un gratte-ciel. Alors que
Bernard Bonnet, le préfet aux
paillotes – ah, que n’envoie-t-on
pas un commando de gendarmes saper nuitamment la grande roue sur la plage de la Concorde ! –, alors que Bernard Bonnet donc change d’avocat pour
confier ses intérêts à un avocatcommando-à-lui-tout-seul, Jacques Vergès précisément.
Alors, on en rit encore, que la
PJ vient de mettre un terme aux
activités déplorables d’un redoutable gang de faux monnayeurs
qui, une minute encore MM. les
gouverneurs des banques, fabriquaient, hardi la rotative, des
faux billets de 200 F avant extinction définitive du genre. Alors
que tout le monde politique présente ses vœux à chacun, et
inversement, avec la plus évidente arrière-pensée. Alors que,
dans le langage des sigles, nous
avons eu droit, justement sur ce
plan-là, à une première escarmouche, DSK versus MAM, le
revenant contre la survivante.
Alors que manifestement les
Français ne font plus confiance
comme d’antan au débit de
l’eau du robinet, non plus qu’à
sa qualité. Alors qu’un beau militaire, de carrière on le suppose,
vu qu’il n’en est plus d’autre, a
été surpris commettant l’acte
sacrilège d’uriner sur la flamme
du Soldat inconnu, d’où son
transfert immédiat à l’infirmerie
spéciale de la garnison (le militaire, pas le soldat, évidemment).
Alors que Yves Saint Laurent
plie ses gaules, ce qui est façon
bien leste de parler pour déplorer l’ atteinte à l’exception culturelle française. Alors que le professeur Etiemble emporte son
combat contre le franglais dans
la tombe. Alors qu’on ne peut
plus ouvrir un canard ni une
oreille, sans entendre parler de
la prodigieuse destinée commerciale d’Amélie Poulain-Jeunet.
Alors tout cela, et malgré tout
cela, c’est une dépêche en provenance de Vladivostok qui aura
retenu, ce matin, notre attention. D’abord parce que c’est
beau, dans sa seule charge poétique, une dépêche de Vladivostok. Plus que Kandahar –
Kaboul, ou Paris-Dakar. C’est
beau et c’est rare. Aussi rare que
le phénomène dont elle faisait
état : un orage des neiges ! Pas
une tempête. Un orage, avec
éclairs et tonnerre, et tout le
saint-frusquin. Vous imaginez la
nuit de Vladivostok. La neige
qui tombe à gros flocons. Et en
même temps, son et lumière, un
orage à décrocher les boules du
sapin, ou du bouleau ! Un front
tropical tiède venant de la mer
Jaune pour copuler bruyamment avec un front sibérien glacial ! Tous en chœur : « Orage
des neiges, mon coeur amoureux… »
Vive contestation post-électorale
à Madagascar
LES MANIFESTATIONS se succèdent sur la place du 13-Mai au
cœur d’Antananarivo, haut lieu en
1991 du « printemps de la démocratie », lorsqu’une vague de contestation populaire avait contraint l’amiral-président, Didier Ratsiraka, à
quitter le pouvoir. Réélu en 1996, le
chef de l’Etat doit faire face à une
contestation de plus en plus virulente depuis le premier tour du scrutin
présidentiel, le 16 décembre, qui a
nettement tourné à son désavantage. Selon les partisans de son rival,
l’homme d’affaires et maire de la
capitale Marc Ravalomanana, celuici aurait été élu avec 53 % des suffrages, mais privé de sa victoire « par
trucage ». Le ministère de l’intérieur affirme que l’opposant aurait
obtenu 47 % des voix, contre 40 %
pour le président. La date du
second tour n’a toujours pas été
fixée par la Cour suprême.
Lundi 7 janvier, la quatrième
manifestation de l’opposition a
tourné à une bataille rangée avec
les forces de l’ordre. La police a vainement tenté de disperser une foule d’environ 30 000 personnes à
coups de grenades lacrymogènes et
de charges qui ont fait une vingtaine de blessés. A mesure que s’intensifiait la répression, la protestation
a enflé, quelque 80 000 manifestants occupant le centre-ville en fin
d’après-midi, arrosant la police
d’une pluie de pierres. Le calme est
revenu dans la soirée.
Un appel à une nouvelle manifestation a été lancé pour le mardi
8 janvier. L’opposition réclame la
publication des résultats du premier tour pour chaque bureau de
vote. Le 20 décembre, alors qu’un
décompte parallèle faisait apparaître une différence avec les chiffres
officiels, le gouvernement avait
interdit de vol les sept hélicoptères
de M. Ravalomanana chargés de
récupérer les procès-verbaux électoraux en province.
Stephen Smith
Prost Grand Prix intéresserait
un groupe d’investisseurs français
UN GROUPE d’investisseurs, composé d’industriels et d’hommes d’affaires français, aurait proposé d’injecter au moins 44 millions d’euros dans
Prost Grand Prix, pour permettre à l’écurie de formule 1 de commencer
la saison 2002. Ces investisseurs prendraient la majorité de Prost Grand
Prix et confieraient un poste de directeur sportif à Alain Prost, son
actuel président. Placée en redressement judiciaire le 22 novembre
2001 par le tribunal de commerce de Versailles pour une dette estimée à
30,5 millions d’euros, l’écurie du quadruple champion du monde a
jusqu’au 15 janvier pour trouver des investisseurs ou un repreneur.
