Dieudonne Emese 1906

REVUE
NUMISMATIQUE
DIRIGéE PAR
G. SOHIUMBERGBR, E. BABELON, A. BLANCHET
SECRéTAIRE DE LA RéDACTION : A . D I E U D O N N É
Ostendite naihi numisma census Ou jus
est imago haec, et superscriptio?
MATTH., XXII, i% 20.
QUATRIEME SERIE — TOME DIXIÈME
j P R O C È S - V E R B A U X D E LA S O C I É T É F R A N Ç A I S E D E N U M I S M A T I Q U E
PARIS
CHEZ C. ROLLIN ET FEUARDENT
4 , RUE DE L O C V O I S ,4
1906
NUMISMATIQUE SYRIENNE
ÉMÈSE
Pl. V I .
*
Emesa ou Emisa (actuellement Hems ou Homs), ville de
la Syrie Apamène 1 , située dans la vallée supérieure de
FOronte, devait son importance à un magnifique sanctuaire
du dieu syro-phénicien du Soleil, Elagabale. Elle fut d'abord
la capitale d'une dynastie de prêtres-rois, parmi lesquels
Strabon mentionne les noms de Sampsigeramus et de
lamblichus, qui prêtèrent leur appui à Pompée et à son
lieutenant, Q. Caecilius Bassus2.
Lors de la guerre entre Octave et Antoine, lamblichus
prit le parti d'Antoine ; sa souveraineté fut abolie, puis rétablie par Auguste en faveur de lamblichus, fils du précédent;
ses successeurs, Sampsigeramus, Azizus, Soœmus, ont
aidé les Romains dans la conquête de la Gommagène et de
la Judée; enfin G. Julius Sampsigeramus dit Seilas, fils de
G. Julius Alexion, est mentionné dans une inscription du
premier siècle3. L'indépendance de cette famille sacerdotale
1. H i é r o c l è s , Synecd. — J . M a l a l a s , X I I , 296, é d . B o n n . — P l i n e , H. iV., V , 19,
21, — P t o L , Geogr. — H é r o d i e n , V , 3. — A m m . M a r c e l l i n , X I V , 8. — E t . d e
B y z a n c e . — T h e o d o r e t , Hist. certes,, I I I , 7.
2. V o y . A n n a l e s d ' É m è s e , d ' a p r è s F r œ h n e r , A f i n . Soc, fr. n o m . , 1886, p . 205-209.
3. C . / c , 4511 = L e B a s e t W a d d i n g t o n , n " 2567 (an 78).
ÉMÈSE 1 3 3
subsista certainement jusqu'au temps de Vespasien, et probablement jusqu'à Antonin le Pieux, avec lequel commencent les monnaies impériales d'Émèse *.
Fr. Lenormanl 2 a cru retrouver des e-xemplaires d'une
monnaie frappée par les grands-prêtres dynastes d'Émèse
et d'Aréthuse, dans les pièces de bronze qui sont de
la première moitié du 11E siècle de notre ère, et qui
répondent à la description suivante :
fi 3 L tt L xn
^xi)
Buste radié d'Hélios, à droite, les cheveux tordus
comme des flammes, la poitrine nue. Grènetis au pourtour.
ÇT. Aigle de trois quarts à droite, les ailes éployées et
tournant la tête à gauche ; il est perché sur les lettres OS
(pour SC), qui occupent le champ. Couronne de laurier et
grènetis au pourtour.
M. Cabinet de France. — Poids : 12 gr. 05 à 13 gr. 55.
PL VI,fig. 1.
Lenormant dit que le lieu d'origine de ces monnaies est à
rechercher en Syrie, dans une ville ayant encore ses rois
particuliers au n e siècle, et où fût institué le culte d'Hélios
ou du moins d'un dieu syrien assimilé à Hélios, assez près
d'Antioche pour justifier l'imitation des bronzes de cette
métropole, qui paraît au revers. L'inscription araméenne se
1. L a m o n n a i e d e b r o n z e d é c r i t e p a r M i o n n e t (Descr., t . V , p . 227, n ° 590)
d ' a p r è s S e s t i n i (Descr, num. vet., p . 516), c o m m e é t a n t de D o m i t i e n à É m è s e , n ' a
pas été r e t r o u v é e ; c'est p r o b a b l e m e n t u n e pièce m a l lue. L e n o u v e l éditeur de la
Realencyclopàdie d e P a u l y - W i s s o v a , q u i e n f a i t é t a t , a u r a i t p u t e n i r c o m p t e d e s
observations de M . Frœhner (Le cat. du Brit. Mus. commence à A n t o n i n )
2. F r . L e n o r m a n t , Essai sur la propagation de l'alphabet phénicien ( P a r i s , 1873,
in-8»), t . I I , p . 4 n . — C f . P e l l e r i n , Rec. de méd., S' suppî, p l . V , fig. 9.
1906 — 2.
9
1 3 4 A. MEUDONNÉ
lirait Ûabel Malka, « le roi Dabel », et ce prince appartiendrait à la dynastie des grands-prêtres d'Emèse.
Plusieurs objections se présentent à l'esprit. D'abord, je
ne sais si Lenormant a eu sous les yeux une pièce où il pouvait lire l'inscription telle qu'il nous l'a transcrite \ mais ce
qu on voit sur les monnaies du Cabinet de France se ramène
à la graphie :
Mal/ta est très visible, mais il faut renoricer à Dabel, ce
qui d'ailleurs n'infirme ni ne confirme la thèse, puisque
Dabel ou Rabbel (ainsi se nomment plusieurs princes de la
dynastie nabatéenne, éteinte sous Trajan) n'était pas connu
antérieurement comme membre de la famille sacerdotale
d'Emèse.
Il y a plus. L'aigle du revers — que le choix de ce type
ait été ou non favorisé par le rapport que nous verrons
exister entre l'aigle et le dieu Elagabale — est manifestement,
avec les lettres SC placées dans le champ, une imitation du
numéraire d'Antioche 2 : Lenormant l'avait remarqué avant
nous. Or, le type n'af>paraît à Antioche que sous Antonin.
Nous devrons faire descendre à tout le moins jusqu'au commencement du règne d'Antonin ce monnayage, mais nous
sommes frappé de la différence profonde de style et de
fabrique qui existe entre ces monnaies à légende araméenne
et celles de même type frappées à l'effigie impériale. Il est
difficile d'admettre que les deux séries, si elles sont contemporaines, proviennent du même atelier.
A vrai dire, le style de ces monnaies araméennes conviendrait mieux à une région plus méridionale, plus rap1. J ' i g n o r e ce q u ' e s t d e v e n u e l a m o n n a i e d e la c o l l e c t i o n S a u l c y .
2. À A n t i o c h e , l ' a i g l e e s t p l a c é a u - d e s s o u s d e s l e t t r e s , m a i s c e t t e d i f f é r e n c e e s t
négligeable dans une question d'imitation.
ÉMÈSE 1 3 5
prochée de la Palestine. Lenormant dit que le bronze voyageait peu ; mais on sait, par l'étude des trouvailles, que des
bronzes ont été découverts loin de leur pays d'origine, et,
sans chercher d'autres exemples, je citerai à Damas une imitation du bélier d'Antioche', qui n'a jamais figuré dans
cette ville que sur les espèces de bronze.
Telles sont les considérations qui rendent jusqu'à nouvel
ordre l'hypothèse de Lenormant assez aventureuse 2.
Quoi qu'il en soit, il a été frappé à Émèse, au nom et
à l'effigie d'Antonin le Pieux, des bronzes des deux types
suivants :
1. AYT KAI Tl AIA AAPI ANTG)N€INOC C€B €Y. Tête laurée d'Antonin, à droite. Grènetis au pourtour.
iy. €MICHNHN ou €MICHNCON. Buste radié d'Hélios ou
d'Élagabale, à droite, les cheveux en bourrelet sur le front
et les tempes, la poitrine drapée. Dans le champ à droite,
lettre A, B ou f". Grènetis.
M. Cab. de France. — 7 gr. 85 à 9 gr. PL VI, fig. 2.
Brit. Mus. (Emisa, 8).
2. Tête laurée (ou buste couvert du paludamentum et de
la cuirasse, la tête laurée) d'Antonin, à droite. Grènetis au
pourtour.
^ . 6MICHNG0N. Aigle debout de trois quarts à droite, sur
une pierre de forme conique ; il détourne la tête à gauche
et tient une couronne dans son bec. Dans le champ à
1. F . d e S a u l c y , Nam. de la Terre Sainle, p l . I I , fig. 1.
2. L e n o r m a n t p r o p o s e d e c o m p a r e r l a l é g e n d e a r a m é e n n e è c e l l e d ' u n e m o n n a i e
d e T a r s e , p u b l i é e p a r l u i d a n s s a Descr. des méd. du Cabinet de M. le baron Behr,
1857 ( p l . I I I , fig. 6), m a i s . c e t t e d e r n i è r e e s t u n e l é g e n d e g r e c q u e m a l l u e : L e n o r m a n t a é t é i n d u i t e n e r r e u r p a r l e n o m d ' A r s a c e q u i l'a f a i t p e n s e r a u x s o u v e r a i n s
p a r t h e s , t a n d i s q u e 'Apciaxou e t T l v o v x o ; s o n t i c i d e s n o m s d e m a g i s t r a t s {Brit.
Mm. C a f . , Cilicia, I n t r o d . , p . LXXXVI, n . 6, e t p . 182, n ° 122, p l . X X X I I I , fig. 6. —
C f . Zeitseh. f. J V u m . , t . I I I , 1876, p l . I X , fig. 4).
1 3 6 A. DIEUDONNÉ
droite, lettre A> r, A, € o u £ Grènetis. Quelques-unes de
ces pièces sont légèrement argentées.
JE. Cab. deFr. — 7 gr. 75 à 11 gr. PL VI, fig. S et 4.
Brit. Mus. (Emisa, 1-7).
La pierre conique est le bétyle du dieu Elagabale 2 . On
sait que les divinités orientales étaient souvent adorées sous
cette forme, par exemple l'Artémis de Perga, en Pamphylie, et, plus près cTÉmèse, le Zeus Kasios de Séleucie de
Syrie. C'était une grande pierre noire conservée dans le
temple et qu'on croyait tombée du ciel, soit que la superstition populaire eût effectivement consacré un aérolithe ou
bien une hache taillée de l'époque préhistorique (pierre
de foudre)3. Cette forme en cône convenait au caractère des
dieux qui, à l'instar d'Elagabale, étaient, en même temps
que des divinités solaires, des dieux-montagnes4. Pour
accorder cette représentation antique de la divinité avec les
idées anthropomorphiques des Grecs, il arrivait qu'on y
adjoignît une armature figurant un manteau et une tête :
nous retrouverons le manteau à Emèse, mais jamais rien
qui ressemble à une tête. Les monnaies laissent quelquefois
distinguer sur la pierre des traces d'ornementation plus ou
moins oblitérées ; par exemple, M. Wroth y a vu une
1. P o u r l a s i g n i f i c a t i o n d e s l e t t r e s , v o y . Num. Chron., 1903. p . 105. — S u r u n e
pièce d u Gab. de F r a n c e , le b é t y l e est s u r m o n t é d'une espèce d e barre transvers a l e q u i sert d e p e r c h o i r à l ' o i s e a u , m a i s c e t t e d é f o r m a t i o n p a r a î t le r é s u l t a t d ' u n
tréflage.
2. S u r É l a g a b a î e , v o y e z L e n o r m a n t d a n s Dict. des antiq. d e D a r e m b e r g e t
S a g l i o ; M e y e r , d a n s R o s c h e r , Lexikon.
3. O u e n c o r e u n e p i e r r e p o r t a n t u n e i n s c r i p t i o n c u n é i f o r m e , d e v e n u e i n c o m p r é h e n s i b l e et p a r s u i t e v é n é r a b l e p o u r l e s g é n é r a t i o n s n o u v e l l e s . T e l a p u ê t r e le
cas d u C a i l l o u M i c h a u x , conservé au Cabinet des médailles.
4. S u r le c u l t e d e s d i e u x - m o n t a g n e s , v o y . M ô v e r s , Die Phœnizier, t . I ,
p p . §67-671 ; F r . L e n o r m a n t , Lettres assyriologiques, I I , 306 ; M i s d e V o g û é , Syrie
<?enlr M Inser. sém., p . 104 e t s u i v . L e n o m a r a m é e n d u d i e u é t a i t E l a h - G a b a l ,
l e d i e u - m o n t a g n e ; H é l i o g a b a l e e s t u n e f o r m e i n f l u e n c é e p a r l e g r e c 73X10;.
ÉMÈSE
137
étoile 1 ; on pense alors aux TUTSOI mentionnés par Hérodien, qui se rencontraient, dit-il, sur la pierre d'Élagabale,
et qui avaient une valeur mystique.
D'Antonin le Pieux à Julia Domna, on ne connaissait
jusqu'à présent aucune monnaie d'Emèse, Nous restituons
à cette ville la pièce suivante de Marc-Aurèle :
3. AVTOKP ANTCON€INOC2 CEB. Buste de Marc-Aurèle
à droite, la tête laurée, la poitrine vue de trois quarts, couverte dupaludamentum et delà cuirasse. Grènetis au pourtour.
Çf. AHMAPX* €E VriÀTOC • ï \ Aigle de trois quarts à
gauche, les ailes éployées, debout sur le sommet arrondi
du bétyle. Grènetis.
J L Gab. de France, — P o i d s : 11 gr. 55. PL V7, fig. 5.
Cette monnaie est mentionnée par Mionnet qui Fa complètement méconnue 3 , et par M. Imhoof-Blumer qui la
décrit : Adler auf Bergkuppe^ ; tous deux l'attribuent à
Antioche. Quoique le haut de la pierre sacrée d'Elagabale
soit seul visible, je ne crois pas qu'on doive faire difficulté
de la reconnaître. Il est donc avéré que, dès le règne de
Marc-Aurèle, Émèse, considérée comme la capitale de la
Syrie du Liban, a frappé quelques monnaies ou médailles
d'argent.