DÉPÊCHE
a MOULINEX : La Commission européenne devait donner, mardi
8 janvier, son feu vert conditionnel à la reprise du groupe en faillite
Moulinex par son concurrent Seb, a-t-on appris à Bruxelles. Seb-Moulinex va devoir faire des cessions pour résoudre des problèmes de concurrence identifiés dans neuf pays d’Europe. La Commission ne s’est pas
prononcée sur les problèmes concernant le marché français : les autorités françaises de la concurrence avaient demandé à récupérer le dossier.
Celles-ci ont obtenu gain de cause et devront se prononcer sur les problèmes de concurrence éventuels suscités par ce dossier, politiquement
et socialement, sensible. – (Corresp.)
Tirage du Monde daté mardi 8 janvier 2002 : 523 780 exemplaires.
1-3
Otages du Liban : M. Marchiani presse le chef de l’Etat
de « demander des explications au gouvernement »
Christian Prouteau : « Si j’avais pu donner une mallette d’argent pour sortir ces Français, je l’aurais fait »
LA CONTROVERSE sur l’éventuel versement d’une rançon destinée à obtenir la libération, en
1987 et 1988, des otages français
détenus au Liban ne semble pas
devoir s’éteindre. Dans une déclaration au Monde, mardi 8 janvier,
le député européen (RPF) JeanCharles Marchiani, mis en cause
par les développements de l’enquête financière de la juge Isabelle Prévost-Desprez (Le Monde du 8 janvier), demande « solennellement »,
« en tant que préfet de la République », à Jacques Chirac « d’user de
ses pouvoirs pour intervenir ». « Le
chef de l’Etat doit demander des
explications au gouvernement, estime M. Marchiani, afin de défendre
l’honneur de ceux qui, à mes côtés,
ont pris, bénévolement, tous les risques pour ramener en France nos
compatriotes. » « Je me permets de
m’adresser, respectueusement mais
fermement, à M. Chirac, car c’est lui
qui m’avait confié, il y a 15 ans, la
mission de libérer les otages », ajoute-t-il. Selon l’ancien préfet, « le
président doit forcer le ministre de
l’intérieur, Daniel Vaillant, à dire
sur ordre de qui et dans quel but la
note infâmante et diffamatoire de la
DST a été transmise à la justice ».
M. Marchiani fait allusion à la note
de renseignement transmise à la
justice, en janvier 2001, qui évoquait les informations d’une « source » sur ses relations avec l’homme
d’affaires Iskandar Safa et qui a
constitué le point de départ de l’enquête. « C’est la première fois, ditil, que le contre-espionnage se dissimule derrière un informateur anonyme pour mettre en cause l’Etat, en
affirmant contre l’évidence qu’une
rançon a été versée », ajoute-t-il.
« Les groupes terroristes vont désormais penser que le fait d’enlever des
ressortissants français peut être source de profit, estime l’ex-préfet.
C’est gravissime, car cela met en cause la sécurité de nos compatriotes à
l’étranger ». Le 4 janvier, l’ancien
directeur du cabinet de M. Chirac a
Matignon (1986-1988), Maurice
Ulrich, aujourd’hui conseiller à
l’Elysée, avait affirmé que la libération des otages n’avait « pas donné
lieu à un versement de rançon par
l’Etat français ».
M. Marchiani a par ailleurs qualifié d’« absurdes » les propos de
Christian Prouteau, ancien chef de
la cellule antiterroriste de l’Elysée,
qui déclare, dans le Parisien du
8 janvier, avoir informé François
Mitterrand
qu’une
« rançon
cachée » avait été versée à l’Iran
pour faire libérer les otages. Cette
contrepartie – « très difficilement
calculable », dit-il – aurait, selon
lui, été incluse dans le règlement
du contentieux franco-iranien
Eurodif. « Si j’avais pu donner une
mallette d’argent pour sortir ces
Français du Liban, je l’aurais fait,
ajoute néanmoins M. Prouteau.
Cela ne me choque pas de penser
qu’une rançon a pu être payée. » M.
Marchiani répond que l’ancien gendarme « confond des notions différentes » : « Ce qu’il qualifie à tort de
“rançon“, c’est le règlement de l’affaire Eurodif. »
Le député européen affirme
avoir participé au règlement de ce
contentieux financier. « Fin avril
1988, dit-il, j’ai accompagné à Genève Jean-Claude Trichet, alors directeur du Trésor. M. Trichet a rencontré les représentants du ministère
des finances iranien avec qui il a longuement discuté du montant et de
l’échelonnement du remboursement
de la dette Eurodif. Ces engagements, qui ont effectivement permis
de libérer les otages, ont ensuite été
honorés par deux gouvernements
successifs ». Après le gouvernement
de
Michel
Rocard
(1988-1991), celui d’Edith Cresson
avait versé 7 milliards de francs à
l’Iran, en octobre 1991. D’autre
part, lundi 7 janvier, Charles Pasqua, en sa qualité d’ancien ministre de l’intérieur, a déposé plainte
contre X…pour « dénonciation
calomnieuse » auprès de la ministre de la Justice, Marylise Lebranchu. Evoquant la note de la DST –
publiée dans Le Monde du 8 janvier –, qui met en cause son entourage, M. Pasqua assure que « les
faits dénoncés sont faux » et que
« l’accusation portée implicitement » contre lui est calomnieuse.
« Le fait qu’elle soit relayée par l’un
des plus importants services de l’Etat
la rend encore plus odieuse », conclut-il.
Fabrice Lhomme
f www.lemonde.fr/pasqua-affaires