1. Brit . Mus. Cat., Syria, E m i s a , n ° 6 e t p l . X X V I I , 9.
2. O n n e v o i t n e t t e m e n t q u e le s e c o n d j a m b a g e d e la l e t t r e (A), q u ' o n p o u r r a i t
prendre pour un O 3. C ' e s t s e l o n n o u s à j u s t e t i t r e q u e M . I m h o o f - B l u m e r a r e c o n n u c e t t e m o n n a i
d a n s l e n ° d e M i o n n e t , 57 {Suppl, t . V I I I , p . 134), q u i p r o v e n a i t d e l a c o l l e c t i o n
T o c h o n d ' A n n e c y e t d o n t le r e v e r s e s t d é c r i t : « A i g l e s u r u n e c u i s s e d ' a n i m a l »
( M i o n n e t a l u ANTON6INOC).
4. I m h o o f - B l u m e r , Griech, Mùnsen, p . 766.
1 3 $ A . DIEUDONNÉ
Comme iï arriva à Amisus du Pont ainsi qu'à un grand
nombre d'autres villes de toutes les provinces sous Hadrien ,
et comme nous le verrons à Emèse sous Caracalla, c'était
généralement au cours d'un voyage que l'empereur, pour
souhaiter la bienvenue aux habitants, leur concédait
pareille faveur. En ce cas, il faut se reporter au voyage que
fît Marc-Aurèle en Orient à la fin de son règne {. Jusque-là,
c'est Lucius Verus, son collègue, qui avait dirigé les expéditions contre les Parthes, tandis qu'il commandait lui-même
sur le Danube. Après la mort de Verus, en 175, Avidius
Cassius, légat de Syrie, ayant reçu la fausse nouvelle de la
mort de Marc-Aurèle, avait tenté un soulèvement. MarcAurèle jugea le moment venu de se montrer aux légions
d'Orient. Il est à Antioche en 176; il va d'Antioche à
Alexandrie et revient d'Egypte en Syrie avant de gagner
l'Asie Mineure et la Grèce; il peut êlre venu d'Antioche
à Emèse, ou bien y être passé pour gagner quelque port
méridional de la côte.
La mention ÛTtaToç y' concorde avec celle hypothèse;
elle désigne la dernière période du règne, puisque Marc-Aurèle
a été trois fois consul. Cette monnaie est de bon style ;
peut-être un graveur d'Antioche ou un artiste de la suite de
l'empereur Ta-t-il exécutée.
Il nous faut descendre maintenant jusqu'au règne de
Caracalla. On sait que la mère de cet empereur, Julia
Domna, était native d'Émèse. Une prophétie avait, dit-on,
annoncé à Julia qu'elle aurait un roi pour mari 2 . Septime
Sévère, qui croyait à F astrologie, l'épousa sur la foi de
cette prédiction à l'époque où, simple légat, il n était pas
encore assuré de jamais parvenir au trône. Domna appartenait à la famille des anciens dynastes d'Émèse, qui avait
1. G . G o y a u , Chronol. de Vemp. r o m . , p . 225 e t s u i v .
2. C o h e n , Monnaies de Vemp. r o r o . , 2 e é d . , t . I V , p . 104.
ÉMÈSE 1 3 9
conservé ses fonctions religieuses et qui continuait, sous
la domination romaine, à jouir d'une certaine autorité politique. Les événements qui ont suivi, le nom même de Julia,
qui rappelle G. Julius Sampsigeramus, le rapport des noms
déjà cités de Bassus le Pompéien, Soœmus, Alexion, avec
ceux de Bassianus, père et fils de Domna, de Soœmias sa
nièce et ÏÏAlexianus son petit-neveu, prouvent surabondamment cette parenté1. Nous n'avons pas de monnaie de
Septime Sévère à Émèse, et la monnaie de Julia Domna
doit évidemment appartenir à la même émission que celle
de son fils.
En 214, Bassianus, devenu empereur sous le nom de
Marc-Aurèle Antonin, et que nous appelons Caracalla,
entreprit un grand voyage en Orient. Il vint de Nicomédie
à Antioche, où il passa l'hiver ; puis, comme jadis MarcAurèle, il se rendit de là à Alexandrie d'où il regagna la
Syrie. C'est dans cette période de son règne qu'il parcourt
cette province, et, en échange de fortes contributions,
accorde à mainte ville le droit de cité romaine et le droit de
frapper monnaie 2.
Toutes les pièces de potin, au type de l'aigle impérial et
aux différents nombreux, qu'on attribuait autrefois sans
distinction à Antioche, et qui ont été réparties par
M. Imhoof-Blumer entre plusieurs ateliers de la région 3 ,
1. V o i c i ïa g é n é a l o g i e d e c e t t e f a m i l l e :
Bassianus
jjj
J . D o m n a J . Maesa J . A v i t u s
ii
Bassianus j
(Caracalla) j
So J mias Mamée
Varius A v i t u s Bassianus Bassianus Alexianus
(Eiagabale) (Alexandre Sévère)
2. G . G o y a u , ChronoL de Vemp. r o m . , p . 263 e t s u i v .
3. I m h o o f - B l u m e r , Griech. Mûnzen, p . 757 e t s u i v .
1 4 0 A, DIECDOKNÉ
portent la mention du consulat IV e de Caracalla (213-217)
M. Imhoof-Blumer n'en attribue aucune à l'atelier d'Emèse.
Arrêtons7nous toutefois aux deux suivantes:
4. IOYAIA ÀYr Buste de Julia Domna, à droite, la
poitrine drapée.
I/. AHMAPX-- 1 CIOYCIAC. Aigle debout de face, les ailes
éplovées, la tête à gauche, tenant dans son bec une couronne
dont les lemnisques sont visibles derrière la tête ; entre ses
pattes, le buste radié et drapé d'Hélios, à gauche ; dans
le champ, sous la couronne, la lettre O.
M.Cab. de France. — Poids : 11 gr. 20. PL VI, fig. 7.
Brit. Mus. (Héliopolis, 5).
Cab. de Berlin, O à droite dans le champ.
Coll. Imhoof-Blumer, H à gauche.
5. AVT K M-ANTHN6INOC C€B. Tête laurée de Caracalla,
à droite.
$\ ÀHMAPK (sic) €Z VflATOC TO A. Aigle debout de
face, les ailes éployées, tournant la tête à gauche, une couronne dans son bec; entre ses pattes, le buste radié et
drapé d'Hélios regardant à gauche ; sous la couronne, la
lettre A.
M. Cab. de France. — Poids : 15 gr. 40. PL VI, fig. 9.
Brit. Mus. (Héliopolis, 7-9).
Brit Mus. (HéIioslatêtedeface,n°10).P/. VI, fig. S.
Cab. de Berlin, H ? à gauche dans le champ.
M. Imhoof-Blumer 2 dit que ces monnaies pourraient
avoir été frappées à Héliopolis-Baalbek, ville de Cœlésyrie ;
mais le type d'Hélios n'apparaît nulle part dans la numismatique dlléliopolis; en dépit de son nom, le dieu de cette
1. C e s d e u x p o i n t s n ' a u r a i e n t p a s d e s e n s si o n n e l e s r e t r o u v a i t a u d r o i t d u
n* 5, c o m m e f a i s a n t o u d e v a n t f a i r e p a r t i e d e la c o u r o n n e o ù ils f i g u r e n t d e s
graines de laurier. m
2. I m h o o f - B l u m e r , Griech. Mânzen^ p . 767.
ÉMÈSE
441
cité était assimilé à Zeus. Au contraire, la petite figure qui
sert de différent a une analogie frappante avec le type des
pièces que nous avons vu frapper à Emèse sous Antonin.
Nous n'hésitons pas, pour notre part, à attribuer à Emèse
la frappe de ces'monnaies d'argent et à leur assigner la
date de 215 ap. J.-C.
C'est à cette époque que Garacalla, étant venu à Emèse,
y fonda une colonie de droit latin 2 , comme l'attestent les
monnaies de bronze que nous possédons. Frappées à l'effigie de Julia Domna ou de Caracalla, elles se répartissent
ainsi par ordre de grandeur :
6. Caracalla.
ÇT. 6MIGQN KOAHNIAC 3 . Temple d'Élagabaie à Émèse,
vu de trois quarts ; il a un fronton triangulaire et est orné
de colonnes sur tout son pourtour. A l'exergue, la date ZK0
(an 527 S é l . = 2 i 5 a p . J . - C ) .
M. Cab. de France. — Poids : 22 gr. 95. PL VI, fig. 6.
7. Caracalla.
Çf. €M!CHN KOAHNi. La façade du même temple; il est
hexastyle, haussé sur trois degrés, avec un fronton triangulaire dont le tympan est orné d'un croissant ; sous le portique, la pierre sacrée d'Émèse devant laquelle est un aigle
debout, les ailes éployées. A l'exergue, la date ZK0.
1. L e s v i l l e s q u i o n t f r a p p é l ' a r g e n t s o u s G a r a c a l l a a u t y p e d e l ' a i g l e s e r é p a r t i s s e n t e n d e u x g r o u p e s : 1° l e s v i l l e s m a r i t i m e s , o ù G a r a c a l l a a p u p a s s e r l o r s d e
s o n v o y a g e à A l e x a n d r i e ( A s c a l o n , G a z a , T r i p o l i s , S i d o n , T y r ) ; 2° l e s v i l l e s s i t u é e s
dans la d i r e c t i o n d u r o y a u m e des P a r t h e s , où l'empereur a c o n d u i t u n e e x p é d i t i o n
(Zeugma, B é r o é , H i é r o p ô l i s ) . H é l i o p o l i s ne rentre d a n s a u c u n e de ces d e u x catégories, m a i s É m è s e n ' y est pas n o n plus c o m p r i s e ; cette dernière ville est seulement
moins excentrique par rapport à Antioche.
2. Digest., L , 15.
3. C e t t e l é g e n d e n o u s a p p r e n d q u e l e n o m d , w E{xiaa, v i l l e d e s ' E j u a ï j v o t , é t a i t e n
r é a l i t é u n p l u r i e l n e u t r e , c o m m e r a y y p a d e P a p h l a g o n i e , 'AvOEfxouaia d e M é s o p o t a m i e , répaaot d e D é c a p o l e ; l e s a u t e u r s g r e c s e t l a t i n s s ' y s o n t q u e l q u e f o i s m é p r i s
( V o y . P a p e * Wôrterbuch e t Realencyclopâdie, n o u v . é d . ) .
1 4 2 A. D1EUD0NNÉ
Ai. Cab. de France. — Poids : 22 gr. 40. Pl. VI, fig. 10.
Bril. Mus. (Emisa, 16).
7 bis. Caracalla.
iy. €MICHN KOAHNI. La façade du temple hexastyle ; mais
sur le devant est un escalier de cinq marches ; le fronton a,
au lieu du croissant, un ornement de forme rectangulaire ;
sous le portique, le bétyle conique, accosté de deux ou
quatre parasols, est monté sur une base ainsi que l'aigle qui
le couvre de ses ailes. Date fruste.
, JE. Cab. de France. — Poids : 25 gr. 50.
Brit. Mus. (Emisa, 15).
, 8. Julia Domna.
If. €MICHN KOAflNIAC. Monnaies avec la date ZK<D ou
HK<t>à l'exergue, et au type de l'autel monumental du dieu
d'Émèse. Nous reviendrons sur la description de ce monument.
JE. Cabinet de France. — Poids : 14 gr. 50 à 7 gr. 35.
PL VI, fig. 11, 12, 13.
British Muséum (nos 9-12).
9, Caracalla
IX. €MICflN KOAflNIAC. Aigle de trois quarts à droite, les
ailes éployées, la tête à gauche, tenant une couronne dans
son bec et debout sur le bétyle. Dans le champ, à gauche et
à droite, la date ZK<J>. Sur la monnaie qui porte la date
HK<t>, à gauche dans le champ, l'aigle est debout à droite
sur le bétyle, les ailes légèrement soulevées.
JE. Cabinet de France. — Poids : 8 gr. 55 à 8 gr. 30.
British Muséum (Emisa, 13).
10. Caracalla.
$ \ €MICflN KOAflNIAC. Tyché tourelée, assise à gauche
ÉMÈSE 1 4 3
sur un rocher et tenant des épis de la main droite ; elle est
voilée et vêtue d'un chiton talaire et d'un péplos; à ses
pieds, le buste du génie de TOronte vu à mi-corps et étendant les bras pour nager. Dans le champ, la date ZK<t>.
Grënetis.
JE. Cabinet de France. — Poids : 8 gr. 20.
10 bis. Variété ; Caracalla a la tête radiée ; la Tyché est
assise de face, tournant la tête à droite, sur un trône à
dossier; même date.
JE. Cabinet de France. — Poids ; 6 gr. 70.
British Muséum (Emisa, 14).
Tel fut le numéraire de la colonie naissante. Parmi ces
monnaies, les dernières sont des imitations des pièces
d'Antioche ; les autres nous offrent des types locaux nettement caractérisés : l'aigle perché sur le bétyle, comme nous
l'avons vu au temps d'Antonin le Pieux, ou debout devant
la pierre sacrée qu'il couvre de ses ailes.
Cette représentation est nouvelle. Ce n'est plus l'aigle
symbolique d'Antioche debout sur le cône comme sur un
objet qui sert de différent; ici la composition porte en soimême un caractère de réalité, il est probable que l'image
qu'elle reproduit se voyait effectivement dans le sanctuaire,
non que l'oiseau fût sculpté dans la pierre sacrée—Hérodien,
qui parle des Tuuot du bétyle n'aurait pas négligé ce
délail — mais on se le figure en métal, devant le monument.
Ainsi il est avéré que l'aigle était l'oiseau favori d'Élagabale 2, l'aigle au vol majestueux qui passe pour être capable
1. H é r o d i e n , V , 3.
2. L e f a i t q u ' i l e s t q u e l q u e f o i s a s s i m i l é à Z e u s p a r l e s R o m a i n s n e s u f f i t p a s à
c o n s t i t u e r u n e p r e u v e : les G r e c s et les R o m a i n s o n t p r o d i g u é ce n o m d e Z e u s
a u x d i v i n i t é s les p l u s d i v e r s e s d e l ' A s i e , e n l ' a p p l i q u a n t d e p r é f é r e n c e à c e l l e s
qui t e n a i e n t le p r e m i e r rang d a n s les c u l t e s l o c a u x .
144
A. D I E U D O N N É
de fixer Y astre du jour, et dont l'association à une divinité
solaire ne s'explique "pas moins que son affinité avec Zeus,
dieu de l'empyrée. Le bétyle est ombragé par des parasols,
signes de la souveraineté en Orient, et qui d ailleurs rappelaient encore la puissance du Soleil. Enfin une base le supportait, et ce n'était point, comme il est arrivé pour d'autres
bétyles 1 , une pierre brute, objet elle-même de la dévotion
populaire, mais un socle décoratif découpé en arcades :
l'aigle de métal est tantôt placé devant le socle du monument, tantôt exhaussé avec celui-ci.
Le temple est représenté dans son ensemble sur une
monnaie de Caracalla. C'était, nous dit le poète, un magnifique sanctuaire qui nourrissait une armée de prêtres et rivalisait de hauteur avec les sommets du Liban :
Denique flammicomo devoti pectora Soli
Vitam agitant; Libanus frondosa cacumina turget,
Et tamen his celsi certant fastigia templi2.
Sur les monnaies de Julia Domna paraît l'autel monumental du dieu.
Il consiste en une base massive, encadrée entre deux
pilastres, qui est exhaussée sur deux degrés, surmontée
d'une corniche et d'un couronnement en volutes (ou de deux
acrotères) et composée de deux étages ; chaque étage otfre
une rangée de trois niches cintrées sous chacune desquelles
on voit une statue debout ; au-dessus de la terrasse est
tantôt un édicule carré à double baie, tantôt un petit autel
rectangulaire surmonté d'une flamme (sur la quatrième
pièce, on ne distingue qu'un soubassement qui prend toute
la largeur de l'édifice).
1. V o y . R . D u s s a u d , Le culte de Busarès, d a n s Rev. num., 1904, p . Î 6 5 e t s u i v .
2. A v i e n u s t De&cr. orhis terrarum, 1089-91.
ÉMÈSE 1 4 5
On voit que la partie supérieure de Ja figure est la seule
qui offre des variantes sensibles : la disposition en était
modifiée à chaque cérémonie. Quant à la masse du monument, elle jouait le rôle de bûcher, mais d'un bûcher
immuable et décoratif.
Ce n'élait donc pas un petit autel comme on en plaçait
dans le péribole; mais était-il élevé devant le temple ou tout
à fait en dehors de lui? Pour se prononcer, il faudrait connaître ses dimensions, et nous n'avons pas de point de
repère comme l'arbre des autels de Tarragone 1 et d'Amasia 2, mais je suis porté à croire que le nôtre se rapprochait
par la taille de ce dernier et qu'il existait à l'intérieur un
escalier pour gagner le sommet.
Garacalla, ayant été assassiné sur la route de Carrhœ en
Mésopotamie en 217, comme il marchait contre les Parthes,
eut pour successeur le préfet du prétoire auteur du complot,
Macrin. Le règne de Macrin fut court ; cependant on frappa
à son nom une monnaie de potin dans l'atelier d'Emèse.
11. AVT K M OH C€ MAKPINOC C€B. Tête laurée de
Macrin, adroite. Grènetis au pourtour.
#\ (tréflé). AHMAPX €1 VriATOC n n . Aigle debout de
face, de formes trapues, les ailes éployées, la tête à gauche,
tenant au bec une couronne dont les lemnisques sont
visibles derrière la tête ; entre ses pattes, le buste radié et
drapé d'Hélios, regardant à gauche. Sous la couronne,
lettre O (?) Grènetis.
JR. Cabinet de France. — Poids : 11 gr. 45. PL VI,fig.14.
Gab. de Berlin, ancien fonds.
Coll. Lôbbecke, A dans le champ.
1. Rev. n a m . , 1904, p . 37 ( a r t . d e M . W ï l l c r s ) .
2. E . B a b e l o n e t T h . R e i n a c h , Rec. gên. des m . gr. d'Asie Mineure, t . I , p l . V .
1 4 6 A . DIEU DON NÉ
Et sans doute faut-il attribuer aussi à Émèse la pièce cijointe de Macrin qui est marquée, comme la précédente et
comme celle de Julia Domna, d'un petit O.
\2. AVT K M On C€ MAKPCINOC C. Buste drapé de
Macrin, à droite, la tête laurée.
iy. AHMAPX €H VnATO (1 n. Aigle debout de face sur
deux lignes horizontales, les ailes éployées, la tête à gauche,
tenant au bec une couronne ; entre ses pattes, un petit
autel allumé. Dans le champ, à droite, lettre O. Grènetis.
J \ . Gab. de France. — Poids: 10 gr. 25. Pl. VI, fig. 15.
Brit. Mus. (Antioche, 397).
Cab. de Berlin.
Les deux lignes horizontales seraient la représentation
schématique du grand autel d'Émèse sur lequel est placé le
petit autel allumé {.
Macrin, porté au pouvoir par la faction ennemie de Caracalla, ne pouvait être favorable aux gens d'Émèse. Tandis
que Julia Domna se laisse mourir de faim à Antioche,
Macrin relègue à Émèse Mtesa, sœur de Domna, Soremias,
sa nièce, mère d'Avitus Bassianus, et Marnée, mère
d'Alexianus. Bassianus, âgé de quatorze ans, est consacré au
sacerdoce du dieu Élagabale, dont il prend le nom. Mais, si
Macrin espérait être débarrassé des prétentions au trône du
jeune cousin de Caracalla, il fut bien déçu. La présence des
princesses enflamme le zèle des populations syriennes ; d'autre
part, la création d'une colonie à Émèse y avait constitué un
noyau d'anciens légionnaires qui sympathisent avec les troupes
revenues de Mésopotamie. A u printemps de 218, le jeune
1. Q u a n t à l ' o b j e t figuré s o u s la f o r m e d e • o u â q u i s e r e n c o n t r e , soit a v e c
l'effigie de Caracalla, s o i t a v e c celle de M a c r i n , entre les p a t t e s d e l'aigle, j e ne
p e u x y v o i r un autel ni m ê m e un t e m p l e : c'était p e u t - ê t r e une t a b l e t t e v o t i v e .
U n r e c t a n g l e a n a l o g u e ( n o u s le n o t o n s s a n s y i n s i s t e r ) se r e m a r q u e a u f r o n t o n
d e s t e m p l e s d ' É m è s e ( n o t r e n° 14) e t d ' H é l i o p o h s ( C a b . d e F r . — S e p t . S é v . ) .
ÉMÈSE 1 4 7
Élagabale se rend au camp voisin où il se fait passer pour
fils de Caracalla et est proclamé Marc-Aurèle Antpnin. En
vain, Ulpius Julianus, lieutenant de Macrin, donne deux
assauts au camp d'Emèse : il est mis à mort par les révoltés.
Macrin répond en faisant Auguste son fils Diaduménien ; il
s'approche et vient jusqu'à Apamée ; pour se concilier les
troupes, il donne 1.000 drachmes et en promet 4.000 à
chaque légionnaire; mais à peine est-il revenu à Antioche,
que la légion II a Parthica passe à son adversaire. Enfin il
est battu sur les confins de la Syrie et de la Phénicie par
l'eunuque Gannys, il prend la fuite, et Élagabale est reçu
à Antioche. Peu après, Macrin périt en Cappadoce, avec
son fils Diaduménien, et, en. 219, Elagabale, après avoir
passé l'hiver à Nicomédie, fait son entrée à Rome
Le règne d'Elagabale fut une époque de prospérité pour
toute la Syrie : nombreuses sont les villes de la région
syrienne ou palestinienne qui frappèrent monnaie à son
effigie 2 ; en particulier, ce fut l'apogée de la grandeur
d'Emèse et de son dieu syro-phénicien. L'idée de rénover
le paganisme vieillissant par le culte du Soleil imposé à
tout l'empire était féconde et devait trouver son épanouissement sous Aurélien et Dioclétien 3 , mais les formes qu'y
apporta Elagabale compromirent dès la première heure le
succès de cette nouvelle religion universelle.
On connaît l'extraordinaire destinée de cet empereur,
élu à treize ans, assassiné à dix-sept, qui porta sur le trône
toutes les habitudes et toutes les corruptions de l'Orient,
qui avait emmené la pierre sacrée d'Emèse à Rome et lui
éleva des temples, forçant les vieux croyants ainsi que les
1. G . G o y a u , Chronol. de Vemp. r o m . , p . 266 e t s u i v .
2. Q u e l q u e s - u n e s f o n t a l o r s d a n s l a n u m i s m a t i q u e u n e a p p a r i t i o n p a s s a g è r e , par,
e x e m p l e M e d a b a e t C h a r a c m o b a ( B a b e l o n , Mét. numism., t . I I I ) .
3. L . H o m o , Aurélien,c. r . d a n s Bel?, n u m . , 1904, p . 554.
J 4 8 A. DIEUDONNÉ
chrétiens et les juifs à l'adorer, plaçant à ses côtés comme
des satellites les autres divinités telles que la déesse-mère
de Pessinonte, qui enfin, après avoir cherché une épouse à
son dieu, finit par le marier solennellement avec la Dea
Celestis ou Astarté carthaginoise, elle-même installée à
Rome *.
La marque du dieu d'Émèse se retrouve à chaque pas
dans la numismatique romaine d'Élagabale 2. Tantôt
l'empereur conduit un quadrige, une palme à la main,
avec le soleil dans le champ ; tantôt il sacrifie sur un autel
avec la légende SAC6RDOS DEI SOLIS ELAGABALI, ou
SVMMVS SACÊRDOS, ou INVICTVS 3 SACERDOS AVG ; tantôt
enfin — sinon sur les bronzes sénatoriaux, du moins sur les
espèces d'or et d'argent — c'est le bétyle même qui est
représenté dans un quadrige au moment où on le transporte
processionnellement de son palais d'hiver dans sa résidence
d'été. La légende est SANCTO DEO SOLI ELAGABALO ou
CONSERVATOR kSO(usti), légende qui paraît comme l'autre
pour la première fois. Un aigle, symbole de l'empire en
même temps que du dieu, étend ses ailes devant le bétyle,
et quatre palmiers l'abritent, tout à fait comme nous l'avons
vu exposé sur sa base dans le temple d'Émèse 4.
Vers le même temps, la colonie d'Aelia Capitolina faisait
figurer sur ses médailles le quadrige au bétyle. A la vérité,
Friedlaender, qui étudie une de ces pièces 5 , dit reconnaître
la tête de Caracalla, mais la détermination de cette effigie
1. F r . L e n o r m a n t , M e y e r , loc. cit.
2. C o h e n , Monnaies de Vemp. rom., 2 ' é d . , t . I V .
3. C ' e s t l ' é p i t h è t e o r d i n a i r e d u S o l e i l . — E l a g a b a l e s ' i n t i t u l e « fils d ' A p o l l o n » s u r
u n e m o n n a i e d ' A l e x a n d r i e d ' É g y p t e ( E . B a b e l o n , Mél. numism., t. I I I , p . 1 7 4 - 6 ) .
4. L e b r o n z e d e C o h e n (2« é d . , t . I V , p . 325, n ° 19) o f f r e c e t t e r e p r é s e n t a t i o n ,
m a i s c'est un m é d a i l l o n qui d u t être f r a p p é en d e h o r s de l'autorité s é n a t o r i a l e .
5. Zeilschrift fûr i V u m . , 1880, t. V I I , p . 219. — U n a u t r e b é t y l e , c e l u i d e V é n u s ,
figure s u r l e s m o n n a i e s d ' A e l i a C a p i t o l i n a ( S a u l c y , Nnm. de ta Terre Sainte. —
L a j a r d , Le culte de Vénus, p l . X V , fig. 9).
ÉMÈSE
149
est-elle donc si indiscutable? Le moulage que nous avons
eu entre les mains 1 ne saurait nous le persuader, et il
semble d'ailleurs inadmissible que le type de l'aigle d'Emèse
promené dans un quadrige ait fait son apparition à Jérusalem avant d'être usité nulle part ailleurs ; au contraire, il
est tout naturel que cette représentation soit contemporaine
de l'empereur sous le règne duquel la procession du bétyle,
illustrée à Rome par la numismatique, était devenue le rite
par excellence de la religion officielle. Nous retrouvons le
même type à Neapolis de Samarie 2 et à Juliopolis de
Bithynie 3.
A Émèse mçme, le quadrige ne figure pas sur les
médailles. On y frappe sous Élagabale des pièces de potin,
analogues à celles de Caracaila, mais où le différent de la
ville est remplacé par son nom, 'Efxiaa :
13. AVT ANTCONINOC C€. Buste d'Élagabale à
gauche, couvert du paludamentum et de la cuirasse, la tête
radiée ; il élève la main droite devant son visage, la paume
en dehors. Grènetis au pourtour.
#\ AHMAPX €ZOVClAC. Aigle debout de face, les ailes
éployées, tournant la tête à gauche et tenant une couronne
dans son bec; dans le champ, les lettres SC ; à l'exergue,
6MICA. Grènetis.
A . Cab. de France.—Poids: 11 gr. 25. PL VI, fig. 16.
Le portrait d'Élagabale est traité avec grand soin ; puis,
tandis que les monnaies de Caracaila présentaient un aigle
1. N o u s l e d e v o n s à l ' o b l i g e a n c e d e M . D r e s s e l , c o n s e r v a t e u r d u C a b i n e t d e s
m é d a i l l e s de B e r l i n , q u i v o u d r a b i e n a c c e p t e r n o s r e m e r c i e m e n t s . O n v o i t au d r o i t
d e u x têtes c o n j u g u é e s , u n e m p e r e u r et u n e i m p é r a t r i c e .
2. F . d e S a u l c y Nam. de la Terre Sainte, p l . X ï l ï , fig. 7. ( É l a g a b a l e ) . A u C a b i n e t
de F r a n c e , 2 e x e m p l a i r e s , l'un tréflé, l'autre très net).
3 Invent, de la Coll. Waddington, n ° 377, J u l i a C o r n e l i a P a u l a , f e m m e d ' É l a gabale.
1906 — 2. 10
1 5 0 A. DIECDONNÉ
de style grossier, celui-ci au contraire est élégant, de formes
élancées; il est évident qu'un artiste de mérite n'a pas
dédaigné de travailler pour la ville qui avait vu naître
l'empereur.
Les bronzes d'Elagabale frappés à Émèse nous apprennent
que cette ville avait reçu le titre de métropole. Les uns ont
pour type le temple avec son bétyle, qui, transporté à
Rome, n'en continue pas moins à figurer dans la numismatique locale : il est probable que les prêtres, comme il est
arrivé à Pessinonte, lui avaient prestement substitué un
remplaçant.
14. Tête d'Élagabale.
W. Temple hexastyle, avec le bétyle muni d'un socle, de
l'aigle et des parasols, auquel on accède par un escalier de
quatre ou cinq marches; dans le fronton, un rectangle.
Date à l'exergue : OA (an 530 Sél. = 218 ap. J . - C ) .
M. Gab. de Fr. — 11 gr. 50 à 10 gr. 55. Pl. VI, fig. 17.
British Muséum (Emisa, 17).
D'autres monnaies attestent qu'il fut alors institué à
Emèse des jeux pythiques, appelés HXta en l'honneur du
dieu local hellénisé :
15. Tête d'Élagabale.
fy. MHTPO KO €MICHN. Urne des jeux (ou tiare-cou-
ronne) 1 entre deux palmes; dans le champ, au-dessus,
HAIÀ ; au-dessous, I1V6IA ; à l'exergue, lettre €.
M. Cabinet de France. — Poids : 9 gr. 30 — 6 gr. 30.
British Muséum (Emisa, 21).
1, S u r c e t y p e , v o y . flev. nam. 1905, p . 95.
ÉMÈSE 1 5 1
Quant à la tête d'Hélios, elle paraît sur les pièces suivantes, dont l'attribution à Émèse n'est pas certaine1.
16. Tête d'Élagabale.
lir. M H C AO (sic) ou KOA M H.... Buste d'Hélios, à droite,
la tête radiée, les cheveux formant bourrelet, la poitrine
drapée.
M. Cabinet de France. — Poids : 6 gr. 75 — 3 gr. 50.
PL VI, fy. 19.
Enfin l'imitation du numéraire d'Antioche est également
représentée :
17. Tête d'Élagabale.
W. MHTPO KOAHNIAC (ou M HT KOA) €MICHN. A i g l e
debout de face, les ailes éployées, tournant Ja tête à gauche
et tenant une couronne dans son bec. A l'exergue, la
lettre €.
JE. Cabinet de France. — Poids : 3 gr. 75.
British Muséum (Emisa, 18-19).
Élagabale fut tué par les soldats en 222, à l'instigation de
Marnée et remplacé par son cousin Alexandre Sévère. Dès
lors, il n'est plus frappé monnaie à Emèse au nom des
empereurs reconnus du Sénat, et la frappe des monnaies à
l'aigle cesse partout, excepté à Antioche. Sévère Alexandre,
que les gens d'Émèse avaient jadis connu sous le nom
d'Alexianus, ne paraît pas avoir comme son prédécesseur
sacrifié aux mœurs syriennes, ni tenté d'imposer aux
Romains la religion eu vogue dans le Liban. On raconte,
au contraire, qu'il renvoya dans leurs sanctuaires les
images des dieux apportées à Rome par Elagabale, et
i . I l e s t b o n d e r a p p e l e r q u e la t ê t e d ' H é l i o s p a r a î t s u r l e s p e t i t s b r o n z e s d e
D a m a s ( S a u l c y , Num. de la Terre Sainte, p . 30, n ° 3, e t p l . I I , fig. 3), v i l l e o ù l a
l é g e n d e K O A M H e s t p o s s i b l e ( d ' a p r è s B . V . H e a d , Hist. n o m . , p . 662).
1 5 2 A. D 1 E U D 0 N N É
notamment la pierre sacrée à Émèse *. Il est donc probable
qu'Alexandre Sévère ne fut pas populaire dans le pays de
sa famille maternelle. Le patriotisme syrien en fut froissé,
et de même les troupes qu'achevèrent de mécontenter les
réformes militaires de l'empereur ; ainsi s'explique ce que
nous raconte Zosime, du soulèvement d'un usurpateur,
Uranius Antoninus 2 , contre Alexandre Sévère dans le
Liban, en 230.
Cette révolte aurait été aussitôt réprimée, mais la numismatique d'Emèse nous apprend que 23 ans plus tard, la
première année du règne de Valérien, un César du nom de
Sulpicius Antoninus frappait à Emèse des bronzes au type
local et des monnaies imitées des impériales d'Antioehe.
18. AVTOKP COVAR ÀNTGONINOC C€B. Buste de Sulpicius
Antoninus, à droite, la tête laurée, la poitrine drapée,
W. AHMAPX €IOVCIAC Aigle debout de face, la
tête à droite (ou à gauche), les ailes éployées. Des deux
côtés de l'aigle, les lettres SC ; à l'exergue, €MICA.
Potin. Cabinet de France. — P o i d s : lOgr. 10. (Fruste).
Brit. Mus.». — Poids : 12 gr. 95. PL VI, fig. 19.
19. AVTO K COYAI1 ANTGONINOC C€. Buste de Sulpicius
Antoninus, à droite, couvert du paludamentum et de la
cuirasse, la tête laurée.
#\ 6MICGJN KOAflN. Temple hexastyle, dont le fronton
triangulaire est orné d'un croissant ; sous le portique, le
1. H é r o d i e n , V I , 1.
2. Z o s i m e ( I , 12) en c i t e d e u x : A n t o n i n u s , p u i s U r a n i u s . C ' é t a i t p e u t - ê t r e l e
même,
3. N o u s r e m e r c i o n s l e s c o n s e r v a t e u r s d u B r i t i s h M u s é u m d ' a v o i r b i e n v o u l u
n o u s c o m m u n i q u e r , p o u r n o t r e é t u d e , l ' e m p r e i n t e de cette pièce et d e p l u s i e u r s
autres.
ÉMÈSE
153
bétyle conique accosté de deux ou quatre parasols. A
l'exergue, la date €I4> (an 565 Sél. = 253 ap. J . - C ) .
JE. Cab. de France. — Poids : 23 gr. 10. PL VI, fig. 20.
Brit. Mus. (Emisa, 24).
Il est présumable que Sulpicius Antoninus était issu de
la famille d'Élagabale ou du moins voulut le faire croire.
Son rôle a été négligé par les historiens, soit qu'il faille
le reconnaître dans le personnage révolté contre Alexandre
Sévère et dont la tentative aurait été suivie de vingt-cinq ans
de règne, soit qu'il ait emprunté le nom et renouvelé avec
plus de succès la tentative d'un contemporain de Sévère,
F Antoninus mentionné par Zosime1 au temps de Gallien pouvant au reste n'être pas différent de lui.
Sulpicius Antoninus, appuyé sur un fort parti militaire,
osa monnayer l'or à Emèse et dans les camps. C'est autour
de nos monnaies de potin et de bronze, parfaitement situées
et datées, que se groupent les nombreux aurei qui, frappés
au nom et à l'effigie du même personnage 2, ont exercé
longtemps la sagacité des érudits. Après avoir voulu les
1. Z o s i m e . I , 38.
2. I l p o r t e a l o r s l e s n o m s d e S u l p i c i u s U r a n i u s A n t o n i n u s . S u r c e t t e n u m i s m a t i q u e , v o y . F r . L e n o r m a n t , Rev. n u m , , 3 843, p . 255 e t s u i v . ; — F r œ h n e r , Ann.
Soc. fr. num., t . X , 1886, p . 189 e t s u i v . ; — A . B i a n c h e t , Rev. num., 1893, p . 41,
et 1 8 9 5 , p . 76, e t c . L a t h è s e d e r i n a u t h e n t i c i t é d e c e s m o n n a i e s d ' o r a é t é s o u t e n u e
p a r G n e c c h i , Riv. ilal., 1895, p . 413 e t s u i v . ; il e s t c e r t a i n q u ' i l f a u t e n é t u d i e r l e s
d i v e r s e x e m p l a i r e s a v e c p r u d e n c e . — P a r m i l e s aurei d ' U r a n i u s A n t o n i n u s , l e
p l u s c u r i e u x e s t c e l u i q u i r e p r é s e n t e le b é t y l e h a b i l l é . L a p i e r r e d ' E m è s e , d i t
L e n o r m a n t , était c o u v e r t e d'une riche e n v e l o p p e , sans d o u t e en métal, t e r m i n é e
au s o m m e t p a r u n e c o u r o n n e à t r o i s p o i n t e s ; p a r - d e s s u s cette e n v e l o p p e é t a i t
p l a c é u n e s o r t e d e m a n t e a u e n é t o f f e . L e n o r m a n t v e u t q u e le d e s s i n e n f o r m e
d ' a m a n d e q u ' o n v o i t en bas s u r le d e v a n t s ' e x p l i q u e c o m m e un de ces signes
m y s t é r i e u x d o n t p a r l e H é r o d i e n , c ' e s t - à - d i r e d a n s l ' e s p è c e le xxei'ç, s y m b o l e d e la
nature bisexuelle prêtée a u dieu ; m a i s cette h y p o t h è s e est gratuite. Il ne s e m b l e
pas d u t o u t q u e le m a n t e a u s'écarte p o u r laisser v o i r ce d e s s i n , qui m e f a i t l'effet
au c o n t r a i r e d'être en relief s u r la f i g u r e ; l ' e x p l i c a t i o n de M a d d e n , u n e a g r a f e
d e s t i n é e à a t t a c h e r l e s p a n s d u m a n t e a u , est d e t o u t e s , s e l o n n o u s , la p l u s v r a i s e m b l a b l e (Num. Chron.j 1865, p . 48 ; c f . Rev. num., 1898, p . 685).
1 5 4 A . DIECDONNÉ
expliquer par le texte de Zosime, on a reconnu par leur
examen même qu'elles avaient été frappées loin de Rome,
dans un atelier provincial, et postérieurement au règne de
Philippe, mort en 249, dont plusieurs d'entre elles sont
imitées ; leur poids, qui est un peu plus faible que celui
des pièces de Philippe, conduit à la même conclusion.
Ainsi Emèse fut encore une fois la patrie d'un empereur,
qui probablement n'étendit pas fort loin son autorité.
La question est de savoir si Sulpicius Antoninus parvint
à s'emparer d'Antioche. M. W . Wroth 1 est porté à le
croire, d'après la monnaie suivante qu'il y aurait fait frapper à son nom.
20. AVTOK COVAH ANTGÛNINOC C€B. Buste de Sulpicius
Antoninus, à droite, avec le paludamentum et la cuirasse, la
tête laurée.
fy. AHMAPX €IOVC... Aigle de face, les ailes éployées,
la tête à droite, tenant une couronne dans son bec. A
l'exergue, SC 2.
Potin. Brit. Mus. — Poids : 10 gr. 45.
Ici le nom d'Émèse ne paraît pas, mais, de même que les
monnaies d'Antioche de cette époque ont tantôt ANTIOCHIA
à l'exergue et tantôt non, de même le monnayage parallèle
que l'usurpateur créait à Émèse a pu fournir des pièces,
les unes avec, les autres sans nom d'atelier.
On s'est demandé encore si l'autorité de Sulpicius Antoninus s'était étendue sur d'autres régions, par exemple
jusqu'à Jérusalem. Saulcy, dans sa Numismatique de la
1. Brit. Mus. C a ï . » Syria, p . 231, n ° 666 e t p i . X X V I , 7. — F r œ h n e r , Ânn. Soc.
fr. n u m M t . X , 1886, p , 192, n* 7 A .
2. S C p a r a i t à A n t i o c h e s u r l e s m o n n a i e s d ' a r g e n t , d e t i t r e d e p l u s e n p l u s
altéré, depuis Gordien III,
É M È S E 15?>
Terre Sainte1, n'hésite pas à lui attribuer une monnaie au
type du bétyle solennellement promené dans un quadrige,
mais la légende est incomplète, et la mauvaise effigie que
donne la planche, avec ce nez courbé et pointu, ne permet
pas de reconnaître le personnage en question plutôt qu'Élagabale ou Garacalla. Cette monnaie appartient selon nous à
la même série que celles dont il a été question ci-dessus ; le
revers est identique.
On ne sait dans quelles circonstances prit fin la domination de Sulpicius Antoninus. Nous n'avons sur ce point
aucune conjecture nouvelle à p r o p o s e r , t r o p h e u r e u x d'avoir
au cours de cet article enrichi la numismatique d'Émèse de
quelques monnaies impériales d'argent qui avaient été
méconnues jusqu'à ce jour. L'importance, par là mieux
attestée, de cette métropole de la Syrie centrale servira-t-elle
à éclairer la singulière destinée de Sulpicius Uranius
Antoninus et son riche monnayage? Quoi qu'il en soit,
avec lui périt la fortune d'Émèse 2 . A l'époque d'Aurélien,
c'est Palmyre qui devient le centre de l'activité syrienne ;
c'est la dynastie d'Odenat, de Zénobie et de Vaballathe qui
dispute le sceptre à l'élu des légions d'Europe. Aurélien,
vainqueur de Zénobie, vint adorer la pierre d'Émèse 3 :
suprême hommage après lequel il n'est plus question
d'Élagabale dans l'histoire. Quant à Émèse, saccagée par
Sapor, elle put renaître de ses ruines et redevint sous la
domination arabe une ville importante ; aujourd'hui encore
elle a soixante mille habitants et une plaine bien cultivée.
A . DIEUDONNé.
1. F . d e S a u l c y , Numism. de la Terre Sainte, p . 104 e t p l . V , fig. 9. L a figure e s t
représentée barbue, mais Élagabale a quelquefois une barbe naissante (Cohen,
t . I V , p . 325, n ° 19). — C f . Num. Chron., 1876, p . 67.
2. L a m o n n a i e d o n n é e p a r F e u a r d e n t (M. des villes et des rois, C a t a l o g u e ,
n " 7115 ter) c o m m e é t a n t d e P h i l i p p e à É m è s e e s t , d ' a p r è s F r œ h n e r , u n e m o n n a i e
d'Antioche.
3. V o p i s c u s , Aurélien, 25.
RKVUE
K UMISMA TIQUE
Pl. VI
M O N N A I E S D ' E M È S E (SYRIE)
Piiolotji.ie BerlhfHui, i-uiu
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